{"id":5622,"date":"2024-06-13T19:48:29","date_gmt":"2024-06-13T19:48:29","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-miroir-de-letranger-dialectique-du-meme-et-de-lautre-dans-la-poesie-dandre-frenaud\/"},"modified":"2024-09-04T15:41:01","modified_gmt":"2024-09-04T15:41:01","slug":"le-miroir-de-letranger-dialectique-du-meme-et-de-lautre-dans-la-poesie-dandre-frenaud","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5622","title":{"rendered":"Le \u00ab miroir  de  l\u2019\u00e9tranger \u00bb :  dialectique  du  m\u00eame  et  de  l\u2019autre  dans  la  po\u00e9sie  d\u2019Andr\u00e9 Fr\u00e9naud"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6896\">Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025<\/a><\/h5>\n<p>L\u2019\u0153uvre du po\u00e8te Andr\u00e9 Fr\u00e9naud (1907-1993), bien que m\u00e9connue du public, a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e par les plus grands po\u00e8tes contemporains, de Louis Aragon \u00e0 Yves Bonnefoy en passant par Paul Eluard, Eug\u00e8ne Guillevic et Ren\u00e9 Char. Nous prendrons en consid\u00e9ration l\u2019ensemble de ses huit recueils publi\u00e9s, dans un survol allant des\u00a0<em>Rois mages\u00a0<\/em>(1943) \u00e0\u00a0<em>Nul ne s\u2019\u00e9gare\u00a0<\/em>(1986). Cette \u0153uvre a pour particularit\u00e9 de mettre en sc\u00e8ne une multitude de personnages diff\u00e9rents, ce qui n\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la critique litt\u00e9raire (Little, 1989, 137). Toutefois, cette diversit\u00e9 ne prend sens que si on la rapporte \u00e0 ce que Fr\u00e9naud appelle le \u00ab\u2009vrai sujet\u2009\u00bb (2003, 47-50) des po\u00e8mes, soit la condition humaine. Celle-ci, d\u2019apr\u00e8s lui, se d\u00e9finit par le manque et par l\u2019aspiration de chacun \u00e0 surmonter une existence finie et imparfaite qui ne peut donner lieu qu\u2019\u00e0 des d\u00e9ceptions. Cet \u00e9chec in\u00e9vitable constituerait notre lot commun. Le po\u00e8te et critique Georges-Emmanuel Clancier a ainsi \u00e9voqu\u00e9, \u00e0 propos de l\u2019\u0153uvre fr\u00e9naldienne, une \u00ab\u2009po\u00e9tique de la victoire et de l\u2019\u00e9chec, [\u2026] victoire et \u00e9chec qui t\u00e9moignent de l\u2019aspiration de l\u2019homme \u00e0 l\u2019infini en m\u00eame temps que de sa finitude\u2009\u00bb (Clancier et Debreuille, 1989, 87). Cependant, cette aspiration n\u2019est pr\u00e9sent\u00e9e dans les po\u00e8mes qu\u2019\u00e0 travers des incarnations singuli\u00e8res qui la font varier et l\u2019infl\u00e9chissent. Ces incarnations, Fr\u00e9naud les nomme \u00ab\u2009figures\u2009\u00bb (voir, par exemple, 1987, 168\u00a0; et 1985, 255). Identit\u00e9 et alt\u00e9rit\u00e9 y entrent dans un rapport dialectique\u00a0: les figures pr\u00e9sent\u00e9es dans les po\u00e8mes oscillent entre les p\u00f4les oppos\u00e9s de l\u2019Autre et de l\u2019<em>ego<\/em>. Si elles semblent parfois irr\u00e9ductiblement singuli\u00e8res, ancr\u00e9es dans une situation et porteuses d\u2019une identit\u00e9 qui les distingue absolument du po\u00e8te (et de bien des lecteurs), les figures ne s\u2019inscrivent pas moins dans une m\u00e9ditation sur la condition humaine qui en \u00e9pouse l\u2019unit\u00e9 multiple.<\/p>\n<p>Nous verrons d\u2019abord dans quelle mesure ces figures de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, et en particulier les personnages les plus mis\u00e9rables, renvoient pourtant \u00e0 la condition commune. Nous pr\u00e9ciserons ensuite comment s\u2019articulent, dans les figures pr\u00e9sent\u00e9es dans les po\u00e8mes, l\u2019autre et le m\u00eame, le singulier et le g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<h2>Situation particuli\u00e8re et condition commune<\/h2>\n<p>Maints po\u00e8mes de Fr\u00e9naud \u00e9voquent des figures de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, et en particulier des \u00eatres domin\u00e9s \u2013 que cette domination soit mat\u00e9rielle ou symbolique. Or, quelle alt\u00e9rit\u00e9 est plus profonde que celle qui s\u00e9pare le domin\u00e9 de celui qui appartient au groupe dominant? Cette alt\u00e9rit\u00e9, cependant, n\u2019est jamais absolue\u00a0: elle \u00e9voque le manque m\u00e9taphysique qui afflige l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re. Nous en donnerons deux exemples.<\/p>\n<p>Les personnages pauvres, voire mis\u00e9rables, sont l\u00e9gion dans la po\u00e9sie de Fr\u00e9naud. L\u2019\u00e9vocation de leur condition donne rarement lieu \u00e0 des revendications politiques. La pauvret\u00e9 offre plut\u00f4t l\u2019image d\u2019un d\u00e9nuement essentiel que tout lecteur ou lectrice peut reconna\u00eetre pour sien. Dans l\u2019ouverture au Tout qui, selon Fr\u00e9naud, constitue l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique, elle appara\u00eet moins comme un mal social que comme l\u2019embl\u00e8me d\u2019une humanit\u00e9 exil\u00e9e dans l\u2019imparfait. Ce d\u00e9doublement de la perspective, propre \u00e0 la po\u00e9sie, correspond \u00e0 la distinction du sujet et du \u00ab\u2009vrai sujet\u2009\u00bb. S\u2019il ne saurait \u00eatre supprim\u00e9 sans que la signification du po\u00e8me ne soit alt\u00e9r\u00e9e, le premier ne vaut que par sa capacit\u00e9 \u00e0 incarner un propos anthropologique plus g\u00e9n\u00e9ral. Fr\u00e9naud d\u00e9clare, dans un livre d\u2019entretiens avec son ami Bernard Pingaud, que \u00ab\u2009[l]\u2019homme, autant que de s\u2019exalter et de se glorifier, a besoin de se reconna\u00eetre dans la mis\u00e8re et dans le d\u00e9laissement\u2009\u00bb (1979, 113). Il est r\u00e9v\u00e9lateur que Fr\u00e9naud emploie l\u2019hyperonyme \u00ab\u2009homme\u2009\u00bb pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de l\u2019article \u00ab\u2009l\u2019\u2009\u00bb en emploi g\u00e9n\u00e9rique<a id=\"footnoteref1_hg3bwxp\" class=\"see-footnote\" title=\"Cf. Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et Ren\u00e9 Rioul. 2009. Grammaire m\u00e9thodique du fran\u00e7ais. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, p. 280\u00a0: \u00ab\u00a0En emploi g\u00e9n\u00e9rique [de l\u2019article d\u00e9fini], les groupes nominaux introduits par l\u2019article d\u00e9fini singulier ou pluriel, mais aussi par l\u2019article ind\u00e9fini singulier, peuvent r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019ensemble d\u2019une classe (pour les nombrables) ou d\u2019une cat\u00e9gorie (pour les massifs).\u00a0\u00bb Ici, le groupe nominal \u00ab\u00a0l\u2019homme\u00a0\u00bb, introduit par l\u2019article d\u00e9fini \u00ab\u00a0l\u2019\u00a0\u00bb en emploi g\u00e9n\u00e9rique, renvoie \u00e0 l\u2019ensemble de la classe des femmes et des hommes, soit \u00e0 toute l\u2019humanit\u00e9. \" href=\"#footnote1_hg3bwxp\">[1]<\/a> plut\u00f4t que le terme de \u00ab\u2009lectrice\u2009\u00bb ou de \u00ab\u2009lecteur\u2009\u00bb. Cette remarque de Fr\u00e9naud \u00e9largit le propos\u00a0: \u00e0 travers la r\u00e9action de telle lectrice ou tel lecteur particulier, c\u2019est du sort de \u00ab\u2009l\u2019homme\u2009\u00bb qu\u2019il s\u2019agit. La lecture du po\u00e8me r\u00e9v\u00e8le la mis\u00e8re universelle \u00e0 travers un cas particulier.<\/p>\n<p>Ainsi, au dixi\u00e8me mouvement du long po\u00e8me\u00a0<em>La Sorci\u00e8re de Rome<\/em>, les petits paysans du Latium apparaissent en majest\u00e9 sur les fa\u00e7ades romaines\u00a0: \u00ab\u2009et la griserie dor\u00e9e des lointaines \u00e9tables, \/ et les pauvres, confin\u00e9s dans les pr\u00e9s maigres, \/ apparurent par la brume, illumin\u00e9s sur les fa\u00e7ades \/ les plus hautes, \u00e0 ce d\u00e9faut du jour\u2009\u00bb (1984, 65). La mis\u00e8re mat\u00e9rielle des modestes agriculteurs est soulign\u00e9e par la substantivation de l\u2019adjectif \u00ab\u2009pauvre\u2009\u00bb et par la mention des pr\u00e9s \u00ab\u2009maigres\u2009\u00bb, terres au rendement faible qui engendrent des revenus modestes. En revanche, leur mise en valeur est assur\u00e9e par la r\u00e9p\u00e9tition du \u00ab\u2009et\u2009\u00bb de relance lyrique, ainsi que par les connotations positives attach\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re (\u00ab\u2009illumin\u00e9s\u2009\u00bb) et \u00e0 la hauteur (\u00ab\u2009les fa\u00e7ades \/ les plus hautes\u2009\u00bb). Les petites capitales isolent cette strophe du reste du mouvement et marquent un investissement subjectif intense de la part de l\u2019\u00e9nonciateur. Tous ces proc\u00e9d\u00e9s, nous semble-t-il, tendent \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer ce passage de la modalit\u00e9 du souhait le plus ardent, celui d\u2019affirmer la gloire des mis\u00e9rables paysans italiens. Ce souhait d\u2019allure \u00e9vang\u00e9lique, puisqu\u2019il vise \u00e0 conf\u00e9rer la plus haute dignit\u00e9 aux plus humbles<a id=\"footnoteref2_w6mg9xd\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir, par exemple, Luc 1 : 53\u00a0: \u00ab\u00a0Les affam\u00e9s, il les a combl\u00e9s de biens et les riches, il les a renvoy\u00e9s les mains vides.\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote2_w6mg9xd\">[2]<\/a>, ne r\u00e9f\u00e8re pourtant pas \u00e0 la tradition chr\u00e9tienne. Cette analogie est seulement sugg\u00e9r\u00e9e par le changement typographique et par les connotations positives qui, normalement si rares dans l\u2019\u0153uvre, saturent pourtant le passage. Fr\u00e9naud, dans les commentaires sur le po\u00e8me r\u00e9unis dans\u00a0<em>Gloses \u00e0 la Sorci\u00e8re<\/em>, insiste sur la valeur exemplaire de ces hommes qui repr\u00e9sentent la condition ontologique de l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mais ce d\u00e9sir d\u2019ascension et d\u2019illumination, c\u2019est celui de l\u2019homme dans son d\u00e9nuement, c\u2019est le d\u00e9sir de tous. Le vrai objet et le vrai sujet du po\u00e8me, c\u2019est l\u2019homme en proie \u00e0 son destin, c\u2019est celui-ci que symbolise, ici, le m\u00e9tayer des <em>fattorie<\/em> (comme le repr\u00e9sentait, d\u00e9j\u00e0, dans une autre perspective, un autre po\u00e8me, <em>Les paysans<\/em>) (1995, 147).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 peut aussi se manifester au sein de l\u2019espace francophone. Ainsi s\u2019explique l\u2019int\u00e9r\u00eat de Fr\u00e9naud pour la situation du peuple qu\u00e9b\u00e9cois, dont il avait pu prendre connaissance \u00e0 l\u2019occasion de conf\u00e9rences prononc\u00e9es \u00e0 Montr\u00e9al en 1967. D\u2019apr\u00e8s Fr\u00e9naud, les Qu\u00e9b\u00e9cois.es, et <em>a fortiori<\/em> le po\u00e8te, emploient des vocables et des tournures qui leur sont propres, mais cet usage de la langue vaut surtout pour sa capacit\u00e9 \u00e0 dire la condition commune. Deux po\u00e8mes l\u2019attestent\u00a0: \u00ab\u2009Toast \u00e0 l\u2019orpailleur Miron\u2009\u00bb \u2013 hommage au grand po\u00e8te qu\u00e9b\u00e9cois \u2013 et \u00ab\u2009Sacr\u00e9s Fran\u00e7ais\u2009\u00bb, tous deux publi\u00e9s dans un num\u00e9ro sp\u00e9cial de <em>Dalhousie French Studies<\/em> consacr\u00e9 \u00e0 la po\u00e9sie qu\u00e9b\u00e9coise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il n\u2019entreb\u00e2ille pas, il ouvre grand,<\/p>\n<p>il raille sans ravaler l\u2019autre,<\/p>\n<p>\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 il rit g\u00e9n\u00e9reux,<\/p>\n<p>il ne rempaille pas, il r\u00e9investit<\/p>\n<p>ces mots, ces tournures qu\u2019on croyait partis\u2026<\/p>\n<p>Rameutant le flux, il leur rend leur d\u00fb,<\/p>\n<p>quand il s\u2019en ripaille et nous en fait don.