{"id":5581,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/les-recits-laurentiens-contes-en-terre-canadienne-francaise\/"},"modified":"2024-09-03T20:28:20","modified_gmt":"2024-09-03T20:28:20","slug":"les-recits-laurentiens-contes-en-terre-canadienne-francaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5581","title":{"rendered":"\u00ab Les R\u00e9cits laurentiens \u00bb : contes en terre canadienne-fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6892\">Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021<\/a><\/h5>\n<h2>L\u2019importance de la jeunesse dans l\u2019entre-deux-guerres au Canada-fran\u00e7ais<\/h2>\n<p>Au sortir de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la soci\u00e9t\u00e9 canadienne-fran\u00e7aise subit une mont\u00e9e du nationalisme. Tous les prescripteurs pr\u00f4nent le respect de la Foi, la connaissance historique et l\u2019ancrage sur le territoire. Il est n\u00e9cessaire pour les autorit\u00e9s, religieuses et \u00e9tatiques, de pr\u00e9server l\u2019identit\u00e9 nationale. En ce qui concerne les Lettres, elles se voient cantonn\u00e9es aux r\u00e8gles \u00e9difi\u00e9es par M<sup>gr<\/sup>\u00a0Camille Roy. Non seulement tous les \u00e9l\u00e9ments patrimoniaux sont r\u00e9quisitionn\u00e9s (particuli\u00e8rement l\u2019Histoire et les hagiographies), mais en plus, pour qu\u2019une \u0153uvre soit \u00ab\u00a0canadienne-fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, elle se doit d\u2019avoir pour cadre la terre, et pour langue le \u00ab\u00a0fran\u00e7ais international\u00a0\u00bb. D\u2019autant que le voisin ontarien s\u2019est vu imposer, en 1912, la Loi scolaire, loi qui rend quasiment impossible l\u2019enseignement en fran\u00e7ais dans cette province. Il faut, d\u2019autant plus pour les Canadiens-fran\u00e7ais, d\u00e9fendre sa position et la p\u00e9renniser. C\u2019est ainsi que la jeunesse tend \u00e0 occuper une place grandissante, les prescripteurs prenant de plus en plus conscience \u00e0 la fois du r\u00f4le de l\u2019enfant aupr\u00e8s de son foyer (v\u00e9hicule du savoir au sein de sa famille) et du r\u00f4le qu\u2019il aura plus tard (l\u2019adulte de demain). Cela se traduit, entre autres, par la naissance de nombreuses \u0153uvres litt\u00e9raires, \u00e0 caract\u00e8re \u00e9difiant et abondement illustr\u00e9es, distribu\u00e9es dans les institutions scolaires. L\u2019historiographie a l\u2019habitude d\u2019inscrire la date de 1921 pour l\u2019av\u00e8nement du public enfantin avec la naissance de la revue\u00a0<em>L\u2019Oiseau bleu<\/em>, publication enti\u00e8rement destin\u00e9e aux enfants avec des textes sp\u00e9cialement \u00e9crits \u00e0 leur intention. Pourtant, et c\u2019est le cas pour les r\u00e9cits dont nous allons parler, certains auteurs travaillent avant cette date \u00e0 \u00e9difier le citoyen en devenir.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas d\u2019un Fr\u00e8re des \u00c9coles Chr\u00e9tiennes (F\u00c9C), le Fr\u00e8re Marie-Victorin, qui se lance dans un vaste programme de vulgarisation scientifique, adress\u00e9 notamment au public enfantin. Nomm\u00e9 professeur de botanique \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al en 1919, il publie la m\u00eame ann\u00e9e son ouvrage intitul\u00e9 <em>R\u00e9cits laurentiens<\/em> (Marie-Victorin, 1919<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"> Not\u00e9 dans les r\u00e9f\u00e9rences par <em>RC<\/em>. Son premier livre scientifique s\u2019intitule : <em>La Flore du T\u00e9miscouata<\/em>, Qu\u00e9bec\u00a0: Imprimerie Laflamme, 1916.<\/span>). Ce recueil de contes pour enfants est majoritairement autobiographique et met en sc\u00e8ne le pr\u00e9lat dans ses jeunes ann\u00e9es. Illustr\u00e9 par Edmond Joseph Massicotte, le ma\u00eetre de l\u2019illustration du terroir et du folklore, le livre est d\u2019abord un hymne \u00e0 la Nation canadienne-fran\u00e7aise. D\u2019ailleurs, le pr\u00e9facier, Albert Ferland, ne manque pas de souligner que le Fr\u00e8re, qui a \u00ab\u00a0donn[\u00e9] une voix \u00e0 ces vastes horizons\u00a0\u00bb, a su \u00ab\u00a0voir le Canada\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 6). Mieux, un journaliste pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0ces r\u00e9cits-l\u00e0 sont un geste d\u2019action fran\u00e7aise, qu\u2019il nous fait plaisir de souligner\u00a0\u00bb (H.-B., 1919, 231). Et chose inhabituelle pour un \u00ab\u00a0d\u00e9fricheur d\u2019horizons et de vies v\u00e9g\u00e9tales\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 8), il a \u00e9crit son texte \u00ab\u00a0en pensant \u00e0 son enfance\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 5). Les r\u00e9cits ne sont pas tous autobiographiques, mais comme nous allons le voir, <em>Notre ma\u00eetre, le pass\u00e9<\/em> est \u00e0 l\u2019honneur, pour reprendre un titre du chantre du nationalisme de l\u2019\u00e9poque, Lionel Groulx.<\/p>\n<h2>Les <em>R\u00e9cits laurentiens<\/em><\/h2>\n<p>L\u2019ouvrage est ind\u00e9niablement un livre destin\u00e9 aux enfants. Ce qui nous l\u2019indique, ce sont d\u2019abord les illustrations, car tous les titres jeunesse de cette \u00e9poque se parent de dessins. De plus, la vocation m\u00eame des F\u00c9C est toute enti\u00e8re tourn\u00e9e vers l\u2019\u00e9ducation. La congr\u00e9gation publie des \u00ab\u00a0ouvrages attrayants et instructifs, o\u00f9 se trouvent intimement associ\u00e9es religion, science et litt\u00e9rature nationale\u00a0\u00bb (Pouliot, 2005, 207). Ce recueil ne fait donc pas exception, d\u2019autant plus que le Fr\u00e8re Marie-Victorin est un des principaux acteurs du renouveau p\u00e9dagogique, pour ne pas dire le promoteur d\u2019un enseignement qui se veut plus vivant (Lanouette, 2002). Son livre est compos\u00e9 de neuf contes \u2013 dont cinq sont pr\u00e9sent\u00e9s comme \u00e9tant autobiographiques \u2013 traitant particuli\u00e8rement de son enfance. En effet, quelques indices temporels pr\u00e9cisent que les actions se d\u00e9roulent entre ses quatre ans et ses seize ans.<\/p>\n<h3><strong><em>Des contes de son enfance<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Deux des histoires du recueil, qui donnent \u00e0 lire des souvenirs de l\u2019enfance de l\u2019auteur, \u00ab\u00a0La Corv\u00e9e des Hamel\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0La Croix de Saint Norbert\u00a0\u00bb, sont prim\u00e9es, en 1916, par la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-Jean-Baptiste de Montr\u00e9al. M<sup>gr<\/sup> Camille Roy fait m\u00eame les honneurs \u00e0 la premi\u00e8re, en la citant dans son <em>Histoire de la litt\u00e9rature canadienne<\/em> en ces termes\u00a0: le texte est l\u2019une \u00ab\u00a0des pages les plus pittoresques et les plus vraies de cette sorte de litt\u00e9rature du terroir o\u00f9 s\u2019applique l\u2019auteur\u00a0\u00bb (Saint-Jacques et Robert, 2010, 407). L\u2019ouvrage s\u2019ouvre d\u2019ailleurs sur \u00ab\u00a0La Corv\u00e9e des Hamel\u00a0\u00bb, r\u00e9cit qui se d\u00e9roule chez les grands-parents du narrateur alors \u00e2g\u00e9 de 4 ans<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\"> \u00ab\u00a0Il y a quelques 30 ans.\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 20) <\/span>. Cette histoire raconte comment le vieil orme plant\u00e9 depuis des si\u00e8cles devant la maison de la famille Hamel, et mena\u00e7ant de s\u2019\u00e9crouler, doit \u00eatre abattu par ses dix-neuf propri\u00e9taires<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> \u00ab\u00a0Il y avait chez grand-m\u00e8re une extraordinaire photographie, et nous autres les enfants [\u2026] un doigt dans la bouche et silencieux [nous restions] \u00e0 regarder dans le cadre ces dix-neuf fr\u00e8res et s\u0153urs.