{"id":5599,"date":"2024-06-13T19:48:28","date_gmt":"2024-06-13T19:48:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/investir-le-vide-pornographique-le-fantasme-de-larriere-image-dans-avec-bastien-de-mathieu-riboulet\/"},"modified":"2024-08-29T17:59:08","modified_gmt":"2024-08-29T17:59:08","slug":"investir-le-vide-pornographique-le-fantasme-de-larriere-image-dans-avec-bastien-de-mathieu-riboulet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5599","title":{"rendered":"Investir le \u00ab vide \u00bb pornographique. Le fantasme de l\u2019arri\u00e8re-image dans \u00ab  Avec Bastien \u00bb de Mathieu Riboulet"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\">Dossier \u00ab\u202f\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023<\/a><\/h5>\n<p>Dans son essai <em>L\u2019\u0153il absolu<\/em>, G\u00e9rard Wajcman dresse un portrait de notre \u00e9poque comme une \u00e8re du \u00ab\u00a0tout visible\u00a0\u00bb (Wajcman, 2010, 322), sugg\u00e9rant que le sujet contemporain nierait l\u2019existence d\u2019une part d\u2019ombre aux images. S\u2019appuyant sur des cas embl\u00e9matiques tels que l\u2019imagerie scientifique, la vid\u00e9osurveillance et les webcams, Wajcman parle d\u2019un monde dans lequel \u00ab\u00a0on en vient \u00e0 penser qu\u2019on peut tout voir, que tout le r\u00e9el est visible\u00a0\u00bb (322). En outre, Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, dans <em>L\u2019\u00e9cran global<\/em>, observent quant \u00e0 eux que nous assistons aujourd\u2019hui \u00e0 l\u2019av\u00e8nement d\u2019une culture gouvern\u00e9e par la prolif\u00e9ration des \u00e9crans (de la t\u00e9l\u00e9vision \u00e0 l\u2019ordinateur en passant par le t\u00e9l\u00e9phone intelligent). En d\u2019autres mots, leur th\u00e8se est que nous appartenons \u00e0 une \u00e9poque du \u00ab\u00a0tout-\u00e9cran\u00a0\u00bb (Lipovetsky et Serroy, 2008, 13), o\u00f9 l\u2019\u00e9cran est devenu le m\u00e9dium principal de notre rapport au monde, voire le <em>producteur<\/em> de notre vision du monde.<\/p>\n<p>\u00a0La \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, telle qu\u2019elle est con\u00e7ue aujourd\u2019hui, serait donc de plus en plus conditionn\u00e9e par l\u2019\u00e9cran, c\u2019est-\u00e0-dire par un flux incessant d\u2019images qui permettrait virtuellement de tout voir et de tout exp\u00e9rimenter ce que le monde a \u00e0 offrir, et ce, \u00e0 n\u2019importe quel moment ou dans n\u2019importe quel endroit. Il suffit de penser \u00e0 <em>Google Street View<\/em> ou <em>Google Earth<\/em>, qui nous permettent de \u00ab\u00a0voyager\u00a0\u00bb partout dans le monde en quelques clics. Les possibilit\u00e9s de ce \u00ab\u00a0lieu favorable \u00e0 la toute-puissance de la pens\u00e9e\u00a0\u00bb (Le Breton, 2013b, 145), aujourd\u2019hui, sont presque infinies.<\/p>\n<p>\u00c0 ce titre, nous pourrions penser que cette culture de l\u2019\u00e9cran est g\u00e9n\u00e9ratrice d\u2019un fort individualisme. St\u00e9phane Vial, dans <em>L\u2019\u00catre et l\u2019\u00e9cran<\/em>, observe cependant que l\u2019image \u00e9cranique, si elle modifie nos interactions avec le monde ext\u00e9rieur, ne nous prive pas pour autant d\u2019un rapport \u00e0 l\u2019autre\u00a0: \u00ab\u00a0autrui, \u00e9crit-il, est potentiellement toujours l\u00e0 dans [notre] poche, \u00e0 port\u00e9e de main\u00a0\u00bb (Vial, 2013, 221). Loin de nous couper du monde, l\u2019\u00e9cran permettrait plut\u00f4t \u00e0 autrui d\u2019\u00eatre plus que jamais \u00e0 proximit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0la suppression du corps favorise les \u00ab\u00a0contacts\u00a0\u00bb avec de nombreux interlocuteurs\u00a0\u00bb (Le Breton, 2013b, 152). Ce n\u2019est donc pas tant la <em>nature<\/em> de nos interactions qui change, mais bien la <em>fa\u00e7on<\/em> dont nous entrons en contact avec le monde. En fait, dans ce genre de relation, l\u2019\u00e9cran offre l\u2019avantage d\u2019une distanciation s\u00e9curisante. Cach\u00e9s derri\u00e8re nos \u00e9crans, nous nous accordons le droit de tenir des propos et de commettre des actes que nous n\u2019oserions peut-\u00eatre pas dans la r\u00e9alit\u00e9, voire de nous inventer litt\u00e9ralement une nouvelle identit\u00e9, virtuelle. L\u2019image \u00e9cranique se fait s\u00e9curisante et \u00e9largit ainsi notre espace des possibles.<\/p>\n<p>Ce nouveau rapport \u00e0 l\u2019image et \u00e0 autrui a influenc\u00e9 de nombreux domaines, \u00e0 commencer par celui de la sexualit\u00e9. Depuis quelques d\u00e9cennies, fort de l\u2019av\u00e8nement d\u2019Internet, nous observons une croissance importante de la production de l\u2019imagerie pornographique. Aujourd\u2019hui, tout le monde a acc\u00e8s \u2013 et ce, avec facilit\u00e9 \u2013 \u00e0 une innombrable quantit\u00e9 d\u2019images et de vid\u00e9os \u00e0 caract\u00e8re pornographique en constant renouvellement. Certains pr\u00e9tendent que l\u2019omnipr\u00e9sence de la pornographie dans notre soci\u00e9t\u00e9 actuelle a des effets n\u00e9fastes, qu\u2019elle m\u00e8ne \u00e0 l\u2019hypersexualisation de la jeunesse, qu\u2019elle procure \u00e0 celle-ci une mauvaise \u00e9ducation sexuelle, ou qu\u2019elle tue le d\u00e9sir dans le couple. D\u2019autres, par contre, s\u2019en r\u00e9jouissent, et y trouvent un contentement, en cela qu\u2019elle comble un d\u00e9sir, voire un manque chez eux. Comme nous l\u2019explique les auteurs d\u2019<em>Introduction \u00e0 la pornographie<\/em>, \u00ab\u00a0[celle-ci] offre un substitut de relations avec l\u2019autre \u00e0 tous ceux qui, de fa\u00e7on provisoire ou permanente, souffrent de solitude\u00a0\u00bb, et \u00ab\u00a0mat\u00e9rialise les fantasmes de ceux qui d\u00e9sirent sans espoir un.e partenaire inaccessible, ou qui font des r\u00eaves difficiles \u00e0 r\u00e9aliser\u00a0\u00bb (Bertrand et Baron-Carvais, 2001, 125). Bien que ces questions soient fort int\u00e9ressantes, il ne sera pas question ici de tenir un d\u00e9bat \u00e9thique sur la consommation pornographique. Le rapport \u00e0 l\u2019imagerie pornographique qui nous occupera concerne plut\u00f4t la fa\u00e7on dont nous entrons en relation avec ce type d\u2019images, comment nous en faisons usage ou les manipulons. Car si l\u2019image pornographique est essentiellement \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, consomm\u00e9e rapidement dans le seul but de satisfaire un d\u00e9sir, il arrive aussi qu\u2019elle engendre une obsession. Qu\u2019advient-il alors quand le sujet <em>revient<\/em> \u00e0 cette image, geste subversif totalement contraire \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de la pornographie, c\u2019est-\u00e0-dire quand il extrait l\u2019image du flux dont elle devrait faire partie? En d\u2019autres mots, qu\u2019advient-il quand le spectateur s\u2019octroie un pouvoir de ma\u00eetrise sur une image cr\u00e9\u00e9e pour ne pas franchir l\u2019instant? Telle est l\u2019interrogation au centre du roman qui fera l\u2019objet de notre \u00e9tude, soit <em>Avec Bastien<\/em> de Mathieu Riboulet.