{"id":5626,"date":"2024-06-13T19:48:29","date_gmt":"2024-06-13T19:48:29","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/quand-le-nord-est-au-centre-dialogismes-en-territoire-innu\/"},"modified":"2024-09-04T15:39:24","modified_gmt":"2024-09-04T15:39:24","slug":"quand-le-nord-est-au-centre-dialogismes-en-territoire-innu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5626","title":{"rendered":"Quand le Nord est au centre : dialogismes en territoire innu"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6896\">Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u2009Je ne suis pas l\u2019errante de la ville \/ Je suis la nomade de la Toundra\u00a0<ins cite=\"mailto:Laurence%20Perron\" datetime=\"2017-04-10T08:59\"><a id=\"footnoteref1_utnrw5n\" class=\"see-footnote\" title=\"Jos\u00e9phine Bacon, Un th\u00e9 dans la toundra = Nipishapui nete mushuat, Montr\u00e9al, M\u00e9moire d\u2019encrier, 2013, p. 56. \" href=\"#footnote1_utnrw5n\">[1]<\/a> .\u2009\u00bb<\/ins><\/p>\n<p>Jos\u00e9phine Bacon, <em>Un th\u00e9 dans la toundra<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les regards que posent les \u00e9crivain-es sur les lieux sont issus de positionnalit\u00e9s multiples\u00a0: celui d\u2019habitant.es, de migrant.es, de touristes, de colonisateur.trices, etc. Ces points de vue s\u2019entrem\u00ealent pour sculpter des imaginaires spatiaux aux dimensions h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et conflictuelles. Cartographier leurs diff\u00e9rentes po\u00e9tiques, par l\u2019analyse litt\u00e9raire, sans en simplifier ou en effacer les reliefs et d\u00e9tails, pose un d\u00e9fi th\u00e9orique et m\u00e9thodologique de taille aux chercheurs et chercheuses. \u00c0 ce sujet, la th\u00e9oricienne ab\u00e9nakise Lisa Tanya Brooks explique qu\u2019une \u00e9tude d\u00e9coloniale des lieux n\u00e9cessite un engagement m\u00e9thodologique ; elle propose aux chercheur-euses d\u2019imaginer ce qui se passe quand les espaces autochtones sont mis au centre de l\u2019Am\u00e9rique. Dans son livre, <em>The Common Pot\u00a0: The Recovery of Native Space in the Northeast <\/em>(2008)<em>,<\/em> elle donne \u00e0 voir des cartes alternatives du Territoire du Nord-Est am\u00e9ricain qui \u00e9mergent de l\u2019\u00e9tude d\u2019\u00e9crits autochtones. Pour cet article, nous privil\u00e9gierons le regard lyrique qu\u2019adopte la po\u00e9tesse Jos\u00e9phine Bacon, dans son recueil <em>Un th\u00e9 dans la toundra\/Nipishapui nete mushuat,<\/em> afin de tracer des \u00e9bauches de cartes qui se superposent aux r\u00e9cits et aux regards majoritaires sur les espaces nordiques au Qu\u00e9bec. L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 autochtone devient alors le centre d\u2019o\u00f9 part la voix po\u00e9tique pour r\u00e9v\u00e9ler une relation d\u2019admiration et de souverainet\u00e9 sur un territoire toujours non c\u00e9d\u00e9\u00a0: le <em>Nitassinan<\/em>.<\/p>\n<p>Nous montrerons d\u2019abord en quoi cette po\u00e9sie autochtone oppose l\u2019image d\u2019une toundra toute en m\u00e9lodie au Nord silencieux occidental d\u00e9j\u00e0 relev\u00e9 par les chercheur-euses. Nous examinerons ensuite les manifestations du dialogisme que Jos\u00e9phine Bacon instaure entre elle, son territoire et son peuple afin de discerner certaines de ses caract\u00e9ristiques litt\u00e9raires (et culturelles). En repla\u00e7ant l\u2019\u00e9criture et ses modes d\u2019hybridation au c\u0153ur d\u2019une r\u00e9appropriation \u00e0 la fois politique et artistique, cet article vise \u00e0 jeter de nouvelles lumi\u00e8res sur la po\u00e9sie fra\u00eeche et imp\u00e9rieuse de Bacon qui s\u2019interroge sur et \u00e0 travers une cohabitation des corps, des identit\u00e9s et des visions du territoire.