{"id":5605,"date":"2024-06-13T19:48:28","date_gmt":"2024-06-13T19:48:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/il-ny-a-jamais-moyen-de-deplacer-une-grille-sans-que-tout-senvole-1-ecrire-lire-vivre-ensemble-dans-les-essais-de-jacques-brault\/"},"modified":"2024-08-29T17:47:20","modified_gmt":"2024-08-29T17:47:20","slug":"il-ny-a-jamais-moyen-de-deplacer-une-grille-sans-que-tout-senvole-1-ecrire-lire-vivre-ensemble-dans-les-essais-de-jacques-brault","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5605","title":{"rendered":"\u00ab Il n\u2019y a jamais moyen de d\u00e9placer une grille sans que tout s\u2019envole [1]. \u00bb \u00c9crire, lire, vivre ensemble dans les essais de Jacques Brault"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\">Dossier \u00ab \u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023<\/a><\/h5>\n<p>La lecture et l\u2019\u00e9criture ont partie li\u00e9e dans l\u2019univers essayistique. La lecture n\u2019y est pas confin\u00e9e \u00e0 une activit\u00e9 hors-texte, mais constitue une mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire. Proche de la critique, les essais de Jacques Brault travaillent en dialogue avec d\u2019autres \u0153uvres d\u2019art. Ses essais, parus pour la plupart dans la revue <em>Libert\u00e9<\/em> et rassembl\u00e9s dans les <em>Chemins<\/em><a id=\"footnoteref1_atro0r2\" class=\"see-footnote\" title=\" Il s\u2019agit de Chemin faisant (1994, [1975]), La Poussi\u00e8re du chemin (1989) et Chemins perdus, chemins trouv\u00e9s (2012).\" href=\"#footnote1_atro0r2\">[1]<\/a>, sont marqu\u00e9s par un dialogue r\u00e9current avec des \u0153uvres, litt\u00e9raires ou picturales. L\u2019essayiste s\u2019y d\u00e9signe peu en tant que \u00ab\u00a0lecteur\u00a0\u00bb, mais sa pratique de lecture est d\u00e9terminante dans la construction de son <em>ethos<\/em>. Celui-ci remet en cause l\u2019autorit\u00e9 auctoriale; s\u2019y conjuguent, \u00e0 l\u2019instar des essais de Michel de Montaigne, l\u2019intimit\u00e9, la familiarit\u00e9 ainsi que l\u2019exploration et l\u2019incertitude.<\/p>\n<p>Ces choix invitent \u00e0 une reconfiguration des modes de lecture qui impliquent, plus largement, une politique de la litt\u00e9rature. Avec Fran\u00e7ois Cusset, il nous semble qu\u2019<\/p>\n<blockquote>\n<p>une politique de la litt\u00e9rature, si une telle chose existe, se situe \u00e0 la fois en de\u00e7\u00e0 et au-del\u00e0 des fins r\u00e9volutionnaires et des contextes sociaux\u00a0: elle concerne la question de la lecture, et plus particuli\u00e8rement la question de savoir si nous lisons <em>ensemble <\/em>ou pas, et, si tel est le cas, en quel sens et dans quelle mesure (2015, 112).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0Or, on fait l\u2019hypoth\u00e8se que les gestes de lecture pr\u00e9sents dans les essais de Jacques Brault engagent plus qu\u2019eux-m\u00eames et proposent une pens\u00e9e du vivre-ensemble. Lire, se mettre en relation avec un ou plusieurs textes peut \u00e9clairer\u00a0la mani\u00e8re dont nous faisons soci\u00e9t\u00e9. On consid\u00e8re, en effet, l\u2019acte de lecture comme un acte interpr\u00e9tatif au m\u00eame niveau que ceux qui d\u00e9terminent la conception et les pratiques du vivre-ensemble. Questionner les conditions de l\u2019acte de lecture revient donc \u00e0 questionner les conditions du vivre-ensemble et \u00e0 en imaginer les possibles. En repensant l\u2019implication du lectorat ainsi que le statut du texte dans l\u2019acte de lecture, les th\u00e9ories de la lecture contemporaines, h\u00e9rit\u00e9es du pragmatisme et de l\u2019histoire culturelle, ont pos\u00e9 les jalons d\u2019une \u00ab\u00a0politique de la lecture\u00a0\u00bb (Hamel, 2014). Cette hypoth\u00e8se est notre point d\u2019appui pour comprendre comment le positionnement<a id=\"footnoteref2_7sm0dt9\" class=\"see-footnote\" title=\" Pour Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau, \u00ab\u00a0[c]e terme d\u00e9signe \u00e0 la fois les op\u00e9rations par lesquelles [l\u2019]identit\u00e9 \u00e9nonciative n\u2019est pas ferm\u00e9e, fig\u00e9e, elle se maintient dans un champ discursif et cette identit\u00e9 m\u00eame. Ambigu\u00eft\u00e9 int\u00e9ressante, car une identit\u00e9 \u00e9nonciative n\u2019est pas ferm\u00e9e et fig\u00e9e, elle se maintient \u00e0 travers l\u2019interdiscours par un travail incessant de reconfiguration.\u00a0\u00bb, Voir Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau (dir.), 2002, Dictionnaire d\u2019analyse du discours, Paris, Seuil, p.\u00a0453.\" href=\"#footnote2_7sm0dt9\">[2]<\/a> de lecteur que Jacques Brault explore dans ses textes permet de penser une forme de vivre-ensemble, refusant la reproduction du m\u00eame et invitant \u00e0\u00a0la reconfiguration permanente.<\/p>\n<p><em>La Poussi\u00e8re du chemin<\/em>, qui rassemble des articles parus entre 1970 et 1987, sera notre terrain d\u2019exploration. Des trois recueils d\u2019essais parus jusqu\u2019\u00e0 maintenant, il appara\u00eet comme le plus audacieux en terme d\u2019exp\u00e9riences formelles et de lectures polyphoniques. Notre parcours ouvrira trois sentiers\u00a0: on montrera d\u2019abord que ces essais pr\u00e9sentent un lecteur polyphonique \u00e0 l\u2019identit\u00e9 instable; ensuite, que la pratique de lecture actualisante<a id=\"footnoteref3_885adhr\" class=\"see-footnote\" title=\" Voir Yves Citton, 2007, Lire, interpr\u00e9ter, actualiser. Pour quoi les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0?, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 368 p. \" href=\"#footnote3_885adhr\">[3]<\/a> de Jacques Brault d\u00e9stabilise les \u00ab\u00a0identit\u00e9s f\u00e9tiches <a id=\"footnoteref4_rcw3e9r\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans son article \u00ab\u00a0D\u00e9faire les identit\u00e9s f\u00e9tiches\u00a0\u00bb R\u00e9gine Robin explique comment la langue et l\u2019identit\u00e9 peuvent \u00eatre trait\u00e9es en \u00ab\u00a0objets f\u00e9tiches\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0donn\u00e9e[s] essentialis\u00e9e[s]\u00a0\u00bb dans la d\u00e9fense du fran\u00e7ais au Qu\u00e9bec. Dans Jocelyn L\u00e9tourneau, (dir), 1994, La question identitaire au Canada francophone. R\u00e9cits, parcours, enjeux, hors-lieux, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, p.\u00a0215-240. \" href=\"#footnote4_rcw3e9r\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb des textes. Enfin, on verra que ses lectures proposent un <em>ethos <\/em>d\u2019apprenti, qui est ferment d\u2019horizontalit\u00e9 et qui se construit dans un rapport d\u2019incertitude aux textes.<\/p>\n<h2>Le lecteur comme caisse de r\u00e9sonnance<\/h2>\n<p>Les textes des <em>Chemins <\/em>sont souvent \u00e9crits \u00e0 la premi\u00e8re personne, accompagn\u00e9s d\u2019anecdotes biographiques (pr\u00e9sent\u00e9es comme telles) ou empreints de modalisations (expressions en italique ou entre guillemets, usage de l\u2019ironie par exemple) qui cr\u00e9ent un\u00a0effet de pr\u00e9sence\u00a0et \u00e9tablissent une certaine intimit\u00e9 avec le lectorat. Les lectures de Jacques Brault, qu\u2019elles soient \u00e9nonc\u00e9es \u00e0 la premi\u00e8re ou \u00e0 la troisi\u00e8me personne du singulier, se d\u00e9ploient dans une pluralit\u00e9 de voix, un \u00e9toilement de perspectives plut\u00f4t que dans la construction d\u2019une entit\u00e9 stable et coh\u00e9rente qui ferait la sp\u00e9cificit\u00e9 de la lecture. Jacques Brault choisit des dispositifs propices aux lectures polyphoniques et construit ainsi un <em>ethos, <\/em>une mani\u00e8re d\u2019\u00eatre. Notion qui fait l\u2019objet de nombreuses discussions et interpr\u00e9tations, l\u2019<em>ethos<\/em> est ici compris, avec Ruth Amossy, comme \u00ab\u00a0la fa\u00e7on dont le sujet parlant construit son identit\u00e9 en s\u2019int\u00e9grant dans un espace structur\u00e9 qui lui assigne sa place et son r\u00f4le\u00a0\u00bb (2010, 38). Citant Dominique Maingueneau, elle ajoute que l\u2019<em>ethos<\/em> pr\u00e9sente \u00ab\u00a0une mani\u00e8re sp\u00e9cifique de se rapporter au monde en habitant son propre corps\u00a0\u00bb (39).