{"id":5571,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-poetique-de-lamour-des-la-crise-du-sujet-decadentiste\/"},"modified":"2024-08-29T18:09:37","modified_gmt":"2024-08-29T18:09:37","slug":"la-poetique-de-lamour-des-la-crise-du-sujet-decadentiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5571","title":{"rendered":"La po\u00e9tique de l\u2019amour d\u00e8s la crise du sujet d\u00e9cadentiste"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6891\">Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022<\/a><\/h5>\n<p>Le sujet moderne dans la po\u00e9sie fran\u00e7aise s\u2019est dit en crise depuis la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019origine en est multiple\u00a0: crise des valeurs, contexte r\u00e9volt\u00e9 et subjectivit\u00e9s d\u00e9stabilis\u00e9es suite \u00e0 la mont\u00e9e de l\u2019objectivisme scientifique. L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019amour ne pouvait \u00e9chapper \u00e0 ce nouvel ordre. Il est commun\u00e9ment admis que l&rsquo;amour repr\u00e9sente, dans une grande part de la po\u00e9sie universelle depuis les trouv\u00e8res et les troubadours du Moyen \u00c2ge, le catalyseur du lyrisme\u00a0: on peut citer ici des critiques comme Alfred Jeanroy dans <em>Les Origines de la po\u00e9sie lyrique en France,<\/em> Jean-Michel Maulpoix dans <em>Du Lyrisme<\/em>, Dominique Rabat\u00e9 dans <em>Figures du sujet lyrique<\/em>, Nathalie Watteyne dans <em>Lyrisme et \u00e9nonciation lyrique<\/em>, etc. Les sujets concern\u00e9s, qu\u2019ils soient fictifs ou r\u00e9els, ont beaucoup manifest\u00e9 leur <em>je<\/em> amoureux souffrant et capable au chant \u00e9ternel. La p\u00e9riode romantique de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, o\u00f9 les textes demeurent caract\u00e9ristiques de la passion amoureuse, en est un bon exemple. Avec la crise du sujet lyrique, qui atteint son apog\u00e9e vers la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le sujet de l\u2019amour constitue encore un int\u00e9r\u00eat majeur pour les po\u00e8tes, mais la mani\u00e8re de le traiter commence \u00e0 prendre d&rsquo;autres orientations. L\u2019esprit d\u00e9rout\u00e9 par la vie changeante est responsable de ce changement paradigmatique. Le contexte socioculturel de la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle se caract\u00e9rise par l\u2019effritement de l\u2019imaginaire idyllique de l\u2019union amoureuse entre deux personnes. C&rsquo;est pourquoi les sujets ayant v\u00e9cu des relations amoureuses donnent libre cours \u00e0 l&rsquo;expression du mal qu&rsquo;ils y ont subi. Le sentiment amoureux n\u2019excellera pas dans l\u2019expression de la passion; il s&rsquo;agira plut\u00f4t d&rsquo;une conversion quasi unanime au mal d&rsquo;aimer dont les po\u00e8tes se plaindront am\u00e8rement. Qu&rsquo;il soit manque, \u00e9chec, trahison, s\u00e9paration, indiff\u00e9rence, non-r\u00e9ciprocit\u00e9 ou autres, l&rsquo;amour est repr\u00e9sent\u00e9 dans toutes les images n\u00e9gatives existantes et, d\u00e8s lors, l&rsquo;on affirme l&rsquo;imaginaire \u00ab\u00a0d\u00e9cadent\u00a0\u00bb, d\u00e9j\u00e0 pressenti dans la po\u00e9sie baudelairienne, en particulier <em>Les Fleurs du mal<\/em>. \u00c0 cet \u00e9gard, le g\u00e9nie de l\u2019\u00e9criture d\u00e9cadentiste se trouve dans la recherche du sujet trahi \u00e0 transposer son amour, du c\u0153ur \u00e0 la raison. Plus qu&rsquo;un objet de sentiment, l\u2019amour lui devient sujet de r\u00e9flexion. Autrement dit, le consid\u00e9rer comme source de malheur est un point de d\u00e9part n\u00e9cessaire aux vers m\u00e9lodieux exploitant la souffrance intime. Mais la m\u00e9ditation que provoque l\u2019amour incite le po\u00e8te \u00e0 s&rsquo;exprimer en termes de transcendance, variant d&rsquo;une exp\u00e9rience \u00e0 l&rsquo;autre. On s&rsquo;aper\u00e7oit suite \u00e0 la lecture de plusieurs \u0153uvres, soit <em>Les Amours jaunes <\/em>(1873) de Tristan Corbi\u00e8re, <em>La Chanson des gueux <\/em>(1876) de Jean Richepin, <em>Sagesse <\/em>(1881) de Paul Verlaine, <em>Les Complaintes <\/em>(1885) de Jules Laforgue et <em>La Multiple splendeur <\/em>(1906) d\u2019Emile Verhaeren, que le sujet s\u2019attache contin\u00fbment \u00e0 reformuler l\u2019amour de la femme. Cet amour, con\u00e7u plus ou moins, comme inutile ou inconvenant chez ces po\u00e8tes, rev\u00eat l\u2019aspect d\u2019une recherche de l&rsquo;Autre. La peine d&rsquo;aimer ou de ne pas aimer se joint \u00e0 la volont\u00e9 de rem\u00e9dier \u00e0 la situation amoureuse m\u00e9diocre du sujet lyrique, et la cons\u00e9quence en est fastidieuse sur le plan sentimental.<\/p>\n<h2>Corbi\u00e8re\u00a0: le malchanceux d\u00e9plorable<\/h2>\n<p>Dans <em>Les Amours jaunes<\/em> de Corbi\u00e8re, on constate le grand int\u00e9r\u00eat que porte le sujet \u00e0 l&rsquo;amour. Le recueil ainsi intitul\u00e9 annonce d\u00e8s le d\u00e9but une mise en question de la passion amoureuse. Le projet critique du sujet l\u2019emporte alors sur la description d&rsquo;un tel \u00e9tat d&rsquo;\u00e9motion passag\u00e8re ou durable. Il s\u2019y trouve en outre une\u00a0 strophe qui reprend cette m\u00eame acception pour laisser entendre que l&rsquo;origine de cette \u0153uvre se rapporte principalement aux exp\u00e9riences sentimentales du sujet : \u00ab\u00a0lapassion c&rsquo;est l&rsquo;averse\u00a0\/ Qui traverse! \/ Mais la femme n&rsquo;est qu&rsquo;un grain : \/ Grain de beaut\u00e9, de folie \/ Ou de pluie\u2026 \/ Grain d&rsquo;orage \u2013 ou de serein\u00a0\u00bb(Corbi\u00e8re, 1873,44). Si la chose est ainsi dite, c&rsquo;est parce que le sujet reconna\u00eet qu\u2019il est difficile de r\u00e9sister au coup de foudre lorsqu\u2019on rencontre sa dulcin\u00e9e. Dans sa vie personnelle, Corbi\u00e8re connaissait l&rsquo;amour de Marcelle, que les po\u00e8mes d\u2019ouverture et de cl\u00f4ture du recueil mettent en titre. Le regard plaintif qui s&rsquo;y d\u00e9gage survole les autres po\u00e8mes et aborde de pr\u00e8s ou de loin la th\u00e9matique de la passion amoureuse\u00a0: le sujet se sent touch\u00e9 par son caract\u00e8re imparfait ou volage\u00a0: \u00ab\u00a0Mon amour, \u00e0 moi, n&rsquo;aime pas qu&rsquo;on l&rsquo;aime ; \/ Mendiant, il a peur d&rsquo;\u00eatre \u00e9cout\u00e9\u2026 \/ C&rsquo;est un lazzarone enfin, un boh\u00e8me, \/ D\u00e9jeunant de je\u00fbne et de libert\u00e9.