{"id":5598,"date":"2024-06-13T19:48:26","date_gmt":"2024-06-13T19:48:26","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/surrealisme-de-loeil-chez-georges-bataille\/"},"modified":"2024-08-29T18:02:06","modified_gmt":"2024-08-29T18:02:06","slug":"surrealisme-de-loeil-chez-georges-bataille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5598","title":{"rendered":"Surr\u00e9alisme de l\u2019\u0153il chez Georges Bataille"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\">Dossier \u00ab\u202f\u00c9crire avec\u00bb, n\u00b023<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>Voir est un acte\u2009; l\u2019\u0153il voit comme la main prend.<\/p>\n<p>Paul Noug\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsque para\u00eet le premier manifeste du surr\u00e9alisme en 1924, Andr\u00e9 Breton \u00e9rige, sur les cendres de Dada et s\u2019inspirant de la pens\u00e9e de Freud, un mouvement qui va marquer le d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Georges Bataille, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, publie un premier r\u00e9cit sous le pseudonyme de Lord Auch intitul\u00e9 <em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em>. Peu apr\u00e8s, en 1929, Bataille et Breton se livrent un duel \u00ab\u00a0\u00e0 coup d\u2019articles interpos\u00e9s\u00a0\u00bb (Aribit, 2008, 2) dans leurs revues respectives<a id=\"footnoteref1_jce1q62\" class=\"see-footnote\" title=\" Bataille dirige, avec Georges-Henri Rivi\u00e8re, la revue Documents, dont le premier num\u00e9ro para\u00eet en 1929; Breton, quant \u00e0 lui, dirige La R\u00e9volution surr\u00e9aliste \u00e0 partir de 1925 jusqu'\u00e0 son dernier num\u00e9ro en 1929. \" href=\"#footnote1_jce1q62\">[1]<\/a> o\u00f9 ils confrontent leurs deux philosophies. L\u2019esprit, l\u2019imaginaire et surtout l\u2019inconscient sont les territoires que le surr\u00e9alisme se donne comme projet d\u2019explorer. Bataille, \u00e0 l\u2019inverse, va ancrer sa pens\u00e9e dans un mat\u00e9rialisme \u00ab\u00a0agressif\u00a0\u00bb, mettant de l\u2019avant le corps et sa \u00ab\u00a0contrainte\u00a0\u00bb (3) en tant que mati\u00e8re vivante. Lorsqu\u2019on sait l\u2019\u00e9cart id\u00e9ologique qui a s\u00e9par\u00e9 Andr\u00e9 Breton et Georges Bataille, il n\u2019est pas surprenant de constater que leurs conceptions de la vision n\u2019en \u00e9taient pas moins conflictuelles<a id=\"footnoteref2_x6wsmls\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Contre toute une pr\u00e9tention id\u00e9aliste \u00e0 la \u201clibert\u00e9\u201d, dont Breton s\u2019est selon [Bataille] fait le chantre, le mat\u00e9rialisme de Bataille s\u2019annonce d\u2019embl\u00e9e comme une \u201ccontrainte\u201d\u00a0: contrainte de la mati\u00e8re vivante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa propre configuration atomique et de son in\u00e9luctable devenir, qui inscrit le d\u00e9terminisme au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019\u00eatre. Cette question pose la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser le rapport de la \u201cforme\u201d et de l\u2019\u201cinforme\u201d, qui polarise l\u2019ensemble de l\u2019investigation ph\u00e9nom\u00e9nologique de Bataille\u00a0: r\u00e8gnes v\u00e9g\u00e9tal, animal et humain ; histoire ; pens\u00e9e ; politique ; science ; art; religion\u2026, c\u2019est toute une lecture analogique qui, aux antipodes de l\u2019analogie po\u00e9tique surr\u00e9aliste, ram\u00e8ne la totalit\u00e9 de ses objets sous une m\u00eame dynamique de la mati\u00e8re, chacun n\u2019exprimant jamais que le \u201csympt\u00f4me\u201d de la v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.\u00a0\u00bb (Aribit, 2008, 2) \" href=\"#footnote2_x6wsmls\">[2]<\/a>. Cet expos\u00e9 se propose d\u2019\u00e9tablir un dialogue entre la vision telle qu\u2019elle est comprise par les tenants du surr\u00e9alisme et la vision bataillienne telle qu\u2019elle se d\u00e9veloppe dans l\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em>. En d\u00e9finissant d\u2019abord les enjeux th\u00e9oriques qui entourent la <em>double<\/em> vision du surr\u00e9alisme, nous verrons comment elle est directement li\u00e9e \u00e0 l\u2019importance qu\u2019accorde le mouvement de Breton \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019esprit nouveau\u00a0\u00bb\u00a0: l\u2019inconscient. Nous pourrons ensuite ouvrir le dialogue avec le r\u00e9cit de Bataille et \u00e9tudier la nature de l\u2019acte de voir dans cette v\u00e9ritable \u00ab\u00a0promenade \u00e0 travers l\u2019impossible\u00a0\u00bb (Bataille, 1970, 33) qu\u2019est l\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em>. Nous \u00e9tudierons, en nous int\u00e9ressant \u00e0 certains constats faits par les surr\u00e9alistes, le rapport entre regard\u00e9 et regardant, et de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, le th\u00e8me de la vision et du rapport au r\u00e9el.