{"id":5596,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/territoires-critiques-le-cas-de-la-serie-min-kamp-du-norvegien-karl-ove-knausgard\/"},"modified":"2024-08-22T19:14:40","modified_gmt":"2024-08-22T19:14:40","slug":"territoires-critiques-le-cas-de-la-serie-min-kamp-du-norvegien-karl-ove-knausgard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5596","title":{"rendered":"Territoires critiques : le cas de la s\u00e9rie \u00ab Min kamp \u00bb du norv\u00e9gien Karl Ove Knausg\u00e5rd"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6893\">Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024<\/a><\/h5>\n<p>Au sein du r\u00e9gime massifi\u00e9 de diffusion qui est le n\u00f4tre, la relation privil\u00e9gi\u00e9e entre la lectrice<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f540000000000000000_5596\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Le f\u00e9minin tient pour les deux genres. <\/span>\u00a0 et le livre \u2013 qui serait pure de toute influence ext\u00e9rieure \u2013 est d\u00e9sormais reconnue comme relevant du domaine de la fiction. L\u2019affirmation \u00ab\u00a0on ne lit jamais seule\u00a0\u00bb renvoie d\u2019abord \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019interm\u00e9diaires qui ont permis au livre d\u2019arriver jusqu\u2019\u00e0 nous, en le modifiant toujours un peu. Or, elle se r\u00e9f\u00e8re aussi \u00e0 notre inscription dans le social, \u00e0 ce que la th\u00e9orie f\u00e9ministe nomme le point de vue situ\u00e9 (<em>standpoint<\/em>), c\u2019est-\u00e0-dire que notre subjectivit\u00e9 de lectrice est influenc\u00e9e par notre histoire personnelle (toujours socialis\u00e9e) et notre position sociale (toujours politique). Un livre, par cons\u00e9quent, est un objet collectif qui \u00ab\u00a0ne se limite pas \u00e0 lui-m\u00eame, il est \u00e9galement constitu\u00e9, d\u00e8s sa diffusion, par l\u2019ensemble mouvant des s\u00e9ries d\u2019\u00e9changes que sa circulation suscite\u00a0\u00bb (Bayard, 2007, 49).<\/p>\n<p>Ce sont justement par ces \u00e9changes que je propose d\u2019entrer dans l\u2019\u0153uvre de Karl Ove Knausg\u00e5rd, \u00ab\u00a0the literary world\u2019s latest hero\u00a0\u00bb (Eyre, 2014). \u00c9crits et publi\u00e9s simultan\u00e9ment entre 2009 et 2011, les six tomes de la s\u00e9rie <em>Min kamp<\/em> sont en processus de traduction en langues fran\u00e7aise et anglaise. Les entrevues accord\u00e9es par l\u2019auteur et les articles qui lui sont consacr\u00e9s alimentent un d\u00e9bat critique qui se r\u00e9active, se modifie et s\u2019\u00e9paissit avec la parution en traduction de chaque volume. C\u2019est \u00e0 partir d\u2019un \u00e9chantillon de critiques publi\u00e9es dans des journaux grand public et revues litt\u00e9raires, provenant de cinq \u00ab\u00a0nations\u00a0\u00bb diff\u00e9rentes (Norv\u00e8ge, Angleterre, \u00c9tats-Unis, France, Qu\u00e9bec) <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f540000000000000000_5596\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">J\u2019emploie le terme \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb quelque peu ironiquement; bien que cette appellation est aujourd\u2019hui critiqu\u00e9e et qu\u2019on parle volontiers de mondialisation, il apparait que la provenance g\u00e9ographique des \u0153uvres demeure au c\u0153ur de notre conception de la litt\u00e9rature, jusqu\u2019\u00e0 en informer une certaine r\u00e9ception.\u00a0 <\/span> que je tenterai de d\u00e9m\u00ealer le d\u00e9bat critique \u2013 dont le sujet principal est de savoir si Karl Ove Knausg\u00e5rd a \u00e9crit un \u00ab\u00a0chef-d\u2019\u0153uvre \u00bb qui marquera l\u2019histoire litt\u00e9raire ou un \u00ab\u00a0blockbuster\u00a0\u00bb (Deresiewicz, 2014) dont l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0<em>addiction<\/em>\u00a0\u00bb serait \u00ab\u00a0de l\u2019ordre de celle qui [nous] attache \u00e0 certaines s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9vis\u00e9es\u00a0\u00bb (Assouline, 2014). Les trois questions que j\u2019adresse \u00e0 l\u2019ensemble de ces \u00e9changes critiques sont les suivantes\u00a0: 1) pourquoi <em>Un homme amoureux<\/em>, deuxi\u00e8me volume de la s\u00e9rie, a-t-il \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 \u00ab\u00a0coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb dans les librairies Renaud-Bray?, 2) que signifie la comparaison entre Knausg\u00e5rd et Proust? 3) existe-t-il une \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb mani\u00e8re de lire <em>Min kamp<\/em>? \u00c0 partir de ces r\u00e9flexions, il sera possible de d\u00e9terminer le v\u00e9ritable sujet de la critique \u00ab\u00a0knausg\u00e5rdienne\u00a0\u00bb et possiblement de r\u00e9pondre \u00e0 cette question qui sous-tend chacune des critiques parcourues\u00a0: \u00ab\u00a0The real question about Knausg\u00e5rd&rsquo;s work is not whether, in the coming months, you will find yourself discussing it with friends and workmates \u2013 you probably will. The real question is whether anyone will be reading it in 20 years&rsquo; time \u00bb (Faber, 2012).<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Ma r\u00e9flexion d\u00e9coule d\u2019une question simple en apparence\u00a0: pourquoi lisons-nous Knausg\u00e5rd plut\u00f4t qu\u2019un autre auteur provenant de la Norv\u00e8ge? Cette interrogation prend appui sur un choc ressenti \u00e0 l\u2019automne 2014 o\u00f9, entrant dans une librairie Renaud-Bray, je vis un \u00e9norme collant \u00ab\u00a0coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb sur la couverture du second tome de la s\u00e9rie. Je me suis alors demand\u00e9 d\u2019o\u00f9 venait cette soudaine passion pour un auteur norv\u00e9gien auparavant inconnu. Qui avait d\u00e9cid\u00e9, et sur quelles bases, de coller un c\u0153ur sur tous ces exemplaires d\u2019<em>Un homme amoureux<\/em>? Dans son plus r\u00e9cent ouvrage, <em>Pour une \u00e9cologie de l\u2019attention<\/em>, Yves Citton r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 ce qui se produit \u00ab\u00a0avant que le lecteur ne se mette \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb (2013, 37), soit aux m\u00e9canismes transindividuels de pr\u00e9s\u00e9lection et de pr\u00e9conditionnement qui attirent l\u2019attention des individus vers tel ou tel ph\u00e9nom\u00e8nes. Puisque notre attention est limit\u00e9e, il s\u2019ensuit ce que Citton nomme le \u00ab\u00a0corollaire de rivalit\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que \u00ab\u00a0la somme d\u2019attention attribu\u00e9e \u00e0 un certain ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9duit la masse d\u2019attention pour consid\u00e9rer d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes\u00a0\u00bb (2014, 56). La reconnaissance de Karl Ove Knausg\u00e5rd par l\u2019institution litt\u00e9raire mondiale \u00ab\u00a0\u00e9clipse des dizaines de ph\u00e9nom\u00e8nes litt\u00e9raires marginaux [\u2026] qui probablement ne perceront jamais et qui ne seront donc pas reconnus par le centre\u00a0\u00bb (Krysinski, 1995, 148). N\u00e9cessairement, l\u2019attention de la critique internationale pour l\u2019\u0153uvre de Knausg\u00e5rd rel\u00e8gue les autres \u0153uvres norv\u00e9giennes \u00e0 leur contexte national. En ce sens, le \u00ab\u00a0coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb est la pointe visible de l\u2019iceberg; il est le symbole d\u2019une s\u00e9lection <em>en amont<\/em>. Il convient donc d\u2019observer le parcours de l\u2019\u0153uvre de Knausg\u00e5rd depuis sa publication en Norv\u00e8ge jusqu\u2019\u00e0 son arriv\u00e9e au Renaud-Bray pour comprendre comment la litt\u00e9rature circule d\u2019un territoire critique \u00e0 l\u2019autre, amassant au passage une partie de notre attention collective.