{"id":5570,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/lecriture-du-deuil-amoureux-chez-sophie-calle-la-dimension-cyclique-dans-douleur-exquise\/"},"modified":"2024-08-29T18:11:00","modified_gmt":"2024-08-29T18:11:00","slug":"lecriture-du-deuil-amoureux-chez-sophie-calle-la-dimension-cyclique-dans-douleur-exquise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5570","title":{"rendered":"L\u2019\u00e9criture du deuil amoureux chez Sophie Calle : la dimension cyclique dans Douleur Exquise"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\">Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>Ainsi cependant vous avez pu vivre cet amour de la seule fa\u00e7on qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu\u2019il soit advenu.<\/p>\n<p>Marguerite Duras, <em>La Maladie de la mort<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si le deuil est en soi une \u00e9preuve douloureuse, l\u2019\u00e9crire peut \u00eatre aussi, sinon plus \u00e9prouvant. En effet, transcrire cette peine est un exercice difficile en ce qu\u2019il implique pour le sujet de rationaliser la douleur qui en d\u00e9coule, de concr\u00e9tiser des sentiments p\u00e9nibles \u00e0 mettre en mots. C\u2019est en ce sens que l\u2019\u00e9criture du deuil est travers\u00e9e par diff\u00e9rentes formes\u00a0: perdre quelqu\u2019un dans la mort, par un d\u00e9part, un conflit ou un rejet g\u00e9n\u00e8re diff\u00e9rentes \u00e9motions qui \u00e0 leur tour se voient transpos\u00e9es diversement dans le r\u00e9cit, transformant l\u2019\u00e9criture en un geste qui catalyse la souffrance. Toutefois, il semble que, peu importe les modalit\u00e9s d\u2019\u00e9criture par lesquelles il est \u00e9voqu\u00e9, le deuil demeure un travail sur soi &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire un processus qui demande au sujet de g\u00e9rer cette perte.<\/p>\n<p>La psychanalyste Anne Dufourmantelle, dans l\u2019ouvrage <em>En cas d\u2019amour\u00a0: Psychopathologie de la vie amoureuse<\/em>, raconte l\u2019histoire de Mina Tauher. Cette femme entre dans le bureau de Dufourmantelle avec une demande qui lui para\u00eet bien simple\u00a0: \u00ab\u00a0Je voudrais que vous me d\u00e9barrassiez de l\u2019amour.\u00a0\u00bb (Dufourmantelle, 2011, 11) L\u2019homme qu\u2019elle aimait l\u2019a quitt\u00e9e vingt-cinq ans plus t\u00f4t, mais elle ne s\u2019en remet pas, elle a \u00ab\u00a0construit [s]a vie pour que jamais cette douleur ne puisse revenir\u00a0\u00bb, parce que \u00ab\u00a0c\u2019est de l\u2019amour dont [elle] [a] peur\u00a0\u00bb (15-16). Cette courte anecdote permet \u00e0 Dufourmantelle d\u2019entamer une r\u00e9flexion sur l\u2019amour, plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00ab\u00a0de penser [\u00e0] ce qui nous fait r\u00e9p\u00e9ter le m\u00eame sc\u00e9nario et souffrir en boucle des m\u00eames maux d\u2019amour\u00a0\u00bb (Quatri\u00e8me de couverture). Le discours de Mina Tauher, puisqu\u2019il nous semble embl\u00e9matique de celui de la rupture amoureuse, se pose comme le point de d\u00e9part \u00e0 partir duquel nous pouvons aborder la r\u00e9p\u00e9tition dans le deuil amoureux. Ainsi, nous pouvons penser celui-ci comme un \u00e9v\u00e9nement qui cr\u00e9e une communaut\u00e9, celle des c\u0153urs bris\u00e9s, dont les histoires singuli\u00e8res dessinent en creux une mani\u00e8re commune de vivre et revivre le sc\u00e9nario de la perte. C\u2019est \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre <em>Douleur exquise <\/em>de l\u2019artiste Sophie Calle que nous examinerons les expressions et les formes litt\u00e9raires que prend la r\u00e9p\u00e9tition, qui se pr\u00e9sente \u00e0 notre avis comme une des modalit\u00e9s d\u2019\u00e9criture du deuil amoureux.