<\/p>\n<h2>Double vision chez les surr\u00e9alistes<\/h2>\n<p>D\u00e8s l\u2019ouverture du premier manifeste du surr\u00e9alisme, Andr\u00e9 Breton organise toute sa pens\u00e9e pour se positionner tr\u00e8s clairement contre la logique et la raison. \u00ab\u00a0Nous vivons encore sous le r\u00e8gne de la logique\u00a0\u00bb (Breton, 2010, 19), \u00e9crit-il en expliquant que c\u2019est gr\u00e2ce aux d\u00e9couvertes de Freud que \u00ab\u00a0l\u2019imagination est peut-\u00eatre sur le point de reprendre ses droits.\u00a0\u00bb\u00a0(20) En effet, les th\u00e9ories freudiennes de l\u2019inconscient et du r\u00eave sont au centre des id\u00e9es surr\u00e9alistes\u2009; celles-ci serviront d\u2019outils privil\u00e9gi\u00e9s dans le projet surr\u00e9aliste\u00a0: mettre fin \u00ab\u00a0au r\u00e8gne de la logique\u00a0\u00bb. Ainsi, dans le cadre de la pratique artistique, cet inconscient, cet \u00ab\u00a0esprit nouveau\u00a0\u00bb qui \u00e9merge, doit \u00ab\u00a0reprendre ses droits\u00a0\u00bb et dominer la raison. C\u2019est toute la question du rapport au r\u00e9el qui est \u00e9branl\u00e9e, puisque pour Breton, il faudrait laisser place aux r\u00eaves et \u00e0 l\u2019imagination\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois \u00e0 la r\u00e9solution future de ces deux \u00e9tats, en apparence si contradictoire, que sont le r\u00eave et la r\u00e9alit\u00e9, en une sorte de r\u00e9alit\u00e9 absolue, de <em>surr\u00e9alit\u00e9<\/em>.\u00a0\u00bb\u00a0(L\u2019auteur souligne, 24) Comment lib\u00e9rer l\u2019esprit humain de la raison et de la logique, sinon en lui imposant un \u00ab\u00a0automatisme\u00a0\u00bb d\u00e9fait des cha\u00eenes du d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, du raisonn\u00e9\u2009? Les techniques de cr\u00e9ation que vont imaginer les surr\u00e9alistes seront, en ce sens, d\u00e9velopp\u00e9es de mani\u00e8re \u00e0 faire surgir \u00ab\u00a0le fonctionnement r\u00e9el de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb (26) et toute la part cach\u00e9e de l\u2019esprit humain. Notamment, l\u2019\u00e9criture automatique, sans doute la technique la plus connue des surr\u00e9alistes, sera utilis\u00e9e \u00e0 cette fin<a id=\"footnoteref3_nb16xse\" class=\"see-footnote\" title=\" Andr\u00e9 Breton, dans la pr\u00e9face du catalogue Max Ernst. Au sens pareil (1921), \u00e9crivait : \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture automatique apparue \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle est une v\u00e9ritable photographie de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb. \" href=\"#footnote3_nb16xse\">[3]<\/a>. Mais ce n\u2019est pas seulement par l\u2019\u00e9criture que les surr\u00e9alistes s\u2019appliqueront \u00e0 explorer les territoires de l\u2019inconscient\u2009; Paul Noug\u00e9, Max Ernst et Salvador Dal\u00ed, entre autres, penseront un rapport \u00e0 l\u2019image \u2013 image non pas litt\u00e9raire, mais picturale cette fois \u2013 o\u00f9 l\u2019esprit doit \u00eatre, avant tout, engag\u00e9 dans cet acte de voir dont nous parlait Noug\u00e9 dans la citation en exergue. L\u2019acte de voir doit devenir actif et ainsi permettre l\u2019apparition des d\u00e9sirs v\u00e9ritables du sujet qui voit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il ne suffit pas, pour que nous le voyions, qu\u2019un objet \u00e9clair\u00e9 existe devant l\u2019\u0153il ouvert. Les objets ne s\u2019imposent pas \u00e0 notre \u0153il, tout au plus le viennent-ils solliciter d\u2019une mani\u00e8re plus ou moins confuse ou insistante. La passivit\u00e9, ici, n\u2019est pas de mise. Voir est un acte\u2009; l\u2019\u0153il voit comme la main prend. Notre main peut passer \u00e0 la port\u00e9e de bien des choses que rien ne l\u2019entra\u00eene \u00e0 saisir\u2009; notre \u0153il ouvert passe sur bien des choses qui demeurent, au sens physique du mot, invisibles. [&#8230;] Il ne suffit pas de cr\u00e9er un objet, il ne lui suffit pas d\u2019\u00eatre, pour qu\u2019on le voie. Il nous faut le montrer, c\u2019est-\u00e0-dire, par quelque artifice, exciter chez le spectateur le d\u00e9sir, le besoin de le voir (Noug\u00e9, 2003, 259-260).