{"id":5582,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/raconter-la-shoah-a-lenfant-daujourdhui-les-representations-de-lallemagne-nazie-dans-trois-albums-illustres\/"},"modified":"2024-09-03T20:26:28","modified_gmt":"2024-09-03T20:26:28","slug":"raconter-la-shoah-a-lenfant-daujourdhui-les-representations-de-lallemagne-nazie-dans-trois-albums-illustres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5582","title":{"rendered":"Raconter la Shoah \u00e0 l&rsquo;enfant d&rsquo;aujourd&rsquo;hui;  les repr\u00e9sentations de l&rsquo;Allemagne nazie dans trois albums illustr\u00e9s"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6892\">Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021<\/a><\/h5>\n<p>La distanciation historique d\u2019avec la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale a permis au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es la publication d\u2019une impressionnante gamme d\u2019\u0153uvres portant sur le III<sup>e<\/sup> Reich. Et l&rsquo;assertion ne vaut pas que pour la litt\u00e9rature destin\u00e9e aux adultes; malgr\u00e9 le tabou que ce th\u00e8me constitue encore, de nombreux auteurs osent raconter la Shoah dans une litt\u00e9rature s&rsquo;adressant \u00e0 l&rsquo;enfance, que ce soit par le roman ou par l&rsquo;album d&rsquo;images. Ce dernier genre se veut particuli\u00e8rement intrigant puisqu&rsquo;il am\u00e8ne la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une repr\u00e9sentation visuelle, et pose ainsi un probl\u00e8me suppl\u00e9mentaire au d\u00e9fi que constitue le fait de raconter la Deuxi\u00e8me Guerre aux enfants tout en tenant compte d&rsquo;une psychologie propre \u00e0 cet \u00e2ge. Comme le rappelle Francis Marcoin au sujet de la bande dessin\u00e9e de Calvo <em>La B\u00eate est morte<\/em>, \u00ab\u00a0le temps n&rsquo;est plus o\u00f9 l&rsquo;image se voyait refuser toute aptitude \u00e0 signifier quelque chose de s\u00e9rieux \u00bb (2008, 7). On se demande n\u00e9anmoins comment les artistes s&rsquo;y prennent pour cr\u00e9er une imagerie qui, tout en se rendant accessible \u00e0 l&rsquo;enfance, en d\u00e9voile suffisamment pour ne pas taire ou minimiser les horreurs du nazisme.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que nous nous proposons d&rsquo;analyser ici, en posant plus pr\u00e9cis\u00e9ment un regard sur trois albums illustr\u00e9s : <em>Otto. Aubiographie d&rsquo;un ours en peluche<\/em> de Tomi Ungerer, <em>Les loups noirs<\/em> de B\u00e9a Deru-Renard et Neil Desmet et <em>Rose Blanche<\/em> de Roberto Innocenti et Christophe Gallaz. Pour ce faire, nous d\u00e9gagerons au c\u0153ur de ces \u0153uvres le surgissement des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la Shoah dans le texte ainsi que les diff\u00e9rentes strat\u00e9gies rh\u00e9toriques d&rsquo;euph\u00e9misation qui l&rsquo;entourent, dont la personnification, l&rsquo;all\u00e9gorie et la m\u00e9taphore font partie. Bien que ce soit principalement l&rsquo;imagerie visuelle qui orientera notre analyse, il nous faudra garder en t\u00eate que \u00ab\u00a0toute interpr\u00e9tation de l&rsquo;image est conduite par le texte\u00a0\u00bb (Jean, 1977, 8). C\u2019est pourquoi celui-ci sera consid\u00e9r\u00e9 \u00e0 travers la relation qu&rsquo;il tisse avec les illustrations, de mani\u00e8re \u00e0 montrer comment l&rsquo;\u0153uvre m\u00e8ne l&rsquo;enfant \u00e0 une compr\u00e9hension initiale des \u00e9v\u00e9nements historiques de 1939-1945. On verra alors que la Shoah est rarement abord\u00e9e de front et que, dans tous ces albums, il se cr\u00e9e une mise \u00e0 distance entre le narrateur et les \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;il raconte.<\/p>\n<h2><em>Otto\u00a0<\/em>: pour un t\u00e9moignage par la peluche<\/h2>\n<p>Prenons d&rsquo;abord <em>Otto<\/em>, qui, comme son sous-titre, \u00ab\u00a0autobiographie d&rsquo;un ours en peluche\u00a0\u00bb, le laisse pr\u00e9sager, s&rsquo;inscrit dans un genre particuli\u00e8rement prim\u00e9 lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit du r\u00e9cit de guerre : le t\u00e9moignage fictif. \u00c0 travers une narration ult\u00e9rieure, qu&rsquo;on peut situer environ cinquante \u00e0 soixante ans apr\u00e8s la fin de la guerre, Otto raconte son histoire, de sa naissance \u2013 sa fabrication dans un atelier allemand \u2013\u00a0 jusqu&rsquo;au moment de l&rsquo;\u00e9criture. La situation initiale montre qu&rsquo;il a eu une enfance facile avec son jeune propri\u00e9taire, David, et le meilleur ami de ce dernier, Oskar. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur peut \u00eatre situ\u00e9 au moment o\u00f9 David revient \u00e0 la maison avec une \u00e9toile jaune, premi\u00e8re allusion \u00e0 la situation des Juifs en Allemagne :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Oskar demanda \u00e0 sa maman : \u00ab\u00a0Mutti, regarde l&rsquo;\u00e9toile de David, est-ce que tu pourrais m&rsquo;en faire une comme \u00e7a ?\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0C&rsquo;est impossible, r\u00e9pondit-elle. \u00ab\u00a0Parce que tu n&rsquo;es pas juif.\u00a0\u00bb<br \/>\u00ab\u00a0C&rsquo;est quoi, \u00eatre juif ?\u00a0\u00bb demanda Oskar.<br \/>\u00ab\u00a0Les juifs sont diff\u00e9rents, ils ont une autre religion, le gouvernement est contre eux et leur rend la vie tr\u00e8s difficile. C&rsquo;est injuste et tr\u00e8s triste, on les oblige \u00e0 porter cette \u00e9toile pour les reconna\u00eetre\u00a0\u00bb (Ungerer, 1999, 15).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par la suite, David est emmen\u00e9 par des hommes en uniforme, et Otto reste avec Oskar. Ce passage constitue une entr\u00e9e en mati\u00e8re assez directe, qui permet de r\u00e9pondre aux questions du destinataire en m\u00eame temps qu&rsquo;\u00e0 celles d&rsquo;Oskar. Toutefois, la situation des Juifs sera presque aussit\u00f4t exp\u00e9di\u00e9e\u00a0: l&rsquo;ours en peluche devra se cacher dans une cave pour \u00e9viter les bombes, sera projet\u00e9 au loin \u00e0 la suite d\u2019une explosion, sauvera un G.I. am\u00e9ricain qui l&#8217;emm\u00e8nera dans son pays, o\u00f9 il sera donn\u00e9 \u00e0 une petite fille, et terminera sa vie dans la boutique d&rsquo;un antiquaire avant de se retrouver de nouveau entre les mains d&rsquo;Oskar et David. Dans cette histoire, la Deuxi\u00e8me Guerre n&rsquo;est pas le sujet central, mais une trame de fond aux anecdotes v\u00e9cues par l&rsquo;ourson. Jamais il n&rsquo;est question de ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 David apr\u00e8s qu&rsquo;on l&rsquo;a emmen\u00e9.<\/p>\n<p>Le fait que ce ne soit pas un \u00eatre humain qui raconte son histoire, mais plut\u00f4t la figure rassurante de l&rsquo;ours en peluche, place aussi le r\u00e9cit sous une forme d&rsquo;euph\u00e9misme protecteur, et confirme une intuition propos\u00e9e par Margaret R. Higonnet dans un article sur les mani\u00e8res de raconter la Grande Guerre aux enfants, soit que, dans la litt\u00e9rature pour la jeunesse, \u00ab\u00a0les effets de destruction seront d\u00e9plac\u00e9s sur des objets \u2013 des armes ou des b\u00e2timents, par exemple \u2013 plut\u00f4t que sur des personnes\u00a0\u00bb (2000, 47). On le sait, la tendance naturelle des enfants \u00e0 l&rsquo;animisme<a id=\"footnoteref1_7ces6ko\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c0 ce sujet, voir Sigmund Freud, \u00ab\u00a0Le retour infantile du tot\u00e9misme\u00a0\u00bb in Totem et tabou, Paris, Payot, 2001, p.\u00a0143 \u2013 225. Albertine Deletaille observe aussi que, \u00ab\u00a0tout en appr\u00e9ciant le \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, un enfant admet qu'un animal parle, car, tr\u00e8s facilement, il traduit en langage humain le regard ou l'attitude expressive d'une b\u00eate, m\u00eame celle d'une poup\u00e9e\u00a0\u00bb (1977, 35).\" href=\"#footnote1_7ces6ko\">[1]<\/a> fait en sorte que l&rsquo;ours en peluche n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9quivalent du b\u00e2timent; l&rsquo;enfant tend naturellement \u00e0 le personnifier, \u00e0 y percevoir la vie. Mais celui d\u00e9crit par Tomi Ungerer subit des violences qui n&rsquo;ont pas le m\u00eame effet sur lui que sur un \u00eatre humain normal. Par exemple, il sauve le G.I. am\u00e9ricain en prenant une balle \u00e0 sa place, mais il n\u2019en meurt pas, bien qu&rsquo;il en ressente une \u00ab\u00a0douleur fulgurante \u00bb (Ungerer, 1999, 24). Ainsi, alors que le narrateur intra-homodi\u00e9g\u00e9tique (qui raconte sa propre histoire) devrait rapprocher le destinateur du destinataire, on a l&rsquo;impression ici que le point de vue oriente le regard en p\u00e9riph\u00e9rie de ce qu&rsquo;il y aurait \u00e0 voir.