{"id":5614,"date":"2024-06-13T19:48:28","date_gmt":"2024-06-13T19:48:28","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/lintertextualite-comme-tentative-darchivage-dune-filiation-politique-feminine-dans-manuel-de-poetique-a-lintention-des-jeunes-filles-et-l\/"},"modified":"2024-09-04T15:20:35","modified_gmt":"2024-09-04T15:20:35","slug":"lintertextualite-comme-tentative-darchivage-dune-filiation-politique-feminine-dans-manuel-de-poetique-a-lintention-des-jeunes-filles-et-l","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5614","title":{"rendered":"L\u2019intertextualit\u00e9 comme tentative d\u2019archivage d\u2019une filiation politique f\u00e9minine dans \u00ab Manuel de po\u00e9tique \u00e0 l\u2019intention des jeunes filles \u00bb et \u00ab L\u2019ann\u00e9e de ma disparition \u00bb de Carole David\u00a0"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6895\">Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026<\/a><\/h5>\n<p>Les recueils <em>Manuel de po\u00e9tique \u00e0 l\u2019intention des jeunes filles<\/em> (2010) et <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em> (2015) de Carole David donnent \u00e0 voir des corps et des lieux qui t\u00e9moignent d\u2019un <em>apr\u00e8s la catastrophe<\/em>. Des espaces encombr\u00e9s de d\u00e9bris, de \u00ab\u00a0masques \u00e0 gaz\u00a0\u00bb (David, 2010, 41), de \u00ab\u00a0d\u00e9pouilles de jeunes vierges\u00a0\u00bb (49), de \u00ab\u00a0r\u00e9sidus de poumons, [de] cigarettes tron\u00e7onn\u00e9es\u00a0\u00bb (David, 2015, 22), de \u00ab\u00a0viandes noircies, [de] carcasses d\u2019animaux\u00a0\u00bb (46) y sont d\u00e9peints. Les \u00eatres qui peuplent la po\u00e9sie de cette auteure d\u00e9ambulent dans un monde qui ne semble plus r\u00e9gi par le temps, un monde fait de pierres tombales o\u00f9 ce qui persiste, ce qui ne disparait pas, fait figure de vestige. Les mots \u00e9tant hors d\u2019atteinte, le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb de ces deux recueils n\u2019arrive pas \u00e0 <em>se dire<\/em>. On questionne le langage, on tente de le saisir, mais les mots apparaissent vid\u00e9s de leur signification. Ils ne sont plus qu\u2019objets, que coquilles vides dont on aurait extrait l\u2019essence. S\u2019offre donc \u00e0 nous une enqu\u00eate sur la langue qui se fait au plus pr\u00e8s de sa structure. Afin de pallier cette voix probl\u00e9matique, cette voix d\u00e9faillante, sont invoqu\u00e9es des figures ext\u00e9rieures. Hugues Corriveau, dans un article publi\u00e9 dans <em>Le Devoir<\/em>, soul\u00e8ve cet incessant retour vers les \u00ab\u00a0figures phares\u00a0\u00bb (Corriveau, 2010) qui habitent la po\u00e9sie de Carole David. Nous postulerons que ces lieux et ces corps fragment\u00e9s d\u00e9voilent un monde post-eschatologique qui pr\u00e9sente un imaginaire de la fin o\u00f9 les voix invoqu\u00e9es sont archiv\u00e9es. Se forme ainsi une filiation f\u00e9minine qui permet \u00e0 la narratrice de r\u00e9sister \u00e0 sa disparition. Carole David rem\u00e9die \u00e0 cette langue d\u00e9faillante en alliant ses mots \u00e0 ceux de figures phares qui la suivent dans sa pratique d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Je r\u00e9p\u00e8te, j\u2019apprends \u00e0 d\u00e9sapprendre\u00a0\u00bb ou la fin d\u2019un langage<\/h2>\n<p>Il se d\u00e9ploie, dans les recueils de cette po\u00e8te, la repr\u00e9sentation d\u2019un monde dont on sent poindre la fin. La catastrophe a eu lieu. Il ne reste plus que des vestiges. Les \u00eatres qui traversent ces espaces contamin\u00e9s, et donc inhabitables, se situent dans un hors-temps, dans un \u00e9tat de transition. Les corps et la parole n\u2019endossent plus leurs fonctions usuelles\u00a0: ils sont dans l\u2019attente, dans un mouvement insaisissable. Les corps forment des amas de d\u00e9combres. Devant cette perte de rep\u00e8res, le langage est questionn\u00e9; on n\u2019arrive pas \u00e0 l\u2019atteindre, puisque seuls des r\u00e9sidus demeurent\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 la troisi\u00e8me rencontre, un po\u00e8te pleure.<br \/>Il n\u2019entend pas sa voix r\u00e9sonner dans la n\u00f4tre;<br \/>chacun parle les yeux riv\u00e9s au sol.<\/p>\n<p>Je me remets \u00e0 la traduction, vingt cents le mot<br \/>pour la po\u00e9sie. Alda me sourit et me prot\u00e8ge,<br \/>l\u2019esprit de la langue m\u2019a abandonn\u00e9e. (David, 2010, 43)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces allusions \u00e0 une langue qui a abandonn\u00e9 la narratrice forment le battement de c\u0153ur de <em>Manuel de po\u00e9tique<\/em><a id=\"footnoteref1_u3ds4nb\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00c9tant donn\u00e9 la longueur de ce titre et le nombre limit\u00e9 de pages qui m\u2019est allou\u00e9e, je ferai r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette \u0153uvre par sa version \u00e9court\u00e9e, soit Manuel de po\u00e9tique au lieu du titre complet. \" href=\"#footnote1_u3ds4nb\">[1]<\/a> et de <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition. <\/em>La narratrice remet sans cesse en question son droit \u00e0 la parole\u00a0: \u00ab\u00a0Ai-je \u00e9crit trop haut ou trop bas? \/ Ai-je imit\u00e9 la voix de mes maitres? \/ Je n\u2019entends pas ce que j\u2019\u00e9cris \/ la chose vocale me d\u00e9serte\u00a0\u00bb (9); \u00ab\u00a0[E]lles se demandent \/ s\u2019il faut \u00eatre hant\u00e9es par la vaisselle et les draps \/ pour \u00e9crire des po\u00e8mes\u00a0\u00bb (29); \u00ab\u00a0Il arrive qu\u2019une voix blanche me parle, \/ r\u00e9v\u00e9lation, chapitre vide. \/ Je r\u00e9p\u00e8te, j\u2019apprends \u00e0 d\u00e9sapprendre\u00a0\u00bb (David, 2015, 13). Ainsi, ces lieux contamin\u00e9s, peupl\u00e9s de d\u00e9bris, abritent \u00e9galement ce qu\u2019il reste d\u2019une langue sur le point de disparaitre. De plus, la langue \u00e9tant le mat\u00e9riel \u00e0 partir duquel nous \u00e9crivons, c\u2019est la question de l\u2019\u00e9criture qui est pos\u00e9e. Comment \u00ab\u00a0\u00e9crire des po\u00e8mes dans lesquels les objets volent \/ entre vers et prose, atterrissent sur les murs?