<\/p>\n<p>Et nous nous reconnaissons vrais dans sa parole,<\/p>\n<p>\u00e9tonn\u00e9s un peu et ragaillardis,<\/p>\n<p>comme il se retrouve n\u00f4tre sur l\u2019ancienne rive,<\/p>\n<p>rapaill\u00e9, pudique, d\u00e9braill\u00e9, r\u00e2peux,<\/p>\n<p>l\u2019orpailleur Miron du Qu\u00e9bec (2006, 122).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les vers\u00a04 \u00e0 7 du po\u00e8me \u00ab\u2009Toast \u00e0 l\u2019orpailleur Miron\u2009\u00bb insistent sur l\u2019id\u00e9e que la proximit\u00e9 de la langue qu\u00e9b\u00e9coise avec l\u2019ancien fran\u00e7ais n\u2019a rien d\u2019un archa\u00efsme. Cette proximit\u00e9 traduit une certaine fa\u00e7on d\u2019habiter le monde, \u00e0 travers laquelle les francophones peuvent se reconna\u00eetre parents (\u00ab\u2009Et nous nous reconnaissons vrais dans sa parole, \/ \u00e9tonn\u00e9s un peu et ragaillardis, \/ comme il se retrouve n\u00f4tre sur l\u2019ancienne rive\u2009\u00bb). La langue de Miron n\u2019est ni inf\u00e9rieure, ni seconde\u00a0: comme l\u2019\u00e9crit Fr\u00e9naud, elle ne \u00ab\u2009rempaille\u2009\u00bb pas le fran\u00e7ais, mais \u00ab\u2009r\u00e9investit\u2009\u00bb certaines tournures, r\u00e9tablissant la possibilit\u00e9 d\u2019une parole o\u00f9 chacun se reconna\u00eet \u00ab\u2009vrai\u2009\u00bb, selon le mot du vers\u00a08. Elle n\u2019est pas marqu\u00e9e au coin du particulier ni de la privation; au contraire, elle rend \u00e0 l\u2019idiome commun son poids humain et sa port\u00e9e ontologique.<\/p>\n<p>Le \u00ab\u2009peuple\u2009\u00bb, enfin, appara\u00eet comme un objet privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019identification. Il s\u2019agit moins d\u2019une cat\u00e9gorie sociale, d\u2019un acteur historique ou d\u2019une entit\u00e9 politique que d\u2019un sujet collectif engag\u00e9 dans le m\u00eame drame ontologique que tout homme et toute femme. En une strophe \u00e9tonnante, \u00ab\u2009Sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre sur la place\u2009\u00bb rend \u00e0 la notion son ancrage ontologique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Du menu peuple passe, qui rentre chez soi.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 la nuit tombante, sur une place autrefois glorieuse, devant la vieille \u00e9glise qui s\u2019encrasse, le train-train de cette sc\u00e8ne recommenc\u00e9e chaque jour pour faire patienter et pour divertir de l\u2019in\u00e9puisable, de l\u2019inutile foisonnement\u2026<\/p>\n<p>Ont-ils le sentiment d\u2019amorcer un spectacle? Il n\u2019y a pas de pi\u00e8ce d\u00e9j\u00e0 \u00e9crite. Il ne s\u2019en improvisera pas. On pourrait imaginer qu\u2019une fois ou l\u2019autre\u00a0: s\u00e9ditions massives, affrontements entre quartiers, viols\u2026<\/p>\n<p>Mais cette sorte d\u2019\u00e9v\u00e9nement saurait-elle r\u00e9soudre le vide, l\u2019attente interminable? (2006, 78)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019\u00e9pith\u00e8te \u00ab\u2009menu\u2009\u00bb donne au peuple une consistance sociologique t\u00e9nue mais ind\u00e9niable. Cependant, l\u2019essentiel n\u2019est pas dans les caract\u00e9ristiques historiques du peuple\u00a0: les \u00ab\u2009s\u00e9ditions massives\u2009\u00bb, les \u00ab\u2009affrontements entre quartiers\u2009\u00bb imagin\u00e9s dans la troisi\u00e8me strophe, tout comme le \u00ab\u2009train-train\u2009\u00bb \u00e9voqu\u00e9 quelques lignes plus haut, sont avant tout des divertissements face au\u00a0\u00ab\u2009vide\u2009\u00bb et \u00e0 l\u2019\u00ab\u2009attente interminable\u2009\u00bb. Ils ne prennent sens que par rapport \u00e0 la condition \u00e9ternelle de l\u2019humanit\u00e9, marqu\u00e9e par le n\u00e9ant.<\/p>\n<p>De m\u00eame, dans \u00ab\u2009Le silence de Genova\u2009\u00bb, le sujet, d\u2019abord d\u00e9sign\u00e9 par les pronoms de la deuxi\u00e8me et de la troisi\u00e8me personne, acc\u00e8de \u00e0 une conscience aigu\u00eb de son drame, \u00e0 la fin du po\u00e8me. Cette prise de conscience co\u00efncide avec l\u2019\u00e9mergence de la premi\u00e8re personne, mais, presque aussit\u00f4t, elle dispara\u00eet et se dilue dans la vie des quartiers populaires de la m\u00e9tropole\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>D\u00e9tourn\u00e9s de l\u2019ardeur invisible mais qui passe<\/p>\n<p>par le flux et reflux de leurs songes,<\/p>\n<p>se sont-ils d\u00e9mis, ceux-l\u00e0, s\u2019ils se divertissent<\/p>\n<p>avec le peu quotidien, s\u2019ils entretiennent<\/p>\n<p>le feu certain, confirment les gestes<\/p>\n<p>qui ne sont pas sans r\u00e9ponse,<\/p>\n<p>anim\u00e9s, insouciants,<\/p>\n<p>ceux qui vaquent ici par la splendeur d\u2019\u00e9t\u00e9,<\/p>\n<p>dans les salons populeux qui marchent<\/p>\n<p>sous les minces morceaux d\u2019azur<\/p>\n<p>que taillent les fa\u00eetes des hautes demeures,<\/p>\n<p>depuis la naissance ancienne (1985, 190).