<\/p>\n<h2><em>Les loups noirs\u00a0<\/em>: lorsque l&rsquo;all\u00e9gorie prend la place de l&rsquo;Histoire<\/h2>\n<p>L&rsquo;album <em>Les loups noirs<\/em> nous donne l&rsquo;impression, d\u00e8s le premier regard jet\u00e9 \u00e0 la couverture, que le contenu sera beaucoup plus explicite qu&rsquo;il ne l&rsquo;est dans <em>Otto<\/em>. Des jeux de noir, de blanc et de rouge rappellent imm\u00e9diatement l&#8217;embl\u00e8me du parti national-socialiste, d&rsquo;autant que les positions corporelles emprunt\u00e9es par les loups offrent une raideur et des angles qui \u00e9voquent facilement la croix gamm\u00e9e. De fait, si la couverture sobre d&rsquo;<em>Otto<\/em> ne donnait aucun indice du contexte de la Deuxi\u00e8me Guerre qui baigne le r\u00e9cit, celle des <em>Loups noirs<\/em>, au contraire, permet d&#8217;embl\u00e9e de comprendre ce dont il sera question. Quoique le svastika ne soit que connot\u00e9, la couverture attire imm\u00e9diatement l&rsquo;attention\u00a0: comme le mentionne Jean-Fran\u00e7ois Forges dans son essai <em>\u00c9duquer contre Auschwitz<\/em>,<\/p>\n<blockquote>\n<p>la pr\u00e9sence d&rsquo;une croix gamm\u00e9e sur une affiche de cin\u00e9ma ou sur la couverture d&rsquo;un livre est un argument publicitaire. Il faut dire que la croix gamm\u00e9e, \u00e9voquant une rotation hypnotique, noire sur fond de cercle blanc, dans un carr\u00e9 rouge, est en soi un signe publicitaire bien trouv\u00e9 pour attirer l&rsquo;attention et se graver dans la m\u00e9moire.\u00a0(2004, 260)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et, comme si cette repr\u00e9sentation n&rsquo;\u00e9tait pas suffisante pour faire comprendre la th\u00e9matique de l&rsquo;album, la position des multiples loups rappelle le m\u00e9morial de Dachau, mais ce sont dans ce cas les bourreaux, et non les victimes, qui sont repr\u00e9sent\u00e9s en couverture.<\/p>\n<p>Pourtant, au-del\u00e0 de la couverture, les allusions \u00e0 la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale sont assez subtiles dans l&rsquo;album, et proc\u00e8dent presque toutes de l&rsquo;all\u00e9gorie. Le temps de la narration est simultan\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire qui, pour contraster avec la couverture, s&rsquo;ouvre sur une situation particuli\u00e8rement idyllique : \u00ab\u00a0C&rsquo;est une vall\u00e9e o\u00f9 tout le monde est content. Il y a longtemps que le lion, le roi des animaux, a rang\u00e9 sa couronne au vestiaire. Les habitants vivent en paix. Chacun a ses petites habitudes, son chez-soi bien douillet, son train-train quotidien<a id=\"footnoteref2_mbrhart\" class=\"see-footnote\" title=\" B\u00e9a Deru-Renard (texte) et Neil Desmet (illustrations), Les loups noirs, Paris, L'\u00e9cole des loisirs, 2005, sans pagination. Vu l'absence de pagination dans le livre, les prochaines citations entre guillemets sans r\u00e9f\u00e9rence, dans cette section, devront \u00eatre comprises comme \u00e9tant tir\u00e9es du m\u00eame album\" href=\"#footnote2_mbrhart\">[2]<\/a>\u00bb.\u00a0 En accord avec le texte, l&rsquo;image donne \u00e0 voir des couleurs pastel qui cr\u00e9ent un effet de na\u00efvet\u00e9, de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. Du c\u00f4t\u00e9 des loups, on s&rsquo;en tient aux strictes variations entre le rouge, le blanc et le noir, ce qui concorde avec leur discours :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Quel d\u00e9sordre dans la vall\u00e9e! S&rsquo;indigne Augusto. Toutes les couleurs sont m\u00e9lang\u00e9es!<br \/>[\u2026]<br \/>Quoi! C&rsquo;est inadmissible! grogne Adolphe, le chef de la meute au regard noir plus noir que noir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette derni\u00e8re expression, \u00ab\u00a0au regard noir plus noir que noir\u00a0\u00bb, revient \u00e0 quelques reprises dans le texte, qui est lui-m\u00eame parsem\u00e9 de r\u00e9f\u00e9rences aux couleurs privil\u00e9gi\u00e9es par les loups. De surcro\u00eet, on insiste sur leur \u00ab\u00a0pelage sombre\u00a0\u00bb, leurs \u00ab\u00a0grosses bottes noires\u00a0\u00bb et le fait qu&rsquo;\u00ab\u00a0apr\u00e8s une nuit blanche, les loups se grattent jusqu&rsquo;au sang\u00a0\u00bb. De cette fa\u00e7on, le tourbillon rouge, noir, blanc intervient \u00e0 la fois dans le texte et dans l&rsquo;image, cr\u00e9ant un premier intertexte aux repr\u00e9sentations du parti national-socialiste.