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9criture du deuil\u00a0: un pari impossible<\/h2>\n<p>Le deuil, employ\u00e9 dans son sens premier, c\u2019est-\u00e0-dire celui qui d\u00e9signe la souffrance \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 la suite du d\u00e9c\u00e8s de quelqu\u2019un, adopte plusieurs formes d\u2019expressions litt\u00e9raires. En effet, l\u2019\u00e9criture du deuil est travers\u00e9e par diff\u00e9rents motifs\u00a0: \u00ab\u00a0ressassement, souvenir obsessionnel, d\u00e9lire, ou encore, d\u00e9ni, refoulement, volont\u00e9 d\u2019oublier\u00a0\u00bb (Hidalgo-Bachs et Milkovitch-Rioux, 2014, X). Il nous semble que l\u2019\u00e9criture du deuil amoureux mobilise au m\u00eame titre ces attitudes dans l\u2019imaginaire litt\u00e9raire. Si cette d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture peut \u00eatre ardue, il s\u2019agit pourtant, selon Philippe Forest, d\u2019une des seules fa\u00e7ons de traverser cette \u00e9preuve. Dans son texte \u00ab\u00a0Sept propositions pour une po\u00e9tique du deuil\u00a0\u00bb, il mentionne que \u00ab\u00a0ce dont on ne peut parler, il faut l\u2019\u00e9crire\u00a0\u00bb (Forest, 2014, 591). C\u2019est aussi ce que soutient Olivier Ammour-Mayeur\u00a0: \u00ab\u00a0Le deuil doit passer par l\u2019\u00e9criture, car le deuil, lui, ne passe pas. L\u2019\u00e9criture devient, d\u00e8s lors, le seul moyen d\u2019en \u00e9vacuer le trop-plein, la seule fa\u00e7on de d\u00e9passer l\u2019assourdissant silence qui informe d\u00e9sormais l\u2019existence.\u00a0\u00bb (Ammour-Mayeur, 2014, 589) Le deuil et son \u00e9criture sont la tentative de donner <em>du<\/em> sens, et non <em>un <\/em>sens \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la perte.<\/p>\n<p>La personne qui vit une perte, qu\u2019elle soit dans la mort ou dans la rupture, est prise dans le paradoxe existentiel qu\u2019engendre ensuite le processus de deuil\u00a0: elle doit apprendre \u00e0 oublier et tenter de survivre avec cette perte tout en ressassant les souvenirs de l\u2019\u00eatre perdu. Les \u00e9crivaines ou \u00e9crivains aux prises avec ce conflit existentiel font usage d\u2019une certaine modalit\u00e9 m\u00e9lancolique, qui s\u2019op\u00e8re dans l\u2019\u00e9criture par la remise en pr\u00e9sence de l\u2019\u00eatre perdu. Cette modalit\u00e9 m\u00e9lancolique peut \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 la notion de survivance, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 ces traces qui reviennent, \u00e0 \u00ab\u00a0<em>ce qui appara\u00eet malgr\u00e9 tout<\/em>\u00a0\u00bb (Didi-Huberman, 2009, l\u2019auteur souligne). En contexte litt\u00e9raire, la survivance est l\u2019<em>\u00e9tat<\/em> de la perte dans l\u2019\u00e9criture d\u2019une personne en processus de deuil, c\u2019est-\u00e0-dire que les mots permettent au souvenir de l\u2019individu disparu de subsister dans notre m\u00e9moire. C\u2019est en ce sens que nous pouvons poser que cette \u00e9criture est <em>survivance<\/em>. Il est utopique de croire qu\u2019un deuil a une fin, que le livre consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eatre perdu est exutoire et synonyme de gu\u00e9rison. Il est plut\u00f4t <em>\u00e9tat<\/em>. Comme le souligne Eftihia Mihelakis,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[d]\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit de vivre avec quelqu\u2019un, d\u2019\u00e9crire avec lui, \u00e0 partir de lui, et toujours \u00e0 partir de la vie, ne serait-il pas plus juste de dire que le deuil est ce lieu o\u00f9 le souffle demeure et r\u00e9siste pour nous dire qu\u2019on n\u2019est pas seul, qu\u2019il y a quelque chose qui ne peut \u00eatre de l\u2019ordre de la conclusion\u00a0? (Mihelakis, 2014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c9crire l\u2019\u00eatre perdu, c\u2019est l\u2019\u00e9crire \u00ab\u00a0\u00e0 partir de la vie\u00a0\u00bb, c\u2019est lui permettre la survivance. Il est pourtant invraisemblable d\u2019\u00e9crire <em>avec<\/em> quelqu\u2019un qui n\u2019est pas l\u00e0. D\u2019ailleurs, nous dit Barthes, \u00ab\u00a0il n\u2019y a d\u2019absence que de l\u2019autre; c\u2019est l\u2019autre qui part, c\u2019est moi qui reste\u00a0\u00bb (Barthes, 1977, 19). D\u2019<em>o\u00f9 <\/em>\u00e9crit-on le deuil, donc? De soi, certes, et pourtant, le deuil ne <em>passe pas<\/em>. Il reste, comme nous qui restons. Cela se traduit par une \u00e9criture du ressassement, par laquelle les mots ne trouvent jamais de sortie d\u00e9finitive. Ils<em> survivent <\/em>et<em> restent <\/em>en nous, au m\u00eame titre que la personne disparue.