{"id":5610,"date":"2024-06-13T19:48:28","date_gmt":"2024-06-13T19:48:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/corps-feminin-corps-theatral-le-travail-du-trauma-chez-sarah-kane\/"},"modified":"2024-09-04T15:21:06","modified_gmt":"2024-09-04T15:21:06","slug":"corps-feminin-corps-theatral-le-travail-du-trauma-chez-sarah-kane","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5610","title":{"rendered":"Corps f\u00e9minin, corps th\u00e9\u00e2tral : le travail du trauma chez Sarah Kane"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6895\">Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Regardez-moi dispara\u00eetre<br \/>regardez-moi<br \/>dispara\u00eetre<br \/>regardez-moi<br \/>regardez-moi<br \/>regardez<a id=\"footnoteref1_qzyzmu0\" class=\"see-footnote\" title=\"Sarah Kane, 4.48 Psychose, Paris\u00a0: L\u2019Arche \u00e9diteur, 2015, p. 55. \" href=\"#footnote1_qzyzmu0\">[1]<\/a><br \/>Sarah Kane, <em>4.48 Psychose<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La r\u00e9ponse traumatique \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement violent se d\u00e9clenche dans l\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019agression, du viol, des menaces de mort ou de tout acte mena\u00e7ant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporelle, psychologique ou sexuelle. En contrecoup au trauma, elle confine les victimes dans un engrenage compulsif \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur duquel l\u2019\u00e9v\u00e8nement violent, puisqu\u2019il est impossible \u00e0 assimiler ou \u00e0 appr\u00e9hender, se rejouera sans cesse. Dans \u00a0cette optique, on peut se demander ce que peuvent les dramaturgies du traumatisme, ces \u00e9critures occup\u00e9es \u00e0 \u00ab mettre en mots, en corps, en espace et en voix, la blessure\u00a0\u00bb (Angel-Perez, 2006, 1). Peuvent-elles offrir une r\u00e9ponse imaginaire assez forte, assez charg\u00e9e, aux abominations, aussi bien \u00e0 celles historiques et collectives qu\u2019\u00e0 celles intimes, pour arriver \u00e0 emp\u00eacher leur retour dans la r\u00e9alit\u00e9? Sarah Kane, auteure britannique subversive, avec l\u2019\u00e9criture de ses cinq pi\u00e8ces (<em>An\u00e9antis<\/em>,<em> L\u2019amour de Ph\u00e8dre<\/em>,<em> Purifi\u00e9s<\/em>,<em> Manque<\/em>,<em> 4.48 psychose<\/em>), aurait-elle r\u00e9ussi \u00e0 faire co\u00efncider les plaies b\u00e9antes laiss\u00e9es dans l\u2019imaginaire social par les horreurs g\u00e9nocidaires \u00e0 celles individuelles au point de montrer une nouvelle mani\u00e8re de concevoir la r\u00e9alit\u00e9<a id=\"footnoteref2_brbwjfe\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans son article \u00ab\u00a0Sarah Kane et le th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb, Edward Bond \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Les horreurs de ce si\u00e8cle ne changent pas la r\u00e9alit\u00e9, elles ne font qu\u2019en tirer les conclusions et nous pourrions continuer comme si elles ne nous avaient rien appris. An\u00e9antis a chang\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 [\u2026]\u00a0\u00bb. Selon lui, Sarah Kane a montr\u00e9 au public une \u00ab\u00a0fa\u00e7on nouvelle de voir la r\u00e9alit\u00e9, et quand nous faisons cela la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019en trouve chang\u00e9e\u00a0\u00bb (cit\u00e9 dans Saunders, 2004, 299). \" href=\"#footnote2_brbwjfe\">[2]<\/a>? Nous tenterons de montrer en quoi la derni\u00e8re \u0153uvre de son corpus, <em>4.48 Psychose<\/em>, une fois r\u00e9fl\u00e9chie \u00e0 travers le prisme de la notion traumatique, permet de transformer sp\u00e9cifiquement celle des femmes. Nous verrons que cette pi\u00e8ce qui porte sur le suicide et la psychose, en donnant \u00e0 lire la survie \u2014 bien qu\u2019elle fonctionne par spasmes \u2014, met aussi en sc\u00e8ne l\u2019espoir et la r\u00e9sistance. De m\u00eame, nous analyserons de quelle mani\u00e8re l\u2019esth\u00e9tique de la coupure (blessure auto-inflig\u00e9e, travail du fragment), qui touche les corps f\u00e9minin, textuel et th\u00e9\u00e2tral de l\u2019\u0153uvre, sauve en quelque sorte le sujet de son propre an\u00e9antissement.<\/p>\n<h2>Le th\u00e9\u00e2tre kanien<\/h2>\n<p>En soumettant son public \u00e0 l\u2019exigence de la v\u00e9rit\u00e9<a id=\"footnoteref3_dtg3u93\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0La seule responsabilit\u00e9 qui soit la mienne en tant qu\u2019auteur concerne la v\u00e9rit\u00e9, aussi d\u00e9plaisante soit-elle.\u00a0\u00bb (Kane cit\u00e9e dans Saunders, 2004, 59) \" href=\"#footnote3_dtg3u93\">[3]<\/a>, celle des \u00ab\u00a0cafards [\u2026] que jamais personne ne prof\u00e8re\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 6), la dramaturgie de Sarah Kane inclut l\u2019horreur dans le champ de la r\u00e9alit\u00e9. Celle occult\u00e9e par la \u00ab\u00a0majorit\u00e9 morale\u00a0\u00bb (126), par une humanit\u00e9 incapable de se la figurer ou de se l\u2019imaginer. Cette horreur, celle impossible \u00e0 transformer en m\u00e9moire ou \u00e0 faire cadrer dans le r\u00e9cit de soi tant qu\u2019elle ne sortira pas du domaine de l\u2019inimaginable, raconte les s\u00e9vices endur\u00e9s par les corps. Aussi bien les corps bris\u00e9s par les guerres que ceux enferm\u00e9s dans des relations interpersonnelles souffrantes. Elle concerne la haine et le m\u00e9pris, retourn\u00e9s contre soi ou subis par un tiers, par une institution ou par la famille. Il s\u2019agit, en somme, de l\u2019effraction psychique, du trauma. Celui-ci fonctionne \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une bombe<a id=\"footnoteref4_r86hfzk\" class=\"see-footnote\" title=\"Ce qui n\u2019est pas sans rappeler sa pi\u00e8ce An\u00e9antis, dans laquelle l\u2019ellipse entre les deux actes sugg\u00e8re l\u2019explosion