{"id":5612,"date":"2024-06-13T19:48:28","date_gmt":"2024-06-13T19:48:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/perdre-des-theories-ou-le-recit-de-soi-comme-disparition\/"},"modified":"2024-09-04T15:15:38","modified_gmt":"2024-09-04T15:15:38","slug":"perdre-des-theories-ou-le-recit-de-soi-comme-disparition","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5612","title":{"rendered":"Perdre des th\u00e9ories, ou le r\u00e9cit de soi comme disparition"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6895\">Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Il n&rsquo;est point de r\u00e9el voyage<br \/>dont la destination ultime<br \/>ne soit le point de d\u00e9part.<br \/>Carlos Fr\u00e9chette, <em>Les invincibles<\/em><ins cite=\"mailto:Jean-Fran%8Dois%20Lebel\" datetime=\"2017-11-15T12:48\"><a id=\"footnoteref1_aslm51m\" class=\"see-footnote\" title=\"Rivard, J.F. (aut. et r\u00e9al.), L\u00e9tourneau, F. (aut.). 2005-2009. Les invincibles. [S\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e]. Montr\u00e9al: Atlantis Vivafilm. \" href=\"#footnote1_aslm51m\">[1]<\/a><\/ins><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab L\u2019histoire de ma vie ne m\u2019int\u00e9resse pas. Il n\u2019y a pas de centre. Il n\u2019y a pas de chemin, ni de ligne. Il y a de vastes espaces o\u00f9 l\u2019on a fait croire qu\u2019il y avait quelqu\u2019un mais ce n\u2019est pas vrai, il n\u2019y a personne. \u00bb (Vila-Matas, 2000, 35) Selon le narrateur de <em>Bartleby et compagnie<\/em> (Vila-Matas, 2000), cette citation appartiendrait \u00e0 Marguerite Duras. Pourtant, il faudrait \u00eatre compl\u00e8tement na\u00eff, ou alors n\u2019avoir jamais lu une ligne de l\u2019auteur catalan, pour le croire sur parole. Chez Vila-Matas, le texte est truff\u00e9 de \u00ab\u00a0citations litt\u00e9raires totalement invent\u00e9es, s\u2019entrem\u00ealant aux vraies. Ce qui complique le <em>proc\u00e9d\u00e9, <\/em>mais lui apporte aussi une incontestable all\u00e9gresse. \u00bb (Vila-Matas, 2010, 36) Et cette fois, c\u2019est lui qui le dit, mais est-ce bien lui ?<\/p>\n<p>Sa posture paradoxale, en ad\u00e9quation avec son d\u00e9sir de n\u2019\u00eatre \u00e0 la fois Personne (Vila-Matas, 2008, 19) et tous les autres, maintes fois r\u00e9it\u00e9r\u00e9e, se trouve au centre de <em>Perdre des th\u00e9ories<\/em>, \u0153uvre elle aussi paradoxale. \u00c0 mi-chemin entre roman et essai, elle raconte le s\u00e9jour \u00e0 Lyon de l\u2019auteur catalan, o\u00f9 il se rend pour donner une conf\u00e9rence sur le rapport entre le r\u00e9el et la fiction. Comme aucun membre de l\u2019organisation ne l\u2019accueille \u00e0 son arriv\u00e9e, il reste finalement dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel et en profite pour \u00e9laborer une th\u00e9orie du roman plut\u00f4t que de donner sa conf\u00e9rence. La conclusion du texte an\u00e9antissant le projet initial de l\u2019\u0153uvre, elle ouvre une boucle infinie sur la r\u00e9flexion entourant la recherche litt\u00e9raire : ainsi, on ne trouve jamais ce que l\u2019on cherche, mais on trouve que ce n\u2019est pas ce que l\u2019on cherchait, ou ce que l\u2019on ne cherchait pas, paradoxalement. On croirait l\u00e0 entendre Blanchot dire\u00a0: \u00ab La question attend la r\u00e9ponse, mais la r\u00e9ponse n\u2019apaise pas la question et, m\u00eame si elle y met fin, elle ne met pas fin \u00e0 l\u2019attente qui est la question de la question. \u00bb (Blanchot, 1969, 16)<\/p>\n<p>Une fois les th\u00e9ories disparues au fil de la recherche, il reste au c\u0153ur de <em>Perdre des th\u00e9ories <\/em>le r\u00e9cit d\u2019un \u00e9crivain seul, disparu \u00e0 Lyon qui, plut\u00f4t que de se mettre en sc\u00e8ne, s\u2019efface derri\u00e8re ses r\u00e9flexions. Au fil des pages, le narrateur, se pr\u00e9sentant comme Vila-Matas lui-m\u00eame, plut\u00f4t que de v\u00e9ritablement \u00e9laborer sa th\u00e9orie, d\u00e9tourne cette derni\u00e8re et finalement la <em>perd<\/em>. Par la mise en sc\u00e8ne de soi, Vila-Matas