{"id":5613,"date":"2024-06-13T19:48:28","date_gmt":"2024-06-13T19:48:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/de-fille-a-jeune-femme-etude-ethnocritique-du-mariage-comme-rite-de-passage-dans-le-conte-cendrillon-de-perrault-et-des-grimm\/"},"modified":"2024-09-04T15:22:13","modified_gmt":"2024-09-04T15:22:13","slug":"de-fille-a-jeune-femme-etude-ethnocritique-du-mariage-comme-rite-de-passage-dans-le-conte-cendrillon-de-perrault-et-des-grimm","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5613","title":{"rendered":"De fille \u00e0 jeune femme. \u00c9tude ethnocritique du mariage comme rite de passage dans le conte \u00ab Cendrillon \u00bb de Perrault et des Grimm"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6895\">Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Le merveilleux se fabrique \u00e0 partir d\u2019un chemin d\u2019images. Ce dernier charrie, \u00e0 l\u2019insu du conteur, quelque motif perdu ou aveugle, toujours errant<a id=\"footnoteref1_xfhujoh\" class=\"see-footnote\" title=\"Nicole Belmont. 2006. \u00ab Chemins d\u2019images \u00bb. Colloque Chevilly-Larue, cit\u00e9 par Elisabeth Lemirre dans Nicole Belmont et Elisabeth Lemirre. 2007. Sous la cendre. Figures de Cendrillon. Paris\u00a0: Jos\u00e9 Corti, p. 397. \" href=\"#footnote1_xfhujoh\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Nicole Belmont, \u00ab Chemins d\u2019images \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les contes de Perrault, en ce XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, n\u2019ont pas toujours bonne presse. En effet, les mod\u00e8les f\u00e9minins v\u00e9hicul\u00e9s par plusieurs de ces contes, qui correspondent aux normes civilis\u00e9es de l\u2019\u00e9poque o\u00f9 ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits (Dulong, 2011, 3), sont plus que jamais point\u00e9s du doigt. Plusieurs groupes f\u00e9ministes, par exemple, critiquent ces mod\u00e8les qui encourageraient certains st\u00e9r\u00e9otypes sexuels comme la proactivit\u00e9 chez les hommes et la passivit\u00e9 chez les femmes (3), id\u00e9aux int\u00e9gr\u00e9s par les enfants d\u2019aujourd\u2019hui. La firme Walt Disney participe \u00e9galement de ce mouvement en adaptant les contes de fa\u00e7on encore plus \u00e9dulcor\u00e9e et manich\u00e9enne, les princesses \u00e0 l\u2019\u00e9cran n\u2019en ayant d\u00e9sormais plus que pour l\u2019histoire d\u2019amour et le mariage (Dulong, 2011; Lurie, 1991, 32).<\/p>\n<p>Cependant, il ne faut pas oublier que les contes de Perrault sont des adaptations litt\u00e9raires qui s\u2019appuient sur des contes de tradition orale (Simonsen, 1981, 9). Serait-il possible d\u2019y voir, par une lecture plus attentive des motifs culturels et des pratiques symboliques qu\u2019ils mettent en \u00e9vidence, l\u2019\u00e9mergence d\u2019une lecture parall\u00e8le du personnage f\u00e9minin comme \u00e9tant active et ma\u00eetresse de son destin?<\/p>\n<p>Consid\u00e9rant le conte <em>Cendrillon<\/em> comme une repr\u00e9sentation de la \u00ab travers\u00e9e difficile de l\u2019\u00e9tat de petite fille \u00e0 l\u2019\u00e9tat de jeune fille pr\u00eate pour le mariage \u00bb (Belmont et Lemirre, 2007, 363), je me propose de l\u2019analyser comme \u00e9tant la r\u00e9alisation d\u2019un rite de passage matrimonial permettant \u00e0 Cendrillon de passer d\u2019une communaut\u00e9 de filles \u00e0 une communaut\u00e9 des femmes mari\u00e9es (Van Gennep, 1981 [1909]). <em>Cendrillon<\/em>, en effet, \u00ab raconte[rait] l\u2019itin\u00e9raire initiatique que l\u2019adolescente doit parcourir avant de pouvoir acc\u00e9der au mariage \u00bb (Belmont et Lemirre, 2007, 388). De ce fait, je propose de s\u00e9parer le conte en trois parties distinctes \u2013 l\u2019enfermement domestique, le bal et l\u2019agr\u00e9gation par le mariage \u2013 afin de proc\u00e9der \u00e0 l\u2019analyse de trois principaux \u00e9l\u00e9ments symboliques centraux de l\u2019histoire\u00a0: la cendre, le bal et le soulier. Chacun reli\u00e9 \u00e0 une p\u00e9riode de la travers\u00e9e vers l\u2019\u00e2ge adulte, ceux-ci me permettront de reconstituer la logique globale du rite de passage. La jeune fille, passant par ces trois \u00e9tapes, sera ainsi \u00ab initi\u00e9e \u00bb et agr\u00e9g\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9. En outre, la dimension rituelle est aussi d\u00e9montr\u00e9e par la pr\u00e9sence, au sein du conte, de \u00ab motifs \u00bb initiatiques renvoyant \u00e0 la tradition orale. Par une \u00e9tude ethnocritique et comparative des contes de Perrault et des Grimm, je proc\u00e9derai \u00e0 une \u00ab reculturation \u00bb\u00a0des \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s de la trame narrative, ce qui me permettra de proposer\u00a0une reconfiguration du personnage de Cendrillon dans un contexte culturel significatif ainsi que dans un r\u00f4le actif, symbolique et social.<\/p>\n<h2>La cendre\u00a0: l\u2019enfermement domestique<\/h2>\n<p>D\u00e8s le d\u00e9but du conte, autant chez Perrault que chez les Grimm, une attention particuli\u00e8re est accord\u00e9e \u00e0 la cendre, motif qui est associ\u00e9 \u00e9troitement au personnage de Cendrillon, permettant d\u2019embl\u00e9e d\u2019\u00e9tablir un lien entre cette figure et le rite de passage vers le mariage. Effectivement, chez les Grimm, la jeune fille \u00ab quand elle \u00e9tait ext\u00e9nu\u00e9e de travail [\u2026] devait se coucher pr\u00e8s du foyer, dans les cendres\u00a0\u00bb (Grimm, 1976, 97). Chez Perrault, Cendrillon \u00ab lorsqu\u2019elle avait fait son ouvrage, [\u2026] s\u2019allait mettre au coin de la chemin\u00e9e et s\u2019asseoir dans les cendres\u00a0\u00bb (Perrault, 1999, 94). Couverte de cendres et ayant \u00ab toujours un air poussi\u00e9reux et malpropre \u00bb (Grimm, 1976, 97), la jeune fille appara\u00eet \u00ab ins\u00e9parable de la chemin\u00e9e \u00bb (Bricout, 1992, 265).