\u00a0\u00bb\u00a0(David, 2010, 29), demande la narratrice de <em>Manuel de po\u00e9tique. <\/em>Plus loin, il est dit que \u00ab\u00a0nous cherchons dans nos po\u00e8mes des pruniers sans fruits\u00a0\u00bb (41). Ces pruniers sans fruits ne repr\u00e9sentent-ils pas le mot qui serait \u00e9vacu\u00e9 de son sens? Le signe qui serait d\u00e9sormais d\u00e9s\u00e9miotis\u00e9? Il y a un lien de causalit\u00e9, chez Carole David, entre les lieux contamin\u00e9s et cette voix hors d\u2019atteinte, cette voix en transition. De m\u00eame, dans l\u2019essai <em>L\u2019imaginaire de la fin, <\/em>Bertrand Gervais affirme que<\/p>\n<blockquote>\n<p>ce que le Temps de la fin signale, par son existence m\u00eame, est la nature transitive de cette situation. La fin est toujours la fin de quelque chose, que ce soit le sujet, son monde ou le Monde. L\u2019ouverture d\u2019un espace de transition d\u00e9coule de cette transitivit\u00e9 et elle implique la pr\u00e9sence de trois temps\u00a0: le temps premier, qui voit son monde et son ordre menac\u00e9s; le temps deuxi\u00e8me, qui correspond \u00e0 la p\u00e9riode de transition; et le temps troisi\u00e8me, o\u00f9 le monde apparait avec son propre ordre. L\u2019imaginaire de la fin s\u2019inscrit dans cette structure, essentiellement narrative, et se d\u00e9ploie \u00e0 la fronti\u00e8re de deux mondes, celui qui est d\u00e9laiss\u00e9 et cet autre qui commence \u00e0 s\u2019imposer. (2009, 30-31)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La po\u00e9sie de Carole David se situe dans cette transitivit\u00e9. Dans ses textes, le lecteur et la lectrice font face aux d\u00e9bris d\u2019un monde qui n\u2019est plus, un monde o\u00f9 la parole achoppe. De fait, le chaos r\u00e8gne dans ces lieux o\u00f9 la mort <em>pourrait <\/em>advenir, laissant les \u00eatres qui les peuplent dans l\u2019attente, dans un entre-deux.<\/p>\n<p>Si ces recueils proposent de questionner l\u2019\u00e9tat de la langue dans l\u2019espace du po\u00e8me, ce sont des voix de <em>femmes<\/em> qui sont hors d\u2019atteinte. En effet, <em>Manuel de po\u00e9tique <\/em>et <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition <\/em>mettent en sc\u00e8ne des corps de femmes meurtries. Des \u00ab\u00a0vierges suicid\u00e9es\u00a0\u00bb (David, 2015, 14), des \u00ab\u00a0religieuses [\u2026] cri[ant] au viol\u00a0\u00bb (15), des \u00ab\u00a0f\u00e9es noires\u00a0\u00bb (15), des \u00ab\u00a0fillettes gu\u00e9rillas\u00a0\u00bb (17), des \u00ab\u00a0jeunes filles fant\u00f4mes\u00a0\u00bb (47), une \u00ab\u00a0m\u00e8re, corps lac\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb (David, 2010, 30), des \u00ab\u00a0femmes b\u00e2illonn\u00e9es\u00a0\u00bb (49), etc., forment une pluralit\u00e9 de voix qui, comme celle de la narratrice, ne peuvent s\u2019emparer du langage. Leur corps est morcel\u00e9. Elles sont, elles aussi, dans l\u2019attente de leur disparition compl\u00e8te. Afin de renverser cet \u00e9tat transitoire dans lequel le langage est inaccessible, la narratrice invoque des voix ext\u00e9rieures pour combler ce creux langagier. D\u2019ailleurs, dans son essai, Bertrand Gervais dit que la confusion langagi\u00e8re fait partie des signes inh\u00e9rents \u00e0 la fin du \u2013 ou d\u2019un \u2013 monde. Il s\u2019agirait d\u2019une d\u00e9s\u00e9miotisation en actes de la langue (Gervais, 2009, 55). Ce dernier rapporte les propos de Giorgio Agamben qui affirme, dans <em>Le langage et la mort<\/em>, que l\u2019humain est un animal qui a la connaissance du langage et de sa mort, et que donc le langage,<\/p>\n<blockquote>\n<p>d\u00e9nud\u00e9 de tout ce qui a pu le constituer comme signe linguistique, de ce qui a pu en faire plus qu\u2019une simple chose, rabattu par cons\u00e9quent sur une mat\u00e9rialit\u00e9 redevenue pr\u00e9pond\u00e9rante, est un des traits de l\u2019imaginaire de la fin, au m\u00eame titre que le d\u00e9sordre, le chaos politique et social, les catastrophes et les jugements. (Agamben, 1982, 14)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il n\u2019est alors pas \u00e9tonnant que chez Carole David, parole d\u00e9faillante et corps meurtris s\u2019allient afin de d\u00e9voiler cet imaginaire de la fin. Mais de quelle fin s\u2019agit-il? Il semble y avoir un double mouvement chez cette po\u00e8te\u00a0: celui de vouloir signifier la fin d\u2019un langage, mais \u00e9galement celui de revendiquer des voix ext\u00e9rieures afin de pallier la fin de cette langue. Probl\u00e9matisant sa propre prise de parole, le sujet, chez David, invoque la voix de figures ext\u00e9rieures afin de parvenir \u00e0 <em>se dire<\/em>.