{"id":5584,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/art-poetique-de-guillevic-phenomenologie-du-mouvement-dans-la-representation-spatio-temporelle-du-monde-dans-le-poeme\/"},"modified":"2024-09-03T20:32:28","modified_gmt":"2024-09-03T20:32:28","slug":"art-poetique-de-guillevic-phenomenologie-du-mouvement-dans-la-representation-spatio-temporelle-du-monde-dans-le-poeme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5584","title":{"rendered":"\u00ab Art po\u00e9tique \u00bb de Guillevic : ph\u00e9nom\u00e9nologie du mouvement dans la repr\u00e9sentation spatio-temporelle du monde dans le po\u00e8me"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6892\">Dossier \u00ab Enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021<\/a><\/h5>\n<p>Depuis les travaux d\u2019Edmond Husserl, qui ont pos\u00e9 les bases de la ph\u00e9nom\u00e9nologie moderne, l\u2019influence de l\u2019\u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes en tant que discours philosophique est perceptible dans plusieurs disciplines, si bien qu\u2019elle a chang\u00e9 la face des approches esth\u00e9tiques en litt\u00e9rature. La ph\u00e9nom\u00e9nologie, d\u00e9finie par Maurice Merleau-Ponty comme une discipline philosophique \u00e9tudiant le ph\u00e9nom\u00e8ne <a id=\"footnoteref1_2ih33x2\" class=\"see-footnote\" title=\" Le terme \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb peut se d\u00e9finir comme l\u2019organisation de la repr\u00e9sentation d\u2019un proc\u00e8s du monde par la conscience. Pour une d\u00e9finition plus \u00e9tay\u00e9e, consulter Critique de la raison pure d\u2019Emmanuel Kant (1990). \" href=\"#footnote1_2ih33x2\">[1]<\/a> de \u00ab\u00a0l\u2019<em>apparition<\/em> de l\u2019\u00eatre \u00e0 la conscience\u00a0\u00bb (Merleau-Ponty, 1976, 73), et pour laquelle, selon la formule de Husserl, \u00ab\u00a0la conscience est toujours la conscience de quelque chose\u00a0\u00bb, propose l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 intersubjective, de m\u00eame qu\u2019elle met de l\u2019avant le probl\u00e8me du \u00ab\u00a0pr\u00e9jug\u00e9 du monde\u00a0\u00bb (11). L\u2019illusion perceptuelle caus\u00e9e par l\u2019engluement au r\u00e9el du sujet conscient, pour ne pas dire une r\u00e9alit\u00e9 con\u00e7ue \u00e0 partir d\u2019impressions, fait du monde une question \u00e9nigmatique, comme peuvent en t\u00e9moigner les discours esth\u00e9tiques v\u00e9hicul\u00e9s \u00e0 travers certaines \u0153uvres de la litt\u00e9rature contemporaine par des \u00e9crivains aux pratiques scripturales les plus diverses, soulevant par leur art la nature ambigu\u00eb de la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p><em>Art po\u00e9tique <\/em>de Guillevic est un recueil de po\u00e9sie pr\u00e9sentant un positionnement critique et \u00e9thique sur l\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9el et la mani\u00e8re le traduire dans la <em>praxis<\/em> du po\u00e8me. Dans cette \u0153uvre, d\u2019objet en objet, rep\u00e8res dont l\u2019appara\u00eetre est fondamentalement interrog\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9el semble se r\u00e9aliser par la pratique du po\u00e8me, confrontant le po\u00e8te au mouvement des choses \u00e0 la conscience. Ainsi, nous nous interrogeons sur la mani\u00e8re dont l\u2019id\u00e9e du mouvement d\u2019apparition est associ\u00e9e \u00e0 celle de la conscience par le po\u00e8te dans le po\u00e8me. La dimension ph\u00e9nom\u00e9nologique, se d\u00e9gageant de l\u2019entreprise esth\u00e9tique de l\u2019auteur autour de la notion de la perception de l\u2019objet, semble expos\u00e9e comme un discours critique sur la po\u00e9sie en tant que production en r\u00e9action avec la r\u00e9alit\u00e9, dont les principales dimensions mises en \u00e9vidence sont le temps et l\u2019espace. Le po\u00e8me serait alors une production d\u2019une perception appr\u00e9hendant le monde plus ou moins correctement, plus ou moins de la bonne mani\u00e8re, recherchant une certaine justesse dans l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique de la r\u00e9alit\u00e9. Sugg\u00e9r\u00e9e, l\u2019id\u00e9e d\u2019un mouvement d\u00e9voilant les objets \u00e0 la conscience se pr\u00e9sente par la mani\u00e8re dont la perception du temps et de l\u2019espace est trait\u00e9e dans le po\u00e8me. D\u2019une part, concernant l\u2019exp\u00e9rience temporelle, le po\u00e8te exprime la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019appartenir au pr\u00e9sent et d\u2019\u00eatre conscient d\u2019une m\u00e9moire constitu\u00e9e par les choses pour \u00eatre dans le monde. D\u2019autre part, au sujet de la repr\u00e9sentation de l\u2019espace, le po\u00e8te effectue une recherche de d\u00e9passement de l\u2019illusion et d\u2019un sens \u00e0 une position occup\u00e9e dans l\u2019espace. Pour le sujet-\u00e9nonciateur, l\u2019\u00e9criture permet une r\u00e9flexion r\u00e9it\u00e9r\u00e9e quant \u00e0 la justesse du fondement de son exp\u00e9rience du r\u00e9el, soit de l\u2019apparition du monde \u00e0 la conscience, attitude de doute tendant \u00e0 \u00e9branler les rep\u00e8res qu\u2019ils soient temporels ou spatiaux. \u00a0<\/p>\n<h2>Appartenance, conscience,\u00a0mouvement d\u2019apparition\u00a0: d\u00e9finitions<\/h2>\n<p>Avant de commencer l\u2019analyse de l\u2019\u0153uvre, il faut toutefois poser des d\u00e9finitions de termes prenant une signification particuli\u00e8re lorsqu\u2019ils sont utilis\u00e9s par la ph\u00e9nom\u00e9nologie. Cette derni\u00e8re, comme le fait remarquer le ph\u00e9nom\u00e9nologue Renaud Barbaras, \u00ab\u00a0tente de penser le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019<em>appartenance<\/em> \u2013 que l\u2019on peut sp\u00e9cifier de prime abord comme appartenance du sujet au monde \u2013 en tant que condition de la perception\u00a0\u00bb (Barbaras, 2010, 93) afin de d\u00e9crire sa structure.