<\/p>\n<p>Nicole Belmont voit dans ce lien entre la jeune fille, les cendres et le foyer l\u2019attachement de Cendrillon pour son p\u00e8re, m\u00e9taphoris\u00e9 dans le foyer paternel (Belmont et Lemirre, 2007, 11 et 389), alors qu\u2019elle est arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge du mariage. Ainsi, le repos dans les cendres pr\u00e8s du foyer qui suit automatiquement l\u2019ex\u00e9cution des t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res va dans le m\u00eame sens et sugg\u00e8re que Cendrillon retourne constamment au foyer comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une assignation obligatoire. L\u2019attachement paternel est par cons\u00e9quent li\u00e9 \u00e0 l\u2019enfermement domestique dont elle est l\u2019objet (Bricout, 1992<a id=\"footnoteref2_esin2ke\" class=\"see-footnote\" title=\"Cit\u00e9e par Marie Scarpa. \u00ab Entre broderie et conterie\u2026, Le R\u00eave. Lecture ethnocritique \u00bb, dans V\u00e9ronique Cnockaert, Jean-Marie Privat et Marie Scrapa. 2011. L\u2019ethnocritique de la litt\u00e9rature. Qu\u00e9bec\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec, coll. \u00ab Approches de l\u2019imaginaire \u00bb, p. 98.\" href=\"#footnote2_esin2ke\">[2]<\/a>), la jeune fille ne pouvant quitter la maison du p\u00e8re parce qu\u2019elle y est trop \u00e9troitement li\u00e9e (Belmont et Lemirre, 2007, 389). Perrault et les fr\u00e8res Grimm installent donc les pr\u00e9mices d\u2019une situation d\u2019enfermement qui laisse entrevoir pour Cendrillon l\u2019obligation d\u2019une s\u00e9paration afin qu\u2019elle puisse atteindre le mariage. L\u2019immobilit\u00e9 dans laquelle elle est prise, \u00ab fix\u00e9e \u00e0 ce foyer, d\u00e9pourvue de mobilit\u00e9 \u00bb (Belmont, 2010, 221), est contrebalanc\u00e9e par l\u2019obligation de quitter la maison pour \u00e9ventuellement int\u00e9grer celle de son \u00e9poux (Belmont et Lemirre, 2007, 367).<\/p>\n<p>Les cendres ont cependant une signification ambigu\u00eb. Dans la version des fr\u00e8res Grimm, elles peuvent aussi \u00e9voquer la pr\u00e9sence de la m\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e de Cendrillon. La jeune fille, ainsi, s\u2019identifie \u00e0 elle en rev\u00eatant les cendres sur son visage et sur ses v\u00eatements comme s\u2019il s\u2019agissait des \u00ab restes du corps de sa m\u00e8re \u00bb (389), comme si elle portait \u00ab le deuil d\u2019une morte \u00bb (371). Cette interpr\u00e9tation n\u2019est possible que dans le conte des fr\u00e8res Grimm, dans lequel la pr\u00e9sence de la m\u00e8re est plus marqu\u00e9e. Cette pr\u00e9sence maternelle invisible renforce l\u2019attachement de Cendrillon \u00e0 la maison familiale, tout en proposant un second lien \u00e0 briser. En effet, la jeune fille devra se d\u00e9faire \u00e0 la fois des emprises paternelle et maternelle, cette derni\u00e8re repr\u00e9sentant \u00e0 la fois un mod\u00e8le identitaire et une instance de laquelle s\u2019affranchir (12).<\/p>\n<p>Les t\u00e2ches m\u00e9nag\u00e8res ont une place importante dans le texte et chacune d\u2019elles proposent un ancrage symbolique particulier\u00a0: la Cendrillon de Perrault s\u2019occupe du m\u00e9nage et de la vaisselle, celle des Grimm plut\u00f4t du feu, de la cuisine et de la lessive. Une t\u00e2che a retenu notre attention puisqu\u2019elle propose un lien avec les cendres. Dans le conte des Grimm, la belle-m\u00e8re de Cendrillon verse \u00e0 deux reprises un plat de lentilles dans les cendres et demande \u00e0 Cendrillon de les trier (Grimm, 1976, 98). Bien qu\u2019il s\u2019agisse \u00e0 premi\u00e8re vue d\u2019une t\u00e2che servant \u00e0 s\u00e9parer le bon grain du mauvais, \u00ab <em>les bonnes graines dans le petit pot\/les mauvaises dans votre jabot<\/em> \u00bb (99), il ne s\u2019agit pas d\u2019une t\u00e2che ordinaire. De fait, si elle sert d\u2019obstacle pour emp\u00eacher Cendrillon d\u2019aller au bal, elle repr\u00e9sente plus qu\u2019un \u00ab joli \u00bb motif puisqu\u2019elle fait partie d\u2019un ensemble de figures m\u00e9taphoriques dont le sens est convergent. Nicole Belmont voit l\u2019op\u00e9ration de triage que fait Cendrillon comme un exercice servant \u00e0 s\u00e9parer ce qui est vivant (les grains) de ce qui est mort (les cendres de la m\u00e8re) (Belmont et Lemirre, 2007, 391). De plus, en regard des interpr\u00e9tations d\u2019Yvonne Verdier sur l\u2019importance de la s\u00e9paration des \u00e9pingles et des aiguilles dans la construction de l\u2019identit\u00e9 f\u00e9minine (Monjaret, 2005, 137), Belmont ajoute que le triage dans <em>Cendrillon<\/em> illustre un passage initiatique dans lequel l\u2019h\u00e9ro\u00efne doit accomplir des t\u00e2ches afin de s\u2019initier \u00e0 la diff\u00e9renciation sexuelle (Belmont, 2010, 221). Cette pratique de s\u00e9paration introduirait chez l\u2019h\u00e9ro\u00efne un apprentissage de la distinction entre \u00ab bon et mauvais, entre consommable et non consommable, entre consommable et consum\u00e9 \u00bb (Belmont, 1991, 387). Le triage est donc \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019apprentissage matrimonial et f\u00e9minin, et est ainsi une t\u00e2che ordonn\u00e9e du rite de passage.