utilise la forme du roman pour cr\u00e9er un essai sur la litt\u00e9rature. <em>Perdre des th\u00e9ories <\/em>pr\u00e9sente Vila-Matas comme un \u00eatre sans corps : il n\u2019a que ses mots sur la litt\u00e9rature, dans laquelle il dispara\u00eet port\u00e9 par sa parole plurielle, travers\u00e9e par d\u2019autres. Puisque si <em>Perdre des th\u00e9ories<\/em> met en sc\u00e8ne l\u2019auteur comme narrateur du texte, ce dernier ne nous permet toutefois pas d\u2019embl\u00e9e d\u2019en cerner la figure fuyante &#8211; \u00e0 la fois narrateur, personnage, figure de l\u2019auteur et auteur r\u00e9el.<\/p>\n<p>C\u2019est justement le brouillage entre les diff\u00e9rentes instances investies par Vila-Matas qui nous am\u00e8ne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir au motif de la disparition au sein de l\u2019\u0153uvre. Par la multiplication de ses identit\u00e9s, Vila-Matas soul\u00e8ve les questions suivantes\u00a0: qui est-il et comment arrive \u00e0 se d\u00e9ployer dans son \u0153uvre ce personnage complexe, paradoxal, qui s\u2019\u00e9vanouit \u00e0 mesure qu\u2019il \u00e9merge\u00a0? Comment le r\u00e9cit de soi peut-il \u00eatre celui d\u2019une disparition\u00a0?<\/p>\n<p>\u00c0 partir de <em>Perdre des th\u00e9ories<\/em> et de la mise en sc\u00e8ne paradoxale de son auteur, je tenterai de penser en quoi la disparition de Vila-Matas au sein de son \u0153uvre est en fait une imposture et comment, \u00e0 partir de cette logique, cette imposture pourrait en cacher une autre \u2013 ou plusieurs autres.<\/p>\n<p>Ma perspective, s\u2019inscrivant dans une d\u00e9marche de \u00ab recherche-cr\u00e9ation \u00bb, se moule \u00e0 celle du texte retenu et permet de r\u00e9fl\u00e9chir l\u2019essai, la cr\u00e9ation et la recherche savante de fa\u00e7on non-antagoniste. La forme plus \u00ab\u00a0essayistique\u00a0\u00bb adopt\u00e9e ici me semble la plus ad\u00e9quate pour rendre compte de la posture singuli\u00e8re d\u2019Enrique Vila-Matas, de mon rapport \u00e0 celui-ci et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, \u00e0 la cr\u00e9ation.<\/p>\n<h2>Chercher Enrique<\/h2>\n<blockquote>\n<p style=\"margin-left: 41.45pt; text-align: justify;\">&#8211; Dans mes paroles une voix a en effet parl\u00e9 pour vous dire que la litt\u00e9rature est une invention essentielle de l\u2019humanit\u00e9. Cette m\u00eame voix vous a dit aussi que rien de ce que je vous disais n\u2019avait de sens, mais maintenant faites-moi le plaisir de bien \u00e9couter ce que je vais vous dire\u00a0: dans cette m\u00eame voix, il y avait au moins un \u00e9cho de ce sens qu\u2019elle niait.<\/p>\n<p style=\"margin-left: 41.45pt; text-align: justify;\">&#8211; Vous \u00eates compliqu\u00e9 [\u2026] (Vila-Matas, 2010, 13)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un chauffeur de taxi trouve Vila-Matas compliqu\u00e9 et pourtant, ce dernier ne fait que le mettre en garde : je ne suis pas contenu dans ce que je dis. Cette mise en garde vaut aussi pour la lectrice qui, comme moi, cherche \u00e0 le traquer. Mais comment traquer Personne?<\/p>\n<p>\u00c0 la lecture de Vila-Matas, la m\u00e9fiance ne tarde pas \u00e0 se d\u00e9ployer chez le lecteur avis\u00e9. Comme le montre le passage cit\u00e9 ci-dessus, l\u2019auteur nous d\u00e9signe d\u2019avance le paradoxe de sa pens\u00e9e. C\u2019est alors que toute information sur le r\u00e9cit de son personnage se teinte elle aussi de la m\u00e9fiance induite par sa prose. Et cette m\u00e9fiance est tentaculaire : on se m\u00e9fie de l\u2019intrigue qui ne va nulle part, du personnage qui se d\u00e9dit, puis finalement de la litt\u00e9rature, cet art de l\u2019imposture.