\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 19)<\/span>. L\u2019arbre, plus que centenaire, a abrit\u00e9 les jeux des plus jeunes qui venaient \u00ab\u00a0entourer le g\u00e9ant de la couronne de [leurs] petits bras\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 21). Le Fr\u00e8re Marie-Victorin se le rappelle\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je l\u2019ai vu bien des fois et sous toutes les lumi\u00e8res. [\u2026] Mais c\u2019est surtout le soir, quand nous redescendions vers Qu\u00e9bec, qu\u2019il \u00e9tait beau. Je manquais de mots alors, mais les images sont l\u00e0, tr\u00e8s nettes, dans ma m\u00e9moire. (<em>RC<\/em>, 22)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et cette \u00ab\u00a0m\u00e9moire\u00a0\u00bb est mise \u00e0 profit tout au long du livre, comme si la devise du Canada-Fran\u00e7ais, \u00ab\u00a0Je me souviens\u00a0\u00bb, \u00e9tait le mot d\u2019ordre de l\u2019\u00e9criture. \u00c0 travers \u00ab\u00a0Le Rosier de la Vierge\u00a0\u00bb, le narrateur continue \u00e0 nous pr\u00e9senter les membres de sa famille. Le Fr\u00e8re fait ici \u0153uvre de \u00ab\u00a0petite histoire<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\"> La notion de \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb s\u2019oppose \u00e0 l\u2019Histoire qui elle, est nationale et \u00e9v\u00e9nementielle. D\u00e9velopp\u00e9e par Albert Tessier, la \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 l\u2019histoire populaire et r\u00e9gionale, voire \u00e0 celle des paroisses. Le chantre du r\u00e9gionalisme signe dans le <em>Bien public <\/em>une page intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La Grande et la Petite histoire\u00a0\u00bb sous diff\u00e9rents pseudonymes, tel Historicus. Cette page est con\u00e7ue pour pr\u00e9parer la population au tricentenaire de la ville en 1934\u00a0: L\u2019abb\u00e9 Tessier. 1925. \u00ab\u00a0La Grande et la Petite histoire\u00a0\u00bb, <em>Le Bien public<\/em>, 22 octobre. Voir Marie-H\u00e9l\u00e8ne Grivel, 2013. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c2ge d\u2019or de l\u2019\u00e9dition qu\u00e9b\u00e9coise du d\u00e9but des ann\u00e9es Vingt \u00e0 la fin des ann\u00e9es Trente\u00a0\u00bb, th\u00e8se de doctorat en Histoire et civilisations, Centre d\u2019Histoire Culturelle des Soci\u00e9t\u00e9s Contemporaines &#8211; Universit\u00e9 de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. <\/span>\u00a0\u00bb celle de la paroisse familiale. Il s\u2019agit pour lui de rapporter une vieille l\u00e9gende que sa grand-m\u00e8re raconte \u00e0 \u00ab\u00a0tous, fillettes en tabliers \u00e0 manches et aux cheveux natt\u00e9s, [et] petits gars \u00e9bouriff\u00e9s, barbouill\u00e9s de la poussi\u00e8re et de la sueur du jeu\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 35-36). Cette \u00e9vocation, familiale et l\u00e9gendaire, lui permet d\u2019entrem\u00ealer souvenirs personnels, donc v\u00e9ridiques, et histoire qui se transmet de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration. Il transmet \u00e0 son jeune lectorat l\u2019id\u00e9e que famille et Histoire sont intimement li\u00e9es, et que tous les Canadiens-fran\u00e7ais en font partie int\u00e9grante. Dans \u00ab\u00a0La Croix de Saint Norbert\u00a0\u00bb, il \u00e9voque sa m\u00e8re qui \u00ab\u00a0pour calmer [ses] gros chagrins d\u2019enfant\u00a0\u00bb lui disait \u00ab\u00a0Mets cela au pied de la Croix!\u00a0\u00bb. Revenir sur la terre qui a abrit\u00e9 ses vacances, \u00ab\u00a0apr\u00e8s vingt ans d\u2019absence\u00a0\u00bb, l\u2019\u00e9meut. Il \u00e9graine ses souvenirs pour montrer l\u2019importance de l\u2019ancrage sur le territoire, dans une Nature qui le rend heureux. Il ne s\u2019agit pas de r\u00e9miniscences, mais plut\u00f4t d\u2019images chevill\u00e9es \u00e0 sa conscience, allant jusqu\u2019au \u00ab\u00a0val lointain de [ses] quinze ans\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 67). L\u2019enfance est pour lui, certes, la p\u00e9riode de l\u2019apprentissage, mais surtout celle du contact avec la nature. Dans le r\u00e9cit intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Sur le renchaussage\u00a0\u00bb, le pauvre \u00ab\u00a0Conrad\u00a0\u00bb \u2013 c\u2019est la seule mention de son pr\u00e9nom dans le volume \u2013 tire des le\u00e7ons d\u2019une mauvaise exp\u00e9rience<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> \u00ab\u00a0Eh bien! Conrad! Tu viens nous aider \u00e0 cultiver, comme \u00e7a?\u00a0\u00bb (<em>RC, <\/em>72) <\/span>. L\u00e0 encore, c\u2019est la nostalgie qui marque le discours\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est un chagrin d\u2019enfant, mais vous savez bien qu\u2019il n\u2019y a pas de chagrin d\u2019enfant; il n\u2019y a que des chagrins tout court\u00a0: le nuage n\u2019est jamais petit qui couvre tout le ciel et l\u2019assombrit! Ainsi apr\u00e8s vingt-cinq ans, quand je pense \u00e0 la m\u00e9saventure que je vais vous raconter, je n\u2019ai pas plus le c\u0153ur \u00e0 rire qu\u2019en ce temps d\u00e9j\u00e0 lointain [\u2026] (<em>RC<\/em>, 71).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Venu de la ville pour aider sa famille aux champs, il se voit confier l\u2019entretien du \u00ab\u00a0renchaussage\u00a0\u00bb. Cette corv\u00e9e lui laisse du temps pour aller jouer avec \u00ab\u00a0les petits \u00e9cornifleurs\u00a0\u00bb, ses ami(e)s. Puis le lecteur d\u00e9couvre le visage de Conrad assis sur un tronc d\u2019arbre au-dessus d\u2019une rivi\u00e8re, \u00ab\u00a0une t\u00eate d\u2019enfant, nimb\u00e9e de paille blonde, [\u2026] qui r\u00eavait ces chers et purs r\u00eaves de dix ans qu\u2019on ne retrouve plus!&#8230;\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 81-82). Quels sont ces moments perdus? Ce sont ceux de la p\u00eache, exp\u00e9rience de la patience et apprentissage de la contemplation. Pendant que les adultes se reposent, c\u2019est \u00ab\u00a0le moment pour nous les jeunes \u2013 on n\u2019a gu\u00e8re le temps de dormir \u00e0 cet \u00e2ge! \u2013 de sortir nos lignes\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 85). Et pour bien souligner ce temps de l\u2019insouciance, le Fr\u00e8re rapporte un jeu\u00a0: \u00ab\u00a0retenir entre les doigts une poign\u00e9e de feuilles et [\u2026] laisser revenir la branche comme un ressort sur le nez des autres!\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 86-87). Toutefois, pendant que le narrateur dort encore, un accident survient dans le \u00ab\u00a0renchaussage\u00a0\u00bb. La jument du voisin avait tout d\u00e9vor\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je devinais bien quelque chose, [\u00e9nonce Conrad] mais \u00e0 cet \u00e2ge on ne vit que du pr\u00e9sent si riche, et il n\u2019y a pas de noires pr\u00e9visions pour pr\u00e9valoir contre la coalition puissante d\u2019un app\u00e9tit de dix ans et la s\u00e9duction combin\u00e9e des cr\u00eapes et du sirop d\u2019\u00e9rable\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 91). Les \u00e9preuves de jeunesse, l\u2019omnipr\u00e9sence de la cellule familiale et du rang de l\u2019\u00e9glise, permettent \u00e0 l\u2019auteur-narrateur de dire \u00e0 ses lecteurs\u00a0: regardez, je suis comme vous, j\u2019ai couru pieds nus dans les champs, je me suis \u00e9corch\u00e9 les genoux, et parfois les adultes se sont jou\u00e9s de moi. J\u2019ai comme vous \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole, mais de tout cela, \u00ab\u00a0je dois le dire, le grand <em>ru\u2019sseau<\/em> a \u00e9t\u00e9 la passion de mon enfance\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 78).<\/p>\n<p>L\u2019image de l\u2019enfance sert d\u2019all\u00e9gorie pour repr\u00e9senter la construction de soi par la d\u00e9couverte, \u00e0 la fois aupr\u00e8s des anciens de la famille (culte des racines) et au c\u0153ur de la Nature (culte de la terre). Tout cela symbolise finalement l\u2019attachement aux valeurs fondatrices du peuple canadien-fran\u00e7ais, dont chacun est le repr\u00e9sentant. Se servir de souvenirs, ou plut\u00f4t faire revivre des souvenirs, permet de s\u2019adresser aux enfants d\u2019aujourd\u2019hui et d\u2019hier. Et le proc\u00e9d\u00e9 fonctionne puisque le journaliste M. H.-B, de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, avoue que le texte du Fr\u00e8re Marie-Victorin a suscit\u00e9 chez lui l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9vocation de mille souvenirs enchanteurs<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\"> M. H.