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y aurait donc une vision de l\u2019\u0153il, passive, qui glisserait sur les choses du monde\u2009; puis il y aurait la vision de l\u2019esprit, celle-ci \u00e9tant active, relevant du geste et de l\u2019acte de pr\u00e9hension du r\u00e9el. Bien que lacunaire \u00e0 ce stade-ci, cette id\u00e9e d\u2019un dualisme de la vision marque le territoire th\u00e9orique surr\u00e9aliste et se retrouve dans la pens\u00e9e d\u2019autres artistes du groupe de Breton.<\/p>\n<p>Il est peu surprenant d\u2019apprendre que Dal\u00ed a lui aussi r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 cette question de la double vision\u2009; l\u2019artiste peintre n\u2019est-il pas celui qui, par sa pratique, entretient un rapport au <em>vu<\/em> des plus singuliers\u2009? En effet, dans des textes tels que <em>L\u2019\u00c2ne pourri<\/em> et <em>Nouvelles consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales sur le m\u00e9canisme du ph\u00e9nom\u00e8ne parano\u00efaque du point de vue surr\u00e9aliste<\/em>, Dal\u00ed d\u00e9veloppe ce qu\u2019il a appel\u00e9 la\u00a0m\u00e9thode \u00ab\u00a0parano\u00efaque-critique\u00a0\u00bb. Si nous avons tous une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du comportement parano\u00efaque, il faut ici comprendre que pour Dal\u00ed, la parano\u00efa devient un processus actif qui engage le sujet, et par lequel est possible \u00ab\u00a0l\u2019intrusion scandaleuse, dans le monde, des d\u00e9sirs de l\u2019homme\u00a0\u00bb (Nadeau, 1964, 149). V\u00e9ritable facult\u00e9 hallucinatoire de l\u2019esprit, la parano\u00efa dont nous parle Dal\u00ed est \u00ab\u00a0une m\u00e9thode spontan\u00e9e de connaissance irrationnelle \u201cbas\u00e9e sur l\u2019objectivation critique et syst\u00e9matique des associations et interpr\u00e9tations d\u00e9lirantes\u201d\u00a0\u00bb (148). Si la parano\u00efa est la capacit\u00e9 \u00e0 halluciner et donc \u00e0 faire appara\u00eetre l\u2019inconscient dans le r\u00e9el, il ne fait pas de doute que se distinguent ici aussi les deux visions, soit celle de l\u2019\u0153il et celle de l\u2019esprit. La premi\u00e8re, passive, capte le r\u00e9el et le concret, tandis que la seconde permet l\u2019hallucination d\u2019\u00ab\u00a0images \u00e0 multiples figurations\u00a0\u00bb (Dal\u00ed, 2003, 186) que m\u00e8ne l\u2019imaginaire (compris en tant que pulsion de l\u2019inconscient) jusque dans la vision de l\u2019\u0153il. C\u2019est tout le projet surr\u00e9aliste qui est reconduit dans cette conception de la vision\u2009; mat\u00e9rialiser l\u2019esprit, \u00e0 travers les proc\u00e9d\u00e9s de l\u2019automatisme, l\u2019engager et le projeter dans l\u2019image <em>vue<\/em> pour ainsi abolir l\u2019exp\u00e9rience de la vision de l\u2019\u0153il au profit de l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019esprit. Si \u00ab\u00a0voir est un acte\u00a0\u00bb, si l\u2019\u0153il \u00ab\u00a0voit comme la main prend\u00a0\u00bb, et qu\u2019\u00ab\u00a0il ne suffit pas, pour que nous le voyions, qu\u2019un objet \u00e9clair\u00e9 existe devant l\u2019\u0153il ouvert\u00a0\u00bb (Noug\u00e9, 2003, 258), c\u2019est avant tout parce que la vision de l\u2019esprit est le muscle qui prend le r\u00e9el, telle une main qui se referme, pour voir plus loin et mat\u00e9rialiser l\u2019inconscient dans une mati\u00e8re qui s\u2019offre inerte, et pour les surr\u00e9alistes, propice aux d\u00e9cloisonnements des esprits.