\u00a0Or, l\u2019<em>ethos<\/em> de Jacques Brault-lecteur se d\u00e9ploie comme \u00eatre plusieurs, composite, \u00eatre r\u00e9sonnant. Dans sa <em>Po\u00e9tique de Dosto\u00efevski<\/em>, Mikha\u00efl Bakhtine explique que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ce qui appara\u00eet dans [les] \u0153uvres [de Dosto\u00efevski] ce n\u2019est pas la multiplicit\u00e9 de caract\u00e8res et de destins \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un monde unique et objectif, \u00e9clair\u00e9 par la seule conscience de l\u2019auteur<em> mais la pluralit\u00e9 des consciences \u00ab\u00a0\u00e9quipollentes\u00a0\u00bb et de leur univers<\/em> qui, sans fusionner se combinent dans l\u2019unit\u00e9 d\u2019un \u00e9v\u00e9nement donn\u00e9 (1970, 35).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La th\u00e9orie de la polyphonie pense l\u2019\u00e9nonciation comme pr\u00e9sence de plusieurs voix de valeur \u00e9quivalente dans un texte et dont le discours n\u2019est pas synth\u00e9tis\u00e9 par une autorit\u00e9. Si les essais de Jacques Brault sont marqu\u00e9s par une voix reconnaissable d\u2019un texte \u00e0 l\u2019autre \u2013 qui fait les liens entre les diff\u00e9rentes voix, les introduit et les commente \u2013 la singularit\u00e9 de ses lectures s\u2019exprime par une capacit\u00e9 \u00e0 lire \u00e0 plusieurs. La parole de l\u2019\u00e9crivain n\u2019occupe pas tout l\u2019espace discursif et n\u2019est pas souveraine. Ses essais sont souvent \u00e9crits <em>avec<\/em> les textes et non <em>sur<\/em> ou <em>\u00e0 propos<\/em>. Dans un essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Petite suite \u00e9milienne<a id=\"footnoteref5_u64upla\" class=\"see-footnote\" title=\" Publi\u00e9 initialement dans le num\u00e9ro\u00a0164 de Libert\u00e9 paru en 1986 et consacr\u00e9 \u00e0 Emily Dickinson. \" href=\"#footnote5_u64upla\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, p.\u00a0119-133), il lit-lie les textes d\u2019Emily Bront\u00eb et d\u2019Emily Dickinson en combinant citations dans un format classique (deux points et citation \u00e0 la ligne) et citations qui prolongent le discours de l\u2019essai ou qui font partie int\u00e9grante du texte (m\u00eame si elles sont \u00e0 la ligne et en italiques dans les deux cas). On peut lire\u00a0\u00e0 propos des amours d\u2019Emily Dickinson\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Amour panique qui se risque hors de sa retraite o\u00f9 il n\u2019en peut mais de ronger ses songes; il s\u2019\u00e9prouve sur l\u2019aire du po\u00e8me car il ne se veut pas<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>\u2026 bien au chaud et pur et born\u00e9<\/em><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>\u2026 compr\u00e9hensible<\/em><\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <em>Compris<\/em><\/p>\n<p>comme l\u2019\u00e9crit la po\u00e9tesse \u00e9cossaise Margaret Tait (encore une \u00c9milie!) (<em>PC<\/em>, 131-132).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La lecture est ici doublement polyphonique en ce qu\u2019elle pr\u00e9sente plusieurs voix et plusieurs horizons spatio-temporels\u00a0: Margaret Tait, une po\u00e8te \u00e9cossaise du xx<sup>e<\/sup> si\u00e8cle devient une \u00ab\u00a0\u00c9milie\u00a0\u00bb, cat\u00e9gorie que la lecture construit en jouant sur le rapprochement de pr\u00e9noms et d\u2019esth\u00e9tiques. De la m\u00eame mani\u00e8re, Jacques Brault cite Mallarm\u00e9 ou Saint-Denys Garneau<a id=\"footnoteref6_o42kmej\" class=\"see-footnote\" title=\" Il conna\u00eet tr\u00e8s bien ses textes pour avoir \u00e9labor\u00e9 l\u2019\u00e9dition de ses \u0153uvres compl\u00e8tes en 1971. \" href=\"#footnote6_o42kmej\">[6]<\/a> pour \u00e9voquer le \u00ab\u00a0vide\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0d\u00e9centrement \u00e9go\u00efque\u00a0\u00bb (1989, 127) rencontr\u00e9 dans la po\u00e9sie d\u2019Emily Dickinson. Plut\u00f4t que de d\u00e9voiler <em>la<\/em> signification d\u2019un texte, sa lecture fait r\u00e9sonner ensemble des voix; elle d\u00e9ploie le texte \u00e0 travers des \u0153uvres dont le lectorat se saisit \u00e0 partir de \u00ab\u00a0son histoire, sa physiologie, sa biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb. Jean-Marie Goulemot (2003, 120) d\u00e9signe ainsi les trois champs qui fa\u00e7onnent nos lectures. Ces champs, s\u2019ils permettent des lectures singuli\u00e8res, sont partag\u00e9s par d\u2019autres et marqu\u00e9s par les influences culturelles, les \u00e9v\u00e9nements historiques dans lesquels celui ou celle qui lit a baign\u00e9. Et, en effet, les citations avec lesquelles Jacques Brault fait ses lectures permettent de reconstituer sa biblioth\u00e8que.<\/p>\n<p>Jacques Brault-lecteur est une caisse de r\u00e9sonnance, il se laisse traverser par des voix. Son <em>ethos <\/em>se distingue de l\u2019image de l\u2019auteur comme instance identitaire stable qui donne une lecture unifi\u00e9e et coh\u00e9rente du texte qu\u2019il commente. La dynamique de relation entre les diff\u00e9rentes voix pr\u00e9sentes dans le texte permet, en n\u2019assimilant plus une voix \u00e0 une identit\u00e9, de penser l\u2019\u00e9nonciation comme une coexistence de paroles, jamais vraiment elles-m\u00eames, jamais vraiment \u00e9trang\u00e8res, parce qu\u2019\u00ab\u00a0allum[\u00e9es] de reflets r\u00e9ciproques\u00a0\u00bb (Mallarm\u00e9, 211). Plusieurs des essais de Jacques Brault dont \u00ab\u00a0Petite suite \u00c9milienne\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0D\u00e9rives<a id=\"footnoteref7_pyinwcn\" class=\"see-footnote\" title=\" Une lecture d\u2019Apollinaire. [f\/n]\u00a0\u00bb (PC, p.\u00a065-79)\u00a0, \u00ab\u00a0Miron le magnifique\u00a0\u00bb (1975, 23-55) ou \u00ab\u00a0L\u2019approche du rivage Un essai sur Alain Grandbois dans Chemin faisant, op.cit., pp.\u00a0153-156. \" href=\"#footnote7_pyinwcn\">[7]<\/a>\u00a0\u00bb se pr\u00e9sentent dans une forme fragment\u00e9e, proposent des lectures par \u00e9toilement. Des lectures o\u00f9 l\u2019interpr\u00e9tation d\u00e9ploie les textes comment\u00e9s plut\u00f4t qu\u2019elle ne les concentre. Dans l\u2019extrait de \u00ab\u00a0Petite suite \u00c9milienne\u00a0\u00bb, le rapport entre les voix ne se construit pas sur le r\u00e9gime de l\u2019identit\u00e9\/alt\u00e9rit\u00e9 puisque la citation est partie prenante du discours de l\u2019essai tout se distinguant comme un texte \u00e0 part enti\u00e8re. La typographie montre une \u00e9nonciation qui ne fait pas bloc sur la page, mais qui se pr\u00e9sente comme plurielle et d\u00e9li\u00e9e.