{"id":5579,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-violence-de-linfantile-dans-nos-plaisirs-de-mathieu-lindon\/"},"modified":"2024-09-03T20:20:33","modified_gmt":"2024-09-03T20:20:33","slug":"la-violence-de-linfantile-dans-nos-plaisirs-de-mathieu-lindon","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5579","title":{"rendered":"La violence de l\u2019infantile dans \u00ab Nos Plaisirs \u00bb de Mathieu Lindon"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6892\">Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b0 21<\/a><\/h5>\n<p>En 1982, lorsque Mathieu Lindon veut publier son premier roman \u00e0 la maison d\u2019\u00e9dition de son p\u00e8re, celui-ci refuse. Ce n\u2019est pas tant la vulgarit\u00e9 de <em>Nos plaisirs<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"> Pierre-S\u00e9bastien Heudaux [Mathieu Lindon], <em>Nos plaisirs<\/em>, Paris, Minuit, 1982. Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront dor\u00e9navant int\u00e9gr\u00e9es dans le corps du texte, sans abr\u00e9viations.<\/span> qui g\u00eane J\u00e9r\u00f4me Lindon que la perspective qu\u2019elle soit associ\u00e9e au nom de la famille. Apr\u00e8s tout, Minuit publie la m\u00eame ann\u00e9e <em>Les Chiens <\/em>d\u2019Herv\u00e9 Guibert, une \u00ab\u00a0plaquette pornographique\u00a0\u00bb (Guibert, 1989, 85) pour reprendre les mots de l\u2019auteur, qui n\u2019a rien \u00e0 envier aux obsc\u00e9nit\u00e9s du roman de Lindon. Il a fallu que Lindon p\u00e8re fasse lire anonymement le texte \u00e0 Alain Robbe-Grillet \u2212 proche de la famille \u2212 et que celui-ci fasse \u00ab montre [d\u2019]enthousiasme \u00bb pour que le conflit s\u2019en trouve en partie r\u00e9solu. <em>Nos plaisirs<\/em> est publi\u00e9, mais sous le pseudonyme de Pierre-S\u00e9bastien Heudaux. Ce n\u2019est que des dizaines d\u2019ann\u00e9es plus tard qu\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur r\u00e9el, dans <em>Ce qu\u2019aimer veut dire<\/em> (entre autres) d\u2019o\u00f9 nous tirons l\u2019anecdote<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> Cette information, nous le verrons, n\u2019est pas sans donner un relief nouveau au texte, puisqu\u2019elle nous permet de le mettre en dialogue avec d\u2019autres romans de l\u2019auteur, dont son recueil de souvenirs <em>En enfance.<\/em><\/span><em>.<\/em> <em>Nos plaisirs<\/em>, dans un style propre au Nouveau roman, raconte la vie \u00e0 Barbecoul, laquelle ne tourne autour que d\u2019une chose\u00a0: le commerce de Capo, qui prostitue ses enfants. Tous les habitants de la ville en raffolent et se les arrachent. Les enfants meurent un par un d\u2019\u00eatre ainsi abus\u00e9s de tous. Il s\u2019agit d\u2019un texte obsc\u00e8ne, qui enfile de fa\u00e7on d\u00e9lirante les sc\u00e8nes de viols, de torture et de cannibalisme, mais qui le fait sur un mode tellement caricatural et grossier que c\u2019est avant tout son caract\u00e8re <em>comique<\/em> qui domine. Nous tenterons ici de ne pas nous laisser aveugler par la sexualit\u00e9 sordide du texte, pour en tirer plut\u00f4t une v\u00e9rit\u00e9 bien plus essentielle ayant trait \u00e0 l\u2019infantile. Ainsi, le roman met en sc\u00e8ne un <em>sujet<\/em> violemment happ\u00e9 par deux mouvements que nous rep\u00e9rons \u00e0 travers les signifiants textuels reli\u00e9s \u00e0 la m\u00e8re et au p\u00e8re. D\u2019une part, un f\u00e9minin d\u00e9vorant menace de tirer le sujet vers la mort, et, d\u2019autre part, un p\u00e8re tyrannique, en sortant le sujet de ce pi\u00e8ge, le soumet \u00e0 une loi tout aussi mortif\u00e8re (rejou\u00e9e par une voix narrative non moins tyrannique). Tout en retra\u00e7ant le parcours des signifiants qui font apparaitre ce sujet du texte, nous serons attentifs aux autres \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 l\u2019infantile qui contaminent ce roman d\u00e9brid\u00e9.<\/p>\n<h2>La m\u00e8re \/ la haine<\/h2>\n<p>Une chose est claire, dans <em>Nos Plaisirs<\/em>, la m\u00e8re suscite la haine. Si les gar\u00e7ons sont l\u2019objet de toutes sortes de violences, on insiste pour faire savoir que c\u2019est par exc\u00e8s de d\u00e9sir \u00e0 leur endroit<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> \u00c0 titre d\u2019exemple, on dit d\u2019Herbert qu\u2019il est \u00ab\u00a0un magnifique gar\u00e7on beau \u00e0 enfermer nu dans une cage menotte aux mains\u00a0\u00bb (35). Apr\u00e8s avoir \u00e9num\u00e9r\u00e9 les dangers du fist-fucking, le narrateur pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0c\u2019est une position qu\u2019il faut \u00eatre amoureux pour s\u2019offrir\u00a0\u00bb (87). \u00c0 propos de Chr\u00e9tien et de Micha, il est dit\u00a0: \u00ab\u00a0encha\u00eener l\u2019un et le ruer de coups pendant qu\u2019on joue avec l\u2019autre, c\u2019est \u00e7a qu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re\u00a0\u00bb (98). La violence \u00e0 l\u2019endroit des personnages f\u00e9minins n\u2019est associ\u00e9e \u00e0 aucun signifiant du d\u00e9sir; ils n\u2019inspirent qu\u2019horreur et d\u00e9go\u00fbt aux Barbecouliens.<\/span> qu\u2019il en est ainsi. La m\u00e8re des fils Capo, Henriette, n\u2019inspire qu\u2019horreur et d\u00e9go\u00fbt. Elle n\u2019a qu\u2019une fonction\u00a0: celle de \u00ab\u00a0grossir neuf mois sur neuf pour que la maison tourne\u00a0\u00bb (10). Les autres gar\u00e7ons quant \u00e0 eux \u00ab\u00a0n\u2019ont des m\u00e8res que pour leur frotter leurs cale\u00e7ons\u00a0\u00bb (52). Destitu\u00e9e d\u2019embl\u00e9e, \u00ab\u00a0la Capo\u00a0\u00bb meurt \u00e0 la seconde phrase du livre, au grand plaisir de Capo\u00a0: \u00ab\u00a0il \u00e9tait si content, enfin morte<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> Il est \u00e9galement dit de la s\u0153ur d\u2019Herbert que celle-ci \u00e9tait \u00ab\u00a0enfin morte\u00a0\u00bb (33).<\/span>\u00a0\u00bb (11). Son enterrement ne dure que cinq minutes, et tous les habitants de la ville s\u2019en portent bien\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0le drame a \u00e9t\u00e9 bien accueilli\u00a0\u00bb (11). D\u00e8s lors, Henriette n\u2019exerce plus aucune autorit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0elle n\u2019allait pas nous donner des ordres par-del\u00e0 la tombe\u00a0\u00bb (11), avance le narrateur. Si elle re\u00e7oit un peu de respect, c\u2019est seulement parce qu\u2019elle porte le nom du p\u00e8re\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0on n\u2019a jamais aim\u00e9 Henriette mais quand elle est devenue madame Capo il a fallu la respecter\u00a0\u00bb (10). Tous les personnages de sexe f\u00e9minin \u2013 en tant qu\u2019ils pr\u00e9sentifient la m\u00e8re dans le texte \u2013 sont l\u2019objet d\u2019une haine syst\u00e9matique de la part du narrateur, ce qui constitue en soi une manifestation flagrante de l\u2019infantile port\u00e9e par l\u2019\u00e9nonciation<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> Les personnages de <em>Nos plaisirs <\/em>apparaissent cloisonn\u00e9s dans une logique de d\u00e9sir infantile; d\u00e9sir morcel\u00e9, pulsionnel, <em>haineux<\/em>. Dans <em>Pulsion et destin des pulsions<\/em>, Freud rend bien compte du caract\u00e8re infantile de cette haine \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit du premier objet de l\u2019enfant, la m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0La haine en tant que relation \u00e0 l\u2019objet, est plus ancienne que l\u2019amour; elle provient du refus primordial que le moi narcissique oppose au monde ext\u00e9rieur, prodiguant les excitations. En tant que manifestation de la r\u00e9action de d\u00e9plaisir suscit\u00e9e par des objets, elle demeure toujours en relation intime avec les pulsions de conservation du moi, de sorte que pulsions du moi et pulsions sexuelles peuvent facilement en venir \u00e0 une opposition qui r\u00e9p\u00e8te celle de la haine et de l\u2019amour. Quand les pulsions du moi dominent la fonction sexuelle, comme c\u2019est le cas au stade de l\u2019organisation sadique-anale, elles donnent au but pulsionnel lui-m\u00eame les caract\u00e8res de la haine.