<\/p>\n<p>Dans ce roman, un narrateur anonyme est happ\u00e9 par la beaut\u00e9 d\u2019un acteur porno qui s\u2019\u00e9bat \u00e0 l\u2019\u00e9cran devant lui. Aussit\u00f4t, il revient \u00e0 l\u2019image et s\u2019interroge sur le myst\u00e8re de cette apparition, sur le sens qu\u2019elle conf\u00e8re \u00e0 sa vie. L\u2019extase visuelle du narrateur enclenche un r\u00e9cit r\u00e9trospectif totalement fantasm\u00e9, comme s\u2019il \u00e9tait en mesure d\u2019imaginer \u00ab\u00a0les \u00e0-c\u00f4t\u00e9s de la m\u00e9canique, l\u2019\u00e2me \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le corps\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 79), bref d\u2019\u00e9crire une vie contenue en creux de l\u2019image. Tel est le projet du narrateur qui nous est annonc\u00e9 d\u00e8s la quatri\u00e8me de couverture\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je tente ici de deviner tout ce que les films o\u00f9 je le vois s\u2019\u00e9battre d\u00e9robent \u00e0 ma vue (son enfance, son travail, sa famille, ses amours, ses habits), me laissant dans l\u2019exercice conjugu\u00e9 du regard et du d\u00e9sir, dans la contemplation d\u2019un portrait lumineux et brutal \u00e0 peaufiner [\u2026].<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fragment\u00e9, le texte alterne donc entre la description \u2013 par le narrateur \u2013 des sc\u00e8nes pornographiques qui d\u00e9filent sur son \u00e9cran, d\u2019une part; et l\u2019histoire personnelle de l\u2019acteur porno que le narrateur a imagin\u00e9e, d\u2019autre part. Le narrateur, guid\u00e9 par son d\u00e9sir, passe sans pr\u00e9venir de l\u2019un (le pr\u00e9sent) \u00e0 l\u2019autre (le pass\u00e9 fantasm\u00e9) et fait r\u00e9sonner entre elles l\u2019enfance et l\u2019\u00e2ge adulte, les anecdotes et les grands moments, de fa\u00e7on \u00e0 ce que tout paraisse cause et cons\u00e9quence, que tout s\u2019imbrique dans un balancement enivrant entre le \u00ab\u00a0devant\u00a0\u00bb et l\u2019\u00ab\u00a0arri\u00e8re\u00a0\u00bb de l\u2019image. Tel est le principe de ce roman \u2013 sous-titr\u00e9 <em>Portrait<\/em> \u2013, qui pr\u00e9sente par touches, au fil des pages, cette figure qui fascine tant le narrateur. Le programme est donc double\u00a0: montrer ce que le cadre de l\u2019\u00e9cran cache de la vie r\u00e9elle de cet acteur porno, c\u2019est-\u00e0-dire le <em>hors-champ<\/em> de l\u2019image, mais aussi montrer ce que son <em>corps<\/em> cache, sa g\u00e9n\u00e9alogie, sur et sous la peau, dans l\u2019optique o\u00f9, comme l\u2019\u00e9nonce Andrea Oberhuber, \u00ab\u00a0le corps est \u00e0 comprendre comme une sorte d\u2019embranchement o\u00f9 se noue et se d\u00e9noue le sens, o\u00f9 se joue et se d\u00e9joue l\u2019appartenance \u00e0 une famille, \u00e0 une histoire, \u00e0 l\u2019Histoire\u00a0\u00bb (Oberhuber, 2013, 13).<\/p>\n<p>Le narrateur d\u2019<em>Avec Bastien<\/em> s\u2019approprie l\u2019image pornographique en investissant <em>le<\/em> <em>hors-champ de l\u2019image<\/em> ainsi que <em>l\u2019au-del\u00e0 du corps-image\u00a0<\/em>: ces deux avenues seront \u00e9tudi\u00e9es dans ce texte. L\u2019analyse de ces deux fa\u00e7ons qu\u2019a le narrateur d\u2019<em>Avec Bastien <\/em>d\u2019habiter \u00ab\u00a0l\u2019arri\u00e8re-image\u00a0\u00bb (Bachelard, 1960, 46) de ses fantasmes nous permettra alors de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 cette proposition de Pascal Quignard, dans <em>Le sexe et l\u2019effroi<\/em>, selon laquelle \u00ab\u00a0l\u2019homme est un regard d\u00e9sirant qui cherche une autre image derri\u00e8re tout ce qu\u2019il voit\u00a0\u00bb (Quignard, 1994, 9).<\/p>\n<h2>Le hors-champ de l\u2019image pornographique<\/h2>\n<p>Un myst\u00e8re se trouve au c\u0153ur du roman de Mathieu Riboulet, celui d\u2019un gar\u00e7on, vu et revu, d\u00e9vor\u00e9, contempl\u00e9 \u00e0 travers l\u2019image d\u2019un porno gai. Un gar\u00e7on qui, apparemment, montre tout \u2013 son corps, son cul, sa peau \u2013, mais cache l\u2019essentiel \u2013 son histoire, sa vie, ses pens\u00e9es. Du narrateur non plus nous ne saurons rien, sinon qu\u2019il aime les gar\u00e7ons et les vid\u00e9os pornographiques. Mais c\u2019est par lui, voyeur obsessionnel, enferm\u00e9 dans le retrait de lui-m\u00eame, que nous finirons lentement par d\u00e9couvrir le gar\u00e7on sur la pellicule.<\/p>\n<p>Nous pourrions penser qu\u2019un film pornographique est le m\u00e9dium o\u00f9 un acteur se d\u00e9voile le plus, ne serait-ce que par la nudit\u00e9 corporelle qui caract\u00e9rise ce genre d\u2019images. Ce que le narrateur d\u2019<em>Avec Bastien<\/em> comprend rapidement, par contre, c\u2019est que l\u2019acteur \u00e0 l\u2019\u00e9cran ne r\u00e9v\u00e8le au fond rien de son essence; il n\u2019offre au regard qu\u2019une enveloppe unidimensionnelle, un sujet vid\u00e9 de sa subjectivit\u00e9, un corps-objet. Tout le travail de construction fantasmatique que le narrateur doit accomplir consiste alors pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 d\u00e9passer son statut de spectateur passif de mani\u00e8re \u00e0 habiter l\u2019image de ses fantasmes et se confondre avec ce corps offert, ouvert au monde. Il doit, d\u2019apr\u00e8s l\u2019expression de Jacques Ranci\u00e8re, se faire \u00ab\u00a0spectateur \u00e9mancip\u00e9\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire agir sur l\u2019image qu\u2019il regarde, \u00ab\u00a0participe[r] \u00e0 la performance en la refaisant \u00e0 sa mani\u00e8re, [\u2026] en associ[ant] cette pure image \u00e0 une histoire qu\u2019[il] a lue ou r\u00eav\u00e9e, v\u00e9cue ou invent\u00e9e\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re, 2008, 24).