<\/p>\n<p>Les facteurs qui expliquent le succ\u00e8s national de Knausg\u00e5rd traduisent une effectivit\u00e9 du texte litt\u00e9raire. En effet, \u00ab\u00a0la litt\u00e9rature appartient au monde\u00a0\u00bb (Coste et Mond\u00e9m\u00e9, 2008, 52), comme en t\u00e9moigne le scandale entourant la parution du premier tome, ses ventes record (un Norv\u00e9gien sur dix a achet\u00e9 <em>Min kamp I<\/em>) ou encore sa r\u00e9compense par le prix Brage. Plus int\u00e9ressant encore est le contexte particulier de publication de la s\u00e9rie. <em>Min kamp<\/em> a quelque chose d\u2019une performance artistique puisque l\u2019\u00e9criture, la publication et la promotion des \u0153uvres ont eu lieu simultan\u00e9ment. En ce sens, la r\u00e9ception critique influence l\u2019\u00e9criture qui \u00e0 son tour influence la r\u00e9ception. Les fronti\u00e8res entre \u00e9criture et lecture sont brouill\u00e9es, puisque la temporalit\u00e9 qui leur est normalement attribu\u00e9e \u2013 un texte est un objet fini et la lecture vient <em>apr\u00e8s<\/em> \u2013 bascule. Cette production singuli\u00e8re conteste par sa forme notre vision traditionnelle de la lecture comme \u00e9tant limit\u00e9e au livre et vient d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9rer que la lecture est constitu\u00e9e d\u2019un ensemble de renvois entre le texte et le hors-texte.<\/p>\n<p>Le succ\u00e8s national ne constitue qu\u2019une \u00e9tape du trajet de l\u2019\u0153uvre de Knausg\u00e5rd, qui ne suffit pas \u00e0 expliquer sa pr\u00e9sence au Renaud-Bray. Aborder la litt\u00e9rature en termes d\u2019objet national\/international implique la reconnaissance des tensions politiques et culturelles qui existent entre les \u00ab\u00a0communaut\u00e9s imagin\u00e9es\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que \u00ab\u00a0la plupart des membres de cette communaut\u00e9 [\u2026] ne seront jamais en contact les uns avec les autres\u00a0: pourtant est pr\u00e9sent en chacun, en tout instant, le sentiment de faire partie de cet ensemble\u00a0\u00bb (Thiesse, 2009, 64). Le parcours d\u2019une \u0153uvre n\u2019est pas une simple translation entre des espaces litt\u00e9raires \u00e9quivalents. La circulation d\u2019un contexte national \u00e0 un contexte international passe par une s\u00e9rie d\u2019institutions \u2013 dont les critiques, les revues, les acad\u00e9mies, les prix litt\u00e9raires, les traductions n\u2019en sont que les agents les plus apparents \u2013 qui donnent une \u00ab\u00a0valeur litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (Casanova, 2008, 33) au texte. Ces institutions, dont le nombre et l\u2019influence varient selon les pays, constituent le chemin que doit emprunter une \u0153uvre pour acc\u00e9der \u00e0 la reconnaissance litt\u00e9raire au sein de l\u2019espace mondial. Cet espace, que Pascale Casanova appelle ironiquement la \u00ab\u00a0R\u00e9publique mondiale des lettres\u00a0\u00bb, n\u2019est pas \u00ab\u00a0une construction abstraite et th\u00e9orique, mais un univers concret bien qu\u2019invisible\u00a0\u00bb (2008, 20). Il s\u2019agit de \u00ab\u00a0l\u2019univers o\u00f9 s\u2019engendre ce qui est d\u00e9clar\u00e9 litt\u00e9raire, ce qui est jug\u00e9 digne d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme litt\u00e9raire, o\u00f9 l\u2019on dispute des moyens et des voies sp\u00e9cifiques \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de l\u2019art litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (20). La reconnaissance par ces institutions centrales constitue l\u2019enjeu de la lutte des auteurs, qui tentent de l\u2019emporter \u00e0 armes in\u00e9gales, c\u2019est-\u00e0-dire en fonction du \u00ab\u00a0capital litt\u00e9raire\u00a0\u00bb d\u2019une nation ou, en d\u2019autres mots, de la valeur accumul\u00e9e de toutes les \u0153uvres publi\u00e9es, du nombre d\u2019institutions consacr\u00e9es \u00e0 la litt\u00e9rature et de la fr\u00e9quence de repr\u00e9sentation des \u00e9crivains dans la sph\u00e8re publique (timbre, billet de banque, nom de rue). Ainsi, les pays comme la France et l\u2019Angleterre ont n\u00e9cessairement un capital litt\u00e9raire plus \u00e9lev\u00e9 que la Norv\u00e8ge.<\/p>\n<p>La reconnaissance de la \u00ab\u00a0litt\u00e9rarit\u00e9\u00a0\u00bb d\u2019une langue et son exportation sont des facteurs essentiels de la lutte pour la reconnaissance. Dans le cas du norv\u00e9gien, la langue \u00e9crite est double \u2013 le <em>bokm\u00e5l<\/em>, marqu\u00e9 par l\u2019historicit\u00e9 de la colonisation danoise et le <em>nynorsk<\/em>, produit d\u2019une revendication des intellectuels du d\u00e9but du XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle qui pr\u00f4n\u00e8rent, au moment de l\u2019ind\u00e9pendance, la \u00ab\u00a0cr\u00e9ation\u00a0\u00bb d\u2019une langue vraiment norv\u00e9gienne. Parl\u00e9e par environ six millions de personnes, il s\u2019agit d\u2019une langue peu valoris\u00e9e sur le \u00ab\u00a0march\u00e9 litt\u00e9raire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ce qui a pour cons\u00e9quence une marginalisation quasi m\u00e9canique des \u00e9crivains qui [la] pratique et [la] revendique, et une difficult\u00e9 immense \u00e0 se faire reconna\u00eetre dans les centres litt\u00e9raires\u00a0\u00bb (Casanova, 2008, 385). En ce sens, la traduction est une \u00ab\u00a0forme de reconnaissance litt\u00e9raire et non pas un simple changement de langue\u00a0\u00bb (199) puisqu\u2019elle donne acc\u00e8s \u00e0 tout un univers litt\u00e9raire. Le d\u00e9but de l\u2019internationalisation de l\u2019\u0153uvre de Knausg\u00e5rd d\u00e9bute par cette exportation vers des langues reconnues sur le march\u00e9 litt\u00e9raire (je parle ici du fran\u00e7ais et de l\u2019anglais), qui non seulement rejoignent davantage de lectrices, mais surtout donnent acc\u00e8s \u00e0 un plus grand nombre d\u2019institutions (prix, acad\u00e9mies, critiques, revues, etc.).<\/p>\n<p>Ainsi, lorsque le premier tome de\u00a0<em>Min kamp<\/em>\u00a0arrive en version fran\u00e7aise, il a d\u00e9j\u00e0 subi des modifications dans le but de l\u2019adapter \u00e0 un public francophone. Le titre de la s\u00e9rie est rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re page du roman au profit de sous-titres inexistants dans la version originale, ce qui montre que \u00ab\u00a0la culture institutionnelle nous pr\u00e9dispose \u00e0 une r\u00e9ception particuli\u00e8re du texte \u00bb (Goulemot, 2003, 127), selon cet\u00a0<em>horizon d\u2019attente<\/em>\u00a0th\u00e9oris\u00e9 par Hans Robert Jauss et l\u2019\u00e9cole de Constance. L\u2019horizon d\u2019attente, dans le cas de Knausg\u00e5rd, se d\u00e9ploie aussi sur le plan m\u00e9diatique; les photos, les entrevues et les articles publi\u00e9s dans les journaux pr\u00e9parent les modalit\u00e9s de la r\u00e9ception. En 2010, alors que seuls les trois premiers tomes avaient \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans leur langue originale, un article du\u00a0<em>Courrier \u00ab\u00a0<\/em><em>Min kamp,<\/em>\u00a0un combat de longue haleine\u00a0\u00bb, lui \u00e9tait d\u00e9di\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0en Norv\u00e8ge, l\u2019\u0153uvre est d\u00e9battue comme aucune autre dans l\u2019histoire de la litt\u00e9rature r\u00e9cente de ce pays, notamment du fait qu\u2019une grande partie de sa famille lui a tourn\u00e9 le dos apr\u00e8s qu\u2019il eut d\u00e9crit en d\u00e9tail la vie avec son p\u00e8re alcoolique et la mort de ce dernier\u00a0\u00bb (Korsgaard, 2010). En ce sens, la s\u00e9rie est, avant m\u00eame d\u2019\u00eatre publi\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 attendue \u00e0 l\u2019\u00e9tranger comme l\u2019\u0153uvre qui a soulev\u00e9 scandales et passions en Norv\u00e8ge. Chaque parution r\u00e9active ainsi un d\u00e9bat critique entam\u00e9 avec la parution du premier tome en 2009. D\u00e9j\u00e0 en 2010, Kristoffer Jul-Larsen \u00e9crivait que, du fait de la publication en s\u00e9rie, la \u00ab\u00a0r\u00e9ception de chaque livre est