\u00a0\u00bb (Freud, 1986, 42)<\/span>. En une seule phrase il est dit de la m\u00e8re Capo qu\u2019elle se prend pour V\u00e9nus, qu\u2019elle raconte des idioties, qu\u2019elle est laide comme un pou et qu\u2019elle affiche un air m\u00e9prisant (12). Si la voix narrative l\u00e9gitime l\u2019affreux commerce du p\u00e8re (nous y reviendrons), c\u2019est la m\u00e8re qui est d\u00e9sign\u00e9e comme une \u00ab\u00a0obs\u00e9d\u00e9e d\u2019avare<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> Dans la m\u00eame veine, il est dit de mademoiselle Robica que c\u2019est par cupidit\u00e9 qu\u2019elle \u00e9vite le suicide\u00a0: \u00ab\u00a0elle souhaitait mourir et personne ne la retenait que l\u2019app\u00e2t du gain\u00a0\u00bb (72); \u00ab\u00a0rien ne l\u2019int\u00e9resse que son confort \u00e0 elle\u00a0\u00bb (59).<\/span>\u00a0\u00bb (13) du fait qu\u2019elle refuse de coucher avec ses fils, qui de toute fa\u00e7on en seraient d\u00e9gout\u00e9s\u00a0: \u00ab\u00a0tous les gar\u00e7ons souhaitent faire l\u2019amour avec leur m\u00e8re sauf les fils Capo qui ne crachent pourtant sur personne\u00a0\u00bb (13).<\/p>\n<p>\u00c0 la mort d\u2019Henriette appara\u00eet un second personnage f\u00e9minin, mademoiselle Robica, qui re\u00e7oit le m\u00eame sort de la part du narrateur. Cette \u00ab\u00a0idiote d\u2019exploit\u00e9e\u00a0\u00bb (14) est chauve depuis ses dix-huit ans (14). Sa peau est \u00ab\u00a0un champ de crevasses\u00a0\u00bb (14), elle se maquille avec une eau de toilette qui ne sent rien (15) et sa laideur est contagieuse (18). Un accident l\u2019a priv\u00e9e de ses l\u00e8vres et le m\u00e9decin charg\u00e9 de l\u2019op\u00e9rer \u00ab\u00a0l\u2019a trouv\u00e9e si laide qu\u2019il s\u2019est \u00e9vanoui au milieu de l\u2019op\u00e9ration\u00a0\u00bb (16). Cette \u00ab\u00a0horreur de vieille fille\u00a0\u00bb (100) est apparemment \u00ab\u00a0ignorante comme une idiote\u00a0\u00bb (59). \u00ab\u00a0Ah, la tentation du suicide, vivement qu\u2019elle y succombe!\u00a0\u00bb lance-t-on \u00e0 son endroit (59). Cette haine des personnages f\u00e9minins est absolument omnipr\u00e9sente; nous ne pouvons pas en relever toutes les traces<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Ajoutons \u00e0 titre d\u2019exemples que la m\u00e8re d\u2019Herbert est une ivrogne \u00ab\u00a0qui se saoule avec un vomitif bon march\u00e9\u00a0\u00bb (31), et que Carmine a re\u00e7u \u00e0 la naissance \u00ab\u00a0la laideur et la b\u00eatise\u00a0\u00bb (68).<\/span>. Pouss\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde, elle fait carr\u00e9ment figure de logique narrative. Le narrateur pr\u00e9cise m\u00eame que Robica est contrainte \u00ab\u00a0d\u2019\u00eatre amoureuse de son propre vagin faute d\u2019autres volontaires\u00a0\u00bb (82). Si les gar\u00e7ons sont des objets de d\u00e9sir dont on consomme m\u00eame la chair et les excr\u00e9ments (50-51), le f\u00e9minin semble \u00eatre un repoussoir jusque sur le plan alimentaire. Robica, par exemple, \u00ab\u00a0n\u2019est pas tr\u00e8s app\u00e9tissante\u00a0\u00bb (39).<\/p>\n<p>S\u2019\u00e9loigner du f\u00e9minin n\u2019est pas suffisant pour les Barbecouliens\u00a0: ils font \u00e9galement l\u2019objet de multiples agressions. On tente, entre autres, d\u2019injecter un kilo d\u2019air dans une veine de mademoiselle Robica pour \u00ab\u00a0que le c\u0153ur flanche dans la seconde\u00a0\u00bb (57). Tous les habitants sont invit\u00e9s (afin de la punir pour un m\u00e9fait ind\u00e9fini) \u00e0 d\u00e9figurer Carmine \u00ab\u00a0de sorte que m\u00eame la plus grande joie ne puisse plus la rendre s\u00e9duisante\u00a0\u00bb (82). De mani\u00e8re encore plus glauque, lorsque D\u00e9d\u00e9 entre dans la famille Capo, elle se voit tortur\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les Capo la battaient, \u00e0 chacun ses fantasmes, mais D\u00e9d\u00e9 souffrait d\u2019\u00eatre m\u00e9pris\u00e9e de tous et de passer ses nuits encha\u00een\u00e9e dans l\u2019\u00e9curie [\u2026], au bout d\u2019une semaine elle \u00e9tait morte et Chr\u00e9tien enchant\u00e9 du divorce, tout redevenait simple\u00a0\u00bb (76).<\/p>\n<p>Si cette m\u00e9chancet\u00e9 semble \u00e0 premi\u00e8re vue al\u00e9atoire, on remarque en s\u2019attardant \u00e0 la perception d\u2019Henriette par les habitants de Barbecoul que leur haine d\u00e9mesur\u00e9e est motiv\u00e9e par une caract\u00e9ristique bien pr\u00e9cise\u00a0: l\u2019arbitraire. C\u2019est \u00e0 en croire les habitants \u00ab\u00a0pour le plaisir de faire mal\u00a0\u00bb qu\u2019Henriette \u00ab\u00a0vient [leur] \u00f4ter les fils Capo de la bouche\u00a0\u00bb (16). Nous savons que l\u2019infans (l\u2019enfant, avant d\u2019acqu\u00e9rir la parole) vit une grande frustration lorsque sa m\u00e8re, qu\u2019il croyait jusque-l\u00e0 faire partie de son propre corps, ne r\u00e9pond plus \u00e0 l\u2019appel, lorsque se cr\u00e9e un \u00e9cart entre sa demande et la satisfaction d\u2019un besoin. Tout se passe comme si <em>Nos Plaisirs <\/em>se d\u00e9roulait dans cet \u00e9cart. Au lieu du sein, l\u2019enfant appara\u00eet comme ce que la m\u00e8re leur enl\u00e8ve de la bouche <em>pour le plaisir de faire mal<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> Il va sans dire qu\u2019il s\u2019agit de la perception de l\u2019enfant sur cette perte, et non de la motivation de la m\u00e8re \u2013 ou de ce qui en tient lieu.<\/span>.<\/p>\n<p>La vie \u00e0 Barbecoul semble se situer enti\u00e8rement dans ce moment d\u2019insatisfaction infantile inaugural. La m\u00e8re Capo est bien souvent repr\u00e9sent\u00e9e comme l\u2019instance qui interrompt les personnages dans leurs \u00e9lans de plaisir\u00a0: \u00ab\u00a0on r\u00eavait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 sa mort quand [\u2026] elle nous expliquait trois fois par jour qu\u2019il ne fallait pas forcer brutalement l\u2019anus des Capo\u00a0\u00bb (18). Le narrateur lui pr\u00eate des intentions malveillantes alors m\u00eame qu\u2019elle est morte et enterr\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u00e7\u2019avait d\u00fb \u00eatre le dernier plaisir d\u2019Henriette agonisante de voir le ciel bleu comme jamais et de penser qu\u2019on allait crever \u00e0 suivre le cort\u00e8ge en plein soleil, on l\u2019imagine se frottant ses mains moites de bonheur dans son lit de condamn\u00e9e\u00a0\u00bb (12). Son enterrement, sans doute n\u2019est-ce pas anodin, est le lieu d\u2019une \u00ab\u00a0inimaginable\u00a0\u00bb insatisfaction\u00a0: \u00ab\u00a0il faisait une soif inimaginable et on n\u2019avait pas pr\u00e9vu l\u2019ombre d\u2019un rafraichissement\u00a0\u00bb (10) <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> L\u2019insatisfaction la plus primaire est bien celle d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9e du sein dont l\u2019enfant s\u2019abreuve.<\/span>.