{"id":5593,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/les-salons-litteraires-de-lancien-regime-des-espaces-critiques-atypiques\/"},"modified":"2024-08-22T19:16:05","modified_gmt":"2024-08-22T19:16:05","slug":"les-salons-litteraires-de-lancien-regime-des-espaces-critiques-atypiques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5593","title":{"rendered":"Les salons litt\u00e9raires de l\u2019Ancien R\u00e9gime : Des espaces critiques atypiques"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6893\">Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024<\/a><\/h5>\n<p>Sous l\u2019impulsion de M<sup>me<\/sup>\u00a0de Rambouillet \u2013 qui ouvre sa c\u00e9l\u00e8bre Chambre bleue en 1620 \u2013, les salons litt\u00e9raires s\u2019instaurent au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle en centres de rassemblement incontournables de l\u2019aristocratie fran\u00e7aise. Lieux de convivialit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on s\u2019adonne aux plaisirs des lettres, des arts et des sciences \u2013 avec plus ou moins de s\u00e9rieux selon le ton donn\u00e9 par la ma\u00eetresse de maison \u2013, ils ont une influence non n\u00e9gligeable sur la litt\u00e9rature. S\u2019ils sont surtout connus en tant que lieux de cr\u00e9ation litt\u00e9raire, dont\u00a0<em>La Guirlande de Julie<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"><em>La Guirlande de Julie<\/em>\u00a0est le plus c\u00e9l\u00e8bre des recueils collectifs du XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Sur demande d\u2019un duc de Montausier amoureux, toute la bonne soci\u00e9t\u00e9 de la marquise de Rambouillet est mise \u00e0 contribution pour chanter les louanges de sa fille, Julie d\u2019Angennes, \u00e0 travers des po\u00e8mes floraux. <\/span> sera le symbole, ils donnent \u00e9galement une large place aux d\u00e9bats sur les productions des novices comme des plus experts. Ils se hissent ainsi en passages oblig\u00e9s des auteurs qui veulent se faire une id\u00e9e de la r\u00e9ception de leurs \u0153uvres. M<sup>me<\/sup>\u00a0de Lafayette est donc aux premi\u00e8res loges pour assister au scandale de sa\u00a0<em>Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>.\u00a0<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Lecture de la trag\u00e9die de \u00ab l\u2019Orphelin de la Chine \u00bb de Voltaire dans le salon de madame Geoffrin, Anicet Lemonnier.\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre8.png\" alt=\"Lecture de la trag\u00e9die de \u00ab l\u2019Orphelin de la Chine \u00bb de Voltaire dans le salon de madame Geoffrin, Anicet Lemonnier.\" width=\"529\" height=\"348\" \/><\/div>\n<p>Lecture de la trag\u00e9die de \u00ab l\u2019Orphelin de la Chine \u00bb de Voltaire dans le salon de madame Geoffrin, Anicet Lemonnier.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<div>\n<p>Sur cette base, nous \u00e9tudierons dans quelle mesure les salons litt\u00e9raires de l\u2019Ancien R\u00e9gime constituent des espaces critiques atypiques. Par l\u2019analyse des rituels constitutifs des salons litt\u00e9raires, nous nous ferons t\u00e9moins de la naissance d\u2019une critique litt\u00e9raire sp\u00e9cifiquement orale. L\u2019ascendant conquis par ces centres de la critique litt\u00e9raire permet, certes, le succ\u00e8s improbable des \u0153uvres de Voiture<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Voiture (1597-1648), \u00e9crivain de modeste condition, acquiert sa r\u00e9putation en jouant le galant badin des salons du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ses lettres et po\u00e9sies de style mani\u00e9r\u00e9 connaissent un franc succ\u00e8s aupr\u00e8s des pr\u00e9cieuses et sont fr\u00e9quemment r\u00e9\u00e9dit\u00e9es jusqu\u2019au milieu du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Son chef-d\u2019\u0153uvre, la <em>Lettre sur la prise de Corbie<\/em>, lui permet d\u2019int\u00e9grer l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Le d\u00e9clin de la pr\u00e9ciosit\u00e9 entra\u00eenera, comme pour Madeleine de Scud\u00e9ry, la perte de sa r\u00e9putation litt\u00e9raire. <\/span> \u00a0ou de Madeleine de Scud\u00e9ry<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Madeleine de Scud\u00e9ry (1607-1701) est la plus c\u00e9l\u00e8bre des Pr\u00e9cieuses. La pr\u00e9ciosit\u00e9 est un style d\u2019expression du milieu du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (ayant son apog\u00e9e entre 1650 et 1660) qui recherche la puret\u00e9 d\u2019expression en supprimant les mauvais mots. Son premier objectif est la distinction afin que ce langage ne soit compris que des esprits les plus \u00e9lev\u00e9s. Elle utilise de nombreuses figures de style telles que : \u00ab\u00a0l\u2019instrument de la propret\u00e9\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer \u00ab\u00a0le balai\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le suppl\u00e9ment du soleil\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0la chandelle\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019affronteur des temps\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0 le chapeau\u00a0\u00bb. M<sup>lle<\/sup> de Scud\u00e9ry \u00e9crit plusieurs \u0153uvres empreintes de ce style\u00a0mani\u00e9r\u00e9 alors adul\u00e9 dans les salons du XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: <em>Le Grand Cyrus<\/em> et <em>Cl\u00e9lie<\/em>. \u00c0 l\u2019instar de Voiture, son succ\u00e8s litt\u00e9raire doit beaucoup aux salons et il s\u2019\u00e9teint avec eux. <\/span>, mais il ne voue pas pour autant \u00e0 l\u2019oubli les lignes qui font na\u00eetre des d\u00e9ceptions. La soci\u00e9t\u00e9 des salons se compla\u00eet aussi \u00e0 analyser les textes collectivement et \u00e0 proposer des solutions pour les am\u00e9liorer. De tribunaux litt\u00e9raires \u00e0 comit\u00e9s r\u00e9dactionnels, il n\u2019y a l\u00e0 qu\u2019un pas pour les salons. Avec eux, la critique est dans tous ses \u00e9tats.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2>Les salons litt\u00e9raires et leurs rituels\u00a0: \u00e9mergence d\u2019une critique litt\u00e9raire atypique<\/h2>\n<p>Au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, dans le prolongement des cercles humanistes tenus par les grandes dames de la cour des Valois<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Nous citerons en particulier ceux de la mar\u00e9chale de Retz ou de Marguerite de Valois, la Reine Margot. <\/span>, s\u2019instaurent les salons litt\u00e9raires. Avec le changement de dynastie, une \u00e9volution culturelle progressive \u2013 n\u00e9e de la scission entre noblesse de Cour et noblesse de Robe, et renforc\u00e9e par les guerres de religion \u2013 s&rsquo;entame. Les hommes s\u2019orientent alors vers des carri\u00e8res militaires ou politiques tandis que les femmes conqui\u00e8rent le monde de la culture. Dans les nouveaux temples de la conversation mondaine, les h\u00f4tels particuliers, la po\u00e9sie n\u00e9o-p\u00e9trarquiste de tradition courtoise est d\u00e9sormais lou\u00e9e. Par ses aspirations \u00e0 une puret\u00e9 du langage, elle bl\u00e2me les d\u00e9monstrations d\u2019\u00e9rudition. Les femmes ne se voient donc plus entrav\u00e9es par leur manque d\u2019instruction pour acc\u00e9der \u00e0 une autorit\u00e9 litt\u00e9raire et culturelle; ainsi \u00e9merge et se r\u00e9pand la figure de la salonni\u00e8re.