<\/p>\n<h2>L\u2019\u0153il et la vision dans le r\u00e9cit bataillien<\/h2>\n<p>L\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em> met en sc\u00e8ne les aventures \u00e9rotiques de deux jeunes adolescents, le narrateur, personnage masculin, et Simone, qui vont plonger dans une \u00ab\u00a0nuit\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0cavalcade sauvage et d\u00e9brid\u00e9e\u00a0\u00bb (Teixeira, 2011, 4), pleine de violence et de fr\u00e9n\u00e9sie sexuelle, aux marges de l\u2019impossible. D\u00e8s l\u2019ouverture, il est clair que Simone est celle qui \u00ab\u00a0m\u00e8ne\u00a0le bal orgiaque\u00a0\u00bb (Bataille, 1970, 17) du r\u00e9cit\u00a0: se d\u00e9fiant elle-m\u00eame sans g\u00eane \u00e0 s\u2019asseoir dans une assiette de lait, sous le regard excit\u00e9 du narrateur. \u00c0 peine les deux adolescents se sont-ils rencontr\u00e9s que d\u00e9j\u00e0 ils profitent \u00ab\u00a0de toutes les circonstances pour [se] livrer \u00e0 des actes inhabituels\u00a0\u00bb (Bataille, 1970, 15) d\u2019ordre sexuel. C\u2019est d\u2019ailleurs ce faisant que Marcelle, \u00ab\u00a0la plus pure [&#8230;] de [leurs] amies\u00a0\u00bb (16), va les surprendre. La voyant qui s\u2019effondre en pleurs apr\u00e8s les avoir vraisemblablement observ\u00e9s, ils se pr\u00e9cipitent sur elle et l\u2019initient \u00e0 leurs jeux en lui arrachant ses v\u00eatements. Plus tard, lors d\u2019une orgie qu\u2019organisent Simone et le narrateur, Marcelle s\u2019abandonne \u00e0 la d\u00e9bauche et, enferm\u00e9e dans une armoire, sombre dans la folie apr\u00e8s avoir atteint l\u2019orgasme. Elle sera ensuite intern\u00e9e dans une maison de sant\u00e9, et nos deux partenaires d\u00e9vergond\u00e9s iront la lib\u00e9rer sans h\u00e9sitation, \u00e9trangement attach\u00e9s qu\u2019ils sont \u00e0 elle. Or, une fois lib\u00e9r\u00e9e, Marcelle se pend\u2009; c\u2019est aux c\u00f4t\u00e9s du cadavre de leur amie que les deux amants \u00ab\u00a0bais[eront]\u00a0pour la premi\u00e8re fois\u00a0\u00bb (46), emplis d\u2019innocence juv\u00e9nile et n\u00e9crophile. Fuyant vers Madrid, ils retrouvent un riche anglais, Sir Edmond, qui les accueille\u00a0: c\u2019est avec lui qu\u2019ils partageront la suite de leur d\u00e9bauche. L\u2019Anglais se m\u00ealant bien vite \u00e0 leurs amusements orgiaques, le couple redevient une triade et peut continuer \u00e0 (se) <em>faire voir<\/em> \u00e0 quelqu\u2019un, tout en ayant un compagnon pour porter la fr\u00e9n\u00e9sie plus loin encore. En compagnie de leur nouvel ami, Simone et le narrateur assistent \u00e0 une corrida lors de laquelle l\u2019\u0153il d\u2019un torero est \u00e9nucl\u00e9\u00e9 par la corne du taureau qui lui transperce le cr\u00e2ne. Au m\u00eame instant, Simone, ayant d\u00e9j\u00e0 en mains les testicules du premier taureau vaincu, en introduit un dans son vagin\u00a0: \u00ab\u00a0ainsi[,] deux globes de consistance et de grandeur analogues avaient \u00e9t\u00e9 brusquement anim\u00e9s d\u2019un mouvement simultan\u00e9 et contraire\u00a0\u00bb (57). Notons que ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que Simone s\u2019adonne \u00e0 des plaisirs avec des objets ovo\u00efdes\u2009; l\u2019\u0153uf, l\u2019\u0153il et le testicule sont tous, \u00e0 un certain moment du r\u00e9cit, utilis\u00e9s comme objets pouvant produire un plaisir sexuel par la p\u00e9n\u00e9tration. Vagabondant apr\u00e8s l\u2019\u00e9pisode de la corrida, le trio se rend \u00e0 S\u00e9ville et aboutit \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9glise de Don Juan\u00a0\u00bb (58). Va suivre tout un \u00e9pisode de d\u00e9bauche sexuelle o\u00f9 la triade d\u00e9vergond\u00e9e contraint le pr\u00eatre \u00e0 profaner les reliques et les objets du culte avec son urine et son sperme. Don Aminado est finalement \u00e9trangl\u00e9 \u00e0 mort. Simone fera \u00e9nucl\u00e9er le pr\u00eatre par Sir Edmond et jouera avec l\u2019\u0153il du mort en le faisant p\u00e9n\u00e9trer dans son sexe. C\u2019est alors que le narrateur verra, dans le vagin de sa jeune amie, ce qui lui semble \u00eatre le regard de la jeune Marcelle, apparu dans l\u2019\u0153il fra\u00eechement \u00e9nucl\u00e9\u00e9 (69). Le r\u00e9cit se cl\u00f4t sur cette vision surr\u00e9elle. Nous apprenons, enfin, qu\u2019ils partent les trois sur un yacht \u00ab\u00a0vers de nouvelles aventures avec un \u00e9quipage de n\u00e8gres.