<\/p>\n<p>Le sujet de l\u2019\u00e9nonciation peut alors \u00eatre compris, avec Myriam Suchet, comme un \u00ab\u00a0effet du texte ou du discours<a id=\"footnoteref8_1k6hmra\" class=\"see-footnote\" title=\" Elle cite Dominique Maingueneau et commente\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cL\u2019\u00e8thos est ainsi attach\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de la parole, au r\u00f4le qui correspond \u00e0 son discours, et non \u00e0 l\u2019individu \u201cr\u00e9el\u201d, appr\u00e9hend\u00e9 ind\u00e9pendamment de sa prestation oratoire\u00a0: c\u2019est donc le sujet d\u2019\u00e9nonciation en tant qu\u2019il est en train d\u2019\u00e9noncer qui est ici en jeu.\u201d\u00a0L\u2019ethos se joue donc sur le plan de l\u2019\u00e9nonciation et doit n\u00e9cessairement \u00eatre rapport\u00e9 \u00e0 un sujet, quand bien-m\u00eame celui-ci n\u2019aurait d\u2019existence que comme un effet du texte ou du discours.\u00a0\u00bb dans Myriam Suchet, L\u2019imaginaire h\u00e9t\u00e9rolingue, Ce que nous apprennent les textes \u00e0 la crois\u00e9e des langues, Paris, Classiques Garnier, 2014, p.\u00a0184. \" href=\"#footnote8_1k6hmra\">[8]<\/a>\u00a0\u00bb. Tous les noms convoqu\u00e9s pour lire diff\u00e9rentes \u0153uvres, y compris celui de l\u2019auteur, et jusqu\u2019au <em>je<\/em> de l\u2019\u00e9nonciation pourraient \u00eatre mis entre guillemets<a id=\"footnoteref9_rprclly\" class=\"see-footnote\" title=\" Et Jacques Brault peut en convoquer beaucoup\u00a0: \u00ab\u00a0Voici les vrais compagnons de cet Apollinaire\u00a0: Max Jacob, bien s\u00fbr, mais surtout Robert Desnos, Raymond Queneau et, pourquoi pas Jacques Pr\u00e9vert. La passion, l\u2019\u00e9l\u00e9gance, le jeu du qui-perd-gagne, tout cela convoque Ess\u00e9nine, Lorca, Sylvain Garneau, Jean Charlebois.\u00a0\u00bb (PC, 84) \" href=\"#footnote9_rprclly\">[9]<\/a>. On rejoint alors Yves Citton qui \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Interpr\u00e9ter se con\u00e7oit beaucoup mieux au sein d\u2019un <em>sujet collectif<\/em>, en mouvement et en conflit, plut\u00f4t que comme une activit\u00e9 individuelle\u00a0: en interpr\u00e9tant un texte litt\u00e9raire, lecteurs et critiques savent qu\u2019ils <em>s\u2019inter-pr\u00eatent<\/em> des id\u00e9es, des processus de symbolisation, qui sont \u00e0 situer <em>entre<\/em> eux, plut\u00f4t que dans la besace propre de tel ou tel individu parmi eux (2010, 37).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On peut reconna\u00eetre dans la d\u00e9finition de l\u2019interpr\u00e9tation que donne Yves Citton un espace politique qui repose sur la mise en pr\u00e9sence de multiplicit\u00e9s. Comme la dynamique d\u00e9li\u00e9e des voix dans les essais de Jacques Brault attaque la stabilit\u00e9 et la coh\u00e9rence de la figure de l\u2019auteur, il nous semble qu\u2019elle refuse une conception de la soci\u00e9t\u00e9 con\u00e7ue comme une entit\u00e9 stable. En effet, le sujet-lecteur chez Jacques Brault ne se d\u00e9finit pas par son \u00eatre<a id=\"footnoteref10_2yzfqpq\" class=\"see-footnote\" title=\" Giorgio Agamben qui d\u00e9signe ainsi l\u2019approche ontologique fond\u00e9e sur une identit\u00e9 stable\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre rouge, fran\u00e7ais, musulman\u00a0\u00bb dans La communaut\u00e9 qui vient, th\u00e9orie des singularit\u00e9s quelconque, Paris, Seuil, 1990, p. 10. \" href=\"#footnote10_2yzfqpq\">[10]<\/a>, mais se construit dans la relation, dans un r\u00e9gime de la diff\u00e9rence plut\u00f4t que de la conformit\u00e9 \u00e0 une identit\u00e9<a id=\"footnoteref11_5u2kjay\" class=\"see-footnote\" title=\" Le sujet multiple et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de la lecture propose une exp\u00e9rience politique d\u2019\u00eatre-avec qui appara\u00eet particuli\u00e8rement pertinente au regard des politiques migratoires et des replis identitaires qui se manifestent en Europe et en Am\u00e9rique du Nord. \" href=\"#footnote11_5u2kjay\">[11]<\/a>. \u00c0\u00a0la n\u00e9cessit\u00e9 de maintenir la soci\u00e9t\u00e9 comme un espace rapaill\u00e9 o\u00f9 les identit\u00e9s sont des masques et circulent correspond celle de maintenir le texte \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs paroles par la lecture. On con\u00e7oit bien alors l\u2019urgence de penser la lecture comme le fait d\u2019un sujet collectif, o\u00f9 le texte s\u2019inter-pr\u00eate.<\/p>\n<h2>Habiter l\u2019\u00e9cart\u00a0: exp\u00e9riences de lectures actualisantes<\/h2>\n<p>Les lectures de Jacques Brault perturbent les identit\u00e9s f\u00e9tiches des \u0153uvres avec lesquelles elles entrent en dialogue. Outre l\u2019\u00e9nonciation polyphonique de l\u2019essai, il pratique aussi ce qu\u2019Yves Citton a appel\u00e9 une \u00ab\u00a0lecture actualisante\u00a0\u00bb. Cette forme de lecture revient \u00e0 d\u00e9placer un texte de son contexte de r\u00e9ception afin de cr\u00e9er une lecture signifiante pour le pr\u00e9sent. Yves Citton \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019interpr\u00e9tation litt\u00e9raire actualisante est une proc\u00e9dure de fid\u00e9lit\u00e9 qui n\u2019a pas pour objet premier le donn\u00e9 du \u00ab\u00a0texte\u00a0\u00bb, mais l\u2019\u00e9v\u00e9nement (ind\u00e9cidable) que constitue l\u2019\u0153uvre aux yeux de l\u2019intervenant-interpr\u00e8te; ce n\u2019est qu\u2019au cours de l\u2019enqu\u00eate lanc\u00e9e par cette proc\u00e9dure de v\u00e9rit\u00e9 que peut appara\u00eetre \u00ab\u00a0le texte\u00a0\u00bb (con\u00e7u comme la disposition la plus convaincante des traces laiss\u00e9es par l\u2019\u00e9v\u00e9nement), sur lequel les pratiques de fid\u00e9lit\u00e9 s\u2019appuieront pour que sa v\u00e9rit\u00e9 force les savoirs existants (2007, 293).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est une lecture par d\u00e9calage qui bouleverse en g\u00e9n\u00e9ral les lectures pr\u00e9c\u00e9dentes; elle peut \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 une \u00ab\u00a0lecture all\u00e9gorique\u00a0\u00bb qu\u2019Antoine Compagnon d\u00e9finit comme une \u00ab\u00a0interpr\u00e9tation anachronique du pass\u00e9 en fonction du pr\u00e9sent ou du futur, une lecture de l\u2019ancien sur le mod\u00e8le du nouveau, un acte herm\u00e9neutique d\u2019appropriation\u00a0\u00bb (1994, 91). Les lectures actualisantes sont parfois la matrice des essais de Jacques Brault ou elles peuvent intervenir au cours du texte. Son essai \u00ab\u00a0D\u00e9rives\u00a0\u00bb se termine sur l\u2019id\u00e9e que les vers courts d\u2019Apollinaire produisent un \u00ab\u00a0effet ha\u00efku\u00a0\u00bb. Cette mani\u00e8re de faire d\u2019une lecture actualisante un moment de la r\u00e9flexion pourrait s\u2019appeler (en reprenant les mots de Jacques Brault) \u00ab\u00a0glaner des correspondances\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 89-90). Les essais qui proposent des lectures actualisantes reposent sur des rencontres entre des auteur.es et des po\u00e9tiques qui n\u2019ont pas <em>a priori <\/em>de rapport, comme dans la \u00ab\u00a0Petite suite \u00e9milienne\u00a0\u00bb (voir ci-haut). Jacques Brault propose aussi, dans un essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Sur la langue des po\u00e8tes\u00a0\u00bb, une lecture conjointe des po\u00e9tiques de Fran\u00e7ois Villon et de Gaston Miron<a id=\"footnoteref12_6cbun83\" class=\"see-footnote\" title=\" Ce texte para\u00eet en 1975, seulement cinq ans apr\u00e8s la parution de L\u2019Homme rapaill\u00e9, et fait partie des premiers \u00e9crits critiques \u00e0 propos du recueil. Mais ce n\u2019est pas le premier texte que Jacques Brault \u00e9crit \u00e0 propos de la po\u00e9sie de Gaston Miron, car les textes de L\u2019Homme rapaill\u00e9, \u00e9crits \u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a01950 (le po\u00e8te les travaillera jusqu\u2019\u00e0 sa mort), ont paru en revue avant d\u2019\u00eatre publi\u00e9s en recueil. Jacques Brault publie en 1966 un essai intitul\u00e9 Miron le magnifique (Montr\u00e9al, Presses de Montr\u00e9al, 1966, 44 p.) qu\u2019on trouve dans Chemin faisant. \" href=\"#footnote12_6cbun83\">[12]<\/a>. Il montre comment Villon et Miron \u00ab\u00a0sont fr\u00e8res en po\u00e9sie et contemporains d\u2019une m\u00eame langue menac\u00e9e, ab\u00e2tardie, \u00e9nerv\u00e9e \u00e0 force de se vouloir de nouvelles raisons de vivre.