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Charlotte des Ursins, vicomtesse d'Auchy\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre_4.png\" alt=\"Charlotte des Ursins, vicomtesse d'Auchy\" width=\"376\" height=\"483\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<div>Charlotte des Ursins, vicomtesse d&rsquo;Auchy<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Port\u00e9e par ses aspirations de gloire, Charlotte des Ursins, vicomtesse d\u2019Auchy, ouvre, vers 1605, un premier salon litt\u00e9raire r\u00e9unissant de grands po\u00e8tes \u2013 parmi lesquels Malherbe \u2013, qui se consacrent \u00e0 chanter sa louange. Apr\u00e8s un mariage qui l\u2019avait \u00e9cart\u00e9e de la soci\u00e9t\u00e9, elle cr\u00e9e un deuxi\u00e8me salon, vers 1628, auquel elle donne une touche de modernit\u00e9 par l\u2019accueil du genre th\u00e9\u00e2tral et des figures litt\u00e9raires les plus en vue. S\u2019inspirant de l\u2019actualit\u00e9, elle donne \u00e0 ce salon une tournure acad\u00e9mique o\u00f9 chacun est convi\u00e9 \u00e0 lire son ouvrage. Au gr\u00e9 de la conversation, la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9unie est invit\u00e9e \u00e0 faire part de ses impressions, mais ce sont les femmes qui font fonction d\u2019autorit\u00e9 dans le jugement des \u0153uvres. Les auteurs les estiment dot\u00e9es d\u2019un go\u00fbt d\u00e9licat qui les rend plus aptes \u00e0 \u00e9valuer la puret\u00e9 recherch\u00e9e par la litt\u00e9rature moderne de l\u2019\u00e9poque. La vicomtesse d\u2019Auchy ouvre ainsi la voie \u00e0 une critique litt\u00e9raire orale, qui accorde une place importante aux femmes, et elle impose que cette t\u00e2che soit s\u00e9rieuse et essentielle pour doter son acad\u00e9mie d\u2019un pouvoir souverain sur les lettres. Cependant, parce qu\u2019elle revendique publiquement cette posture de juge des lettres, la vicomtesse s\u2019attire les foudres d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 pleine de r\u00e9probation \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la \u00ab\u00a0p\u00e9danterie\u00a0\u00bb f\u00e9minine. G\u00e9d\u00e9on Tallemant des R\u00e9aux<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">G\u00e9d\u00e9on Tallemant des R\u00e9aux (1619-1692) est un \u00e9crivain, gazetier et po\u00e8te fid\u00e8le de l\u2019H\u00f4tel de Rambouillet. <\/span> d\u00e9crit ainsi l&rsquo;acad\u00e9mie de Charlotte des Ursins :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans cette acad\u00e9mie femelle, les femmes n\u2019y font que recevoir, et les hommes y donnent toujours. Elles y sont juges des mati\u00e8res et tiennent la place en ce lieu qu\u2019elles tiennent dans les carouzels. Il y a foule de participants et tout est bon pour l\u2019app\u00e9tit de ces f\u00e9es qui, la plupart, ont beaucoup d\u2019aage et peu de sens. C\u2019est une des nouveaut\u00e9s ridicules de ce temps. (Chapelain, 1638, 222)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est \u00e0 remarquer le ton satirique employ\u00e9 ici par ce fid\u00e8le de la marquise de Rambouillet, visiblement plus adepte des salonni\u00e8res modestes chez qui la critique litt\u00e9raire rev\u00eat un aspect ludique. Au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, \u00e0 la suite de la vicomtesse d\u2019Auchy, deux autres femmes ont \u00e9galement instaur\u00e9 des salons litt\u00e9raires modernes alliant plaisirs intellectuels et divertissements r\u00e9cr\u00e9atifs\u00a0: il s\u2019agit de M<sup>me<\/sup>\u00a0des Loges et de la marquise de Rambouillet.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Marie de Bruneau, madame des Loges\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre2.png\" alt=\"Marie de Bruneau, madame des Loges\" width=\"402\" height=\"402\" \/><\/div>\n<p>Marie de Bruneau, madame des Loges<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>M<sup>me<\/sup>\u00a0des Loges, dans les ann\u00e9es 1620, r\u00e9ussit \u2013 par son esprit plus que par sa naissance \u2013 \u00e0 attirer chez elle de grandes figures de la Cour en faisant de son salon (1620-1630) un centre d\u2019opposition politique et religieuse, mais aussi, selon l\u2019expression de Linda Timmermans, \u00ab\u00a0un bastion du modernisme\u00a0\u00bb (Timmermans, 1993, 78) litt\u00e9raire. Ses cercles, au sein desquels la critique litt\u00e9raire occupe une place importante sans y para\u00eetre, donnent lieu \u00e0 des d\u00e9bats enflamm\u00e9s pour d\u00e9fendre de nouvelles tendances en mati\u00e8re d\u2019\u00e9loquence, qui s\u2019opposent \u00e0 la tradition humaniste<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Dans la tradition humaniste, l\u2019expression doit respecter une rh\u00e9torique savante, plus ampoul\u00e9e. <\/span>. En 1625, Malherbe y prend par exemple la d\u00e9fense des\u00a0<em>Premi\u00e8res lettres<\/em>\u00a0(1624) de Guez de Balzac. Malgr\u00e9 le caract\u00e8re profond des d\u00e9bats et les postures adverses de son\u00a0salon, M<sup>me<\/sup>\u00a0des Loges r\u00e9colte, par son humilit\u00e9, toujours bien plus d\u2019\u00e9loges que de bl\u00e2mes. Elle est consid\u00e9r\u00e9e comme une \u00ab\u00a0autorit\u00e9 intellectuelle\u00a0\u00bb par ses contemporains. Guez de Balzac l\u2019admire pour son aptitude \u00e0 \u00ab\u00a0mettre de belles pens\u00e9es en un beau langage\u00a0\u00bb (Timmermans, 1993, 81) et la loue par ces vers adress\u00e9s \u00e0 ses pairs\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pour vous, \u00f4 sacr\u00e9s po\u00e8tes, elle vous juge avec autorit\u00e9,<\/p>\n<p>Et fait \u00e9quitablement votre part de r\u00e9compense\u00a0;<\/p>\n<p>Elle vous r\u00e9serve les couronnes de laurier et l\u2019amaranthe<\/p>\n<p>Immortelle, et les justes louanges qui vous sont dues.<\/p>\n<p>\u00c1 quoi sert de rechercher les suffrages du vulgaire ignorant,<\/p>\n<p>Et de mettre tant de z\u00e8le \u00e0 poursuivre les faveurs de la cour\u00a0?<\/p>\n<p>Vos voyages vivront, si vous obtenez sa faveur,<\/p>\n<p>Et la post\u00e9rit\u00e9 honorera les \u00e9crits lou\u00e9s par elle.<\/p>\n<p>(<em>Idem.)<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cependant, c\u2019est surtout la marquise de Rambouillet que l\u2019Histoire a choisi d\u2019honorer et de retenir. Son salon, la c\u00e9l\u00e8bre Chambre bleue \u2013 qui conna\u00eet sa p\u00e9riode de pleine activit\u00e9 de 1618 \u00e0 1650 \u2013 m\u00eale habilement culture intellectuelle et divertissement mondain, adoptant ainsi des allures de\u00a0<em>locus amoenus\u00a0<\/em>de la galanterie bien plus que d\u2019acad\u00e9mie du savoir. Cette aptitude \u00e0 faire r\u00e9gner l\u2019enjouement g\u00e9n\u00e9ral malgr\u00e9 la pluralit\u00e9 des convives et la vari\u00e9t\u00e9 des discours vaut d\u2019ailleurs \u00e0 cette Arth\u00e9nice d\u2019\u00eatre couronn\u00e9e des lauriers de la gloire durant des g\u00e9n\u00e9rations par ses disciples salonni\u00e8res. Cette atmosph\u00e8re l\u00e9g\u00e8re n\u2019emp\u00eache pourtant pas la critique litt\u00e9raire; son salon ne gagne pas l\u2019appellation de \u00ab\u00a0\u00a0souverain tribunal des ouvrages de l\u2019esprit\u00a0\u00bb (Timmermans, 1993, 77) sans raison. Mais, chez la marquise, la critique doit rester ludique. La Chambre bleue de Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet, se fait le rendez-vous de tous les grands auteurs\u00a0: Corneille, Bussy-Rabutin, M<sup>me<\/sup>\u00a0de S\u00e9vign\u00e9, M<sup>me<\/sup>\u00a0de Lafayette, Vaugelas, Chapelain, Racan, M\u00e9nage, les Scud\u00e9ry, Gombauld, M\u00e9r\u00e9, Saint-Amant, Saint-Sorlin, Benserade, Malleville, Godeau, Voiture. Place est alors faite aux cr\u00e9ations litt\u00e9raires qui illuminent les r\u00e9ceptions, charment les oreilles et d\u00e9lient les langues. L\u00e0 encore, M<sup>me<\/sup>\u00a0de Rambouillet est l\u2019oracle de son c\u00e9nacle, et son avis conquiert une telle aura que son salon devient progressivement le passage oblig\u00e9 pour quiconque souhaite une certaine reconnaissance dans le monde des lettres. Si son jugement et ses conseils ne suffisent pas, ses relations ach\u00e8vent de couronner les auteurs. L\u2019autorit\u00e9 acquise par la marquise est un tel gage de succ\u00e8s pour les \u00e9crivains qu\u2019elle leur obtient le soutien des m\u00e9c\u00e8nes, leur ouvre les portes des imprimeries et leur annonce l\u2019approbation des lecteurs.