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Au troisi\u00e8me vers, mais aussi dans \u00ab\u2009Sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre sur la place\u2009\u00bb, l\u2019agitation quotidienne du peuple est d\u00e9sign\u00e9e comme un divertissement. Ce th\u00e8me est nourri de r\u00e9miniscences pascaliennes \u2013 Fr\u00e9naud s\u2019int\u00e9ressa d\u2019ailleurs de pr\u00e8s \u00e0 l\u2019auteur des <em>Pens\u00e9es<\/em> <a id=\"footnoteref3_a1gtst7\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Il est donc vain de chercher un salut dans la fuite! (Ou ce serait la sorte de fuite que Pascal d\u00e9signe sous le nom de \u201cdivertissement\u201d, cet abandon agit\u00e9 que toujours ma po\u00e9sie d\u00e9nonce)\u00a0\u00bb (1995, 213). \" href=\"#footnote3_a1gtst7\">[3]<\/a>. Cette longue phrase, \u00e0 la syntaxe sinueuse, place le peuple de G\u00eanes sous des signes contradictoires\u00a0: l\u2019\u00ab\u2009ardeur invisible\u2009\u00bb, d\u00e9laiss\u00e9e durant la vie diurne, ressurgit \u00e0 la faveur de la nuit. Le commerce ordinaire, attach\u00e9 \u00e0 sa propre reproduction (\u00ab\u2009s\u2019ils entretiennent \/ le feu certain, confirment les gestes \/ qui ne sont pas sans r\u00e9ponse\u2009\u00bb), tend \u00e0 oblit\u00e9rer le souci ontologique, mais l\u2019\u00ab\u2009azur\u2009\u00bb et les \u00ab\u2009hautes demeures\u2009\u00bb attestent la persistance d\u2019une vocation autre. Cette interrogation de douze vers ne re\u00e7oit d\u2019ailleurs pas de r\u00e9ponse. Le sort du sujet, qui erre \u00e0 travers la ville, se confond avec celui des G\u00e9nois qui, eux, s\u2019affairent \u00ab\u2009dans les salons populeux\u2009\u00bb. Les derniers vers confirment cette identification et font du sujet et des G\u00e9nois les figures antith\u00e9tiques d\u2019une m\u00eame qu\u00eate de salut\u00a0: \u00ab\u2009Montaient-ils, bont\u00e9 bruyante, jusqu\u2019au paradis, \/ entre les l\u00e9gumes du couvent, entre les figuiers, \/ ou te conduisait-il, le funiculaire, \/ vers la mort de saison en saison?\u2009\u00bb (190) Ascension et catabase, mort et vie \u00e9ternelle les opposent selon les m\u00eames coordonn\u00e9es, celles de leur humanit\u00e9 commune\u00a0: les G\u00e9nois des quartiers pauvres sont qualifi\u00e9s de \u00ab\u2009fr\u00e8res qui vive[nt] ici\u2009\u00bb (189). La vie populaire tend, par le po\u00e8me, \u00e0 perdre sa singularit\u00e9. Elle n\u2019est plus \u00e9voqu\u00e9e que pour sa valeur d\u2019exemple. Ainsi, parmi les innombrables figures que convoque la po\u00e9sie fr\u00e9naldienne, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ne d\u00e9joue jamais tout \u00e0 fait l\u2019appartenance \u00e0 une condition humaine partag\u00e9e. Toute situation particuli\u00e8re y devient le chiffre du sort commun.<\/p>\n<h2>Penser par figures<\/h2>\n<p>Chaque \u00ab\u2009figure\u2009\u00bb articule donc, selon des modalit\u00e9s variables, le m\u00eame et l\u2019autre, le particulier et le g\u00e9n\u00e9ral. Fr\u00e9naud note dans ses manuscrits\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le po\u00e8te est comme un dramaturge (Shakespeare) \/ Et comme un romancier (Dosto\u00efevsky [<em>sic<\/em>]) \/ Cette trag\u00e9die (et cette com\u00e9die aussi), il doit la conduire avec un seul personnage ce m\u00eame toujours autre, qui est lui unique \u03b1 l\u2019Homme<a id=\"footnoteref4_ga6kmr1\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette note se trouve dans le fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 43, fo 48. \" href=\"#footnote4_ga6kmr1\">[4]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le syntagme \u00ab\u2009ce m\u00eame toujours autre\u2009\u00bb dit bien la <em>concordia discors<\/em> que portent les figures. Celles-ci ne constituent pas de simples exemples, mais des images singuli\u00e8res et significatives de la condition humaine. Elles la font varier plut\u00f4t qu\u2019elles ne l\u2019illustrent. La po\u00e9sie fr\u00e9naldienne se laisse ainsi d\u00e9finir, selon l\u2019expression de Jean-Claude Passeron et de Jacques Revel, comme une \u00ab\u2009pens\u00e9e par cas\u2009\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le cas requiert l\u2019approfondissement de la description, alors m\u00eame qu\u2019il lui reste irr\u00e9ductible en sa singularit\u00e9 puisque celle-ci ne peut jamais \u00eatre compl\u00e8tement \u201cd\u00e9finie\u201d mais seulement d\u00e9sign\u00e9e par un acte de <em>deixis<\/em>. Il semble ainsi pouvoir r\u00e9sister \u00e0 tout effort pour le dissoudre, par abstraction ou par synth\u00e8se, dans l\u2019anonymat de l\u2019une des formes d\u00e9j\u00e0 norm\u00e9es ou formalis\u00e9es dans la pens\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral ou de l\u2019universel. Si longue que soit, dans la d\u00e9finition d\u2019un cas, l\u2019\u00e9num\u00e9ration des traits g\u00e9n\u00e9riques que l\u2019on pourrait retrouver \u00e0 l\u2019identique dans d\u2019autres cas, interviennent toujours, dans un \u00e9nonc\u00e9 qui entend se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 sa singularit\u00e9 dans le temps et dans l\u2019espace, un ou des <em>d\u00e9ictiques<\/em> (Passeron et Revel, 2005, 11-12).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cas, sans se soustraire enti\u00e8rement \u00e0 la \u00ab\u2009pens\u00e9e du g\u00e9n\u00e9ral\u2009\u00bb dans un domaine donn\u00e9, repr\u00e9sente pourtant, par sa singularit\u00e9 irr\u00e9ductible, un d\u00e9fi au concept. De m\u00eame, chaque figure renvoie \u00e0 la condition commune dont elle explore les limites. La po\u00e9sie fr\u00e9naldienne, cette m\u00e9ditation par figures, constitue le mode d\u2019approche privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019une condition humaine qui, travaill\u00e9e par l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, se d\u00e9robe \u00e0 l\u2019unit\u00e9 du concept.<\/p>\n<p>Souvent, la vari\u00e9t\u00e9 des figures semble remettre en cause l\u2019unit\u00e9 du questionnement anthropologique. Une note manuscrite affirme ainsi\u00a0: \u00ab\u2009Il n\u2019est pas de position prise ou plut\u00f4t pas de figurant que la figure suivante ne rende intenable\u00a0[\u2026] non pas parce qu\u2019il y a contradiction [\u2026] mais changement de plan, de niveau et de syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence<a id=\"footnoteref5_n17w8yx\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette note se trouve dans le fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 46, fo 92. \" href=\"#footnote5_n17w8yx\">[5]<\/a>.