{"id":5594,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-verite-en-effet-critique-et-catharsis-dans-loeuvre-de-musset\/"},"modified":"2024-08-22T18:59:41","modified_gmt":"2024-08-22T18:59:41","slug":"la-verite-en-effet-critique-et-catharsis-dans-loeuvre-de-musset","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5594","title":{"rendered":"La v\u00e9rit\u00e9 en effet. Critique et catharsis dans l\u2019\u0153uvre de Musset"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6893\">Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024<\/a><\/h5>\n<p>Dans un po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Impromptu, en r\u00e9ponse \u00e0 cette question\u00a0: Qu\u2019est-ce que la po\u00e9sie?\u00a0\u00bb, Alfred de Musset d\u00e9crit son r\u00f4le de po\u00e8te comme \u00e9tant d\u2019\u00ab\u00a0aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie;\u00a0\/ \u00c9couter dans son c\u0153ur l\u2019\u00e9cho de son g\u00e9nie;\u00a0\/ Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard;\u00a0\/ Faire une perle d\u2019une larme\u00a0\u00bb (Musset, 1962, 388). Il postule d\u00e8s lors qu\u2019en tant que po\u00e8te, entendu ici au sens large d\u2019\u00e9crivain, son r\u00f4le consiste \u00e0 n\u00e9gocier un lieu de partage entre le beau et le vrai, \u00e0 travailler leur harmonie. Cette th\u00e9orie de la v\u00e9rit\u00e9, Musset la reprendra all\u00e8grement tout au long de son \u0153uvre. Dans son texte inachev\u00e9 du \u00ab\u00a0Po\u00e8te d\u00e9chu\u00a0\u00bb, il \u00e9crit notamment que \u00ab\u00a0la douleur apprend la v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb (Musset, 1960, 311) et que \u00ab\u00a0Vingt-cinq vers rendent un homme immortel [&#8230;] parce que celui qui lit vingt-cinq vers apr\u00e8s cinq si\u00e8cles, s\u2019il a du c\u0153ur, tombe \u00e0 terre et pleure, et qu\u2019une larme est ce qu\u2019il y a de plus vrai, de plus imp\u00e9rissable au monde\u00a0\u00bb (315). Il r\u00e9it\u00e9rera aussi cette id\u00e9e dans le po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Aux critiques du <em>Chatterton<\/em> d\u2019Alfred de Vigny\u00a0\u00bb\u00a0alors qu&rsquo;il \u00e9crit : \u00ab\u00a0Quand vous aurez prouv\u00e9, messieurs du journalisme,\u00a0\/Que Chatterton eut tort de mourir ignor\u00e9,\u00a0\/Vous n\u2019aurez pas prouv\u00e9 que je n\u2019ai pas pleur\u00e9\u00a0\u00bb (Musset, 1962, 529).<\/p>\n<p>Il nous semble alors juste de consid\u00e9rer, avec Olivier Bara, que l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9lection des larmes\u00a0\u00bbsert de\u00ab\u00a0seul \u00e9talon critique\u00a0\u00bb pour le po\u00e8te fran\u00e7ais (Ledda et <em>al<\/em>, 2013, 221) en ce qui a trait \u00e0 la valeur esth\u00e9tique d&rsquo;une \u0153uvre. Ces larmes servent de vecteur au \u00ab vrai\u00a0\u00bb mussetien, elles visent \u00e0 d\u00e9montrer ce qui est authentique dans un r\u00e9cit, quand bien m\u00eame celui-ci serait fictif. En ce sens, nous pouvons voir cette v\u00e9rit\u00e9 de deux mani\u00e8res\u00a0: soit que le vrai nourrit le beau\u00a0 \u0336\u00a0 \u00ab rien n\u2019est beau que le vrai, dit un vers respect\u00e9\u00a0\u00bb (Musset, 1962, 424) \u00e9crit Musset citant Boileau dans son po\u00e8me \u00ab\u00a0apr\u00e8s une lecture\u00a0\u00bb\u00a0 \u0336 \u00a0nous pourrions alors dire que l\u2019esth\u00e9tique passe par la logique. \u00c0 l\u2019inverse, ce serait le beau qui alimenterait le vrai\u00a0 \u0336\u00a0 \u00ab Et moi, je lui r\u00e9ponds, sans crainte d\u2019un blasph\u00e8me;\u00a0\/Rien n\u2019est vrai sans la beaut\u00e9.\u00a0\u00bb (424)\u00a0 \u0336 \u00a0et donc la logique deviendrait tributaire de l\u2019esth\u00e9tique. Dans les deux cas, \u00ab\u00a0la beaut\u00e9, c\u2019est tout\u00a0\u00bb (424). Mais de par l&rsquo;alternance entre les deux, Musset d\u00e9montre la r\u00e9versibilit\u00e9 de la v\u00e9rit\u00e9 et de la beaut\u00e9. La conciliation de ces deux modalit\u00e9s r\u00e9sulte alors en vraisemblance, v\u00e9ritable r\u00e9sultat de cette harmonie.<\/p>\n<p>En termes de preuves rh\u00e9toriques, nous pourrions dire que le sentiment v\u00e9hicul\u00e9, de l\u2019ordre du <em>pathos<\/em>, se trouverait l\u00e9gitim\u00e9 par une forme de <em>logos<\/em> dont la v\u00e9rit\u00e9 profonde ne serait pas de l\u2019ordre d\u2019un enthym\u00e8me<a id=\"footnoteref1_e147q8r\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab Tous les orateurs, en effet, pour produire la persuasion, d\u00e9montrent par des exemples ou des enthym\u00e8mes; il n'y a pas d'autres moyens que ceux-l\u00e0. [...] Il ressort clairement [...] que s'appuyer sur plusieurs cas semblables pour montrer qu'il en est de m\u00eame dans le cas pr\u00e9sent est l\u00e0 une induction, ici un exemple, et que, quand, de certaines pr\u00e9misses r\u00e9sulte une proposition nouvelle et diff\u00e9rente, parce que ces pr\u00e9misses sont vraies ou universellement ou pour la plupart du temps on a ce qu'on nomme l\u00e0 un syllogisme, ici un enthym\u00e8me \u00bb(Aristote,1960,78). \" href=\"#footnote1_e147q8r\">[1]<\/a>, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;un \u00e9nonc\u00e9 rigoureusement logique, mais rel\u00e8verait plut\u00f4t d\u2019un <em>ethos<\/em> permettant \u00e0 Musset d\u2019argumenter par exemplification, c\u2019est-\u00e0-dire par raisonnement inductif. Il nous semble y avoir l\u00e0 toute une r\u00e9flexion sur le droit et sur la litt\u00e9rature. C\u2019est pourquoi l\u2019\u00e9tude rh\u00e9torique que le pr\u00e9sent travail s\u2019efforcera d&rsquo;effectuer sur Musset se fera en deux temps. En premier lieu, nous analyserons certains proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques de Musset, avec pour objectif d&rsquo;y retrouver un certain argumentaire, et ce, pour ensuite d\u00e9placer cette perspective vers la lecture inductive que cette esth\u00e9tique permet aux lecteurs d&rsquo;accomplir. Nous d\u00e9montrerons ainsi en quoi les proc\u00e9d\u00e9s scripturaux de Musset peuvent aspirer \u00e0 une valeur critique au travers d\u2019une rh\u00e9torique de la lecture, que Gilles Th\u00e9rien d\u00e9finit comme la recherche \u00ab\u00a0des images sous les mots\u00a0\u00bb (Gervais et <em>al<\/em>, 2007, 219) et leur int\u00e9gration \u00ab\u00a0\u00e0 une m\u00e9moire <em>individuelle<\/em> comme \u00e0 une m\u00e9moire <em>collective\u00a0<\/em>\u00bb (222, l&rsquo;auteur souligne).<\/p>\n<h2>Critique et catharsis<\/h2>\n<p>En tant que tentative de persuasion, la rh\u00e9torique met toujours en sc\u00e8ne un <em>Je<\/em> (ou un <em>Nous<\/em> plus ou moins restrictif) tentant de convaincre un <em>Tu<\/em> ou un <em>Vous<\/em> dans l\u2019optique de proposer une forme d\u2019adh\u00e9sion (disons de former un plus grand <em>Nous<\/em>). C\u2019est pourquoi Aristote consid\u00e9rait que c\u2019\u00e9tait \u00ab\u00a0pr\u00e9cis\u00e9ment pour cette raison que la rh\u00e9torique pren[ait] le masque de la politique\u00a0\u00bb (Aristote, 1960, 77). Il s\u2019agit donc d\u2019\u00e9tablir sa personne en tant qu\u2019<em>auctor<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire en tant qu\u2019autorit\u00e9 du discours, celui qui en maitrise le \u00ab\u00a0maniement\u00a0\u00bb (77).<\/p>\n<p>Pour ce faire, la rh\u00e9torique de Musset, en tant qu\u2019elle vise \u00e0 \u00e9mouvoir son auditoire, est avant tout path\u00e9tique. Mais pour y parvenir, nous croyons que le po\u00e8te doit l\u2019organiser sur le mode de la <em>catharsis<\/em>. Aristote, dans sa <em>Po\u00e9tique<\/em>, parle de la <em>catharsis<\/em> en terme de \u00ab\u00a0purgation des \u00e9motions\u00a0\u00bb (Aristote\u00a01979, 37). Cette th\u00e9matique de l\u2019expurgation traverse po\u00e9sie et prose de Musset, c&rsquo;est pourquoi il nous semble int\u00e9ressant d&rsquo;aller d\u00e9terrer ce vieux concept grec. \u00ab\u00a0La Nuit d\u2019octobre\u00a0\u00bb, par exemple, propose de \u00ab\u00a0parler de [l]a souffrance\u00a0\u00bb (Musset, 1962, 320)puisque le po\u00e8te se consid\u00e8re \u00ab\u00a0si bien gu\u00e9ri de cette maladie\u00a0\u00bb (321); <em>La Confession d\u2019un enfant du si\u00e8cle<\/em>, parall\u00e8lement, de \u00ab\u00a0retirer ce fruit de [s]es paroles, de s\u2019\u00eatre mieux gu\u00e9ri soi-m\u00eame, et, comme le renard pris au pi\u00e8ge, [de] ronger [s]on pied captif\u00a0\u00bb (Musset, 1960, 65). Ce m\u00e9canisme permet ainsi aux \u00e9motions de devenir des images que l\u2019on donne \u00e0 voir et que l\u2019on l\u00e8gue au lecteur. C\u2019est ce qui permet, selon Aristote, de faire vivre des \u00e9motions par procuration \u00e0 l\u2019auditoire d\u2019une pi\u00e8ce, diminuant progressivement l\u2019effet de telles \u00e9motions en les banalisant par la fiction.<\/p>\n<p>La <em>Po\u00e9tique<\/em> souligne surtout l\u2019effet th\u00e9rapeutique de la <em>catharsis<\/em>. Celui-ci est la finalit\u00e9 vers laquelle la <em>catharsis<\/em> est orient\u00e9e chez Aristote, mais, chez Musset, celle-ci op\u00e8re surtout en tant que moyen. Dans les deux cas pourtant, cette derni\u00e8re op\u00e8rerait \u00e0 l\u2019aide du \u00ab\u00a0chant\u00a0\u00bb ou du \u00ab\u00a0rythme\u00a0\u00bb (37), ou par leur alternance en fonction des harmonies requises par la situation repr\u00e9sent\u00e9e. Aristote \u00e9largit lui-m\u00eame sa notion de <em>catharsis <\/em>dans ses <em>Politiques<\/em>, o\u00f9 il \u00e9crit que les \u00ab\u00a0harmonies ont une nature adapt\u00e9e \u00e0 chaque m\u00e9lodie\u00a0\u00bb (Aristote, 2010, 542). Les <em>Politiques <\/em>ne lieront donc plus la catharsis essentiellement \u00e0 la trag\u00e9die, mais plut\u00f4t \u00e0 la musique, qui, par le biais des diff\u00e9rents rythmes et m\u00e9lodies, peut avoir d\u2019autres vis\u00e9es telles que l\u2019\u00e9ducation, la philosophie, l\u2019\u00e9thique ou autres. Cette id\u00e9e nous rapproche beaucoup de Musset et des ses po\u00e8mes \u00e0 mettre en chanson, alors que pour lui, dans son po\u00e8me \u00ab\u00a0Chanson\u00a0\u00bb, \u00ab Le rem\u00e8de au m\u00e9lancolique,\u00a0\/ C&rsquo;est la musique\u00a0\/ Et la beaut\u00e9\u00a0\u00bb (Musset, 1962, 460). Les harmonies sont alors soutenues par l&rsquo;id\u00e9e que\u00ab\u00a0la