<\/p>\n<p>\u00a0D\u2019embl\u00e9e, percevoir le monde, c\u2019est immanquablement faire partie du r\u00e9el par le biais de notre corps\u00a0: comme le souligne Barbaras, \u00ab\u00a0il n\u2019y a de monde pour un sujet que dans la mesure o\u00f9 celui-ci est <em>du<\/em> monde\u00a0\u00bb (93). Bien que la recherche et l\u2019accession des conditions d\u2019une appr\u00e9hension intentionnelle du monde ne peuvent se passer de la perception, comme l\u2019avance Merleau-Ponty, l\u2019incompr\u00e9hension du r\u00e9el d\u00e9coulerait des sens\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La pr\u00e9tendue \u00e9vidence du sentir n\u2019est pas fond\u00e9e sur un t\u00e9moignage de la conscience, mais sur un pr\u00e9jug\u00e9 du monde. Nous croyons tr\u00e8s bien savoir ce que c\u2019est que \u201cvoir\u201d, \u201centendre\u201d, \u201csentir\u201d [\u2026] Quand nous voulons analyser, nous transportons ces objets dans la conscience [\u2026] Nous supposons d\u2019embl\u00e9e dans notre conscience des choses que nous savons \u00eatre dans les choses. Nous faisons de la perception avec du per\u00e7u. Et comme le per\u00e7u lui-m\u00eame n\u2019est \u00e9videmment accessible qu\u2019\u00e0 travers la perception, nous ne comprenons finalement ni l\u2019un ni l\u2019autre. Nous sommes pris dans le monde et nous n\u2019arrivons pas \u00e0 nous en d\u00e9tacher pour passer \u00e0 la conscience du monde (Merleau-Ponty, 1976, 11).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00eatre conscient, de par ses sens, poss\u00e8de le \u00ab\u00a0pr\u00e9jug\u00e9 du monde\u00a0\u00bb, et pour aller au-del\u00e0 de l\u2019illusion perceptive, il se trouve dans la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un rapport critique avec le per\u00e7u. En \u00e9tant englu\u00e9 au r\u00e9el, il n\u2019a donc pas une conscience du monde \u00e0 l\u2019image de ce qu\u2019<em>est<\/em> le monde dans son proc\u00e8s.<\/p>\n<p>Pour la ph\u00e9nom\u00e9nologie, l\u2019id\u00e9e de la conscience joue un r\u00f4le constitutif. Pour Husserl, selon Henri Ey, la conscience est \u00ab\u00a0une organisation psychique de l\u2019\u00eatre constituant le \u201clieu\u201d des relations du sujet \u00e0 son monde; c\u2019est-\u00e0-dire le \u00ab\u00a0milieu\u00a0\u00bb o\u00f9 se m\u00e9diatisent, dans la repr\u00e9sentation m\u00e9dioverbale du temps et de l\u2019espace dont il dispose, les exp\u00e9riences et les projets du sujet\u00a0\u00bb (Ey, 2013, 1). Pour la ph\u00e9nom\u00e9nologie husserlienne, \u00ab\u00a0les configurations de l\u2019\u201cavoir conscience de quelque chose\u201d ou l\u2019\u201c\u00eatre conscient d\u2019\u00eatre quelqu\u2019un\u201d s\u2019ordonnent par rapport \u00e0 la connaissance prospective que le sujet prend de lui-m\u00eame et de son monde\u00a0\u00bb (1). Il rajoute \u00a0\u00ab\u00a0qu\u2019une d\u00e9finition correcte de la conscience renvoie \u00e0 une structure de l\u2019\u00eatre conscient\u00a0\u00bb, conscience qui \u00ab\u00a0est au temps ce que le corps est \u00e0 l\u2019espace\u00a0\u00bb (1). \u00c9voluant dans un contexte mat\u00e9riel, l\u2019\u00eatre conscient ne peut arriver \u00e0 appr\u00e9hender de la bonne fa\u00e7on le r\u00e9el qu\u2019en saisissant l\u2019essence des objets l\u2019entourant, auxquels la ph\u00e9nom\u00e9nologie conf\u00e8re une dimension processuelle. Comprendre l\u2019essence des objets passe par la connaissance de leur structure inh\u00e9rente, la toile de fond qu\u2019est le monde d\u2019o\u00f9 ils apparaissent, ce qui revient parfois \u00e0 interroger, \u00e0 remettre en doute leur perception et \u00e0 tenter de d\u00e9crire les ph\u00e9nom\u00e8nes, manifestations perceptibles plus ou moins claires. Dans cette mesure, les objets agissent comme des rep\u00e8res temporels et spatiaux incertains, ils sont ce \u00ab\u00a0quelque chose\u00a0\u00bb qui surgit, mouvement d\u2019apparition \u00e0 la conscience.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, Barbaras s\u2019est pench\u00e9 sur l\u2019id\u00e9e directrice d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie du mouvement d\u2019apparition dans la relation sujet conscient-objet-monde, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sente chez Jan Pato\u010dka,\u00a0pour qui \u00ab\u00a0le mouvement est le fondement de toute manifestation\u00a0\u00bb, le concevant comme \u00ab\u00a0[l\u2019]essence qui est \u00e9v\u00e9nement, essence qui advient\u00a0\u00bb (Pato\u010dka dans Barbaras, 2012, 348). Avec \u00ab\u00a0une th\u00e9orie dynamique de la manifestation\u00a0\u00bb, Barbaras propose l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0mouvement de la substance au sens de l\u2019\u00e9mergence et de la disparition de l\u2019\u00e9tant\u00a0\u00bb, transcendantal et constitutif aux objets, fondant \u00ab\u00a0le sens d\u2019\u00eatre ultime du monde comme sujet et permettant ainsi de les articuler l\u2019un \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb (Barbaras, 2012, 333). Selon lui, \u00ab\u00a0l\u2019essence ne repose plus en elle-m\u00eame et ne constitue plus le sens ultime de l\u2019\u00eatre\u00a0: elle plonge dans le devenir, elle est un \u00e9v\u00e9nement ou plut\u00f4t son propre av\u00e8nement\u00a0\u00bb (335). Pour ainsi dire, \u00ab\u00a0la manifestation doit \u00eatre pens\u00e9e de mani\u00e8re dynamique\u00a0\u00bb, puisqu\u2019elle est un mouvement processuel \u00ab\u00a0par lequel l\u2019\u00e9tant pr\u00e9cis\u00e9ment se d\u00e9voile ou se d\u00e9couvre, bref devient lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (335). Il appelle \u00e0 la pr\u00e9cision du sens du mouvement r\u00e9v\u00e9lant les objets, prenant du m\u00eame coup place dans la repr\u00e9sentation du monde. Ce mouvement \u00e0 la conscience est \u00e0 la source des questionnements pr\u00e9sents dans <em>Art po\u00e9tique<\/em>, par la fa\u00e7on que le sujet-\u00e9nonciateur con\u00e7oit le temps et l\u2019espace dans le po\u00e8me.