{"id":5597,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/avant-propos-ecrire-avec\/"},"modified":"2024-08-29T17:45:52","modified_gmt":"2024-08-29T17:45:52","slug":"avant-propos-ecrire-avec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5597","title":{"rendered":"Avant-propos : \u00c9crire avec"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\">Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>le visage ne nous conf\u00e8re pas une identit\u00e9<br \/>non plus que les livres d\u2019ailleurs<br \/>ce ne sont que des d\u00e9fis lanc\u00e9s \u00e0 la finitude<br \/>le visage et le livre<br \/>ne sont que des br\u00e9viaires fragiles<br \/>qui, l\u2019un et l\u2019autre, en tant que doubles ins\u00e9parables<br \/>ont leur strat\u00e9gie de fuite devant la finitude<br \/>devant les v\u00e9ritables exigences du Monde<br \/>et de la finitude<a id=\"footnoteref1_5kea8e9\" class=\"see-footnote\" title=\" Normand de Bellefeuille, 2011, Mon visage. Montr\u00e9al, \u00c9ditions du Noro\u00eet. \" href=\"#footnote1_5kea8e9\">[1]<\/a><\/p>\n<p>\u00a0Normand de Bellefeuille, <em>Mon visage<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au printemps 1983, pour le quatri\u00e8me num\u00e9ro de la revue <em>Al\u00e9a<\/em>, Jean-Luc Nancy publie son article \u00ab\u00a0La communaut\u00e9 d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e<a id=\"footnoteref2_h4c00xu\" class=\"see-footnote\" title=\" Repris et publi\u00e9 par la suite dans La communaut\u00e9 d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e (1986) \" href=\"#footnote2_h4c00xu\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb, dans lequel il \u00e9labore une r\u00e9flexion autour des notions de communaut\u00e9 et de commun, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les id\u00e9aux et mythes politiques (port\u00e9s par la philosophie et le mouvement communistes, entre autres) s&rsquo;\u00e9puisent. L&rsquo;auteur convoque par le fait m\u00eame la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un tel geste critique, dont prendra acte Maurice Blanchot qui publie, quelques mois plus tard en r\u00e9ponse au texte de Nancy,<em> La communaut\u00e9 inavouable<\/em>. Alors que Blanchot r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 partir et contre la position de Nancy, s&rsquo;adressant \u00e0 lui \u2013 \u00ab\u00a0avec quelle habilet\u00e9, avec quelle discr\u00e9tion dans la discussion et m\u00eame dans la dispute!\u00a0\u00bb (Nancy, 2012) \u2013, c&rsquo;est depuis ce diff\u00e9rend et par un mouvement de rupture et de relais qu\u2019une \u00ab\u00a0r\u00e9flexion jamais interrompue\u00a0\u00bb (Blanchot, 1983, 9) sur le commun se d\u00e9ploie <a id=\"footnoteref3_z0qzlat\" class=\"see-footnote\" title=\" Par ailleurs, Nancy publiera en 2014 La communaut\u00e9 d\u00e9savou\u00e9e, texte qui fait retour sur ce d\u00e9bat et sur les positions tenues par les deux auteurs. \" href=\"#footnote3_z0qzlat\">[3]<\/a>.