\u00a0\u00bb (50) L\u2019amoureux exprime une douleur intense qui d\u00e9coule de la vie d\u00e9pourvue de relation stable. De telle sorte, il accepte toute \u00e9preuve, y compris la \u00ab\u00a0m\u00e9tempsycose\u00a0\u00bbqui fait de lui son chien domestique. Et il sait par-l\u00e0 que la relation homme\/femme devra faire appel \u00e0 la fid\u00e9lit\u00e9 : \u00ab\u00a0Beau chien, quand je vois caresser ta ma\u00eetresse, \/ Je grogne malgr\u00e9 moi \u2013 pourquoi? \u2013 Tu n&rsquo;en sais rien\u2026 \/ \u2013 Ah, c&rsquo;est que moi \u2013 vois-tu \u2013 jamais je ne caresse, \/ Je n&rsquo;ai pas de ma\u00eetresse, et\u2026ne suis pas beau chien.\u00a0\u00bb (40) \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<\/p>\n<p>De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, le sujet amoureux ne se contente pas de pleurer sa malchance avec les femmes, il se questionne sur le nouveau r\u00f4le que pourrait remplir une bien-aim\u00e9e dans la soci\u00e9t\u00e9 moderne, comme le d\u00e9montre Pauline Newman Gordon :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ses po\u00e8mes font appara\u00eetre moins attrayant tout ce qui a eu le pouvoir de le s\u00e9duire : un baiser \u00ab\u00a0se gerce\u00a0\u00bb sur ses l\u00e8vres ; les myosotis se d\u00e9po\u00e9tisent en \u00ab\u00a0fleurs d&rsquo;oubliettes\u00a0\u00bb, et l&rsquo;objet de ses r\u00eaves est transform\u00e9 en \u00ab\u00a0sans c\u0153ur\u00a0\u00bb dur et arrogant. Il se plaira tellement peu \u00e0 lui-m\u00eame que la femme capable de l&rsquo;aimer serait \u00e0 \u00ab\u00a0conduire \u00e0 l&rsquo;hospice des folles\u00a0\u00bb. Sa rancune devient vengeance syst\u00e9matique. Les po\u00e8mes les plus c\u00e9l\u00e8bres de Corbi\u00e8re sont orient\u00e9s vers la d\u00e9pr\u00e9ciation de ce bien, o\u00f9 il avait d&rsquo;abord tendu. Son \u00ab\u00a0\u00c9pitaphe\u00a0\u00bb, construit autour du double mouvement de l&rsquo;\u00e9vocation et du refus, laisse mesurer l&rsquo;\u00e9cart entre ce qu&rsquo;il avait esp\u00e9r\u00e9 de la vie et ce qui lui est d\u00e9volu. (1964, 26)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La femme, dans l\u2019\u0153uvre de Corbi\u00e8re, use beaucoup de sa ruse pour asservir l&rsquo;homme et l&rsquo;amour dans l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un d\u00e9sir \u00e9ph\u00e9m\u00e8re que l&rsquo;amoureux consid\u00e8re comme avilissant. On d\u00e9couvre chez ce dernier une inqui\u00e9tude \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette instabilit\u00e9 amoureuse; c&rsquo;est pourquoi il refuse la d\u00e9sacralisation de l&rsquo;amour, lequel ne se conserve qu&rsquo;\u00e0 travers un \u00e9tat d&rsquo;esprit moral : \u00ab\u00a0Appelons cela\u00a0: l&rsquo;amiti\u00e9 calm\u00e9e; \/ Puisque l&rsquo;amour veut mettre son hol\u00e0. \/ N&rsquo;y croyons pas trop, ch\u00e8re mal-aim\u00e9e\u2026 \/ \u2013 C&rsquo;est toujours trop vrai ces mensonges-l\u00e0! \u2013 \u00bb (Corbi\u00e8re, 1873, 51). \u00c0 cet \u00e9gard, la femme serait responsable et victime \u00e0 la fois d\u2019une nouvelle image sociale. Elle remet en cause le sentimentalisme et le sexisme puisqu&rsquo;elle se trouve masculinis\u00e9e \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un Corbi\u00e8re, faisant d&rsquo;elle un \u00ab\u00a0\u00c9ternel Madame\u00a0\u00bb. Le po\u00e8te craint en fait cette d\u00e9viation de la fonction <em>originelle<\/em> de la femme, qu\u2019il con\u00e7oit comme compl\u00e9mentaire de l&rsquo;homme, et dans sa fonction <em>originale<\/em>, comme source d&rsquo;inspiration po\u00e9tique, toujours renouvel\u00e9e, toujours prometteuse : \u00ab\u00a0Sois femelle de l&rsquo;homme et sers de Muse, \u00d4 femme, \/ Quand le po\u00e8te brame en Ame, en Lame, en Flamme! \/ Puis \u2013 quand il ronflera \u2013 viens baiser ton Vainqueur!\u00a0\u00bb (33) La relation avec la femme t\u00e9moigne d\u2019un rapport complexe qui ne peut passer \u00e0 l\u2019inou\u00ef. Donc, elle l\u2019inqui\u00e8te toujours.<\/p>\n<p>Le mal d&rsquo;aimer accompagne le sujet partout\u00a0: il n&rsquo;est plus concern\u00e9 par l&rsquo;espace ni par le temps qui le d\u00e9limitent. Le s\u00e9jour italien que fait Corbi\u00e8re lui permet de r\u00e9fl\u00e9chir sur la condition de l&rsquo;amoureux d\u00e9laiss\u00e9<a id=\"footnoteref1_ws9c1rk\" class=\"see-footnote\" title=\"Marschall Lindsay le constate dans son ouvrage intitul\u00e9 Le Temps jaune, essais sur Corbi\u00e8re (1972). \" href=\"#footnote1_ws9c1rk\">[1]<\/a>. L&rsquo;absence de l&rsquo;\u00e2me ch\u00e8re ne peut se passer sans bruit; au contraire, il y a large domination d&rsquo;une parole qui fait revivre les lamentations de l&rsquo;adolescent curieux et du sujet souffrant : \u00ab\u00a0Enfant, si j&rsquo;\u00e9tais la du\u00e8gne \/ Rossinante qui te peigne, \/ SENOR, si j&rsquo;\u00e9tais Toi\u2026 \/ J&rsquo;ouvrirais au pauvre Moi, \/ \u2013 Ouvrirais! \u2013\u00a0\u00bb (83). Ce r\u00eave manqu\u00e9 rev\u00eat parfois l&rsquo;aspect de supplications ind\u00e9l\u00e9biles parce que le sujet est grandement convaincu que la vie n&rsquo;acquiert de rayonnement que par le biais de l&rsquo;amour in\u00e9branlable. C&rsquo;est lui qui la fait doter de permanence dans l&rsquo;extase possessive du bien-\u00eatre intime. Qu&rsquo;il soit emport\u00e9 par les d\u00e9lices qui suivent l&rsquo;union partag\u00e9e depuis toujours, tel semble \u00eatre son v\u0153u intarissable. L&rsquo;inconv\u00e9nient r\u00e9side dans la femme \u2013 jug\u00e9e\u00a0 \u00ab\u00a0m\u00e2le amante\u00a0\u00bb (39) \u2013 consid\u00e9r\u00e9e comme origine de la trahison falsificatrice. L&rsquo;amoureux la d\u00e9sire autrement : \u00ab\u00a0Veux-tu, d&rsquo;une amour fid\u00e8le, \/ \u00c9ternelle! \/ Nous adorer pour ce soir?&#8230; \/ Pour tes deux petites bottes \/ Que tu crottes, \/ Prends mon c\u0153ur et le trottoir!\u00a0\u00bb (45). La femme se sert d\u00e9sormais du trottoir qui repr\u00e9sentera son domaine favori. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 elle s\u2019exposera davantage aux gens.<\/p>\n<p>En l\u2019occurrence, l\u2019imaginaire de la passante, dont s&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 servi Baudelaire pour \u00e9voquer une conception moderne de l&rsquo;amour intermittent, trouve sa raison d\u2019\u00eatre. D\u2019ailleurs, Corbi\u00e8re met en paratexte de son po\u00e8me \u00ab\u00a0Steam-boat\u00a0\u00bb une \u00e9pigraphe \u2013 \u00ab\u00a0A une passag\u00e8re\u00a0\u00bb \u2013 pour donner \u00e0 reconna\u00eetre que la pr\u00e9sence de cette image de femme est axiomatique dans la soci\u00e9t\u00e9 de son \u00e9poque. Le changement de l\u2019espace r\u00e9pond aux convulsions du c\u0153ur et il r\u00e9duit le sentiment amoureux \u00e0 une sorte de voyage vers du nouveau. Le sujet concern\u00e9 subit le mal de la s\u00e9paration ininterrompue : il est toujours en poursuite d\u2019id\u00e9es calmantes\u00a0: \u00ab\u00a0On t&rsquo;esp\u00e8re l\u00e0\u2026 Va l\u00e9g\u00e8re! \/ Qui te bercera, Passag\u00e8re?