<\/p>\n<p>Autofictif, comme plusieurs \u0153uvres de Vila-Matas, <em>Perdre des th\u00e9orie <\/em>pr\u00e9sente l\u2019auteur comme narrateur du r\u00e9cit. Un lecteur peu exerc\u00e9 pourrait donc \u00eatre port\u00e9 \u00e0 rattacher directement les deux. Toutefois, comme l\u2019affirme Philippe Lejeune dans \u00ab Nouveau Roman et retour \u00e0 l\u2019autobiographie \u00bb, \u00ab\u00a0quand on sait ce que c\u2019est qu\u2019\u00e9crire, l\u2019id\u00e9e m\u00eame de pacte autobiographique para\u00eet une chim\u00e8re\u00a0: tant pis pour la candeur du lecteur qui y croira. \u00c9crire sur soi est fatalement une invention de soi \u00bb (1991, 58). Il n\u2019y aurait donc rien de particuli\u00e8rement r\u00e9volutionnaire \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019Enrique Vila-Matas propose un narrateur dont l\u2019identit\u00e9 n\u2019est pas en totale ad\u00e9quation avec la sienne, surtout quand on sait que chez l\u2019auteur catalan, l\u2019autobiographie est toujours revendiqu\u00e9e comme fictionnelle. Pourtant, David Le Breton, dans son essai <em>Dispara\u00eetre de soi<\/em>, affirme aussi que \u00ab [l]e sentiment d\u2019\u00eatre soi, unique, solide, les pieds sur terre [qui] est une fiction personnelle que les autres doivent en permanence \u00e9tayer avec plus ou moins de bonne volont\u00e9. \u00bb (2015, 187)<\/p>\n<p>Ainsi, tenter de se pr\u00e9senter comme un individu unifi\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une fiction constituerait aussi une fiction en soi tout comme le simple sentiment d\u2019\u00eatre un. L\u00e0-dessus, le th\u00e9oricien et l\u2019anthropologue sont d\u2019accord: l\u2019identit\u00e9 unifi\u00e9e est aussi bien fiction que l\u2019\u00e9crivain-personnage.<\/p>\n<p>Dans cette optique, Vila-Matas contrecarre la propension \u00e0 la continuit\u00e9 de soi et d\u00e9sob\u00e9it \u00e0 cette fiction qui exigerait de lui qu\u2019il se pr\u00e9sente comme un <em>lui <\/em>particulier, unique et stable qu\u2019on rattacherait \u00e0 son identit\u00e9 d\u2019auteur \u00ab r\u00e9el \u00bb. Mais cette d\u00e9sob\u00e9issance n\u2019est-elle pas inh\u00e9rente \u00e0 tout acte de s\u2019\u00e9crire ?<\/p>\n<h2>Enrique dispers\u00e9<\/h2>\n<p>\u00c0 l\u2019or\u00e9e de<em> Perdre des th\u00e9ories<\/em>, on pourrait croire \u00e0 une intrigue. Puis, la sentence tombe et le personnage de l\u2019\u00e9crivain s\u2019\u00e9vanouit: \u00ab [J]e me suis senti devenir spectateur. N\u2019est-ce pas ce que, en r\u00e9alit\u00e9, j\u2019avais toujours \u00e9t\u00e9? \u00bb (Vila-Matas, 2010, 15) <em>Perdre des th\u00e9ories<\/em> ne sera pas le roman auquel le lecteur s\u2019attendait. Nous aussi, nous nous retrouvons spectateurs de la r\u00e9flexion de Vila-Matas sur la litt\u00e9rature dans une mise en sc\u00e8ne de son propre personnage d\u2019\u00e9crivain devenu, \u00e0 certains moments, lecteur de sa propre pens\u00e9e<a id=\"footnoteref2_gbpcr9g\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Il y avait l\u00e0 - surgissant de mon activit\u00e9 vivifiante de lecteur de moi-m\u00eame - les principaux traits que ne pourraient esquiver le roman \u00e0 venir ou mon nouveau roman.\u00a0\u00bb (Vila-Matas, 2010, 30) \" href=\"#footnote2_gbpcr9g\">[2]<\/a>. \u00c0 la fois, \u00e9crivain, critique, lecteur et personnage, Vila-Matas fuit le lecteur en multipliant les instances du discours, dont il rev\u00eat le r\u00f4le comme un costume.<\/p>\n<p>Comme le souligne Andr\u00e9 Belleau dans <em>L\u2019\u00e9crivain fictif<\/em>, \u00ab [l]e personnage-\u00e9crivain, quels que soient son ou ses r\u00f4les sur le plan des \u00e9v\u00e9nements, met en cause le r\u00e9cit comme discours litt\u00e9raire : par lui, la litt\u00e9rature parle d\u2019elle-m\u00eame, le discours s\u2019autor\u00e9f\u00e8re \u00bb (1999 [1980], 23). L\u2019autor\u00e9f\u00e9rencement rel\u00e8gue l\u2019intrigue de l\u2019\u0153uvre au deuxi\u00e8me plan et met en lumi\u00e8re le r\u00e9el enjeu que nous pr\u00e9sente l\u2019auteur lui-m\u00eame, lui pour qui \u00ab\u00a0[\u2026] la r\u00e9daction directe d\u2019un roman, [\u2026] est une mani\u00e8re tr\u00e8s directe de faire de la th\u00e9orie. \u00bb (Vila-Matas, 2010, 21) De l\u2019intrigue \u00e0 la th\u00e9orie, mais pas tout \u00e0 fait, puisqu\u2019avant m\u00eame d\u2019\u00e9laborer cette th\u00e9orie suppos\u00e9e, Vila-Matas nous met en garde : \u00ab On n\u2019a d\u00e9montr\u00e9 th\u00e9oriquement qu\u2019une seule chose, c\u2019est que tout change, aussi je crois que nous ferions bien de ne jamais perdre de vue l\u2019instabilit\u00e9 naturelle de nos coutumes et de nos opinions. \u00bb (20) L\u2019auteur catalan continue \u00e0 se d\u00e9filer.