{"id":5588,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/du-mariage-bourgeois-a-lemancipation-des-femmes-pour-une-critique-libertaire-du-patriarcat-chez-andre-leo\/"},"modified":"2024-08-22T19:12:37","modified_gmt":"2024-08-22T19:12:37","slug":"du-mariage-bourgeois-a-lemancipation-des-femmes-pour-une-critique-libertaire-du-patriarcat-chez-andre-leo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5588","title":{"rendered":"Du mariage bourgeois \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes : pour une critique libertaire du patriarcat chez Andr\u00e9 L\u00e9o"},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group is-nowrap is-layout-flex wp-container-core-group-is-layout-7387b849 wp-block-group-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/cropped-actu_0.jpg\" alt=\"Ic\u00f4ne du site\"\/><\/figure>\n\n\n\n<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6893\">Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>La R\u00e9volution fran\u00e7aise est la d\u00e9claration du droit humain. C&rsquo;est donc renier la R\u00e9volution et remonter le courant qui nous guide \u00e0 de nouvelles destin\u00e9es que de disputer \u00e0 la femme son ind\u00e9pendance, quand il est reconnu qu&rsquo;en la libert\u00e9 seule r\u00e9sident toute force, toute moralit\u00e9 ; quand l&rsquo;homme lui-m\u00eame poursuit avec ardeur les droits qui lui sont ravis et qu&rsquo;il ne doit qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;esclavage de sa compagne de ne point poss\u00e9der encore<a id=\"footnoteref1_phs8i5l\" class=\"see-footnote\" title=\"Andr\u00e9 L\u00e9o, La femme et les m\u0153urs. Monarchie ou libert\u00e9, Tusson (Charente), Du L\u00e9rot, 1990 [1869], p. 129.\" href=\"#footnote1_phs8i5l\">[1]<\/a>. \u2013 Andr\u00e9 L\u00e9o, La femme et les m\u0153urs<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au cours de la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle fran\u00e7ais, un antif\u00e9minisme tenace impr\u00e8gne les milieux antiautoritaires qui composent la n\u00e9buleuse anarchiste. Expression de l&rsquo;hostilit\u00e9 des sympathisants libertaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des sexes plut\u00f4t que m\u00e9pris syst\u00e9matique des femmes<a id=\"footnoteref2_nl2nar4\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette nuance se base sur la distinction qu'op\u00e8re Christine Bard \u00e0 propos des termes \u00ab antif\u00e9minisme \u00bb et \u00ab misogynie \u00bb. Alors que la misogynie d\u00e9signe la haine et le m\u00e9pris des femmes sur la base de leur identit\u00e9 sexuelle, l'antif\u00e9minisme d\u00e9signe plut\u00f4t une attitude sexiste adopt\u00e9e en opposition \u00e0 l'\u00e9mancipation sociale de la femme. Voir \u00ab Pour une histoire des antif\u00e9minismes\u00a0\u00bb, dans Christine Bard (dir.), Un si\u00e8cle d\u2019antif\u00e9minisme, Paris, Librairie Arth\u00e8me Fayard, 1999, p. 22. \" href=\"#footnote2_nl2nar4\">[2]<\/a>, cet antif\u00e9minisme se manifeste autant dans l&rsquo;espace politique que dans le champ litt\u00e9raire. En effet, l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des r\u00e9volutionnaires d\u00e9nie aux femmes le droit de s&rsquo;engager dans l&rsquo;ar\u00e8ne politique et d&rsquo;intervenir dans la sph\u00e8re litt\u00e9raire pour les rel\u00e9guer massivement \u00e0 l&rsquo;univers domestique. Pourtant, bon nombre d&rsquo;\u00e9crivaines ont mis leur plume au service de l&rsquo;id\u00e9ologie anarchiste en composant des \u0153uvres litt\u00e9raires qui s&rsquo;attachent \u00e0 mettre en forme l&rsquo;imaginaire politique qui la sous-tend. C&rsquo;est le cas d&rsquo;Andr\u00e9 L\u00e9o, qui transpose l&rsquo;anarchisme en mat\u00e9riau litt\u00e9raire en empruntant sa contestation radicale de la domination pour placer la question des femmes au c\u0153ur de sa r\u00e9flexion sur la r\u00e9volution de l&rsquo;humanit\u00e9. Dans le roman <em>Marianne<\/em>, paru dans le suppl\u00e9ment litt\u00e9raire du journal <em>Le Si\u00e8cle<\/em><a id=\"footnoteref3_6p1iuai\" class=\"see-footnote\" title=\"L\u2019ann\u00e9e de parution de Marianne reste inconnue, puisque la livraison du journal n\u2019est pas dat\u00e9e. Cependant, on sait que le roman est d\u2019abord paru en feuilleton dans les colonnes du Si\u00e8cle, du 14 mars au 16 mai 1876, avant de para\u00eetre dans son suppl\u00e9ment titr\u00e9 Mus\u00e9e litt\u00e9raire, et que la pi\u00e8ce aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. \u00c0 ce sujet, l\u2019ouverture de l\u2019article \u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Sororit\u00e9 dans Marianne \u00bb de C\u00e9cilia Beach, publi\u00e9 dans l\u2019ouvrage collectif Les vies d\u2019Andr\u00e9 L\u00e9o. Romanci\u00e8re, f\u00e9ministe, communarde, est particuli\u00e8rement \u00e9clairante.\" href=\"#footnote3_6p1iuai\">[3]<\/a>, d\u2019apr\u00e8s le d\u00e9veloppement d\u2019une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00e9ponyme \u00e9crite plus t\u00f4t mais rest\u00e9e sous forme manuscrite<a id=\"footnoteref4_mijofnt\" class=\"see-footnote\" title=\" Le manuscrit de cette pi\u00e8ce est conserv\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut international d\u2019histoire sociale d\u2019Amsterdam dans le Fonds Lucien Descaves.\" href=\"#footnote4_mijofnt\">[4]<\/a>, l&rsquo;auteure \u00e9labore une critique libertaire du patriarcat qu&rsquo;elle analyse au prisme du mariage d&rsquo;int\u00e9r\u00eat bourgeois. \u00c0 rebours des repr\u00e9sentations dominantes du masculin et du f\u00e9minin dans l&rsquo;amour, Andr\u00e9 L\u00e9o met en sc\u00e8ne une politique de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes et une \u00e9thique de l&rsquo;amiti\u00e9 qui transcendent les distinctions de classes sociales et qui rendent possible la lib\u00e9ration de la femme bourgeoise \u00e0 travers la transformation du couple h\u00e9t\u00e9rosexuel traditionnel.