\u00a0<\/p>\n<p>Ce cas de figure, embl\u00e9matique en ce qu&rsquo;il met en pratique par une dialectique de la lecture et de l&rsquo;\u00e9criture le concept m\u00eame de communaut\u00e9, nous permet d&rsquo;interroger la part d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 qui mobilise l&rsquo;\u00e9criture et produit un espace de cr\u00e9ation qui pourrait en \u00eatre un, au fond, d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 commune. \u00ab\u00a0\u00c9crire avec\u00a0\u00bb s&rsquo;annonce alors comme un processus \u00e0 la fois critique, \u00e9thique et politique qui d\u00e9limite un lieu de convergence, circonscrit l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement de la rencontre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est \u00e0 vous d\u2019\u00eatre lacanien, si vous voulez. Moi je suis freudien\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019est ce que disait \u00e0 ses \u00e9tudiants Jacques Lacan, qui inscrivait son enseignement dans un geste obstin\u00e9 de relecture des textes de Freud. De cette posture th\u00e9orique r\u00e9sulte un ensemble de s\u00e9minaires o\u00f9 le psychanalyste pr\u00e9sente non pas ses propres r\u00e9cits de cas, mais tente de \u00ab\u00a0faire entendre\u00a0\u00bb ce qui, dans les \u00e9crits de son ma\u00eetre \u00e0 penser, aurait mal \u00e9t\u00e9 lu par les intellectuels. Dans cette veine, on pense \u00e9galement \u00e0 la relecture antihumaniste de Marx entreprise par Louis Althusser qui participe \u00e9galement, selon Fr\u00e9d\u00e9rique Matonti, d\u2019une tentative de faire passer le structuralisme \u00e0 gauche<a id=\"footnoteref4_2xatgie\" class=\"see-footnote\" title=\" Notamment dans l\u2019article suivant\u00a0: Fr\u00e9d\u00e9rique Matonti. 2009, \u00ab\u00a0Marx entre communisme et structuralisme\u00a0\u00bb, Actuel Marx, n\u00b045, p. 120-127. \" href=\"#footnote4_2xatgie\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>La mise en sc\u00e8ne de la rencontre \u2013 qu&rsquo;elle concerne une pratique \u00e9pist\u00e9mologique ou de cr\u00e9ation \u2013 invoque de fait diverses modalit\u00e9s spatio-temporelles\u00a0: celles du synchronisme et de la concordance, mais aussi du d\u00e9calage et des va-et-vient. Prenons Sophie Calle et Herv\u00e9 Guibert par exemple, qui mettent en jeu leurs rendez-vous r\u00e9els en filigrane de leurs \u0153uvres respectives dans une sorte de vaudeville. \u00c0 travers une confrontation entre l&rsquo;autobiographique et la fiction, l&rsquo;\u00e9crit et l&rsquo;image, l&rsquo;existence fictive de l&rsquo;un en vient \u00e0 cannibaliser l&rsquo;\u00e9criture de l&rsquo;autre.\u00a0<\/p>\n<p>Les tombeaux litt\u00e9raires, ces ouvrages d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la m\u00e9moire d&rsquo;un auteur d\u00e9funt, se pr\u00e9sentant comme les suppl\u00e9ments actuels d&rsquo;un h\u00e9ritage, d&rsquo;une filiation, nous forcent aussi \u00e0 repenser les temps et les lieux de l&rsquo;histoire, du collectif et de l&rsquo;intime. Tout r\u00e9cemment, Victor-L\u00e9vy Beaulieu publiait <em>666 Friedrich Nietzsche<\/em><em>,<\/em> o\u00f9 l\u2019admiration pour l\u2019\u00e9criture de l\u2019autre \u2013 \u00e0 l\u2019instar de ses livres <em>Monsieur Melville<\/em> et<em> James Joyce, l\u2019Irlande, le Qu\u00e9bec, les mots<\/em> \u2013 devient \u00e9galement le lieu d\u2019une \u00e9criture de soi et permet de penser l\u2019\u00e9criture comme un v\u00e9ritable palimpseste. C\u2019est ainsi que dans son recueil po\u00e9tique <em>Mon visage<\/em><em>,<\/em> Normand de Bellefeuille \u00ab\u00a0\u00e9crit avec\u00a0\u00bb ses auteurs favoris, Fernando Pessoa, Thomas Bernhard, etc. \u00c9crire avec les morts, avec les fant\u00f4mes et les anc\u00eatres (comme le fait Catherine Mavrikakis dans toute son \u0153uvre), c&rsquo;est donner \u00e0 la litt\u00e9rature un r\u00f4le ventriloque, lui donner le langage d\u00e9cal\u00e9 de la disparition.