d\u2019une bombe. L\u2019ellipse survient, d\u2019ailleurs, suite au viol du personnage f\u00e9minin. \" href=\"#footnote4_r86hfzk\">[4]<\/a> qui impose un bouleversement radical pour la victime, puisqu\u2019il est le point d\u2019origine d\u2019une nouvelle r\u00e9alit\u00e9. En ce sens, Sarah Kane, en produisant un th\u00e9\u00e2tre explicite du point de vue de la violence (cannibalisme, viol, mutilation), transforme le temps de la repr\u00e9sentation en un temps-choc pour le public, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une fracture qui donnerait acc\u00e8s \u00e0 une nouvelle mani\u00e8re de concevoir la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est-\u00e0-dire que Kane souhaite produire un th\u00e9\u00e2tre exp\u00e9rientiel\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Si nous pouvons, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019art, faire l\u2019exp\u00e9rience de quelque chose, alors il nous est peut-\u00eatre possible de modifier notre avenir, car l\u2019exp\u00e9rience grave des le\u00e7ons dans nos c\u0153urs gr\u00e2ce \u00e0 la souffrance, alors que r\u00e9fl\u00e9chir nous laisse intacts\u2026 Il est crucial d\u2019enregistrer et de confier \u00e0 la m\u00e9moire des \u00e9v\u00e8nements jamais v\u00e9cus afin d\u2019\u00e9viter qu\u2019ils se produisent. Je prendrais plut\u00f4t le risque d\u2019une overdose au th\u00e9\u00e2tre que dans la vie. (Kane cit\u00e9e dans Saunders, 2004, 45-46)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, la fonction transformatrice du th\u00e9\u00e2tre post-traumatique de Kane d\u00e9pend de son caract\u00e8re exp\u00e9rientiel, \u00e9v\u00e8nementiel, puisqu\u2019\u00ab\u00a0on ne peut capturer quelque chose du trauma, le traverser et s\u2019en d\u00e9livrer que si on le <em>recorpor\u00e9ise<\/em>. S\u2019il fait \u00e9v\u00e8nement \u00e0 nouveau pour nous, si nous prenons ce risque, en conscience, en pr\u00e9sence\u00a0\u00bb (Dufourmantelle, 2011, 187; l\u2019auteure souligne). Il s\u2019agit d\u00e8s lors, dans le th\u00e9\u00e2tre de Kane, de faire traverser aux spectatrices, d\u2019une mani\u00e8re visc\u00e9rale, des blessures intimes et sociales v\u00e9cues par d\u2019autres, dans un autre temps, un autre lieu, afin de les lib\u00e9rer, non pas d\u2019un trauma ant\u00e9rieur, comme l\u2019\u00e9voque Dufourmantelle, mais d\u2019un trauma \u00e0 venir. La conception aristot\u00e9licienne du th\u00e9\u00e2tre selon laquelle la construction de la fable, qui repose toujours sur un conflit, s\u2019\u00e9quilibre sur le d\u00e9ploiement en actes imitatifs d\u2019actions et de personnages existants dans la r\u00e9alit\u00e9, est d\u00e9sormais rendue caduque\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le concept de re-pr\u00e9sentation (fond\u00e9 sur la mim\u00e9sis) semble s\u2019effacer dans le th\u00e9\u00e2tre contemporain au profit de celui de \u00ab\u00a0pr\u00e9sentification\u00a0\u00bb. Il ne s\u2019agit plus en aucun cas de repr\u00e9senter, de \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9ler\u00a0\u00bb (au sens \u00e9tymologique de recouvrir d\u2019un nouveau voile) ce dont on aurait d\u00e9j\u00e0, gr\u00e2ce \u00e0 la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, une connaissance sp\u00e9culaire \u2014 autrement dit, un r\u00e9f\u00e9rent \u2014 mais de rendre manifeste une latence, de faire appara\u00eetre quelque chose qui est de l\u2019ordre du cach\u00e9, de l\u2019enfoui, de l\u2019inconscient, mais qui n\u2019est pas moins r\u00e9el. Le th\u00e9\u00e2tre n\u2019est plus le lieu du simulacre, mais le lieu d\u2019une exp\u00e9rience unique. (Angel-Perez, 2006, 8)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce concept de \u00ab\u00a0pr\u00e9sentification\u00a0\u00bb que propose Angel-Perez permet de saisir la force de frappe d\u2019une dramaturgie engag\u00e9e \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler l\u2019inimaginable \u2014 \u00ab\u00a0c\u2019est moi-m\u00eame que je n\u2019ai jamais rencontr\u00e9e, dont le visage est scotch\u00e9 au verso de mon esprit\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 55) \u2014 au sens o\u00f9 la mise en discours de l\u2019horreur la r\u00e9v\u00e8le du m\u00eame coup comme latence sociale et individuelle.\u00a0La structure du th\u00e9\u00e2tre de Kane, qui abat davantage, au fils de ses pi\u00e8ces, les cloisons entre la forme et le fond et qui d\u00e9laisse de plus en plus les codes de la repr\u00e9sentation, \u00ab\u00a0\u00e9pouse non plus la dynamique du bel animal mais celle du corps traumatique, hoquetant et b\u00e9gayant\u00a0\u00bb (Angel-Perez, 2015, 3). En ce sens, la derni\u00e8re pi\u00e8ce qu\u2019elle a \u00e9crite avant son suicide, <em>4.48 Psychose<\/em>, s\u2019av\u00e8re \u00eatre la plus aboutie du point de vue d\u2019une coh\u00e9sion entre la forme et le fond par rapport \u00e0 la pr\u00e9sentification de ce corps traumatique.<\/p>\n<h2>R\u00e9alit\u00e9 traumatique<\/h2>\n<p>Le m\u00e9canisme de ressassement propre au traumatisme structure aussi bien la dimension discursive que formelle de la pi\u00e8ce. Ce sont ces traces de la r\u00e9p\u00e9tition compulsive qui donnent \u00e0 lire une certaine sym\u00e9trie entre les corps f\u00e9minin, textuel et th\u00e9\u00e2tral. En ce qui concerne l\u2019\u00e9nonciation, le sujet f\u00e9minin se fragmente sous diff\u00e9rentes formes de violence pass\u00e9es qui reviennent se fracasser contre les parois de son \u00eatre, tout comme \u00ab\u00a0une blessure vieille de deux ans s\u2019ouvre comme un cadavre et une honte depuis longtemps enterr\u00e9e clame infecte putr\u00e9faction sa peine\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 13). \u00c0 la blessure familiale \u2014 \u00ab\u00a0que mon p\u00e8re aille se faire foutre puisqu\u2019il a foutu ma vie en l\u2019air pour de bon