<\/p>\n<h2>L&rsquo;insoumission \u00e0 la <em>force m\u00e2le <\/em>ou la politique de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes<\/h2>\n<p>Jeune h\u00e9riti\u00e8re d&rsquo;une haute fortune, Marianne quitte sa campagne natale au lendemain du d\u00e9c\u00e8s de son p\u00e8re pour s&rsquo;installer \u00e0 Poitiers sous la tutelle familiale des Brou. H\u00e9riti\u00e8re d&rsquo;une \u00e9ducation familiale bas\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9mancipation intellectuelle et l&rsquo;action philanthropique, l&rsquo;orpheline se distingue des bourgeoises de son \u00e2ge, comme sa cousine Emmeline, en ce qu&rsquo;elle semble moins int\u00e9ress\u00e9e par les t\u00e2ches domestiques, qui visent \u00e0 pr\u00e9parer les femmes \u00e0 leur devoir d&rsquo;\u00e9pouse et de m\u00e8re, que par les activit\u00e9s de l&rsquo;esprit, qui contribuent \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des mentalit\u00e9s. N\u00e9anmoins, elle en vient \u00e0 d\u00e9velopper un sentiment amoureux authentique envers Albert, l&rsquo;a\u00een\u00e9 de la famille, au grand bonheur de ses tuteurs qui convoitent avidement sa fortune. La promesse de mariage, d&rsquo;abord fond\u00e9e sur un amour r\u00e9ciproquement partag\u00e9, est toutefois rompue par Marianne lorsqu&rsquo;elle apprend que son fianc\u00e9, qui s\u00e9journe \u00e0 Paris en vue de terminer ses \u00e9tudes de m\u00e9decine, entretient une liaison secr\u00e8te avec une jeune ouvri\u00e8re. Au-del\u00e0 de l&rsquo;infid\u00e9lit\u00e9 en soi, Marianne s&rsquo;indigne contre la vision mensong\u00e8re de l&rsquo;amour qu&rsquo;Albert cultive en profitant de la confiance sans bornes de sa future \u00e9pouse pour exploiter une jeune fille issue de la classe laborieuse au profit de ses int\u00e9r\u00eats affectifs et sexuels. En effet, elle s&rsquo;oppose \u00e0 sa conception hi\u00e9rarchique des rapports sociaux de genre, acquise \u00e0 la lecture des travaux de Pierre-Joseph Proudhon et de Jules Michelet sur l&rsquo;amour, qui l\u00e9gitime l&rsquo;instrumentalisation des femmes sous couvert d&rsquo;une loi naturelle bas\u00e9e sur la diff\u00e9renciation des sexes. Cette loi, transmise de p\u00e8re en fils, participe \u00e0 l&rsquo;essentialisation des r\u00f4les sociaux de sexe et \u00e0 la naturalisation des comportements pr\u00e9tendument masculins ou f\u00e9minins, en ce sens qu\u2019elle identifie les hommes \u00e0 des \u00eatres d&rsquo;intelligence pr\u00e9dispos\u00e9s au savoir qui peuvent librement s&rsquo;approprier le corps des femmes, tandis qu\u2019elle associe les femmes \u00e0 des cr\u00e9atures de sentiments vou\u00e9es \u00e0 la d\u00e9votion maternelle :<\/p>\n<blockquote>\n<p>La vertu n&rsquo;est pas la m\u00eame pour l&rsquo;un et pour l&rsquo;autre. Je ne vais pas jusqu&rsquo;\u00e0 approuver l&rsquo;opinion du monde, qui fait une gloire \u00e0 l&rsquo;homme de la multiplicit\u00e9 de ses conqu\u00eates; cependant il lui est permis de demander sans honte ce que la femme ne peut accorder sans s&rsquo;avilir. Car, pour elle, la pudeur et la modestie sont son apanage; sa t\u00e2che est de conserver la famille et de l&rsquo;\u00e9difier. La femme est tout sentiment. L&rsquo;homme, plus passionn\u00e9, plus fougueux, et qui r\u00e8gne par l&rsquo;intelligence, n&rsquo;est point astreint aux m\u00eames lois. C&rsquo;est \u00e0 elle d&rsquo;opposer \u00e0 ses d\u00e9sirs la douce barri\u00e8re de la raison et de la pudeur. Malheur \u00e0 celle qui les enfreint : elle a perdu l&rsquo;honneur de son sexe. La femme qui se respecte ne doit aimer qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;abri des lois; c&rsquo;est alors seulement qu&rsquo;elle peut se livrer aux \u00e9lans de son c\u0153ur, et se d\u00e9vouer, s&rsquo;il le faut, jusqu&rsquo;au martyre, \u00e0 son \u00e9poux et \u00e0 ses enfants (Andr\u00e9 L\u00e9o, 1877, 233).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si Albert se montre perm\u00e9able aux arguments sexistes du professeur Z, qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 son \u00ab\u00a0ma\u00eetre Proudhon\u00a0\u00bb (221) pour exalter devant ses \u00e9tudiants sa croyance en une \u00ab\u00a0force m\u00e2le\u00a0\u00bb (221), expression ne manquant pas de faire \u00e9cho au concept \u00ab\u00a0d\u2019esprit m\u00e2le\u00a0\u00bb d\u00e9velopp\u00e9 par le penseur anarchiste dans le but de convaincre de la sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle et morale des hommes<a id=\"footnoteref5_sia0pt7\" class=\"see-footnote\" title=\"Le concept \u00ab\u00a0d'esprit m\u00e2le\u00a0\u00bb appara\u00eet dans une lettre que Pierre-Joseph Proudhon adresse \u00e0 Jenny d'H\u00e9ricourt dans laquelle il soutient que la femme est un \u00eatre infirme qui porte en elle des organes destin\u00e9s \u00e0 la passivit\u00e9 que l'homme seul peut parvenir \u00e0 faire fonctionner de par sa sup\u00e9riorit\u00e9 physique et intellectuelle naturelle. Voir Pierre-Joseph Proudhon, \u00ab Lettre \u00e0 Madame J. d'H\u00e9ricourt \u00bb, Revue philosophique et religieuse, janvier 1857, p. 164-166.