{"id":5576,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/des-mondes-de-lenfance-ou-la-sacralisation-de-lespace-regards-croises-sur-lenfance-dans-peter-pan-de-j-m-barrie-et-le-petit-prince-da\/"},"modified":"2024-09-03T20:30:40","modified_gmt":"2024-09-03T20:30:40","slug":"des-mondes-de-lenfance-ou-la-sacralisation-de-lespace-regards-croises-sur-lenfance-dans-peter-pan-de-j-m-barrie-et-le-petit-prince-da","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5576","title":{"rendered":"Des mondes de l\u2019enfance ou la sacralisation de l\u2019espace.  Regards crois\u00e9s sur l\u2019enfance dans \u00ab Peter Pan \u00bb de J.M. Barrie et \u00ab Le Petit Prince \u00bb d\u2019A. de Saint-Exup\u00e9ry."},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6892\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6892\">Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>\u00c0 L\u00e9on Werth.<\/p>\n<p>Je demande pardon aux enfants d&rsquo;avoir d\u00e9di\u00e9 ce livre \u00e0 une grande personne. J&rsquo;ai une excuse s\u00e9rieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j&rsquo;ai au monde. J&rsquo;ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, m\u00eame les livres pour enfants. J&rsquo;ai une troisi\u00e8me excuse : cette grande personne habite la France o\u00f9 elle a faim et froid. Elle a besoin d&rsquo;\u00eatre consol\u00e9e. Si toutes ces excuses ne suffisent pas, je veux bien d\u00e9dier ce livre \u00e0 l&rsquo;enfant qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 autrefois cette grande personne. Toutes les grandes personnes ont d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 des enfants. (Mais peu d&rsquo;entre elles s&rsquo;en souviennent.) Je corrige donc ma d\u00e9dicace\u00a0: \u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 L\u00e9on Werth quand il \u00e9tait petit gar\u00e7on<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"> De Saint-Exup\u00e9ry, Antoine. 2013 [1943].\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, Paris\u00a0: Folio, p. 11. <\/span>.<\/p>\n<p>Antoine de Saint-Exup\u00e9ry,\u00a0<em>Le Petit Prince.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Peter Pan<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> Il est assez commun d\u2019\u00e9tudier en parall\u00e8le ces deux \u0153uvres dont les personnages \u00e9ponymes \u00ab\u00a0form[ent] en somme comme une seule et m\u00eame personne: des doubles, ou bien des jumeaux comme ceux dont parlent si souvent les l\u00e9gendes, cr\u00e9atures aux temp\u00e9raments \u00e0 la fois identiques et oppos\u00e9s, comme s&rsquo;ils incarnaient les deux faces sym\u00e9triques d&rsquo;un m\u00eame mythe\u00a0\u00bb (Forest, 2013, 54). <\/span> (Barrie, 1911) et\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>\u00a0(De Saint-Exup\u00e9ry, 1943), parce qu\u2019il s\u2019agit de deux \u0153uvres \u00e9crites pour l\u2019enfance<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> Il est assez commun d\u2019\u00e9tudier en parall\u00e8le ces deux \u0153uvres dont les personnages \u00e9ponymes \u00ab\u00a0form[ent] en somme comme une seule et m\u00eame personne: des doubles, ou bien des jumeaux comme ceux dont parlent si souvent les l\u00e9gendes, cr\u00e9atures aux temp\u00e9raments \u00e0 la fois identiques et oppos\u00e9s, comme s&rsquo;ils incarnaient les deux faces sym\u00e9triques d&rsquo;un m\u00eame mythe\u00a0\u00bb (Forest, 2013, 54). <\/span>, am\u00e9nagent des espaces sp\u00e9cifiques selon les diff\u00e9rentes d\u00e9finitions pr\u00eat\u00e9es \u00e0 l\u2019enfance. La d\u00e9dicace du\u00a0<em>Petit Prince<\/em>\u00a0\u00e0 L\u00e9on Werth, mise en exergue plus haut, d\u00e9cline ainsi trois \u00e9tats de l\u2019enfance\u00a0: celui de l\u2019enfant lui-m\u00eame, celui dont on se souvient, c&rsquo;est-\u00e0-dire, l\u2019enfant du pass\u00e9, et celui que l\u2019adulte conserve en lui, possible r\u00e9miniscence d\u2019un \u00e9tat m\u00e9moriel.<\/p>\n<p>Ecrire pour et sur l\u2019enfance, c\u2019est surtout lui am\u00e9nager un espace qui lui est propre, un espace o\u00f9 le verbe n\u2019a pas le m\u00eame sens, o\u00f9 les pr\u00e9occupations ne sont plus les m\u00eames, o\u00f9 le discours est en construction permanente. Analyser les espaces mis en place par ces deux auteurs livrerait une premi\u00e8re cl\u00e9 pour appr\u00e9hender la perception de l\u2019enfance en litt\u00e9rature dans cette premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Pour Vincent Jouve, \u00ab\u00a0nombre de r\u00e9cits proposent une structure spatiale explicite (haut\/bas, surface\/profondeur, ici\/ailleurs, etc.) qui, investie s\u00e9mantiquement, t\u00e9moigne d\u2019un syst\u00e8me de valeurs\u00a0\u00bb (Jouve, 1997, 187).<\/p>\n<p>Il s\u2019agira alors de comprendre quels sont ces espaces relatifs \u00e0 l\u2019enfance<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il s\u2019agira d\u2019\u00e9tudier l\u2019espace en tant que lieu, de l\u2019autre, il s\u2019agira de comprendre l\u2019espace dans son sens figur\u00e9 en tant que milieu, domaine, activit\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019enfance. Le mot \u00ab\u00a0espace\u00a0\u00bb pourra ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 dans son sens m\u00e9taphorique\u00a0: on se demandera alors quel espace au sens g\u00e9n\u00e9ral est am\u00e9nag\u00e9 pour l\u2019enfance. <\/span>, comment, derri\u00e8re un d\u00e9placement spatial des personnages et de la narration (surface \/ profondeur), ces espaces cr\u00e9ent un nouveau monde di\u00e9g\u00e9tique (ici \/ ailleurs), un monde de l\u2019enfance \u00e0 la fronti\u00e8re entre le visible et l\u2019invisible, entre le mat\u00e9riel et l\u2019immat\u00e9riel, entre l\u2019illusoire et le sacr\u00e9 (haut \/ bas).<\/p>\n<h2>De l&rsquo;espace enfantin \u00e0 l&rsquo;espace imaginaire<\/h2>\n<p>D\u00e8s l\u2019incipit,\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>\u00a0d\u2019Antoine de Saint-Exup\u00e9ry s\u2019ouvre sur les dessins conjoints de l\u2019\u00e9l\u00e9phant se faisant d\u00e9vorer par un boa et du boa dig\u00e9rant l\u2019\u00e9l\u00e9phant, dessins qui remplissent la page tout en venant se heurter aux pr\u00e9occupations des \u00ab\u00a0grandes personnes\u00a0\u00bb. Alors que le narrateur, enfant, s\u2019attache \u00e0 dessiner un boa dans un \u00e9l\u00e9phant, les adultes autour de lui semblent n\u2019y voir qu\u2019un chapeau, le sommant alors de s\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9resser plut\u00f4t \u00e0 la g\u00e9ographie, \u00e0 l\u2019histoire, au calcul et \u00e0 la grammaire\u00bb (De Saint-Exup\u00e9ry, 2013, 94).\u00a0 Les adultes censurent donc d\u00e8s le d\u00e9but un espace li\u00e9 \u00e0 l\u2019imagination et \u00e0 l\u2019association de signifi\u00e9s non ma\u00eetris\u00e9s dans un monde o\u00f9 les nombres et le visible semblent r\u00e9gner en ma\u00eetres. C\u2019est un espace que l\u2019enfant peut investir sans les r\u00e9actions n\u00e9gatives des adultes, et que le narrateur red\u00e9couvre en rencontrant le petit prince dans le d\u00e9sert.<\/p>\n<p>Peter Pan fait lui aussi office de figure de transfert entre un monde scl\u00e9ros\u00e9 et un espace o\u00f9 toute l\u2019enfance peut s\u2019exprimer. Cet espace, c\u2019est celui de la page \u00e0 remplir par le dessin, celui donc de l\u2019imaginaire, du jeu autour de la relation signifi\u00e9-signifiant que les dessins du boa et du serpent activent. L\u2019\u0153uvre de\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, elle, spatialise le jeu\u00a0: la cabane construite pour ressembler \u00e0 une maison devient le lieu de la th\u00e9\u00e2tralisation, et ce, apr\u00e8s la chute de Wendy sur \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Slightly\u00a0\u00bb, he ordered, \u00ab\u00a0fetch a doctor\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0Ay, ay\u00a0\u00bb said Slightly at once, and disappeared scratching his head. But he knew Peter must be obeyed, and he returned in a moment, wearing John\u2019s hat and looking solemn.<br \/>\u00ab\u00a0Please, sir\u00a0\u00bb, said Peter, going to him, \u00ab\u00a0are you a doctor? \u00ab\u00a0<br \/>[\u2026]<br \/>\u00ab\u00a0Please, sir\u00a0\u00bb, Peter explained, \u00ab\u00a0a lady lies very ill\u00a0\u00bb.