<\/p>\n<h2>De bruits et de silences pluriels au Nord<\/h2>\n<p>La premi\u00e8re strophe inaugure le recueil avec le vers \u00ab\u2009Tu es musique\u2009\u00bb (Bacon, 2013, 10) adress\u00e9 \u00e0 une toundra de bruits chaleureux. L\u2019imaginaire du Nord qu\u2019elle exprime tranche avec celui r\u00e9pertori\u00e9 par le chercheur Daniel Chartier lorsqu\u2019il centre le regard sur les propri\u00e9t\u00e9s des lieux septentrionaux dans son essai sur le \u00ab\u2009Nord silencieux\u2009\u00bb (Chartier, 2013). \u00c0 travers une fine analyse de textes scandinaves, canadiens et japonais, le directeur du Laboratoire international d\u2019\u00e9tude multidisciplinaire compar\u00e9e des repr\u00e9sentations du Nord arrive \u00e0 la conclusion que l\u2019imaginaire septentrional occidental ne tol\u00e8re pas les bruits. Ainsi, il \u00e9crit\u00a0que<\/p>\n<blockquote>\n<p>le silence est bel et bien constitutif de l\u2019imaginaire du Nord et du froid\u2009; les sonorit\u00e9s \u2014 sauf quelques bruits de la nature, ou les rares \u00e9chos de quelque f\u00eate \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur \u2014 d\u00e9rangent l\u2019ordre symbolique par lequel le Nord est repr\u00e9sent\u00e9\u00a0: simplifi\u00e9, horizontal, peu enclin \u00e0 tol\u00e9rer la pr\u00e9sence de l\u2019homme (28).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son article, Chartier se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 des \u0153uvres o\u00f9 les Autochtones \u2014 surtout Inuits \u2014 apparaissent comme personnages plut\u00f4t qu\u2019auteur.trices. S\u2019y trouvent, sous les plumes respectives des \u00e9crivains danois Peter H\u00f8eg et J\u00f8rn Riel, une h\u00e9ro\u00efne qui se moque de l\u2019incapacit\u00e9 des Europ\u00e9ens \u00e0 tol\u00e9rer l\u2019absence de son et une figure de femme qui commente leur inaptitude \u00e0 comprendre le langage du silence (27-28). Remettre au centre de l\u2019analyse la voix litt\u00e9raire autochtone sur la musicalit\u00e9 nordique permet de d\u00e9passer ces seules images d\u2019\u00c9pinal dans la repr\u00e9sentation d\u2019un Autre dont le rapport au silence est per\u00e7u comme exotique, f\u00e9minin et mystique. Ce recadrage permet de doubler nos connaissances sur l\u2019imaginaire du Nord d\u2019une carte alternative qui rend compte du v\u00e9cu autochtone irr\u00e9ductible \u00e0 la pluralit\u00e9 des regards occidentaux.<\/p>\n<p>Ainsi, dans les mots de Bacon, le son de la toundra se manifeste dans un entrelacement de bruits diffus et de silences pleins\u00a0: le son de ses pas sur le sol la devance (Bacon, 2013, 34 et 82) ; les battements de son c\u0153ur l\u2019accompagnent (26, 34, 48 et 82) ; le clapotis d\u2019une rivi\u00e8re la guide (46) et le chant du loup surgit, tant\u00f4t heureux tant\u00f4t triste (42 et 82). La pr\u00e9sence corporelle de la po\u00e9tesse r\u00e9sonne ainsi dans la plaine, faisant de la m\u00e9lodie du Nord une exp\u00e9rience d\u2019abord lyrique et intimiste. Cette musicalit\u00e9 centr\u00e9e sur l\u2019exp\u00e9rience personnelle se d\u00e9double d\u2019un univers de signes o\u00f9 un rapport synesth\u00e9sique \u00e0 l\u2019environnement charge l\u2019air de communications m\u00e9lodiques. D\u2019ailleurs, ce qui sera exprim\u00e9 dans ses mots comme un bruit est souvent la traduction d\u2019un sentiment endigu\u00e9 dans des figures de style. Bacon se rappelle la \u00ab\u2009verte toundra\u2009\u00bb (12) \u00e0 travers un air qu\u2019elle ne sait pas chanter. Plus loin, elle \u00ab\u2009entend la terre\u2009\u00bb (18). \u00c0 travers une appr\u00e9hension o\u00f9 les sens se brouillent, l\u2019absence de bruit n\u2019exclut pas la pr\u00e9sence d\u2019autres communications\u00a0: le silence raconte, par exemple, les couleurs de l\u2019air (20) ou la toundra elle-m\u00eame (38).