&#8230; \/ \u00d4 passag\u00e8re [de] mon c\u0153ur, \/ Ton remorqueur!&#8230;\u00a0\u00bb(41). La douleur qui en r\u00e9sulte s&rsquo;accentue par l&rsquo;indiff\u00e9rence sp\u00e9cifiquement rattachable au caract\u00e8re irresponsable de la passante. Le sujet doute de son sort suite au geste d&rsquo;humiliation qu&rsquo;il re\u00e7oit. D&rsquo;un mendiant d&rsquo;amour qu&rsquo;il \u00e9tait, il se compare \u00e0 celui de quelques sous. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne indique le marchandage du sentiment d\u2019amour dans une soci\u00e9t\u00e9 qui commence \u00e0 valoriser l\u2019argent. Cette attitude donne \u00e0 mesurer en r\u00e9alit\u00e9 la diff\u00e9rence qui s&rsquo;imbrique entre un\u00a0 \u00ab\u00a0jeune homme r\u00eaveur singulier F\u00e9minin!\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0la femme r\u00eavant pluriel masculin!\u00a0\u00bb (107) comme l&rsquo;exprime cette strophe d\u2019une sc\u00e8ne visant la dramatisation de l&rsquo;\u00e9tat du sujet : \u00ab\u00a0Un beau jour \u2013 quel m\u00e9tier! \u2013 je faisais, comme \u00e7a, \/ \u2013 Elle qui? \u2013 la Passante! Elle, avec son ombrelle! \/ Vrai valet de bourreau, je la fr\u00f4lai\u2026 \u2013 mais Elle \/ Me regarda tout bas, souriant en dessous, \/ Et\u2026 me tendit sa main, et\u2026 \/ m\u2019a donn\u00e9 deux sous.\u00a0\u00bb (50)<\/p>\n<p>On se rend compte alors de la disposition du sujet \u00e0 \u00ab\u00a0[laisser] (ses) amours dans les tours [et] dans les fours\u00a0\u00bb (91)ainsi qu&rsquo;\u00e0 renvoyer la femme par le ch\u00e2timent verbal qui r\u00e9pond aux jeux de tromperies habiles et m\u00e9diocres. La femme sera violemment maudite, pour avoir incarn\u00e9e le r\u00f4le de l&rsquo;opposant qui enfreint les lois de V\u00e9nus en se laissant ranger parmi les b\u00eates \u00e9tranges de l&rsquo;amour\u00a0: \u00ab\u00a0Double femme, va!&#8230; Qu&rsquo;un \u00e2ne te braie! \/ Si tu n&rsquo;\u00e9tais fausse, eh serais-tu vraie?&#8230; \/ L&rsquo;amour est un duel : \u2013 Bien touch\u00e9! Merci.\u00a0\u00bb (62) Elle perd ses m\u00e9rites sans cesse. \u00a0<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une femme que je n&rsquo;ai pas\u00a0\u00bb (128), \u00ab\u00a0la plus aim\u00e9e est toujours la plus loin\u00a0\u00bb (201),\u00ab\u00a0f\u00e9roce, sainte et b\u00eate\u00a0\u00bb (33), \u00ab\u00a0luxurieuse de corps et de consentement\u00a0\u00bb (42), \u00ab\u00a0fausse-fleur\u00a0\u00bb (46) et bien d&rsquo;autres expressions demeurent en fin de compte les images de la femme que le sujet se propose de peindre \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat le plus d\u00e9savantageux pour la remplacer par d&rsquo;autres amours, plus commodes \u00e0 sa nature, \u00e0 savoir celui de la mer et celui du chant po\u00e9tique. N&rsquo;a-t-il pas d\u00e9clar\u00e9, dans une section enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration des \u00ab\u00a0gens de mer\u00a0\u00bb, que \u00ab\u00a0[son] lit d&rsquo;amour fut un hamac\u00a0\u00bb (157) puisque \u00ab\u00a0l&rsquo;aim\u00e9e c&rsquo;est toujours l&rsquo;Autre\u00a0\u00bb (201)? Mais le principal attachement du sujet l&rsquo;amenant \u00e0 supplanter quasi ad\u00e9quatement son mal d&rsquo;aimer, et de ne pas aimer, r\u00e9side dans ses vers lyriques mettant en \u0153uvre l&rsquo;appel \u00e0 Marcelle dans l&rsquo;incipit comme dans l&rsquo;excipit du recueil. Elle lui semble \u00ab\u00a0pr\u00eateuse\u00a0\u00bb, \u00e0 l&rsquo;image de la fourmi, pour qu&rsquo;il y ait extinction de sa \u00ab\u00a0famine\u00a0\u00bb qui n&rsquo;est autre que celle de chanter de toute la verve manifest\u00e9e, dans l&rsquo;espoir de surpasser sa plaie incurable. Le rire jaune de Corbi\u00e8re d\u00e9passe ainsi le lyrisme initial\u00a0:<\/p>\n<p>La r\u00e9volte est devenue son \u00e9tat normal\u00a0; la raillerie et la pose lui ont fait une seconde nature\u00a0; il en est arriv\u00e9 au point de cultiver sa laideur comme une originalit\u00e9. Quelle forme prendra l\u2019amour chez ce malade? On le devine assez et qu\u2019incapable d\u2019aimer simplement, il cherchera \u2013 et trouvera \u2013 toutes les raisons de se d\u00e9chirer et de d\u00e9chirer celle qu\u2019il aime\u00a0; il lui supposera des calculs d\u2019int\u00e9r\u00eat, de la compassion, du sadisme, tout, except\u00e9 un sentiment sinc\u00e8re, nu et franc\u00a0[\u2026]<a id=\"footnoteref2_83nbls3\" class=\"see-footnote\" title=\"Legoffic, Charles. 1911. \u00ab\u00a0Tristan Corbi\u00e8re, Les Amours jaunes. Pr\u00e9face.\u00a0\u00bb\u00a0En ligne &lt;\u00a0https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Tristan_Corbi%C3%A8re_(Le_Goffic)\u00a0&gt; (Consult\u00e9 le 17\/03\/2011). \" href=\"#footnote2_83nbls3\">[2]<\/a><\/p>\n<p>D&rsquo;autres, comme lui, trouvent impensable de se laisser aveugler par la passion inintelligible : Richepin, Verlaine et Verhaeren vont en exposer les raisons.<\/p>\n<h2>Verlaine, Verhaeren et Richepin\u00a0: l&rsquo;insoucieux raisonnable<\/h2>\n<p>Le sujet lyrique se d\u00e9finit prioritairement par le sentiment d&rsquo;amour qui le pousse, chaque fois, \u00e0 s\u2019exprimer de la mani\u00e8re la plus intense possible. Ce th\u00e8me, largement abord\u00e9 par les romantiques, continue d\u2019exister. Sujet abondamment \u00e9tudi\u00e9, il devient un \u00e9l\u00e9ment exclu dans certains po\u00e8mes, notamment dans <em>Sagesse<\/em> de Verlaine, <em>La Chanson des gueux <\/em>de Richepin et <em>La Multiple splendeur <\/em>de Verhaeren. L&rsquo;amour n&rsquo;y semble pas \u00eatre la pr\u00e9occupation capitale des po\u00e8tes parce que ces derniers se trouvent absorb\u00e9s par d&rsquo;autres id\u00e9es, dont beaucoup proviennent du sentimentalisme. Concernant le sens vide de l&rsquo;amour, ces trois po\u00e8tes reformulent les principes qui r\u00e9gissent la vie sur le plan individuel. Cependant, le sujet ne nie pas \u00eatre touch\u00e9 par l\u2019amour, affect naturel et humain pour lui. Ses r\u00e9miniscences ne cessent de jaillir momentan\u00e9ment selon Richepin :<\/p>\n<blockquote>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;il vint un jour avec Jeanne, la sienne,<br \/>Du temps qu&rsquo;elle portait un tablier d&rsquo;indienne ;<br \/>C&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;en rougissant ils s&rsquo;assirent, tr\u00e8s bas.