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre3.png\" alt=\"Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet\" width=\"342\" height=\"462\" \/><\/div>\n<p>Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2>Les salons litt\u00e9raires et leur rayonnement\u00a0: conqu\u00eate d\u2019un ascendant extraordinaire<\/h2>\n<p>Les diff\u00e9rents salons que nous venons d\u2019\u00e9voquer inspirent quantit\u00e9 de femmes au XVII<sup>e\u00a0<\/sup>et au XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, qui, \u00e0 leur tour, ouvrent les portes de leur chambre pour laisser place \u00e0 cette alchimie socioculturelle. Selon le tr\u00f4ne qu\u2019elles convoitent, elles instaurent des royaumes du savoir, de la sociabilit\u00e9 ou du divertissement mondain, mais toutes s\u2019efforcent essentiellement de faire r\u00e9gner plaisir et joie pour que se perp\u00e9tue cette osmose entre mondains et gens de lettres. Cependant, s\u2019il peut sembler compr\u00e9hensible que cette atmosph\u00e8re h\u00e9doniste satisfasse une noblesse toujours plus install\u00e9e dans la passivit\u00e9, il est en revanche moins \u00e9vident de saisir ce qui attire en ces lieux les \u00e9crivains. C\u2019est pourquoi nous analyserons d\u00e9sormais comment les salons ont r\u00e9ussi \u00e0 obtenir un ascendant sur les hommes de lettres, une autorit\u00e9 en mati\u00e8re de critique litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Le principal attrait des salons est la compagnie qui les compose. M\u00eame quand la salonni\u00e8re est pauvre et qu\u2019elle est contrainte de recevoir dans le d\u00e9nuement \u2013 citons pour exemple le cas de Julie de Lespinasse<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\"> Julie de Lespinasse (1732-1776) tient un salon philosophique qui concurrence celui de sa tante M<sup>me<\/sup>\u00a0du Deffand, dont elle \u00e9tait la lectrice. <\/span> \u2013, les lumi\u00e8res des esprits qui brillent chez elle attirent et retiennent toute une \u00e9lite. Au contact de ces soci\u00e9t\u00e9s vari\u00e9es o\u00f9 le bon ton s\u2019impose avec all\u00e9gresse et l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, l\u2019atmosph\u00e8re est propice \u00e0 la cr\u00e9ation. Des conversations \u00e9manent les sujets, jaillissent les bons mots et coulent \u00e0 flot les bouts-rim\u00e9s, que peuvent venir puiser les auteurs en qu\u00eate d\u2019inspiration. Marmontel, Florian ou encore Marivaux ont d&rsquo;ailleurs fait des conversations de salon leur source d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Ces oasis constituent aussi des lieux privil\u00e9gi\u00e9s de rencontre entre les auteurs, leur public et des aristocrates qui savent user de leur influence pour agir sur les carri\u00e8res, faisant ainsi \u0153uvre de m\u00e9c\u00e9nat; les auteurs ont donc compris l\u2019enjeu d\u2019\u00eatre pr\u00e9sents et de s\u00e9duire pour r\u00e9colter le fruit de leur travail.<\/p>\n<p>Seulement, l\u00e0 n\u2019est pas le seul agr\u00e9ment de ces r\u00e9unions puisque c\u2019est aussi la compagnie des dames qui y est recherch\u00e9e. Marmontel\u00a0indique ainsi :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ce qui me ravissait en elles (les femmes avec qui je me plaisais le plus), c\u2019\u00e9taient les gr\u00e2ces de leur esprit, la mobilit\u00e9 de leur imagination, le tour facile et naturel de leurs id\u00e9es et de leur langage, et une certaine d\u00e9licatesse de pens\u00e9e et de sentiment qui, comme celle de leur physionomie, semble r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 leur sexe. Leurs entretiens \u00e9taient une \u00e9cole pour moi non moins utile qu\u2019agr\u00e9able; et, autant qu\u2019il m\u2019\u00e9tait possible, je profitais de leurs le\u00e7ons. Celui qui ne veut \u00e9crire qu\u2019avec pr\u00e9cision, \u00e9nergie et vigueur, peut ne vivre qu\u2019avec des hommes; mais celui qui veut dans son style, avoir de la souplesse, de l\u2019am\u00e9nit\u00e9, du liant, et ce je ne sais quoi qu\u2019on appelle du charme, fera tr\u00e8s bien, je crois, de vivre avec des femmes. (Marmontel, 1819, 247)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, le bon go\u00fbt et la d\u00e9licatesse, alors pris\u00e9s en litt\u00e9rature, font des salons litt\u00e9raires anim\u00e9s par des femmes le port d\u2019attache de certains auteurs. Apr\u00e8s avoir navigu\u00e9s vers de lointains horizons, nombreux sont ceux \u00e0 revenir vers ces phares qui leur indiquent la bonne direction, la voie \u00e0 suivre, et leur \u00e9vitent les \u00e9cueils. Notons toutefois que les esprits misogynes ne voient pas toujours d\u2019un bon \u0153il ce pouvoir des femmes sur la litt\u00e9rature. Selon Myriam Dufour-Ma\u00eetre, la satire des pr\u00e9cieuses d\u00e9nonce qu\u2019elles font obstacle \u00e0 une reconnaissance universelle des \u0153uvres, en excluant le jugement des publics moins raffin\u00e9s, et qu\u2019elles ne d\u00e9cident des r\u00e9putations des auteurs que par caprice. Par ailleurs, la dix-septi\u00e8miste No\u00e9mi Hepp rappelle les propos de leurs plus fervents d\u00e9tracteurs lorsqu\u2019ils \u00e9voquent \u00ab\u00a0l\u2019illogisme, la bizarrerie, l\u2019inconsistance des opinions litt\u00e9raires f\u00e9minines\u00a0\u00bb (Hepp, 2001, 16) ou lorsqu\u2019ils signalent \u00ab que le go\u00fbt f\u00e9minin a pris un empire qui limite pour un auteur la possibilit\u00e9 d\u2019aller par ses \u00e9crits aussi haut et aussi loin qu\u2019il voudrait aller\u00a0\u00bb (16). Pourtant, Hepp le souligne, Pascal ou Racine r\u00e9ussiront \u00e0 percer dans le monde litt\u00e9raire puisque \u00ab\u00a0parmi les \u00e9cueils, le g\u00e9nie sait se frayer un chemin, et il y a des femmes pour le saluer\u00a0\u00bb (16).<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Corneille (1606-1684)  Le Cid\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre4.png\" alt=\"Corneille (1606-1684)  Le Cid\" width=\"254\" height=\"306\" \/><\/div>\n<p>Corneille (1606-1684) Le Cid<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>De surcro\u00eet, l\u2019attrait des salons repose sur leur autorit\u00e9 acquise en mati\u00e8re de critique litt\u00e9raire. Si l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise \u2013 tout juste constitu\u00e9e sous l\u2019\u00e9gide de Richelieu en 1635<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">De fait, elle se constitue en 1629 autour de Conrart et comprend neuf membres. <\/span> \u2013 avait pu tenir ce lieu de tribunal souverain des lettres, son trop grand attachement \u00e0 la grammaire et au dictionnaire la rend inapte \u00e0 juger du g\u00e9nie litt\u00e9raire fn]Myriam Dufour-Ma\u00eetre dit \u00e0 ce propos : \u00ab\u00a0Car l\u2019arbitrage critique d\u2019une femme ne s\u2019appuie pas sur la seule force des raisons et c\u2019est ce qui fait sa sup\u00e9riorit\u00e9 sur l\u2019arbitrage des doctes qui ne voient pas plus loin que les r\u00e8gles.