et que ma m\u00e8re aille se faire foutre puisqu\u2019elle ne l\u2019a pas quitt\u00e9\u00a0\u00bb (21) \u2014 et historique \u2014 \u00ab\u00a0arr\u00eatez cette guerre\u00a0\u00bb (35); \u00ab\u00a0d\u2019une chambre de torture \u00e0 l\u2019autre \/ une ignoble succession d\u2019erreurs sans r\u00e9mission \/ \u00e0 chaque pas je suis tomb\u00e9e\u00a0\u00bb (49) \u2014 s\u2019ajoute le sexisme. En effet, la voix dans le texte \u00e9voque, \u00e0 travers le d\u00e9go\u00fbt d\u2019un corps f\u00e9minin construit par une soci\u00e9t\u00e9 aux standards cr\u00e9tinisants, les contraintes impos\u00e9es aux femmes, qui finissent trop souvent par incorporer la haine\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis grosse\u00a0\u00bb (11); \u00ab\u00a0Mes hanches sont trop fortes \/ J\u2019ai horreur de mes organes g\u00e9nitaux\u00a0\u00bb (12); \u00ab\u00a0Vous croyez qu\u2019il est possible de na\u00eetre dans le mauvais corps?\u00a0\u00bb (21) Il y a aussi toutes les oppressions institutionnelles qui semblent, \u00e0 la premi\u00e8re lecture, \u00eatre donn\u00e9es dans l\u2019imm\u00e9diat de la situation, mais qui font bel et bien retour\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas pour longtemps, je n\u2019\u00e9tais pas l\u00e0 pour longtemps. Mais en buvant un caf\u00e9 bien noir bien amer je la<em> retrouve<\/em> cette odeur d\u2019h\u00f4pital dans un nuage de vieux tabac et quelque chose me touche \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 \u00e7a sanglote<em> encore<\/em>\u00a0\u00bb (13; nous soulignons). Ces diff\u00e9rentes violences carc\u00e9rales concernent, d\u2019une part, l\u2019indiff\u00e9rence m\u00e9dicale \u2014 \u00ab\u00a0Une chambr\u00e9e de visages inexpressifs qui ouvrent des yeux vides sur ma souffrance, si d\u00e9pourvus de signification qu\u2019il doit y avoir l\u00e0 une intention malveillante\u00a0\u00bb (13) \u2014 et, d\u2019autre part, une victimisation \u00e0 peine voil\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0\u2013\u00a0<em>Ce n\u2019est pas<\/em> votre faute. \/ \u2013 JE SAIS. \/ \u2013 Mais vous l\u2019autorisez. \/ <em>Silence. <\/em>\/ \u2013 Il n\u2019y a pas une drogue sur terre qui puisse donner du sens \u00e0 la vie. \/ \u2013 Vous autorisez ce non-sens d\u00e9sesp\u00e9rant\u00a0\u00bb (27; l\u2019auteure souligne). Le sujet f\u00e9minin est aussi victime, pendant son s\u00e9jour hospitalier, d\u2019une certaine forme de condescendance autoritaire\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>M\u00e9decins imp\u00e9n\u00e9trables, m\u00e9decins raisonnables, m\u00e9decins excentriques, m\u00e9decins qu\u2019on prendrait pour des putains de patients si on ne vous prouvait pas le contraire<a id=\"footnoteref5_wfrc5g3\" class=\"see-footnote\" title=\"Notons que ce renversement possible entre l\u2019identit\u00e9 du m\u00e9decin et celle de la patiente sugg\u00e8re que la \u00ab\u00a0douce voix psychiatrique de la raison\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 14) contiendrait aussi en soi \u00ab\u00a0une symphonie solo\u00a0\u00bb (52), une identit\u00e9 fragment\u00e9e de voix \u00e9trang\u00e8res, ali\u00e9nantes, de violences intimes et sociales. Elle renfermerait une identit\u00e9 tout aussi susceptible de sombrer dans la psychose, de bombarder, de massacrer, de tuer ou de se suicider, ce qui rend soudainement poreuse la fronti\u00e8re entre \u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb et sant\u00e9 mentale. \" href=\"#footnote5_wfrc5g3\">[5]<\/a>, et qui posent les m\u00eames questions, <em>parlent \u00e0 ma place<\/em>, proposent des rem\u00e8des chimiques contre l\u2019angoisse cong\u00e9nitale et <em>se prot\u00e8gent mutuellement leurs arri\u00e8res de merde<\/em>. (14; nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces trois types de violence psychiatrique \u00e9clairent de mani\u00e8re saisissante le paradoxe \u00e9nonciatif prononc\u00e9 par le sujet\u00a0: \u00ab\u00a0Regardez-moi dispara\u00eetre \/ regardez-moi \/ dispara\u00eetre \/ regardez-moi \/ regardez-moi \/ regardez\u00a0\u00bb (55). Cet appel \u00e0 t\u00e9moin du personnage<a id=\"footnoteref6_h22jj36\" class=\"see-footnote\" title=\"Soulignons que l\u2019utilisation du terme \u00ab\u00a0personnage\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer l\u2019instance narrative peut sembler probl\u00e9matique en regard de la pi\u00e8ce de Kane. Il serait tout \u00e0 fait juste de pr\u00e9tendre que 4.48 Psychose ne pr\u00e9sente pas de personnage \u2013 d\u2019un point de vue aristot\u00e9licien, du moins. Au sens o\u00f9 les \u00ab\u00a0ilots textuels s\u00e9par\u00e9s par des blancs\u00a0\u00bb (Ch\u00e9netiez-Alev, 2005, 70), pouvant \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re de micros-actions autonomes, d\u00e9tach\u00e9es d\u2019un corps, sugg\u00e8reraient l\u2019absence de personnage en tant que tel, comme si la mat\u00e9rialit\u00e9 des mots en faisait office. Ainsi, le terme \u00ab\u00a0personnage\u00a0\u00bb convient (bien que \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb nous semble tout de m\u00eame plus juste) si nous consid\u00e9rons qu\u2019il peut d\u00e9signer comme tel ces ilots en tant que forme et structure \u2014 corps \u2014 d\u2019une instance fragment\u00e9e et travers\u00e9e par une (ou plusieurs) voix. \" href=\"#footnote6_h22jj36\">[6]<\/a>, qui semble dispara\u00eetre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son corps sous le poids de la souffrance, sugg\u00e8re l\u2019arriv\u00e9e imminente du suicide, mais marque principalement la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une validation. Regarder le corps ne pas dispara\u00eetre sur la sc\u00e8ne, d\u2019un m\u00eame \u0153il attentif, concentr\u00e9, immobile, malgr\u00e9 l\u2019injonction lanc\u00e9e, ram\u00e8nerait \u00e0 la surface l\u2019invisible d\u2019une d\u00e9sagr\u00e9gation psychique. D\u2019ailleurs, si nous pensons \u00e0 l\u2019entame d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, qui participe des m\u00eames enjeux, il est int\u00e9ressant de noter le travail de la r\u00e9p\u00e9tition qui ampute un peu plus, \u00e0 chaque retour, la r\u00e9plique initiale (ce proc\u00e9d\u00e9 est d\u2019ailleurs employ\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises dans le texte). Comme si la coupure, en permettant d\u2019atteindre de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e et condens\u00e9e le paroxysme du sens \u2014 ou de la souffrance, dans le cas de la blessure auto-inflig\u00e9e \u2014 r\u00e9veillait simultan\u00e9ment en soi un sentiment d\u2019existence perdu.