-B., \u00ab\u00a0Les R\u00e9cits laurentiens\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, mai 1919. <\/span>\u00a0\u00bb. Il se revoit, comme le narrateur dans \u00ab\u00a0Charles Roux\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0courir dans les champs, [\u2026] revoir \u00ab\u00a0les ruisseaux dans les bois\u00a0\u00bb, [\u2026] p\u00eacher la truite <em>vlimeuse<\/em>, [\u2026] revenir sur le \u00ab\u00a0charge branlante\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb Et il \u00ab\u00a0rit de bon c\u0153ur, quand le bambin, au milieu des <em>veilleux<\/em>\u00a0\u00bb (H.-B., 230) fait la le\u00e7on \u00e0 un adulte.<\/p>\n<p>Nous pouvons ainsi croire qu\u2019au-del\u00e0 du projet autobiographique, le Fr\u00e8re Marie-Victorin aurait produit ces <em>R\u00e9cits<\/em> pour stimuler, de fa\u00e7on ludique, la fibre patriotique aupr\u00e8s de l\u2019ensemble de son lectorat. Il fait passer le message de l\u2019importance de la transmission et de l\u2019apprentissage par la pratique. <em>In fine<\/em>, il semble dire que la meilleure \u00e9cole est celle de l\u2019exp\u00e9rience. Cette impression est renforc\u00e9e par la pr\u00e9sence des illustrations de Massicotte qui donnent corps aux personnages enfantins et aux a\u00efeux. Elles renforcent la puissance des textes en permettant aux enfants-lecteurs de se figurer les d\u00e9cors \u2013 r\u00e9alistes et naturels \u2013 et l\u2019action des protagonistes.<\/p>\n<h3><strong><em>Les illustrations de Edmond Joseph Massicotte<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Comme le souligne Le Liseur, un journaliste du <em>Devoir<\/em>, \u00ab\u00a0le fr\u00e8re Marie-Victorin voit la terre canadienne avec des yeux d\u2019artiste, et l\u2019aime avec un c\u0153ur filial\u00a0\u00bb (Le liseur, 1919, 14). Et pour confirmer cette d\u00e9marche, il est accompagn\u00e9 par Edmond Joseph Massicotte, qui donne aux plus jeunes des lecteurs de quoi s\u2019identifier mais \u00e9galement de quoi d\u00e9velopper une complicit\u00e9 avec le narrateur. L\u2019imagerie des <em>R\u00e9cits<\/em> pr\u00e9sente deux caract\u00e9ristiques notables: le r\u00e9alisme, qui vient soutenir le texte, et la figure de l\u2019enfant, qui cr\u00e9e justement cette connivence avec le jeune lectorat. Contrairement \u00e0 ses coll\u00e8gues dessinateurs de l\u2019\u00e9poque, les \u0153uvres de Massicotte, caract\u00e9risant l\u2019image de l\u2019enfance, se d\u00e9finissent par le r\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Dans les souvenirs du pr\u00e9lat, le lecteur peut d\u00e9couvrir de nombreuses descriptions du paysage qui t\u00e9moignent d&rsquo;un v\u00e9ritable souci du d\u00e9tail et qui font souvent l\u2019objet d\u2019une illustration<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Tel est le cas pour \u00ab\u00a0[l]e chemin [qui] va tout droit entre de vieux saules et de grandes maisons d\u00e9rob\u00e9es derri\u00e8re un joli parterre et une haie d\u2019aub\u00e9pines\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 18). <\/span>. Chaque r\u00e9cit est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 d&rsquo;une image de titre, d\u00e9bute par une lettrine et se termine par une illustration. \u00ab\u00a0La Corv\u00e9e des Hamel\u00a0\u00bb poss\u00e8de trois illustrations qui viennent soutenir l\u2019histoire. L\u2019image de titre<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\"> Une image de titre est celle qui accompagne le titre d\u2019une \u0153uvre, et plus g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une nouvelle dans un recueil. Elle est situ\u00e9e en haut de page avant le texte, et sa particularit\u00e9 est que le titre apparait comme un \u00e9l\u00e9ment qui la compose. <\/span> est compos\u00e9e d\u2019une souche d\u2019arbre s\u00e9par\u00e9e d\u2019une maison, qui semble abandonn\u00e9e, par des barri\u00e8res. L\u2019enfant-lecteur peut en conclure qu\u2019il s\u2019appr\u00eate \u00e0 lire un r\u00e9cit ancien dont tous les protagonistes ont disparu. Quant aux deux vignettes qui ponctuent le texte, elles ne repr\u00e9sentent que des adultes, l\u2019air grave, voire contrari\u00e9. Le dessin de fin repr\u00e9sente un rouet, signe des temps anciens r\u00e9volus<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\"> Apparition de la machine \u00e0 coudre 1830. <\/span>. Dans ce r\u00e9cit, l\u2019all\u00e9gorie de l\u2019arbre centenaire symbolise les racines et les anc\u00eatres, voire la famille canadienne-fran\u00e7aise dans son enti\u00e8ret\u00e9. Le r\u00e9alisme se situe ici dans la \u00ab\u00a0tradition\u00a0\u00bb qui se d\u00e9finit \u00e0 l\u2019\u00e9poque par \u00ab\u00a0l\u2019image de la maison paternelle et [\u2026] celle de l\u2019\u00e9glise paroissiale\u00a0\u00bb (Du Berger, 1995, 58). D\u2019ailleurs, plac\u00e9e dans une niche, la Madone du \u00ab\u00a0Rosier de la Vierge\u00a0\u00bb est repr\u00e9sent\u00e9e \u00e9cartant les bras, comme si elle accueillait chaleureusement le jeune lecteur en personne. Dans les trois images qui jalonnent l\u2019histoire, c\u2019est l\u2019humour des situations qui est mis de l\u2019avant. La premi\u00e8re repr\u00e9sente trois marguillers goguenards alors que le bedeau du village les informe qu\u2019une jeune pousse s\u2019est install\u00e9e aux pieds de la Vierge (<em>RC<\/em>, 40). Envahissante, la plante est menac\u00e9e de se faire couper par le ma\u00eetre ma\u00e7on qui est soumis aux regards des enfants tombant de son \u00e9chelle (<em>RC<\/em>, 45). Massicotte arrive \u00e0 donner ici un aspect comique \u00e0 une situation dramatique. Les illustrations d\u00e9montrent \u00e9galement, de fa\u00e7on parfois subtile, des \u00ab\u00a0observations ethnographiques sur les m\u0153urs des habitants\u00a0\u00bb (Gingras, 1996, 29). \u00a0Les oppositions entre l\u2019univers rural et l\u2019univers urbain par exemple, sont soulign\u00e9es dans les dessins. C\u2019est le cas dans \u00ab\u00a0Ne vends pas la terre\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019on d\u00e9couvre F\u00e9lix Delage en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate avec l\u2019agent immobilier et le notaire venus des \u00ab\u00a0\u00c9tats\u00a0\u00bb pour acheter les champs. Les deux hommes de la ville sont v\u00eatus \u00e9l\u00e9gamment, cravat\u00e9s en chapeau melon ou haute-forme, devant les habits simples de l\u2019homme de la terre. Cette diff\u00e9rence est \u00e9galement pr\u00e9sente dans \u00ab\u00a0Sur le renchaussage\u00a0\u00bb avec celles qui campent le jeune Conrad \u00e0 son arriv\u00e9e chez ses grands-parents (<em>RC<\/em>, 73). Il est repr\u00e9sent\u00e9 debout devant son a\u00efeul, l\u2019air moqueur, en habits sombres de ville contrastant avec la tenue de l\u2019adulte, le d\u00e9cor et la raison de sa venue.<\/p>\n<p>L&rsquo;image de l&rsquo;enfant se caract\u00e9rise par des traits naturalistes. Au contraire des James McIsaac et autres, Massicotte poss\u00e8de un coup de crayon qui permet aux lecteurs d\u2019identifier tout de suite les personnages. Il n\u2019est pas question ici d\u2019enfant-mod\u00e8le ou de \u00ab\u00a0h\u00e9ro \u00e0 suivre\u00a0\u00bb \u2013 contrairement aux <em>Aventures de Perrine et de Charlot<\/em>, par exemple \u2013 mais bien du jeune Conrad poss\u00e9dant ses traits propres. L\u2019identification du lecteur passe par d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments graphiques, telles les expressions et les postures. C\u2019est ainsi que le narrateur est toujours repr\u00e9sent\u00e9 \u00e9coutant sagement et avec respect les adultes, les bras crois\u00e9s dans le dos<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> \u00ab\u00a0La Croix de Saint-Norbert\u00a0\u00bb \/ Conrad et son oncle Jean (<em>RC<\/em>, 65); \u00ab\u00a0Sur le renchaussage\u00a0\u00bb \/ Conrad et son grand-p\u00e8re (<em>RC, <\/em>90). <\/span>. M\u00eame quand le jeune Fr\u00e8re Marie-Victorin se fait surprendre dans le logis de \u00ab\u00a0Charles Roux\u00a0\u00bb sans l\u2019autorisation dudit Charles, Massicotte le dessine avec des traits d\u2019une infinie tristesse \u2013 de la honte? \u2013 mais dans une attitude respectueuse. Les autres illustrations qui campent l\u2019enfance sont emplies des symboles de libert\u00e9. Comme si retrouver les racines, \u00ab\u00a0la terre nourrici\u00e8re des anc\u00eatres\u00a0\u00bb, permettait aux plus jeunes de red\u00e9couvrir les grands espaces caract\u00e9ristiques du patrimoine canadien-fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque et d\u2019\u00eatre heureux. Ainsi, dans \u00ab\u00a0La Croix de Saint-Norbert\u00a0\u00bb, Conrad est mis en sc\u00e8ne dans une posture d\u00e9contract\u00e9e, les mains dans les poches, le pantalon retrouss\u00e9 \u00e0 mi-mollet et les pieds nus (<em>RC<\/em>, 65); ce qui contraste fortement avec ses habits de ville dont nous parlions tout \u00e0 l\u2019heure. Quant \u00e0 ses ami(e)s, ils sont dessin\u00e9s dans la m\u00eame tenue que lui, courant pour traverser un pont, comme s\u2019ils allaient \u00e0 l\u2019aventure. Ce sentiment de libert\u00e9 se manifeste tout entier dans l\u2019illustration repr\u00e9sentant le d\u00e9part en charrette pour la rivi\u00e8re Nicolet. Les enfants \u2013 Conrad, Fred et Willie \u2013 sont figur\u00e9s debout sur le v\u00e9hicule en route pour la \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0Rivi\u00e8re\u00a0\u00bb, le voyage de nos r\u00eaves, \u00e0 tous trois! Songez-y!