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres intertextes historiques viennent se greffer \u00e0 l&rsquo;histoire pour faire comprendre au destinataire les \u00e9v\u00e9nements exacts auxquels l&rsquo;album fait allusion. La meute a pour chef un d\u00e9nomm\u00e9 Adolphe, elle marche \u00ab\u00a0en rangs serr\u00e9s et au pas cadenc\u00e9 [\u2026] sous les roulements de tambours\u00a0\u00bb, elle a pour objectif de \u00ab\u00a0mettre de l&rsquo;ordre\u00a0\u00bb en s\u00e9gr\u00e9guant certaines races et va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 \u00ab\u00a0construire de grands fours pour r\u00f4tir les volailles sans espoir de retour\u00a0\u00bb. Ce n&rsquo;est que par une union des forces qu&rsquo;on parviendra \u00e0 vaincre les loups noirs. \u00c0 la fin, ils seront jug\u00e9s et condamn\u00e9s par un tribunal, dans une derni\u00e8re sc\u00e8ne qui fait bien s\u00fbr allusion au proc\u00e8s de Nuremberg. On remarque aussi, dans le contenu paratextuel de l&rsquo;album, juste sous la d\u00e9dicace, cette citation tir\u00e9e de la D\u00e9claration universelle des droits de l&rsquo;homme et r\u00e9dig\u00e9e \u00e0 la suite de la Deuxi\u00e8me Guerre : \u00ab\u00a0Tout individu a droit \u00e0 la vie, \u00e0 la libert\u00e9 et \u00e0 la s\u00fbret\u00e9 de sa personne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>On constate rapidement que tous ces intertextes, toutes ces allusions historiques, ne peuvent \u00eatre compris qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;une bonne connaissance pr\u00e9alable des \u00e9v\u00e9nements de 1939-1945, connaissance que ne poss\u00e8de pas l&rsquo;enfant \u2013 auquel est pourtant destin\u00e9 le texte. Il s&rsquo;agit sans doute de la principale strat\u00e9gie d&rsquo;euph\u00e9misation dont proc\u00e8de l&rsquo;album, qui se lit comme n&rsquo;importe quelle histoire manich\u00e9enne. La personnification des animaux joue un r\u00f4le dans cette strat\u00e9gie et renforce le caract\u00e8re all\u00e9gorique du r\u00e9cit, tout en permettant l&rsquo;identification des enfants\u00a0: selon Alison Lurie, ces derniers \u00ab\u00a0se sentent \u00e0 l&rsquo;aise avec ces personnages presque semblables \u00e0 eux [puisqu&rsquo;]il n&rsquo;y a pas si longtemps apr\u00e8s tout, ils \u00e9taient aussi des petites cr\u00e9atures instinctives, incapables de s&rsquo;exprimer, \u00e9prouvant les m\u00eames besoins et les m\u00eames plaisirs que les animaux\u00a0\u00bb (1999, 129-130). Dans ce cas-ci, l&rsquo;association aux petits animaux est d&rsquo;ailleurs renforc\u00e9e, puisque les plus f\u00e9roces, tels l&rsquo;ours brun et le lion, ne parviennent pas \u00e0 vaincre les loups et doivent faire appel aux moustiques, aux puces et aux fourmis pour remporter la lutte. Ainsi l&rsquo;album d\u00e9crit simplement, au premier degr\u00e9, la victoire du bien sur le mal, du faible sur le fort; ce sera seulement par la m\u00e9diation, donc par la discussion avec les parents ou d&rsquo;autres intervenants, que l&rsquo;enfant pourra prendre connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 historique dont s&rsquo;inspire le r\u00e9cit.<\/p>\n<h2><em>Rose Blanche<\/em><\/h2>\n<p>Le dernier album, de son c\u00f4t\u00e9, pr\u00e9sente un contenu beaucoup plus explicite qui donne \u00e0 voir la guerre sans d\u00e9tour. La protagoniste, Rose Blanche, est une jeune Allemande non juive qui d\u00e9couvrira l&rsquo;horreur des camps de concentration et d\u00e9cidera d&rsquo;aller porter, chaque jour, un peu de nourriture aux prisonniers. On peut d\u00e8s le d\u00e9part tisser un parall\u00e8le avec l&rsquo;histoire de Sophie Scholl, r\u00e9sistante allemande pilier du regroupement <em>Wei\u03b2e Rose<\/em> \u2013 dont le nom signifie justement Rose Blanche. Et quoique Fran\u00e7ois de Chalonge dise que <em>\u00ab\u00a0Rose Blanc<\/em><em>he<\/em> d&rsquo;Innocenti reste compl\u00e8tement dans la fiction\u00bb (1995, 32)., on rencontre plusieurs allusions \u00e0 des faits r\u00e9els\u00a0: la reprise intertextuelle d&rsquo;une des plus c\u00e9l\u00e8bres photos prises lors de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, soit celle de l&rsquo;enfant du ghetto de Varsovie, en constitue un bon exemple. \u00a0L&rsquo;illustrateur, m\u00eame s&rsquo;il est conscient de r\u00e9aliser une fiction, d\u00e9crit sa pratique comme de \u00ab\u00a0l&rsquo;arch\u00e9ologie\u00a0\u00bb:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La constante de mon travail est de construire une situation historique : je cherche \u00e0 \u00e9tablir, dans une histoire, des situations possibles dans l&rsquo;Histoire; \u00e0 donner figure d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements \u00e0 des faits qui le deviennent effectivement d\u00e8s qu&rsquo;on les replace dans une conjoncture pr\u00e9cise de lieu et d&rsquo;\u00e9poque. (Gromer, 1992, 51)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour y parvenir, Innocenti a par exemple tenu \u00e0 faire correspondre les saisons avec