forc\u00e9e de prendre en consid\u00e9ration les livres pr\u00e9c\u00e9dents et leur r\u00e9ception\u00a0\u00bb [je traduis]. Ainsi, chaque nouvelle parution est accompagn\u00e9e de l\u2019histoire des r\u00e9ceptions pr\u00e9c\u00e9dentes (en Norv\u00e8ge ou ailleurs) et force \u00e0 lire le texte en fonction de cette histoire, ce dont t\u00e9moigne le r\u00e9sum\u00e9 de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise\u00a0: \u00ab\u00a0immense succ\u00e8s en Norv\u00e8ge, traduit dans le monde entier,\u00a0<em>La mort d\u2019un p\u00e8re<\/em>\u00a0est un livre \u00e0 la fois intime et universel\u00a0\u00bb (2012). Le d\u00e9bat critique accompagne n\u00e9cessairement la lecture de chaque commentateur; il en dicte les effets. Les possibilit\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un texte litt\u00e9raire ne sont pas illimit\u00e9es, elles sont contraintes par le texte lui-m\u00eame qui produit des strat\u00e9gies de lecture, ainsi que par l\u2019appartenance \u00e0 une communaut\u00e9. Par cons\u00e9quent, \u00ab\u00a0on ne peut pas lire un texte n\u2019importe comment car les usages non limit\u00e9s de la litt\u00e9rature ne sont pas contextuellement illimit\u00e9s, mais culturellement sanctionn\u00e9s et norm\u00e9s\u00a0\u00bb (Coste et Mond\u00e9m\u00e9, 2008, 30).<\/p>\n<p>Pascale Casanova soutient que les critiques du monde entier forment une sorte d\u2019\u00ab\u00a0aristocratie\u00a0\u00bb artistique qui a la puissance de \u00ab\u00a0d\u00e9cider de ce qui est litt\u00e9raire, et de consacrer \u00e0 coup s\u00fbr tous ceux qu\u2019elle d\u00e9signe comme de grands \u00e9crivains\u00a0\u00bb. (Casanova, 2008, 44) C\u2019est \u00e0 cette soci\u00e9t\u00e9 lettr\u00e9e que fait r\u00e9f\u00e9rence Rachel Cusk lorsqu\u2019elle \u00e9crit : \u00ab\u00a0His\u00a0audience was scandalised by his honesty; the cultural establishment, however, recognised Knausg\u00e5rd&rsquo;s project as a work of the highest artistic ambition.\u00a0\u00bb (Cusk, 2013)\u00a0Le \u00ab\u00a0pouvoir de cons\u00e9cration\u00a0\u00bb (Casanova, 2008, 38) de cette aristocratie repose sur la croyance en leur propre pouvoir, mais \u00e9galement sur ce sentiment d\u2019appartenance \u00e0 une communaut\u00e9 mondiale de lettr\u00e9s. En ce sens, le \u00ab\u00a0coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb d\u00e9coule d\u2019une tendance critique qui pr\u00e9conditionne sa r\u00e9ception en tant que bestseller. Si la critique litt\u00e9raire porte attention \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Knausg\u00e5rd (et ne porte pas attention \u00e0 celle de son contemporain norv\u00e9gien Tomas Espedal, par exemple), c\u2019est parce que la litt\u00e9rarit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9e par la traduction de l\u2019\u0153uvre, les prix litt\u00e9raires et les textes critiques. L\u2019effet produit par le \u00ab\u00a0coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb est du m\u00eame ordre que l\u2019affirmation de Rachel Cusk, \u00e0 savoir que\u00a0<em>Minkamp<\/em>\u00a0est \u00ab\u00a0probably one of the most significant literary enterprise of our time\u00a0\u00bb (2013); il ajoute \u00e0 la valeur litt\u00e9raire du livre et consolide le statut de Knausg\u00e5rd au sein de l\u2019institution. Le \u00ab\u00a0coup de c\u0153ur\u00a0\u00bb travaille \u00e0 consacrer\u00a0<em>Un homme amoureux<\/em>\u00a0en tant que \u00ab\u00a0litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, tout en t\u00e9moignant de la croyance en la validit\u00e9 et la pertinence du sceau de litt\u00e9rarit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 appos\u00e9 par l\u2019institution. Double effet qui prouve que les critiques, eux aussi, ne lisent jamais seuls.<\/p>\n<h2>Knausg\u00e5rd et Proust<\/h2>\n<p>En lisant les textes critiques de langue fran\u00e7aise et anglaise, on retrouve de mani\u00e8re quasi syst\u00e9matique le nom de Knausg\u00e5rd aux c\u00f4t\u00e9s de celui de Proust. Pour tenter de comprendre cette association, Pierre Assouline \u00e9crit : \u00ab\u00a0il y a effectivement quelque chose d\u2019universel \u00e0 monter ses meubles Ik\u00e9a tout en s\u2019interrogeant sur le sens de la vie. D\u2019o\u00f9 le succ\u00e8s interplan\u00e9taire d\u2019un norv\u00e9gien proustisant qui se contente de raconter la sienne. \u00c0 propos, pourquoi Proust? Parce qu\u2019il est long et que la vie est courte.\u00a0\u00bb (Assouline, 2014) La r\u00e9ponse d\u2019Assouline, dont l\u2019article pr\u00e9sente Knausg\u00e5rd comme un simple \u00ab\u00a0ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb vou\u00e9 \u00e0 l\u2019oubli, offre une r\u00e9ponse facile \u00e0 une question qui m\u00e9rite r\u00e9flexion. Le lien entre Proust et Knausg\u00e5rd repose immanquablement sur l\u2019ampleur et le sujet de leur travail respectif. En ce sens, ce n\u2019est pas la r\u00e9ponse d\u2019Assouline, mais bien sa question qui est incorrecte. Pour comprendre cette annexion proustienne, il ne faut pas se demander \u00ab\u00a0pourquoi Proust\u00a0\u00bb, mais plut\u00f4t quel usage fait-on de Proust dans les textes critiques?<\/p>\n<p>Proust, auteur qui se passe de toute pr\u00e9sentation, est \u00ab\u00a0le classique [qui] incarne la l\u00e9gitimit\u00e9 litt\u00e9raire elle-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui est reconnu comme <em>La<\/em> litt\u00e9rature, ce \u00e0 partir de quoi seront trac\u00e9es les limites de ce qui sera reconnu comme litt\u00e9raire, ce qui servira d\u2019unit\u00e9 de mesure sp\u00e9cifique\u00a0\u00bb (Casanova, 2008, 38). Il repr\u00e9sente la norme \u00e0 partir de laquelle les critiques mesurent la litt\u00e9rarit\u00e9 de Knausg\u00e5rd. La comparaison sert donc les admirateurs et les d\u00e9tracteurs; elle permet une lutte en terrain connu. Ainsi, James Wood\u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0In the course of this Augean task, Knausg\u00e5rd has a moment of Proustian retrospect, prompted not by tea and a madeleine but by the smell of Klorin (the Scandinavian equivalent of Clorox)\u00a0\u00bb (Wood, 2012), reconnaissant \u00e0 l\u2019\u0153uvre une place aupr\u00e8s du ma\u00eetre de la r\u00e9miniscence. De son c\u00f4t\u00e9, William Deresiewicz soutient :<\/p>\n<blockquote>\n<p>but here are some things that the\u00a0<em>Recherche <\/em>contains that\u00a0<em>Min Kamp<\/em>\u00a0does not: wit, satire, comedy, verbal and symbolic complexity, psychological penetration, sociological reach, the ability to render complicated situations, a genuine engagement with the subtleties of memory, the power to convey the slow unfolding of the self. And here is something that Proust did that Knausg\u00e5rd did not : he took his time (2014).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les deux cas, Proust est utilis\u00e9 comme le condens\u00e9 d\u2019une culture consacr\u00e9e; l\u2019\u00e9vocation\u00a0 de son nom fait ressortir tout un capital et une histoire litt\u00e9raires. Or, la \u00ab\u00a0norv\u00e9gianit\u00e9\u00a0\u00bb de <em>Min kamp<\/em> accentue la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir recours \u00e0 la comparaison. La production norv\u00e9gienne est majoritairement m\u00e9connue au sein de l\u2019institution \u2013 on dit d\u2019ailleurs de Knausg\u00e5rd qu\u2019il est \u00ab\u00a0Norway\u2019s biggest literary star since Ibsen \u00bb (Robson, 2014), r\u00e9sumant la place de la litt\u00e9rature norv\u00e9gienne au sein de la litt\u00e9rature mondiale \u00e0 un dramaturge du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Proust, les critiques inscrivent Knausg\u00e5rd dans un rapport (inclusif ou exclusif) \u00e0 une histoire litt\u00e9raire mondiale. Ce processus comparatif joue un r\u00f4le dans la \u00ab\u00a0fabrication de l\u2019universel\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir le \u00ab\u00a0passage de l\u2019inexistence \u00e0 l\u2019existence litt\u00e9raire, de l\u2019invisibilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat de litt\u00e9rature, transformation appel\u00e9e ici litt\u00e9rarisation\u00a0\u00bb (Casanova, 2008, 190).