<\/p>\n<p>La signification est rarement donn\u00e9e et lorsqu\u2019elle l\u2019est, son contraire nous attend au d\u00e9tour de la ligne suivante. \u00ab\u00a0On comprend que la lecture des livres de Vila-Matas ressemble \u00e0 la fr\u00e9quentation et \u00e0 la contemplation d\u2019une prose qui met en garde contre son propre projet, son propre s\u00e9rieux, la m\u00e9lancolie de ses origines et la pose de l\u2019auteur \u00bb (Tillard, 2011, 76). Une prose qui se d\u00e9tricote, en somme, mais qui le fait ouvertement, en r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 son propre d\u00e9videment. \u00a0<\/p>\n<p>\u00ab Toute question renverrait \u00e0 quelqu\u2019un qui questionne c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 cet \u00eatre que nous sommes et qui seul a la possibilit\u00e9 de questionner ou encore de venir en question. \u00bb (Blanchot, 1969, 16). Ces suppos\u00e9es th\u00e9ories du roman sur lesquelles se penche Vila-Matas dans <em>Perdre des th\u00e9ories<\/em>, on est tent\u00e9 de les associer \u00e0 sa personne, \u00e0 cet homme \u00ab essayiste\u00a0\u00bb assis dans une chambre d\u2019h\u00f4tel qui nous pr\u00e9sente ses r\u00e9flexions : c\u2019est apr\u00e8s tout lui que l\u2019on traque. Toutefois, cette avenue est caduque. Le personnage est incomplet, il est une figure \u00e9vanescente, la mise en sc\u00e8ne d\u2019un \u00e9crivain qui questionne la th\u00e9orie. Pourtant, l\u2019\u0153uvre hybride ne peut \u00eatre enti\u00e8rement contenue dans son propos th\u00e9orique : elle ne saurait faire l\u2019\u00e9conomie du r\u00e9cit. On assiste donc \u00e0 un d\u00e9doublement du propos : la recherche d\u2019une th\u00e9orie, plut\u00f4t que de constituer l\u2019individu comme un \u00eatre chercheur (Blanchot, 1969, 16) et donc comme un personnage, le pose comme l\u2019\u00eatre en question que l\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 d\u00e9finir.<\/p>\n<p>Si le propos, la forme et, de fa\u00e7on extr\u00eamement coh\u00e9rente, l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 de <em>Perdre des th\u00e9ories<\/em> am\u00e8ne le lecteur vers une logique paradoxale de l\u2019auteur o\u00f9 la th\u00e9orie servirait \u00e0 avancer vers sa propre perte<a id=\"footnoteref3_rnosmpi\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab le seul objectif de ma th\u00e9orie de Lyon \u00e9tait de me lib\u00e9rer de son contenu, d\u2019\u00e9crire, de perdre des pays, de voyager et de perdre des th\u00e9ories, de les perdre toutes.\u00a0\u00bb (Vila-Matas, 2010, 62) \" href=\"#footnote3_rnosmpi\">[3]<\/a>, il en va de m\u00eame pour le r\u00e9cit de soi propos\u00e9 par Vila-Matas et de son d\u00e9sir d\u2019\u00eatre Personne et tous \u00e0 la fois.<\/p>\n<p>B\u00e2tissant son r\u00e9cit de soi dans les propos (r\u00e9els ou invent\u00e9s) de l\u2019autre, c\u2019est par l\u2019imposture que se d\u00e9ploie le personnage d\u2019Enrique Vila-Matas dans l\u2019\u0153uvre, l\u00e0 o\u00f9 de multiples voix semblent nous attirer vers quelque chose qui ressemblerait \u00e0 un personnage unifi\u00e9 pour mieux nous tromper. Ce que met en lumi\u00e8re l\u2019\u00e9clatement du personnage de l\u2019\u00e9crivain, c\u2019est justement cette id\u00e9e de la recherche d\u2019une origine de l\u2019\u00e9criture. Comme le sugg\u00e8re Anne Maziarczyk dans son article \u00ab\u00a0Enrique Vila-Matas et la litt\u00e9rature de l\u2019\u00e9puisement\u00a0\u00bb <a id=\"footnoteref4_ee6edn8\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Exprim\u00e9 dans le mouvement de la n\u00e9gation totale et absolue, l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019artiste s\u2019accomplit pour de bon dans l\u2019esth\u00e9tique moderne avec la c\u00e9l\u00e8bre \u201c mort de l\u2019auteur \u201d proclam\u00e9e par Barthes.