{"id":5569,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-trahison-en-amour-exprimer-linexprimable-dans-sous-le-neflier-de-jacques-serena\/"},"modified":"2024-08-29T18:12:30","modified_gmt":"2024-08-29T18:12:30","slug":"la-trahison-en-amour-exprimer-linexprimable-dans-sous-le-neflier-de-jacques-serena","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5569","title":{"rendered":"La trahison en amour : exprimer l\u2019inexprimable dans \u00ab Sous le n\u00e9flier \u00bb de Jacques Serena"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\">Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u00a0Il faut vraiment \u00eatre attard\u00e9 pour croire, apr\u00e8s trente ans, \u00e0 l\u2019amiti\u00e9, l\u2019amour, l\u2019honneur, toutes ces vieilles badernes.\u00a0\u00bb (Serena, Guichard, 1998, 18). Il s\u2019agit pour Jacques Serena de valeurs p\u00e9rim\u00e9es. Pourtant, parmi ces th\u00e8mes qu\u2019il juge d\u2019un autre temps, il en est un, l\u2019amour, qui traverse l\u2019ensemble de son \u0153uvre romanesque publi\u00e9e aux \u00c9ditions de Minuit depuis 1989<a id=\"footnoteref1_fiy654k\" class=\"see-footnote\" title=\"De 1989 \u00e0 2007, Jacques Serena a publi\u00e9 chez Minuit six romans, r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s dans la bibliographie, et une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre. \" href=\"#footnote1_fiy654k\">[1]<\/a>. Celle-ci s\u2019articule toujours autour d\u2019un couple qui se d\u00e9fait au lieu de se former, contrairement \u00e0 la tradition du roman sentimental. Le narrateur aime une femme qui se d\u00e9tourne de lui (<em>Isabelle de dos<\/em>, 1989) ou qui s\u2019est d\u00e9tourn\u00e9e d\u2019un autre pour nouer une relation avec lui avant de dispara\u00eetre (<em>Lendemain de f\u00eate<\/em>, 1993). Ainsi, d\u2019un texte \u00e0 l\u2019autre, il reste mur\u00e9 dans une solitude l\u2019emp\u00eachant de communiquer avec celle qu\u2019il aime. Fr\u00e9d\u00e9ric Martin-Achard montre que chez Serena, les \u00ab romans sont compos\u00e9s de monologues altern\u00e9s ou d\u2019un monologue int\u00e9rieur autonome \u00e0 la temporalit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e, non lin\u00e9aire, qui m\u00eale des moments de prof\u00e9ration multiples.\u00a0\u00bb (Martin-Achard, 2010, 45)<\/p>\n<p><em>Sous le n\u00e9flier <\/em>(Serena, 2007) <a id=\"footnoteref2_eu1ckkx\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans la suite, les renvois \u00e0 Sous le n\u00e9flier se feront \u00e0 l\u2019aide de l\u2019abr\u00e9viation SN suivie du num\u00e9ro de la page d\u2019o\u00f9 est extraite la citation. \" href=\"#footnote2_eu1ckkx\">[2]<\/a> rompt, de prime abord, avec les romans de la s\u00e9paration amoureuse m\u00eame si la situation des protagonistes est loin de l\u2019idylle. Jack et Anne vivent ensemble depuis plusieurs ann\u00e9es. Ils ont eu deux filles. Leur relation s\u2019est d\u00e9grad\u00e9e six mois plus t\u00f4t sans que Jack en comprenne les raisons. Mais quand s\u2019ouvre le r\u00e9cit, il a d\u00e9cid\u00e9 de \u00ab\u00a0tout radicalement changer\u00a0\u00bb (SN, 8) en commen\u00e7ant une \u00ab\u00a0nouvelle vie\u00a0\u00bb (SN, 9) avec sa compagne, d\u00e9sireux de \u00ab\u00a0[r]etrouver la clart\u00e9, les \u00e9lans, la vraie passion\u00a0\u00bb (SN, 9). Ce changement de cap, qui souligne la fonction inaugurale de <em>l\u2019incipit<\/em>, est motiv\u00e9 par un \u00e9v\u00e9nement\u00a0: Jack vient de subir une intervention chirurgicale ne lui laissant pas d\u2019autre alternative que de \u00ab\u00a0changer ou crever\u00a0\u00bb (SN, 8). Il a \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 \u00e0 la bouche, \u00ab\u00a0endroit du mal hautement symbolique, [\u2026] lieu de la sustentation, de la parole et du baiser\u00a0\u00bb (SN, 7). Son chirurgien lui recommande de se m\u00e9nager ce qui implique, entre autres, de \u00ab\u00a0ne plus d\u00e9blat\u00e9rer \u00e0 tout bout de champ\u00a0\u00bb (SN, 8). Celui qui exerce le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain et donne des lectures publiques dans des biblioth\u00e8ques ne peut plus laisser libre cours \u00e0 la parole. Il doit veiller \u00e0 la contenir pour ne pas aggraver son \u00e9tat. Il lui faut \u00e9galement \u00ab\u00a0redonner de vrais baisers\u00a0\u00bb (SN, 8), manifestations d\u2019un amour retrouv\u00e9.<\/p>\n<p>Mais la promesse d\u2019une pl\u00e9nitude amoureuse d\u00e9bouche sur une trahison : Anne lui apprend que, depuis six mois, elle a un amant. Loin de lui apporter des explications sur le changement d\u2019attitude soudain de sa compagne, l\u2019aveu plonge le narrateur-personnage dans une incompr\u00e9hension plus grande encore. Ainsi, il ouvre une faille qui laisse sans r\u00e9ponse la question des causes profondes de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 d\u2019Anne. Le narrateur perd deux de ses pr\u00e9rogatives\u00a0cl\u00e9s\u00a0: la ma\u00eetrise du savoir et de la parole. Dans quelle mesure peut-il exprimer l\u2019inexprimable?<\/p>\n<p>L\u2019objectif de cette \u00e9tude est d\u2019examiner les dysfonctionnements de l\u2019expression quand elle se confronte \u00e0 la trahison qui, par sa puissance d\u2019an\u00e9antissement, rel\u00e8ve du \u00ab\u00a0d\u00e9sastre\u00a0\u00bb (SN, 26). D\u00e9vast\u00e9, le narrateur se laisse mettre les mots dans la bouche en avan\u00e7ant des explications toutes faites sur l\u2019amour.