<\/p>\n<h2>La d\u00e9voration<\/h2>\n<p>Tout le monde cherche \u00e0 s\u2019\u00e9loigner du f\u00e9minin, qui est d\u00e9vorant \u00e0 son tour. Il est dit d\u2019un des fils Capo qu\u2019il se plaint \u00ab\u00a0des filles qu\u2019il d\u00e9testait approcher \u00e0 moins de cinq m\u00e8tres\u00a0\u00bb (41); de Robica, que \u00ab\u00a0personne n\u2019ose se risquer\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0son vieux corps de pucelle\u00a0\u00bb (18). Lorsque cette derni\u00e8re serre Herbert dans ses bras, le narrateur lance\u00a0: \u00ab\u00a0on imagine le traumatisme\u00a0\u00bb (35).<\/p>\n<p>Le lieu de la m\u00e8re appara\u00eet \u00e0 rebours comme celui d\u2019un an\u00e9antissement, puisque lorsque l\u2019enfant s\u2019y trouve, il n\u2019est pas encore sujet, diff\u00e9renci\u00e9, parlant; il confond son corps avec celui de l\u2019autre. L\u2019acquisition de la parole se fait lorsqu\u2019il se con\u00e7oit comme <em>un <\/em>et qu\u2019il demande \u00e0 autrui de le reconna\u00eetre comme tel. Les Barbecouliens ne peuvent se coller au f\u00e9minin, puisque celui-ci est, dans le roman, synonyme de mort et d\u2019an\u00e9antissement, d\u2019une jouissance si grande que le sujet risque de s\u2019y abolir. Il leur faut tenter de s\u2019\u00e9loigner du corps f\u00e9minin ou de le mettre en pi\u00e8ce. Il y a bien un personnage qui s\u2019y colle, mais il en meurt rapidement. Il n\u2019a justement pas de nom propre. On le nomme l\u2019\u00ab\u00a0orphelin\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le nouveau-n\u00e9\u00a0\u00bb, et il est pr\u00e9cis\u00e9ment <em>du c\u00f4t\u00e9 <\/em>de la m\u00e8re, c\u2019est-\u00e0-dire sous la terre\u00a0: d\u00e9c\u00e9d\u00e9 juste apr\u00e8s Henriette, il \u00ab\u00a0l\u2019a rejointe trois jours plus tard dans la tombe\u00a0\u00bb (10). On dit aussi de lui qu\u2019il est \u00ab\u00a0celui des sables mouvants qu\u2019il connaissait de l\u2019int\u00e9rieur\u00a0\u00bb (22). Mourir, dans le roman, c\u2019est rejoindre la m\u00e8re et la terre, ce sur quoi le r\u00e9cit insiste beaucoup en encha\u00eenant les enterrements, rituels auxquels toute la ville de Barbecoul doit se soumettre.<\/p>\n<p>Une fois la m\u00e8re enterr\u00e9e, la terre, le sol, le sable, les profondeurs de la mer (de la m\u00e8re) apparaissent comme des lieux mortif\u00e8res et d\u00e9vorants. D\u2019ailleurs, manger les enfants constitue, selon le narrateur, une alternative \u00e9conomique \u00e0 l\u2019enterrement (51). C\u2019est-\u00e0-dire que lorsque la mort d\u2019un enfant se produit, soit il rejoint la m\u00e8re dans la terre, soit il est mang\u00e9. La ville de Barbecoul elle-m\u00eame est bord\u00e9e de sables mouvants et de cadavres, sujette \u00e0 l\u2019avalement et aux agressions ext\u00e9rieures\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ailleurs il y a les sables mouvants alors on est aussi bien chez soi<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> L\u2019id\u00e9e que les sables mouvants soient \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb que chez soi est d\u2019ailleurs r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans le texte. On trouve un peu plus loin, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0on avait soup\u00e9 du cimeti\u00e8re, une fois de temps en temps d\u2019accord surtout pour un fils Capo dont on a profit\u00e9, mais si on doit y entasser tous les gar\u00e7ons de la terre <em>il y a des sables mouvants ailleurs<\/em> [\u2026]\u00a0\u00bb (nous soulignons. 51).<\/span>, ailleurs on se noie dans les dunes \u00e0 chaque pas, c\u2019est ridicule, alors qu\u2019\u00e0 Barbecoul n\u2019importe qui peut gambader dans la rue sans danger la chauss\u00e9e n\u2019a jamais aval\u00e9 une mouche, c\u2019est bien ici que sont install\u00e9s Capo Toutou le docteur Vache et les enfants, on ne sache pas qu\u2019ils aient cr\u00e9\u00e9 un village concurrent, car ici le sol est stable tandis que les sables mouvants d\u00e9sorganisent la vie sociale, comment jouer au ballon sans ballon\u00a0?\u00a0, il s\u2019enfonce jusqu\u2019\u00e0 dispara\u00eetre et les joueurs avec, alors on ne joue plus, voil\u00e0 la vie hors de Barbecoul, des cadavres par milliers (20).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chaque fois qu\u2019un des fils Capo meurt, un enterrement est organis\u00e9 et on comprend que l\u2019enfant est englouti par le sable o\u00f9 il rejoint la m\u00e8re. Le sable fait \u00e0 la fois figure de ventre et de tombeau; lieu d\u2019un d\u00e9s\u00eatre o\u00f9 les enfants tombent tous un par un. \u00ab\u00a0[Q]uand le sable s\u2019est referm\u00e9 sur les boucles du gamin Capo n\u2019a pas pens\u00e9 \u00e0 pleurer, il faisait ses comptes\u00a0\u00bb (22), mentionne le narrateur \u00e0 propos de Terre-Neuve. Chr\u00e9tien, quant \u00e0 lui, \u00ab\u00a0s\u2019effondr[e] directement dans le trou r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Toutou car le sol s\u2019est \u00e9croul\u00e9 sous lui, la contagion des sables mouvants\u00a0\u00bb (nous soulignons, 75).<\/p>\n<p>De mani\u00e8re plus crypt\u00e9e, on mentionne dans le texte que B\u00e9arn est amoureux des mandragores, mais qu\u2019il appellerait sa fille Marguerite s\u2019il en avait une; \u00ab\u00a0mandragore est trop original\u00a0\u00bb (77). Or, il ajoute que \u00ab\u00a0les mandragores n\u2019auraient qu\u2019\u00e0 aller pousser dans les sables mouvants\u00a0\u00bb (77). Sachant que la racine de mandragore est reconnue pour avoir une apparence \u00e9trangement humaine, nous pouvons penser que l\u2019\u00e9vocation n\u2019est pas insignifiante\u00a0: d\u2019une part, l\u2019image de la mandragore dans le sable mouvant est celle d\u2019un corps doublement englouti; d\u2019autre part, le narrateur pr\u00e9cise qu\u2019on ne peut pas <em>\u00eatre <\/em>\u00e0 la fois ce corps englouti et porter un nom, B\u00e9arn privil\u00e9giant le nom Marguerite plut\u00f4t que celui de Mandragore. Encore une fois, les sables mouvants sont le lieu d\u2019un d\u00e9s\u00eatre. Si l\u2019analogie entre le corps des gar\u00e7ons et les mandragores para\u00eet t\u00e9nue, soulignons qu\u2019il est aussi mentionn\u00e9 que \u00ab\u00a0les fils Capo on a pas le droit de les <em>effeuiller<\/em> gratuitement et quand on les \u00e9crase ils ne repoussent pas\u00a0\u00bb (nous soulignons, 78). On ne peut rejoindre les profondeurs de la terre \u2013 qui est ici le lieu de l\u2019Autre, de la m\u00e8re \u2013 qu\u2019au prix de sa vie et de son Nom. Sinon, ce n\u2019est que sur le mode du fantasme que les habitants de Barbecoul peuvent convoiter ce lieu<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"> B\u00e9arn, par exemple, <em>r\u00eave <\/em>d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0nain prisonnier dans le cul d\u2019un gar\u00e7on et [d\u2019]exploiter huit heures par jour cette mine \u00e0 merde\u00a0\u00bb (Nous soulignons, 93-94) <\/span>.<\/p>\n<h2>Le morcellement<\/h2>\n<p>Construire des barrages et \u00e9lever des murailles pour \u00e9viter d\u2019\u00eatre aval\u00e9 par les sables mouvants est une pr\u00e9occupation des Barbecouliens. Les ouvriers s\u2019abiment \u00e0 cet ouvrage, en perdent leurs membres au plaisir du docteur Vache qui voit l\u00e0 une occasion d\u2019affaires\u00a0: \u00ab\u00a0chaque jambe et chaque bras \u00e0 couper tombaient dans sa cagnotte\u00a0\u00bb (25). On voit ici les deux destins du r\u00e9cit \u2013 le morc\u00e8lement et le paiement de la dette \u2013 s\u2019enchev\u00eatrer parfaitement. \u00ab\u00a0Les sables mouvants avaient englouti l\u2019argent des contribuables\u00a0\u00bb est-il \u00e9crit plus haut (25) <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> Herbert, quant \u00e0 lui, tente de se suicider en se jetant dans la \u00ab\u00a0Borge\u00a0\u00bb (la gorge?) o\u00f9 il croit pouvoir finir ses jours d\u00e9chiquet\u00e9 par des requins, mais ceux-ci le d\u00e9daignent, \u00ab\u00a0n\u2019ayant que faire d\u2019un cr\u00e9tin\u00a0\u00bb (33). Il n\u2019est pas anodin que de tous les enfants, Herbert soit celui qui \u00e9vite la d\u00e9voration\u00a0: il est le seul \u00e0 ne pas \u00eatre un vrai fils de Capo. Si on ne mentionne pas sa mort (comme celle de tous les autres Capo), il est toutefois dit dans la derni\u00e8re phrase du texte que \u00ab\u00a0curieux des sables mouvants\u00a0\u00bb (102) il quitte la ville de Barbecoul.