{"id":5606,"date":"2024-06-13T19:48:28","date_gmt":"2024-06-13T19:48:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/preface-ecrire-avec\/"},"modified":"2024-08-29T17:08:32","modified_gmt":"2024-08-29T17:08:32","slug":"preface-ecrire-avec","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5606","title":{"rendered":"Pr\u00e9face : \u00c9crire avec"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6894\">Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>\u00c0 Ren\u00e9 Lapierre<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019amiti\u00e9 comme objet d\u2019analyse n\u2019a gu\u00e8re d\u2019amis, dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires, o\u00f9 l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re la pol\u00e9mique, la haine, la violence, lesquelles semblent promettre, du m\u00eame souffle, des textes plus coriaces et une posture de chercheur plus critique. Cherchera-t-on quelque r\u00e9flexion th\u00e9orique soutenue, relanc\u00e9e de chercheur en chercheur, sur le sujet, qu\u2019on ne r\u00e9coltera gu\u00e8re que l\u2019in\u00e9puisable relance de lieux communs sur la formule de Montaigne, occasion de sacraliser l\u2019amiti\u00e9 tout en la d\u00e9clarant \u00ab\u00a0inexplicable\u00a0\u00bb rencontre d\u2019atomes crochus. En philosophie, pourtant, la <em>philia <\/em>n\u2019a cess\u00e9 de susciter de nouvelles lectures, o\u00f9 la d\u00e9finition m\u00eame de la discipline se trouve en jeu. Outre la m\u00e9fiance envers ce qui menace de s\u2019apparenter \u00e0 du scoutisme sentimental, l\u2019inint\u00e9r\u00eat face \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 tient sans doute aussi \u00e0 la rel\u00e9gation du biographique dans l\u2019enfer de la th\u00e9orie.<\/p>\n<p>L\u2019amiti\u00e9 n\u2019aurait ainsi rien \u00e0 voir avec la litt\u00e9rature, au sens fort de chacun de ces termes. Et pourtant\u00a0: les avant-gardes, les c\u00e9nacles, les groupes litt\u00e9raires, les revues, et tout ce qu\u2019elles ont cr\u00e9\u00e9 (comme discours et pratiques), furent d\u2019abord des r\u00e9unions d\u2019amis. De m\u00eame, l\u2019amiti\u00e9 entre \u00e9crivains, na\u00eet de la lecture, du d\u00e9sir <em>d\u2019\u00e9crire \u00e0, d\u2019\u00e9crire avec, d\u2019\u00e9crire comme. <\/em>\u00c0 la premi\u00e8re rencontre entre Paul Morin et Guillaume Lahaise (futur Guy Delahaye), un recueil de po\u00e8mes, dans les mains du premier, fut le signe d&rsquo;une semblable passion pour la po\u00e9sie, base de leur amiti\u00e9 comme de l&rsquo;aventure collective des exotiques. Quelques mois avant de publier <em>Deux sangs<\/em>, premier ouvrage des \u00c9ditions de l&rsquo;Hexagone, qu&rsquo;il signe avec Olivier Marchand, Gaston Miron donne \u00e0 celui-ci un recueil de \u00ab\u00a0nouveaux po\u00e8tes\u00a0\u00bb, pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0le sceau de notre amiti\u00e9 d&rsquo;adolescents, d&rsquo;hommes et de po\u00e8tes\u00a0\u00bb (2015, 96). Dans de tels cas, la po\u00e9sie, le livre, passe d&rsquo;une main \u00e0 l&rsquo;autre, tire la relation vers l&rsquo;amiti\u00e9 et la litt\u00e9rature, vers l&rsquo;amiti\u00e9 litt\u00e9raire. Le texte partag\u00e9, aim\u00e9, transforme le lien entre acteurs, fait entrevoir le passage d&rsquo;un partage d\u00e9j\u00e0 accompli vers un partage plus grand encore.<\/p>\n<p>Parfois, la lecture suscite le lien, en fait surgir le d\u00e9sir. D\u00e9couvrant les \u00ab\u00a0Notes d&rsquo;enfance\u00a0\u00bb de Jacques Copeau dans les pages de <em>L&rsquo;Ermitage<\/em>, Andr\u00e9 Gide est taraud\u00e9 par la curiosit\u00e9: \u00ab\u00a0J&rsquo;aimerais bien savoir qui c&rsquo;est\u00a0\u00bb (1987, 67), \u00e9crit-il \u00e0 Henri Gh\u00e9on. Il obtient alors son adresse aupr\u00e8s du directeur de la revue et lui \u00e9crit une longue lettre exprimant son appr\u00e9ciation de ses articles, l&rsquo;invitant \u00e0 en publier d&rsquo;autres \u2013 \u00ab\u00a0Nous sommes plusieurs \u00e0 d\u00e9sirer vous lire encore\u00a0\u00bb \u2013 et d\u00e9bouchant sur une confession: \u00ab\u00a0Vous avouerai-je tout ce qui se m\u00eale de curiosit\u00e9 au go\u00fbt que je me sens d\u00e9j\u00e0 pour votre prose?\u00a0\u00bb (66). Copeau r\u00e9pond avec enthousiasme et \u00e9motion, en racontant l&rsquo;histoire de sa relation intime avec les r\u00e9cits de son destinataire: \u00ab\u00a0J&rsquo;ai lu <em>Les Nourritures terrestres <\/em>il y a deux ans. [\u2026] D\u00e8s cet instant vous me f\u00fbtes un compagnon; dirai-je: un compagnon de fuite?