<\/p>\n<p>Le message que le territoire charrie dans son silence se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre difficile \u00e0 nommer pour la po\u00e9tesse. Bacon cherche \u00ab\u2009des mots qui sonnent musique \/ des mots qui peignent couleur \/ des mots qui hurlent silence\u2009\u00bb (38). Cette qu\u00eate de m\u00e9lodies et de lexies n\u2019est pas que celle d\u2019un d\u00e9passement de l\u2019indicible, mais \u00e9galement une recherche de l\u2019h\u00e9ritage ancestral qui habite le territoire de sa m\u00e9lodie. La culture innue, symbolis\u00e9e par le son d\u2019un tambour, revient souvent dans le recueil et devient \u00e0 la fois le rythme du c\u0153ur de la po\u00e9tesse, celui du territoire et de son peuple. Cette cadence tambourin\u00e9e inlassablement est le signe de la persistance de la culture et de la vie innue, l\u2019<em>Innu Aitun<\/em>, qui permet \u00e0 la po\u00e9tesse de retrouver la trace de modes d\u2019existence de ses a\u00efeux\u00a0: \u00ab\u2009Toundra \/ Tu as vu na\u00eetre ma famille \/ J\u2019\u00e9coute ton c\u0153ur \/ Le tambour rythme ma vie \/ Je vis au pr\u00e9sent le pass\u00e9 des anc\u00eatres\u2009\u00bb (56). Ce Nord ne peut jamais \u00eatre simplement muet ou inhabit\u00e9 parce qu\u2019il \u00e9voque toujours, pour la po\u00e9tesse, sa culture et son rapport au territoire\u00a0: l\u2019environnement y est d\u00e9positaire de l\u2019existence innue dont il est le signe manifeste.<\/p>\n<p>Au final, si un silence absolu ressort des \u00e9tudes litt\u00e9raires sur les \u00e9crits qui disent le Nord, c\u2019est que le bruit assourdissant de la voix occidentale enterre la musicalit\u00e9 autochtone, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une approche d\u2019analyse par superposition des visions du territoire. Comme l\u2019\u00e9crivait le linguiste et g\u00e9ographe Louis-Edmond Hamelin, au Qu\u00e9bec, la pr\u00e9sence autochtone impose l\u2019utilisation d\u2019une lentille interculturelle qui, au-del\u00e0 du 49<sup>e<\/sup> parall\u00e8le, permettrait de changer le regard et, ultimement, nos comportements (Hamelin, 2006, 99). Ce penseur allochtone, qui a initi\u00e9 la cr\u00e9ation du premier Centre d\u2019\u00e9tudes nordiques, demandait aux chercheurs et chercheuses \u2014 d\u00e8s 1965, avec son concept de nordicit\u00e9 \u2014 d\u2019envisager un Nord qui tol\u00e8re la pluralit\u00e9 des regards non totalisants et qui \u00ab\u2009reconna[isse] de plain-pied les Premi\u00e8res-Nations\u2009\u00bb (78-79). Privil\u00e9gier un parall\u00e9lisme entre la repr\u00e9sentation de la toundra de Bacon et celle de l\u2019\u00e9tude de Chartier permet de rendre compte de cette polyphonie, d\u2019envisager la multiplicit\u00e9 des voix qui r\u00e9sonnent dans l\u2019imaginaire septentrional.<\/p>\n<h2>Dialogismes en territoire innu<\/h2>\n<p>Suivant cet agenda de recherche, nous approfondissons maintenant l\u2019\u00e9tude litt\u00e9raire des dynamiques d\u2019interculturalit\u00e9 relevant des r\u00e9alit\u00e9s autochtones en territoire nordique. Pour ce faire, nous prenons comme point de d\u00e9part les travaux du linguiste marxiste Mikha\u00efl Bakhtine. Rappelons que les Qu\u00e9b\u00e9coises R\u00e9gine Robin et Sherry Simon, inspir\u00e9es par ses travaux, ont analys\u00e9 les manifestations d\u2019une hybridation des cultures, des identit\u00e9s et des modes de vie en prenant pour objet pour objet l\u2019espace urbain montr\u00e9alais.