la dur\u00e9e r\u00e9elle de la guerre, et s&rsquo;est inspir\u00e9 d&rsquo;une personne r\u00e9elle, un nazi nomm\u00e9 Zepp, pour la figure du bourgmestre (54). C&rsquo;est ce qui explique le caract\u00e8re extr\u00eamement r\u00e9aliste de l&rsquo;album, au contraire des deux autres dont nous avons parl\u00e9, <em>Otto<\/em> et <em>Les loups noirs<\/em>, dans lesquels la personnification \u00e9tait employ\u00e9e pour rappeler l&rsquo;imaginaire et le caract\u00e8re fictif du r\u00e9cit. Dans ce cas-ci, au contraire, non seulement l&rsquo;histoire s&rsquo;apparente \u00e0 un fait v\u00e9cu, mais il s\u2019y ajoute des illustrations au style photographique, qui n&rsquo;h\u00e9sitent pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler sans censure tout ce qui a trait \u00e0 la guerre \u2013 les croix gamm\u00e9es, les tanks, les armes, les camps et les prisonniers \u2013 dans un tour de force qui permet aussi de montrer ce qui est trop souvent escamot\u00e9 dans les r\u00e9cits de guerre : le quotidien, la vie qui continue<a id=\"footnoteref3_yrimtf8\" class=\"see-footnote\" title=\" Ce quotidien, qui ajoute \u00e0 l'effet de r\u00e9el du r\u00e9cit, est sans doute d'ailleurs ce qui a fait le succ\u00e8s Journal d'Anne Frank (Paris, Calmann-L\u00e9vy, 2001 [1947]), dans lequel la narratrice mentionne \u00ab\u00a0la faim, la mort, les bombes, les extincteurs, les sacs de couchage, les cartes d'identit\u00e9 juives, les gaz asphyxiants, etc.\u00a0\u00bb (176) au m\u00eame titre qu'elle raconte des exp\u00e9riences hautement anecdotiques : \u00ab\u00a0Dimanche, le jour de son anniversaire [\u00e0 Dussel], s'est pass\u00e9 dans le calme. Nous lui avons offert une bouteille de bon vin de 1919, les Van Daan (qui cette fois pouvaient donner leur cadeau), une bouteille de picalilly et un petit paquet de lames de rasoir, Kugler un pot de citron (limonade), Miep un livre \" href=\"#footnote3_yrimtf8\">[3]<\/a> L&rsquo;incipit de Christophe Gallaz, qui a r\u00e9dig\u00e9 le texte d&rsquo;apr\u00e8s les illustrations et le sc\u00e9nario d&rsquo;Innocenti, est int\u00e9ressant dans cette perspective :<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Je m&rsquo;appelle Rose Blanche.<br \/>J&rsquo;habite une petite ville d&rsquo;Allemagne. Elle a des rues \u00e9troites, des fontaines, des maisons hautes et des pigeons sur leurs toits.<br \/>Mais un jour les premiers camions sont arriv\u00e9s, et beaucoup d&rsquo;hommes sont partis. Ils \u00e9taient habill\u00e9s en soldats. L&rsquo;hiver allait commencer<a id=\"footnoteref4_shox30f\" class=\"see-footnote\" title=\" Christophe Gallaz et Roberto Innocenti, op. cit., sans pagination. Vu l'absence de pagination dans le livre, les prochaines citations entre guillemets sans r\u00e9f\u00e9rence, dans cette section, devront \u00eatre comprises comme \u00e9tant tir\u00e9es du m\u00eame album\" href=\"#footnote4_shox30f\">[4]<\/a>\u00bb.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a, d\u00e8s la premi\u00e8re page, un \u00e9quilibre initial rompu par un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur qui passe principalement par la m\u00e9taphore : \u00ab\u00a0L&rsquo;hiver allait commencer.\u00a0\u00bb Mais ce qui attire davantage l&rsquo;attention dans cette premi\u00e8re page, c&rsquo;est la na\u00efvet\u00e9 que pose le rapport texte-image, la pr\u00e9sence de repr\u00e9sentations nazies et guerri\u00e8res, si taboues aujourd&rsquo;hui, en concat\u00e9nation avec un sc\u00e9nario quotidien dans ce qui ressemble \u00e0 un jour de f\u00eate. La croix gamm\u00e9e n&rsquo;est pas pr\u00e9sent\u00e9e, comme on a l&rsquo;habitude de la voir, au c\u00f4t\u00e9 des dirigeants politiques, des soldats ou de figures anonymes participant \u00e0 un d\u00e9fil\u00e9 : elle est entre les mains de la fi\u00e8re protagoniste, pend des fen\u00eatres de la sympathique \u00ab\u00a0Boulangerie Heinrich\u00a0\u00bb et accompagne les heureuses salutations des enfants.