<\/p>\n<h2><em>Douleur exquise\u00a0<\/em>: r\u00e9p\u00e9ter pour gu\u00e9rir<\/h2>\n<p>Dans <em>Douleur exquise, <\/em>Sophie Calle est celle qui reste, l\u2019homme qui la quitte est l\u2019\u00eatre perdu. Le r\u00e9cit se pr\u00e9sente comme un compte \u00e0 rebours des 92 jours &#8211; la p\u00e9riode \u00ab\u00a0Avant la douleur\u00a0\u00bb &#8211; qui ont men\u00e9s Calle \u00e0 la rupture avec son amant de l\u2019\u00e9poque, alors qu\u2019elle se trouvait au Japon. M., l\u2019homme en question, devait la rejoindre \u00e0 New Delhi \u00e0 la fin de son s\u00e9jour, rencontre qui n\u2019a finalement jamais lieu. Puis, suivent 99 r\u00e9cits de la peine d\u2019autres personnes &#8211; la p\u00e9riode \u00ab\u00a0Apr\u00e8s la douleur\u00a0\u00bb, des histoires \u00e0 travers lesquelles Calle a voulu \u00ab\u00a0\u00e9puis[er] [s]a propre histoire \u00e0 force de la raconter, ou bien relativis[er] [s]a peine face \u00e0 celle des autres\u00a0\u00bb (DE<a id=\"footnoteref1_0b884l9\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c0 partir de ce moment dans le texte, toutes les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Douleur exquise seront indiqu\u00e9es par l\u2019abr\u00e9viation \u00ab\u00a0DE\u00a0\u00bb. \" href=\"#footnote1_0b884l9\">[1]<\/a>, quatri\u00e8me de couverture). On y trouve c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te l\u2019histoire de la rupture de Calle et celle de ces gens \u00e0 qui elle a demand\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Quand avez-vous le plus souffert?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Alors qu\u2019il s\u2019agit du r\u00e9cit d\u2019une de ses ruptures amoureuses, Calle s\u2019exclut de son ouvrage en s\u2019effa\u00e7ant derri\u00e8re des photos de paysages et d\u2019objets, derri\u00e8re les r\u00e9cits d\u2019amis et d\u2019\u00e9trangers pour d\u00e9jouer ce silence cr\u00e9\u00e9 par l\u2019absence de l\u2019autre, par ce blanc qui, comme on l\u2019a vu avec Forest et Ammour-Mayer, peut difficilement s\u2019\u00e9noncer. En convoquant l\u2019ordinaire, le quotidien avec des photos et de courts textes, puis en se servant de r\u00e9cits d\u2019autres personnes, des anecdotes de leurs propres pertes, elle cherche \u00e0 contourner l\u2019absence de l\u2019homme et \u00e0 mettre en mots sa peine par l\u2019entremise de sa propre absence. Si, comme le souligne Isabelle D\u00e9carie, l\u2019\u0153uvre de Calle \u00ab\u00a0s\u2019articule autour d\u2019objets et de lieux qui t\u00e9moignent d\u2019un manque \u00e0 voir\u00a0\u00bb (D\u00e9carie, 2004, 34), <em>Douleur exquise <\/em>d\u00e9montre que l\u2019absence et le vide se manifestent \u00e9galement de mani\u00e8re figurative et que le deuil amoureux prend cette forme particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit du deuil amoureux de Sophie Calle est distinct d\u2019un r\u00e9cit sentimental traditionnel en ce qu\u2019elle le partage par fragments\u00a0: les moments \u00ab\u00a0Avant la douleur\u00a0\u00bb sont marqu\u00e9s par des clich\u00e9s de son s\u00e9jour au Japon et sont parfois accompagn\u00e9s d\u2019un court texte. Ils font, pour la plupart, r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 certains rituels japonais\u00a0: temples de l\u2019amour et du divorce, rituel des papiers li\u00e9s aux branches des arbres, celui des statuettes bouddhistes, etc. Un rituel est litt\u00e9ralement une r\u00e9p\u00e9tition\u00a0: c\u2019est un ensemble de r\u00e8gles, ou d\u2019actes et de paroles qui sont fix\u00e9s par la tradition et reproduits. C\u2019est \u00e0 travers ces photos que nous parcourons le chemin qui a men\u00e9 \u00e0 sa rupture; elles apparaissent comme des arr\u00eats sur la douleur, rappelant la d\u00e9finition du mot \u00ab\u00a0exquise\u00a0\u00bb donn\u00e9e par Calle en exergue\u00a0: \u00ab\u00a0Douleur vive et nettement localis\u00e9e\u00a0\u00bb (DE). Cette premi\u00e8re section est \u00e9galement ponctu\u00e9e de polaro\u00efds d\u2019elle-m\u00eame, qui sont autant de traces temporelles qui marquent l\u2019attente de son amoureux. Paradoxalement, ces photos ne semblent pas l\u00e0 pour exposer Calle, mais bien pour d\u00e9voiler l\u2019absence de l\u2019autre; elles rappellent qu\u2019au moment du clich\u00e9, elle attendait celui qui l\u2019a abandonn\u00e9e. On ne voit pas Calle, mais son attente\u00a0; d\u00e8s lors, elle est \u00e0 la fois \u00ab\u00a0partout\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0nulle part\u00a0\u00bb\u00a0: elle se retire de sa propre douleur en montrant des objets, des paysages, des lettres. Elle n\u2019est l\u00e0 que pour raconter son deuil, toujours \u00e0 partir d\u2019autres choses ou d\u2019autres personnes. On apprend au fil des pages que des objets sont les \u00ab\u00a0responsables\u00a0\u00bb de son malheur\u00a0: d\u2019abord le t\u00e9l\u00e9gramme, qu\u2019elle re\u00e7oit dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel, qui annonce que celui qu\u2019elle nomme \u00ab\u00a0M.