\u00a0Toutefois, la cr\u00e9ation d\u2019espaces et de mani\u00e8res d\u2019\u00eatre par la superposition des esth\u00e9tiques, la confrontation des r\u00e9cits, des modes d\u2019habitation et des mani\u00e8res de sentir, n\u2019est pas propre aux m\u00e9tropoles. Et si les grandes villes sont bien \u00e9tablies dans nos soci\u00e9t\u00e9s s\u00e9dentaires comme \u00e9tant les lieux de l\u2019interculturel, la mani\u00e8re dont ces dynamiques habitent les territoires nordiques ruraux apparait moins claire. La mise de l\u2019avant d\u2019un imaginaire autochtone li\u00e9 \u00e0 la toundra permet de faire entendre les voix d\u2019une culture semi-nomadique, ses musiques, ses savoirs et ses dialogues polyphoniques avec les non-humains. Cette parole po\u00e9tique demande alors de penser les sp\u00e9cificit\u00e9s d\u2019un dialogisme et d\u2019une interculturalit\u00e9 hors ville.\u00a0<\/p>\n<p>Dans les mots de Bacon, le territoire du Nord se fait ami, esprit, si\u00e8ge de l\u2019identit\u00e9 au sein d\u2019un \u00e9change po\u00e9tique coconstitutif entre la po\u00e9tesse et ce qu\u2019elle trouve dans le territoire\u00a0: des parts de son identit\u00e9, de sa culture et de ses anc\u00eatres dans l\u2019horizon, la lumi\u00e8re et le lichen. Dans le deuxi\u00e8me po\u00e8me du livre, un \u00ab\u2009puisque je suis \/ toi\u2009\u00bb (Bacon, 2013, 12) adress\u00e9 \u00e0 la toundra est un premier moment de reconnaissance de soi dans l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 territoriale. Cette d\u00e9couverte est toutefois incompl\u00e8te et le \u00ab\u2009je\u2009\u00bb po\u00e9tique cherchera, tout au long du livre, des mots pour trouver les airs de la toundra qu\u2019il ne conna\u00eet pas. La po\u00e9tesse se d\u00e9couvre elle-m\u00eame inachev\u00e9e dans un territoire avec lequel elle entre en dialogue. Sa d\u00e9marche reste toutefois marqu\u00e9e par la pl\u00e9nitude\u2009; sans qu\u2019elle ne r\u00e9ussisse \u00e0 communiquer pleinement avec le lieu, elle y sent la pr\u00e9sence r\u00e9confortante de ses a\u00efeuls \u2014 un soi culturel et territorial retrouv\u00e9 \u2014 accompagn\u00e9e d\u2019un sentiment de libert\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>je suis libre \/ Sur la terre de Papakassik<sup>u <\/sup>\/ Je suis libre \/ Dans les eaux de Missinak<sup>u <\/sup>\/ Je suis libre \/ Dans les airs o\u00f9 Uhuapeu trace une vision \/ Je suis libre l\u00e0 o\u00f9 Uapishtanapeu \/ Conserve le feu de mon peuple \/ Je suis libre \/ L\u00e0 o\u00f9 je te ressemble (52)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le territoire se double ainsi d\u2019esprits qui deviennent autant interlocuteurs que compagnons de route, au nombre desquels on compte <em>Papassik <\/em>(l\u2019esprit du caribou), <em>Missinak<\/em> (le ma\u00eetre des animaux aquatiques) et <em>Uapishtanapeu<\/em> (le ma\u00eetre des animaux \u00e0 fourrure). Bacon s\u2019engage dans un dialogue avec une pluralit\u00e9 d\u2019\u00eatres\u2009; quoiqu\u2019elle se retrouve seule dans la toundra, elle entre en communion avec des figures mythiques propres aux traditions spirituelles innues. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9, la repr\u00e9sentation de la ville donne \u00e0 voir un enfermement et un silence plus oppressant que celui de la plaine. Ainsi, alors qu\u2019un battement du c\u0153ur r\u00e9sonne dans la toundra, le lieu urbain fait taire les cris d\u2019une culture ignor\u00e9e. Cet \u00e9touffement se trouve illustr\u00e9 dans un court \u00e9pisode narratif adress\u00e9 au \u00ab tu \u00bb o\u00f9 un personnage f\u00e9minin, \u00ab\u2009une fillette effray\u00e9e\u2009\u00bb (Bacon, 2013, 86), se rend \u00e0 la ville : \u00ab\u2009Tu pries pour \u00eatre entendu \/ Mais ton cri reste silencieux\u2009\u00bb (88). Ici, deux alt\u00e9rit\u00e9s se profilent en guise d\u2019interlocuteurs privil\u00e9gi\u00e9s : la toundra et le personnage de l\u2019Innue urbaine. Dans le premier dialogue, les esprits, le territoire, la culture et les animaux se confondent\u2009; dans le second, c\u2019est une parole inqui\u00e8te pour elle-m\u00eame et ses descendantes qui est entendue.