{"id":5630,"date":"2024-06-13T19:48:29","date_gmt":"2024-06-13T19:48:29","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/invoquer-lautre\/"},"modified":"2024-09-04T15:44:09","modified_gmt":"2024-09-04T15:44:09","slug":"invoquer-lautre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5630","title":{"rendered":"Invoquer l&rsquo;Autre"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6896\">Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>\u00ab\u2009Nous n\u2019avons plus peur de Dieu et le diable est un jouet pour adulte<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-1\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Camille de Toledo. 2005. <em>L\u2019inversion de Hieronymus <\/em><em>Bosch<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, p. 30. <\/span>.\u2009\u00bb\u00a0<\/p>\n<p>Camille de Toledo, <em>L\u2019inversion de Hieronymus Bosch<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>\u00c0 propos de l\u2019herm\u00e9neutique faustienne<\/h2>\n<p>La critique de la rationalit\u00e9 du savoir \u00e0 laquelle Kant se livre dans la <em>Critique de la raison pure<\/em> r\u00e9v\u00e8le un <em>d\u00e9doublement<\/em> (nous soulignons volontairement l\u2019id\u00e9e du double) entre le domaine transcendantal et la pratique empirique. Rien n\u2019est \u00e0 la fois condition et objet de la connaissance. Mais c\u2019est avec sa seconde <em>Critique<\/em> que Kant d\u00e9place d\u00e9finitivement le champ de la rationalit\u00e9 : du savoir vers le vouloir, de la th\u00e9orie vers la pratique. La m\u00e9taphysique n\u2019est pas un domaine contemplatif, mais une activit\u00e9 rigoureuse, une action de la pens\u00e9e. La m\u00e9taphysique devient avec Kant une sorte d\u2019\u00ab\u2009intelligence du savoir<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-2\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">La th\u00e9ologie parle d\u2019une \u00ab\u00a0intelligence de la foi\u00a0\u00bb, qu\u2019elle a oppos\u00e9 dans un premier temps (avec Bo\u00e8ce, notamment, d\u00e8s le VI<sup>e <\/sup>si\u00e8cle) \u00e0 l\u2019intelligence de la raison, propre aux physiciens. Cette \u00ab\u00a0intelligence de la foi\u00a0\u00bb suppose une bienveillance et une sympathie presque esth\u00e9tiques aux m\u00e9canismes intellectuels de la croyance, n\u00e9cessaires pour envisager l\u2019exp\u00e9rience authentique de la foi. Il s\u2019agit d\u2019une disposition. Il en irait de m\u00eame avec la m\u00e9taphysique kantienne vis-\u00e0-vis du savoir. <\/span>\u2009\u00bb. Il produit un d\u00e9placement d\u2019une premi\u00e8re tension dialectique vers un principe m\u00e9thodologique <em>autre<\/em> : le savoir n\u2019est pas une accumulation mais la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une <em>action<\/em>, et d\u2019une bienveillance envers son principe.<\/p>\n<p>Or, s\u2019il est un avatar litt\u00e9raire qui est le th\u00e9\u00e2tre de ce d\u00e9placement, c\u2019est bien le h\u00e9ros du mythe faustien. En effet, Faust, alchimiste allemand de la modernit\u00e9, se lasse des limites th\u00e9oriques de sa connaissance de Dieu et de la magie. Il cherche \u00e0 en acqu\u00e9rir une connaissance que nous dirions aujourd\u2019hui\u00a0<em>intuitive<\/em>\u00a0ou, reprenant le d\u00e9coupage kantien,\u00a0<em>empirique<\/em>. Faust est la figure du savant que la sapience ne parvient plus \u00e0 rassasier : convoquant le diable,il se pr\u00e9cipite au-devant de toute occasion propre \u00e0 d\u00e9placer le champ de la rationalit\u00e9 : du savoir vers le vouloir \u2013 et l\u2019acquisition \u2013, de la th\u00e9orie vers la pratique \u2013 et la jouissance.<\/p>\n<p>L\u2019activit\u00e9 consistant \u00e0 basculer de la connaissance du chemin \u00e0 l\u2019action d\u2019arpenter le chemin rejoint la d\u00e9finition de l\u2019<em>hybris<\/em>\u00a0prom\u00e9th\u00e9enne<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-3\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-3\">3<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\"> \u00ab\u00a0Du grec ancien \u1f55\u03d0\u03c1\u03b9\u03c2,\u00a0<em>h\u00fa<\/em><em>bris<\/em>\u00a0(\u201cexc\u00e8s, d\u00e9mesure, orgueil\u201d)\u00a0\u00bb (Wiktionnaire. 3 janvier 2017. \u00ab\u00a0Hubris\u00a0\u00bb. [En ligne.] &lt;https:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/hubris&gt;<em>.\u00a0<\/em>) <\/span> : qu\u00eate du d\u00e9passement, volont\u00e9 de d\u00e9passer toute limite \u2013 du tendre au\u00a0<em>sublime\u00a0<\/em>\u2013, et \u00e0 commencer par d\u00e9passer la limite du\u00a0<em>soi.\u00a0<\/em>Soi comme enceinte, clairi\u00e8re identitaire dans la vaste \u00e9tendue des for\u00eats, soi comme unit\u00e9 de connaissance, en tant que sujet qui explore le monde. Mais, avec Faust,\u00a0<em>soi<\/em>\u00a0aussi comme\u00a0<em>objet<\/em>\u00a0de d\u00e9passement, tant en savoir qu\u2019en vouloir, tant en th\u00e9orie qu\u2019en pratique. Savoir (de soi), vouloir (de soi), th\u00e9orie et pratique de soi sont autant de rivets pour un voyage dans l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 (en soi). Et cela, encore, sans parler de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 biblique radicale dont il nous faut esquisser rapidement les contours probl\u00e9matiques.<\/p>\n<h2>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 diabolique<\/h2>\n<p>Il n\u2019existe nulle part de trait\u00e9s th\u00e9ologiques qui dissertent techniquement de l\u2019ontologie<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-4\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-4\">4<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Qui a trait \u00e0 l\u2019ontologie ou qui appartient \u00e0 l\u2019ontologie\u00a0: \u00ab\u00a0Ontologie :\u00a0B. \u00c9tude ou connaissance de ce que sont les choses en elles-m\u00eames, en tant que substances, au sens cart\u00e9sien et leibnizien de ce mot, par opposition \u00e0 l\u2019\u00e9tude de leurs apparences ou de leurs attributs\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 Lalande (dir.). 2010.\u00a0<em>Vocabulaire technique et critique de la philosophie.<\/em><em>\u00a03<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9dition.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, p. 715). <\/span> d\u2019un \u00ab\u2009personnage biblique\u2009\u00bb pourtant fort c\u00e9l\u00e8bre : le diable. N\u2019importe quel th\u00e9ologien hausserait l\u00e0 quelque sourcil gauche : le seul concept de \u00ab\u2009personnage biblique\u2009\u00bb est une h\u00e9r\u00e9sie. Au b\u00fbcher! Quoique la narration biblique soit pleine d\u2019avatars et de figures, son herm\u00e9neutique se pr\u00e9occupe peu d\u2019enqu\u00eater sur une quelconque hi\u00e9rarchie des essences puisque\u00a0<em>toutes<\/em>\u00a0se confondent, se rejoignent ou s\u2019entendent dans le sein c\u00e9leste de Dieu. C\u2019est \u00e0 dessein que nous soulignons le tout, car il faut nous pencher sur ce principe de totalit\u00e9 : n\u2019exclut-il pas radicalement tout potentiel d\u2019alt\u00e9rit\u00e9? Comment \u00eatre autre en un tout? Autre que quoi? Autre par rapport \u00e0 quoi? Le\u00a0<em>tout<\/em>\u00a0divin est une formidable force inclusive qui ne tol\u00e8re pas que l\u2019on s\u2019en \u00e9chappe. Le\u00a0<em>tout\u00a0<\/em>divin produit une gravit\u00e9 telle qu\u2019aucune singularit\u00e9 ontologique ne peut s\u2019arracher du sol des identit\u00e9s o\u00f9 le diable est un sauveur.<\/p>\n<h2><em>La l\u00e9gende dor\u00e9e<\/em><\/h2>\n<p>Nous connaissons cependant de formidables galeries de saints qui semblent \u00e0 premi\u00e8re vue disposer de singularit\u00e9s et d\u2019identit\u00e9s propres et s\u00e9par\u00e9es du\u00a0<em>tout<\/em>\u00a0divin.\u00a0<em>La l\u00e9gende dor\u00e9e<\/em><sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-5\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-5\">5<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\"> \u00ab\u00a0<em>La L\u00e9gende dor\u00e9e<\/em>\u00a0(<em>Legenda aurea<\/em>\u00a0en latin) est un ouvrage r\u00e9dig\u00e9 en latin entre\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1261\">1261<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1266\">1266<\/a>\u00a0par\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_de_Voragine\">Jacques de Voragine<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ordre_des_Pr%C3%AAcheurs\">dominicain<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Archidioc%C3%A8se_de_G%C3%AAnes\">archev\u00eaque de G\u00eanes<\/a>, qui raconte la vie d&rsquo;environ 150 saints ou groupes de\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Saint\">saints<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sainte\">saintes<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Martyr\">martyrs<\/a>\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chr%C3%A9tien\">chr\u00e9tiens<\/a>, et, suivant les dates de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ann%C3%A9e_liturgique\">ann\u00e9e liturgique<\/a>, certains \u00e9v\u00e9nements de la vie du\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J%C3%A9sus_de_Nazareth\">Christ<\/a>\u00a0et de la\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marie_de_Nazareth\">Vierge Marie<\/a>\u00a0\u00bb (Wikip\u00e9dia. 10 octobre 2016. \u00ab\u00a0<em>La L\u00e9gende dor\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb. [En ligne.] &lt;https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_L\u00e9gende_dor\u00e9e&gt;.