<\/p>\n<p>En fait, le roman pose la question de savoir comment, avec un mat\u00e9riau tel que la pornographie \u2013 qui pr\u00e9tend ne rien laisser \u00e0 l\u2019imagination \u2013, nous pouvons organiser un regard, une pens\u00e9e, un r\u00e9cit. Contrairement \u00e0 l\u2019image \u00e9rotique qui joue avec l\u2019id\u00e9e du <em>d\u00e9voilement<\/em>, cr\u00e9ant une part de myst\u00e8re que le spectateur se plait \u00e0 combler de son imaginaire, la pornographie, elle, montre tout du corps en gros plans, sans d\u00e9tour, plut\u00f4t cr\u00fbment. Elle r\u00e9v\u00e8le les parties du corps li\u00e9es \u00e0 la sexualit\u00e9 qui par nature sont peu visibles ou que, culturellement, nous cachons. Elle donne la possibilit\u00e9 de voir ce qui \u00e9chappe au regard lors des \u00e9bats r\u00e9els, ce qui r\u00e9sulte en une image compl\u00e8tement d\u00e9pouill\u00e9e de myst\u00e8re.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage intitul\u00e9 <em>La pornographie et ses images<\/em>, Patrick Baudry aborde ce qu\u2019il appelle la \u00ab\u00a0nullit\u00e9\u00a0\u00bb de la vid\u00e9o pornographique. Le terme \u00ab\u00a0nullit\u00e9\u00a0\u00bb, pour lui, ne traduit pas un jugement esth\u00e9tique, mais fait plut\u00f4t r\u00e9f\u00e9rence au d\u00e9nuement de ces images, \u00e0 leur r\u00e9p\u00e9titivit\u00e9 et \u00e0 leur pauvret\u00e9 narrative, bref, au fait qu\u2019elles n\u2019ont pas d\u2019histoire <a id=\"footnoteref1_4p0tppf\" class=\"see-footnote\" title=\" Du moins, m\u00eame dans les cas o\u00f9 il y aurait un semblant de sc\u00e9nario, celui-ci s\u2019av\u00e8re tellement \u00e9cul\u00e9 que cela revient \u00e0 dire qu\u2019il n\u2019y a pas davantage d\u2019histoire. \" href=\"#footnote1_4p0tppf\">[1]<\/a>. En effet, la sexualit\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e dans la pornographie s\u2019av\u00e8re le plus souvent m\u00e9canique\u00a0: lorsque nous en avons vu un \u00e9chantillon, nous avons presque tout vu. Leurs scripts sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s inlassablement avec d\u2019infimes variantes, chaque fois dans l\u2019attente de l\u2019\u00e9jaculation qui en marquera la finalit\u00e9. En outre, selon Baudry, l\u2019image pornographique serait \u00e0 ce point satur\u00e9e qu\u2019elle emp\u00eacherait tout d\u00e9bordement dans l\u2019imaginaire. Partant de ce constat, la question qu\u2019il se pose est celle-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Quel effet a ce d\u00e9ficit dans la construction m\u00eame des images et dans leur consommation?\u00a0\u00bb (Baudry, 1997, 37)<\/p>\n<p>Nous constatons cependant que le fait de ne pas participer \u00e0 une histoire n\u2019est pas pour autant une d\u00e9ficience de ce type d\u2019images\u00a0: il peut aussi les rendre attrayantes. Par rapport aux autres productions filmiques, l\u2019avantage que procure la vid\u00e9o pornographique est de \u00ab\u00a0situer le spectateur <em>hors r\u00e9cit<\/em>, [\u2026] hors de toute contrainte narrative et d\u00e9livr\u00e9 du devoir d\u2019attention, [\u2026] c\u2019est-\u00e0-dire dans la position paradoxale d\u2019une attention inattentive<a id=\"footnoteref2_0s8ytjc\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00c0 ce propos, Baudry donne l\u2019exemple d\u2019un homme qui faisait jouer en permanence, dans son appartement, des films pornographiques comme fond visuel et sonore. Il pouvait alors s\u2019y attarder \u00e0 l\u2019occasion, saisissant au passage un moment de ce flux incessant d\u2019images, ou simplement ne pas s\u2019en pr\u00e9occuper, au gr\u00e9 de ses envies. \" href=\"#footnote2_0s8ytjc\">[2]<\/a>, d\u2019une proximit\u00e9 distante et d\u2019un engouement sans int\u00e9r\u00eat\u00a0\u00bb (246; l\u2019auteur souligne). La vid\u00e9o pornographique d\u00e9mobilise le spectateur, qui ne s\u2019identifie ni ne se projette en aucun acteur ou actrice. C\u2019est le fait qu\u2019elle soit lib\u00e9r\u00e9e des contraintes d\u2019une lin\u00e9arit\u00e9 de la narration qui rend l\u2019image pornographique aussi mall\u00e9able\u00a0: elle favorise les allers-retours, le visionnement d\u2019une seule s\u00e9quence appr\u00e9ci\u00e9e, l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration en continu des images avec arr\u00eats momentan\u00e9s ou le ralentissement de certaines sc\u00e8nes. Patrick Baudry ajoute\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019image pornographique court-circuite les capacit\u00e9s critiques. Au moment de sa d\u00e9couverte, elle emplit l\u2019\u0153il, sature la vision, cl\u00f4t le regard. Mais la <em>revoir<\/em> oblige \u00e0 ne plus jamais la voir telle qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 vue, avec une telle puissance, dot\u00e9e d\u2019un tel effet d\u2019<em>aveuglement<\/em>. Pr\u00e9cis\u00e9ment, la \u00ab\u00a0revoir\u00a0\u00bb oblige \u00e0 commencer de la voir (203; l\u2019auteur souligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce passage de l\u2019\u00e9tat de spectateur <em>voyant<\/em> \u00e0 spectateur <em>regardant<\/em> caract\u00e9rise exactement le travail du narrateur dans le roman de Riboulet, c\u2019est-\u00e0-dire une fa\u00e7on nouvelle de visionner la pornographie, plus impliqu\u00e9e, \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9ratrice de fiction\u00a0\u00bb (Fleischer, 2000, 79).<\/p>\n<p>Dans la m\u00eame optique, David Le Breton avance que \u00ab\u00a0les images d\u00e9nu\u00e9es d\u2019imaginaire \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur suscitent chez ceux qui les per\u00e7oivent les mouvements fantasmatiques les plus surprenants. L\u2019imaginaire qui a fui le dedans de l\u2019image resurgit en force au-dehors par l\u2019usage qu\u2019en fait le regardeur\u00a0\u00bb (Le Breton, 2013a, 248). En effet, le narrateur-spectateur d\u2019<em>Avec Bastien<\/em> fait partie de ces gens qui investissent l\u2019image pornographique autrement, ou, comme il est dit dans le roman, \u00ab\u00a0qui ne peuvent go\u00fbter aux puissances d\u2019une image si elle ne vient d\u2019un plan, aux charmes d\u2019un corps s\u2019il ne raconte l\u2019histoire de la t\u00eate qui l\u2019anime\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 35). En sortant les images pornographiques du flux dont elles font partie, le narrateur pose sur elles un regard nouveau\u00a0: \u00ab\u00a0Inlassablement je reviens \u00e0 l\u2019image premi\u00e8re, inlassablement se reproduit en moi l\u2019\u00e9motion, je crois \u00eatre aujourd\u2019hui parvenu \u00e0 rep\u00e9rer d\u2019o\u00f9 elle sourd\u00a0: de tout ce qui le masque [l\u2019acteur porno] \u00e0 mon regard o\u00f9 pourtant il s\u2019imprime.