<\/p>\n<p>La cendre qui barbouille le visage et les v\u00eatements de Cendrillon agit en quelque sorte comme un masque qui camoufle sa v\u00e9ritable identit\u00e9 et la retient dans l\u2019espace domestique. Par exemple, dans la version des Grimm, la jeune fille reste prisonni\u00e8re de son statut de servante jusqu\u2019au moment o\u00f9 elle d\u00e9cide de laver les cendres qui la couvrent\u00a0: \u00ab Alors, [Cendrillon] se lava d\u2019abord les mains et la figure et s\u2019inclina devant le fils du roi, qui lui tendit la pantoufle d\u2019or. \u00bb (Grimm, 1976, 105) Par le lavage, elle se lib\u00e8re de son ancienne identit\u00e9 et, surtout, se d\u00e9fait m\u00e9taphoriquement des emprises qui la retiennent pour mieux se reconfigurer d\u2019une autre fa\u00e7on\u00a0: elle quitte ainsi sa robe de cendres pour en rev\u00eatir une nouvelle.<\/p>\n<p>Ainsi, la cendre pr\u00e9figure la premi\u00e8re \u00e9tape du rite de passage de Cendrillon vers son destin matrimonial et propose d\u2019embl\u00e9e des motifs symboliques qui renvoient \u00e0 l\u2019apprentissage f\u00e9minin dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, situant de ce fait la jeune fille comme apprenant le n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9ussite de son passage initiatique vers l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n<h2>Le bal\u00a0: l\u2019entre-deux<\/h2>\n<p>Dans la s\u00e9quence du rite de passage telle que pr\u00e9sent\u00e9e par Van Gennep, la p\u00e9riode liminaire correspond au moment o\u00f9 le personnage est s\u00e9par\u00e9 de son lieu d\u2019habitation initial. Le bal dans <em>Cendrillon<\/em> repr\u00e9sente cette p\u00e9riode de d\u00e9tachement de l\u2019espace domestique qui arrive lorsque la jeune fille quitte le foyer paternel pour aller festoyer. Cependant, cette s\u00e9paration ne se fait pas d\u2019un seul coup. Il y a, tant chez les Grimm que chez Perrault, plusieurs tentatives avant que le d\u00e9part ne soit d\u00e9finitif. L\u2019individu en situation liminale, \u00e9crit Victor Turner, est caract\u00e9ris\u00e9 par sa situation d\u2019entre-deux. En effet, les personnages qui entrent dans cette p\u00e9riode se situent dans un espace entre le monde des vivants et le monde des morts, et sont caract\u00e9ris\u00e9s par ce qu\u2019ils sont \u00e0 la fois l\u2019un et l\u2019autre. (Turner, 1990, 34-40).<\/p>\n<p>Une figure importante accompagne la jeune fille dans cette p\u00e9riode de marge, et il s\u2019agit de la \u00ab passeuse \u00bb, nomm\u00e9e ainsi par Yvonne Verdier parce qu\u2019elle transmet l\u2019apprentissage des codes de savoir-vivre et \u00ab aide aux grands passages \u00bb (Verdier, 1967<a id=\"footnoteref3_raexo6z\" class=\"see-footnote\" title=\"Cit\u00e9e par Anne Monjaret. 2005. \u00ab De l\u2019\u00e9pingle \u00e0 l\u2019aiguille. L\u2019\u00e9ducation des jeunes filles au fil des contes \u00bb. L\u2019Homme, no. 173, p. 119.\" href=\"#footnote3_raexo6z\">[3]<\/a>). Cette \u00ab passeuse \u00bb est pr\u00e9sente chez Perrault, sous le personnage de la marraine-f\u00e9e, sorte de substitut maternel (Belmont et Lemirre, 2007, 354) qui joue un r\u00f4le essentiel dans l\u2019apprentissage de Cendrillon en l\u2019initiant aux pratiques vestimentaires f\u00e9minines, rituel qui caract\u00e9rise son changement d\u2019\u00e9tat (Verdier, 1967<a id=\"footnoteref4_wbct52u\" class=\"see-footnote\" title=\"Cit\u00e9e par Anne Monjaret, ibid., p. 123.\" href=\"#footnote4_wbct52u\">[4]<\/a>). La marraine est bel et bien celle qui transforme Cendrillon et lui donne des pantoufles de verre, ce qui lui permet d\u2019aller au bal. Le r\u00f4le de particulier de la marraine-f\u00e9e de Cendrillon est d\u2019ailleurs explicit\u00e9 par Perrault dans la morale qui conclut le conte\u00a0: \u00ab <em>C\u2019est [l\u2019importance de la bont\u00e9] qu\u2019\u00e0 Cendrillon fit avoir sa Marraine <\/em><em>\/<\/em><em> En la dressant, en l\u2019instruisant <\/em><em>\/<\/em><em> Tant et si bien qu\u2019elle en fit une Reine <\/em>[\u2026] \u00bb (Perrault, 1999, 101). Perrault donc, \u00e0 l\u2019instar de Verdier, fait de la marraine une figure qui \u00e9duque la jeune fille et qui l\u2019accompagne dans son passage vers l\u2019\u00e2ge adulte.<\/p>\n<p>Chez les Grimm, la figure de la \u00ab passeuse \u00bb n\u2019est pas aussi explicite. C\u2019est en quelque sorte la m\u00e8re d\u00e9c\u00e9d\u00e9e de Cendrillon, par l\u2019interm\u00e9diaire des oiseaux, qui lui transmet les v\u00eatements et les souliers qui lui permettent d\u2019aller au bal\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Cendrillon alla sur la tombe de sa m\u00e8re, sous le noisetier, et s\u2019\u00e9cria\u00a0: <em>Petit arbre agite-toi et secoue-toi. Jette de l\u2019argent et de l\u2019or sur moi.<\/em> Alors l\u2019oiseau lui jeta une robe d\u2019or et d\u2019argent et des pantoufles brod\u00e9es de soie et d\u2019argent. (1976, 100; les auteurs soulignent)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La p\u00e9riode de marge est un lieu de travestissement pour Cendrillon. Ce changement passe par la modification de son apparence vestimentaire, la jeune fille troquant en effet son statut de domestique souill\u00e9e contre l\u2019apparence d\u2019une belle princesse. Au bal, personne ne la reconna\u00eet\u00a0: on l\u2019appelle \u00ab belle inconnue \u00bb, on lui offre une place privil\u00e9gi\u00e9e aupr\u00e8s du roi pendant le bal, bref, la r\u00e9alit\u00e9 est compl\u00e8tement invers\u00e9e le temps d\u2019une soir\u00e9e. Alors qu\u2019elle \u00e9tait invisible parmi les cendres, elle convie d\u00e9sormais les regards de tous les invit\u00e9s, et principalement celui du prince (Belmont et Lemirre, 2007, 372). Le bal se pr\u00e9sente donc comme un espace d\u2019entre-deux o\u00f9 le travestissement et les inversions sont convoqu\u00e9s, ce qui en fait un espace carnavalesque.