<\/p>\n<p>Si Proust fait figure r\u00e9currente, les comparaisons ne manquent pas d\u2019affluer\u00a0: Camus, Dosto\u00efevski, Tolsto\u00ef, Benjamin, Thomas Bernhard, Rilke, Joyce, pour ne nommer qu\u2019eux, remplissent un r\u00f4le similaire \u00e0 celui de Proust. Comme le souligne Jean-Marie Goulemot\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0toute lecture est une lecture comparative, mise en rapport du livre avec d\u2019autres livres. Comme il y a dialogisme et intertextualit\u00e9, au sens o\u00f9 Bakhtine entend le terme, il y a dialogisme et intertextualit\u00e9 dans la pratique de la lecture elle-m\u00eame.\u00a0\u00bb (2003, 126) Le travail de la lecture s\u2019effectue toujours en relation avec d\u2019autres textes, convoquant une biblioth\u00e8que culturelle, \u00ab\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire la m\u00e9moire des lectures ant\u00e9rieures et des donn\u00e9es culturelles\u00a0\u00bb (126). Cette biblioth\u00e8que est n\u00e9cessairement individuelle, mais \u00e9galement collective. Les noms de ces <em>g\u00e9ants<\/em> litt\u00e9raires font office de passe-partout culturels, en ce sens o\u00f9 leurs noms renvoient \u00e0 des repr\u00e9sentations culturelles communes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f540000000000000000_5596\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">\u00c0 ce sujet, voir le travail de Pierre Bayard, <em>Comment parler des livres que l\u2019on n\u2019a pas lus<\/em>, Paris, Minuit, 2007. <\/span>. En ce sens, les textes critiques ne portent pas uniquement sur <em>Min kamp<\/em>, \u00ab\u00a0mais sur un ensemble beaucoup plus large, qui est celui de tous les livres d\u00e9terminants sur lesquels repose une certaine culture \u00e0 un certain moment donn\u00e9\u00a0\u00bb (Bayard, 2007, 27). Il est curieux de voir que les comparaisons se limitent \u00e0 des \u0153uvres qui datent, pour la plupart, de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Entre les auteurs modernes et <em>Min kamp<\/em> se trouve le trou noir de l\u2019histoire litt\u00e9raire contemporaine, ce qu\u2019\u00e9nonce William Deresiewicz : \u00ab How depressing to suppose that just as modernism culminated in Joyce, Proust and Woolf, the literature of our own time has been leading up to\u2026 Knausg\u00e5rd. \u00bb (2014) Sans le vouloir, William Deresiewicz invite \u00e0 repenser la fixit\u00e9 de notre biblioth\u00e8que culturelle, m\u00e9sadapt\u00e9e pour appr\u00e9hender les textes contemporains, et le rapport sacr\u00e9 pareil \u00e0 la \u00ab\u00a0magie religieuse\u00a0\u00bb (Citton, 2010, 167) que nous entretenons avec les auteurs qui la composent.<\/p>\n<p>Le processus comparatif d\u00e9passe toutefois la simple comparaison avec des auteurs consacr\u00e9s. Dans les commentaires de langues fran\u00e7aise et anglaise, on assiste \u00e0 un double mouvement de rapprochement et d\u2019\u00e9loignement; une volont\u00e9 de rapprocher l\u2019\u0153uvre de sa propre litt\u00e9rature nationale pour ensuite montrer ce qui l\u2019en distingue. Dans le contexte fran\u00e7ais, on souligne que\u00a0 \u00ab\u00a0l&rsquo;autofiction ch\u00e8re aux Fran\u00e7ais pren[d] enfin de la graine au Nord\u00a0\u00bb (Dargent, 2010), ramenant la d\u00e9marche de Knausg\u00e5rd \u00e0 une tradition litt\u00e9raire bien \u00e9tablie en France. En Angleterre, on soutient que, par les sujets qu\u2019il aborde, <em>Min kamp <\/em>peut \u00eatre lu \u00ab\u00a0like an English novel, with all the pleasing dowdiness that implies\u00a0\u00bb (McLaren, 2014). Dans ce processus de rapprochement, l\u2019auteur est \u00ab\u00a0d\u00e9nationalis\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: il est assimil\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0communaut\u00e9 imagin\u00e9e\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle appartient le critique. Ces deux exemples t\u00e9moignent que les litt\u00e9ratures \u00ab\u00a0mineures\u00a0\u00bb sont toujours pens\u00e9es en fonction des caract\u00e9ristiques des cultures \u00ab\u00a0majeures\u00a0\u00bb. En parall\u00e8le, les critiques font ressortir la singularit\u00e9 absolue de <em>Min kamp<\/em>. Fran\u00e7oise Dargent \u00e9crit: \u00ab\u00a0Pour la premi\u00e8re fois, un \u00e9crivain norv\u00e9gien s&rsquo;appliquait \u00e0 raconter sa vie par le menu, toute sa vie jusque dans les d\u00e9tails les plus infimes (l&rsquo;achat d&rsquo;une bouteille de Cif, par exemple)\u00a0\u00bb (2012) tandis que David Caviglioli affirme que \u00ab\u00a0<em>Mon combat<\/em> est un chef-d&rsquo;\u0153uvre inexplicable \u00bb (2014).<\/p>\n<p>Le mouvement d\u2019\u00e9loignement sert \u00e0 tracer une distinction franche entre la critique scandinave et la critique au-del\u00e0 de la Scandinavie. Certains critiques vont m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 tenter de \u00ab\u00a0comprendre\u00a0\u00bb les facteurs qui ont fait de Knausg\u00e5rd une \u00ab\u00a0obsession nationale\u00a0\u00bb. Leo Robson explique : \u00ab\u00a0Norwegians have an appetite for the kind of transfixing boringness that Knausg\u00e5rd offers \u00bb, ce que prouve leur int\u00e9r\u00eat pour \u00ab\u00a0a six-day documentary of footage from a camera mounted on an express ferry, which it advertised as \u201cwatching paint dry \u2013 live on TV\u02ee \u00bb (2014). Le succ\u00e8s de Knausg\u00e5rd dans son pays serait d\u00fb \u00e0 l\u2019inclinaison des Norv\u00e9giens pour les choses quotidiennes. Robson conclut sa r\u00e9flexion en soutenant que\u00a0: \u00ab The attraction beyond Scandinavia is of a more elevated, boredom-seeking sort. \u00bb (2014) Ainsi, les textes critiques produits par des auteurs \u00e9loign\u00e9s du contexte norv\u00e9gien tenteraient de comprendre l\u2019ennui propre \u00e0 <em>Min kamp<\/em> tandis que les Norv\u00e9giens ne feraient que consommer cet ennui. Pour Rachel Cusk, la distance permise par l\u2019\u00e9loignement culturel permettrait une v\u00e9ritable analyse de l\u2019\u0153uvre de Knausg\u00e5rd, non accessible aux Norv\u00e9giens\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>As each volume is translated into other languages, Knausg\u00e5rd&rsquo;s literary fame increases while his notoriety becomes somewhat more theoretical : in his own (small) country, his intimate descriptions of friends and family and of his social and professional milieux were regarded as invasive and brought him in for much criticism. Elsewhere, the specifics have less currency and the moral status of the project itself \u2013 which in its entirety bears the title\u00a0<em>My Struggle<\/em>\u00a0\u2013 can be approached more objectively (2013).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le complexe d\u00e9bat critique ayant eu lieu en Norv\u00e8ge est ainsi r\u00e9duit \u00e0 un scandale familial \u2013 quatorze membres de la famille de Knausg\u00e5rd ayant effectivement accus\u00e9 publiquement <em>Min kamp<\/em> de \u00ab\u00a0litt\u00e9rature de Judas\u00a0\u00bb [je traduis] (14 ber\u00f8rte familiemedlemmer, 2009). Ce mouvement diminue la r\u00e9ception norv\u00e9gienne \u00e0 du simple \u00ab\u00a0potinage\u00a0\u00bb et d\u00e9coule d\u2019une logique ethnocentriste. Les critiques francophones et anglophones se positionnent comme ceux et celles qui ont su voir en Knausg\u00e5rd une valeur litt\u00e9raire, l\u00e0 o\u00f9 les Norv\u00e9giens n\u2019y auraient vu que de la provocation.