{"id":5591,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-question-de-lantisemitisme-chez-jean-genet-un-debat-sur-le-sens-du-monde-autour-de-la-reception-critique-d-un-captif-amoureux\/"},"modified":"2024-08-22T19:08:50","modified_gmt":"2024-08-22T19:08:50","slug":"la-question-de-lantisemitisme-chez-jean-genet-un-debat-sur-le-sens-du-monde-autour-de-la-reception-critique-d-un-captif-amoureux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5591","title":{"rendered":"La question de l\u2019antis\u00e9mitisme chez Jean Genet : un d\u00e9bat sur le \u00ab sens du monde \u00bb. Autour de la r\u00e9ception critique d\u2019\u00ab Un captif amoureux \u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6893\">Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024<\/a><\/h5>\n<p>L&rsquo;\u0153uvre du romancier et dramaturge Jean Genet a fait \u00e0 plusieurs reprises l&rsquo;objet de controverses d&rsquo;ordre politique. Pensons au cas du roman <em>Pompes fun\u00e8bres<\/em> (1948) d\u00e9sign\u00e9 comme un texte antis\u00e9mite parce que mettant en sc\u00e8ne la fascination et l\u2019attirance sexuelle d\u2019un jeune milicien pour un officier nazi pendant l&rsquo;Occupation. Ou encore \u00e0 la pi\u00e8ce <em>Les Paravents<\/em> qui, parce qu&rsquo;elle d\u00e9non\u00e7ait avec virulence le colonialisme fran\u00e7ais pendant la guerre d&rsquo;Alg\u00e9rie, a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;occasion de manifestations violentes et de protestations populaires lors de sa premi\u00e8re mise en sc\u00e8ne en 1966. D\u00e8s sa parution en 1986, son dernier roman <em>Un captif amoureux<\/em> \u2013 dans lequel Genet fait le r\u00e9cit de ses ann\u00e9es d&rsquo;engagement aupr\u00e8s des feddayin en Palestine et des Black Panthers aux \u00c9tats-Unis \u2013 a \u00e9galement re\u00e7u un accueil mitig\u00e9 fortement influenc\u00e9 par le contexte de publication particulier\u00a0: quelques semaines apr\u00e8s avoir d\u00e9pos\u00e9 le manuscrit chez Gallimard, Genet d\u00e9c\u00e8de, et le texte est publi\u00e9 de mani\u00e8re posthume. Comme le souligne H\u00e9l\u00e8ne Baty-Delalande dans son dossier critique consacr\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ception imm\u00e9diate d&rsquo;<em>Un captif amoureux<\/em>, \u00ab cette \u0153uvre testimoniale [a pris] \u00a0alors figure testamentaire\u00a0\u00bb (Baty-Delalande, 2010, 25) et \u00ab\u00a0[s\u2019est retrouv\u00e9e] \u00a0prise dans un r\u00e9seau de prescriptions\u00a0\u00bb (25) incitant \u00e0 concevoir ce roman comme les m\u00e9moires politiques de l&rsquo;auteur. Or, les all\u00e9geances id\u00e9ologiques dont semble t\u00e9moigner cet ouvrage \u2013 un appui aux groupes r\u00e9volutionnaires palestiniens et une opposition aux politiques isra\u00e9liennes \u2013 ne faisant pas consensus, plusieurs chroniqueurs ont tax\u00e9 Genet d&rsquo;antis\u00e9mitisme, r\u00e9activant ainsi un d\u00e9bat pourtant clos assez rapidement apr\u00e8s la publication de <em>Pompes fun\u00e8bres<\/em>.\u00a0<\/p>\n<p>Les controverses autour d&rsquo;<em>Un captif amoureux<\/em> sont encore une fois vite apais\u00e9es, mais une nouvelle querelle survient en 2003 lorsque le critique et \u00e9diteur \u00c9ric Marty fait para\u00eetre dans la revue <em>Les Temps modernes<\/em> un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Jean Genet \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb dans lequel il propose de concevoir <em>Un captif amoureux<\/em> et le court texte \u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb <a id=\"footnoteref1_smjw9wk\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb est un t\u00e9moignage d'une vingtaine de pages \u00e9crit par Genet suite \u00e0 son passage dans les camps de Sabra et Chatila au Liban juste apr\u00e8s le massacre perp\u00e9tr\u00e9 par l'arm\u00e9e phalangiste en 1982. Le texte est alors publi\u00e9 dans la Revue d'\u00e9tudes palestiniennes, puis dans le recueil d'essais L'Ennemi d\u00e9clar\u00e9 (1991). \" href=\"#footnote1_smjw9wk\">[1]<\/a> comme l&rsquo;expression manifeste d&rsquo;un antis\u00e9mitisme latent qui caract\u00e9riserait, selon lui, l&rsquo;ensemble de l\u2019\u0153uvre de Genet. Ce texte \u2013 republi\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e dans un recueil d&rsquo;essais intitul\u00e9 <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em> \u2013 suscite de vives r\u00e9actions de la part de plusieurs intellectuels fran\u00e7ais fn] C&rsquo;est le cas, notamment, d&rsquo;Albert Dichy, qui commente l&rsquo;essai de Marty lors d&rsquo;une entrevue pour <em>Le Monde des livres\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0Genet maintient le dernier lien des coupables avec le monde\u00a0\u00bb (<em>Le Monde des livres,<\/em> 4 avril 2003, p. 10). qui refusent de lire dans les textes de Genet les traces d&rsquo;une quelconque forme de discrimination ou d&rsquo;aversion \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du peuple juif. En r\u00e9ponse \u00e0 ces critiques, Marty publie en 2006 un second essai, <em>Jean Genet\u00a0: Post-Scriptum<\/em>. Celui-ci appara\u00eet comme une justification et un approfondissement des th\u00e8ses articul\u00e9es dans <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem. <\/em>\u00c0 la suite de la parution de ce nouvel essai, l&rsquo;\u00e9crivain et critique Ren\u00e9 de Ceccatty publie deux articles similaires \u2013 \u00ab\u00a0Pourquoi caricaturer la pens\u00e9e de Jean Genet?\u00a0\u00bb dans <em>L&rsquo;Humanit\u00e9<\/em><a id=\"footnoteref2_j3yeatt\" class=\"see-footnote\" title=\" Ceccatty, Ren\u00e9 de. 2006. \u00ab\u00a0Pourquoi caricaturer la penser de Jean Genet?\u00a0\u00bb.\u00a0 L'Humanit\u00e9, \u00a0num\u00e9ro du 1er juillet 2006, p. 3. \" href=\"#footnote2_j3yeatt\">[2]<\/a> et\u00a0 \u00ab\u00a0Jean Genet antis\u00e9mite? Sur une tenace rumeur\u00a0\u00bb dans la revue <em>Critique<\/em><a id=\"footnoteref3_gxy1d0a\" class=\"see-footnote\" title=\" Ceccatty, Ren\u00e9 de. D\u00e9cembre 2006. \u00ab\u00a0Jean Genet antis\u00e9mite? Sur un tenace rumeur\u00a0\u00bb. Critique, n\u00b0\u00a0714, p. 895-911. \" href=\"#footnote3_gxy1d0a\">[3]<\/a> \u2013 dans lesquels il entreprend de d\u00e9construire les analyses de Marty. Ce dernier r\u00e9plique et fait para\u00eetre quelques mois plus tard dans la m\u00eame revue une r\u00e9ponse exhaustive ayant pour titre \u00ab\u00a0\u00c0 propos de Jean Genet et de l&rsquo;antis\u00e9mitisme\u00a0\u00bb, dans laquelle il d\u00e9fend ses positions et accuse Ceccatty de caricaturer sa pens\u00e9e en lui \u00ab\u00a0faisant dire beaucoup de b\u00eatises\u00a0\u00bb (Marty, 2007, 213).<\/p>\n<p>Sans nous attarder \u00e0 la question qui semble constituer le c\u0153ur de cet \u00e9change \u2013 \u00ab\u00a0Jean Genet est-il ou non antis\u00e9mite?\u00a0\u00bb \u2013, nous souhaitons interroger le dialogue qui se noue ici entre Marty et Ceccatty, afin d&rsquo;\u00e9clairer certains des enjeux \u00e9thiques et politiques que sous-tend cette querelle autour de l&rsquo;\u0153uvre de Genet. Car au-del\u00e0 de la question de l&rsquo;interpr\u00e9tation des textes, cette controverse litt\u00e9raire s\u2019av\u00e8re r\u00e9v\u00e9latrice de dissensions id\u00e9ologiques qui divisent le champ intellectuel fran\u00e7ais, \u00e0 commencer par des dissensus relatifs au sens, fragile et ambigu, du concept m\u00eame d&rsquo;antis\u00e9mitisme. Nous verrons ici comment cette querelle sur la question de l&rsquo;antis\u00e9mitisme de Genet dissimule d&rsquo;autres d\u00e9bats beaucoup plus larges, notamment autour de la question des rapports entre les champs litt\u00e9raire et politique.