\u00a0\u00bb (Maziarczyk, 2011, [En ligne]) \" href=\"#footnote4_ee6edn8\">[4]<\/a>, cet \u00e9clatement serait-il uniquement la d\u00e9monstration de la mort de l\u2019auteur telle que th\u00e9oris\u00e9e par Roland Barthes il y a d\u00e9sormais plus de soixante ans?<\/p>\n<h2>L\u2019imposture de l\u2019imposture<\/h2>\n<p>Il me vient alors \u00e0 l\u2019esprit une id\u00e9e toute vilamatienne : et s\u2019il s\u2019agissait tout simplement du contraire\u00a0? Si c\u2019\u00e9tait par sa disparition, soutenue par une multiplication infinie, qu\u2019enfin l\u2019auteur pouvait revivre\u00a0? Et si ce d\u00e9sir de n\u2019\u00eatre personne \u00e9tait une ruse, l\u2019imposture la plus totale?<\/p>\n<p>Si les citations distordues produisent une all\u00e9gresse (Vila-Matas, 2010, 36), on pourrait croire que cette all\u00e9gresse na\u00eet dans la relation entre l\u2019auteur qui les place et le lecteur qui les lit. Tel Sterne, dont il emprunte le proc\u00e9d\u00e9, \u00ab \u00e0 aucun moment [Vila-Matas] ne cherche \u00e0 cacher la provenance de tel ou tel passage ; au contraire il s\u2019[efforce] de donner des pistes. \u00bb (37) Malgr\u00e9 tout, ces strat\u00e9gies insufflent le soup\u00e7on lors de la lecture : on doit douter de la provenance des discours, aussi marqu\u00e9s d\u2019indices soient-ils. Ce jeu de la m\u00e9fiance, entre la lectrice et l\u2019auteur, assure la relation entre les deux instances. L\u2019enqu\u00eate, inh\u00e9rente \u00e0 de tels proc\u00e9d\u00e9s, assure la pr\u00e9sence d\u2019un auteur derri\u00e8re les pages et m\u00eame derri\u00e8re les mots d\u2019un autre.<\/p>\n<p>Dans <em>De l\u2019imposture en litt\u00e9rature<\/em> (Vila-Matas et Echenoz, 2008), Vila-Matas affirme : \u00ab \u00c7a peut sembler paradoxal, mais j\u2019ai toujours cherch\u00e9 ma particularit\u00e9 en tant qu\u2019auteur dans l\u2019assimilation d\u2019autres voix. \u00bb (19) Derri\u00e8re la posture de l\u2019imposteur, il y aurait donc la recherche d\u2019une \u00ab particularit\u00e9 \u00bb. Vila-Matas serait un \u00e9crivain mettant en sc\u00e8ne sa disparition derri\u00e8re les autres ou \u00e0 travers eux, mais cette disparition assurerait \u00e0 l\u2019inverse sa singularit\u00e9. Le paradoxe de cette posture s\u2019\u00e9tablit sur une r\u00e9sistance \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019un, mais aussi \u00e0 \u00eatre enti\u00e8rement disparu. Il y a une tension certaine entre les p\u00f4les de la multiplication et de la disparition.<\/p>\n<p>Dans <em>Disparition de soi<\/em>, David Le Breton souligne que la disparition de ce <em>je <\/em>\u00e9clat\u00e9 \u00ab n\u2019est pas une excentricit\u00e9 ou une pathologie, mais une expression radicale de libert\u00e9, celle du refus de collaborer. \u00bb (2015, 49-50) Aussi longtemps qu\u2019il se fait rus\u00e9, fuyant et imprenable, l\u2019auteur reste vivant dans son myst\u00e8re, bien install\u00e9 dans sa cachette secr\u00e8te o\u00f9 il r\u00eave peut-\u00eatre de ne jamais \u00eatre d\u00e9couvert. Mais les indices textuels sugg\u00e8rent qu\u2019il souhaite certainement qu\u2019on le cherche.\u00a0 L\u2019auteur n\u2019est pas mort et Vila-Matas le prouve en rejouant perp\u00e9tuellement cette disparition pour en assurer la pr\u00e9sence. Vila-Matas ne pourrait \u00eatre mort : il est partout et personne n\u2019a retrouv\u00e9 son cadavre.