\u00a0\u00bb ne viendra pas la rejoindre, puis, le t\u00e9l\u00e9phone rouge dans lequel elle entend la voix de l\u2019homme lui expliquer les raisons de la rupture. Cela semble anodin ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, mais on ne saurait en bl\u00e2mer Calle\u00a0: elle nous avertit d\u00e8s les d\u00e9buts du livre\u00a0qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0rupture banale\u00a0\u00bb, voire anecdotique\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis partie du Japon le 25 octobre 1984 sans savoir que cette date marquerait le d\u00e9but d\u2019un compte \u00e0 rebours de quatre-vingt-douze jours qui allait aboutir \u00e0 une rupture, banale, mais que j\u2019avais v\u00e9cue alors comme le moment le plus douloureux de ma vie. J\u2019ai tenu ce voyage pour responsable.\u00a0\u00bb En racontant la fin de son histoire amoureuse \u00e0 rebours, les moindres d\u00e9tails deviennent significatifs, elle leur trouve un nouveau sens. Ce temps du retour est, selon Isabelle D\u00e9carie, \u00ab\u00a0[\u2026] ce que le r\u00e9cit r\u00e9trospectif nous permet d\u2019accomplir pour exorciser et d\u00e9sincarner la douleur.\u00a0\u00bb (D\u00e9carie, 2004, 34) La p\u00e9riode et les \u00e9v\u00e9nements banaux qui la marquent sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, permettant ainsi au sujet de contourner la douleur, impossible \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre est s\u00e9par\u00e9e en son centre \u2013ce qui \u00e9voque d\u2019ailleurs une m\u00e9taphore de la rupture \u2013par une photo du fameux t\u00e9l\u00e9phone rouge \u00ab\u00a0responsable\u00a0\u00bb de la douleur, ce m\u00eame t\u00e9l\u00e9phone qui est grav\u00e9 sur la page couverture du livre. Comme l\u2019affirme Marie-Claude Gourde, \u00ab\u00a0le livre, par sa mat\u00e9rialit\u00e9, devient ce somptueux monument fun\u00e9raire construit \u00e0 la m\u00e9moire de la douleur, tel un lieu de recueillement o\u00f9 peut enfin \u00eatre d\u00e9pos\u00e9 le souvenir exorcis\u00e9 de cette perte amoureuse.\u00a0\u00bb \u00a0(Gourde, 2009, 49). Le livre de Calle, \u00e0 ce titre, appara\u00eet comme un tombeau de son histoire amoureuse, mais aussi de celle des autres. Dans la seconde partie de l\u2019\u0153uvre, Calle expose en effet les r\u00e9cits d\u2019\u00e9trangers qui r\u00e9pondent \u00e0 la question \u00ab\u00a0Quand avez-vous le plus souffert?\u00a0\u00bb. Dans ces histoires, la peine est caus\u00e9e par la perte d\u2019un \u00eatre cher, d\u2019un parent, d\u2019un ami. Dans la presque totalit\u00e9 des 99 r\u00e9cits, la cause du mal est la mort, cr\u00e9ant un parall\u00e8le entre la douleur du deuil amoureux de Calle et ces deuils particuliers. Cette analogie rappelle qu\u2019une rupture amoureuse provoque parfois la \u00ab\u00a0mort\u00a0\u00bb d\u2019une partie de soi, comme le souligne Pascal Millet\u00a0: \u00ab\u00a0le deuil n\u2019est pas tant le deuil de l\u2019objet r\u00e9el que celui de l\u2019objet interne, de la part qu\u2019avait pris le d\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans le Moi de l\u2019endeuill\u00e9. La souffrance du deuil est une souffrance de l\u2019amputation du Moi.\u00a0\u00bb (Millet, 2006) Ces parall\u00e8les engendrent, \u00e0 notre avis, une r\u00e9flexion in\u00e9vitable sur la perte.<\/p>\n<p>Sur chaque page de gauche de cette seconde section appara\u00eet le r\u00e9sum\u00e9 de la rupture avec \u00ab\u00a0M.\u00a0\u00bb, sous la m\u00eame photo du t\u00e9l\u00e9phone rouge. 