<br \/>[\u2026]<br \/>\u00ab\u00a0I will put a glass thing in her mouth\u00a0\u00bb said Slightly ; and he made believe to do it, while Peter waited. It was an anxious moment when the glass thing was withdrawn. (Barrie, 1995, 70-71)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sur \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb, tout semble \u00eatre jeu\u00a0; l\u2019espace de l\u2019enfance se constitue dans le faire semblant, dans la dramatisation \u2013au \u00a0sens premier o\u00f9 l\u2019enfant fusionne avec le r\u00f4le qu\u2019il se donne et o\u00f9 l\u2019instant dramatique n\u2019est autre qu\u2019un jeu, qu\u2019une forme de th\u00e9\u00e2tralit\u00e9. Ces deux \u0153uvres illustrent alors l\u2019assimilation de l\u2019enfance avec l\u2019illusion<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> \u00ab\u00a0L\u2019illusion\u00a0\u00bb est un terme que l\u2019on retrouve appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019enfance d\u00e8s Louis Robert Stevenson dans la pr\u00e9face d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son recueil\u00a0<em>Jardin de po\u00e8mes enfantins<\/em>. Il parle alors d\u2019illusion pour l\u2019enfance et d\u2019imaginaire pour l\u2019adulte. Cette th\u00e9orie est notamment reprise dans l\u2019ouvrage de Cl\u00e9ment Rosset,\u00a0<em>Le R\u00e9el, l\u2019imaginaire et l\u2019illusoire<\/em>\u00a0(2006). <\/span> en cr\u00e9ant un imaginaire qui lui est propre, ainsi qu\u2019en s\u2019appuyant sur des espaces sp\u00e9cifiques li\u00e9s au jeu<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> Hazard, Paul. 1967.\u00a0<em>Les livres, les enfants et les hommes<\/em>, Paris : Hatier. <\/span>, car les enfants \u00ab\u00a0vivent dans un monde sp\u00e9cial, dans lequel, bien que tout imite le vrai, tout est fictif et tout est faux [\u2026]\u00a0; pour eux, une table est un piano, un bout de bois est un chemin de fer, une boite est un plateau<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Mariella Colin rappelle et traduit quelques remarques de Virginia Cordelia sur l\u2019enfance. <\/span>\u00a0\u00bb (Colin, 2005, 272). C\u2019est dans le jeu que la r\u00e9actualisation d\u2019un objet pour une utilisation diff\u00e9rente ouvre le r\u00e9el sur un espace fictif, imaginaire. Ainsi, derri\u00e8re l\u2019opposition entre la formation duelle \u00e9l\u00e9phant-boa et la simple vision du chapeau se cache la constitution d\u2019un nouveau signifi\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un signifiant qui, normalement, ne devrait souffrir d\u2019aucune confusion. La forme commun\u00e9ment associ\u00e9e au signifi\u00e9 \u00ab\u00a0chapeau\u00a0\u00bb appelle sur le m\u00eame signifiant d\u2019autres signifi\u00e9s. Dans ces deux \u0153uvres, l\u2019enfance est donc pourvue de la capacit\u00e9 de d\u00e9construire les relations entre signifiants et signifi\u00e9s dont l\u2019adulte \u00e0 l\u2019habitude d\u2019user, pour les (re)construire selon des perceptions qui n\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 scl\u00e9ros\u00e9es, structur\u00e9es voire st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es.<\/p>\n<p>Or, ces activit\u00e9s, qu\u2019il s\u2019agisse du faire semblant ou bien d\u2019un processus de d\u00e9construction\u00a0\/ (re)construction, s\u2019appuient sur des d\u00e9sirs enfantins qui ne sont pas initialement satisfaits. Londres, dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, espace r\u00e9el, n\u2019actualise les d\u00e9sirs des enfants qu\u2019\u00e0 l\u2019or\u00e9e du sommeil, car l\u2019\u0153uvre d\u00e9veloppe deux sortes de\u00a0<em>Neverland<\/em>, nom donn\u00e9 par J. M. Barrie \u00e0 l\u2019espace qui cristallise tous les d\u00e9sirs enfantins et pour lequel seul Peter Pan peut servir de guide. Le premier engage un espace onirique, tr\u00e8s souvent appel\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre \u00ab\u00a0Le Pays de Nulle-Part\u00a0\u00bb, alors que le second devient r\u00e9el pour les personnages et porte la plupart du temps cette d\u00e9nomination \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Of all delectable islands the Neverland is the snuggest and most compact [\u2026]. When you play at it by day with the chairs and table-cloth, it is not in the least alarming, but in the two minutes before you go to sleep it becomes very nearly real \u00bb (Barrie, 1995, 7). L\u2019\u00eele de Nulle-Part se pr\u00e9sente donc bien comme un espace imaginaire o\u00f9 tous les d\u00e9sirs sont possibles. C\u2019est donc Peter Pan qui permet le glissement vers l\u2019\u00eele de jamais, v\u00e9ritable espace qui actualise ce qui \u00e0 l\u2019origine n\u2019\u00e9tait que de l\u2019ordre de l\u2019imaginaire.<\/p>\n<p>Ces deux espaces participent donc \u00e0 la constitution de\u00a0<em>Neverland\u00a0<\/em>puisque d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ils d\u00e9voilent les d\u00e9sirs enfantins propres \u00e0 chacun, de l\u2019autre ils les actualisent dans des espaces pr\u00e9cis\u00a0; s\u2019ouvrent alors des mondes nouveaux\u00a0: l\u2019espace du d\u00e9sert qui vient se remplir d\u2019images, celles que le petit prince propose \u00e0 l\u2019aviateur<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> Il s\u2019agit ici du deuxi\u00e8me processus\u00a0<em>d\u00e9construction \u2013 reconstruction<\/em>\u00a0de l\u2019ouvrage lorsque le petit prince demande au narrateur de lui dessiner un mouton. L\u2019aviateur satisfait le petit prince par la repr\u00e9sentation d\u2019une caisse en bois laissant le signifiant du signifi\u00e9 \u00ab\u00a0mouton\u00a0\u00bb de c\u00f4t\u00e9. S\u2019ouvre alors une r\u00e9elle conversation philosophique sur les relations que peuvent entretenir un mouton et une rose, conversation qui finalement prend le dessus sur les pr\u00e9occupations de l\u2019aviateur et interroge de ce fait sur la relation que l\u2019adulte et l\u2019enfant entretiennent avec le monde. <\/span>, et la chambre des enfants Darling qui organise un interm\u00e8de entre l\u2019espace onirique et celui actualisant tous les jeux enfantins\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Michael was ready\u00a0: he wanted to see how long it took him to do a billion miles. But Wendy hesitated.<br \/>\u00ab\u00a0Mermaids!\u00a0\u00bb said Peter again.<br \/>\u00ab\u00a0Oo!\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0And there are pirates.\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0Pirates\u00a0\u00bb, cried John, seizing his Sunday hat, \u00ab\u00a0let us go at once\u00a0\u00bb. (Barrie, 1995, 37-38)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les jeux enfantins fusionnent avec les d\u00e9sirs de l\u2019enfance et viennent s\u2019adjoindre aux motivations du d\u00e9part\u00a0: pirates, sir\u00e8nes, indiens et autres r\u00f4les que les enfants aiment endosser pour jouer, les attendent \u00e0\u00a0<em>Neverland<\/em>.<\/p>\n<p>Ainsi, la co\u00efncidence entre le jeu, la lecture d\u2019image et l\u2019onirisme s\u2019ouvre sur un imaginaire qui spatialise les d\u00e9sirs et l\u2019illusion enfantine dont l\u2019adulte s\u2019\u00e9loigne et veut \u00e9loigner l\u2019\u00eatre en devenir. Devant la d\u00e9couverte de \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb, c\u2019est tout un monde de l\u2019enfance qui s\u2019offre aux personnages, un monde o\u00f9 le jeu est omnipr\u00e9sent, o\u00f9 ce qui est grave est cach\u00e9 derri\u00e8re une th\u00e9\u00e2tralisation faussement ludique, dans laquelle, pour exemple, Peter Pan s\u2019acharne \u00e0 tuer le plus d\u2019adultes possibles. De m\u00eame, dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, les dessins du narrateur, les commentaires du petit prince relatifs notamment \u00e0 son errance, ainsi que la r\u00eaverie provoqu\u00e9e par les conversations entre les deux protagonistes orientent le regard sur le cosmos, image d\u2019un v\u00e9ritable monde de l\u2019enfance, seul souvenir du passage pour l\u2019aviateur du petit prince sur terre. Ainsi, apr\u00e8s avoir envahi le d\u00e9sert en renversant l\u2019ordre \u00e9tabli par l\u2019incipit, l\u2019espace de jeu et l\u2019espace onirique cr\u00e9ent une v\u00e9ritable\u00a0distorsion entre l\u2019incipit et l\u2019excipit\u00a0: le narrateur a bascul\u00e9 dans le monde de l\u2019enfance.