&amp;\" href=\"#footnote5_sia0pt7\">[5]<\/a>, Marianne, quant \u00e0 elle, refuse de se soumettre \u00e0 l&rsquo;ordre patriarcal en renon\u00e7ant \u00e0 un mariage susceptible d&rsquo;endosser le droit des hommes \u00e0 se livrer sans scrupule \u00e0 leurs passions et le devoir des femmes d&rsquo;ob\u00e9ir passivement \u00e0 leur mari. De par sa remise en cause du pouvoir omnipotent que les hommes exercent sur les femmes dans l&rsquo;amour, \u00e0 travers la marchandisation des \u00e9pouses fortun\u00e9es et des ma\u00eetresses entretenues, Marianne adopte une posture f\u00e9ministe par laquelle elle promeut une politique de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes. Au nom de ses convictions profondes, qui l&rsquo;incitent \u00e0 voir dans le mariage h\u00e9t\u00e9rosexuel un lien de sinc\u00e9rit\u00e9 authentique o\u00f9 s&rsquo;exprime une \u00e9galit\u00e9 irr\u00e9ductible entre l&rsquo;homme et la femme, Marianne r\u00e9voque l&rsquo;autorit\u00e9 de son tuteur et la toute-puissance de son fianc\u00e9 en s&rsquo;affranchissant de sa promesse matrimoniale sans \u00e9gard aux m\u0153urs bourgeoises. \u00a0<\/p>\n<p>Mais Marianne ne cesse pas pour autant de croire au mariage et \u00e0 l&rsquo;amour v\u00e9ritable entre homme et femme. Car si elle d\u00e9nonce le mariage de convention, \u00e0 l&rsquo;inverse de sa cousine Emmeline qui internalise les pr\u00e9jug\u00e9s de la haute soci\u00e9t\u00e9 en \u00e9pousant un homme d\u2019\u00e2ge m\u00fbr promis \u00e0 une brillante situation sociale, Marianne envisage n\u00e9anmoins le contrat du mariage comme l&rsquo;aboutissement logique d&rsquo;un amour sinc\u00e8rement partag\u00e9. Ainsi, Andr\u00e9 L\u00e9o recourt au sous-genre litt\u00e9raire du roman de m\u0153urs en en r\u00e9cup\u00e9rant le th\u00e8me central du mariage davantage pour mettre en \u0153uvre un r\u00e9cit sentimental, qui repr\u00e9sente autrement la place de la femme dans l&rsquo;amour sous le Second Empire, que pour donner une image purement p\u00e9jorative du rapport conjugal. \u00c0 cet \u00e9gard, l&rsquo;adresse aux lectrices figurant en t\u00eate du r\u00e9cit est particuli\u00e8rement \u00e9loquente en ce qu&rsquo;elle r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;intention de l&rsquo;auteure d&rsquo;offrir un mod\u00e8le didactique de l&rsquo;amour id\u00e9al qui op\u00e8re un renversement du portrait traditionnel du mariage :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Si je vous raconte cette histoire, ce n&rsquo;est pas seulement parce qu&rsquo;elle a fait un bruit \u00e9norme dans Landerneau \u2013 je veux dire dans le chef-lieu d&rsquo;un de nos d\u00e9partements de l&rsquo;Ouest, \u2013 mais parce qu&rsquo;elle se recommande particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;attention des lectrices, et surtout de ces lectrices de vingt ans, qui, en lisant un roman, r\u00eavent de leur propre avenir, et auxquelles l&rsquo;auteur ici d\u00e9die ses pens\u00e9es les plus intimes, s\u00fbr qu&rsquo;elles ne seront ni d\u00e9daign\u00e9es ni incomprises (Andr\u00e9 L\u00e9o, 1877, 155).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 rebours de la figure de la bourgeoise \u00ab\u00a0mal mari\u00e9e\u00a0\u00bb (Hamon et Viboud, 2008, 92) qui traverse les grands romans de m\u0153urs, Andr\u00e9 L\u00e9o donne \u00e0 voir un personnage f\u00e9minin qui ne respecte le mariage que dans la mesure o\u00f9 il repose sur une politique de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes rendant possible son \u00e9mancipation sociale. Cette politique de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 s&rsquo;incarne dans la relation amoureuse entre Marianne et Pierre D\u00e9mier, laquelle se fonde sur des valeurs communes de complicit\u00e9 intellectuelle et de r\u00e9ciprocit\u00e9 sentimentale s&rsquo;exprimant notamment par le biais de l&rsquo;\u00e9change \u00e9pistolaire. H\u00e9ritier des id\u00e9aux r\u00e9volutionnaires de 1789, Pierre repr\u00e9sente le mari exemplaire pour Marianne puisqu&rsquo;il se distingue des d\u00e9mocrates de son temps qui d\u00e9noncent sans ambages les r\u00e9gimes politiques tyranniques en reconduisant paradoxalement leur despotisme pour le placer sous le signe de la domination masculine. Porteur des id\u00e9aux f\u00e9ministes d&rsquo;Andr\u00e9 L\u00e9o, Pierre critique le double standard appliqu\u00e9 aux sexes dans l&rsquo;amour en affirmant que la lib\u00e9ration des femmes constitue le pivot de la question d\u00e9mocratique :<\/p>\n<blockquote>\n<p>N&rsquo;est pas d\u00e9mocrate qui se dit tel. Le parti, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de d\u00e9vouements purs et sinc\u00e8res, est compos\u00e9 pour une part, \u2013 les \u00e9v\u00e9nements le prouvent assez, \u2013 d&rsquo;ambitieux hypocrites, qui changent avec la fortune, et de r\u00e9volt\u00e9s inconscients, qui imposent des cha\u00eenes \u00e0 autrui avec la m\u00eame fougue qu&rsquo;ils ont mise \u00e0 briser les leurs. La d\u00e9mocratie, dans ces premiers temps, est encore un instinct plut\u00f4t qu&rsquo;une doctrine, une foule plut\u00f4t qu&rsquo;un parti. Pour moi, dans cette confusion, la question de la femme est une pierre de touche, et, sans entrer dans la discussion th\u00e9orique, o\u00f9 parfois les meilleures volont\u00e9s se fourvoient, je n&rsquo;estime d\u00e9mocrate que celui qui ne r\u00eave point une monarchie au foyer (Andr\u00e9 L\u00e9o, 1877, 354).