\u00a0 Je respirais en votre \u0153uvre des pr\u00e9sages de libert\u00e9. [&#8230;] Je v\u00e9cus [certains jours de convalescence] avec vous, dans ma chambre. Notre reconnaissance s&rsquo;achevait par de longs entretiens.\u00a0\u00bb (68)\u00a0 L&rsquo;un comme l&rsquo;autre indiquent que l&rsquo;amiti\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u00e0, en creux, potentielle (pour Gide) ou fantasmatiquement accomplie (pour Copeau). Ils manifestent tous deux que les textes peuvent induire une reconnaissance ou un d\u00e9sir de connaissance (sociale, intime, plut\u00f4t que cognitive), chez le lecteur; que l&rsquo;\u00e9motion, l&rsquo;admiration, la sensation de proximit\u00e9 (intellectuelle, esth\u00e9tique, id\u00e9ologique, affective) presque douloureuse que la lecture provoque, peut provoquer, donnent un sentiment d\u2019amiti\u00e9 virtuelle, engendrent le d\u00e9sir de la concr\u00e9tiser. \u00ab\u00a0Lire, c&rsquo;est s&rsquo;exercer \u00e0 la gratitude\u00a0\u00bb, lan\u00e7ait Patrick Boucheron dans sa le\u00e7on d&rsquo;ouverture au Coll\u00e8ge de France, pour mieux marquer l&rsquo;hommage rendu par lui \u00e0 ses illustres pr\u00e9d\u00e9cesseurs. Quand cette reconnaissance s\u2019\u00e9crit, quand l\u2019admiration se propose comme contre-don, un espace social distinct s\u2019esquisse, bas\u00e9 sur le refus de l\u2019int\u00e9r\u00eat, des \u00e9quivalences, du calcul, espace o\u00f9, sans se confondre, les figures de la litt\u00e9rature, de l\u2019amiti\u00e9 et du don s\u2019interd\u00e9finissent.<\/p>\n<p>L&rsquo;amiti\u00e9 litt\u00e9raire est ainsi \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la lecture, \u00e0 la lecture des textes <em>de<\/em> l&rsquo;ami. Elle l&rsquo;est tout autant \u00e0 la lecture des textes <em>par <\/em>l&rsquo;ami. Les premiers lecteurs, ceux dont on souhaite un jugement litt\u00e9raire (et non pas un aveu de s\u00e9duction), ce seront les amis. Faire lire, faire entendre les manuscrits avant de publier fut une pratique habituelle dans les c\u00e9nacles du dix-neuvi\u00e8me (dans les salons aussi, mais les relations les sous-tendant n&rsquo;\u00e9taient pas n\u00e9cessairement amicales, bien au contraire). Dans cet esprit, le groupe de la toute premi\u00e8re <em>Nouvelle Revue fran\u00e7aise<\/em>, rassembl\u00e9 autour de Gide, se r\u00e9unissait fr\u00e9quemment pour \u00e9couter l&rsquo;un d&rsquo;eux faire la lecture des premi\u00e8res versions de leurs textes, au point o\u00f9 l&rsquo;invitation \u00e0 y participer peut \u00eatre vue comme une \u00e9tape marquante dans la cooptation d&rsquo;un \u00e9crivain au sein de la petite bande. \u00ab\u00a0Souffl\u00e9\u00a0\u00bb par la lecture du manuscrit de <em>Jean Barois<\/em>, Andr\u00e9 Gide s&rsquo;enquiert rapidement aupr\u00e8s de Jean Schlumberger : \u00ab\u00a0[m]ais qui est donc ce Martin du Gard dont jamais vous ne m&rsquo;aviez parl\u00e9<a id=\"footnoteref1_7ig6i4s\" class=\"see-footnote\" title=\" Cit\u00e9 par Jean Delay en\u00a0introduction des correspondances de Gide et du Gard (Gide, 1968, 9). \" href=\"#footnote1_7ig6i4s\">[1]<\/a>?\u00a0\u00bb, puis presse Gaston Gallimard de le publier. Quelques mois plus tard, un nouveau manuscrit permettra \u00e0 Martin du Gard de devenir un familier de Gide: \u00ab\u00a0Je suis extr\u00eamement curieux de conna\u00eetre votre pi\u00e8ce, dont Copeau me dit le plus grand bien. \u00c7a vous emb\u00eaterait-il de me la lire? \u2013 et que Gh\u00e9on l&rsquo;entend\u00eet avec moi<a id=\"footnoteref2_ogpw8ih\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans une lettre d\u2019Andr\u00e9 Gide dat\u00e9e du 2 janvier 1914 (1968, 127). \" href=\"#footnote2_ogpw8ih\">[2]<\/a>?\u00a0\u00bb Plus tard, Gide et Martin du Gard s\u2019\u00e9changeront d\u2019innombrables lettres commentant leurs projets romanesques respectifs, les <em>Faux-Monnayeurs <\/em>\u00a0et <em>Les Thibault<\/em>.