<\/p>\n<p>Le caract\u00e8re liminaire du bal est amplifi\u00e9 par sa fin, marqu\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment, chez Perrault, par l\u2019arriv\u00e9e de minuit. \u00c0 ce moment, l y a un retour et une r\u00e9int\u00e9gration du statut identitaire r\u00e9el qui vient brouiller les identit\u00e9s. Chez les Grimm, l\u2019animalit\u00e9 et l\u2019humanit\u00e9 se confondent tout au long de la p\u00e9riode de marge, lorsque Cendrillon se cache dans le pigeonnier ou grimpe \u00e0 l\u2019arbre. Chez Perrault, il est d\u00e9crit que Cendrillon s\u2019enfuit \u00ab aussi l\u00e9g\u00e8rement qu\u2019aurait fait une biche \u00bb (Perrault, 1999, 99). En plus de caract\u00e9riser cette phase comme \u00e9tant faite de changements de statut et d\u2019inversions, ces diverses allusions \u00e0 l\u2019animalit\u00e9 font de la p\u00e9riode de marge un lieu o\u00f9 se d\u00e9veloppe, entre autres, l\u2019ensauvagement.<\/p>\n<h2>Le soulier\u00a0: l\u2019agr\u00e9gation<\/h2>\n<p>\u00c0 la fin de la p\u00e9riode de marge, pendant laquelle Cendrillon fait plusieurs tentatives de sortie qui la ram\u00e8nent, chaque fois, \u00e0 son \u00e9tat initial, arrive finalement la perte de la chaussure. La troisi\u00e8me partie de la s\u00e9quence du rite est ainsi travers\u00e9e par cet objet tr\u00e8s important puisqu\u2019en plus d\u2019\u00eatre le seul \u00e0 pouvoir pr\u00e9figurer l\u2019agr\u00e9gation, il renferme une forte symbolique li\u00e9e au mariage dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles<a id=\"footnoteref5_4eypj7b\" class=\"see-footnote\" title=\"Au fil des si\u00e8cles, la chaussure dans Cendrillon a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de nombreuses controverses. Le conte de Perrault, intitul\u00e9 plus longuement Cendrillon et la petite pantoufle de verre dans nos recueils contemporains, aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet selon plusieurs comme Balzac et Le Littr\u00e9, d\u2019une erreur de transcription. \u00c0 la place du mot \u00ab verre \u00bb on aurait d\u00fb lire \u00ab vair \u00bb, plus propice \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Perrault, mot se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019ancien nom de la fourrure d\u2019un petit-gris, un \u00e9cureuil de Russie. Si Perrault a utilis\u00e9 \u00ab vair \u00bb dans son manuscrit original, le temps l\u2019aurait chang\u00e9 en \u00ab verre \u00bb - assez pour qu\u2019on accorde \u00e0 cette seconde version le statut d\u2019original.\" href=\"#footnote5_4eypj7b\">[5]<\/a>. Dans les travaux faits par les ethnologues, il est montr\u00e9 en effet que le soulier poss\u00e8de une place importante dans la c\u00e9r\u00e9monie du mariage et fait partie int\u00e9grante du changement de statut des jeunes filles. Un retour \u00e0 ces \u00ab fa\u00e7ons de faire \u00bb (Verdier, 1967) traditionnelles \u00e9clairera le r\u00f4le du soulier dans le conte de <em>Cendrillon<\/em> et en fera, plus qu\u2019un objet vestimentaire, un lieu o\u00f9 convergent les passages.<\/p>\n<p>Traditionnellement, le soulier est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de la jeune fille. En France, les filles portent des sabots jusqu\u2019\u00e0 la pubert\u00e9, p\u00e9riode \u00e0 laquelle elles ont droit de mettre des souliers. Anne Monjaret souligne\u00a0que<\/p>\n<blockquote>\n<p>vers quatorze ans, s\u2019ach\u00e8ve le temps de l\u2019enfance [\u2026] et commence celui de la pubert\u00e9 o\u00f9 [la jeune fille] porte la coiffe et quitte ses sabots pour chausser ses souliers, autre symbole d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9tat adulte [\u2026]. (Monjaret, 2005, 133)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nicole Belmont ajoute qu\u2019on achetait aux jeunes filles des chaussures pour leur premi\u00e8re communion, \u00ab alors qu\u2019elles n\u2019avaient port\u00e9 jusque-l\u00e0 que des sabots \u00bb (Belmont, 1992, 389). Et si ceux-ci sont \u00ab d\u2019un usage essentiellement domestique \u00bb (Belmont et Lemirre, 2007, 403), le soulier devient le symbole de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e2ge adulte, tout en marquant le passage de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. \u00a0<\/p>\n<p>Le sabot est aussi traditionnellement li\u00e9 au rituel matrimonial. Par exemple, il \u00e9tait un cadeau offert par le fianc\u00e9 \u00e0 la jeune fille et \u00ab plus la pointe [\u2026] \u00e9tait longue, plus l\u2019amour du jeune homme pour sa \u201cpromise\u201d \u00e9tait fort \u00bb (Segalen, 1981, 61). \u00c9galement, il existe un rite de mariage bien connu en France o\u00f9 la jeune femme, \u00e0 la fin de la noce, quitte la c\u00e9r\u00e9monie en laissant un de ses souliers au groupe des c\u00e9libataires pr\u00e9sents. Arriv\u00e9e devant la porte de la maison avec son mari, celui-ci la prend dans ses bras pour lui faire passer le seuil de la chambre nuptiale, un pied chauss\u00e9, l\u2019autre nu (Lebeuf, 1989, 169).<\/p>\n<p>Dans le conte, la chaussure est un \u00e9l\u00e9ment directement li\u00e9 au personnage de Cendrillon\u00a0: en effet, celle-ci changera de souliers au m\u00eame moment o\u00f9 elle changera d\u2019identit\u00e9. Alors qu\u2019elle est prisonni\u00e8re de la sph\u00e8re domestique, la Cendrillon des Grimm porte des sabots aux pieds (Grimm, 1976, 97). Lors de sa transformation, les oiseaux donnent \u00e0 Cendrillon des pantoufles d\u2019argent, puis d\u2019or, qui lui permettent de passer d\u2019un statut \u00e0 un autre. Puis, elle retrouve ses sabots lors de son retour au domaine paternel. Pendant la p\u00e9riode liminaire, Cendrillon passera plusieurs fois de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. Et c\u2019est finalement le soulier, \u00e0 la fin, qui permettra \u00e0 la v\u00e9ritable identit\u00e9 de triompher. De fait, Cendrillon n\u2019acquiert son