<\/p>\n<h2>Le d\u00e9sastre sentimental ou l\u2019\u00e9preuve de \u00ab\u00a0l\u2019impensable indicible\u00a0\u00bb (Beckett, 2004 [1953], 80)<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s son op\u00e9ration chirurgicale, Jack doit contr\u00f4ler son flux de parole. Il s\u2019agit d\u00e9sormais de trouver une expression ad\u00e9quate, mesur\u00e9e, raisonn\u00e9e, conforme au <em>logos<\/em><a id=\"footnoteref3_u5jt7hq\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous employons ce terme dans son acception originelle. Il d\u00e9signe un discours soumis \u00e0 l\u2019exigence rationnelle. \" href=\"#footnote3_u5jt7hq\">[3]<\/a>. D\u00e9termin\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0[se] remettre dans le sens de l\u2019histoire\u00a0\u00bb (SN, 8), il veut redonner \u00e0 son amour une orientation et une signification. Ce renouveau de la passion passe par une ma\u00eetrise de l\u2019expression, verbale et non verbale. Chacun doit r\u00e9apprendre \u00e0 regarder l\u2019autre, \u00e0 ne plus lui opposer des silences ou des cris, \u00e0 \u00e9tablir un dialogue raisonnable, \u00e9quilibr\u00e9 et transparent afin de reconstruire la relation de couple sur des bases saines. Mais le d\u00e9sastre provoqu\u00e9 par l\u2019infid\u00e9lit\u00e9 fait d\u00e9finitivement obstacle au <em>logos<\/em>. L\u2019instance charg\u00e9e de porter le r\u00e9cit se retrouve d\u00e9poss\u00e9d\u00e9e du langage.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb ne co\u00efncide pas avec lui-m\u00eame parce qu\u2019il est ramen\u00e9 \u00e0 la position d\u2019auditeur passif de ses propres mots\u00a0comme en t\u00e9moignent les propositions introduisant ses prises de parole : \u00ab\u00a0me suis-je entendu dire\u00a0\u00bb (SN, 23, 28, etc.), \u00ab\u00a0je me suis entendu d\u00e9clarer\u00a0\u00bb (SN, 56), \u00ab\u00a0je me suis entendu r\u00e9p\u00e9ter ces mots\u00a0\u00bb (SN, 141), etc. Le narrateur-personnage emploie la premi\u00e8re de ces formules avant m\u00eame que se produise l\u2019aveu, s\u2019entendant dire qu\u2019il quittera Anne si elle ne fait pas d\u2019effort elle aussi pour changer. La r\u00e9ponse tombe comme un couperet\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Finalement, pour la premi\u00e8re fois depuis des mois, Anne m\u2019a regard\u00e9 vraiment. Et m\u2019a r\u00e9pondu. Pour me dire que, puisque j\u2019en parlais, oui, cela l\u2019arrangeait que je parte. Vu que non seulement elle voulait une aventure mais en vivait une avec un sculpteur sur bois chez qui elle allait tous les apr\u00e8s-midi, depuis six mois. (SN, 25)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors qu\u2019elle lui tourne obstin\u00e9ment le dos<a id=\"footnoteref4_ztp5ngf\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette posture se retrouve souvent dans l\u2019\u0153uvre de Serena pour signifier l\u2019incommunicabilit\u00e9 au sein du couple. Rappelons qu\u2019il a intitul\u00e9 son premier roman publi\u00e9 chez Minuit Isabelle de dos (1989). \" href=\"#footnote4_ztp5ngf\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0depuis des mois\u00a0\u00bb, le personnage f\u00e9minin regarde \u00e0 nouveau son compagnon comme si elle reprenait un dialogue interrompu. Mais, situation ironique, c\u2019est pour mieux briser le couple qu\u2019elle agit ainsi. D\u00e9nu\u00e9e de tout affect, la r\u00e9v\u00e9lation \u00e9quivaut \u00e0 la transmission d\u2019une information. La neutralit\u00e9 du ton contraste avec l\u2019extr\u00eame tension qui se manifeste habituellement lors d\u2019une rupture. Anne est dans une disposition d\u2019esprit qui ne laisse place ni \u00e0 l\u2019amour, ni au ressentiment, ni \u00e0 la haine, ni \u00e0 d\u2019autres sentiments. Elle se situe aux antipodes de la femme qui, quittant son compagnon, serait tourment\u00e9e, tiraill\u00e9e par des pens\u00e9es contradictoires comme l\u2019explique Anne Dufourmantelle :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il arrive qu\u2019on se s\u00e9pare d\u2019une personne qu\u2019on aime encore. La s\u00e9paration est faite, les choses dites, agies, et pourtant un doute subsiste, m\u00eal\u00e9 \u00e0 la culpabilit\u00e9 d\u2019\u00eatre partie pour un autre. Ai-je bien fait\u00a0? On pense aux enfants, au mal qu\u2019on leur fait, on se souvient des belles choses et dans les bras de l\u2019amant qu\u2019on a (enfin) eu le courage de rejoindre et \u00e0 qui on a dit oui, on pense \u00e0 revenir. Et cette pens\u00e9e-l\u00e0 est douloureuse, insistante, irr\u00e9fl\u00e9chie. On sait l\u2019\u00e9vidence de cet amour et pourtant le doute s\u2019insinue quant au pass\u00e9, la rupture d\u00e9cid\u00e9e par vous devient presque un abandon, et vous vous prenez \u00e0 r\u00eaver que l\u2019autre, le p\u00e8re de votre enfant vous pardonne, vous invite \u00e0 ce retour. (Dufourmantelle, 2012 [2009], 188)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chez Anne, \u00e0 l\u2019inverse, aucun \u00e9tat d\u2019\u00e2me, seulement un aveu r\u00e9duit \u00e0 sa plus simple expression. Par la suite, il suffira d\u2019un mot pour an\u00e9antir d\u00e9finitivement Jack. Alors qu\u2019il a quitt\u00e9 le foyer, Anne lui dit au t\u00e9l\u00e9phone \u00ab\u00a0qu\u2019elle ne voulait pas qu[\u2019il] souffre mais il fallait qu[\u2019il] comprenne, avec [son amant] c\u2019\u00e9tait <em>extra-ordinaire<\/em>, en deux mots.\u00a0\u00bb (SN, 45 [soulign\u00e9 par l\u2019auteur]) Le d\u00e9sastre est caus\u00e9 \u00e0 la fois par un fait, l\u2019infid\u00e9lit\u00e9, et par une parole qui tue. Il s\u2019agit bel et bien d\u2019une mise \u00e0 mort de celui qui ne doit pas souffrir. En t\u00e9moigne un cauchemar\u00a0: il est plaqu\u00e9 contre un mur avec un gros homme \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s devant un peloton d\u2019ex\u00e9cution. Anne surgit et choisit de sauver son amant sans m\u00eame jeter un regard sur Jack.<\/p>\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 la trahison, il perd le contr\u00f4le de ses mots. L\u2019expression est alors inad\u00e9quate parce que la raison ne la canalise pas. C\u2019est ce qui arrive quand Anne ne r\u00e9pond pas\u00a0\u00e0 ses appels\u00a0: \u00ab\u00a0Je laissais parfois un message, jamais ce que j\u2019aurais voulu dire, j\u2019avais beau pr\u00e9m\u00e9diter, je me lan\u00e7ais et m\u2019entendais improviser, d\u00e9raper, radoter.