\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 179) Le texte part d\u2019une<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00a0hypoth\u00e8se parfaitement gratuite, laquelle est n\u00e9e \u00e0 la faveur d\u2019une obsession personnelle\u00a0: je crois que nous vivons une esp\u00e8ce de quinzi\u00e8me si\u00e8cle \u00ab\u00a0\u00e9norme et d\u00e9licat\u00a0\u00bb, une situation o\u00f9 fins et commencements, o\u00f9 merveilles et m\u00e9diocrit\u00e9s s\u2019emm\u00ealent et se comp\u00e9n\u00e8trent jusqu\u2019\u00e0 former un fouillis en quoi le meilleur a l\u2019air du pire \u2013 et inversement (<em>PC<\/em>, 167).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le parall\u00e8le entre les ann\u00e9es\u00a01960 au Qu\u00e9bec et le xv<sup>e<\/sup> si\u00e8cle de Fran\u00e7ois Villon permet une prise de distance vis-\u00e0-vis du contexte politique et social de la po\u00e9sie de Gaston Miron et l\u2019\u00e9claire. L\u2019essai est constitu\u00e9 de la lecture successive des textes de Villon et de ceux de Miron, articul\u00e9s par ce qui constitue leur horizon commun\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>J\u2019ai voulu simplement sugg\u00e9rer que [\u2026] Fran\u00e7ois Villon, tirant parti d\u2019une situation difficile, n\u2019a cherch\u00e9 finalement qu\u2019une chose, et probablement sans trop le savoir\u00a0: recommencer la langue. C\u2019est exactement le cas de Gaston Miron (<em>PC<\/em>, 179).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour le m\u00e9di\u00e9viste qu\u2019est Jacques Brault, la lecture actualisante est double\u00a0: elle permet de relire Villon sous un autre angle, de prendre position en contraste avec les lectures critiques qui sont faites de son \u0153uvre. Elle permet \u00e9galement de lire Gaston Miron en \u00e9clairant quelque peu le \u00ab\u00a0fouillis\u00a0\u00bb du contexte dans lequel il s\u2019inscrit, \u00e0 la lumi\u00e8re des traits po\u00e9tiques communs.<\/p>\n<p>Jacques Brault construit son essai en achoppant sur les lectures traditionnelles des textes de Fran\u00e7ois Villon et d\u00e9place ainsi l\u2019image d\u2019\u00c9pinal qui les entoure. Il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0On a dit et redit au sujet de Villon qu\u2019il \u00e9tait difficile d\u2019acc\u00e8s.\u00a0D\u00e9j\u00e0, Cl\u00e9ment Marot se plaignait, avouant que pour comprendre Villon il faudrait avoir v\u00e9cu de son temps \u00e0 Paris.\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 172) Rapprochant l\u2019\u00e9criture de Villon du Qu\u00e9bec des ann\u00e9es\u00a01970, Jacques Brault contredit la r\u00e9putation d\u2019herm\u00e9tisme faite aux textes du po\u00e8te. \u00c0 partir de cette image f\u00e9tiche, il propose une lecture en \u00ab\u00a0po\u00e9sie vraiment \u201crisqu\u00e9e\u201d\u00a0[qui] cherche et r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9passer la situation\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 172). C\u2019est autour de cette question que tourne Jacques Brault dans cet essai o\u00f9 il all\u00e8gue, en \u00e9cho, la capacit\u00e9 aux po\u00e8tes de \u00ab\u00a0recompos[er] la double articulation phonique et s\u00e9mantique<a id=\"footnoteref13_1o3i6kl\" class=\"see-footnote\" title=\" Le passage d\u00e9di\u00e9 aux po\u00e8mes de Gaston Miron\u00a0fait \u00e9galement \u00e9cho \u00e0 celui d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Villon\u00a0: \u00ab\u00a0Encore une fois, l\u2019on v\u00e9rifie que la double articulation, base du fonctionnement langagier, offre au po\u00e8te ma\u00eetre de sa langue des ressources insoup\u00e7onn\u00e9es.\u00a0\u00bb (PC, 182) \" href=\"#footnote13_1o3i6kl\">[13]<\/a>\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 176) de la langue.<\/p>\n<p>La lecture de Jacques Brault met en relation les po\u00e8mes de Villon et de Miron et place en dialogue les situations sociopolitiques dans lesquelles ils s\u2019inscrivent. L\u2019\u00ab\u00a0anachronisme<a id=\"footnoteref14_gwa9jzd\" class=\"see-footnote\" title=\" Ainsi que l\u2019a pos\u00e9 Antoine Compagnon dans le passage cit\u00e9 plus haut. \" href=\"#footnote14_gwa9jzd\">[14]<\/a>\u00a0\u00bb sur lequel repose la lecture actualisante, liant deux \u00e9crivains issus de si\u00e8cles et de soci\u00e9t\u00e9s diff\u00e9rentes, s\u2019appuie, en effet, sur une lecture du contexte d\u2019\u00e9criture et de parution des textes. Le \u00ab\u00a0recommencement de la langue\u00a0\u00bb dans la po\u00e9sie de Gaston Miron est li\u00e9 au contexte dans lequel Jacques Brault \u00e9crit. Il \u00e9voque en ouverture \u00ab\u00a0une crise du langage et de la langue\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 170) et de mani\u00e8re plus t\u00e9nue en conclusion du texte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans ma lecture et dans mon entendement se rejoignent et s\u2019enlacent cette <em>ardente paille<\/em> et ce <em>froid humain<\/em>, petites choses qui se rencontrent hors de tout chemin trac\u00e9 d\u2019avance et qui f\u00e9condent ma langue et lui assurent une descendance. Je sais maintenant que m\u00eame mort je parlerai les mots du pays (<em>PC<\/em>, 186).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les expressions en italiques sont des passages de po\u00e8mes de Fran\u00e7ois Villon et de Gaston Miron cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment par Brault. L\u2019esssayiste reprend ces expressions en \u00e9cho ici. Quand Jacques Brault s\u2019interroge sur le recommencement de la langue qui a lieu en po\u00e9sie, c\u2019est dans la perspective de l\u2019\u00e0-venir de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise francophone. Il \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00a0Chacun, dans son si\u00e8cle et dans son milieu, a d\u00fb en quelque sorte se refaire une langue non pas pour \u00e9crire, mais pour, en \u00e9crivant, vivre, tout simplement, accorder les mots et les gestes [\u2026].\u00a0[\u2026] Recommencer la langue [\u2026] c\u2019est r\u00e9veiller l\u2019inattendu au c\u0153ur de l\u2019attendu, c\u2019est combiner et recombiner les sous-codes du global, ce n\u2019est pas parler de soi, c\u2019est parler \u00e0 tous de ce que nous serons parce que nous avons \u00e9t\u00e9 [\u2026]\u00a0(<em>PC<\/em>, 185).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce texte para\u00eet dans la revue <em>Libert\u00e9<\/em>, cinq ans apr\u00e8s la crise d\u2019Octobre, au d\u00e9but des politiques instituant la d\u00e9fense du fran\u00e7ais dans la soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise<a id=\"footnoteref15_2fuw1l7\" class=\"see-footnote\" title=\" L\u2019\u00e9dito de ce num\u00e9ro parle en effet des \u00ab\u00a0raisons socio-politiques et culturelles bien \u00e9videntes\u00a0\u00bb pour publier un num\u00e9ro intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Commencement et recommencement de la langue fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Guy H. Allard \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, Libert\u00e9, vol. 20, n\u00b0\u00a01, (115) 1978, p.