{"id":5578,"date":"2024-06-13T19:48:25","date_gmt":"2024-06-13T19:48:25","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/roman-ou-poesie-reflexions-sur-la-transgenericite-dans-linvention-du-monde-dolivier-rolin\/"},"modified":"2024-09-03T20:35:23","modified_gmt":"2024-09-03T20:35:23","slug":"roman-ou-poesie-reflexions-sur-la-transgenericite-dans-linvention-du-monde-dolivier-rolin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5578","title":{"rendered":"Roman ou po\u00e9sie? R\u00e9flexions sur la transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9 dans \u00ab L\u2019invention du monde \u00bb d\u2019Olivier Rolin"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6892\">Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021<\/a><\/h5>\n<p>Le XXe si\u00e8cle a connu plusieurs bouleversements culturels dus aux d\u00e9veloppements assez rapides des moyens de communication. Ces derniers ont facilit\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne de rencontre et de m\u00e9tissage des cultures qui se traduit, en particulier, en litt\u00e9rature. En effet, on rencontre de plus en plus d\u2019\u0153uvres ayant comme r\u00e9f\u00e9rence tout le patrimoine culturel mondial. Parmi ces \u0153uvres, on retrouve\u00a0<em>L\u2019invention du monde\u00a0<\/em>d\u2019Olivier Rolin. Inspir\u00e9 de plusieurs \u0153uvres connues internationalement, ce roman suscite une r\u00e9flexion sur ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019interaction entre les textes litt\u00e9raires qu\u2019est l\u2019intertextualit\u00e9<a id=\"footnoteref1_phsiq64\" class=\"see-footnote\" title=\" G\u00e9rard, Genette. 1992.\u00a0Palimpsestes, la litt\u00e9rature au second degr\u00e9, Paris\u00a0: Seuil, 558 p. \" href=\"#footnote1_phsiq64\">[1]<\/a>. Publi\u00e9 en 1993,\u00a0<em>L\u2019invention du monde\u00a0<\/em>est compos\u00e9 de 48 chapitres, dont chacun est r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture d\u2019un document ancien, que ce dernier soit un texte ou un support visuel. Le neuvi\u00e8me chapitre \u00ab\u00a0Orage sur le S\u00e9langor\u00a0\u00bb, qui servira de mod\u00e8le d\u2019analyse dans notre article, constitue une r\u00e9\u00e9criture du po\u00e8me \u00ab Voyelles \u00bb de Rimbaud. Ce chapitre pr\u00e9sente une multitude de sc\u00e8nes qui proposent des visions totalisantes du monde. Construit selon le m\u00eame mod\u00e8le que les autres chapitres du roman, il \u00e9voque ce qui se produit partout dans le monde \u00e0 travers un nombre important de personnages et d\u2019\u00e9v\u00e9nements. \u00c9tant ainsi un espace h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne o\u00f9 se brouillent des voix, des langues et des histoires, ce texte ne r\u00e9pond plus aux crit\u00e8res romanesques traditionnels. En effet, pour d\u00e9crire le monde contemporain, assez complexe et diversifi\u00e9, le romancier s\u2019est lib\u00e9r\u00e9 des exigences du genre et y a introduit plusieurs nouvelles strat\u00e9gies descriptives. Ces strat\u00e9gies de repr\u00e9sentation, en particulier la \u00ab\u00a0simultan\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb <a id=\"footnoteref2_9qghzke\" class=\"see-footnote\" title=\" La \u00ab\u00a0simultan\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0simultan\u00e9isme\u00a0\u00bb) est une technique narrative qui permet de pr\u00e9senter sans transition plusieurs \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulant au m\u00eame moment dans des endroits diff\u00e9rents. Cette pratique artistique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par Sonia Delaunay et son mari Robert Delaunay au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Elle s\u2019est introduite dans le roman gr\u00e2ce au chef-d\u2019\u0153uvre de James Joyce\u00a0Ulysse. \" href=\"#footnote2_9qghzke\">[2]<\/a>\u00a0et la \u00ab\u00a0transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9\u00a0\u00bb <a id=\"footnoteref3_qcn1k6x\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Dans Les genres de