\u2009\u00bb Leur diversit\u00e9 n\u2019oppose pas deux manifestations \u00e9quivalentes d\u2019une m\u00eame condition, mais marque un d\u00e9crochement, un changement \u00ab\u2009de plan, de niveau et de syst\u00e8me de r\u00e9f\u00e9rence\u2009\u00bb, qui affecte l\u2019unit\u00e9 m\u00eame de son sujet profond. De m\u00eame, dans <em>Gloses \u00e0 la Sorci\u00e8re<\/em>, Fr\u00e9naud met en doute la capacit\u00e9 d\u2019une figure masculine \u00e0 incarner une condition humaine dont l\u2019unit\u00e9 est min\u00e9e par la diff\u00e9rence des sexes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Car, dans ce po\u00e8me o\u00f9 le Je, sujet r\u00e9el, sous quelque forme pronominale qu\u2019il se cache, pr\u00e9tend parler au nom de l\u2019esp\u00e8ce, le repr\u00e9sentant de l\u2019Homme est toujours \u00e9prouv\u00e9 et pens\u00e9 par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 soi, c\u2019est-\u00e0-dire, ici, mais la plupart du temps, \u00e0 un homme, comme s\u2019il allait de soi que l\u2019homme devait toujours repr\u00e9senter valablement la femme, malgr\u00e9 la diff\u00e9rence, s\u2019agissant de leur commun destin\u2026 (1995, 94)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Fr\u00e9naud n\u2019ignore donc pas que l\u2019identification du Je \u00e0 un homme tend \u00e0 exclure du questionnement la moiti\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9. Cette derni\u00e8re est multiple et ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 une seule figure, qu\u2019elle soit masculine ou f\u00e9minine. De m\u00eame, trois po\u00e8mes successifs du recueil <em>Depuis toujours d\u00e9j\u00e0<\/em> \u2013 \u00ab\u2009Corps perdu\u2009\u00bb, \u00ab\u2009Sans piti\u00e9\u2009\u00bb, \u00ab\u2009Si je me donne\u2009\u00bb \u2013 donnent la parole \u00e0 une prostitu\u00e9e (1985, 111-114). Ces po\u00e8mes font donc ressortir l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 intime qui travaille l\u2019humanit\u00e9 et qui, dans ces textes, tient \u00e0 la fois au sexe du personnage et \u00e0 l\u2019oppression dont il souffre. Enfin, le long po\u00e8me <em>La Sorci\u00e8re de Rome<\/em> met en sc\u00e8ne une figure trouble et multiple du f\u00e9minin, laquelle remet en question, sans la ruiner d\u00e9finitivement, l\u2019unit\u00e9 du questionnement anthropologique.<\/p>\n<p>Si les figures constituent des \u00eatres distincts du po\u00e8te, du lecteur ou de la lectrice, elles n\u2019en ont pas moins le pouvoir de susciter une identification. Leur alt\u00e9rit\u00e9 n\u2019est pas infranchissable. Dans les po\u00e8mes et dans les textes th\u00e9oriques, ce statut ambigu est envisag\u00e9 sous les aspects oppos\u00e9s de la distance et de la participation.<\/p>\n<p>La constellation des figures semble parfois constituer un monde autonome, radicalement autre, qui \u00e9chappe \u00e0 toute saisie par l\u2019\u00e9crivain, le lecteur ou la lectrice. C\u2019est le cas dans ce fragment d\u2019\u00ab\u2009Ex-voto en Italie\u2009\u00bb\u00a0: \u00ab\u2009Simulacre encore jouant pour nous distraire, \/ le po\u00e8me n\u2019inf\u00e9ode \u00e0 nulle \/ figure qu\u2019il fait mouvoir [&#8230;]\u2009\u00bb (2006, 49). La figure se voit d\u00e9nier, par la tournure n\u00e9gative, tout pouvoir de susciter l\u2019identification ou, plus exactement, de la solliciter autrement que dans le cadre d\u2019un jeu sans cons\u00e9quence (\u00ab\u2009simulacre encore jouant pour nous distraire\u2009\u00bb). L\u2019effet ambigu produit par les figures est mis en sc\u00e8ne avec humour dans \u00ab\u2009Le difficile dialogue\u2009\u00bb. Le po\u00e8me, qui \u00e9voque une dispute entre J\u00e9sus et Simon le Mage, s\u2019ach\u00e8ve sur cette strophe\u00a0: \u00ab\u2009\u2014 Vous n\u2019\u00eates rien que mes personnages, \/ sourit le po\u00e8te, qui se trompait\u2009\u00bb (2006, 123). L\u2019auteur fait intrusion dans sa cr\u00e9ation pour r\u00e9affirmer la distance qui le s\u00e9pare de ses personnages, mais l\u2019existence de cet \u00e9cart est ni\u00e9e par la finale. Les deux personnages ne sont pas des fictions indiff\u00e9rentes, mais plut\u00f4t des figures \u00e0 la puissance d\u2019appel incontestable.<\/p>\n<p>Ainsi, c\u2019est la participation qui l\u2019emporte dans l\u2019exp\u00e9rience de lecture, et ce, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9tranget\u00e9 relative du personnage \u00e9voqu\u00e9 dans le po\u00e8me. \u00ab\u2009Vers l\u2019infinit\u00e9 bleue\u2009\u00bb le rappelle avec humour\u00a0: \u00ab\u2009Comme si nous avions su jamais nous \u00e9carter loin de ceux qui nous repr\u00e9sentent!\u2009\u00bb (2006, 31) Dans le po\u00e8me \u00ab\u2009Soir du chevalier\u2009\u00bb, le personnage \u00e9ponyme semble, dans les premi\u00e8res strophes, appartenir \u00e0 une \u00e8re r\u00e9volue, comme le sugg\u00e8re la mention de \u00ab\u2009sa bonne lance\u2009\u00bb et des \u00ab\u2009loups\u2009\u00bb qui peuplent la contr\u00e9e (1987, 135). Sa qu\u00eate para\u00eet d\u2019abord ancr\u00e9e dans un Moyen-\u00c2ge \u00e9loign\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience du lecteur ou de la lectrice. Cependant, les derniers vers, \u00e0 la m\u00eame page, contiennent des formules qui s\u2019appliquent bien \u00e0 la condition humaine en g\u00e9n\u00e9ral\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Quelle source l\u2019attend dans quel devenir,<\/p>\n<p>au d\u00e9sert stri\u00e9 d\u2019orages?<\/p>\n<p>Il sait que ses efforts l\u2019\u00e9garent.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire qui enflait ses nids<\/p>\n<p>les \u00e9teint et ses lacs chanteurs.<\/p>\n<p>Il va par les rocs et le sable.<\/p>\n<p>Tout est bien, le h\u00e9ros sourit.<\/p>\n<p>Trop vainqueur devenu vide,<\/p>\n<p>vieillard vivant de seule vie.