<\/p>\n<p>Si David B\u00e9langer affirme que \u00ab\u00a0[l]\u2019\u00e9crivain, en s\u2019affichant dans sa fiction, montre les attaques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es par la th\u00e9orie et par la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 son autorit\u00e9 cr\u00e9atrice \u00bb (2016, 54), la figure \u00e9vanescente de Vila-Matas repr\u00e9senterait peut-\u00eatre la seule fa\u00e7on de parer les coups. Il est alors int\u00e9ressant d\u2019appliquer \u00e0 Vila-Matas lui-m\u00eame la logique cr\u00e9ative des bartlebys qu\u2019il tente de r\u00e9pertorier dans <em>Bartleby et compagnie<\/em>. Si la v\u00e9ritable cr\u00e9ation est celle motiv\u00e9e par le refus<a id=\"footnoteref5_ui0w2k9\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab Je m\u2019appr\u00eate donc \u00e0 partir en promenade \u00e0 travers le labyrinthe de la N\u00e9gation, sur les sentiers de la plus troublante et la plus vertigineuse tentation des litt\u00e9ratures contemporaines: une tentation d\u2019o\u00f9 part le seul chemin encore ouvert \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire authentique; la tentation de s\u2019interroger sur ce qu\u2019est l\u2019\u00e9criture et de se demander o\u00f9 elle se trouve, et de r\u00f4der autour de son impossibilit\u00e9, et de dire la v\u00e9rit\u00e9 quant \u00e0 la gravit\u00e9 \u2014 mais aussi quant au caract\u00e8re on ne peut plus stimulant \u2014 du pronostic que l\u2019on peut porter sur la litt\u00e9rature en cette fin de mill\u00e9naire. \u00bb (Vila-Matas, 2000, 13) \" href=\"#footnote5_ui0w2k9\">[5]<\/a>, la v\u00e9ritable pr\u00e9sence serait alors celle de la disparition. Dans son analyse de l\u2019\u0153uvre <em>Bartleby et compagnie<\/em>, Patrick Tillard traite justement du projet de Vila-Matas en disant que \u00ab [d]e telles explorations permettent d\u2019approcher la r\u00e8gle du d\u00e9r\u00e8glement, la v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019erreur, d\u2019accepter l\u2019<em>inqui\u00e9tude<\/em> de ses conclusions comme un \u00e9tat permanent devant la litt\u00e9rature. \u00bb (2011, 76) Le paradoxe de la litt\u00e9rature est ici \u00e0 son paroxysme. L\u2019erreur serait peut-\u00eatre alors de croire en un auteur mort et la v\u00e9rit\u00e9 de cette erreur, de voir sa pr\u00e9sence immanente au sein d\u2019une \u0153uvre qui ne lui appartiendrait pas. Dans cette logique paradoxale, pr\u00e9sence et absence de l\u2019auteur au c\u0153ur de son r\u00e9cit ne sont plus antagoniques.<\/p>\n<h2>Enrique serait vivant<\/h2>\n<p>Il n\u2019y aurait rien de bien surprenant \u00e0 cette \u00e9trange imposture d\u2019une imposture chez Vila-Matas. Qui d\u2019autre pourrait passer sa carri\u00e8re \u00e0 nous faire croire \u00e0 une disparition compl\u00e8te de l\u2019auteur afin d\u2019affirmer le statut d\u2019une pr\u00e9sence \u00e9vanescente, soit, mais bien vivante, de l\u2019Auteur?<\/p>\n<p>Et s\u2019il s\u2019agissait de la seule fa\u00e7on d\u2019affirmer sa vivacit\u00e9 que celle d\u2019accepter que l\u2019auteur est \u00e0 la fois quelque part et disparu, sous le signe de la rupture et de l\u2019interruption\u00a0? Que, finalement, l\u2019essence de sa pr\u00e9sence soit celle de la disparition\u00a0? Celui qui \u00ab entend donc demeurer fid\u00e8le \u00e0 une litt\u00e9rature per\u00e7ue comme une v\u00e9ritable tentative de l\u2019impossible \u00bb (Tillard, 2011, 88) aurait-il des intentions secr\u00e8tes\u00a0?<\/p>\n<p>Cela rel\u00e8verait de la logique la plus plausible puisque \u00ab dans cette m\u00eame voix, il y avait au moins un \u00e9cho de ce sens qu\u2019elle niait. \u00bb (Vila-Matas, 2010, 13) Nier l\u2019auteur serait la seule fa\u00e7on de le maintenir en vie et, gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab\u00a0quelques vieilles th\u00e9ories qui peuvent nous \u00eatre encore aujourd\u2019hui utiles \u00bb (22) et auxquelles je n\u2019ai pas renonc\u00e9, j\u2019aurais enfin d\u00e9couvert l\u2019ultime imposture d\u2019Enrique Vila-Matas.<\/p>\n<p>Il serait tentant d\u2019applaudir et de se r\u00e9jouir de ce jeu de cache-cache enfin r\u00e9solu. Pourtant, il faudrait \u00eatre compl\u00e8tement na\u00eff ou bien n\u2019avoir jamais rien lu de l\u2019auteur catalan pour croire \u00e0 une si simple \u00e9lucidation. Enrique Vila-Matas n\u2019est Personne et est tout le monde \u00e0 la fois, en toute <em>impudence<\/em><a id=\"footnoteref6_ual2c25\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab Je nourris ouvertement le d\u00e9sir de n\u2019\u00eatre Personne, et ne fais donc jamais en sorte d\u2019\u00eatre uniquement moi-m\u00eame mais \u00e9galement les autres, en toute impudence.