<\/span>, par exemple, r\u00e9unit les r\u00e9cits populaires sur les vies et destins de saints divers. La rumeur populaire constitutive de la litt\u00e9rature orale du Moyen-\u00c2ge, issue de contes de villages et de r\u00e9cits familiaux, dresse une v\u00e9ritable l\u00e9gion de saints. Cette orature, v\u00e9ritable panth\u00e9on de\u00a0<em>personas\u00a0<\/em>bibliques s\u00e9rielles dont l\u2019embellissement naturel atteint parfois de tels points que les pr\u00eatres eux-m\u00eames se les appropriaient pour les sermons, marqua durablement la pratique m\u00e9di\u00e9vale de la religion en r\u00e9injectant vraisemblablement de la pluralit\u00e9 dans l\u2019unicit\u00e9 du\u00a0<em>tout<\/em>\u00a0divin. De regroupements de pr\u00eatres qui s\u2019\u00e9changent des recettes en conventions de moines d\u00e9battant de comm\u00e9rages sur les saints, et de s\u00e9minaires cl\u00e9ricaux en rassemblements de copistes, les r\u00e9cits rejoignaient l\u2019\u00e9paisse reliure de la chair scolastique \u2013 et puis cela renouvelait les marges de man\u0153uvre de ces moines-\u00e9crivains<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-6\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-6\">6<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">La litt\u00e9rature a longtemps trouv\u00e9 sa libert\u00e9 dans la r\u00e9invention et l\u2019embellissement auxquels s\u2019adonnaient dans une plus ou moins large mesure les moines copistes. Charg\u00e9s de reproduire des ouvrages, certains s\u2019autorisaient quelques\u00a0<em>licences<\/em>\u00a0po\u00e9tiques sur la forme et, parfois m\u00eame, sur le fond. Il est ainsi fort rare que les moines copistes fussent de parfaits petits scribes qui se privaient d\u2019intervenir sur le texte qu\u2019ils recopiaient. <\/span>. De cette d\u00e9multiplication de b\u00e9at.e.s et martyr.e.s en peinture d\u2019or, nous tirerons une observation admirable : la\u00a0<em>L\u00e9gende dor\u00e9e\u00a0<\/em>a cristallis\u00e9 un temps tr\u00e8s fort de \u00ab\u2009<em>mythologisation chr\u00e9tienne<\/em>\u2009\u00bb.<\/p>\n<h2>La mythologie chr\u00e9tienne comme <em>action <\/em>et<em> intelligence <\/em>po\u00e9tiques<\/h2>\n<p>Cette \u00ab\u2009mythologisation\u2009\u00bb des textes chr\u00e9tiens est une action et une intelligence de la po\u00e9tique. La m\u00e9taphysique kantienne r\u00e9volutionne le rapport au savoir et se pose en action et en intelligence de celui-ci. \u00c0 l\u2019instar de cette derni\u00e8re, la mythologisation des textes chr\u00e9tiens, assimilable aujourd\u2019hui aux\u00a0<em>fans fictions<\/em>, installe la variation po\u00e9tique de quelques myth\u00e8mes \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du dogme th\u00e9ologique, r\u00e9volution formidablement riche de potentiels infinis (c\u2019est-\u00e0-dire la litt\u00e9rature moderne). Ainsi la biographie du saint s\u2019est-elle fait pr\u00e9texte d\u2019une activit\u00e9 po\u00e9tique<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-7\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-7\">7<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">\u00c0 prendre au sens du grec ancien verbal\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/%252525CF%25252580%252525CE%252525BF%252525CE%252525AF%252525CE%252525B7%252525CF%25252583%252525CE%252525B9%252525CF%25252582%23grc\">\u03c0\u03bf\u03af\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2<\/a>\u00a0(<em>po<\/em><em>\u00ed\u00ea<\/em><em>sis<\/em>), d\u00e9signant l\u2019action de faire\u00a0: par extension, le verbe\u00a0<em>cr\u00e9er<\/em>. <\/span> populaire et le clerg\u00e9 ne s\u2019y est pas oppos\u00e9, lui-m\u00eame impr\u00e9gn\u00e9 de cet engouement pour l\u2019invention et la cr\u00e9ation de nouveaux sch\u00e8mes narratifs, en marge des s\u00e9v\u00e8res textes de la foi. L\u2019\u00c9glise politique a saisi l\u2019occasion de produire des r\u00e9cits interm\u00e9diaires, plus accessibles \u00e0 ses ouailles, depuis longtemps exclues des messes latines.<\/p>\n<p>\u00a0Rappelons l\u2019\u00e9tymologie probable du terme moderne \u00ab\u2009religion\u2009\u00bb : il pourrait d\u00e9couler du <em>religere <\/em>latin, signifiant \u00ab\u2009<em>relier<\/em>\u2009\u00bb. La religion est support de lien \u2013 social, spirituel, politique, id\u00e9ologique, mais lien. De m\u00eame qu\u2019aujourd\u2019hui la fresque d\u2019une s\u00e9rie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e moderne entretient un imaginaire collectif, la <em>Legenda aurea <\/em>a produit un r\u00e9cit fonctionnel, signifiant, qui est inscriptible dans le quotidien populaire, am\u00e9nageant ainsi l\u2019espace spirituel chr\u00e9tien par la variation de masques du sous-divin dans et par une actualisation de l\u2019alphabet religieux \u2013 une s\u00e9miotique du spirituel chr\u00e9tien.<\/p>\n<h2>Une variation pour retrouver l\u2019identique<\/h2>\n<p>On pourrait entendre le saint comme \u00e9tant l\u2019homme-<em>partie accomplie <\/em>de Dieu; le saint comme <em>accomplissement <\/em>du divin en l\u2019homme. Il ne s\u2019agit pas d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9, puisque c\u2019est la promesse de l\u2019homme vertueux que de s\u2019accomplir ainsi et d\u2019atteindre l\u2019apoth\u00e9ose \u2013 r\u00e9conciliation de la partie d\u2019essence avec le tout ontologique premier. Ces saints deviennent des unit\u00e9s du mythe biblique et peuvent \u00eatre \u00e9tudi\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment, ensemble, peu importe; ils ne contreviennent pas \u00e0 l\u2019essence totalisante de Dieu.<\/p>\n<p>En somme, cette approche est tout \u00e0 fait compatible avec l\u2019ex\u00e9g\u00e8se. Les saints n\u2019en deviennent pas pour autant des\u00a0<em>personnages bibliques<\/em>\u00a0puisqu\u2019ils interagissent depuis ou vers l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019unit\u00e9 divine. Ils sont \u00e0 la fois passagers de la Gr\u00e2ce et r\u00e9alisation du voyage de la vertu<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-8\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-8\">8<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">C\u2019est la question d\u2019une discipline th\u00e9ologique autonome : la sot\u00e9riologie, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la question du salut de l\u2019\u00e2me. <\/span>. Nous observons \u00e0 quel point la th\u00e9ologie ne pr\u00e9voit pas du tout d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 herm\u00e9neutique : Dieu\u00a0<em>est<\/em>. Les saints sont\u00a0<em>parties<\/em>\u00a0du tout divin, monades solitaires dans l\u2019architecture monadale qui forme \u00ab\u2009l\u2019archimonade\u2009\u00bb (Dieu), pour r\u00e9f\u00e9rer au mod\u00e8le de Leibniz. Ils ne sont pas alt\u00e9rit\u00e9, ils sont prolongement potentiel du\u00a0<em>tout\u00a0<\/em>divin. Les saints sont des avatars singuliers et diff\u00e9rents qui r\u00e9pandent tous une m\u00eame essence divine. Cela correspondrait sur le plan mythodynamique \u00e0 la d\u00e9finition ricaldienne<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-9\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-9\">9<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">De la th\u00e9orie herm\u00e9neutique du philosophe Paul Ric\u0153ur. Cf. notamment Paul Ric\u0153ur. 1996.\u00a0<em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil. Le\u00a0<em>soi<\/em>\u00a0y est en d\u00e9compos\u00e9 en deux parts : l\u2019<em>idem<\/em>\u00a0et l\u2019<em>ipse<\/em>. L\u2019<em>idem<\/em>\u00a0est cette part de soi qui ne varie jamais et qui constitue donc le socle identitaire, tandis que l\u2019<em>ipse\u00a0<\/em>est un soi en perp\u00e9tuel mouvement. L\u2019<em>idem<\/em>\u00a0est un refus de toute alt\u00e9rit\u00e9 dans le soi, alors que l\u2019<em>ipse<\/em>\u00a0 fonctionne et se m\u00e9tamorphose \u00e0 partir de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. <\/span> de l\u2019ips\u00e9it\u00e9 : un soi qui n\u2019est plus un m\u00eame. Le soi actif que Paul Ric\u0153ur appelle\u00a0<em>ips\u00e9it\u00e9<\/em>, voil\u00e0 une activit\u00e9 de d\u00e9passement de l\u2019<em>idem<\/em>\u00a0(la m\u00eamet\u00e9); l\u2019ips\u00e9it\u00e9 serait, en somme, le refus d\u2019un enfermement dans l\u2019essence pure<em>.