\u00a0\u00bb (Dufour-Ma\u00eetre, 2008, 283-282) [\/mfn]. Les h\u00f4tels particuliers, tout pr\u00e9occup\u00e9s qu\u2019ils sont \u00e0 s\u2019entretenir sur le beau et la d\u00e9licatesse d\u2019expression, acqui\u00e8rent alors ce pouvoir avec un int\u00e9r\u00eat particulier pour le langage durant la pr\u00e9ciosit\u00e9. Des auteurs y sont invit\u00e9s afin d&rsquo;y pr\u00e9senter leurs r\u00e9cents ouvrages ou leurs pi\u00e8ces. Parfois, cette initiative est prise \u00e0 leur insu, puis chaque h\u00f4te exprime son opinion et se fait juge de la litt\u00e9rature. De la conclusion des \u00e9changes entre ces mondains d\u00e9pend le succ\u00e8s des \u0153uvres en devenir. Les pr\u00e9cieuses \u2013 Sommaize l\u2019explique dans son\u00a0<em>Dictionnaire<\/em>\u00a0\u2013 pr\u00e9tendent que \u00ab\u00a0ce sont elles qui donnent le prix aux choses et qui mettent les ouvrages en r\u00e9putation\u00a0\u00bb (Sommaize, 1661, 240) et qui vont \u00ab\u00a0mettre au monde quelque autheur\u00a0\u00bb (Sommaize, 1661, 48). Voiture conna\u00eet ainsi la gloire gr\u00e2ce \u00e0 ce soutien. Chapelain, Corneille, Boileau et Racine reconnaissent l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019y pr\u00e9senter leurs \u0153uvres. Guez de Balzac doit \u00e0 M<sup>me<\/sup>\u00a0des Loges la faveur de ses h\u00f4tes au sujet de ses\u00a0<em>Premi\u00e8res lettres<\/em>, et Pascal est tout autant redevable \u00e0 M<sup>me<\/sup>\u00a0du Plessis-Gu\u00e9n\u00e9gaud pour les\u00a0<em>Provinciales<\/em>.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Guez de Blazac (1597-1654) Lettres\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre5.png\" alt=\"Guez de Blazac (1597-1654) Lettres\" width=\"245\" height=\"293\" \/><\/div>\n<p>Guez de Blazac (1597-1654) Lettres<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Les d\u00e9bats prennent aussi parfois la tournure de querelles \u00e9clatantes qui marquent l\u2019Histoire\u00a0: Job et Uranie, la querelle des Anciens et des Modernes,\u00a0<em>Ph\u00e8dre<\/em>,\u00a0<em>L\u2019\u00c9cole des femmes<\/em>, sont autant de noms c\u00e9l\u00e8bres, notamment pour les conflits qu\u2019ils ont g\u00e9n\u00e9r\u00e9s. Revenons toutefois sur certaines d\u2019entre elles pour mieux en comprendre les ressorts.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Voiture (1597-1648)  Lettres et po\u00e9sies\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre6.png\" alt=\"Voiture (1597-1648)  Lettres et po\u00e9sies\" width=\"244\" height=\"290\" \/><\/div>\n<p>Voiture (1597-1648) Lettres et po\u00e9sies<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>L\u2019une des plus c\u00e9l\u00e8bres est celle du\u00a0<em>Cid\u00a0<\/em>de Corneille en 1637. L\u2019auteur s\u2019attire l\u2019hostilit\u00e9 de ses contemporains en faisant circuler, \u00e0 la suite de la repr\u00e9sentation de sa tragi-com\u00e9die, l\u2019<em>Excuse \u00e0 Ariste<\/em>, une pi\u00e8ce qui passe pour manifeste de sa pr\u00e9somption. D\u00e8s lors, il est reproch\u00e9 au\u00a0<em>Cid\u00a0<\/em>son manque d\u2019inventivit\u00e9 : ce ne serait qu\u2019un plagiat de\u00a0<em>Mocedades del Cid<\/em>, de Guill\u00e9n de Castro. Sa composition est \u00e9galement critiqu\u00e9e : la pi\u00e8ce ne respecte pas les r\u00e8gles de versification ni la langue, et encore moins la r\u00e8gle des trois unit\u00e9s. Enfin,\u00a0 l\u2019intrigue est attaqu\u00e9e et le comportement de Chim\u00e8ne, condamn\u00e9. Chaque h\u00f4te prend parti, chaque salon veut s\u2019octroyer le r\u00f4le d\u2019arbitre de ce conflit qui signe le point d\u2019orgue de l\u2019affrontement entre r\u00e9guliers et irr\u00e9guliers du th\u00e9\u00e2tre\u00a0: tandis que Georges de Scud\u00e9ry prend position contre l\u2019\u0153uvre de Corneille, Guez de Balzac la d\u00e9fend,\u00a0et l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise elle-m\u00eame intervient dans ce conflit pour statuer<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Voir Andr\u00e9 Lagarde et Laurent Michard (2003),\u00a0<em>Lagarde &amp; Michard XVII<sup>e<\/sup>-XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles<\/em>, Paris : Bordas, coll. \u00ab Litt\u00e9raire \u00bb, p. 103. <\/span>.<\/p>\n<p>Puis, surgit, selon la propre appellation de Guez de Balzac, \u00ab\u00a0le proc\u00e8s de l\u2019Arioste\u00a0\u00bb (Losada Goya, 2005, 19) en 1639. Au commencement, ce ne sont que des d\u00e9m\u00eal\u00e9s entre puritains des r\u00e8gles de la po\u00e9tique et d\u00e9fenseurs de la primaut\u00e9 de l\u2019intrigue selon lesquels int\u00e9r\u00eat, beaut\u00e9 et divertissement doivent \u00eatre les ma\u00eetres-mots. Mais les esprits s\u2019\u00e9chauffent lorsque Chapelain envoie\u00a0<em>I\u00a0suppositi\u00a0<\/em>\u00e0 Voiture. \u00c0 la suite de la lecture de cette \u0153uvre de l\u2019Arioste (1474-1533) par Jean Chapelain \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Rambouillet, Voiture prend parti pour la com\u00e9die espagnole, contre Guez de Balzac qui d\u00e9fend Chapelain et la com\u00e9die italienne. Cela d\u00e9clenche un d\u00e9bat enflamm\u00e9 autour de la pr\u00e9\u00e9minence de la com\u00e9die italienne sur la com\u00e9die espagnole. Cette querelle pourrait n\u2019\u00eatre per\u00e7ue que comme une simple conqu\u00eate de prestige entre les trois auteurs, pourtant les enjeux en sont plus importants puisque la\u00a0<em>R\u00e9ponse<\/em>\u00a0de Balzac th\u00e9orise et fonde la com\u00e9die classique \u00e0 la fran\u00e7aise<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Voir J\u00f6rn Steigerwald (2013), \u00ab\u00a0La Querelle des\u00a0<em>Suppositi<\/em>\u00a0de l\u2019Arioste\u00a0\u00bb dans Jeanne-Marie Hostiou et Alain Viala,\u00a0<em>Le Temps des querelles<\/em>, Paris : Armand Colin, coll. \u00ab Litt\u00e9ratures classiques \u00bb,\u00a0 pp. 173-183. <\/span>.<\/p>\n<p>Enfin, il convient de citer les d\u00e9cha\u00eenements d\u2019opinions que suscite\u00a0<em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u00a0en 1678, et qui d\u00e9concert\u00e8rent probablement un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9\u00a0: son auteure anonyme M<sup>me<\/sup>\u00a0de Lafayette. Cette fois-ci, c\u2019est davantage la construction du r\u00e9cit qui divise le lectorat\u00a0: le manque de vraisemblance est d\u00e9plor\u00e9 ou la singularit\u00e9, admir\u00e9e. Les salons, une fois de plus dans ce cas, jouent parfaitement leur r\u00f4le de th\u00e9\u00e2tre de la critique. Saisissant la port\u00e9e et les enjeux de cette \u0153uvre litt\u00e9raire, ils se font l\u2019\u00e9cho imm\u00e9diat de la r\u00e9volution<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Par son intrigue et son style novateurs,\u00a0<em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u00a0marque en effet un v\u00e9ritable tournant au sein du roman\u00a0: elle r\u00e9volutionne ce genre et en modifie les codes pour la post\u00e9rit\u00e9. Tandis que la majorit\u00e9 de la critique souligne sa modernit\u00e9 \u2013\u00a0 \u00ab\u00a0pour Pierre Malandain, le fait que cette \u0153uvre soit \u00ab\u00a0l\u2019acte de naissance du roman fran\u00e7ais moderne\u00a0\u00bb est reconnu par tous\u00a0\u00bb (Campbell, 2013, 63-72) \u2013, les critiques les plus sceptiques, tels Jean Mesnard ou John Campbell, insistent plut\u00f4t sur son caract\u00e8re inclassable. <\/span> op\u00e9r\u00e9e par ce roman moderne.