<\/p>\n<h2>De ces voix qui font \u00e9chos\u00a0: h\u00e9ritage(s) et filiation(s)<\/h2>\n<p>Dans l\u2019essai <em>Imaginaire de la filiation. La m\u00e9lancolisation du lien dans la litt\u00e9rature contemporaine des femmes, <\/em>Evelyne Ledoux-Beaugrand rappelle qu\u2019au Qu\u00e9bec comme en France, le tournant des ann\u00e9es 1990 a ouvert la porte \u00e0 ce que plusieurs ont d\u00e9sign\u00e9 comme une \u00ab nouvelle g\u00e9n\u00e9ration \u00bb d\u2019\u00e9crivaines f\u00e9ministes. Si les \u00e9crivaines et les penseures des ann\u00e9es 1970 et 1980 ont marqu\u00e9 une rupture avec leur h\u00e9ritage, il semble que la g\u00e9n\u00e9ration d\u2019auteures des ann\u00e9es 1990 a, au contraire, propos\u00e9 une r\u00e9actualisation de l\u2019Histoire et de l\u2019h\u00e9ritage que leurs pr\u00e9d\u00e9cesseures avaient \u00e9cart\u00e9s, menant vers une troisi\u00e8me vague de f\u00e9minismes contemporains. En effet, Ledoux-Beaugrand voit chez les auteures des ann\u00e9es 1970 et 1980 un mod\u00e8le d\u2019\u00e9criture qui s\u2019est construit autour d\u2019un imaginaire de la sororit\u00e9, rompant tous liens familiaux et ceux avec l\u2019h\u00e9ritage des g\u00e9n\u00e9rations ant\u00e9rieures. Les auteures ayant \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es dans les ann\u00e9es 1990 ont, pour leur part, b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 du riche h\u00e9ritage litt\u00e9raire laiss\u00e9 par la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9c\u00e9dente, et ne se situent donc plus dans cette rupture. Elles r\u00e9investissent les traces m\u00e9morielles du pass\u00e9 et inscrivent la filiation au sein de leurs \u0153uvres. Si Ledoux-Beaugrand fonde, en grande partie, sa r\u00e9flexion autour de textes qui sous-tendent le portrait d\u2019une g\u00e9n\u00e9alogie familiale, elle se propose aussi de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la construction d\u2019une filiation <em>symbolique.<\/em> En ouverture de la premi\u00e8re partie intitul\u00e9e \u00ab\u00a0De la sororit\u00e9 aux liens f(am)iliaux. Imaginaires de la filiation et repr\u00e9sentations du corps\u00a0\u00bb (Ledoux-Beaugrand, 2013, 36), l\u2019auteure cite un extrait d<em>\u2019Autrement<\/em> <em>dit<\/em> de Marie Cardinal, o\u00f9 celle-ci demande \u00ab\u00a0comment [les femmes] oseraient-elles parler de ce qu\u2019elles savent\u2009?\u00a0\u00bb. Ledoux-Beaugrand ouvre sa r\u00e9flexion en r\u00e9pondant \u00e0 cette question. La g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9crivaines d\u00e9peinte dans cet essai porte la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019<em>\u00e9crire le couteau<\/em> afin de donner les armes aux femmes qui \u00e9criront \u00e0 leur tour. La po\u00e9sie de Carole David s\u2019inscrit dans cette reconstruction d\u2019une g\u00e9n\u00e9alogie qui est <em>symbolique, <\/em>mais \u00e9galement dans cette pratique de l\u2019\u00e9criture du couteau<em>. <\/em>En effet, il n\u2019est pas question, dans les textes de cette po\u00e8te, de figures maternelles, paternelles ou sororales, mais bien d\u2019une filiation qui englobe des figures historiques f\u00e9minines. La po\u00e9sie de Carole David remet les figures relay\u00e9es au banc des oubli\u00e9es par l\u2019Histoire \u00e0 l\u2019avant-plan en leur offrant une sorte de \u00ab\u00a0plaque comm\u00e9morative\u00a0\u00bb dans le corps de ses textes. Ces plaques permettent aux femmes de poss\u00e9der les armes n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Sont ainsi \u00e9rig\u00e9es des voix qui viennent authentifier la parole du sujet dans <em>Manuel de po\u00e9tique<\/em> et dans <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em>. Ces voix offrent un regard nouveau sur un pan de l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9 de l\u2019Histoire.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, le tournant des ann\u00e9es 1990 a vu naitre de nouvelles voix, de nouvelles postures f\u00e9ministes, qui se sont immisc\u00e9es dans le champ litt\u00e9raire, tant qu\u00e9b\u00e9cois que fran\u00e7ais. Ledoux-Beaugrand per\u00e7oit dans ces nouvelles pratiques d\u2019\u00e9critures un \u00ab\u00a0retour du sujet\u00a0\u00bb (2013, 5) qui se pr\u00e9sente sous deux formes dominantes\u00a0: par l\u2019utilisation du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et par une revisitation de \u00ab\u00a0l\u2019Histoire\u00a0\u00bb \u2013 plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de l\u2019Histoire du point de vue de ses silences et de ses absentes. En ce sens, <em>Manuel de po\u00e9tique<\/em> et <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em> s\u2019inscrivent dans un imaginaire de la filiation. Narr\u00e9s au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb, ces recueils imposent une g\u00e9n\u00e9alogie de voix f\u00e9minines qui viennent rem\u00e9dier \u00e0 cette voix probl\u00e9matique en s\u2019inscrivant dans le corps du texte autant que dans le hors-texte. Ainsi, c\u2019est par l\u2019usage de proc\u00e9d\u00e9s intertextuels que la po\u00e9sie de Carole David impose la voix des femmes qui ont \u00e9t\u00e9 \u00e9cart\u00e9es \u2013 ou oubli\u00e9es \u2013 des grands pans de l\u2019Histoire. Le sujet qui se d\u00e9ploie dans ces deux recueils pallie cette voix d\u00e9faillante par l\u2019archivage d\u2019une filiation politique f\u00e9minine compos\u00e9e d\u2019\u00e9crivaines, d\u2019artistes et d\u2019ic\u00f4nes connues \u2013 ou pas du tout \u2013 de tous et toutes. Les titres des deux recueils et des chapitres, les citations et les notes infrapaginales forment les \u00e9l\u00e9ments intertextuels et p\u00e9ritextuels au sein desquels s\u2019inscrit cette filiation. D\u00e9bordant de \u00ab\u00a0l\u2019espace du po\u00e8me\u00a0\u00bb, ces voix investissent le hors-texte, se le r\u00e9approprient, \u00e9tablissant de nouvelles fronti\u00e8res.