<\/p>\n<p>Les premi\u00e8res pages sont toutes teint\u00e9es de ce m\u00e9lange de tragique et de na\u00efvet\u00e9, racont\u00e9es au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, selon la perspective homo-intradi\u00e9g\u00e9tique, en simultan\u00e9it\u00e9 avec le temps du r\u00e9cit. Le temps pr\u00e9sent domine, avec quelques occurrences du pass\u00e9 compos\u00e9 pour raconter des \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cemment survenus. Tout se passe dans une sorte de crescendo o\u00f9 le destinataire constate, en m\u00eame temps que la protagoniste, de plus en plus de faits qui sortent du quotidien : les tanks qui arpentent les rues, un gar\u00e7on qui s&rsquo;enfuit d&rsquo;un camion et le bourgmestre qui l&rsquo;arr\u00eate pour le confier de nouveau aux soldats, et, enfin, au milieu de l&rsquo;album, la vue d&rsquo;un camp de concentration qui s&rsquo;accompagne d&rsquo;une illustration en plan frontal<a id=\"footnoteref5_jb7geaz\" class=\"see-footnote\" title=\" Il est \u00e0 cet \u00e9gard int\u00e9ressant de constater que toutes les illustrations sont effectu\u00e9es soit en plan frontal, soit en plong\u00e9e; la contre-plong\u00e9e, qui donne au destinataire l'impression qu'il est domin\u00e9 par la sc\u00e8ne observ\u00e9e n'est jamais utilis\u00e9e. Peut-on voir l\u00e0-dedans aussi une forme d'euph\u00e9misme protecteur, au sens o\u00f9 l'illustrateur n'aurait pas voulu placer les images de la guerre \u00ab\u00a0au-dessus\u00a0\u00bb de son destinataire? On peut du moins croire qu'il y a d\u00e9sir, de la part de Roberto Innocenti, de ne pas mettre Rose Blanche sur un pi\u00e9destal par rapport au lecteur, car l'humilit\u00e9 du personnage est une qualit\u00e9 qui ressort de prime abord\" href=\"#footnote5_jb7geaz\">[5]<\/a>., dont le point de vue serait celui de la protagoniste. Une derni\u00e8re phrase est alors prononc\u00e9e par celle-ci : \u00ab\u00a0Le soleil descend derri\u00e8re les collines, il y a du vent, j&rsquo;ai froid.\u00a0\u00bb Cette m\u00e9taphore annonce un changement de perception complet chez la protagoniste et signe en quelque sorte la fin de sa na\u00efvet\u00e9.<\/p>\n<p>D\u00e8s la page suivante, et pour la seconde moiti\u00e9 de l&rsquo;album, on passe \u00e0 une narration extra-h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique : \u00ab\u00a0Puis les semaines ont pass\u00e9 dans le p\u00e2le hiver. L&rsquo;app\u00e9tit de Rose Blanche \u00e9tonnait sa m\u00e8re : elle emportait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole plus qu&rsquo;elle ne mangeait \u00e0 la maison.\u00a0\u00bb Ce changement de point de vue permet une distanciation avec les \u00e9v\u00e9nements racont\u00e9s, mais donne aussi la vive impression d&rsquo;un d\u00e9tachement chez Rose Blanche, comme si elle n&rsquo;avait plus le temps de raconter elle-m\u00eame son histoire. Le changement de narration permet donc d&rsquo;att\u00e9nuer la lourdeur de la suite du r\u00e9cit, qui bascule de plus en plus du c\u00f4t\u00e9 tragique, mais aussi d&rsquo;introduire une fin qu&rsquo;on n&rsquo;aurait pas pu raconter \u00e0 la premi\u00e8re personne, c\u2019est-\u00e0-dire la mort de la protagoniste.<\/p>\n<p>La mort passe d&rsquo;ailleurs par un processus visuel d&rsquo;euph\u00e9misation, qui repose sur l&rsquo;utilisation de deux illustrations aux constructions similaires, mais dont Rose aura disparu dans le deuxi\u00e8me cas. La premi\u00e8re pr\u00e9sente un d\u00e9cor de guerre dans des tons de gris et de s\u00e9pia, o\u00f9 un fort brouillard ne permet que d&rsquo;entrevoir la silhouette de soldats qui \u00e9voluent, arme en main, entre des arbres morts. Rose est \u00e0 l&rsquo;avant-plan et d\u00e9pose, \u00e0 travers des restes de fil barbel\u00e9, une fleur bleue qui tient lieu de bouquet fun\u00e8bre. On peut lire\u00a0: \u00ab\u00a0Rose Blanche est debout. Elle frissonne. [\u2026] Un coup de feu claque.\u00a0\u00bb Les deux pages suivantes montrent la fin de la guerre, avec l&rsquo;arriv\u00e9e de militaires am\u00e9ricains, et servent en quelque sorte \u00e0 cr\u00e9er un suspense, en m\u00eame temps qu&rsquo;elles permettent d&rsquo;appr\u00e9hender l&rsquo;issue du r\u00e9cit. Il y a enfin retour de la construction pr\u00e9c\u00e9dente, mais, cette fois, les tons de gris et de s\u00e9pia font place \u00e0 des couleurs vives, les soldats et les barbel\u00e9s ont disparu, le brouillard s&rsquo;est dissip\u00e9 et les arbres ont retrouv\u00e9 leurs feuilles. L\u00e0 o\u00f9 se tenait Rose, toutefois, on aper\u00e7oit une roseraie aux fleurs blanches, entour\u00e9e d&rsquo;une multitude de fleurs bleues. Il ne fait alors plus de doute que la jeune fille n&rsquo;a pas surv\u00e9cu, mais que l\u00e0 o\u00f9 elle est pass\u00e9e, la vie a trouv\u00e9 le moyen de rena\u00eetre.