travers. Litt\u00e9rature et transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9, Dominique Moncond\u2019Huy et Henri Scepi d\u00e9finissent le concept de transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9 par les \u00ab\u00a0relations interg\u00e9n\u00e9riques qui favorisent le glissement d\u2019un genre vers un autre, selon une logique de l\u2019attraction, de l\u2019interpolation ou de la contamination, g\u00e9n\u00e9ratrice de ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019hybridation ou de montage h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0\u00bb (Moncond\u2019Huy, 2008, 8). \" href=\"#footnote3_qcn1k6x\">[3]<\/a>, sont l\u2019objet des deux premi\u00e8res parties de notre \u00e9tude. Il s\u2019agit de voir comment la description du monde devient inspiratrice de formes nouvelles de repr\u00e9sentation. Ensuite, puisque l\u2019intertextualit\u00e9 est au fondement de la structure de ce roman, celle-ci sera abord\u00e9e dans la troisi\u00e8me partie de cette analyse. On verra comment le dialogue entre les \u0153uvres litt\u00e9raires transforme le but du roman. Ce dernier repose davantage sur l\u2019\u00e9loge du verbe et de la litt\u00e9rature plus qu\u2019\u00e0 la narration. De la description et l\u2019exaltation du monde qui constituaient l\u2019objet des romans classiques, on passe dans ce roman \u00e0 l\u2019exaltation du monde litt\u00e9raire.<\/p>\n<h2>Les nouvelles strat\u00e9gies de repr\u00e9sentation<\/h2>\n<p>L\u2019int\u00e9r\u00eat port\u00e9 au monde par Olivier Rolin le poussera \u00e0 inventer de nouvelles strat\u00e9gies descriptives afin de r\u00e9unir les centaines de sc\u00e8nes qu\u2019il tire du r\u00e9el. La question des techniques de repr\u00e9sentation est au centre de\u00a0<em>L\u2019invention du monde<\/em>. Bien que cette \u0153uvre soit purement formaliste sur le plan de l\u2019\u00e9criture, on peut toujours l\u2019admettre dans le genre romanesque de par la pr\u00e9sence d\u2019un narrateur racontant des histoires \u00e0 treize femmes pour les divertir dans un cadre spatio-temporel tr\u00e8s limit\u00e9. Ce narrateur \u2013 qui assure la narration du roman en entier \u2013 reste anonyme malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de son \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Assieds-toi pr\u00e8s de moi dans le gymnase d\u00e9sert, maintenant, sous la grande vo\u00fbte de b\u00e9ton o\u00f9 ma voix r\u00e9sonne et s&rsquo;\u00e9puise en \u00e9chos comme celle d&rsquo;un officiant\u00a0\u00bb (Rolin, 1993, 96), dit-il. Le narrateur ne joue que le r\u00f4le de t\u00e9moin. Il ne fait que regarder le monde et le montrer aux femmes \u00e0 qui il s\u2019adresse. Celles-ci ne participent pas non plus au d\u00e9veloppement des histoires et n\u2019interviennent jamais dans les actions racont\u00e9es dans le roman. Elles ne constituent qu\u2019un alibi pour que le narrateur fasse sa description du monde. Pour en faire le portrait, le narrateur pr\u00e9sente des dizaines de sc\u00e8nes narratives permettant la d\u00e9couverte des pays, des peuples, des mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de vivre dans le monde. Ces sc\u00e8nes narratives constituent des histoires d\u2019hommes ordinaires; elles se d\u00e9roulent \u00e0 tous les coins de la Terre et sont inspir\u00e9es de la vie quotidienne. Dans ce foisonnement d\u2019histoires se trouvent une multitude de personnages nouveaux et passagers. Ces personnages sont des figurants et non plus des protagonistes de roman. Ils ont des r\u00f4les secondaires et apparaissent \u00e0 un certain moment de l\u2019histoire dans une posture bien d\u00e9finie, pour dispara\u00eetre au milieu de la sc\u00e8ne d\u00e9crite.