<\/p>\n<h2>Entre corps et m\u00e9moires\u00a0: d\u00e9limitation d\u2019un territoire corporel et textuel scarifi\u00e9<\/h2>\n<p><em>Manuel de po\u00e9tique<\/em> et <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em> d\u00e9voilent une po\u00e9sie violent\u00e9e o\u00f9 la narratrice offre les r\u00e9sidus de son corps et de sa m\u00e9moire. Ce n\u2019est pas un corps entier qui est pr\u00e9sent\u00e9, mais bien un corps de l\u2019apr\u00e8s-coup; un corps qui peine \u00e0 se relever, ayant \u00e9t\u00e9 affaibli par ce qui semble se pr\u00e9senter comme ennemi, comme autre. La narratrice mart\u00e8le l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00eatre <em>compl\u00e8te<\/em> et donc d\u2019advenir en tant que <em>sujet<\/em>. Le temps, l\u2019espace, les corps et les voix se situent dans un entre-deux d\u2019o\u00f9 \u00e9mergent des folles, des suicid\u00e9es, bref, des femmes \u00e0 qui on a refus\u00e9 le droit \u00e0 la parole. De m\u00eame, les voix qui traversent la po\u00e9sie de cette auteure (par les citations, les notes infrapaginales, etc.) rappellent que \u00ab\u00a0tout texte se construit comme une mosa\u00efque de citations, tout texte est absorption et transformation\u00a0\u00bb (Kristeva, 1960, 85). Ledoux-Beaugrand avance que cette interrogation filiale apparait dans des r\u00e9cits \u2013 dans le cas pr\u00e9sent, il s\u2019agit de po\u00e8mes \u2013 qui se pr\u00e9sentent sous \u00ab\u00a0une forme ruin\u00e9e, fragmentaire\u00a0\u00bb (2013, 8), r\u00e9v\u00e9lant \u00ab\u00a0un trouble de l\u2019origine ou de la transmission<a id=\"footnoteref2_zb2a80c\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour plus de pr\u00e9cisions sur le concept de transmission, voir Dominique Viart et Bruno Vercier. 2005. \u00ab\u00a0R\u00e9cits de filiation\u00a0\u00bb dans La Litt\u00e9rature fran\u00e7aise au pr\u00e9sent. H\u00e9ritage, modernit\u00e9, mutations. Paris\u00a0: Bordas, p.\u00a076-98. \" href=\"#footnote2_zb2a80c\">[2]<\/a>, et qui requi\u00e8rent de la part des auteures un certain travail de reprise\u00a0\u00bb\u00a0(8). C\u2019est \u00e0 partir de mat\u00e9riaux d\u00e9j\u00e0 existants \u2013 les voix de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseures \u2013 que ces femmes \u00e9crivent. Ces derni\u00e8res, affirme Ledoux-Beaugrand, travaillent \u00e0 partir de fragments qu\u2019elles raboutent, r\u00e9cup\u00e8rent, sans en effacer les marques. Dans le cas de Carole David, ces \u00ab\u00a0marques\u00a0\u00bb laiss\u00e9es en \u00e9vidence sont form\u00e9es par les traces d\u2019intertextualit\u00e9 qui abondent au sein de sa po\u00e9sie. Celles-ci forment les cicatrices du texte qui laissent apparaitre l\u2019origine de ces voix ext\u00e9rieures. Ledoux-Beaugrand rappelle par ailleurs qu\u2019\u00e0 une certaine \u00e9poque, le corps des femmes a fr\u00e9quemment \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 comme m\u00e9taphore d\u2019un territoire colonis\u00e9 par les hommes, et que d\u00e9sormais<\/p>\n<blockquote>\n<p>les auteures et penseures sont nombreuses \u00e0 s\u2019inspirer des mouvements de d\u00e9colonisation [\u2026] et \u00e0 imaginer leur lutte en tant que processus de d\u00e9colonisation d\u2019un territoire appartenant \u00e0 l\u2019ordre du personnel et de l\u2019intime, mais dont les enjeux s\u2019av\u00e8rent n\u00e9anmoins politiques. Qu\u2019il ait partie li\u00e9e \u00e0 la jouissance, \u00e0 des sensations oscillant entre plaisir et douleur durant les menstruations, la gestation et la mise au monde qu\u2019il pointe, sur le mode d\u2019une h\u00e9morragie hyst\u00e9rique, vers un malaise qui ne trouve pas les mots pour se dire, le corps f\u00e9minin est le support d\u2019un savoir qui se constitue autant qu\u2019il se partage par l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine. (74)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si le corps des femmes a \u00e9t\u00e9 d\u00e9peint \u00e0 maintes reprises comme un territoire colonis\u00e9 par des hommes, <em>Manuel de po\u00e9tique <\/em>et <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em> se r\u00e9approprient le corps de celles qu\u2019elles repr\u00e9sentent, mais \u00e9galement le corps du texte afin de le coloniser, cette fois-ci, de voix f\u00e9minines.<\/p>\n<p>Tel que mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, les corps des folles et des suicid\u00e9es, chez Carole David, sont marqu\u00e9s par la souffrance. Ce sont des corps o\u00f9 les plaies sont fraichement ouvertes. Des corps qui embrassent la douleur afin de se la r\u00e9approprier. Carole David, en faisant surgir ces voix qui font corps avec le texte, colonise ses propres \u00e9crits. Elle se fait<\/p>\n<blockquote>\n<p>cartographe d\u2019un monde nouveau qu\u2019elle(s) s\u2019attache(nt) \u00e0 nommer dans son entier, ses parties les plus belles comme les plus abjectes, afin de pr\u00e9senter un corps qui ne soit plus mis en pi\u00e8ces, d\u00e9pec\u00e9 tel qu\u2019il se donne \u00e0 voir dans la tradition litt\u00e9raire. (72)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Toutefois, la pr\u00e9sence d\u2019une multitude de voix \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des balises traditionnelles du po\u00e8me (c\u2019est-\u00e0-dire que ces voix sont pr\u00e9sentes dans les titres, les citations, les exergues, les illustrations, les notes infrapaginales, bref, dans le travail p\u00e9ritextuel et intertextuel qu\u2019entreprend l\u2019auteure) fait en sorte que ces corps repr\u00e9sent\u00e9s comme d\u00e9pec\u00e9s ne sont pas faibles mais, au contraire, unifi\u00e9s par cette filiation politique f\u00e9minine qui suit pas \u00e0 pas la narratrice au fil des pages. Plus qu\u2019une responsabilit\u00e9 m\u00e9morielle, la po\u00e9sie de Carole David proc\u00e8de \u00e0 un r\u00e8glement de compte avec le savoir tel qu\u2019il