passion qui assaille imp\u00e9tueusement certaines \u00e2mes se rencontre dans toutes\u00a0\u00bb (Aristote, 2010, 542-543), et cela assure leur intelligibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi d\u00e9crite, la <em>catharsis <\/em>nous apparait avoir une fonction plut\u00f4t \u00e9thique, politique et mn\u00e9monique, ce qui la rapproche par ailleurs beaucoup de la rh\u00e9torique classique. Elle peut alors \u00eatre vue comme une forme de gestion collective des \u00e9motions et comme une instance de transition entre une m\u00e9moire individuelle et collective. Luc Brisson, dans son \u00e9dition des \u0153uvres compl\u00e8tes de Platon, traduit d\u2019ailleurs <em>catharsis<\/em> par \u00ab\u00a0la s\u00e9paration du bon d\u2019avec le mauvais\u00a0\u00bb (Platon, 2008, 294). Cette d\u00e9finition conf\u00e8re ainsi la vis\u00e9e qui nous pr\u00e9occupe, au-del\u00e0 de la simple vertu th\u00e9rapeutique, en ce que cela nous permet de la lier \u00e0 la notion d\u2019<em>auctor<\/em>, un vieux concept juridique d\u00e9finissait en quelque sorte le plus haut degr\u00e9 de morale et l\u2019incarnation de la loi. <em>L&rsquo;auctor <\/em>\u00e9tait un titre d\u00e9signant celui qui avait le pouvoir d\u2019autoriser, c\u2019est-\u00e0-dire de transmettre un pouvoir d\u2019agir en raison d&rsquo;une sagesse morale suppl\u00e9mentaire. L\u2019historien Th\u00e9odore Mommsen disait de l\u2019<em>auctoritas<\/em> qu\u2019il \u00e9tait \u00ab\u00a0moins qu\u2019un ordre, mais plus qu\u2019un conseil\u00a0\u00bb (Mommsen, 1985, 1034) en ce que de ne pas la suivre peut se traduire comme un \u00e9cartement volontaire de la voie de la sagesse.<\/p>\n<p>L\u2019<em>auctor<\/em> est donc le principe qui autorise la <em>catharsis <\/em>\u00e0 faire sens par la mise en place d\u2019une axiologie des \u00e9motions, leur permettant d&rsquo;avoir une signification et, par cons\u00e9quent, un effet. Il fonde alors le droit du narrateur \u00e0 guider le lecteur. Par la suite, \u00ab\u00a0la persuasion, \u00e9crit Aristote, est produite par la disposition des auditeurs, quand le discours les am\u00e8ne \u00e0 \u00e9prouver une passion ; car l\u2019on ne rend pas les jugements de la m\u00eame fa\u00e7on selon que l\u2019on ressente peine ou plaisir, amiti\u00e9 ou haine\u00a0\u00bb (Aristote, 1960, 77). En servant d\u2019\u00e9talon de mesure \u00e0 ce proc\u00e9d\u00e9 de persuasion, les \u00e9motions rev\u00eatent une valeur critique non n\u00e9gligeable; elles affectent la perception m\u00eame du r\u00e9cit par l\u2019auditoire ainsi que son appr\u00e9ciation.<\/p>\n<h2>L\u2019envers et l\u2019endroit<\/h2>\n<p>Cette qualit\u00e9 de la <em>catharsis<\/em>, Musset semble lui aussi l\u2019avoir per\u00e7ue et int\u00e9gr\u00e9e dans son \u00e9criture. Mais celui-ci renverse tout de m\u00eame la notion de <em>catharsis <\/em>telle qu\u2019Aristote la d\u00e9veloppe, m\u00eame s\u2019il en conserve presque tous les param\u00e8tres. Telle qu\u2019analys\u00e9e ici, c\u2019est la <em>catharsis <\/em>elle-m\u00eame qui fait autorit\u00e9 et devient la r\u00e8gle. Hors du <em>logos<\/em> aristot\u00e9licien, la v\u00e9rit\u00e9 du po\u00e8te devient alors de pouvoir \u00ab\u00a0d\u00e9raisonner\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de ne pas simplement \u00ab\u00a0traiter son c\u0153ur comme un chien qu\u2019on encha\u00eene\u00a0\/Et fausser jusqu\u2019aux pleurs que l\u2019on a dans les yeux\u00a0\u00bb (Musset, 1960, 422-426), comme il l\u2019\u00e9crit dans son po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Apr\u00e8s une lecture\u00a0\u00bb. La <em>catharsis<\/em> nous semble donc \u00eatre un concept probant de la rh\u00e9torique mussetienne, puisqu\u2019en pr\u00f4nant la d\u00e9raison, le po\u00e8te met l\u2019accent sur les preuves rh\u00e9toriques qu\u2019Aristote nomme \u00ab\u00a0la part affective de la persuasion\u00a0\u00bb (Aristote\u00a01960, 76), c&rsquo;est-\u00e0-dire sur l\u2019<em>ethos<\/em>, qui est une d\u00e9monstration de la sinc\u00e9rit\u00e9 de l\u2019orateur, et sur le <em>pathos<\/em>, qui est un moyen de persuader l\u2019auditoire en influen\u00e7ant ses passions.<\/p>\n<p>Musset le dit d\u2019ailleurs dans un de ses rares textes critiques, \u00ab\u00a0Un mot sur l\u2019art moderne\u00a0\u00bb, dans lequel il rapproche la <em>catharsis<\/em> de l\u2019acte de cr\u00e9ation des plus grands, qu\u2019il oppose aux modernes\u00a0: \u00ab\u00a0Une sainte terreur, \u00e9crit-il, un frisson religieux devait alors s\u2019emparer de l\u2019artiste au moment du travail; Dante devait trembler devant son propre enfer, et Rapha\u00ebl devait sentir ses genoux fl\u00e9chir lorsqu\u2019il se mettait \u00e0 l\u2019ouvrage.