<\/p>\n<p>L\u2019ami joue alors, d\u2019une certaine mani\u00e8re, un r\u00f4le d\u2019\u00e9diteur ou de critique, et la gen\u00e8se des textes ne peut se comprendre si l\u2019on ne tient pas compte de la relation amicale. Les premiers po\u00e8mes de Ponge sont ainsi lus et comment\u00e9s par Audisio et Paulhan, et ce dernier sera \u00e9troitement impliqu\u00e9 dans l\u2019\u00e9dition des premiers recueils, <em>Douze petits \u00e9crits <\/em>en 1926 et <em>Le Parti pris des choses<\/em>, en 1942. Dans quelques cas, le critique devient l\u2019ami, comme on le voit dans la correspondance entre Proust et Rivi\u00e8re. \u00ab\u00a0Enfin je trouve un lecteur\u00a0[\u2026] Et quel bonheur que ce lecteur, ce soit vous\u00a0\u00bb (1955, 1)\u00a0: cette exclamation de Proust, dans sa toute premi\u00e8re lettre \u00e0 Rivi\u00e8re, alors critique montant de la <em>NRF<\/em>, marque bien l\u2019affect s\u2019emparant de l\u2019auteur se d\u00e9couvrant enfin un v\u00e9ritable lecteur. Affect d\u2019autant plus vif que ce lecteur a lui-m\u00eame \u00e9crit. \u00c0 la mani\u00e8re de Gide et Copeau, mais en contradiction avec sa th\u00e9orie de la division entre\u00a0l\u2019Auteur et l\u2019individu socialis\u00e9, Proust d\u00e9crit sa lecture comme une rencontre avec Rivi\u00e8re, rencontre heureuse ayant \u00ab\u00a0pos\u00e9 les jalons d\u2019une amiti\u00e9 spirituelle\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0les sentiments que vous voulez bien m\u2019exprimer, je les ai souvent ressentis en vous lisant\u00a0; de sorte que chacun de notre c\u00f4t\u00e9 nous avons fait les premiers pas l\u2019un vers l\u2019autre\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>).<\/p>\n<p>Les amiti\u00e9s litt\u00e9raires g\u00e9n\u00e8rent ainsi des \u00ab\u00a0cercles de lectures r\u00e9ciproques\u00a0\u00bb, et nombre de textes portent les traces de cette sociogen\u00e8se amicale. Autour d\u2019Alfred DesRochers et de Louis Dantin, par exemple, circulent un nombre impressionnant de po\u00e8mes manuscrits; il faut dire, cependant, que dans certains cas, les distinctions entre les r\u00f4les de mentor ou de ma\u00eetre, et celui de l\u2019ami s\u2019av\u00e8rent difficiles \u00e0 \u00e9tablir, non seulement parce qu\u2019il s\u2019agit de dynamiques labiles, mais aussi parce que les agencements entre l\u2019autorit\u00e9, le pouvoir, la confiance et l\u2019amiti\u00e9 sont complexes<a id=\"footnoteref3_nmuwuwg\" class=\"see-footnote\" title=\" Sur la relation entre Dantin et DesRochers, exemplaire de cette dynamique, outre la correspondance elle-m\u00eame (Pierre H\u00e9bert et Richard Gigu\u00e8re, avec la collaboration de St\u00e9phanie Bernier, La Correspondance entre Louis Dantin et Alfred DesRochers. Une \u00e9mulation litt\u00e9raire (1928-1939), Montr\u00e9al, Fides, 2014), voir\u00a0: Richard Gigu\u00e8re, 1989, \u00ab\u00a0Le manuscrit comme lieu de dialogue: Alfred DesRochers\u00a0\u00bb, Urgences, no 24, p. 25-34. \" href=\"#footnote3_nmuwuwg\">[3]<\/a>. L\u2019amiti\u00e9 sera tant\u00f4t une forme de \u00ab\u00a0willing suspension of inequalities\u00a0\u00bb, quand d\u2019autres fois des in\u00e9galit\u00e9s trop grandes la briseront. Toute l\u2019histoire de la relation entre Jean Dubuffet et Jean Paulhan est tendue entre ces deux versants de l\u2019\u00e9quation amiti\u00e9\/pouvoir. Enchant\u00e9, dans les premiers temps, de l\u2019amiti\u00e9 de Paulhan, dont l\u2019appui le fait litt\u00e9ralement exister dans le milieu artistique (apr\u00e8s vingt ans de pratique sans exposition), Dubuffet \u00e9prouve n\u00e9anmoins avec force le d\u00e9s\u00e9quilibre entre leurs positions, mais plus encore entre leurs \u00ab\u00a0dons\u00a0\u00bb respectifs. Ainsi, quand il voit la \u00ab\u00a0n\u00e9cessit\u00e9 naturelle\u00a0\u00bb de voir ses \u0153uvres \u00eatre d\u00e9fendues par Paulhan, il manifeste sa \u00ab\u00a0mauvaise conscience\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0vous \u00eates un tr\u00e8s grand personnage dans la Cit\u00e9 de l\u2019esprit [\u2026] et je suis la berg\u00e8re qui ne peut d\u00e9cemment danser avec le prince, ni non plus d\u00e9cemment avec d\u2019autres, et donc bien embarrass\u00e9e. Je n\u2019ai pas os\u00e9 soulever cette question l\u2019autre soir \u00e0 cause du c\u00f4t\u00e9 trouble, suspect, que je craindrais de la voir donner \u00e0 nos relations\u00a0: le poids de votre nom n\u2019a d\u00e9j\u00e0 jou\u00e9 que trop en ma faveur\u00a0\u00bb (Dubuffet, 2003, 105).