nous est, encore aujourd\u2019hui, transmis. La voix probl\u00e9matique du \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb des deux recueils invoque la n\u00e9cessaire pr\u00e9sence de voix ext\u00e9rieures afin d\u2019\u00eatre compl\u00e8te. Cette invocation revient fr\u00e9quemment dans la po\u00e9sie de David. Dans un po\u00e8me intitul\u00e9 \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9tudie la langue\u00a0\u00bb, la narratrice \u00e9voque ce langage qui ne lui appartient plus, mais qui appartiendrait \u00e0 une <em>autre\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mes l\u00e8vres tombent, roulent sous un arbre. Si on d\u00e9couvre un tr\u00e9sor, on le garde pour soi. L\u2019examen de la bouche et des dents permet de constater l\u2019ampleur du d\u00e9g\u00e2t\u00a0: l\u2019organe est en fonction sauf que les points sucr\u00e9, sal\u00e9, amer, le V lingual, les papilles appartiennent \u00e0 une autre. Peut-\u00eatre \u00e0 celle qui ne parle pas la langue, qui coud des papillons sur les revers des habits sans comprendre. (David, 2010, 67)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette voix qui n\u2019appartient pas \u00e0 la narratrice est \u00e9voqu\u00e9e dans l\u2019espace du po\u00e8me, mais se retrouve aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de cet espace, c\u2019est-\u00e0-dire au sein de ses titres, de sa quatri\u00e8me de couverture et dans ses notes infrapaginales. Dans\u00a0<em>La Seconde main ou le travail de la citation,\u00a0<\/em>Antoine Compagnon indique que \u00ab\u00a0le nom de l\u2019auteur et le titre, sur la couverture du livre, cherchent [\u2026] \u00e0 situer celui-ci dans l\u2019espace social de la lecture, \u00e0 le bien placer dans une typographie des lecteurs\u00a0\u00bb (1979, 411). De cette fa\u00e7on,\u00a0<em>Manuel de po\u00e9tique,\u00a0<\/em>de par son titre, annonce d\u00e9j\u00e0 le ton que prendra le recueil. Il s\u2019agit d\u2019un \u00ab\u00a0manuel\u00a0\u00bb et non pas d\u2019un \u00ab\u00a0recueil\u00a0\u00bb. D\u00e9jouant la fonction premi\u00e8re du \u2013 trop \u2013 prescrit \u00ab\u00a0Manuel de la parfaite m\u00e9nag\u00e8re\u00a0\u00bb, l\u2019auteure, plut\u00f4t que d\u2019indiquer comment atteindre la parfaite cuisson d\u2019une dinde de No\u00ebl ou comment astiquer son four en moins de cinq minutes, rappelle les noms qui manquent \u00e0 l\u2019\u00e9ducation des jeunes filles\u00a0: ceux des femmes.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0Je suis sur une ligne partag\u00e9e avec les ic\u00f4nes\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Tout comme le ferait un manuel scolaire, ce recueil de Carole David mart\u00e8le les noms de ses pr\u00e9d\u00e9cesseures tels des prescriptions de lecture qu\u2019un.e enseignant.e donnerait \u00e0 ses \u00e9l\u00e8ves. De plus, David allie les voix de ces femmes \u00e0 la sienne afin d\u2019authentifier son droit \u00e0 la parole\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Debout \u00e0 voix haute, n\u2019est pas une pratique de la po\u00e9sie,<br \/>c\u2019est une mise \u00e0 mort; timbre, volume, inflexion,<br \/>voici mon \u0153uvre pass\u00e9e \u00e0 tabac entre chant et suicide\u00a0:<br \/>ma bouche crache, r\u00e2le, mes po\u00e8mes sont rares et laids [\u2026]<\/p>\n<p>Quand je suis assise, je pense, j\u2019\u00e9cris, je rature;<br \/>quand je me l\u00e8ve, je tremble, toussote, m\u2019emballe<br \/>parce qu\u2019entre ma voix \u00e9crite et ma voix r\u00e9elle,<br \/>il y a le dragon de soi.<\/p>\n<p>Ai-je \u00e9crit trop haut ou trop bas?<br \/>Ai-je imit\u00e9 la voix de mes ma\u00eetres?<\/p>\n<p>Je n\u2019entends pas ce que j\u2019\u00e9cris,<br \/>la chose vocale me d\u00e9serte.<\/p>\n<p>Je suis sur une ligne partag\u00e9e avec les ic\u00f4nes<br \/>qui crient derri\u00e8re ma gorge\u00a0: Ann, Amelia,<br \/>Emily, Jeanne d\u2019Arc et la Th\u00e9r\u00e8se extatique [\u2026]<br \/>mes dents \u00e9cart\u00e9es qui flottent dans la salive<br \/>(eaux \u00e9crites); ma bouche n\u2019entend rien.<\/p>\n<p>Je suis muette devant une montagne de souliers,<br \/>les lacets crev\u00e9s de sang (mes cordes vocales);<br \/>comme j\u2019ai la haine de mon corps<br \/>(cicatrices, abandons, blancheur), j\u2019ai h\u00e2te d\u2019en finir;<br \/>qu\u2019on me donne la peau d\u2019une com\u00e9dienne,<br \/>que je puisse d\u00e9cliner les classiques [\u2026]<br \/>d\u00e9poser ma langue sur un crochet<br \/>crier enfin\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis rentr\u00e9e \u00e0 la maison!\u00a0\u00bb (David, 2010, 9-10)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce po\u00e8me ouvre <em>Manuel de po\u00e9tique <\/em>et forme la pr\u00e9misse de ce qui sera soutenu dans l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du recueil. Corps et voix sont mis en tension afin d\u2019illustrer leur incompl\u00e9tude. Derri\u00e8re la gorge de la narratrice, derri\u00e8re ces \u00ab\u00a0lacets crev\u00e9s de sang\u00a0\u00bb\u00a0(10), sont dissimul\u00e9es les voix des femmes qui sont \u00e9voqu\u00e9es\u00a0: Ann, Amelia, Emily, Jeanne d\u2019Arc et la Th\u00e9r\u00e8se extatique habitent ces po\u00e8mes et \u00e9tablissent un dialogue avec la narratrice. La po\u00e9sie de Carole David fait \u00e9tat d\u2019une parole qui est hors d\u2019atteinte et qui cherche \u00e0 s\u2019allier \u00e0 celle des autres afin de pouvoir se donner le droit d\u2019\u00e9crire \u2013 voire le droit de vivre, puisqu\u2019\u00e9criture et vie sont intrins\u00e8quement li\u00e9es dans la po\u00e9sie de cette auteure. Le premier chapitre, \u00ab\u00a0Les pieuses