\u00a0\u00bb (Musset, 1960, 883) Contrairement \u00e0 Aristote \u2014 pour qui la finalit\u00e9 de la persuasion est le bonheur, et ses moyens le bien et l\u2019utile \u2014, chez Musset la rh\u00e9torique cathartique sert \u00e0 la fois de moyen et d\u2019objectif vers lesquels est orient\u00e9e son \u00e9criture. Musset en fait donc un moyen sans fin, c\u2019est-\u00e0-dire un moyen dont la seule finalit\u00e9 serait de se justifier sans fin par sa performativit\u00e9. Plus loin, le dramaturge affirme sans r\u00e9serve que c\u2019est ce qui donne de la beaut\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0tous les arts, d\u00e8s qu\u2019ils s\u2019\u00e9loignent de la vie, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ils vivent\u00a0\u00bb (886). \u00c0 ce propos, il devient int\u00e9ressant de noter avec Alain Heyvaert qu\u2019il existerait deux types de v\u00e9rit\u00e9s chez Musset\u00a0: \u00ab\u00a0celui du si\u00e8cle, plus r\u00e9aliste, et l\u2019essentiellement vrai\u00a0\u00bb (Heyvaert, 1996, 112).<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture de Musset tend vers ces deux p\u00f4les, mais pour des raisons bien diff\u00e9rentes\u00a0: le premier en ce qu\u2019il permet la mise en place d\u2019une forme d\u2019<em>ethos<\/em>; alors que le second, plus fondamental encore, rel\u00e8verait plut\u00f4t du <em>pathos <\/em>produit. Dans ce platonisme alternant entre un mod\u00e8le doxique et un id\u00e9al esth\u00e9tique se trouve canalis\u00e9 un passage de l\u2019ancien vers le moderne, qui, par le fait m\u00eame, permet le d\u00e9voilement d\u2019une connaissance in-temporelle et dynamique au sein du transitoire telle que Baudelaire la d\u00e9fendra quelques ann\u00e9es plus tard<a id=\"footnoteref2_u5l0yb5\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab Il s'agit de d\u00e9gager de la mode ce qu'elle peut contenir de po\u00e9tique dans l'historique, de tirer l'\u00e9ternel du transitoire \u00bb (Baudelaire, 1976, 694). \" href=\"#footnote2_u5l0yb5\">[2]<\/a>. Andr\u00e9 del Sartro, le peintre de la pi\u00e8ce \u00e9ponyme de Musset, dit d\u2019ailleurs<\/p>\n<blockquote>\n<p>que chaque si\u00e8cle voie de nouvelles m\u0153urs, de nouveaux costumes, de nouvelles pens\u00e9es, mais que le g\u00e9nie est invariable comme la beaut\u00e9; que de jeunes mains pleines de force et de vie re\u00e7oivent avec respect le flambeau sacr\u00e9 des mains tremblantes des vieillards; qu\u2019ils la prot\u00e8gent contre le souffle des vents, cette flamme divine qui traversera les si\u00e8cles futurs, comme elle a fait les si\u00e8cles pass\u00e9s (Musset, 1958, 13).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019art mussetien devient ainsi un lieu d\u2019actualisation critique des passions qui de tout temps se sont jou\u00e9es dans l\u2019Histoire, sorte de grande tragi-com\u00e9die humaine dont la valeur r\u00e9side justement dans cette \u00ab\u00a0beaut\u00e9 myst\u00e9rieuse que la vie humaine y met involontairement\u00a0\u00bb (Baudelaire, 1976, 694). En organisant sa <em>catharsis<\/em> sur ces deux p\u00f4les, Musset peut alors harmoniser les deux formes de v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il met en jeu dans ses textes : l\u2019une sert de forme, et l\u2019autre de contenu. \u00ab\u00a0La mati\u00e8re m\u00eame de son esth\u00e9tique [consiste \u00e0] convertir le bavardage du si\u00e8cle en forme \u00e0 la fois constitutive et r\u00e9pulsive de l\u2019art\u00a0\u00bb (Bertrand <em>et al<\/em>, 2006, 156). Les \u00e9motions produites par la <em>catharsis<\/em> deviennent alors, au sein d\u2019une m\u00eame \u0153uvre, l\u2019envers de sa modernit\u00e9 et de son caract\u00e8re temporel, qui \u00e0 son tour devient simplement un mode de pr\u00e9sentation. Ce schisme garantit \u00e0 la fois la valeur critique de l\u2019\u0153uvre ainsi que son actualisation par le lecteur. Wittgenstein disait, pour parler de cette dualit\u00e9 dans la compr\u00e9hension, que nous pouvions reconnaitre \u00ab deux types de crit\u00e8re : d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;image (de quelque type qu&rsquo;elle soit) que [l&rsquo;interpr\u00e9tant] a \u00e0 l&rsquo;esprit \u00e0 tel ou tel moment; et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;application qu&rsquo;il fait \u0336 au cours du temps \u0336 \u00a0de cette repr\u00e9sentation \u00bb (Wittgenstein, 2004, 95).\u00a0 C&rsquo;est pourquoi il nous faut maintenant pencher notre analyse vers l&rsquo;autre versant de l&rsquo;\u00e9criture, la lecture et le lecteur.<\/p>\n<h2>La v\u00e9rit\u00e9 en effet<\/h2>\n<p>Nombreux sont les r\u00e9cits de Musset \u00e0 faire appel soit directement au lecteur \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, soit \u00e0 un lecteur fictif sous la forme \u00e9pistolaire. Musset semble donc conscient de l&rsquo;\u00e9cart qui existe entre l&rsquo;\u00e9criture et la lecture de par sa volont\u00e9 \u00e0 constamment chercher \u00e0 influencer l&rsquo;acte de lecture. Nous pouvons rapprocher cette conception de certaines id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es par Wittgenstein, qui consid\u00e9rait la lecture comme une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience de guidage \u00bb (113). Pourtant, le philosophe posait certaines questions bien pr\u00e9cises par rapport \u00e0 la chose:\u00ab Y a-t-il du sens \u00e0 dire que ma douleur est identique \u00e0 la sienne? \u00bb (139) ou \u00ab\u00a0Qu&rsquo;est-ce qui vaut ici comme crit\u00e8re d&rsquo;identit\u00e9?