<\/p>\n<p>Le grand nombre de traumatismes (familiaux, institutionnels, sexistes) \u00e9voqu\u00e9s par le personnage f\u00e9minin de <em>4.48 Psychose<\/em> atteste de la multiplicit\u00e9 des abus que les femmes subissent au cours de leur vie, et ce, de mani\u00e8re syst\u00e9mique. L\u2019existence composite de cette r\u00e9alit\u00e9 traumatique, laquelle construit le rapport au r\u00e9el des femmes, leur rapport au monde, ainsi que leur rapport \u00e0 elles-m\u00eames<a id=\"footnoteref7_t9axrho\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Une femme menac\u00e9e et terroris\u00e9e, on le sait, n\u2019est jamais \u00e9gale. Ni \u00e9gale \u00e0 elle-m\u00eame, ni \u00e9gale aux hommes.\u00a0\u00bb (Brossard, 1994, 309) \" href=\"#footnote7_t9axrho\">[7]<\/a>, en authentifiant la blessure, ouvre pour les spectatrices une nouvelle mani\u00e8re d\u2019envisager la r\u00e9alit\u00e9. Le fait d\u2019assister en tant que t\u00e9moin \u00e0 la douleur du sujet de la pi\u00e8ce permettrait aux spectatrices de percevoir sous un angle nouveau le traitement possible du trauma. En ne le limitant plus \u00e0 une seule dimension de l\u2019\u00eatre (corporelle, psychique, \u00e9motive, sans jamais tol\u00e9rer les trois \u00e0 la fois), la pi\u00e8ce d\u00e9cloisonne le trauma f\u00e9minin de sa sph\u00e8re individuelle et le trauma social de sa sph\u00e8re politique. Et cette conjugaison de divers types de violences viserait \u00e0 tous les faire ricocher, pour reprendre les mots d\u2019Angel-Perez, dans l\u2019intime (2015, 3)\u00a0: \u00ab\u00a0<em>J<\/em>\u2019ai gaz\u00e9 les Juifs, <em>j<\/em>\u2019ai tu\u00e9 les Kurdes, <em>j<\/em>\u2019ai bombard\u00e9 les Arabes, <em>j<\/em>\u2019ai bais\u00e9 des petits enfants qui demandaient gr\u00e2ce, les champs qui tuent sont \u00e0 <em>moi<\/em> [\u2026]\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 35; nous soulignons). En refusant d&rsquo;\u00e9riger les blessures individuelles et soci\u00e9tales comme mutuellement exclusives, <em>4.48 Psychose <\/em>r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9int\u00e9grer les femmes au c\u0153ur du monde et \u00e0 redonner le monde aux femmes.<\/p>\n<h2>Trauma et survie<\/h2>\n<p>Le propre du trauma r\u00e9side dans le fait que le monde ext\u00e9rieur p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son enveloppe psychique sans pr\u00e9avis, sans aucune m\u00e9diation<a id=\"footnoteref8_dfhwcc4\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0In trauma, that is, the outside has gone inside without any mediation.\u00a0\u00bb (Caruth, 1993, 24) \" href=\"#footnote8_dfhwcc4\">[8]<\/a>. L\u2019intrusion brutale de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 dans sa propre sph\u00e8re intime fracture ainsi la fronti\u00e8re entre soi et l\u2019autre. Dans ce cas, comment le personnage de <em>4.48 Psychose<\/em>, rompu \u00e0 plusieurs niveaux par diff\u00e9rentes manifestations de violence, peut-il r\u00e9sister \u00e0 sa propre disparition? Dans un texte o\u00f9 la mort \u00ab\u00a0hypo-volontaire\u00a0\u00bb (34) du sujet est pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e, encore et encore \u2014 \u00ab\u00a0\u00c0 4h48 \/ quand le d\u00e9sespoir fera sa visite \/ je me pendrai \/ au son du souffle de mon amour\u00a0\u00bb (12); \u00ab Apr\u00e8s 4h48 je ne parlerai plus\u00a0\u00bb (19); \u00ab\u00a0\u00c0 4h48 \/ je dormirai\u00a0\u00bb (42) \u2014, comment pr\u00e9tendre d\u00e9celer les spasmes de la survie? Comment lire la r\u00e9sistance dans une pi\u00e8ce o\u00f9 la peur est \u00ab\u00a0cyclique\u00a0\u00bb (51)? C\u2019est justement parce que la r\u00e9ponse traumatique \u00e0 la violence, en rejouant sans cesse le choc, rejoue du m\u00eame coup, implicitement, la survie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Repetition, in other words, is not the attempt to grasp that one has almost died, but more fundamentally and enigmatically, the very attempt <em>to claim one\u2019s own survival.<\/em> [\u2026] [T]rauma is constituted not only by the destructive force of a violent event but by the very fact of its survival (Caruth, 1993, 25; l\u2019auteure souligne).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s lors, ce qui fait retour pour le sujet est aussi l\u2019incompr\u00e9hension d\u2019avoir surv\u00e9cu \u00e0 une action qui laissait pr\u00e9sager sa mort. Cette survie, du point de vue du contenu discursif, troue le principe it\u00e9ratif du trauma, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une lumi\u00e8re clignotante<a id=\"footnoteref9_i3d68w9\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir \u00e0 ce sujet l\u2019article de Martine Delvaux \u00ab\u00a0Mourir\/Survivre. Lumi\u00e8res de Sarah Kane\u00a0\u00bb. Elle construit son analyse de la pi\u00e8ce \u00e0 partir du texte La survivance des lucioles (2009) de Georges Didi-Huberman. \" href=\"#footnote9_i3d68w9\">[9]<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0cogne br\u00fble flotte <em>scintille brille scintille<\/em> br\u00fble cingle tords serre effleure