<\/p>\n<h2>L&rsquo;antis\u00e9mitisme au-del\u00e0 de l&rsquo;Histoire<\/h2>\n<p>La th\u00e8se de l&rsquo;antis\u00e9mitisme de Genet, qui constitue le point de d\u00e9part de \u00ab\u00a0Jean Genet \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb, prend a priori l\u2019allure d\u2019un postulat pol\u00e9mique, voire d\u2019une tentative de provocation\u00a0: qui voudrait admettre que cet \u00e9crivain, qui fut longtemps associ\u00e9 \u00e0 Sartre et \u00e0 la gauche intellectuelle fran\u00e7aise, soit antis\u00e9mite\u00a0? Or, Marty entreprend de nuancer et relativiser sa position, d\u00e8s les premi\u00e8res pages de son essai, en dissociant l&rsquo;antis\u00e9mitisme qu&rsquo;il attribue aux textes de Genet de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une haine ou d&rsquo;une discrimination entretenue \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du peuple juif.<\/p>\n<p>Selon l\u2019auteur, Genet ne serait pas antis\u00e9mite selon le sens p\u00e9joratif traditionnellement associ\u00e9 \u00e0 ce terme. Il d\u00e9finit plut\u00f4t l&rsquo;antis\u00e9mitisme genetien comme le r\u00e9sultat d&rsquo;une \u00ab\u00a0passion m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb (Marty, 2003, 5). Appuyant son analyse sur quelques passages tir\u00e9s de certaines \u0153uvres sp\u00e9cifiques<a id=\"footnoteref4_473fixm\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans\u00a0Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem, Marty fonde essentiellement son analyse de l'\u0153uvre de Genet sur des extraits d'Un captif amoureux, \u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb,\u00a0Pompes fun\u00e8bres\u00a0et\u00a0L'Enfant criminel\u00a0(court texte \u00e9crit pour la radio en 1949). \" href=\"#footnote4_473fixm\">[4]<\/a>, il affirme que la pens\u00e9e genetienne serait fond\u00e9e sur une opposition m\u00e9taphysique entre le Bien et le Mal \u00e0 travers laquelle \u00ab\u00a0[le principe de Bien] serait\u00a0pressenti sur un mode purement n\u00e9gatif, c&rsquo;est-\u00e0-dire comme ce que le Mal \u2013 auquel il est attach\u00e9 \u2013 ne saurait absorber, ou encore comme ce avec quoi le Mal ne pourrait entrer en contact, ne pourrait toucher.\u00a0\u00bb (Marty, 2003, 102) Or, selon la logique de ce \u00ab\u00a0manich\u00e9isme tragique\u00a0\u00bb (124) qui d\u00e9finirait l&rsquo;ensemble de l&rsquo;\u0153uvre de Genet, le Juif \u2013 en tant que figure ultime de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, en tant que \u00ab\u00a0ce qui est immonde du fait qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de ce monde\u00a0\u00bb (123) \u2013 serait associ\u00e9 au Bien absolu, \u00e0 ce qui ne saurait \u00eatre alt\u00e9r\u00e9 ou perverti.\u00a0<\/p>\n<p>Marty convoque ensuite, pour la reprendre \u00e0 sa mani\u00e8re, la c\u00e9l\u00e8bre th\u00e8se d\u00e9fendue par Sartre dans <em>Saint Genet\u00a0: Com\u00e9dien et martyr<\/em> (1952) qui conf\u00e8re \u00e0 Genet un r\u00f4le fondamental de \u00ab\u00a0tra\u00eetre\u00a0\u00bb. Partant de ce principe, il d\u00e9finit l&rsquo;\u00e9criture genetienne comme marqu\u00e9e par une \u00ab\u00a0angoisse du Bien\u00a0\u00bb doubl\u00e9e d&rsquo;une fid\u00e9lit\u00e9 ind\u00e9fectible et d&rsquo;un amour inconditionn\u00e9 pour le Mal. Il utilise ainsi cette posture de d\u00e9part pour d\u00e9fendre l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un antis\u00e9mitisme genetien qui appara\u00eetrait comme r\u00e9sultant d&rsquo;une \u00ab\u00a0fatalit\u00e9 ontologique\u00a0\u00bb (93). Il affirme alors que \u00ab\u00a0si Genet est antis\u00e9mite, [\u2026] c&rsquo;est simplement parce qu&rsquo;aux yeux de Genet le Juif est le Bien, parce qu&rsquo;il est le Bien absolu et que l&rsquo;antis\u00e9mitisme de Genet est une angoisse du Bien, une angoisse \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du Bien.\u00a0\u00bb (94) La notion d&rsquo;\u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb telle que pr\u00e9sent\u00e9e dans <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem <\/em>aurait donc peu \u00e0 avoir avec l&rsquo;antis\u00e9mitisme racial associ\u00e9 au nazisme allemand. Quant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une \u00ab\u00a0haine du Bien\u00a0\u00bb qui caract\u00e9riserait l&rsquo;\u00e9criture de Genet, elle se r\u00e9v\u00e8le beaucoup moins subversive que ce qu&rsquo;annonce le postulat initial de Marty, postulat que Ceccatty, pourtant, cherche \u00e0 d\u00e9noncer.<\/p>\n<p>Or, il semble justement que le c\u0153ur de la controverse qui oppose ici les deux lecteurs de Genet r\u00e9side moins dans la th\u00e8se principale d\u00e9fendue par Marty que dans l&rsquo;usage singulier que fait celui-ci du terme \u00ab\u00a0antis\u00e9mite\u00a0\u00bb <a id=\"footnoteref5_5annmx0\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette controverse n'est pas sans rappeler, par ailleurs, le d\u00e9bat autour du sens du mot \u00ab\u00a0juif\u00a0\u00bb qui l'opposera aux th\u00e8ses d'Alain Badiou et qui donnera lieu, en 2007, \u00e0 la publication d'un ouvrage intitul\u00e9 Une querelle avec Alain Badiou, philosophe. \" href=\"#footnote5_5annmx0\">[5]<\/a>. Car \u00e0 travers son analyse des textes de Genet, Marty travaille \u00e0 distinguer deux types d&rsquo;antis\u00e9mitisme. Il y aurait, \u00e0 son sens, un \u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme ordinaire et banal\u00a0\u00bb (103) \u2013 celui auquel on ferait r\u00e9f\u00e9rence pour d\u00e9crire les discours haineux qui ont accompagn\u00e9 la mont\u00e9e du fascisme en Europe \u2013 dont le sens serait fluctuant, \u00ab\u00a0[soumis] aux lois d&rsquo;analogie, d&rsquo;identification id\u00e9ologique, d&rsquo;association propres aux discours de la rationalit\u00e9 historique.\u00a0\u00bb (107) \u00c0 cette conception traditionnelle de l&rsquo;antis\u00e9mitisme il en oppose une autre qui serait, quant \u00e0 elle, <em>essentielle<\/em>, et qui tiendrait moins de pratiques discriminatoires ou d&rsquo;all\u00e9geances id\u00e9ologiques que d&rsquo;une posture transcendante d&rsquo;angoisse de l&rsquo;Autre dans son alt\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9ductible. Cet antis\u00e9mitisme tirerait sa signification dans des conceptions m\u00e9taphysiques qui exc\u00e9deraient l&rsquo;Histoire dans sa dimension \u00e9v\u00e9nementielle et qui \u00ab\u00a0[aurait] pour m\u00e9ditation et pour aliment ce qu&rsquo;on a appel\u00e9 l&rsquo;<em>historial<\/em>\u00a0\u00bb (107). Il ne saurait, ainsi, \u00eatre attribuable \u00e0 des temporalit\u00e9s fixes, \u00e0 des p\u00e9riodes historiques circonscrites. Ainsi, l&rsquo;antis\u00e9mitisme <em>essentiel<\/em>, celui qu&rsquo;incarnerait l&rsquo;\u0153uvre de Genet, n&rsquo;aurait rien \u00e0 voir, contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;on pourrait croire, avec une forme ou une autre de projet politique ou d&rsquo;engagement militant mais serait, plut\u00f4t, un <em>\u00e9tat<\/em><a id=\"footnoteref6_kjjub8z\" class=\"see-footnote\" title=\" Pour appuyer son hypoth\u00e8se d'une forme essentielle d'antis\u00e9mitisme qui s'incarnerait, notamment, dans l'\u0153uvre de Genet, Marty convoque \u2013 en ouverture de Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem, puis une seconde fois dans Jean Genet\u00a0: Post-Scriptum \u2013 un long extrait du Saint-Genet de Sartre qui d\u00e9bute ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Genet est antis\u00e9mite. Ou plut\u00f4t, il joue \u00e0 l'\u00eatre. On imagine bien qu'il lui est difficile de soutenir la plupart des th\u00e8mes de l'antis\u00e9mitisme. Refuse les droits politiques aux Juifs?