<br \/>Et que leur amour frais fleurit comme un lilas.<br \/>Or, l&rsquo;on a beau, depuis, avoir oubli\u00e9 Jeanne,<br \/>Vivre comme un cochon, s&rsquo;abrutir comme un \u00e2ne,<br \/>Apr\u00e8s tout on n&rsquo;est pas un sans-c\u0153ur, n&rsquo;est-ce pas ?<br \/>Et le m\u00e9chant vaurien retrouve \u00e0 chaque pas \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0<br \/>Un nid de souvenirs qui chantent dans son \u00e2me. (Richepin, 1876<em>, <\/em>56)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est la femme, aux yeux du sujet, qui maintient la large part de responsabilit\u00e9 dans le rapport \u00e0 l&rsquo;amoureux victime de ses trahisons. D\u00e9rout\u00e9, le sujet se sent pi\u00e9g\u00e9 de ne pas penser \u00e0 soi ni m\u00eame \u00e0 sa foi au sacr\u00e9 salutaire. Faisant de l\u2019amour de la femme un mal ininterrompu, il a pu d\u00e9voiler le secret qui malm\u00e8ne l&rsquo;homme suite \u00e0 ses relations amoureuses\u00a0: \u00ab\u00a0Beaut\u00e9 des femmes<a id=\"footnoteref3_fd2wh11\" class=\"see-footnote\" title=\"Jacques Robichez parle ainsi de ce sujet : \u00ab\u00a0Un po\u00e8me comme \" href=\"#footnote3_fd2wh11\">[3]<\/a>, leur faiblesse, et ces mains p\u00e2les \/ Qui font souvent le bien et peuvent tout le mal, \/ Et ces yeux, o\u00f9 plus rien ne reste d&rsquo;animal \/ Que juste assez pour dire :\u00a0\u00bbassez\u00a0\u00bb\u00a0 aux fureurs m\u00e2les!\u00a0\u00bb (Verlaine, 1881,48) La beaut\u00e9 est souvent li\u00e9e au corps f\u00e9minin, mais, dans ce cas critique, elle pourrait entra\u00eener une cruaut\u00e9 qui d\u00e9range son rapport aux relations humaines.<\/p>\n<p>Verlaine, Richepin et Verhaeren ont tendance \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser le sentiment amoureux. Ils ne le con\u00e7oivent pas sur le plan personnel; leurs recueils qui se donnent \u00e0 lire comme l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une longue exp\u00e9rience de leur vie r\u00e9elle en font preuve. C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;amour est \u00e9voqu\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re aussi bien concise que partag\u00e9e par tous. Il est secondaris\u00e9 \u00e0 partir du moment o\u00f9 on l\u2019estime inad\u00e9quat \u00e0 la nature perplexe du sujet, mais il demeure remarquablement pr\u00e9sent dans la pens\u00e9e. Il a le pouvoir de transfigurer les gens qui le vivent, les faisant passer pour des Don Quichotte en poursuite insatiable et vaine : \u00ab\u00a0L&rsquo;amour est une piquette \/ Qui mord le palais. \/ Or, je m&rsquo;en suis en qu\u00eate \/ Du bouge au palais. \/ Effeuillant la primev\u00e8re\/ Dans ce vin fraud\u00e9, \/ J&rsquo;ai bu l&rsquo;amour \u00e0 plein verre. \/ Mon verre est vid\u00e9.\u00a0\u00bb (Richepin, 1876, 96) Le sujet s\u2019enivre de ses exp\u00e9riences amoureuses qui pullulent et, \u00e0 chaque fois, le d\u00e9lice augmente \u00e0 la poursuite d\u2019autres go\u00fbts.<\/p>\n<p>Le m\u00e9contentement qui ressort de ces aventures repara\u00eet d\u2019autre part chez le sujet verlainien par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Gaspard Hauser, figure repr\u00e9sentative du malheur de l&rsquo;existence, lequel renforce l&rsquo;id\u00e9e de la souffrance intrins\u00e8que \u00e0 l\u2019amour. Que l&rsquo;on aime ou que l&rsquo;on soit priv\u00e9 d\u2019amour, les troubles du c\u0153ur ne peuvent se soustraire \u00e0 la vie humaine. C&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr que le sujet tourne d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment le regard vers sa vie d\u2019adolescent incontr\u00f4l\u00e9. Le sujet enorgueilli des amours d&rsquo;autrefois se retrouve d\u00e9sormais objet de d\u00e9rision. C&rsquo;est pourquoi Jacques Robichez remarque, par exemple, que \u00ab\u00a0le po\u00e8me XVII montre la m\u00eame timidit\u00e9. Comme s&rsquo;il \u00e9tait agenouill\u00e9 devant sa femme, Verlaine n&rsquo;ose lever les yeux jusqu&rsquo;\u00e0 son visage. Il a besoin d&rsquo;un intercesseur. C&rsquo;est \u00e0 ses mains qu&rsquo;il s&rsquo;adresse, il leur remet sa cause. C&rsquo;est elles qu&rsquo;il charge de la gagner\u00a0\u00bb (1982, 159). Et le bonheur pass\u00e9 instantan\u00e9ment, go\u00fbt\u00e9 dans sa jeunesse, accentue la douleur de la s\u00e9paration, laquelle domine le pr\u00e9sent d\u00e9cevant : \u00ab\u00a0A vingt ans un trouble nouveau \/ Sous le nom d&rsquo;amoureuses flammes \/ M&rsquo;a fait trouver belles les femmes : \/ Elles ne m&rsquo;ont pas trouv\u00e9 beau.\u00a0\u00bb (Verlaine, 1881,83)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&rsquo;amour bourreau qui met dans [le] vin [les] larmes pour eau\u00a0\u00bb (Richepin, 1876, 95) est ainsi consid\u00e9r\u00e9 comme source de peine insurpassable. Sinon pourquoi les po\u00e9sies lyriques qui le traitent sont-elles \u00e9ternelles et les sujets qui en parlent sont-ils d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s? L&rsquo;image que refl\u00e8tent ces exp\u00e9riences concr\u00e9tise la r\u00e9volte d\u2019une \u00e9poque contre le centralisme, adopt\u00e9 par les romantiques fran\u00e7ais, autour de la femme aim\u00e9e. Le sujet d\u00e9passe le stade de l&rsquo;amoureux esseul\u00e9 ou d\u00e9laiss\u00e9 pour habiter celui du juge averti et penseur du sort commun, la passion se trouvant ainsi exprim\u00e9e en termes de liens \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et renouvelables. Le caract\u00e8re id\u00e9al et possessif, dont l\u2019amoureux jouissait auparavant, a chang\u00e9 parce que les nouvelles relations amoureuses lui paraissent corrompues : \u00ab\u00a0Il aima. Son amour d&rsquo;une autre fut suivi, \/ Et de plusieurs. Sur tout le d\u00e9go\u00fbt vint s&rsquo;asseoir. \/ Et cet homme a pass\u00e9 comme passe la vie : \/ Entrez, sortez, et puis bon soir!\u00a0\u00bb (99). Une vision pessimiste commence \u00e0 surgir.