cingle <em>brille scintille<\/em> effleure <em>scintille<\/em> cogne <em>scintille brill<\/em>e br\u00fble effleure serre <em>scintille<\/em> tords serre cogne <em>brille scintille<\/em> br\u00fble <em>scintille brille\u00a0<\/em>\u00bb (Kane, 2015, 40; nous soulignons). C\u2019est-\u00e0-dire que la r\u00e9p\u00e9tition (notons qu\u2019elle se joue \u00e0 deux niveaux, puisqu\u2019il y a six occurrences plus ou moins identiques de ce type de bloc dans le texte), bien qu\u2019elle d\u00e9clenche son lot de douleur \u2013 comme l\u2019explicitent les verbes <em>tordre<\/em>, <em>br\u00fbler<\/em>, <em>cogner<\/em>, <em>serrer<\/em>, <em>cingler<\/em> \u2013, manifeste aussi, en creux, l\u2019espoir. Les verbes d\u2019action lumineux entaillent ce pan que dresse entre soi et le monde la violence afin d\u2019\u00e9clairer, non pas seulement l\u2019atrocit\u00e9, mais le fait d\u2019avoir surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e8nement pourtant destructeur. Tout comme le quatri\u00e8me mur est perfor\u00e9 par l\u2019appel du sujet au public \u00e0 la toute fin de la pi\u00e8ce \u2014 \u00ab\u00a0Validez-moi \/ Observez-moi \/ Voyez-moi \/ Aimez-moi\u00a0\u00bb (53) \u2014, ces d\u00e9coupes \u00e0 m\u00eame la fronti\u00e8re entre soi et l\u2019autre, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un sursaut de survivance, certifient, dans un m\u00eame mouvement, l\u2019existence de la blessure. Donner un corps \u00e0 briser \u00e0 la po\u00e9sie, comme le font ces murailles imp\u00e9ratives, indique l\u2019absolu pouvoir que l\u2019esth\u00e9tique de Kane conf\u00e8re \u00e0 la scarification. Elle balise l\u2019horreur en rejetant \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du trait la douleur, la folie et la noirceur, en les faisant seulement longer le bord de la plaie \u2014 du mot \u2014 tout en maintenant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019entaille, sous le derme, dans les replis d\u2019une chair meurtrie, la fragilit\u00e9, en tant qu\u2019ultime lumi\u00e8re, ultime espoir pour l\u2019humain.<\/p>\n<p>La forme de <em>4.48 Psychose, <\/em>en sugg\u00e9rant que la pi\u00e8ce \u00ab\u00a0re-commencerait \u00e0 l\u2019infini\u00a0\u00bb (Delvaux, 2012, 27), traduit une autre manifestation de la persistance du sujet f\u00e9minin. En effet, alors que la pr\u00e9sentification d\u00e9bute par l\u2019ouverture d\u2019un rideau et par \u00ab\u00a0[u]n tr\u00e8s long silence\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 9), la pi\u00e8ce se cl\u00f4t, suite \u00e0 la pr\u00e9sence de plus en plus d\u00e9vorante du silence, par un \u00ab\u00a0s\u2019il vous pla\u00eet levez le rideau\u00a0\u00bb (56). La disparition de soi, dans ce cas, annonc\u00e9e pour 4h48, heure du suicide, heure de la psychose, d\u2019apr\u00e8s le titre, laisserait sur la sc\u00e8ne un corps vid\u00e9 de sa conscience, mutil\u00e9 et silencieux, un \u00ab\u00a0pantin morcel\u00e9\u00a0\u00bb (38) \u00e0 la gorge tranch\u00e9e ou pendu, mais certainement mis en \u00e9chec par un syst\u00e8me en faillite. Par contre, le caract\u00e8re r\u00e9p\u00e9titif du trauma pr\u00e9sent dans la structure de la pi\u00e8ce nuance la port\u00e9e de ce suicide annonc\u00e9, en sugg\u00e9rant qu\u2019\u00ab [\u00e0] 4h48 \/ quand la sant\u00e9 mentale fera sa visite\u00a0\u00bb (37), le sujet mort, mais pas annihil\u00e9, remontera lentement les parois glissantes du silence pour recommencer la pi\u00e8ce. <em>4.48 Psychose <\/em>incarnerait ce corps traumatique, repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, convulsif, r\u00e9sistant, de fait, \u00e0 son propre an\u00e9antissement. Ces convulsions, par contre, ne proc\u00e8dent pas par mont\u00e9e-descente-remont\u00e9e du corps, mais bien par descente-remont\u00e9e-descente, puisque le texte met graduellement en sc\u00e8ne l\u2019effondrement du sujet. D\u2019ailleurs, Kane \u00e9crit que \u00ab\u00a0la sant\u00e9 mentale se trouve au centre de la convulsion, o\u00f9 la folie se s\u00e9pare br\u00fbl\u00e9e de l\u2019\u00e2me divis\u00e9e\u00a0\u00bb (42). Si l\u2019on suit la logique de cet extrait, dans l\u2019univers kanien, le si\u00e8ge de la sant\u00e9 mentale se trouve dans l\u2019entre-deux d\u2019une secousse corporelle incontr\u00f4lable, violente, entre la descente de la masse et sa remont\u00e9e. Mais si le choc corporel permet de br\u00fbler la folie, c\u2019est donc que la dissociation, c\u2019est-\u00e0-dire la rupture radicale, mais temporaire, entre le corps et l\u2019esprit, ne serait plus signe de folie, de psychose, mais bien de r\u00e9sistance ou de survie. Elle permettrait de contenir \u2014 tout comme la forme de la pi\u00e8ce \u2014, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la reprise saccad\u00e9e du mouvement du spasme, toute la profondeur d\u2019une horreur \u00e0 la fois intime et sociale. Si l\u2019\u00e9quilibre r\u00e9sulte d\u2019une marche sur la fronti\u00e8re entre la raison et la folie, de se tenir sur l\u2019exact point limite o\u00f9 l\u2019esprit quitte un instant ses territoires, c\u2019est donc que la sant\u00e9 mentale d\u00e9pend d\u2019une lucidit\u00e9. D\u2019une lucidit\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve par rapport \u00e0 la souffrance, aux \u00e9tats limites, \u00e0 la douleur, \u00e0 l\u2019horreur et au pass\u00e9 traumatique. Contrairement au d\u00e9sengagement de \u00ab\u00a0chacun chaque tous \/ noyant dans un oc\u00e9an de logique \/ ce monstrueux \u00e9tat de paralysie\u00a0\u00bb (30), Kane assume de prendre comme objet artistique la mis\u00e8re. Cette lucidit\u00e9 requiert \u00e9videmment de r\u00e9sister \u00e0 la \u00ab\u00a0logique\u00a0\u00bb partag\u00e9e par la majorit\u00e9 morale, m\u00eame majorit\u00e9 qui construit pour les femmes un corps \u00e9tranger \u00e0 elles-m\u00eames, m\u00eame majorit\u00e9 inform\u00e9e des atrocit\u00e9s pass\u00e9es, soit en tant que victimes fauteuses ou spectatrices, pour reprendre les mots de Kane (40). R\u00e9sister au \u00ab\u00a0charme d\u2019ignobles fantasmes de bonheur\u00a0\u00bb qui emp\u00eacherait le sujet de la pi\u00e8ce de toucher \u00e0 son \u00ab\u00a0moi essentiel\u00a0\u00bb (30) requiert de \u00ab\u00a0tenir toute seule\u00a0\u00bb (25) dans sa marche vers la seule v\u00e9rit\u00e9 qui vaille, celle des \u00ab\u00a0cafards\u00a0\u00bb.