<\/p>\n<h2>Temps et po\u00e8me\u00a0: faire obstacle, pratique active de l\u2019imm\u00e9morial<\/h2>\n<p>Dans <em>Art po\u00e9tique<\/em>, la perception du temps est effectu\u00e9e par le po\u00e8te dans la recherche du saisissement du moment. Il propose une fa\u00e7on de pratiquer le po\u00e8me visant \u00e0 une meilleure compr\u00e9hension du proc\u00e8s des objets et de la m\u00e9moire de l\u2019exp\u00e9rience qui en d\u00e9coule.<\/p>\n<h3><strong>1.\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>Le po\u00e8me\u00a0: \u00c0 la recherche du pr\u00e9sent v\u00e9cu<\/strong><\/h3>\n<p>Guillevic proc\u00e8de \u00e0 un d\u00e9coupage temporel\u00a0: il met en retrait les objets afin de mieux communier avec eux. Le po\u00e8te essaie de saisir l\u2019instant, qui ne peut que s\u2019\u00e9chapper fatalement, dans l\u2019intention de d\u00e9passer la repr\u00e9sentation de l\u2019objet, re\u00e7ue par le biais de la conception perceptuelle du temps chez l\u2019humain. Dans le dessein d\u2019habiter le pr\u00e9sent, une qu\u00eate n\u2019allant pas de soi chez le po\u00e8te, le sujet-\u00e9nonciateur cherche \u00e0 isoler le moment. Il nomme les choses, dont leur sens est mouvement, les substituant ainsi au moment dans l\u2019espace du po\u00e8me. Pour le sujet-\u00e9nonciateur, le po\u00e8me fait obstacle \u00e0 la fuite du temps, comme dans \u00ab\u00a0Si je fais couler du sable\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001, 223). Le po\u00e8te \u00ab\u00a0donn[e] du corps au temps\u00a0\u00bb, soit le rend mat\u00e9riel. En l\u2019inscrivant dans l\u2019espace de la po\u00e9sie, il cristallise l\u2019instant pour tenter de comprendre son essence, son sens et sa place dans le monde, par un rapport intime \u00e0 la marque qu\u2019il laisse sur la mati\u00e8re afin qu\u2019il puisse \u00ab\u00a0faire de la dur\u00e9e \/ [son] \u00e9pouse \/ [son] amante\u00a0\u00bb (216). Comme le remarque Fran\u00e7oise Jacqueline Craipain, l\u2019id\u00e9e d\u2019un temps min\u00e9ral, v\u00e9hicul\u00e9e par le sable, \u00ab\u00a0insiste sur le temps du regard, temps de l\u2019observation\u00a0\u00bb (Craipain, 1988, 33), \u00ab\u00a0ressentie comme un des piliers essentiels de l\u2019histoire humaine\u00a0: leur squelette muet en quelque sorte\u00a0\u00bb (17). Il s\u2019ajoute \u00e0 celui d\u2019un temps qui s\u2019\u00e9coule tant bien que mal sur le corps, \u00e9voquant l\u2019image du sablier, d\u2019un temps indiff\u00e9rent \u00e0 l\u2019objet conscient qu\u2019est l\u2019\u00eatre humain. Ceci est \u00e9galement r\u00e9it\u00e9r\u00e9 lorsque le po\u00e8te \u00e9nonce que \u00ab\u00a0L\u2019oc\u00e9an lui aussi \/ Ne cesse d\u2019\u00e9crire. \/ \u00c0 chaque mar\u00e9e\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001, 211). L\u2019oc\u00e9an, tel que le temps ou le po\u00e8te, \u00ab\u00a0\u00e9crit sur le sable. \/ Il \u00e9crit tous les jours, \/ Toujours la m\u00eame chose\u00a0\u00bb (211). Le d\u00e9sir de rapport intime au temps, de p\u00e9n\u00e9trer la temporalit\u00e9 de la mati\u00e8re et de comprendre comment il \u00ab\u00a0\u00e9crit\u00a0\u00bb sur elle, de s\u2019unir au temps et d\u2019adh\u00e9rer au pr\u00e9sent, est d\u2019ailleurs soulign\u00e9 par la main touchant le temps min\u00e9ral. Ce geste, qui, chez le sujet-\u00e9nonciateur, est synonyme d\u2019examen, d\u2019\u00e9change par contact, lui permet de constater qu\u2019il y a quelque chose qui lui \u00e9chappe et qu\u2019il doit tenter d\u2019y faire obstacle pour s\u2019en saisir afin d\u2019interroger l\u2019apparition de la chose \u00e0 la conscience. Le mouvement de l\u2019apparition, reli\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne du temps, est aussi d\u00e9crit par les verbes dynamiques que sont \u00ab\u00a0couler\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0toucher\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0donner\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0sentir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9couler\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0revenir\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0renier\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0glisser, \u00ab\u00a0\u00e9crire\u00a0\u00bb et surtout, \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb (223), un champ lexical insistant sur le mouvement qui d\u00e9voile les choses \u00e0 la conscience par leur proc\u00e8s.<\/p>\n<p>La qu\u00eate de Guillevic peut se concevoir comme une tentative de compr\u00e9hension du \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb d\u2019un objet, de sa structure ph\u00e9nom\u00e9nale, plut\u00f4t que son \u00e9tat, l\u2019essence de l\u2019objet \u00e9tant un ph\u00e9nom\u00e8ne, un proc\u00e8s et donc un mouvement en rapport direct avec le temps. Comme le souligne Pato\u010dka,\u00a0\u00ab\u00a0on n\u2019a plus un mouvement qui renverrait \u00e0 l\u2019\u00e9tant comme son substrat, mais un \u00e9v\u00e9nement dans et par lequel il advient\u00a0\u00bb (Pato\u010dka dans Barbaras, 2012, 335). Comprendre le temps se con\u00e7oit alors chez le po\u00e8te comme un effort de la pratique du po\u00e8me, faisant obstacle au temps \u00e9v\u00e9nementiel\u00a0: s\u2019accrocher \u00e0 l\u2019instant pr\u00e9sent pour mieux comprendre sa place dans le temps, pour \u00eatre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du temps plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, afin de faire des moments \u00ab\u00a0Comme une sculpture \/ Qui d\u00e9fiera le temps\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001,\u00a0202) pour se pr\u00e9server de \u00ab\u00a0l\u2019oc\u00e9an\u00a0\u00bb (209) du temps. \u00c0 ce sujet, Merleau-Ponty\u00a0 sp\u00e9cifie que \u00ab\u00a0c\u2019est la notion m\u00eame de l\u2019imm\u00e9diat qui se trouve transform\u00e9e\u00a0: est d\u00e9sormais imm\u00e9diat, non plus l\u2019impression de l\u2019objet qui ne fait qu\u2019un avec le sujet, mais le sens, la structure, l\u2019arrangement spontan\u00e9 des parties\u00a0\u00bb (Merleau-Ponty, 1976, 397). Par la pratique du po\u00e8me, le po\u00e8te interroge l\u2019essence du temps, laissant une trace sur la mati\u00e8re, pour tenter de comprendre la structure de son fonctionnement, pour \u00ab\u00a0faire corps\u00a0\u00bb avec celui-ci, essayant de trouver sa v\u00e9rit\u00e9 inh\u00e9rente au monde \u00e0 travers le temps qui agit sur les choses, tel le sujet conscient qu\u2019est le sujet-\u00e9nonciateur du po\u00e8me.