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019interrogation place la qu\u00eate du chevalier sous le signe de l\u2019incertitude et du danger. \u00c0 l\u2019instar du lecteur, le h\u00e9ros est jet\u00e9 dans un monde absurde et sans rep\u00e8res. La derni\u00e8re strophe pr\u00eate au chevalier une acceptation sto\u00efque de son sort, dont r\u00e9sulte une forme de joie tragique\u00a0: \u00ab\u2009Tout est bien\u2009\u00bb n\u2019a rien d\u2019un constat objectif, mais exprime plut\u00f4t sa courageuse r\u00e9signation. Or, telle est, selon Fr\u00e9naud, la seule dignit\u00e9 possible face \u00e0 une condition humaine fonci\u00e8rement insatisfaisante. Cette conviction \u00e9thique est exprim\u00e9e dans de nombreux po\u00e8mes, notamment dans \u00ab\u2009O\u00f9 est mon pays?\u2009\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>S\u2019il ne m\u2019accable pas, le malheur doit briller.<\/p>\n<p>Je poursuis, je fais confiance, je vois clair.<\/p>\n<p>Je connais mes blessures et j\u2019attends d\u2019autres peines.<\/p>\n<p>J\u2019attends d\u2019autres joies et je salue la vie.<\/p>\n<p>Tout est ma patrie, que je saurai porter (1967, 139-140).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La qu\u00eate du chevalier symbolise donc celle par laquelle chacun t\u00e2che d\u2019assumer le malheur attach\u00e9 \u00e0 sa condition.<\/p>\n<p>Les figures tirent de leur appartenance au genre humain le pouvoir de susciter l\u2019identification, puisqu\u2019elles t\u00e9moignent d\u2019une \u00ab\u2009possibilit\u00e9 existentielle<a id=\"footnoteref6_skdegpl\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette expression se trouve dans une note manuscrite du fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 64, fo 31. \" href=\"#footnote6_skdegpl\">[6]<\/a>\u2009\u00bb. Si \u00e9loign\u00e9e du lecteur ou de la lectrice que puisse sembler la figure, l\u2019identification ne peut manquer d\u2019advenir en vertu de leur humanit\u00e9 commune. Elle ne repr\u00e9sente jamais une existence \u00e9trang\u00e8re, mais, comme le pr\u00e9cise le m\u00eame texte, \u00ab\u2009un de [ses] possibles<a id=\"footnoteref7_fcof4w1\" class=\"see-footnote\" title=\"Ibid., Ms 65, fo 8. \" href=\"#footnote7_fcof4w1\">[7]<\/a>\u2009\u00bb. La pens\u00e9e par figures n\u2019a rien d\u2019une sp\u00e9culation abstraite, mais s\u2019appuie sur l\u2019exp\u00e9rience imaginaire de possibilit\u00e9s existentielles <em>via<\/em> une myriade de figures diverses. Outre le raisonnement logique, elle requiert \u00ab\u2009la part du lecteur pi\u00e9g\u00e9e par l\u2019illusion r\u00e9f\u00e9rentielle\u2009\u00bb, ce que Vincent Jouve appelle le \u00ab\u2009lisant\u2009\u00bb (1992, 119).<\/p>\n<p>L\u2019identification aux figures n\u2019est ni simple ni imm\u00e9diate. Fr\u00e9naud \u00e9crit, dans son dernier recueil, <em>Nul ne s\u2019\u00e9gare\u00a0<\/em>: \u00ab\u2009La face \u00e9trang\u00e8re, c\u2019est la tienne. \/ En elle, tu voudrais te saisir\u2009\u00bb (2006, 60). La premi\u00e8re phrase, construite autour du pr\u00e9sentatif \u00ab\u2009c\u2019est\u2009\u00bb, identifie le \u00ab\u2009tu\u2009\u00bb \u00e0 la \u00ab\u2009face \u00e9trang\u00e8re\u2009\u00bb, tandis que le second vers les disjoint aussit\u00f4t. Si le destinataire \u00ab\u2009veut\u2009\u00bb se saisir lui-m\u00eame \u00e0 travers une \u00ab\u2009face \u00e9trang\u00e8re\u2009\u00bb, c\u2019est qu\u2019il ne co\u00efncide jamais tout \u00e0 fait avec elle\u00a0: l\u2019emploi du conditionnel ne fait que renforcer cette id\u00e9e. Cette contradiction imm\u00e9diate traduit une <em>concordia discors<\/em>, celle de la condition humaine dans toute son extension, \u00e0 travers les mille visages qu\u2019elle rev\u00eat, s\u2019alt\u00e9rant perp\u00e9tuellement sans jamais se perdre tout \u00e0 fait, et telle qu\u2019elle est v\u00e9cue intimement par le sujet. L\u2019opacit\u00e9 et la r\u00e9sistance que la figure offre au lecteur \u00e9pousent le cours d\u2019une m\u00e9ditation n\u00e9cessairement inachev\u00e9e dont l\u2019objet est muable et fuyant. L\u2019identification \u00e0 la figure trouve une expression fortement modalis\u00e9e dans ces vers du \u00ab\u2009Silence de Genova\u2009\u00bb\u00a0: \u00ab\u2009L\u2019autre, c\u2019est toi encor \/ en tous lieux \u00e9perdu \/ et qui peux t\u2019entrevoir en l\u2019\u00e9trange figure. \/ [\u2026] Cette lente effraction de soi, le possible privil\u00e8ge \/ de se reconna\u00eetre au miroir de l\u2019\u00e9tranger\u2026\u2009\u00bb (1985, 193) Comme dans les deux vers cit\u00e9s pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019identit\u00e9 du soi et de l\u2019autre (\u00ab\u2009L\u2019autre, c\u2019est toi encore\u2009\u00bb) n\u2019est pos\u00e9e que pour \u00eatre aussit\u00f4t mise en doute. L\u2019adjectif \u00ab\u2009\u00e9perdu\u2009\u00bb, utilis\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on aurait pu attendre \u00ab\u2009r\u00e9pandu\u2009\u00bb ou l\u2019un de ses synonymes, sugg\u00e8re d\u00e9j\u00e0 que la condition humaine n\u2019est jamais partag\u00e9e qu\u2019en \u00e9tant alt\u00e9r\u00e9e, en \u00e9chappant dans une certaine mesure \u00e0 elle-m\u00eame. Son statut s\u2019est invers\u00e9\u00a0: sa compr\u00e9hension ne vaut plus que comme une exception dans le retrait g\u00e9n\u00e9ral du sens. Sa possibilit\u00e9 est toutefois restaur\u00e9e, avec une grande prudence, dans les vers suivants\u00a0: l\u2019\u00ab\u2009effraction de soi\u2009\u00bb est lente, et la possibilit\u00e9 de \u00ab\u2009se reconna\u00eetre au miroir de l\u2019\u00e9tranger\u2009\u00bb d\u00e9finie comme un \u00ab\u2009privil\u00e8ge\u2009\u00bb.