\u00a0\u00bb (51)<\/p>\n<p>L\u2019un des enjeux majeurs de cette r\u00e9p\u00e9tition ou de cette reproduction est la constitution d\u2019un <em>hors-champ<\/em>. Jean-Louis Comolli, dans <em>Corps et cadre<\/em>, r\u00e9fl\u00e9chit aux puissances du hors-champ de l\u2019image\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019ombre, mentionne-t-il, est le lieu des projections mentales, de m\u00eame que le hors-champ d\u00e9borde le rectangle de l\u2019\u00e9cran pour passer dans la salle et devenir terrain de jeu ou ligne de fuite des spectateurs.\u00a0\u00bb (Comolli, 2012, 35) Pour le spectateur, il ne s\u2019agirait plus aujourd\u2019hui de se contenter de l\u2019image \u00ab\u00a0ferm\u00e9e\u00a0\u00bb, cern\u00e9e par un cadre, mais bien d\u2019aller au-del\u00e0 de l\u2019image, soit vers l\u2019\u00ab\u00a0arri\u00e8re-image\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En fait, cette d\u00e9rive du narrateur d\u2019<em>Avec Bastien<\/em> hors du champ de l\u2019image pornographique \u00e0 l\u2019\u00e9cran se manifeste \u00e0 deux moments pr\u00e9cis. D\u2019abord, \u00e0 la toute premi\u00e8re apparition de l\u2019acteur porno\u00a0: \u00ab\u00a0Au moment o\u00f9 sur lui mon regard se fixe pour toujours, il est de trois quarts dos, avec pour seule parure de grosses chaussures de style militaire [\u2026].\u00a0\u00bb\u00a0(Riboulet, 2010, 9) D\u00e8s le premier contact, une part du jeune homme \u00e9chappe \u00e0 la perception du narrateur. Autrement dit, pourtant plac\u00e9 dans le champ de la cam\u00e9ra, il refuse de se laisser voir dans son enti\u00e8ret\u00e9 par le spectateur pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 ce que rien ne se d\u00e9robe \u00e0 sa vue. La curiosit\u00e9 du narrateur est aussit\u00f4t piqu\u00e9e, et il attarde son regard sur ce jeune homme qui lui \u00e9chappe. Cela enclenche chez lui une volont\u00e9 de d\u00e9couvrir, d\u2019habiter l\u2019\u00ab\u00a0arri\u00e8re-image\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est de tout ce dont, de lui, cette sc\u00e8ne m\u2019a priv\u00e9 que je suis devenu l\u2019inconditionnel contemplateur.\u00a0\u00bb (52)<\/p>\n<p>\u00c0 un autre moment, le narrateur est t\u00e9moin, chez l\u2019acteur, le temps d\u2019un sursaut, \u00ab\u00a0[d\u2019]une expression de contentement presque orgueilleux qu\u2019il n\u2019a pas jou\u00e9e\u00a0\u00bb (25). Il prend alors conscience, par cette br\u00e8che momentan\u00e9e dans l\u2019attitude autrement \u00ab\u00a0professionnel\u00a0\u00bb de l\u2019acteur, qu\u2019il existe une vie \u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb que celle qui est jou\u00e9e l\u00e0, devant les cam\u00e9ras\u00a0: l\u2019acteur \u00e0 l\u2019\u00e9cran a une subjectivit\u00e9, une existence r\u00e9elle qui d\u00e9passe le cadre de l\u2019\u00e9cran dans lequel il est contenu \u00e0 ce moment-l\u00e0. Conscient de cette faille, le narrateur entreprend un travail de reconstruction, de remaniement de l\u2019image, de fa\u00e7on \u00e0 ne plus simplement <em>voir<\/em> l\u2019image, mais la <em>regarder<\/em> avec l\u2019\u0153il du spectateur actif et critique, la toucher, la manipuler, en d\u00e9passer le cadre afin de lui attribuer un sens perdu, une histoire cach\u00e9e.<\/p>\n<p>Le narrateur invente un pr\u00e9nom \u00e0 l\u2019acteur \u2013 \u00ab\u00a0Appelons-le Bastien\u00a0\u00bb (9), dit-il dans l\u2019incipit \u2013, et du coup, une identit\u00e9\u00a0: le narrateur bascule alors dans une dimension fantasmatique et inscrit celui qu\u2019il appelle Bastien dans le r\u00e9el en lui inventant une histoire, une vie. M\u00e9dus\u00e9 par cette \u00ab\u00a0figure grav\u00e9e sur [s]a pupille\u00a0\u00bb (22), il ne peut se contenter de ce que l\u2019acteur lui donne frontalement \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Le narrateur se pla\u00eet \u00e0 imaginer tout ce qui se d\u00e9robe \u00e0 sa vue, tout ce que cet homme refuse de dire ou de montrer. Tel plateau de tournage o\u00f9 \u00ab\u00a0Bastien est \u00e0 la renverse sur une table, t\u00eate dans le vide et poings li\u00e9s d\u2019une fine cordelette blanche\u00a0\u00bb (15) lui \u00e9voque, par exemple, la table familiale que la m\u00e8re de Bastien (ou la sienne) aurait d\u00e9cor\u00e9e de pivoines<a id=\"footnoteref3_kc5xf8k\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0Sur cette table, [\u2026] sa m\u00e8re, ou la mienne, aurait pu disposer un bouquet de pivoines rouges au c\u0153ur p\u00e2le. [\u2026] Qu\u2019on y dispose aujourd\u2019hui le corps d\u2019un homme dont la cam\u00e9ra, demain, nous fera croire qu\u2019il a servi de d\u00e9fouloir \u00e0 trois gaillards intraitables pendant des heures, est une autre fa\u00e7on d\u2019exalter la beaut\u00e9 du monde qui fait de cette table un autel et de ma pens\u00e9e un sacril\u00e8ge [\u2026].\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 22) \" href=\"#footnote3_kc5xf8k\">[3]<\/a>. De m\u00eame pour telle sc\u00e8ne d\u2019orgie qui lui \u00e9voque les quolibets et les railleries que Bastien aurait essuy\u00e9s dans la cour de l\u2019\u00e9cole (26), ou encore, telle chor\u00e9graphie sexuelle, une image d\u2019enfance, dans le petit village de Bongue, en Corr\u00e8ze (10), o\u00f9 \u2013 qui sait? \u2013 Bastien aurait pu \u00eatre \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p>En nommant et en subjectivant ce corps-objet anonyme \u00e0 l\u2019\u00e9cran, le narrateur ouvre un incommensurable et vertigineux hors-champ \u00e0 l\u2019image. Aussit\u00f4t se d\u00e9plie une vie divulgu\u00e9e par bribes en inventant des liens \u00e0 d\u2019autres personnes qui affleurent tout au long du roman\u00a0: les parents de Bastien (Martin et Alice), ses fr\u00e8res (Christophe et Emmanuel), ou sa voisine (Suzanne). De surcro\u00eet, l\u2019image de Bastien se trouve investie d\u2019autres images, invisibles, qui op\u00e8rent comme des failles vers d\u2019autres temporalit\u00e9s \u2013 la photographie de son arri\u00e8re-grand-m\u00e8re ou le souvenir de Nicolas, premier amour chaste de Bastien, par exemple \u2013, comme si tous ces moments du pass\u00e9 venaient expliquer, en surimpression, ce qui se d\u00e9roule \u00e0 l\u2019\u00e9cran. L\u2019image de Bastien, devenue soudainement multidimensionnelle et d\u2019une incroyable densit\u00e9, contient aussi de nombreux lieux\u00a0: Bongue, o\u00f9 vivrait suppos\u00e9ment la famille, la Dordogne, les Alpes, la Suisse, l\u2019Allemagne, Clermont, Brive, P\u00e9rigueux, l\u2019Aquitaine, l\u2019Espagne, etc.