<\/span>.<\/p>\n<p>Le danger est clair\u00a0: l\u2019an\u00e9antissement du sujet est un v\u00e9ritable morc\u00e8lement du corps. C\u2019est bien sur ce mode que l\u2019enfant s\u2019\u00e9prouve au moment clef o\u00f9 il devient sujet, lorsqu\u2019il \u00ab\u00a0assume une image\u00a0\u00bb (Lacan, 1966, 94), se voit <em>un<\/em>. Cette image unifi\u00e9e \u00e0 laquelle l\u2019enfant s\u2019identifie lors du stade du miroir permet la constitution d\u2019un moi o\u00f9 tient ensemble tout ce qui jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent lui apparaissait comme des <em>morceaux<\/em> de corps distincts.\u00a0L\u2019acquisition des limites imaginaires du corps se fait dans la douleur et la suppression. Du coup, le lieu de la m\u00e8re peut appara\u00eetre \u00e0 rebours comme celui d\u2019un d\u00e9membrement; c\u2019est bien elle dans <em>Nos Plaisirs<\/em>, par association aux requins et aux sables mouvants (qui en sont les signifiants), qui menace de mettre le sujet en pi\u00e8ces. Le nom d\u2019un des enfants, Casse-cou, \u00e9voque d\u2019embl\u00e9e ce corps morcel\u00e9. Castration, mutilation, d\u00e9membrement, dislocation, \u00e9ventrement, d\u00e9voration, \u00e9clatement du corps, ces quelques \u00ab\u00a0imagos du corps morcel\u00e9\u00a0\u00bb \u00e9num\u00e9r\u00e9s par Jacques Lacan dans \u00ab\u00a0l\u2019agressivit\u00e9 en psychanalyse\u00a0\u00bb (Lacan, 1966, 104) pars\u00e8ment le texte de Lindon. Pour ajouter aux exemples d\u00e9j\u00e0 rapport\u00e9s, mentionnons que B\u00e9arn, atteint d\u2019une appendicite d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e en p\u00e9ritonite, est op\u00e9r\u00e9 au ventre avec \u00ab\u00a0le bistouri meurtrier\u00a0\u00bb qui a \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 servi trois fois \u00e0 Barbecoul\u00a0\u00bb (28). Durant cette op\u00e9ration, le docteur craint de \u00ab\u00a0rester en plan le ventre ouvert\u00a0\u00bb (28). La m\u00e8re d\u2019Herbert, quant \u00e0 elle, meurt \u00ab\u00a0d\u2019un coup de poignard dans le dos\u00a0\u00bb (34). Lorsqu\u2019Ad\u00e9la\u00efde avale des sachets de \u00ab\u00a0psychocarabine\u00a0\u00bb pour en faire le trafic, il meurt d\u2019une \u00ab\u00a0agonie \u00e9prouvante\u00a0\u00bb (62) apr\u00e8s qu\u2019un sachet se soit ouvert dans son estomac \u00ab\u00a0sous l\u2019action des sucs gastriques\u00a0\u00bb (62). Quand D\u00e9d\u00e9 se pique \u00e0 cette drogue, elle rate sa veine dix fois de suite et voit son sang gicler (72).<\/p>\n<h2>De l\u2019arbitraire \u00e0 la tyrannie<\/h2>\n<p>\u00a0Tout se passe comme si les fils Capo vivaient dans un moment d\u2019ind\u00e9cision, toujours menac\u00e9s d\u2019\u00eatre tir\u00e9s vers la mort o\u00f9 vers la tyrannie du p\u00e8re. En mourant le premier, Terre-Neuve \u00ab\u00a0introdui[t] la prostitution de masse\u00a0\u00bb (22) \u00e0 Barbecoul et symbolise du m\u00eame coup la superposition de ces deux destins\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>c\u2019\u00e9tait gr\u00e2ce \u00e0 Terre-Neuve que [l]es gamins ne pourrissaient pas toute leur jeunesse inutilis\u00e9e, et m\u00eame si l\u2019initiateur n\u2019a pas profit\u00e9 personnellement de son syst\u00e8me il est rest\u00e9 pour tous le symbole de la prostitution, un puceau on aurait pu mieux choisir, ou celui des sables mouvants qu\u2019il connaissait de l\u2019int\u00e9rieur, <em>ou le lieu concret entre les deux<\/em>, si le sol ne s\u2019\u00e9tait pas envol\u00e9 sous les pieds de Terre-Neuve les fils Capo dormiraient toujours dans leur lit (Nous soulignons, 22).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ayant <em>le sol qui s\u2019envole sous ses pieds <\/em>\u2013 et en portant la terre jusque dans son nom \u2013l\u2019enfant se voit doublement englouti. De la m\u00eame mani\u00e8re, lorsque Casse-cou meurt, on \u00ab\u00a0l\u2019enterr[e] d\u2019urgence\u00a0\u00bb et sa \u00ab\u00a0vengeance <em>tombe \u00e0 l\u2019eau\u00a0<\/em>\u00bb (nous soulignons, 29), engloutie avec lui.<\/p>\n<p>Herbert, contrairement aux fils Capo, semble justement (pour un temps) se tenir sur la fronti\u00e8re entre ces deux destins, ce <em>lieu concret entre les deux<\/em>\u00a0: il tue sa m\u00e8re, fait accuser son p\u00e8re et devient orphelin. Si le texte nomme d\u2019abord Capo (c\u2019est le premier mot du roman) et identifiant ensuite les enfants \u00e0 ce nom (\u00ab\u00a0Les fils Capo\u00a0\u00bb), c\u2019est au nom du fils qu\u2019est nomm\u00e9 le p\u00e8re d\u2019Herbert (\u00ab\u00a0le p\u00e8re Herbert\u00a0\u00bb). Herbert n\u2019est donc pas nomm\u00e9 par son p\u00e8re, c\u2019est lui qui le nomme. Bref, Herbert est celui qui tente de d\u00e9fier la loi du p\u00e8re et de faire d\u00e9vier son destin \u00ab\u00a0au point d\u2019avoir une apr\u00e8s-midi l\u2019id\u00e9e de changer sa ligne de vie \u00e0 coups de couteau\u00a0\u00bb (35). Refuser la loi du p\u00e8re ne se fait pas sans heurts\u00a0: \u00ab\u00a0quand sonnait le douzi\u00e8me coup de minuit son p\u00e8re apparaissait devant le lit d\u2019Herbert dans un \u00e9pouvantable fracas de cha\u00eenes en portant la t\u00eate de son \u00e9pouse sous le bras\u00a0\u00bb (34). Puisque cette posture semble intenable dans la logique de <em>Nos plaisirs <\/em>\u2013 \u00ab\u00a0le gamin tra\u00eenait toute la journ\u00e9e libre comme un orphelin, \u00e7a ne pouvait pas durer\u00a0\u00bb (32); \u00ab\u00a0il ne va pas passer son temps \u00e0 \u00eatre orphelin\u00a0\u00bb (52) \u2013, Herbert rejoint les rangs de Capo et devient un \u00ab\u00a0Capo adoptif\u00a0\u00bb (52) r\u00e9gi par la m\u00eame loi, devant \u00ab\u00a0verser la commission \u00e0 Capo\u00a0\u00bb (52) lorsqu\u2019il s\u2019envoie en l\u2019air avec les Barbecouliens.<\/p>\n<h2>La loi du p\u00e8re<\/h2>\n<p>Ainsi, la loi du p\u00e8re r\u00e9el triomphe par-dessus toutes les autres. Lorsque tous les habitants de la ville se disputent D\u00e9d\u00e9, par exemple, on croit d\u2019abord que c\u2019est \u00e0 la m\u00e8re qu\u2019elle reviendra\u00a0: \u00ab\u00a0Tata pr\u00e9tendait qu\u2019elle lui revenait de droit vu que si la gamine souhaitait une m\u00e8re sa g\u00e9nitrice \u00e9tait toute trouv\u00e9e pour le r\u00f4le\u00a0\u00bb (69), mais c\u2019est finalement Capo qui s\u2019en empare, \u00ab\u00a0pour la marier \u00e0 Chr\u00e9tien de fa\u00e7on que la pharmacie de Toutou passe dans la famille\u00a0\u00bb (76).