\u00a0 Et la v\u00e9rit\u00e9, c\u2019est que \u00ab\u00a0[n]ous sommes les abjects\u00a0\u00bb (37).<\/p>\n<h2>R\u00e9sistance et entame d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e<\/h2>\n<p>La r\u00e9sistance du sujet \u00e0 l\u2019annihilation que la pi\u00e8ce de Kane configure est aussi convoqu\u00e9e par la pratique de la blessure auto-inflig\u00e9e, puisque les coupures par lame de rasoir provoquent, paradoxalement, un sentiment d\u2019existence\u00a0: \u00ab\u00a0\u2013 Oh l\u00e0 l\u00e0, qu\u2019est-ce qui est arriv\u00e9 \u00e0 votre bras? \/ \u2013 Taillad\u00e9. [ \u2026] \u2013 Pourquoi vous \u00eates-vous taillad\u00e9 le bras? \/ \u2013 Parce que \u00e7a fait une putain de sensation. Parce que \u00e7a fait un putain d\u2019effet\u00a0\u00bb (24). Selon David Le Breton, dans <em>La peau et la trace<\/em>, \u00ab\u00a0les entames corporelles (incisions, \u00e9corchures, scarifications, br\u00fblures, excoriations, lac\u00e9rations, etc.) sont un moyen ultime de lutter contre la souffrance\u00a0\u00bb (2003, 9). Il explique qu\u2019\u00ab\u00a0en situation de grande souffrance, le corps devient une sorte d\u2019ultime recours pour ne pas dispara\u00eetre\u00a0\u00bb (11), puisque \u00ab\u00a0la trace corporelle porte la souffrance \u00e0 la surface du corps [ce qui n\u2019est pas sans rappeler la fonction de la pr\u00e9sentification th\u00e9\u00e2trale], l\u00e0 o\u00f9 elle devient visible et contr\u00f4lable. On l\u2019extirpe d\u2019une int\u00e9riorit\u00e9 qui para\u00eet comme un gouffre\u00a0\u00bb (33-34). Ainsi, la scarification du sujet serait le signe d\u2019une volont\u00e9 de ne pas s\u2019\u00e9crouler sous le poids des tourments. Le d\u00e9sir impliqu\u00e9 dans l\u2019acte de la coupure auto-inflig\u00e9e de porter \u00e0 la surface de la peau la douleur, dans le cadre d\u2019une institution ferm\u00e9e comme l\u2019institut psychiatrique (n\u2019oublions pas que le personnage est intern\u00e9), se charge d\u2019une fonction d\u2019autant plus symbolique. Les inscriptions corporelles dans de tels lieux, selon Le Breton, \u00ab\u00a0ont une valeur politique de r\u00e9sistance, de refus de l\u2019enfermement et de la discipline\u00a0\u00bb (75). La pr\u00e9sence de la blessure auto-inflig\u00e9e dans le texte de Kane affirme \u00e0 nouveau la t\u00e9nacit\u00e9 du sujet f\u00e9minin, en plus de marquer sa r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019endroit du discours m\u00e9dical. Les diverses occurrences des vers \u00ab\u00a0Ouverture de la trappe \/ Lumi\u00e8re crue\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 33), une fois d\u00e9tach\u00e9es de la r\u00e9alit\u00e9 institutionnelle (la trappe pouvant, par exemple, renvoyer au guichet dans la porte facilitant le passage du plateau de nourriture) pour \u00eatre incluses dans la logique symbolique de la blessure auto-inflig\u00e9e, se chargent d\u2019un sens nouveau\u00a0: le fait de trancher la peau cr\u00e9erait, au passage, une br\u00e8che dans le mur institutionnel afin que la lumi\u00e8re puisse filtrer.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 du corps textuel, la succession de petits traits \u00ab\u00a0&#8212;&#8211;\u00a0\u00bb s\u00e9parant chaque fragment de texte que le sujet nous invite \u00e0 d\u00e9couper \u2014 \u00ab\u00a0Une ligne en pointill\u00e9 sur la gorge \/ \u00c0 D\u00c9COUPER\u00a0\u00bb (34) \u2014 donne \u00e0 lire la r\u00e9sistance th\u00e9\u00e2trale de Kane par rapport \u00e0 un th\u00e9\u00e2tre purement mim\u00e9tique, au bel animal souhait\u00e9 par Aristote, qui enfermerait les normes dans un mod\u00e8le incapable de rendre compte de l\u2019effondrement du sens de ce si\u00e8cle. Si nous d\u00e9coupons les lignes en pointill\u00e9 du texte, une certaine pulsion rapsodique, au sens o\u00f9 l\u2019entend Jean-Pierre Sarrazac dans <em>L\u2019avenir du drame<\/em>, traverserait <em>4.48 Psychose\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0En grec, <em>rhaptein <\/em>signifie \u00ab\u00a0coudre\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (1999, 27). Selon lui, l\u2019\u00e9crivain-rhapsode \u00ab\u00a0assemble ce qu\u2019il a pr\u00e9alablement d\u00e9chir\u00e9 et d\u00e9pi\u00e8ce aussit\u00f4t ce qu\u2019il vient de lier\u00a0\u00bb (27). <em>4.48 Psychose<\/em> formerait une boucle puisque Kane d\u00e9chirerait la pi\u00e8ce pour la recoudre, et ce, <em>ad vitam aeternam<\/em>. En incisant les pointill\u00e9s au centre des pages, nous d\u00e9figurerions les feuilles, nous cr\u00e9erions des asp\u00e9rit\u00e9s que l\u2019on ne retrouve pas habituellement dans un texte de th\u00e9\u00e2tre. Cette d\u00e9figuration ne ferait pourtant que tracer de mani\u00e8re plus profonde, plus \u00e9vidente, l\u2019ellipse temporelle sugg\u00e9r\u00e9e par les traits d\u2019encre. Cette ellipse, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une d\u00e9chirure, d\u00e9truit toute possibilit\u00e9 de lin\u00e9arit\u00e9, d\u2019encha\u00eenement logique entre les micro-actions que constituent les dialogues et monologues, ce qui met en relief une autre forme de lucidit\u00e9 chez Kane. La forme hachur\u00e9e, syncop\u00e9e, signale une certaine forme de conscience aig\u00fce par rapport aux processus dynamiques r\u00e9p\u00e9titifs qui fondent aussi bien la peur \u2014 cyclique chez Kane, nous l\u2019avons