\u00a0<\/em>L\u2019ips\u00e9it\u00e9 agirait contre l\u2019immobilisme et tendrait \u00e0 produire de l\u2019\u00e9volution de soi, de la variation dans l\u2019essence. Ce combat de la m\u00eamet\u00e9 se r\u00e9aliserait par la qu\u00eate de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en soi. Les saints ne produisent aucune alt\u00e9rit\u00e9 vis-\u00e0-vis du tout divin : ils sont des parcelles de l\u2019essence divine, des accomplissements. Si toutefois l\u2019identit\u00e9-m\u00eamet\u00e9 d\u00e9cline l\u2019accomplissement du projet divin en identit\u00e9-ips\u00e9it\u00e9 par les anecdotes des existences humaines (les saints), ceux-ci ne sont pas des\u00a0<em>m\u00eames\u00a0<\/em>parfaits de Dieu \u2013 et pour cause, ils sont hommes! \u2013 mais des\u00a0<em>instantan\u00e9s\u00a0<\/em>du soi divin. Quoiqu\u2019ils fonctionnent sur l\u2019ips\u00e9it\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire sur l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 op\u00e9rante, il semble bien que les saints ne soient pas des\u00a0<em>autres\u00a0<\/em>mais des \u00e9chos de la m\u00eamet\u00e9 divine. Ils ne sont autres qu\u2019en tant qu\u2019ils sont de nature humaine. Les saints, en somme, sont des m\u00eames imparfaits de Dieu.<\/p>\n<p>On y lit des parcelles de la substance universelle divis\u00e9e,\u00a0<em>occurrences du soi\u00a0<\/em>et\u00a0<em>m\u00eames<\/em>\u00a0du\u00a0<em>tout\u00a0<\/em>divin dans des illustrations mortelles. Mais toujours s\u2019y exprime l\u2019univocit\u00e9 de l\u2019essence dans une variation des formes \u2013 les diff\u00e9rentes biographies des diff\u00e9rents saints. \u00c0 la mort du saint, il y a\u00a0<em>r\u00e9conciliation\u00a0<\/em>\u00e0 une ips\u00e9it\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9e de toute alt\u00e9rit\u00e9, une ips\u00e9it\u00e9 qui retrouve le cours de sa m\u00eamet\u00e9. En ce sens, le christianisme est une religion hors de l\u2019histoire : le salut est la qu\u00eate d\u2019une m\u00eamet\u00e9. Sans \u00e9volution, sans cours anecdotique, sans\u00a0<em>\u00e9v\u00e9nements<\/em>, nous nous trouvons dans l\u2019\u00e9ternel temporel des essences sans histoire.<\/p>\n<h2>L\u2019actant diabolique<\/h2>\n<p>Si tout ce qui a \u00e2me est divin, et si l\u2019esprit est cette volont\u00e9 de retrouver la nature divine \u2013 activit\u00e9 de l\u2019\u00e2me, comme la m\u00e9taphysique est une activit\u00e9 du savoir et la mythologie chr\u00e9tienne une intelligence po\u00e9tique \u2013, comment expliquer l\u2019\u00e9l\u00e9ment diabolique? Et surtout, comment le justifier? Suspendons cette question un instant et r\u00e9fl\u00e9chissons \u00e0 l\u2019absence d\u2019ontologie du diable. Observer une quelconque ontologie diabolique, c\u2019est doter le diable d\u2019une<em>\u00a0essence<\/em>, et d\u2019une \u00e2me alors dissoci\u00e9e du divin. Le diable n\u2019aspire pas du tout \u00e0 le rejoindre : il est d\u00e9chu, et il emporte avec lui toute \u00e2me. Il est sorti,\u00a0<em>\u00e0 jamais<\/em>, de la Gr\u00e2ce puisque, par quelque insoutenable p\u00e9ch\u00e9, il s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9 lui-m\u00eame hors du royaume de Dieu. En \u00e9tablissant son r\u00e8gne hors de Dieu, l\u2019ange qu\u2019il \u00e9tait (peut-\u00eatre l\u2019ancien Sama\u00ebl<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-10\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-10\">10<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Cette mention de Sama\u00ebl est un pur produit mythologique : que ce soit dans les<em>\u00a0Livres<\/em>\u00a0d\u2019Isa\u00efe ou le\u00a0<em>Livre<\/em>\u00a0d\u2019Ezechiel de l\u2019Ancien Testament, il n\u2019est pas fait mention du nom de l\u2019ange d\u00e9chu. Y sont seulement relat\u00e9es les caract\u00e9ristiques de la Chute et le motif du ch\u00e2timent. <\/span>) devint dans le monde une essence<em>\u00a0d\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de Dieu \u00e9tait bannie<\/em>\u00a0\u2013 tr\u00e8s vite, cette essence se fit lieu et ce lieu se hi\u00e9rarchisa dans une v\u00e9ritable cartographie issue des cultes antiques. La confusion entre le diable comme essence\/\u00e2me<em>\u00a0d\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de Dieu \u00e9tait bannie<\/em>\u00a0et l\u2019Enfer comme lieu\/s\u00e9jour du diable s\u2019enracina d\u00e8s le XIV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, entre autres dans\u00a0<em>La divine com\u00e9die<\/em>\u00a0du chr\u00e9tien Dante, qui vivait dans une culture propice au recyclage des myth\u00e8mes romains dans le christianisme<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-11\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-11\">11<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Il n\u2019y aurait qu\u2019\u00e0 prendre, pour trait le plus frappant de cette filiation, la place donn\u00e9e au po\u00e8te latin pr\u00e9-chr\u00e9tien Virgile dans les chants \u00ab\u00a0L\u2019Enfer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Le Purgatoire\u00a0\u00bb, avant qu\u2019il ne c\u00e8de la place \u00e0 B\u00e9atrice dans les chants du Paradis, lieu o\u00f9 le po\u00e8te non baptis\u00e9 ne pouvait esp\u00e9rer entrer.\u00a0<em>Entrer<\/em>, comme en un s\u00e9jour. <\/span>. Encore aujourd\u2019hui, la tradition, largement relay\u00e9e par la mythologie biblique, fait du diable le roi d\u2019une terre. Ce royaume n\u2019\u00e9tait cependant qu\u2019un th\u00e9or\u00e8me efficace\u00a0: essence\/\u00e2me\/s\u00e9jour d\u2019o\u00f9 Dieu est banni.<\/p>\n<p>Ainsi, le diable int\u00e8gre le corpus biblique. Le diable n\u2019est rien de plus qu\u2019un murmure traversant la Bible : tout au plus une quarantaine d\u2019occurrences<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-12\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-12\">12<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">\u00c0 ce propos, lire l\u2019avant-propos de l\u2019ouvrage dirig\u00e9 par Fran\u00e7oise Lavocat, Pierre Kapitaniak et Marianne Closson. 2007.\u00a0<em>Fictions du diable<\/em>. Gen\u00e8ve\u00a0: Librairie Droz. <\/span>. Les deux tiers d\u2019entre elles appartiennent \u00e0 l\u2019Ancien Testament. Le Nouveau, quant \u00e0 lui, ne parle qu\u2019\u00e9pisodiquement d\u2019un \u00ab\u2009prince de ce monde\u2009\u00bb, par opposition \u00e0 J\u00e9sus-Christ, \u00ab\u2009prince de la vie\u2009\u00bb, sur lequel Jules Michelet \u00e9crivit certaines pages<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-13\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-13\">13<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Dans le livre\u00a0<em>La Sorci\u00e8re<\/em>, consid\u00e9r\u00e9 par son auteur comme le meilleur qu\u2019il ait jamais \u00e9crit. Extraordinaire travail de vulgarisation diachronique et po\u00e9tique sur la g\u00e9n\u00e9alogie et les m\u00e9tamorphoses du mod\u00e8le de la sorci\u00e8re jusqu\u2019au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. <\/span>. Dans ces diff\u00e9rents textes, le diable a bien des noms : l\u2019Adversaire, la B\u00eate, le Satan, l\u2019Autre\u2026<\/p>\n<p>Nous y voil\u00e0! La seule trace d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 th\u00e9ologique ou ontologique<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-14\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-14\">14<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Ontologique au sein d\u2019une lecture \u00e9pist\u00e9mologique des \u00c9critures, soigneusement tenue hors de toute probl\u00e9matique de croyance. <\/span> est incarn\u00e9e par le personnage du diable. Or, la Chute, ou la \u00ab\u2009<em>descente aux enfers\u2009<\/em>\u00bb du diable produit une cons\u00e9quence double qu\u2019il ne faut pas n\u00e9gliger : d\u2019abord ontog\u00e9n\u00e9tique, puis phylog\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h2>Point de vue ontog\u00e9n\u00e9tique<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-15\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-15\">15<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Relatif ou propre \u00e0 l&rsquo;ontog\u00e9n\u00e8se, c\u2019est-\u00e0-dire le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement de l\u2019individu tant mental que physique, depuis sa premi\u00e8re forme embryonnaire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat adulte, par opposition au d\u00e9veloppement de l\u2019esp\u00e8ce (phylog\u00e9n\u00e8se) \u00bb (Andr\u00e9 Lalande (dir.). 2010. <em>Vocabulaire technique et critique de la philosophie.<\/em> <em>3<sup>e<\/sup> \u00e9dition. <\/em>Paris\u00a0: PressesUuniversitaires de France, p. 714). <\/span>\u00a0sur le diable<\/h2>\n<p>Dans un premier temps et conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019\u00e9tymologie du mot \u00ab\u2009diable<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-16\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-16\">16<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">Du grec ancien \u03b4\u03b9\u03ac\u03b2\u03bf\u03bb\u03bf\u03c2,\u00a0<em>diabolos<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0qui d\u00e9sunit\u00a0\u00bb), d\u00e9riv\u00e9 de \u03b4\u03b9\u03b1\u03b2\u03ac\u03bb\u03bb\u03c9,\u00a0<em>diaballo<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0d\u00e9sunir; calomnier\u00a0\u00bb). <\/span>\u2009\u00bb, cette chute implique une\u00a0<em>division.