\u00a05-6. La Charte de la langue fran\u00e7aise date d\u2019ao\u00fbt 1977 et elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de la Loi\u00a022 qui renfor\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 la position du fran\u00e7ais dans l\u2019administration. \" href=\"#footnote15_2fuw1l7\">[15]<\/a>. L\u2019analyse des situations dans lesquelles \u00e9crivent Villon et Miron \u00e0 la lumi\u00e8re du contexte de la R\u00e9volution tranquille laisse entendre une attente politique qui d\u00e9passe les enjeux linguistiques\u00a0: la possibilit\u00e9 de renouveler le vivre-ensemble. Dans cette perspective, faire bouger la lecture \u00ab\u00a0officielle\u00a0\u00bb des textes de Villon et les donner \u00e0 lire pour le pr\u00e9sent ne constitue pas seulement un enjeu th\u00e9orique, mais engage un regard politique sur sa soci\u00e9t\u00e9. En jouant sur le cadre interpr\u00e9tatif des textes, Jacques Brault d\u00e9place ce que ce que Jacques Ranci\u00e8re appelle le \u00ab\u00a0partage du sensible\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>un d\u00e9coupage des temps et des espaces, du visible et de l\u2019invisible, de la parole et du bruit qui d\u00e9finit \u00e0 la fois le lieu et l\u2019enjeu de la politique comme forme d\u2019exp\u00e9rience. [\u2026] Le partage du sensible fait voir qui peut avoir part au commun en fonction de ce qu\u2019il fait, du temps et de l\u2019espace dans lesquels cette activit\u00e9 s\u2019exerce (2000, 13).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ranci\u00e8re montre que le partage du sensible est une grille de lecture de la soci\u00e9t\u00e9, qu\u2019elle la constitue. En proposant une lecture actualisante des textes de Villon, Jacques Brault vient jouer dans les grilles de lecture classiques et montre combien la langue des po\u00e8tes engage notre rapport au possible, notre inscription dans un espace politique. Ce que le texte caresse et que la d\u00e9finition du \u00ab\u00a0partage du sensible\u00a0\u00bb permet de comprendre, c\u2019est la mani\u00e8re dont la lecture peut travailler les conditions du politique, du vivre-ensemble.<\/p>\n<h2>Ethos d\u2019insavoir\u00a0: horizontalit\u00e9 et incertitude<\/h2>\n<p>Se pr\u00e9senter et \u00e9crire en tant que lecteur est, on l\u2019a vu, un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9terminant de l\u2019<em>ethos<\/em> essayistique de Jacques Brault. \u00c9crivain, lecteur parmi d\u2019autres, il inscrit cette activit\u00e9 dans une quotidiennet\u00e9 plut\u00f4t que dans une perspective de g\u00e9nie ou d\u2019exception. Dans \u00ab\u00a0Existons-nous?\u00a0\u00bb (<em>PC\u00a0<\/em>30-35), un essai qui retrace l\u2019influence de la pens\u00e9e existentialiste au Qu\u00e9bec dans les ann\u00e9es\u00a01950-1970, Jacques Brault se met en sc\u00e8ne d\u00e9couvrant la philosophie de Jean-Paul Sartre dans un lit d\u2019h\u00f4pital, en s\u2019\u00e9veillant d\u2019une anesth\u00e9sie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019h\u00f4pital. J\u2019ai dix-sept ans. Lent r\u00e9veil, brumeux, douloureux puis encore un sommeil de perdition. [\u2026] Un ami m\u2019avait laiss\u00e9, un exemplaire de la <em>Revue de la pens\u00e9e fran\u00e7aise<\/em>, un affreux \u00ab\u00a0digest\u00a0\u00bb \u00e0 couverture jaune pipi et o\u00f9 je trouvai, sign\u00e9 Jean-Paul Sartre, un texte \u00e9nigmatique\u00a0: <em>Qu\u2019est-ce que l\u2019existentialisme?<\/em> (<em>PC<\/em>, 30-31)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 rh\u00e9torique consistant \u00e0 introduire un sujet, une question, une lecture par le r\u00e9cit d\u2019un \u00e9v\u00e9nement banal est courant dans les essais de Jacques Brault. Ce court r\u00e9cit permet d\u2019impliquer le lectorat en cr\u00e9ant un lieu commun auquel la r\u00e9flexion se rattache tout au long de l\u2019essai. La trivialit\u00e9 de l\u2019anecdote ne situe pas la pratique de la lecture dans un univers mythique <a id=\"footnoteref16_0mt6owp\" class=\"see-footnote\" title=\" Ce lien entre exp\u00e9rience du texte et banalit\u00e9 se rencontre aussi dans la conception de la po\u00e9sie qu\u2019\u00e9nonce Jacques Brault dans ses essais\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est la po\u00e9sie selon mon c\u0153ur\u00a0: faite homme parmi les hommes.\u00a0\u00bb (1975, 16) \" href=\"#footnote16_0mt6owp\">[16]<\/a>. Le livre est ici pr\u00e9sent\u00e9 p\u00e9jorativement, sa d\u00e9couverte est fortuite, et la lecture sera ensuite d\u00e9crite comme un exercice difficile\u00a0: \u00ab\u00a0Ah mes a\u00efeux! que j\u2019ai pein\u00e9 sur ces explications compliqu\u00e9es [\u2026].\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 32) L\u2019aspect \u00ab\u00a0\u00e9nigmatique\u00a0\u00bb du texte de Jean-Paul Sartre ne signifie toutefois pas que sa lecture en soit insurmontable\u00a0: Jacques Brault se garde en g\u00e9n\u00e9ral de faire du texte une substance ind\u00e9chiffrable. L\u2019entr\u00e9e dans le texte de Sartre se fait en quelque sorte par la petite porte.<\/p>\n<p>La proximit\u00e9 avec le lectorat est permise par l\u2019<em>ethos <\/em>de l\u2019essayiste en lecteur parce qu\u2019il se pr\u00e9sente en apprenti\u00a0: \u00ab\u00a0Apprenti je reste et je resterai. Cet \u00e9tat d\u2019incertitude me convient\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 159), peut-on lire dans \u00ab\u00a0Carnet d\u2019un apprenti\u00a0\u00bb, un essai dans lequel Jacques Brault parle de sa pratique d\u2019\u00e9criture et de peinture. Le ton est d\u00e9cid\u00e9\u00a0: ce statut d\u2019apprenti n\u2019est pas une d\u00e9couverte de soi dans la pratique, mais un parti-pris dans lequel son <em>ethos<\/em> est ancr\u00e9. L\u2019incertitude et l\u2019apprentissage qui le sous-tendent ne sont pas des statuts par d\u00e9faut, des manques \u00e0 gagner, mais traversent l\u2019exp\u00e9rience d\u2019\u00e9criture, de peinture, de lecture. On retrouve ce positionnement dans le r\u00e9cit de ses propres exp\u00e9riences de lecture\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mais votre <em>Convention<\/em>, ouverte devant moi comme un jardin plus sauvage que secret, me renvoie le double reflet d\u2019un lecteur perplexe et d\u2019un \u00e9crivain aux prises avec \u00ab ce qui a \u00e9t\u00e9, ce n\u0153ud mal compris et qui ne se d\u00e9fait pas \u00bb (<em>PC<\/em>, 107).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0Le texte fait le lien entre le lecteur et l\u2019\u00e9crivain dans l\u2019image de l\u2019essayiste qu\u2019il cr\u00e9e. Cette \u00ab\u00a0perplexit\u00e9\u00a0\u00bb, cette incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9faire les n\u0153uds sont motrices dans les pratiques de lecture et d\u2019\u00e9criture de Brault; elles fa\u00e7onnent une mani\u00e8re de penser et d\u2019aller \u00e0 la rencontre des textes. Cet <em>ethos <\/em>est celui d\u2019un lecteur qui accepte de se mettre en danger, de ne pas \u00eatre en position de force vis-\u00e0-vis du texte; la fragilit\u00e9, socialement consid\u00e9r\u00e9e comme une entrave \u00e0 la r\u00e9ussite aujourd\u2019hui, devient ici agente de la lecture. Si Jacques Brault, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, lit avec \u00e9rudition et avec sa vaste biblioth\u00e8que, sa syntaxe est l\u00e9g\u00e8re et son vocabulaire n\u2019est pas jargonnant. Son <em>ethos<\/em> d\u2019apprenti n\u2019est qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9 une pr\u00e9t\u00e9rition\u00a0: en ne se pr\u00e9sentant pas comme un \u00eatre hors du commun, il permet \u00e0 son lectorat d\u2019aborder ses essais de mani\u00e8re d\u00e9complex\u00e9e.