<\/p>\n<p>Dufour-Ma\u00eetre n\u2019y voit pas seulement le t\u00e9moignage d\u2019enjeux esth\u00e9tiques, mais aussi celui d\u2019enjeux sup\u00e9rieurs, ayant trait \u00e0 la constitution en cours du champ litt\u00e9raire, par l\u2019ind\u00e9pendance que prend l\u2019activit\u00e9 critique de la sph\u00e8re politico-mondaine. Les pr\u00e9cieuses se retrouvent ainsi au c\u0153ur de ces tensions et de ces querelles<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> \u00ab\u00a0La question des pr\u00e9cieuses se trouve en effet au c\u0153ur du double geste qui fonde la critique moderne\u00a0: celle-ci, d\u2019une part, arrache le jugement des \u0153uvres aux doctes et aux politiques pour le confier au go\u00fbt raisonnable et \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation morale des honn\u00eates gens, mais elle entend d\u2019autre part enrayer la prolif\u00e9ration centrifuge des d\u00e9finitions du\u00a0<em>je-ne-sais-quoi\u00a0<\/em>qui pla\u00eet et qui d\u00e9borde l\u2019usage de la raison.\u00a0\u00bb (Dufour-Ma\u00eetre, 2008, 277). <\/span>.<\/p>\n<div>\n<div>\n<div><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Godeau fait une lecture au salon bleu, Fran\u00e7ois Hippolythe Debon (1863)\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/sans_titre7.png\" alt=\"Godeau fait une lecture au salon bleu, Fran\u00e7ois Hippolythe Debon (1863)\" width=\"585\" height=\"418\" \/><\/div>\n<p>Godeau fait une lecture au salon bleu, Fran\u00e7ois Hippolythe Debon (1863)<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2>Les salons litt\u00e9raires et la cr\u00e9ation\u00a0: quand les tribunaux litt\u00e9raires se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre des comit\u00e9s r\u00e9dactionnels<\/h2>\n<p>Viennent d\u2019\u00eatre \u00e9voqu\u00e9es les multiples querelles qui survinrent au sein des salons de l\u2019Ancien R\u00e9gime en raison du vif int\u00e9r\u00eat des convives pour les questions litt\u00e9raires. Cependant, il est n\u00e9cessaire de pr\u00e9ciser que ces conflits \u00e9taient toujours r\u00e9gis par les r\u00e8gles de la biens\u00e9ance. Les salonni\u00e8res pouvaient, certes, se faire la guerre entre elles<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Il existe en effet une grande concurrence entre elles qui entra\u00eenera notamment l\u2019aversion de M<sup>me<\/sup>\u00a0du Deffand pour sa ni\u00e8ce Julie de Lespinasse, cette derni\u00e8re ayant cr\u00e9\u00e9 un salon parall\u00e8le en usurpant les h\u00f4tes de sa tante. <\/span>, mais, au sein de leurs acad\u00e9mies, elles se faisaient gardiennes de la concorde entre leurs h\u00f4tes. Par cons\u00e9quent, la critique rev\u00eat un caract\u00e8re particulier\u00a0: au nom de la biens\u00e9ance, elle se veut bienveillante. Le comte Louis-Philippe de S\u00e9gur<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Grand-croix de la L\u00e9gion d\u2019honneur, diplomate, auteur dramatique, historien, po\u00e8te, il est \u00e9lu acad\u00e9micien en 1803. <\/span> (1753-1830) d\u00e9crit les salons qu\u2019il fr\u00e9quentait dans sa jeunesse<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Il recense ainsi les salons de M<sup>me<\/sup>\u00a0Geoffrin et de M<sup>me<\/sup>\u00a0du Deffand, mais \u00e9voque \u00e9galement les maisons de la princesse de Beauvau, de la duchesse de Choiseul, de la mar\u00e9chale du Luxembourg, de la duchesse de Grammont, de madame de Montesson, de la duchesse d\u2019Anville, de la comtesse de Tess\u00e9 et de celle de sa m\u00e8re. <\/span> :<\/p>\n<blockquote>\n<p>On recherchait avec empressement toutes les productions nouvelles des g\u00e9nies transcendans et des brillans esprits qui faisaient alors l\u2019ornement de la France. Les ouvrages de Bernardin de Saint-Pierre, d\u2019Helv\u00e9tius, de Rousseau, de Duclos, de Voltaire, de Diderot, de Marmontel, donnaient un aliment perp\u00e9tuel \u00e0 ces conversations, o\u00f9 presque tous les jugements semblaient dict\u00e9s \u00e0 la fois par la raison et par le bon go\u00fbt. On y discutait avec douceur, on y disputait presque jamais; et, comme un tact fin y rendait savant dans l\u2019art de plaire, on y \u00e9vitait l\u2019ennuie en ne s\u2019appesantissant sur rien. (De S\u00e9gur, 1824-1826, 63)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce climat cordial, les auteurs n\u2019\u00e9prouvent aucune r\u00e9ticence \u00e0 venir tester la r\u00e9ception de leurs \u0153uvres. Les chambres des h\u00f4tesses se transforment alors en sc\u00e8nes d\u2019exp\u00e9rimentation de cr\u00e9ations. Selon les r\u00e9actions de ce premier public, les \u00e9crivains poursuivent ou rectifient leur travail. Dans son ouvrage\u00a0<em>L\u2019Esprit de soci\u00e9t\u00e9<\/em>, Jacqueline Hellgouarc\u2019h pr\u00e9sente l\u2019analyse suivante\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au stade d\u00e9cisif ou final de l\u2019\u00e9criture, la compagnie cultiv\u00e9e des cercles peut encore intervenir\u00a0: on peut mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve ses \u0153uvres et \u00e9ventuellement les rectifier selon le r\u00e9sultat. Un savant comme Buffon y expose l\u2019objet de ses travaux les plus brillants \u00ab\u00a0comme pour essayer d\u2019avance l\u2019opinion\u00a0\u00bb. Marmontel raconte qu\u2019il lisait ses\u00a0<em>Contes moraux<\/em>\u00a0aux petits soupers de M<sup>me<\/sup>\u00a0Geoffrin, chez M<sup>me<\/sup>\u00a0de Brionne, ou dans les maisons de campagne \u00a0\u00ab\u00a0avant la promenade\u00a0\u00bb; il notait les passages o\u00f9, au silence de ses belles et nobles auditrices, il reconnaissait qu\u2019il avait manqu\u00e9 \u00ab\u00a0le ton de la nature, la juste nuance du vrai\u00a0\u00bb, et il les \u00ab\u00a0corrigeait \u00e0 loisir\u00a0\u00bb. Les repr\u00e9sentations de pi\u00e8ces sur des sc\u00e8nes priv\u00e9es pouvaient assurer la m\u00eame fonction. (Hellgouarc&rsquo;h, 2000, 19)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La critique collective orale \u2013 si particuli\u00e8re aux salons \u2013 permet, par son caract\u00e8re instantan\u00e9, la cr\u00e9ation. En tant que public bienveillant, les invit\u00e9s se complaisent \u00e0 prodiguer des conseils aux \u00e9crivains. Or, ces remarques ont un impact sur les \u0153uvres\u00a0: il y a une pratique de cr\u00e9ation collective. Les novices peuvent ainsi b\u00e9n\u00e9ficier de l\u2019exp\u00e9rience des plus experts et reconnus. Le comte de S\u00e9gur d\u00e9taille tout ce qu\u2019il a pu apprendre en fr\u00e9quentant ces soci\u00e9t\u00e9s :<\/p>\n<blockquote>\n<p>En soumettant mes premiers ouvrages \u00e0 d\u2019aussi bons juges, j\u2019apprenais par eux combien l\u2019art d\u2019\u00e9crire est difficile. Les entretiens des hommes qui ont obtenu une c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 m\u00e9rit\u00e9e, [sic.] nous \u00e9clairent encore mieux que les livres. Ils nous font conna\u00eetre mille r\u00e8gles de tact et de go\u00fbt, et une foule d\u2019observations, de nuances, qu\u2019il serait presque impossible d\u2019expliquer par \u00e9crit. Aucun livre n\u2019aurait pu m\u2019apprendre ce que me faisaient conna\u00eetre, en peu de conversation, Marmontel et La Harpe sur les formes du style, sur les moyens secrets de l\u2019\u00e9loquence, Boufflers sur l\u2019art d\u2019amener naturellement un trait piquant et heureux, M.