<\/p>\n<p>Afin de bien disposer ensemble ces suites de sc\u00e8nes racont\u00e9es par le narrateur, le romancier se sert de l\u2019accumulation. Il l\u2019utilise pour unir des histoires \u00e9parses afin de garantir une certaine homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e0 sa description. Cependant, l\u2019entassement d\u2019histoires diverses devient progressivement \u00e9norme et s\u2019\u00e9tend tout au long du chapitre et m\u00eame tout au long du roman\u00a0: en envahissant le r\u00e9cit, il d\u00e9truit l\u2019harmonie de ce dernier. En effet, l\u2019encha\u00eenement illimit\u00e9 de sc\u00e8nes narratives fait \u00e9clater le portrait du monde. Au lieu d\u2019assurer l\u2019unit\u00e9 des descriptions, l\u2019accumulation d\u00e9stabilise la repr\u00e9sentation du r\u00e9el. M\u00eame si certaines transitions lexicales sont employ\u00e9es pour relier les actions entre elles, telle que \u00ab\u00a0et pendant ce temps\u00a0\u00bb (100), ces transitions s\u2019av\u00e8rent inaptes \u00e0 garantir \u00e0 elles seules l\u2019unit\u00e9 du texte. Le narrateur doit, de ce fait, choisir un moyen plus efficace pour assurer le lien entre les histoires, d\u2019o\u00f9 son recours \u00e0 l\u2019effet de simultan\u00e9it\u00e9 qui lui permet de rendre coh\u00e9rente sa description. La simultan\u00e9it\u00e9 des sc\u00e8nes racont\u00e9es est la caract\u00e9ristique majeure d\u2019\u00ab\u00a0Orage sur le S\u00e9langor\u00a0\u00bb et du roman. Elle permet de raconter un grand nombre d\u2019histoires se d\u00e9roulant toutes en m\u00eame temps dans le but de dresser un portrait instantan\u00e9 du monde\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il scintille sur la carrosserie des longues limousines, celles qui attendent devant les h\u00f4tels de Central Park, celles qui, \u00e0 travers les rues brumeuses de Moscou, filent vers la porte Saint-Georges du Kremlin, celle qu\u2019astique un serviteur srilankais, dans le garage d\u2019une somptueuse villa de Duba\u00ef, celle qu\u2019un camion-grue remorque dans le soleil levant, rue de la R\u00e9surrection \u00e0 Taichung (97).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 peine le narrateur commence-t-il une histoire qu\u2019il l\u2019abandonne pour en commencer une autre. On a m\u00eame l\u2019impression que ces histoires sont plus cit\u00e9es que racont\u00e9es :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le E est le ma\u00eetre des chiens samoy\u00e8des qu\u2019on embarque sur des vapeurs \u00e0 Vancouver, le chauffeur du Transsib\u00e9rien en folie dans les orni\u00e8res du ciel, il pousse la reine blanche avec laquelle Rezaul Haque, du club Bangladesh Biman, met mat au trente-septi\u00e8me coup Anisur Rahman de Bengladesh Ansars, il r\u00e8gne sur le cul talqu\u00e9 des b\u00e9b\u00e9s, [\u2026] (98-99).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La bri\u00e8vet\u00e9 de ces sc\u00e8nes narratives rend possible leur simultan\u00e9it\u00e9 et leur montage. Bien qu\u2019incompl\u00e8tes, celles-ci composent une tr\u00e8s riche description du monde. Elles constituent ainsi une technique narrative efficace \u00e0 l\u2019origine du rythme rapide du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Le classement des histoires racont\u00e9es semble arbitraire. N\u2019ayant aucun lien de cause \u00e0 effet, chacune d\u2019entre elles pourrait \u00eatre d\u00e9plac\u00e9e ou supprim\u00e9e sans que cela ne d\u00e9stabilise la composition du chapitre. Il y a donc absence de chronologie et de coh\u00e9rence logique. Le d\u00e9sordre r\u00e8gne dans le roman et les histoires qui sont interrompues en leur milieu donnent l\u2019impression que le texte n\u2019avance pas vers une fin pr\u00e9cise :<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019habit de lumi\u00e8re de Jorge Gutti\u00e9rez cependant qu\u2019il sourit dans la faena,<br \/>Les petites dents de flamme que le gaz sort puis rentre comme un chat qui crache,<br \/>Le cura\u00e7ao que Manuel Salino Guevara, dix-sept ans, qui vient d\u2019obtenir le grade de cantinero de classe B [\u2026] (107).