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autrement dit, Pierre pose un regard critique sur les d\u00e9mocrates de son \u00e9poque qui, \u00e0 l&rsquo;image de leurs opposants conservateurs, participent \u00e0 la perp\u00e9tuation de la domination en pr\u00eachant la servitude des femmes au lieu de reconna\u00eetre l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 fondamentale entre les sexes et ainsi participer \u00e0 une v\u00e9ritable r\u00e9volution sociale de l&rsquo;humanit\u00e9. Or le fait qu&rsquo;Andr\u00e9 L\u00e9o injecte ses revendications f\u00e9ministes dans le personnage de Pierre semble moins relever d&rsquo;une volont\u00e9 de cr\u00e9er un arch\u00e9type du r\u00e9volutionnaire que d&rsquo;une strat\u00e9gie rh\u00e9torique visant \u00e0 mettre en lumi\u00e8re la r\u00e9appropriation du discours f\u00e9ministe par les hommes. En effet, on peut interpr\u00e9ter cette construction discursive comme une expression consciente de l&rsquo;\u00ab imaginaire g\u00e9n\u00e9rique<a id=\"footnoteref6_ynic10q\" class=\"see-footnote\" title=\"J'emprunte la notion d'imaginaire g\u00e9n\u00e9rique \u00e0 Christine Plant\u00e9, qui avance que le discours sur la litt\u00e9rature, notamment la cat\u00e9gorisation des \u0153uvres en genres litt\u00e9raires, fait appel \u00e0 une conception binaire du masculin et du f\u00e9minin pour se constituer sous forme de paradigme. Voir La petite s\u0153ur de Balzac, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. \u00ab\u00a0Des deux sexes et autres\u00a0\u00bb, 2015 [1989], p. 336-338.\" href=\"#footnote6_ynic10q\">[6]<\/a> \u00bb qui sous-tend le roman de m\u0153urs \u00e0 travers la mise en \u0153uvre d&rsquo;une voix masculine autoris\u00e9e, ayant pour effet de montrer avec force que les hommes ont un acc\u00e8s diff\u00e9renci\u00e9 au savoir et au langage qui leur permet de prendre syst\u00e9matiquement la parole au nom des femmes et de se faire les repr\u00e9sentants automandat\u00e9s de la cause f\u00e9ministe. \u00c0 la mani\u00e8re de L\u00e9on Richer<a id=\"footnoteref7_1qkw7b6\" class=\"see-footnote\" title=\"Bien connu comme homme prof\u00e9ministe, L\u00e9on Richer a occup\u00e9 une position dominante dans le mouvement des femmes, notamment en tant que directeur et r\u00e9dacteur en chef de la revue Le Droit des femmes, laquelle a paradoxalement particip\u00e9 \u00e0 l\u2019invisibilisation de la lutte men\u00e9e par les f\u00e9ministes aux c\u00f4t\u00e9s desquelles il militait. \u00c0 ce sujet, consulter l\u2019article de Francis Dupuis-D\u00e9ri intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les hommes prof\u00e9ministes\u00a0: compagnons de route ou faux amis? \u00bb, paru dans Recherches f\u00e9ministes, vol. 21, no. 1, 2008, p. 150.\" href=\"#footnote7_1qkw7b6\">[7]<\/a>, alli\u00e9 important des femmes qui luttent collectivement pour l&rsquo;am\u00e9lioration de leur condition sociale sous le Second Empire et la Troisi\u00e8me R\u00e9publique, Pierre s&rsquo;arroge le droit de se placer \u00e0 l&rsquo;avant-sc\u00e8ne du combat f\u00e9ministe sans remettre en question ses privil\u00e8ges masculins et ses propres comportements patriarcaux. Car Pierre se compla\u00eet \u00e0 servir son argumentaire f\u00e9ministe \u00e0 Marianne par l&rsquo;entremise de longs discours redondants sans jamais s&rsquo;interroger sur les limites de sa critique du patriarcat, qui ne tient pas compte de l&rsquo;exp\u00e9rience concr\u00e8te que les femmes font de la domination masculine. Contrairement \u00e0 Marianne, qui se garde d&rsquo;absorber la question f\u00e9ministe dans un \u00ab\u00a0nous femmes\u00a0\u00bb en distinguant \u00ab\u00a0la femme en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 L\u00e9o, 1877, 343) de \u00ab\u00a0toutes les femmes\u00a0\u00bb (343), Pierre ne parvient pas \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 une conscience de genre par laquelle il pourrait participer authentiquement \u00e0 la d\u00e9construction du paradigme de la diff\u00e9rence entre les sexes et \u00e0 l&rsquo;abolition des in\u00e9galit\u00e9s entre hommes et femmes.<\/p>\n<h2>L&rsquo;\u00e9thique de l&rsquo;amiti\u00e9\u00a0: entre sororit\u00e9 et triangle amoureux\u00a0<\/h2>\n<p>Dans <em>Marianne<\/em>, l&rsquo;amiti\u00e9 entre femmes constitue un lieu commun qui vient s&rsquo;opposer au sc\u00e9nario traditionnel de la rivalit\u00e9 f\u00e9minine au sein du r\u00e9gime patriarcal et du syst\u00e8me capitaliste. Dans un premier temps, Marianne d\u00e9veloppe un sentiment d&rsquo;affection profond envers Henriette, jeune couturi\u00e8re engag\u00e9e pour son travail domestique qu&rsquo;elle c\u00f4toie r\u00e9guli\u00e8rement dans la maison familiale. Par-del\u00e0 leurs distinctions de classes sociales, lesquelles leur interdisent de d\u00e9velopper une relation d&rsquo;intimit\u00e9, Marianne et Henriette en viennent \u00e0 nourrir un profond lien d&rsquo;amiti\u00e9 qui entre en r\u00e9sistance avec l&rsquo;autorit\u00e9 du p\u00e8re. En t\u00e9moigne la sc\u00e8ne o\u00f9 Marianne quitte secr\u00e8tement la maison familiale pour aller visiter Henriette, recueillie par les D\u00e9mier \u00e0 la suite de sa rupture douloureuse avec un amant bourgeois. Marianne transgresse simultan\u00e9ment plusieurs r\u00e8gles du code moral bourgeois en se promenant sans accompagnateur et sans l&rsquo;accord pr\u00e9alable de son tuteur pour secourir une ouvri\u00e8re d\u00e9shonor\u00e9e qui demeure dans une maison abritant une famille issue de la classe laborieuse. Si Henriette repr\u00e9sente la premi\u00e8re figure f\u00e9minine du r\u00e9cit par laquelle Marianne exp\u00e9rimente l&rsquo;amiti\u00e9 entre femmes et prend conscience des in\u00e9galit\u00e9s de classes sociales, elle joue \u00e9galement un r\u00f4le de catalyseur en instaurant un lien d&rsquo;attachement entre la protagoniste et Pierre, qui allient leurs forces pour lui prodiguer des soins. Au lendemain du d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;Henriette, Marianne d\u00e9cide de prendre en amiti\u00e9 Fauvette, la ma\u00eetresse d&rsquo;Albert, envers laquelle elle \u00e9prouve un sentiment fort de sympathie et de solidarit\u00e9. Cette solidarit\u00e9 tire son origine de leur