\u00a0de Beauvau et Suard sur la correction du style, le Duc de Nivernais sur la finesse du tact, sur les nuances de la gr\u00e2ce, sur la d\u00e9licatesse du go\u00fbt, et l\u2019abb\u00e9 Delille sur les moyens de saisir dans notre imagination cette baquette magique qui sait tout animer. (De S\u00e9gur, 1824-1826, 65)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le caract\u00e8re h\u00e9t\u00e9roclite de ces cercles compos\u00e9s de gens du monde, de gens de lettres et d\u2019artistes forme une critique riche et compl\u00e9mentaire constituant un atout pour les auteurs. Chacun, en fonction de sa sensibilit\u00e9 et de sa propre culture, apporte son regard et oriente ainsi les compositions litt\u00e9raires qui r\u00e9pondent alors aux go\u00fbts d\u2019une \u00e9poque dans ses multiples facettes.<\/p>\n<blockquote>\n<p>De surcro\u00eet, la critique f\u00e9minine, en permettant aux femmes de faire leurs premiers pas en litt\u00e9rature, les encourage \u00e0 s\u2019\u00e9panouir dans le monde de la cr\u00e9ation par l\u2019\u00e9criture. Dufour-Ma\u00eetre pense que l\u2019empire qu\u2019elles avaient acquis gr\u00e2ce au bon go\u00fbt les aurait inspir\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est certainement \u00e0 la faveur du d\u00e9veloppement de la critique mondaine fond\u00e9e sur le go\u00fbt qu\u2019est venu \u00e0 des femmes de plus en plus nombreuses le d\u00e9sir d\u2019\u00e9crire elles-m\u00eames, voire de faire quelque figure sur le Parnasse.\u00a0\u00bb (Dufour-Ma\u00eetre, 2008, 300).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0F\u00e9minit\u00e9, culture de l\u2019esprit et vie mondaine au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, No\u00e9mi Hepp explique ce processus\u00a0de la fa\u00e7on suivante :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle a favoris\u00e9 la culture de l\u2019esprit f\u00e9minin, donn\u00e9 \u00e0 des femmes tr\u00e8s dou\u00e9es l\u2019id\u00e9e qu\u2019elles pouvaient non seulement appr\u00e9cier des ouvrages qui leur \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s, non seulement les imiter \u00e0 l\u2019occasion, mais m\u00eame exprimer elles-m\u00eames sous de nouvelles formes leur regard sur la vie, soit leur regard sur un individu particulier \u2014 c\u2019est le but du portrait \u2014 soit leur regard sur des lois du comportement, ce qui est l\u2019objet de la maxime. (Hepp, 2001, 16)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La critique atypique pratiqu\u00e9e dans les salons conditionne tellement la cr\u00e9ation litt\u00e9raire qu\u2019elle engendre des genres nouveaux, auxquels les femmes donnent naissance en s\u2019inspirant de leur exp\u00e9rience salonni\u00e8re en mati\u00e8re de critique litt\u00e9raire. Par exemple, M<sup>lle<\/sup>\u00a0de Scud\u00e9ry et la Grande Mademoiselle se trouvent \u00e0 l\u2019origine de la mode des portraits<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">Madeleine de Scud\u00e9ry brosse dans\u00a0<em>Le Grand Cyrus<\/em>\u00a0(1649-1653) une s\u00e9rie de portraits, dont celui de la Marquise de Rambouillet, et La Grande Mademoiselle publie<em>\u00a0Divers portraits [par Mademoiselle de Montpensier et diverses personnes de sa cour]<\/em>\u00a0en 1659. <\/span> tandis que M<sup>me<\/sup>\u00a0de Sabl\u00e9 avec Fran\u00e7ois de La Rochefoucauld fondent celle des maximes fn]M<sup>me<\/sup>\u00a0de Sabl\u00e9 publie\u00a0<em>Maximes de M<sup>me<\/sup>\u00a0de Sabl\u00e9<\/em>\u00a0en 1678 et de La Rochefoucauld,\u00a0<em>R\u00e9flexions ou sentences et maximes morales<\/em>\u00a0en 1664. [\/mfn].<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>Au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, trois salons litt\u00e9raires modernes laissent place \u00e0 la critique dans des proportions diff\u00e9rentes. Chez la vicomtesse d\u2019Auchy, celle-ci est s\u00e9rieuse et essentielle pour doter son acad\u00e9mie d\u2019un pouvoir souverain sur les lettres, alors que chez M<sup>me<\/sup>\u00a0des Loges, elle est importante sans y para\u00eetre. Chez M<sup>me<\/sup>\u00a0de Rambouillet, la critique y rev\u00eat un aspect ludique. En fonction de ces diff\u00e9rents degr\u00e9s d\u2019implication, les h\u00f4tesses se voient plus ou moins condamn\u00e9es par leurs contemporains. Le jugement des femmes, si pris\u00e9 dans la litt\u00e9rature moderne de l&rsquo;\u00e9poque, doit ob\u00e9ir \u00e0 leur intuition et \u00e0 leurs go\u00fbts, mais il ne doit surtout pas para\u00eetre docte. Une femme qui voudrait passer pour savante serait plut\u00f4t p\u00e9dante\u00a0(Timmermans, 71-84). Cette critique atypique est donc une affaire de tactique\u00a0: au c\u0153ur des salons raffin\u00e9s, la critique se veut affin\u00e9e.<\/p>\n<p>Centres d\u2019attention du public parisien qui r\u00e9pandent leur aura \u00e0 travers la province, les salons litt\u00e9raires favorisent la carri\u00e8re des uns et enrayent celle des autres. Bien s\u00fbr, apr\u00e8s les satires de La Bruy\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">Dans\u00a0<em>Les Caract\u00e8res<\/em>\u00a0en 1688. <\/span> et de Moli\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5593\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5593-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\">Dans\u00a0<em>Les pr\u00e9cieuses ridicules<\/em>\u00a0(1659) ou\u00a0<em>Les femmes savantes<\/em>\u00a0(1672). <\/span>, nombreux sont les ouvrages lou\u00e9s au temps des salons \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 remis en question par la post\u00e9rit\u00e9. Voiture, M\u00e9nage, Benserade ou les pr\u00e9cieuses comme M<sup>me<\/sup>\u00a0de Scud\u00e9ry ont eu, en effet, leur lot de d\u00e9tracteurs. Toutefois, en mati\u00e8re de critique, l\u2019ascendant acquis par les salons sur leurs contemporains ne peut \u00eatre d\u00e9menti.<\/p>\n<p>Les salons litt\u00e9raires, en tant que royaumes des mondains, sont soumis aux r\u00e8gles de la soci\u00e9t\u00e9 polie. Afin de se distraire tout en cultivant son esprit, on s\u2019adonne \u00e0 la critique, mais l\u2019implication dont on peut faire preuve pour cette activit\u00e9 ne doit pas mettre \u00e0 mal la biens\u00e9ance r\u00e9gnante. Cette atmosph\u00e8re bienveillante se r\u00e9v\u00e8le bienfaisante; les plus jeunes b\u00e9n\u00e9ficient des conseils des plus exp\u00e9riment\u00e9s et tous reconnaissent la valeur de cette critique bigarr\u00e9e. Elle conditionne la cr\u00e9ation et trouve son plus bel aboutissement dans les portraits et maximes, des genres issus de la critique de la cr\u00e9ation qui ne sont que cr\u00e9ations critiques.<\/p>\n<p>Les salons litt\u00e9raires, qui ont pris forme au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle dans les h\u00f4tels particuliers, fondent leur identit\u00e9 sur des rituels institu\u00e9s par les femmes de lettres pour se d\u00e9marquer des soci\u00e9t\u00e9s d\u2019hommes, tels les cabinets ou acad\u00e9mies. Temples de la conversation polie, leur charme repose essentiellement sur une atmosph\u00e8re dont seules les salonni\u00e8res ont le secret.