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019accumulation et la simultan\u00e9it\u00e9 des sc\u00e8nes narratives figent donc le texte et, malgr\u00e9 le rythme rapide auquel les sc\u00e8nes se succ\u00e8dent, elles ralentissent sa progression vers une fin d\u00e9termin\u00e9e. N\u00e9anmoins, si l\u2019on consid\u00e8re que la vie, elle-m\u00eame, manque de continuit\u00e9, que les \u00e9v\u00e9nements qui y surviennent ne r\u00e9pondent \u00e0 aucune logique, le romancier n\u2019\u00e9loigne pas son texte des perturbations de la vie contemporaine. Au contraire, il \u00e9branle la syntaxe afin qu\u2019elle traduise mieux les \u00e9v\u00e9nements du monde. Ce qui compromet l\u2019avanc\u00e9e d\u2019un r\u00e9cit contribue ainsi \u00e0 la repr\u00e9sentation du monde.<\/p>\n<h2>La transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9<\/h2>\n<p>Le souci de d\u00e9crire le monde exige un vocabulaire adapt\u00e9 aux paysages infinis de ce dernier : \u00ab [&#8230;] c\u2019est dans la description du monde que Rolin ext\u00e9nue le langage avec le plus d\u2019\u00e9clat, qu\u2019il le fait mousser, en extrait tout le suc et ses ressources les plus inattendues \u00bb (Majdalani, 2000, 85), affirme Charif Majdalani \u00e0 propos de\u00a0<em>L\u2019invention du monde<\/em>. Cette richesse du langage caract\u00e9rise notamment \u00ab\u00a0Orage sur le S\u00e9langor\u00a0\u00bb. Les synonymes, les symboles, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 d\u2019autres arts, les citations et les emprunts forment un ensemble s\u00e9mantique vigoureusement \u00e9labor\u00e9 : \u00ab [\u2026] il d\u00e9ploie ses dais de vers soufr\u00e9, chlor\u00e9, de vert \u00e9pinard, de vert-de-gris, de vert chou [&#8230;]\u00a0\u00bb (Rolin, 1993, 105). En outre, ouvert \u00e0 la parole et \u00e0 la langue des autres, ce texte est largement impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019expressions et de mots provenant de langues diverses : \u00ab\u00a0<em>Puta que lo pari\u00f3!\u00a0<\/em>\u00bb <a id=\"footnoteref4_2o3yacm\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab La putain qui l\u2019a mis au monde \u00bb [Nous traduisons]. \" href=\"#footnote4_2o3yacm\">[4]<\/a> (100), \u00ab\u00a0<em>in God we trust<\/em>\u00a0\u00bb (106). Ils constituent des bribes h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes de paroles de toutes origines. Ce m\u00e9lange de langues soutient la repr\u00e9sentation globale du monde et met l\u2019accent sur la vari\u00e9t\u00e9 des cultures appartenant chacune \u00e0 un des pays \u00e9voqu\u00e9s \u00e0 travers leur langue. La nomination est aussi chose essentielle dans cette \u0153uvre. En regard de la multiplicit\u00e9 des lieux, des villes, et des objets \u00e0 d\u00e9crire, on remarque une grande richesse onomastique : \u00ab\u00a0Pahang \u00bb (97), \u00ab Kelantan \u00bb (97), \u00ab Terengganu \u00bb (97). Non seulement les lieux sont cit\u00e9s dans ce texte mais des noms propres appartenant \u00e0 des personnages inconnus y sont aussi inclus : \u00ab Marcos Silva Gouveia et Gr\u00eacia Veronica \u00bb (103). En plus de leur capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9nommer le monde, les noms propres rendent le texte plus po\u00e9tique gr\u00e2ce \u00e0 leurs sonorit\u00e9s : \u00ab [\u2026] le barman Constante du Floridita, l\u2019ami du se\u00f1or Hemingway, m\u00e9lange \u00e0 la vodka au bar de l\u2019h\u00f4tel Espa\u00f1a de Caibarien, \u00e0 Cuba, sous les yeux de Rosa Elvira sa grand-m\u00e8re, [\u2026]\u00a0\u00bb (107). La mat\u00e9rialit\u00e9 de la langue devient ainsi l\u2019objet du texte et diverses images rh\u00e9toriques, pour plupart insolites, caract\u00e9risent le travail d\u2019\u00e9criture : \u00ab Tes yeux. \/ Non. Ils sont noirs. Mais si, peut-\u00eatre : quelque crapaud, dans leur pierre, violet? \u00bb (108). Comme on le voit dans cet exemple, les mots et les images accentuent la po\u00e9ticit\u00e9 du texte. Mais le texte t\u00e9moigne d\u2019une volont\u00e9 d\u2019aller plus loin encore dans cette entreprise de repr\u00e9sentation du monde par le langage en se transformant lui-m\u00eame en po\u00e8me.