<\/p>\n<p>Le dialogisme mis en sc\u00e8ne dans <em>Un th\u00e9 dans la toundra \/ Nipishapui nete mushuat <\/em>se manifeste dans la qu\u00eate d\u2019un Soi innu qui se donne \u00e0 voir et se retrouve dans un Autre territorial, spirituel et animal. Apposer \u00e0 ce territoire autochtone le cadre th\u00e9orique bakhtinien demande donc d\u2019\u00e9largir la vision de ce qui est dialogique et d\u2019y inclure la pr\u00e9sence d\u2019un rapport de r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00e0 un environnement \u2014 \u00e0 une faune et une flore non chosifi\u00e9es. Sur le plan des \u00e9tudes autochtones, ce dialogisme est un exemple de ce que le th\u00e9oricien Cherokee Jace Weaver d\u00e9signe sous le nom de <em>communitism<\/em> (1997), un engagement proactif pour les communaut\u00e9s autochtones qui vise \u00e0 inclure les relations non humaines. L\u2019Allochtone, devant la po\u00e9sie de Bacon, devra reconsid\u00e9rer son rapport avec des \u00e9l\u00e9ments qui ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9s comme naturels, inhabit\u00e9s ou sauvages dans la culture occidentale. Il ou elle verra une autre fa\u00e7on dont l\u2019espace public urbain agit comme l\u2019illusion d\u2019un lieu de dialogue et de reconnaissance o\u00f9 se jouent aussi l\u2019isolement et l\u2019effacement culturel. Cette parole t\u00e9moigne bien des r\u00e9alit\u00e9s coloniales d\u2019une culture qui doit lutter pour sa survivance.<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9criture qui lib\u00e8re et enferme en contexte colonial<\/h2>\n<p>Au c\u0153ur de cette dynamique de pouvoir, soulignons que le recours \u00e0 l\u2019\u00e9criture est politiquement marqu\u00e9 sur la sc\u00e8ne culturelle innue. Par exemple, dans le recueil de correspondance <em>Amititau\u2009! Parlons-nous !<\/em> l\u2019autrice innue Anne-Marie Saint-Onge Andr\u00e9e \u00e9crivait en 2008 :<\/p>\n<blockquote>\n<p>M\u00eame si on est d\u00e9j\u00e0 au XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, j\u2019ai du mal \u00e0 accepter l\u2019alphab\u00e9tisation en langue innue, par les Innus, parce que depuis des mill\u00e9naires, les transmissions des enseignements ont lieu oralement et par observation (Saint-Onge Andr\u00e9e, 2008, 109).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Bacon explique sa d\u00e9marche d\u2019\u00e9criture dans son recueil <em>B\u00e2tons \u00e0 message \/ Tshissinuatshitakana<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nous sommes un peuple de tradition orale. Aujourd\u2019hui nous connaissons l\u2019\u00e9criture. La po\u00e9sie nous permet de faire revivre la langue du <em>nutshimit<\/em>, notre terre, et \u00e0 travers les mots, le son du tambour continue de r\u00e9sonner (Bacon, 2009, 8).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Traditionnellement, la culture innue s\u2019est v\u00e9cue \u00e0 travers un territoire, une langue, une tradition orale et un mode de vie, le semi-nomadisme. Par contre, comme toute culture, elle n\u2019est pas fig\u00e9e dans le temps et s\u2019adapte \u00e0 de nouvelles techniques et pratiques. En choisissant le m\u00e9dium de l\u2019\u00e9criture, Bacon s\u2019approprie une technologie du peuple colonisateur et majoritaire pour organiser une appropriation subversive \u00e0 l\u2019aune de sa culture orale.