<\/p>\n<p>Sous-estimer l&rsquo;amour et les attaques qui en d\u00e9coulent appara\u00eet unanimement acerbe. Ce contexte s\u2019\u00e9largit pour d\u00e9signer tout le rapport interhumain au sein du groupe familial et social. C&rsquo;est de cette mani\u00e8re que le sujet abat cet attachement affectif dont les attentes ne peuvent satisfaire \u00e0 ses besoins psychologiques et int\u00e9gratifs. Il en ressort des maux de rupture, de m\u00e9sentente et de cruaut\u00e9 ex\u00e9crables. Le sujet verlainien est conscient des mutations qui affectent ce domaine des relations amoureuses; il donne libre cours alors \u00e0 la r\u00e9futation explicite et d\u00e9valorisante : \u00ab\u00a0Toutes les amours de la terre \/ Laissent au c\u0153ur du d\u00e9l\u00e9t\u00e8re \/ Et de l&rsquo;affreusement amer, \/ Fraternelles et conjugales, \/ Paternelles et filiales, \/ Civiques et nationales, \/ Les charnelles, les id\u00e9ales \/ Toutes ont la gu\u00eape et le ver.\u00a0\u00bb (Verlaine, 1881, 90) La vision verlainienne admet que les relations humaines se trouvent \u00eatre infect\u00e9es; tout est futile. La raison \u00e9tant que le monde concr\u00e9tisera un partage entre des dominants et des domin\u00e9s.<\/p>\n<p>De m\u00eame, Verhaeren d\u00e9finit l&rsquo;amour comme un asservissement (Verhaeren, 1906, 158) de la personnalit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre penseur, mais il ne cesse de le r\u00e9introduire dans une signification plus repr\u00e9sentative de la solidarit\u00e9 universelle afin de revenir sur le pessimisme d\u2019alors. D&rsquo;ailleurs, sa <em>Multiple splendeur<\/em> ne porte aucune trace ni aucun indice, de pr\u00e8s ou de loin, r\u00e9v\u00e9lant le sentiment amoureux \u00e0 proprement dit, ni m\u00eame la femme aim\u00e9e. Ne serait-ce qu&rsquo;une fa\u00e7on de le ridiculiser dans le but de d\u00e9duire les \u00ab\u00a0actes lucides\u00a0\u00bb que le sujet reconna\u00eet (158)\u00a0? Ce raisonnement, qui l&#8217;emporte sur l&rsquo;insouciance irresponsable, constitue-t-il alors le point commun des trois sujets, les conduisant donc \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les moyens d&rsquo;y rem\u00e9dier afin de supplanter l\u2019amour, damnation de l&rsquo;homme et de la vie? Chacun d&rsquo;eux, en r\u00e9alit\u00e9, revisite l\u2019amour dans l&rsquo;intention de mettre au c\u0153ur de leurs pr\u00e9occupations les autres dimensions de l&rsquo;\u00eatre humain. Richepin, en l\u2019occurrence, s&rsquo;avise de son engouement \u00e0 la d\u00e9fense des pauvres\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 gueux, mes sujets, mes sujettes, \/ Je serai votre ma\u00eetre queux, \/ Tu vivras, monde qui v\u00e9g\u00e8te! \/ Le po\u00e8te est le Roi de Gueux.\u00a0\u00bb (Richepin, 1876, 29)<\/p>\n<p>Le sujet verlainien, lui, se culpabilise d&rsquo;avoir d\u00e9plor\u00e9 des amours futiles et cherche \u00e0 en r\u00e9inventer d\u2019autres en mesure d&rsquo;\u00e9touffer sa soif de foi chr\u00e9tienne, donc de spiritualisme. D&rsquo;ailleurs, les deux \u00e9preuves paraissent, chez lui, interchangeables\u00a0: privil\u00e9gier le divin en camouflant le d\u00e9sir ensorceleur du f\u00e9minin ind\u00e9passable. La femme demeure malgr\u00e9 tout l\u2019incarnation du beau cr\u00e9\u00e9 par Dieu. Croire en son charme c\u2019est se soumettre \u00e0 la volont\u00e9 du Cr\u00e9ateur et donc lui \u00eatre fid\u00e8le\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mais je remarque que sa conversion ne lui a enlev\u00e9 aucune de ses qualit\u00e9s; si son \u00e2me a \u00e9t\u00e9 \u00e9mue, boulevers\u00e9e, transform\u00e9e subitement, ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la surface : il y a toujours, sous le chr\u00e9tien, le Po\u00e8te \u00e9pris du beau. Du Beau f\u00e9minin surtout ! avec ses gr\u00e2ces mi\u00e8vres, l&rsquo;attrait de ses nuques blondes, de ses bouches rouges, de ses yeux ivres, de la gr\u00e2ce enchanteresse de tout son corps. M. Verlaine est avant tout un sensitif; si douce que soit la caresse qui l&rsquo;effleure, il frissonne jusqu&rsquo;aux moelles. Ce qui l&rsquo;a charm\u00e9, s\u00e9duit, conquis dans le catholicisme, c&rsquo;est plus, je crois, le d\u00e9cor somptueux, la liturgie solennelle, les pratiques intimes au cours desquelles Dieu et l&rsquo;homme s&rsquo;unissent dans un colloque tendre o\u00f9 l&rsquo;un s&rsquo;humilie et pleure, ou l&rsquo;autre pardonne, que la morale d&rsquo;une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 si rigide. (Bonnamour, 1997, 167)\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0 \u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son amour est tourn\u00e9 d\u00e9sormais vers Dieu et les figures saintes qui, seuls, favorisent son immortalit\u00e9 et, par cons\u00e9quent, sa pr\u00e9disposition au bien enchanteur. D\u2019ailleurs, la seule femme \u00e9voqu\u00e9e fait partie de l&rsquo;histoire du christianisme. C&rsquo;est Marie qui le s\u00e9duit profond\u00e9ment et dont le charme d\u00e9passe celui des femmes d\u2019ordinaire. \u00ab\u00a0La foudre\u00a0\u00bb qu&rsquo;il subit lui fait \u00ab\u00a0une \u00e2me neuve\u00a0\u00bb (55) par laquelle le sujet parvient \u00e0 atteindre l&rsquo;euphorie extr\u00eame : \u00ab\u00a0Je ne veux plus aimer que ma m\u00e8re Marie. \/ Tous les autres amours sont de commandement. \/ N\u00e9cessaires qu&rsquo;ils sont, ma m\u00e8re seulement \/ Pourra les allumer aux c\u0153urs qui l&rsquo;ont ch\u00e9ri.\u00a0\u00bb (68). George Bonnamour renvoie \u00e0 \u00ab\u00a0cette Vierge, m\u00e8re du Christ, \u00e9pouse de Dieu, M. Verlaine l&rsquo;aime. Il la pr\u00e9f\u00e8re \u00e0 toutes les femmes qu&rsquo;il m\u00e9prise d\u00e9sormais [\u2026] qu&rsquo;il y ait encore un vieux reste de tendresse humaine et charnelle dans la passion du po\u00e8te pour la m\u00e8re de Dieu\u00a0\u00bb (1997, 167).<\/p>\n<p>Dans ce sens de l&rsquo;amour universel, Verhaeren appelle \u00e0 \u00e9pouser tout, objets et humains, pour accueillir pacifiquement la vie dans sa nature diversifi\u00e9e. On observe l\u2019expression d\u2019un attachement \u00e0 \u00ab\u00a0l&rsquo;arbre\u00a0\u00bb (Verhaeren, 1906, 90), au \u00ab\u00a0sol\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0bois\u00a0\u00bb, aux \u00ab\u00a0eaux\u00a0\u00bb (90) sans oublier un attachement aux hommes :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Aimer avec ferveur soi-m\u00eame en tous les autres \/ Qui s&rsquo;exaltent de m\u00eame en de m\u00eames combats \/ Vers le m\u00eame avenir dont on entend le pas; \/ Aimer leur c\u0153ur et leur cerveau pareils aux v\u00f4tres \/ Parce qu&rsquo;ils ont souffert, en des jours noirs et fous, \/ M\u00eame angoisse, m\u00eame affre et m\u00eame deuil que vous. (126)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bref, l&rsquo;amour de la femme se trouve \u00eatre inf\u00e9rioris\u00e9 dans les trois exp\u00e9riences diff\u00e9rentes des sujets. Le raisonnement dont il s\u2019agit implique un regard qui se veut avis\u00e9 vu les tendances de l\u2019\u00e9poque et les attentes des po\u00e8tes. De ceci se distingue l&rsquo;indignation orgueilleuse du sujet laforguien.