\u00a0Mais il se moque de la politique. Les exclure des professions lib\u00e9rales, leur interdire tout commerce? Cela reviendrait \u00e0 dire qu'il se refuse \u00e0 les voler, puisque les commer\u00e7ants sont ses victimes. Curieux antis\u00e9mite qui se d\u00e9finirait par sa r\u00e9pugnance \u00e0 voler les Isra\u00e9lites. Veut-il donc les tuer par grandes masses? Mais les massacres n'int\u00e9ressent pas Genet; les meurtres dont il r\u00eave sont individuels.\u00a0\u00bb (Saint-Genet\u00a0: Com\u00e9dien et martyr, p. 230) Marty emprunte ainsi \u00e0 Sartre la figure du \u00ab\u00a0marginal exemplaire\u00a0\u00bb dont la logique morale propre et les aspirations seraient totalement \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l'ordre social et \u00e0 la politique afin d'\u00e9tayer son affirmation d'une forme d'antis\u00e9mitisme qui se distinguerait du sens historiquement conf\u00e9r\u00e9 au terme \u00ab\u00a0antis\u00e9mite\u00a0\u00bb. Il qualifie l'antis\u00e9mitisme de Genet tel que pr\u00e9sent\u00e9 par Sartre de \u00ab\u00a0pr\u00e9dicat [...] presque bienveillant ou en tout cas d'une respectueuse objectivit\u00e9\u00a0\u00bb (Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem, p. 92), d'une neutralit\u00e9 sous laquelle il tente de placer ses r\u00e9flexions m\u00e9taphysiques. Or, c'est notamment cet \u00ab\u00a0usage\u00a0\u00bb m\u00e9thodologique de la pens\u00e9e sartrienne en tant que \u00ab\u00a0pr\u00e9dicat objectif\u00a0\u00bb que Ceccatty lui reproche. \" href=\"#footnote6_kjjub8z\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Une part importante de la d\u00e9marche de Marty r\u00e9side en effet dans cette volont\u00e9 d&rsquo;imposer un nouveau \u00ab\u00a0sens commun\u00a0\u00bb au terme \u00ab\u00a0antis\u00e9mite\u00a0\u00bb, un sens qui se r\u00e9v\u00e9lerait plus \u00ab\u00a0objectif\u00a0\u00bb que l&rsquo;acception traditionnelle du fait qu&rsquo;il serait d\u00e9shistoricis\u00e9, d\u00e9politis\u00e9. On peut ainsi lire dans cette assimilation par Marty du principe d&rsquo;antis\u00e9mitisme \u00e0 des conceptions purement philosophiques l\u2019usage d\u2019une certaine forme de \u00ab\u00a0rh\u00e9torique du lieu du commun\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire d\u2019une strat\u00e9gie qui viserait, comme le d\u00e9finit la chercheuse Pascale Durand, \u00e0 \u00ab\u00a0transformer en v\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;\u00e9vidence, donc indiscutables, des th\u00e8mes et des th\u00e8ses profond\u00e9ment discutables\u00bb (Durand, 2004, 35) en pla\u00e7ant celui qui l&rsquo;\u00e9nonce dans une \u00ab\u00a0position de neutralit\u00e9 ext\u00e9rieure et d&rsquo;universalisme abstrait.\u00a0\u00bb (36) La justification \u00e0 partir d&rsquo;arguments ontologiques g\u00e9n\u00e9raux de cette th\u00e9orie d&rsquo;un\u00a0\u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme essentiel\u00a0\u00bb peut effectivement se concevoir comme une tentative de fixer une acception commune, d&rsquo;\u00e9tablir un consensus autour d&rsquo;une posture qui appara\u00eet, \u00e0 la base, pol\u00e9mique.\u00a0<\/p>\n<p>Or, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment cette posture qui choque Ceccatty, celui-ci refusant cette \u00ab\u00a0neutralisation\u00a0\u00bb d\u2019un concept aussi fondamentalement id\u00e9ologique que l\u2019antis\u00e9mitisme. Il affirme que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 27.75pt; text-align: justify;\">[p]arler d&rsquo;antis\u00e9mitisme \u00e0 propos de <em>Pompes fun\u00e8bres<\/em>, d&rsquo;<em>Un captif amoureux<\/em>, de <em>L&rsquo;\u00e9trange mot d&rsquo;<\/em>&#8230; est abusif, parce que l&rsquo;antis\u00e9mitisme bien r\u00e9el, l&rsquo;antis\u00e9mitisme des v\u00e9ritables antis\u00e9mites qui sont all\u00e9s jusqu&rsquo;\u00e0 la d\u00e9lation, jusqu&rsquo;\u00e0 la collaboration avec les nazis, permettant l&rsquo;extermination d&rsquo;un peuple, puis plus tard jusqu&rsquo;\u00e0 la profanation des tombes, \u00e0 la d\u00e9n\u00e9gation, au n\u00e9gationnisme, au r\u00e9visionnisme, est banalis\u00e9 par cette accusation outranci\u00e8re. (Ceccatty, 2006, 899)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9ponse virulente et sans \u00e9quivoque \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un \u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme essentiel\u00a0\u00bb d\u00e9note un refus cat\u00e9gorique de r\u00e9fl\u00e9chir le concept d&rsquo;antis\u00e9mitisme au-del\u00e0 \u2013 ou <em>en-de\u00e7\u00e0<\/em>, d\u00e9pendamment de la perspective adopt\u00e9e \u2013 des termes de l&rsquo;Histoire, une r\u00e9sistance \u00e0 repenser les \u00ab\u00a0fondements\u00a0\u00bb de ce terme en le dissociant des \u00e9v\u00e9nements historiques tragiques qui ont forg\u00e9 sa signification dans l&rsquo;imaginaire collectif. Ainsi, la vive opposition de Ceccatty aux propos de Marty \u00a0t\u00e9moigne moins d\u2019une r\u00e9action \u00e0 sa lecture de Genet qu&rsquo;\u00e0 son usage pol\u00e9mique du terme \u00ab\u00a0antis\u00e9mite\u00a0\u00bb, un terme lourd d&rsquo;une \u00ab\u00a0m\u00e9moire commune\u00a0\u00bb que Ceccatty refuse de voir occulter \u00e0 travers des consid\u00e9rations m\u00e9taphysiques.<\/p>\n<h2>Relire Genet pour repenser Isra\u00ebl \u00a0<\/h2>\n<p>En d\u00e9pit de la position d&rsquo;\u00ab\u00a0objectivit\u00e9 m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb que Marty travaille \u00e0 construire au fil de son exposition du principe d&rsquo;\u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme essentiel\u00a0\u00bb, sa posture id\u00e9ologique personnelle transpara\u00eet dans ses deux essais, et de mani\u00e8re encore plus explicite dans <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>. La structure particuli\u00e8re de l&rsquo;ouvrage est en soi r\u00e9v\u00e9latrice\u00a0: compos\u00e9 de trois courts essais, celui-ci s&rsquo;ouvre sur le r\u00e9cit personnel d&rsquo;un voyage \u00e0 J\u00e9rusalem effectu\u00e9 par Marty lui-m\u00eame en 2000<a id=\"footnoteref7_crjie99\" class=\"see-footnote\" title=\"En soi, le fait que le r\u00e9cit de voyage en question, \u00ab\u00a0Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb, donne son titre \u00e0 l'essai peut \u00eatre vu comme un indice de l\u2019importance de la dimension personnelle de la r\u00e9flexion men\u00e9e par Marty. \" href=\"#footnote7_crjie99\">[7]<\/a>, se poursuit avec l&rsquo;article \u00ab\u00a0Jean Genet \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb, puis avec une r\u00e9flexion philosophique autour du texte \u00ab\u00a0La Terre ne se meut pas\u00a0\u00bb (1934) d&rsquo;Edmund Husserl, et se termine avec, en annexe, une s\u00e9lection de discours et d&rsquo;interventions publiques de l&rsquo;auteur sur la question du conflit isra\u00e9lo-palestinien. Par cette composition h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, il est possible de deviner une entreprise intellectuelle qui n&rsquo;aurait que peu \u00e0 voir avec l&rsquo;analyse ou la critique universitaire, ni m\u00eame avec la forme de l&rsquo;essai litt\u00e9raire, mais plut\u00f4t avec une d\u00e9marche, un projet personnel ayant pour objectif de r\u00e9fl\u00e9chir dans une optique sp\u00e9cifique les enjeux