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation de ces mondes de l\u2019enfance, de \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00bb o\u00f9 l\u2019adulte ne peut se rendre et de la plan\u00e8te du petit prince \u00e0 laquelle le cosmos renvoie symboliquement<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> A l\u2019or\u00e9e du d\u00e9part du petit prince sur sa plan\u00e8te, l\u2019enfant solaire engage une conversation avec l\u2019aviateur\u00a0: la vue des \u00e9toiles fera office de support au souvenir de leur rencontre. C\u2019est d\u2019ailleurs sur ce m\u00eame cosmos que l\u2019aviateur conclut son histoire\u00a0; les yeux riv\u00e9s vers les \u00e9toiles, il lui semble entendre le rire du petit prince. <\/span>, se fait au prix d\u2019une alt\u00e9ration spatio-temporelle.<\/p>\n<h2>Des mondes autres\u00a0: spatialisation d\u2019un imaginaire enfantin<\/h2>\n<p>La cr\u00e9ation de ces mondes de l\u2019enfance, caract\u00e9ris\u00e9s par leur isolement<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> Les enfants Darling parviennent \u00e0\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0en parcourant le ciel au-dessus des oc\u00e9ans, et ils n\u2019en repartent que par bateau volant, m\u00eame si une fois grands, ils ne peuvent y retourner, allant jusqu\u2019\u00e0 oublier leurs aventures d\u2019antan. Le\u00a0<em>Petit Prince<\/em>, quant \u00e0 lui, isole la plan\u00e8te par ses narrations\u00a0; son monde \u00e9tant d\u2019abord accessible par son discours, ensuite par le processus de d\u00e9construction \u2013 reconstruction dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 et qui s\u2019actualise par l\u2019apparition du puits dans le d\u00e9sert. <\/span>, leur tendance \u00e0 remplacer les pr\u00e9occupations des adultes par l\u2019actualisation des jeux enfantins<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"> Finalement, il est possible de parler de monde de l\u2019enfance lorsqu\u2019il est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019espace qu\u2019am\u00e9nagent les adultes\u00a0: tandis que les adultes pr\u00e9f\u00e8reront les finances et les comptes tr\u00e8s bien repr\u00e9sent\u00e9s par la figure m\u00eame de Mr Darling dans les premiers chapitres de\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, les enfants s\u2019appliqueront \u00e0 remplacer leurs parents et Peter Pan va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 vouloir tuer les adultes, les pirates n\u2019\u00e9tant apr\u00e8s tout que des enfants perdus ayant grandi. Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de cette opposition dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>\u00a0d\u00e8s son incipit. <\/span> et le regard m\u00e9taphysique qu\u2019ils impliquent<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> Ces mondes de l\u2019enfance, nous l\u2019avons vu, en d\u00e9construisant le sens et en le reconstruisant, offre un nouveau regard, celui d\u2019un monde rempli de possibles, notamment la spatialisation de quelque\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0int\u00e9rieur ou bien d\u2019un monde expliqu\u00e9 avec la plus grande candeur et pourtant ouvrant sur des questions revenant aux origines et \u00e0 l\u2019essentialit\u00e9\u00a0: le mouton a-t-il mang\u00e9 la fleur du Petit Prince\u00a0? <\/span>, est renforc\u00e9e par les glissements spatio-temporels des personnages autour de seuils et de mouvements contraires.<\/p>\n<p>Ces deux \u0153uvres offrent en effet un glissement spatial bas\u00e9 sur \u00ab\u00a0l\u2019exterritorialit\u00e9\u00a0\u00bb et le d\u00e9paysement<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\"> \u00ab\u00a0L\u2019exterritorialit\u00e9\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0d\u00e9paysement\u00a0\u00bb sont deux termes employ\u00e9s pour le roman d\u2019aventures lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler du glissement spatial d\u2019un personnage de son espace quotidien, familier \u00e0 un espace inconnu, dangereux. La reprise de ces deux termes n\u2019est pas anodine puisque nous remarquons pour ces deux \u0153uvres un sch\u00e9ma structurel relativement similaire au roman d\u2019aventures. L\u2019ouvrage de Matthieu Letourneux (2010) peut apporter des pr\u00e9cisions. <\/span>\u00a0: de la civilisation au d\u00e9sert pour l\u2019aviateur et de Londres \u00e0\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0pour les enfants Darling. Dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, la fen\u00eatre, en tant que seuil, d\u00e9bouche sur un transfert, long passage bleut\u00e9 au-dessus des oc\u00e9ans par lequel les enfants Darling quittent Londres pour se retrouver sur \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb, un espace sauvage et imaginaire qui contraste avec celui, londonien, qu\u2019ils ont quitt\u00e9. L\u2019espace r\u00e9el, que repr\u00e9sentent Londres et la r\u00eaverie li\u00e9e \u00e0 ces voyages oniriques au Pays de Nulle-Part, est substitu\u00e9 par cette \u00eele de jamais qui spatialise ce\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0int\u00e9rieur\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>In the old days at home the Neverland had always begun to look a little dark and threatening by bedtime. [\u2026]<br \/>Of course the Neverland had been make-believe in those days; but it was real now. (Barrie, 1995, 44)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce glissement spatial renverse donc le rapport entre espace imaginaire et espace r\u00e9el. Alors, le monde de l\u2019enfance devient le verso du monde de d\u00e9part\u00a0; il en est en effet son oppos\u00e9 \u2013 miroir puisque tous les \u00e9l\u00e9ments constitutifs viennent braver les codes de l\u2019espace r\u00e9el\u00a0: Nana, rejet\u00e9e par le p\u00e8re Darling, trouve son pendant dans les sir\u00e8nes ou les f\u00e9es, le dessin de l\u2019\u00e9l\u00e9phant dans un boa reprend sens avec une autre figuration, celle du mouton dans une caisse en bois. Dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, c\u2019est un double glissement spatial qui vient renforcer ce renversement entre espace imaginaire et espace r\u00e9el\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le petit prince quitte son ast\u00e9ro\u00efde et tombe sur terre apr\u00e8s avoir visit\u00e9 quelques autres plan\u00e8tes, de l\u2019autre, l\u2019aviateur est arrach\u00e9 \u00e0 son milieu confortable, civilis\u00e9, pour se retrouver en plein d\u00e9sert, espace-temps ouvrant non seulement sur l\u2019infini, mais aussi sur le non-lieu, car ce d\u00e9sert n\u2019est autre que l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0apprentissage de l\u2019absence\u00a0\u00bb, qu\u2019un \u00ab\u00a0espace qui annihile l\u2019espace\u00a0\u00bb (Montandon, 2001, 43).<\/p>\n<p>Ainsi, \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb, recluse sur elle-m\u00eame, et le d\u00e9sert o\u00f9 l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0on ne voit rien\u00a0\u00bb, o\u00f9 l\u2019 \u00ab\u00a0on n\u2019entend rien\u00a0\u00bb mais o\u00f9 \u00ab\u00a0cependant quelque chose rayonne en silence\u00bb (De Saint-Exup\u00e9ry, 2013, 82), se construisent sur un glissement et une alt\u00e9ration spatio-temporelle<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\"> Cette alt\u00e9ration temporelle s\u2019appuie sur un transfert spatial dans des mondes o\u00f9 les chronotopes diff\u00e8rent de l\u2019espace premier. Le terme \u00ab\u00a0alt\u00e9ration\u00a0\u00bb renvoyant \u00e0 un sens d\u00e9pr\u00e9ciatif me semble approprier pour ces diff\u00e9rents transferts spatio-temporels\u00a0: Utopie et dystopie sont au c\u0153ur de\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0et du d\u00e9sert puisque c\u2019est cette tension qui est \u00e0 la base-m\u00eame de la constitution de ces deux espaces. <\/span>. Dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, \u00ab\u00a0le temps est une notion fort ambigu\u00eb sur l\u2019\u00eele, constitu\u00e9 de r\u00e9p\u00e9titions et d\u2019effacements\u00a0\u00bb car \u00ab\u00a0\u00e0\u00a0<em>Neverland<\/em>, dont le nom indique combien la temporalit\u00e9 lui est substantielle, tout se r\u00e9p\u00e8te, tout est permanent, et en chaque instant r\u00e8gne une insaisissable \u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb (Prince, 2010, 101). Aussi, il est presque impossible de saisir le temps ni de le calculer\u00a0dans ces espaces o\u00f9 le nombre et les grandes personnes ne figurent pas, sauf exception. Dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, ce temps est cyclique, dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, un jour peut comporter jusqu\u2019\u00e0 quarante-deux couchers de soleil, ce non-sens impliquant ainsi d\u2019une perception confuse du temps.