exp\u00e9rience commune de la d\u00e9ception amoureuse qui est intrins\u00e8quement li\u00e9e aux comportements machistes d&rsquo;Albert. La tendance des femmes, au sein du r\u00e9gime patriarcal, \u00e0 entrer en comp\u00e9tition pour conqu\u00e9rir les hommes se trouve renvers\u00e9e chez Andr\u00e9 L\u00e9o, qui montre que la jalousie des femmes est un effet de la domination masculine qui se neutralise \u00e0 travers la mise en \u0153uvre d&rsquo;une \u00e9thique f\u00e9ministe de la sororit\u00e9. Plut\u00f4t que de rivaliser pour l&rsquo;amour d&rsquo;Albert, Marianne et Fauvette se d\u00e9tournent de leur commun oppresseur en privil\u00e9giant l&rsquo;amiti\u00e9 entre femmes afin de se r\u00e9approprier leur ind\u00e9pendance individuelle et de cr\u00e9er une force collective\u00a0: \u00ab Il me semble qu&rsquo;entre cette femme et moi, il y a une solidarit\u00e9 profonde. C&rsquo;est \u00e0 elle que je dois ma libert\u00e9, c&rsquo;est \u00e0 moi qu&rsquo;on l&rsquo;a sacrifi\u00e9e, et moi, je veux la sauver. \u00bb (Andr\u00e9 L\u00e9o, 1877, 345) Ainsi, l&rsquo;\u00e9pouse et l&rsquo;amante tromp\u00e9es deviennent pour l&rsquo;une et l&rsquo;autre des moteurs de libert\u00e9 qui servent d&rsquo;antidote au mod\u00e8le d&rsquo;amour v\u00e9hicul\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise patriarcale o\u00f9 la marchandisation des femmes passe par l&rsquo;instrumentalisation \u00e9conomique des bourgeoises et l&rsquo;objectification sexuelle des ouvri\u00e8res. Incarnant les \u00ab\u00a0deux faces de l\u2019oppression patriarcale\u00a0\u00bb (Granier, 2015, 261), la bourgeoise et l&rsquo;ouvri\u00e8re se liguent non pas <em>malgr\u00e9<\/em> leurs diff\u00e9rences de classes sociales, mais bien <em>gr\u00e2ce \u00e0<\/em> leur statut social distinct qui fait qu&rsquo;elles repr\u00e9sentent deux formes d&rsquo;expression interd\u00e9pendantes de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie masculine. Tandis que la premi\u00e8re est \u00e9pous\u00e9e pour les avantages de son patrimoine, l&rsquo;autre est exploit\u00e9e pour sa disponibilit\u00e9 sexuelle et affective. Ce n&rsquo;est donc qu&rsquo;en se solidarisant que Marianne et Fauvette parviennent \u00e0 mettre en place une relation d&rsquo;amiti\u00e9 qui vient \u00e9branler les st\u00e9r\u00e9otypes de genre et de classe. Cette solidarit\u00e9 correspond donc \u00e0 une exp\u00e9rience de la sororit\u00e9 au sens o\u00f9 l&rsquo;entendent Cathy Bernheim et Genevi\u00e8ve Brissac, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 \u00ab une mise en commun [des] malheurs \u00bb engendr\u00e9s par une construction identitaire de genre qui rend les femmes \u00ab s\u0153urs dans l&rsquo;oppression\u00a0 \u00bb (Berheim et Brissac, 1981, 5) patriarcale.<\/p>\n<p>Or cette \u00e9thique de l&rsquo;amiti\u00e9 mise en \u0153uvre par Andr\u00e9 L\u00e9o atteint son point d&rsquo;orgue dans la relation triadique qui implique Marianne, Fauvette et Pierre. En effet, l&rsquo;auteure \u00e9branle l&rsquo;image traditionnelle du couple h\u00e9t\u00e9rosexuel bas\u00e9 sur l&rsquo;exclusivit\u00e9 en donnant \u00e0 voir une repr\u00e9sentation alternative de l\u2019amour qui repose sur la mise en sc\u00e8ne de la vie commune \u00e0 trois. En invitant Fauvette \u00e0 partager son quotidien avec elle et Pierre, Marianne disloque ainsi la logique binaire qui sous-tend le sch\u00e9ma narratif de l\u2019histoire d\u2019amour conventionnelle. D&rsquo;une part, cette triade transforme les rapports sociaux de sexe au sens o\u00f9 elle se structure autour d&rsquo;une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui unit chacun des personnages \u00e0 un autre. \u00c9chappant au clich\u00e9 du m\u00e9nage \u00e0 trois bas\u00e9 sur une sexualit\u00e9 trouble entre \u00e9pouse, mari et amante, elle se fonde plut\u00f4t sur un rapport d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes instaur\u00e9 par deux femmes d\u2019origines distinctes qui, partageant une m\u00eame vision du sentiment amoureux, en viennent \u00e0 se lier d\u2019amiti\u00e9. D&rsquo;autre part, la mise en \u0153uvre de celle-ci passe par le brouillage des fronti\u00e8res entre classes sociales. Non seulement Marianne se positionne en d\u00e9calage avec la norme bourgeoise en prenant pour \u00e9poux un fils de charpentier devenu m\u00e9decin, mais elle r\u00e9duit mod\u00e9r\u00e9ment sa propre fortune en transf\u00e9rant une partie de son h\u00e9ritage \u00e0 Fauvette pour l&rsquo;aider \u00e0 se sortir de sa condition d&rsquo;ouvri\u00e8re. Ainsi, Andr\u00e9 L\u00e9o met en forme un imaginaire politique de l\u2019anarchisme dans son \u0153uvre romanesque en repr\u00e9sentant l\u2019amour \u00e0 travers une critique conjugu\u00e9e du patriarcat et du capitalisme qui, sous-tendue par une politique de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 entre les sexes et d&rsquo;une \u00e9thique de l&rsquo;amiti\u00e9, annonce l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale qui mettrait fin aux hi\u00e9rarchies sociales de genre et de classe.