<\/p>\n<p>Dans ce roman, Mathieu Riboulet consigne donc avec finesse des exp\u00e9riences du regard, et rend compte des confrontations qui surviennent entre son narrateur et l\u2019image, voire le monde des images. Le r\u00f4le du narrateur d\u2019<em>Avec Bastien<\/em> est de pointer ce qui est absent de l\u2019image, de cerner la part d\u2019ombre de celle-ci, c\u2019est-\u00e0-dire tout ce qui \u00e9chappe \u00e0 son regard. En ayant recours \u00e0 l\u2019\u00e9criture, il peut ensuite combler le \u00ab\u00a0vide\u00a0\u00bb de son imaginaire et de ses fantasmes en \u00e9clairant le chemin qui va de la surface anodine de l\u2019image vers son fond obscur. La partouze, la pornographie, les <em>backrooms<\/em> deviennent finalement anecdotiques puisque l\u2019enfance peut surgir \u00e0 tout moment, y compris dans la banalit\u00e9 froide de la sc\u00e8ne de tournage d\u2019un film pornographique.<\/p>\n<p>L\u2019un des projets du roman est alors d\u2019organiser l\u2019histoire autour de ce que l\u2019\u00e9cran cache, de cadrer le hors-cadre. L\u2019espace du roman, ici, c\u2019est le hors-champ, le non-visible du film o\u00f9 joue Bastien, espace des possibles. Il s\u2019agit donc pour le narrateur de \u00ab\u00a0voir le comment de ce que nous voyons\u00a0\u00bb (Comolli, 2012, 9), de voir au-del\u00e0 du cadre qui borde chaque plan, cette dimension restrictive de l\u2019image. Pour ce faire, il pose un regard hallucin\u00e9 sur l\u2019\u00e9cran\u00a0: il y per\u00e7oit une profondeur inexistante, il se fait Dieu qui voit tout\u00a0devant ces \u00ab\u00a0hommes pay\u00e9s pour s\u2019offrir \u00e0 [s]es regards sans que jamais [lui] ne soi[t] vu d\u2019eux\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 25). Le narrateur est un r\u00eaveur qui se projette hors de la mat\u00e9rialit\u00e9 du cadre. Ainsi, dans ce roman, c\u2019est avant tout l\u2019image qu\u2019il importe de rendre habitable.<\/p>\n<h2>L&rsquo;au-del\u00e0 du corps-image<\/h2>\n<p>En outre, dans <em>Avec Bastien<\/em>, nous remarquons que le grain de la peau de l\u2019acteur pornographique y est d\u00e9crit par le narrateur avec autant d\u2019attention que le hameau de son enfance que nous pouvons distinguer au loin, dans le hors-champ pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9\u00a0: Bongue, \u00ab\u00a0c\u2019est l\u2019endroit o\u00f9 le monde s\u2019est \u00e0 jamais inscrit sur la plante de ses pieds, au creux de son cou, sur ses \u00e9paules et son torse, ses joues pleines d\u2019enfant, son front soucieux d\u2019adolescent\u00a0\u00bb (49). Car, conjointement \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0arri\u00e8re-image\u00a0\u00bb dont le narrateur tente de se saisir, celui-ci s\u2019attarde aussi au corps m\u00eame de Bastien en tant que corps-image, lieu d\u2019empreinte de l\u2019existence et du sens, c\u2019est-\u00e0-dire comme \u00ab\u00a0corps-contenant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0corps-support\u00a0\u00bb (Fontanille, 2011, 108), comme corps-\u00e9cran d\u2019une subjectivit\u00e9. Tel que le souligne Michela Marzano,<\/p>\n<blockquote>\n<p>ce qu\u2019il y a d\u2019unique dans un corps humain c\u2019est, en effet, qu\u2019il est l\u2019<em>incarnation<\/em> d\u2019une personne\u00a0: il est le lieu o\u00f9 naissent et se manifestent nos d\u00e9sirs, nos sensations et nos \u00e9motions\u00a0; il est le moyen par lequel nous pouvons d\u00e9montrer quelle sorte d\u2019\u00eatres moraux nous sommes (Marzano, 2007, 50; l\u2019auteure souligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette prise de conscience m\u00e8ne le narrateur \u00e0 s\u2019exclamer\u00a0: \u00ab\u00a0Ah! la somme vertigineuse de ce qui reste de nos enfances dans nos corps affirm\u00e9s, malheureux ou sereins, lisible au creux des reins de ceux-l\u00e0 que je vois se tordre sur l\u2019\u00e9cran.\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 22) Comme il le fait avec le hors-champ de l\u2019image, le narrateur tente de percevoir, dans l\u2019apparence physique de Bastien, la m\u00e9moire dont l\u2019image de son corps porte les traces. Partant de cette id\u00e9e formul\u00e9e par Andrea Oberhuber selon laquelle \u00ab\u00a0les corps <em>montrent<\/em> ce qui n\u2019est pas visible \u00e0 l\u2019\u0153il nu, ils <em>parlent<\/em>, ils <em>performent<\/em> des id\u00e9es\u00a0\u00bb (2013, 18; l\u2019auteure souligne), le narrateur d\u2019<em>Avec Bastien<\/em> entreprend donc un travail de d\u00e9chiffrement de ce corps-texte (<em>corpus<\/em>) qui s\u2019offre \u00e0 son regard, ce qui le dispose \u00e0 imaginer \u00ab\u00a0le corps d\u2019enfant de Bastien [\u2026] [qui] se faufile et se glisse, dispara\u00eet et revient\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 21), ici dans un pli de peau, l\u00e0 dans un geste, un rictus. Il y a donc, dans le projet du narrateur, une envie de d\u00e9celer la part d\u2019histoire que dissimule et r\u00e9v\u00e8le \u00e0 la fois la surface du corps de Bastien, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0un corps qui donne acc\u00e8s \u00e0 une image, \u00e0 un para\u00eetre, et qui, en m\u00eame temps, renvoie \u00e0 l\u2019\u00eatre m\u00eame de la personne qui se trouve devant [lui]\u00a0\u00bb (Marzano, 2007, 7). \u00c0 ce propos, Georges Vigarello sugg\u00e8re qu\u2019\u00ab\u00a0une arch\u00e9ologie des \u00ab\u00a0effets\u00a0\u00bb corporels s\u2019impose aujourd\u2019hui [\u2026]\u00a0: la peau r\u00e9v\u00e8le nos \u00e9tats d\u2019\u00e2me, les douleurs ou raideurs du corps r\u00e9v\u00e8lent nos secrets, [\u2026] alors que nos conflits intimes viennent durablement s\u2019inscrire dans nos tissus\u00a0\u00bb (Vigarello, 2014, 8). En effet, il semble que notre corps soit apte \u00e0 d\u00e9voiler notre histoire intime, nos conflits pass\u00e9s, nos \u00e9motions de chair. Ce que chaque sujet poss\u00e8de de plus intime peut ais\u00e9ment, d\u00e8s lors qu\u2019il est expos\u00e9 au regard d\u2019autrui, devenir compr\u00e9hensible \u00e0 qui sait <em>regarder<\/em>.<\/p>\n<p>La pornographie, en offrant \u00e0 la vue du spectateur tous ces corps d\u00e9nud\u00e9s, est pour ainsi dire un mat\u00e9riau de choix pour une r\u00e9appropriation de l\u2019image corporelle. En songeant \u00e0 notre rapport contemporain \u00e0 l\u2019image, le narrateur dit\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est comme si nous avions d\u00e9cid\u00e9 de nous affranchir des barri\u00e8res de la peau, laissant \u00e0 profusion le monde entrer en nous sans penser \u00e0 mal et nous entrer dans le monde sans penser \u00e0 la d\u00e9possession.