<\/p>\n<h2>Jules Laforgue\u00a0: le n\u00e9gligeant insoutenable<\/h2>\n<p><em>Les Complaintes <\/em>de Jules Laforgue traitent le th\u00e8me de l&rsquo;amour sans qu&rsquo;il soit au centre des int\u00e9r\u00eats de l\u2019auteur. \u00c0 l\u2019instar de Baudelaire surtout, le sujet lyrique laforguien para\u00eet manifester une m\u00e9fiance sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la femme aim\u00e9e. Contrairement \u00e0 la po\u00e9sie qui avait pour th\u00e8me l&rsquo;exub\u00e9rance de l\u2019amour comme rafra\u00eechissement de l&rsquo;\u00e2me, on assiste, avec Laforgue, \u00e0 un amour qui se veut indiff\u00e9rent, voire sup\u00e9rieur, de par son go\u00fbt \u00e0 l&rsquo;incomparable. Le discours amoureux, marqu\u00e9 de louanges en faveur de la bien-aim\u00e9e, commence \u00e0 d\u00e9vier vers l\u2019abaissement de la femme et la mise en causede sa posture. Des annotations paratextuelles mises en \u00e9pigraphes r\u00e9pondent \u00e0 cette conception\u00a0: \u00ab\u00a0Elle ne concevait pas qu&rsquo;aimer fut l&rsquo;ennemi d&rsquo;aimer\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0Complainte d&rsquo;un certain Dimanche\u00a0\u00bb (Laforgue, 1885, 59) ou le passage suivant\u00a0: \u00ab\u00a0on peut encore aimer, mais confier toute son \u00e2me est un bonheur qu&rsquo;on ne retrouvera plus\u00a0\u00bb en t\u00eate de la \u00ab\u00a0Complainte des d\u00e9bats m\u00e9lancoliques et litt\u00e9raires\u00a0\u00bb (137) justifient ce nouvel imaginaire cr\u00e9\u00e9 par le sujet laforguien. Il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un attachement aveugle comme chez les romantiques\u00a0: c&rsquo;est plut\u00f4t une volont\u00e9 de se d\u00e9tacher du monde f\u00e9minin afin de refuser toute sacralisation. On aboutit alors \u00e0 la d\u00e9couverte de l&rsquo;enjeu de la r\u00e9volte\u00a0:\u00ab\u00a0Mais, fausse s\u0153ur, fausse humaine, fausse mortelle, \/ Nous t&rsquo;\u00e9cart\u00e8lerons de hontes sensuelles! \/ Et si ta dignit\u00e9 se cabre? \u00e0 deux genoux, \/ Nous te fermerons la bouche avec des bijoux.\u00a0\u00bb (49)<\/p>\n<p>La faiblesse, que la femme ne cesse de repr\u00e9senter aux yeux du sujet lyrique qui nous concerne ici, ne provient pas seulement de son caract\u00e8re trompeur, mais encore de sa nature fragile, puisqu\u2019elle est asservie aux apparences, de par notamment son engouement d\u00e9mesur\u00e9 pour le mat\u00e9riel. La femme participe donc \u00e0 son auto-chosification et s\u2019en voit d\u00e9shumanis\u00e9e. Et la soci\u00e9t\u00e9 qui \u00e9volue sans cesse donne naissance \u00e0 la femme-objet. C&rsquo;est pour cette raison que Laforgue juge la femme incapable de maintenir un lien d&rsquo;amour v\u00e9ritable. D\u2019apr\u00e8s Pierre Brunel, \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0elles\u00a0\u00bb ne peut d\u00e9signer que les femmes. Le po\u00e8te s&rsquo;interdit de se prosterner \u00e0 leurs pieds, de ramper vers elles, de se vautrer sur le ventre des prostitu\u00e9es. Car il n&rsquo;est pas de mis\u00e8re humaine que la mis\u00e8re mat\u00e9rielle\u00a0\u00bb (2000, 44). Des descriptions orient\u00e9es vers la ridiculisation des agissements f\u00e9minins, d\u00e9pourvus de sentiments, se poursuivent dans le recueil pour cr\u00e9er le leitmotiv de la femme inutile et incertaine. On pourrait ainsi croire qu\u2019il en appelle \u00e0 la masculinisation enti\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 venir. Laforgue, \u00e9voquant le statut moralement d\u00e9figur\u00e9 de la femme, \u00e9crit :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nous disons humains et qu&rsquo;on est tous fr\u00e8res ! Non, la femme n&rsquo;est pas notre fr\u00e8re, par la paresse et par la corruption nous en avons fait un \u00eatre \u00e0 part, inconnu, n&rsquo;ayant d&rsquo;autre arme que son sexe, ce qui est non seulement la guerre perp\u00e9tuelle, mais encore une arme pas de bonne guerre, \u2013 adorant ou ha\u00efssant, mais pas compagnon franc, un \u00eatre qui forme l\u00e9gion avec esprit de corps, franc-ma\u00e7onnerie, \u2013 des d\u00e9faillances d&rsquo;\u00e9ternel petit esclave. Oh jeunes filles ! Quand serez-vous nos fr\u00e8res, nos fr\u00e8res intimes sans arri\u00e8re-pens\u00e9e d&rsquo;exploitation. (Laforgue, 1913, 276)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De nouveaux regards commencent alors \u00e0 surgir suite \u00e0 la nouvelle position du sexe f\u00e9minin dans le corps social de son \u00e9poque. La femme risque d\u2019\u00eatre asexu\u00e9e enfin.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Qui n&rsquo;a jamais r\u00eav\u00e9? Je voudrais le savoir! \/ Elles vous sourient avec \u00e2me, et puis bonsoir, \/ Ni vu ni connu. Et les voil\u00e0 qui rebrodent \/ Le canevas ingrat de leur \u00e2me \u00e0 la mode; \/ Fra\u00eeches \u00e0 tous, et puis reprenant leur air sec \/ Pour les christs d\u00e9class\u00e9s et autres gens suspects. (140)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les rapports \u00e0 la femme sont sensiblement diff\u00e9rents. Certes, ces jugements ne sont pas tout \u00e0 fait infond\u00e9s; une part du sentiment de peine et d\u2019\u00e9chec ressenti par le sujet provient d\u2019exp\u00e9riences personnelles, de manques ou de r\u00eaves inassouvis. On se prosterne \u00e0 la d\u00e9ploration du sort de son amoureux si le message n\u2019est pas transmis ad\u00e9quatement. Le sujet laforguien ne cache pas ses lamentations et la r\u00e9currence des expressions se rapportant au sentiment amoureux entra\u00eene des id\u00e9es noires. Le sujet lyrique finit par adopter la n\u00e9gation du f\u00e9minin puisque, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de ses \u00e9preuves singuli\u00e8res, il pense ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0\u00d4 d\u00e9faillance universelle! \/ Mon unique va na\u00eetre aux moissons mutuelles! \/ Pour les fortes roses de l&rsquo;amour \/ Elle va perdre, lys pub\u00e8re, \/ Ses nuances si solitaires, \/ Pour \u00eatre, \u00e0 son tour, \/ Dame d&rsquo;atour \/ De Maia! \/ All\u00e9luia!