<\/p>\n<p>Il faut rappeler que les r\u00e9cits oraux de nombreux peuples autochtones partent d\u2019\u00e9l\u00e9ments g\u00e9ographiques pour ancrer leur histoire. Sous cet angle, Bacon participe au mouvement de r\u00e9surgence des traditions autochtones par l\u2019inclusion d\u2019appuis territoriaux traditionnels dans ses \u0153uvres. Cette pratique se d\u00e9note d\u00e9j\u00e0 dans son recueil <em>B\u00e2tons \u00e0 message<\/em>. Le titre n\u2019est pas anodin. Bacon fait le choix de lier sa pratique po\u00e9tique aux pi\u00e8ces de bois qui servent \u00e0 s\u2019orienter\u00a0: des symboles mn\u00e9motechniques autochtones. Dans <em>Un th\u00e9 dans la toundra \/ Nipishapui nete mushuat<\/em>, la r\u00e9f\u00e9rence constante au territoire nomm\u00e9 (la toundra) permet de lier sa pratique po\u00e9tique \u00e0 cet \u00e9l\u00e9ment central des r\u00e9cits oraux. Ce proc\u00e9d\u00e9 se d\u00e9ploie d\u00e8s le d\u00e9but par le recours \u00e0 une assise min\u00e9rale\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Apr\u00e8s le repas, Ma\u00efna m\u2019a demand\u00e9 d\u2019aller chercher une pierre que je devrais d\u00e9poser sur la roche o\u00f9 elle avait tranch\u00e9 le caribou. Ainsi, chaque fois qu\u2019elle reviendrait \u00e0 cet endroit, cette pierre allait signifier ma pr\u00e9sence (Bacon, 2013, 8-9).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le texte consacr\u00e9 \u00e0 la toundra est ainsi inaugur\u00e9 par la pose d\u2019une pierre sur le sol symbolisant la pr\u00e9sence de la po\u00e9tesse en terre nordique. Avec ce recueil, la po\u00e9sie francophone trouve \u00e9galement \u00e9cho dans une langue autochtone puisque chaque po\u00e8me est accompagn\u00e9 de sa traduction en innu \u00e0 la page suivante. Cette polyphonie linguistique expose un dialogue en raison des visions et des id\u00e9ologies qui r\u00e9sistent \u00e0 la traduction. Il convient ainsi de souligner, comme l\u2019expose Lynn Drapeau dans sa <em>Grammaire de la Langue innue<\/em> parue en 2014, que cette langue porte un regard particulier sur le monde, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la distinction entre anim\u00e9 et inanim\u00e9 intrins\u00e8que \u00e0 sa grammaire (Drapeau, 2014, 12-13).<\/p>\n<p>Finalement, le texte po\u00e9tique emprunte la forme de la pri\u00e8re religieuse d\u00e9di\u00e9e aux esprits\u00a0: \u00ab\u2009Ma pri\u00e8re ressemble \/ \u00c0 un acte de contrition \/ Je demande pardon \/ Aux Ma\u00eetres des animaux\u2009\u00bb (Bacon, 2013, 70). Le mot de Bacon se fait bivocal\u00a0: entre confession intime au territoire et po\u00e9sie de l\u2019h\u00e9ritage religieux, il m\u00e9lange les styles et les vis\u00e9es. \u00c0 ce sujet, Lisa Tanya Brooks, dont la d\u00e9marche de recentrement sur les \u00e9crits autochtones nous guide, remarque que les \u00e9crits autochtones sont souvent ignor\u00e9s du fait de leur non-conformit\u00e9 aux formes convenues de la litt\u00e9rature. Elle propose d\u2019\u00e9largir l\u2019horizon d\u2019analyse pour rendre compte de la culture \u00e9crite se d\u00e9ployant en lettres, trait\u00e9s, p\u00e9titions et \u00e9crits sur \u00e9corce de bouleau (Brooks, 2008). Au pays, la chercheuse Diane Boudreau, dans son <em>Histoire de la litt\u00e9rature am\u00e9rindienne au Qu\u00e9bec,<\/em> invite \u00e0 consid\u00e9rer ce qu\u2019elle appelle la <em>litt\u00e9rature orale<\/em> pour ajuster nos cat\u00e9gories d\u2019analyse aux cultures autochtones (Boudreau, 1993). L\u2019\u00e9tude des dynamiques interculturelles et d\u2019une voix minoris\u00e9e en litt\u00e9rature vient ainsi interroger les limites et la morphologie du territoire litt\u00e9raire am\u00e9ricain.