99 fois, la lectrice et le lecteur voient ce t\u00e9l\u00e9phone. \u00c0 chaque nouvelle page cette histoire est reprise, r\u00e9p\u00e9tition scand\u00e9e, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, par un ancrage temporel\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a <em>X<\/em> jours, l\u2019homme que j\u2019aime m\u2019a quitt\u00e9e\u00a0\u00bb. Plus les jours de succ\u00e8dent, plus le r\u00e9sum\u00e9 se fait bref\u00a0: d\u2019abord relat\u00e9e en un paragraphe, la rupture l\u2019est finalement sur quelques lignes. L\u2019indiff\u00e9rence s\u2019installe progressivement\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019histoire ne m\u00e9rite pas d\u2019\u00eatre rab\u00e2ch\u00e9e interminablement\u00a0\u00bb (DE, 264), soulignant que Calle passe progressivement \u00e0 un autre stade du deuil. Alors qu\u2019au tout d\u00e9but, Sophie Calle mentionnait que \u00ab\u00a0[c]\u2019est une histoire ordinaire\u00a0\u00bb, mais que \u00ab\u00a0pourtant [elle] n\u2019avai[t] jamais autant souffert\u00a0\u00bb, le texte, \u00e0 la fin du livre, dispara\u00eet, \u00e0 l\u2019instar, on l\u2019imagine, de sa peine.<\/p>\n<p>C\u2019est par une sorte de rituel purgatif que Calle se d\u00e9fait de l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la rupture, du \u00ab\u00a0moment le plus douloureux\u00a0\u00bb de sa vie (DE, quatri\u00e8me de couverture). En le r\u00e9p\u00e9tant, elle se donne la possibilit\u00e9 de vivre une v\u00e9ritable catharsis, une extraction de tout sentiment n\u00e9gatif afin de parvenir \u00e0 la gu\u00e9rison. Ce \u00ab\u00a0temps du deuil\u00a0\u00bb se fait en deux \u00e9tapes\u00a0: d\u2019abord par le r\u00e9cit r\u00e9trospectif qui vise \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9sincarner la douleur\u00a0\u00bb (D\u00e9carie, 2004, 34), puis par le ressassement compulsif de l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la rupture. Cette deuxi\u00e8me \u00e9tape, selon une analyse de Catherine Lemieux, permettrait \u00e0 Calle de se d\u00e9sinvestir \u00e9motivement de la sc\u00e8ne de la rupture (Lemieux, 2015). Graduellement, l\u2019auteure passe de l\u2019histoire d\u2019un incident individuel et personnel \u00e0 un r\u00e9cit d\u2019une m\u00e9moire collective du deuil amoureux. Les jours de l\u2019apr\u00e8s-rupture se succ\u00e8dent, et la singularit\u00e9 du r\u00e9cit de Calle s\u2019estompe. Au jour X apr\u00e8s la rupture, elle \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019histoire \u2013 inutile de la personnaliser, on la trouve dans tous les vaudevilles \u2013 d\u2019un homme qui part et d\u2019une femme qui reste.\u00a0\u00bb (DE, 271) C\u2019est donc devenu cette \u00ab\u00a0histoire ordinaire\u00a0\u00bb, celle de la douleur commune des victimes d\u2019un deuil amoureux. Ainsi, autant par la r\u00e9p\u00e9tition de sa souffrance que par l\u2019accumulation des r\u00e9cits des autres, Calle d\u00e9personnalise les mots, les vide de leur contenu et \u00ab\u00a0fait de son histoire singuli\u00e8re un sch\u00e9ma universel. Le r\u00e9cit du deuil devient, dans <em>Douleur exquise<\/em>, progressivement r\u00e9ducteur et sch\u00e9matique.\u00a0\u00bb (Lemieux, 2015) Dans une ultime tentative pour nous rappeler comment une douleur amoureuse n\u2019a rien d\u2019exceptionnel, ni d\u2019exclusif, Calle use de l\u2019ironie\u00a0: le dernier r\u00e9cit est celui d\u2019une dame qui s\u2019est suicid\u00e9e parce qu\u2019on la croyait responsable d\u2019un crime, celui d\u2019avoir vol\u00e9 un pot de cr\u00e8me. Cela laisse entendre que toutes les souffrances se valent, malgr\u00e9 leur caract\u00e8re intense. Elle laisse entendre que ce sont toutes des \u00ab\u00a0trag\u00e9dies ordinaires\u00a0\u00bb\u00a0: la simple reprise d\u2019une histoire mille fois entendue.<\/p>\n<h2>De la temporalit\u00e9\u00a0: le deuil amoureux comme \u00e9v\u00e9nement<\/h2>\n<p>\u00c0 travers un retour sur le chemin qui a men\u00e9 \u00e0 la rupture et \u00e0 travers une reprise de la sc\u00e8ne de rupture, Calle, in\u00e9vitablement, <em>r\u00e9p\u00e8te\u00a0<\/em>: elle se rem\u00e9more, elle se souvient, comme le sujet amoureux qui vit une rupture peut r\u00e9p\u00e9ter les \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus avec la personne, se souvenir par m\u00e9lancolie ou par tristesse. D\u2019une certaine mani\u00e8re, le temps du deuil appara\u00eet comme une lutte contre l\u2019avenir, car celui-ci pourrait signifier une att\u00e9nuation de la peine, un oubli de l\u2019objet de notre amour; en ce sens, il impliquerait un cycle r\u00e9p\u00e9titif. C\u2019est ce que propose Antoine Compagnon dans une analyse du <em>Journal du deuil <\/em>de Barthes. Il affirme, \u00e0 la suite de celui-ci, que l\u2019exp\u00e9rience du deuil est en soi r\u00e9p\u00e9tition, refus de la lin\u00e9arit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Le deuil, le chagrin du deuil, pure r\u00e9p\u00e9tition, [\u2026] est d\u00e9ni de la temporalit\u00e9. La moindre suggestion de temporalit\u00e9 est intol\u00e9rable parce qu\u2019elle contient l\u2019id\u00e9e que le deuil pourrait baisser d\u2019intensit\u00e9, s\u2019att\u00e9nuer, s\u2019achever.