<\/p>\n<h2>Des \u00ab\u00a0bonnes\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0mauvaises\u00a0\u00bb mani\u00e8res de lire<\/h2>\n<p>En s\u2019attribuant le succ\u00e8s institutionnel de <em>Min kamp<\/em>, les textes critiques r\u00e9activent la division entre une \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb et une \u00ab\u00a0mauvaise\u00a0\u00bb fa\u00e7on de lire. La lectrice est essentialis\u00e9e par le biais d\u2019affirmations qui lui dictent ce qu\u2019elle devrait penser et ressentir \u00e0 la lecture de <em>Min kamp<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0le lecteur est lui, depuis longtemps, fascin\u00e9 par cette implacable confession d&rsquo;un enfant du si\u00e8cle dernier d&rsquo;o\u00f9 \u00e9mergent la sinc\u00e9rit\u00e9 des intentions et le talent d&rsquo;un \u00e9crivain.\u00a0\u00bb (Dargent, 2012). Pourtant, \u00ab\u00a0le lecteur n\u2019existe pas\u00a0\u00bb (Citton, 2013, 37) dans sa d\u00e9nomination singuli\u00e8re. Il y a <em>des <\/em>lectrices, \u00ab\u00a0toutes multiples et toutes (un peu) diff\u00e9rentes\u00a0\u00bb (37). Dans les textes critiques, les lectrices sont divis\u00e9es entre lectrices de masse et lectrices critiques. Leo Robson, toujours sur les raisons du succ\u00e8s de Knausg\u00e5rd, \u00e9crit\u00a0: \u00ab The arrival of\u00a0<em>My Struggle<\/em>\u00a0has coincided with a growing intolerance, expressed more by writers and critics than by average readers, towards the shapely, plot-led, made-up novel, and the made-up American novel in particular. \u00bb (2014) La division entre la lectrice \u00ab\u00a0moyenne\u00a0\u00bb et la lectrice \u00ab\u00a0lettr\u00e9e\u00a0\u00bb (dont font partie, bien entendu, les \u00e9crivaines) a comme effet de distancer les textes critiques de l\u2019engouement des lectrices \u00ab\u00a0moyennes\u00a0\u00bb. La lectrice critique parviendrait \u00e0 d\u00e9celer un \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb (a \u00ab\u00a0key\u00a0\u00bb (Wood, 2012)) \u00e0 travers une attention port\u00e9e \u00e0 la forme et au langage tandis que la lectrice moyenne ne ferait que consommer l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re traditionnelle de concevoir les r\u00f4les dela lectrice, de la critique et de l\u2019auteur est toutefois remise en question par <em>Min kamp<\/em>. La Norv\u00e9gienne Toril Moi \u00e9crit avec justesse :<\/p>\n<blockquote>\n<p>For in these novels Knausg\u00e5rd shows us something that everybody knows, but that literary critics have done their best to forget, namely that the author exists, and that he always coveys the world as he sees it based on his own experiences and his own world view. Knausg\u00e5rd undermines the established doctrine that art, style and language at all costs must be perceived as divorced from life. To read <em>My Struggle<\/em> we have to liberate ourselves from what Wittgenstein calls \u201cthe picture that holds us captive\u201d, our prejudices about how things must be. (2013, 206)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La lecture de Knausg\u00e5rd, selon Toril Moi, force \u00e0 repenser nos pratiques de lecture. En effet, le projet derri\u00e8re <em>Min Kamp <\/em>est d\u2019\u00e9crire l\u2019ordinaire, sans les artifices de la fiction. Projet pragmatiste, s\u2019il en est, qui tente de faire co\u00efncider l\u2019art avec la vie. Selon Pierre Assouline, ardent opposant \u00e0 la canonisation litt\u00e9raire de <em>Min kamp<\/em>,\u00a0 \u00ab\u00a0les \u00e9v\u00e9nements rapport\u00e9s semblent indiff\u00e9renci\u00e9s, hors de port\u00e9e de toute hi\u00e9rarchie. Tout se vaut, l\u2019essentiel et le superflu, l\u2019\u00e9vocation de sa baignoire et un vers de Paul Celan, la liste des courses \u00e0 faire et\u00a0<em>Les Mots et les choses<\/em>\u00a0de Michel Foucault\u00a0\u00bb (2014). La destitution de l\u2019art, de m\u00eame que l\u2019absence de structure narrative et de travail de la langue, entre en conflit avec une vision de l\u2019art comme entit\u00e9 sup\u00e9rieure n\u00e9cessitant des outils pour d\u00e9coder son contenu. Le projet derri\u00e8re <em>Min kamp<\/em> est toutefois paradoxal\u00a0: l\u2019auteur tente de rapprocher l\u2019art de la vie, mais toute une institution (\u00e0 laquelle l\u2019auteur participe activement) travaille \u00e0 restituer la distinction mill\u00e9naire entre les deux. Le refus d\u2019une norme litt\u00e9raire a permis \u00e0 la s\u00e9rie norv\u00e9gienne de se faire reconnaitre en tant que litt\u00e9rature par l\u2019institution. Celle-ci est donc en processus de devenir la nouvelle norme, et le nom de Knausg\u00e5rd, utilis\u00e9 pour situer les livres sur l\u2019\u00e9chelle de la \u00ab\u00a0litt\u00e9rarit\u00e9\u00a0\u00bb. Comme l\u2019explique Pascale Casanova, \u00ab\u00a0les d\u00e9nonciations de l\u2019ordre institu\u00e9 sont en r\u00e9alit\u00e9 des coups de force ou des tentatives de prises de pouvoir litt\u00e9raires\u00a0\u00bb (2008, 240), ce que Knausg\u00e5rd reconnait\u00a0: \u00ab I have actually sold my soul to the devil. That&rsquo;s the way it feels. Because in addition I get such a huge reward. \u00bb (Kunzru, 2014)<\/p>\n<p>Cette tentative pragmatiste produit un effet d\u2019ennui sur lequel toutes les lectrices (critiques ou non) s\u2019entendent. Pour certains, il s\u2019agit de la force de l\u2019\u0153uvre. James Wood \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0There is something ceaselessly compelling about Knausg\u00e5rd\u2019s book : even when I was bored, I was interested. \u00bb (2012) Pour d\u2019autres, cet ennui est une perte de temps : \u00ab I wasn\u2019t just bored (even his fans are bored), I was angry about being bored. I felt my time was being wasted. \u00bb (Robson, 2014) Dans un cas comme dans l\u2019autre, il ressort que les effets de lecture de <em>Min kamp<\/em> d\u00e9passent la simple \u00e9vocation m\u00e9taphorique, ce sont des effets concrets qui affectent directement le corps, comme le prouve cet incident dans une librairie de Malm\u00f6 o\u00f9 un homme a mis le feu \u00e0 la section \u00ab\u00a0k\u00a0\u00bb, sous pr\u00e9texte que Knausg\u00e5rd \u00ab est le pire auteur de tous les temps\u00a0\u00bb [je traduis] (Johansen, 2014). James Wood \u00e9crit\u00a0: \u00ab The labor of our reading merges with the labor of Knausg\u00e5rd\u2019s writing. \u00bb(2012) Le travail de lecture rapprocherait la lectrice de l\u2019auteur; la lecture (souvent) p\u00e9nible s\u2019accordant avec l\u2019acharnement scripturaire de Knausg\u00e5rd. Cette difficult\u00e9 de lecture est intimement li\u00e9e \u00e0 la question de l\u2019identification. Zadie Smith \u00e9crit \u00e0 ce sujet\u00a0: \u00ab A narrative claustrophobia is at work [\u2026] with no distance permitted between reader and protagonist. \u00bb (2013) L\u2019identification, g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9e \u00e0 une \u00ab\u00a0mauvaise\u00a0\u00bb, sinon \u00ab\u00a0na\u00efve\u00a0\u00bb, mani\u00e8re de lire, est reconnue par certains critiques. Comme l\u2019\u00e9crit Toril Moi, \u00ab ever since modernism became the dominant aesthetic norm in literary studies\u00bb, \u00ab a critic trained in the dominant paradigm would never indulge such behavior, for she has learned to value selfconsciousness and critical distance, not absorption and identification \u00bb (2013, 206). L\u2019\u0153uvre de Knausg\u00e5rd marque en ce sens un tournant dans la tendance critique actuelle puisque que celle-ci se voit oblig\u00e9e de repenser sa propre pratique, mais surtout de reconnaitre la part subjective dans l\u2019institution critique. <em>Min kamp<\/em> n\u2019est toutefois pas un ph\u00e9nom\u00e8ne isol\u00e9; au contraire, il est issu d\u2019une tradition litt\u00e9raire contemporaine multipliant les autofictions, \u00ab\u00a0where in\u00a0the self is considered a <em>living thing<\/em>\u00a0composed of fictions \u00bb (Sturgeon, 2014). Ce qui pointe \u00e0 travers le d\u00e9bat critique concernant <em>Min kamp<\/em> est le conflit entre r\u00e9sistance et changement, entre une tradition de lecture h\u00e9rit\u00e9e du modernisme et accentu\u00e9e par le structuralisme, et une mani\u00e8re de lire adapt\u00e9e \u00e0 nos probl\u00e9matiques contemporaines, qui redonne une subjectivit\u00e9 et une agentivit\u00e9 \u00e0 la lectrice \u00ab\u00a0moyenne\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Si un retour par Proust est n\u00e9cessaire, c\u2019est peut-\u00eatre moins pour \u00e9voquer un capital litt\u00e9raire que pour retrouver ce que lui-m\u00eame disait \u00e0 propos de la lecture\u00a0: \u00ab\u00a0en r\u00e9alit\u00e9 chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi-m\u00eame. L\u2019ouvrage de l\u2019\u00e9crivain n\u2019est qu\u2019une esp\u00e8ce d\u2019instrument optique qu\u2019il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre il n\u2019e\u00fbt peut-\u00eatre pas vu en soi-m\u00eame.