<\/p>\n<p>Par ailleurs, le choix de l\u2019\u00e9crit permet de faire vibrer la voix innue dans les foyers qu\u00e9b\u00e9cois allochtones comme autochtones. <em>Un th\u00e9 dans la toundra \/ Nipishapui nete mushuat <\/em>pr\u00e9sente ainsi au lecteur une vision autre sur un territoire qu\u2019il a cru, s\u2019il est qu\u00e9b\u00e9cois, ma\u00eetris\u00e9 et li\u00e9 \u00e0 son identit\u00e9. La prise de connaissance de la sensibilit\u00e9 et du regard innu permet de d\u00e9naturaliser le rapport \u00e0 l\u2019espace national de la majorit\u00e9 canadienne-fran\u00e7aise s\u00e9dentaire et d\u2019envisager le lieu comme un construit vu et model\u00e9 par des regards, des imaginaires et des modes de cartographies th\u00e9oriques alternatives.<\/p>\n<h2>Une analyse toujours coloniale<\/h2>\n<p>Enfin, il convient de souligner la persistance d\u2019une dynamique coloniale au c\u0153ur m\u00eame de cette analyse. Ancr\u00e9 dans un contexte universitaire, nous travaillons \u00e0 lier un produit culturel innu \u00e0 un mode d\u2019\u00e9tude de tradition occidentale. Dans cette dynamique, comme le remarque la professeure de litt\u00e9rature m\u00e9tisse ojibw\u00e9e Kimberly M. Blaeser, le <em>modus operandi<\/em> consiste \u00e0 valider la litt\u00e9rarit\u00e9 d\u2019un texte en d\u00e9montrant son adh\u00e9rence \u00e0 un mode, un style ou une th\u00e9orie litt\u00e9raire respect\u00e9e, comme celle de Bakthine par exemple (Blaeser, 1993, 55-56). Le mouvement est toujours imp\u00e9rial\u2009; l\u2019autorit\u00e9 \u00e9mane des centres critiques occidentaux vers les textes am\u00e9rindiens marginalis\u00e9s. Notons \u00e9galement, comme l\u2019\u00e9crit la chercheuse maorie Linda Tuhiwai Smith, que les nations autochtones poss\u00e8dent leurs propres agendas de recherche. Pour cette th\u00e9oricienne de l\u2019imp\u00e9rialisme occidental, c\u2019est seulement par le biais de partenariats consensuels que l\u2019analyse peut v\u00e9ritablement participer au projet d\u00e9colonial (Tuhiwai Smith, 1999, 5). Ultimement, notre analyse litt\u00e9raire ne participe pas \u00e0 d\u00e9faire l\u2019occupation canadienne et qu\u00e9b\u00e9coise du territoire innu, mais elle s\u2019engage dans le mouvement postcolonial d\u2019inclusion de th\u00e9ories et \u00e9crits autochtones (voir Bhambra, 2014).<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>BACON, Jos\u00e9phine. 2013. <em>Un th\u00e9 dans la toundra = Nipishapui nete mushuat<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: M\u00e9moire d\u2019encrier, 102 p.<\/p>\n<p>______. 2009 <em>B\u00e2tons \u00e0 message = Tshissinuatshitakana<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: M\u00e9moire d\u2019encrier, 154 p.<\/p>\n<p>BAKHTINE, Mikha\u00efl. 1970 [1929]. <em>La po\u00e9tique de Dosto\u00efevski<\/em>. Paris\u00a0: Seuil, 368 p.<\/p>\n<p>BHAMBRA, Gurminder K. 2014. \u00ab\u2009Postcolonial and decolonial dialogues\u2009\u00bb. <em>Postcolonial Studies<\/em>, vol. 17, no. 2, p. 115\u201121.<\/p>\n<p>BLAESER, M. Kimberly. 1993. \u00abNative Literature: Seeking a Critical Center\u00bb, dans <em>Looking at the Words of Our People: First Nations Analysis of Literature, <\/em>ed. Jeannette Armstrong. Penticton : Theytus Books, p. 51\u201362.<\/p>\n<p>BROOKS, Lisa Tanya. 2008. <em>The Common Pot: The Recovery of Native Space in the Northeast<\/em>. Minneapolis : University of Minnesota Press, 408 p.<\/p>\n<p>BOUDREAU, Diane. 1993. <em>Histoire de la litt\u00e9rature am\u00e9rindienne au Qu\u00e9bec\u202f: oralit\u00e9 et \u00e9criture<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: L\u2019Hexagone, 201 p.<\/p>\n<p>CHARTIER, Daniel. 