\u00a0<\/p>\n<h2>Amour, politique et litt\u00e9rature<\/h2>\n<p>Dans\u00a0<em>Marianne<\/em>, l&rsquo;amour v\u00e9ritable se pr\u00e9sente comme l&rsquo;envers du mariage d&rsquo;int\u00e9r\u00eat bourgeois. Le mariage d&rsquo;arrangement, pilier de la soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise, participe \u00e0 la reconduction de la domination masculine en imposant des r\u00f4les et des comportements genr\u00e9s aux femmes, alors que l&rsquo;amour v\u00e9ritable constitue une forme d&rsquo;expression de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 et de la justice entre les individus. Si Andr\u00e9 L\u00e9o s&rsquo;attaque \u00e0 l&rsquo;institution du mariage pour proposer une vision alternative de l&rsquo;amour, elle le fait en laissant entendre que les m\u0153urs sont un miroir qui refl\u00e8te les id\u00e9aux politiques d&rsquo;une \u00e9poque. Le th\u00e8me du mariage permet \u00e0 Andr\u00e9 L\u00e9o de r\u00e9v\u00e9ler au grand jour l&rsquo;incons\u00e9quence des grands d\u00e9mocrates de son temps qui militent pour l&rsquo;affranchissement du peuple en cherchant parall\u00e8lement \u00e0 maintenir la servitude des femmes au foyer. Pour Andr\u00e9 L\u00e9o, l&rsquo;\u00e9mancipation de l&rsquo;humanit\u00e9 ne peut passer que par la lib\u00e9ration conjointe du peuple et des femmes, sans quoi le principe d\u00e9mocratique s&rsquo;englue dans un r\u00e9gime autoritaire reconduisant le despotisme. Cette proposition, qui se retrouve autant dans ses \u00e9crits politiques, comme\u00a0<em>La femme et les m\u0153urs,\u00a0<\/em>que dans ses \u0153uvres romanesques, apparait dans les discours que tient Pierre \u00e0 propos de l&rsquo;h\u00e9ritage r\u00e9volutionnaire de la gauche r\u00e9publicaine\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je crois la femme \u00e9gale de l&rsquo;homme et moiti\u00e9 de l&rsquo;humanit\u00e9, en valeur aussi bien qu&rsquo;en nombre. Je crois que le progr\u00e8s et les forces humaines seront doubl\u00e9s par les forces de la femme, et son action bien plus que doubl\u00e9e, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;accomplissement de la justice, dont cette r\u00e9volution fermera le cycle, celui du moins qu&rsquo;il nous est actuellement donn\u00e9 de concevoir. C&rsquo;est dans la famille, commencement des soci\u00e9t\u00e9s, que s&rsquo;inaugure par la tyrannie cette lutte entre l&rsquo;\u00e9go\u00efsme et la justice, qui est l&rsquo;histoire m\u00eame de l&rsquo;humanit\u00e9; c&rsquo;est dans la famille que cette lutte se terminera (355).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Autrement dit, la justice universelle ne pourra advenir que par l&rsquo;entremise d&rsquo;une r\u00e9volution qui cherchera \u00e0 abolir les in\u00e9galit\u00e9s sociales en luttant contre l&rsquo;oppression et l&rsquo;exploitation de la femme dans la famille patriarcale, notamment en proc\u00e9dant \u00e0 la d\u00e9construction des pr\u00e9jug\u00e9s qui entourent le mariage. Intitul\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s le pr\u00e9nom de l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne qu&rsquo;il met en sc\u00e8ne, le roman fait \u00e9cho \u00e0 la Marianne coiff\u00e9e d&rsquo;un bonnet phrygien qui incarne les valeurs d\u00e9mocratiques dans l&rsquo;imagerie r\u00e9volutionnaire depuis 1789. Au-del\u00e0 d&rsquo;une r\u00e9f\u00e9rence id\u00e9ologique, ce symbole sert de point d&rsquo;ancrage \u00e0 Andr\u00e9 L\u00e9o, laquelle r\u00e9actualise le pass\u00e9 pour en r\u00e9soudre les contradictions en mettant en fiction une figure f\u00e9minine qui s&rsquo;\u00e9mancipe de l&rsquo;ordre patriarcal afin de mettre un terme \u00e0 cette \u00ab\u00a0exploitation inf\u00e2me qui se fait de la femme et de l&rsquo;amour\u00a0\u00bb (352).<\/p>\n<p>Enfin, le roman comporte une dimension m\u00e9tar\u00e9flexive au sens o\u00f9 l&rsquo;auteure formule une critique de la litt\u00e9rature qui vient mettre en lumi\u00e8re son propre id\u00e9al romanesque. La r\u00e9flexion d&rsquo;Andr\u00e9 L\u00e9o autour de la litt\u00e9rature s&rsquo;exprime \u00e0 travers le personnage de Pierre, qui fait le proc\u00e8s du th\u00e9\u00e2tre de m\u0153urs en vogue pendant la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Aux yeux de Pierre, le th\u00e9\u00e2tre de m\u0153urs constitue un lieu de production et de reproduction des in\u00e9galit\u00e9s de sexes puisqu&rsquo;il n&rsquo;offre que des repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es des femmes. Ainsi, il associe le th\u00e9\u00e2tre \u00e0 un outil r\u00e9actionnaire, vecteur de la corruption des masses, qui v\u00e9hicule un discours misogyne en r\u00e9duisant les femmes aux figures probl\u00e9matiques de la courtisane et de l&rsquo;\u00e9pouse frivole. En opposition aux \u0153uvres socialistes qui donnent une repr\u00e9sentation libertaire des femmes en les montrant \u00e9gales \u00e0 l&rsquo;homme et libres dans l&rsquo;amour, ce genre litt\u00e9raire participerait \u00e0 la reconduction des pr\u00e9jug\u00e9s de genre ayant cours dans la soci\u00e9t\u00e9 et cons\u00e9quemment, \u00e0 la consolidation de l&rsquo;id\u00e9ologie patriarcale\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Non seulement l&rsquo;h\u00e9ritier de 93 entend \u00eatre roi dans sa maison, mais il lui faut aussi des joies de sultan. C&rsquo;est donc bien, ainsi que je le disais, la r\u00e9action du vieux despotisme et du pr\u00e9jug\u00e9 sur la recherche de la justice, r\u00e9action analogue en morale \u00e0 celle que nous subissons en politique, et cela est si vrai que les coryph\u00e9es du th\u00e9\u00e2tre actuel, ceux qui le dominent de leurs succ\u00e8s, sont en g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;outr\u00e9s r\u00e9actionnaires (293).