\u00a0\u00bb Plus tard dans le r\u00e9cit, il est repr\u00e9sent\u00e9 assis sur un tronc d\u2019arbre qui s\u2019est couch\u00e9 au-dessus du ruisseau de son enfance. Il trempe ses pieds nus dans l\u2019onde, \u00ab\u00a0les mains plongeant avec volupt\u00e9 dans les coussins de mousse\u00a0\u00bb, se penchant \u00ab\u00a0longuement sur le miroir de l&rsquo;eau\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 82). Ses traits respirent le calme et la m\u00e9ditation en plein accord avec la Nature. Ce qui laisse \u00e0 penser que cette image \u00e9voque la naissance des vocations du Fr\u00e8re Marie-Victorin\u00a0: la botanique et la pr\u00eatrise.<\/p>\n<p>Dans les <em>R\u00e9cits laurentiens<\/em>, le th\u00e8me de l\u2019enfance est clairement utilis\u00e9 pour que le jeune lecteur d\u00e9veloppe une complicit\u00e9 avec le narrateur. Contrairement aux autres textes de l\u2019\u00e9poque, o\u00f9 les figures enfantines sont souvent repr\u00e9sent\u00e9es de dos, laissant la possibilit\u00e9 aux lecteurs de se projeter dans leurs traits, les dessins de Massicotte repr\u00e9sentent Conrad et ses ami(e)s de face, soulignant ainsi le fait que ce sont bien des souvenirs et non de la fiction; bien que ce dernier endosse l\u2019habit de conteur. Il \u00e9voque \u00e9galement le \u00ab\u00a0grand-p\u00e8re\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0grand-m\u00e8re\u00a0\u00bb comme marqueur de v\u00e9racit\u00e9 des faits, proc\u00e9d\u00e9 qui permet d\u2019ancrer le discours dans une v\u00e9rit\u00e9 palpable, surlign\u00e9 par la pr\u00e9sence des images. Si les illustrations sont d\u00e9terminantes, c\u2019est aussi parce qu\u2019elles viennent nourrir les discours sous-jacents de l\u2019auteur. C\u2019est ainsi qu\u2019elles v\u00e9hiculent l\u2019image de la femme id\u00e9alis\u00e9e, celle de la m\u00e8re aux traits tendres et maternels; les hommes \u00e9tant plut\u00f4t camp\u00e9s dans des r\u00f4les de conseillers que les enfants doivent \u00e9couter. Quant au r\u00e9alisme, quasi ethnographique, il sert le texte en mettant de l\u2019avant le fait que le territoire, sa faune et sa flore sont autant de pr\u00e9textes pour \u00e9voquer la Foi et l\u2019Histoire de la Nation.<\/p>\n<h2>Les discours sous-jacents<\/h2>\n<p>D\u00e8s la pr\u00e9face, Albert Ferland nous donne une des cl\u00e9s de lecture des <em>R\u00e9cits<\/em>. Il \u00e9voque la \u00ab\u00a0source intime qui t\u00e9moigne de l\u2019enfant. [\u2026] La Nature regard\u00e9e au temps na\u00eff, lui fait, maintenant, une loi de venir la contempler dans l\u2019\u00e2ge m\u00fbr\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 5). Pour le Fr\u00e8re Marie-Victorin, l\u2019\u00e2ge m\u00fbr est celui de la mission des F\u00c9C\u00a0: faire passer au plus grand nombre, et surtout aux enfants, le respect de la Foi et de l\u2019Histoire comme socle identitaire de la soci\u00e9t\u00e9 canadienne-fran\u00e7aise. D\u2019ailleurs, ce n\u2019est pas un hasard si son livre porte le toponyme non officiel utilis\u00e9 par les nationalistes de l\u2019\u00e9poque pour d\u00e9nommer le Qu\u00e9bec, la Laurentie.<\/p>\n<h3><strong><em>La Foi<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Beaucoup de pi\u00e9t\u00e9 se d\u00e9gage des <em>R\u00e9cits<\/em>, mais peu d\u2019entre eux traitent directement de religion. L\u2019auteur la distille habilement, montrant \u00ab\u00a0l\u2019influence morale de la vie rurale [\u2026] et les sentiments religieux des canadiens-fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Le liseur, 14). Elle est l\u2019objet de trois textes en particulier, dont le premier est une l\u00e9gende intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Le Rosier de la Vierge\u00a0\u00bb d\u00e9crite comme \u00ab\u00a0sc\u00e8nes na\u00efves et si n\u00f4tres de la paroisse de Lorette\u00a0\u00bb (H.-B., 230). Toujours anim\u00e9 par le d\u00e9sir de populariser et de vulgariser le patrimoine, l\u2019auteur s\u2019appuie ici sur une histoire racont\u00e9e aux enfants \u2013 pour renforcer cette impression, il la fait raconter par sa grand-m\u00e8re qui l\u2019a elle-m\u00eame entendu de son grand-p\u00e8re. Le r\u00e9cit de la \u00ab\u00a0Vierge des Hurons\u00a0\u00bb, statue envahie par un rosier mena\u00e7ant l\u2019\u00e9glise de s\u2019\u00e9crouler, a \u00e9t\u00e9 un temps oubli\u00e9, \u00ab\u00a0la jeune g\u00e9n\u00e9ration n\u2019y croyait plus gu\u00e8re\u00a0\u00bb, ce qui a port\u00e9 malheur \u00e0 ceux qui ont tent\u00e9 de couper la plante (<em>RC<\/em>, 47). Toutefois, l\u2019histoire se finit bien, \u00ab\u00a0en vertu de ce privil\u00e8ge qu\u2019ont les v\u00e9g\u00e9taux de se survivre ind\u00e9finiment\u00a0\u00bb, alors que les hommes passent, \u00ab\u00a0le rosier de la Madone, multipli\u00e9 \u00e0 l\u2019infini, embaume tous les parterres lorettains.\u00a0\u00bb Ce qui fait dire au narrateur\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[J\u2019]incline \u00e0 croire que, d\u2019avoir plus d\u2019un demi-si\u00e8cle durant, v\u00e9cu si pr\u00e8s du ciel du Bon Dieu, d\u2019avoir baign\u00e9 dans la lumi\u00e8re du sourire de la Vierge, d\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 tant d\u2019Ang\u00e9lus, ses rejetons ont gard\u00e9 quelque chose de religieux et de consacr\u00e9! (<em>RC<\/em>, 54)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette all\u00e9gorie du rosier poussant contre l\u2019\u00e9glise pour \u00eatre plus pr\u00e8s de la Vierge, et qui refuse qu\u2019on le coupe \u2013 soit parce qu\u2019il est divin, soit parce que la Vierge le prot\u00e8ge \u2013 n\u2019est autre que celle du peuple canadien-fran\u00e7ais d\u00e9fendant sa Foi et ses croyances anciennes. Il est donc primordial de perp\u00e9tuer le souvenir, comme c\u2019est \u00e9galement le cas dans \u00ab\u00a0La Croix de Saint Norbert\u00a0\u00bb. Cette fois, la l\u00e9gende est pr\u00e9sent\u00e9e comme \u00e9tant familiale\u00a0: la \u00ab\u00a0Croix du Chemin [\u2026] n\u2019avait rien de remarquable, mais pour nous tous, elle perp\u00e9tuait un souvenir de famille tr\u00e8s ancien et tr\u00e8s doux\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 62). \u00c9difi\u00e9e par l\u2019arri\u00e8re-grand-p\u00e8re du narrateur, \u00ab\u00a0avec ses deux bras tendus\u00a0\u00bb, elle repr\u00e9sente non plus \u00ab\u00a0l\u2019\u0153uvre de l\u2019homme mais la terre canadienne elle-m\u00eame, [\u2026] la terre chr\u00e9tienne, qui dans l\u2019apaisement universel [du soir], se signait pour la nuit!\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 65-66) Elle est l\u2019all\u00e9gorie de l\u2019installation d\u2019une famille chr\u00e9tienne, le symbole par excellence des d\u00e9fricheurs. Les textes intitul\u00e9s \u00ab\u00a0Jacques Maill\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Le Colon L\u00e9vesque\u00a0\u00bb en sont l\u2019ultime illustration. Dans ces histoires, il ne s\u2019agit plus de la famille du Fr\u00e8re Marie-Victorin. Toutefois dans la premi\u00e8re, il se met en sc\u00e8ne sur les bancs de l\u2019\u00e9cole o\u00f9 le professeur fait la le\u00e7on.