<\/p>\n<p>L\u2019<em>ethos <\/em>d\u2019apprenti permet \u00e9galement une proximit\u00e9 avec la lectrice et le lecteur projet\u00e9.e.s ainsi que le partage d\u2019un positionnement de perplexit\u00e9 et de questionnement \u00e0 travers un discours qui n\u2019est pas toujours explicite. Ce texte qui se refuse \u00e0 r\u00e9pondre aux questions qu\u2019il pose, \u00e0 conclure, peut en effet \u00eatre le signe d\u2019une relation horizontale entre l\u2019\u00e9crivain et le lectorat. La position p\u00e9dagogique de l\u2019auteur qui explique au lectorat ce qu\u2019il doit comprendre d\u2019un texte est relay\u00e9e par une herm\u00e9neutique o\u00f9 \u00e9crivain et lecteur sont en recherche. Partager l\u2019incertitude et la perplexit\u00e9 avec son lectorat revient souvent \u00e0 int\u00e9grer des lignes de fuite \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une r\u00e9flexion. Jacques Brault \u00e9crit\u00a0autour des textes d\u2019Emil Cioran\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019humain n\u2019existe que coinc\u00e9 entre l\u2019\u00eatre qui lui est accord\u00e9 (ce qui est trop) et le n\u00e9ant qui lui est promis (ce qui compte pour trop peu). Voil\u00e0 l\u2019horrible et qui rend Cioran non pas m\u00e9content, mais furieux. Le temps d\u2019une vie, dans sa finitude, demeure de bout en bout posthume. Il n\u2019y a rien, d\u00e9cid\u00e9ment, et s\u2019il y a quelque chose ou quelqu\u2019un, \u00ab\u00a0ce serait une trag\u00e9die stupide\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 66).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte lance\u00a0: \u00ab\u00a0Le temps d\u2019une vie, dans sa finitude, demeure de bout en bout posthume\u00a0\u00bb sans expliciter le sens de cette assertion. La phrase suivante donne une piste, sans en reprendre les termes; le paragraphe se termine, ensuite le propos du texte change. Le texte fonctionne par clignotement, par scintillement, ouvrant, dans la lin\u00e9arit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture, une br\u00e8che qui ne se referme pas tout \u00e0 fait et dans laquelle la lectrice et le lecteur peuvent glisser diff\u00e9rentes interpr\u00e9tations. On retrouve ici un mod\u00e8le de lecture active et impliqu\u00e9e, plus tourn\u00e9e vers l\u2019exp\u00e9rience \u00e9motionnelle que vers l\u2019\u00e9rudition\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne lis pas pour comprendre, pour savoir, pour juger, mais dans l\u2019espoir d\u2019un \u00e9tonnement, d\u2019un mirage d\u2019admiration.\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 87) L\u2019essayiste refuse de consid\u00e9rer la lecture comme activit\u00e9 savante, syst\u00e9matisante, pour valoriser une exp\u00e9rience d\u2019adh\u00e9sion au texte, de proximit\u00e9 avec\u00a0le texte lu. Il \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>les th\u00e9oriciens ne cessent de s\u2019exciter \u00e0 grand renfort d\u2019analyses \u00ab\u00a0grillag\u00e9es\u00a0\u00bb. Je respecte je n\u2019admire pas ces machineries intellectuelles quand elles ne tournent pas \u00e0 vide ou ne fabriquent pas des machinations id\u00e9ologiques. Mais moi, d\u00e9pourvu de tout esprit scientifique et z\u00e9lateur, quand je m\u2019accoude \u00e0 la lucarne de mes petites songeries, je vois des choses, oui, et la plupart du temps fort prosa\u00efques (<em>PC, <\/em>201-202).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En mettant en regard deux pratiques de lecture, savante et essayistique, Jacques Brault montre que \u00ab\u00a0le savoir n\u2019est pas un ensemble de connaissances, il est une position\u00a0\u00bb (Ranci\u00e8re, 2008, 15) ainsi que l\u2019explique Jacques Ranci\u00e8re dans <em>Le Spectateur \u00e9mancip\u00e9<\/em>. L\u2019opposition entre des \u00ab\u00a0analyses grillag\u00e9es\u00a0\u00bb et ses \u00ab\u00a0petites songeries\u00a0\u00bb place les th\u00e9oriciens dans le r\u00f4le du ma\u00eetre et l\u2019essayiste-lecteur dans celui de l\u2019\u00e9l\u00e8ve. Jacques Brault rend inop\u00e9rant ce mod\u00e8le p\u00e9dagogique dans la mesure o\u00f9, se pr\u00e9sentant comme lecteur et comme apprenti, d\u00e9valorisant la position des \u00ab\u00a0sachants<a id=\"footnoteref17_4tht9a3\" class=\"see-footnote\" title=\" Jacques Brault critique souvent l\u2019ethos savant\u00a0: \u00ab\u00a0Les sp\u00e9cialistes, commis au savoir \u00e9prouv\u00e9, ils supposent, ils supputent.\u00a0\u00bb (PC, 94) \" href=\"#footnote17_4tht9a3\">[17]<\/a>\u00a0\u00bb, il supprime la distance \u00e0 parcourir pour atteindre le \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb constitu\u00e9. Cette distance, Ranci\u00e8re la critique d\u2019ailleurs en avan\u00e7ant que<\/p>\n<blockquote>\n<p>c\u2019est toujours la m\u00eame intelligence qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre, une intelligence qui traduit des signes en d\u2019autres signes et qui proc\u00e8de par comparaisons et figures pour communiquer ses aventures intellectuelles et comprendre ce qu\u2019une autre intelligence s\u2019emploie \u00e0 lui communiquer\u00a0(2008, 16).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En d\u00e9valorisant les lectures savantes, Jacques Brault critique une forme de pouvoir reposant sur une communaut\u00e9 de \u00ab\u00a0sachants\u00a0\u00bb. Ses lectures sont \u00e0 parcourir, \u00e0 constituer; elles proposent un <em>ethos<\/em> de lecteur qui n\u2019est pas \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb d\u2019un syst\u00e8me hi\u00e9rarchique, mais acteur de sa lecture et dot\u00e9 d\u2019un sens critique. Il pr\u00e9sente un mod\u00e8le d\u2019horizontalit\u00e9 o\u00f9 la lecture peut \u00eatre pratiqu\u00e9e sans pr\u00e9requis et o\u00f9 le sens d\u2019un texte n\u2019est pas poss\u00e9d\u00e9 par une petite communaut\u00e9 de sp\u00e9cialistes.<\/p>\n<p>Son opposition aux lectures savantes peut \u00eatre mise en \u00e9cho avec la place qui est faite dans ses textes \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Quoi? nous sommes nus jusqu\u2019\u00e0 l\u2019os, enti\u00e8rement expos\u00e9s \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable?\u00a0Oui, ne nous en d\u00e9plaise.\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 65) Brault-lecteur se pr\u00e9sente sous l\u2019angle de la fragilit\u00e9 plut\u00f4t que sous celui de la force. C\u2019est d\u2019ailleurs dans cet espace qu\u2019il permet une rencontre entre les textes et le lectorat. Enjeu politique fort que celui d\u2019une communaut\u00e9 capable de se rassembler autour de ce qui manque, ainsi que le propose l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab\u00a0communaut\u00e9\u00a0\u00bb formul\u00e9e par Pierre Ouellet dans l\u2019introduction de <em>Politique de la parole, Singularit\u00e9 et communaut\u00e9\u00a0<\/em>: <em>cum<\/em> \u2013 avec et <em>munus<\/em> \u2013 vide, dette, don (2002, 10). Sa lecture s\u2019oppose \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie form\u00e9e par \u00ab\u00a0<em>cum-unus\u00a0\u00bb\u00a0<\/em>: <em>cum \u2013 <\/em>comme et <em>unus <\/em>\u2013 un, qui laisse entendre un imaginaire du vivre-ensemble fond\u00e9 sur l\u2019unit\u00e9 et la r\u00e9p\u00e9tition du m\u00eame. Le refus d\u2019un imaginaire de la puissance et de la performance pourrait permettre un vivre-ensemble au sens fort du terme, ouvrant un espace pour l\u2019instant ferm\u00e9 \u00e0 toute personne qui n\u2019est pas \u00ab\u00a0comp\u00e9titive\u00a0\u00bb, un vivre-ensemble depuis la d\u00e9prise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il n\u2019y a plus d\u2019\u00eeles, il n\u2019y a que nous, les hommes, vivants parmi les vivants, et donc mortels et le sachant, et pour cela d\u00e9bord\u00e9s d\u2019un d\u00e9sir d\u00e9ment\u00a0: parler, projeter des \u00ab\u00a0paroles en archipel\u00a0\u00bb, faire un grand ressassement d\u2019\u00eeles modifiables au gr\u00e9 de l\u2019inconnu qui parle en chacun devant tous les autres. (<em>PC<\/em>, 102)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p><strong>Corpus\u00a0\u00e9tudi\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Brault, Jacques. 