<\/em>\u00a0Par l\u2019\u00e9tablissement de son propre royaume, le diable r\u00e9v\u00e8le une fracture th\u00e9ologique dans le tout divin. \u00c9videmment, pour qu\u2019il y ait un en haut et un en bas, une cit\u00e9 c\u00e9leste et un monde souterrain, il faut une dualit\u00e9 d\u2019essence. Peut-\u00eatre que l\u2019accent, th\u00e9ologique, a trop souvent \u00e9t\u00e9 mis sur la di\u00e9g\u00e8se diabolique et sur son insertion actantielle; c\u2019est-\u00e0-dire comme support po\u00e9tique d\u2019un personnage biblique s\u2019opposant \u00e0 Dieu dans une fresque narrative, dans la mythologisation chr\u00e9tienne. Que ce soit en effet dans une narration ou simplement dans des r\u00e9flexions cosmogoniques, l\u2019\u00e9tymologie du grec ancien\u00a0<em>\u03b4\u03b9\u03ac\u03b2\u03bf\u03bb\u03bf\u03c2<\/em>\u00a0a souvent re\u00e7u la division comme une intention. Le diable aurait vocation et plaisir \u00e0 diviser. En quelque sorte, il\u00a0<em>veut\u00a0<\/em>l\u2019action n\u00e9faste, d\u00e9structurante, c\u2019est-\u00e0-dire le mal. Alors cette volont\u00e9 ferait du diable, dans le r\u00e9cit de foi,\u00a0<em>l\u2019antagoniste\u00a0<\/em>actantiel de la r\u00e9conciliation de l\u2019ips\u00e9it\u00e9 dans la m\u00eamet\u00e9. Le diable se pose donc en acteur de la division, en sujet de l\u2019action qui divise.<\/p>\n<p>En s\u2019int\u00e9ressant plut\u00f4t \u00e0 l\u2019ontologie du diable, on peut tout \u00e0 fait relier cette \u00e9tymologie au\u00a0<em>ph\u00e9nom\u00e8ne<\/em>\u00a0et non plus \u00e0 son intention. Le diable, non plus comme acteur mais comme manifestation d\u2019une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: ce ne serait pas que le diable nourrirait l\u2019ambition de diviser, mais plut\u00f4t que\u00a0<em>la seule potentialit\u00e9 du diable<\/em>\u00a0serait un argument d\u00e9cisif de division. Ce dont le diable est la manifestation : voil\u00e0 ce qu\u2019est la division.<\/p>\n<p>Nous y reviendrons lorsque nous aborderons les apparitions litt\u00e9raires du mythe de Faust, mais il y a l\u00e0 quelque chose de l\u2019ordre de l\u2019\u00e9chec t\u00e9l\u00e9ologique : le diable est un myth\u00e8me signifiant, au c\u0153ur d\u2019un vaste alphabet ph\u00e9nom\u00e9nologique. En d\u2019autres termes, c\u2019est un symbole singulier dans une for\u00eat de manifestations. Son apparition annonce que d\u2019un cadavre id\u00e9ologique viendra le renouveau prochain. Cette m\u00e9tamorphose, cette chrysalide de corruption, sera \u00e0 l\u2019origine d\u2019un d\u00e9doublement susceptible de r\u00e9pondre \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 phylog\u00e9n\u00e9tique d\u2019\u00e9voluer, partageant le bon grain de l\u2019ivraie et passant, syst\u00e9matiquement, du savoir au vouloir, de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique. Le diable pourrait donc \u00eatre, mieux que l\u2019agent de la division, le signe et le support de cette division, dont l\u2019agent resterait somme toute tr\u00e8s humain. D\u00e8s lors, nous parlerions d\u2019un alchimiste qui \u00ab\u2009<em>invoque<\/em>\u2009\u00bb le diable, Faust.<\/p>\n<h2>Action phylog\u00e9n\u00e9tique du diable<\/h2>\n<p>Dans un second temps \u2013 th\u00e9ologique \u2013 et puisque le diable revendique <em>ce monde<\/em>, il est impossible de r\u00e9concilier le monde \u00e0 Dieu sans action. Il faut mener une lutte et <em>affronter <\/em>l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. On ne saurait l\u2019ignorer. Savoir Dieu \u2013 avoir la foi \u2013 ne suffit plus, il faut <em>vouloir <\/em>Dieu \u2013 expier la faute<em>. <\/em>C\u2019est l\u00e0 un point tr\u00e8s important que le passage du \u00ab\u2009savoir\u2009\u00bb au \u00ab\u2009vouloir\u2009\u00bb puisque ses conditions ont produit les grandes questions de l\u2019anthropologie : comment l\u2019homme est-il pass\u00e9 de l\u2019intuition \u00e0 la d\u00e9cision, de la survie \u00e0 la planification, de l\u2019\u00e9tant-l\u00e0 \u00e0 l\u2019existence, etc.\u00a0? L\u2019expression active de cette volont\u00e9 de Dieu constitue la somme des actes de foi et tend \u00e0 faire progresser toujours plus avant la compr\u00e9hension du divin. En quelque sorte, il s\u2019agit ni plus ni moins de <em>renoncer <\/em>\u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 ontologique du diable pour se r\u00e9concilier \u00e0 l\u2019essence absolue, th\u00e9ologique, divine. Et pourtant, l\u2019objet de l\u2019existence peut ne pas \u00eatre cette r\u00e9conciliation. C\u2019est la question du libre arbitre : tout individu est libre de <em>vouloir <\/em>ou de <em>refuser <\/em>la r\u00e9conciliation, c\u2019est-\u00e0-dire de renoncer au diable ou de renoncer \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p>Or, refusant Dieu, l\u2019\u00e2me cesse d\u2019appartenir au tout divin au point de s\u2019en d\u00e9tacher pour \u00e9chouer dans le giron de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, ici scell\u00e9e du sourire diabolique. L\u2019absence de temporalit\u00e9 \u2013 l\u2019\u00e9ternit\u00e9 divine \u2013 s\u2019estompe dans la perspective d\u2019un tel refus; puisque la mort de tout un chacun, au contraire de celle des saints, devient une fin, en l\u2019absence de r\u00e9conciliation, la naissance se fait d\u00e9but <sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-17\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-17\">17<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\"> De ce point de vue, la f\u00eate chr\u00e9tienne de No\u00ebl est un malentendu formidable : depuis quand la naissance est-elle un d\u00e9but? Pour la th\u00e9ologie, la naissance n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9requis au d\u00e9but v\u00e9ritable de toute \u00e2me : l\u2019apoth\u00e9ose et la r\u00e9union de l\u2019\u00e2me et de Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire la mort. <\/span>. L\u2019existence comme unit\u00e9 primordiale de temps appara\u00eet. Le diable, en tant qu\u2019il est une\u00a0<em>alternative<\/em>\u00a0\u00e0 l\u2019anhistoricit\u00e9 du temps divin, est plus qu\u2019une simple alt\u00e9rit\u00e9 th\u00e9ologique et se fait alt\u00e9rit\u00e9 radicale : d\u2019espace, d\u2019essence\u00a0<em>et de temps<\/em>. Il produit un nouveau temps que nous appelons\u00a0<em>historique<\/em>.\u00a0<em>Le Livre de l\u2019Apocalypse\u00a0<\/em>dans lequel saint Jean annonce le r\u00e8gne d\u00e9finitif du diable sur le monde est de ce point de vue fort paradoxal. En effet, la\u00a0<em>fin des temps<\/em>\u00a0et le Jugement dernier y sont annonc\u00e9s : toutes les \u00e2mes seront jug\u00e9es par J\u00e9sus-Christ et rejoindront la c\u00e9leste m\u00eamet\u00e9 ou demeureront coinc\u00e9es sur la Terre \u00e0 jamais, \u00e9clatements d\u2019ips\u00e9it\u00e9s sans r\u00e9conciliation possible. En un sens, il s\u2019agit moins de la fin\u00a0<em>des\u00a0<\/em>temps que de la fin<em>\u00a0d\u2019un<\/em>\u00a0temps : celui pendant lequel le compteur spirituel tourne. Apr\u00e8s quoi, tout cesse et chaque espace atemporel \u00e9voluera, nettement s\u00e9par\u00e9 de \u00ab\u2009l\u2019autre\u2009\u00bb : le divin en haut, le d\u00e9moniaque en bas. Jusque dans le rapport \u00e0 l\u2019historicit\u00e9, le diable incarnerait ou permettrait donc l\u2019\u00e9mergence de cette alt\u00e9rit\u00e9<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-18\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-18\">18<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\">Bien entendu, le d\u00e9doublement diabolique ne doit pas se recevoir comme un \u00e9chec du monisme \u00e0 la faveur du dualisme, mais comme la d\u00e9multiplication potentiellement infinie des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9doublement, et ce, \u00e0 tous les niveaux de l\u2019\u00eatre humain. Le principe d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 diabolique est action\u00a0<em>et<\/em>\u00a0incarnation d\u2019alt\u00e9rit\u00e9. <\/span> absente du seul discours th\u00e9ologique.<\/p>\n<h2>L\u2019enjeu du merveilleux<\/h2>\n<p>La dynamique m\u00eame du monoth\u00e9isme centralise et structure en une seule entit\u00e9 les diff\u00e9rentes ressources du merveilleux : r\u00eave, espoir, aspiration au sublime, qu\u00eate du sublime, etc. Le christianisme, pour sa part, a fonctionn\u00e9 \u00e0 partir des \u00e9nergies dispers\u00e9es et pr\u00e9existantes, r\u00e9cup\u00e9rant les \u00e9l\u00e9ments h\u00e9t\u00e9roclites des paganismes gr\u00e9co-romains et des premiers \u00e9l\u00e9ments de la philosophie m\u00e9di\u00e9vale<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-19\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-19\">19<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\">Avec quatre temps qui se d\u00e9clinent sur le mod\u00e8le historique : 1- Moyen-\u00c2ge pr\u00e9coce (512-768); 2- Haut-Moyen-\u00c2ge (768-1024); 3- Moyen-\u00c2ge central (1024-1280); et enfin 4- Bas-Moyen-\u00c2ge (1280-1492). Nous \u00e9voquons surtout ici les deux premiers temps (512-1024), durant lesquels la scolastique a connu une plasticit\u00e9 importante et une mobilit\u00e9 philosophique tr\u00e8s int\u00e9ressante. Il s\u2019agit d\u2019un temps o\u00f9 philosophie et th\u00e9ologie se confondaient, la th\u00e9ologie n\u2019\u00e9tant encore qu\u2019une base adjectivale pour parler de \u00ab\u00a0philosophie m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb traitant de la nature de Dieu. <\/span> pour produire une v\u00e9ritable\u00a0<em>incarnation vivante<\/em>\u00a0de la philosophie qui fut homog\u00e8ne et stable (Boulnois, 2009, 10-29). Il a donc fallu produire un r\u00e9cit et en faire une ex\u00e9g\u00e8se, dont la force centrip\u00e8te articula la grande complexit\u00e9 de cet affrontement, au profit d\u2019une inclusion qui prit \u00e0 charge et le \u00ab\u2009savoir\u2009\u00bb et le \u00ab\u2009vouloir\u2009\u00bb; et la foi et l\u2019existence.