\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 39) Si Bastien montre tout de son corps d\u00e9nud\u00e9 et offert aux milliers de spectateurs qui l\u2019observent derri\u00e8re leur \u00e9cran, il ne r\u00e9v\u00e8le pourtant rien quant \u00e0 son identit\u00e9 et son existence\u00a0: \u00ab\u00a0Les acteurs, eux, donnent tout, songe le narrateur, [l]a lumi\u00e8re ne les affole pas, non plus la nudit\u00e9 totale des corps et des d\u00e9cors. [\u2026] Ce faisant, on le sait, ils ne l\u00e2chent rien.\u00a0\u00bb (14) Le travail du narrateur est alors d\u2019\u00eatre attentif \u00e0 chacun des fr\u00e9missements du corps de Bastien, de fa\u00e7on \u00e0 voir au-del\u00e0 d\u2019une image du corps qui serait sans relief, comme le souligne Francis Berthelot dans son essai <em>Le corps du h\u00e9ros<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 chaque instant, par ses postures, les gestes infimes qui lui \u00e9chappent, la mani\u00e8re dont il r\u00e9agit aux \u00e9v\u00e9nements, le corps des personnages nous renseigne sur un avenir dont ils n\u2019ont pas conscience. Alors m\u00eame qu\u2019ils nous sont pr\u00e9sent\u00e9s de mani\u00e8re statique, le langage de leur corps est non seulement en avance sur leur propre langage, mais aussi plus sinc\u00e8re (Berthelot, 1997, 99).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le narrateur s\u2019attarde donc au langage du corps de Bastien, c\u2019est-\u00e0-dire (comme il le dit lui-m\u00eame) \u00ab\u00a0au spectacle de ce que disent, de nous, dans l\u2019amour, nos corps, en premi\u00e8re ligne du regard, bien en de\u00e7\u00e0 des mots, bien au-del\u00e0 des images \u2013 ce que quelques-uns d\u2019entre nous osent livrer \u00e0 nos contemplations en pensant ne c\u00e9der, de leur cul, que l\u2019image\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 80).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la sexualit\u00e9 explicite qui est repr\u00e9sent\u00e9e, ce que laisse imaginer le corps de Bastien, c\u2019est donc \u00e0 la fois \u00ab\u00a0l\u2019enfant attendrissant, l\u2019adolescent prometteur, le jeune homme s\u00e9duisant [qui] sont balay\u00e9s par le charme puissant qui irrigue les traits de son visage, ses regards, ses expressions, ses sourires, par l\u2019architecture rigoureuse, impeccable de son corps\u00a0\u00bb (110). Le narrateur sculpte le portrait de Bastien avec toute l\u2019acuit\u00e9 d\u2019un esth\u00e8te\u00a0: brutalit\u00e9 des sc\u00e8nes sexuelles au premier plan, mais reconstruction du d\u00e9sir en filigrane.<\/p>\n<p>\u00a0Nous trouvons un \u00e9cho \u00e0 cette fa\u00e7on de manipuler l\u2019image du corps dans le travail d\u2019\u00e9criture de Riboulet lui-m\u00eame. En effet, en parlant du rapport qu\u2019il entretient avec ses personnages, il confie en entrevue\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le corps me para\u00eet \u00eatre une sorte de r\u00e9ceptacle et de creuset pour une quantit\u00e9 infinie d\u2019expressions. [\u2026] Tout ce que le corps exprime et qu\u2019on ne dit pas, c\u2019est un r\u00e9servoir infini. En particulier, chez toute une cat\u00e9gorie de gens dont je fais mes personnages parce que j\u2019ai envie de leur donner l\u2019existence qu\u2019ils n\u2019acquerront jamais par la parole et parce que le langage du corps, il n\u2019y a pas beaucoup de gens pour le voir, le d\u00e9crypter, le comprendre (Guichard, 2008, [En ligne]).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme son auteur, le narrateur d\u2019<em>Avec Bastien<\/em> fait partie de ces personnes qui arrivent \u00e0 voir et \u00e0 comprendre le langage des corps. Notons par contre que cette attention \u00e0 l\u2019image d\u2019autrui, dans l\u2019espace du roman, est aussi intimement li\u00e9e au d\u00e9sir sexuel du narrateur. Comme l\u2019\u00e9nonce Andrea Oberhuber, \u00ab\u00a0dans une soci\u00e9t\u00e9 du spectaculaire, le corps devient \u00e9cran de projection, \u00e0 la fois du d\u00e9sir et des fantasmes, du soi et de l\u2019Autre\u00a0\u00bb (2012, 13). Nous constatons en achevant la lecture du roman que le d\u00e9sir sexuel du narrateur se mue finalement en d\u00e9sir de combler les vides, de fantasmer, d\u2019inventer, d\u2019\u00e9crire. \u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 d\u00e9faut d\u2019entretenir un rapport fusionnel induit par l\u2019usage de la pr\u00e9position initiale du titre \u2013 <em>Avec<\/em> Bastien \u2013, le roman esquisse les traits d\u2019une s\u00e9rieuse personnification du d\u00e9sir. Un d\u00e9sir de l\u2019Autre qui est aussi \u2013 nous le d\u00e9couvrons au fil du r\u00e9cit \u2013 d\u00e9sir d\u2019invention et de cr\u00e9ation. Le narrateur s\u2019enivre de Bastien, l\u2019objet de son d\u00e9sir, au point de se laisser emporter, comme en t\u00e9moignent plusieurs passages du texte\u00a0: \u00ab\u00a0Revenons \u00e0 nos agneaux\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 13), \u00ab\u00a0Ne perdons rien de vue\u00a0\u00bb (24), \u00ab\u00a0Ne nous \u00e9garons pas\u00a0\u00bb (31), etc. Faute de pouvoir s\u2019approcher plus pr\u00e8s, c\u2019est-\u00e0-dire en \u00ab\u00a0vrai\u00a0\u00bb de l\u2019objet de sa fascination, le narrateur lui invente une existence, pur produit de son activit\u00e9 de spectateur d\u00e9sirant. L\u2019exercice du regard est au c\u0153ur de ce d\u00e9sir, de mani\u00e8re \u00e0 toucher sans toucher. L\u2019\u00e9cran est un garde-fou pour le narrateur\u00a0: il est s\u00fbr qu\u2019il ne pourra pas toucher l\u2019objet de son d\u00e9sir, ce qui lui assure une s\u00e9curit\u00e9. Il ne risque rien d\u2019autre que de se perdre dans son d\u00e9sir. D\u00e8s lors, le narrateur s\u2019engouffre dans une contemplation, une r\u00eaverie infinie. C\u2019est ainsi que le narrateur invente un personnage fantasmatique \u2013 Bastien \u2013, se b\u00e2tissant dans sa t\u00eate d\u2019autres histoires, d\u2019autres films, dont il pourrait cette fois \u00eatre le h\u00e9ros en participant \u00e0 l\u2019action. En effet, nous en venons \u00e0 nous demander \u00e0 quel point cette tentative d\u2019invention d\u2019une vie fantasm\u00e9e \u00e0 un acteur pornographique anonyme n\u2019est pas une fa\u00e7on pour le narrateur de se rapprocher de lui en ajoutant d\u2019autres dimensions aux images \u00e0 l\u2019\u00e9cran. C\u2019est d\u2019ailleurs sur cet espoir de rencontrer Bastien dans la r\u00e9alit\u00e9 que le narrateur ach\u00e8ve son livre\u00a0: \u00ab\u00a0Un jour, j\u2019irai \u00e0 Bongue.