1989. <em>La poussi\u00e8re du chemin<\/em>, Montr\u00e9al, Bor\u00e9al, 249 p.<\/p>\n<p><strong>Textes compagnons<\/strong><\/p>\n<p>Brault, Jacques. 1993 [1985]. <em>Agonie<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al, 77 p.<\/p>\n<p>_____.1994 [1975]. <em>Chemin faisant<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: La Presse, 210 p.<\/p>\n<p>_____. 2012. <em>Chemins perdus, chemins trouv\u00e9s<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al, 294 p.<\/p>\n<p><strong>Corpus th\u00e9orique<\/strong><\/p>\n<p>Agamben, Giorgio. 1990. <em>La communaut\u00e9 qui vient<\/em>, Paris, Seuil, 128 p.<\/p>\n<p>Amossy, Ruth. 2010. <em>La pr\u00e9sentation de soi, ethos et identit\u00e9 verbale<\/em>, Paris\u00a0: Presses universitaires de France, 235 p.<\/p>\n<p>Bakhtine, Mikha\u00efl. 1998 [1970]. <em>La po\u00e9tique de Dosto\u00efevski<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, coll. \u00ab\u00a0Points\u00a0\u00bb, 368 p.<\/p>\n<p>Citton, Yves. 2007. <em>Lire, interpr\u00e9ter, actualiser. Pour quoi les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0?<\/em>, Paris\u00a0: \u00c9ditions Amsterdam, 363 p.<\/p>\n<p>\u2014 2010. <em>L\u2019Avenir des humanit\u00e9s. \u00c9conomie de la connaissance ou culture de l\u2019interpr\u00e9tation?,<\/em> Paris\u00a0: La D\u00e9couverte, 203 p.<\/p>\n<p>Charaudeau, Patrick et Dominique Maingueneau (dir.). 2002. <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>, Paris\u00a0: Seuil, 661 p.<\/p>\n<p>Compagnon, Antoine. 1994. \u00ab\u00a0All\u00e9gorie et philologie\u00a0\u00bb, dans Anna Dolfi et Carla Locatelli (dir.), <em>Retorica e interpretazione<\/em>, Rome\u00a0: Bulzoni, p.\u00a0191-202.<\/p>\n<p>Coste, Florent et Mond\u00e9m\u00e9, Thomas. 2008. \u00ab\u00a0L\u2019ordinaire de la litt\u00e9rature. Des b\u00e9n\u00e9fices pragmatistes dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, <em>Trac\u00e9s. Revue de Sciences humaines<\/em>, URL\u00a0: <a href=\"http:\/\/traces.revues.org\/633\">http:\/\/traces.revues.org\/633<\/a>, consult\u00e9 le 29 janvier 2016.<\/p>\n<p>Cusset, Fran\u00e7ois. 2015.\u00a0\u00ab\u00a0Lecture et lecteurs\u00a0: l\u2019impens\u00e9 politique de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise\u00a0\u00bb, (trad. Simon Brousseau), <em>Tangence<\/em>, num\u00e9ro 107, p.\u00a0109-128.<\/p>\n<p>Goulemot, Jean-Marie. 2003 [1985] \u00ab\u00a0De la lecture comme production de sens\u00a0\u00bb, dans Roger Chartier (dir.), <em>Pratiques de lecture<\/em>, Paris\u00a0: Payot, coll. \u00ab\u00a0Petite biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, p.\u00a0119-131.<\/p>\n<p>Hamel, Jean-Fran\u00e7ois. 2014. <em>Camarade Mallarm\u00e9. Une politique de la lecture<\/em>, Paris\u00a0: Minuit, 208 p.<\/p>\n<p>Mallarm\u00e9, St\u00e9phane. 2003. \u00ab\u00a0Crise de vers\u00a0\u00bb, <em>Divagations<\/em>, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, vol II, \u00e9dition pr\u00e9sent\u00e9e, \u00e9tablie et annot\u00e9e par Bertrand Marchal, Paris\u00a0: Gallimard, p.\u00a0204-213.<\/p>\n<p>Ouellet, Pierre, 2002. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb dans <em>Politique de la parole, singularit\u00e9 et communaut\u00e9<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: VLB \u00e9diteur, coll. \u00ab\u00a0Le soi et l\u2019autre\u00a0\u00bb, p. 7-20.<\/p>\n<p>Ranci\u00e8re, Jacques. 2000. <em>Le partage du sensible<\/em>, Paris\u00a0: La Fabrique, 74 p.<\/p>\n<p>\u2014 . 2008. <em>Le spectateur \u00e9mancip\u00e9<\/em>, Paris\u00a0: La Fabrique, 145 p.<\/p>\n<p>Suchet, Myriam. 2014. <em>L\u2019imaginaire h\u00e9t\u00e9rolingue, Ce que nous apprennent les textes \u00e0 la crois\u00e9e des langues<\/em>, Paris\u00a0: Classiques Garnier, 350 p.<\/p>\n<div><hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div id=\"ftn1\">\n<p><a id=\"_ftn1\" title=\"\" href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Dans cette citation, il fait r\u00e9f\u00e9rence aux po\u00e8tes. Jacques Brault, 1989, <em>La Poussi\u00e8re du chemin<\/em>, Montr\u00e9al, Bor\u00e9al, p.\u00a0184. Toutes les citations tir\u00e9es de ce texte seront d\u00e9sormais suivies entre parenth\u00e8ses de l\u2019abr\u00e9viation <em>PC<\/em> et du num\u00e9ro de page.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_atro0r2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_atro0r2\">[1]<\/a> Il s\u2019agit de <em>Chemin faisant<\/em> (1994, [1975]), <em>La Poussi\u00e8re du chemin<\/em> (1989) et <em>Chemins perdus, chemins trouv\u00e9s<\/em> (2012).<\/p>\n<p id=\"footnote2_7sm0dt9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_7sm0dt9\">[2]<\/a> Pour Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau, \u00ab\u00a0[c]e terme d\u00e9signe \u00e0 la fois <em>les op\u00e9rations<\/em> par lesquelles [l\u2019]identit\u00e9 \u00e9nonciative n\u2019est pas ferm\u00e9e, fig\u00e9e, elle se maintient dans un champ discursif et <em>cette identit\u00e9 m\u00eame<\/em>. Ambigu\u00eft\u00e9 int\u00e9ressante, car une identit\u00e9 \u00e9nonciative n\u2019est pas ferm\u00e9e et fig\u00e9e, elle se maintient \u00e0 travers l\u2019interdiscours par un travail incessant de reconfiguration.\u00a0\u00bb, Voir Patrick Charaudeau et Dominique Maingueneau (dir.), 2002, <em>Dictionnaire d\u2019analyse du discours<\/em>, Paris, Seuil, p.\u00a0453.<\/p>\n<p id=\"footnote3_885adhr\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_885adhr\">[3]<\/a> Voir Yves Citton, 2007, <em>Lire, interpr\u00e9ter, actualiser. Pour quoi les \u00e9tudes litt\u00e9raires\u00a0?<\/em>, Paris, \u00c9ditions Amsterdam, 368 p.<\/p>\n<p id=\"footnote4_rcw3e9r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_rcw3e9r\">[4]<\/a> Dans son article \u00ab\u00a0D\u00e9faire les identit\u00e9s f\u00e9tiches\u00a0\u00bb R\u00e9gine Robin explique comment la langue et l\u2019identit\u00e9 peuvent \u00eatre trait\u00e9es en \u00ab\u00a0objets f\u00e9tiches\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0donn\u00e9e[s] essentialis\u00e9e[s]\u00a0\u00bb dans la d\u00e9fense du fran\u00e7ais au Qu\u00e9bec. Dans Jocelyn L\u00e9tourneau, (dir), 1994, <em>La question identitaire au Canada francophone. R\u00e9cits, parcours, enjeux, hors-lieux<\/em>, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, p.\u00a0215-240.<\/p>\n<p id=\"footnote5_u64upla\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_u64upla\">[5]<\/a> Publi\u00e9 initialement dans le num\u00e9ro\u00a0164 de <em>Libert\u00e9<\/em> paru en 1986 et consacr\u00e9 \u00e0 Emily Dickinson.