\u00a0\u00bb (69)<\/p>\n<p>Pour Roland Barthes, \u00ab\u00a0l\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em>, c\u2019est vraiment l\u2019histoire d\u2019un objet\u00a0\u00bb (Barthes, 1963, 770), ce n\u2019est ni l\u2019histoire de Simone ou du narrateur, mais bien celle de l\u2019\u0153il en tant qu\u2019objet qui se d\u00e9place \u00ab\u00a0d\u2019image en image\u00a0\u00bb (770). De m\u00eame que Barthes place l\u2019\u0153il au centre de son analyse du r\u00e9cit de Bataille, nous prendrons \u00e9galement comme appui l\u2019importance \u00e9vidente qu\u2019a l\u2019\u0153il dans l\u2019histoire des deux adolescents. Cependant, c\u2019est plut\u00f4t sur ce qui sort de cet \u0153il, le regard, et ce qui peut y entrer, l\u2019objet vu, que nous nous attarderons.<\/p>\n<p>\u00c0 la fois action de voir et expression des yeux, le regard est quelque chose qui se donne et qui se re\u00e7oit. Nous pouvons d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 distinguer l\u00e0 deux mouvements\u00a0: il y a d\u2019abord <em>regarder<\/em>, le \u00ab\u00a0geste\u00a0\u00bb que cernait Noug\u00e9 plus haut, puis <em>\u00eatre regard\u00e9<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire para\u00eetre \u00e0 la vision d\u2019un autre. Dans le texte de Bataille, les deux protagonistes principaux, Simone et le narrateur, ont besoin l\u2019un de l\u2019autre pour donner \u00e0 voir leurs perversions \u00e0 un tiers. D\u00e8s la premi\u00e8re sc\u00e8ne, il est \u00e9vident que c\u2019est par le regard du narrateur que Simone fait exister le spectacle d\u2019elle qui s\u2019assoit dans l\u2019assiette de lait du chat, alors qu\u2019elle et le narrateur ne se connaissent \u00e0 peine. Tel un miroir, le regard renvoie ce qui est vu au regard\u00e9 et lui donne un espace d\u2019existence qui ne saurait \u00eatre sans l\u2019attention de l\u2019autre. Le narrateur est excit\u00e9 du jeu \u00e9rotique que donne \u00e0 voir la jeune fille, mais c\u2019est en \u00e9tant vue qu\u2019elle existe pour <em>elle-m\u00eame<\/em> aussi. Tout ce jeu de relations entre voir et \u00eatre vu s\u2019agence tout le long du r\u00e9cit entre les deux adolescents, mais bien vite appara\u00eet un troisi\u00e8me regard. D\u2019abord celui de Marcelle, qu\u2019ils initient malgr\u00e9 elle \u00e0 leurs r\u00e9cr\u00e9ations lascives, mais qu\u2019ils perdront rapidement\u2009; puis celui de Sir Edmond, qui aura surtout le r\u00f4le d\u2019un voyeur, m\u00eame s\u2019il participera \u00e0 quelques sc\u00e8nes d\u2019importance. Autant individuellement qu\u2019en tant qu\u2019entit\u00e9 de couple, le narrateur et Simone ont besoin d\u2019\u00eatre vus pour qu\u2019existent <em>r\u00e9ellement<\/em> toutes leurs sc\u00e8nes de bacchanale. En ce sens, tous les actes de transgression auxquels s\u2019adonnent les deux amants sont prolong\u00e9s dans et par le regard. Il y aurait donc l\u00e0 une capacit\u00e9 de la vision, qui serait celle de prolonger le geste du corps\u00a0: saisir le r\u00e9el, le spectaculariser, tout en faisant durer, en \u00e9ternisant le geste de l\u2019autre. Cela peut aussi se comprendre selon la formule <em>voir fait agir<\/em>. Ainsi Sir Edmond et le narrateur \u00ab\u00a0frapp\u00e9s de stupeur et immobiles\u00a0\u00bb (Bataille, 1970, 62) \u00e0 la vue de Simone qui s\u2019affaire sur le jeune pr\u00eatre, vont-ils, une fois la fascination pass\u00e9e, se mettre aussi au travail\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nigmatique Anglais s\u2019avan\u00e7a r\u00e9solument vers le confessionnal et apr\u00e8s avoir \u00e9cart\u00e9 Simone aussi d\u00e9licatement que possible, arracha par un poignet la larve de son trou et l\u2019\u00e9tendit brutalement sur les dalles \u00e0 nos pieds.\u00a0\u00bb (62) C\u2019est apr\u00e8s avoir vu que Sir Edmond <em>entre en sc\u00e8ne<\/em> et prolonge, non pas le geste en soi de Simone, mais le geste porteur de la sc\u00e8ne, celui qui donne \u00e0 voir aux autres.<\/p>\n<p>Le r\u00e9cit de Bataille d\u00e9veloppe toute une cha\u00eene m\u00e9taphorique autour de l\u2019\u0153il, comme le fait remarquer Barthes dans son analyse\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u0152il semble donc la matrice d\u2019un parcours d\u2019objets qui sont comme les diff\u00e9rentes \u201cstations\u201d de la m\u00e9taphore oculaire.\u00a0\u00bb (Barthes, 1963, 771) Mais cet \u0153il qui d\u00e9rive gr\u00e2ce \u00e0 diverses m\u00e9taphores (\u00ab\u00a0\u2013 Tu vois l\u2019\u0153il\u2009? me demanda [Simone] \u2013 \u00a0Eh bien\u2009? \u2013 C\u2019est un \u0153uf, conclut-elle en toute simplicit\u00e9.