<\/p>\n<p>Mais revenons un moment sur la figure de l\u2019ami comme lecteur, avant d\u2019affronter les questions sociales et \u00e9conomiques, aper\u00e7ues au travers du don et des in\u00e9galit\u00e9s. L\u2019importance accord\u00e9e au jugement des amis peut aller jusqu\u2019\u00e0 faire d\u2019eux des destinataires privil\u00e9gi\u00e9s de l\u2019\u0153uvre, comme ce fut le cas d\u2019Andr\u00e9 Belleau, pour Fran\u00e7ois Ricard\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[J]e peux dire que je n&rsquo;ai pas \u00e9crit une ligne qui ne s&rsquo;adress\u00e2t de quelque mani\u00e8re \u00e0 lui, qui ne vis\u00e2t sa lecture, sa r\u00e9plique, sinon son approbation. Sans le savoir, peut-\u00eatre, il a \u00e9t\u00e9 mon destinataire de chaque instant. Tandis que j&rsquo;\u00e9crivais, toujours il lisait par-dessus mon \u00e9paule, et j&rsquo;entendais sa voix, ses questions, ses commentaires. D\u00e9j\u00e0, dans le moment m\u00eame o\u00f9 j&rsquo;\u00e9crivais, s&rsquo;engageait le d\u00e9bat que j&rsquo;aurais avec lui une fois le texte termin\u00e9. Il m&rsquo;obligerait \u00e0 \u00eatre plus clair, \u00e0 mieux nuancer mes id\u00e9es, dans son propre esprit il mettrait le mien \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve et me ferait d\u00e9couvrir dans mes phrases tant\u00f4t des lacunes, tant\u00f4t des possibilit\u00e9s que seul je n&rsquo;aurais jamais soup\u00e7onn\u00e9es. Il me pr\u00e9munissait contre la simplicit\u00e9, contre la facilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9criture et de la pens\u00e9e. Il \u00e9tait mon super-ego critique (1987, 87).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Magnifique \u00e9vocation de la sagacit\u00e9 herm\u00e9neutique et critique de Belleau, ce passage manifeste aussi l\u2019importance de cette relation entre \u00e9crivains, comme le signale la fin du paragraphe\u00a0: \u00ab\u00a0Qui le remplacera?\u00a0\u00bb L\u2019indispensable lecteur\u00a0: l\u2019ami. En conclure que, dans la sph\u00e8re litt\u00e9raire, on \u00e9crit moins pour les pairs que pour les amis serait tordre en un sens n\u00e9gatif cette \u00e9vocation, alors qu\u2019il serait plus juste de dire que le cercle d\u2019amis est celui dont la lecture importe le plus, dans la mesure o\u00f9 on la juge bas\u00e9e sur la franchise et le partage\u00a0: partage de conceptions esth\u00e9tiques, politiques, philosophiques, franchise dans l\u2019expression du jugement, d\u00e9saccords compris.<\/p>\n<p>La sph\u00e8re litt\u00e9raire se pr\u00e9sente ainsi, en partie, comme une vaste soci\u00e9t\u00e9 d\u2019amis (ce qui veut dire, du m\u00eame coup\u00a0: une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019ennemis et d\u2019anciens amis\u2026) J\u2019irais m\u00eame un cran plus loin, pour avancer que l\u2019amiti\u00e9 surgit dans et par la parole, l\u2019interlocution directe et concr\u00e8te entre sujets, qu\u2019elle s\u2019av\u00e8rerait ainsi constitutivement fond\u00e9e sur un certain rapport au langage. D\u2019o\u00f9 sa v\u00e9ritable et cruciale importance en litt\u00e9rature. Dans beaucoup de relations (marchande, p\u00e9dagogique, bureaucratique, de voisinage, etc.), le langage survient <em>a posteriori<\/em>, de fa\u00e7on secondaire et souvent utilitaire, dans un cadre d\u00e9j\u00e0 \u00e9tabli. La dynamique des \u00e9changes et les r\u00f4les respectifs des participants sont partiellement pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9s. L&rsquo;impr\u00e9visible peut certes surgir, pour briser les r\u00e8gles, voire m\u00e9tamorphoser la relation, et, par exemple, susciter des amiti\u00e9s&#8230;\u00a0Mais alors, pr\u00e9cis\u00e9ment, la relation a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre strictement marchande ou de voisinage. La relation amicale, au contraire, ne se d\u00e9couvre qu\u2019\u00e0 travers la m\u00e9diation de la parole. Elle fait intervenir le langage comme puissance. Le lien amical ne pr\u00e9existe pas au dialogue et, bien souvent, ne survit gu\u00e8re au silence et encore moins \u00e0 son \u00e9videment par la banalit\u00e9. On peut s\u2019\u00e9changer bien des lieux communs, sans menacer l\u2019amiti\u00e9, mais quand il ne reste plus que des lieux communs, lanc\u00e9s de part et d\u2019autre comme de fragiles passerelles pour combler le vide, masquer le silence, alors, il n\u2019y a plus rien de commun, surtout pas l\u2019amiti\u00e9. L\u2019importance de l\u2019amiti\u00e9, dans la vie litt\u00e9raire, tient sans doute, au moins en partie, \u00e0 ce qu\u2019elle naisse de la parole, \u00e0 ce que ce type de relation conf\u00e8re une importance cruciale \u00e0 la mise en \u0153uvre du langage. D\u2019o\u00f9 les formules de H\u00f6lderlin, reprises dans le premier bulletin du Comit\u00e9 d\u2019action \u00e9tudiants-\u00e9crivains\u00a0: \u00ab\u00a0La vie