du conflit isra\u00e9lo-palestinien. Or, cette perspective, Marty l&rsquo;annonce de mani\u00e8re explicite \u00e0 la fin de l&rsquo;avant-propos\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 27.75pt; text-align: justify;\">\u00c0 ce titre, ce livre, tant par le r\u00e9cit d&rsquo;un voyage \u00e0 J\u00e9rusalem par lequel il s&rsquo;ouvre que par les \u00e9tudes litt\u00e9raires et philosophiques qui lui succ\u00e8dent sur Genet \u00e0 Chatila et sur Husserl et la Terre comme Arche, [&#8230;] mais aussi par nos interventions dans le d\u00e9bat politique que nous proposons en annexe \u00e0 titre de document n&rsquo;est qu&rsquo;une seule et m\u00eame m\u00e9ditation sur le nom d&rsquo;Isra\u00ebl, qui fut le nom de Jacob, le nom du sujet humain en tant qu&rsquo;il ne c\u00e8de pas sur son identit\u00e9, donc du sujet en tant qu&rsquo;il est libre. (Marty, 2003, 52)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il pr\u00e9sente alors <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em> comme une tentative de repenser les fondements ontologiques de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl, comme une volont\u00e9 de r\u00e9fl\u00e9chir l&rsquo;identit\u00e9 du peuple juif, non comme organisation politique, mais plut\u00f4t en tant qu&rsquo;\u00ab\u00a0essence minoritaire\u00a0\u00bb, en tant qu&rsquo;\u00ab\u00a0alt\u00e9rit\u00e9 inconditionn\u00e9e\u00a0\u00bb (51).<\/p>\n<p>Cette entreprise qui s&rsquo;affirme comme une r\u00e9flexion m\u00e9taphysique semble en outre intimement li\u00e9e \u00e0 plusieurs constats, plusieurs critiques formul\u00e9es par Marty \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des rapports entre la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise et la communaut\u00e9 juive d&rsquo;Isra\u00ebl. D\u00e8s l&rsquo;avant-propos, l&rsquo;essayiste tente de revenir sur un certain nombre d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements marquants li\u00e9s au conflit isra\u00e9lo-palestinien <a id=\"footnoteref8_i80b52h\" class=\"see-footnote\" title=\" Principalement sur le massacre de Sabra et Chatila, ainsi que sur le d\u00e9clenchement de la seconde Intifada \u00e0 la suite de la visite d'Ariel Sharon sur l'Esplanade des Mosqu\u00e9es en 2000. \" href=\"#footnote8_i80b52h\">[8]<\/a>, dont il d\u00e9nonce le traitement par les m\u00e9dias fran\u00e7ais. Il accuse les journalistes de \u00ab\u00a0d\u00e9formations des faits, [de] mensonges par omission\u00a0\u00bb (45) et leur reproche de participer d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 une \u00ab\u00a0victimisation du peuple palestinien [et \u00e0 une] criminalisation du peuple juif.\u00a0\u00bb (49) Reconnu pour son engagement en faveur de l&rsquo;\u00c9tat h\u00e9breu, Marty adopte un point de vue extr\u00eamement critique par rapport \u00e0 ses contemporains gauchistes et ce qu&rsquo;il d\u00e9crit comme un discours humaniste na\u00eff pro-Palestine. Le projet de <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em> na\u00eet ainsi du constat d&rsquo;une relation \u2013 historique et politique, mais \u00e9galement <em>spirituelle<\/em> \u2013 entre la France et les Juifs qui se serait nou\u00e9e apr\u00e8s la Seconde Guerre mondiale, mais d\u00e9grad\u00e9e depuis le d\u00e9but du conflit isra\u00e9lo-palestinien.<\/p>\n<p>C&rsquo;est donc dans l&rsquo;optique d&rsquo;un lien \u00e0 restituer, d&rsquo;une cassure \u00e0 r\u00e9parer que s&rsquo;effectue la lecture des textes de Genet dans \u00ab\u00a0Jean Genet \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb, comme l&rsquo;\u00e9voque encore une fois Marty lui-m\u00eame\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Si nous avons \u00e9t\u00e9 sensible \u00e0 la question d&rsquo;Isra\u00ebl telle qu&rsquo;elle se pose sous la forme de son meurtre chez Genet [\u2026], c&rsquo;est peut-\u00eatre qu&rsquo;il nous semble, aujourd&rsquo;hui, que le nihilisme europ\u00e9en et que la crise spirituelle contemporaine se traduisent par la menace d&rsquo;une rupture du lien qui faisait de l&rsquo;Europe, apr\u00e8s la Shoah, un partenaire essentiel du peuple juif, menace d&rsquo;un retournement dans la relation de reconnaissance que l&rsquo;Histoire semblait avoir, une fois pour toutes, \u00e9tablies. (27)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi Marty trouve-t-il, dans l&rsquo;\u00ab\u00a0antis\u00e9mitisme m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb de Genet une forme de r\u00e9ponse, de solution\u00a0 \u00e0 cette \u00ab\u00a0crise spirituelle contemporaine\u00a0\u00bb. Il cherche \u00e0 d\u00e9gager un lien de continuit\u00e9 entre les politiques antis\u00e9mites ayant men\u00e9 \u00e0 la Shoah et ce qu&rsquo;il d\u00e9signe comme la \u00ab\u00a0criminalisation\u00a0\u00bb du gouvernement isra\u00e9lien \u00e0 travers le discours m\u00e9diatique fran\u00e7ais. En s&rsquo;appuyant sur une s\u00e9rie de donn\u00e9es historiques qu&rsquo;il expose dans \u00ab\u00a0Jean Genet \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb et sur le concept girardien de crise mim\u00e9tique, il tente de d\u00e9fendre l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une posture de \u00ab\u00a0bouc \u00e9missaire\u00a0\u00bb qui aurait \u00e9t\u00e9 historiquement attribu\u00e9e au peuple juif depuis la propagande nazie jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;imputation de la responsabilit\u00e9 du massacre de Sabra et Chatila aux dirigeants isra\u00e9liens.<\/p>\n<p>Il cherche \u00e9galement, dans cette perspective, \u00e0 \u00e9tablir un rapprochement, \u00e0 d\u00e9montrer la \u00ab\u00a0redoutable sym\u00e9trie\u00a0\u00bb (123) entre le massacre du village d&rsquo;Oradour-sur-Glane \u2013 commis par l&rsquo;arm\u00e9e hitl\u00e9rienne en 1944, et mis en fiction par Genet dans <em>Pompes fun\u00e8bres<\/em> \u2013 et celui de Sabra et Chatila, deux \u00e9v\u00e9nements que Marty qualifie, en reprenant la formule heideggerienne, d&rsquo;<em>historials<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire <em>essentiels<\/em>, profond\u00e9ment d\u00e9terminants. Il propose une analyse comparative des repr\u00e9sentations litt\u00e9raires propos\u00e9es par Genet de ces deux \u00e9pisodes, deux textes \u00e9crits \u00e0 pr\u00e8s de quarante ans d&rsquo;intervalle et ayant, par ailleurs, peu en commun sur le plan de la forme et du ton<a id=\"footnoteref9_cot8o9k\" class=\"see-footnote\" title=\" Alors que Pompes fun\u00e8bres est une fiction romanesque r\u00e9dig\u00e9e dans une prose lyrique et camp\u00e9e dans l'univers fantasmatique caract\u00e9ristique des premiers romans de Genet, \u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb se pr\u00e9sente plut\u00f4t comme un t\u00e9moignage auquel s'ajoutent des fragments de r\u00e9flexion autour de la question de l'\u00ab\u00a0\u00e9criture de l'\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb. \" href=\"#footnote9_cot8o9k\">[9]<\/a>. Il y rel\u00e8ve un certain nombre de similarit\u00e9s qu&rsquo;il associe aux figurations symboliques du Bien et du Mal et \u00e0 la repr\u00e9sentation du Juif comme figure de l&rsquo;innocence absolue. Il en conclut alors que \u00ab\u00a0[l]a logique de raccordement entre ces deux \u00e9v\u00e9nements ne prend son sens [&#8230;] qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la m\u00e9taphysique de Genet\u00a0\u00bb (108), une logique r\u00e9sidant dans la manifestation d&rsquo;un antis\u00e9mitisme essentiel qui caract\u00e9riserait autant l&rsquo;\u00e9pisode nazi que les \u00ab\u00a0attaques\u00a0\u00bb \u2013 attaques symboliques \u00e0 travers le discours m\u00e9diatiques, attaques frontales \u00e0 travers le terrorisme palestinien \u2013 commises \u00e0 l&rsquo;endroit du peuple juif dans le cadre du conflit isra\u00e9lo-palestinien.