\u00a0\u00bb (Bataille, 1970, 67)) est avant tout un \u0153il li\u00e9 au corps, connect\u00e9 \u00e0 celui-ci. In\u00e9vitablement, l\u2019\u0153il, s\u2019il quitte le corps, y retourne et retrouve sa <em>vie int\u00e9rieure<\/em> qui fait exister le regard. \u00c0 titre d\u2019exemple, la sc\u00e8ne finale est tr\u00e8s explicite. L\u2019\u0153il \u00e9nucl\u00e9\u00e9 du jeune pr\u00eatre retourne tout droit au corps de Simone et s\u2019anime de l\u2019existence de Marcelle\u00a0: \u00ab\u00a0je vis exactement, dans le vagin velu de Simone, l\u2019\u0153il bleu p\u00e2le de Marcelle qui me regardait en pleurant des larmes d\u2019urine.\u00a0\u00bb (69) Et cette apparition que voit le narrateur, qu\u2019est-elle sinon le r\u00e9sultat d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00eatre vu par le personnage de Marcelle qui d\u00e9cid\u00e9ment, par sa mort, a marqu\u00e9 les deux amants d\u2019une myst\u00e9rieuse fa\u00e7on\u2009?<\/p>\n<p>Il importe maintenant de revenir \u00e0 cette double vision des surr\u00e9alistes que nous avons abord\u00e9e au d\u00e9but de cet article. Nous avons vu qu\u2019ils consid\u00e9raient la vision comme double, c\u2019est-\u00e0-dire compos\u00e9e d\u2019une vision de l\u2019\u0153il et d\u2019une vision de l\u2019esprit, la premi\u00e8re recevant le r\u00e9el, la seconde permettant (ou devant permettre) la cristallisation de l\u2019inconscient et de l\u2019imaginaire dans le r\u00e9el vu par la vision des yeux. Chez Bataille, il nous semble qu\u2019il n\u2019est jamais question d\u2019une vision de l\u2019esprit<a id=\"footnoteref4_5s70f9k\" class=\"see-footnote\" title=\" Cette id\u00e9e est d'ailleurs en accord avec les articles que Bataille publient dans la revue Documents o\u00f9 il met de l'avant un mat\u00e9rialisme radical. Voir les articles suivants\u00a0: \u00ab\u00a0Mat\u00e9rialisme\u00a0\u00bb (Bataille, 1970, 179) et \u00ab\u00a0Le gros orteil\u00a0\u00bb (200). \" href=\"#footnote4_5s70f9k\">[4]<\/a>. En effet, c\u2019est plut\u00f4t une vision de l\u2019\u0153il qui est travaill\u00e9e, et qui plus est, d\u2019un \u0153il concret, reli\u00e9 au corps m\u00eame apr\u00e8s la disparition du regard qui l\u2019animait. Les surr\u00e9alistes auraient pu reprocher au r\u00e9cit de Bataille d\u2019\u00eatre trop mat\u00e9rialiste, trop corporel peut-\u00eatre, mais c\u2019est ce qui nous semble en constituer la force, plut\u00f4t. Il faut souligner que Bataille s\u2019est volontairement confront\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 l\u2019id\u00e9alisme des surr\u00e9alistes, il est donc peu surprenant de voir un grand \u00e9cart entre leurs id\u00e9es et conceptions de la vision. Reste qu\u2019une certaine part du r\u00e9cit bataillien peut appara\u00eetre surr\u00e9aliste en ce sens qu\u2019il y a une mise en sc\u00e8ne si hallucinante de transgression d\u2019interdits, qui s\u2019accompagne d\u2019images surr\u00e9elles catalysant ce sentiment d\u2019impossible (par exemple, les sc\u00e8nes qui rapprochent \u00e0 la fois le soleil, l\u2019\u0153uf et le testicule du g\u00e9nital). L\u2019inconscient et les d\u00e9sirs absolus de l\u2019\u00eatre humain qu\u2019il fallait faire surgir, selon les surr\u00e9alistes, dans la vision de l\u2019\u0153il, les voil\u00e0 qui \u00e9mergent dans le tumulte transgressif bataillien. Pourrions-nous donc dire, afin de peut-\u00eatre r\u00e9concilier une part du surr\u00e9alisme avec l\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em>, que le texte de Bataille met en sc\u00e8ne un surr\u00e9alisme de l\u2019\u0153il, corporel et concret, fix\u00e9 dans le mat\u00e9riau du corps\u2009? Nous le croyons tr\u00e8s certainement, car voir, chez Bataille, c\u2019est avant tout prendre le r\u00e9el et le transgresser.