\u00a0\u00bb (1999, 2296\/7) Se lire soi-m\u00eame dans une \u0153uvre, c\u2019est reconnaitre l\u2019existence d\u2019une pluralit\u00e9 de lectrices dont les interpr\u00e9tations, bien que largement conditionn\u00e9es, leur donnent acc\u00e8s \u00e0 une forme d\u2019\u00e9mancipation. Comme l\u2019affirme Michel de Certeau, le \u00ab\u00a0texte n\u2019a de signification que par ses lecteurs; il change avec eux; il s\u2019ordonne selon des codes qui lui \u00e9chappent\u00a0\u00bb (1990, 247). Les textes critiques analys\u00e9s montrent bien la diversit\u00e9 des interpr\u00e9tations, les grilles de lecture vari\u00e9es, et les effets concrets du livre qui poussent les commentateurs \u00e0 s\u2019immiscer avec passion dans un d\u00e9bat critique. Le d\u00e9bat autour de Knausg\u00e5rd prouve que le travail de la lecture n\u2019est pas univoque, car il est impossible de se retrouver soi-m\u00eame dans tous les textes. Le livre, parfois, ne s\u2019ouvre pas, et la lectrice demeure en p\u00e9riph\u00e9rie \u00e0 se demander ce que les autres y voient qu\u2019elle ne parvient pas \u00e0 discerner. Toril Moi conclut son article sur cette question\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The American philosopher Stanley Cavell writes that all a philosopher like himself can do is to \u201cexpress, as fully as he can, his world, and attract our undivided attention to our own.\u201d The philosopher can only show the reader what he sees and ask if the reader can see it too. Great confessions work in the same way. The better and more convincingly they express their world, the more they inspire us to pay careful attention to our own. <em>My Struggle<\/em> asks the reader if she can see what Knausg\u00e5rd sees, understand what he understands, feel what he feels. We who have identified with Knausg\u00e5rd know that the answer is yes. We do see what he sees. And therefore we also see ourselves. (2013, 210)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00f4le de l\u2019auteur est de construire un monde de langage et d\u2019y inviter la lectrice qui a le choix d\u2019y entrer ou non, de continuer sa lecture ou de reposer le livre. Il me semble que c\u2019est dans la capacit\u00e9 individuelle \u00e0 se lire soi-m\u00eame que repose la libert\u00e9 de l\u2019acte de lecture; en dernier recours, je peux fermer le livre.<\/p>\n<p>\u00c0 travers les dynamiques institutionnelles qui composent la critique de <em>Min kamp<\/em>, un ph\u00e9nom\u00e8ne particuli\u00e8rement int\u00e9ressant se produit\u00a0: les textes critiques ont comme sujet des \u00ab\u00a0livres dont [ils ont] entendu parler\u00a0\u00bb (Bayard, 2007, 43-54). Si seulement deux volumes sont traduits \u00e0 ce jour en langue fran\u00e7aise, cela n\u2019emp\u00eache pas les commentateurs de faire r\u00e9f\u00e9rence aux volumes subs\u00e9quents\u00a0: \u00ab\u00a0Knausg\u00e5rd confie m\u00eame, \u00e0 la fin du sixi\u00e8me tome de <em>Mon combat<\/em>, qu\u2019\u00e0 partir de cet instant, il n\u2019est plus un auteur\u00a0\u00bb (Guy, 2015); \u00ab\u00a0Knausg\u00e5rd le raconte en d\u00e9tail dans le tome 6, assez largement consacr\u00e9 aux cons\u00e9quences de son travail\u00a0\u00bb (Dargent, 2012). Dans son essai consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019art de parler des livres que l\u2019on n\u2019a pas lus, Pierre Bayard affirme qu\u2019il suffit d\u2019\u00eatre inform\u00e9 de la situation d\u2019un livre, \u00ab\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire la mani\u00e8re dont il se dispose par rapport aux autres livres\u00a0\u00bb (2007, 27), pour pouvoir en parler sans l\u2019avoir lu. Les critiques discutent donc de livres qu\u2019ils n\u2019ont pas lus, ce qui porte \u00e0 se demander \u00e0 la suite de Bayard, quel est le r\u00e9f\u00e9rent des textes critiques<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f540000000000000000_5596\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f540000000000000000_5596-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Dans <em>Enqu\u00eate sur Hamlet<\/em> (2014), Bayard se demande si les critiques lisent bien le m\u00eame texte, sugg\u00e9rant que la pratique des \u00e9tudes litt\u00e9raires constituent en fait un dialogue de sourds. <\/span> , ou en d\u2019autres mots, si <em>Min kamp<\/em> en est r\u00e9ellement le sujet principal?<\/p>\n<p>Il faut d\u2019abord reconnaitre que les critiques se lisent entre eux. Par exemple, lorsque Pierre Assouline \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019histoire litt\u00e9raire n\u2019est pas avare de grands romans o\u00f9, en apparence, il ne se passe rien. Sauf que tout y advient quand rien ne se passe\u00a0: un univers surgit, des personnages prennent forme, une sensibilit\u00e9 se dessine, une sensation du monde se pr\u00e9cise petit \u00e0 petit\u2026 Alors que l\u00e0, rien. Du moins rien ne se produit dans <em>l\u2019\u00e9criture<\/em>\u00a0\u00bb (2014), il reprend quasi mot pour mot un article publi\u00e9 un mois auparavant par William Deresiewicz\u00a0: \u00ab\u00a0It\u2019s not that nothing happens. There are plenty of great novels in which \u201cnothing happens\u201d\u2014most obviously,\u00a0<em>Ulysses<\/em>\u00a0and\u00a0<em>Mrs. Dalloway<\/em>, each of which recounts the activities of an ordinary person over the course of a single day. [\u2026] The problem with\u00a0<em>My Struggle<\/em>\u00a0is that nothing happens\u00a0<em>in the writing<\/em>. \u00bb (2014) La similitude entre les deux phrases prouve que les critiques s\u2019empruntent des id\u00e9es, ils \u00ab\u00a0s\u2019inter-pr\u00eatent\u00a0\u00bb (Citton, 2010) des mani\u00e8res de parler de l\u2019\u0153uvre. Tout comme les protagonistes-critiques d\u2019<em>Enqu\u00eate sur Hamlet<\/em>, les commentateurs de Knausg\u00e5rd se livrent une f\u00e9roce bataille pour savoir quelle interpr\u00e9tation devrait faire consensus. Pour prouver leur point, ils citent davantage ce que d\u2019autres ont dit de <em>Min Kamp <\/em>que le texte de lui-m\u00eame. Ainsi, William Deresiewicz \u00e9crit: \u00ab Eugenides believes that Knausg\u00e5rd \u201cbroke the sound barrier of the autobiographical novel.\u201d Smith has said she needs his books \u201clike crack.\u201d Lethem calls him \u201ca living hero who landed on greatness by abandoning every typical literary feint.