<\/p>\n<p>Cette appr\u00e9hension d&rsquo;autrui dans l&rsquo;acte de cr\u00e9ation renvoie de plus \u00e0 ce moment philosophique de la \u00ab\u00a0mort de l&rsquo;auteur\u00a0\u00bb, th\u00e9oris\u00e9 par Michel Foucault (<em>Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un auteur?<\/em>) et Roland Barthes (<em>La Mort de l&rsquo;auteur<\/em>), et qui signe pour la pens\u00e9e poststructuraliste la d\u00e9mythification du sujet \u00e9crivant, ma\u00eetre de l&rsquo;\u00e9criture, du savoir et du discours. C&rsquo;est ainsi que nous pouvons voir surgir dans les th\u00e9ories postcoloniales et f\u00e9ministes, chez Gayatri Spivak, Donna Haraway et Rosi Braidotti (pour ne nommer que celles-ci), une \u00ab\u00a0politique de la citation\u00a0\u00bb, qui vise \u00e0 faire exister l&rsquo;autre (sexualis\u00e9e, racis\u00e9e, colonis\u00e9e, etc.) dans le texte\u00a0: \u00ab\u00a0Letting the voices of others sound through my text is [\u2026] a way of actualizing the non-centrality of the \u201cI\u201d to the project of thinking<a id=\"footnoteref5_fi70saa\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Permettre aux voix des autres de r\u00e9sonner \u00e0 travers mon texte est une fa\u00e7on de r\u00e9it\u00e9rer la non-centralit\u00e9 du \u201cje\u201d dans une pens\u00e9e en chantier.\u00a0\u00bb Nous traduisons. \" href=\"#footnote5_fi70saa\">[5]<\/a>.\u00a0\u00bb (Braidotti, 1993, 9) La transposition et la diff\u00e9rence agenc\u00e9e de ces voix diverses, n&rsquo;ayant pas pour effet d&rsquo;en reconduire les instances autoritaires, d\u00e9placent ces derni\u00e8res et engendrent plut\u00f4t une nouvelle posture, une nouvelle relation \u00e9thique au texte, laquelle repose sur une exp\u00e9rience de d\u00e9familiarisation, autant pour l&rsquo;auteur ou l&rsquo;auteure que le lecteur ou la lectrice.<\/p>\n<p>Cette communaut\u00e9 qui se cr\u00e9e en n\u00e9gatif de la position auctoriale nous ram\u00e8ne enfin \u00e0 l&rsquo;anonymat du livre dont parlait Blanchot, \u00ab\u00a0qui ne s&rsquo;adresse \u00e0 personne\u00a0\u00bb (Blanchot, 1983, 45) mais \u00e0 l&rsquo;inconnu, \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;inconnu sans amis<\/em>\u00a0\u00bb (44), et qui instaurerait \u00ab\u00a0ce que Georges Bataille (au moins une fois) appellera la \u201ccommunaut\u00e9 n\u00e9gative\u00a0: la communaut\u00e9 de ceux qui n&rsquo;ont pas de communaut\u00e9\u201d\u00a0\u00bb (45). Peut \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 cela toute la tradition des manifestes litt\u00e9raires et artistiques (Refus Global, Manifeste du futurisme, Le manifeste du surr\u00e9alisme, Le manifeste Dada, Manifeste des 343, Scum manifesto, Cyborg Manifesto, etc.) et celle des collectifs (Le comit\u00e9 invisible, Anonymous, les Guerrilla Girls, Pussy Riots). L&rsquo;anonymat du militantisme de ces derniers renvoie \u00e0 cette question de sujet ma\u00eetre, d&rsquo;auteur, d&rsquo;identit\u00e9 et de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, qui est mise \u00e0 mal dans une vis\u00e9e d\u00e9mocratique, voire anarchique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c9crire avec\u00a0\u00bb est ainsi l&rsquo;occasion de cerner, comme le mentionne Nancy, cette \u00ab\u00a0pr\u00e9occupation de notre temps quant au caract\u00e8re commun de nos existences\u00a0: \u00e0 ce qui fait que nous ne sommes pas d\u2019abord des atomes distincts mais que nous existons selon le rapport, l\u2019ensemble, le partage dont les entit\u00e9s discr\u00e8tes (individus, personnes) ne sont que des aspects, des ponctuations.