<\/p>\n<p>Mais deux temps semblent surtout se rencontrer<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\"> Voir annexe 1. <\/span>, celui statique du d\u00e9sert qui porte en lui le conte du petit prince et celui lin\u00e9aire de l\u2019aviateur qui compte les jours. Le d\u00e9sert devient ainsi le lieu d\u2019une alt\u00e9ration par la narration du petit prince. Les deux temps fusionnent\u00a0: staticit\u00e9 et lin\u00e9arit\u00e9 donnent un sens \u00e0 la rencontre entre l\u2019adulte et l\u2019enfant solaire puisque la co\u00efncidence entre ces deux temps cr\u00e9e un v\u00e9ritable espace-temps, celui d\u2019un retour en arri\u00e8re. L\u2019aviateur r\u00e9actualise en effet, par sa rencontre avec le petit prince, un espace propre \u00e0 l\u2019enfance, celui qu\u2019il avait d\u00fb mettre de c\u00f4t\u00e9 en grandissant et cacher aux adultes qu\u2019il rencontrait.<\/p>\n<p>La lin\u00e9arit\u00e9 temporelle, caract\u00e9ristique du temps personnel, soutenue par un glissement entre espace initial familier et espace final modifi\u00e9 tout en passant par un espace inconnu (axe horizontal rose<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\"> Voir annexes 1 et 2. <\/span>), correspond au processus de d\u00e9construction et de reconstruction de tout sens port\u00e9 aux\u00a0<em>realia<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">\u00a0<em>Realia<\/em>\u00a0est \u00e0 prendre ici dans son sens \u00e9tymologique, m\u00e9di\u00e9val\u00a0: il s\u2019agit de les entendre comme ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments concrets attach\u00e9s \u00e0 une culture, plus sp\u00e9cifiquement d\u2019un ensemble communautaire. Dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, l\u2019imaginaire enfantin vient d\u00e9construire les\u00a0<em>realia<\/em>\u00a0que l\u2019adulte impose \u00e0 l\u2019enfant pour les reconstruire autrement. <\/span>. Elle vient alors se fondre dans un temps sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019espace d\u00e9couvert qui proc\u00e8de d\u2019un mouvement contraire \u00e0 l\u2019exterritorialit\u00e9\u00a0(axe vertical jaune<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\"> Voir annexes 1 et 2. <\/span>), celui du processus d\u2019int\u00e9riorisation caract\u00e9ris\u00e9 par le puits dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-19\">19<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-19\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\"> Voir annexe 1. <\/span> ou la maison souterraine dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-20\">20<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-20\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\"> Voir annexe 2. <\/span>. Au huiti\u00e8me jour dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, les protagonistes n\u2019ont plus d\u2019eau, ils partent donc \u00e0 la recherche d\u2019un puits, recherche qui semble bien vaine dans l\u2019infinit\u00e9 du d\u00e9sert. Pour Huang Hong, le puits serait l\u2019image cach\u00e9 de l\u2019enfant dans un d\u00e9sert de la solitude adulte, car, face au d\u00e9sert, l\u2019aviateur est \u00e0 m\u00eame de pouvoir chercher et se souvenir de l\u2019\u00e9tat d\u2019enfance qu\u2019il a connu. Le puits est alors l\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur de cette prise de conscience, de ce retour aux origines<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-21\">21<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-21\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\"> \u00a0Voir annexe 1. <\/span>, et ce, apr\u00e8s un long processus d\u2019int\u00e9riorisation<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-22\">22<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-22\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"22\"> L\u2019article de Huang Hong (2013) donne des informations compl\u00e9mentaires \u00e0 ce propos. <\/span>, seul devant la r\u00e9miniscence d\u2019un \u00e9tat \u00e9cart\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n<p>La maison souterraine, quant \u00e0 elle, \u00e0 l\u2019image des entrailles maternelles de la terre m\u00e8re, est le lieu symbolique de l\u2019intimit\u00e9 et du retour \u00e0 l\u2019origine. Ces deux mouvements contraires, exterritorialit\u00e9 par le d\u00e9paysement forc\u00e9 ou non du personnage et int\u00e9riorisation renforcent une fusion entre espace int\u00e9rieur et espace ext\u00e9rieur<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-23\">23<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-23\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"23\"> Voir annexes 1 et 2. <\/span>.<\/p>\n<p>Les deux sch\u00e9mas en annexe illustrent donc bien la corr\u00e9lation entre glissement spatial, alt\u00e9ration temporelle et processus de (re)construction apr\u00e8s d\u00e9construction. Ces mondes de l\u2019enfance, isol\u00e9s, alt\u00e8rent la relation signifi\u00e9-signifiant, fusionnent l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur et d\u00e9construisent la fronti\u00e8re entre r\u00e9el et imaginaire. Ces processus, renforc\u00e9s par la spatialisation des d\u00e9sirs et des jeux enfantins, finissent par sacraliser ces espaces premiers que James Matthew Barrie et Antoine de Saint Exup\u00e9ry accordent \u00e0 l\u2019enfance.<\/p>\n<h2>D&rsquo;un monde herm\u00e9neutique \u00e0 l&rsquo;espace sacr\u00e9 de l&rsquo;enfance<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-24\">24<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-24\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"24\"> Tout en regardant ce qui peut \u00eatre sacr\u00e9 dans ces espaces, il s\u2019agit de comprendre la construction de ces espaces autour du sacr\u00e9 et de d\u00e9finir le processus de sacralisation. <\/span>\u00a0<\/h2>\n<p>Un espace dit sacr\u00e9 comporte des \u00ab\u00a0caract\u00e9ristiques [qui] diff\u00e8rent de celles de l\u2019espace tel qu\u2019il est saisi par l\u2019exp\u00e9rience, [car] il est en quelque sorte valoris\u00e9 et ce qui s\u2019y passe est hors de l\u2019exp\u00e9rience commune\u00a0\u00bb (Vierne, 2000, 17). Neverland et la plan\u00e8te du petit prince sont des espaces herm\u00e9neutiques. Le d\u00e9sert, renvoi biblique, se voit pourvu de la visite d\u2019un enfant solaire, image du Christ, venant r\u00e9expliquer le monde tel qu\u2019il devrait \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9 \u00e0 l\u2019origine. De m\u00eame, l\u2019exp\u00e9rience des enfants Darling sur l\u2019\u00eele de jamais permet un retour aux origines et aux\u00a0<em>realia<\/em>. Et il semble que ces espaces herm\u00e9neutiques ne peuvent \u00eatre foul\u00e9s qu\u2019une seule fois car le retour des personnages, apr\u00e8s qu\u2019ils aient quitt\u00e9 ces mondes, est compromis, ces lieux sacr\u00e9s ne se manifestant qu\u2019une seule fois. Wendy, une fois devenue adulte, ne peut plus se rendre sur l\u2019\u00eele de jamais, c\u2019est d\u2019ailleurs sa fille que Peter Pan emm\u00e8ne avec lui. De m\u00eame, l\u2019aviateur dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>\u00a0ne peut garder contact avec ce monde de l\u2019enfance qu\u2019en observant le cosmos la nuit tomb\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019espace sacr\u00e9 est un lieu ferm\u00e9, cloitr\u00e9, qui permet de faire la relation entre un monde profane et un monde autre, presque inaccessible, \u00e0 la mesure du divin. Ces espaces, parce qu\u2019ils sont herm\u00e9neutiques conduisent les personnages \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, impliquant tension et antonymie. L\u2019herm\u00e9neutique, renforc\u00e9e par l\u2019herm\u00e9ticit\u00e9 de l\u2019espace, semble ainsi donner une dimension sacr\u00e9e \u00e0 ce m\u00eame espace puisqu\u2019elle est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un transfert de connaissances et de remodalisation du monde.