<\/p>\n<h2>L\u2019alt\u00e9rit\u00e9 de Faust<\/h2>\n<p>Johan Fust ou Johanus Faustus est un banquier tout \u00e0 fait diabolique. C\u2019est au XV<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle qu\u2019il pr\u00eate sans doute une tr\u00e8s forte somme d\u2019argent \u00e0 un inventeur brillant mais d\u00e9sargent\u00e9 qui ne parviendra jamais \u00e0 rembourser sa dette : le malheureux Gutemberg. Ruin\u00e9, ce dernier perd la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle \u2013 et donc les retomb\u00e9es financi\u00e8res \u2013 de sa merveilleuse machine, et Faust ou Fust devient le propri\u00e9taire de la premi\u00e8re imprimerie \u00e0 caract\u00e8res mobiles. L\u2019alchimiste Faust entre en sc\u00e8ne en m\u00eame temps que la R\u00e9forme, \u00e0 la fin du Moyen-\u00c2ge, et entame une existence dont les romantiques allemands feront l\u2019un des plus grands mythes de la modernit\u00e9 occidentale. L\u2019apparition de l\u2019alchimiste invoquant le diable, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 radicale \u2013 ontog\u00e9n\u00e9tique et phylog\u00e9n\u00e9tique \u2013, ne co\u00efncide pas avec l\u2019invention de l\u2019imprimante \u00e0 caract\u00e8res mobiles par hasard. Si \u00ab\u2009la carte n\u2019est pas le territoire<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-20\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-20\">20<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\">C\u2019est-\u00e0-dire, pour faire un tr\u00e8s bref passage par\u00a0<em>La critique de la raison pure,<\/em>\u00a0que nous ne connaissons pas les choses en soi, mais simplement leurs ph\u00e9nom\u00e8nes. Si le ph\u00e9nom\u00e8ne signifie bien la chose qui est \u00e0 sa source, la chose n\u2019est toutefois que telle que le ph\u00e9nom\u00e8ne la fait appara\u00eetre au sujet. Un aveugle et un sourd recevront diff\u00e9remment un m\u00eame objet, par exemple. <\/span>\u2009\u00bb, comme le disait Alfred Korzybski, il n\u2019emp\u00eache que, dans le cas de notre h\u00f4te allemand, le ph\u00e9nom\u00e8ne est tout \u00e0 fait \u00e0 l\u2019image du processus. Faust (en polymathe) aspire \u00e0 d\u00e9border des limites du genre humain; sujet fini, il vise \u00e0 l\u2019infini, pour reprendre l\u2019opposition des m\u00e9ditations cart\u00e9siennes. D\u2019autre part, l\u2019imprimante \u00e0 caract\u00e8res mobiles op\u00e8re un v\u00e9ritable saccage du pr\u00e9 carr\u00e9 \u00e9ditorial de l\u2019\u00c9glise : d\u00e9sormais tout un chacun peut se faire fabriquer un livre pour peu qu\u2019il soit suffisamment riche. C\u2019est la toute premi\u00e8re forme d\u2019auto\u00e9dition et la premi\u00e8re arborescence de la libert\u00e9 d\u2019\u00e9crire.<\/p>\n<p>L\u2019alchimiste allemand et l\u2019imprimante \u00e0 caract\u00e8res mobiles vont tous deux profaner un espace\u00a0<em>sacr\u00e9<\/em><sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-21\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-21\">21<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\">Du latin\u00a0<em>sacer<\/em>, qui est vou\u00e9 au sacrifice dans ce monde afin d\u2019atteindre cet espace\u00a0<em>autre<\/em>, espace divin qui n\u2019est pas celui du monde norm\u00e9, mortel; consacr\u00e9 \u00e0 une divinit\u00e9. <\/span> de l\u2019\u00c9glise, et leurs deux actions se superposent : lui, le merveilleux; elle, sa diffusion. L\u2019imprimante sert bient\u00f4t d\u2019artillerie lourde \u00e0 la masse de la litt\u00e9rature profane qui se presse dans l\u2019antichambre du merveilleux et de son r\u00e9cit. Nous assistons rapidement \u00e0 une v\u00e9ritable guerre pour l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019imaginaire, que l\u2019\u00c9glise finit par perdre. Faust en est l\u2019un des grands h\u00e9ros.<\/p>\n<h2>Un cavalier d\u2019apocalypse redondant<\/h2>\n<p>En litt\u00e9rature, par le personnage de Faust, le diable fit figure de\u00a0<em>r\u00e9v\u00e9lateur<\/em>\u00a0d\u2019un triple \u00e9chec t\u00e9l\u00e9ologique. Le projet de civilisation men\u00e9 par les instances politiques de l\u2019Europe occidentale dut, \u00e0 chacun de ces effondrements historiques \u2013 v\u00e9ritables\u00a0<em>chutes\u00a0<\/em>lucif\u00e9riennes hors du temps historique \u2013, se choisir un nouveau support de sens\u00a0<em>religieux<\/em>. Si ces effondrements se manifest\u00e8rent en esth\u00e9tique, le ph\u00e9nom\u00e8ne dans la structure politique n\u2019intervint qu\u2019ensuite : Faust joue le r\u00f4le d\u2019une sorte de manifeste et d\u2019avant-garde.<\/p>\n<p>Au XVI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, deux textes fixent le\u00a0<em>Faust primitif.<\/em>\u00a0Le premier est celui du\u00a0<em>Volkbuch<\/em>\u00a0(<em>Livre du peuple<\/em>) <sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-22\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-22\">22<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"22\">Dont la paternit\u00e9 est incertaine et que les travaux de Jean-Louis Back\u00e8s attribuent \u00e0 Jonas Victor. Cf. \u00a0Jean-Louis Back\u00e8s (\u00e9d.). 2001. \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb.\u00a0<em>L\u2019Histoire de Faustus\u00a0<\/em>suivie de<em>\u00a0La trag\u00e9die de Faustus par Christopher Marlowe<\/em>. Paris\u00a0: Imprimerie Nationale \u00c9ditions, p. 7-26. <\/span>, qui, comme son nom l\u2019indique, \u00e9mane directement d\u2019une tradition essentiellement orale. Le second est une version d\u00e9j\u00e0 beaucoup plus po\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire consciente de sa forme \u2013 et nous irons jusqu\u2019\u00e0 dire\u00a0<em>th\u00e9\u00e2trale<\/em>, au sens d\u2019une\u00a0<em>dualit\u00e9<\/em>, avec un espace\u00a0<em>de<\/em>\u00a0<em>sc\u00e8ne\u00a0<\/em>et un espace\u00a0<em>obsc\u00e8ne\u00a0<\/em>\u2013, celle de Christopher Marlowe. Elle passe g\u00e9n\u00e9ralement (\u00e0 tort) pour la toute premi\u00e8re occurrence litt\u00e9raire d\u2019un commerce avec le diable. Il s\u2019agit, dans le\u00a0<em>Faust primitif<\/em>, de l\u2019effondrement de la co\u00efncidence irr\u00e9futable entre pouvoir cl\u00e9rical et v\u00e9rit\u00e9. L\u2019absolu ne dispara\u00eet pas mais se reporte, et m\u00eame se d\u00e9verse, dans la science et la soif de connaissance. Nous verrons d\u2019ailleurs de quelle fa\u00e7on Marlowe et l\u2019auteur anonyme du\u00a0<em>Volkbuch<\/em>\u00a0annoncent ce transfert des pr\u00e9rogatives philosophiques et politiques vers le savoir. Tout au long du mythe de Faust, il ne cessera jamais d\u2019\u00eatre question de v\u00e9rit\u00e9, de libert\u00e9, de justice et de pouvoir.<\/p>\n<p>Au XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Faust revient et se fait signe ou occasion d\u2019une nouvelle d\u00e9sillusion, culturelle cette fois, chez Klinger et Goethe. Tous deux \u00e9crivent un Faust renon\u00e7ant \u00e0 la philosophie comme vecteur d\u2019absolu, dont ils confient la responsabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019art. La science et la connaissance c\u00e8dent d\u00e9sormais les supports de v\u00e9rit\u00e9, de bonheur et de justice \u00e0 l\u2019art et \u00e0 la po\u00e9sie. La dimension po\u00e9tique est alors porteuse et de libert\u00e9 et de singularit\u00e9. C\u2019est l\u2019\u00e2ge du\u00a0<em>Faust romantique.\u00a0<\/em>Le XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0puis le XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle assument le triomphe litt\u00e9raire et philosophique du diable : d\u2019abord par le seul dialogue faustien puis, tr\u00e8s vite, comme support litt\u00e9raire de pr\u00e9dilection des romantiques. Dans les livres de Milton et Maturin, Lewis, Baudelaire, Vigny, Balzac, Wilde, Cazotte et bien d\u2019autres, les repr\u00e9sentations du diable se d\u00e9clinent selon les besoins des pr\u00e9occupations propres \u00e0 cette \u00e9poque : interroger, attaquer, voire mettre \u00e0 bas, un ordre social bien d\u00e9fini. C\u2019est \u00e0 cette charni\u00e8re esth\u00e9tique que le diable doit son succ\u00e8s contemporain, la prolif\u00e9ration de ses usages litt\u00e9raires, et plus g\u00e9n\u00e9ralement philosophiques, en sch\u00e8me privil\u00e9gi\u00e9 de r\u00e9volution intriqu\u00e9e.