<\/p>\n<p>Nous avons cherch\u00e9, par cette r\u00e9conciliation, \u00e0 montrer les liens, quoique t\u00e9nus, qui unissent le surr\u00e9alisme \u00e0 la pens\u00e9e de Bataille telle qu\u2019elle se montre dans l\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em>. Si nous disions en introduction que Bataille et Breton \u00e9taient en d\u00e9saccord sur bien des aspects, il faut d\u00e8s lors remarquer qu\u2019il y a un \u00e9l\u00e9ment qui ne les distingue plus si clairement\u00a0: Bataille, bien qu\u2019il rejette ce que les surr\u00e9alistes appellent la vision de l\u2019esprit et \u00e9vite donc de mettre en texte l\u2019id\u00e9e d\u2019une double vision, d\u00e9veloppe par ailleurs un imaginaire de l\u2019\u0153il empreint de surr\u00e9alisme. Ce surr\u00e9alisme de l\u2019\u0153il dans le r\u00e9cit bataillien doit certes \u00eatre compris comme \u00e9tant ancr\u00e9 dans le corporel, dans le mat\u00e9riau du vivant. Il nous semble impossible de le d\u00e9tacher du mat\u00e9rialisme auquel appartient Bataille. Or, la surr\u00e9alit\u00e9, la transgression qui est mise en place dans l\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em> participe du m\u00eame projet surr\u00e9aliste d\u2019halluciner et de faire na\u00eetre, au sein du r\u00e9el, les d\u00e9sirs profonds de l\u2019\u00eatre humain. Ainsi l\u2019<em>Histoire de l\u2019\u0153il<\/em> est-elle avant tout l\u2019histoire d\u2019un \u0153il qui voit le vertige dans lequel il s\u2019engouffre, qui voit tout dans une visibilit\u00e9 extr\u00eame, jusqu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019impossible\u00a0\u00bb. Ce d\u00e9nuement, cette transgression s\u2019op\u00e8re ici \u00e0 partir du corps, de l\u2019\u0153il lui-m\u00eame. Dans cette mise \u00e0 nu totale qui donne \u00e0 voir jusqu\u2019au trop, il appara\u00eet que Bataille cherche une v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019\u00eatre somme toute absente du langage, muette, qui se dilue dans la nuit et lui \u00e9chappe toujours.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>ARIBIT, Fr\u00e9d\u00e9ric. 2008. \u00ab\u00a0Andr\u00e9 Breton et Georges Bataille\u00a0: Querelles mat\u00e9rialistes et incidences picturales en 1929\u00a0\u00bb. <em>Loxias<\/em>, Loxias 22. En ligne : &lt;\u00a0<a href=\"http:\/\/revel.unice.fr\/loxias\/index.html?id=2441\u00a0&gt;\">http:\/\/revel.unice.fr\/loxias\/index.html?id=2441\u00a0&gt;<\/a><\/p>\n<p>BARTHES, Roland. 1963. \u00ab\u00a0La m\u00e9taphore de l\u2019\u0153il\u00a0\u00bb. <em>Critique<\/em>, n\u00b0\u00a0195-196, p.\u00a0770-777.<\/p>\n<p>BATAILLE, Georges. 1970. \u00ab\u00a0Histoire de l\u2019\u0153il\u00a0\u00bb. <em>\u0152<\/em><em>uvres compl\u00e8<\/em><em>tes<\/em>, t. I. Paris\u00a0: Gallimard, p.\u00a09-78.<\/p>\n<p>BRETON, Andr\u00e9. 2010 [1962]. <em>Manifestes du surr<\/em><em>\u00e9alisme<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio\/Essais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>FOUCAULT, Michel. 2001. \u00ab\u00a0Pr\u00e9face \u00e0 la transgression\u00a0\u00bb. <em>Dits et <\/em><em>\u00e9crits<\/em>, t. I. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>LUCR\u00c8CE. 1899. <em>De la nature des choses<\/em>. Paris\u00a0: Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00e9ditions litt\u00e9raires. En ligne &lt;<a href=\"http:\/\/remacle.org\/bloodwolf\/philosophes\/Lucrece\/livre4.htm&gt;\">http:\/\/remacle.org\/bloodwolf\/philosophes\/Lucrece\/livre4.htm&gt;<\/a><\/p>\n<p>NADEAU, Maurice. 1964. <em>Histoire du surr<\/em><em>\u00e9alisme<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>NOUG\u00c9, Pierre. 2003. \u00ab\u00a0Les Images d\u00e9fendues\u00a0\u00bb dans J. Chenieux-Gendron (dir.)<em> \u00ab\u00a0Il y aura une fois<\/em><em>\u00a0\u00bb. <\/em><em>Une anthologie du surr<\/em><em>\u00e9alisme<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>DAL\u00cd, Salvador. 2003. \u00ab\u00a0L\u2019\u00c2ne pourri\u00a0\u00bb dans J. Chenieux-Gendron (dir.)<em> \u00ab\u00a0Il y aura une fois<\/em><em>\u00a0\u00bb. <\/em><em>Une anthologie du surr<\/em><em>\u00e9alisme<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>TEIXEIRA, Vincent. 2011. \u00ab\u00a0L\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0: Histoire de l\u2019\u0153il et ses peintres\u00a0\u00bb. <em>Les Cahiers Bataille<\/em>, n\u00b0\u00a01, Meurcourt\u00a0: Les Cahiers. En ligne &lt;<a href=\"http:\/\/www.adm.fukuoka-u.ac.jp\/fu844\/home2\/Ronso\/RonsyuA\/Vol5-3\/A0503_0017.pdf\">http:\/\/www.adm.fukuoka-u.ac.jp\/fu844\/home2\/Ronso\/RonsyuA\/Vol5-3\/A0503_0017.pdf&gt;<\/a><\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_jce1q62\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_jce1q62\">[1]<\/a> Bataille dirige, avec Georges-Henri Rivi\u00e8re, la revue <em>Documents<\/em>, dont le premier num\u00e9ro para\u00eet en 1929; Breton, quant \u00e0 lui, dirige <em>La R\u00e9volution surr\u00e9aliste <\/em>\u00e0 partir de 1925 jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier num\u00e9ro en 1929.