<\/p>\n<p>La m\u00e9ditation de la condition humaine \u00e9pouse le processus par lequel po\u00e8te et lecteur ou lectrice se reconnaissent progressivement en une figure \u00e9trang\u00e8re. Telle est, selon Fr\u00e9naud, la justification ultime du langage symbolique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019une des fonctions du langage symbolique ne serait-elle pas pour l\u2019homme ambivalent, de se reconna\u00eetre dans sa contradiction essentielle, \u00e0 la [\u2026] faveur d\u2019un personnage d\u2019abord distanci\u00e9 de lui avant qu\u2019il [\u2026] s\u2019y reconnaisse<a id=\"footnoteref8_lgwsgr4\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette note se trouve dans le fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 43, fo 127. \" href=\"#footnote8_lgwsgr4\">[8]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La pens\u00e9e symbolique n\u2019est pas une simple ressource \u00e0 laquelle il serait loisible au po\u00e8te de recourir ou de renoncer\u00a0: elle est consubstantielle \u00e0 la po\u00e9sie dont elle impr\u00e8gne toutes les figures.<\/p>\n<p>Tout se passe comme si, par un tropisme irr\u00e9sistible, tout \u00eatre \u00e9voqu\u00e9 dans la po\u00e9sie fr\u00e9naldienne renvoyait au sort du po\u00e8te, de la lectrice ou du lecteur. L\u2019identification est induite \u2013 et bient\u00f4t impos\u00e9e \u2013 par le dense r\u00e9seau des po\u00e8mes qui traitent de la condition humaine. Pour tout lecteur ou lectrice, elle s\u2019incorpore \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation des po\u00e8mes, aussi \u00e9loign\u00e9s de ce th\u00e8me puissent-ils sembler. Le texte \u00ab\u2009R\u00e9flexion sur la construction d\u2019un livre de po\u00e8mes\u2009\u00bb, qui fait suite au recueil <em>La Sainte Face<\/em>, pousse cette logique \u00e0 son comble. \u00c0 propos des sections et po\u00e8mes \u00ab\u2009Po\u00e8mes de dessous le plancher\u2009\u00bb, \u00ab\u2009Le matin venu\u2009\u00bb, \u00ab\u2009La secr\u00e8te machine\u2009\u00bb, \u00ab\u2009Le silence de Genova\u2009\u00bb, \u00ab\u2009Le miroir de l\u2019homme par les b\u00eates\u2009\u00bb et \u00ab\u2009La sainte face\u2009\u00bb, Fr\u00e9naud affirme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Articul\u00e9 entre l\u2019agonie du g\u00e9n\u00e9ral et les avatars christiques [\u2026], tout cet ensemble, en y comprenant aussi <em>Le matin venu<\/em>, peut appara\u00eetre comme la reprise d\u2019un soul\u00e8vement t\u00e9n\u00e9breux, sans plus de r\u00e9f\u00e9rence qu\u2019\u00e0 l\u2019homme solitaire, saisi dans la qu\u00eate du po\u00e8me, au travers des repr\u00e9sentations et dramatisations qui lui viennent\u00a0(1985, 257-258).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La vari\u00e9t\u00e9 de l\u2019ensemble doit se r\u00e9duire \u00e0 l\u2019unit\u00e9 d\u2019une m\u00e9ditation par figures o\u00f9 le lecteur ou la lectrice cherche \u00e0 appr\u00e9hender sa propre humanit\u00e9. Cette r\u00e9duction, pr\u00e9cisons-le, ne l\u2019abolit pas, mais l\u2019int\u00e8gre \u00e0 une pens\u00e9e attach\u00e9e \u00e0 reconna\u00eetre \u00e0 la fois l\u2019unit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 in\u00e9puisable de la condition humaine. Les po\u00e8mes peuvent appara\u00eetre comme autant de portraits <em>in figura <\/em>de l\u2019homme, proc\u00e9d\u00e9 pictural par lequel, selon Maurice Couturier, \u00ab\u2009des peintres, comme D\u00fcrer notamment, n\u2019ont pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 se peindre sous les traits d\u2019un saint ou encore du Christ\u2009\u00bb (1995, 14). Cependant, la figure conserve une part d\u2019alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Ainsi, les figures qui peuplent la po\u00e9sie d\u2019Andr\u00e9 Fr\u00e9naud d\u00e9jouent toute opposition tranch\u00e9e entre l\u2019identit\u00e9 et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Si elles peuvent sembler radicalement autres au lecteur ou \u00e0 la lectrice, confront\u00e9s \u00e0 un personnage plac\u00e9 dans une situation singuli\u00e8re et pourvu d\u2019une identit\u00e9 propre, elles le ou la renvoient n\u00e9cessairement \u00e0 sa propre situation, et en particulier \u00e0 sa condition finie et imparfaite. Elles montrent, d\u2019une mani\u00e8re chaque fois singuli\u00e8re, l\u2019impossibilit\u00e9 de justifier sa pr\u00e9sence au monde. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ne marque donc pas seulement le rapport du lecteur ou de la lectrice aux personnages pr\u00e9sent\u00e9s dans les po\u00e8mes, mais aussi la succession des figures au sein des recueils. En d\u00e9pit de leurs importantes diff\u00e9rences, elles s\u2019int\u00e8grent \u00e9galement \u00e0 une r\u00e9flexion coh\u00e9rente sur l\u2019humanit\u00e9. Elles font jouer l\u2019unit\u00e9 multiple d\u2019une condition humaine r\u00e9tive \u00e0 la simplicit\u00e9 du concept. D\u00e8s lors, la pens\u00e9e par figures qui se manifeste dans les po\u00e8mes semble apte, plus que les discours de savoir (philosophie ou psychanalyse, par exemple), \u00e0 en d\u00e9ployer toutes les nuances.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>CLANCIER, Georges-Emmanuel et Jean-Yves Debreuille. 1989. <em>Andr\u00e9 Fr\u00e9naud. <\/em>Paris\u00a0: Seghers, 255 p.<\/p>\n<p>COUTURIER, Maurice. 1995. <em>La figure de l\u2019auteur<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 268 p.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 1967. <em>Il n\u2019y a pas de paradis.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard, 254 p.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 1979<em>. Notre inhabilet\u00e9 fatale.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard, 267 p.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 1984. <em>La Sorci\u00e8re de Rome. Depuis toujours d\u00e9j\u00e0.