identit\u00e9 pleine et enti\u00e8re qu\u2019au moment o\u00f9 les autres constatent son unicit\u00e9. Bernadette Bricout ajoute que la pantoufle est le seul objet qui ne se d\u00e9senchante pas apr\u00e8s minuit (Bricout, 2005, 140), car c\u2019est lui qui permet de lier ses deux identit\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce balancement entre deux r\u00e9alit\u00e9s est d\u2019ailleurs sp\u00e9cifiquement repr\u00e9sent\u00e9 au moment o\u00f9 Cendrillon s\u2019enfuit du bal un pied chauss\u00e9 seulement,\u00a0\u00ab claudiquant d\u2019un monde \u00e0 l\u2019autre, balan\u00e7ant entre deux destins\u00a0\u00bb (Bricout, 2005, 140). Selon Arnold Lebeuf, \u00ab le d\u00e9chaussement d\u2019un seul des deux pieds est fr\u00e9quemment associ\u00e9 aux rites de passage, aux rites d\u2019initiation \u00bb (Lebeuf, 1989, 167) puisqu\u2019il \u00e9voque le d\u00e9s\u00e9quilibre, l\u2019entre-deux. En effet, le pied \u00ab qui cloche \u00bb fait de son propri\u00e9taire un \u00eatre asym\u00e9trique (Ueltschi, 2011, 15), dont la \u00ab curieuse d\u00e9marche claudicante [\u2026] [est] spontan\u00e9ment associ\u00e9[e] au balancement d\u2019une cloche \u00bb (20). Selon Carlo Ginzburg, la claudication marquerait une connexion avec le monde des morts (Ginzburg, 1992, 231), la jeune fille se trouvant ainsi \u00e0 cheval entre deux mondes, comme elle l\u2019est tout autant entre deux identit\u00e9s. La boiterie de Cendrillon renvoie symboliquement \u00e0 une conduite immorale et d\u00e9r\u00e9gl\u00e9e, et peut aussi \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 l\u2019attrait \u00e9rotique. Arnold Lebeuf affirme d\u2019ailleurs que \u00ab la d\u00e9marche chaloupeuse de la boiteuse [est] \u00e9vocatrice de l\u2019acte auquel elle semble inviter \u00bb (Lebeuf, 1989, 405).<\/p>\n<p>Chez Perrault, Cendrillon \u00ab laiss[e] tomber une de ses pantoufles de verre, que le Prince ramass[e] bien soigneusement \u00bb (Perrault, 1999, 99). La description ne dit pas si la perte de la chaussure se fait dans une intention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un geste voulant se laisser \u00ab comme un message [\u2026], comme une carte de visite \u00bb (Lebeuf, 1989, 169), ou bien si le soulier a \u00e9t\u00e9 perdu par m\u00e9garde. Je me pencherai sur cette premi\u00e8re possibilit\u00e9, qui place la jeune fille dans une position active, voire entreprenante et s\u00e9ductrice. Selon Elizabeth Lemirre, Cendrillon <em>s\u00e8me<\/em> le signe de son d\u00e9sir. Ce geste, n\u00e9anmoins, signifie beaucoup en tant que rite de s\u00e9duction. Belmont explique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[E]n perdant sa chaussure, Cendrillon laisse un message, celui de son alt\u00e9rit\u00e9 de femme. [\u2026] Cette alt\u00e9rit\u00e9 <em>messag\u00e9e<\/em> par Cendrillon \u2013 cette chaussure qu\u2019une seule (elle, et seulement elle) peut chausser \u2013 est la mise en branle d\u2019un rapport. C\u2019est \u00e0 partir de ce message que le prince part en chasse de cette femme-<em>l\u00e0<\/em>. (Belmont et Lemirre, 2007, 396-397; les auteures soulignent)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Jean-Pierre Mothe ajoute que si Cendrillon<\/p>\n<blockquote>\n<p>laisse tomber une de ses pantoufles[,] [i]l s\u2019agit bien d\u2019un acte volontaire. Elle n\u2019en perd qu\u2019une, il importait qu\u2019elle gard\u00e2t la seconde pantoufle qui \u00e9tait le signe, le symbole [\u2026] pour une reconnaissance future. (Mothe, 1999<a id=\"footnoteref6_skiy4rb\" class=\"see-footnote\" title=\"Cit\u00e9 par Nicolet Belmont et Elisabeth Lemirre, op. cit., p. 407. \" href=\"#footnote6_skiy4rb\">[6]<\/a>)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La chaussure permet au prince d\u2019identifier la jeune fille \u00e0 marier, en temps voulu et de la reconna\u00eetre comme telle. C\u2019est donc l\u2019objet qui \u00ab fonctionne comme signe de reconnaissance, d\u2019identification, de la jeune fille d\u00e9j\u00e0 rencontr\u00e9e \u00bb (Rooth, 1951<a id=\"footnoteref7_t3gc3kz\" class=\"see-footnote\" title=\"Cit\u00e9e par Nicole Belmont et Elisabeth Lemirre, ibid., p. 11. \" href=\"#footnote7_t3gc3kz\">[7]<\/a>).<\/p>\n<p>Chez les Grimm, la perte de la chaussure est probl\u00e9matique. En effet, le prince avait us\u00e9 de ruse et fait enduire de poix tout l\u2019escalier\u00a0: \u00ab Alors, comme la jeune fille descendait, [\u2026] sa pantoufle gauche resta englu\u00e9e \u00bb (1976, 103). Dans cette version, le rite n\u2019est pas initi\u00e9 par la jeune fille, mais il se pr\u00e9sente plut\u00f4t comme un\u00a0\u00ab rapt \u00bb provoqu\u00e9 par le prince, par lequel le pied de la princesse se retrouve prisonnier, pour \u00e9viter qu\u2019elle ne fuie encore une fois (Bricout, 2005, 141). Le rite de s\u00e9duction est alors tronqu\u00e9 contre le vol d\u2019une preuve\u00a0: le prince obtient l\u2019objet qui lui permet ensuite d\u2019identifier et de retrouver la princesse.<\/p>\n<p>Chez Perrault comme chez les Grimm, la pantoufle est essay\u00e9e par de nombreuses autres filles, en vain, avant qu\u2019elle ne retrouve le pied de Cendrillon. Si Perrault ne fait que mentionner les essayages non concluants, les fr\u00e8res Grimm mettent en sc\u00e8ne des tentatives violentes de la part des deux s\u0153urs de prouver que la chaussure leur appartient\u00a0: afin de faire entrer leur pied \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du soulier, l\u2019une d\u2019entre elles se coupera le talon et l\u2019autre le bout des orteils. Leur incapacit\u00e9 \u00e0 arriver \u00e0 leurs fins n\u2019indique pas uniquement que leur pied est physiquement incapable d\u2019entrer dans le soulier, mais bien qu\u2019elles ne peuvent r\u00e9pondre \u00e0 un appel qui n\u2019est pas le leur. Belmont pr\u00e9cise en effet que celles-ci n\u2019ont pas laiss\u00e9, comme Cendrillon, un message \u00e0 l\u2019intention du prince, et qu\u2019ainsi, \u00ab en vain elles essaieront le message, sans parvenir \u00e0 l\u2019endosser \u00bb (Bemont et Lemirre, 2007, 397).