<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il justement de cette loi? Capo prostitue ses enfants, c\u2019est m\u00eame l\u2019incipit du texte. On sait d\u2019ailleurs que le mot \u00ab\u00a0Capo\u00a0\u00bb d\u00e9signait les d\u00e9tenus qui, dans les camps de concentration, commandaient d\u2019autres d\u00e9tenus. Capo porte ainsi le nom d\u2019une \u00ab\u00a0loi\u00a0\u00bb tout \u00e0 fait perverse et abominable. Ce dernier a \u00ab\u00a0six enfants \u00e0 ses ordres\u00a0\u00bb (62) et a droit de vie ou de mort sur eux. Ces enfants, la narration ne leur attribue aucune personnalit\u00e9, si ce n\u2019est de mentionner qu\u2019ils attisent le d\u00e9sir de tous. Ainsi, ils r\u00e9pondent \u00e0 la loi du p\u00e8re sans broncher. On insiste pour dire qu\u2019ils en tirent du plaisir, puisque \u00ab\u00a0si Capo leur commandait de repriser ses chaussettes ou de pr\u00e9parer son bouillon ils seraient s\u00fbrement moins empress\u00e9s \u00e0 lui ob\u00e9ir\u00a0\u00bb (9). Il faut donc que surgisse un autre enfant pour que toute la violence de la loi du p\u00e8re apparaisse. D\u2019Herbert on dit\u00a0: \u00ab\u00a0insens\u00e9 ce gamin qui d\u00e9barque le dernier dans la famille et qui se prend pour le roi des Capo\u00a0\u00bb (49), ou, de mani\u00e8re encore plus sordide\u00a0: \u00ab\u00a0<em>ce n\u2019est pas \u00e0 un gamin<\/em> qui sous le fouet rampe nu souill\u00e9 d\u2019urine et des pinces \u00e0 linge aux t\u00e9tons <em>d\u2019imposer sa loi\u00a0<\/em>\u00bb (nous soulignons, 46). L\u2019enfant doit n\u2019avoir aucun pouvoir sur le monde, sur son existence ou sur son plaisir, sinon il est vite rappel\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre. Encore une fois, Herbert en tant que figure d\u2019exception fait appara\u00eetre la loi en question\u00a0: \u00ab\u00a0Les parents voyaient bien que leur fils n\u2019\u00e9tait pas malheureux mais ils n\u2019arrivaient pas \u00e0 le changer\u00a0\u00bb (33).<\/p>\n<p>Dans <em>Ce qu\u2019aimer veut dire<\/em>, Lindon \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9coute du principe \u00e9nonciatif de son texte, plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture \u2013 nous offre une certaine clef de lecture, proposant que son roman exacerbe un sentiment qu\u2019il a entretenu vis-\u00e0-vis de son p\u00e8re, celui de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 utiliser par son p\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mon p\u00e8re n\u2019avait aucun scrupule \u00e0 m\u2019utiliser \u2013 ma r\u00e9sistance quasi inexistante ne le freinait pas \u2013 de sorte que, sans que je m\u2019en rende compte dans mon effrayant abrutissement, mon roman mettait en cause un fonctionnement qui d\u00e9passait de beaucoup celui de mon appareil g\u00e9nital n\u2019aspirant \u00e0 aucune g\u00e9nitalit\u00e9 effective. Dans mon imagerie de la famille, un p\u00e8re sert concr\u00e8tement son fils. [&#8230;] La r\u00e9ciprocit\u00e9, quand elle m\u2019apparut, me sembla in\u00e9gale. (Lindon, 2011, 279)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lindon a raison de parler de <em>mise en acte <\/em>plut\u00f4t que de transposition, car s\u2019il est tentant de voir dans le portrait de Capo soumettant ses enfants une fictionnalisation de Lindon p\u00e8re envers Lindon fils, il est important de souligner que la violence de Capo, de sa loi, est d\u2019abord et avant tout port\u00e9e par l\u2019\u00e9nonciation qui la l\u00e9gitime, mais aussi la rejoue sur le plan langagier. Toutes les horreurs du roman, c\u2019est le narrateur (qui n\u2019est pas un personnage) qui les prononce. Pour bien comprendre cet enjeu il faut se pencher sur la question de la nomination, qui exc\u00e8de et traverse le roman.<\/p>\n<h2>Le Nom<\/h2>\n<p>Le roman s\u2019ouvre sur le meurtre de la m\u00e8re par le p\u00e8re, ouverture qui fait \u00e0 la fois office de sc\u00e8ne primitive du roman et de th\u00e9orie sexuelle; \u00ab\u00a0th\u00e9orie d\u00e9lirante sur l\u2019origine [\u2026] fusionnant la sc\u00e8ne sexuelle avec le meurtre et la naissance\u00a0\u00bb (Mijolla-Mellor, 1996, 21), pour emprunter les mots de Sophie de Mijolla-Mellor. On peut lire\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les fils Capo sanglotaient, [\u2026] ils jouaient les surpris comme si quelqu\u2019un avait jamais pr\u00e9tendu que leur m\u00e8re \u00e9tait \u00e9ternelle, m\u00eame Capo n\u2019en faisait pas tant, avec aux l\u00e8vres son sourire habituel, on aurait dit qu\u2019il avait assassin\u00e9 son \u00e9pouse et que c\u2019\u00e9tait le crime parfait, [\u2026] les fils Capo ont brusquement fix\u00e9 leur p\u00e8re l\u2019\u0153il r\u00e9probateur comme si des enfants avaient \u00e0 juger leurs parents, Capo pourrait assassiner la terre enti\u00e8re ses fils seraient malvenus de le lui reprocher, il le fait pour eux (10-11).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette m\u00eame page, le p\u00e8re tue la m\u00e8re et nomme ses sept enfants, les fait na\u00eetre dans le r\u00e9cit. D\u2019abord Terre-Neuve, Paul, Yves, Chr\u00e9tien, Casse-cou et ensuite \u2013 puisqu\u2019il voulait d\u2019abord des filles \u2013 \u00ab\u00a0les deux suivants se sont appel\u00e9s Ad\u00e9la\u00efde et Micha, il y a des clients \u00e0 qui \u00e7a peut plaire\u00a0\u00bb (10). Nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, le roman a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sous pseudonyme suivant un ordre du p\u00e8re de Lindon. Dans <em>Ce qu\u2019aimer veut dire<\/em>, l\u2019auteur souligne \u00e0 plusieurs reprises sa fiert\u00e9 de poss\u00e9der un nom dont la notori\u00e9t\u00e9 le d\u00e9passe. On devine que l\u2019injonction \u00e0 l\u2019anonymat recouvrait quelque chose de probl\u00e9matique\u00a0: \u00ab\u00a0mon p\u00e8re m\u2019avait donn\u00e9 son nom puis me l\u2019avait repris\u00a0\u00bb (2011, 280). Le plaisir de nommer est au centre de la po\u00e9tique de <em>Nos plaisirs<\/em>. Nous croyons qu\u2019il peut d\u2019abord \u00eatre compris comme une tentative de renverser l\u2019assujettissement au nom. Alors m\u00eame que Lindon porte le pseudonyme sous la contrainte, il passe d\u2019objet \u00e0 sujet de la nomination dans le texte, ce que le \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb de la narration permet parfois de mettre en \u00e9vidence\u00a0: \u00ab\u00a0on a appel\u00e9 Herbert Herbert \u00e0 cause des requins\u00a0\u00bb (31). Les personnages, les villes et m\u00eame un perroquet sont nomm\u00e9s. On retrouve d\u2019ailleurs un \u00e9tat d\u2019esprit avec un nom propre\u00a0: \u00ab\u00a0on arrive au cimeti\u00e8re plein d\u2019espoir et on le quitte Gros-Jean\u00a0\u00bb (39). La drogue de Barbecoul a \u00e9galement sa propre appellation (la \u00ab\u00a0psychocarabine\u00a0\u00bb), m\u00eame si on sp\u00e9cifie qu\u2019elle n\u2019a rien de diff\u00e9rent de l\u2019h\u00e9ro\u00efne; \u00ab\u00a0la psychocarabine est simplement de l\u2019h\u00e9ro\u00efne et tout le monde en raffole\u00a0\u00bb (56). La plupart des personnages portent des noms farfelus, mais surtout, leurs noms apparaissent syst\u00e9matiquement avant que la narration ne leur octroie une quelconque substance. Il faut par exemple attendre douze pages avant d\u2019apprendre que le docteur Vache est le maire de Barbecoul, ou cinquante avant que soit sp\u00e9cifi\u00e9 que B\u00e9arn est un artiste. La nomination est centrale, elle \u00e9touffe pratiquement le r\u00e9cit<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\"> Soulignons que le deuxi\u00e8me roman de Mathieu Lindon (<em>Le livre de Jim-Courage<\/em>) pr\u00e9sente un jeu textuel semblable. Sur un mode beaucoup moins d\u00e9lirant, le narrateur y nomme Jim-Courage plusieurs fois par page.<\/span>.<\/p>\n<p>Le plaisir de nommer peut aussi \u00eatre compris comme le plaisir infantile de jouer avec les mots. Lindon \u00e9voque dans <em>En enfance <\/em>\u00e0 quelques reprises la \u00ab\u00a0jouissance in\u00e9puisable\u00a0\u00bb (2009, 226) qu\u2019il tirait \u00e0 chanter et r\u00e9p\u00e9ter des mots et des comptines. \u00c0 propos de la \u00ab\u00a0chanson des \u00e9l\u00e9phants\u00a0\u00bb de son album de <em>Babar<\/em>, il \u00e9crit \u00a0: \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Patali dirapata, cromda cromda ripalo.