\u00a0\u00bb (138).<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 cette question somme toute fort romantique que Musset, il nous semble, tente de r\u00e9pondre avec son esth\u00e9tique. La <em>catharsis<\/em> sert pr\u00e9cis\u00e9ment cette fonction dans ses mains.\u00a0 Parmi les m\u00e9canismes de cette rh\u00e9torique, l\u2019aspect \u00e9thique de la persuasion se fait entre autres par des appels aux lecteurs. Ainsi, d\u00e8s les premi\u00e8res lignes de sa nouvelle \u00ab\u00a0Emmeline\u00a0\u00bb, Musset inscrit son r\u00e9cit dans une collectivit\u00e9\u00a0 \u0336 \u00ab\u00a0Vous vous souvenez sans doute, madame, du mariage de mademoiselle Duval\u00a0\u00bb (Musset, 1960, 374)\u00a0 \u0336\u00a0 et met en place une zone de confiance par l&rsquo;acte \u00e9pistolier. Mais cette formalit\u00e9 sert de vecteur \u00e0 un contenu latent. C\u2019est la perception du r\u00e9cit que Musset influence en agissant de la sorte. Il en est d&rsquo;ailleurs conscient, puisqu\u2019il \u00e9crit plus loin\u00a0: \u00ab\u00a0Pardonnez, madame, ces d\u00e9tails pu\u00e9rils, qui, apr\u00e8s tout peignent une enfant g\u00e2t\u00e9e\u00a0\u00bb (377).<\/p>\n<p>Musset illustre donc un <em>Je <\/em>qui, comme le note Frank Lestringant dans sa biographie, est une sorte de \u00ab\u00a0multitude\u00a0\u00bb (Lestringant, 1999, 28), en ce que le po\u00e8te y apparait, mais sans y \u00eatre le sujet unique ou pr\u00e9pond\u00e9rant. De plus, Claude Duchet, dans un article sur Musset et la politique, \u00e9crit que le \u00ab\u00a0<em>Je<\/em> probl\u00e9matique de Musset a besoin pour se conna\u00eetre d\u2019\u00eatre reconnu, et, par cons\u00e9quent, de la m\u00e9diation d\u2019un <em>Nous\u00a0<\/em>\u00bb (Duchet, 1973, 81). C\u2019est ainsi que l\u2019acte de lecture devient acte de reconnaissance, et que la v\u00e9rit\u00e9, un peu comme chez Platon<a id=\"footnoteref3_17b6zbf\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab Ainsi, en tant que l'\u00e2me est immortelle et qu'elle a eu plusieurs naissances, en tant qu'elle a vu toutes choses, aussi bien celles, d'ici-bas que celles de chez Had\u00e8s, il n'est pas possible qu'il y ait quelque r\u00e9alit\u00e9 qu'elle n'ait point apprise \u00bb (Platon, 1950, 528). \" href=\"#footnote3_17b6zbf\">[3]<\/a>, devient r\u00e9miniscence, d\u2019o\u00f9 le \u00ab\u00a0vous vous souvenez sans doute madame\u00a0\u00bb (Musset, 1960, 374). La lecture actualise donc cet acte en puissance produit par la rh\u00e9torique performative de la catharsis. C\u2019est en ce sens que Patrick N\u00e9e souligne le fait que<\/p>\n<blockquote>\n<p>l\u2019id\u00e9e n\u2019est pas seulement dans le \u201cr\u00eave\u201d de l\u2019artiste\u00a0: prisonni\u00e8re du marbre comme l\u2019\u00e2me l\u2019est du corps, c\u2019est par <em>forza\u00a0di levare<\/em> (selon le principe d\u2019Alberti repris par Michel-Ange) c\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019attaque du ciseau qui \u201centrouvre\u201d la mati\u00e8re, qu\u2019elle en \u201csort\u201d (S\u00e9ginger, 2012, 132).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0Ou comme l&rsquo;\u00e9crivait Wittgenstein : \u00ab Ici nous pourrions \u00e9galement dire que le sentiment donne de la <em>v\u00e9rit\u00e9<\/em> au mot \u00bb (Wittgenstein, 2004, 209).<\/p>\n<p>Toujours dans \u00ab Emmeline \u00bb, Musset donne un exemple de ces images qu\u2019il dissimule sous le tapis lorsqu\u2019il s\u2019adresse au lecteur comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Emmeline, sur le sujet de l\u2019amour, a \u00e9t\u00e9 muette toute sa vie; je me trompe peut-\u00eatre, mais je crois que la raison de son silence, c\u2019est qu\u2019elle ne peut parler de rien sans en plaisanter, et qu\u2019elle ne veut pas plaisanter l\u00e0-dessus\u00a0\u00bb (Musset,\u00a01960, 382). Musset se sert alors d\u2019Emmeline pour travestir une id\u00e9e qu\u2019il d\u00e9fend dans plusieurs de ses r\u00e9cits, \u00e0 savoir qu\u2019<em>on ne badine pas avec l\u2019amour<\/em>. Par la logique du proverbe ici, Musset transforme son <em>Je <\/em>en un <em>Nous<\/em> fictif (dans le r\u00e9cit), mais aussi dans un <em>Nous <\/em>r\u00e9el en renvoyant ses lecteurs vers une autre de ses \u0153uvres. Les mots viennent en quelque sorte \u00ab charg\u00e9s de d\u00e9sirs \u00bb (Wittgenstein, 2004, 139), et ceux-ci instaurent un climat de familiarit\u00e9. Musset pr\u00e9pare ainsi l\u2019effet \u00e0 venir, qui garantira la valeur esth\u00e9tique de l&rsquo;\u0153uvre, en s&rsquo;appuyant fortement sur un langage d\u00e9pendant de sa fonction id\u00e9ologique, que G\u00e9rard Genette d\u00e9finit \u00ab\u00a0comme des interventions, directes ou indirectes, du narrateur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019histoire et [pouvant] aussi prendre la forme didactique d\u2019un commentaire autoris\u00e9 de l\u2019action\u00a0\u00bb (Genette, 1972, 262-263).