\u00a0\u00bb (87). L\u2019amour est associ\u00e9 \u00e0 la rose qui doit \u00eatre distingu\u00e9e et l\u2019amoureux continue sa qu\u00eate de l\u2019exceptionnel.<\/p>\n<p>Les souvenirs d&rsquo;une telle relation r\u00e9volue, de fa\u00e7on directe ou allusive, ne tardent pas \u00e0 r\u00e9voquer, chaque fois, la conviction que porte le sujet sur son malaise. Sa r\u00e9flexion se cl\u00f4t par une chanson triste, dans la mesure o\u00f9 \u00ab\u00a0toujours [son] c\u0153ur, ayant ainsi d\u00e9clam\u00e9 \/ en revient \u00e0 sa complainte : Aimer, \u00eatre aim\u00e9!\u00a0\u00bb (136). Une version plurielle est ici lisible et propre \u00e0 ce chant \u2013\u00ab\u00a0c\u0153urs barbouill\u00e9s\u00a0\u00bb\u2013 ce qui sugg\u00e8re l&rsquo;\u00e9vaporation du sentiment d\u2019amour malgr\u00e9 sa multiplication. Pour r\u00e9capituler les raisons de ses regrets, annon\u00e7ant leur survivance dans sa \u00ab\u00a0Complainte-\u00c9pitaphe\u00a0\u00bb \u00e0 la fin du recueil, le sujet revient \u00e0 la figure de la femme\u00a0: \u00ab\u00a0La Femme, \/ Mon \u00e2me \/ Ah! quels \/ Appels!\u00a0\u00bb (146). Des pr\u00e9paratifs sont par cons\u00e9quent pris en charge pour proclamer le cort\u00e8ge fun\u00e8bre de l&rsquo;amour ainsi que de la \u00ab\u00a0bien-aim\u00e9e\u00a0\u00bb, laquelle s&rsquo;av\u00e8re diff\u00e9rente de la figure occidentale de Juliette dans son amour \u00e9ternel. La femme, chez Laforgue, est dite ou baptis\u00e9e \u00ab\u00a0d\u00e9funte\u00a0\u00bb (56) portant ainsi avec elle les armes de sa destruction. Son amour, source de vie en cas de r\u00e9ussite, rev\u00eat l&rsquo;aspect d\u2019un poison mortel. Il semble se d\u00e9gager une vision anti-f\u00e9minine que laisse v\u00e9hiculer le cheminement d&rsquo;un sujet caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9bellion profonde et anticip\u00e9e. Celui-ci d\u00e9peint la couleur sombre de ses nouveaux penchants : \u00ab\u00a0Je la suivis illumin\u00e9! \/ Yeux d\u00e9sol\u00e9s, bouche ing\u00e9nue, \/ Pourquoi l&rsquo;avais-je reconnue, \/ Elle, loyal r\u00eave mort-n\u00e9?\u00a0\u00bb (56).Une femme ne r\u00e9pondant pas aux exigences du r\u00eave laforguien, sublime et inaccessible aux autres, est interdite ou plut\u00f4t exclue de son royaume. Celui-ci n\u2019est habitable que par des \u00eatres remarquablement distingu\u00e9s, mais inexistants, au m\u00eame titre que le sujet lui-m\u00eame. Tous ses rapports au monde se trouvent r\u00e9solument coup\u00e9s : \u00ab\u00a0Gis, \u0153illet, d&rsquo;azur trop vein\u00e9, \/ La vie humaine continue \/ Sans toi, d\u00e9funte devenue. \/ \u2013 Oh! Je rentrerai sans d\u00eener! \/ Vrai, je ne l&rsquo;ai jamais connue.\u00a0\u00bb (56) Le th\u00e8me de la fuite de la femme para\u00eet habiter les inqui\u00e9tudes du sujet laforguien tout au long des complaintes de ce dernier parce qu\u2019il se refuse tout droit \u00e0 la stabilit\u00e9. Il est d&rsquo;une nature extr\u00eamement changeante et ne se contente d&rsquo;aucun statut d\u00e9fini. Ne serait-ce qu&rsquo;une mani\u00e8re, \u00e0 la dandy, d\u2019\u00e9pouser une vie au-dessus des normes reconnues? Cette mode sociale, dite dandysme, est introduite par quelques \u00e9crivains anglais et fran\u00e7ais \u00e0 la fin du si\u00e8cle. L&rsquo;engouement \u00e0 la d\u00e9testation des choses, des \u00eatres et des ph\u00e9nom\u00e8nes, tels qu&rsquo;ils sont, repr\u00e9sente le souci majeur du po\u00e8te qui se consid\u00e8re sup\u00e9rieur, donc en posture l\u00e9gitime :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mais, Tout va le reprendre! \u2013 Alors Tout m&rsquo;en absout. \/ Mais, Elle est ton bonheur! \u2013 Non! Je suis trop immense, \/ Trop chose. Comment donc! Mais ma seule pr\u00e9sence \/ Ici-bas, vraie \u00e0 m&rsquo;y mirer, est l&rsquo;air de Tout : \/ De la Femme au Silence! (91)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La politique de n\u00e9gation m\u00e8ne \u00e0 une surestimation de soi et \u00e0 l\u2019adoption de choix produisant un univers qui n\u2019est pas accessible \u00e0 quiconque. Un ordre s\u00e9lectif, dont le responsable demeure le sujet po\u00e9tique, fait tourner le dos \u00e0 tout ce qui surgit d&rsquo;une nature inchang\u00e9e. Un complexe identitaire masculin marque alors la litt\u00e9rature de l&rsquo;\u00e9poque d\u00e9cadentiste, depuis Baudelaire jusqu&rsquo;\u00e0 Huysmans. L\u2019on insiste sur la tendance \u00e0 l&rsquo;abolition de soi par le biais de l&rsquo;exc\u00e8s de confiance en soi. Il est \u00e0 rappeler, \u00e0 cet \u00e9gard, que Laforgue annonce dans ses <em>Posthumes<\/em> la nouvelle \u00e8re de l&rsquo;ascendance de la femme :<\/p>\n<blockquote>\n<p>C&rsquo;est la femme qui sauvera le monde. C&rsquo;est elle qui dissipera de son sourire terrestre les vapeurs \u00e9lectriques de fin d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de Pessimisme. L&rsquo;homme est mort, vive la Femme! Elle croit au <em>moi<\/em> et n&rsquo;a pas peur de la mort, et est ferm\u00e9e aux angoisses m\u00e9taphysiques et au d\u00e9sespoir de l&rsquo;Inconnaissable. Elle est la vie contente. Sa vocation immuable et inextirpable, sa raison d&rsquo;\u00eatre est de perp\u00e9tuer la vie. Le r\u00e8gne de la femme est arriv\u00e9. La fonction de l&rsquo;homme d\u00e9sormais sera l&rsquo;art de faire des enfants \u00e0 sa compagne. Le jour o\u00f9 apr\u00e8s des si\u00e8cles de l&rsquo;Histoire F\u00e9minine, la femme en sera au pessimisme, la terre pourra se suicider<a id=\"footnoteref4_zwfpj2o\" class=\"see-footnote\" title=\"Cit\u00e9 par Paul Escoube (1913, 279-280). \" href=\"#footnote4_zwfpj2o\">[4]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des germes de cette question se laissent entrevoir dans sa po\u00e9sie : \u00ab\u00a0Si tu savais, maman Nature, \/ Comme Je m&rsquo;aime en tes ennuis, \/ Tu m&rsquo;enverrais une enfant pure, \/ Chaste aux \u00ab\u00a0et puis?\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (43). Laforgue s\u2019attend \u00e0 ce que la femme soit en mesure d\u2019exister dans les meilleures dispositions. \u00ab\u00a0Peut-\u00eatre y vais-je \/ Tuer l&rsquo;Amour!