<\/p>\n<p>Afin de s\u2019ouvrir \u00e0 la totalit\u00e9 du monde, le roman de Rolin, nous l\u2019avons vu, cherche \u00e0 en \u00e9puiser les \u00e9v\u00e9nements, les lieux, les personnages, mais aussi les mots. De m\u00eame, il r\u00e9emploie des textes de diff\u00e9rents auteurs, eux-m\u00eames appartenant \u00e0 des \u00e9poques diff\u00e9rentes. L\u2019intertextualit\u00e9 est ainsi l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments constitutifs de ce roman. Par exemple, le chapitre retenu pour la pr\u00e9sente analyse se construit sur le mod\u00e8le d\u2019un sonnet de Rimbaud : \u00ab\u00a0Voyelles \u00bb. Rolin le mentionne lui-m\u00eame d\u00e8s le premier paragraphe : \u00ab Je vais te dire, retiens-le bien, comment les voyelles cr\u00e9ent le monde, trinatsets, le tissent contin\u00fbment comme des vers \u00e0 soie leur cocon, l\u2019araign\u00e9e sa toile \u00bb (96). Chaque voyelle est associ\u00e9e \u00e0 une couleur : noir pour le A, blanc pour le E, rouge pour le I, vert pour le U, bleu pour le O. Et chaque lettre \u00e9veille de multiples images visuelles et sonores du monde. La narration prend une forme po\u00e9tique \u00e0 travers la r\u00e9\u00e9criture. Mais le texte de Rolin d\u00e9passe l\u2019intertextualit\u00e9 pour se transformer lui-m\u00eame en po\u00e8me. En arrivant \u00e0 la lettre \u00ab O \u00bb, la longueur et la forme du paragraphe change. Alors que tous les paragraphes du texte sont de m\u00eame longueur; le dernier paragraphe se r\u00e9tr\u00e9cit pour devenir une strophe :\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ah, le O, maintenant, num\u00e9ro treize.<br \/>Bleu, le O.<br \/>Comme &#8230;<br \/>La mer, d\u2019accord &#8230;<br \/>La coque du\u00a0<em>Vicking Sapphire<\/em>, [&#8230;] (107).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La forme de cette strophe est clairement perceptible gr\u00e2ce au blanc qui s\u00e9pare ses lignes. Ces derni\u00e8res deviennent des vers. Elles commencent par des majuscules et leur ponctuation change. Les points de suspension montrent que la ponctuation devient plus expressive. L\u2019\u00e9criture romanesque para\u00eet donc influenc\u00e9e par l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique. Il semble que le roman de Rolin cherche de nouveaux mod\u00e8les dans les autres genres, entre autres la po\u00e9sie. Le r\u00e9cit fictif, qui constitue traditionnellement la composante principale du roman, perd ici de son importance au profit de la multitude de figures rh\u00e9toriques, de rythmes et d\u2019images. La primaut\u00e9 est donn\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture et non \u00e0 la fable. Ces interf\u00e9rences de l\u2019\u00e9criture romanesque avec l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique suscitent plusieurs r\u00e9flexions sur le but du roman dont les ambitions grandissent et deviennent apparemment \u00e9trang\u00e8res aux fins habituelles de ce genre. Cependant, Rolin trouve dans la temporalit\u00e9 particuli\u00e8re de la po\u00e9sie mati\u00e8re \u00e0 soutenir l\u2019\u00e9criture de r\u00e9cits simultan\u00e9s. Pour ouvrir son roman \u00e0 la richesse du monde, ce romancier doit le saisir dans son imm\u00e9diatet\u00e9, ce que permet la po\u00e9sie.<\/p>\n<h2>L\u2019importance de l\u2019intertextualit\u00e9<\/h2>\n<p>Nous avons vu que le chapitre \u00ab Orage sur le S\u00e9langor \u00bb se construit sur le mod\u00e8le d\u2019un po\u00e8me de Rimbaud. La pr\u00e9sence de l\u2019intertextualit\u00e9 ne se limite toutefois pas \u00e0 ce seul exemple. En effet, le chapitre s\u2019affiche comme un bricolage de textes qui vise \u00e9galement \u00e0 montrer le monde dans sa totalit\u00e9. Il se construit d\u2019\u00ab\u00a0hypotextes\u00a0\u00bb <a id=\"footnoteref5_tyw07ei\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans son ouvrage\u00a0Palimpsestes, la litt\u00e9rature au second degr\u00e9, G\u00e9rard Genette d\u00e9finit l\u2019\u00ab\u00a0hypotexte\u00a0\u00bb comme \u00e9tant un \u00ab\u00a0texte ant\u00e9rieur A [\u2026]\u00a0sur lequel se greffe [un texte B] d\u2019une mani\u00e8re qui n\u2019est pas