<\/p>\n<p>Or, justement, cet emploi sp\u00e9cifique du terme \u00ab\u00a0antis\u00e9mite\u00a0\u00bb soul\u00e8ve les oppositions, et ce, malgr\u00e9 les justifications exhaustives que Marty construit autant \u00e0 partir de sa lecture de Genet qu&rsquo;\u00e0 partir de donn\u00e9es historiques. Devant ces nouveaux parall\u00e8les pr\u00e9sent\u00e9s dans <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, Ceccatty r\u00e9pond qu&rsquo;\u00ab\u00a0\u00eatre antisioniste, ce n&rsquo;est pas \u00eatre antis\u00e9mite\u00a0\u00bb (Ceccatty, 2006, 3) et que \u00ab\u00a0n&rsquo;en d\u00e9plaise \u00e0 Marty, la contestation de la politique et m\u00eame de la cr\u00e9ation de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl n&rsquo;a jamais suffi \u00e0 d\u00e9finir une attitude antis\u00e9mite.\u00a0\u00bb (3) Ici encore, c&rsquo;est moins la lecture du texte de Genet qui appara\u00eet probl\u00e9matique que le d\u00e9placement de sens qu&rsquo;effectue Marty en juxtaposant l&rsquo;opposition aux politiques isra\u00e9liennes \u00e0 la notion d&rsquo;antis\u00e9mitisme, en associant un terme ayant acquis toute sa connotation \u00e0 la suite d\u2019\u00e9v\u00e9nements traumatiques \u00e0 un conflit g\u00e9opolitique dont les enjeux divisent encore aujourd\u2019hui les milieux intellectuels fran\u00e7ais. Bien que Ceccatty cherche \u00e0 d\u00e9construire l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;\u0153uvre de Genet propos\u00e9e par Marty, ce sont \u00e9galement ses positions \u00e9videntes en faveur du sionisme et l&rsquo;incidence de celles-ci sur son usage du concept d&rsquo;antis\u00e9mitisme qui d\u00e9rangent.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u00a0Jean Genet \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb de Marty peut se concevoir comme le r\u00e9sultat d&rsquo;une double d\u00e9marche, du fait que l&rsquo;essayiste tente \u00e0 la fois de penser le conflit isra\u00e9lo-palestinien contre le discours dominant de son \u00e9poque (ou du moins, ce qu&rsquo;il <em>pr\u00e9sente<\/em> comme un discours dominant), et de lire le \u00ab\u00a0dernier Genet\u00a0\u00bb contre ses contemporains qui ont analys\u00e9 <em>Un captif amoureux<\/em> et \u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;aune des engagements politiques de l&rsquo;auteur. Or, il semble que ce soit \u00e9galement cette relation \u00e0 peine dissimul\u00e9e entre la prise de position politique de Marty \u2013 bien que celui-ci mentionne \u00e0 plusieurs reprises que <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em> \u00ab\u00a0n&rsquo;est pas un texte d&rsquo;engagement\u00a0\u00bb (90) \u2013 et sa lecture de Genet qui suscite la controverse. Dans son premier article, \u00ab\u00a0Pourquoi caricaturer la pens\u00e9e de Jean Genet?\u00a0\u00bb, Ceccatty s&rsquo;insurge contre l&rsquo;analyse de Marty, qu&rsquo;il con\u00e7oit comme une \u00ab\u00a0caricature\u00a0\u00bb, comme une \u00ab\u00a0d\u00e9naturation du texte\u00a0\u00bb (Ceccatty, 2006, 901) orient\u00e9e par une vis\u00e9e id\u00e9ologique pr\u00e9cise et se demande \u00ab\u00a0[a]u nom de quelle position \u00e9thique politique [fait-on \u00e0 Genet] le proc\u00e8s de ses images, de son ironie, de ses provocations, de ses partis pris?\u00a0\u00bb (897) Encore une fois, l&rsquo;\u00ab\u00a0instrumentalisation\u00a0\u00bb manifeste de l&rsquo;\u0153uvre de Genet par Marty semble d\u00e9ranger autant, sinon plus, que la th\u00e8se de l\u2019antis\u00e9mitisme. Ceccatty lui reproche, sans le formuler directement ainsi, le non-respect de ce que Bourdieu a d\u00e9fini comme les normes du \u00ab\u00a0discours lettr\u00e9\u00a0\u00bb,\u00a0 un discours dont l&rsquo;usage veut que \u00ab\u00a0[c]elui qui se sert d&rsquo;un texte est servi par le texte autant qu&rsquo;il le sert mais seulement \u00e0 condition qu&rsquo;il apparaisse et s&rsquo;apparaisse comme servant le texte et non \u00e0 travers lui ses propres int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1975, 5), et que \u00ab\u00a0les int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels ou symboliques ne [puissent] se satisfaire qu&rsquo;\u00e0 condition de se dissimuler ou de se transfigurer.\u00a0\u00bb (5) Ainsi, la critique de Marty \u2013 qui laisse voir une transposition sur le texte litt\u00e9raire d&rsquo;int\u00e9r\u00eats politiques personnels<a id=\"footnoteref10_2ujc5sx\" class=\"see-footnote\" title=\" Qui plus est, sur une \u0153uvre consacr\u00e9e comme l'une des plus importantes du XX\u1d49 si\u00e8cle fran\u00e7ais. \" href=\"#footnote10_2ujc5sx\">[10]<\/a> \u2013 choque \u00e9galement du fait qu&rsquo;elle transgresse les standards m\u00e9thodologiques que prescrit la posture de son auteur dans le champ intellectuel <a id=\"footnoteref11_7ql99wh\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c9ric Marty est professeur de litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l'Universit\u00e9 Paris VII et \u00e9diteur chez Seuil des \u0153uvres compl\u00e8tes de Roland Barthes. \" href=\"#footnote11_7ql99wh\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>La dimension politique et id\u00e9ologique de ce d\u00e9bat a priori litt\u00e9raire devient par ailleurs de plus en plus manifeste au fil du dialogue entre les deux critiques, compromettant la position d&rsquo;objectivit\u00e9 et de d\u00e9sint\u00e9r\u00eat que cherche \u00e0 d\u00e9fendre Marty. Dans \u00ab\u00a0Jean Genet antis\u00e9mite? Sur une tenace rumeur\u00a0\u00bb, Ceccatty lui reproche, en plus de sa \u00ab\u00a0lecture caricaturale\u00a0\u00bb et de son \u00ab\u00a0interpr\u00e9tation na\u00efve\u00a0\u00bb, d&rsquo;avoir \u00e9crit <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em> dans \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9lan d&rsquo;une adh\u00e9sion totale \u00e0 la politique men\u00e9e par Ariel Sharon.\u00a0\u00bb (Ceccatty, 2006, 905) Quelques mois plus tard, dans \u00ab\u00a0\u00c0 propos de Jean Genet et de l&rsquo;antis\u00e9mitisme\u00a0\u00bb, Marty ne d\u00e9fend que tr\u00e8s bri\u00e8vement son interpr\u00e9tation des textes de Genet, et il r\u00e9pond \u00e0 la critique de Ceccatty par la justification suivante\u00a0: \u00ab\u00a0Ma d\u00e9fense du droit \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un pays et d&rsquo;un peuple ne signifie nullement une \u00ab\u00a0adh\u00e9sion totale\u00a0\u00bb \u00e0 la politique d&rsquo;un homme que je n&rsquo;ai pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 critiquer tant pour sa politique d&rsquo;implantation dans les Territoires palestiniens que pour sa politique au Liban.\u00a0\u00bb\u00a0(Marty, 2007, 210)<\/p>\n<p>Il prend ensuite la peine de pr\u00e9ciser, \u00e0 propos du cas d&rsquo;Ariel Sharon\u00a0: \u00ab\u00a0Aujourd&rsquo;hui, six ans apr\u00e8s les faits, la plupart des analystes et des observateurs avertis ne soutiennent plus la th\u00e8se d&rsquo;une <em>responsabilit\u00e9<\/em> de Sharon dans [le d\u00e9clenchement de la Seconde Intifada] mais, comme je le fis alors, celle du <em>pr\u00e9texte<\/em>.