\u00a0\u00bb (Nancy, 2014, 11) C&rsquo;est dans le sillon de ces r\u00e9flexions critiques et th\u00e9oriques que les auteurs de ce num\u00e9ro \u00e9taient invit\u00e9s \u00e0 probl\u00e9matiser les rapports \u00e9thiques, esth\u00e9tiques et politiques entre lecture et \u00e9criture, sous le signe du \u00ab\u00a0commun\u00a0\u00bb. Les articles ont \u00e9t\u00e9 regroup\u00e9s en trois sous-ensembles qui tentent de cerner diff\u00e9rentes probl\u00e9matiques de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9crire avec\u00a0\u00bb mises de l\u2019avant par nos auteur.e.s, intitul\u00e9es \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9crivain lecteur et son r\u00e9seau\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0reprise et transformation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0faire communaut\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9crivain lecteur et son r\u00e9seau<\/h2>\n<p>En ouverture de ce dossier, Marion S\u00e9nat propose de lire les \u00e9crits de nature essayistique de Jacques Brault pour d\u00e9gager la politique du \u00ab\u00a0vivre ensemble\u00a0\u00bb qui les sous-tend. Se penchant sur l\u2019<em>ethos<\/em> de l\u2019auteur et faisant appel \u00e0 diff\u00e9rentes th\u00e9ories contemporaines de la lecture, S\u00e9nat r\u00e9v\u00e8le que l\u2019\u00e9criture et la lecture participent d\u2019un m\u00eame mouvement \u00e0 interroger. Mettre au jour la rencontre des diff\u00e9rentes voix d\u2019\u00e9crivains qui habitent l\u2019\u00e9criture de Brault appara\u00eet comme le moyen de cerner la tentative sans cesse renouvel\u00e9e de repenser la relation entre l\u2019auteur et son lectorat, laquelle se veut, chez lui, horizontale.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir d\u00e9gag\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre narrative de Julien Gracq ce qu\u2019il nomme une \u00ab\u00a0po\u00e9tique de l\u2019internat\u00a0\u00bb \u2013 dans le cadre de son m\u00e9moire de ma\u00eetrise \u2013, \u00c9mile Bordeleau-Pitre prolonge pour nous sa r\u00e9flexion en se penchant sp\u00e9cifiquement sur les \u00e9crits critiques de l\u2019auteur. On peut effectivement comprendre les pr\u00e9f\u00e9rences esth\u00e9tiques de Gracq, annonc\u00e9es ou sous-entendues, \u00e0 la lumi\u00e8re de la mise en r\u00e9cit de son exp\u00e9rience traumatique et d\u00e9terminante d\u2019internement. Cette po\u00e9tique particuli\u00e8re figure \u00e9galement comme un prisme privil\u00e9gi\u00e9 pour apercevoir la mani\u00e8re dont Gracq pr\u00e9sente la communaut\u00e9 d\u2019\u00e9crivain.e.s dans laquelle il s\u2019ins\u00e8re; les \u0153uvres \u00ab\u00a0avec\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb lesquelles se constitue son <em>ethos<\/em> d\u2019\u00e9crivain.<\/p>\n<h2>Reprise et transformation<\/h2>\n<p>Sandrine Bourget-Lapointe s\u2019int\u00e9resse quant \u00e0 elle au cas de l\u2019adaptation en bande dessin\u00e9e, par St\u00e9phane Heuet, de l\u2019\u0153uvre proustienne. S\u2019approprier un classique litt\u00e9raire pour le transposer sur un autre m\u00e9dium sous-tend plusieurs choix picturaux et provoque plusieurs effets de lecture inattendus que Bourget-Lapointe met \u00e0 plat dans son article. Si une part importante du texte illustr\u00e9 par Heuet provient de l\u2019\u0153uvre originale, peut-on consid\u00e9rer que Marcel Proust en est tout de m\u00eame l\u2019auteur? En est-il seulement la muse? Poser ces diff\u00e9rentes questions nous am\u00e8ne \u00e0 percevoir comment ce proc\u00e9d\u00e9 d\u2019adaptation original interroge les notions d\u2019auteur, de lecture et de r\u00e9cit.