\u00a0\u00bb (SN, 43) Le discours pr\u00e9alablement \u00e9labor\u00e9 se transforme en logorrh\u00e9e<a id=\"footnoteref5_lzdr82m\" class=\"see-footnote\" title=\"Etymologiquement, le terme est rattach\u00e9 \u00e0\u00a0logos, mais l\u2019\u00e9l\u00e9ment -rh\u00e9e, tir\u00e9 du grec\u00a0rhein\u00a0signifiant \u00ab\u00a0couler\u00a0\u00bb, rend compte d\u2019un d\u00e9bordement. \" href=\"#footnote5_lzdr82m\">[5]<\/a>. Il en est de m\u00eame quand il parvient \u00e0 la joindre ou quand c\u2019est elle qui lui t\u00e9l\u00e9phone pour \u00ab\u00a0reprendre contact\u00a0\u00bb\u00a0(SN, 55, 57)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ah, ai-je dit. Apr\u00e8s quoi je suis arriv\u00e9 \u00e0 ne pas encha\u00eener, \u00e0 laisser entre elle et moi du silence. Et comme elle n\u2019a pas meubl\u00e9 ce silence, je me suis entendu lui grommeler que, finalement, elle avait sans doute eu raison, que je comprenais ce besoin qu\u2019elle avait eu de tout envoyer pa\u00eetre, de n\u2019\u00e9couter que ses envies, que d\u2019ailleurs moi aussi confus\u00e9ment j\u2019en ressentais le besoin, que si elle ne l\u2019avait pas fait elle, \u00e7\u2019aurait certainement \u00e9t\u00e9 moi, qu\u2019il y en avait assez de ces reports, qu\u2019il m\u2019avait fallu le temps pour accepter sa trahison perfide mais que maintenant, voil\u00e0, c\u2019\u00e9tait fait, j\u2019\u00e9tais dans l\u2019acceptation, et en plein, avec une jolie biblioth\u00e9caire, et j\u2019esp\u00e9rais que pour elle c\u2019\u00e9tait toujours aussi <em>extra-ordinaire<\/em>, parce que, franchement, pour moi, \u00e7a l\u2019\u00e9tait, me suis-je entendu prof\u00e9rer d\u2019une voix trop sombre et trop fr\u00e9missante. Apr\u00e8s quoi je suis parvenu \u00e0 me taire. (SN, 56)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le silence d\u2019Anne cr\u00e9e une b\u00e9ance que le d\u00e9versement verbal vient combler. Les mots se r\u00e9partissent en \u00e9l\u00e9ments juxtapos\u00e9s dans un rythme tr\u00e8s heurt\u00e9. Ils oscillent entre le d\u00e9tachement et le ressentiment qui perce notamment \u00e0 travers l\u2019accusation de \u00ab\u00a0trahison perfide\u00a0\u00bb et la reprise de l\u2019adjectif fatal \u00ab\u00a0<em>extra-ordinaire<\/em>\u00a0\u00bb. L\u2019aveu de son aventure avec une autre trahit une revanche d\u00e9risoire parce qu\u2019elle ne saurait apaiser sa souffrance\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019acceptation\u00a0\u00bb sonne faux. Les inflexions vocales, qui rel\u00e8vent du paraverbal, sont tout autant en d\u00e9calage, la voix \u00e9tant \u00ab\u00a0trop sombre et trop fr\u00e9missante\u00a0\u00bb. Cern\u00e9e par deux silences, la logorrh\u00e9e est un indice d\u2019incommunicabilit\u00e9 au sein du couple. Elle ne suit pas la voie bien balis\u00e9e du discours. Elle n\u2019apporte pas non plus la verbalisation lib\u00e9ratrice de la col\u00e8re. Fr\u00e9d\u00e9ric Martin-Achard montre que les personnages masculins dans l\u2019\u0153uvre de cet \u00e9crivain sont inaptes \u00e0 exprimer cette \u00e9motion parce qu\u2019elle \u00ab\u00a0suppose un sujet fort dans son rapport \u00e0 autrui et s\u00fbr de sa parole; donc la col\u00e8re des monologueurs de Serena ne peut que s\u2019\u00e9puiser dans une prof\u00e9ration balbutiante.\u00a0\u00bb (Martin-Achard, 2010, 58) Faute de pouvoir utiliser le langage rationnellement, Jack est raval\u00e9 \u00e0 l\u2019animalit\u00e9. Quand Anne le rejoint,\u00a0il \u00ab\u00a0tourn[e] en rond dans [sa] pi\u00e8ce en beuglant [ses] questions, adjurations, impr\u00e9cations\u00a0\u00bb (SN, 147). Le studio qu\u2019il occupe est devenu sa tani\u00e8re, le lieu de la rumination o\u00f9\u00a0 il aper\u00e7oit dans le reflet de sa fen\u00eatre ce qu\u2019il est devenu\u00a0: \u00ab\u00a0O\u00f9, pour le coup, j\u2019ai pris conscience de mon regard qui ne regardait rien, du retroussis de mes l\u00e8vres sur mes dents. Pris conscience chez moi d\u2019une solitude \u00e9l\u00e9mentaire, animale.\u00a0\u00bb (SN, 66) Dans les rues, il marche \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019instinct\u00a0\u00bb (SN, 67), \u00ab\u00a0le dos rond\u00a0\u00bb (SN, 68). Il \u00e9prouve une douleur visc\u00e9rale, qui n\u2019est pas de l\u2019ordre de la pens\u00e9e.<\/p>\n<p>Ainsi, il fait l\u2019\u00e9preuve de \u00ab\u00a0l\u2019impensable indicible\u00a0\u00bb, expression employ\u00e9e par le bien nomm\u00e9 \u00ab\u00a0innommable\u00a0\u00bb chez Samuel Beckett. Le syntagme nominal relie des adjectifs qui peuvent tous deux \u00eatre employ\u00e9s comme des substantifs\u00a0: non seulement l\u2019impensable est indicible, mais l\u2019indicible est impensable. Dans la situation de Jack, l\u2019indicible se manifeste \u00e0 travers une parole qui n\u2019arrive pas \u00e0 atteindre son objet parce qu\u2019il est \u00ab\u00a0inimaginable\u00a0\u00bb (SN, 46), impossible \u00e0 concevoir, attach\u00e9 au d\u00e9sastre. Imm\u00e9diatement apr\u00e8s l\u2019aveu d\u2019infid\u00e9lit\u00e9, il se retrouve \u00ab\u00a0seul \u00e0 mourir assis durant cinq, dix minutes. [S]es joues, [s]on front, de la viande froide.\u00a0\u00bb (SN, 26) Quand la vie reprend, sous une forme \u00e9l\u00e9mentaire consistant \u00e0 satisfaire des besoins primaires tels que respirer, boire et se nourrir, il doit lutter pour ne pas \u00ab\u00a0sombrer\u00a0\u00bb (SN, 34). Ce d\u00e9sastre repr\u00e9sente une menace de chute qui l\u2019oblige \u00e0 ne plus penser, \u00e0 se d\u00e9lester de ses id\u00e9es obsessionnelles, \u00e0 \u00ab\u00a0faire le vide. Parce que penser, ces soirs-l\u00e0, c\u2019\u00e9tait comme marcher sur un lac gel\u00e9. A perte de vue, du lac gel\u00e9. On avait beau se faire le plus l\u00e9ger qu\u2019on pouvait, arrivait un moment o\u00f9 il valait mieux ne pas aller plus loin.