<\/p>\n<p>Le conte met aussi en \u00e9vidence le r\u00f4le tributaire et unique de reconnaissance que poss\u00e8de le soulier. En effet il est le seul qui peut r\u00e9v\u00e9ler l\u2019identit\u00e9 de la fianc\u00e9e du prince et il a la caract\u00e9ristique de le faire uniquement au moment de l\u2019essayage (Belmont et Lemirre, 2007, 412). En s\u2019ajustant parfaitement au pied de Cendrillon, il permet l\u2019identification de la jeune fille. Il est vrai que le prince, chez les Grimm, se fait berner deux fois avant de retrouver sa vraie fianc\u00e9e, ne se rendant compte du subterfuge des s\u0153urs qu\u2019\u00e0 la vue de tra\u00een\u00e9es de sang qui s\u2019\u00e9chappe du soulier. Mais la pantoufle tient lieu d\u2019ultime v\u00e9rit\u00e9 et c\u2019est seulement <em>apr\u00e8s<\/em> l\u2019essayage que le prince reconna\u00eet le visage de Cendrillon, une fois seulement apr\u00e8s que l\u2019identification a d\u2019abord \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e par l\u2019essayage du soulier : \u00ab Et quand elle se redressa et que le fils du roi vit son visage, il reconnut la jolie fille avec laquelle il avait dans\u00e9 et s\u2019\u00e9cria\u00a0: \u201cVoil\u00e0 la vraie fianc\u00e9e!\u201d \u00bb (Grimm, 1976, 105). La chaussure, par sa fonction r\u00e9v\u00e9latrice, permet alors l\u2019agr\u00e9gation.<\/p>\n<p>Chez Perrault, l\u2019\u00e9pisode de l\u2019essayage de la pantoufle est doubl\u00e9 de la divulgation de la seconde chaussure, que Cendrillon sort de sa poche afin de confirmer une nouvelle fois son identit\u00e9. Cette autre chaussure am\u00e8ne donc une double reconnaissance en permettant de former une paire (Belmont et Lemirre, 2007, 407) et confirme ainsi ce que la premi\u00e8re avait d\u00e9j\u00e0 avanc\u00e9. Bricout ajoute que la r\u00e9union des deux pantoufles permet en quelque sorte de \u00ab sceller \u00bb, finalement, l\u2019alliance entre l\u2019homme et la femme (Bricout, 2005, 141). Cela \u00e9tant, on ne peut passer sous silence la signification sexuelle du motif du pied qui essaie le soulier. Pour Arnold Lebeuf, \u00ab la chaussure est pour le pied qui la chausse comme la femme pour l\u2019homme qu\u2019elle re\u00e7oit \u00bb (Lebeuf, 1989, 17), ce qui confirme ce motif comme celui de la r\u00e9union des oppos\u00e9s. Bref, la chaussure dans <em>Cendrillon<\/em> est un objet qui traverse le conte et par lequel arrive le mariage. Sa valeur symbolique confirme son r\u00f4le d\u2019agr\u00e9gation dans le processus initiatique, en plus d\u2019indiquer son lien avec le rite nuptial en tant que tel.<\/p>\n<p>Au fil de cette analyse, j\u2019ai mis en lumi\u00e8re les diff\u00e9rences qui existent entre les deux versions de <em>Cendrillon<\/em> \u00e9crites respectivement par Perrault et par les fr\u00e8res Grimm. Il est possible de remarquer, entre autres que la version des Grimm, plus longue, fait appel \u00e0 une symbolique davantage matrimoniale : en effet, les motifs comme le triage, les cendres de la m\u00e8re et le soulier li\u00e9 \u00e0 l\u2019agr\u00e9gation y sont plus d\u00e9velopp\u00e9s. Chez Perrault, le conte est plus court, mais on y retrouve des \u00e9l\u00e9ments importants comme la figure de la marraine-f\u00e9e. Malgr\u00e9 tout, les deux contes s\u2019articulent dans la m\u00eame direction. C\u2019est plut\u00f4t \u00e0 la fin qu\u2019une diff\u00e9rence marque une coupure nette entre leur intention. Alors que, chez Perrault, ses s\u0153urs rient et se moquent d\u2019elle tout au long du conte, \u00ab Cendrillon, qui \u00e9tait aussi bonne que belle, [les] fit loger [\u2026] au Palais\u00a0\u00bb (Perrault, 1999, 100). Le conte de Perrault se termine donc par l\u2019excuse des deux s\u0153urs qui \u00ab se jet[tent] \u00e0 ses pieds pour lui demander pardon de tous les mauvais traitements qu\u2019elles lui avaient fait souffrir \u00bb (100), mettant ainsi en valeur l\u2019aspect moralisateur de l\u2019histoire. Les fr\u00e8res Grimm, quant \u00e0 eux, s\u2019engagent dans une direction totalement oppos\u00e9e. Bien que le message soit sensiblement le m\u00eame, le conte se termine plut\u00f4t sur le ch\u00e2timent des deux s\u0153urs, condamn\u00e9es selon Bricout de ne pas avoir reconnu Cendrillon lors du bal \u2013 pr\u00e9figurant ainsi la condamnation \u00e0 la c\u00e9cit\u00e9 comme punition de leur<br \/>\u00ab aveuglement \u00bb (Bricout, 2005, 145). Il appara\u00eet de ces diff\u00e9rences que l\u2019intention de Perrault s\u2019attache avant tout au triomphe de la bont\u00e9 (la pr\u00e9sence de la morale le confirme au lecteur qui ne l\u2019aurait pas d\u00e9cel\u00e9 \u00e0 la lecture du conte), alors que celle des Grimm, par la mise en texte de nombreux symboles et motifs associ\u00e9s au rite de passage initiatique de la jeune fille vers le mariage, est davantage p\u00e9dagogique,<\/p>\n<p>Pour l\u2019ethnologue Yvonne Verdier, comprendre le conte n\u2019est pas le replacer dans son contexte, mais plut\u00f4t construire avec lui un r\u00e9seau de significations qui en \u00e9clairent non seulement le mouvement g\u00e9n\u00e9ral, mais le plus \u00e9nigmatique d\u00e9tail (Fabre et Fabre-Vassas, 1995, 15). Par cette \u00e9tude ethnocritique du conte de <em>Cendrillon<\/em>, j\u2019ai pu mettre en \u00e9vidence l\u2019existence d\u2019une logique \u00e9ducative et int\u00e9grative commune qui lie le sens des pratiques sociales