vu \u2014 que l\u2019Histoire. L\u2019Histoire ne suit pas un ordre pr\u00e9\u00e9tabli qui m\u00e8nerait \u00e0 tout coup \u00e0 un d\u00e9nouement. L\u2019Histoire, qu\u2019elle soit individuelle ou collective, ne peut que rejouer sans cesse ses drames, et ce, dans un ordre chaotique. Une dramaturgie inform\u00e9e par les horreurs contemporaines ne peut qu\u2019\u00eatre monstrueuse par rapport au mod\u00e8le dominant. Form\u00e9e de lambeaux (le pi\u00e8ce se divise en vingt-quatre fragments), <em>4.48 Psychose <\/em>s\u2019offre au paysage th\u00e9\u00e2tral contemporain \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019une pi\u00e8ce-choc, coup de poing, puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas, dans une \u00e8re post-traumatique, \u00ab\u00a0au nom d\u2019on ne sait quel mod\u00e8le \u00ab\u00a0m\u00e9caniciste\u00a0\u00bb, de d\u00e9shumaniser le drame mais de produire des \u0153uvres <em>contre nature<\/em> et de pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019imitation rigide de la belle nature la libre vari\u00e9t\u00e9 des monstres\u00a0\u00bb (Sarrazac, 1999, 44; l\u2019auteur souligne). D\u00e8s lors, le refus de l\u2019enfermement traverse le projet th\u00e9\u00e2tral de Kane tout autant du point de vue de la forme que de celui de la fiction. Cette r\u00e9sistance face \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 m\u00e9dicale, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale et \u00e0 l\u2019annihilation du sujet fait de <em>4.48 Psychose <\/em>une pi\u00e8ce-br\u00e8che, c\u2019est-\u00e0-dire une pi\u00e8ce qui se construit \u00e0 partir de la br\u00e8che, sur son principe paradoxalement salvateur, tout en cr\u00e9ant une ouverture, au sens d\u2019une possibilit\u00e9 d\u2019in\u00e9dit, au sein de la r\u00e9alit\u00e9 th\u00e9\u00e2trale et sociale. Voil\u00e0 l\u2019audace du th\u00e9\u00e2tre kanien.<\/p>\n<p>La r\u00e9association intime du monde et du f\u00e9minin que Sarah Kane rend possible\u00a0 par la marginalit\u00e9 de son travail dramaturgique aura suffi en soi pour transformer la r\u00e9alit\u00e9. Mais en pr\u00e9sentant aux spectatrices un univers o\u00f9 un seul corps, une seule psych\u00e9, est d\u00e9chir\u00e9 par de multiples traumas, elle modifie surtout, sp\u00e9cifiquement, celle des femmes. C\u2019est donc dire que la pi\u00e8ce exp\u00e9rientielle de Kane, en produisant un choc pour les spectatrices, r\u00e9ussit, par le travail de la coupure, \u00e0 donner \u00e0 voir et \u00e0 comprendre la survie que dissimule implicitement le retour du trauma. La mise en sc\u00e8ne d\u2019un sujet f\u00e9minin fragment\u00e9 par la souffrance, mais r\u00e9sistant tout de m\u00eame \u00e0 sa mise \u00e0 n\u00e9ant, permet l\u2019authentification ainsi que la validation d\u2019une douleur d\u00e9clench\u00e9e par l\u2019effondrement du sens que les violences sociales, historiques, familiales, institutionnelles ont entra\u00een\u00e9. Au final, l\u2019exigence de la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019entreprise artistique de Kane aura produit une pi\u00e8ce o\u00f9 la sym\u00e9trie entre la forme et le fond permet de faire advenir sur sc\u00e8ne ce visage traumatique jamais r\u00e9ellement rencontr\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9. En tranchant la ligne en pointill\u00e9 qui borde la folie, en d\u00e9construisant le mod\u00e8le th\u00e9\u00e2tral, en prenant sur soi les abominations historiques, <em>4.48 Psychose <\/em>exhibe de mani\u00e8re brutale et d\u00e9rangeante une nouvelle mani\u00e8re de concevoir la r\u00e9alit\u00e9 humaine. La pi\u00e8ce change bel et bien, \u00e0 chaque lecture, \u00e0 chaque pr\u00e9sentification, la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>ANGEL-PEREZ, \u00c9lisabeth. 2015. \u00ab\u00a0La sc\u00e8ne traumatique de Sarah Kane\u00a0\u00bb. <em>Sillages critiques<\/em>, no. 19 [En ligne]. &lt; <a href=\"https:\/\/sillagescritiques.revues.org\/4328\">https:\/\/sillagescritiques.revues.org\/4328<\/a> &gt;.<\/p>\n<p>ANGEL-PEREZ, \u00c9lisabeth. 2006. \u00ab\u00a0Spectropo\u00e9tique de la sc\u00e8ne. Modalit\u00e9s du spectral dans quelques pi\u00e8ces du th\u00e9\u00e2tre anglais contemporain\u00a0\u00bb. <em>Sillages critiques<\/em>, no. 8 [En ligne]. &lt; <a href=\"https:\/\/sillagescritiques.revues.org\/558\">https:\/\/sillagescritiques.revues.org\/558<\/a> &gt;.<\/p>\n<p>BROSSARD, Nicole. 1994. \u00ab \u00c9crire la soci\u00e9t\u00e9\u00a0: d\u2019une d\u00e9rive \u00e0 la limite du r\u00e9el et du fictif\u00a0\u00bb<em>. <\/em><em>Philosophiques,<\/em> no. 21, p. 303-320.<\/p>\n<p>CARUTH, Cathie. 1993. \u00ab\u00a0Violence and Time: Traumatic survivals\u00a0\u00bb. <em>Assemblage<\/em>, no.\u00a020, p. 24-25.<\/p>\n<p>CH\u00c9NETIER-ALEV, Marion. 2005. \u00ab\u00a0La subversion des formes dans <em>4.48 psychose<\/em>, ou l\u2019invention d\u2019un objet dramatique probl\u00e9matique\u00a0\u00bb. <em>L\u2019annuaire th\u00e9\u00e2tral\u00a0: revue qu\u00e9b\u00e9coise d\u2019\u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales<\/em>, no. 38, p. 68-86.<\/p>\n<p>DELVAUX, Martine. 2012. \u00ab\u00a0Mourir\/Survivre. Lumi\u00e8res de Sarah Kane\u00a0\u00bb.<em> Temps z\u00e9ro<\/em>, vol. 5, no. 5 [En ligne]. &lt; <a href=\"https:\/\/tempszero.contemporain.info\/document982\">https:\/\/tempszero.contemporain.info\/document982<\/a> &gt;.<\/p>\n<p>DUFOURMANTELLE, Anne. 2011. <em>\u00c9loge du risque.<\/em> Paris\u00a0: Payot, 311 p.<\/p>\n<p>KANE, Sarah. 2015. <em>4.48 Psychose.<\/em> Paris\u00a0: L\u2019Arche \u00e9diteur, 56 p.<\/p>\n<p>LE BRETON, David. 2003. <em>La peau et la trace. Sur les blessures de soi.<\/em> Paris\u00a0: M\u00e9taili\u00e9, 141 p.<\/p>\n<p>SARRAZAC, Jean-Pierre. 1999. <em>L\u2019avenir du drame. \u00c9critures dramatiques contemporaines. <\/em>Belval\u00a0: Circ\u00e9, 212 p.