\u00a0\u00bb (SN, 44-45) Mais faire le vide, comme l\u2019indique l\u2019image, revient \u00e0 aspirer au n\u00e9ant, \u00e0 se laisser aspirer par lui, afin de sortir d\u2019un \u00e9tat de conscience et de ne plus souffrir. Ne pas sombrer en r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019appel du vide qui culmine dans un d\u00e9sir d\u2019an\u00e9antissement\u00a0: il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019une situation \u00e9minemment ambivalente. Lorsqu\u2019il quitte son studio pour prendre sa vieille Ford et rouler \u00e0 vive allure dans la nuit, Jack c\u00e8de de nouveau \u00e0 cet appel du vide,<\/p>\n<blockquote>\n<p>attendant que la prise de conscience de l\u2019inimaginable atteigne un degr\u00e9 d\u2019intensit\u00e9 si insoutenable que cela cr\u00e9erait l\u2019aveuglement, l\u2019assourdissement o\u00f9 tout sombrerait, s\u2019engloutirait, m\u00eame soi, surtout moi, et ce qui allait avec, tout, que cela atteigne cette intensit\u00e9 frisant l\u2019extase o\u00f9 le mal \u00e0 son paroxysme en oublierait sa cause. (SN, 46-47)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Seule la mort pourrait combler cette attente. En cons\u00e9quence, il ne peut se lib\u00e9rer de sa souffrance. Elle est m\u00eame si aigu\u00eb qu\u2019elle d\u00e9passe l\u2019entendement\u00a0: elle est \u00ab\u00a0impensable\u00a0\u00bb. Il est en proie \u00e0 une passion mortif\u00e8re<a id=\"footnoteref6_3ty7fn0\" class=\"see-footnote\" title=\"Rappelons que dans son acception \u00e9tymologique, le mot est form\u00e9 sur\u00a0passum, supin du verbe\u00a0pati\u00a0qui signifie \u00ab\u00a0souffrir\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote6_3ty7fn0\">[6]<\/a>\u00a0qui se substitue \u00e0 une autre passion, renouvel\u00e9e et partag\u00e9e, esp\u00e9r\u00e9e au d\u00e9but du r\u00e9cit, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019image d\u2019un \u00ab\u00a0doux chaos\u00a0\u00bb (SN, 9) <a id=\"footnoteref7_qzxbt8u\" class=\"see-footnote\" title=\"L\u2019expression est employ\u00e9e \u00e0 de nombreuses reprises dans la suite du roman. \" href=\"#footnote7_qzxbt8u\">[7]<\/a>. L\u2019oxymore sugg\u00e8re un chavirement voluptueux qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec la d\u00e9vastation m\u00eame si les mots \u00ab\u00a0chaos\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0d\u00e9sastre\u00a0\u00bb renvoient tous deux \u00e0 l\u2019id\u00e9e de d\u00e9sordre.<\/p>\n<p>Pourtant, il se produit un \u00e9v\u00e9nement susceptible de faire advenir ce \u00ab\u00a0doux chaos\u00a0\u00bb et de redonner au couple les moyens de s\u2019exprimer. Anne recommence \u00e0 aimer Jack et voudrait que son aventure avec un autre homme constitue une p\u00e9rip\u00e9tie d\u2019une histoire qui ne se serait jamais interrompue. Pour Jack, il ne saurait \u00eatre question de reprendre le cours de leur vie commune\u00a0: il faut faire table rase. Aussi abandonnent-ils la maison familiale, leur ancien foyer, pour s\u2019installer dans le studio de Jack. Il ne fait plus allusion \u00e0 leurs filles comme si les retrouvailles ramenaient le couple \u00e0 ses origines. Le fil de leur nouvelle histoire est cependant fragile. Tels des funambules, ils sont \u00ab\u00a0en \u00e9quilibre sur un fil tendu\u00a0\u00bb (SN, 137) <a id=\"footnoteref8_pfcezs0\" class=\"see-footnote\" title=\"Le roman publi\u00e9 aux Editions de Minuit avant Sous le n\u00e9flier s\u2019intitule L\u2019Acrobate (2004). \" href=\"#footnote8_pfcezs0\">[8]<\/a>, m\u00e9taphore d\u2019une communication impossible, partag\u00e9e entre silence et parole\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nous nous \u00e9tions endormis la veille au soir dans l\u2019\u00e9lan intense et irr\u00e9fl\u00e9chi de notre nouvelle vie ensemble, mais l\u00e0, je sentais que selon ce que j\u2019allais dire, ce que j\u2019allais faire, tout pourrait soudain nous faire retomber chacun de notre c\u00f4t\u00e9 dans la folie froide des derniers mois. Mais le silence et l\u2019immobilit\u00e9 n\u2019\u00e9taient pas l\u2019id\u00e9al non plus, je le savais. Prolonger trop le silence et l\u2019immobilit\u00e9 pouvait aussi nous faire sombrer \u00e0 nouveau, elle et moi, dans nos deux histoires distinctes. Je me taisais, me tenais coi. (SN, 137-138)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jack se trouve dans une position intenable qui rel\u00e8ve de ce que Roland Barthes appelle l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0inexprimable\u00a0amour \u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0D\u2019un c\u00f4t\u00e9, c\u2019est ne rien dire, de l\u2019autre, c\u2019est dire trop\u00a0: impossible d\u2019<em>ajuster<\/em>.\u00a0\u00bb (Barthes, 1977, 114 [soulign\u00e9 par l\u2019auteur]). Obnubil\u00e9 par la trahison, il c\u00e8dera une nouvelle fois \u00e0 une parole logorrh\u00e9ique, incontr\u00f4l\u00e9e, incontr\u00f4lable.<\/p>\n<p>Face au d\u00e9sastre, le narrateur-personnage tente d\u2019avancer des explications. C\u2019est \u00e0 travers le prisme des livres sur la passion qu\u2019il cherche \u00e0 donner sens \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9.<\/p>\n<h2>Comme le disent les experts de la passion\u00a0: formules et poncifs<\/h2>\n<p>Jack lit des ouvrages r\u00e9dig\u00e9s par des sp\u00e9cialistes de l\u2019amour dont il se fait le porte-parole dans son monologue. L\u2019indice en est la formule suivante, employ\u00e9e \u00e0 de nombreuses reprises\u00a0: \u00ab\u00a0ces livres que j\u2019avais, sur la passion, \u00e9crits par des experts\u00a0\u00bb (SN, 32, 36, 41,\u00a060,\u00a064, 72, etc.). En tant qu\u2019auteurs, ils font autorit\u00e9, comme en atteste l\u2019\u00e9tymologie\u00a0respective de ces deux termes : <em>auctor <\/em>et <em>auctoritas<\/em> sont des mots de la m\u00eame famille.<\/p>\n<p>Jack s\u2019applique \u00e0 r\u00e9gler sa vie conform\u00e9ment aux le\u00e7ons qu\u2019il tire des r\u00e9flexions de ces sp\u00e9cialistes. Seul dans son studio, il se convainc un temps qu\u2019il est parvenu \u00e0 \u00ab\u00a0la fin du seuil fatidique des quatorze premiers soirs o\u00f9 c\u2019est terrible\u00a0\u00bb (SN, 72), seuil \u00e9tabli par ces experts. Il s\u2019oblige \u00e0 ne pas sortir pour \u00e9viter que son esprit ne s\u2019emballe \u00e0 la moindre occasion\u00a0: \u00ab\u00a0Mais moi, voil\u00e0, j\u2019avais lu ces livres, alors. Je tenais bon.