<\/p>\n<p>Au XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, les deux auteurs majeurs du\u00a0<em>Faust moderne\u00a0<\/em>attaquent la question de l\u2019utopie et pr\u00e9figurent son \u00e9chec (m\u00eame barbare) comme voie de r\u00e9solution des angoisses individuelles. Thomas Mann et Mikha\u00efl Boulgakov dressent tous deux leurs diables \u2013 devenus, pour le premier, obscur adjuvant; pour le second, v\u00e9ritable lib\u00e9rateur et saint patron du g\u00e9nie litt\u00e9raire \u2013 contre les utopies nazies et sovi\u00e9tiques et en font un principe r\u00e9novateur syst\u00e9matique. Le Faust de Mann triomphe par la dissolution de l\u2019artiste dans son art, \u00e9parpillant l\u2019homme dans l\u2019\u0153uvre et r\u00e9duisant l\u2019angoisse humaine \u00e0 une \u00ab\u2009simple\u2009\u00bb contingence n\u00e9cessaire au processus cr\u00e9atif. Le Faust de Boulgakov, au contraire, se crispe autour de son \u0153uvre et ne s\u2019extraie de l\u2019angoisse humaine que dans la mort, laquelle n\u2019est jamais que la soustraction de l\u2019ordre humain \u00e0 la faveur d\u2019un au-del\u00e0 messianique, v\u00e9ritable havre de repos. Pour tous deux, l\u2019existence est un \u00e9chec sot\u00e9riologique fondamental. Ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019offre d\u2019existence heureuse \u00e0 son h\u00e9ros; l\u2019ath\u00e9isme trouble de Thomas Mann r\u00e9sonne avec la foi conflictuelle de Mikha\u00efl Boulgakov.<\/p>\n<p>Faust, homme pactisant avec le D\u00e9mon, celui qui va et vient entre les mondes, est un motif litt\u00e9raire qui permet aux \u00e9crivains d\u2019une \u00e9poque de briser les limites triviales du monde qui les contraint. Se faisant\u00a0<em>autres<\/em>, ils parviennent \u00e0 survivre \u00e0 leur propre ips\u00e9it\u00e9, qui souffre de ne pas correspondre \u00e0 l\u2019injonction civilisationnelle de m\u00eamet\u00e9 et les torture. Le r\u00e9cit de cet homme qui pactise avec le diable pour enfreindre la loi de Dieu est devenu, en cinq si\u00e8cles, l\u2019occasion pour l\u2019\u00e9crivain de transgresser la loi de sa soci\u00e9t\u00e9 et de choisir la r\u00e9conciliation avec une ips\u00e9it\u00e9 mobile, hypersingularis\u00e9e, unique, oppos\u00e9e au\u00a0<em>tout<\/em>\u00a0du genre humain.<\/p>\n<h2>Le surhomme du devenir autre<\/h2>\n<p>L\u2019alchimiste se pose en surhomme et appelle l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un sous-dieu\u00a0\u2013 le diable, l\u2019adversaire, le malin,\u00a0<em>l\u2019Autre qui n\u2019est pas Dieu\u00a0<\/em>et que Faust convoque en toute connaissance de cause. Le geste renforce le refus, et par lui le sujet assume l\u2019action d\u2019un vouloir qui d\u00e9daigne la r\u00e9conciliation \u2013 afin de donner corps \u00e0 son ambition tendue vers les caract\u00e9ristiques divines<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-23\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-23\">23<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"23\"> C\u2019est-\u00e0-dire devenir \u00e0 son tour le\u00a0<em>causa sui\u00a0<\/em>cart\u00e9sien, c\u2019est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0\u00eatre cause de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, dans lequel on pourrait voir un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019existentialisme chr\u00e9tien. \u00c0 quoi il faut ajouter, selon l\u2019\u00e2ge du r\u00e9cit faustien dont il est question, diff\u00e9rents myth\u00e8mes tels que la gloire, le pouvoir, l\u2019amour, etc., qui sont tous des avatars historiques et antagonistes de la vertu et de la jouissance. <\/span> : d\u2019un \u00ab\u2009<em>je pense<\/em>\u2009\u00bb m\u00e9taphysique, l\u2019alchimiste faustien vise \u00e0 accomplir le \u00ab\u2009<em>je veux\u2009<\/em>\u00bb th\u00e9ologique en l\u2019inscrivant dans ce projet tout anthropologique du \u00ab\u2009<em>je deviens<\/em><sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-24\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-24\">24<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"24\"> C\u2019est-\u00e0-dire un \u00eatre\u00a0<em>en action<\/em>, tout \u00e0 fait libre et \u00e9manation de la volont\u00e9 singuli\u00e8re. \u00c0 propos des interpr\u00e9tations et m\u00e9thodes d\u2019interpr\u00e9tation de ce c\u00e9l\u00e8bre cr\u00e9do nietzsch\u00e9en : Dorian Astor. 2016.\u00a0<em>Deviens ce que tu es<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Autrement. <\/span>\u2009\u00bb. La r\u00e9alisation prend le pas sur la r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>De ce fait, Faust cherche \u00e0 devenir\u00a0<em>autre \u00e0 lui-m\u00eame<\/em>, ips\u00e9it\u00e9 qui use de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 comme pivot, comme charni\u00e8re, comme moyen de propulsion, et inscrit le devenir dans un projet de conscience du vouloir<em>.\u00a0<\/em>D\u00e9form\u00e9 par l\u2019app\u00e9tit de cette qu\u00eate, tenaill\u00e9 par l\u2019<em>hybris<\/em>\u00a0que les anciens attribuaient au Titan Prom\u00e9th\u00e9e<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-25\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"25\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-25\">25<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"25\">Titan qui n\u2019\u00e9tait pas non plus d\u00e9termin\u00e9, ni mortel ni olympien mais\u00a0<em>d\u00e6mon<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00eatre agissant entre les \u00e9tats possibles de l\u2019\u00e9tant et condamn\u00e9 \u00e0 toujours pouvoir\u00a0<em>devenir<\/em>. <\/span>, Faust fait un pacte avec le diable : il refuse de s\u2019enfermer dans le cercle de ce qu\u2019il sait\/est\/peut d\u00e9j\u00e0 et cherche \u00e0 jeter son regard hors du cadre qui limite son existence. Il tend \u00e0 reproduire hors de lui ce qu\u2019il contient d\u00e9j\u00e0. C\u2019est une qu\u00eate de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 en soi,\u00a0<em>devenir autre en soi.<\/em>\u00a0Quoi de plus sens\u00e9, en d\u00e9finitive, qu\u2019un pacte avec le diable \u2013\u00a0<em>l\u2019Autre qui n\u2019est pas Dieu\u00a0<\/em>\u2013 pour ce faire? \u00c0 partir de tout cela, nous pouvons peut-\u00eatre pr\u00e9senter Faust comme un personnage conceptuel moderne<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-26\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"26\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5630\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-26\">26<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"26\"> Puisqu\u2019il r\u00e9cup\u00e8re les attributs prom\u00e9th\u00e9ens transpos\u00e9s \u00e0 la modernit\u00e9 : dont l\u2019<em>hybris<\/em>, le ch\u00e2timent olympien, la philanthropie que les diff\u00e9rentes traditions lui attribuent ou lui contestent, l\u2019exclusion de l\u2019Humanit\u00e9 (le destin interm\u00e9diaire, nous dirons\u00a0<em>d\u00e6monique\u00a0<\/em>ou d\u00e9moniaque), etc. <\/span> de l\u2019effort transcendantal.<\/p>\n<p>En ce sens, peut-il \u00eatre per\u00e7u comme personnage du sujet infini qui, refusant de s\u2019enfermer dans les limites d\u2019un d\u00e9terminant, cherche \u00e0 se retrouver hors de lui-m\u00eame. Objet-sujet d\u2019une qu\u00eate ontologique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0<em>en soi<\/em>, il est ainsi en perp\u00e9tuel mouvement\u00a0: il ne se d\u00e9finit pas par un \u00e9tat, mais par le d\u00e9placement d\u2019un \u00e9tat vers un autre, et ne trouve de sens que dans l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019un accomplissement trop exigeant, trop prestigieux et trop introspectif pour \u00eatre atteint un jour. Ainsi passionn\u00e9 par la qu\u00eate de cette alt\u00e9rit\u00e9 int\u00e9rieure, le sujet ne saurait tourner vers le monde un \u0153il qui ne serait ni inquiet ni euphorique : il ne cesse d\u2019\u00eatre un regard acteur de sa propre alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Refusant la r\u00e9conciliation \u00e0 Dieu, assumant de refuser la foi, le sujet faustien produit une v\u00e9ritable prop\u00e9deutique de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, de sorte qu\u2019il inverse le processus et convertit ce non-\u00ab\u2009vouloir\u2009\u00bb en \u00ab\u2009savoir\u2009\u00bb sublime \u2013, \u00a0et ce, alors m\u00eame que l\u2019interaction avec le diable pr\u00e9suppose la n\u00e9cessit\u00e9 de Dieu. En effet, n\u2019est-ce pas l\u00e0 une r\u00e9conciliation avec le diable, c\u2019est-\u00e0-dire avec le ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9doublement, de complexification, de ramification du processus vital d\u2019o\u00f9 la vie ne peut que jaillir, sous les formes les plus impr\u00e9visibles de l\u2019\u00e9ros et m\u00eame depuis le potentiel cr\u00e9atif de la morbidit\u00e9?<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>ASTOR, Dorian. 2016. <em>Deviens ce que tu es<\/em>. Paris\u00a0: Autrement.<\/p>\n<p>BACK\u00c8S, Jean-Louis (\u00e9d.). 2001. <em>L\u2019Histoire de Faustus <\/em>suivie de<em> La Trag\u00e9die de Faustus par Christopher Marlowe<\/em>. Paris\u00a0: Imprimerie nationale, p.\u00a07-26.<\/p>\n<p>BOULNOIS, Olivier (dir.). 2009. <em>Philosophie et th\u00e9ologie au Moyen-\u00c2ge.<\/em> <em>Tome\u00a0II.<\/em> Paris\u00a0: \u00c9ditions du Cerf.<\/p>\n<p>LALANDE, Andr\u00e9 (dir.). 2010. <em>Vocabulaire technique et critique de la philosophie.<\/em> <em>3<sup>e<\/sup> \u00e9dition.<\/em> Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>RICOEUR, Paul. 1996. <em>Soi-m\u00eame comme un autre.<\/em> Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>TOLEDO, Camille de. 2005. <em>L\u2019inversion de Hieronymus <\/em><em>Bosch<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Marciset, Pierre-Adrien. 