<\/p>\n<p>La critique litt\u00e9raire fait ainsi son entr\u00e9e dans les salons et gagne en autorit\u00e9 alors qu&rsquo;elle semble pratiqu\u00e9e avec d\u00e9sinvolture. Elle conquiert un ascendant extraordinaire sur le monde des lettres, d\u00e9cidant du sort des auteurs qui accourent y pr\u00e9senter leurs \u0153uvres, et marquant l\u2019Histoire de ses querelles. D\u2019une bienveillance bienfaisante, elle prodigue conseils et orientations, conditionnant la cr\u00e9ation autour des go\u00fbts originaux de cette soci\u00e9t\u00e9 bigarr\u00e9e. Ce climat litt\u00e9raire favorise alors l\u2019\u00e9mergence de genres nouveaux qui, par leur caract\u00e8re critique, rendent hommage \u00e0 cette critique atypique.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui encore, les \u00e9crivains ont pour habitude de guetter les premi\u00e8res critiques de leurs ouvrages, afin d\u2019\u00e9valuer le sort qui leur sera r\u00e9serv\u00e9\u00a0: auront-elles un effet marketing positif ou n\u00e9gatif? La critique est donc envisag\u00e9e comme un verdict de poids; on la redoute en raison de l\u2019importance des enjeux.\u00a0D\u2019elle d\u00e9pendent en effet le travail de plusieurs mois ou plusieurs ann\u00e9es, la notori\u00e9t\u00e9 de l\u2019auteur et ses revenus. Il convient donc de se demander si la professionnalisation des auteurs, qui se d\u00e9veloppe \u00e0 la suite des salons au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, n\u2019aurait pas entra\u00een\u00e9 une perte de conscience de la port\u00e9e constructive de la critique. La comp\u00e9titivit\u00e9 qu\u2019elle a engendr\u00e9e entre les \u00e9crivains n\u2019aurait-elle pas port\u00e9 atteinte \u00e0 l\u2019esprit de bienveillance constructif qui r\u00e9gnait jadis dans les salons? L\u2019opportunit\u00e9 qui leur \u00e9tait autrefois offerte de fa\u00e7onner leurs \u0153uvres aux attentes du public semble aujourd\u2019hui avoir disparu.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<h3><strong>Corpus primaire<\/strong><\/h3>\n<p>CHAPELAIN, Jean. 1638.\u00a0<em>Lettres<\/em>, Tome I. Imprimerie Nationale : \u00c9dition Philippe Tamizey de Larroque, 746 p.<\/p>\n<p>DE LA BRUY\u00c8RE, Jean. 1688.\u00a0<em>Les Caract\u00e8res<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9dition Estienne Michallet, 679 p.<\/p>\n<p>DE LA ROCHEFOUCAULD, Fran\u00e7ois. 1664.\u00a0<em>R\u00e9flexions ou sentences et maximes morales<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9dition P. R. Auguis, 235 p.<\/p>\n<p>DE SCUD\u00c9RY, Madeleine. 1649-1653.\u00a0<em>Le Grand Cyrus<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9dition Augustin Courb\u00e9, 1287 p.<\/p>\n<p>DE S\u00c9GUR, Louis-Philippe. 1824-1826.\u00a0<em>M\u00e9moires ou Souvenirs et anecdotes,\u00a0<\/em>Tome I. Paris : \u00c9dition A. Eymery, 526 p.<\/p>\n<p>DE SOUVR\u00c9, Madeleine. 1678.\u00a0<em>Maximes de Mme de Sabl\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9dition D. Jouaust, 67 p.<\/p>\n<p>D\u2019ORL\u00c9ANS, Anne Marie Louise. 1659.\u00a0<em>Divers portraits\u00a0: Par Mademoiselle de Montpensier et diverses personnes de sa cour<\/em>. Caen : \u00c9dition Daniel Huet, 342 p.<\/p>\n<p>MARMONTEL, Jean-Fran\u00e7ois. 1819.\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Tome 1. Paris : \u00c9dition A. Belin, 784 p.<\/p>\n<p>MOLI\u00c8RE. 1895 [1659].\u00a0<em>Les pr\u00e9cieuses ridicules<\/em>. Paris : Librairie de la Biblioth\u00e8que nationale, 189 p.<\/p>\n<p>MOLI\u00c8RE. 1672.\u00a0<em>Les femmes savantes<\/em>. Paris : P. Prom\u00e9, 92 p.<\/p>\n<p>SOMMAIZE, Antoine Baudeau (de). 1661.\u00a0<em>Le Grand Dictionnaire des Pr\u00e9tieuses, Historique, Po\u00e9tique, G\u00e9ographique, Cosmographique, Cronologique, &amp; Armoirique : \u00a0o\u00f9 l\u2019on verra leur Antiquit\u00e9, Coustumes, Devises, Eloges, Etudes, Guerres, H\u00e9r\u00e9sies, Jeux, Loix, Langage, M\u0153urs, Mariages, Morale, Noblesse; avec leur politique, pr\u00e9dictions, questions, richesses, r\u00e9duits &amp; victoires; Comme aussi les Noms de ceux&amp; de celles qui ont jusques icy invent\u00e9 des mots Pr\u00e9tieux.<\/em>\u00a0Paris\u00a0: \u00c9dition Jean Ribou, 320 p.<\/p>\n<h3><strong>Corpus th\u00e9orique<\/strong><\/h3>\n<p>CAMPBELL, John. 2007. \u00ab\u00a0La \u00ab\u00a0modernit\u00e9\u00a0\u00bb de La Princesse de Cl\u00e8ves\u00a0\u00bb, dans\u00a0<em>Seventeenth-Century French Studies<\/em>. Glasgow\u00a0: University of Glasgow,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/pdf\/10.1179\/175226907X187492\">http:\/\/www.tandfonline.com\/doi\/pdf\/10.1179\/175226907X187492<\/a>\u00a0[En ligne] (Page consult\u00e9e en septembre 2016).<\/p>\n<p>DUFOUR-MA\u00ceTRE, Myriam. 2008.\u00a0<em>Les Pr\u00e9cieuses\u00a0: Naissance des femmes de lettres en France au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion, coll. \u00ab\u00a0Champion classiques\u00a0\u00bb, 823 p.<\/p>\n<p>HELLEGOUARC\u2019H, Jacqueline. 2000.\u00a0<em>L\u2019Esprit de soci\u00e9t\u00e9\u00a0: cercles et salons parisiens au XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle<\/em>. Paris : \u00c9ditions Garnier, 524 p.<\/p>\n<p>HEPP, No\u00e9mi. 2001. \u00ab\u00a0F\u00e9minit\u00e9, culture de l\u2019esprit et vie mondaine au XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0\u00bb, dans Roger Marchal (dir.),\u00a0<em>Vie des salons et activit\u00e9s litt\u00e9raires\u00a0: de Marguerite de Valois \u00e0 Mme de Sta\u00ebl<\/em>. Nancy : Presses Universitaires de Nancy, coll. \u00ab Publications du Centre d\u2019\u00c9tudes des Milieux litt\u00e9raires \u00bb, n\u00b0 2, 343\u00a0p.<\/p>\n<p>LAGARDE, Andr\u00e9 et Laurent MICHARD. 2003.\u00a0<em>Lagarde &amp; Michard XVII<sup>e<\/sup>-XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles<\/em>. Paris : Bordas, coll. \u00ab Litt\u00e9raire \u00bb, 3088 p.<\/p>\n<p>LOSADA GOYA, Jos\u00e9 Manuel. 2005. \u00ab\u00a0Les salons et l&rsquo;Espagne\u00a0: \u00c0 propos de quelques querelles litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, dans\u00a0<em>Litt\u00e9ratures classiques<\/em>, n\u00b0 58.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-litteratures-classiques1-2005-3-page-47.htm\">www.cairn.info\/revue-litteratures-classiques1-2005-3-page-47.htm<\/a>\u00a0[En ligne] (Page consult\u00e9e en mars 2016).<\/p>\n<p>STEIGERWALD, J\u00f6rn. 2013. \u00ab\u00a0La Querelle des\u00a0<em>Suppositi<\/em>\u00a0de l\u2019Arioste\u00a0\u00bb, dans Jeanne-Marie Hostiou et Alain Viala (dir.),\u00a0<em>Le Temps des querelles<\/em>. Paris : Armand Colin\/Universit\u00e9 de la Ruhr, coll. \u00ab Litt\u00e9ratures classiques \u00bb, 332 p.<\/p>\n<p>TIMMERMANS, Linda. 1993.\u00a0<em>L\u2019acc\u00e8s des femmes \u00e0 la culture (1598-1715)<\/em>. Paris : Honor\u00e9 Champion, 968 p.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dem\u00eame-Th\u00e9rouin, Amandine. 2016. \u00abLes salons litt\u00e9raires de l\u2019Ancien R\u00e9gime\u00a0: Des espaces critiques atypiques.\u00bb, <em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9cration, lectures et politique du litt\u00e9raire\u00bb, n\u00b024, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5593 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dememetherouin_24.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dememetherouin_24.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-83bd0921-6c0d-4f8e-95af-5d629e082484\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dememetherouin_24.pdf\">dememetherouin_24<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dememetherouin_24.