\u00bb (Vila-Matas et Echenoz, 2008, 19) \" href=\"#footnote6_ual2c25\">[6]<\/a>; et si c\u2019est ici qu\u2019on le retrouve, il aura t\u00f4t fait de se d\u00e9placer, ou de nier ce rapport \u00e0 l\u2019Auteur que je lui attribue, de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019il diminue la port\u00e9e de ses propos par une accumulation de citations distordues \u00ab\u00a0sans pour autant en abuser autant qu[\u2019il ne] le clame.\u00a0\u00bb (Vila-Matas, 2010, 35)<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre qu\u2019en fait, son imposture, caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019int\u00e9gration dans sa prose d\u2019une parole plurielle, ne fait que r\u00e9pondre \u00e0 cette question de Blanchot\u00a0: \u00ab\u00a0[C]omment \u00e9crire de telle sorte que la continuit\u00e9 du mouvement de l\u2019\u00e9criture puisse laisser intervenir fondamentalement l\u2019interruption comme sens et la rupture comme forme?\u00a0\u00bb (1969, 9). Peut-\u00eatre que cette \u00e9criture o\u00f9 le r\u00e9cit d\u2019un soi, tellement fragment\u00e9 qu\u2019on pourrait le croire disparu, ne sert ni \u00e0 infirmer ni \u00e0 confirmer la vivacit\u00e9 de l\u2019auteur au sein de sa fiction, mais plut\u00f4t \u00e0 an\u00e9antir cette derni\u00e8re en brouillant la th\u00e9orie, en ne cherchant qu\u2019\u00e0 \u00ab perdre des th\u00e9ories, [\u2026] les perdre toutes\u00a0\u00bb (Vila-Matas, 2010, 63)<\/p>\n<p>Ce serait donc dire qu\u2019 \u00ab [i]l n&rsquo;est point de r\u00e9el voyage dont la destination ultime ne soit le point de d\u00e9part. \u00bb (Rivard et L\u00e9tourneau, 2005-2009).<\/p>\n<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Et m\u2019y voici.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BARTHES, Roland. 2002. \u00ab\u00a0La mort de l\u2019auteur\u00a0\u00bb. <em>\u0152uvres compl\u00e8tes tome 3. <\/em>Paris\u00a0: Seuil, pp. 40-45.<\/p>\n<p>B\u00c9LANGER, David. 2016. \u00ab\u00a0En contre-jour : la repr\u00e9sentation \u00e9vanescente de l\u2019\u00e9crivain dans le roman qu\u00e9b\u00e9cois contemporain\u00a0\u00bb. <em>Arborescences, <\/em>Polyphonies\u00a0: voix et valeurs du discours litt\u00e9raire<em>, 6 <\/em>(Septembre), 54-71. DOI\u00a0: 10.7202\/1037504ar<\/p>\n<p>BELLEAU, Andr\u00e9. 1999 [1980]. <em>Le romancier fictif. Essai sur la repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9crivain dans le roman qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Nota Bene. 228 p.<\/p>\n<p>BLANCHOT, Maurice. 1969. <em>L\u2019entretien infini. <\/em>Paris\u00a0: Gallimard, 640 p.<\/p>\n<p>LE BRETON, David. 2015. <em>Dispara\u00eetre de soi\u00a0: Une tentation contemporaine<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions M\u00e9taill\u00e9, 204 p.<\/p>\n<p>LEJEUNE, Philippe. 1991. \u00ab\u00a0Nouveau Roman et retour \u00e0 l\u2019autobiographie\u201d, dans Contat Michel (dir.), <em>L\u2019Auteur et le manuscrit<\/em>, Paris\u00a0: PUF, coll. \u00ab\u00a0Perspectives critiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>RIVARD, Jean-Fran\u00e7ois (aut. et r\u00e9al.) et Fran\u00e7ois L\u00c9TOURNEAU. (aut.) 2005-2009. <em>Les invincibles.<\/em> [S\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e]. Montr\u00e9al\u00a0: Atlantis Vivafilm.<\/p>\n<p>TILLARD, Patrick. 2011. <em>De Bartleby aux \u00e9crivains n\u00e9gatifs. <\/em>Montr\u00e9al\u00a0: Le Quartanier, 469 p.<\/p>\n<p>VILA-MATAS, Enrique. 2009. <em>Bartleby et compagnie.<\/em> Paris\u00a0: Christian Bourgeois \u00e9diteur, 218 p.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u00a0 2010. <em>Perdre des th\u00e9ories<\/em>. Paris\u00a0: Christian Bourgois, 62 p.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u00a0 et Jean ECHENOZ. 2008. <em>De l\u2019imposture en litt\u00e9rature<\/em>. Saint-Nazaire\u00a0: Meet, 53 p.