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jacques Maill\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est avant tout l\u2019histoire terrible d\u2019Arthur quittant la terre familiale sur un coup de t\u00eate pour partir \u00e0 Montr\u00e9al. La morale de ce conte est qu\u2019il ne faut pas laisser la terre de ses anc\u00eatres pour courir vers les n\u00e9ons de la ville\u00a0; abandonner ses racines au profit de chim\u00e8res est la le\u00e7on la plus utilis\u00e9e aupr\u00e8s des enfants. Ce texte est aussi l\u2019occasion de parler du cur\u00e9 Labelle, ce \u00ab\u00a0Roi du Nord\u00a0\u00bb, qui \u00ab\u00a0fit d\u00e9river [\u2026] le flot d\u2019\u00e9migration qui mena\u00e7ait de tarir les veines du pays laurentien\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 141). Ce dernier avait \u00e9galement organis\u00e9 un acte de charit\u00e9 envers les citadins d\u00e9munis\u00a0: leur amener du bois de chauffage. Participant au convoi, Jacques, le p\u00e8re d\u2019Arthur, voit sa charit\u00e9 bien r\u00e9compens\u00e9e, puisqu\u2019il rentrera au village avec son fils. Ces valeurs (charit\u00e9, attachement \u00e0 la terre, respect de la Foi et la famille) sont \u00e9galement v\u00e9hicul\u00e9es dans \u00ab\u00a0Le Colon L\u00e9vesque\u00a0\u00bb. L\u00e0, il ne s\u2019agit plus du tout des souvenirs du Fr\u00e8re. Jean-Baptiste L\u00e9vesque, \u00ab\u00a0dont l\u2019h\u00e9ro\u00efsme, le vrai, nous bouleverse et nous \u00e9treint \u00e0 la gorge\u00a0\u00bb (H.-B., 230), traverse l\u2019\u00e9preuve de l\u2019installation en tant que colon, avec sa femme et ses sept enfants. Une illustration pr\u00e9sente d\u2019ailleurs les bambins bien v\u00eatus et l\u2019air heureux, avec la pr\u00e9sence de leur m\u00e8re \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan tenant le 8<sup>\u00e8me<\/sup> de la lign\u00e9e dans les bras (<em>RC<\/em>, 166). Aid\u00e9 des ain\u00e9s, L\u00e9vesque d\u00e9friche la terre sans se plaindre et \u00ab\u00a0avec l\u2019aide de Dieu\u00a0\u00bb. La famille est tr\u00e8s pieuse; chaque enfant \u2013 ils sont dix \u00e0 la fin du r\u00e9cit \u2013 poss\u00e8de son propre chapelet. Un cur\u00e9 en visite fait la remarque \u00e0 la m\u00e8re qui lui r\u00e9torque\u00a0: \u00ab\u00a0Ah! oui! monsieur le cur\u00e9! La vie serait dure, des fois, allez! si on n\u2019avait pas la religion pour se consoler!&#8230;\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 182) L\u2019Oblat \u00ab\u00a0\u00e9mu\u00a0\u00bb par tant de d\u00e9vouement ne peut s\u2019emp\u00eacher de penser que tous les colons sont habit\u00e9s par \u00ab\u00a0l\u2019id\u00e9e instinctive et sup\u00e9rieure de la mission des Fran\u00e7ais d\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb qui est de maintenir la Foi et de perp\u00e9tuer \u00ab\u00a0la race\u00a0\u00bb, comme on dit alors (<em>RC<\/em>, 181). L\u2019enfant-lecteur d\u00e9couvre l\u2019abn\u00e9gation id\u00e9alis\u00e9e de l\u2019image du d\u00e9fricheur catholique:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je ne sais quelles sont vos impressions mon P\u00e8re, [dit le cur\u00e9 en visite] mais, apr\u00e8s ce que je viens de voir et d\u2019entendre, moi, pr\u00eatre du Seigneur blanchi dans le minist\u00e8re, j\u2019ai bien peur qu\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de L\u00e9vesque, je ne sois devant Dieu qu\u2019un mis\u00e9rable\u2026 (<em>RC<\/em>, 185)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les colons deviennent la figure de proue du mouvement nationaliste qui est la base de l\u2019Histoire du Canada-fran\u00e7ais. Il s\u2019agit, surtout aupr\u00e8s du jeune lectorat, de faire passer des le\u00e7ons \u00e0 haute valeur morale. R\u00e9dig\u00e9es avec simplicit\u00e9, et cont\u00e9es par un narrateur qui se pr\u00e9sente comme ayant \u00e9t\u00e9 lui aussi un enfant, les histoires, et surtout l\u2019Histoire, sont alors abord\u00e9es comme des \u00e9l\u00e9ments de jeunesse, communs \u00e0 tous. Ce que tend \u00e0 d\u00e9montrer le Fr\u00e8re Marie-Victorin, c\u2019est que les habitants de la Province ne forment pas un \u00ab\u00a0Peuple sans histoire!&#8230;\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 186)<\/p>\n<h3><strong><em>L\u2019Histoire<\/em><\/strong><\/h3>\n<p>Voici comment sont pr\u00e9sent\u00e9s les <em>R\u00e9cits <\/em>dans <em>Le<\/em> <em>Devoir<\/em>: \u00ab\u00a0Admiration pour la richesse de nos panoramas et le charme de nos campagnes, admiration pour les hauts faits d\u2019\u00e9pop\u00e9e de nos a\u00efeux. La nature laurentienne s\u2019embellit de la splendeur des souvenirs historiques\u00a0\u00bb (Le Liseur, 14). Et il est vrai que le Fr\u00e8re, ainsi que sa famille, s\u2019inscrivent dans la grande Histoire de la Province. Dans l\u2019ordre des r\u00e9cits, ce sont d\u2019abord les Hamel, ses grands-parents, ses oncles et tantes, qui travaillent la terre depuis de nombreuses g\u00e9n\u00e9rations et qui endossent l\u2019habit si cher aux Canadiens-fran\u00e7ais de conteurs, puis son \u00ab\u00a0arri\u00e8re grand-p\u00e8re, un des premiers colons des Bois francs<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\"> \u00ab\u00a0La Croix de Saint Norbert\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 62-63). <\/span>.\u00a0\u00bb Ses textes correspondent en tous points \u00e0 ce qu\u2019Andr\u00e9 Laurendeau souhaite pour les Lettres, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0une prise de possession, aussi profonde que l\u2019enracinement terrien [\u2026]. En d\u2019autres termes, la g\u00e9ographie, le sol, le sous-sol, [et] l\u2019environnement\u00a0\u00bb qui concourent \u00e0 \u00ab\u00a0la possession d\u2019une culture\u00a0\u00bb, dont le socle demeure l\u2019Histoire (Laurendeau, 1938, 354).<\/p>\n<p>Tout au long du livre, l\u2019enfant-lecteur d\u00e9couvre ces figures h\u00e9ro\u00efques qui jalonnent le pass\u00e9. Il y croise \u00ab\u00a0les beaux soldats de France\u00a0\u00bb et le marquis de Montcalm, faisant \u00ab\u00a0se reposer plus d\u2019une fois ses vaillants grenadiers\u00a0\u00bb au pied de l\u2019orme des Hamel (<em>RC<\/em>, 20<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> Le marquis est \u00e9galement l\u2019objet de la le\u00e7on du professeur dans \u00ab\u00a0Jacques Maill\u00e9\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 139). <\/span>). Il d\u00e9couvre les \u00ab\u00a0saints missionnaires\u00a0\u00bb, conduits par le p\u00e8re Chaumonot, qui aident les Hurons. Il aper\u00e7oit le Comte de Frontenac rencontrant \u00ab\u00a0Marguerite Bourgeoys, prostern\u00e9e aux pieds d\u2019une statue de la M\u00e8re de Dieu envoy\u00e9e d\u2019Italie [\u2026], vers 1674 par le P. Poncet.\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 37) Nous avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9 le cur\u00e9 Labelle, ajoutons Charles LeMoyne, dans \u00ab\u00a0Ne vends pas la terre\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 119), et l\u2019image mythifi\u00e9e de L\u00e9vesque pr\u00e9sentant la \u00ab\u00a0noblesse, la grandeur du colon dont [il] constitue la figure id\u00e9alis\u00e9e, le patriotisme et la fiert\u00e9 de nos origines\u00a0\u00bb (Le Liseur, 14).<\/p>\n<p>Si ces Fran\u00e7ais sont \u00e9voqu\u00e9s comme les fondateurs de la Laurentie, il n\u2019en demeure pas moins que le Fr\u00e8re, \u00e0 l\u2019instar des autres intellectuels nationalistes de l\u2019\u00e9poque, parle de la France comme de la m\u00e8re patrie ayant abandonn\u00e9 ses enfants \u00e0 l\u2019ennemi. Tout l\u2019objet des <em>R\u00e9cits <\/em>est de d\u00e9montrer que cet embryon de France est \u00ab\u00a0 une race fi\u00e8re et encore solidement enracin\u00e9e \u00e0 la terre laurentienne\u00a0\u00bb (H.-B., 229); m\u00eame si l\u2019auteur \u00e9voque aussi les d\u00e9faites, comme celle de la perte de Montr\u00e9al par les \u00ab\u00a0grenadiers de Royal-Roussillon [qui] pleuraient sur leurs baudriers blancs\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 140). Le livre est tout entier tourn\u00e9 vers \u00ab\u00a0la survivance de ce peuple simple\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 199), vers \u00ab\u00a0soixante-dix mille colons d\u00e9laiss\u00e9s [qui] n\u2019ont pas voulu mourir \u00e0 la pens\u00e9e fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 9). Quant aux enfants de ce si\u00e8cle, ils doivent continuer de la ch\u00e9rir et pour cela en apprendre davantage sur son Histoire.