\u00a0\u00bb (SN, 64) Les textes remplissent une fonction de m\u00e9dium entre la r\u00e9alit\u00e9 et le sujet qui l\u2019observe \u00ab\u00a0avec le recul\u00a0\u00bb n\u00e9cessaire (SN, 65) <a id=\"footnoteref9_c1fooj7\" class=\"see-footnote\" title=\"L\u2019expression est employ\u00e9e \u00e0 deux reprises dans le m\u00eame paragraphe. \" href=\"#footnote9_c1fooj7\">[9]<\/a>. Jack gagne alors en lucidit\u00e9. \u00c0 son tour, il voudrait \u00ab\u00a0ouvr[ir] les yeux\u00a0\u00bb d\u2019Anne (SN, 60), aveugl\u00e9e par sa passion pour un autre homme.<\/p>\n<p>Pour le narrateur-personnage, voir clair, c\u2019est \u00eatre clairvoyant \u00e0 l\u2019instar des experts qui adoptent une d\u00e9marche analytique fond\u00e9e sur le <em>logos<\/em>. Ils d\u00e9livrent un savoir qui, dans la situation du protagoniste, vise \u00e0 combler le vide \u00e9pist\u00e9mique provoqu\u00e9 par le d\u00e9sastre de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9. Jack s\u2019efforce de remonter aux raisons qui ont pouss\u00e9 la femme aim\u00e9e \u00e0 changer de comportement six mois plus t\u00f4t. L\u2019une d\u2019entre elles serait d\u2019ordre physiologique. En effet, ces ouvrages<\/p>\n<blockquote>\n<p>disent qu\u2019une rapide perte de poids entra\u00eene une fatigue psychique, la moindre proportion se disproportionne, l\u2019esprit inconscient, priv\u00e9 du r\u00e9gulateur de l\u2019esprit conscient, se d\u00e9r\u00e8gle, et provoque du d\u00e9sordre mental, d\u2019aberrantes fa\u00e7ons de penser et d\u2019agir, on fait de tout un drame, s\u2019emballe pour un rien, d\u2019un petit attrait on fait une attirance irr\u00e9pressible, c\u2019est \u00e9crit en toutes lettres [\u2026]. (SN, 32)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le pr\u00e9sent gnomique<a id=\"footnoteref10_lajdu8a\" class=\"see-footnote\" title=\"Il s\u2019agit d\u2019un pr\u00e9sent de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale employ\u00e9 pour exprimer des pr\u00e9ceptes moraux sous la forme de sentences, maximes et proverbes. \" href=\"#footnote10_lajdu8a\">[10]<\/a> participe d\u2019un discours dont la valeur de v\u00e9rit\u00e9 est indiscutable. Les assertions sont autant de maximes grav\u00e9es dans le marbre. La proposition \u00ab\u00a0c\u2019est \u00e9crit en toutes lettres\u00a0\u00bb rappelle le proverbe bien connu\u00a0: \u00ab\u00a0les paroles s\u2019envolent, les \u00e9crits restent\u00a0\u00bb. Ces sp\u00e9cialistes de l\u2019amour \u00e9laborent donc, pour le narrateur-personnage, des th\u00e9ories \u00e9clairant toute exp\u00e9rience sentimentale. Ils proc\u00e8dent par g\u00e9n\u00e9ralisation, comme en t\u00e9moigne la r\u00e9p\u00e9tition de l\u2019ind\u00e9fini dans l\u2019assertion suivante\u00a0: \u00ab\u00a0Quand une femme avait envie qu\u2019on d\u00e9campe, <em>toute<\/em> r\u00e9f\u00e9rence qu\u2019on avait avec elle \u00e9tait forclose, et de <em>toute <\/em>fa\u00e7on <em>tout <\/em>\u00e9tait jou\u00e9.\u00a0\u00bb (SN, 36 [nous soulignons]) Les discours qui font autorit\u00e9 renvoient \u00e0 un savoir transcendantal soulignant les constantes, effa\u00e7ant les nuances. Dans cette perspective, ils constituent une grille d\u2019interpr\u00e9tation plaqu\u00e9e <em>a posteriori<\/em> sur toute situation particuli\u00e8re. Il existe un d\u00e9calage irr\u00e9ductible entre th\u00e9orie et exp\u00e9rience, d\u00e9calage symbolis\u00e9 par la figure du psychologue dans le roman. Sur les conseils de son chirurgien, Jack est pr\u00eat \u00e0 se confier \u00e0 ce sp\u00e9cialiste de la psych\u00e9. N\u00e9anmoins, sa bonhomie et son embonpoint sapent sa cr\u00e9dibilit\u00e9\u00a0aux yeux du personnage : \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce que j\u2019aurais pu dire \u00e0 un type qui ne pouvait pas se retenir de manger et que cela r\u00e9jouissait.\u00a0\u00bb (SN, 39) Il quitte alors le cabinet, renon\u00e7ant \u00e0 s\u2019\u00e9pancher.<\/p>\n<p>Les v\u00e9rit\u00e9s ass\u00e9n\u00e9es par les experts ne sauraient le satisfaire. \u00c0 l\u2019aff\u00fbt d\u2019explications, il s\u2019adresse \u00e0 Anne, qui ne lui en apporte pas non plus : \u00ab\u00a0il n\u2019y a aucune raison, c\u2019est bien la preuve que.\u00a0\u00bb (SN, 107) Cette justification est une non-r\u00e9ponse\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est une formule \u00e0 la noix, \u00e7a passe par la t\u00eate, \u00e7a sonne bien, alors on croit que c\u2019est juste, mais en fait c\u2019est cr\u00e9tin [\u2026]\u00a0\u00bb (SN, 107). Les experts cultivent \u00e9galement l\u2019art de la formule qui tire son effet d\u2019une figure de rh\u00e9torique comme le chiasme\u00a0\u2013 \u00ab\u00a0Agir sans comprendre faisait le d\u00e9sastre mais comprendre sans agir faisait la n\u00e9vrose, disaient ces livres sur la passion que j\u2019avais, \u00e9crits par les experts.\u00a0\u00bb (SN, 41) \u2013 ou le paradoxe \u2013 \u00ab\u00a0dans ces livres \u00e9crits par des experts sur la passion, ils disaient que la rigidit\u00e9 \u00e9tait un signe de faiblesse\u00a0\u00bb (SN, 43), la raideur s\u2019opposant au manque de tonicit\u00e9 propre \u00e0 la faiblesse. Lors des soir\u00e9es mondaines organis\u00e9es par Anne pendant leur vie commune, les flagorneurs \u00e9m\u00e9ch\u00e9s utilisent eux aussi des formules pour s\u00e9duire les femmes d\u00e9s\u0153uvr\u00e9es. Voil\u00e0 pourquoi \u00ab\u00a0il faut se m\u00e9fier comme de la peste des formules qui sonnent bien, les pires g\u00e2chis sont toujours n\u00e9s de formules cr\u00e9tines qui sonnaient bien.\u00a0\u00bb (SN, 107)<\/p>\n<p>Jack \u00ab\u00a0ri[t] au nez des rationalisations\u00a0\u00bb (SN, 74), suspicieux \u00e0 l\u2019\u00e9gard des id\u00e9es pr\u00e9tendument claires, fig\u00e9es dans des expressions frappantes lues \u00ab\u00a0cent fois dans tous ces livres\u00a0\u00bb (SN, 93). La parole individuelle se perd dans le \u00ab\u00a0comme on dit\u00a0\u00bb (SN, 50) et c\u00e8de \u00e0 son tour \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ralisation\u00a0: \u00ab\u00a0On se fait toujours plus d\u2019illusions sur son pass\u00e9 que sur son avenir, c\u2019est mal connu\u00a0\u00bb (SN, 38). Dans son activit\u00e9 m\u00eame d\u2019\u00e9crivain, Jack emploie des m\u00e9taphores convenues, rattach\u00e9es au pronom \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb qui ne d\u00e9signe personne\u00a0: \u00ab\u00a0On veut avancer en terrain nouveau mais la boue du pr\u00e9c\u00e9dent terrain colle aux semelles. Le genre de choses que j\u2019\u00e9crivais dans mes carnets. Pour dire o\u00f9 j\u2019en \u00e9tais.