celle du commentaire\u00a0\u00bb (Genette, 1992, 11-12). \" href=\"#footnote5_tyw07ei\">[5]<\/a> issus de toutes les traditions et appartenant \u00e0 des \u0153uvres de diff\u00e9rentes \u00e9poques. Ce m\u00e9tissage litt\u00e9raire transpara\u00eet gr\u00e2ce aux r\u00e9f\u00e9rences. Le romancier cite des noms de livres, de musiciens, de personnages litt\u00e9raires et m\u00eame de petites sc\u00e8nes relev\u00e9es chez d\u2019autres auteurs afin de donner plus de densit\u00e9 \u00e0 son texte : \u00ab [\u2026] le chef de l\u2019orchestre de chambre de Macao qui interpr\u00e8te aujourd\u2019hui le concerto pour quatre violons et violoncelles de Vivaldi et la symphonie vingt-cinq de Mozart, [\u2026]\u00a0\u00bb (97). Ces r\u00e9f\u00e9rences ne se limitent pas \u00e0 l\u2019art car les histoires relat\u00e9es par le narrateur renvoient aussi \u00e0 des faits divers extraits de diff\u00e9rents journaux internationaux. La pr\u00e9sence de ces faits divers enrichit le texte de Rolin et entra\u00eene une grande vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences, emp\u00eachant la litt\u00e9rature de se fermer sur elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 tout, le monde de la litt\u00e9rature contribue aussi \u00e0 l\u2019entreprise totalisante de Rolin et il n\u2019est pas \u00e9tonnant que\u00a0<em>Les mille et une nuits<\/em>, conte perse bien connu, constitue le mod\u00e8le de\u00a0<em>L\u2019invention du monde<\/em>. Racontant l\u2019histoire de Sh\u00e9h\u00e9razade qui affronte le sultan tyrannique pour lui narrer nuit apr\u00e8s nuit une nouvelle histoire,\u00a0<em>Les mille et une nuits<\/em>\u00a0constitue un ensemble de r\u00e9cits extr\u00eamement vari\u00e9s et complexes. Sa construction ressemble \u00e0 la construction du roman de Rolin, avec une l\u00e9g\u00e8re diff\u00e9rence. En effet, alors que dans le roman de Rolin, le personnage principal raconte des milliers d\u2019embryons d\u2019histoires en une seule journ\u00e9e, dans le conte perse, Sh\u00e9h\u00e9razade raconte \u00e0 son roi une histoire par nuit et pendant mille et une nuits. Jouant ainsi avec l\u2019intertextualit\u00e9 et ce grand mod\u00e8le narratif, le texte de Rolin forme un amas de bouts d\u2019histoires capables de devenir \u00e0 leur tour des romans. L\u2019\u0153uvre repr\u00e9sente ainsi des milliers de romans possibles et \u00e0 venir. C\u2019est dire que s\u2019il convoque plusieurs textes litt\u00e9raires du pass\u00e9,\u00a0<em>L\u2019invention du monde\u00a0<\/em>se pr\u00e9sente aussi comme la matrice de milliers de romans possibles et futurs. Rolin mentionne et r\u00e9\u00e9crit des textes ant\u00e9rieurs et invite, \u00e0 son tour, les autres \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture. Les descriptions deviendront des repr\u00e9sentations de ce que le monde fut et pourrait \u00eatre.<\/p>\n<p>L\u2019intertextualit\u00e9 contribue au vertige de l\u2019interminable. Tout texte est un intertexte. D\u2019autres textes, qu\u2019ils soient issus de la culture ant\u00e9rieure ou de la culture contemporaine, sont pr\u00e9sents en lui \u00e0 des niveaux variables et sous des formes plus ou moins identifiables. Le texte est d\u00e8s lors un espace ouvert o\u00f9 se croisent des figures, des temps et des voix qui mettent l\u2019accent sur la richesse de la litt\u00e9rature. Gr\u00e2ce \u00e0 elle, l\u2019\u00e9crivain d\u00e9voile sa passion pour le monde et pour la litt\u00e9rature. L\u2019\u00e9crivain ne fait pas seulement l\u2019inventaire du monde, mais aussi l\u2019inventaire d\u2019une biblioth\u00e8que. L\u2019intertextualit\u00e9 constitue donc une exaltation d\u2019\u0153uvres ant\u00e9rieures et permet de faire l\u2019\u00e9loge des grands canons litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>Enfin, Olivier Rolin cherche, dans son roman, \u00e0 d\u00e9crire le monde dans sa totalit\u00e9. Pour ce faire, il recourt \u00e0 une accumulation de sc\u00e8nes narratives simultan\u00e9es. La simultan\u00e9it\u00e9 permet de parcourir le