<\/p>\n<p>C\u2019est ainsi que quelques dates pr\u00e9cises tendent \u00e0 donner de v\u00e9ritables le\u00e7ons, voire, elles inscrivent des monuments et des l\u00e9gendes au titre du patrimoine, comme la statue dans \u00ab\u00a0Le rosier de la Vierge\u00a0\u00bb qui donne l\u2019occasion \u00e0 l\u2019auteur d\u2019\u00e9voquer \u2013 chose rare \u00e0 l\u2019\u00e9poque \u2013 la condition des Hurons, et la barbarie des Iroquois. Prenant le parti de dire que \u00ab\u00a0les historiens sont des gens ennuyeux\u00a0\u00bb, le F\u00e8re fait sienne une r\u00e8gle que les \u00e9lites mettront en place pour les lectures de l\u2019enfant: qu\u2019elles leur \u00ab [servent] ainsi de compl\u00e9ment \u00e0 [leurs] \u00e9tudes, mais toujours \u00e0 [leur] insu \u00bb (D\u00e9sy, 1941, 2); les sp\u00e9cialistes ne \u00ab\u00a0connaiss[ant] rien aux belles histoires\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 37). Ainsi la statue de la Vierge et son rosier sont-ils dot\u00e9s de pouvoirs magiques; le merveilleux permettant au narrateur de faire comprendre la notion complexe de \u00ab\u00a0miracle\u00a0\u00bb. Dans \u00ab\u00a0Jacques Maill\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est un professeur qui conte l\u2019histoire \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves \u2013 dont Marie-Victorin. \u00ab\u00a0Pendant une heure\u00a0\u00bb, il parle du \u00ab\u00a0marquis de Montcalm, de l\u2019inf\u00e2me Bigot, de la sombre journ\u00e9e des Plaines et des \u00e9clairs de gloire de Carillon et de Sainte-Foye (<em>sic<\/em>)\u00a0\u00bb. Il \u00e9voque \u00ab\u00a0le tableau du dernier soir fran\u00e7ais de l\u2019Ile Sainte-H\u00e9l\u00e8ne, du chevalier de L\u00e9vis adoss\u00e9 \u00e0 un orme s\u00e9culaire\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 139-140), le faisant avec une si \u00ab\u00a0haute \u00e9loquence\u00a0\u00bb que les \u00e9coliers en oublient l\u2019heure (<em>RC<\/em>, 139). La strat\u00e9gie discursive de l\u2019auteur facilite l\u2019introduction de faits historiques aussi complexes que la fondation des villages; comme celle de l&rsquo;Ancienne ou de la Nouvelle-Lorette, toutes deux expliqu\u00e9es par la pr\u00e9sence de la Vierge au rosier. De plus, la pr\u00e9sence du narrateur-enfant permet d\u2019englober ces concepts comme des \u00e9l\u00e9ments constitutifs des r\u00e9cits, toutes ces pr\u00e9cisions tendant \u00e0 lutter contre l\u2019id\u00e9e que les Canadiens-fran\u00e7ais seraient un \u00ab\u00a0Peuple sans histoire!&#8230;\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le dernier texte des <em>R\u00e9cits<\/em>, intitul\u00e9 justement \u00ab\u00a0Peuple sans histoire!&#8230;\u00a0\u00bb, met en sc\u00e8ne Lord Durham, administrateur colonial britannique. Il est l\u2019unique figure historique \u00e0 faire l\u2019objet d\u2019un dessin (<em>RC<\/em>, 196). Install\u00e9 dans le ch\u00e2teau Haldimand, le haut-commissaire imp\u00e9rial s\u2019endort \u00e0 son bureau, laissant devant lui sa lettre inachev\u00e9e contenant sa proposition de fusionner les deux Canada. Sa servante, Th\u00e9r\u00e8se B\u00e9dard, \u00ab\u00a0petite fille d\u2019un voltigeur de Ch\u00e2teauguay et fille d\u2019un vaincu de Saint-Charles\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0tremblante de col\u00e8re\u00a0\u00bb, d\u00e9couvre \u00ab\u00a0ces mots trac\u00e9s d\u2019une \u00e9criture anguleuse et hautaine, qui sue l\u2019orgueil et le m\u00e9pris\u00a0: \u00ab\u00a0Ils sont un peuple sans histoire\u2026\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 195-197). Se saisissant de la plume du Britannique, elle \u00e9crit \u00ab\u00a0<em>Thou liest,<\/em> Durham!\u00a0\u00bb, puis signe\u00a0: \u00ab\u00a0Madeleine de Verch\u00e8re\u00a0\u00bb. \u00c0 son r\u00e9veil, le gouverneur d\u00e9couvre ces quelques mots, et se demande qui peut bien \u00eatre cette femme. Il d\u00e9cide d\u2019interroger la seule canadienne-fran\u00e7aise qu\u2019il conna\u00eet, sa servante. C\u2019est comme cela qu\u2019il d\u00e9couvre les exploits de cette \u00ab\u00a0enfant de quatorze ans\u00a0\u00bb, plus connue sous le nom de \u00ab\u00a0l\u2019h\u00e9ro\u00efne de Verch\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 201). Ainsi, les grandes figures historiques, m\u00eal\u00e9es aux l\u00e9gendes et \u00e0 la spiritualit\u00e9, permettent \u00e0 l\u2019auteur d\u2019enraciner davantage son jeune lecteur dans l\u2019imaginaire collectif des Canadiens-fran\u00e7ais d\u2019alors, dont la survivance de la langue et de la Foi sont des constituantes majeures.<\/p>\n<p>Les le\u00e7ons distill\u00e9es dans les <em>R\u00e9cits<\/em> sont \u00e9crites dans une langue simple et claire, faisant de cet ouvrage terroiriste<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\"> Les pr\u00eatres-critiques, Camille Roy, et les pr\u00eatres-historiens, Lionel Groulx, occupent le devant de la sc\u00e8ne de l\u2019entre-deux-guerres, faisant du cl\u00e9rico-nationalisme la base de tout discours social. Ces \u00ab\u00a0douaniers de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb insufflent leurs id\u00e9aux dans toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9. Il faut dire que cette p\u00e9riode est caract\u00e9ris\u00e9e par la mont\u00e9e des nationalismes, avec, comme moteur, la recherche identitaire. Au Canada-fran\u00e7ais, c\u2019est le r\u00e8gne de la propagande religieuse construite sur l\u2019id\u00e9e de sauvegarde de la langue. Cela se manifeste par la cr\u00e9ation des notions de litt\u00e9rature terroiriste et par l\u2019agriculturisme. La Province effectue un retour \u00e0 la terre, l\u2019industrialisation massive et l\u2019exode rural sont point\u00e9s du doigt. Voir Marie-H\u00e9l\u00e8ne Grivel, <em>op. cit<\/em>. <\/span> un \u00e9l\u00e9ment de la sph\u00e8re de la simili-litt\u00e9rature<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\"> L\u2019\u00e9criture est \u00e9galement proche des codes de la litt\u00e9rature pour tous, afin de toucher le public le plus vaste possible. <em>Ibid.<\/em>, \u00ab\u00a0Chapitre 2\u00a0: La simili-litt\u00e9rature ou La litt\u00e9rature pour tous, une litt\u00e9rature au rabais ?\u00a0\u00bb, pp. 219-269. <\/span>. Son r\u00f4le essentiel reste la vulgarisation, ce qui permet de traduire les concepts en les rendant plus vivants. Il s\u2019agit pour l\u2019\u00e9lite, dont le botaniste fait partie, de fabriquer des textes capables d\u2019\u00e9duquer les enfants-lecteurs, en les int\u00e9ressant \u00e0 des histoires \u00e9crites pour eux, \u00e9difiantes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\"> Entre 1920 et 1960, \u00ab\u00a0les maisons d\u2019\u00e9dition qu\u00e9b\u00e9coises maintiennent une esth\u00e9tique de la v\u00e9rit\u00e9 contre une esth\u00e9tique de la fiction, qui leur fait produire en masse vies de saints ou h\u00e9ros nationaux en lieu et place des romans d\u2019aventures propos\u00e9s partout ailleurs dans le monde\u00a0\u00bb (Chartier et Pouliot, 1996, 340). <\/span> et \u00e0 caract\u00e8re historique. Le Fr\u00e8re Marie-Victorin a donc produit des contes historico-nationalistes, qui sont les premi\u00e8res \u0153uvres o\u00f9 narrateur et lecteurs sont des enfants.<\/p>\n<h2>Donner au Canada-fran\u00e7ais des <em>h\u00e9ritiers<\/em><\/h2>\n<p>Enti\u00e8rement bas\u00e9s sur la pens\u00e9e nationaliste de l\u2019\u00e9poque, ces r\u00e9cits d\u2019enfance servent \u00e0 d\u00e9velopper le sens patriotique des lecteurs. L\u2019Histoire et la Foi, prenant un aspect didactique, cultivent les valeurs collectives de patriotisme, nationalisme, du respect des traditions, de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la langue et \u00e0 la religion. Le patrimoine est ici un ciment social fort relevant d\u2019un sentiment de fiert\u00e9 nationale. Les textes et images concourent, pour reprendre les termes de Pierre Bourdieu, \u00e0 la reproduction d\u2019une certaine culture d\u00e9finie par les autorit\u00e9s, transformant les enfants-lecteurs en <em>h\u00e9ritiers<\/em> (Bourdieu et Passeron, 1985). En d\u00e9finitive, le botaniste donne \u00e0 lire des sujets adapt\u00e9s \u00e0 un public cible, en vulgarisant le plus largement possible la \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb (Saint-Jacques et Robert, 297). Par le truchement des souvenirs d\u2019enfance, de la narration et des illustrations, l\u2019auteur met en avant le patrimoine de fa\u00e7on didactique cr\u00e9ant un capital propre qui lui permet d\u2019abolir la distance entre son public et lui.