\u00a0\u00bb (SN, 98) Le \u00ab\u00a0terrain nouveau\u00a0\u00bb met en abyme l\u2019<em>incipit<\/em> avec ses poncifs tels que \u00ab\u00a0ce nouveau moi\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0un d\u00e9part de nouvelle vie\u00a0\u00bb (SN, 9) annon\u00e7ant \u00e0 tort un renouveau de la passion. Quand on croit exprimer sa subjectivit\u00e9, on reprend le langage de la tribu, comme l\u2019analyse Vladimir Jank\u00e9l\u00e9vitch\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] je ne puis ouvrir la bouche sans imiter quelqu\u2019un ou contrefaire quelque chose; j\u2019ai beau me travailler pour \u00eatre le premier, pour penser de l\u2019in\u00e9dit, toujours la tradition et la mode tirent les ficelles; mes phrases, mes id\u00e9es\u2026 h\u00e9las! mes sentiments eux-m\u00eames sont plus ou moins des pastiches; nous croyons aimer, et nous r\u00e9citons! (Jank\u00e9l\u00e9vitch, 1964, 30)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019infid\u00e9lit\u00e9 est une exp\u00e9rience \u00e0 la fois intime et banale\u00a0parce qu\u2019il y aura toujours des \u00ab milliers d\u2019oiseux lourds r\u00e9citant les m\u00eames flagorneries \u00e0 des milliers de femmes tristes\u00a0\u00bb (SN, 110), exp\u00e9rience qui se reproduit \u00ab\u00a0forc\u00e9ment\u00a0\u00bb (SN, 109), \u00ab\u00a0fatalement\u00a0\u00bb (SN, 119) \u00e0 l\u2019identique comme dans une trag\u00e9die. R\u00e9p\u00e9tition des <em>m\u00eames<\/em> \u00e9v\u00e9nements, des <em>m\u00eames<\/em> formules. Au fil de son monologue, Jack ressasse les <em>m\u00eames<\/em> expressions, preuve qu\u2019il reste ali\u00e9n\u00e9 \u00e0 sa souffrance. Ainsi, les mots n\u2019ont pas de vertu cathartique\u00a0: le savoir qu\u2019ils r\u00e9v\u00e8lent ne lib\u00e8re pas du malheur.<\/p>\n<p>Jack s\u2019engage finalement sur une voie hors du langage, diam\u00e9tralement oppos\u00e9e au <em>logos<\/em>. Plut\u00f4t que d\u2019\u00e9tablir une distance avec le d\u00e9sastre, il remonte aux origines de l\u2019exp\u00e9rience en prenant la place d\u2019Anne et en se rendant sur les lieux o\u00f9 elle l\u2019a tromp\u00e9. Il rencontre l\u00e0 une autre femme, Jelena Nevski. Les circonstances l\u2019am\u00e8nent \u00e0 \u00e9prouver les sensations qui ont amen\u00e9 sa compagne \u00e0 la trahison. Il va jusqu\u2019\u00e0 faire l\u2019amour avec Jelena sur le m\u00eame matelas qu\u2019Anne et son amant. \u00c0 la diff\u00e9rence de sa liaison avec la biblioth\u00e9caire, il n\u2019est plus anim\u00e9 par la volont\u00e9 de se venger. Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9p\u00e9ter l\u2019exp\u00e9rience mais de la <em>re<\/em>produire dans ses conditions premi\u00e8res, avant m\u00eame toute rationalisation.\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>On aurait bien dit que je la sentais venir, cette lib\u00e9ration, dont parlaient les livres sur la passion que j\u2019avais lus, \u00e9crits par des experts. Cette sensation de nettet\u00e9, comme si une p\u00e9riode n\u00e9buleuse prenait fin. Sorti hors des limbes, o\u00f9, par peur, ou torpeur, on faisait ce qu\u2019attendaient de nous les autres. Enfin revenu \u00e0 moi, on aurait dit. (SN, 167)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb rena\u00eet peu \u00e0 peu, d\u00e9tach\u00e9 du collectif \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb qui se constitue en se pliant aux codes de conduite impos\u00e9s de l\u2019ext\u00e9rieur. L\u2019ind\u00e9fini \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb, employ\u00e9 \u00e0 deux reprises dans \u00ab\u00a0on aurait dit\u00a0\u00bb, est moins l\u2019indice d\u2019une dissolution du sujet que d\u2019une \u00ab\u00a0sensation\u00a0\u00bb exprim\u00e9e prudemment au conditionnel, mode non assertif. Les phrases courtes, mesur\u00e9es, t\u00e9moignent d\u2019une parole qui se lib\u00e8re de la logorrh\u00e9e pour gagner en \u00ab\u00a0nettet\u00e9\u00a0\u00bb. Le locuteur r\u00e9cite une derni\u00e8re fois la formule sur les livres qu\u2019il a lus. La th\u00e9orie de la lib\u00e9ration d\u00e9velopp\u00e9e par les experts co\u00efncide avec l\u2019exp\u00e9rience intime de cette renaissance \u00e0 soi et au monde gr\u00e2ce \u00e0 la sensation. Tout cela est encore fragile mais Jack s\u2019efforce enfin de suivre les recommandations de son chirurgien, au terme du roman. Ainsi, il \u00ab\u00a0peu[t] rejoindre Anne.\u00a0\u00bb (SN, 72) Leur histoire recommenc\u00e9e s\u2019inscrit dans un horizon du texte, d\u2019abord dans l\u2019<em>incipit<\/em>, puis dans le <em>desinit<\/em>. Entre les deux, une trahison, un d\u00e9sastre, une b\u00e9ance.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 \u00ab\u00a0ces livres sur la passion que j\u2019avais, \u00e9crits par des experts\u00a0\u00bb. Sous cette forme, l\u2019expression fait appara\u00eetre une ambigu\u00eft\u00e9 riche de sens. Il suffit de supprimer la virgule et le compl\u00e9ment d\u2019agent pour comprendre que la trahison en amour donne mati\u00e8re \u00e0 un livre dont Jack est l\u2019auteur. C\u2019en est un parmi d\u2019autres qu\u2019il a pu \u00e9crire parce qu\u2019il a v\u00e9cu d\u2019autres histoires d\u2019amour. En outre, la premi\u00e8re personne renvoie, par m\u00e9talepse, \u00e0 Serena lui-m\u00eame qui ferait son intrusion dans la di\u00e9g\u00e8se. Il est lui aussi l\u2019auteur de plusieurs romans sur l\u2019amour qui se d\u00e9veloppent \u00e0 partir d\u2019 \u00ab\u00a0une \u00e9motion tr\u00e8s forte et tr\u00e8s irr\u00e9solue.\u00a0\u00bb (Serena, Fusaro, 2005, 9) L\u2019\u00e9criture n\u2019\u00e9lucide rien mais permet de mettre \u00ab\u00a0les choses \u00e0 plat\u00a0\u00bb (Serena, Fusaro, 2005, 9) alors que le d\u00e9sastre s\u2019est produit.