{"id":5631,"date":"2024-06-13T19:48:29","date_gmt":"2024-06-13T19:48:29","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/emigration-et-solitude-redefinition-de-lautre-et-de-la-resistance-dans-autour-de-ton-cou-de-chimamanda-ngozi-adichie\/"},"modified":"2024-09-04T15:41:51","modified_gmt":"2024-09-04T15:41:51","slug":"emigration-et-solitude-redefinition-de-lautre-et-de-la-resistance-dans-autour-de-ton-cou-de-chimamanda-ngozi-adichie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5631","title":{"rendered":"\u00c9migration et solitude\u00a0: red\u00e9finition de l\u2019Autre et de la r\u00e9sistance dans \u00ab Autour de ton cou \u00bb de Chimamanda Ngozi Adichie"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6896\">Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>When you leave home and come to a new place, it&rsquo;s a complicated thing. I think that there&rsquo;s a narrative that America likes to tell itself which is that all immigrants should be terribly grateful to have come and should therefore shut up and don&rsquo;t complain. [&#8230;] America is not perfect. People have trouble adapting and ajusting and some people want to go home <a id=\"footnoteref1_0s81osx\" class=\"see-footnote\" title=\"Atprick B. 26 d\u00e9cembre 2014.\u00a0Between the Lines : Chimamanda Ngozi Adichie with Zadie Smith,\u00a047:30 \u00e0 47:54. [Vid\u00e9o en ligne]. : &lt;https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=LkeCun9aljY&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-T... \" href=\"#footnote1_0s81osx\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Chimamanda Ngozi Adichie,\u00a0<em>Between the Lines\u00a0: Chimamanda Ngozi Adichie with Zadie Smith<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En entretien avec Zaddie Smith, Chimamanda Ngozi Adichie critique ce r\u00e9cit que l\u2019Occident se raconte \u00e0 lui-m\u00eame concernant l\u2019immigration. Elle ajoute que, parmi ceux qui choisissent de rester et de ne pas retourner au pays d\u2019origine, beaucoup continueront de \u00ab\u00a0carry home\u00a0\u00bb (dans Atprick B, 2014, 48:14 \u00e0 48:16). \u00c0 l\u2019instar de ses prises de parole publiques, la d\u00e9marche litt\u00e9raire de l\u2019auteure nous <a id=\"footnoteref2_dggojkw\" class=\"see-footnote\" title=\" Nous commencerions en soulignant qu\u2019en tant qu'homme blanc issu de la classe moyenne et n'ayant jamais \u00e9migr\u00e9, nous reconnaissons nos privil\u00e8ges et donc les limites de notre position, agissant comme tout autant de barri\u00e8res entre nous et le texte que nous nous proposons d'\u00e9tudier. Geste d'autant plus n\u00e9cessaire \u00e0 nos yeux consid\u00e9rant le biais andro, euro et nordo-centrique que l'on peut d\u00e9plorer m\u00eame dans le champ des \u00e9tudes subalternes, culturelles et postcoloniales. Voir \u00e0 ce sujet Ochy Curiel. 2007. \u00ab\u00a0Critique postcoloniale et pratiques politiques du f\u00e9minisme antiraciste\u00a0\u00bb.\u00a0Mouvements, vol. 3, no 51, p. 119-129. \" href=\"#footnote2_dggojkw\">[2]<\/a> semble s\u2019ancrer dans une logique et un discours de d\u00e9construction des id\u00e9es re\u00e7ues sur l\u2019immigration. Apr\u00e8s avoir publi\u00e9 son premier roman,\u00a0<em>L\u2019hibiscus pourpre,<\/em>\u00a0en 2003, puis\u00a0<em>L\u2019autre moiti\u00e9 du soleil<\/em>\u00a0en 2006, Adichie propose une forme diff\u00e9rente, en 2009, avec le recueil de nouvelles\u00a0<em>Autour de ton cou,<\/em>\u00a0dans lequel cinq des douze textes relatent le parcours de femmes qui quittent (ou ont quitt\u00e9) le Nigeria pour les \u00c9tats-Unis. De par cette multiplicit\u00e9 de parcours, \u00ab\u00a0[l]es personnages des nouvelles d\u2019Adichie composent une image complexe et riche de la r\u00e9alit\u00e9 nig\u00e9riane d\u2019aujourd\u2019hui, qui prend ses racines dans le pass\u00e9 [colonial] et se prolonge dans l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9migration\u00a0\u00bb (Adichie, 2013, quatri\u00e8me de couverture). Ainsi, ces femmes d\u00e9couvrent un pays qui a peu \u00e0 voir avec celui qu\u2019elles s\u2019\u00e9taient imagin\u00e9. Cette d\u00e9ception est source de tensions et de sentiments contradictoires, alors qu\u2019au d\u00e9part, elles se consid\u00e9raient chanceuses et privil\u00e9gi\u00e9es d\u2019avoir gagn\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0la loterie des visas\u00a0\u00bb (<em>Ibid<\/em>).