\u00a0\u00bb (Compagnon, 2013) Or, souligne Compagnon, Barthes prend conscience que, malgr\u00e9 la temporalit\u00e9 qu\u2019impose la narrativit\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit, le deuil ne peut s\u2019accomplir que par un \u00ab\u00a0travail d\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb\u00a0: si le deuil est retir\u00e9 de la temporalit\u00e9, il est contraint de demeurer r\u00e9p\u00e9tition. Pour Compagnon, Barthes passe ainsi du \u00ab\u00a0deuil comme \u00e9motivit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 un \u00e9tat de \u00ab\u00a0tristesse et de m\u00e9lancolie, [op\u00e9rant] le passage du deuil comme phase \u00e0 la m\u00e9lancolie comme \u00e9tat.\u00a0\u00bb (Compagnon, 2013)<\/p>\n<p>C\u2019est tout le contraire chez Calle qui, elle, \u00ab\u00a0temporalise\u00a0\u00bb\u00a0: elle met des dates, compte les jours, les marquent avec une \u00e9tampe sur la page, demande \u00ab\u00a0<em>quand<\/em> avez-vous le plus souffert?\u00a0\u00bb et non \u00ab\u00a0<em>qu\u2019est-ce qui<\/em> vous a fait le plus souffrir?\u00a0\u00bb. Par l\u2019inscription de sa douleur dans un temps lin\u00e9aire et dans un r\u00e9cit \u00ab\u00a0chronologique\u00a0\u00bb, elle semble vouloir sortir du deuil, ou du moins \u00e9viter l\u2019\u00e9tat m\u00e9lancolique et son temps circulaire du ressassement. En s\u2019accrochant aux faits bruts, elle con\u00e7oit sa rupture comme quelque chose de localisable, comme un <em>\u00e9v\u00e9nement <\/em>douloureux qui rel\u00e8ve de l\u2019exception. Comme le note Dufourmantelle, \u00ab\u00a0[l]\u2019\u00e9v\u00e9nement dans sa brutalit\u00e9 rappelle le rituel, la croyance, le sacr\u00e9. Faire de l\u2019\u00e9v\u00e9nement un sacrifice c\u2019est lui trouver un ordre, une place, une justification.\u00a0\u00bb (Dufourmantelle, 2014, 45) Toutefois, lorsque l\u2019on tente de comprendre l\u2019\u00e9v\u00e9nement et de l\u2019expliquer concr\u00e8tement, il \u00ab\u00a0[\u2026] transcende notre capacit\u00e9 \u00e0 le penser\u00a0\u00bb (45), car il inaugure quelque chose de nouveau et \u00ab\u00a0fait [<em>sic<\/em>] \u00e9merger des traumas enfouis\u00a0\u00bb (Dufourmantelle, 2014, en ligne). Chez Sophie Calle,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] Il faut \u00e0 tout prix lui trouver une place\u00a0[\u2026] alors on \u00e9chafaude une explication, on construit une raison [\u2026]. Pouvoir penser que rien n\u2019aurait pu se passer autrement \u00e9loigne de nous le trauma de l\u2019incompr\u00e9hensible prise sur nous de l\u2019\u00e9v\u00e9nement [\u2026]. (Dufourmantelle, 2014, 46)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, m\u00eame s\u2019il semble impossible de le faire, Calle cherche \u00e0 expliquer le deuil sous l\u2019angle de l\u2019\u00e9v\u00e9nement &#8211; traumatique, violent, qui rel\u00e8ve du sacrifice &#8211; afin de lui donner \u00ab\u00a0un ordre, une place, une justification\u00a0\u00bb. Elle tente de rationaliser l\u2019\u00e9v\u00e9nement de la rupture, ce\u00a0trauma \u00ab\u00a0incompr\u00e9hensible\u00a0\u00bb\u00a0qu\u2019est l\u2019abandon de l\u2019\u00eatre aim\u00e9. Or, en lisant son r\u00e9cit, il semble que dans la transposition \u00e0 l\u2019\u00e9crit,\u00a0cette \u00ab rationalisation \u00bb \u00e9choue, l&rsquo;explication rate:\u00a0Calle\u00a0demeure\u00a0autour\u00a0du deuil amoureux, en manipulant l\u2019absence, en la r\u00e9p\u00e9tant, en la redisant, et non en \u00e9crivant la douleur telle quelle. L\u2019ouvrage incarne ainsi ce que nous supposions au d\u00e9part\u00a0: une \u00e9criture impossible du deuil amoureux, de la douleur et de la rupture.