2017. \u00abInvoquer l&rsquo;Autre\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5630 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/article-marciset.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 article-marciset.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-81a3d9e4-2ba2-4c40-99ee-c15b5f4b3385\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/article-marciset.pdf\">article-marciset<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/article-marciset.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-81a3d9e4-2ba2-4c40-99ee-c15b5f4b3385\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-1\"><span>1<\/span><div>Camille de Toledo. 2005. <em>L\u2019inversion de Hieronymus <\/em><em>Bosch<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, p. 30.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-2\"><span>2<\/span><div>La th\u00e9ologie parle d\u2019une \u00ab\u00a0intelligence de la foi\u00a0\u00bb, qu\u2019elle a oppos\u00e9 dans un premier temps (avec Bo\u00e8ce, notamment, d\u00e8s le VI<sup>e <\/sup>si\u00e8cle) \u00e0 l\u2019intelligence de la raison, propre aux physiciens. Cette \u00ab\u00a0intelligence de la foi\u00a0\u00bb suppose une bienveillance et une sympathie presque esth\u00e9tiques aux m\u00e9canismes intellectuels de la croyance, n\u00e9cessaires pour envisager l\u2019exp\u00e9rience authentique de la foi. Il s\u2019agit d\u2019une disposition. Il en irait de m\u00eame avec la m\u00e9taphysique kantienne vis-\u00e0-vis du savoir.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-3\"><span>3<\/span><div> \u00ab\u00a0Du grec ancien \u1f55\u03d0\u03c1\u03b9\u03c2,\u00a0<em>h\u00fa<\/em><em>bris<\/em>\u00a0(\u201cexc\u00e8s, d\u00e9mesure, orgueil\u201d)\u00a0\u00bb (Wiktionnaire. 3 janvier 2017. \u00ab\u00a0Hubris\u00a0\u00bb. [En ligne.] &lt;https:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/hubris&gt;<em>.\u00a0<\/em>)  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-3\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 3 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-4\"><span>4<\/span><div>Qui a trait \u00e0 l\u2019ontologie ou qui appartient \u00e0 l\u2019ontologie\u00a0: \u00ab\u00a0Ontologie :\u00a0B. \u00c9tude ou connaissance de ce que sont les choses en elles-m\u00eames, en tant que substances, au sens cart\u00e9sien et leibnizien de ce mot, par opposition \u00e0 l\u2019\u00e9tude de leurs apparences ou de leurs attributs\u00a0\u00bb (Andr\u00e9 Lalande (dir.). 2010.\u00a0<em>Vocabulaire technique et critique de la philosophie.<\/em><em>\u00a03<sup>e<\/sup>\u00a0\u00e9dition.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, p. 715).  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-4\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 4 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-5\"><span>5<\/span><div> \u00ab\u00a0<em>La L\u00e9gende dor\u00e9e<\/em>\u00a0(<em>Legenda aurea<\/em>\u00a0en latin) est un ouvrage r\u00e9dig\u00e9 en latin entre\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1261\">1261<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/1266\">1266<\/a>\u00a0par\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_de_Voragine\">Jacques de Voragine<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ordre_des_Pr%C3%AAcheurs\">dominicain<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Archidioc%C3%A8se_de_G%C3%AAnes\">archev\u00eaque de G\u00eanes<\/a>, qui raconte la vie d&rsquo;environ 150 saints ou groupes de\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Saint\">saints<\/a>,\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sainte\">saintes<\/a>\u00a0et\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Martyr\">martyrs<\/a>\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Chr%C3%A9tien\">chr\u00e9tiens<\/a>, et, suivant les dates de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ann%C3%A9e_liturgique\">ann\u00e9e liturgique<\/a>, certains \u00e9v\u00e9nements de la vie du\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J%C3%A9sus_de_Nazareth\">Christ<\/a>\u00a0et de la\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Marie_de_Nazareth\">Vierge Marie<\/a>\u00a0\u00bb (Wikip\u00e9dia. 10 octobre 2016. \u00ab\u00a0<em>La L\u00e9gende dor\u00e9e<\/em>\u00a0\u00bb. [En ligne.] &lt;https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/La_L\u00e9gende_dor\u00e9e&gt;. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-5\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 5 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-6\"><span>6<\/span><div>La litt\u00e9rature a longtemps trouv\u00e9 sa libert\u00e9 dans la r\u00e9invention et l\u2019embellissement auxquels s\u2019adonnaient dans une plus ou moins large mesure les moines copistes. Charg\u00e9s de reproduire des ouvrages, certains s\u2019autorisaient quelques\u00a0<em>licences<\/em>\u00a0po\u00e9tiques sur la forme et, parfois m\u00eame, sur le fond. Il est ainsi fort rare que les moines copistes fussent de parfaits petits scribes qui se privaient d\u2019intervenir sur le texte qu\u2019ils recopiaient.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-6\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 6 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-7\"><span>7<\/span><div>\u00c0 prendre au sens du grec ancien verbal\u00a0<a href=\"https:\/\/fr.wiktionary.org\/wiki\/%252525CF%25252580%252525CE%252525BF%252525CE%252525AF%252525CE%252525B7%252525CF%25252583%252525CE%252525B9%252525CF%25252582%23grc\">\u03c0\u03bf\u03af\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2<\/a>\u00a0(<em>po<\/em><em>\u00ed\u00ea<\/em><em>sis<\/em>), d\u00e9signant l\u2019action de faire\u00a0: par extension, le verbe\u00a0<em>cr\u00e9er<\/em>.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-7\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 7 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-8\"><span>8<\/span><div>C\u2019est la question d\u2019une discipline th\u00e9ologique autonome : la sot\u00e9riologie, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la question du salut de l\u2019\u00e2me.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-8\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 8 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-9\"><span>9<\/span><div>De la th\u00e9orie herm\u00e9neutique du philosophe Paul Ric\u0153ur. Cf. notamment Paul Ric\u0153ur. 1996.\u00a0<em>Soi-m\u00eame comme un autre<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil. Le\u00a0<em>soi<\/em>\u00a0y est en d\u00e9compos\u00e9 en deux parts : l\u2019<em>idem<\/em>\u00a0et l\u2019<em>ipse<\/em>. L\u2019<em>idem<\/em>\u00a0est cette part de soi qui ne varie jamais et qui constitue donc le socle identitaire, tandis que l\u2019<em>ipse\u00a0<\/em>est un soi en perp\u00e9tuel mouvement. L\u2019<em>idem<\/em>\u00a0est un refus de toute alt\u00e9rit\u00e9 dans le soi, alors que l\u2019<em>ipse<\/em>\u00a0 fonctionne et se m\u00e9tamorphose \u00e0 partir de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-9\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 9 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-10\"><span>10<\/span><div>Cette mention de Sama\u00ebl est un pur produit mythologique : que ce soit dans les<em>\u00a0Livres<\/em>\u00a0d\u2019Isa\u00efe ou le\u00a0<em>Livre<\/em>\u00a0d\u2019Ezechiel de l\u2019Ancien Testament, il n\u2019est pas fait mention du nom de l\u2019ange d\u00e9chu. Y sont seulement relat\u00e9es les caract\u00e9ristiques de la Chute et le motif du ch\u00e2timent.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-10\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 10 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-11\"><span>11<\/span><div>Il n\u2019y aurait qu\u2019\u00e0 prendre, pour trait le plus frappant de cette filiation, la place donn\u00e9e au po\u00e8te latin pr\u00e9-chr\u00e9tien Virgile dans les chants \u00ab\u00a0L\u2019Enfer\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Le Purgatoire\u00a0\u00bb, avant qu\u2019il ne c\u00e8de la place \u00e0 B\u00e9atrice dans les chants du Paradis, lieu o\u00f9 le po\u00e8te non baptis\u00e9 ne pouvait esp\u00e9rer entrer.\u00a0<em>Entrer<\/em>, comme en un s\u00e9jour.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-11\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 11 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-12\"><span>12<\/span><div>\u00c0 ce propos, lire l\u2019avant-propos de l\u2019ouvrage dirig\u00e9 par Fran\u00e7oise Lavocat, Pierre Kapitaniak et Marianne Closson. 2007.\u00a0<em>Fictions du diable<\/em>. Gen\u00e8ve\u00a0: Librairie Droz.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-12\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 12 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-13\"><span>13<\/span><div>Dans le livre\u00a0<em>La Sorci\u00e8re<\/em>, consid\u00e9r\u00e9 par son auteur comme le meilleur qu\u2019il ait jamais \u00e9crit. Extraordinaire travail de vulgarisation diachronique et po\u00e9tique sur la g\u00e9n\u00e9alogie et les m\u00e9tamorphoses du mod\u00e8le de la sorci\u00e8re jusqu\u2019au XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-13\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 13 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-14\"><span>14<\/span><div>Ontologique au sein d\u2019une lecture \u00e9pist\u00e9mologique des \u00c9critures, soigneusement tenue hors de toute probl\u00e9matique de croyance.