<\/p>\n<p>*\u00a0\u00a0 *\u00a0\u00a0 *<\/p>\n<p>Ce regard sur\u00a0<em>Otto, Les loups noirs<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Rose Blanche<\/em>\u00a0laisse voir qu&rsquo;il n&rsquo;est pas impossible d&rsquo;aborder le sujet difficile de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale dans l&rsquo;album pour enfants, mais que les auteurs per\u00e7oivent la n\u00e9cessit\u00e9 de recourir \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques afin d&rsquo;en att\u00e9nuer la violence. Si\u00a0<em>Rose Blanche<\/em>\u00a0t\u00e9moigne d&rsquo;une bonne audace \u00e0 montrer directement l&rsquo;horreur de la guerre, allant jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9senter dans un style tr\u00e8s photographique des illustrations de prisonniers et de camps de concentration, les deux autres albums, eux, t\u00e9moignent d&rsquo;une pudeur plus marqu\u00e9e.\u00a0<em>Otto<\/em>\u00a0pr\u00e9sente une s\u00e9rie d&rsquo;anecdotes dont certaines impliquent la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, mais o\u00f9 celle-ci n&rsquo;agit qu&rsquo;en tant qu&rsquo;\u00e9l\u00e9ment du d\u00e9cor. Quant au deuxi\u00e8me,\u00a0<em>Les loups noirs<\/em>, il offre un contenu assez audacieux, mais seulement au deuxi\u00e8me degr\u00e9, qui a peu de chances de rejoindre les jeunes destinataires puisqu&rsquo;il ne peut \u00eatre atteint qu&rsquo;\u00e0 partir d&rsquo;une connaissance historique minimale de cette p\u00e9riode. Dans les trois cas, cependant, les allusions et les intertextes sont les principales fa\u00e7ons d&rsquo;aborder la guerre, et on retrouve peu de renseignements documentaires sur les \u00e9v\u00e9nements. \u00c0 partir de ces observations, on peut facilement d\u00e9duire que les trois albums ne sont pas faits pour \u00eatre lus par l&rsquo;enfant, mais plut\u00f4t pour \u00eatre abord\u00e9s avec lui par un m\u00e9diateur adulte, tels un parent ou un enseignant, qui pourra r\u00e9pondre \u00e0 ses questions en lui apportant certains \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;information absents des r\u00e9cits. \u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Chalonge, Fran\u00e7ois de. 1995. \u00ab\u00a0Lectures plurielles\/lectures singuli\u00e8res : <em>Je m&rsquo;appelle Adolphe<\/em>\u00a0\u00bb, <em>La revue des livres pour enfants<\/em>, n<sup>o<\/sup> 162, p. 32-34.<\/p>\n<p>Deletaille, Albertine. 1997. \u00ab\u00a0Ma conception des albums pour enfants de deux \u00e0 sept ans\u00a0\u00bb, Denise Escarpit (dir.), <em>L&rsquo;enfant, l&rsquo;image et le r\u00e9cit<\/em>, La Haye\u00a0: Mouton \u00e9diteur, p. 32-45.<\/p>\n<p>Deru-Renard, B\u00e9a (texte) et Neil Desmet (illustrations). 2005. <em>Les loups noirs,<\/em> Paris\u00a0: L&rsquo;\u00e9cole des loisirs, [s. p.].<\/p>\n<p>Forges, Jean-Fran\u00e7ois. 2004. <em>\u00c9duquer contre Auschwitz. Histoire et m\u00e9moire,<\/em> Paris\u00a0: ESF \u00c9diteur, 277 p.<\/p>\n<p>Frank, Anne. 2001. <em>Journal<\/em>, Paris\u00a0: Calmann-L\u00e9vy, 274 p.<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 2001. \u00ab\u00a0Le retour infantile du tot\u00e9misme\u00a0\u00bb, <em>Totem et tabou<\/em>, Paris\u00a0: Payot, p.\u00a0143-225.<\/p>\n<p>Gallaz, Christophe (texte) et Roberto Innocenti (illustrations). 2010. <em>Rose Blanche,<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Les 400 coups, [s. p.].<\/p>\n<p>Gromer, Bernadette. 1992. \u00ab\u00a0Entretien avec Roberto Innocenti\u00a0\u00bb, <em>La revue des livres pour enfants<\/em>, n<sup>o<\/sup> 143-144, p. 51-56.<\/p>\n<p>Higonnet, Margaret R. 2000. \u00ab\u00a0Une dr\u00f4le de guerre\u00a0\u00bb, in Jean Perrot (dir.), <em>L&rsquo;humour dans la litt\u00e9rature de jeunesse, <\/em>Paris\u00a0: In Press \u00c9ditions, p. 45-55.<\/p>\n<p>Jean, Georges. 1977. \u00ab\u00a0Approches s\u00e9miologiques de la relation texte-image dans les livres et albums pour enfants\u00a0\u00bb, Denise Escarpit (dir.), <em>L&rsquo;enfant, l&rsquo;image et le r\u00e9cit, <\/em>La Haye\u00a0: Mouton \u00e9diteur, p. 3-18.<\/p>\n<p>Lurie, Alison. 1999. <em>Ne le dites pas aux grands<\/em>, trad. de l&rsquo;anglais par Monique Chassagnol, Paris\u00a0: Payot et Rivages, 253 p.<\/p>\n<p>Marcoin, Francis. 2008. \u00ab\u00a0La b\u00eate est-elle morte? Quelques mots pour justifier l&rsquo;illustration de couverture\u00a0\u00bb, Sophie Ernst (dir.), <em>Quand les m\u00e9moires d\u00e9stabilisent l&rsquo;\u00e9cole. M\u00e9moire de la Shoah et enseignement<\/em>, Paris\u00a0: Institut national de recherche p\u00e9dagogique, p. 7-12.<\/p>\n<p>Ungerer, Tomi. 1999. <em>Otto<\/em>. <em>Autobiographie d&rsquo;un ours en peluche<\/em>, Paris\u00a0: L&rsquo;\u00e9cole des loisirs, 37 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_7ces6ko\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_7ces6ko\">[1]<\/a> \u00c0 ce sujet, voir Sigmund Freud, \u00ab\u00a0Le retour infantile du tot\u00e9misme\u00a0\u00bb in <em>Totem et tabou<\/em>, Paris, Payot, 2001, p.