<\/p>\n<p>Et parce que ces mondes sont herm\u00e9neutiques, les espaces qui les suivent, c\u2019est-\u00e0-dire, le retour au foyer ou \u00e0 la vraie maison familiale<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"25\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-25\">25<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-25\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"25\"> Dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, deux maisons familiales s\u2019opposent\u00a0: la maison souterraine sur l\u2019\u00eele de jamais qui, elle, n\u2019est qu\u2019illusion et la maison des Darling \u00e0 Londres, foyer r\u00e9el que les enfants finiront par choisir. <\/span>, participent d\u2019une tension entre minimal et maximal\u00a0: une fois revenus \u00e0 Londres, les enfants finissent par oublier Peter Pan et leurs aventures, les souvenirs se retrouvant enferm\u00e9s au fond d\u2019un tout petit coffret. Face \u00e0 la minimalisation du souvenir de ce monde de l\u2019enfance, la fen\u00eatre en tant que seuil s\u2019ouvre vers l\u2019immensit\u00e9, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 celui du possible pour la fille de Wendy, de l\u2019autre celui du souvenir des aventures\u00a0<em>Neverlandaises<\/em>. Il en est de m\u00eame pour l\u2019excipit du\u00a0<em>Petit Prince<\/em>\u00a0qui se ferme sur une image minimale et pourtant conjointe \u00e0 l\u2019ouverture sur le cosmos\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au bout du compte, il ne reste rien.<br \/>Rien sinon ce paysage magnifique et minimal\u00a0: une \u00e9toile au dessus des dunes, qui est l\u2019horizon vers lequel pour finir se trouve tourn\u00e9 le Petit Prince. (Forest, 2013, 67)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019aviateur, une fois rentr\u00e9 chez lui, observe les \u00e9toiles la nuit venue, seuls t\u00e9moins de sa rencontre avec le petit prince. Une illustration de ce cosmos se trouve dans le livre, le lecteur se retrouve alors doublement devant ce \u00ab\u00a0rien\u00a0\u00bb \u00e0 la fois minimal et maximal, vide et plein. L\u2019horizon, qui, en lui-m\u00eame, implique un espace vaste, infini, se voit ainsi accoler une qualification qui donne \u00e0 regarder \u00ab\u00a0un paysage magnifique et minimal\u00a0\u00bb, cependant ouvert sur une immensit\u00e9, celle du cosmos o\u00f9 l\u2019imagination du narrateur r\u00e9pond aux d\u00e9sirs et attentes de l\u2019enfance\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Regardez le ciel. Demandez-vous\u00a0: le mouton oui ou non a-t-il mang\u00e9 la fleur\u00a0? Et vous verrez comme tout change\u2026<br \/>Et aucune grande personne ne comprendra jamais que \u00e7a a tellement d\u2019importance. (De Saint-Exup\u00e9ry, 2013, 97)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cosmos, \u00e9tendue maximale, finit par \u00eatre r\u00e9duit, non pas au ciel vide, mais \u00e0 la seule \u00e9toile, repr\u00e9sentative de la plan\u00e8te du Petit Prince comme monde de l\u2019enfance brillant sur un d\u00e9sert adulte.<\/p>\n<p>Ces deux ouvrages sont donc construits sur une fusion des contraires qui participe \u00e0 la sacralisation des espaces\u00a0: int\u00e9rieur \/ ext\u00e9rieur \u2013 d\u00e9construction \/ reconstruction \u2013 temps lin\u00e9aire \/ temps mythique. Tout comme le faire semblant qui pr\u00e9suppose le glissement entre le visible et l\u2019invisible, le mat\u00e9riel et l\u2019immat\u00e9riel<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"26\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-26\">26<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-26\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"26\"> Cette tension entre visible et invisible, mat\u00e9riel et immat\u00e9riel, est clairement illustr\u00e9 par les repas soit r\u00e9els, soit illusoires sur l\u2019\u00eele de jamais. Il l\u2019est aussi dans la tension entre pr\u00e9occupation mat\u00e9rielle, celle de r\u00e9parer l\u2019avion, et pr\u00e9occupation m\u00e9taphysique, celle d\u2019emp\u00eacher un mouton de manger une rose. <\/span>, le sacr\u00e9 semble na\u00eetre de cette fusion des contraires. L\u2019alt\u00e9ration du sens, notamment temporel, cr\u00e9e alors un lieu sacr\u00e9 c\u00f4toyant les caract\u00e9ristiques d\u2019espaces herm\u00e9neutiques tels que l\u2019\u00eele de jamais<sup><sup>[1]<\/sup><\/sup>\u00a0<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"27\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-27\">27<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-27\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"27\"> \u00ab\u00a0Mod\u00e8le parfait d\u2019un au-del\u00e0 s\u00e9par\u00e9, prot\u00e9g\u00e9 au sein de l\u2019eau maternelle, l\u2019\u00eele est un lieu sacr\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Vierne, 2000, 51). <\/span> et le d\u00e9sert, deux espaces li\u00e9s \u00e0 la mort<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"28\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-28\">28<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-28\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"28\"> A ce propos, lire Mircea Eliade (1979). <\/span>. En plus d\u2019\u00eatre herm\u00e9neutique, reclus sur eux-m\u00eames, ces espaces c\u00f4toient un autre attrait du sacr\u00e9, celui du rapport entre mort et renaissance\u00a0: dans les deux cas, l\u2019enfance meurt et renait. L\u2019enfant est par d\u00e9finition celui qui grandit, celui dont le temps n\u2019est pas arr\u00eat\u00e9. A l\u2019inverse d\u2019un Peter Pan, oublieux, vivant dans l\u2019instant et l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, Wendy et ses fr\u00e8res, apr\u00e8s avoir v\u00e9cu les aventures enfantines qui les faisaient r\u00eaver, font le choix de r\u00e9endosser cet \u00e9tat v\u00e9ritable de l\u2019enfance. L\u2019aviateur, dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, frise avec la mort, et c\u2019est ce rapprochement qui lui permet entre autres de relever le voile sur l\u2019enfance qu\u2019il avait presque tu\u00e9e. Si la mort est omnipr\u00e9sente dans un espace particuli\u00e8rement herm\u00e9neutique, elle implique des mouvements particuliers qui la caract\u00e9risent. Lorsque l\u2019espace et le sens deviennent autres<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"29\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-29\">29<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-29\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"29\"> Parce qu\u2019il faut qu\u2019il y ait exp\u00e9rience hors du commun, l\u2019espace s\u2019ouvre sur un espace-temps autre. La sacralisation peut ainsi s\u2019expliquer par une rupture, un passage, un seuil o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience sensitive doit se d\u00e9barrasser de toutes influences du monde profane. <\/span>, lorsqu\u2019il faut des rites pour acc\u00e9der \u00e0 ces espaces<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"30\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-30\">30<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-30\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"30\"> Quitter l\u2019espace profane pour acc\u00e9der \u00e0 un espace sacr\u00e9 demande un certain nombre de rite sp\u00e9cifique. A ce propos, il est possible de se reporter \u00e0 l\u2019ouvrage de Simone Vierne d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 plus haut. Ces rites font \u00e9chos dans la simple r\u00e9plique du renard au Petit Prince\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut des rites\u00a0\u00bb, mais il s\u2019agit surtout d\u2019activit\u00e9s pr\u00e9paratrices, la marche dans le d\u00e9sert jusqu\u2019au puits pour l\u2019aviateur ou bien le jeu autour du d\u00e9 \u00e0 coudre pour Wendy. Mais ces rites peuvent aussi faire \u00e9cho avec le passage, on s\u2019int\u00e9resse alors aux mouvements ascensionnel ou de d\u00e9pression. <\/span>, lorsque le temps m\u00eame proc\u00e8de d\u2019une fusion entre lin\u00e9arit\u00e9 et statisme, il est question d\u2019un processus de sacralisation spatiale qui appelle \u00e0 la\u00a0<em>catabase<\/em>, descente aux enfers et mort du personnage, suivie d\u2019une\u00a0<em>anabase<\/em>\u00a0relative \u00e0 la renaissance et \u00e0 l\u2019ascension de ce m\u00eame personnage. Il s\u2019agit en d\u00e9but d\u2019ouvrage de la chute de Wendy sur \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb ou de celle de l\u2019aviateur et du petit prince dans le d\u00e9sert. L\u2019entr\u00e9e catabatique dans ces espaces,\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0et le d\u00e9sert, entretient de fortes relations avec la mort\u00a0: \u00ab\u00a0partout sur l\u2019\u00eele de jamais\u00a0\u00bb (Prince, 2010, 94) avec les indiens, les pirates et m\u00eame les sir\u00e8nes, le d\u00e9sert est en lui-m\u00eame le lieu du rien o\u00f9 tout d\u00e9p\u00e9rit. Les personnages sont alors confront\u00e9s au L\u00e9th\u00e9, fleuve des enfers dont les eaux calmes sont cens\u00e9es effacer les souvenirs terrestres, caract\u00e9ris\u00e9 en la figure de Peter Pan d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et des adultes de l\u2019autre. Les fr\u00e8res de Wendy en viennent m\u00eame \u00e0 oublier le visage de leur parent, et l\u2019aviateur finit par se pr\u00e9occuper des babillages de l\u2019enfant solaire plut\u00f4t que de son avion cass\u00e9. C\u2019est ainsi l\u2019oubli de leur condition ant\u00e9rieure qui pr\u00e9pare l\u2019anabase finale.