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Chaque roman est le constat d\u2019\u00e9chec du pr\u00e9c\u00e9dent. [\u2026] On se fait du bien en \u00e9crivant mais je ne suis pas s\u00fbr que \u00e7a aille mieux apr\u00e8s le troisi\u00e8me livre qu\u2019apr\u00e8s le premier. Je ne suis m\u00eame pas s\u00fbr de vouloir aller mieux. Les moments heureux sont toujours des moments imb\u00e9ciles. (Serena, Guichard, 1998, 20)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Sous le n\u00e9flier <\/em>est un roman de la trahison \u00e0 double titre\u00a0: au plan di\u00e9g\u00e9tique, il traite de l\u2019infid\u00e9lit\u00e9; au plan de l\u2019expression \u2013 au figur\u00e9, on parle de trahison \u00e0 propos d\u2019une pens\u00e9e d\u00e9natur\u00e9e par le langage \u2013, il rend compte d\u2019une parole qui s\u2019inscrit en faux, oscillant entre le mutisme et le d\u00e9versement verbal, entre le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb de l\u2019intime et le \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb impersonnel. Les protagonistes sont confront\u00e9s \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de communiquer. Jack et Anne s\u2019appellent et, faute de pouvoir \u00e9changer, se laissent des messages. Si l\u2019<em>incipit<\/em> et le <em>desinit<\/em> annoncent une reconstruction du couple, le c\u0153ur m\u00eame du roman s\u2019articule autour d\u2019un d\u00e9sastre qui, \u00e9chappant \u00e0 toute compr\u00e9hension, cr\u00e9e une obsession de savoir que le <em>logos <\/em>\u00e0 l\u2019\u0153uvre dans les livres sur la passion est incapable de satisfaire. Lorsqu\u2019il se heurte \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019impensable indicible\u00a0\u00bb, le savoir est corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la vision. Jack cr\u00e9e mentalement la sc\u00e8ne au cours de laquelle Anne fait l\u2019amour pour la premi\u00e8re fois avec son sculpteur sur bois letton. La vision s\u2019aiguise dans un ressassement qui ravive sans fin sa souffrance\u00a0: \u00ab\u00a0la naus\u00e9e montait, \u00e0 trop voir, si peu savoir\u00a0\u00bb (SN, 96). V\u00e9cue comme un drame intime, cette sc\u00e8ne est tristement commune.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Tous alcooliques, et tous vieux, et peut-\u00eatre tous ma\u00e7ons au noir, et m\u00eame tous Lettons, qui tous avaient du mal \u00e0 respirer l\u2019air de chez eux, tous passant leur temps \u00e0 attirer en cachette sur leurs sales matelas avec leurs draps \u00e0 fleurs nos femmes tristes. (SN, 100)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est in\u00e9vitable. La sc\u00e8ne se passe toujours de la m\u00eame fa\u00e7on, \u00ab\u00a0\u00e9videmment\u00a0\u00bb (SN, 119), adverbe dans lequel r\u00e9sonne le mot \u00ab\u00a0\u00e9videment\u00a0\u00bb. Elle est le centre creux du livre. Si la paronomase est implicite dans <em>Sous le n\u00e9flier <\/em>\u2013 \u00ab\u00a0\u00e9videment\u00a0\u00bb n\u2019est pas employ\u00e9 \u2013, elle tend \u00e0 se pr\u00e9ciser sous la plume d\u2019autres auteurs publi\u00e9s aux \u00e9ditions de Minuit \u00e9crivant sur des couples qui se d\u00e9font. En t\u00e9moigne la situation des narrateurs de Christian Oster, abandonn\u00e9s par leurs compagnes quand commencent les romans. Au d\u00e9but d\u2019<em>Une femme de m\u00e9nage<\/em>, Constance est partie. \u00ab Ce qu\u2019elle nous laisse, maintenant, c\u2019est, oui. Evidemment. Un vide. [\u2026] Plus rien qu\u2019un vide, une plaie referm\u00e9e sur du vide.\u00a0\u00bb (Oster, 2001, 8-9) La plaie est la m\u00e9taphore d\u2019un vide ontologique, d\u2019une maladie de l\u2019\u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e \u00e0 la fois par la d\u00e9r\u00e9liction et la banalit\u00e9. Les romans de Serena pourraient faire pleinement partie des \u00ab\u00a0imaginaires de l\u2019\u00e9videment et de la disparition\u00a0\u00bb qu\u2019analyse Fabien Gris et qui r\u00e9unissent bien des \u00e9crivains de Minuit depuis les ann\u00e9es 1970\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Evider, c\u2019est miner, creuser; cela suppose initialement un point de d\u00e9part plein et entier, auquel on ferait subir un rigoureux travail de sape, c\u2019est-\u00e0-dire un <em>travail du n\u00e9gatif<\/em>, qui fait appara\u00eetre les manques et les b\u00e9ances. (Gris, 2014, 39 [l\u2019auteur souligne])<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jacques Serena renouvelle la th\u00e9matique amoureuse en substituant le vide d\u2019une trahison sentimentale \u00e0 la pl\u00e9nitude d\u2019un couple qui se construit.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>BARTHES, Roland. 1977. <em>Fragments d\u2019un discours amoureux<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, collection \u00ab\u00a0Tel Quel\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>BECKETT, Samuel. [1953] 2004. <em>L\u2019innommable<\/em>. Paris\u00a0: Minuit, collection \u00ab\u00a0Double\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>DUFOURMANTELLE, Anne. [2009] 2012 <em>En cas d\u2019amour. Psychopathologie de la vie amoureuse<\/em>. Paris\u00a0: Payot et Rivages, collection \u00ab\u00a0Rivages Poche \/ Petite Biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>GRIS, Fabien. 2014. \u00ab\u00a0Imaginaires de l\u2019\u00e9videment et de la disparition. Le travail du n\u00e9gatif dans les romans minuitards depuis 1980\u00a0\u00bb dans M. Bertrand, K. Germoni, A. Jauer (dir.), <em>Existe-t-il un style Minuit?<\/em> Aix-Marseille\u00a0: Presses Universitaires de Provence, p.\u00a037-46.<\/p>\n<p>JANK\u00c9L\u00c9VITCH, Vladimir. 1964. <em>L\u2019ironie<\/em>, Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>MARTIN-ACHARD, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2010. \u00ab\u00a0Les Monologueurs de Jacques Serena\u00a0: une col\u00e8re \u201cobjective\u201d?\u00a0\u00bb dans M. Majorano (dir.), <em>\u00c9crire le fiel<\/em>. Bari\u00a0: B.A. Graphis, p.\u00a045-58.<\/p>\n<p>OSTER, Christian. 