<\/p>\n<p>Si les histoires sont simples, et les textes empreints de morale et d\u2019Histoire, l\u2019ensemble est racont\u00e9 par un enfant, et comme faisant partie de l\u2019imaginaire collectif, avec un vocabulaire qui se veut \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb. Quant aux images, elles viennent renforcer le c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0identification\/complicit\u00e9\u00a0\u00bb du lectorat. Ce qui fait des <em>R\u00e9cits <\/em>le premier ouvrage du mouvement p\u00e9dagogique qui va se g\u00e9n\u00e9raliser avec l\u2019arriv\u00e9e de <em>L\u2019Oiseau bleu<\/em> en 1921<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\"> La reconnaissance de la litt\u00e9rature jeunesse, en tant que r\u00e9el domaine litt\u00e9raire, apparait \u00e0 la publication des <em>Aventures de Perrine et de Charlot <\/em>de Marie-Claire Daveluy dans les pages de <em>L\u2019Oiseau bleu<\/em>. <\/span>. Cette date marque officiellement la naissance du public jeunesse, la publication donnant \u00ab\u00a0un statut de <em>lecteur r\u00e9el<\/em>, de public \u00ab\u00a0certifi\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb aux enfants. Les \u0153uvres se devront de remplir une double fonction sociale\u00a0: d\u00e9velopper le go\u00fbt des livres et de la lecture chez les plus jeunes, et int\u00e9grer les lecteurs dans la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle ils appartiennent. En cela, <em>Les R\u00e9cits laurentiens <\/em>peuvent \u00eatre class\u00e9s parmi les premiers ouvrages du courant nationaliste pour la jeunesse.<\/p>\n<p>Si, en ce d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, le botaniste n\u2019est pas l\u2019unique auteur qui \u0153uvre en direction de ce public, il est \u00e0 notre connaissance le seul \u00e0 avoir fait appel \u00e0 ses souvenirs d\u2019enfant, cr\u00e9ant une complicit\u00e9 avec ses jeunes lecteurs. Il n\u2019en oublie pas de faire \u0153uvre de d\u00e9mocratisation scientifique, comme il le fera \u00e9galement dans <em>L\u2019Oiseau bleu<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eac0000000000000000_5581\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eac0000000000000000_5581-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\"> Les directeurs y introduisent, parmi le discours doxologique, des textes p\u00e9dagogiques portant sur la science et la technique. D\u00e8s 1932, apparaissent des rubriques consacr\u00e9es \u00e0 la zoologie, \u00e0 la botanique ou \u00e0 la min\u00e9ralogie. Ces disciplines \u00e9tant absentes du syst\u00e8me scolaire, les enfants d\u00e9couvrent leurs \u00ab\u00a0fronti\u00e8res caract\u00e9ristiques\u00a0\u00bb fond\u00e9es sur leur territoire, leur histoire, et leur religion. <\/span>, le r\u00f4le essentiel de ses textes restant la <em>vulgarisation<\/em> pour inculquer plus facilement les percepts et les rendre plus tangibles \u2013 il n\u2019h\u00e9sitera pas \u00e0 se remettre en sc\u00e8ne dans ses \u00e9crits comme une caution de la v\u00e9racit\u00e9 de ses dires. Sa volont\u00e9 de d\u00e9mocratisation, y compris des sciences naturelles, fait de lui le chef de file d\u2019autres figures embl\u00e9matiques qui travaillent aupr\u00e8s des enfants\u00a0: le Jardin botanique fonctionnant de pair avec une institution d\u2019\u00e9ducation postscolaire, la Biblioth\u00e8que pour enfants d\u2019Hochelaga. Dans le domaine des Lettres, le Fr\u00e8re devient une influence importante dans le monde des textes jeunesse, \u00e0 partir de 1934, lorsqu\u2019il devient directeur de la collection \u00ab\u00a0Mon histoire naturelle\u00a0\u00bb des \u00c9ditions Beauchemin.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><strong>Sources<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9sy, Anatole. 1941. \u00ab\u00a0L\u2019influence de la lecture sur l\u2019enfant\u00a0\u00bb, <em>Le Canada<\/em>, mercredi 22 octobre.<\/p>\n<p>Laurendeau, Andr\u00e9. 1938. \u00ab\u00a0Vie de l\u2019esprit \u2013 Sur un discours de Marie-Victorin\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Action Nationale<\/em>, 11 d\u00e9cembre.<\/p>\n<p>Liseur (Le). 1919. \u00ab\u00a0Chronique du liseur \u2013 En feuilletant livres et revues\u00a0\u00bb, <em>Le Devoir<\/em>, samedi le 17 mai.<\/p>\n<p>Marie-Victorin (Fr\u00e8re). 1916. <em>La Flore du T\u00e9miscouata<\/em>, Qu\u00e9bec\u00a0: Imprimerie Laflamme.<\/p>\n<p>_____. 1917. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9tude des sciences naturelles. Son d\u00e9veloppement chez les Canadiens fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, <em>Revue canadienne<\/em>, vol. 20, n\u00b0 4.<\/p>\n<p>_____. 1919. <em>R\u00e9cits laurentiens<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Fr\u00e8res des \u00c9coles Chr\u00e9tiennes. 217 p.<\/p>\n<p>M. H.-B. \u00ab\u00a0Les R\u00e9cits laurentiens\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, mai 1919.<\/p>\n<p>Tessier, Albert (abb\u00e9). 1925. \u00ab\u00a0La Grande et la Petite histoire\u00a0\u00bb, <em>Le Bien public<\/em>, 22 octobre.<\/p>\n<p><strong>Ouvrages et articles<\/strong><\/p>\n<p>Bourdieu, Pierre; Passeron, Jean-Claude. 1985. <em>Les H\u00e9ritiers<\/em>, \u00c9ditions de Minuit, coll. \u00ab\u00a0Le Sens commun\u00a0\u00bb, 189 p.<\/p>\n<p>Chartier, Anne-Marie; Pouliot, Suzanne. 1996. \u00ab\u00a0Les discours institutionnels sur la lecture des jeunes\u00a0\u00bb, <em>Cahiers de la recherche en \u00e9ducation<\/em>, vol. 3, n\u00b0 3, pp. 335-342.<\/p>\n<p>Cou\u00e9gnas, Daniel. 1992. <em>Introduction \u00e0 la paralitt\u00e9rature<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab\u00a0Po\u00e9tique\u00a0\u00bb, 200 p.<\/p>\n<p>Du Berger, Jean. 1995. \u00ab\u00a0Tradition et constitution d&rsquo;une m\u00e9moire collective\u00a0\u00bb, <em>Culture fran\u00e7aise d\u2019Am\u00e9rique<\/em>, pp. 43-77.<\/p>\n<p>Genest, Bernard. 1979. <em>Massicotte et son temps<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al Express, coll. \u00ab\u00a0Iconographie de la vie populaire\u00a0\u00bb, 240 p.<\/p>\n<p>Gingras, Yves. 1985. \u00ab\u00a0L\u2019itin\u00e9raire du Fr\u00e8re Marie-Victorin, \u00e9.c. (1885-1944), <em>Revue d\u2019histoire de l\u2019Am\u00e9rique fran\u00e7aise<\/em>, vol. 39, n\u00b0 1.<\/p>\n<p>_____. 1996. \u00ab\u00a0Marie-Victorin \u00e0 la recherche de la flore laurentienne\u00a0\u00bb, <em>Cap-aux-Diamants\u00a0: la revue d\u2019histoire du Qu\u00e9bec<\/em>, n\u00b0 46, pp 26-29.<\/p>\n<p>Grivel, Marie-H\u00e9l\u00e8ne. 2013. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c2ge d\u2019or de l\u2019\u00e9dition qu\u00e9b\u00e9coise du d\u00e9but des ann\u00e9es Vingt \u00e0 la fin des ann\u00e9es Trente\u00a0\u00bb, th\u00e8se de doctorat en Histoire et civilisations, Centre d\u2019Histoire Culturelle des Soci\u00e9t\u00e9s Contemporaines &#8211; Universit\u00e9 de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.<\/p>\n<p>Guillemette, Lucie. 2003. \u00ab\u00a0Les ouvrages de vulgarisation scientifique au Canada fran\u00e7ais. L\u2019influence du fr\u00e8re Marie-Victorin sur la litt\u00e9rature pour la jeunesse\u00a0\u00bb, <em>Annales de Bretagne et des pays de l\u2019Ouest<\/em>, pp. 235-246.<\/p>\n<p>Landreville, Ginette. 2003. \u00ab La litt\u00e9rature jeunesse qu\u00e9b\u00e9coise a 80 ans \u00bb, <em>Lurelu<\/em>, vol. 26, n\u00b0 2, pp. 93-102.<\/p>\n<p>Lanouette, M\u00e9lanie. 2002. <em>Faire vivre ou faire conna\u00eetre. Les d\u00e9fis de l\u2019enseignement religieux en contexte de renouveau p\u00e9dagogique. 1936-1946<\/em>, coll. \u00ab\u00a0religions, cultures et soci\u00e9t\u00e9s\u00a0\u00bb, Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, 196 p.