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, la chute est corporelle, le corps tombe deux fois, d\u2019abord dans le d\u00e9sert sur terre, depuis le cosmos, ensuite dans le sable. Cette deuxi\u00e8me chute n\u2019est \u00e0 concevoir qu\u2019en rapport avec l\u2019ascension qui suit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il n\u2019y eut rien qu\u2019un \u00e9clair jaune pr\u00e8s de sa cheville. [Le Petit Prince] demeura un instant immobile. Il ne cria pas. Il tomba doucement comme tombe un arbre. \u00c7a ne fit m\u00eame pas de bruit \u00e0 cause du sable [\u2026] mais je sais bien qu\u2019il est revenu \u00e0 sa plan\u00e8te, car au lever du jour, je n\u2019ai pas retrouv\u00e9 son corps. Ce n\u2019\u00e9tait pas un corps tellement lourd\u2026 Et j\u2019aime la nuit \u00e9couter les \u00e9toiles. C\u2019est comme cinq cents millions de grelots. (De Saint-Exup\u00e9ry, 2013, 95)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette absence de bruit, de mouvements brusques, de pesanteur vient renforcer le mouvement ascendant qui, telle une anabase, accompagne le petit prince et le regard de l\u2019aviateur dans un cosmos rempli d\u2019\u00e9toiles.<\/p>\n<p>Or, cette sacralisation des espaces relatifs \u00e0 l\u2019enfance vient contaminer l\u2019\u00e9criture m\u00eame des \u0153uvres.\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>\u00a0utilise notamment une \u00e9criture du non-dit et de la non-finitude avec de tr\u00e8s nombreux points de suspensions ou de modalisateurs li\u00e9s \u00e0 l\u2019incertitude. Pour exemple, la page 81 ne contient pas moins de huit points de suspension, impliquant que tout un r\u00e9seau de signifi\u00e9s sans signifiant v\u00e9ritable envahissent la page (De Saint-Exup\u00e9ry, 2013, 81). Le d\u00e9sert offre ainsi un paysage o\u00f9 l\u2019indicible se m\u00eale \u00e0 l\u2019\u00e9criture\u00a0:<\/p>\n<p>L\u2019incertitude du narrateur avec le \u00ab\u00a0je crois\u00a0\u00bb, d\u00e9ploie un espace magique, celui d\u2019un r\u00e9cit qui n\u2019est pas assur\u00e9, qui est toujours en train de se construire, \u00e0 partir des silences et du non-dit du petit prince, ou \u00e0 partir des zones d\u2019ombres, d\u2019oubli, \u00e0 travers le myst\u00e8re qui entoure l\u2019image de l\u2019enfant. (Montandon, 2001, 33-34)<\/p>\n<p>Cette \u00e9criture performative, \u00e9criture qui se construit au fur et \u00e0 mesure des mots et des silences, se retrouve elle aussi dans\u00a0<em>Peter Pan\u00a0<\/em>: elle se d\u00e9veloppe dans l\u2019utilisation de la deuxi\u00e8me personne du pluriel. Le lecteur, ainsi happ\u00e9 par le narrateur, investit l\u2019\u00e9criture de sa propre exp\u00e9rience face \u00e0 cette r\u00eaverie qu\u2019il a lui-m\u00eame go\u00fbt\u00e9e sans en poser le nom\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>If you shut your eyes and are a lucky one, you may see at times a shapeless pool of lovely pale colours suspended in the darkness\u00a0: then if you squeeze your eyes tighter, the pool begins to take shape, and the colours become so vivid that with another squeeze they must go on fire. But just before they go on fire you see the lagoon. (Barrie, 1995, 85)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En interpellant le lecteur \u00e0 la deuxi\u00e8me personne du pluriel, le narrateur propose une \u00e9criture qui se veut appartenant \u00e0 l\u2019\u0153uvre tout en \u00e9tant subversive, laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019imaginaire de chaque lecteur puisque ce dernier int\u00e8gre l\u2019exp\u00e9rience individuelle. Le lecteur, t\u00e9moin et impliqu\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"31\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5576\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-31\">31<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5576-31\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"31\"> Il me semble que le lecteur est impliqu\u00e9 dans une fusion des contraires lorsqu\u2019il est question du Pays de Nulle-Part, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0int\u00e9rioris\u00e9, et qu\u2019il est t\u00e9moin des aventures des enfants Darling sur l\u2019\u00eele de jamais spatialisant ce premier espace. <\/span> dans une fusion des contraires, en effectuant ce glissement vers un monde de l\u2019enfance qui n\u2019est plus seulement di\u00e9g\u00e9tique mais aussi dialectique, constitue alors l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0qui lui est propre et acc\u00e8de \u00e0 un espace qu\u2019il sacre lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Ainsi, malgr\u00e9 la simplicit\u00e9 syntaxique d\u2019une \u00e9criture adress\u00e9e \u00e0 l\u2019enfance, ces deux \u0153uvres investissent une fusion des contraires et construisent la di\u00e9g\u00e8se autour de mouvements propres \u00e0 la sacralisation d\u2019un espace, sacralisation men\u00e9e aussi par la performativit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Bien que les adultes essayent de censurer d\u00e8s le d\u00e9but ces espaces o\u00f9 l\u2019enfance peut d\u00e9construire et reconstruire le monde, d\u00e9sengager et engager la relation entre signifi\u00e9s et signifiants, inverser le rapport entre imaginaire et r\u00e9alit\u00e9, la structure spatiale dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em>\u00a0de James Matthew Barrie et\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>\u00a0d\u2019Antoine de Saint-Exup\u00e9ry constitue une mise en perspective d\u2019un monde attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019enfance. Les espaces qui ne sont au d\u00e9part qu\u2019illusoires se retrouvent d\u00e9plac\u00e9s dans un espace-temps autre, cette fois-ci bien concret. D\u00e9placements, spatialisation d\u2019un monde de l\u2019imaginaire enfantin dans un espace sp\u00e9cifique, rupture et d\u00e9tachement d\u2019avec le monde que l\u2019adulte veut imposer d\u00e8s l\u2019incipit, et ce dans les deux \u0153uvres, sont la cause d\u2019une mise en espace d\u2019un monde de l\u2019enfance. A l\u2019origine d\u2019une nouvelle exp\u00e9rience hors du commun, d\u2019une fusion entre espace int\u00e9rieur et espace ext\u00e9rieur, la sacralisation de ces mondes de l\u2019enfance engage une corr\u00e9lation de temps\u00a0: un temps lin\u00e9aire \u00e9chapp\u00e9 d\u2019un monde profane, et un temps autre, statique, voire absent.<\/p>\n<p>Ces mondes de l\u2019enfance sont donc sacralis\u00e9s parce qu\u2019isol\u00e9s et coup\u00e9s du monde profane, ils sont propres \u00e0 renverser la relation r\u00e9alit\u00e9\/imaginaire. Ils mettent en exergue un espace qui d\u00e9construit et reconstruit le sens en s\u2019appuyant sur ce qui fait l\u2019enfance\u00a0: l\u2019acquisition et la r\u00e9alisation d\u2019un d\u00e9sir enfantin, et ce dans un espace qui lui est propre\u00a0: l\u2019\u00eele de jamais ou bien la plan\u00e8te du petit prince et l\u2019imaginaire qui en d\u00e9coule. A travers des rites de passages pour lesquels les mouvements se font tour \u00e0 tour chute et ascension, la spatialisation des d\u00e9sirs enfantins rompt avec le monde profane et ouvre sur des espaces o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience sensitive devient hors du commun.<\/p>\n<p>Ainsi, la spatialisation concr\u00e8te de l\u2019illusion enfantine li\u00e9e \u00e0 un imaginaire auquel il est difficile d\u2019acc\u00e9der semble \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de ce processus de sacralisation, un processus qui contamine l\u2019\u00e9criture m\u00eame des \u0153uvres. Performative, cette derni\u00e8re, s\u2019essaie \u00e0 d\u00e9placer l\u2019exp\u00e9rience hors du commun vers un lectorat g\u00e9n\u00e9ral, que ce soit par l\u2019interpellation d\u2019une r\u00eaverie \u00e0 la fois commune et personnelle.