\u00a0\u00bb (102), tel se dresse le cri d&rsquo;espoir du sujet laforguien par le biais de son dandysme adopt\u00e9, sublimatoire, et donc purificateur de l\u2019humiliation dont il fait preuve au nom de l&rsquo;amour. N&rsquo;a-t-il pas attaqu\u00e9 explicitement la femme en criant\u00a0:<\/p>\n<p>\u00d4 femme, nous te salissons ainsi, nous nihilistes, parce que tu es \u00cave, l&rsquo;instrument maudit [\u2026] on ne peut se confier \u00e0 toi, car tu ne nous aimes pas pour nous et pour toi exclusivement, tu as d&rsquo;autres int\u00e9r\u00eats de maison divine, tu nous dupes pour quelqu&rsquo;un, tu es vendue aux Int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Administration<a id=\"footnoteref5_91uujsx\" class=\"see-footnote\" title=\"Jules Laforgue, \u0152uvres Compl\u00e8tesIII, cit\u00e9 par J-P. Bertrand (1997, 259-260). \" href=\"#footnote5_91uujsx\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Laforgue souligne dans ce cas la domination f\u00e9minine en d\u00e9sapprouvant les mani\u00e8res d\u2019agir et de penser de la femme. La d\u00e9testation du sujet \u00e0 l\u2019\u00e9gard du caract\u00e8re dont il s\u2019agit ne cesse d\u2019impr\u00e9gner son discours.<\/p>\n<p>On pourrait ainsi comprendre combien est originale l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;amour chez les sujets lyriques \u00e9tudi\u00e9s dans la plainte engendr\u00e9e par leurs d\u00e9ceptions amoureuses. L\u2019amour est en fait non seulement un ph\u00e9nom\u00e8ne ressenti, mais aussi un sujet de d\u00e9bat. Les \u00e9preuves ouvrent la voie \u00e0 des reconsid\u00e9rations de la femme aim\u00e9e, du sujet amoureux, de l\u2019aventure sentimentale et du contexte socio-culturel. C\u2019est une \u00e9poque charni\u00e8re parce qu\u2019\u00e9merge un climat propice aux inqui\u00e9tudes quant \u00e0 l\u2019avenir des rapports genr\u00e9s. Le statut de l\u2019amour acquiert en l\u2019occurrence de nouveaux regards teint\u00e9s de singularisme mouvement\u00e9. Les sujets qui nous concernent s\u2019adonnent \u00e0 l\u2019adoption d\u2019une politique de d\u00e9passement qui ne cache absolument pas leur d\u00e9sarroi, reproduit, \u00e0 vrai dire, dans leur go\u00fbt de vivre. La po\u00e9tique de l\u2019amour r\u00e9pond ici \u00e0 l\u2019imaginaire du d\u00e9cadentisme, de l\u2019amour d\u00e9grad\u00e9, d\u2019o\u00f9 son impact direct sur la crise du sujet moderne qui se prolongera tout au long du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p><strong>Corpus \u00e0 l\u2019\u00e9tude<\/strong><\/p>\n<p>CORBIERE, Tristan. 1973.<em> Les Amours jaunes<\/em> (1873). 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Nancy\u00a0: Presses Universitaires de Nancy.<\/p>\n<p>SONNENFELD, Albert. 1960. <em>L\u2019\u0152uvre po\u00e9tique de Tristan Corbi\u00e8re<\/em>. Paris : Presses universitaires de France.<\/p>\n<p>THOMAS, Henri. 1972. <em>Tristan le d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 : Tristan Corbi\u00e8re<\/em>. Paris : Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Blanche\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>VANNIER, Gilles. 1993. <em>Paul Verlaine ou l&rsquo;enfance de l&rsquo;art<\/em>. Paris\u00a0: Champ Vallon.<\/p>\n<p>VIGIE-LECOCQ. 1897. \u00ab\u00a0L\u2019Amour dans la po\u00e9sie contemporaine\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: <em>Mercure de France<\/em>.<\/p>\n<p>WORTHING, B\u00e9atrice. 1992. <em>\u00c9mile Verhaeren, 1855-1916. <\/em>Paris : Mercure de France.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_ws9c1rk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_ws9c1rk\">[1]<\/a> Marschall Lindsay le constate dans son ouvrage intitul\u00e9 <em>Le Temps jaune, essais sur Corbi\u00e8re<\/em> (1972).<\/p>\n<p id=\"footnote2_83nbls3\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_83nbls3\">[2]<\/a> Legoffic, Charles. 1911. \u00ab\u00a0Tristan Corbi\u00e8re, <em>Les Amours jaunes. <\/em>Pr\u00e9face.\u00a0\u00bb\u00a0En ligne &lt;\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Tristan_Corbi%C3%A8re_\">https:\/\/fr.wikisource.org\/wiki\/Tristan_Corbi%C3%A8re_<\/a>(Le_Goffic)\u00a0&gt; (Consult\u00e9 le 17\/03\/2011).<\/p>\n<p id=\"footnote3_fd2wh11\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_fd2wh11\">[3]<\/a> Jacques Robichez parle ainsi de ce sujet : \u00ab\u00a0Un po\u00e8me comme \u00ab\u00a0Beaut\u00e9 des femmes\u00a0\u00bb traduit ce d\u00e9sarroi [\u2026] ce sont des notations juxtapos\u00e9s, \u00e9l\u00e9giaques, qui tournent complaisamment autour de la satisfaction \u00e9rotique, mais \u00e0 distance, comme si Verlaine avait peur. Le d\u00e9sir qu&rsquo;\u00e9veille un corps facile, g\u00e9n\u00e9reusement offert au premier venu, est voil\u00e9, il se d\u00e9guise en une tendresse honn\u00eate et pure, tourn\u00e9e vers des caresses maternelles. Cependant, m\u00eame aussi transfigur\u00e9, il demeure redoutable. La relation la plus innocente entre l&rsquo;homme et la femme n&rsquo;en est pas moins d\u00e9nonc\u00e9e. Seule une vie d&rsquo;ermite pourrait sauvegarder une absolue chastet\u00e9 [\u2026] V\u0153u r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;une \u00e9vidente ins\u00e9curit\u00e9 morale.\u00a0\u00bb (1982, 150)<\/p>\n<p id=\"footnote4_zwfpj2o\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_zwfpj2o\">[4]<\/a> Cit\u00e9 par Paul Escoube (1913, 279-280).<\/p>\n<p id=\"footnote5_91uujsx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_91uujsx\">[5]<\/a> Jules Laforgue, <em>\u0152uvres Compl\u00e8tesIII<\/em>, cit\u00e9 par J-P. Bertrand (1997, 259-260).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>El-Amri, Ali. 2015. \u00ab La po\u00e9tique de l\u2019amour d\u00e8s la crise du sujet d\u00e9cadentiste \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/el-amri-22&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/el-amri-22.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 el-amri-22.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-1c2eaa00-ab15-4bce-9231-a7e26dd15f6b\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/el-amri-22.pdf\">el-amri-22<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/el-amri-22.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-1c2eaa00-ab15-4bce-9231-a7e26dd15f6b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Discours et po\u00e9tiques de l\u2019amour \u00bb, n\u00b022 Le sujet moderne dans la po\u00e9sie fran\u00e7aise s\u2019est dit en crise depuis la fin du XIXe si\u00e8cle. L\u2019origine en est multiple\u00a0: crise des valeurs, contexte r\u00e9volt\u00e9 et subjectivit\u00e9s d\u00e9stabilis\u00e9es suite \u00e0 la mont\u00e9e de l\u2019objectivisme scientifique. L\u2019exp\u00e9rience de l\u2019amour ne pouvait \u00e9chapper \u00e0 ce nouvel ordre. 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