<\/p>\n<p>Cette alternance entre le <em>Je<\/em> et le <em>Nous<\/em>, entre la fiction et le vrai, Musset la travaille dans \u00ab\u00a0Les deux ma\u00eetresses\u00a0\u00bb avec une rh\u00e9torique similaire\u00a0: \u00ab\u00a0Vous voyez madame, que notre \u00e9tourdi fait comme tous les hommes\u00a0: ne pouvant se corriger de sa folie, il tentait de lui donner l\u2019apparence de la raison.\u00a0\u00bb (361) Le rapport de la folie d\u2019un seul \u00e0 celle de tous les hommes, c\u2019est l\u2019illusion de la raison et la mani\u00e8re de proc\u00e9der de Musset. C\u2019est la m\u00eame d\u00e9raison qui servait plus t\u00f4t de v\u00e9rit\u00e9 po\u00e9tique. C\u2019est ainsi que Musset peut \u00e9crire qu\u2019en \u00ab\u00a0avan\u00e7ant dans la vie, Valentin devint \u00e0 la fois plus sage et plus fou\u00a0\u00bb (Musset,\u00a01960, 326). L&rsquo;introduction des \u00ab\u00a0Deux ma\u00eetresses\u00a0\u00bb va d&rsquo;ailleurs dans le m\u00eame sens que la nouvelle pr\u00e9c\u00e9dente: \u00ab\u00a0Croyez-vous, madame, \u00e9crit Musset, qu\u2019il soit possible d\u2019\u00eatre amoureux de deux personnes \u00e0 la fois? Si pareille question m\u2019\u00e9tait faite, je r\u00e9pondrais que je n\u2019en crois rien. C\u2019est pourtant ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 un de mes amis, dont je vous raconterai l\u2019histoire afin que vous jugiez vous-m\u00eame.\u00a0\u00bb(321)<\/p>\n<p>L\u2019aspect subjectif du ressentir, par le biais de cet appel \u00e9thique \u00e0 la reconnaissance, produit ce type de v\u00e9rit\u00e9 intersubjective. Musset peut ensuite ancrer son r\u00e9cit, qu\u2019il pr\u00e9sente comme vraisemblable, autour d\u2019un imaginaire de l\u2019amour ne d\u00e9rogeant pas au respect simultan\u00e9 qu\u2019il accorde \u00e0 ses deux objectifs, repr\u00e9senter le concret historique et son abstrait. Il op\u00e8re pour ainsi dire tout comme Valentin, qui, \u00ab\u00a0au\u00a0lieu\u00a0de\u00a0choisir,\u00a0[prend] les\u00a0deux\u00a0partis\u00a0\u00bb\u00a0(326). Il ne s\u2019agit au fond que de trouver la langue parfaite afin d\u2019en coordonner l\u2019harmonie. Dans \u00ab\u00a0Les deux ma\u00eetresses\u00a0\u00bb, le po\u00e8te fran\u00e7ais l\u2019\u00e9crit textuellement\u00a0: \u00ab\u00a0Devenir amoureux n\u2019est pas le difficile, c\u2019est savoir dire qu\u2019on l\u2019est\u00a0\u00bb (331). C\u2019est pourquoi<\/p>\n<blockquote>\n<p>en g\u00e9n\u00e9ral lorsqu\u2019il s\u2019agit de justifier un double amour, on a d\u2019abord recours aux contrastes. L\u2019une \u00e9tait grande, l\u2019autre petite; l\u2019une avait quinze ans, l\u2019autre en avait trente. Bref on tente de prouver que deux femmes qui ne se ressemblent ni d\u2019\u00e2ge, ni de figure, ni de caract\u00e8re, peuvent inspirer en m\u00eame temps deux passions diff\u00e9rentes (321).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et c\u2019est l\u00e0 que se trouve tout l\u2019enjeu des r\u00e9cits de Musset, c\u2019est la rh\u00e9torique qui r\u00e9unit le disparate, qui rend l\u2019amour immortel en faisant une perle d\u2019une larme.<\/p>\n<p>Cependant, le type de langage employ\u00e9 doit \u00e9voquer quelque chose chez le lecteur, sinon tout est perdu. Le statut de ces types de preuves rh\u00e9toriques bascule donc vers celui d\u2019\u00e9preuve. Sa valeur critique n\u2019est valide qu\u2019\u00e0 condition de se confirmer au sein du r\u00e9pertoire \u00e9motionnel. La v\u00e9rit\u00e9 ainsi d\u00e9finie ne peut donc \u00eatre qu\u2019effective. Il s\u2019agit d\u2019une rh\u00e9torique cherchant \u00e0 faire transiter la parole individuelle au niveau collectif, sinon il ne lui est conc\u00e9d\u00e9 aucun <em>auctoritas<\/em>. C\u2019est, \u00e0 l\u2019inverse, la raison pour laquelle raconter l\u2019amour, pour Musset, c\u2019est raconter l\u2019Histoire. Selon ces modalit\u00e9s, le r\u00f4le du po\u00e8te peut se rattacher \u00e0 celui de l\u2019historien. Sous le biais de sa neutralit\u00e9, il peut raconter des histoires invraisemblables et tout de m\u00eame pr\u00e9tendre \u00e0 leur v\u00e9racit\u00e9 :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Voil\u00e0, direz-vous, une id\u00e9e bien folle, et surtout, bien peu vraisemblable. [&#8230;] mais je dois ajouter, pour l\u2019acquis de ma conscience, que je ne me charge, sous aucun pr\u00e9texte d\u2019\u00e9claircir des id\u00e9es de ce genre. Il y a des gens qui supposent toujours, et d\u2019autres qui ne supposent jamais; le devoir d\u2019un historien est de raconter et de laisser penser ceux qui s\u2019en\u00a0amusent (348).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce n\u2019est donc que dans la vraisemblance des sentiments que peut se cr\u00e9er l\u2019illusion d\u2019un vrai, d\u2019une image commune avec le lecteur, dont il d\u00e9pend absolument.