domestiques\u00a0\u00bb, offre comme titre de chacun de ses po\u00e8mes le nom d\u2019une femme\u00a0: Mary Shelley, Jean Seberg, Emily Dickinson, etc., forment les \u00ab\u00a0en-t\u00eates\u00a0\u00bb des po\u00e8mes de ce chapitre. Ces noms sont \u00e9galement accompagn\u00e9s d\u2019une courte description servant \u00e0 rappeler <em>qui <\/em>\u00e9taient ces femmes. Empreintes d\u2019humour, ces notices r\u00e9habilitent \u2013 sous un regard nouveau \u2013 des figures f\u00e9minines trop souvent \u00e9cart\u00e9es de l\u2019Histoire et des syllabus scolaires. Par cons\u00e9quent, Carole David revisite l\u2019Histoire en donnant de nouveaux \u00ab\u00a0titres\u00a0\u00bb \u00e0 ces femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Mary Shelley\u00a0: m\u00e8re et gothique\u00a0\u00bb (15), \u00ab\u00a0Joyce Mansour\u00a0: surr\u00e9aliste et reine d\u2019\u00c9gypte\u00a0\u00bb (18), \u00ab\u00a0Emily Dickinson\u00a0: po\u00e8te et ornithologue\u00a0\u00bb (20), etc. Ces \u00ab\u00a0noms-titres\u00a0\u00bb sont suivis d\u2019une citation qui est encadr\u00e9e par des guillemets et soulign\u00e9e par l\u2019italique. Les po\u00e8mes sont ainsi chapeaut\u00e9s par la citation qui les pr\u00e9c\u00e8de, d\u00e9voilant un dialogue entre la figure cit\u00e9e et le po\u00e8me qui suit.<\/p>\n<p>Le titre <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em> donne tout autant le ton \u00e0 l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du recueil, qui est, lui aussi, peupl\u00e9 par une multitude de voix. Compagnon, en parlant de la fonction des titres, rappelle que<\/p>\n<blockquote>\n<p>leur fonction capitale [aux titres], comme celle des citations iconiques, est de qualifier par rapport \u00e0 la biblioth\u00e8que et au d\u00e9j\u00e0 dit. Appareil institu\u00e9, la p\u00e9rigraphie va de pair avec les citations, et ses composantes sont, encore, des ic\u00f4nes. (1979, 407)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition <\/em>endosse une fonction r\u00e9f\u00e9rentielle. Le titre d\u00e9voile la r\u00e9flexion qui se d\u00e9ploiera tout au long du recueil. En effet, la narratrice <em>disparait <\/em>derri\u00e8re les voix qui sont \u00e9voqu\u00e9es. Cette fois-ci, Carole David ins\u00e8re les extraits tir\u00e9s des recueils d\u2019autres auteur.e.s \u00e0 m\u00eame le corps de ses textes. Encore une fois, c\u2019est une parole hors d\u2019atteinte qui y est d\u00e9peinte. Si les po\u00e8mes ne sont plus \u00ab\u00a0chapeaut\u00e9s\u00a0\u00bb par les figures invoqu\u00e9es, les citations incluses \u00e0 m\u00eame le texte viennent pallier cette voix rompue. Le plus souvent, ces extraits closent les po\u00e8mes et se distinguent par l\u2019usage de l\u2019italique. Les r\u00e9f\u00e9rences des \u0153uvres dont sont issues les citations se retrouvent en notes infrapaginales, r\u00e9v\u00e9lant la provenance de ces mots qui permettent \u00e0 l\u2019auteure de <em>se dire<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je me r\u00e9incarne, la confusion m\u2019habite,<br \/>Bigoudis aux pr\u00e9noms secrets,<br \/>Mon fer plat en offrande,<br \/>Larmes, milligrammes sages comme des anges.<br \/>Dans la salle de bain, je ne dors pas;<br \/>Si je m\u2019endors, tu te mat\u00e9rialises.<\/p>\n<p>Il arrive qu\u2019une voix blanche me parle,<br \/>R\u00e9v\u00e9lation, chapitre vide.<br \/>Je r\u00e9p\u00e8te, j\u2019apprends \u00e0 d\u00e9sapprendre,<br \/>Je ne chante plus, <em>je compte les \u00e9toiles de mes mots<\/em>*<a id=\"footnoteref3_zi4cqqh\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans L\u2019ann\u00e9e de ma disparition, la r\u00e9f\u00e9rence de cette citation est donn\u00e9e en note de bas de page. L\u2019extrait est tir\u00e9 de Je compte les \u00e9toiles de mes mots de Rose Ausl\u00e4nder. \" href=\"#footnote3_zi4cqqh\">[3]<\/a>. (David, 2015, 13)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces citations, tout comme le pr\u00e9sente Compagnon dans son ouvrage, pallient le \u00ab\u00a0vertige de la page blanche\u00a0\u00bb. Elles sont au premier rang des artifices d\u2019\u00e9critures\u00a0(Compagnon, 1979, 36) qui viennent combler l\u2019angoisse de la page vide ou, dans ce cas-ci, l\u2019angoisse d\u2019authentifier son droit \u00e0 la parole. Devant ce \u00ab\u00a0vertige\u00a0\u00bb, Carole David archive la voix des femmes. Elle les int\u00e8gre comme rem\u00e8de \u00e0 une parole \u00e9puis\u00e9e. Antoine Compagnon distingue l\u2019usage des guillemets \u2013 qui \u00e9tablit une distance entre le sujet et le propos rapport\u00e9 \u2013 de l\u2019usage de l\u2019italique qui, lui, est \u00ab\u00a0une insistance ou une surench\u00e8re de l\u2019auteur[e], une revendication de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb (49-50). Il ajoute que la citation est \u00ab\u00a0contact, frottement, corps \u00e0 corps; elle est l\u2019acte qui met la main \u00e0 la p\u00e2te \u2013 \u00e0 papier\u00a0\u00bb (39). D\u2019un recueil \u00e0 l\u2019autre, le traitement apport\u00e9 \u00e0 la citation n\u2019est pas le m\u00eame. Nous avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9 que dans le cas de <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition, <\/em>les citations sont int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 m\u00eame les po\u00e8mes, et que les r\u00e9f\u00e9rences sont donn\u00e9es en notes de bas de page. Compagnon dit que l\u2019appel de note et la note en bas de page<\/p>\n<blockquote>\n<p>suffisent \u00e0 \u00e9tablir plusieurs niveaux de langage, ou plut\u00f4t, ils prennent acte de la n\u00e9cessaire hi\u00e9rarchie des sujets de l\u2019\u00e9nonciation, ils