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard, 211 p.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 1985. <em>La Sainte Face.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard, 282 p.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 1987. <em>Les rois mages.<\/em> Paris\u00a0: Gallimard, 209 p.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 1995. <em>Gloses \u00e0 la Sorci\u00e8re. <\/em>Paris\u00a0: Gallimard, 309 p.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 2003. \u00ab\u2009L\u2019agonie de l\u2019espoir ou le pouvoir de la voix. La m\u00e9taphore, le sujet et le vrai sujet\u2009\u00bb. <em>La Polygraphe<\/em>, no\u00a030-31, 2003, p.\u00a047-50.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 2003. \u00ab\u2009Le r\u00f4le du po\u00e8te. Le po\u00e8te et la terre des hommes\u2009\u00bb. <em>La Polygraphe<\/em>, no\u00a030-31, 2003, p.\u00a051-58.<\/p>\n<p>FR\u00c9NAUD, Andr\u00e9. 2006. <em>Nul ne s\u2019\u00e9gare<\/em>, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de <em>Haeres<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, 305 p.<\/p>\n<p>JOUVE, Vincent. 1992. <em>L\u2019effet-personnage dans le roman<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, 272 p.<\/p>\n<p>LITTLE, Roger. 1989. <em>Andr\u00e9 Fr\u00e9naud. Entre l\u2019interrogation et le vide<\/em>. Marseille\u00a0: Sud, 264 p.<\/p>\n<p>PASSERON, Jean-Claude et Jacques Revel. 2005. <em>Penser par cas<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de l\u2019\u00c9cole des hautes \u00e9tudes en sciences sociales, 292 p.<\/p>\n<p>RIEGEL, Martin, Jean-Christophe Pellat et Ren\u00e9 Rioul. 2009. <em>Grammaire m\u00e9thodique du fran\u00e7ais.<\/em> Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, 1107 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_hg3bwxp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_hg3bwxp\">[1]<\/a> Cf. Martin Riegel, Jean-Christophe Pellat et Ren\u00e9 Rioul. 2009. <em>Grammaire m\u00e9thodique du fran\u00e7ais.<\/em> Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, p. 280\u00a0: \u00ab\u00a0En emploi g\u00e9n\u00e9rique [de l\u2019article d\u00e9fini], les groupes nominaux introduits par l\u2019article d\u00e9fini singulier ou pluriel, mais aussi par l\u2019article ind\u00e9fini singulier, peuvent r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019ensemble d\u2019une classe (pour les nombrables) ou d\u2019une cat\u00e9gorie (pour les massifs).\u00a0\u00bb Ici, le groupe nominal \u00ab\u00a0l\u2019homme\u00a0\u00bb, introduit par l\u2019article d\u00e9fini \u00ab\u00a0l\u2019\u00a0\u00bb en emploi g\u00e9n\u00e9rique, renvoie \u00e0 l\u2019ensemble de la classe des femmes et des hommes, soit \u00e0 toute l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n<p id=\"footnote2_w6mg9xd\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_w6mg9xd\">[2]<\/a> Voir, par exemple, Luc 1 : 53\u00a0: \u00ab\u00a0Les affam\u00e9s, il les a combl\u00e9s de biens et les riches, il les a renvoy\u00e9s les mains vides.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote3_a1gtst7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_a1gtst7\">[3]<\/a> Voir, par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Il est donc vain de chercher un salut dans la fuite! (Ou ce serait la sorte de fuite que Pascal d\u00e9signe sous le nom de \u201cdivertissement\u201d, cet abandon agit\u00e9 que toujours ma po\u00e9sie d\u00e9nonce)\u00a0\u00bb (1995, 213).<\/p>\n<p id=\"footnote4_ga6kmr1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_ga6kmr1\">[4]<\/a> Cette note se trouve dans le fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 43, f<sup>o <\/sup>48.<\/p>\n<p id=\"footnote5_n17w8yx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_n17w8yx\">[5]<\/a> Cette note se trouve dans le fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 46, f<sup>o<\/sup> 92.<\/p>\n<p id=\"footnote6_skdegpl\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_skdegpl\">[6]<\/a> Cette expression se trouve dans une note manuscrite du fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 64, f<sup>o <\/sup>31.<\/p>\n<p id=\"footnote7_fcof4w1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_fcof4w1\">[7]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> Ms 65, f<sup>o <\/sup>8.<\/p>\n<p id=\"footnote8_lgwsgr4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_lgwsgr4\">[8]<\/a> Cette note se trouve dans le fonds Andr\u00e9 Fr\u00e9naud de la Biblioth\u00e8que litt\u00e9raire Jacques Doucet, cote FND Ms 43, f<sup>o<\/sup> 127.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Jehl, Florian. 2017. \u00abLe \u00a0\u00ab\u00a0miroir \u00a0de \u00a0l\u2019\u00e9tranger\u00a0\u00bb : \u00a0dialectique \u00a0du \u00a0m\u00eame \u00a0et \u00a0de \u00a0l\u2019autre \u00a0dans \u00a0la \u00a0po\u00e9sie \u00a0d\u2019Andr\u00e9 Fr\u00e9naud\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5622 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-jehl.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 pdf-jehl.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c6a0825a-6016-4457-8d22-e14531196dd6\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-jehl.pdf\">pdf-jehl<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-jehl.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c6a0825a-6016-4457-8d22-e14531196dd6\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025 L\u2019\u0153uvre du po\u00e8te Andr\u00e9 Fr\u00e9naud (1907-1993), bien que m\u00e9connue du public, a \u00e9t\u00e9 salu\u00e9e par les plus grands po\u00e8tes contemporains, de Louis Aragon \u00e0 Yves Bonnefoy en passant par Paul Eluard, Eug\u00e8ne Guillevic et Ren\u00e9 Char. 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