<\/p>\n<p>Puisque Musset ins\u00e8re un narrateur h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique dans son r\u00e9cit, il nous permet d\u2019appr\u00e9hender le d\u00e9ploiement de deux images simultan\u00e9es, en fonction du niveau d\u2019implication de ce dernier\u00a0: la premi\u00e8re vise le lecteur en qu\u00eate de r\u00e9alisme; la seconde, le lecteur recherchant le beau. L\u2019interstice, l\u2019ind\u00e9termination entre les deux, que le pronom <em>vous<\/em> permet de par son ambigu\u00eft\u00e9 quantitative et par rapport au lecteur auquel il renvoie, a pour r\u00e9sultat de faire une \u0153uvre ouverte, laissant \u00e0 loisir la place au(x) lecteur(s) r\u00e9el(s) et fictif(s). Plus ce dernier peut trouver sa place au sein du texte, plus la performance est r\u00e9ussie. Le r\u00e9cit se cl\u00f4t d\u2019ailleurs sur le dialogue de Valentin avec sa m\u00e8re, dans lequel celui-ci dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je me demandais qui doit nous rendre heureux, de l\u2019amour ou du plaisir; j\u2019avais oubli\u00e9 l\u2019amiti\u00e9. Je ne quitterai pas mon pays, et la seule femme \u00e0 qui je veuille ouvrir mon c\u0153ur est celle qui peut le partager avec vous.\u00a0\u00bb (Musset, 1960, 373) Cette r\u00e9plique finale, de par l&rsquo;absence de r\u00e9ponse claire, laisse tout le champ libre au lectorat.<\/p>\n<p>Nous conclurons alors sur le caract\u00e8re apriorique et apodictique que rev\u00eatent les passions lorsqu&rsquo;elles sont mani\u00e9es par le dramaturge. Si Musset confronte son lecteur, c\u2019est pour se donner raison et s\u2019inscrire comme <em>auctor <\/em>du discours. C\u2019est une rh\u00e9torique qui prend la forme d\u2019une confession, mais aussi celle d\u2019une sp\u00e9culation id\u00e9aliste. La v\u00e9rit\u00e9 historique sert de mat\u00e9riau pouvant donner forme, mais surtout encadrer une autre id\u00e9e, celle des \u00e9motions comme crit\u00e8res esth\u00e9tiques intemporels. Musset ouvre donc un espace d\u2019ind\u00e9termination critique permettant au lecteur d\u2019y inscrire ses propres passions qui deviennent alors les images litt\u00e9raires contenues dans le texte. Cette m\u00e9canique proc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;instar de Camille, d\u2019<em>On ne badine pas avec l\u2019amour<\/em>, qui avoue \u00e0 Perdican que \u00ab\u00a0dans tous les r\u00e9cits de Louise, toutes les fictions de [s]es r\u00eaves portaient [la vraisemblance de Perdican]\u00a0\u00bb, parce qu\u2019il \u00ab\u00a0\u00e9tait le seul homme qu\u2019elle eusse connu et qu\u2019en v\u00e9rit\u00e9, elle l\u2019aimait\u00a0\u00bb (Musset\u00a01958, 359). C&rsquo;est dire qu&rsquo;il importe peu que le texte de Musset se d\u00e9roule \u00e0 Venise ou en France, au XVII<sup>e<\/sup> ou au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Il s\u2019agit avant tout de lieux au seins desquelles les passions, \u00ab\u00a0les larmes de joie et les larmes de d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb (361), peuvent se r\u00e9actualiser et prouver sans fin qu\u2019elles affectent le lecteur, en dehors de leur repr\u00e9sentation \u00e0 proprement parler. Le pari de Musset consiste \u00e0 transformer le vrai en vraisemblable, et donc en beau, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;effet engendr\u00e9. La rh\u00e9torique mussetienne harmonise ainsi la triade vraisemblable-vrai-beau en l\u2019alignant sur celle de l\u2019auteur-texte-lecteur et organise de ce fait une v\u00e9ritable th\u00e9rapeutique du langage po\u00e9tique et des crit\u00e8res esth\u00e9tiques. La catharsis devient au final une sorte de critique, au sens kantien, d&rsquo;une raison litt\u00e9raire, c\u2019est-\u00e0-dire son tribunal.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>ARISTOTE. 1979. <em>Po\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 148 p.<\/p>\n<p>__________.\u00a0 1960. <em>Rh\u00e9torique<\/em>, t. I. Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 218 p.<\/p>\n<p>__________. 2010. <em>Les politiques<\/em>. Paris : GF-Flammarion, 576 p.<\/p>\n<p>BAUDELAIRE, Charles. 1976. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. II. Paris\u00a0: Gallimard,\u00a0\u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, p.\u00a0694.<\/p>\n<p>BERTRAND, Jean-Pierre et DURAND, Pascal. 2006. <em>La modernit\u00e9 romantique\u00a0: de \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Lamartine \u00e0 Nerval<\/em>. Bruxelles\u00a0: Les Impressions Nouvelles, 233 p.<\/p>\n<p>ABRAHAM, Pierre et DESN\u00c9, Roland. 1973. <em>L\u2019histoire litt\u00e9raire en France<\/em>, t. IV\u2014\u00a0 2<sup>\u00e8me <\/sup>partie (1789-1848). Paris\u00a0: Les \u00c9ditions sociales, 583 p.<\/p>\n<p>GENETTE, G\u00e9rard. 1972. <em>Figure\u00a0III<\/em>. Paris\u00a0: Seuil. \u00ab\u00a0Po\u00e9tique\u00a0\u00bb, 228 p.<\/p>\n<p>GERVAIS, Bertrand et BOUVET, Rachel (dir.). 2007. <em>Th\u00e9ories et pratiques de la \u00a0\u00a0\u00a0 lecture litt\u00e9raire<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec, 289 p.<\/p>\n<p>HEYVAERT, Alain. 1996. <em>L\u2019esth\u00e9tique de Musset<\/em>, Paris\u00a0: SEDES, \u00ab\u00a0Esth\u00e9tique\u00a0\u00bb, \u00a0\u00a0\u00a0 342\u00a0p.<\/p>\n<p>LEDDA, Sylvain, LESTRINGANT, Frank et S\u00c9GINGER, Gis\u00e8le (dir.). 2013. \u00a0\u00a0\u00a0 <em>Po\u00e9tique de Musset<\/em>. Rouen\u00a0: Presses Universitaires de Rouen et du Havre, \u00ab\u00a0Colloque de \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Cerisy\u00a0\u00bb, 338 p.<\/p>\n<p>LESTRINGANT, Frank. 