\u00a0\u00bb (211) Ainsi, au fil des explications, l&rsquo;objet du d\u00e9bat se d\u00e9place au-del\u00e0 des enjeux litt\u00e9raires, car \u00e0 l&rsquo;accusation d&rsquo;une mauvaise lecture, d&rsquo;une lecture biais\u00e9e par des all\u00e9geances politiques, Marty r\u00e9plique en d\u00e9fendant et en nuan\u00e7ant ses positions id\u00e9ologiques. Ainsi, dans cet exemple pr\u00e9cis, l&rsquo;\u0153uvre de Genet devient, elle aussi, un <em>pr\u00e9texte<\/em> \u00e0 d\u00e9fendre les politiques isra\u00e9liennes.<\/p>\n<h2>L&rsquo;\u0152uvre de Genet et l&rsquo;Histoire<\/h2>\n<p>En ouverture de \u00ab\u00a0Jean Genet antis\u00e9mite? Sur une tenace rumeur\u00a0\u00bb, Ceccatty \u00e9nonce ce qui constitue, \u00e0 son sens, l&rsquo;un des principaux \u00e9l\u00e9ments probl\u00e9matiques de la lecture de Marty. Il est question, encore une fois, des rapports qu&rsquo;entretient l&rsquo;\u0153uvre de Genet avec la politique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 27.75pt; text-align: justify;\">Le proc\u00e8s qui est fait \u00e0 Jean Genet depuis quelques ann\u00e9es sur son suppos\u00e9 antis\u00e9mitisme nous conduit \u00e0 nous interroger sur la mani\u00e8re dont il est d\u00e9sormais lu par quelques historiens et th\u00e9oriciens de la litt\u00e9rature. Mal enfin, parce que, ind\u00e9pendamment du sujet abord\u00e9 [\u2026], c&rsquo;est toute la question de la situation du romancier ou du po\u00e8te dans l&rsquo;actualit\u00e9 ou la m\u00e9moire historique qui se pose. \u00c0 vrai dire, la question tout enti\u00e8re de l&rsquo;imagination po\u00e9tique et de la libert\u00e9 de ton et de parole dans la litt\u00e9rature.\u00a0(Ceccatty, 2006, 895)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il semble en effet qu&rsquo;une part de la querelle entre Marty et Ceccatty r\u00e9side dans leurs diff\u00e9rentes conceptions des liens qui unissent l&rsquo;\u00e9criture genetienne aux \u00e9v\u00e9nements historiques. Dans <em>Jean Genet\u00a0: Post-Scriptum<\/em>, Marty approfondit la question du politique chez Genet, et postule que l&rsquo;association des textes de Genet \u00e0 une \u00e9criture engag\u00e9e serait le fruit d&rsquo;une profonde incompr\u00e9hension renforc\u00e9e par la publication d&rsquo;<em>Un captif amoureux<\/em>. Il formule l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un \u00ab\u00a0malentendu\u00a0fondamental\u00a0\u00bb (53) qui serait immanent \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture de Genet et d\u00e9finirait le lien de ses \u0153uvres au champ politique. Il affirme que<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 27.75pt; text-align: justify;\">Genet, contrairement au grand homme [\u2026] n&rsquo;est donc jamais <em>victime <\/em>du malentendu. Bien plus, s&rsquo;il est un immense \u00e9crivain moderne \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire red\u00e9finissant enti\u00e8rement les contours, le sens, et la nature de sa pratique mais aussi la signification que prend le monde \u00e0 travers elle \u2013, c&rsquo;est que, loin d&rsquo;\u00eatre la victime du malentendu, il en est l&rsquo;agent actif. (Marty, 2006, 60)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette confusion dont il attribue la responsabilit\u00e9 \u00e0 Genet lui-m\u00eame serait, selon Marty, d&rsquo;ordre principalement linguistique et reposerait sur ce qu&rsquo;il d\u00e9signe comme un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;homonymie. Plus sp\u00e9cifiquement, il met en lumi\u00e8re l&rsquo;utilisation r\u00e9currente, par Genet, d&rsquo;un certain nombre de termes \u2013 il donne notamment en exemple le mot \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb et le nom d&rsquo;Hitler \u2013 dont l&rsquo;usage commun r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements historiques ou \u00e0 des concepts politiques r\u00e9els, mais qui prendraient un nouveau sens \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9criture genetienne.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re que, selon Marty, l&rsquo;antis\u00e9mitisme de Genet ne serait pas l&rsquo;antis\u00e9mitisme des dirigeants nazis et trouverait sa signification au-del\u00e0 de la \u00ab\u00a0rationalit\u00e9 historique\u00a0\u00bb, ces expressions renverraient \u00e0 un r\u00e9seau de significations propre, d\u00e9tach\u00e9 du monde r\u00e9el. Le \u00ab\u00a0malentendu homonymique\u00a0\u00bb reposerait ainsi sur<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 28.5pt; text-align: justify;\">la transgression de ce qui assure l&rsquo;ordre n\u00e9cessaire du discours politique dont l&rsquo;existence m\u00eame ne se fonde que sur l&rsquo;hypoth\u00e8se h\u00e9t\u00e9ronymique, celle du paradigme, et qui veut que le mot \u00ab\u00a0fascisme\u00a0\u00bb n&rsquo;a lieu d&rsquo;\u00eatre que dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9quivalences et d&rsquo;oppositions (d\u00e9mocratie, parlementarisme, nazisme, totalitarisme, libert\u00e9&#8230;). (68)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De cette mani\u00e8re, Marty \u00e9met l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il y aurait, chez Genet, l&rsquo;<em>illusion<\/em> d&rsquo;un discours politique cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;usage de termes id\u00e9ologiquement connot\u00e9s. Or, ces termes ne renverraient, selon lui, \u00e0 aucun paradigme connu et trouveraient plut\u00f4t leur sens dans un syst\u00e8me moral et \u00e9thique propre, fond\u00e9 sur des principes de refus du Bien, de domination et de trahison<a id=\"footnoteref12_ctglqfn\" class=\"see-footnote\" title=\" Encore une fois, ici, Marty s'appuie sur les th\u00e8ses propos\u00e9es par Sartre dans Saint-Genet\u00a0: Com\u00e9dien et martyr. \" href=\"#footnote12_ctglqfn\">[12]<\/a> et dont \u00ab\u00a0la logique qui ne saurait \u00eatre ailleurs que dans un certain usage de la langue.\u00a0\u00bb (12)<\/p>\n<p>Dans son article, Ceccatty ne s&rsquo;oppose pas explicitement \u00e0 cette vision du politique chez Genet, mais formule toutefois certaines nuances et objections. Il affirme lui aussi l&rsquo;impossibilit\u00e9 de consid\u00e9rer l&rsquo;\u00e9criture genetienne comme l&rsquo;expression d&rsquo;un discours politique, et il attribue les allusions r\u00e9currentes au fascisme et au nazisme \u00e0 une volont\u00e9 de provocation. Il refuse toutefois de concevoir l&rsquo;\u0153uvre de Genet comme l&rsquo;incarnation d&rsquo;un syst\u00e8me de valeurs apolitiques bas\u00e9 sur l&rsquo;amour du Mal; il per\u00e7oit plut\u00f4t dans ses textes une certaine forme d&rsquo;engagement, non pas envers une id\u00e9ologie pr\u00e9cise, mais en faveur de la libert\u00e9 des peuples. Le dernier passage de \u00ab\u00a0Pourquoi caricaturer la pens\u00e9e de Jean Genet?\u00a0\u00bb est \u00e0 ce sujet \u00e9loquent\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 28.5pt; text-align: justify;\">Pourquoi traquer un pr\u00e9tendu antis\u00e9mitisme et une pr\u00e9tendue sympathie pronazie dans des textes qui n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crits pour accabler un peuple et l&rsquo;exterminer, mais qui d\u00e9noncent au contraire la d\u00e9lation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e d&rsquo;une nation sous l&rsquo;occupation allemande et qui, en ce qui concerne <em>Un captif amoureux<\/em>, tentent de suivre le destin de deux peuples, l&rsquo;un, celui des Noirs am\u00e9ricains, \u00e0 qui est refus\u00e9e la dignit\u00e9 humaine, et l&rsquo;autre, celui des Palestiniens, qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9log\u00e9, colonis\u00e9, humili\u00e9, destitu\u00e9 de toute identit\u00e9 politique? (Ceccatty, 2007, 5)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ceccatty d\u00e9fend ainsi la vision d&rsquo;une \u0153uvre qui serait fonci\u00e8rement militante<a id=\"footnoteref13_k7unkfk\" class=\"see-footnote\" title=\" D'ailleurs, la tonalit\u00e9 expressive qu'il emploie pour d\u00e9crire la situation des Palestiniens laisse croire qu'il serait, comme il le reproche pourtant \u00e0 Marty, lui aussi influenc\u00e9 dans sa lecture par ses positions politiques personnelles. \" href=\"#footnote13_k7unkfk\">[13]<\/a> et t\u00e9moignerait de situations politiques r\u00e9elles.