de l\u2019esprit entre amis, la pens\u00e9e qui se cherche dans l\u2019\u00e9change de parole par \u00e9crit et de vive voix, sont n\u00e9cessaires \u00e0 ceux qui cherchent. Hors cela nous sommes pour nous-m\u00eames sans pens\u00e9e. Penser appartient \u00e0 la figure sacr\u00e9e qu\u2019ensemble nous figurons<a id=\"footnoteref4_no0m8aw\" class=\"see-footnote\" title=\" Elles figurent en exergue de \u00c0 la recherche d\u2019un communisme de pens\u00e9e (Mascolo, 1993). \" href=\"#footnote4_no0m8aw\">[4]<\/a>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une remarque de Blanchot me para\u00eet lumineuse, \u00e0 cet \u00e9gard\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que je pense, je ne l\u2019ai pas pens\u00e9 seul\u00a0\u00bb (1983, 16). On peut en tirer une interpr\u00e9tation centr\u00e9e sur le caract\u00e8re agonistique de la pens\u00e9e (j\u2019\u00e9labore ma pens\u00e9e contre la pens\u00e9e d\u2019autrui, la pens\u00e9e de l\u2019Autre, comme objet ou sujet), mais je pr\u00e9f\u00e8re en tirer une observation quasi-bakhtinienne, sur le caract\u00e8re profond\u00e9ment dialogique de la r\u00e9flexion, du langage, de l\u2019\u00e9criture, en insistant sur les degr\u00e9s de dialogisme. Entre l\u2019intertextualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, le dialogisme universel du discours social, et le texte, les cercles amicaux op\u00e8rent une m\u00e9diation capitale et souvent n\u00e9glig\u00e9e, celle de po\u00e9tiques distinctes mais partag\u00e9es. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment pourquoi je m\u2019int\u00e9resse aux correspondances, aux revues et aux groupes, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019amiti\u00e9\u00a0: ce sont des lieux o\u00f9 on d\u00e9fait et refait, collectivement, le commun, le commun des discours, des imaginaires.<\/p>\n<p>La mise en \u0153uvre conjointe de la parole et de l\u2019amiti\u00e9 n\u2019implique pas communion, parfaite fusion dans une communaut\u00e9 id\u00e9ale, mais mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du partage, confrontation \u00e0 la distance, \u00e0 ce \u00ab\u00a0pur intervalle qui, de moi \u00e0 cet autrui qu\u2019est un ami, mesure tout ce qu\u2019il y a entre nous\u00a0\u00bb (Blanchot, 1971, 328-329). Contre l\u2019id\u00e9alisation de la communion, la transformation de l\u2019amiti\u00e9 en essence (celle de la vertu aristot\u00e9licienne ou de la communaut\u00e9 politique agambienne), l\u2019insistance unilat\u00e9rale sur le partage et l\u2019exigence d\u2019\u00e9galit\u00e9, il faut souligner les contradictions, les polarit\u00e9s animant les formes de relations amicales.<\/p>\n<p>Celle entre \u00e9galitarisme et privil\u00e8ge, par exemple\u00a0: dans la recherche de modes d\u2019interaction et de prise de d\u00e9cision moins autoritaires, plus horizontaux, aptes \u00e0 mettre en pratique l\u2019id\u00e9al de d\u00e9mocratie participative, les groupes f\u00e9ministes \u00e9tats-uniens des ann\u00e9es soixante ont cherch\u00e9 \u00e0 se constituer comme des f\u00e9d\u00e9rations d\u2019amiti\u00e9; cependant, les r\u00e9seaux amicaux solidement \u00e9tablis ont eu tendance \u00e0 exclure ou \u00e0 rel\u00e9guer \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie de ces mouvements les femmes faiblement ou pas du tout int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 ces r\u00e9seaux, femmes de communaut\u00e9s racis\u00e9es ou d\u2019origine plus populaire, bien souvent.<\/p>\n<p>On a pu mettre en \u00e9vidence les tendances \u00ab\u00a0s\u00e9cessionnistes\u00a0\u00bb des cercles d\u2019amis<a id=\"footnoteref5_cug04n6\" class=\"see-footnote\" title=\" Ray Pahl \u00e9labore \u00e0 ce sujet sur les propos de C. S. Lewis\u00a0: On Friendship, Cambridge, Polity, 2000; les \u00ab\u00a0Quelques agents du Parti imaginaire\u00a0\u00bb signant la pr\u00e9face \u00ab\u00a0\u00c0 un ami\u00a0\u00bb vont nettement plus loin dans ce sens\u00a0: \u00a0\u00ab\u00a0Si, dans son L\u00e9lius, Cic\u00e9ron doit pr\u00e9venir contre les dangers de s\u00e9cession que l\u2019amiti\u00e9 rec\u00e8le pour la Cit\u00e9, c\u2019est qu\u2019un monde inique, une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9testable ne s\u2019oublient pas dans l\u2019amiti\u00e9 comme dans les suffocantes ivresses de l\u2019amour. [\u2026] Pour parler en termes abrupts\u00a0: toute amiti\u00e9 est aujourd\u2019hui de quelque mani\u00e8re en guerre avec l\u2019ordre imp\u00e9rial, ou n\u2019est que mensonge.