\u00a0\u00bb [\u2026] Quelque chose de magique se produit rien qu\u2019\u00e0 prononcer les mots, m\u00eame sans les chanter\u00a0\u00bb (2009, 226). Il \u00e9crit aussi \u00ab\u00a0se r\u00e9p\u00e9ter ind\u00e9finiment\u00a0\u00bb les chansons qu\u2019il aime (2009, 252). \u00c0 propos de la mat\u00e9rialit\u00e9 de la langue, on trouve ce joli passage dans le m\u00eame ouvrage\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il ne fait pas de diff\u00e9rence entre les nombres et les mots, les uns et les autres sont des jouets, des instruments qui ne trouvent leur accomplissement qu\u2019\u00e0 passer par sa bouche, tel un pistolet qui repose mis\u00e9rable dans un coin de sa chambre quand il n\u2019a pas envie de se pr\u00e9tendre cow-boy. Rien de concret ne leur est attach\u00e9, seule sa comp\u00e9tence \u00e0 sortir les uns et les autres au moment opportun leur donne un sens (2009, 273-274).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En mimant l\u2019av\u00e8nement du sens ou en produisant du \u00ab\u00a0sens dans le non-sens\u00a0\u00bb (Freud, 1988, 244), les mots d\u2019esprit, nous apprend Freud, concernent aussi l\u2019infantile. Ceux-ci pleuvent dans <em>Nos plaisirs<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\"> Le pseudonyme que s\u2019est donn\u00e9 Lindon constitue en lui-m\u00eame un jeu de mots\u00a0: Pierre-S\u00e9bastien Heudaux \u00e9tant P-S Heudaux, c\u2019est \u00e0 dire <em>Pseudo<\/em>.<\/span>. \u00c0 Barbecoul, \u00ab\u00a0mieux vaut \u00eatre canc\u00e9reux qu\u2019enrhum\u00e9\u00a0\u00bb (82), par exemple. \u00ab\u00a0Tandis qu\u2019il n\u2019y a que la perversit\u00e9 qui ne s\u2019imite pas, on peut toujours faire semblant d\u2019\u00eatre puceau\u00a0\u00bb avance le narrateur (38). \u00c0 propos du docteur Vache, il nous assure qu\u2019\u00ab\u00a0au moins personne ne peut lui reprocher d\u2019\u00eatre comp\u00e9tent\u00a0\u00bb (26). \u00c0 ces mots d\u2019esprit s\u2019ajoute la contrainte que Lindon s\u2019est impos\u00e9e de ne faire qu\u2019une phrase par paragraphe tout au long du roman<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\"> Nous n\u2019avons r\u00e9pertori\u00e9 qu\u2019une d\u00e9rogation \u00e0 cette loi du texte, sans doute involontaire de la part de l\u2019auteur (69).<\/span> et celle de n\u2019accoler aucune virgule aux noms propres qui se succ\u00e8dent, m\u00eame lorsque la syntaxe l\u2019exige.<\/p>\n<p>Dans la logique de <em>Nos Plaisirs<\/em>, le fait d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 rappelle constamment l\u2019assujettissement \u00e0 Capo. L\u2019espace d\u2019un instant, un autre personnage, B\u00e9arn, se pla\u00eet \u00e0 baptiser deux des fils Capo \u00ab\u00a0les fr\u00e8res Marguerite\u00a0\u00bb (78), ce qui ne dure qu\u2019une phrase\u00a0: \u00ab\u00a0appeler les fils Capo les fr\u00e8res Marguerite ne peut pas prendre\u00a0\u00bb pr\u00e9cise ensuite le narrateur. C\u2019est bien un motif important du texte, puisqu\u2019il est rejou\u00e9 dans la conclusion\u00a0: Capo meurt et l\u2019espace d\u2019une phrase \u00ab\u00a0les enfants n\u2019appart[iennent] \u00e0 personne\u00a0\u00bb (102). \u00c0 la phrase suivante, c\u2019est B\u00e9arn qui se les approprie encore une fois, mais il est vite rattrap\u00e9 par la loi du p\u00e8re qui op\u00e8re par-del\u00e0 sa tombe\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>du jour au lendemain les Capo survivants sont devenus pour tout le monde les fr\u00e8res Marguerite B\u00e9arn ayant imm\u00e9diatement voulu faire preuve d\u2019autorit\u00e9 <em>il croyait d\u00e9truire d\u2019un mot <\/em>l\u2019\u0153uvre de Capo mais Capo restait \u00e0 jamais le cr\u00e9ateur du trafic l\u2019autre n\u2019est qu\u2019un \u00e9pigone, d\u2019autant que B\u00e9arn n\u2019\u00e9tait pas de force \u00e0 \u00eatre chef de famille<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\"> Dans <em>En enfance<\/em>, nous retrouvons cette petite histoire faisant \u00e9cho \u00e0 <em>Nos plaisirs\u00a0<\/em>: la meilleure amie du petit Lindon lui propose de se marier avec elle, offre qu\u2019il d\u00e9cline. \u00ab\u00a0Il ne souhaite pas se marier car \u00e7a roule correctement dans la famille telle qu\u2019elle est, il a plus \u00e0 perdre qu\u2019\u00e0 gagner \u00e0 en cr\u00e9er une dont il faudrait \u00eatre le chef \u00bb (2009, 253).<\/span> (Nous soulignons, 102).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quelques lignes plus loin il est fait mention que les enfants quittent Barbecoul, la ville du p\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\"> Soulignons que le nom Barbecoul (Barbe\/coul; Barbe\/couille) a d\u2019embl\u00e9e une consonance <em>virile<\/em> qui associe la ville au p\u00e8re.<\/span>, mais conservent d\u00e9finitivement son nom\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019\u00e9tait bien la peine que tant de gens soient morts pour que deux fils Capo quittent Barbecoul de leur vivant, car ils \u00e9taient d\u00e9finitivement redevenus fils Capo en se s\u00e9parant de B\u00e9arn\u00a0\u00bb (102).<\/p>\n<h2>La dette<\/h2>\n<p>Nous ne pouvons \u00e9videmment pas retracer toutes les \u00ab\u00a0transactions\u00a0\u00bb des fils Capo\u00a0: <em>Nos plaisirs <\/em>est un v\u00e9ritable encan! L\u2019argent r\u00e9git toute l\u2019activit\u00e9 de Barbecoul. Qu\u2019un enfant vive ou meurt, c\u2019est en argent que se calcule sa valeur. Les enfants \u2013 les \u00ab\u00a0fils Capo v\u00e9naux\u00a0\u00bb (17) \u2013 sont de r\u00e9els produits de consommation pour les habitants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>si en une semaine on passait trois soir\u00e9es avec le m\u00eame fils Capo la quatri\u00e8me \u00e9tait gratuite\u00a0[\u2026], la vraie affaire \u00e9tait pour Capo qui ne d\u00e9boursait pas un centime et augmentait la rentabilit\u00e9 de ses fils qui ne demandaient pas mieux ils coucheraient bien gratis, s\u2019ils se font payer c\u2019est pour que leur p\u00e8re ne croie pas qu\u2019ils perdent leur temps (36).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsqu\u2019un des Capo est malade on parle de \u00ab\u00a0marchandise g\u00e2ch\u00e9e\u00a0\u00bb (62); lorsque Capo meurt, on dit qu\u2019il a \u00ab\u00a0flanqu\u00e9 sa d\u00e9mission\u00a0\u00bb (101). J\u00e9r\u00e9mie, le fils du docteur Vache, n\u2019a aucun client, ce qui pousse le narrateur \u00e0 s\u2019interroger sur la pertinence de son existence\u00a0: \u00ab\u00a0en d\u00e9finitive le plus ind\u00e9cent \u00e9tait peut-\u00eatre qu\u2019il soit demeur\u00e9 en vie si longtemps, un enfant qui ne servait \u00e0 personne\u00a0\u00bb (67). Se plier \u00e0 la loi du p\u00e8re est la seule alternative \u00e0 la mort. Chaque fois qu\u2019un personnage est sur le point d\u2019advenir comme sujet, il est soit fauch\u00e9 par la mort, soit rabrou\u00e9 par le narrateur. Les deux options sont bien d\u00e9finies dans la conclusion du premier chapitre, lorsqu\u2019on \u00e9voque l\u2019argent de l\u2019assurance-vie que Capo empoche suite \u00e0 la mort de Casse-cou\u00a0: \u00ab\u00a0Capo a tout gard\u00e9 pour lui, il voulait montrer aux fils survivants qu\u2019en se r\u00e9voltant contre leur p\u00e8re ils lui offraient du m\u00eame coup leur fortune, \u00e7a leur fera passer l\u2019envie de se suicider\u00a0\u00bb (30). D\u00e8s qu\u2019un personnage appara\u00eet comme insoumis \u00e0 la loi du p\u00e8re, la narration souligne le caract\u00e8re <em>absurde<\/em> de cette position\u00a0: \u00ab\u00a0il y a les petits malins comme Chr\u00e9tien et Micha qui ne pensent qu\u2019\u00e0 \u00eatre heureux, leur vie est un calvaire\u00a0\u00bb (96), lit-on par exemple. Lorsqu\u2019on apprend qu\u2019Herbert et L\u00e9onin ont ensemble des relations sexuelles non r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es \u2013 \u00ab\u00a0on a vu Herbert enculer gratis L\u00e9onin\u00a0\u00bb (47) \u2013 le narrateur annonce\u00a0: \u00ab\u00a0ce sont ces gar\u00e7ons qu\u2019il vaudrait mieux \u00e9craser\u00a0\u00bb (47).