<\/p>\n<p>S\u2019il ne porte pas sur le m\u00e9dium de la bande dessin\u00e9e, le texte de Jordan Diaz-Brosseau partage tout de m\u00eame certaines conclusions de Bourget-Lapointe. En effet, le proc\u00e9d\u00e9 parodique est ici compris comme un v\u00e9ritable moteur d\u2019invention, voire un projet <em>politique<\/em>. L\u2019auteur se penche sur le cas d\u2019une parodie, par Rimbaud, d\u2019un po\u00e8me de Verlaine\u00a0: \u00ab\u00a0F\u00eate galante\u00a0\u00bb. Ce po\u00e8me appara\u00eet exemplaire du genre en ceci qu\u2019il op\u00e8re le proc\u00e9d\u00e9 parodique alors m\u00eame qu\u2019il en d\u00e9voile les m\u00e9canismes. Faire l\u2019analyse de ce po\u00e8me tout en proposant une r\u00e9flexion rigoureuse sur la parodie permet de r\u00e9v\u00e9ler que lorsque Rimbaud \u00ab\u00a0\u00e9crit avec\u00a0\u00bb Verlaine, c\u2019est tout un \u00ab\u00a0chantier d\u2019\u00e9criture polyphonique\u00a0\u00bb que l\u2019on est en mesure d\u2019appr\u00e9cier.<\/p>\n<h2>Faire communaut\u00e9<\/h2>\n<p>C\u2019est par l\u2019analyse de l\u2019\u0153uvre de Sophie Calle que Barbara Bourchenin pense l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9crire avec\u00a0\u00bb, en relation \u00e9troite avec le concept d\u2019\u00ab\u00a0essayer dire\u00a0\u00bb du philosophe Georges Didi-Hubermann. Or, Calle ne propose pas une simple illustration de ce concept; elle le met en acte dans sa production artistique, o\u00f9 elle demande \u00e0 des aveugles de d\u00e9crire, devant des \u0153uvres de nature visuelle, leur exp\u00e9rience esth\u00e9tique. On peut ainsi affirmer que Sophie Calle met \u00e0 mal les fondements d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019experts autoproclam\u00e9s et propose l\u2019\u00e9mergence d\u2019une communaut\u00e9 esth\u00e9tique nouvelle et in\u00e9dite.<\/p>\n<p>Alors que Sophie Calle est ici analys\u00e9e en tant qu\u2019elle donne la parole aux aveugles, l\u2019\u0153uvre de Jean Genet int\u00e9resse Camille Toffoli en tant qu\u2019elle donne \u00e0 entendre une communaut\u00e9 d\u2019individus \u00ab\u00a0sans voix\u00a0\u00bb. En effet, dans <em>Notre-Dame des fleurs<\/em>, Genet construit un espace discursif o\u00f9 les exclus de la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise de son \u00e9poque, les oubli\u00e9s de l\u2019Histoire \u2013 meurtriers, prox\u00e9n\u00e8tes, voleurs, etc. \u2013 obtiennent voix au chapitre. Sortir de la marge ces individus incarc\u00e9r\u00e9s pour les inscrire au sein d\u2019un univers narratif constitue un v\u00e9ritable geste politique, compris, \u00e0 la suite de Didi-Hubermann, comme celui d\u2019une \u00ab\u00a0survivance\u00a0\u00bb<\/p>\n<h2>Hors dossier<\/h2>\n<p>Comme \u00e0 l\u2019habitude, <em>Postures<\/em> publie \u00e9galement des articles qui ne portent pas sur la th\u00e9matique principale. Les deux articles composant cette section, r\u00e9dig\u00e9s par deux jeunes chercheurs, ont toutefois en commun d\u2019\u00e9tudier la vision comme acte et son articulation \u00e0 l\u2019\u00e9criture litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>\u00c9tienne Bergeron propose une fine analyse de l\u2019ouvrage <em>Avec Bastien <\/em>de Mathieu