des soci\u00e9t\u00e9s fran\u00e7aises traditionnelles au contenu s\u00e9mantique du conte (Monjaret, 2005, 122). Il m\u2019appara\u00eet tout de m\u00eame significatif que son caract\u00e8re initiatique souligne l\u2019accent que mettent les auteurs sur le personnage de Cendrillon, qui est \u00e0 m\u00eame de d\u00e9velopper sa subjectivit\u00e9 et son autonomie. Par l\u2019apprentissage de savoirs domestiques li\u00e9s \u00e0 l\u2019initiation et par la repr\u00e9sentation d\u2019un passage, le conte pr\u00e9sente en premier plan une h\u00e9ro\u00efne qui est tout sauf passive et qui tient l\u2019action entre ses mains. La marraine-f\u00e9e, par exemple, ne restreint pas les possibilit\u00e9s d\u2019agir de Cendrillon, mais lui donne plut\u00f4t la possibilit\u00e9, par l\u2019apprentissage qu\u2019elle lui offre, de conduire par elle-m\u00eame sa destin\u00e9e. Aussi, il est manifeste que la princesse n\u2019attend pas le prince, mais qu\u2019elle se rend plut\u00f4t \u00e0 sa rencontre lors du bal, enclenchant, par la perte de sa chaussure, le processus de s\u00e9duction. D\u2019ailleurs, le prince n\u2019a pas de r\u00e9el r\u00f4le significatif\u00a0dans le conte\u00a0: il appara\u00eet tard dans l\u2019histoire et ne fait que r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019invitation de la princesse. Au final, \u00ab on sait peu de choses sur lui\u00a0: de belle allure et romanesque, il d\u00e9livre la princesse et l\u2019\u00e9pouse. Enferm\u00e9 dans ce st\u00e9r\u00e9otype, il semble plus \u00eatre la r\u00e9compense de la princesse qu\u2019un personnage \u00e0 part enti\u00e8re \u00bb (Vassallo, 2010, 11). Si le prince vient couronner le passage de Cendrillon en l\u2019\u00e9pousant, c\u2019est quand m\u00eame autour du passage initiatique du personnage f\u00e9minin vers la vie adulte que se construit r\u00e9ellement l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, est-il possible d\u2019affirmer qu\u2019il s\u2019op\u00e8re tranquillement un d\u00e9pouillement de la fonction symbolique du conte? Une \u00e9tude plus pouss\u00e9e des diff\u00e9rentes versions orales, ainsi que des r\u00e9\u00e9critures subs\u00e9quentes, permettrait de fournir une hypoth\u00e8se quant \u00e0 l\u2019\u00e9volution des contes, mon analyse n\u2019ayant pu qu\u2019ouvrir une piste sur un v\u00e9ritable travail de d\u00e9pouillement. Et il serait \u00e9galement int\u00e9ressant de voir ce qu\u2019il reste, aujourd\u2019hui, du conte de <em>Cendrillon<\/em>, en consid\u00e9rant que m\u00eame les versions des Grimm et de Perrault ont tendance \u00e0 se voir rel\u00e9gu\u00e9es aux oubliettes, remplac\u00e9es plut\u00f4t par une version o\u00f9 presque tous les \u00e9l\u00e9ments symboliques ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s\u00a0: celle de Walt Disney.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BAKHTINE, Mikhael. 1979. \u00ab Les \u00e9tudes litt\u00e9raires aujourd\u2019hui \u00bb. <em>Esth\u00e9tique de la cr\u00e9ation verbale<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, p. 339-348.<\/p>\n<p>BELMONT, Nicole. 1974. <em>Arnold Van Gennep, cr\u00e9ateur de l\u2019ethnographie fran\u00e7aise<\/em>. Paris\u00a0: Payot, 187 p.<\/p>\n<p>BELMONT, Nicole. 1991. \u00ab La t\u00e2che de Psych\u00e9 \u00bb. <em>Ethnologie fran\u00e7aise<\/em>, tome 21, no.\u00a04, p. 386-391.<\/p>\n<p>BELMONT, Nicole et Elizabeth Lemirre. 2007. <em>Sous la cendre. Figures de Cendrillon<\/em>. Paris\u00a0: Jos\u00e9 Corti, 423 p.<\/p>\n<p>BELMONT, Nicole. 2010. <em>Mythe, conte et enfance. Les \u00e9critures d\u2019Orph\u00e9e et de Cendrillon<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 344 p.<\/p>\n<p>BRICOUT, Bernadette. 1992. \u00ab L\u2019eau et les cendres. Les avatars de Cendrillon \u00bb. <em>Le Savoir et la Saveur. Henri Pourrat et le Tr\u00e9sor des contes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, p. 260-285.<\/p>\n<p>BRICOUT, Bernadette. 2005. <em>La cl\u00e9 des contes<\/em>. Paris\u00a0: Seuil. 298 p.<\/p>\n<p>CNOCKAERT, V\u00e9ronique, Jean-Marie Privat et Marie Scarpa (dir.). 2011. <em>L\u2019ethnocritique de la litt\u00e9rature<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec, coll. \u00ab\u00a0Approches de l\u2019imaginaire\u00a0\u00bb, 300 p.<\/p>\n<p>DULONG, M\u00e9lanie. 2011. \u00ab Corps de femmes et contes de f\u00e9es\u00a0: une \u00e9tude de \u201cLa femme de l\u2019Ogre\u201d de Pierrette Fleutiaux, et <em>Peau d\u2019\u00e2ne <\/em>de Christine Angot \u00bb. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, D\u00e9partement d\u2019\u00e9tudes litt\u00e9raires, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, 95 f.<\/p>\n<p>FABRE-VASSAS, Claude et Daniel Fabre. 1995. \u00ab Du rite au roman. Parcours d\u2019Yvonne Verdier \u00bb. <em>Coutume et destin\u00a0: Thomas Hardy et autres essais<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, p. 7-37<\/p>\n<p>GINZBURG, Carlo. 1992. <em>Le sabbat des sorci\u00e8res<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 444 p.<\/p>\n<p>GRIMM, Jacob et Wilhelm. 1976. \u00ab Cendrillon \u00bb. <em>Contes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, p. 96-106.<\/p>\n<p>LEBEUF, Arnold. 1989. \u00ab La pantoufle de Cendrillon \u00bb. <em>Cahiers de litt\u00e9ratures orales<\/em>, no. 25, p. 165-179.<\/p>\n<p>LURIE, Alison. 1991. \u00ab Contes populaires en libert\u00e9 \u00bb. <em>Ne le dites pas aux grands\u00a0: essai sur la litt\u00e9rature enfantine<\/em>. Paris\u00a0: Rivages, coll. \u00ab\u00a0Collection de litt\u00e9rature \u00e9trang\u00e8re\u00a0\u00bb, p. 29-42.<\/p>\n<p>MONJARET, Anne. 2005. \u00ab De l\u2019\u00e9pingle \u00e0 l\u2019aiguille. L\u2019\u00e9ducation des jeunes filles au fil des contes\u00a0\u00bb. <em>L\u2019Homme<\/em>, no. 173, p. 119-147.