la rendent manifeste, tangible, mat\u00e9rielle\u00a0: le texte surmonte ses notes (c\u2019est-\u00e0-dire aussi qu\u2019il les domine); il en est un m\u00e9talangage ou, \u00e9tymologiquement, un \u00e9pilogue. (420)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En usant abondamment de l\u2019appel de note et de la note infrapaginale, Carole David rend d\u2019autant plus visible cette voix d\u00e9faillante qui questionne son authenticit\u00e9 et qui pose la pr\u00e9sence de l\u2019autre comme<em> n\u00e9cessaire <\/em>afin de s\u2019accomplir. Bien que d\u2019un recueil \u00e0 l\u2019autre les citations ne soient pas int\u00e9gr\u00e9es de la m\u00eame fa\u00e7on, celles-ci \u00e9tablissent un frottement \u2013 pour reprendre les mots de Compagnon \u2013, cr\u00e9ant ainsi un point de contact, un dialogue avec les mots des auteur.e.s cit\u00e9.e.s. La citation, puisqu\u2019extraite de son cadre originel, <em>redit, r\u00e9p\u00e8te, <\/em>d\u00e9double ses sources\u00a0: elle n\u2019appartient plus uniquement \u00e0 son auteur.e. Elle s\u2019inscrit dans une nouvelle biblioth\u00e8que, dans une \u00ab\u00a0base de donn\u00e9es\u00a0\u00bb qui laisse la trace m\u00e9morielle de son passage. Dans un chapitre d\u2019<em>Intertextualit\u00e9, interdiscursivit\u00e9 et interm\u00e9dialit\u00e9, <\/em>Josiane Cossette offre une r\u00e9flexion sur le statut du cimeti\u00e8re dans <em>Baroque d\u2019aube<\/em> de Nicole Brossard o\u00f9 serait op\u00e9r\u00e9e une reconfiguration de l\u2019Histoire et du savoir. La repr\u00e9sentation du cimeti\u00e8re offre un nouveau r\u00e9gime d\u2019historicit\u00e9. C\u2019est une transformation \u00e9pist\u00e9mologique qui se forme dans <em>Baroque d\u2019aube, <\/em>dit Cossette. De m\u00eame, l\u2019invocation de figures f\u00e9minines dans la po\u00e9sie de Carole David fait surgir une <em>pr\u00e9sentification. <\/em>Le rapport au temps, \u00e0 l\u2019Histoire, \u00e0 la m\u00e9moire, mais \u00e9galement au langage est offert\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>les signes qui [les] entourent, leur multiplicit\u00e9, leur vari\u00e9t\u00e9, devraient rendre les absents pr\u00e9sents [\u2026]; [ils sont] saisi[s] comme instance pr\u00e9sentifiable, c\u2019est-\u00e0-dire une pr\u00e9sence qui advient s\u00e9miotiquement, par un travail sur des formes s\u00e9miotiques. (H\u00e9bert et Guillemette, 2009, 133)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La citation et les notes infrapaginales deviennent donc des partenaires symboliques, des plaques comm\u00e9moratives, qui parviennent \u00e0 former une filiation. Si la langue n\u2019endosse plus, au d\u00e9part, sa fonction usuelle puisqu\u2019elle est hors d\u2019atteinte, la pr\u00e9sentification de ces figures f\u00e9minines rend possible l\u2019av\u00e8nement d\u2019un autre langage. Cette \u00ab\u00a0langue nouvelle\u00a0\u00bb advient par l\u2019invocation de voix ext\u00e9rieures dans le travail intertextuel qu\u2019entreprend Carole David. Sortes de pierres tombales, d\u2019\u00e9pitaphes, les titres et les notes infrapaginales forment les signes qui rendent pr\u00e9sent.e.s les absents.e.s, r\u00e9actualisant, par la bande, le pass\u00e9. Ce cimeti\u00e8re se trouve donc pr\u00e9sentifi\u00e9 et devient un lieu de m\u00e9moire o\u00f9 les signes qui sont offerts aux lecteurs et lectrices \u00ab\u00a0appellent [\u2026] une m\u00e9moire affective issue de l\u2019acte de lecture \u00e0 m\u00eame de les rendre pr\u00e9sents momentan\u00e9ment\u00a0\u00bb (134).<\/p>\n<p>En conclusion, \u00e0 la question \u00ab\u00a0o\u00f9 sont les femmes?\u00a0\u00bb, la po\u00e9sie de Carole David r\u00e9pond qu\u2019elles se trouvent l\u00e0, dans ses recueils, et que les actes de lecture et d\u2019\u00e9criture provoquent des rencontres qui actualisent cet h\u00e9ritage laiss\u00e9 par des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019\u00e9crivaines. Lorsque Marie Cardinal demande\u00a0\u00ab\u00a0comment oseraient-elles parler de ce qu\u2019elles savent?\u00a0\u00bb, Carole David r\u00e9plique que ce sont les mots de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseures qui donnent aux femmes les armes leur permettant, \u00e0 leur tour, d\u2019inscrire leur voix dans une filiation politique f\u00e9minine. En imposant la pr\u00e9sence de celles qu\u2019on a oubli\u00e9es, Carole David \u00e9l\u00e8ve une communaut\u00e9 de voix qu\u2019elle veut insoumises. Les notes infrapaginales, les titres, les citations, de m\u00eame que le contenu de ses po\u00e8mes, forment des lieux de m\u00e9moire o\u00f9 les \u00e9crits d\u2019autres auteures sont revisit\u00e9s et des voix, archiv\u00e9es. La pr\u00e9sence marqu\u00e9e de ces femmes s\u2019impose comme un mat\u00e9riel n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019\u00e9criture de ses recueils. Carole David repense l\u2019espace du po\u00e8me comme un lieu de comm\u00e9moration, de communion m\u00e9morielle o\u00f9 l\u2019autre \u2013 le lecteur, la lectrice \u2013 est sollicit\u00e9. En \u00e9rigeant une telle anthologie, Carole David d\u00e9voile une po\u00e9sie empreinte d\u2019un imaginaire de la fin. Les corps et les voix qui transitent dans ces lieux contamin\u00e9s sont hors d\u2019atteinte. La langue y est probl\u00e9matis\u00e9e. Toutefois, si ces recueils annoncent la fin d\u2019une langue, les voix qui s\u2019imposent forment le lieu d\u2019une parole <em>autre. <\/em>Un lieu o\u00f9 \u00ab\u00a0la d\u00e9faite du langage nous ram\u00e8ne au lieu de naissance\u00a0\u00bb (David, 2010, 74), o\u00f9 la voix des femmes est authentifi\u00e9e. Par l\u2019entremise de