<\/p>\n<p>Nombreux et complexes sont les \u00e9l\u00e9ments qui divisent les deux essayistes autour de l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;\u0153uvre de Genet. Ceccatty formule, \u00e0 l&rsquo;endroit des ouvrages de Marty, un nombre important de critiques d&rsquo;ordre m\u00e9thodologique \u2013 il l&rsquo;accuse d&rsquo;instrumentaliser le texte \u00e0 des fins id\u00e9ologiques, mais \u00e9galement de \u00ab\u00a0manipuler\u00bb les citations, de n\u00e9gliger le contexte d&rsquo;\u00e9criture des textes, d&rsquo;\u00ab\u00a0interpr\u00e9ter n\u00e9gligemment\u00a0\u00bb \u2013 suite \u00e0 quoi Marty reproche \u00e0 Ceccatty d&rsquo;avoir mal lu ses analyses, de n&rsquo;avoir \u00ab\u00a0voulu y voir que de petites choses\u00a0\u00bb (Marty, 2007, 209) et de manquer \u00ab\u00a0aux r\u00e8gles les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la d\u00e9ontologie critique.\u00a0\u00bb (209) L&rsquo;\u00e9change prend ainsi les allures d&rsquo;un proc\u00e8s o\u00f9 chacun chercherait \u00e0 invalider la version de son opposant, et l&rsquo;acharnement et la v\u00e9h\u00e9mence avec laquelle les deux critiques s&rsquo;attaquent mutuellement peut presque laisser croire \u00e0 une guerre d&rsquo;ego<\/p>\n<p>Les probl\u00e9matiques \u00e0 la base de cette querelle autour de l&rsquo;antis\u00e9mitisme de Genet d\u00e9passent toutefois largement les questions de m\u00e9thodologie et d&rsquo;interpr\u00e9tation litt\u00e9raire. Cette controverse qui oppose Marty et Ceccatty permet d\u2019\u00e9clairer les rapports \u00e0 la fois paradoxaux et in\u00e9vitables qu\u2019entretient une \u0153uvre comme celle de Genet avec le politique; une \u0153uvre dont les all\u00e9geances id\u00e9ologiques demeurent parfois ambig\u00fces, mais qui ne peut, n\u00e9anmoins, \u00eatre d\u00e9tach\u00e9e de ses dimensions sociale et politique. Si curieuse et inusit\u00e9e soit la d\u00e9marche de Marty qui consiste \u00e0 \u00ab\u00a0d\u00e9politiser\u00a0\u00bb les textes de Genet \u00e0 travers une \u00ab\u00a0lecture m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb pour mieux d\u00e9fendre ses propres int\u00e9r\u00eats id\u00e9ologiques, cette querelle critique est r\u00e9v\u00e9latrice de certaines implications qui sous-tendent bien souvent l\u2019acte de lecture. Elle montre comment tout travail d\u2019interpr\u00e9tation devient politique lorsqu\u2019il touche \u00e0 des questions qui rel\u00e8vent du <em>sens commun<\/em>. Car ce dialogue sur la logique de l&rsquo;\u00e9criture genetienne est \u00e9galement travers\u00e9, comme nous l\u2019avons montr\u00e9, par un d\u00e9bat sur le sens m\u00eame de l&rsquo;antis\u00e9mitisme, et si la lecture de Marty choque, c&rsquo;est parce qu&rsquo;elle t\u00e9moigne d&rsquo;un d\u00e9sir d&rsquo;\u00e9tablir de nouvelles significations, d&rsquo;une tentative de s&rsquo;approprier \u2013 pour reprendre encore les termes de Bourdieu \u2013 l&rsquo;un des \u00ab\u00a0cat\u00e9gor\u00e8mes qui, en tant que principes de structuration, font le sens du monde, et en particulier du monde social, et le consensus sur le sens de ce monde.\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1987, 134) En ce sens, la vive opposition avec laquelle Ceccatty r\u00e9fute les th\u00e8ses de Marty peut se lire comme un refus de se voir imposer un nouveau sens du monde.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>Corpus \u00e9tudi\u00e9<\/strong><\/h3>\n<p>Ceccatty, Ren\u00e9 de. 2006. \u00ab\u00a0Pourquoi caricaturer la penser de Jean<\/p>\n<p>\u00a0Genet?\u00a0\u00bb. <em>L&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>, \u00a0num\u00e9ro 1er juillet 2006, p. 3.<\/p>\n<p>Ceccatty, Ren\u00e9 de. D\u00e9cembre 2006. \u00ab\u00a0Jean Genet antis\u00e9mite? Sur un tenace rumeur\u00a0\u00bb. <em>Critique<\/em>, n\u00b0 714, p. 895-911.<\/p>\n<p>Marty, \u00c9ric. 2003. <em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, Paris\u00a0: \u00c9ditions Gallimard, coll. \u00ab\u00a0L&rsquo;Infini\u00a0\u00bb, 272 p.<\/p>\n<p>Marty, \u00c9ric. 2006. <em>Jean Genet\u00a0: Post-Scriptum<\/em>. Lagrasse\u00a0: \u00c9ditions Verdier, 128 p.<\/p>\n<p>Marty, \u00c9ric. Mars 2007. \u00ab\u00a0\u00c0 propos de Jean Genet et de l&rsquo;antis\u00e9mitisme\u00a0\u00bb. <em>Critique<\/em>, n\u00b0 718, p. 209-220.<\/p>\n<h3><strong>Corpus th\u00e9orique<\/strong><\/h3>\n<p><em>Baty-Delalande, H\u00e9l\u00e8ne. 2010. \u00ab\u00a0Introduction au dossier critique\u00a0\u00bb, dans Dominique Carlat et Agn\u00e8s Fontvieille-Cordani (dir.),<\/em><em> Jean Genet et son lecteur\u00a0: Autour de la r\u00e9ception critique du <\/em><em>Journal du voleur<\/em><em> et <\/em><em>Un Captif amoureux. Saint-\u00c9tienne\u00a0: Publications de l&rsquo;Universit\u00e9 de Saint-\u00c9tienne, p. 8-30.<\/em><\/p>\n<p><em>Bourdieu, Pierre. Novembre 1975. \u00ab\u00a0La critique du discours lettr\u00e9\u00a0\u00bb. <\/em><em>Actes de la recherche en science sociale<\/em><em>, vol. 1, n\u00b0 5-6, Novembre 1975, p. 4-8.<\/em><\/p>\n<p><em>Bourdieu, Pierre. 1987. <\/em><em>Choses dites<\/em><em>.\u00a0 Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit, coll. \u00ab\u00a0Sens commun\u00a0\u00bb, 228 p.<\/em><\/p>\n<p><em>Durand, Pascal. 2004. \u00ab\u00a0Lieu commun, clich\u00e9, st\u00e9r\u00e9otype. G\u00e9n\u00e9alogie des formations fig\u00e9es\u00a0\u00bb, dans Lucien Sfez (dir.), <\/em><em>Conf\u00e9rence de l&rsquo;\u00c9cole doctorale de science politique<\/em><em>. Paris\u00a0: Publications de la Sorbonne, p. 33-49.<\/em><\/p>\n<p><em>Sartre, Jean-Paul. 1952. <\/em><em>Saint Genet\u00a0: com\u00e9dien et martyr<\/em><em>, Paris\u00a0: \u00c9ditions Gallimard, 700 p.<\/em><\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_smjw9wk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_smjw9wk\">[1]<\/a> \u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb est un t\u00e9moignage d&rsquo;une vingtaine de pages \u00e9crit par Genet suite \u00e0 son passage dans les camps de Sabra et Chatila au Liban juste apr\u00e8s le massacre perp\u00e9tr\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e phalangiste en 1982. Le texte est alors publi\u00e9 dans la <em>Revue d&rsquo;\u00e9tudes palestiniennes<\/em>, puis dans le recueil d&rsquo;essais <em>L&rsquo;Ennemi d\u00e9clar\u00e9 <\/em>(1991).<\/p>\n<p id=\"footnote2_j3yeatt\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_j3yeatt\">[2]<\/a> Ceccatty, Ren\u00e9 de. 2006. \u00ab\u00a0Pourquoi caricaturer la penser de Jean Genet?\u00a0\u00bb.\u00a0 <em>L&rsquo;Humanit\u00e9<\/em>, \u00a0num\u00e9ro du 1<sup>er<\/sup> juillet 2006, p. 3.<\/p>\n<p id=\"footnote3_gxy1d0a\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_gxy1d0a\">[3]<\/a> Ceccatty, Ren\u00e9 de. D\u00e9cembre 2006. \u00ab\u00a0Jean Genet antis\u00e9mite? Sur un tenace rumeur\u00a0\u00bb. <em>Critique<\/em>, n\u00b0\u00a0714, p. 895-911.