<\/p>\n<p>MAZIARCZYK, Anne. 2011. \u00ab\u00a0Enrique Vila-Matas et la litt\u00e9rature de l\u2019\u00e9puisement\u00a0\u00bb. <em>Post-Scriptum<\/em>, (13). R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le 18 juin 2017 de <a href=\"http:\/\/www.post-scriptum.org\/13-05-enrique-vila-matas-et-la-litterature-de-lepuisement\">http:\/\/www.post-scriptum.org\/13-05-enrique-vila-matas-et-la-litterature-de-lepuisement<\/a>.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_aslm51m\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_aslm51m\">[1]<\/a> Rivard, J.F. (aut. et r\u00e9al.), L\u00e9tourneau, F. (aut.). 2005-2009. <em>Les invincibles.<\/em> [S\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e]. Montr\u00e9al: Atlantis Vivafilm.<\/p>\n<p id=\"footnote2_gbpcr9g\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_gbpcr9g\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Il y avait l\u00e0 &#8211; surgissant de mon activit\u00e9 vivifiante de lecteur de moi-m\u00eame &#8211; les principaux traits que ne pourraient esquiver le roman \u00e0 venir ou mon nouveau roman.\u00a0\u00bb (Vila-Matas, 2010, 30)<\/p>\n<p id=\"footnote3_rnosmpi\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_rnosmpi\">[3]<\/a> \u00ab le seul objectif de ma th\u00e9orie de Lyon \u00e9tait de me lib\u00e9rer de son contenu, d\u2019\u00e9crire, de perdre des pays, de voyager et de perdre des th\u00e9ories, de les perdre toutes.\u00a0\u00bb (Vila-Matas, 2010, 62)<\/p>\n<p id=\"footnote4_ee6edn8\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_ee6edn8\">[4]<\/a> \u00ab\u00a0Exprim\u00e9 dans le mouvement de la n\u00e9gation totale et absolue, l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019artiste s\u2019accomplit pour de bon dans l\u2019esth\u00e9tique moderne avec la c\u00e9l\u00e8bre \u201c mort de l\u2019auteur \u201d proclam\u00e9e par Barthes.\u00a0\u00bb (Maziarczyk, 2011, [En ligne])<\/p>\n<p id=\"footnote5_ui0w2k9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_ui0w2k9\">[5]<\/a> \u00ab Je m\u2019appr\u00eate donc \u00e0 partir en promenade \u00e0 travers le labyrinthe de la N\u00e9gation, sur les sentiers de la plus troublante et la plus vertigineuse tentation des litt\u00e9ratures contemporaines: une tentation d\u2019o\u00f9 part le seul chemin encore ouvert \u00e0 la cr\u00e9ation litt\u00e9raire authentique; la tentation de s\u2019interroger sur ce qu\u2019est l\u2019\u00e9criture et de se demander o\u00f9 elle se trouve, et de r\u00f4der autour de son impossibilit\u00e9, et de dire la v\u00e9rit\u00e9 quant \u00e0 la gravit\u00e9 \u2014 mais aussi quant au caract\u00e8re on ne peut plus stimulant \u2014 du pronostic que l\u2019on peut porter sur la litt\u00e9rature en cette fin de mill\u00e9naire. \u00bb (Vila-Matas, 2000, 13)<\/p>\n<p id=\"footnote6_ual2c25\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_ual2c25\">[6]<\/a> \u00ab Je nourris ouvertement le d\u00e9sir de n\u2019\u00eatre Personne, et ne fais donc jamais en sorte d\u2019\u00eatre uniquement moi-m\u00eame mais \u00e9galement <em>les autres, en toute impudence.\u00bb <\/em>(Vila-Matas et Echenoz, 2008, 19)<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Turcotte, Jo\u00eblle. 2017. \u00abPerdre des th\u00e9ories, ou le r\u00e9cit de soi comme disparition\u00bb, <em>Postures<\/em>,Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5612 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/turcotte_26.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 turcotte_26.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-7b83523e-7771-4aed-8c82-280912d973d1\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/turcotte_26.pdf\">turcotte_26<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/turcotte_26.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-7b83523e-7771-4aed-8c82-280912d973d1\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026 Il n&rsquo;est point de r\u00e9el voyagedont la destination ultimene soit le point de d\u00e9part.Carlos Fr\u00e9chette, Les invincibles[1] \u00ab L\u2019histoire de ma vie ne m\u2019int\u00e9resse pas. 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