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-83bd0921-6c0d-4f8e-95af-5d629e082484\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div><em>La Guirlande de Julie<\/em>\u00a0est le plus c\u00e9l\u00e8bre des recueils collectifs du XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. Sur demande d\u2019un duc de Montausier amoureux, toute la bonne soci\u00e9t\u00e9 de la marquise de Rambouillet est mise \u00e0 contribution pour chanter les louanges de sa fille, Julie d\u2019Angennes, \u00e0 travers des po\u00e8mes floraux. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Voiture (1597-1648), \u00e9crivain de modeste condition, acquiert sa r\u00e9putation en jouant le galant badin des salons du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ses lettres et po\u00e9sies de style mani\u00e9r\u00e9 connaissent un franc succ\u00e8s aupr\u00e8s des pr\u00e9cieuses et sont fr\u00e9quemment r\u00e9\u00e9dit\u00e9es jusqu\u2019au milieu du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Son chef-d\u2019\u0153uvre, la <em>Lettre sur la prise de Corbie<\/em>, lui permet d\u2019int\u00e9grer l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Le d\u00e9clin de la pr\u00e9ciosit\u00e9 entra\u00eenera, comme pour Madeleine de Scud\u00e9ry, la perte de sa r\u00e9putation litt\u00e9raire. <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Madeleine de Scud\u00e9ry (1607-1701) est la plus c\u00e9l\u00e8bre des Pr\u00e9cieuses. La pr\u00e9ciosit\u00e9 est un style d\u2019expression du milieu du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (ayant son apog\u00e9e entre 1650 et 1660) qui recherche la puret\u00e9 d\u2019expression en supprimant les mauvais mots. Son premier objectif est la distinction afin que ce langage ne soit compris que des esprits les plus \u00e9lev\u00e9s. Elle utilise de nombreuses figures de style telles que : \u00ab\u00a0l\u2019instrument de la propret\u00e9\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer \u00ab\u00a0le balai\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le suppl\u00e9ment du soleil\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0la chandelle\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l\u2019affronteur des temps\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0 le chapeau\u00a0\u00bb. M<sup>lle<\/sup> de Scud\u00e9ry \u00e9crit plusieurs \u0153uvres empreintes de ce style\u00a0mani\u00e9r\u00e9 alors adul\u00e9 dans les salons du XVII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle\u00a0: <em>Le Grand Cyrus<\/em> et <em>Cl\u00e9lie<\/em>. \u00c0 l\u2019instar de Voiture, son succ\u00e8s litt\u00e9raire doit beaucoup aux salons et il s\u2019\u00e9teint avec eux. <\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Nous citerons en particulier ceux de la mar\u00e9chale de Retz ou de Marguerite de Valois, la Reine Margot. <\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>G\u00e9d\u00e9on Tallemant des R\u00e9aux (1619-1692) est un \u00e9crivain, gazetier et po\u00e8te fid\u00e8le de l\u2019H\u00f4tel de Rambouillet. <\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Dans la tradition humaniste, l\u2019expression doit respecter une rh\u00e9torique savante, plus ampoul\u00e9e. <\/div><\/li><li><span>7<\/span><div> Julie de Lespinasse (1732-1776) tient un salon philosophique qui concurrence celui de sa tante M<sup>me<\/sup>\u00a0du Deffand, dont elle \u00e9tait la lectrice. <\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>De fait, elle se constitue en 1629 autour de Conrart et comprend neuf membres. <\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Voir Andr\u00e9 Lagarde et Laurent Michard (2003),\u00a0<em>Lagarde &amp; Michard XVII<sup>e<\/sup>-XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cles<\/em>, Paris : Bordas, coll. \u00ab Litt\u00e9raire \u00bb, p. 103. <\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Voir J\u00f6rn Steigerwald (2013), \u00ab\u00a0La Querelle des\u00a0<em>Suppositi<\/em>\u00a0de l\u2019Arioste\u00a0\u00bb dans Jeanne-Marie Hostiou et Alain Viala,\u00a0<em>Le Temps des querelles<\/em>, Paris : Armand Colin, coll. \u00ab Litt\u00e9ratures classiques \u00bb,\u00a0 pp. 173-183. <\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>Par son intrigue et son style novateurs,\u00a0<em>La Princesse de Cl\u00e8ves<\/em>\u00a0marque en effet un v\u00e9ritable tournant au sein du roman\u00a0: elle r\u00e9volutionne ce genre et en modifie les codes pour la post\u00e9rit\u00e9. Tandis que la majorit\u00e9 de la critique souligne sa modernit\u00e9 \u2013\u00a0 \u00ab\u00a0pour Pierre Malandain, le fait que cette \u0153uvre soit \u00ab\u00a0l\u2019acte de naissance du roman fran\u00e7ais moderne\u00a0\u00bb est reconnu par tous\u00a0\u00bb (Campbell, 2013, 63-72) \u2013, les critiques les plus sceptiques, tels Jean Mesnard ou John Campbell, insistent plut\u00f4t sur son caract\u00e8re inclassable. <\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> \u00ab\u00a0La question des pr\u00e9cieuses se trouve en effet au c\u0153ur du double geste qui fonde la critique moderne\u00a0: celle-ci, d\u2019une part, arrache le jugement des \u0153uvres aux doctes et aux politiques pour le confier au go\u00fbt raisonnable et \u00e0 l\u2019appr\u00e9ciation morale des honn\u00eates gens, mais elle entend d\u2019autre part enrayer la prolif\u00e9ration centrifuge des d\u00e9finitions du\u00a0<em>je-ne-sais-quoi\u00a0<\/em>qui pla\u00eet et qui d\u00e9borde l\u2019usage de la raison.\u00a0\u00bb (Dufour-Ma\u00eetre, 2008, 277). <\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>Il existe en effet une grande concurrence entre elles qui entra\u00eenera notamment l\u2019aversion de M<sup>me<\/sup>\u00a0du Deffand pour sa ni\u00e8ce Julie de Lespinasse, cette derni\u00e8re ayant cr\u00e9\u00e9 un salon parall\u00e8le en usurpant les h\u00f4tes de sa tante. <\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Grand-croix de la L\u00e9gion d\u2019honneur, diplomate, auteur dramatique, historien, po\u00e8te, il est \u00e9lu acad\u00e9micien en 1803. <\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>Il recense ainsi les salons de M<sup>me<\/sup>\u00a0Geoffrin et de M<sup>me<\/sup>\u00a0du Deffand, mais \u00e9voque \u00e9galement les maisons de la princesse de Beauvau, de la duchesse de Choiseul, de la mar\u00e9chale du Luxembourg, de la duchesse de Grammont, de madame de Montesson, de la duchesse d\u2019Anville, de la comtesse de Tess\u00e9 et de celle de sa m\u00e8re. <\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>Madeleine de Scud\u00e9ry brosse dans\u00a0<em>Le Grand Cyrus<\/em>\u00a0(1649-1653) une s\u00e9rie de portraits, dont celui de la Marquise de Rambouillet, et La Grande Mademoiselle publie<em>\u00a0Divers portraits [par Mademoiselle de Montpensier et diverses personnes de sa cour]<\/em>\u00a0en 1659. <\/div><\/li><li><span>17<\/span><div>Dans\u00a0<em>Les Caract\u00e8res<\/em>\u00a0en 1688. <\/div><\/li><li><span>18<\/span><div>Dans\u00a0<em>Les pr\u00e9cieuses ridicules<\/em>\u00a0(1659) ou\u00a0<em>Les femmes savantes<\/em>\u00a0(1672). <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024 Sous l\u2019impulsion de Mme\u00a0de Rambouillet \u2013 qui ouvre sa c\u00e9l\u00e8bre Chambre bleue en 1620 \u2013, les salons litt\u00e9raires s\u2019instaurent au XVIIe\u00a0si\u00e8cle en centres de rassemblement incontournables de l\u2019aristocratie fran\u00e7aise. 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