<\/p>\n<h3><strong>2.\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>\u00a0Le po\u00e8me\u00a0: m\u00e9moire active de l\u2019imm\u00e9morial\u00a0<\/strong><\/h3>\n<p>Le po\u00e8te con\u00e7oit la pratique du po\u00e8me telle une m\u00e9moire de l\u2019instant se confrontant \u00e0 l\u2019\u00e9ternit\u00e9. S\u2019inscrivant dans la tradition des arts po\u00e9tiques <a id=\"footnoteref2_xtxmqpi\" class=\"see-footnote\" title=\" Un art po\u00e9tique consiste en un ensemble de r\u00e8gles dont l\u2019objectif est de prescrire et d\u2019enseigner une fa\u00e7on de produire la beaut\u00e9 dans une \u0153uvre d\u2019art. Dans le domaine de la litt\u00e9rature, o\u00f9 le plus souvent ces ouvrages se rencontrent, L\u2019Art po\u00e9tique d\u2019Horace et Art po\u00e9tique de Boileau sont parmi les plus embl\u00e9matiques. \u00a0\" href=\"#footnote2_xtxmqpi\">[2]<\/a>, les po\u00e8mes sont pens\u00e9s de sorte qu\u2019ils font \u00e9chos \u00e0 la pratique imm\u00e9moriale qu\u2019est la po\u00e9sie et sa propension \u00e0 l\u2019autor\u00e9flexivit\u00e9 \u00e0 m\u00eame cette <em>praxis<\/em>, comme en t\u00e9moigne le po\u00e8me \u00ab\u00a0\u00catre reli\u00e9\u00a0\u00bb. Pour le sujet-\u00e9nonciateur, le po\u00e8me le place en rapport avec une pratique dont les origines se perdent dans le temps. Celle-ci, qui lui permet de \u00ab\u00a0planer\u00a0\u00bb dans \u00ab\u00a0les temps\u00a0\u00bb, d\u2019\u00eatre en lien direct avec elle, est con\u00e7ue comme une pratique exigeante\u00a0: elle est \u00ab\u00a0mis\u00e8re\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0\u00e9blouissement\u00a0\u00bb, la po\u00e9sie semblant se concr\u00e9tiser dans l\u2019effort chez Guillevic. L\u2019\u00e9blouissement par \u00ab\u00a0les temps\u00a0\u00bb, qui semble, d\u2019ailleurs, par la mati\u00e8re phon\u00e9tique, rappeler l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9tang\u00a0\u00bb (160) guillevicien, connot\u00e9 de stagnation, d\u2019inaction, sugg\u00e8re que le po\u00e8te demeure aveugle devant la perception du temps. Un constat est donc sugg\u00e9r\u00e9 dans ce po\u00e8me\u00a0: le sujet-\u00e9nonciateur se rend compte qu\u2019il n\u2019a pas une conscience ad\u00e9quate du temps, que sa perception de celui-ci peut \u00eatre biais\u00e9e puisque le temps agit comme un reflet \u00e9blouissant d\u2019un \u00e9tang.<\/p>\n<p>Toutefois, l\u2019imm\u00e9morial ne renvoie pas seulement \u00e0 la po\u00e9sie, mais \u00e9galement \u00e0 sa mati\u00e8re et \u00e0 ce qu\u2019elle r\u00e9f\u00e8re, soit les mots, d\u00e9sign\u00e9s par Ferdinand de Saussure comme un \u00ab\u00a0tr\u00e9sor collectif\u00a0\u00bb. Cette m\u00e9moire est en rapport de sens avec les objets mat\u00e9riels, qui eux, se trouvent au centre de la pratique du po\u00e8te. Tel que Monique Beno\u00eet le sp\u00e9cifie, \u00ab\u00a0la pratique de la po\u00e9sie de Guillevic est parsem\u00e9e de souvenirs d\u2019entit\u00e9s temporelles si pleines d\u2019elles-m\u00eames qu\u2019elles tendent \u00e0 crever leurs propres dimensions\u00a0\u00bb (Beno\u00eet, 172, 296). Les mots, dans leur apparence de banalit\u00e9 quotidienne, permettent au sujet-\u00e9nonciateur de concevoir des \u00ab\u00a0instants si vastes que leur est conf\u00e9r\u00e9e la sensation d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb (296). La \u00ab\u00a0sensation d\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb est perceptible dans l\u2019id\u00e9e de r\u00e9miniscence exprim\u00e9e par le sujet-\u00e9nonciateur\u00a0: \u00ab\u00a0Il y a ces r\u00e9miniscences \/ De ce que l\u2019on n\u2019a pas v\u00e9cu\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Qui nous viennent d\u2019on ne sait o\u00f9\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001, 278). Le sujet-\u00e9nonciateur effectue une recherche temporelle impossible des origines d\u2019une m\u00e9moire culturelle fondant les mots, dans un pr\u00e9sent incompr\u00e9hensible puisque les marques du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent s\u2019y m\u00e9langent dans une cacophonie. Il tente par l\u2019\u00e9criture du po\u00e8me de ne pas transformer les objets par projection de son intention, tout en essayant de demeurer \u00e0 l\u2019aff\u00fbt de leurs manifestations, comme c\u2019est le cas dans \u00ab\u00a0C\u2019est plus souvent\u00a0\u00bb, o\u00f9 le po\u00e8te \u00ab\u00a0[est] l\u00e0 \/ Pour l\u2019arriv\u00e9e \/ Si elle a lieu\u00a0\u00bb (249). Cette manifestation de cet \u00eatre ind\u00e9fini, \u00ab\u00a0plus souvent \/ [\u2026] filet qu\u2019un torrent\u00a0\u00bb, mouvement d\u2019apparition que le po\u00e8te peut \u00ab\u00a0recueillir\u00a0\u00bb (249), r\u00e9v\u00e8le un exercice perceptuel de la pratique de la po\u00e9sie accordant une attention \u00e0 sa temporalit\u00e9. Elle devient un moyen d\u2019interroger l\u2019appr\u00e9hension des manifestations des objets du monde et de leur \u00ab\u00a0noyau\u00a0\u00bb brouill\u00e9 par la perception du temps (222). Cette tentative de compr\u00e9hension du monde \u00e0 la conscience se fait par le travail des mots chez Guillevic; le po\u00e8me, \u00e9criture de l\u2019instant pr\u00e9sent, \u00e9tant sans cesse sujet \u00e0 la r\u00e9\u00e9criture et donc \u00e0 la non-stagnation\u00a0de l\u2019\u00e9ternel. Ainsi, comme le soul\u00e8ve Craipain, \u00ab\u00a0pour Guillevic, \u00e9crire, c\u2019est transmettre \u201cle cours d\u2019une exp\u00e9rience, un essai d\u2019approche de communication d\u2019une chose qui est en cours, qui est en invention\u201d\u00a0\u00bb (Craipain, 1988, 