\u00a0Si la rupture est\u00a0v\u00e9cue\u00a0sur le mode du sacrifice, elle semble\u00a0s\u2019\u00e9crire\u00a0sur celui de l&rsquo;\u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nement philosophique\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019instar de ce que Dufourmantelle d\u00e9finit comme l\u2019\u00e9v\u00e9nement de l\u2019amour\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La rencontre est un \u00e9v\u00e9nement philosophique. [\u2026] Entrer dans cette histoire, dire oui \u00e0 la rencontre, c\u2019est accepter d\u2019\u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9. Mais cela veut dire quoi? Un \u00eatre vous appartient-il \u00e0 jamais? Non, ni son amour, ni sa passion, ni m\u00eame sa pr\u00e9sence. Tout peut dispara\u00eetre, s\u2019oublier, se perdre. Il faut \u00eatre fou pour faire ce pari insens\u00e9 de l\u2019amour. C\u2019est cette inconscience m\u00eame qui est magnifique [\u2026]. (86-87)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Prise par cet \u00e9v\u00e9nement de la rupture, Calle oublie qu\u2019elle avait d\u2019abord accept\u00e9 le pari, cette rencontre avec M. \u00e0 New Delhi, embrass\u00e9 l\u2019inconscience de l\u2019amour. Si la rencontre n\u2019a jamais lieu, l\u2019\u00e9v\u00e9nement de l\u2019amour demeure pourtant tributaire de son deuil amoureux.<\/p>\n<h2>Se d\u00e9faire du deuil\u00a0en \u00ab\u00a0prenant soin de soi\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p><em>Douleur exquise <\/em>pr\u00e9sente l\u2019une des formes litt\u00e9raires que peut prendre le deuil amoureux, \u00e0 l\u2019instar d\u2019autres \u0153uvres de Sophie Calle. En effet, <em>Prenez soin de vous <\/em>propose une autre version de l\u2019\u00e9criture du deuil amoureux\u00a0: Calle re\u00e7oit une lettre de rupture de son amant de l\u2019\u00e9poque, G., et cette lettre se termine par \u00ab\u00a0Prenez soin de vous\u00a0\u00bb. L\u2019artiste d\u00e9cide d\u2019appliquer ce conseil mot pour mot. Pour se consoler, elle demande \u00e0 d\u2019autres femmes, 107 exactement, d\u2019interpr\u00e9ter cette lettre. Les r\u00e9sultats de ces collaborations sont compil\u00e9s dans un livre imposant, de couleur rose n\u00e9on. Le livre <em>Prenez soin de vous<\/em> prend \u00e0 nouveau la forme d\u2019un monument litt\u00e9raire permettant la survivance de l\u2019\u00eatre aim\u00e9, une autre cr\u00e9ation m\u00e9morielle de Calle pour repr\u00e9senter le deuil amoureux. Elle use encore une fois de la r\u00e9p\u00e9tition pour \u00e9vacuer une douleur qui semble indicible, puisque chaque femme analyse, commente et chante<a id=\"footnoteref2_f51k8r8\" class=\"see-footnote\" title=\"Des disques accompagnent l\u2019ouvrage de Calle.\" href=\"#footnote2_f51k8r8\">[2]<\/a> \u00a0la m\u00eame lettre. Calle choisit aussi de demander aux <em>autres <\/em>de dire sa douleur, comme si c\u2019est \u00e0 travers eux qu\u2019elle arrivait enfin \u00e0 se \u00ab\u00a0d\u00e9barrasser de l\u2019amour\u00a0\u00bb. Ainsi Sophie Calle arriverait-elle \u00e0 r\u00e9aliser le fameux souhait de Mina Tauher\u00a0: se \u00ab\u00a0d\u00e9faire\u00a0\u00bb de son deuil plut\u00f4t que de le faire (Dufourmantelle, 2014, en ligne).<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p><strong>Corpus \u00e9tudi\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>CALLE, Sophie, <em>Douleur Exquise<\/em>, Arles\u00a0: Actes Sud, 2003, 281 p.<\/p>\n<p><strong>Corps critique<\/strong><\/p>\n<p>BARTHES, Roland. 1977. <em>Fragments d\u2019un discours amoureux.<\/em> Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>CALLE, Sophie. 2007. <em>Prenez soin de vous.<\/em> Arles\u00a0: Actes Sud, coll.\u00a0: \u00ab\u00a0Beaux Arts\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>COMPAGNON, Antoine. F\u00e9vrier 2013. \u00ab\u00a0\u00c9crire le deuil\u00a0\u00bb. <em>Acta fabula<\/em>, vol. 14, no 2, \u00ab\u00a0<em>Let\u2019s Proust again!<\/em>\u00a0\u00bb, [En ligne], <a href=\"http:\/\/www.fabula.org\/acta\/document7574.php\">http:\/\/www.fabula.org\/acta\/document7574.php<\/a>.<\/p>\n<p>D\u00c9CARIE, Isabelle. Septembre-octobre 2004. \u00ab\u00a0Aimer souffrir\u00a0\u00bb. <em>Spirale<\/em>, no 198, p. 34-35, [En ligne], <a href=\"http:\/\/id.erudit.org.proxy.bibliotheques.uqam.ca:2048\/iderudit\/19052ac\">http:\/\/id.erudit.org.proxy.bibliotheques.uqam.ca:2048\/iderudit\/19052ac<\/a>.<\/p>\n<p>DIDI-HUBERMAN, Georges. 2009. <em>Survivance des lucioles<\/em>. Paris\u00a0: Les \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>DUFOURMANTELLE, Anne. 2011. <em>En cas d\u2019amour\u00a0: Psychopathologie de la vie amoureuse.<\/em> Paris\u00a0: Payot &amp; Rivages, coll. \u00ab\u00a0Rivages poche\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>_____. 