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Annexe 1<\/h2>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/postures-dev.aegirnt2.uqam.ca\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/tableau_petitprince_1.jpg\" alt=\"\" width=\"1386\" height=\"1096\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2>\u00a0<\/h2>\n<h2>Annexe 2<\/h2>\n<p>\u00a0<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/postures-dev.aegirnt2.uqam.ca\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/tableau_peterpan_0.jpg\" alt=\"\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>\u00a0<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><strong>\u0152uvres d\u2019\u00e9tudes\u00a0: <\/strong><\/p>\n<p>Barrie, James Matthew. 1995 [1911]. <em>Peter Pan<\/em>, Grande Bretagne\u00a0: Penguin Books.<\/p>\n<p>De Saint-Exup\u00e9ry, Antoine. 2013 [1943]. <em>Le Petit Prince<\/em>, Paris\u00a0: Folio.<\/p>\n<p><strong>\u0152uvres critiques\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>Centre culturel international. 1997. <em>\u00cele des merveilles: mirage, miroir, mythe<\/em>, Paris : France.<\/p>\n<p>Centre de narratologie appliqu\u00e9e. 1998. <em>De l\u2019espace et narration litt\u00e9raire<\/em>, Facult\u00e9 des lettres, arts et sciences humaines, Nice : UFR Espaces et cultures.<\/p>\n<p>Cani, Isabelle ; PRINCE, Nathalie et CHASSAGNOL Monique. 2010. <em>Peter Pan: figure mythique<\/em>, Paris\u00a0: Autrement.<\/p>\n<p>Colin, Mariella. 2005. <em>L\u2019\u00e2ge d\u2019or de la litt\u00e9rature d\u2019enfance et de jeunesse italienne: des origines au fascisme<\/em>, Caen\u00a0: Presses universitaires de Caen.<\/p>\n<p>Drewermann, Eugen. 1992. <em>L\u2019essentiel est invisible: une lecture psychanalytique du \u00ab Petit Prince \u00bb<\/em>, traduit par Jean-Pierre BAGOT, Paris\u00a0: du Cerf.<\/p>\n<p>Eliade Mircea et Dumezil, Georges. 1979. <em>Images et symboles: essais sur le symbolisme magico-religieux<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Forest, Philippe et Adeguy, St\u00e9phane (dir.). 2013. <em>La Nouvelle revue fran\u00e7aise<\/em>, L\u2019enfance de la litt\u00e9rature, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Hazard, Paul. 1967. <em>Les livres, les enfants et les hommes<\/em>, Paris\u00a0: Hatier, 1967.<\/p>\n<p>Huang, Hong. 2013. \u00ab Savoir garder son enfance \u00bb, <em>L\u2019enfance de la litt\u00e9rature<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Jourde, Pierre. 1991. <em>G\u00e9ographies imaginaires: de quelques inventeurs de mondes au XXe si\u00e8cle<\/em>, Paris\u00a0: J. Corti.<\/p>\n<p>Jouve, Vincent. 1997. \u00ab Espace et lecture : la fonction du lieu dans la construction du sens \u00bb dans\u00a0:\u00a0 Marc Moser, <em>Cr\u00e9ation de l\u2019espace et narration litt\u00e9raire<\/em>, Cahier de narratologie, n\u00b08, Nice\u00a0: Presses Universitaire de Nice.<\/p>\n<p>Klebaner, Daniel. 1978. <em>Po\u00e9tique de la d\u00e9rive<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Letourneux, Matthieu. 2010. <em>Le roman d\u2019aventures : 1870-1930<\/em>, Limoges\u00a0: Pulim.<\/p>\n<p>Monin, Yves. 1996. <em>L\u2019\u00e9sot\u00e9risme du \u00ab Petit Prince \u00bb de Saint-Exup\u00e9ry<\/em>, Paris\u00a0: Y. Monin.<\/p>\n<p>Montandon, Alain. 2001. <em>Du r\u00e9cit merveilleux ou L\u2019ailleurs de l\u2019enfance : <\/em>Le Petit Prince, Pinocchio, Le Magicien d\u2019Oz, Peter Pan<em>, ET, <\/em>L\u2019Histoire sans fin, Paris\u00a0: Imago.<\/p>\n<p>Ottevaere-Van Praag, Ganna. 1999. <em>Histoire du r\u00e9cit pour la jeunesse au XXe si\u00e8cle: 1929-2000<\/em>, Bruxelles\u00a0: PIE P. Lang.<\/p>\n<p>Romanski, Philippe et Centre d\u2019\u00e9tudes des litt\u00e9ratures et civilisations de langue anglaise (dir.). 2002. <em>D\u2019enfance, d\u2019en face: enfance et litt\u00e9rature anglaise<\/em>, Rouen\u00a0: Universit\u00e9 de Rouen.<\/p>\n<p>Rosset, Cl\u00e9ment. 2000. <em>Le r\u00e9el, l\u2019imaginaire et l\u2019illusoire<\/em>, Biarritz\u00a0: Distance.<\/p>\n<p>Vierne, Simone. 2000. <em>Rite, roman, initiation<\/em>, Grenoble\u00a0: Presses universitaires de Grenoble.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>B\u00e9gu\u00e9, Anne-Lise. 2015. \u00ab\u00a0Des mondes de l\u2019enfance ou la sacralisation de l\u2019espace. Regards crois\u00e9s sur l\u2019enfance dans Peter Pan de J.M. Barrie et Le Petit Prince d\u2019A. de Saint-Exup\u00e9ry. \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021, En ligne &lt; https:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/begue-21 &gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx)<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/begue-21.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 begue-21.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c890ea17-7fd7-4907-a84c-9b154188a16a\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/begue-21.pdf\">begue-21<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/begue-21.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c890ea17-7fd7-4907-a84c-9b154188a16a\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div> De Saint-Exup\u00e9ry, Antoine. 2013 [1943].\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, Paris\u00a0: Folio, p. 11. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> Il est assez commun d\u2019\u00e9tudier en parall\u00e8le ces deux \u0153uvres dont les personnages \u00e9ponymes \u00ab\u00a0form[ent] en somme comme une seule et m\u00eame personne: des doubles, ou bien des jumeaux comme ceux dont parlent si souvent les l\u00e9gendes, cr\u00e9atures aux temp\u00e9raments \u00e0 la fois identiques et oppos\u00e9s, comme s&rsquo;ils incarnaient les deux faces sym\u00e9triques d&rsquo;un m\u00eame mythe\u00a0\u00bb (Forest, 2013, 54). <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div> Il est assez commun d\u2019\u00e9tudier en parall\u00e8le ces deux \u0153uvres dont les personnages \u00e9ponymes \u00ab\u00a0form[ent] en somme comme une seule et m\u00eame personne: des doubles, ou bien des jumeaux comme ceux dont parlent si souvent les l\u00e9gendes, cr\u00e9atures aux temp\u00e9raments \u00e0 la fois identiques et oppos\u00e9s, comme s&rsquo;ils incarnaient les deux faces sym\u00e9triques d&rsquo;un m\u00eame mythe\u00a0\u00bb (Forest, 2013, 54). <\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il s\u2019agira d\u2019\u00e9tudier l\u2019espace en tant que lieu, de l\u2019autre, il s\u2019agira de comprendre l\u2019espace dans son sens figur\u00e9 en tant que milieu, domaine, activit\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019enfance. Le mot \u00ab\u00a0espace\u00a0\u00bb pourra ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 dans son sens m\u00e9taphorique\u00a0: on se demandera alors quel espace au sens g\u00e9n\u00e9ral est am\u00e9nag\u00e9 pour l\u2019enfance. <\/div><\/li><li><span>5<\/span><div> \u00ab\u00a0L\u2019illusion\u00a0\u00bb est un terme que l\u2019on retrouve appliqu\u00e9 \u00e0 l\u2019enfance d\u00e8s Louis Robert Stevenson dans la pr\u00e9face d\u00e9di\u00e9 \u00e0 son recueil\u00a0<em>Jardin de po\u00e8mes enfantins<\/em>. Il parle alors d\u2019illusion pour l\u2019enfance et d\u2019imaginaire pour l\u2019adulte. Cette th\u00e9orie est notamment reprise dans l\u2019ouvrage de Cl\u00e9ment Rosset,\u00a0<em>Le R\u00e9el, l\u2019imaginaire et l\u2019illusoire<\/em>\u00a0(2006). <\/div><\/li><li><span>6<\/span><div> Hazard, Paul. 1967.