333), et ce, dans un pr\u00e9sent dont l\u2019occupation est active dans la pratique du po\u00e8me, ce qui fait d\u2019<em>Art po\u00e9tique <\/em>un recueil de po\u00e8mes o\u00f9 l\u2019instant pr\u00e9sent se r\u00e9p\u00e8te, comme pour ralentir l\u2019effet du temps qui se d\u00e9roule vertigineusement dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>En bref, ne pouvant pas saisir l\u2019essence des objets, laquelle s\u2019actualise sans cesse dans le mouvement de leur manifestation \u00e0 la conscience \u00e0 cause d\u2019un temps ambigu, le po\u00e8te s\u2019efforce \u00e0 rendre mat\u00e9riel le moment pr\u00e9sent par la r\u00e9\u00e9criture constante de l\u2019instant. Ce faisant, il tente de faire obstacle au temps par le biais de la po\u00e9sie, qui, elle, dialogue avec le pass\u00e9, en r\u00e9f\u00e9rant entres autres \u00e0 des objets constituant des m\u00e9moires non d\u00e9cryptables. La recherche qu\u2019effectue le po\u00e8te au sujet du sens de la place qu\u2019il occupe dans le temps r\u00e9v\u00e8le la difficult\u00e9 d\u2019inscrire, par le travail des mots, l\u2019effet du temps sur la perception des choses, dont la structure de leur repr\u00e9sentation est \u00e9galement de l\u2019ordre du cadre spatial.<\/p>\n<h2>Espace et po\u00e8me\u00a0: probl\u00e8me de la perception de l\u2019objet et du sens<\/h2>\n<p>Dans <em>Art po\u00e9tique<\/em>, le po\u00e8te propose un questionnement sur le sens de l\u2019espace qu\u2019il occupe en cherchant \u00e0 d\u00e9passer l\u2019ext\u00e9riorit\u00e9 des objets pour p\u00e9n\u00e9trer leur int\u00e9riorit\u00e9. L\u2019espace \u00e9tant le fondement de toute exp\u00e9rience possible, les objets d\u00e9pendent de sa transcendance, ce que repr\u00e9sente le po\u00e8te \u00e0 travers une qu\u00eate de la compr\u00e9hension des choses et par un questionnement sur la valeur de la position qu\u2019il occupe dans le monde.<\/p>\n<h3><strong>1.\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>D\u00e9passer l\u2019illusion de la perception par le po\u00e8me<\/strong><\/h3>\n<p>\u00c0 travers les objets, le sujet-\u00e9nonciateur cherche \u00e0 acqu\u00e9rir une meilleure connaissance du monde en d\u00e9passant leur apparence. Comme le fait remarquer Merleau-Ponty, il faut concevoir l\u2019espace comme \u00ab\u00a0le syst\u00e8me invisible des actes de liaisons qu\u2019accomplit un esprit constituant\u00a0\u00bb (Merleau-Ponty, 1976, 282). \u00c9pousant une conception du monde mat\u00e9rialiste selon laquelle, pour emprunter une citation de Martin Heidegger \u00e0 Hanneke Jos\u00e9e Teunissen, \u00ab\u00a0le cadre spatio-temporel ordonne l\u2019univers et d\u00e9termine la singularit\u00e9 des choses contenues dans cet univers\u00a0\u00bb (Teunissen, 2000, 23), le sujet-\u00e9nonciateur ne se limite pas toutefois \u00e0 l\u2019apparence des objets. Il cherche \u00e0 comprendre le sens de chaque chose par rapport \u00e0 une autre et, ultimement, le sens de sa place dans l\u2019espace en tant qu\u2019objet conscient dans l\u2019ex\u00e9cution d\u2019un po\u00e8me, comme le met en \u00e9vidence \u00ab\u00a0Quand j\u2019\u00e9cris\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001,\u00a0149).<\/p>\n<p>En effet, dans ce po\u00e8me, le sujet-\u00e9nonciateur cherche \u00e0 appr\u00e9hender l\u2019apparition des objets \u00e0 la conscience et \u00e0 interagir avec eux, leur manifestation permettant leur connaissance potentielle. Il poss\u00e8de une volont\u00e9 d\u2019aller au-del\u00e0 de l\u2019illusion du monde\u00a0afin d\u2019acqu\u00e9rir une connaissance des choses, puisque la conscience, englu\u00e9e dans le monde, ne peut percevoir qu\u2019\u00ab\u00a0Un souffle de sons, \/ De couleurs, de formes\u00a0\u00bb (266), les sens \u00e9tant bien plus source d\u2019incertitudes que de connaissances. Par l\u2019activit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture, qui tend \u00e0 lier le mot \u00e0 l\u2019objet, le sujet-\u00e9nonciateur essaie \u00ab\u00a0d\u2019\u00e9tablir un lien essentiel entre le mot et l\u2019objet\u00a0: chaque mot entra\u00eene vers un destin unique, impr\u00e9visible\u00a0\u00bb (Craipain, 1988, 18). Lorsque les mots \u00ab\u00a0viennent\u00a0\u00bb \u00e0 lui et qu\u2019il se d\u00e9cide \u00e0 mieux les conna\u00eetre par cette rencontre, il effectue un travail avec leur repr\u00e9sentation. Le sujet-\u00e9nonciateur \u00ab\u00a0<em>fouille<\/em>, va plus profond\u00a0\u00bb, \u00ab<em>\u00a0regarde<\/em> au verso des mots\u00a0\u00bb et \u00ab<em>\u00a0d\u00e9m\u00eale <\/em>cet \u00e9cheveau\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001, 166 [nous soulignons]) de sens qu\u2019est le mot. Les verbes, qui \u00e9voquent une recherche de v\u00e9rit\u00e9 dans le mot de par sa signification r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019id\u00e9e faite de l\u2019objet, permettent de mettre en relief l\u2019effort fait par le po\u00e8te sur la perception recueillie des objets. Il cherche de cette fa\u00e7on de faire bouger les liens entre ceux-ci et les choses. Elles s\u2019av\u00e8rent, pour le po\u00e8te, des contenants pouvant se remplir de sens, cela m\u00eame lorsqu\u2019ils sont immobiles, \u00ab\u00a0contenant[s]\u00a0\u00bb (203) d\u2019un processus de manifestation qui est mouvement. R\u00e9it\u00e9rant cette id\u00e9e, le sujet-\u00e9nonciateur fait du po\u00e8me, par la m\u00e9taphore, un miroir, dans lequel le po\u00e8te peut entrer pour modifier\u00a0le \u00ab\u00a0reflet\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0\u2014 Alors le reflet modifi\u00e9 \/ R\u00e9agit sur l\u2019objet \/ Qui s\u2019est laiss\u00e9 refl\u00e9ter\u00a0\u00bb (178). Il propose de cette mani\u00e8re une fa\u00e7on d\u2019agir sur le rapport de l\u2019\u00eatre conscient \u00e0 la perception du monde s\u2019effectuant par la manifestation des objets, l\u2019\u00e9criture tenant lieu d\u2019action liant les objets \u00e0 leur sens. D\u00e8s lors, les silences entourant les po\u00e8mes