\u00a0\u00bb, Quelques agents du Parti imaginaire, \u00ab\u00a0\u00c0 un ami\u00a0\u00bb, pr\u00e9face \u00e0 Auguste Blanqui, 2006, Maintenant, il faut des armes!, Paris, la Fabrique, p. 19. Cette pr\u00e9face annonce une \u00ab\u00a0politique de l\u2019amiti\u00e9\u00a0\u00bb bien distincte de celles analys\u00e9es par Derrida. \" href=\"#footnote5_cug04n6\">[5]<\/a>, dans la mesure o\u00f9 l\u2019intensit\u00e9 des liens internes repose fr\u00e9quemment sur une coh\u00e9sion n\u00e9gative, dont la remise en question des discours et pratiques dominant un milieu social donn\u00e9. Les avant-gardes artistiques et litt\u00e9raires ont exemplifi\u00e9 ce tropisme. Cependant, toute amiti\u00e9 n\u2019est \u00e9videmment pas \u00ab\u00a0r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, bien au contraire. Les sociabilit\u00e9s amicales peuvent tout aussi bien reproduire les formes de domination\u00a0: le r\u00e9seautage du milieu des affaires, socle de tant de <em>boy\u2019s club<\/em>, comme le syst\u00e8me des fraternit\u00e9s \u00ab\u00a0grecques\u00a0\u00bb des campus \u00e9tats-uniens en sont l\u2019illustration.<\/p>\n<p>Enfin, les exigences parfois oppos\u00e9es de franchise et d\u2019appui ind\u00e9fectible, de libert\u00e9 et d\u2019unit\u00e9\u00a0 tiraillent les relations amicales, et engendrent tant\u00f4t des conflits, tant\u00f4t des accusations de complaisance. Dans le premier cas, la difficult\u00e9 tient \u00e0 l\u2019expression des divergences, des d\u00e9saccords. Quand la jeune \u00e9quipe de <em>La Nouvelle Revue fran\u00e7aise<\/em> se refusa \u00e0 publier le manuscrit d\u2019un des principaux collaborateurs, Andr\u00e9 Ruijters, objet de r\u00e9serves fortes chez ses amis, les liens de celui-ci avec le reste de l\u2019\u00e9quipe furent imm\u00e9diatement fragilis\u00e9s et l\u2019amiti\u00e9, pratiquement, bris\u00e9e. Dans les cas de Sartre et Camus, Sartre et Merleau-Ponty, de Breton et Aragon, pour prendre quelques exemples de ruptures \u00e9clatantes d\u2019amiti\u00e9, la dissension ne pouvait \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e, alors que Paulhan pratiqua constamment, parfois avec une roublardise retorse, l\u2019amiti\u00e9 \u00e0 distance, l\u2019amiti\u00e9-communaut\u00e9 plut\u00f4t que l\u2019amiti\u00e9-communion<a id=\"footnoteref6_cgnrn5e\" class=\"see-footnote\" title=\" Je reprends ici la tr\u00e8s utile distinction mise de l\u2019avant par Georges Gurvitch\u00a0dans La vocation actuelle de la sociologie (1963, 130-175). \" href=\"#footnote6_cgnrn5e\">[6]<\/a>. Les accusations de complaisance<a id=\"footnoteref7_kclzp8k\" class=\"see-footnote\" title=\" Apparues d\u00e8s les premiers c\u00e9nacles romantiques (Glinoer, 2008). \" href=\"#footnote7_kclzp8k\">[7]<\/a>, de \u00ab\u00a0conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats\u00a0\u00bb pourrait-on dire, pour employer une formule bien actuelle, n\u2019auraient pas une telle port\u00e9e, si l\u2019amiti\u00e9, en litt\u00e9rature, \u00e9tait d\u2019ordre strictement priv\u00e9e. Or, r\u00e9guli\u00e8rement, les relations amicales entre \u00e9crivains (ou artistes) sont publiquement affich\u00e9es, les figures d\u2019amis s\u2019int\u00e9grant, de diverses fa\u00e7ons, \u00e0 l\u2019image d\u2019auteur. Bien rares sont ceux qui, comme Roger Nimier, ont r\u00e9ussi \u00e0 renverser les termes pol\u00e9miques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mon bon oncle L\u00e9autaud disait un jour qu&rsquo;il \u00e9tait bien ennuyeux de critiquer les mauvaises pi\u00e8ces des auteurs aimables qu&rsquo;il connaissait. Cet ennui n&rsquo;enlevait rien \u00e0 sa rigueur. En revanche, quel plaisir d&rsquo;ouvrir un livre dont on se sent un peu l&rsquo;auteur parce qu&rsquo;il est sign\u00e9 d&rsquo;un ami et parce qu&rsquo;il touche quelques-unes des cordes auxquelles on est sensible (ou plut\u00f4t dont on est prisonnier). On se fait des compliments tout \u00e0 son aise. On est chez soi, on circule entre les lignes comme dans les all\u00e9es d&rsquo;un jardin o\u00f9 l&rsquo;on a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 (Nimier, 1951, 149).