\u00a0\u00bb (120)<\/p>\n<h2>Le fantasme de l\u2019arri\u00e8re-image<\/h2>\n<p>Le roman <em>Avec Bastien<\/em> raconte donc l\u2019histoire d\u2019une r\u00e9sistance fragile, mais pr\u00e9cieuse, \u00e0 la logique dominante de l\u2019image. Le narrateur y est un consommateur d\u2019images pornographiques, images vou\u00e9es \u00e0 \u00eatre consomm\u00e9es rapidement lorsqu\u2019elles rencontrent le d\u00e9sir, afin de l\u2019apaiser pour un instant. Le narrateur s\u2019y attarde pourtant, et touche ces images de sa subjectivit\u00e9, de fa\u00e7on \u00e0 les remanier \u00e0 la lumi\u00e8re de son d\u00e9sir. Prot\u00e9g\u00e9 derri\u00e8re son \u00e9cran, il invente une vie en creux au personnage qui s\u2019\u00e9bat devant ses yeux, ce myst\u00e9rieux jeune homme qu\u2019il nomme Bastien, et qu\u2019il habite de ses fantasmes et de son imaginaire.<\/p>\n<p>Ce rapport d\u2019implication et de cr\u00e9ation par rapport \u00e0 l\u2019image pornographique n\u2019est pas sans rappeler les propos de Pascal Quignard \u00e9voqu\u00e9s plus t\u00f4t, \u00e0 savoir que le fait de porter un regard d\u00e9sirant sur une image am\u00e8ne le sujet-spectateur \u00e0 chercher une autre image derri\u00e8re celle qu\u2019il voit. Ce \u00ab\u00a0spectateur \u00e9mancip\u00e9\u00a0\u00bb qu\u2019est le narrateur de Riboulet se sert de l\u2019image \u00e0 l\u2019\u00e9cran, toute unidimensionnelle qu\u2019elle soit, pour la remanier, teint\u00e9e par sa propre subjectivit\u00e9 de spectateur d\u00e9sirant. Dans <em>Avec Bastien<\/em>, le narrateur, influenc\u00e9 par son d\u00e9sir, investit la part d\u2019ombre qu\u2019il s\u2019imagine en marge de l\u2019image, c\u2019est-\u00e0-dire autant ce que le cadre de l\u2019\u00e9cran cache que ce que le corps de Bastien dissimule \u00e0 son regard. Nourri par ses fantasmes, il procure aux images pornographiques une histoire, renversant ainsi le destin de ces images vou\u00e9es \u00e0 \u00eatre consomm\u00e9es, puis oubli\u00e9es.<\/p>\n<p>En guise de conclusion, nous proposons de nous d\u00e9placer en amont du texte pour nous int\u00e9resser \u00e0 la fa\u00e7on dont Mathieu Riboulet se sert lui-m\u00eame des images pour \u00e9crire. Comment s\u2019op\u00e8re, chez lui, ce d\u00e9placement, voire cette rem\u00e9diatisation de l\u2019image par l\u2019entremise de l\u2019\u00e9criture? \u00ab\u00a0Comment se r\u00e9approprie-t-on les choses, comment on les investit, les regardes, les habite?, se demande Mathieu Riboulet. Pour moi, la r\u00e9ponse c\u2019est l\u2019\u00e9criture qui l\u2019apporte.\u00a0\u00bb (Guichard, 2008, [En ligne]) C\u2019est bien ce que semble traduire tout le projet de son roman <em>Avec Bastien.<\/em> Nous retrouvons la m\u00eame id\u00e9e \u2013 peut-\u00eatre m\u00eame de fa\u00e7on plus concr\u00e8te encore \u2013 dans son recueil <em>Lisi\u00e8res du corps<\/em>, publi\u00e9 cinq ans plus tard, soit en 2015. Tout au long du texte intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le nom de soleil en qu\u00e9chua\u00a0\u00bb, Riboulet d\u00e9crit une photographie r\u00e9elle de Pierre Hybre issue d\u2019une s\u00e9rie intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Ruptures\u00a0\u00bb, et dans laquelle il cherche \u00e0 rendre visible ce qui ne l\u2019est pas, \u00e0 r\u00e9attribuer un sens \u00e0 ce qui l\u2019a perdu\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le gars se tient. (J\u2019ai envie de l\u2019attraper, je ne sais comment faire.) Il est camp\u00e9 sur ses pieds, au milieu d\u2019un pr\u00e9 en pente; derri\u00e8re, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019une combe, des bois; \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s un chien. (Je d\u00e9cris une photographie.) [\u2026] (Je n\u2019ai d\u2019embl\u00e9e eu que ce mot, gars, pour l\u2019attraper, j\u2019y reste arrim\u00e9 depuis des mois que je regarde la photographie.) (Riboulet, 2015, 35)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous ne sommes donc pas, contrairement au cas d\u2019<em>Avec Bastien<\/em>, dans une fiction totale ou un fantasme, mais bien dans un rapport \u00e0 une image r\u00e9elle et tangible. En effet, ladite photo est m\u00eame reproduite en couleur \u00e0 la fin du texte, comme une r\u00e9v\u00e9lation qui viendrait appuyer tout ce que le texte ne faisait que sugg\u00e9rer jusque l\u00e0 en le nommant\u00a0: \u00ab\u00a0Que faire de ces photos qui nous assaillent en nombre? Et que faire de ces corps qui ne demandent rien? Tourner le dos aux unes pour accueillir les autres, \u00e9crire pour d\u00e9signer et circonscrire le trouble o\u00f9 tout cela me jette, et t\u00e2cher de ne pas c\u00e9der \u00e0 la folie.\u00a0\u00bb (41) Ce rapport texte\/image est central dans l\u2019\u00e9criture de Riboulet. Non pas distincts l\u2019un de l\u2019autre, le texte et l\u2019image se compl\u00e8teraient m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Si la photographie montre, parfois d\u00e9signe, le texte nomme, il est l\u00e0 pour \u00e7a, c\u2019est cela qu\u2019il doit faire; nos regards nous pr\u00e9c\u00e8dent et nos textes nous nomment, ceux qui viendront apr\u00e8s les auront en m\u00e9moire pour peu qu\u2019ils aient encore envie, loisir de lire.\u00a0\u00bb (42) Pour Riboulet, cet acc\u00e8s \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-image ne peut donc se faire que par une rem\u00e9diatisation, par l\u2019\u00e9criture, de l\u2019image, laquelle permet de nommer ce qui est invisible et qui \u00e9chappe aux limites du regard (voire au \u00ab\u00a0cadre\u00a0\u00bb de notre regard-\u00e9cran). L\u2019\u00e9criture, comme c\u2019est le cas dans <em>Avec Bastien<\/em>, permettrait donc d\u2019investir, d\u2019habiter l\u2019image dans toutes ses dimensions, d\u2019explorer ce que la dimension restreignante de l\u2019image ne permet pas de voir, de mani\u00e8re \u00e0 \u00ab\u00a0redonner aux hommes une marge de man\u0153uvre\u00a0\u00bb (43).<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>BACHELARD, Gaston. 1960. <em>Po\u00e9tique de la r\u00eaverie<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, 185\u00a0p.<\/p>\n<p>BAUDRY, Patrick. 1997. <em>La pornographie et ses images<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin, coll. \u00ab\u00a0Agora\u00a0\u00bb, 336 p.<\/p>\n<p>BERTHELOT, Francis. 1997. <em>Le corps du h\u00e9ros. Pour une s\u00e9miotique de l\u2019incarnation romanesque<\/em>. Paris\u00a0: Nathan, 192 p.<\/p>\n<p>BERTRAND, Claude-Jean, et Annie Baron-Carvais<em>. <\/em>2001. <em>Introduction \u00e0 la pornographie. Panorama critique<\/em>. Paris\u00a0: La Musardine, coll. \u00ab\u00a0L\u2019Attrape-corps\u00a0\u00bb, 213 p.<\/p>\n<p>COMOLLI, Jean-Louis. 2012. <em>Corps et cadre. Cin\u00e9ma, \u00e9thique, politique<\/em>. Paris\u00a0: Verdier, 602 p.