de Guillevic font office d\u2019espaces qui se remplissent de sens et qui, en m\u00eame temps, sont constamment entour\u00e9s par le silence de la mati\u00e8re \u00e0 laquelle la perception donne un sens. Le sujet-\u00e9nonciateur effectue donc une qu\u00eate de connaissance quant \u00e0 l\u2019essence des objets et \u00e0 leur signification r\u00e9elle, les choses venant \u00e0 celui \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moment o\u00f9 la nature essentielle de la chose se r\u00e9v\u00e8le. Elle le fait, pour citer Barbaras, dans<\/p>\n<blockquote>\n<p>un mouvement de manifestation dont le sujet n\u2019est pas de l\u2019ordre de la chose, mais d\u2019un Fond qui ne peut \u00eatre autre que le monde lui-m\u00eame\u00a0: [\u2026] si le monde appara\u00eet en toute apparition, c\u2019est dans la mesure exacte o\u00f9 il est cela qui effectue l\u2019apparition, o\u00f9 il en est la source, [\u2026] un fond qui se confond avec ce qu\u2019il fonde. (Barbaras, 2012, 335)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce fond est \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9 par le po\u00e8te lorsqu\u2019il \u00e9nonce qu\u2019il \u00ab\u00a0Vien[t] du pays noir \/ O\u00f9 se forment les sources\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001,\u00a0298), c\u2019est-\u00e0-dire les objets proc\u00e9dant du monde \u00e0 la conscience. Ainsi, le po\u00e8te \u00e9crit pour tenter se rapprocher de la compr\u00e9hension de la structure des choses\u00a0: \u00ab\u00a0Si j\u2019\u00e9cris, c\u2019est disons \/ Pour ouvrir une porte\u00a0\u00bb, mais il \u00ab\u00a0ignore \/ \u00c0 quel moment se fait \/ Cette ouverture.\u00a0\u00bb Il vient ensuite contredire cette supposition\u00a0: \u00ab\u00a0\u2014 D\u2019ailleurs, ce qui se l\u00e8ve \/ C\u2019est peut-\u00eatre un rideau\u00a0\u00bb (148). Le po\u00e8te, s\u2019effor\u00e7ant \u00e0 la lucidit\u00e9 et \u00e0 la remise en question, n\u2019affirme pas savoir comment appr\u00e9hender la v\u00e9rit\u00e9 de la chose, pour mieux voir l\u2019arri\u00e8re de ce fond; il exprime plut\u00f4t la port\u00e9e hypoth\u00e9tique de la mani\u00e8re dont proc\u00e8de cette ouverture, qui est soit l\u2019ouverture d\u2019une \u00ab\u00a0porte\u00a0\u00bb, soit la lev\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0rideau\u00a0\u00bb sur ce fond d\u2019o\u00f9 surviennent les objets lors de l\u2019\u00e9criture. En essayant d\u2019aller au-del\u00e0 de l\u2019apparence des objets, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019aller \u00ab\u00a0au c\u0153ur des choses\u00a0\u00bb et \u00e0 leur rencontre, \u00ab\u00a0l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y aurait \/ que complicit\u00e9\u00a0\u00bb (174) par les mots avec lesquels il interagit sur la perception de la chose, le po\u00e8te tente d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la connaissance du monde et de sa place dans cet espace, en essayant d\u2019effectuer l\u2019impossible qu\u00eate de saisir les choses.<\/p>\n<h3><strong>2.\u00a0\u00a0 <\/strong><strong>Comprendre le monde, comprendre le sens de son existence par le po\u00e8me<\/strong><\/h3>\n<p>Dans <em>Art po\u00e9tique<\/em>, la qu\u00eate de la compr\u00e9hension du processus des choses peut \u00e9galement \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme recherche du sens de sa pr\u00e9sence parmi les choses du monde avec lesquelles le sujet-\u00e9nonciateur est en relation. C\u2019est d\u2019ailleurs Merleau-Ponty qui stipule que pour expliquer le ph\u00e9nom\u00e8ne du mouvement d\u2019apparition des objets, qui sont des \u00ab\u00a0tissus intentionnels que l\u2019effort de la connaissance cherchera \u00e0 d\u00e9composer\u00a0\u00bb, il faut reconna\u00eetre \u00ab\u00a0l\u2019originalit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 l\u2019\u00e9gard du monde objectif, comme c\u2019est par eux que le monde objectif nous est connu, [son mouvement propre] est amen\u00e9 \u00e0 leur int\u00e9grer tout objet possible et \u00e0 rechercher comment il se constitue \u00e0 travers eux\u00a0\u00bb. (Merleau-Ponty, 1976, 65). De sorte, \u00ab\u00a0le champ ph\u00e9nom\u00e9nal devient champ transcendantal\u00a0\u00bb (73). Le sujet-\u00e9nonciateur explicite la volont\u00e9 de saisir sa relation avec les objets, soit sa place dans le monde, dans le po\u00e8me \u00ab\u00a0\u00catre\u00a0\u00bb (Guillevic, 2001,\u00a0315-316). Sous la forme d\u2019un questionnement existentiel, soit \u00ab\u00a0\u00catre \/ O\u00f9 et quoi\u00a0\u00bb, renvoyant \u00e0 la d\u00e9finition de sa propre essence qui est en devenir en tant que \u00ab\u00a0souffle\u00a0\u00bb (316), en tant qu\u2019\u00eatre conscient de sa propre fragilit\u00e9 existentielle, le sujet-\u00e9nonciateur interroge le sens de la position qu\u2019il occupe par le biais des objets. Ainsi, selon Barbaras, la conscience des objets provient de la s\u00e9paration, qui les individualise par rapport \u00e0 un fond\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019intuition fondamentale est que les choses ne se donneraient pas \u00e0 nous, ne nous appara\u00eetraient pas si elles ne se pr\u00eataient pas d\u00e9j\u00e0 par elles-m\u00eames \u00e0 cette saisie, si elles ne venaient pas pour ainsi dire au-devant de cette appr\u00e9hension en sortant du retrait. Inversement, le mouvement n\u2019a v\u00e9ritablement de sens que comme cela qui d\u00e9limite, circonscrit, fait advenir de l\u2019individuel. Le mouvement est par essence discriminant, s\u00e9parateur\u00a0: changer, c\u2019est toujours aller vers une nouvelle d\u00e9termination en se distinguant \u00e0 la fois de ce que l\u2019on \u00e9tait et de tout ce que l\u2019on n\u2019\u00e9tait pas. Comme le dit Pato\u010dka tr\u00e8s profond\u00e9ment\u00a0: \u201cLe mouvement est ce qui <em>fait appara\u00eetre <\/em>qu\u2019il y a, pour un temps d\u00e9termin\u00e9, une place dans le monde pour une r\u00e9alit\u00e9 singuli\u00e8re d\u00e9termin\u00e9e parmi d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s singuli\u00e8res.