\u00a0143 \u2013 225. Albertine Deletaille observe aussi que, \u00ab\u00a0tout en appr\u00e9ciant le \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, un enfant admet qu&rsquo;un animal parle, car, tr\u00e8s facilement, il traduit en langage humain le regard ou l&rsquo;attitude expressive d&rsquo;une b\u00eate, m\u00eame celle d&rsquo;une poup\u00e9e\u00a0\u00bb (1977, 35).<\/p>\n<p id=\"footnote2_mbrhart\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_mbrhart\">[2]<\/a> B\u00e9a Deru-Renard (texte) et Neil Desmet (illustrations), <em>Les loups noirs,<\/em> Paris, L&rsquo;\u00e9cole des loisirs, 2005, sans pagination. Vu l&rsquo;absence de pagination dans le livre, les prochaines citations entre guillemets sans r\u00e9f\u00e9rence, dans cette section, devront \u00eatre comprises comme \u00e9tant tir\u00e9es du m\u00eame album<\/p>\n<p id=\"footnote3_yrimtf8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_yrimtf8\">[3]<\/a> Ce quotidien, qui ajoute \u00e0 l&rsquo;effet de r\u00e9el du r\u00e9cit, est sans doute d&rsquo;ailleurs ce qui a fait le succ\u00e8s <em>Journal<\/em> d&rsquo;Anne Frank (Paris, Calmann-L\u00e9vy, 2001 [1947]), dans lequel la narratrice mentionne \u00ab\u00a0la faim, la mort, les bombes, les extincteurs, les sacs de couchage, les cartes d&rsquo;identit\u00e9 juives, les gaz asphyxiants, etc.\u00a0\u00bb (176) au m\u00eame titre qu&rsquo;elle raconte des exp\u00e9riences hautement anecdotiques : \u00ab\u00a0Dimanche, le jour de son anniversaire [\u00e0 Dussel], s&rsquo;est pass\u00e9 dans le calme. Nous lui avons offert une bouteille de bon vin de 1919, les Van Daan (qui cette fois pouvaient donner leur cadeau), une bouteille de picalilly et un petit paquet de lames de rasoir, Kugler un pot de citron (limonade), Miep un livre \u00ab\u00a0Marijntje\u00a0\u00bb, Bep une petite plante. Il a r\u00e9gal\u00e9 chacun de nous d&rsquo;un oeuf.\u00a0\u00bb (268)<\/p>\n<p id=\"footnote4_shox30f\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_shox30f\">[4]<\/a> Christophe Gallaz et Roberto Innocenti, <em>op. cit.<\/em>, sans pagination. Vu l&rsquo;absence de pagination dans le livre, les prochaines citations entre guillemets sans r\u00e9f\u00e9rence, dans cette section, devront \u00eatre comprises comme \u00e9tant tir\u00e9es du m\u00eame album<\/p>\n<p id=\"footnote5_jb7geaz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_jb7geaz\">[5]<\/a> Il est \u00e0 cet \u00e9gard int\u00e9ressant de constater que toutes les illustrations sont effectu\u00e9es soit en plan frontal, soit en plong\u00e9e; la contre-plong\u00e9e, qui donne au destinataire l&rsquo;impression qu&rsquo;il est domin\u00e9 par la sc\u00e8ne observ\u00e9e n&rsquo;est jamais utilis\u00e9e. Peut-on voir l\u00e0-dedans aussi une forme d&rsquo;euph\u00e9misme protecteur, au sens o\u00f9 l&rsquo;illustrateur n&rsquo;aurait pas voulu placer les images de la guerre \u00ab\u00a0au-dessus\u00a0\u00bb de son destinataire? On peut du moins croire qu&rsquo;il y a d\u00e9sir, de la part de Roberto Innocenti, de ne pas mettre Rose Blanche sur un pi\u00e9destal par rapport au lecteur, car l&rsquo;humilit\u00e9 du personnage est une qualit\u00e9 qui ressort de prime abord<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Jacob, Carm\u00e9lie. 2015. \u00ab\u00a0Raconter la Shoah \u00e0 l&rsquo;enfant d&rsquo;aujourd&rsquo;hui; \u00a0les repr\u00e9sentations de l&rsquo;Allemagne nazie dans trois albums illustr\u00e9s \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/jacob-21 &gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/jacob-21.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 jacob-21.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-23458688-c9af-49d4-84e4-54be31f372f7\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/jacob-21.pdf\">jacob-21<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/jacob-21.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-23458688-c9af-49d4-84e4-54be31f372f7\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab L&rsquo;enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021 La distanciation historique d\u2019avec la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale a permis au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es la publication d\u2019une impressionnante gamme d\u2019\u0153uvres portant sur le IIIe Reich. 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