<\/p>\n<p>FLEISCHER, Alain. 2000. <em>La Pornographie. Une id\u00e9e fixe de la photographie<\/em>. Paris\u00a0: La Musardine, coll. \u00ab\u00a0L\u2019Attrape-corps\u00a0\u00bb, 95 p.<\/p>\n<p>FONTANILLE, Jacques. 2011. <em>Corps et sens<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, coll. \u00ab\u00a0Formes s\u00e9miotiques\u00a0\u00bb, 186 p.<\/p>\n<p>GUICHARD, Thierry. 2008. \u00ab\u00a0Dialogue avec les morts\u00a0\u00bb, <em>Le Matricule des anges<\/em>, En ligne &lt;<a href=\"http:\/\/editions-verdier.fr\/2014\/04\/23\/dossier-paru-dans-le-matricule-des-anges-octobre-2008-par-thierry-guichard\/&gt;\">http:\/\/editions-verdier.fr\/2014\/04\/23\/dossier-paru-dans-le-matricule-des&#8230;<\/a><\/p>\n<p>LE BRETON, David. 2013a [1990]. <em>Anthropologie du corps et modernit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, coll. \u00ab\u00a0Quadrige\u00a0\u00bb, 331 p.<\/p>\n<p>______. 2013b [1999]. <em>L\u2019adieu au corps<\/em>. Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9, coll. \u00ab\u00a0Suites essais\u00a0\u00bb, 241\u00a0p.<\/p>\n<p>LIPOVETSKY, Gilles et Jean SERROY. 2008. <em>L\u2019\u00c9cran global. Culture-m\u00e9dias et cin\u00e9ma \u00e0 l\u2019\u00e2ge hypermoderne<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab\u00a0La couleur des id\u00e9es\u00a0\u00bb, 362\u00a0p.<\/p>\n<p>MARZANO, Michela. 2007. <em>La philosophie du corps<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, coll. \u00ab\u00a0Que sais-je?\u00a0\u00bb, 127 p.<\/p>\n<p>OBERHUBER, Andrea. 2012. <em>Corps de papier. R\u00e9sonance<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: \u00c9ditions Nota\u00a0Bene, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Nouveaux Essais Spirale\u00a0\u00bb, 238 p.<\/p>\n<p>______. 2013. \u00ab\u00a0Dans le corps du texte\u00a0\u00bb, <em>Tangence<\/em>, n<sup>o<\/sup> 103, p.\u00a05-19.<\/p>\n<p>QUIGNARD, Pascal. 1994. <em>Le sexe et l\u2019effroi<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 316 p.<\/p>\n<p>RANCIERE, Jacques. 2008. <em>Le spectateur \u00e9mancip\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: La Fabrique, 145 p.<\/p>\n<p>RIBOULET, Mathieu. 2010. <em>Avec Bastien<\/em>. Paris\u00a0: Verdier, 120 p.<\/p>\n<p>______. 2015. \u00ab\u00a0Le nom de soleil en qu\u00e9chua\u00a0\u00bb, <em>Lisi\u00e8res du corps<\/em>. Paris\u00a0: Verdier, p.\u00a033-46.<\/p>\n<p>VIAL, St\u00e9phane. 2013. <em>L\u2019\u00catre et l\u2019\u00e9cran. Comment le num\u00e9rique change la perception<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, 336 p.<\/p>\n<p>VIGARELLO, Georges. 2014. <em>Le sentiment de soi. Histoire de la perception du corps<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab\u00a0L\u2019univers historique\u00a0\u00bb, 312 p.<\/p>\n<p>WAJCMAN, G\u00e9rard. 2010. <em>L\u2019\u0153il absolu<\/em>. Paris\u00a0: Deno\u00ebl, 336 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_4p0tppf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_4p0tppf\">[1]<\/a> Du moins, m\u00eame dans les cas o\u00f9 il y aurait un semblant de sc\u00e9nario, celui-ci s\u2019av\u00e8re tellement \u00e9cul\u00e9 que cela revient \u00e0 dire qu\u2019il n\u2019y a pas davantage d\u2019histoire.<\/p>\n<p id=\"footnote2_0s8ytjc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_0s8ytjc\">[2]<\/a> \u00c0 ce propos, Baudry donne l\u2019exemple d\u2019un homme qui faisait jouer en permanence, dans son appartement, des films pornographiques comme fond visuel et sonore. Il pouvait alors s\u2019y attarder \u00e0 l\u2019occasion, saisissant au passage un moment de ce flux incessant d\u2019images, ou simplement ne pas s\u2019en pr\u00e9occuper, au gr\u00e9 de ses envies.<\/p>\n<p id=\"footnote3_kc5xf8k\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_kc5xf8k\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0Sur cette table, [\u2026] sa m\u00e8re, ou la mienne, aurait pu disposer un bouquet de pivoines rouges au c\u0153ur p\u00e2le. [\u2026] Qu\u2019on y dispose aujourd\u2019hui le corps d\u2019un homme dont la cam\u00e9ra, demain, nous fera croire qu\u2019il a servi de d\u00e9fouloir \u00e0 trois gaillards intraitables pendant des heures, est une autre fa\u00e7on d\u2019exalter la beaut\u00e9 du monde qui fait de cette table un autel et de ma pens\u00e9e un sacril\u00e8ge [\u2026].\u00a0\u00bb (Riboulet, 2010, 22)<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Bergeron, \u00c9tienne 2016. \u00ab\u202fInvestir le \u00ab\u00a0vide\u00a0\u00bb pornographique. Le fantasme de l\u2019arri\u00e8re-image dans Avec Bastien de Mathieu Riboulet\u202f\u00bb, \u202f<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u202f\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023, En \u202fligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/bergeron-23&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergeron_pdf_23.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 bergeron_pdf_23.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-686dbfc3-2943-4c06-923a-90d85195e49e\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergeron_pdf_23.pdf\">bergeron_pdf_23<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergeron_pdf_23.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-686dbfc3-2943-4c06-923a-90d85195e49e\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u202f\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023 Dans son essai L\u2019\u0153il absolu, G\u00e9rard Wajcman dresse un portrait de notre \u00e9poque comme une \u00e8re du \u00ab\u00a0tout visible\u00a0\u00bb (Wajcman, 2010, 322), sugg\u00e9rant que le sujet contemporain nierait l\u2019existence d\u2019une part d\u2019ombre aux images. S\u2019appuyant sur des cas embl\u00e9matiques tels que l\u2019imagerie scientifique, la vid\u00e9osurveillance et les webcams, Wajcman parle [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1269,1270],"tags":[32],"class_list":["post-5599","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-ecrire-avec","category-hors-dossier-ecrire-avec","tag-bergeron-etienne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5599","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5599"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5599\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8743,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5599\/revisions\/8743"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5599"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5599"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5599"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}