\u201d [&#8230;] Cela signifie que le mouvement ne cr\u00e9e rien, mais synth\u00e9tise et, en synth\u00e9tisant, distingue ou s\u00e9pare. En d\u00e9limitant une r\u00e9alit\u00e9 singuli\u00e8re, il lui fait place et, par l\u00e0 m\u00eame, la fait appara\u00eetre\u00a0[\u2026]. Le changement est bien en son fond s\u00e9parateur et c\u2019est la raison pour laquelle l\u2019ontologie du mouvement et m\u00e9taphysique de l\u2019individu se commandent mutuellement\u00a0: si l\u2019\u00eatre c\u2019est l\u2019individuel, c\u2019est-\u00e0-dire le s\u00e9par\u00e9, seul le mouvement comme puissance s\u00e9paratrice peut faire \u00eatre (Barbaras, 2012, 336, 337, 343).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les objets dans ce po\u00e8me ne se pr\u00e9sentent plus selon une relation de dichotomie traditionnelle entre le sujet et l\u2019objet (Bascik, 2010, 53), mais plut\u00f4t par une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre eux, qu\u2019il soit \u00ab\u00a0pissenlit\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0limace\u00a0\u00bb portant chacun un s\u00e8me \/petit\/, qu\u2019il soit \u00ab\u00a0baobab\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0horizon\u00a0\u00bb, poss\u00e9dant tous deux un s\u00e8me \/grand\/ (Guillevic, 2001, 315). Dans ce sens, le po\u00e8te veut \u00eatre \u00e9gal aux objets se manifestant \u00e0 lui, de quelle nature soient-ils, en \u00e9vitant tous rapports d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 ou de sup\u00e9riorit\u00e9. Les vers \u00ab\u00a0\u00catre dans le monde \/ Fragment, \u00e9l\u00e9ment du monde\u00a0\u00bb (315) t\u00e9moignent de la volont\u00e9 du sujet-\u00e9nonciateur de se consid\u00e9rer comme une valeur parmi d\u2019autres valeurs, une partie diff\u00e9rente constituant le tout qu\u2019est le monde.<\/p>\n<p>En effet, pour la ph\u00e9nom\u00e9nologie merleau-pontienne, chaque objet est une valeur, chaque chose n\u2019\u00e9tant pas plus importante qu\u2019une autre, mais plut\u00f4t dot\u00e9e d\u2019un processus qui lui est particulier. De cette fa\u00e7on, le sujet-\u00e9nonciateur peut \u00ab\u00a0Vivre avec tout \/ Ce qui est dehors en dedans\u00a0\u00bb (315), c\u2019est-\u00e0-dire avoir conscience de son propre mouvement. C\u2019est cette diff\u00e9renciation, cette individualit\u00e9, conscience de son existence singuli\u00e8re dans le monde tout en \u00e9tant analogiquement une chose avec les autres choses, qui, maintes fois \u00e9voqu\u00e9e dans le recueil, cl\u00f4ture le recueil\u00a0: \u00ab\u00a0Tu ne seras pas la rose, \/ Elle ne sera pas toi. \/ Mais entre vous il y a\u00a0 \/ Ce qui vous est commun, \/ Que vous savez vivre\u00a0 \/ Et faire partager\u00a0\u00bb (317). Ce qui se trouve donc \u00e0 \u00eatre \u00ab\u00a0commun\u00a0\u00bb est le sens transcendantal d\u2019occuper une place dans le monde qui se \u00ab\u00a0partage\u00a0\u00bb par\u00a0une existence mutuelle et la reconnaissance de cette place occup\u00e9e dans l\u2019espace. \u00c0 ce sujet, Barbaras avance que\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>comprendre ce que signifie appara\u00eetre \u00e0 un sujet exige de comprendre ce que signifie exister pour un sujet; comprendre ce que signifie exister pour un sujet revient \u00e0 d\u00e9terminer ce que sont ses mouvements; mais d\u00e9terminer ce que sont ses mouvements \u00e9quivaut rigoureusement \u00e0 comprendre ce qu\u2019ils font (Barbaras, 2012, 349).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le po\u00e8me chez Guillevic, dans la relation qu\u2019il \u00e9tablit avec les choses du monde, le langage et l\u2019instance \u00e9nonciatrice, devient une qu\u00eate de connaissance de soi par la conscience du monde, men\u00e9e par un discours sur la transcendance des objets et de soi-m\u00eame parmi eux. Le sujet-\u00e9nonciateur sugg\u00e8re ainsi qu\u2019exister est offrir sa pr\u00e9sence tel un \u00ab\u00a0partage\u00a0\u00bb, terme \u00e9voquant un rapport positif \u00e0 l\u2019existence. Le po\u00e8te reconna\u00eet de cette fa\u00e7on un sens \u00e0 un existant, ici une \u00ab\u00a0rose\u00a0\u00bb (qui, dans un sens m\u00e9taphorique, peut \u00eatre comprise comme l\u2019\u00eatre aim\u00e9), ce qui lui permet une meilleure compr\u00e9hension de son propre \u00e9tant et du sens qu\u2019il a par rapport \u00e0 cette apparition \u00e0 soi dans le monde.<\/p>\n<p>En somme, en tentant d\u2019aller au-del\u00e0 de l\u2019apparence des objets, le sujet-\u00e9nonciateur essaie d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la connaissance du monde et de sa place dans l\u2019espace. Le discours critique sur la transcendance de la mati\u00e8re, qui propose une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre les objets et le po\u00e8te, contribue \u00e0 l\u2019expression du sujet-\u00e9nonciateur \u00e0 propos d\u2019une interrogation sur le sens de son propre mouvement d\u2019apparition au monde.<\/p>\n<h2>Interroger l\u2019appara\u00eetre dans le po\u00e8me\u00a0: recherche d\u2019un fondement<\/h2>\n<p>La mani\u00e8re dont le rapport au temps et l\u2019espace prennent forme dans <em>Art po\u00e9tique<\/em> de Guillevic contribue \u00e0 instaurer un discours critique dans lequel la dimension ph\u00e9nom\u00e9nologique du po\u00e8me pointe le ph\u00e9nom\u00e8ne de la manifestation des objets \u00e0 la conscience de l\u2019\u00eatre conscient dans le monde. Ainsi, le sujet-\u00e9nonciateur effectue un questionnement fondamental sur son identit\u00e9 en tant que processus se d\u00e9finissant dans ce qu\u2019il devient. En essayant de rendre mat\u00e9riel le temps afin de faire durer le pr\u00e9sent par la r\u00e9\u00e9criture constante du po\u00e8me, le po\u00e8te cherche \u00e0 saisir le fonctionnement du temps, qui laisse des traces sur les objets constituant des m\u00e9moires inatteignables. Il interroge les manifestations dans l\u2019espace, par le biais des objets, pour d\u00e9passer leur apparence, et instaure une relation d\u2019homologation avec eux, ce qui sugg\u00e8re une recherche de sens existentiel. Le po\u00e8te cherche de cette fa\u00e7on \u00e0 d\u00e9terminer le sens de son mouvement ou en d\u2019autres termes, \u00e0 avoir une conscience \u00e9largie de son proc\u00e8s dans le monde.