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il y aurait d\u2019autres tensions encore \u00e0 examiner, et de multiples autres pistes \u00e0 arpenter car, comme je l\u2019ai indiqu\u00e9, l\u2019analyse des amiti\u00e9s litt\u00e9raires, des po\u00e9tiques, politiques et \u00ab\u00a0formes de vie\u00a0\u00bb fond\u00e9es sur ou op\u00e9r\u00e9es par l\u2019amiti\u00e9, est encore largement en friche. J\u2019en isolerai une derni\u00e8re, pour conclure, car elle articule, tant bien que mal, les questions de l\u2019amiti\u00e9, du don et du langage. Elle se trouve esquiss\u00e9e dans un des premiers ouvrages \u00e9crits par Boltanski, au moment de son retournement contre la sociologie critique de Bourdieu, <em>L\u2019Amour et la Justice comme comp\u00e9tences<\/em> (2011 [1990]). Sans souscrire au recours \u00e0 la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, op\u00e9r\u00e9e dans cet ouvrage, j\u2019estime l\u2019examen de l\u2019<em>agap\u00e8<\/em> effectu\u00e9 par Boltanski susceptible de relancer l\u2019\u00e9tude de l\u2019amiti\u00e9 (laquelle n\u2019est pas dissoci\u00e9e de l\u2019amour, dans son appareil conceptuel). Il souligne en effet, en passant par l\u2019<em>Essai sur le don<\/em> de Mauss, et la contre-lecture de Bourdieu, que l\u2019amour (l\u2019amiti\u00e9) instaure un r\u00e9gime de relations entre les personnes r\u00e9solument oppos\u00e9 \u00e0 toute \u00e9quivalence, \u00e0 tout calcul, donc reposant sur une \u00e9conomie, voire une philosophie du don. Or, pour Boltanski, ce n\u2019est pas une th\u00e9orie critique de l<em>\u2019agap<\/em>\u00e8 qui permet d\u2019en circonscrire le sens et la port\u00e9e, mais un autre recours au langage, lui-m\u00eame oppos\u00e9 au syst\u00e8me des \u00e9quivalences\u00a0: celui de la parabole et des m\u00e9taphores, celui de la litt\u00e9rature, est-on tent\u00e9 d\u2019ajouter (Boltanski, en effet, \u00e9vite soigneusement de passer de la m\u00e9taphore \u00e0 la litt\u00e9rature). Fond\u00e9e sur la parole et le don, l\u2019amiti\u00e9 serait ainsi une pratique du langage et de la relation \u00e9troitement apparent\u00e9e \u00e0 la litt\u00e9rature. Ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une hypoth\u00e8se, mais qui a le m\u00e9rite de reconfigurer leur rapprochement, donc leur \u00e9tude crois\u00e9e.<\/p>\n<h2>BIBLIOGRAPHIE<\/h2>\n<p>BLANCHOT, Maurice. 1971. <em>L\u2019Amiti\u00e9<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>_____. 1983. <em>La Communaut\u00e9 inavouable<\/em>, Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>BOLTANSKI, Luc. 2011 [1990]. <em>L\u2019Amour et la Justice comme comp\u00e9tences<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0Folio essais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>DUBUFFET, Jean et PAULHAN, Jean.\u00a02003. <em>Correspondance 1944-1968<\/em>, Julien Dieudonn\u00e9 et Marianne Jakobi (\u00e9d.), Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0Les Cahiers de la NRF\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>GIDE, Andr\u00e9 et COPEAU, Jacques. 1987. <em>Correspondance, <\/em>vol. I (d\u00e9cembre 1902 &#8211; mars 1913), Jean Claude (\u00e9d.), introduction de Claude Sicard, Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0Cahiers Andr\u00e9 Gide\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>GIDE, Andr\u00e9 et DU GARD, Roger Martin. 1968. <em>Correspondance, <\/em>vol. I (1913-1934), Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>GIGU\u00c8RE, Richard. 1989. \u00ab Le manuscrit comme lieu de dialogue: Alfred DesRochers \u00bb, <em>Urgences<\/em>. n<sup>o<\/sup> 24, p. 25-34.<\/p>\n<p>GLINOER, Anthony. 2008. <em>La Querelle de la camaraderie<\/em>. <em>Les romantiques face \u00e0 leurs contemporains, <\/em>Gen\u00e8ve\u00a0: Droz.<\/p>\n<p>GURVITCH, Georges. 1963. <em>La vocation actuelle de la sociologie, <\/em>vol. I, \u00ab\u00a0Vers la sociologie diff\u00e9rentielle\u00a0\u00bb, Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p>H\u00c9BERT, Pierre et GIGU\u00c8RE, Richard, avec la collaboration de St\u00e9phanie BERNIER. 2014. <em>La Correspondance entre Louis Dantin et Alfred DesRochers. Une \u00e9mulation litt\u00e9raire (1928-1939)<\/em>, Montr\u00e9al\u00a0: Fides.<\/p>\n<p>MASCOLO, Dionys. 1993. <em>\u00c0 la recherche d\u2019un communisme de pens\u00e9e<\/em>, Paris\u00a0: Fourbis.<\/p>\n<p>MIRON, Gaston. 2015. <em>Lettres, 1949-1965, <\/em>Matriloue Sainte-Marie (\u00e9d.), Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Hexagone.<\/p>\n<p>NIMIER, Roger. 1951. \u00ab Mon bon oncle L\u00e9autaud disait un jour&#8230;\u00a0\u00bb, <em>La Table ronde<\/em>, avril, p. 149-151.<\/p>\n<p>PROUST, Marcel et RIVI\u00c8RE, Jacques. 