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 cette repr\u00e9sentation n\u00e9gative des femmes dans la litt\u00e9rature vient s&rsquo;ajouter celle qui concerne la place des femmes en litt\u00e9rature. En effet, Pierre trace un lien de continuit\u00e9 entre les attributs identitaires qui justifient la subordination des femmes dans l&rsquo;univers domestique et les pr\u00e9suppos\u00e9s qui entourent l&rsquo;activit\u00e9 cr\u00e9atrice des femmes de lettres \u00e9voluant au sein d&rsquo;un milieu litt\u00e9raire structur\u00e9 par la hi\u00e9rarchisation des sexes. Pour Pierre, la marginalisation des femmes en litt\u00e9rature ne rel\u00e8ve pas de leur soi-disant inaptitude naturelle \u00e0 \u00e9crire des \u0153uvres intelligentes, mais d&rsquo;un syst\u00e8me qui cherche \u00e0 les rel\u00e9guer au foyer en tentant vainement de prouver leur inf\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle. \u00c0 travers l&rsquo;exemple de l\u2019\u0153uvre de George Sand, Pierre fait la lumi\u00e8re sur les contradictions qui p\u00e8sent sur la litt\u00e9rature en interrogeant le traitement diff\u00e9renci\u00e9 des hommes et des femmes par la critique\u00a0litt\u00e9raire :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle a pour but la recherche de l&rsquo;amour vrai; tandis que les productions de tant d&rsquo;autres romanciers, dont beaucoup lui jettent la pierre, n&rsquo;\u00e9taient que l&rsquo;amour des sens et posent en principe le droit de l\u2019homme \u00e0 la d\u00e9bauche. On ne trouve dans George Sand aucune des d\u00e9pravations accumul\u00e9es dans beaucoup d&rsquo;ouvrages de ses contemporains, qui jouissent \u00e0 cet \u00e9gard d&rsquo;une \u00e9trange impunit\u00e9\u00a0: Balzac, M\u00e9rim\u00e9e, Th\u00e9ophile Gautier, etc. (293)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>S&rsquo;inscrivant en faux contre cette vision de la litt\u00e9rature qui repose sur des st\u00e9r\u00e9otypes de genre contribuant \u00e0 la l\u00e9gitimation de la domination masculine, le roman\u00a0<em>Marianne\u00a0<\/em>se pr\u00e9sente comme une \u0153uvre \u00e9difiante \u00e0 laquelle Andr\u00e9 L\u00e9o assigne un r\u00f4le didactique et un pouvoir de transformation sociale. Source d&rsquo;\u00e9mancipation, le roman d\u00e9tient le potentiel d&rsquo;\u00e9branler les structures de la soci\u00e9t\u00e9 qui inscrivent les rapports entre hommes et femmes dans une logique de domination en donnant \u00e0 voir une repr\u00e9sentation alternative des femmes dans le mariage susceptible de participer \u00e0 l\u2019affranchissement des mentalit\u00e9s. En \u00e9cho \u00e0 son mod\u00e8le de litt\u00e9rature id\u00e9ale, Andr\u00e9 L\u00e9o met en forme une \u0153uvre d&rsquo;\u00e9ducation morale o\u00f9 l&rsquo;amour, la politique et la litt\u00e9rature se rejoignent en se pr\u00e9sentant comme des formes d&rsquo;expression distinctes d&rsquo;une m\u00eame id\u00e9ologie \u00e0 combattre.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BARD, Christine. 1999. \u00ab\u00a0Pour une histoire des antif\u00e9minismes\u00a0\u00bb, dans Christine Bard (dir.),\u00a0<em>Un si\u00e8cle d\u2019antif\u00e9minisme<\/em>, Paris\u00a0: Librairie Arth\u00e8me Fayard, p. 21-37.<\/p>\n<p>BEACH, C\u00e9cilia. 2015. \u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Sororit\u00e9 dans\u00a0<em>Marianne<\/em>\u00a0\u00bb, dans Fr\u00e9d\u00e9ric Chauvaud, Fran\u00e7ois Dubasque, Pierre Rossignol et Louis Vibrac (dir.),\u00a0<em>Les vies d\u2019Andr\u00e9 L\u00e9o. Romanci\u00e8re, f\u00e9ministe et communarde<\/em>, Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes, coll. \u00ab\u00a0Archives du f\u00e9minisme\u00a0\u00bb, p. 221-231.<\/p>\n<p>BERNHEIM, Cathy et Genevi\u00e8ve BRISSAC. 1981. \u00ab Libert\u00e9, \u00e9galit\u00e9, sororit\u00e9 ou le troisi\u00e8me mot \u00bb, <em>La Revue d&rsquo;en face<\/em>, 4e trim., p. 3-10.\u00a0<\/p>\n<p>DUPUIS-D\u00c9RI, Francis. 2008. \u00ab\u00a0Les hommes prof\u00e9ministes\u00a0: compagnons de route ou faux amis? \u00bb, <em>Recherches f\u00e9ministes<\/em>, vol. 21, no. 1, p. 149-169.<\/p>\n<p>GRANIER, Caroline. 2015. \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0\u00c9pouse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0courtisane\u00a0\u00bb\u00a0: les deux faces de l\u2019oppression patriarcale. Une analyse des \u00e9changes \u00e9conomico-sexuels dans les romans d\u2019Andr\u00e9 L\u00e9o\u00a0\u00bb, dans Fr\u00e9d\u00e9ric Chauvaud, Fran\u00e7ois Dubasque, Pierre Rossignol et Louis Vibrac (dir.), <em>Les vies d\u2019Andr\u00e9 L\u00e9o. Romanci\u00e8re, f\u00e9ministe et communarde<\/em>, Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes, coll. \u00ab\u00a0Archives du f\u00e9minisme\u00a0\u00bb, p. 261-273.<\/p>\n<p>HAMON, Philippe et Alexandrine VIBOUD. 2008. <em>Dictionnaire th\u00e9matique du roman de m\u0153urs en France, 1814-1914 : J-Z<\/em>, Paris\u00a0: Presses Sorbonne Nouvelle, 410 p.<\/p>\n<p>L\u00c9O, Andr\u00e9. 1990 [1869]. <em>La femme et les m\u0153urs. Monarchie ou libert\u00e9<\/em>, Tusson (Charente)\u00a0: Du L\u00e9rot, 166 p.<\/p>\n<p>__________, <em>Marianne<\/em>, Paris\u00a0: Bureaux du \u00ab\u00a0Si\u00e8cle\u00a0\u00bb, s. d.<\/p>\n<p>PLANT\u00c9, Christine. 2015 [1989]. <em>La petite s\u0153ur de Balzac<\/em>, Lyon\u00a0: Presses universitaires de Lyon, coll. \u00ab\u00a0Des deux sexes et autres\u00a0\u00bb, 362\u00a0p.<\/p>\n<p>PROUDHON, Pierre-Joseph. 1997. \u00ab\u00a0Lettre \u00e0 Madame J. d&rsquo;H\u00e9ricourt\u00a0\u00bb, <em>Revue philosophique et religieuse<\/em>, janvier 1857, p. 164-166.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_phs8i5l\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_phs8i5l\">[1]<\/a> Andr\u00e9 L\u00e9o, La femme et les m\u0153urs. Monarchie ou libert\u00e9, Tusson (Charente), Du L\u00e9rot, 1990 [1869], p. 129.