\u201d \u00bb (2014) Il apparait ainsi que le r\u00e9f\u00e9rent des textes critiques n\u2019est pas Knausg\u00e5rd, mais bien ce qui est dit \u00e0 son sujet. Les textes critiques ont, en ce sens, la m\u00eame importance que le texte litt\u00e9raire. \u00c0 cela s\u2019ajoute le fait d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 que Knausg\u00e5rd appr\u00e9cie les entrevues. Lors de ces prises de parole, il expose largement les modalit\u00e9s de son projet. Les textes critiques reprennent ces entrevues en tant que sources d\u2019information. Jean-Philippe Guy d\u00e9bute son article en \u00e9crivant\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Lors d\u2019une entrevue en 2014, Karl Ove Knausg\u00e5rd tentait d\u2019expliquer le processus d\u2019\u00e9criture romanesque. Selon lui, \u00a0\u00ab\u00a0l\u2019\u00e9criture vise \u00e0 cr\u00e9er une chambre qui permet de s\u2019exprimer. C\u2019est ce qui constitue l\u2019essence de l\u2019\u00e9criture. C\u2019est l\u2019endroit d\u2019o\u00f9 on peut dire les choses\u00a0\u00bb. Pour les lecteurs de <em>Mon combat<\/em>, cette chambre est famili\u00e8re. (2015)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Son interpr\u00e9tation de la s\u00e9rie est donc m\u00e9diatis\u00e9e par la parole de l\u2019auteur. Il faut donc reconnaitre la part constitutive de transformation du texte par ces entretiens qui viennent imposer un angle de lecture. L\u2019intention de l\u2019auteur acquiert une importance \u00e9quivalente au texte, et pr\u00e9vaut parfois sur lui. Il faut alors conclure que le d\u00e9bat critique porte davantage sur la question de la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette intention que sur <em>Min kamp<\/em>. L\u2019intention devient \u00ab\u00a0contrainte\u00a0\u00bb interpr\u00e9tative, amenuisant les possibilit\u00e9s \u00ab\u00a0d\u2019invention\u00a0\u00bb des lectrices critiques (Cavallo et Chartier, 1997, 45-49).<\/p>\n<p>\u00c0 la lueur de ce que j\u2019ai soulev\u00e9 \u00e0 propos de <em>Min kamp<\/em>, il ressort que le d\u00e9bat critique est <em>en retard<\/em> sur une certaine r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019\u0153uvre. Tandis que les textes critiques tentent de d\u00e9terminer si le panth\u00e9on litt\u00e9raire a un si\u00e8ge disponible pour Knausg\u00e5rd, des milliers de lectrices ont lu \u2013 en partie ou en totalit\u00e9 \u2013 <em>Min kamp<\/em>. Elles se sont identifi\u00e9es (ou non) au personnage de Karl Ove, elles ont (ou non) d\u00e9cid\u00e9 de consacrer une place \u00e0 cette \u0153uvre dans leur biblioth\u00e8que v\u00e9cue. Avec <em>Min kamp<\/em>, c\u2019est tout \u00ab\u00a0un public qui se retrouve, se pense \u00e0 travers [un] mod\u00e8le narratif\u00a0\u00bb (Goulemot, 2003, 123). En ce sens, si on peut \u00e9crire \u00ab\u00a0l\u2019histoire des g\u00e9n\u00e9rations\u00a0\u00e0 travers leurs lectures\u00a0\u00bb(123), il ressort que <em>Min kamp<\/em> a quelque chose \u00e0 nous apprendre sur l\u2019\u00e9poque culturelle que nous traversons, mais surtout sur le r\u00e9gime contemporain de l\u2019attention.\u00a0 En effet, la s\u00e9rie norv\u00e9gienne permet d\u2019\u00e9clairer la mani\u00e8re dont les objets culturels sont port\u00e9s \u00e0 notre attention, tant par les discours critiques qui l\u2019entourent que par la position de l\u2019\u0153uvre dans les vitrines de librairies. Montrant que l\u2019appareil critique est une structure politique litt\u00e9ralement divis\u00e9e en territoires nationaux, la r\u00e9ception de <em>Min kamp<\/em> permet \u00e9galement d\u2019interroger les r\u00e9percussions du geste critique. M\u00eame si la vis\u00e9e d\u2019une critique peut \u00eatre de soulever les probl\u00e8mes rattach\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, en parlant de <em>Min kamp<\/em>, chaque texte contribue \u00e0 augmenter la visibilit\u00e9 de l\u2019auteur, \u00e0 r\u00e9activer un d\u00e9bat polaris\u00e9 dont les effets imm\u00e9diats sont la vente massive de livres et les contrats octroy\u00e9s \u00e0 l\u2019auteur. C\u2019est sans doute l\u00e0 l\u2019aspect incontr\u00f4lable du geste critique; dans le r\u00e9gime m\u00e9diatique contemporain, les discours sont aspir\u00e9s par la figure de l\u2019auteur, pour qui les dissensus ne sont qu\u2019un autre moyen de promotion.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>Fictions<\/strong><\/h3>\n<p>KNAUSG\u00c5RD, Karl Ove.2012[2009]. <em>Mon combat I. La mort d\u2019un p\u00e8re<\/em>, trad. Marie-Pierre Fiquet, Paris\u00a0: Deno\u00ebl, coll. \u00ab\u00a0Deno\u00ebl et d\u2019ailleurs\u00a0\u00bb, 592p.<\/p>\n<p>_________________. 2014 [2009]. <em>Mon combat II. Un homme amoureux<\/em>, trad. Marie-Pierre Fiquet, Paris\u00a0: Deno\u00ebl, coll. \u00ab\u00a0Deno\u00ebl et d\u2019ailleurs, 784p.<\/p>\n<p>PROUST<em>, <\/em>Marcel.1999. <em>\u00c0 la recherche du temps perdu\u00a0:Le temps retrouv\u00e9<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Quarto\u00a0\u00bb, 2408p.<\/p>\n<h3><strong>Critiques<\/strong><\/h3>\n<p>ASSOULINE, Pierre. 2014. \u00ab\u00a0Karl Ove Knausg\u00e5rd. Proust norv\u00e9gien, ph\u00e9nom\u00e8ne de soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb, <em>La R\u00e9publique {des livres}<\/em>, 7 juin [en ligne]. http:\/\/larepubliquedeslivres.com\/karl-ove-knausgaard-proust-norvegien-phenomene-de-societe\/.<\/p>\n<p>BARON, Jesse. 2013. \u00ab\u00a0Completely without Dignity: An Interview with Karl Ove Knausg\u00e5rd\u00a0\u00bb, <em>The Paris Review<\/em>, 26 d\u00e9cembre [en ligne]. http:\/\/www.theparisreview.org\/blog\/2013\/12\/26\/completely-without-dignity-an-interview-with-karl-ove-knausgaard\/.<\/p>\n<p>CAVIGLIOLI, David. 2014. \u00ab\u00a0J\u2019ai cr\u00e9\u00e9 un monstre que je ne contr\u00f4le plus\u00a0\u00bb, <em>BibliObs<\/em>, 21 septembre, [en ligne]. http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/rentree-litteraire-2014\/20140919.OBS9702\/karl-ove-knausgaard-j-ai-cree-un-monstre-que-je-ne-controle-plus.html.<\/p>\n<p>CUSK, Rachel. 2013. \u00ab\u00a0A Man in Love by Karl Ove Knausg\u00e5rd \u2013 a review\u00a0\u00bb, <em>The Guardian<\/em>, 12 avril,[en ligne]. https:\/\/www.theguardian.com\/books\/2013\/apr\/12\/man-in-love-knausgaard-review.<\/p>\n<p>DARGENT, Fran\u00e7oise. 2012.\u00ab\u00a0L\u2019homme qui n\u2019avait pas d\u2019\u00e2ge\u00a0\u00bb, <em>Le Figaro<\/em>, 17 octobre, [en ligne]. http:\/\/www.lefigaro.fr\/livres\/2012\/10\/17\/03005-20121017ARTFIG00657-l-homme-qui-n-avait-pas-d-age.php.<\/p>\n<p>DERESIEWICZ, William. 2014. \u00ab\u00a0Why has My Struggle been anointed literary masterpiece?\u00a0\u00bb,<em>The Nation<\/em>,13 mai,[en ligne]. https:\/\/www.thenation.com\/article\/why-has-my-struggle-been-anointed-literary-masterpiece\/.<\/p>\n<p>EYRE, Hermione.2014.\u00ab\u00a0Meet Karl Ove Knausg\u00e5rd, the literary world&rsquo;s latest hero\u00a0\u00bb, <em>The London Evening Standard<\/em>, 25 juillet,[en ligne]. http:\/\/www.standard.co.uk\/lifestyle\/esmagazine\/meet-karl-ove-knausgaard-the-literary-worlds-latest-hero-9626561.html.<\/p>\n<p>FABER, Michel. 2012. \u00ab\u00a0A death in the Family by Karl Ove Knausg\u00e5rd\u00a0\u2013 review\u00a0\u00bb, <em>The Guardian<\/em>,25 avril,[en ligne]. https:\/\/www.theguardian.com\/books\/2012\/apr\/25\/death-in-family-karl-ove-knausgaard-review.<\/p>\n<p>GUY, Jean-Philip. 2015. \u00ab\u00a0Karl Ove Knausgaard\u00a0: La chambre du fils\u00a0\u00bb, <em>Le libraire<\/em>, no.88, 14 avril [en ligne]. http:\/\/revue.leslibraires.ca\/articles\/litterature-etrangere\/karl-ove-knausgaard-la-chambre-du-fils.<\/p>\n<p>JUL-LARSEN, Kristoffer. 2010. \u00ab\u00a0Krittikens oppgave\u00a0\u00bb, <em>Dagbladet<\/em>, 8 janvier.<\/p>\n<p>KJ\u00c6RSTAD, Jan. 2010. \u00ab\u00a0Den som ligger med nesen i grusen er blind\u00a0\u00bb, <em>Aftenposten<\/em>, 7 janvier, [en ligne]. http:\/\/www.aftenposten.no\/meninger\/debatt\/Den-som-ligger&#8211;med-nesen-i-grusen_&#8211;er-blind-234397b.html.<\/p>\n<p>KORSGAARD, Lea. 2010. \u00ab\u00a0<em>Min Kamp,<\/em> un combat de longue haleine\u00a0\u00bb (trad. du danois), <em>Courrier international<\/em>, 16 septembre, [en ligne]. http:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/2010\/09\/16\/un-combat-de-longue-haleine<\/p>\n<p>KUNZRU, Hari. 2014. \u00ab\u00a0Karl Ove Knausgaard: the latest literary sensation\u00a0\u00bb, <em>The Guardian<\/em>, 7 mars, [en ligne]. https:\/\/www.theguardian.com\/books\/2014\/mar\/07\/karl-ove-knausgaard-my-struggle-hari-kunzru.<\/p>\n<p>MCLAREN, Rose. 2014. \u00ab\u00a0Art does not know a beyond: On Karl Ove Knausg\u00e5rd\u00a0\u00bb, <em>The White Review<\/em>, [en ligne]. http:\/\/www.thewhitereview.org\/features\/art-does-not-know-a-beyond-on-karl-ove-knausgaard\/.<\/p>\n<p>MOI, Toril. 2013. \u00ab\u00a0Shame and Openness\u00a0\u00bb,<em>Salmagundi<\/em>, Saratoga Spring, no 177, pp.