<\/p>\n<p>Pour r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ces conflits et n\u00e9gociations personnels engendr\u00e9s par l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019\u00e9migration, nous avons centr\u00e9 notre probl\u00e9matique autour du sentiment de solitude \u2013 mot que nous utilisons \u00e0 d\u00e9faut d\u2019en avoir trouv\u00e9 un plus juste pour tenter de saisir la complexit\u00e9 du sentiment qu\u2019\u00e9voquent les nouvelles. L\u2019impossibilit\u00e9 de communication, l\u2019absence d\u2019interlocuteurs, voire l\u2019\u00e9touffement de la voix des personnages d\u2019Adichie, sont des th\u00e9matiques qui traversent le recueil, et le lecteur en vient \u00e0 se demander : \u00c0 qui les narratrices peuvent-elles parler? Qui peut les comprendre? Ainsi, \u00e0 partir des multiples destins individuels racont\u00e9s dans <em>Autour de ton cou,<\/em> nous aimerions penser les notions de sujet, d\u2019identit\u00e9 et d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 au regard des th\u00e9ories f\u00e9ministes et postcoloniales. Ces perspectives th\u00e9oriques nous fourniront les outils pour penser les enjeux de pouvoir, de domination, mais aussi de solidarit\u00e9 et de r\u00e9sistance au sein de l\u2019\u0153uvre. Nous verrons ainsi que les nouvelles d\u2019Adichie offrent des repr\u00e9sentations qui permettent de lire ces enjeux autrement. Pour ce faire, nous d\u00e9velopperons notre analyse autour d\u2019une seule nouvelle, soit \u00ab\u00a0Les marieuses\u00a0\u00bb, mais en mentionnerons aussi trois autres au fil de notre r\u00e9flexion\u00a0: \u00ab\u00a0Imitation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Lundi de la semaine derni\u00e8re\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Autour de ton cou\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>La multiplicit\u00e9<\/h2>\n<p>Lors d\u2019une conf\u00e9rence intitul\u00e9e \u00ab\u00a0The danger of a single story <a id=\"footnoteref3_zw23b7w\" class=\"see-footnote\" title=\" TED. 7 octobre 2009. \u00a0The danger of a single story | Chimamanda Ngozi Adichie.\u00a0[Vid\u00e9o en ligne]. : \u00a0&lt;https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=D9Ihs241zeg&amp;index=4&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzE... \" href=\"#footnote3_zw23b7w\">[3]<\/a>\u00a0\u00bb, Chimamanda Ngozi Adichie expliquait que sa mani\u00e8re de consid\u00e9rer l\u2019enjeu de la repr\u00e9sentation est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 une question de pouvoir\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>There is a word, an Igbo word, that I think about whenever I think about the power structures of the world, and it is \u00ab\u00a0nkali\u00a0\u00bb. It&rsquo;s a noun that loosely translates to \u00ab\u00a0to be greater than another\u00a0\u00bb. Like our economical and political worlds, stories too are defined by the principle of nkali: how they are told, who tells them, when they&rsquo;re told, how many stories are told, are really dependent on power. Power is the ability not just to tell the story of another person, but to make it the definitive story of that person (dans TED, 2009, 9:43 \u00e0 10:18).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En ce sens, la langue, la parole et la possibilit\u00e9 de raconter seraient des enjeux politiques. Adichie explique que, lorsqu\u2019on lit un roman am\u00e9ricain, on ne consid\u00e8re pas que le personnage est repr\u00e9sentatif de tous les Am\u00e9ricains, parce que les \u00c9tats-Unis ne courent pas le risque d\u2019une repr\u00e9sentation singuli\u00e8re en raison de la place qu\u2019occupe le pays sur l\u2019\u00e9chiquier mondial <a id=\"footnoteref4_yx95iqa\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans The Empires Writes Back, Bill Ashcroft souligne, au sujet de la litt\u00e9rature postcoloniale, que \u00ab\u00a0the literature of the USA should also be placed in this category\u00a0\u00bb, mais que \u00ab\u00a0perhaps because of its current position of power, and the neo-colonizing role it has played, its post-colonial nature has not been generally recognized\u00a0\u00bb (Bill Ashcroft, Gareth Griffits et Helen Tiffin (dir.). 