<\/p>\n<p id=\"footnote2_nl2nar4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_nl2nar4\">[2]<\/a> Cette nuance se base sur la distinction qu&rsquo;op\u00e8re Christine Bard \u00e0 propos des termes \u00ab antif\u00e9minisme \u00bb et \u00ab misogynie \u00bb. Alors que la misogynie d\u00e9signe la haine et le m\u00e9pris des femmes sur la base de leur identit\u00e9 sexuelle, l&rsquo;antif\u00e9minisme d\u00e9signe plut\u00f4t une attitude sexiste adopt\u00e9e en opposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation sociale de la femme. Voir \u00ab Pour une histoire des antif\u00e9minismes\u00a0\u00bb, dans Christine Bard (dir.), <em>Un si\u00e8cle d\u2019antif\u00e9minisme<\/em>, Paris, Librairie Arth\u00e8me Fayard, 1999, p. 22.<\/p>\n<p id=\"footnote3_6p1iuai\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_6p1iuai\">[3]<\/a> L\u2019ann\u00e9e de parution de <em>Marianne<\/em> reste inconnue, puisque la livraison du journal n\u2019est pas dat\u00e9e. Cependant, on sait que le roman est d\u2019abord paru en feuilleton dans les colonnes du<em> Si\u00e8cle<\/em>, du 14 mars au 16 mai 1876, avant de para\u00eetre dans son suppl\u00e9ment titr\u00e9 <em>Mus\u00e9e litt\u00e9raire<\/em>, et que la pi\u00e8ce aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9crite quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t. \u00c0 ce sujet, l\u2019ouverture de l\u2019article \u00ab\u00a0Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Sororit\u00e9 dans <em>Marianne <\/em>\u00bb de C\u00e9cilia Beach, publi\u00e9 dans l\u2019ouvrage collectif <em>Les vies d\u2019Andr\u00e9 L\u00e9o. Romanci\u00e8re, f\u00e9ministe, communarde<\/em>, est particuli\u00e8rement \u00e9clairante.<\/p>\n<p id=\"footnote4_mijofnt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_mijofnt\">[4]<\/a> Le manuscrit de cette pi\u00e8ce est conserv\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut international d\u2019histoire sociale d\u2019Amsterdam dans le Fonds Lucien Descaves.<\/p>\n<p id=\"footnote5_sia0pt7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_sia0pt7\">[5]<\/a> Le concept \u00ab\u00a0d&rsquo;esprit m\u00e2le\u00a0\u00bb appara\u00eet dans une lettre que Pierre-Joseph Proudhon adresse \u00e0 Jenny d&rsquo;H\u00e9ricourt dans laquelle il soutient que <em>la femme<\/em> est un \u00eatre infirme qui porte en elle des organes destin\u00e9s \u00e0 la passivit\u00e9 que <em>l&rsquo;homme<\/em> seul peut parvenir \u00e0 faire fonctionner de par sa sup\u00e9riorit\u00e9 physique et intellectuelle naturelle. Voir Pierre-Joseph Proudhon, \u00ab Lettre \u00e0 Madame J. d&rsquo;H\u00e9ricourt \u00bb, <em>Revue philosophique et religieuse<\/em>, janvier 1857, p. 164-166.&amp;<\/p>\n<p id=\"footnote6_ynic10q\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_ynic10q\">[6]<\/a> J&#8217;emprunte la notion d&rsquo;imaginaire g\u00e9n\u00e9rique \u00e0 Christine Plant\u00e9, qui avance que le discours sur la litt\u00e9rature, notamment la cat\u00e9gorisation des \u0153uvres en genres litt\u00e9raires, fait appel \u00e0 une conception binaire du masculin et du f\u00e9minin pour se constituer sous forme de paradigme. Voir <em>La petite s\u0153ur de Balzac<\/em>, Lyon, Presses universitaires de Lyon, coll. \u00ab\u00a0Des deux sexes et autres\u00a0\u00bb, 2015 [1989], p. 336-338.<\/p>\n<p id=\"footnote7_1qkw7b6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_1qkw7b6\">[7]<\/a> Bien connu comme homme prof\u00e9ministe, L\u00e9on Richer a occup\u00e9 une position dominante dans le mouvement des femmes, notamment en tant que directeur et r\u00e9dacteur en chef de la revue <em>Le Droit des femmes<\/em>, laquelle a paradoxalement particip\u00e9 \u00e0 l\u2019invisibilisation de la lutte men\u00e9e par les f\u00e9ministes aux c\u00f4t\u00e9s desquelles il militait. \u00c0 ce sujet, consulter l\u2019article de Francis Dupuis-D\u00e9ri intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les hommes prof\u00e9ministes\u00a0: compagnons de route ou faux amis? \u00bb, paru dans <em>Recherches f\u00e9ministes<\/em>, vol. 21, no. 1, 2008, p. 150.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Tardif, Marie-Pier. 2016. \u00abDu mariage bourgeois \u00e0 l&rsquo;\u00e9mancipation des femmes\u00a0: pour une critique libertaire du patriarcat chez Andr\u00e9 L\u00e9o\u00bb, <em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00abR\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9cration, lectures et politique du litt\u00e9raire\u00bb, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5588 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/tardif-24.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 tardif-24.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-36a73556-1946-4001-83d0-942b935d1731\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/tardif-24.pdf\">tardif-24<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/tardif-24.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-36a73556-1946-4001-83d0-942b935d1731\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024 La R\u00e9volution fran\u00e7aise est la d\u00e9claration du droit humain. C&rsquo;est donc renier la R\u00e9volution et remonter le courant qui nous guide \u00e0 de nouvelles destin\u00e9es que de disputer \u00e0 la femme son ind\u00e9pendance, quand il est reconnu qu&rsquo;en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1262,1263,1264,1261],"tags":[341],"class_list":["post-5588","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-lectures-et-politique-du-litteraire","category-politique","category-politique-lectures-et-politique-du-litteraire","category-reflechir-les-espaces-critiques-consecration","tag-tardif-marie-pier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5588"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5588\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8696,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5588\/revisions\/8696"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}