28 f\u00e9vrier 2014. \u00ab\u00a0Anne Dufourmantelle\u00a0: le sacrifice est-il encore possible?\u00a0\u00bb. <em>Philosophie magazine, <\/em>dossier \u00ab\u00a0Pour quoi, pour qui risquer ou donner sa vie aujourd\u2019hui\u00a0: \u00e9clairages philosophiques\u00a0\u00bb. [En ligne], <a href=\"http:\/\/www.philomag.com\/les-idees\/anne-dufourmantelle-le-sacrifice-est-il-encore-possible-9120\">http:\/\/www.philomag.com\/les-idees\/anne-dufourmantelle-le-sacrifice-est-i&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p>DURAS, Marguerite. 1982. <em>La Maladie de la mort<\/em>, Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>GOURDE, Marie-Claude. 2009. \u00ab\u00a0Simulacres d\u2019une m\u00e9moire de soi\u00a0: archives, deuil et identit\u00e9 chez Catherine Mavrikakis et Sophie Calle\u00a0\u00bb. M\u00e9moire, Montr\u00e9al, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, ma\u00eetrise en \u00e9tudes litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>HIDALGO-BACHS, Bernadette et Catherine MILKOVITCH-RIOUX (dir.). 2014. <em>\u00c9crire le deuil dans les litt\u00e9ratures des XXe et XXIe si\u00e8cles<\/em>. Clermont-Ferrand\u00a0: Presses universitaires Blaise-Pascal, coll.\u00a0 \u00ab\u00a0Litt\u00e9ratures\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>LEMIEUX, Catherine. Mai 2015. \u00ab\u00a0M\u00e9lancolie et restitutions dans <em>Douleur exquise <\/em>de Sophie Calle\u00a0\u00bb. <em>Post-Scriptum<\/em>, vol. 14, [En ligne], <a>http:\/\/www.post-scriptum.org\/melancolie-et-restitutions-dans-douleur<\/a>.<\/p>\n<p>MIHELAKIS, Ethifia. Mai 2015. \u00ab\u00a0Toute la vie, la vie avec les morts\u00a0\u00bb. <em>Post-Scriptum<\/em>, vol. 14, [En ligne], <a href=\"http:\/\/www.post-scriptum.org\/toute-la-vie-la-vie-avec-les-morts\">http:\/\/www.post-scriptum.org\/toute-la-vie-la-vie-avec-les-morts<\/a>.<\/p>\n<p>MILLET, Pascal. 2006. \u00ab\u00a0Le deuil\u00a0\u00bb. Universit\u00e9 de Franche-Comt\u00e9, cours EPSSEL sur le deuil et les soins palliatifs, 97 pages, [En ligne], <a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/millet_pascal\/deuil\/millet_pascal_deuil.p%09df\">http:\/\/classiques.uqac.ca\/contemporains\/millet_pascal\/deuil\/millet_pascal_deuil.pdf<\/a><\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_0b884l9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_0b884l9\">[1]<\/a> \u00c0 partir de ce moment dans le texte, toutes les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 <em>Douleur exquise <\/em>seront indiqu\u00e9es par l\u2019abr\u00e9viation \u00ab\u00a0DE\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote2_f51k8r8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_f51k8r8\">[2]<\/a> Des disques accompagnent l\u2019ouvrage de Calle.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dor\u00e9, Gabrielle. 2015. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture du deuil amoureux\u00a0chez Sophie Calle\u00a0: la dimension cyclique dans Douleur Exquise \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/dore-22&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dore-22_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dore-22_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-b91da3da-fed8-45b8-8a9d-e83a5875943f\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dore-22_0.pdf\">dore-22_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dore-22_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-b91da3da-fed8-45b8-8a9d-e83a5875943f\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022 Ainsi cependant vous avez pu vivre cet amour de la seule fa\u00e7on qui puisse se faire pour vous, en le perdant avant qu\u2019il soit advenu. Marguerite Duras, La Maladie de la mort Si le deuil est en soi une \u00e9preuve douloureuse, l\u2019\u00e9crire peut \u00eatre aussi, sinon plus [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1252,1255],"tags":[109],"class_list":["post-5570","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-discours-et-poetiques-de-lamour","category-lamour-passager","tag-dore-gabrielle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5570"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5570\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8756,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5570\/revisions\/8756"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}