\u00a0<em>Les livres, les enfants et les hommes<\/em>, Paris : Hatier. <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Mariella Colin rappelle et traduit quelques remarques de Virginia Cordelia sur l\u2019enfance. <\/div><\/li><li><span>8<\/span><div> Il s\u2019agit ici du deuxi\u00e8me processus\u00a0<em>d\u00e9construction \u2013 reconstruction<\/em>\u00a0de l\u2019ouvrage lorsque le petit prince demande au narrateur de lui dessiner un mouton. L\u2019aviateur satisfait le petit prince par la repr\u00e9sentation d\u2019une caisse en bois laissant le signifiant du signifi\u00e9 \u00ab\u00a0mouton\u00a0\u00bb de c\u00f4t\u00e9. S\u2019ouvre alors une r\u00e9elle conversation philosophique sur les relations que peuvent entretenir un mouton et une rose, conversation qui finalement prend le dessus sur les pr\u00e9occupations de l\u2019aviateur et interroge de ce fait sur la relation que l\u2019adulte et l\u2019enfant entretiennent avec le monde. <\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> A l\u2019or\u00e9e du d\u00e9part du petit prince sur sa plan\u00e8te, l\u2019enfant solaire engage une conversation avec l\u2019aviateur\u00a0: la vue des \u00e9toiles fera office de support au souvenir de leur rencontre. C\u2019est d\u2019ailleurs sur ce m\u00eame cosmos que l\u2019aviateur conclut son histoire\u00a0; les yeux riv\u00e9s vers les \u00e9toiles, il lui semble entendre le rire du petit prince. <\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> Les enfants Darling parviennent \u00e0\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0en parcourant le ciel au-dessus des oc\u00e9ans, et ils n\u2019en repartent que par bateau volant, m\u00eame si une fois grands, ils ne peuvent y retourner, allant jusqu\u2019\u00e0 oublier leurs aventures d\u2019antan. Le\u00a0<em>Petit Prince<\/em>, quant \u00e0 lui, isole la plan\u00e8te par ses narrations\u00a0; son monde \u00e9tant d\u2019abord accessible par son discours, ensuite par le processus de d\u00e9construction \u2013 reconstruction dont nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 et qui s\u2019actualise par l\u2019apparition du puits dans le d\u00e9sert. <\/div><\/li><li><span>11<\/span><div> Finalement, il est possible de parler de monde de l\u2019enfance lorsqu\u2019il est oppos\u00e9 \u00e0 l\u2019espace qu\u2019am\u00e9nagent les adultes\u00a0: tandis que les adultes pr\u00e9f\u00e8reront les finances et les comptes tr\u00e8s bien repr\u00e9sent\u00e9s par la figure m\u00eame de Mr Darling dans les premiers chapitres de\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, les enfants s\u2019appliqueront \u00e0 remplacer leurs parents et Peter Pan va m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 vouloir tuer les adultes, les pirates n\u2019\u00e9tant apr\u00e8s tout que des enfants perdus ayant grandi. Nous avons d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 de cette opposition dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>\u00a0d\u00e8s son incipit. <\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> Ces mondes de l\u2019enfance, nous l\u2019avons vu, en d\u00e9construisant le sens et en le reconstruisant, offre un nouveau regard, celui d\u2019un monde rempli de possibles, notamment la spatialisation de quelque\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0int\u00e9rieur ou bien d\u2019un monde expliqu\u00e9 avec la plus grande candeur et pourtant ouvrant sur des questions revenant aux origines et \u00e0 l\u2019essentialit\u00e9\u00a0: le mouton a-t-il mang\u00e9 la fleur du Petit Prince\u00a0? <\/div><\/li><li><span>13<\/span><div> \u00ab\u00a0L\u2019exterritorialit\u00e9\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0d\u00e9paysement\u00a0\u00bb sont deux termes employ\u00e9s pour le roman d\u2019aventures lorsqu\u2019il s\u2019agit de parler du glissement spatial d\u2019un personnage de son espace quotidien, familier \u00e0 un espace inconnu, dangereux. La reprise de ces deux termes n\u2019est pas anodine puisque nous remarquons pour ces deux \u0153uvres un sch\u00e9ma structurel relativement similaire au roman d\u2019aventures. L\u2019ouvrage de Matthieu Letourneux (2010) peut apporter des pr\u00e9cisions. <\/div><\/li><li><span>14<\/span><div> Cette alt\u00e9ration temporelle s\u2019appuie sur un transfert spatial dans des mondes o\u00f9 les chronotopes diff\u00e8rent de l\u2019espace premier. Le terme \u00ab\u00a0alt\u00e9ration\u00a0\u00bb renvoyant \u00e0 un sens d\u00e9pr\u00e9ciatif me semble approprier pour ces diff\u00e9rents transferts spatio-temporels\u00a0: Utopie et dystopie sont au c\u0153ur de\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0et du d\u00e9sert puisque c\u2019est cette tension qui est \u00e0 la base-m\u00eame de la constitution de ces deux espaces. <\/div><\/li><li><span>15<\/span><div> Voir annexe 1. <\/div><\/li><li><span>16<\/span><div> Voir annexes 1 et 2. <\/div><\/li><li><span>17<\/span><div>\u00a0<em>Realia<\/em>\u00a0est \u00e0 prendre ici dans son sens \u00e9tymologique, m\u00e9di\u00e9val\u00a0: il s\u2019agit de les entendre comme ensemble d\u2019\u00e9l\u00e9ments concrets attach\u00e9s \u00e0 une culture, plus sp\u00e9cifiquement d\u2019un ensemble communautaire. Dans\u00a0<em>Le Petit Prince<\/em>, l\u2019imaginaire enfantin vient d\u00e9construire les\u00a0<em>realia<\/em>\u00a0que l\u2019adulte impose \u00e0 l\u2019enfant pour les reconstruire autrement. <\/div><\/li><li><span>18<\/span><div> Voir annexes 1 et 2. <\/div><\/li><li><span>19<\/span><div> Voir annexe 1. <\/div><\/li><li><span>20<\/span><div> Voir annexe 2. <\/div><\/li><li><span>21<\/span><div> \u00a0Voir annexe 1. <\/div><\/li><li><span>22<\/span><div> L\u2019article de Huang Hong (2013) donne des informations compl\u00e9mentaires \u00e0 ce propos. <\/div><\/li><li><span>23<\/span><div> Voir annexes 1 et 2. <\/div><\/li><li><span>24<\/span><div> Tout en regardant ce qui peut \u00eatre sacr\u00e9 dans ces espaces, il s\u2019agit de comprendre la construction de ces espaces autour du sacr\u00e9 et de d\u00e9finir le processus de sacralisation. <\/div><\/li><li><span>25<\/span><div> Dans\u00a0<em>Peter Pan<\/em>, deux maisons familiales s\u2019opposent\u00a0: la maison souterraine sur l\u2019\u00eele de jamais qui, elle, n\u2019est qu\u2019illusion et la maison des Darling \u00e0 Londres, foyer r\u00e9el que les enfants finiront par choisir. <\/div><\/li><li><span>26<\/span><div> Cette tension entre visible et invisible, mat\u00e9riel et immat\u00e9riel, est clairement illustr\u00e9 par les repas soit r\u00e9els, soit illusoires sur l\u2019\u00eele de jamais. Il l\u2019est aussi dans la tension entre pr\u00e9occupation mat\u00e9rielle, celle de r\u00e9parer l\u2019avion, et pr\u00e9occupation m\u00e9taphysique, celle d\u2019emp\u00eacher un mouton de manger une rose. <\/div><\/li><li><span>27<\/span><div> \u00ab\u00a0Mod\u00e8le parfait d\u2019un au-del\u00e0 s\u00e9par\u00e9, prot\u00e9g\u00e9 au sein de l\u2019eau maternelle, l\u2019\u00eele est un lieu sacr\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Vierne, 2000, 51). <\/div><\/li><li><span>28<\/span><div> A ce propos, lire Mircea Eliade (1979). <\/div><\/li><li><span>29<\/span><div> Parce qu\u2019il faut qu\u2019il y ait exp\u00e9rience hors du commun, l\u2019espace s\u2019ouvre sur un espace-temps autre. La sacralisation peut ainsi s\u2019expliquer par une rupture, un passage, un seuil o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience sensitive doit se d\u00e9barrasser de toutes influences du monde profane. <\/div><\/li><li><span>30<\/span><div> Quitter l\u2019espace profane pour acc\u00e9der \u00e0 un espace sacr\u00e9 demande un certain nombre de rite sp\u00e9cifique. A ce propos, il est possible de se reporter \u00e0 l\u2019ouvrage de Simone Vierne d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 plus haut. Ces rites font \u00e9chos dans la simple r\u00e9plique du renard au Petit Prince\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut des rites\u00a0\u00bb, mais il s\u2019agit surtout d\u2019activit\u00e9s pr\u00e9paratrices, la marche dans le d\u00e9sert jusqu\u2019au puits pour l\u2019aviateur ou bien le jeu autour du d\u00e9 \u00e0 coudre pour Wendy. Mais ces rites peuvent aussi faire \u00e9cho avec le passage, on s\u2019int\u00e9resse alors aux mouvements ascensionnel ou de d\u00e9pression. <\/div><\/li><li><span>31<\/span><div> Il me semble que le lecteur est impliqu\u00e9 dans une fusion des contraires lorsqu\u2019il est question du Pays de Nulle-Part, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019un\u00a0<em>Neverland<\/em>\u00a0int\u00e9rioris\u00e9, et qu\u2019il est t\u00e9moin des aventures des enfants Darling sur l\u2019\u00eele de jamais spatialisant ce premier espace. <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021 \u00c0 L\u00e9on Werth. Je demande pardon aux enfants d&rsquo;avoir d\u00e9di\u00e9 ce livre \u00e0 une grande personne. J&rsquo;ai une excuse s\u00e9rieuse : cette grande personne est le meilleur ami que j&rsquo;ai au monde. J&rsquo;ai une autre excuse : cette grande personne peut tout comprendre, m\u00eame les livres pour enfants. 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