Riboulet, publi\u00e9 en 2010. S\u2019il va de soi que notre nouveau rapport \u00e0 l\u2019image \u2013 inf\u00e9r\u00e9 par une culture contemporaine de l\u2019\u00e9cran qui va toujours en s\u2019intensifiant \u2013 modifie notre lien au r\u00e9el et aux autres, il semble que la litt\u00e9rature contemporaine interroge ce rapport singulier dans le sens d\u2019un d\u00e9passement. Que cache l\u2019image? Qu\u2019y a-t-il dans le hors-champ de l\u2019image? La d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture de Riboulet cherche \u00e0 r\u00e9soudre cette \u00e9nigme, laquelle se r\u00e9v\u00e8le d\u2019autant plus grande lorsqu\u2019elle concerne l\u2019iconographie pornographique, qui, par sa nature, pr\u00e9tend <em>tout r\u00e9v\u00e9ler<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019est un article de J\u00e9r\u00e9mi Robitaille-Brassard qui cl\u00f4t ce vingt-troisi\u00e8me num\u00e9ro de <em>Postures<\/em>. La question qui est pos\u00e9e est in\u00e9dite\u00a0: <em>Histoire de l\u2019\u0153il <\/em>de Georges Bataille serait-il un r\u00e9cit \u00ab\u00a0surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb? L\u2019auteur r\u00e9pond par l\u2019affirmative, et pour cela propose de mettre de c\u00f4t\u00e9 l\u2019\u00e9cart id\u00e9ologique qui oppose Bataille aux surr\u00e9alistes, afin d\u2019apercevoir plut\u00f4t ce qui, au sein de la po\u00e9tique bataillienne, permet de les relier\u00a0: le motif du \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9quipe de <em>Postures <\/em>tient \u00e0 remercier les membres des comit\u00e9s de r\u00e9daction et de correction pour leur travail rigoureux, ainsi que les partenaires financiers qui permettent le rayonnement de <em>Postures<\/em>. Un grand merci \u00e0 l&rsquo;Association facultaire \u00e9tudiante des arts (AFEA), \u00e0 l&rsquo;Association \u00e9tudiante du module d&rsquo;\u00c9tudes litt\u00e9raires (AEMEL), \u00e0 Figura, Centre de recherche sur le texte et l\u2019imaginaire et \u00e0 l&rsquo;Association \u00e9tudiante des cycles sup\u00e9rieurs en \u00c9tudes litt\u00e9raires (AECSEL). Nous remercions \u00e9galement le Service \u00e0 la vie \u00e9tudiante de l\u2019UQAM (SVE) gr\u00e2ce auquel les jeunes chercheuses et chercheurs du Qu\u00e9bec et d&rsquo;ailleurs ont la possibilit\u00e9 de faire conna\u00eetre et de partager leurs travaux.<\/p>\n<p>Enfin, <em>Postures <\/em>exprime toute sa reconnaissance aux auteur.e.s pour leur travail, ainsi qu&rsquo;\u00e0 M. Michel Lacroix, professeur au D\u00e9partement d&rsquo;\u00e9tudes litt\u00e9raires \u00e0 l&rsquo;UQAM, pour la pertinence et l\u2019intelligence de sa pr\u00e9face.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>BRAIDOTTI, Rosi. 1993. \u00ab\u00a0Embodiment, sexual difference and the nomadic subject\u00a0\u00bb, <em>Hypatia<\/em>, vol. 8, n\u00b0 1.<\/p>\n<p>BLANCHOT, Maurice. 1983. <em>La communaut\u00e9 inavouable<\/em>, Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>DE BELLEFEUILLE, Normand. 2011. <em>Mon visage, <\/em>Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions du Noro\u00eet.<\/p>\n<p>MATONTI, Fr\u00e9d\u00e9rique. 2009. \u00ab\u00a0Marx entre communisme et structuralisme\u00a0\u00bb, <em>Actuel Marx<\/em>, n\u00b045, p. 120-127.<\/p>\n<p>NANCY, Jean-Luc. 2012. \u00ab\u00a0La Communaut\u00e9, Le Mythe, La Politique. Rencontre Avec J.-L. Nancy.