<\/p>\n<p>Pouliot, Suzanne. 2005. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9dition qu\u00e9b\u00e9coise pour la jeunesse au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Une histoire du livre et de la lecture situ\u00e9e au confluent de la tradition et de la modernit\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Globe\u00a0: revue internationale d\u2019\u00e9tudes qu\u00e9b\u00e9coises<\/em>, vol. 8, n\u00b0 2, pp. 203-235<\/p>\n<p>Saint-Jacques, Denis; Robert, Lucie (dir.). 2010. <em>La Vie litt\u00e9raire au Qu\u00e9bec<\/em>, t. 6, <em>Le nationaliste, l\u2019individualiste et le marchand, 1919-1933<\/em>, Qu\u00e9bec\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, 764 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Grivel, Marie-H\u00e9l\u00e8ne. 2015. \u00ab\u00a0Les R\u00e9cits laurentiens : contes en terre canadienne-fran\u00e7aise \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021, En ligne &lt; http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/grivel-21 &gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/grivel-21.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 grivel-21.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-bdd0be11-8571-418a-9c00-d862c6a9e403\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/grivel-21.pdf\">grivel-21<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/grivel-21.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-bdd0be11-8571-418a-9c00-d862c6a9e403\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div> Not\u00e9 dans les r\u00e9f\u00e9rences par <em>RC<\/em>. Son premier livre scientifique s\u2019intitule : <em>La Flore du T\u00e9miscouata<\/em>, Qu\u00e9bec\u00a0: Imprimerie Laflamme, 1916.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div> \u00ab\u00a0Il y a quelques 30 ans.\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 20) <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div> \u00ab\u00a0Il y avait chez grand-m\u00e8re une extraordinaire photographie, et nous autres les enfants [\u2026] un doigt dans la bouche et silencieux [nous restions] \u00e0 regarder dans le cadre ces dix-neuf fr\u00e8res et s\u0153urs.\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 19)<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div> La notion de \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb s\u2019oppose \u00e0 l\u2019Histoire qui elle, est nationale et \u00e9v\u00e9nementielle. D\u00e9velopp\u00e9e par Albert Tessier, la \u00ab\u00a0petite histoire\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 l\u2019histoire populaire et r\u00e9gionale, voire \u00e0 celle des paroisses. Le chantre du r\u00e9gionalisme signe dans le <em>Bien public <\/em>une page intitul\u00e9e \u00ab\u00a0La Grande et la Petite histoire\u00a0\u00bb sous diff\u00e9rents pseudonymes, tel Historicus. Cette page est con\u00e7ue pour pr\u00e9parer la population au tricentenaire de la ville en 1934\u00a0: L\u2019abb\u00e9 Tessier. 1925. \u00ab\u00a0La Grande et la Petite histoire\u00a0\u00bb, <em>Le Bien public<\/em>, 22 octobre. Voir Marie-H\u00e9l\u00e8ne Grivel, 2013. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c2ge d\u2019or de l\u2019\u00e9dition qu\u00e9b\u00e9coise du d\u00e9but des ann\u00e9es Vingt \u00e0 la fin des ann\u00e9es Trente\u00a0\u00bb, th\u00e8se de doctorat en Histoire et civilisations, Centre d\u2019Histoire Culturelle des Soci\u00e9t\u00e9s Contemporaines &#8211; Universit\u00e9 de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. <\/div><\/li><li><span>5<\/span><div> \u00ab\u00a0Eh bien! Conrad! Tu viens nous aider \u00e0 cultiver, comme \u00e7a?\u00a0\u00bb (<em>RC, <\/em>72) <\/div><\/li><li><span>6<\/span><div> M. H.-B., \u00ab\u00a0Les R\u00e9cits laurentiens\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, mai 1919. <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Tel est le cas pour \u00ab\u00a0[l]e chemin [qui] va tout droit entre de vieux saules et de grandes maisons d\u00e9rob\u00e9es derri\u00e8re un joli parterre et une haie d\u2019aub\u00e9pines\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 18). <\/div><\/li><li><span>8<\/span><div> Une image de titre est celle qui accompagne le titre d\u2019une \u0153uvre, et plus g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une nouvelle dans un recueil. Elle est situ\u00e9e en haut de page avant le texte, et sa particularit\u00e9 est que le titre apparait comme un \u00e9l\u00e9ment qui la compose. <\/div><\/li><li><span>9<\/span><div> Apparition de la machine \u00e0 coudre 1830. <\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> \u00ab\u00a0La Croix de Saint-Norbert\u00a0\u00bb \/ Conrad et son oncle Jean (<em>RC<\/em>, 65); \u00ab\u00a0Sur le renchaussage\u00a0\u00bb \/ Conrad et son grand-p\u00e8re (<em>RC, <\/em>90). <\/div><\/li><li><span>11<\/span><div> \u00ab\u00a0La Croix de Saint Norbert\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 62-63). <\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> Le marquis est \u00e9galement l\u2019objet de la le\u00e7on du professeur dans \u00ab\u00a0Jacques Maill\u00e9\u00a0\u00bb (<em>RC<\/em>, 139). <\/div><\/li><li><span>13<\/span><div> Les pr\u00eatres-critiques, Camille Roy, et les pr\u00eatres-historiens, Lionel Groulx, occupent le devant de la sc\u00e8ne de l\u2019entre-deux-guerres, faisant du cl\u00e9rico-nationalisme la base de tout discours social. Ces \u00ab\u00a0douaniers de la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb insufflent leurs id\u00e9aux dans toutes les couches de la soci\u00e9t\u00e9. Il faut dire que cette p\u00e9riode est caract\u00e9ris\u00e9e par la mont\u00e9e des nationalismes, avec, comme moteur, la recherche identitaire. Au Canada-fran\u00e7ais, c\u2019est le r\u00e8gne de la propagande religieuse construite sur l\u2019id\u00e9e de sauvegarde de la langue. Cela se manifeste par la cr\u00e9ation des notions de litt\u00e9rature terroiriste et par l\u2019agriculturisme. La Province effectue un retour \u00e0 la terre, l\u2019industrialisation massive et l\u2019exode rural sont point\u00e9s du doigt. Voir Marie-H\u00e9l\u00e8ne Grivel, <em>op. cit<\/em>. <\/div><\/li><li><span>14<\/span><div> L\u2019\u00e9criture est \u00e9galement proche des codes de la litt\u00e9rature pour tous, afin de toucher le public le plus vaste possible. <em>Ibid.<\/em>, \u00ab\u00a0Chapitre 2\u00a0: La simili-litt\u00e9rature ou La litt\u00e9rature pour tous, une litt\u00e9rature au rabais ?\u00a0\u00bb, pp. 219-269. <\/div><\/li><li><span>15<\/span><div> Entre 1920 et 1960, \u00ab\u00a0les maisons d\u2019\u00e9dition qu\u00e9b\u00e9coises maintiennent une esth\u00e9tique de la v\u00e9rit\u00e9 contre une esth\u00e9tique de la fiction, qui leur fait produire en masse vies de saints ou h\u00e9ros nationaux en lieu et place des romans d\u2019aventures propos\u00e9s partout ailleurs dans le monde\u00a0\u00bb (Chartier et Pouliot, 1996, 340). <\/div><\/li><li><span>16<\/span><div> La reconnaissance de la litt\u00e9rature jeunesse, en tant que r\u00e9el domaine litt\u00e9raire, apparait \u00e0 la publication des <em>Aventures de Perrine et de Charlot <\/em>de Marie-Claire Daveluy dans les pages de <em>L\u2019Oiseau bleu<\/em>. <\/div><\/li><li><span>17<\/span><div> Les directeurs y introduisent, parmi le discours doxologique, des textes p\u00e9dagogiques portant sur la science et la technique. D\u00e8s 1932, apparaissent des rubriques consacr\u00e9es \u00e0 la zoologie, \u00e0 la botanique ou \u00e0 la min\u00e9ralogie. Ces disciplines \u00e9tant absentes du syst\u00e8me scolaire, les enfants d\u00e9couvrent leurs \u00ab\u00a0fronti\u00e8res caract\u00e9ristiques\u00a0\u00bb fond\u00e9es sur leur territoire, leur histoire, et leur religion. <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021 L\u2019importance de la jeunesse dans l\u2019entre-deux-guerres au Canada-fran\u00e7ais Au sortir de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, la soci\u00e9t\u00e9 canadienne-fran\u00e7aise subit une mont\u00e9e du nationalisme. Tous les prescripteurs pr\u00f4nent le respect de la Foi, la connaissance historique et l\u2019ancrage sur le territoire. 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