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-14\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 14 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-15\"><span>15<\/span><div>Relatif ou propre \u00e0 l&rsquo;ontog\u00e9n\u00e8se, c\u2019est-\u00e0-dire le \u00ab\u00a0d\u00e9veloppement de l\u2019individu tant mental que physique, depuis sa premi\u00e8re forme embryonnaire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tat adulte, par opposition au d\u00e9veloppement de l\u2019esp\u00e8ce (phylog\u00e9n\u00e8se) \u00bb (Andr\u00e9 Lalande (dir.). 2010. <em>Vocabulaire technique et critique de la philosophie.<\/em> <em>3<sup>e<\/sup> \u00e9dition. <\/em>Paris\u00a0: PressesUuniversitaires de France, p. 714).  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-15\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 15 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-16\"><span>16<\/span><div>Du grec ancien \u03b4\u03b9\u03ac\u03b2\u03bf\u03bb\u03bf\u03c2,\u00a0<em>diabolos<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0qui d\u00e9sunit\u00a0\u00bb), d\u00e9riv\u00e9 de \u03b4\u03b9\u03b1\u03b2\u03ac\u03bb\u03bb\u03c9,\u00a0<em>diaballo<\/em>\u00a0(\u00ab\u00a0d\u00e9sunir; calomnier\u00a0\u00bb).  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-16\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 16 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-17\"><span>17<\/span><div> De ce point de vue, la f\u00eate chr\u00e9tienne de No\u00ebl est un malentendu formidable : depuis quand la naissance est-elle un d\u00e9but? Pour la th\u00e9ologie, la naissance n\u2019est qu\u2019un pr\u00e9requis au d\u00e9but v\u00e9ritable de toute \u00e2me : l\u2019apoth\u00e9ose et la r\u00e9union de l\u2019\u00e2me et de Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire la mort.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-17\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 17 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-18\"><span>18<\/span><div>Bien entendu, le d\u00e9doublement diabolique ne doit pas se recevoir comme un \u00e9chec du monisme \u00e0 la faveur du dualisme, mais comme la d\u00e9multiplication potentiellement infinie des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9doublement, et ce, \u00e0 tous les niveaux de l\u2019\u00eatre humain. Le principe d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 diabolique est action\u00a0<em>et<\/em>\u00a0incarnation d\u2019alt\u00e9rit\u00e9.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-18\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 18 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-19\"><span>19<\/span><div>Avec quatre temps qui se d\u00e9clinent sur le mod\u00e8le historique : 1- Moyen-\u00c2ge pr\u00e9coce (512-768); 2- Haut-Moyen-\u00c2ge (768-1024); 3- Moyen-\u00c2ge central (1024-1280); et enfin 4- Bas-Moyen-\u00c2ge (1280-1492). Nous \u00e9voquons surtout ici les deux premiers temps (512-1024), durant lesquels la scolastique a connu une plasticit\u00e9 importante et une mobilit\u00e9 philosophique tr\u00e8s int\u00e9ressante. Il s\u2019agit d\u2019un temps o\u00f9 philosophie et th\u00e9ologie se confondaient, la th\u00e9ologie n\u2019\u00e9tant encore qu\u2019une base adjectivale pour parler de \u00ab\u00a0philosophie m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb traitant de la nature de Dieu.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-19\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 19 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-20\"><span>20<\/span><div>C\u2019est-\u00e0-dire, pour faire un tr\u00e8s bref passage par\u00a0<em>La critique de la raison pure,<\/em>\u00a0que nous ne connaissons pas les choses en soi, mais simplement leurs ph\u00e9nom\u00e8nes. Si le ph\u00e9nom\u00e8ne signifie bien la chose qui est \u00e0 sa source, la chose n\u2019est toutefois que telle que le ph\u00e9nom\u00e8ne la fait appara\u00eetre au sujet. Un aveugle et un sourd recevront diff\u00e9remment un m\u00eame objet, par exemple.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-20\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 20 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-21\"><span>21<\/span><div>Du latin\u00a0<em>sacer<\/em>, qui est vou\u00e9 au sacrifice dans ce monde afin d\u2019atteindre cet espace\u00a0<em>autre<\/em>, espace divin qui n\u2019est pas celui du monde norm\u00e9, mortel; consacr\u00e9 \u00e0 une divinit\u00e9.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-21\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 21 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-22\"><span>22<\/span><div>Dont la paternit\u00e9 est incertaine et que les travaux de Jean-Louis Back\u00e8s attribuent \u00e0 Jonas Victor. Cf. \u00a0Jean-Louis Back\u00e8s (\u00e9d.). 2001. \u00ab\u00a0Pr\u00e9sentation\u00a0\u00bb.\u00a0<em>L\u2019Histoire de Faustus\u00a0<\/em>suivie de<em>\u00a0La trag\u00e9die de Faustus par Christopher Marlowe<\/em>. Paris\u00a0: Imprimerie Nationale \u00c9ditions, p. 7-26.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-22\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 22 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-23\"><span>23<\/span><div> C\u2019est-\u00e0-dire devenir \u00e0 son tour le\u00a0<em>causa sui\u00a0<\/em>cart\u00e9sien, c\u2019est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0\u00eatre cause de soi-m\u00eame\u00a0\u00bb, dans lequel on pourrait voir un \u00e9l\u00e9ment de l\u2019existentialisme chr\u00e9tien. \u00c0 quoi il faut ajouter, selon l\u2019\u00e2ge du r\u00e9cit faustien dont il est question, diff\u00e9rents myth\u00e8mes tels que la gloire, le pouvoir, l\u2019amour, etc., qui sont tous des avatars historiques et antagonistes de la vertu et de la jouissance.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-23\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 23 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-24\"><span>24<\/span><div> C\u2019est-\u00e0-dire un \u00eatre\u00a0<em>en action<\/em>, tout \u00e0 fait libre et \u00e9manation de la volont\u00e9 singuli\u00e8re. \u00c0 propos des interpr\u00e9tations et m\u00e9thodes d\u2019interpr\u00e9tation de ce c\u00e9l\u00e8bre cr\u00e9do nietzsch\u00e9en : Dorian Astor. 2016.\u00a0<em>Deviens ce que tu es<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Autrement.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-24\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 24 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-25\"><span>25<\/span><div>Titan qui n\u2019\u00e9tait pas non plus d\u00e9termin\u00e9, ni mortel ni olympien mais\u00a0<em>d\u00e6mon<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire \u00eatre agissant entre les \u00e9tats possibles de l\u2019\u00e9tant et condamn\u00e9 \u00e0 toujours pouvoir\u00a0<em>devenir<\/em>.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-25\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 25 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5630-26\"><span>26<\/span><div> Puisqu\u2019il r\u00e9cup\u00e8re les attributs prom\u00e9th\u00e9ens transpos\u00e9s \u00e0 la modernit\u00e9 : dont l\u2019<em>hybris<\/em>, le ch\u00e2timent olympien, la philanthropie que les diff\u00e9rentes traditions lui attribuent ou lui contestent, l\u2019exclusion de l\u2019Humanit\u00e9 (le destin interm\u00e9diaire, nous dirons\u00a0<em>d\u00e6monique\u00a0<\/em>ou d\u00e9moniaque), etc.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5630-26\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 26 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025 \u00ab\u2009Nous n\u2019avons plus peur de Dieu et le diable est un jouet pour adulte.\u2009\u00bb\u00a0 Camille de Toledo, L\u2019inversion de Hieronymus Bosch \u00c0 propos de l\u2019herm\u00e9neutique faustienne La critique de la rationalit\u00e9 du savoir \u00e0 laquelle Kant se livre dans la Critique de la raison pure [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1286,1284,1287],"tags":[255],"class_list":["post-5630","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-figures-de-lautre-le-diable","category-lautre-poetique-et-representations-litteraires-de-lalterite","category-le-fool-et-la-metisse","tag-marciset-pierre-adrien"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5630","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5630"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5630\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8850,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5630\/revisions\/8850"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5630"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5630"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5630"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}