<\/p>\n<p>Si le sable est le signifiant maternel le plus pr\u00e9gnant dans <em>Nos plaisirs<\/em>, c\u2019est donc l\u2019argent qui repr\u00e9sente le p\u00e8re et sa fonction. C\u2019est d\u2019abord pour lui rapporter de l\u2019argent que les fils Capo se prostituent. La sexualit\u00e9 est compt\u00e9e, monnay\u00e9e. Les choses valent \u00ab\u00a0leur pesant de foutre\u00a0\u00bb (65); \u00ab\u00a0l\u2019amour est ruineux\u00a0\u00bb (89). Pour Capo, \u00ab\u00a0l\u2019amour, c\u2019est des ch\u00e8ques \u00e0 trois chiffres\u00a0\u00bb (100). D\u2019une mani\u00e8re assez sch\u00e9matique, nous pourrions proposer que la dette symbolique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5579\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5579-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\"> La dette symbolique est un concept lacannien qui d\u00e9signe le prix \u00e0 payer (un renoncement \u00e0 une partie de sa jouissance) inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans la dimension du langage et dans le lien social.<\/span> \u00e0 l\u2019endroit du p\u00e8re fait figure de dette r\u00e9elle dans le roman. Capo est bien celui qui tue la m\u00e8re d\u00e9vorante et qui nomme les enfants, mais il est aussi celui qui exige des enfants que cette dette soit pay\u00e9e de leur corps et de leur vie, ce que la mort d\u2019Ad\u00e9la\u00efde \u00e9claire grandement\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>on se demandait \u00e0 quoi Ad\u00e9la\u00efde avait servi puisqu\u2019on l\u2019enterrait \u00e0 peine trois mois apr\u00e8s sa mise en circulation, en voil\u00e0 un qui n\u2019avait pas rapport\u00e9 lourd de son vivant mais n\u2019a pas non plus co\u00fbt\u00e9 cher mort. [\u2026], on imagine la d\u00e9ception du p\u00e8re qui avait mis\u00e9 gros dessus et le gamin qui s\u2019en va avant d\u2019avoir rien <em>rembours\u00e9<\/em> (nous soulignons, 60).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La finale de <em>Nos plaisirs<\/em> laisse d\u2019abord pr\u00e9sager un triomphe des fils Capo. Une fois le p\u00e8re mort, le narrateur mentionne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>on s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 sur les fils Capo et on les a couverts de billets comme s\u2019ils \u00e9taient leurs propres ma\u00eetres, sc\u00e8ne navrante, trois gamins qu\u2019on nommait rois juste parce que leur p\u00e8re \u00e9tait mort, on aurait aussi bien pu les violer pour pas un sou mais on redoutait que l\u2019h\u00e9ritier de Capo ne fasse grief des passes arrach\u00e9es gratuitement d\u00e8s qu\u2019il sera d\u00e9sign\u00e9 (101).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On comprend rapidement que l\u2019univers de Barbecoul demeurera le lieu de morts r\u00e9p\u00e9t\u00e9es, de prostitution, d\u2019assujettissement au p\u00e8re et de d\u00e9sirs toujours \u00e0 satisfaire. Ce n\u2019est donc pas dans le d\u00e9nouement du r\u00e9cit qu\u2019il faut chercher les possibles traces d\u2019une d\u00e9prise de la loi. Nous aurons tent\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 cet \u00e9gard que la tyrannie de l\u2019\u00e9nonciation constituait une sorte de renversement de l\u2019assujettissement au nom du p\u00e8re. \u00c9tant \u00e9galement attentif \u00e0 la circulation des signifiants de la m\u00e8re, nous aurons aper\u00e7u, en \u00e9clats, quelque chose de la haine infantile envers le corps f\u00e9minin, cette haine avec et par laquelle le sujet se constitue. Ainsi, parmi tous les indices qui nous permettent de d\u00e9celer <em>l\u2019enfance \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/em> dans les ramifications du texte, le morc\u00e8lement du corps est peut \u00eatre celui qui s\u2019inscrit avec le plus d\u2019insistance. Coup de poignard, ventre ouvert, visage bless\u00e9, corps fouett\u00e9, aval\u00e9, viol\u00e9, transperc\u00e9, ravag\u00e9, enterr\u00e9; autant de motions contaminant <em>Nos plaisirs<\/em> et qui nous rappellent que c\u2019est dans la douleur que le sujet acquiert les limites imaginaires du corps auquel il doit s\u2019identifier pour advenir.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>De Mijolla-Mellor, Sophie. 1996. \u00ab\u00a0Le meurtre comme th\u00e9orie sexuelle infantile\u00a0\u00bb, <em>Topique<\/em>, n\u00b059, p. 15-29.<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. <em>Le mot d\u2019esprit et sa relation \u00e0 l\u2019inconscient<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, 1988 [1905], 442 p.<\/p>\n<p>_____. 1962 [1905], <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle <\/em>(traduit par B. Reverchon-Jouve), Paris\u00a0: Gallimard, 242 p.<\/p>\n<p>_____. 1986 [1968], \u00ab\u00a0Pulsion et destin des pulsion\u00a0\u00bb, <em>M\u00e9tapsychologie<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio essais\u00a0\u00bb, p. 11-43.<\/p>\n<p>Guibert, Herv\u00e9. 1982. <em>Les Chiens<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 37 p.<\/p>\n<p>_____. 1989. <em>Fou de Vincent<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 85 p.<\/p>\n<p>Lacan, Jacques.1966.\u00a0\u00ab\u00a0Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je telle qu\u2019elle nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e dans l\u2019exp\u00e9rience psychanalytique\u00a0\u00bb, <em>\u00c9crits<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, p. 93-100.<\/p>\n<p>_____. 1966. \u00ab\u00a0l\u2019agressivit\u00e9 en psychanalyse\u00a0\u00bb, <em>\u00c9crits<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, p. 101-124.<\/p>\n<p>_____. 2004. <em>S\u00e9minaire X. L\u2019angoisse<\/em> (1962-1963), Paris\u00a0: Seuil, 389 p.<\/p>\n<p>Lindon, Mathieu [sous le pseudonyme de Pierre-S\u00e9bastien Heudaux], 1982. <em>Nos plaisirs<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 103 p.<\/p>\n<p>_____. 1986. <em>Le livre de Jim-Courage<\/em>, Paris\u00a0: P.O.L., 108 p.<\/p>\n<p>_____. 2009. <em>En enfance<\/em>, Paris\u00a0: P.O.L., 352 p.<\/p>\n<p>_____. 2011. <em>Ce qu\u2019aimer veut dire<\/em>, Paris\u00a0: P.O.L., 315 p.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Godin, Louis-Daniel. 2015. \u00ab La violence de l&rsquo;infantile dans\u00a0Nos plaisirs\u00a0de Mathieu Lindon \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b0 21, En ligne &lt; http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/godin-21 &gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/godin-21.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 godin-21.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-2a128861-f610-471f-8f71-4e4a5848b9d0\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/godin-21.pdf\">godin-21<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/godin-21.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-2a128861-f610-471f-8f71-4e4a5848b9d0\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div> Pierre-S\u00e9bastien Heudaux [Mathieu Lindon], <em>Nos plaisirs<\/em>, Paris, Minuit, 1982. Les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront dor\u00e9navant int\u00e9gr\u00e9es dans le corps du texte, sans abr\u00e9viations.