2001. <em>Une femme de m\u00e9nage<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>SERENA, Jacques. 1989. <em>Isabelle de dos<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>_____. 1992. <em>Basse ville<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>_____. 1993. <em>Lendemain de f\u00eate<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>_____. 2002. <em>Plus rien dire sans toi<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>_____. 2004. <em>L\u2019acrobate<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>_____. 2007. <em>Sous le n\u00e9flier<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>_____, Guichard, Thierry (propos recueillis par). 1998. \u00ab\u00a0La sc\u00e8ne au bout de la nuit\u00a0\u00bb, <em>Le Matricule des anges<\/em>, n\u00b0 22, p.\u00a018-20.<\/p>\n<p>_____, Fusaro, Philippe (propos recueillis par). 2005. \u00ab\u00a0L\u2019entretien\u00a0\u00bb dans <em>La vie dans le verbe\u00a0: Jacques Serena<\/em>. Initiales, p.\u00a09. Disponible en ligne\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.initiales.org\/visuels\/pdf\/serena.pdf\u00a0\">http:\/\/www.initiales.org\/visuels\/pdf\/serena.pdf\u00a0<\/a><\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_fiy654k\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_fiy654k\">[1]<\/a> De 1989 \u00e0 2007, Jacques Serena a publi\u00e9 chez Minuit six romans, r\u00e9f\u00e9renc\u00e9s dans la bibliographie, et une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre.<\/p>\n<p id=\"footnote2_eu1ckkx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_eu1ckkx\">[2]<\/a> Dans la suite, les renvois \u00e0 <em>Sous le n\u00e9flier <\/em>se feront \u00e0 l\u2019aide de l\u2019abr\u00e9viation SN suivie du num\u00e9ro de la page d\u2019o\u00f9 est extraite la citation.<\/p>\n<p id=\"footnote3_u5jt7hq\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_u5jt7hq\">[3]<\/a> Nous employons ce terme dans son acception originelle. Il d\u00e9signe un discours soumis \u00e0 l\u2019exigence rationnelle.<\/p>\n<p id=\"footnote4_ztp5ngf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_ztp5ngf\">[4]<\/a> Cette posture se retrouve souvent dans l\u2019\u0153uvre de Serena pour signifier l\u2019incommunicabilit\u00e9 au sein du couple. Rappelons qu\u2019il a intitul\u00e9 son premier roman publi\u00e9 chez Minuit <em>Isabelle de dos <\/em>(1989).<\/p>\n<p id=\"footnote5_lzdr82m\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_lzdr82m\">[5]<\/a> Etymologiquement, le terme est rattach\u00e9 \u00e0\u00a0<em>logos<\/em>, mais l\u2019\u00e9l\u00e9ment &#8211;<em>rh\u00e9e<\/em>, tir\u00e9 du grec\u00a0<em>rhein\u00a0<\/em>signifiant \u00ab\u00a0couler\u00a0\u00bb, rend compte d\u2019un d\u00e9bordement.<\/p>\n<p id=\"footnote6_3ty7fn0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_3ty7fn0\">[6]<\/a> Rappelons que dans son acception \u00e9tymologique, le mot est form\u00e9 sur\u00a0<em>passum<\/em>, supin du verbe\u00a0<em>pati\u00a0<\/em>qui signifie \u00ab\u00a0souffrir\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote7_qzxbt8u\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_qzxbt8u\">[7]<\/a> L\u2019expression est employ\u00e9e \u00e0 de nombreuses reprises dans la suite du roman.<\/p>\n<p id=\"footnote8_pfcezs0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_pfcezs0\">[8]<\/a> Le roman publi\u00e9 aux Editions de Minuit avant <em>Sous le n\u00e9flier<\/em> s\u2019intitule <em>L\u2019Acrobate <\/em>(2004).<\/p>\n<p id=\"footnote9_c1fooj7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_c1fooj7\">[9]<\/a> L\u2019expression est employ\u00e9e \u00e0 deux reprises dans le m\u00eame paragraphe.<\/p>\n<p id=\"footnote10_lajdu8a\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_lajdu8a\">[10]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019un pr\u00e9sent de v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale employ\u00e9 pour exprimer des pr\u00e9ceptes moraux sous la forme de sentences, maximes et proverbes.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Clamen-Nanni, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2015. \u00ab\u00a0La trahison en amour\u00a0: exprimer l\u2019inexprimable dans\u00a0Sous le n\u00e9flier\u00a0de Jacques Serena\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/clamens-nanni-22&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/clamens-nanni-22_1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 clamens-nanni-22_1.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-7811fdc5-2cdd-450b-9cc0-ba728dbe2225\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/clamens-nanni-22_1.pdf\">clamens-nanni-22_1<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/clamens-nanni-22_1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-7811fdc5-2cdd-450b-9cc0-ba728dbe2225\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022 \u00ab\u00a0Il faut vraiment \u00eatre attard\u00e9 pour croire, apr\u00e8s trente ans, \u00e0 l\u2019amiti\u00e9, l\u2019amour, l\u2019honneur, toutes ces vieilles badernes.\u00a0\u00bb (Serena, Guichard, 1998, 18). Il s\u2019agit pour Jacques Serena de valeurs p\u00e9rim\u00e9es. Pourtant, parmi ces th\u00e8mes qu\u2019il juge d\u2019un autre temps, il en est un, l\u2019amour, qui traverse l\u2019ensemble [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1252,1255],"tags":[75],"class_list":["post-5569","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-discours-et-poetiques-de-lamour","category-lamour-passager","tag-clamens-nanni-frederic"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5569","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5569"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5569\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8758,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5569\/revisions\/8758"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5569"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5569"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5569"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}