1955.\u00a0<em>Correspondance 1914-1922<\/em>, Philip Kolb (\u00e9d.), Paris\u00a0: Plon.<\/p>\n<p>RICARD, Fran\u00e7ois. 1987. \u00ab\u00a0Le destinataire privil\u00e9gi\u00e9\u00a0\u00bb, <em>Libert\u00e9<\/em>, vol. 29, n\u00b01, p. 86-87.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_7ig6i4s\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_7ig6i4s\">[1]<\/a> Cit\u00e9 par Jean Delay en\u00a0introduction des correspondances de Gide et du Gard (Gide, 1968, 9).<\/p>\n<p id=\"footnote2_ogpw8ih\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_ogpw8ih\">[2]<\/a> Dans une lettre d\u2019Andr\u00e9 Gide dat\u00e9e du 2 janvier 1914 (1968, 127).<\/p>\n<p id=\"footnote3_nmuwuwg\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_nmuwuwg\">[3]<\/a> Sur la relation entre Dantin et DesRochers, exemplaire de cette dynamique, outre la correspondance elle-m\u00eame (Pierre H\u00e9bert et Richard Gigu\u00e8re, avec la collaboration de St\u00e9phanie Bernier, <em>La Correspondance entre Louis Dantin et Alfred DesRochers. Une \u00e9mulation litt\u00e9raire (1928-1939), <\/em>Montr\u00e9al, Fides, 2014), voir\u00a0: Richard Gigu\u00e8re, 1989, \u00ab\u00a0Le manuscrit comme lieu de dialogue: Alfred DesRochers\u00a0\u00bb, <em>Urgences<\/em>, n<sup>o<\/sup> 24, p. 25-34.<\/p>\n<p id=\"footnote4_no0m8aw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_no0m8aw\">[4]<\/a> Elles figurent en exergue de <em>\u00c0 la recherche d\u2019un communisme de pens\u00e9e<\/em> (Mascolo, 1993).<\/p>\n<p id=\"footnote5_cug04n6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_cug04n6\">[5]<\/a> Ray Pahl \u00e9labore \u00e0 ce sujet sur les propos de C. S. Lewis\u00a0: <em>On Friendship<\/em>, Cambridge, Polity, 2000; les \u00ab\u00a0Quelques agents du Parti imaginaire\u00a0\u00bb signant la pr\u00e9face \u00ab\u00a0\u00c0 un ami\u00a0\u00bb vont nettement plus loin dans ce sens\u00a0: \u00a0\u00ab\u00a0Si, dans son <em>L\u00e9lius<\/em>, Cic\u00e9ron doit pr\u00e9venir contre les dangers de s\u00e9cession que l\u2019amiti\u00e9 rec\u00e8le pour la Cit\u00e9, c\u2019est qu\u2019un monde inique, une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9testable ne s\u2019oublient pas dans l\u2019amiti\u00e9 comme dans les suffocantes ivresses de l\u2019amour. [\u2026] Pour parler en termes abrupts\u00a0: toute amiti\u00e9 est aujourd\u2019hui de quelque mani\u00e8re en guerre avec l\u2019ordre imp\u00e9rial, ou n\u2019est que mensonge.\u00a0\u00bb, Quelques agents du Parti imaginaire, \u00ab\u00a0\u00c0 un ami\u00a0\u00bb, pr\u00e9face \u00e0 Auguste Blanqui, 2006, <em>Maintenant, il faut des armes!<\/em>, Paris, la Fabrique, p. 19. Cette pr\u00e9face annonce une \u00ab\u00a0politique de l\u2019amiti\u00e9\u00a0\u00bb bien distincte de celles analys\u00e9es par Derrida.<\/p>\n<p id=\"footnote6_cgnrn5e\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_cgnrn5e\">[6]<\/a> Je reprends ici la tr\u00e8s utile distinction mise de l\u2019avant par Georges Gurvitch\u00a0dans <em>La vocation actuelle de la sociologie <\/em>(1963, 130-175).<\/p>\n<p id=\"footnote7_kclzp8k\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_kclzp8k\">[7]<\/a> Apparues d\u00e8s les premiers c\u00e9nacles romantiques (Glinoer, 2008).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lacroix, Michel. 2016. \u00ab\u00a0Pr\u00e9face \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023, En\u00a0ligne &lt;http:\/\/revuepostures.com\/fr\/lacroix-23&gt;<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lacroix-23.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lacroix-23.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-020c08f3-18a8-427d-80cc-a74ab681f112\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lacroix-23.pdf\">lacroix-23<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lacroix-23.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-020c08f3-18a8-427d-80cc-a74ab681f112\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0\u00c9crire avec \u00bb, n\u00b023 \u00c0 Ren\u00e9 Lapierre L\u2019amiti\u00e9 comme objet d\u2019analyse n\u2019a gu\u00e8re d\u2019amis, dans les \u00e9tudes litt\u00e9raires, o\u00f9 l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re la pol\u00e9mique, la haine, la violence, lesquelles semblent promettre, du m\u00eame souffle, des textes plus coriaces et une posture de chercheur plus critique. 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