monde en un seul laps de temps. C\u2019est la richesse et l\u2019immensit\u00e9 du monde que le romancier cherche \u00e0 montrer \u00e0 travers ses descriptions. La description devient dans ce roman un \u00e9loge au monde. Cette exaltation constitue une reconnaissance d\u2019un mod\u00e8le sup\u00e9rieur \u00e0 soi. Le mot \u00ab\u00a0mod\u00e8le \u00bb d\u00e9signe ce qui est juste, bien proportionn\u00e9 et exemplaire sur le plan esth\u00e9tique. D\u00e8s lors, reproduire ce mod\u00e8le signifie aussi bien le c\u00e9l\u00e9brer que s\u2019\u00e9lever jusqu\u2019\u00e0 lui. Ces deux mouvements de c\u00e9l\u00e9bration et d\u2019\u00e9l\u00e9vation sont au c\u0153ur du roman de Rolin. Ce dernier expose des bouts d\u2019histoires humaines qui, bien qu\u2019ils paraissent de simples sc\u00e8nes du monde, repr\u00e9sentent un hommage \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019univers. Le monde nourrit l\u2019imagination de l\u2019\u00e9crivain, il est par la suite autant une source de fascination qu\u2019une source de savoir. Nous avons vu \u00e9galement que la richesse du monde est aussi d\u00e9voil\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intertextualit\u00e9 et au langage. Ces deux derniers deviennent \u00e0 leur tour des objets d\u2019exaltation. Le d\u00e9sir de d\u00e9crire, de parler du monde est ici un d\u00e9sir d\u2019employer le plus de mots possible. L\u2019absence d\u2019histoire, de tension et de fin dans le roman met en valeur les mots qui seuls comptent dans le texte. Rolin construit la fiction de son roman \u00e0 partir de la mat\u00e9rialit\u00e9 des mots et non \u00e0 partir d\u2019une histoire d\u00e9termin\u00e9e. Il s\u2019agit pour cet \u00e9crivain de r\u00e9nover le signe, de lui redonner le m\u00e9rite que l\u2019usage courant a rendu moins net. C\u2019est ainsi que le texte, tout en \u00e9crivant un paysage, devient lui-m\u00eame un paysage de mots, plus pr\u00e9cis\u00e9ment un po\u00e8me.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><strong>\u0152uvres \u00e9tudi\u00e9es<\/strong><\/p>\n<p>Rolin, Olivier. 1993.\u00a0<em>L\u2019invention du monde<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 527 p.<\/p>\n<p><strong>Ouvrages critiques consult\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Abou, Selim. 1981.\u00a0<em>L\u2019identit\u00e9 culturelle<\/em>. Paris\u00a0: Anthropos, 235 p.<\/p>\n<p>Adam, Jean-Michel, et Andr\u00e9 Petitjean. 1989.\u00a0<em>Le texte descriptif<\/em>. Paris\u00a0: Nathan, 239\u00a0p.<\/p>\n<p>Benveniste, \u00c9mile. 1966.\u00a0<em>Probl\u00e8mes de linguistiques g\u00e9n\u00e9rale I<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 356 p.<\/p>\n<p>Claudel, Paul. 1993.\u00a0<em>R\u00e9flexions sur la po\u00e9sie<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 185 p.<\/p>\n<p>Genette, G\u00e9rard. 1992.\u00a0<em>Palimpsestes, la litt\u00e9rature au second degr\u00e9<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, 558\u00a0p.<\/p>\n<p>Gleize, Jean-Marie. 1983.\u00a0<em>Po\u00e9sie et figuration<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 307 p.<\/p>\n<p>Hamon, Philippe. 1981.\u00a0<em>Introduction \u00e0 l\u2019analyse du descriptif<\/em>. Paris\u00a0: Hachette, 268\u00a0p.<\/p>\n<p>Jouve, Vincent. 2001.\u00a0<em>La po\u00e9tique du roman<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin, 192 p.<\/p>\n<p>Leuwers, Daniel. 1990.\u00a0<em>Introduction \u00e0 la po\u00e9sie moderne et contemporaine<\/em>. Paris\u00a0: Bordas, 190 p.<\/p>\n<p>Maulpoix, Jean-Michel. 2000.\u00a0<em>Du lyrisme<\/em>. Paris\u00a0: Jos\u00e9 corti, 442 p.<\/p>\n<p>Moncond\u2019huy, Dominique, et Henri Scepi. 2008.\u00a0<em>Les genres de travers. Litt\u00e9rature et transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9<\/em>. Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes, 374 p.\u00a0<\/p>\n<p>Raybaud, Antoine. 2000.\u00a0<em>Le besoin litt\u00e9raire<\/em>. Monaco\u00a0: \u00c9ditions du Rocher, 254\u00a0p.<\/p>\n<p>Viart, Dominique. 2005.