<\/p>\n<p>\u00a0Par ailleurs, ce constat semble faire \u00e9cho \u00e0 la parole de Guillevic\u00a0: \u00ab\u00a0Ma po\u00e9sie est toujours une interrogation du monde, de la vie, de la mati\u00e8re, du mouvement\u00a0\u00bb (Guillevic dans Craipain, 1988, 225). \u00c0 la lumi\u00e8re de cette lecture sous l\u2019id\u00e9e d\u2019une ph\u00e9nom\u00e9nologie du mouvement, nous constatons qu\u2019existence et mouvement d\u2019apparition semblent intrins\u00e8quement reli\u00e9s. Le po\u00e8me et sa port\u00e9e esth\u00e9tique redistribuent la place accord\u00e9e aux valeurs dans notre repr\u00e9sentation. En effet, qu\u2019essaye-je d\u2019affirmer lorsque j\u2019\u00e9branle par le po\u00e8me le pr\u00e9jug\u00e9 du monde? Par exemple, est-ce que j\u2019affirme une absence fondamentale de certitude de mon devenir alors que j\u2019insinue que je sais qu\u2019il sera incertain (et que donc je me sais \u00eatre quelque chose)? L\u2019entreprise esth\u00e9tique, voire \u00e9thique, de Guillevic sur le discours \u00e0 propos de l\u2019incertitude des choses et de leur proc\u00e8s, mais aussi sur l\u2019ind\u00e9termination des rep\u00e8res, sugg\u00e8re la mise en \u0153uvre d\u2019une libert\u00e9 d\u2019autod\u00e9termination et d\u2019autod\u00e9finition, qui pourraient \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9es sous un \u0153il \u00e0 la fois pragmatique et existentialiste.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Barbaras, Renaud. 2012. \u00ab\u00a0Sauver d\u2019une t\u00e2che la r\u00e9ification de la conscience la t\u00e2che de la ph\u00e9nom\u00e9nologie\u00a0\u00bb. <em>\u00c9tudes philosophiques<\/em>, vol.\u00a01, no.\u00a0100, p.\u00a049-63.<\/p>\n<p>Bascik, Teresa. 2010. <em>\u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est bien s\u2019inscrire dans le monde\u00a0\u00bb. Une lecture d<\/em>\u2019Art po\u00e9tique <em>d\u2019Eug\u00e8ne Guillevic<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, 90 p.<\/p>\n<p>Beno\u00eet, Monique. 1972. \u00ab\u00a0Guillevic\u00a0: une g\u00e9om\u00e9trie obsessionnelle\u00a0\u00bb. <em>\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/em>, vol.\u00a05, no.\u00a02, p.\u00a0291-308.\u00a0 \u00a0<\/p>\n<p>Craipain, Fran\u00e7oise Jacqueline. 1988. <em>Guillevic, Eug\u00e8ne\u00a0: Le min\u00e9ral, le v\u00e9g\u00e9tal et l\u2019homme dans l\u2019univers po\u00e9tique de l\u2019\u00e9crivain<\/em>. Bloomington\u00a0: Indiana University, 410 p.<\/p>\n<p>Ey, Henry. 2013. \u00ab\u00a0<em>Conscience\u00a0<\/em>\u00bb. <em>Encyclopaedia Universalis<\/em>, <a href=\"http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/conscience\/\">http:\/\/www.universalis-edu.com\/encyclopedie\/conscience\/<\/a>, 16 p.<\/p>\n<p>Guillevic, Eug\u00e8ne. 2001. <em>Art po\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Po\u00e9sie\u00a0\u00bb, 414 p.<\/p>\n<p>Kant, Emmanuel.1990. <em>Critique de la raison pure<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio essai\u00a0\u00bb, 124 p.<\/p>\n<p>Merleau-Ponty, Maurice. 1976. <em>Ph\u00e9nom\u00e9nologie de la perception<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Tel\u00a0\u00bb, 422 p.<\/p>\n<p>Teunissen, Hanneke Jos\u00e9e. 2000. <em>Le mat\u00e9rialisme po\u00e9tique de Francis Ponge et d\u2019Eug\u00e8ne Guillevic<\/em>. Halifax\u00a0: Dalhousie University, 161 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_2ih33x2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_2ih33x2\">[1]<\/a> Le terme \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne\u00a0\u00bb peut se d\u00e9finir comme l\u2019organisation de la repr\u00e9sentation d\u2019un proc\u00e8s du monde par la conscience. Pour une d\u00e9finition plus \u00e9tay\u00e9e, consulter <em>Critique de la raison pure <\/em>d\u2019Emmanuel Kant (1990).<\/p>\n<p id=\"footnote2_xtxmqpi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_xtxmqpi\">[2]<\/a> Un art po\u00e9tique consiste en un ensemble de r\u00e8gles dont l\u2019objectif est de prescrire et d\u2019enseigner une fa\u00e7on de produire la beaut\u00e9 dans une \u0153uvre d\u2019art. Dans le domaine de la litt\u00e9rature, o\u00f9 le plus souvent ces ouvrages se rencontrent, <em>L\u2019Art po\u00e9tique <\/em>d\u2019Horace et <em>Art po\u00e9tique<\/em> de Boileau sont parmi les plus embl\u00e9matiques. \u00a0<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dufour Morin, Guillaume. 2014. \u00ab Art po\u00e9tique de Guillevic : ph\u00e9nom\u00e9nologie du mouvement dans la repr\u00e9sentation spatio-temporelle du monde dans le po\u00e8me \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/dufour-morin-21&gt;\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dufour-morin-21.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dufour-morin-21.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-660cc673-e666-4aa5-a490-5f5896503517\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dufour-morin-21.pdf\">dufour-morin-21<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dufour-morin-21.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-660cc673-e666-4aa5-a490-5f5896503517\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Enfance \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre \u00bb, n\u00b021 Depuis les travaux d\u2019Edmond Husserl, qui ont pos\u00e9 les bases de la ph\u00e9nom\u00e9nologie moderne, l\u2019influence de l\u2019\u00e9tude des ph\u00e9nom\u00e8nes en tant que discours philosophique est perceptible dans plusieurs disciplines, si bien qu\u2019elle a chang\u00e9 la face des approches esth\u00e9tiques en litt\u00e9rature. 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