1999. <em>Musset, <\/em>Paris\u00a0: Flammarion, \u00ab\u00a0Grandes biographies\u00a0\u00bb, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 750\u00a0p.<\/p>\n<p>MOMMSEN, Th\u00e9odore.1985. <em>Le droit public romain<\/em>, t. III. Paris\u00a0: De Boccard, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Arch\u00e9ologie et histoire\u00a0\u00bb, 1360 p.<\/p>\n<p>MUSSET, Alfred de. 1958. <em>Th\u00e9\u00e2tre complet<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1712 p.<\/p>\n<p>__________. 1960. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes en prose. <\/em>Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1344 p.<\/p>\n<p>__________. 1962. <em>Po\u00e9sies compl\u00e8tes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 976 p.<\/p>\n<p>PLATON. 1950. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, t. I. Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1472 p.<\/p>\n<p>PLATON. 2008<em>. \u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris\u00a0: Flammarion, 2204 p.<\/p>\n<p>S\u00c9GINGER, Gis\u00e8le (dir.). 2012. <em>Musset. Po\u00e9sie et v\u00e9rit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion, \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Romantisme et Modernit\u00e9\u00a0\u00bb, 328 p.<\/p>\n<p>WITTGENSTEIN, Ludwig, 2004, <em>Recherches philosophiques<\/em>, Paris : Gallimard, \u00a0\u00a0\u00a0 \u00ab\u00a0Tel \u00bb, 384 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_e147q8r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_e147q8r\">[1]<\/a> \u00ab Tous les orateurs, en effet, pour produire la persuasion, d\u00e9montrent par des exemples ou des enthym\u00e8mes; il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres moyens que ceux-l\u00e0. [&#8230;] Il ressort clairement [&#8230;] que s&rsquo;appuyer sur plusieurs cas semblables pour montrer qu&rsquo;il en est de m\u00eame dans le cas pr\u00e9sent est l\u00e0 une induction, ici un exemple, et que, quand, de certaines pr\u00e9misses r\u00e9sulte une proposition nouvelle et diff\u00e9rente, parce que ces pr\u00e9misses sont vraies ou universellement ou pour la plupart du temps on a ce qu&rsquo;on nomme l\u00e0 un syllogisme, ici un enthym\u00e8me \u00bb(Aristote,1960,78).<\/p>\n<p id=\"footnote2_u5l0yb5\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_u5l0yb5\">[2]<\/a> \u00ab Il s&rsquo;agit de d\u00e9gager de la mode ce qu&rsquo;elle peut contenir de po\u00e9tique dans l&rsquo;historique, de tirer l&rsquo;\u00e9ternel du transitoire \u00bb (Baudelaire, 1976, 694).<\/p>\n<p id=\"footnote3_17b6zbf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_17b6zbf\">[3]<\/a> \u00ab Ainsi, en tant que l&rsquo;\u00e2me est immortelle et qu&rsquo;elle a eu plusieurs naissances, en tant qu&rsquo;elle a vu toutes choses, aussi bien celles, d&rsquo;ici-bas que celles de chez Had\u00e8s, il n&rsquo;est pas possible qu&rsquo;il y ait quelque r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;elle n&rsquo;ait point apprise \u00bb (Platon, 1950, 528).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Diaz-Brosseau, Jordan. 2016. \u00abLa v\u00e9rit\u00e9 en effet. Critique et catharsis dans l\u2019\u0153uvre de Musset\u00bb, <em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9cration, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5594 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/diazbrosseau_24_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 diazbrosseau_24_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-dbd83f22-a0a3-4928-9b91-1e26003b56d0\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/diazbrosseau_24_0.pdf\">diazbrosseau_24_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/diazbrosseau_24_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-dbd83f22-a0a3-4928-9b91-1e26003b56d0\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024 Dans un po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Impromptu, en r\u00e9ponse \u00e0 cette question\u00a0: Qu\u2019est-ce que la po\u00e9sie?\u00a0\u00bb, Alfred de Musset d\u00e9crit son r\u00f4le de po\u00e8te comme \u00e9tant d\u2019\u00ab\u00a0aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie;\u00a0\/ \u00c9couter dans son c\u0153ur l\u2019\u00e9cho de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1262,1267,1268,1261],"tags":[105],"class_list":["post-5594","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-lectures-et-politique-du-litteraire","category-mecanique","category-mecanique-lectures-et-politique-du-litteraire","category-reflechir-les-espaces-critiques-consecration","tag-diaz-brosseau-jordan"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5594","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5594"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5594\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8687,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5594\/revisions\/8687"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5594"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5594"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5594"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}