<\/p>\n<p>SAUNDERS, Graham. 2004. <em>Love me or kill me. <\/em><em>Sarah Kane et le th\u00e9\u00e2tre. <\/em>Paris\u00a0: L\u2019Arche, 318 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_qzyzmu0\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_qzyzmu0\">[1]<\/a> Sarah Kane, <em>4.48 Psychose<\/em>, Paris\u00a0: L\u2019Arche \u00e9diteur, 2015, p. 55.<\/p>\n<p id=\"footnote2_brbwjfe\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_brbwjfe\">[2]<\/a> Dans son article \u00ab\u00a0Sarah Kane et le th\u00e9\u00e2tre\u00a0\u00bb, Edward Bond \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Les horreurs de ce si\u00e8cle ne changent pas la r\u00e9alit\u00e9, elles ne font qu\u2019en tirer les conclusions et nous pourrions continuer comme si elles ne nous avaient rien appris.<em> An\u00e9antis<\/em> a chang\u00e9 la r\u00e9alit\u00e9 [\u2026]\u00a0\u00bb. Selon lui, Sarah Kane a montr\u00e9 au public une \u00ab\u00a0fa\u00e7on nouvelle de voir la r\u00e9alit\u00e9, et quand nous faisons cela la r\u00e9alit\u00e9 s\u2019en trouve chang\u00e9e\u00a0\u00bb (cit\u00e9 dans Saunders, 2004, 299).<\/p>\n<p id=\"footnote3_dtg3u93\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_dtg3u93\">[3]<\/a> \u00ab\u00a0La seule responsabilit\u00e9 qui soit la mienne en tant qu\u2019auteur concerne la v\u00e9rit\u00e9, aussi d\u00e9plaisante soit-elle.\u00a0\u00bb (Kane cit\u00e9e dans Saunders, 2004, 59)<\/p>\n<p id=\"footnote4_r86hfzk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_r86hfzk\">[4]<\/a> Ce qui n\u2019est pas sans rappeler sa pi\u00e8ce <em>An\u00e9antis, <\/em>dans laquelle l\u2019ellipse entre les deux actes sugg\u00e8re l\u2019explosion d\u2019une bombe. L\u2019ellipse survient, d\u2019ailleurs, suite au viol du personnage f\u00e9minin.<\/p>\n<p id=\"footnote5_wfrc5g3\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_wfrc5g3\">[5]<\/a> Notons que ce renversement possible entre l\u2019identit\u00e9 du m\u00e9decin et celle de la patiente sugg\u00e8re que la \u00ab\u00a0douce voix psychiatrique de la raison\u00a0\u00bb (Kane, 2015, 14) contiendrait aussi en soi \u00ab\u00a0une symphonie solo\u00a0\u00bb (52), une identit\u00e9 fragment\u00e9e de voix \u00e9trang\u00e8res, ali\u00e9nantes, de violences intimes et sociales. Elle renfermerait une identit\u00e9 tout aussi susceptible de sombrer dans la psychose, de bombarder, de massacrer, de tuer ou de se suicider, ce qui rend soudainement poreuse la fronti\u00e8re entre \u00ab\u00a0folie\u00a0\u00bb et sant\u00e9 mentale.<\/p>\n<p id=\"footnote6_h22jj36\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_h22jj36\">[6]<\/a> Soulignons que l\u2019utilisation du terme \u00ab\u00a0personnage\u00a0\u00bb pour d\u00e9signer l\u2019instance narrative peut sembler probl\u00e9matique en regard de la pi\u00e8ce de Kane. Il serait tout \u00e0 fait juste de pr\u00e9tendre que <em>4.48 Psychose<\/em> ne pr\u00e9sente pas de personnage \u2013 d\u2019un point de vue aristot\u00e9licien, du moins. Au sens o\u00f9 les \u00ab\u00a0ilots textuels s\u00e9par\u00e9s par des blancs\u00a0\u00bb (Ch\u00e9netiez-Alev, 2005, 70), pouvant \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 la mani\u00e8re de micros-actions autonomes, d\u00e9tach\u00e9es d\u2019un corps, sugg\u00e8reraient l\u2019absence de personnage en tant que tel, comme si la mat\u00e9rialit\u00e9 des mots en faisait office. Ainsi, le terme \u00ab\u00a0personnage\u00a0\u00bb convient (bien que \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb nous semble tout de m\u00eame plus juste) si nous consid\u00e9rons qu\u2019il peut d\u00e9signer comme tel ces ilots en tant que forme et structure \u2014 corps \u2014 d\u2019une instance fragment\u00e9e et travers\u00e9e par une (ou plusieurs) voix.<\/p>\n<p id=\"footnote7_t9axrho\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_t9axrho\">[7]<\/a> \u00ab\u00a0Une femme menac\u00e9e et terroris\u00e9e, on le sait, n\u2019est jamais \u00e9gale. Ni \u00e9gale \u00e0 elle-m\u00eame, ni \u00e9gale aux hommes.\u00a0\u00bb (Brossard, 1994, 309)<\/p>\n<p id=\"footnote8_dfhwcc4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_dfhwcc4\">[8]<\/a> \u00ab\u00a0In trauma, that is, the outside has gone inside without any mediation.\u00a0\u00bb (Caruth, 1993, 24)<\/p>\n<p id=\"footnote9_i3d68w9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_i3d68w9\">[9]<\/a> Voir \u00e0 ce sujet l\u2019article de Martine Delvaux \u00ab\u00a0Mourir\/Survivre. Lumi\u00e8res de Sarah Kane\u00a0\u00bb. Elle construit son analyse de la pi\u00e8ce \u00e0 partir du texte <em>La survivance des lucioles<\/em> (2009) de Georges Didi-Huberman.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lafontaine, Marie-Pier. 2017. \u00abCorps f\u00e9minin, corps th\u00e9\u00e2tral : le travail du trauma chez Sarah Kane\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5610(Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lafontaine_26.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lafontaine_26.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3e943342-6407-4c5c-9c51-6906eb418489\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lafontaine_26.pdf\">lafontaine_26<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lafontaine_26.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3e943342-6407-4c5c-9c51-6906eb418489\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026 Regardez-moi dispara\u00eetreregardez-moidispara\u00eetreregardez-moiregardez-moiregardez[1]Sarah Kane, 4.48 Psychose La r\u00e9ponse traumatique \u00e0 un \u00e9v\u00e8nement violent se d\u00e9clenche dans l\u2019apr\u00e8s-coup de l\u2019agression, du viol, des menaces de mort ou de tout acte mena\u00e7ant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 corporelle, psychologique ou sexuelle. 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