<\/p>\n<p id=\"footnote2_x6wsmls\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_x6wsmls\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Contre toute une pr\u00e9tention id\u00e9aliste \u00e0 la \u201clibert\u00e9\u201d, dont Breton s\u2019est selon [Bataille] fait le chantre, le mat\u00e9rialisme de Bataille s\u2019annonce d\u2019embl\u00e9e comme une \u201ccontrainte\u201d\u00a0: contrainte de la mati\u00e8re vivante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa propre configuration atomique et de son in\u00e9luctable devenir, qui inscrit le d\u00e9terminisme au c\u0153ur m\u00eame de l\u2019\u00eatre. Cette question pose la n\u00e9cessit\u00e9 de repenser le rapport de la \u201cforme\u201d et de l\u2019\u201cinforme\u201d, qui polarise l\u2019ensemble de l\u2019investigation ph\u00e9nom\u00e9nologique de Bataille\u00a0: r\u00e8gnes v\u00e9g\u00e9tal, animal et humain ; histoire ; pens\u00e9e ; politique ; science ; art; religion\u2026, c\u2019est toute une lecture analogique qui, aux antipodes de l\u2019analogie po\u00e9tique surr\u00e9aliste, ram\u00e8ne la totalit\u00e9 de ses objets sous une m\u00eame dynamique de la mati\u00e8re, chacun n\u2019exprimant jamais que le \u201csympt\u00f4me\u201d de la v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.\u00a0\u00bb (Aribit, 2008, 2)<\/p>\n<p id=\"footnote3_nb16xse\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_nb16xse\">[3]<\/a> Andr\u00e9 Breton, dans la pr\u00e9face du catalogue <em>Max Ernst. Au sens pareil<\/em> (1921), \u00e9crivait : \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture automatique apparue \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle est une v\u00e9ritable photographie de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote4_5s70f9k\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_5s70f9k\">[4]<\/a> Cette id\u00e9e est d&rsquo;ailleurs en accord avec les articles que Bataille publient dans la revue <em>Documents<\/em> o\u00f9 il met de l&rsquo;avant un mat\u00e9rialisme radical. Voir les articles suivants\u00a0: \u00ab\u00a0Mat\u00e9rialisme\u00a0\u00bb (Bataille, 1970, 179) et \u00ab\u00a0Le gros orteil\u00a0\u00bb (200).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Robitaille-Brassard, J\u00e9r\u00e9mi. 2016. \u00ab\u202fSurr\u00e9alisme de l\u2019\u0153il chez Georges Bataille\u00bb,\u202f<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u202f\u00c9crire avec\u00bb, n\u00b023, En\u202f ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/robitaille-23&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/robitaille-23.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 robitaille-23.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-1ab18556-2cac-41ef-9449-5e9bcf31fb81\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/robitaille-23.pdf\">robitaille-23<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/robitaille-23.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-1ab18556-2cac-41ef-9449-5e9bcf31fb81\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u202f\u00c9crire avec\u00bb, n\u00b023 Voir est un acte\u2009; l\u2019\u0153il voit comme la main prend. Paul Noug\u00e9 Lorsque para\u00eet le premier manifeste du surr\u00e9alisme en 1924, Andr\u00e9 Breton \u00e9rige, sur les cendres de Dada et s\u2019inspirant de la pens\u00e9e de Freud, un mouvement qui va marquer le d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Georges Bataille, \u00e0 la m\u00eame [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1269,1270],"tags":[322],"class_list":["post-5598","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-ecrire-avec","category-hors-dossier-ecrire-avec","tag-robitaille-brassard-jeremi"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5598","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5598"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5598\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8745,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5598\/revisions\/8745"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5598"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5598"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5598"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}