\u00a0<em>Litt\u00e9rature fran\u00e7aise au pr\u00e9sent<\/em>. Paris\u00a0: Bordas, 511 p.<\/p>\n<p><strong>Revue consult\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Majdalani, Charif [dir.].\u00a0<em>Acanthe, annales de lettres fran\u00e7aises<\/em>. 2000. Beyrouth\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 Saint-Joseph, volume 18.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_phsiq64\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_phsiq64\">[1]<\/a> G\u00e9rard, Genette. 1992.\u00a0<em>Palimpsestes, la litt\u00e9rature au second degr\u00e9<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, 558 p.<\/p>\n<p id=\"footnote2_9qghzke\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_9qghzke\">[2]<\/a> La \u00ab\u00a0simultan\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb (ou \u00ab\u00a0simultan\u00e9isme\u00a0\u00bb) est une technique narrative qui permet de pr\u00e9senter sans transition plusieurs \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9roulant au m\u00eame moment dans des endroits diff\u00e9rents. Cette pratique artistique a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e par Sonia Delaunay et son mari Robert Delaunay au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Elle s\u2019est introduite dans le roman gr\u00e2ce au chef-d\u2019\u0153uvre de James Joyce\u00a0<em>Ulysse<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote3_qcn1k6x\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_qcn1k6x\">[3]<\/a> \u00a0<em>Dans Les genres de travers. Litt\u00e9rature et transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9<\/em>, Dominique Moncond\u2019Huy et Henri Scepi d\u00e9finissent le concept de transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9 par les \u00ab\u00a0relations interg\u00e9n\u00e9riques qui favorisent le glissement d\u2019un genre vers un autre, selon une logique de l\u2019attraction, de l\u2019interpolation ou de la contamination, g\u00e9n\u00e9ratrice de ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019hybridation ou de montage h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne\u00a0\u00bb (Moncond\u2019Huy, 2008, 8).<\/p>\n<p id=\"footnote4_2o3yacm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_2o3yacm\">[4]<\/a> \u00ab La putain qui l\u2019a mis au monde \u00bb [Nous traduisons].<\/p>\n<p id=\"footnote5_tyw07ei\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_tyw07ei\">[5]<\/a> Dans son ouvrage\u00a0<em>Palimpsestes, la litt\u00e9rature au second degr\u00e9<\/em>, G\u00e9rard Genette d\u00e9finit l\u2019\u00ab\u00a0hypotexte\u00a0\u00bb comme \u00e9tant un \u00ab\u00a0texte ant\u00e9rieur A [\u2026]\u00a0sur lequel se greffe [un texte B] d\u2019une mani\u00e8re qui n\u2019est pas celle du commentaire\u00a0\u00bb (Genette, 1992, 11-12).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Ali, Suzette. 2015. \u00ab\u00a0Roman ou po\u00e9sie? R\u00e9flexions sur la transg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9 dans L\u2019invention du monde d\u2019Olivier Rolin \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021, En ligne &lt; http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/ali-21 &gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ali-21.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 ali-21.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-f5f4a280-92d2-479c-9d9b-197777faaaf6\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ali-21.pdf\">ali-21<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/ali-21.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-f5f4a280-92d2-479c-9d9b-197777faaaf6\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021 Le XXe si\u00e8cle a connu plusieurs bouleversements culturels dus aux d\u00e9veloppements assez rapides des moyens de communication. Ces derniers ont facilit\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne de rencontre et de m\u00e9tissage des cultures qui se traduit, en particulier, en litt\u00e9rature. 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