2013. \u00ab\u2009Du silence et des bruits\u202f: le Nord est silencieux\u2009\u00bb. <em>Les Cahiers de la Soci\u00e9t\u00e9 qu\u00e9b\u00e9coise de recherche en musique<\/em>, vol.\u00a014, no.\u00a01, p. 25-34.<\/p>\n<p>DRAPEAU, Lynn. 2014. <em>Grammaire de la langue<\/em> <em>innue<\/em>, Qu\u00e9bec\u00a0: Presse de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec, 644 p.<\/p>\n<p>HAMELIN, Louis-Edmond. 2006. <em>L\u2019\u00e2me de la terre\u202f: parcours d\u2019un g\u00e9ographe<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: \u00c9ditions MultiMondes, 264 p.<\/p>\n<p>ROBIN, R\u00e9gine. 2011. <em>Nous Autres, Les Autres\u00a0: Difficile Pluralisme<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Bor\u00e9al, 352 p.<\/p>\n<p>SAINT ONGE, Anne-Marie. 2008. \u00ab\u2009R\u00e9flexion sur la vie d\u2019Anne-Marie, <em>12 ushkau-pishim<\/em><em><sup>u<\/sup><\/em>\u00a0\u00bb dans <em>Aimititau\u2009! Parlons-nous\u2009!<\/em>, ed. Laure Morali. Montr\u00e9al\u00a0: M\u00e9moire d\u2019encrier, 336\u00a0p.<\/p>\n<p>SIMON, Sherry. 1999. <em>Hybridit\u00e9 Culturelle<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Ile de la Tortue, 63 p.<\/p>\n<p>SMITH, Linda Tuhiwai. 1999. <em>Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous Peoples<\/em>. Londres : ZED Books, 240 p.<\/p>\n<p>WEAVER, Jace. 1997. <em>That the People Might Live: Native American Literatures and Native American Community<\/em>. Oxford : Oxford University Press, 256 p.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_utnrw5n\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_utnrw5n\">[1]<\/a> Jos\u00e9phine Bacon, <em>Un th\u00e9 dans la toundra = Nipishapui nete mushuat<\/em>, Montr\u00e9al, M\u00e9moire d\u2019encrier, 2013, p. 56.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Voyer, Julien. 2017. \u00abQuand le Nord est au centre : dialogismes en territoire innu\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab L&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 \u00bb, n\u00b025, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5626 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-voyer.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 pdf-voyer.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-18702d08-49e5-4d35-9e51-668ed4057b24\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-voyer.pdf\">pdf-voyer<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-voyer.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-18702d08-49e5-4d35-9e51-668ed4057b24\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025 \u00ab\u2009Je ne suis pas l\u2019errante de la ville \/ Je suis la nomade de la Toundra\u00a0[1] .\u2009\u00bb Jos\u00e9phine Bacon, Un th\u00e9 dans la toundra Les regards que posent les \u00e9crivain-es sur les lieux sont issus de positionnalit\u00e9s multiples\u00a0: celui d\u2019habitant.es, de migrant.es, de touristes, de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1285,1284],"tags":[363],"class_list":["post-5626","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-excentrer-lethnocentrisme","category-lautre-poetique-et-representations-litteraires-de-lalterite","tag-voyer-julien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5626","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5626"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5626\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8841,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5626\/revisions\/8841"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5626"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5626"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5626"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}