proc\u00e9d\u00e9s intertextuels et p\u00e9ritextuels, Carole David \u00e9rige une communaut\u00e9 d\u2019auteures \u2013 et de figures f\u00e9minines appartenant \u00e0 des milieux dits \u00ab\u00a0non litt\u00e9raires\u00a0\u00bb \u2013 afin de revisiter l\u2019Histoire et d\u2019archiver une filiation politique au sein de sa po\u00e9sie. D\u00e9bordant de l\u2019espace \u00ab\u00a0traditionnel\u00a0\u00bb du po\u00e8me, ces \u00e9l\u00e9ments intertextuels font surgir un nouvel espace litt\u00e9raire habit\u00e9 par le spectre de femmes qui sont rest\u00e9es dans l\u2019ombre de la \u00ab\u00a0grande Histoire\u00a0\u00bb. Par cons\u00e9quent, c\u2019est un v\u00e9ritable <em>pied de nez<\/em> \u00e0 l\u2019institution litt\u00e9raire que Carole David lance avec <em>Manuel de po\u00e9tique <\/em>et <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition.<\/em><\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>AGAMBEN, Giorgio. 1982. <em>Le langage et la mort<\/em>, traduit de l\u2019italien par Maril\u00e8ne Raiola. Paris\u00a0: Christian Bourgeois \u00e9diteur, 208 p.<\/p>\n<p>COMPAGNON, Antoine. 1979. <em>La seconde main ou le travail de la citation<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil, coll. \u00ab\u00a0Essais\u00a0\u00bb, 516 p.<\/p>\n<p>CORRIVEAU, Hugues. 2010. \u00ab\u00a0Po\u00e9sie \u2013 Lectures des mots et du corps chez Carole David et Judy Quinn\u00a0\u00bb. <em>Le Devoir<\/em>, [En ligne], <a href=\"http:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/livres\/287148\/poesie-lectures-des-mots-et-du-corps-chez-carole-david-et-judy-quinn\">http:\/\/www.ledevoir.com\/culture\/livres\/287148\/poesie-lectures-des-mots-et-du-corps-chez-carole-david-et-judy-quinn<\/a> (Page consult\u00e9e le 10 novembre 2016).<\/p>\n<p>DAVID, Carole. 2010. <em>Manuel de po\u00e9tique \u00e0 l\u2019intention des jeunes filles.<\/em> Montr\u00e9al\u00a0: Les Herbes rouges, 74 p.<\/p>\n<p>_______. 2015. <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Les Herbes rouges, 67 p.<\/p>\n<p>GERVAIS, Bertrand. 2009. <em>L\u2019imaginaire de la fin\u00a0: temps, mots &amp; signes. Logique de l\u2019imaginaire, tome III. <\/em>Montr\u00e9al\u00a0: Le Quartanier, collection \u00ab\u00a0Erres essais\u00a0\u00bb, 232 p.<\/p>\n<p>H\u00c9BERT, Louis et Lucie Guillemette (dir). 2009. <em>Intertextualit\u00e9, interdiscursivit\u00e9 et interm\u00e9dialit\u00e9<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Les Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, coll. \u00ab\u00a0Vie des signes\u00a0\u00bb, 495 p.<\/p>\n<p>KRISTEVA, Julia. 1960. <em>Semeiotik\u00ea. Recherches pour une s\u00e9manalyse<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil, 384 p.<\/p>\n<p>LEDOUX-BEAUGRAND, Evelyne. 2013. <em>Imaginaires de la filiation. La m\u00e9lancolisation du lien dans la litt\u00e9rature contemporaine des femmes<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions XYZ, 326 p.<\/p>\n<p>VIART, Dominique et Bruno Vercier. 2005. \u00ab\u00a0R\u00e9cits de filiation\u00a0\u00bb dans <em>La Litt\u00e9rature fran\u00e7aise au pr\u00e9sent. H\u00e9ritage, modernit\u00e9, mutations<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Bordas, p.\u00a076-98.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_u3ds4nb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_u3ds4nb\">[1]<\/a> \u00c9tant donn\u00e9 la longueur de ce titre et le nombre limit\u00e9 de pages qui m\u2019est allou\u00e9e, je ferai r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cette \u0153uvre par sa version \u00e9court\u00e9e, soit <em>Manuel de po\u00e9tique<\/em> au lieu du titre complet.<\/p>\n<p id=\"footnote2_zb2a80c\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_zb2a80c\">[2]<\/a> Pour plus de pr\u00e9cisions sur le concept de transmission, voir Dominique Viart et Bruno Vercier. 2005. \u00ab\u00a0R\u00e9cits de filiation\u00a0\u00bb dans <em>La Litt\u00e9rature fran\u00e7aise au pr\u00e9sent. H\u00e9ritage, modernit\u00e9, mutations<\/em>. Paris\u00a0: Bordas, p.\u00a076-98.<\/p>\n<p id=\"footnote3_zi4cqqh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_zi4cqqh\">[3]<\/a> Dans <em>L\u2019ann\u00e9e de ma disparition<\/em>, la r\u00e9f\u00e9rence de cette citation est donn\u00e9e en note de bas de page. L\u2019extrait est tir\u00e9 de <em>Je compte les \u00e9toiles de mes mots<\/em> de Rose Ausl\u00e4nder.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Dupuis, Catherine. 2017. \u00abL\u2019intertextualit\u00e9 comme tentative d\u2019archivage d\u2019une filiation politique f\u00e9minine dans Manuel de po\u00e9tique \u00e0 l\u2019intention des jeunes filles et L\u2019ann\u00e9e de ma disparition de Carole David\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5614 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dupuis_26.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 dupuis_26.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a521880b-8d22-4694-85c1-95f4e8348b3e\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dupuis_26.pdf\">dupuis_26<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/dupuis_26.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a521880b-8d22-4694-85c1-95f4e8348b3e\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab La disparition de soi : corps, individu et soci\u00e9t\u00e9 \u00bb, n\u00b026 Les recueils Manuel de po\u00e9tique \u00e0 l\u2019intention des jeunes filles (2010) et L\u2019ann\u00e9e de ma disparition (2015) de Carole David donnent \u00e0 voir des corps et des lieux qui t\u00e9moignent d\u2019un apr\u00e8s la catastrophe. 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