\u00a0205-210.<\/p>\n<p>PERREAULT, Mathieu. 2015. \u00ab\u00a0Karl Ove Knausg\u00e5rd\u00a0: le pol\u00e9miste norv\u00e9gien\u00a0\u00bb, <em>La Presse<\/em>, 30 janvier, [en ligne]. http:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/livres\/201501\/30\/01-4839823-karl-ove-knausgaard-le-polemiste-norvegien.php.<\/p>\n<p>ROBSON, Leo. 2014. \u00ab\u00a0Karl Ove Knausg\u00e5rd\u2019s Nordic existentialism\u00a0\u00bb, <em>The New Statesman<\/em>, 3 avril,[en ligne]. http:\/\/www.newstatesman.com\/culture\/2014\/03\/new-man-existentialism.<\/p>\n<p>SMITH, Zadie. 2013. \u00ab\u00a0Man VS Corpse\u00a0\u00bb, <em>The New York Review of Books<\/em>, [en ligne]. http:\/\/www.nybooks.com\/articles\/2013\/12\/05\/zadie-smith-man-vs-corpse\/.\u00a0<\/p>\n<p>STURGEON, Jonathan. 2014. \u00ab\u00a0The Death of the Postmodern Novel and the Rise of Autofiction\u00a0\u00bb, <em>Flavorwire<\/em>, 31 d\u00e9ccembre, [en ligne]. http:\/\/flavorwire.com\/496570\/2014-the-death-of-the-postmodern-novel-and-the-rise-of-autofiction.<\/p>\n<p>T\u00d8MTE, Lasse. 2010. \u00ab\u00a0Debatten om Knausgaard\u00a0\u00bb, <em>Aftenposten<\/em>, 13 janvier,[en ligne]. http:\/\/www.aftenposten.no\/meninger\/Debatten-om-Knausgard-233731b.html.\u00a0<\/p>\n<p>WOOD, James. 2012. \u00ab\u00a0Total recall\u00a0\u00bb, <em>The New Yorker<\/em>, 13 ao\u00fbt, [en ligne]. http:\/\/www.newyorker.com\/magazine\/2012\/08\/13\/total-recall.<\/p>\n<p>14 ber\u00f8rte familiemedlemmer. 2009. \u00ab\u00a0Om Judaslitteratur\u00a0\u00bb, <em>Klassekampen<\/em>, 3 octobre, [en ligne].<\/p>\n<h3><strong>Corpus th\u00e9orique<\/strong><\/h3>\n<p>BAYARD, Pierre. 2007. <em>Comment parler des livres que l\u2019on n\u2019a pas lus<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 162p.<\/p>\n<p>____________. 2014 [2002]. <em>Enqu\u00eate sur Hamlet. Le dialogue de sourds<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, coll. \u00ab\u00a0Double\u00a0\u00bb, 205p.<\/p>\n<p>CAVALLO, Guglielmo et Roger Chartier. 2001 [1997]. \u00ab Introduction \u00bb, <em>Histoire de la lecture dans le monde occidental<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab Points \u00bb, pp. 7-49.<\/p>\n<p>CASANOVA, Pascale. 2008 [1999]. <em>La R\u00e9publique mondiale des lettres<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab\u00a0points\u00a0\u00bb, 504p.<\/p>\n<p>CITTON, Yves. 2010. <em>L\u2019Avenir des humanit\u00e9s. \u00c9conomie de la connaissance ou culture de l\u2019interpr\u00e9tation?<\/em>, Paris\u00a0: La D\u00e9couverte, 204p.<\/p>\n<p><em>__________. <\/em>2012. <em>Gestes d\u2019humanit\u00e9. Anthropologie sauvage de nos exp\u00e9riences esth\u00e9tiques<\/em>, Paris\u00a0: Armand Colin, coll. \u00ab\u00a0Le temps des id\u00e9es\u00a0\u00bb, 320 p.<\/p>\n<p>__________. 2013. \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre de lecture et \u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0\u00bb, dans Michel Jeanneret et Fr\u00e9d\u00e9ric Kaplan (dir.),\u00a0<em>Le lecteur \u00e0 l\u2019\u0153uvre<\/em>, Gen\u00e8ve\u00a0: Infolio, pp. 37-55.<\/p>\n<p>__________. 2013.\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9conomie de l\u2019attention\u00a0\u00bb, <em>La Revue des livres,<\/em>\u00a0no 10, pp. 70-79.<\/p>\n<p>__________. 2014. <em>Pour une \u00e9cologie de l\u2019attention<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab\u00a0La couleur des id\u00e9es\u00a0\u00bb, 312p.<\/p>\n<p>COSTE, Florent et Thomas Mond\u00e9m\u00e9, 2008. \u00ab\u00a0L\u2019ordinaire de la litt\u00e9rature. Des b\u00e9n\u00e9fices pragmatistes dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, <em>Trac\u00e9<\/em>, vol.2, no15, pp.47-65.<\/p>\n<p>DE CERTEAU, Michel. 1990[1980].\u00a0 <em>L\u2019invention du quotidien. 1. Arts de faire<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio essais\u00a0\u00bb, 416p.<\/p>\n<p>GOULEMOT, Jean-Marie. 2003 [1985]. \u00ab\u00a0De la lecture comme production de sens\u00a0\u00bb dans Roger Chartier (dir.), <em>Pratiques de lecture, <\/em>Paris\u00a0: Payot, coll. \u00ab Petite biblioth\u00e8que \u00bb, pp.115-128.<\/p>\n<p>HEINICH, Nathalie. 2012. <em>De la visibilit\u00e9\u00a0: Excellence et singularit\u00e9 en r\u00e9gime m\u00e9diatique<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que des sciences humaines\u00a0\u00bb, 608p.<\/p>\n<p>KRYSINSKI, Wladimir. 1995. \u00ab\u00a0R\u00e9cit de valeurs. Les nouveaux actants de la Weltliteratur\u00a0\u00bb, dans Manfred Schmeling (dir.), <em>Weltliteraturheute<\/em>, W\u00fcrzburg\u00a0: K\u00f6nighausen &amp; Neumannm coll. \u00ab\u00a0KonzepteundPerspektiven\u00a0\u00bb, pp.141-152.<\/p>\n<p>THIESSE, Anne-Marie.2009. \u00ab\u00a0Communaut\u00e9s imagin\u00e9es et litt\u00e9rature\u00a0\u00bb, <em>Romantisme<\/em>, vol.1, no 143, pp.61-68.\u00a0<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Asselin, Soline. 2016. \u00ab Territoires critiques : le cas de la s\u00e9rie Min kamp du norv\u00e9gien Karl Ove Knausg\u00e5rd\u00bb, <em>Postures<\/em>, Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : consecrations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b0 24, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5596 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/asselin_24_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 asselin_24_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-42b9309d-b25b-40be-b4b5-57538d29d037\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/asselin_24_0.pdf\">asselin_24_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/asselin_24_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-42b9309d-b25b-40be-b4b5-57538d29d037\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Le f\u00e9minin tient pour les deux genres. <\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>J\u2019emploie le terme \u00ab\u00a0nation\u00a0\u00bb quelque peu ironiquement; bien que cette appellation est aujourd\u2019hui critiqu\u00e9e et qu\u2019on parle volontiers de mondialisation, il apparait que la provenance g\u00e9ographique des \u0153uvres demeure au c\u0153ur de notre conception de la litt\u00e9rature, jusqu\u2019\u00e0 en informer une certaine r\u00e9ception.\u00a0 <\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>\u00c0 ce sujet, voir le travail de Pierre Bayard, <em>Comment parler des livres que l\u2019on n\u2019a pas lus<\/em>, Paris, Minuit, 2007. <\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Dans <em>Enqu\u00eate sur Hamlet<\/em> (2014), Bayard se demande si les critiques lisent bien le m\u00eame texte, sugg\u00e9rant que la pratique des \u00e9tudes litt\u00e9raires constituent en fait un dialogue de sourds. <\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actes du colloque \u00ab R\u00e9fl\u00e9chir les espaces critiques : cons\u00e9crations, lectures et politique du litt\u00e9raire \u00bb, n\u00b024 Au sein du r\u00e9gime massifi\u00e9 de diffusion qui est le n\u00f4tre, la relation privil\u00e9gi\u00e9e entre la lectrice\u00a0 et le livre \u2013 qui serait pure de toute influence ext\u00e9rieure \u2013 est d\u00e9sormais reconnue comme relevant du domaine de la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1266,1265,1262,1261],"tags":[9],"class_list":["post-5596","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-consecration-lectures-et-politique-du-litteraire","category-consecration","category-lectures-et-politique-du-litteraire","category-reflechir-les-espaces-critiques-consecration","tag-asselin-soline"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5596","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5596"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5596\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8697,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5596\/revisions\/8697"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5596"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}