\u00a0\u00bb dans Emmanuel Moreira et Amandine ANDR\u00c9. <em>La Vie Manifeste<\/em>. En ligne &lt;<a href=\"http:\/\/laviemanifeste.com\/archives\/5791&gt;\">http:\/\/laviemanifeste.com\/archives\/5791&gt;<\/a><\/p>\n<p>NANCY, Jean-Luc. 1986.<em> La communaut\u00e9 d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e<\/em>, Paris\u00a0: Christian Bourgeois.<\/p>\n<p>_____. 2014.<em> La communaut\u00e9 d\u00e9savou\u00e9e<\/em>, Paris\u00a0: Galil\u00e9e.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_5kea8e9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_5kea8e9\">[1]<\/a> Normand de Bellefeuille, 2011, <em>Mon visage<\/em>. Montr\u00e9al, \u00c9ditions du Noro\u00eet.<\/p>\n<p id=\"footnote2_h4c00xu\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_h4c00xu\">[2]<\/a> Repris et publi\u00e9 par la suite dans<em> La communaut\u00e9 d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e <\/em><em>(1986)<\/em><\/p>\n<p id=\"footnote3_z0qzlat\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_z0qzlat\">[3]<\/a> Par ailleurs, Nancy publiera en 2014 <em>La communaut\u00e9 d\u00e9savou\u00e9e<\/em>, texte qui fait retour sur ce d\u00e9bat et sur les positions tenues par les deux auteurs.<\/p>\n<p id=\"footnote4_2xatgie\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_2xatgie\">[4]<\/a> Notamment dans l\u2019article suivant\u00a0: Fr\u00e9d\u00e9rique Matonti. 2009, \u00ab\u00a0Marx entre communisme et structuralisme\u00a0\u00bb, <em>Actuel Marx<\/em>, n\u00b045, p. 120-127.<\/p>\n<p id=\"footnote5_fi70saa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_fi70saa\">[5]<\/a> \u00ab\u00a0Permettre aux voix des autres de r\u00e9sonner \u00e0 travers mon texte est une fa\u00e7on de r\u00e9it\u00e9rer la non-centralit\u00e9 du \u201cje\u201d dans une pens\u00e9e en chantier.\u00a0\u00bb Nous traduisons.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Pelletier, Laurence et Louis-Daniel Godin. 2016. \u00ab\u00a0Avant-propos : \u00c9crire avec\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/avant-propos-23&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/avant-propos-23.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 avant-propos-23.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4a4425d5-07fb-4394-a052-fe331b90124d\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/avant-propos-23.pdf\">avant-propos-23<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/avant-propos-23.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4a4425d5-07fb-4394-a052-fe331b90124d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023 le visage ne nous conf\u00e8re pas une identit\u00e9non plus que les livres d\u2019ailleursce ne sont que des d\u00e9fis lanc\u00e9s \u00e0 la finitudele visage et le livrene sont que des br\u00e9viaires fragilesqui, l\u2019un et l\u2019autre, en tant que doubles ins\u00e9parablesont leur strat\u00e9gie de fuite devant la finitudedevant les v\u00e9ritables exigences du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1140,1269],"tags":[165,300],"class_list":["post-5597","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-avant-propos","category-ecrire-avec","tag-godin-louis-daniel","tag-pelletier-laurence"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5597","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5597"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5597\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8729,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5597\/revisions\/8729"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}