<\/p>\n<p id=\"footnote4_473fixm\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_473fixm\">[4]<\/a> Dans\u00a0<em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, Marty fonde essentiellement son analyse de l&rsquo;\u0153uvre de Genet sur des extraits d&rsquo;<em>Un captif amoureux<\/em>, \u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Pompes fun\u00e8bres<\/em>\u00a0et\u00a0<em>L&rsquo;Enfant criminel<\/em>\u00a0(court texte \u00e9crit pour la radio en 1949).<\/p>\n<p id=\"footnote5_5annmx0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_5annmx0\">[5]<\/a> Cette controverse n&rsquo;est pas sans rappeler, par ailleurs, le d\u00e9bat autour du sens du mot \u00ab\u00a0juif\u00a0\u00bb qui l&rsquo;opposera aux th\u00e8ses d&rsquo;Alain Badiou et qui donnera lieu, en 2007, \u00e0 la publication d&rsquo;un ouvrage intitul\u00e9 <em>Une querelle avec Alain Badiou, philosophe<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote6_kjjub8z\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_kjjub8z\">[6]<\/a> Pour appuyer son hypoth\u00e8se d&rsquo;une forme essentielle d&rsquo;antis\u00e9mitisme qui s&rsquo;incarnerait, notamment, dans l&rsquo;\u0153uvre de Genet, Marty convoque \u2013 en ouverture de<em> Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, puis une seconde fois dans <em>Jean Genet\u00a0: Post-Scriptum<\/em> \u2013 un long extrait du <em>Saint-Genet<\/em> de Sartre qui d\u00e9bute ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Genet est antis\u00e9mite. Ou plut\u00f4t, il joue \u00e0 l&rsquo;\u00eatre. On imagine bien qu&rsquo;il lui est difficile de soutenir la plupart des th\u00e8mes de l&rsquo;antis\u00e9mitisme. Refuse les droits politiques aux Juifs?\u00a0Mais il se moque de la politique. Les exclure des professions lib\u00e9rales, leur interdire tout commerce? Cela reviendrait \u00e0 dire qu&rsquo;il se refuse \u00e0 les voler, puisque les commer\u00e7ants sont ses victimes. Curieux antis\u00e9mite qui se d\u00e9finirait par sa r\u00e9pugnance \u00e0 voler les Isra\u00e9lites. Veut-il donc les tuer par grandes masses? Mais les massacres n&rsquo;int\u00e9ressent pas Genet; les meurtres dont il r\u00eave sont individuels.\u00a0\u00bb (<em>Saint-Genet\u00a0: Com\u00e9dien et martyr<\/em>, p. 230) Marty emprunte ainsi \u00e0 Sartre la figure du \u00ab\u00a0marginal exemplaire\u00a0\u00bb dont la logique morale propre et les aspirations seraient totalement \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l&rsquo;ordre social et \u00e0 la politique afin d&rsquo;\u00e9tayer son affirmation d&rsquo;une forme d&rsquo;antis\u00e9mitisme qui se distinguerait du sens historiquement conf\u00e9r\u00e9 au terme \u00ab\u00a0antis\u00e9mite\u00a0\u00bb. Il qualifie l&rsquo;antis\u00e9mitisme de Genet tel que pr\u00e9sent\u00e9 par Sartre de \u00ab\u00a0pr\u00e9dicat [&#8230;] presque bienveillant ou en tout cas d&rsquo;une respectueuse objectivit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem<\/em>, p. 92), d&rsquo;une neutralit\u00e9 sous laquelle il tente de placer ses r\u00e9flexions m\u00e9taphysiques. Or, c&rsquo;est notamment cet \u00ab\u00a0usage\u00a0\u00bb m\u00e9thodologique de la pens\u00e9e sartrienne en tant que \u00ab\u00a0pr\u00e9dicat objectif\u00a0\u00bb que Ceccatty lui reproche.<\/p>\n<p id=\"footnote7_crjie99\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_crjie99\">[7]<\/a> En soi, le fait que le r\u00e9cit de voyage en question, \u00ab\u00a0Bref s\u00e9jour \u00e0 J\u00e9rusalem\u00a0\u00bb, donne son titre \u00e0 l&rsquo;essai peut \u00eatre vu comme un indice de l\u2019importance de la dimension personnelle de la r\u00e9flexion men\u00e9e par Marty.<\/p>\n<p id=\"footnote8_i80b52h\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_i80b52h\">[8]<\/a> Principalement sur le massacre de Sabra et Chatila, ainsi que sur le d\u00e9clenchement de la seconde Intifada \u00e0 la suite de la visite d&rsquo;Ariel Sharon sur l&rsquo;Esplanade des Mosqu\u00e9es en 2000.<\/p>\n<p id=\"footnote9_cot8o9k\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_cot8o9k\">[9]<\/a> Alors que <em>Pompes fun\u00e8bres<\/em> est une fiction romanesque r\u00e9dig\u00e9e dans une prose lyrique et camp\u00e9e dans l&rsquo;univers fantasmatique caract\u00e9ristique des premiers romans de Genet, \u00ab\u00a0Quatre heures \u00e0 Chatila\u00a0\u00bb se pr\u00e9sente plut\u00f4t comme un t\u00e9moignage auquel s&rsquo;ajoutent des fragments de r\u00e9flexion autour de la question de l&rsquo;\u00ab\u00a0\u00e9criture de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote10_2ujc5sx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_2ujc5sx\">[10]<\/a> Qui plus est, sur une \u0153uvre consacr\u00e9e comme l&rsquo;une des plus importantes du XX\u1d49 si\u00e8cle fran\u00e7ais.<\/p>\n<p id=\"footnote11_7ql99wh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_7ql99wh\">[11]<\/a> \u00c9ric Marty est professeur de litt\u00e9rature fran\u00e7aise \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Paris VII et \u00e9diteur chez Seuil des \u0153uvres compl\u00e8tes de Roland Barthes.<\/p>\n<p id=\"footnote12_ctglqfn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_ctglqfn\">[12]<\/a> Encore une fois, ici, Marty s&rsquo;appuie sur les th\u00e8ses propos\u00e9es par Sartre dans <em>Saint-Genet\u00a0: Com\u00e9dien et martyr<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote13_k7unkfk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_k7unkfk\">[13]<\/a> D&rsquo;ailleurs, la tonalit\u00e9 expressive qu&rsquo;il emploie pour d\u00e9crire la situation des Palestiniens laisse croire qu&rsquo;il serait, comme il le reproche pourtant \u00e0 Marty, lui aussi influenc\u00e9 dans sa lecture par ses positions politiques personnelles.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Toffoli, Camille. 2016. \u00ab\u00a0La question de l\u2019antis\u00e9mitisme chez Jean Genet\u00a0: un d\u00e9bat sur le \u00ab\u00a0sens du monde\u00a0\u00bb. Autour de la r\u00e9ception critique d\u2019Un captif amoureux\u00a0\u00bb , <em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9cration, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5591 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/toffoli_24.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 toffoli_24.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-1581add9-1ade-4559-be8c-f71df8fa08e8\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/toffoli_24.pdf\">toffoli_24<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/toffoli_24.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-1581add9-1ade-4559-be8c-f71df8fa08e8\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024 L&rsquo;\u0153uvre du romancier et dramaturge Jean Genet a fait \u00e0 plusieurs reprises l&rsquo;objet de controverses d&rsquo;ordre politique. Pensons au cas du roman Pompes fun\u00e8bres (1948) d\u00e9sign\u00e9 comme un texte antis\u00e9mite parce que mettant en sc\u00e8ne la fascination et [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1262,1263,1264,1261],"tags":[348],"class_list":["post-5591","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-lectures-et-politique-du-litteraire","category-politique","category-politique-lectures-et-politique-du-litteraire","category-reflechir-les-espaces-critiques-consecration","tag-toffoli-camille"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5591"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5591\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8694,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5591\/revisions\/8694"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}