<\/p>\n<p>MOTHE, Jean-Pierre. 1999. <em>Du sang et du sexe dans les contes de Perrault<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan, 196 p.<\/p>\n<p>PERRAULT, Charles. 1999. \u00ab Cendrillon \u00bb. <em>Contes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, p. 93-101.<\/p>\n<p>PROPP, Vladimir. 2015 [1928]. <em>Morphologie du conte<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 256 p.<\/p>\n<p>ROOTH, Anna Birgitta. 1951. <em>The Cinderella Cycle<\/em>. Lund\u00a0: Gleerup, 269 p.<\/p>\n<p>SCARPA, Marie. 2009. <em>L\u2019\u00e9ternelle jeune fille. Une ethnocritique du R\u00eave de Zola<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion, 276 p.<\/p>\n<p>SEGALEN, Martine. 1981. <em>Amours et mariage de l\u2019ancienne France<\/em>. Paris\u00a0: Berger-Levrault, 175 p.<\/p>\n<p>SIMONSEN, Mich\u00e8le. 1981. <em>Le conte populaire<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, coll. \u00ab\u00a0Que sais-je\u00a0\u00bb, 126 p.<\/p>\n<p>TURNER, Victor. 1990. <em>Le ph\u00e9nom\u00e8ne rituel. Structure et contre-structure<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, coll. \u00ab\u00a0Ethnologies\u00a0\u00bb, 206 p.<\/p>\n<p>UELTSCHI, Karine. 2011. <em>Le pied qui cloche ou Le lignage des boiteux<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion, 326 p.<\/p>\n<p>VAN GENNEP, Arnold. 1981 [1909]. <em>Les rites de passage. \u00c9tude syst\u00e9matique des rites<\/em>. Paris\u00a0: Picard, 288 p. \u00a0<\/p>\n<p>VASSALLO, Sylvie. 2010. \u00ab Introduction \u00bb. <em>La lettre de l\u2019enfance et de l\u2019adolescence<\/em>, vol. 4, no. 82, p. 9-12.<\/p>\n<p>VERDIER, Yvonne. 1979. <em>Fa\u00e7ons de dire, fa\u00e7ons de faire<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 347 p.\u00a0<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_xfhujoh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_xfhujoh\">[1]<\/a> Nicole Belmont. 2006. \u00ab Chemins d\u2019images \u00bb. Colloque Chevilly-Larue, cit\u00e9 par Elisabeth Lemirre dans Nicole Belmont et Elisabeth Lemirre. 2007. <em>Sous la cendre. Figures de Cendrillon<\/em>. Paris\u00a0: Jos\u00e9 Corti, p. 397.<\/p>\n<p id=\"footnote2_esin2ke\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_esin2ke\">[2]<\/a> Cit\u00e9e par Marie Scarpa. \u00ab Entre broderie et conterie\u2026, <em>Le R\u00eave. <\/em>Lecture ethnocritique \u00bb, dans V\u00e9ronique Cnockaert, Jean-Marie Privat et Marie Scrapa. 2011. <em>L\u2019ethnocritique de la litt\u00e9rature. <\/em>Qu\u00e9bec\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec, coll. \u00ab Approches de l\u2019imaginaire \u00bb, p. 98.<\/p>\n<p id=\"footnote3_raexo6z\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_raexo6z\">[3]<\/a> Cit\u00e9e par Anne Monjaret. 2005. \u00ab De l\u2019\u00e9pingle \u00e0 l\u2019aiguille. L\u2019\u00e9ducation des jeunes filles au fil des contes \u00bb. <em>L\u2019Homme, <\/em>no. 173, p. 119.<\/p>\n<p id=\"footnote4_wbct52u\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_wbct52u\">[4]<\/a> Cit\u00e9e par Anne Monjaret, <em>ibid., <\/em>p. 123.<\/p>\n<p id=\"footnote5_4eypj7b\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_4eypj7b\">[5]<\/a> Au fil des si\u00e8cles, la chaussure dans Cendrillon a \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de nombreuses controverses. Le conte de Perrault, intitul\u00e9 plus longuement <em>Cendrillon et la petite pantoufle de verre<\/em> dans nos recueils contemporains, aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet selon plusieurs comme Balzac et <em>Le Littr\u00e9<\/em>, d\u2019une erreur de transcription. \u00c0 la place du mot \u00ab verre \u00bb on aurait d\u00fb lire \u00ab vair \u00bb, plus propice \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Perrault, mot se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019ancien nom de la fourrure d\u2019un petit-gris, un \u00e9cureuil de Russie. Si Perrault a utilis\u00e9 \u00ab vair \u00bb dans son manuscrit original, le temps l\u2019aurait chang\u00e9 en \u00ab verre \u00bb &#8211; assez pour qu\u2019on accorde \u00e0 cette seconde version le statut d\u2019original.<\/p>\n<p id=\"footnote6_skiy4rb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_skiy4rb\">[6]<\/a> Cit\u00e9 par Nicolet Belmont et Elisabeth Lemirre, <em>op. cit., <\/em>p. 407.<\/p>\n<p id=\"footnote7_t3gc3kz\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_t3gc3kz\">[7]<\/a> Cit\u00e9e par Nicole Belmont et Elisabeth Lemirre, <em>ibid., <\/em>p. 11.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Gingras-Gagn\u00e9, Marion. 2017. \u00abDe jeune fille \u00e0 jeune femme. \u00c9tude ethnocrititque du mariage comme rite de passage dans le conte\u00a0Cendrillon de Perrault et des Grimm\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5613 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gingras_26_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 gingras_26_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-13577655-8176-4a98-8e60-d037224a2661\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gingras_26_0.pdf\">gingras_26_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/gingras_26_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-13577655-8176-4a98-8e60-d037224a2661\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026 Le merveilleux se fabrique \u00e0 partir d\u2019un chemin d\u2019images. Ce dernier charrie, \u00e0 l\u2019insu du conteur, quelque motif perdu ou aveugle, toujours errant[1]. Nicole Belmont, \u00ab Chemins d\u2019images \u00bb Les contes de Perrault, en ce XXIe si\u00e8cle, n\u2019ont pas toujours bonne presse. 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