<\/p>\n<p id=\"footnote6_o42kmej\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_o42kmej\">[6]<\/a> Il conna\u00eet tr\u00e8s bien ses textes pour avoir \u00e9labor\u00e9 l\u2019\u00e9dition de ses \u0153uvres compl\u00e8tes en 1971.<\/p>\n<p id=\"footnote7_pyinwcn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_pyinwcn\">[7]<\/a> Une lecture d\u2019Apollinaire. [f\/n]\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, p.\u00a065-79)\u00a0, \u00ab\u00a0Miron le magnifique\u00a0\u00bb (1975, 23-55) ou \u00ab\u00a0L\u2019approche du rivage Un essai sur Alain Grandbois dans <em>Chemin faisant<\/em>, <em>op.cit.<\/em>, pp.\u00a0153-156.<\/p>\n<p id=\"footnote8_1k6hmra\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_1k6hmra\">[8]<\/a> Elle cite Dominique Maingueneau et commente\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cL\u2019\u00e8thos est ainsi attach\u00e9 \u00e0 l\u2019exercice de la parole, au r\u00f4le qui correspond \u00e0 son discours, et non \u00e0 l\u2019individu \u201cr\u00e9el\u201d, appr\u00e9hend\u00e9 ind\u00e9pendamment de sa prestation oratoire\u00a0: c\u2019est donc le sujet d\u2019\u00e9nonciation en tant qu\u2019il est en train d\u2019\u00e9noncer qui est ici en jeu.\u201d\u00a0L\u2019<em>ethos<\/em> se joue donc sur le plan de l\u2019\u00e9nonciation et doit n\u00e9cessairement \u00eatre rapport\u00e9 \u00e0 un sujet, quand bien-m\u00eame celui-ci n\u2019aurait d\u2019existence que comme un <em>effet<\/em> du texte ou du discours.\u00a0\u00bb dans Myriam Suchet, <em>L\u2019imaginaire h\u00e9t\u00e9rolingue, Ce que nous apprennent les textes \u00e0 la crois\u00e9e des langues<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2014, p.\u00a0184.<\/p>\n<p id=\"footnote9_rprclly\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_rprclly\">[9]<\/a> Et Jacques Brault peut en convoquer beaucoup\u00a0: \u00ab\u00a0Voici les vrais compagnons de cet Apollinaire\u00a0: Max Jacob, bien s\u00fbr, mais surtout Robert Desnos, Raymond Queneau et, pourquoi pas Jacques Pr\u00e9vert. La passion, l\u2019\u00e9l\u00e9gance, le jeu du qui-perd-gagne, tout cela convoque Ess\u00e9nine, Lorca, Sylvain Garneau, Jean Charlebois.\u00a0\u00bb (<em>PC, <\/em>84)<\/p>\n<p id=\"footnote10_2yzfqpq\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_2yzfqpq\">[10]<\/a> Giorgio Agamben qui d\u00e9signe ainsi l\u2019approche ontologique fond\u00e9e sur une identit\u00e9 stable\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00eatre rouge, fran\u00e7ais, musulman\u00a0\u00bb dans <em>La communaut\u00e9 qui vient, th\u00e9orie des singularit\u00e9s quelconque<\/em>, Paris, Seuil, 1990, p. 10.<\/p>\n<p id=\"footnote11_5u2kjay\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_5u2kjay\">[11]<\/a> Le sujet multiple et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de la lecture propose une exp\u00e9rience politique d\u2019\u00eatre-avec qui appara\u00eet particuli\u00e8rement pertinente au regard des politiques migratoires et des replis identitaires qui se manifestent en Europe et en Am\u00e9rique du Nord.<\/p>\n<p id=\"footnote12_6cbun83\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_6cbun83\">[12]<\/a> Ce texte para\u00eet en 1975, seulement cinq ans apr\u00e8s la parution de <em>L\u2019Homme rapaill\u00e9,<\/em> et fait partie des premiers \u00e9crits critiques \u00e0 propos du recueil. Mais ce n\u2019est pas le premier texte que Jacques Brault \u00e9crit \u00e0 propos de la po\u00e9sie de Gaston Miron, car les textes de <em>L\u2019Homme rapaill\u00e9<\/em>, \u00e9crits \u00e0 la fin des ann\u00e9es\u00a01950 (le po\u00e8te les travaillera jusqu\u2019\u00e0 sa mort), ont paru en revue avant d\u2019\u00eatre publi\u00e9s en recueil. Jacques Brault publie en 1966 un essai intitul\u00e9 <em>Miron le magnifique<\/em> (Montr\u00e9al, Presses de Montr\u00e9al, 1966, 44 p.) qu\u2019on trouve dans <em>Chemin faisant<\/em>.<\/p>\n<p id=\"footnote13_1o3i6kl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref13_1o3i6kl\">[13]<\/a> Le passage d\u00e9di\u00e9 aux po\u00e8mes de Gaston Miron\u00a0fait \u00e9galement \u00e9cho \u00e0 celui d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Villon\u00a0: \u00ab\u00a0Encore une fois, l\u2019on v\u00e9rifie que la double articulation, base du fonctionnement langagier, offre au po\u00e8te ma\u00eetre de sa langue des ressources insoup\u00e7onn\u00e9es.\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 182)<\/p>\n<p id=\"footnote14_gwa9jzd\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref14_gwa9jzd\">[14]<\/a> Ainsi que l\u2019a pos\u00e9 Antoine Compagnon dans le passage cit\u00e9 plus haut.<\/p>\n<p id=\"footnote15_2fuw1l7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref15_2fuw1l7\">[15]<\/a> L\u2019\u00e9dito de ce num\u00e9ro parle en effet des \u00ab\u00a0raisons socio-politiques et culturelles bien \u00e9videntes\u00a0\u00bb pour publier un num\u00e9ro intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Commencement et recommencement de la langue fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Guy H. Allard \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb, <em>Libert\u00e9<\/em>, vol. 20, n\u00b0\u00a01, (115) 1978, p.\u00a05-6. La Charte de la langue fran\u00e7aise date d\u2019ao\u00fbt 1977 et elle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de la Loi\u00a022 qui renfor\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 la position du fran\u00e7ais dans l\u2019administration.<\/p>\n<p id=\"footnote16_0mt6owp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref16_0mt6owp\">[16]<\/a> Ce lien entre exp\u00e9rience du texte et banalit\u00e9 se rencontre aussi dans la conception de la po\u00e9sie qu\u2019\u00e9nonce Jacques Brault dans ses essais\u00a0: \u00ab\u00a0Telle est la po\u00e9sie selon mon c\u0153ur\u00a0: faite homme parmi les hommes.\u00a0\u00bb (1975, 16)<\/p>\n<p id=\"footnote17_4tht9a3\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref17_4tht9a3\">[17]<\/a> Jacques Brault critique souvent l\u2019<em>ethos <\/em>savant\u00a0: \u00ab\u00a0Les sp\u00e9cialistes, commis au savoir \u00e9prouv\u00e9, ils supposent, ils supputent.\u00a0\u00bb (<em>PC<\/em>, 94)<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>S\u00e9nat, Marion . 2016. \u00ab \u201cIl n\u2019y a jamais moyen de d\u00e9placer une grille sans que tout s\u2019envole.\u201d \u00c9crire, lire, vivre ensemble dans les essais de Jacques Brault \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab \u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023, En ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/senat-23&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/senat-23.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 senat-23.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-1140e60b-9d21-4519-b5e7-301bae916caf\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/senat-23.pdf\">senat-23<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/senat-23.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-1140e60b-9d21-4519-b5e7-301bae916caf\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab \u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023 La lecture et l\u2019\u00e9criture ont partie li\u00e9e dans l\u2019univers essayistique. La lecture n\u2019y est pas confin\u00e9e \u00e0 une activit\u00e9 hors-texte, mais constitue une mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire. Proche de la critique, les essais de Jacques Brault travaillent en dialogue avec d\u2019autres \u0153uvres d\u2019art. 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