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> Cette information, nous le verrons, n\u2019est pas sans donner un relief nouveau au texte, puisqu\u2019elle nous permet de le mettre en dialogue avec d\u2019autres romans de l\u2019auteur, dont son recueil de souvenirs <em>En enfance.<\/em><\/div><\/li><li><span>3<\/span><div> \u00c0 titre d\u2019exemple, on dit d\u2019Herbert qu\u2019il est \u00ab\u00a0un magnifique gar\u00e7on beau \u00e0 enfermer nu dans une cage menotte aux mains\u00a0\u00bb (35). Apr\u00e8s avoir \u00e9num\u00e9r\u00e9 les dangers du fist-fucking, le narrateur pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0c\u2019est une position qu\u2019il faut \u00eatre amoureux pour s\u2019offrir\u00a0\u00bb (87). \u00c0 propos de Chr\u00e9tien et de Micha, il est dit\u00a0: \u00ab\u00a0encha\u00eener l\u2019un et le ruer de coups pendant qu\u2019on joue avec l\u2019autre, c\u2019est \u00e7a qu\u2019on pr\u00e9f\u00e8re\u00a0\u00bb (98). La violence \u00e0 l\u2019endroit des personnages f\u00e9minins n\u2019est associ\u00e9e \u00e0 aucun signifiant du d\u00e9sir; ils n\u2019inspirent qu\u2019horreur et d\u00e9go\u00fbt aux Barbecouliens.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> Il est \u00e9galement dit de la s\u0153ur d\u2019Herbert que celle-ci \u00e9tait \u00ab\u00a0enfin morte\u00a0\u00bb (33).<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div> Les personnages de <em>Nos plaisirs <\/em>apparaissent cloisonn\u00e9s dans une logique de d\u00e9sir infantile; d\u00e9sir morcel\u00e9, pulsionnel, <em>haineux<\/em>. Dans <em>Pulsion et destin des pulsions<\/em>, Freud rend bien compte du caract\u00e8re infantile de cette haine \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit du premier objet de l\u2019enfant, la m\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0La haine en tant que relation \u00e0 l\u2019objet, est plus ancienne que l\u2019amour; elle provient du refus primordial que le moi narcissique oppose au monde ext\u00e9rieur, prodiguant les excitations. En tant que manifestation de la r\u00e9action de d\u00e9plaisir suscit\u00e9e par des objets, elle demeure toujours en relation intime avec les pulsions de conservation du moi, de sorte que pulsions du moi et pulsions sexuelles peuvent facilement en venir \u00e0 une opposition qui r\u00e9p\u00e8te celle de la haine et de l\u2019amour. Quand les pulsions du moi dominent la fonction sexuelle, comme c\u2019est le cas au stade de l\u2019organisation sadique-anale, elles donnent au but pulsionnel lui-m\u00eame les caract\u00e8res de la haine.\u00a0\u00bb (Freud, 1986, 42)<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div> Dans la m\u00eame veine, il est dit de mademoiselle Robica que c\u2019est par cupidit\u00e9 qu\u2019elle \u00e9vite le suicide\u00a0: \u00ab\u00a0elle souhaitait mourir et personne ne la retenait que l\u2019app\u00e2t du gain\u00a0\u00bb (72); \u00ab\u00a0rien ne l\u2019int\u00e9resse que son confort \u00e0 elle\u00a0\u00bb (59).<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Ajoutons \u00e0 titre d\u2019exemples que la m\u00e8re d\u2019Herbert est une ivrogne \u00ab\u00a0qui se saoule avec un vomitif bon march\u00e9\u00a0\u00bb (31), et que Carmine a re\u00e7u \u00e0 la naissance \u00ab\u00a0la laideur et la b\u00eatise\u00a0\u00bb (68).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div> Il va sans dire qu\u2019il s\u2019agit de la perception de l\u2019enfant sur cette perte, et non de la motivation de la m\u00e8re \u2013 ou de ce qui en tient lieu.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> L\u2019insatisfaction la plus primaire est bien celle d\u2019\u00eatre s\u00e9par\u00e9e du sein dont l\u2019enfant s\u2019abreuve.<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> L\u2019id\u00e9e que les sables mouvants soient \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb que chez soi est d\u2019ailleurs r\u00e9p\u00e9t\u00e9e dans le texte. On trouve un peu plus loin, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0on avait soup\u00e9 du cimeti\u00e8re, une fois de temps en temps d\u2019accord surtout pour un fils Capo dont on a profit\u00e9, mais si on doit y entasser tous les gar\u00e7ons de la terre <em>il y a des sables mouvants ailleurs<\/em> [\u2026]\u00a0\u00bb (nous soulignons. 51).<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div> B\u00e9arn, par exemple, <em>r\u00eave <\/em>d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0nain prisonnier dans le cul d\u2019un gar\u00e7on et [d\u2019]exploiter huit heures par jour cette mine \u00e0 merde\u00a0\u00bb (Nous soulignons, 93-94) <\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> Herbert, quant \u00e0 lui, tente de se suicider en se jetant dans la \u00ab\u00a0Borge\u00a0\u00bb (la gorge?) o\u00f9 il croit pouvoir finir ses jours d\u00e9chiquet\u00e9 par des requins, mais ceux-ci le d\u00e9daignent, \u00ab\u00a0n\u2019ayant que faire d\u2019un cr\u00e9tin\u00a0\u00bb (33). Il n\u2019est pas anodin que de tous les enfants, Herbert soit celui qui \u00e9vite la d\u00e9voration\u00a0: il est le seul \u00e0 ne pas \u00eatre un vrai fils de Capo. Si on ne mentionne pas sa mort (comme celle de tous les autres Capo), il est toutefois dit dans la derni\u00e8re phrase du texte que \u00ab\u00a0curieux des sables mouvants\u00a0\u00bb (102) il quitte la ville de Barbecoul.<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div> Soulignons que le deuxi\u00e8me roman de Mathieu Lindon (<em>Le livre de Jim-Courage<\/em>) pr\u00e9sente un jeu textuel semblable. Sur un mode beaucoup moins d\u00e9lirant, le narrateur y nomme Jim-Courage plusieurs fois par page.<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div> Le pseudonyme que s\u2019est donn\u00e9 Lindon constitue en lui-m\u00eame un jeu de mots\u00a0: Pierre-S\u00e9bastien Heudaux \u00e9tant P-S Heudaux, c\u2019est \u00e0 dire <em>Pseudo<\/em>.<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div> Nous n\u2019avons r\u00e9pertori\u00e9 qu\u2019une d\u00e9rogation \u00e0 cette loi du texte, sans doute involontaire de la part de l\u2019auteur (69).<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div> Dans <em>En enfance<\/em>, nous retrouvons cette petite histoire faisant \u00e9cho \u00e0 <em>Nos plaisirs\u00a0<\/em>: la meilleure amie du petit Lindon lui propose de se marier avec elle, offre qu\u2019il d\u00e9cline. \u00ab\u00a0Il ne souhaite pas se marier car \u00e7a roule correctement dans la famille telle qu\u2019elle est, il a plus \u00e0 perdre qu\u2019\u00e0 gagner \u00e0 en cr\u00e9er une dont il faudrait \u00eatre le chef \u00bb (2009, 253).<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div> Soulignons que le nom Barbecoul (Barbe\/coul; Barbe\/couille) a d\u2019embl\u00e9e une consonance <em>virile<\/em> qui associe la ville au p\u00e8re.<\/div><\/li><li><span>18<\/span><div> La dette symbolique est un concept lacannien qui d\u00e9signe le prix \u00e0 payer (un renoncement \u00e0 une partie de sa jouissance) inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019entr\u00e9e dans la dimension du langage et dans le lien social.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b0 21 En 1982, lorsque Mathieu Lindon veut publier son premier roman \u00e0 la maison d\u2019\u00e9dition de son p\u00e8re, celui-ci refuse. Ce n\u2019est pas tant la vulgarit\u00e9 de Nos plaisirs qui g\u00eane J\u00e9r\u00f4me Lindon que la perspective qu\u2019elle soit associ\u00e9e au nom de la famille. 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