2002. The Empire Writes Back, 2nd edition. London, New York : Routledge, p. 2). \" href=\"#footnote4_yx95iqa\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Ces questions de repr\u00e9sentation, de voix et de marginalisation (qui parle? qui est entendu? qui peut parler, et pour qui?) ont \u00e9t\u00e9 largement \u00e9tudi\u00e9es par les th\u00e9oricien.ne.s postcoloniales et f\u00e9ministes. Deepika Bahri explique justement dans \u00ab\u00a0Le f\u00e9minisme dans\/et le postcolonialisme\u00a0\u00bb que l\u2019entreprise de repr\u00e9sentation \u2013 que ce soit par les autres ou par soi-m\u00eame \u2013 est dangereuse, \u00ab\u00a0une repr\u00e9sentation particuli\u00e8re risquant d\u2019\u00eatre prise \u00e0 tort pour la repr\u00e9sentation d\u2019une culture enti\u00e8re\u00a0\u00bb (2006, 213). En ce sens, le fait qu\u2019Adichie ait privil\u00e9gi\u00e9 le genre de la nouvelle pour traiter du sujet de l\u2019\u00e9migration peut \u00eatre envisag\u00e9 comme une strat\u00e9gie postcoloniale\u00a0: le recueil offre la possibilit\u00e9 de repr\u00e9sentations multiples, ce qui permet de contourner la construction monolithique dont les femmes non occidentales font trop souvent l\u2019objet. Ce choix g\u00e9n\u00e9rique de l\u2019auteure permet donc de pr\u00e9senter un panorama vari\u00e9 en plus de mettre au jour l\u2019exp\u00e9rience des Nig\u00e9rianes qui \u00e9migrent. Les textes de Chimamanda Ngozi Adichie montrent \u00e0 quel point partir est douloureux et entra\u00eene une perte, un d\u00e9racinement. Il s\u2019agit d\u2019un r\u00e9cit diff\u00e9rent du discours dominant par rapport \u00e0 l\u2019immigration et \u00e0 l\u2019Afrique; ces femmes ne fuient pas la mort, mais sont plut\u00f4t \u00e0 la recherche de possibilit\u00e9s nouvelles <a id=\"footnoteref5_2jt14qq\" class=\"see-footnote\" title=\" \u00ab\u00a0One of the thing I wanted to do with Americanah was to write about leaving home, write about immigration, but not in the way that I think is familiar in general for the continent of Africa. I think immigrants from Africa are often thought about as people fleeing all kinds of peril, [like] war and poverty. But that's not the immigration that I'm familiar with. I'm familiar with the kind of immigration that is really about people seeking more choices. So they're not starving, [...] but they want more\u00a0\u00bb, explique Adichie, en entrevue avec Mary Louise Kelly, au sujet d'un autre de ses romans (FORA.tv. 29 septembre 2016. Chimamanda Ngozi Adichie\u00a0: Refugees, Race, and Americanah, 1:20 \u00e0 1:52. [Vid\u00e9o en ligne]. https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=CKodkVJR8DE&amp;index=18&amp;list=PL3fKH2dcdAcVz...). \" href=\"#footnote5_2jt14qq\">[5]<\/a> . Dans \u00ab\u00a0De la postcolonie et des femmes\u00a0: apports th\u00e9oriques du postcolonialisme anglophone aux \u00e9tudes f\u00e9ministes\u00a0\u00bb, Danielle Haase-Dubosc et Maneesha Lal expliquent que \u00ab\u00a0le <em>pouvoir du discours occidental<\/em> a \u201cconstruit\u201d et \u201cinvent\u00e9\u201d une vision de l\u2019Autre\u00a0\u00bb (Haasa-Dubosc et Lal, 2006, 36; les auteures soulignent), et que cette vision est \u00e0 d\u00e9construire par la multiplicit\u00e9 et la constellation. C\u2019est de cette fa\u00e7on que nous avons envie de penser <em>Autour de ton cou<\/em>, soit comme une \u0153uvre qui rend possible la repr\u00e9sentation d\u2019identit\u00e9s plurielles. Le recueil permet de penser la migration de mani\u00e8re genr\u00e9e ainsi que la diversit\u00e9 de la cat\u00e9gorie \u00ab\u00a0femmes migrantes\u00a0\u00bb, tout en y int\u00e9grant les questions de classes sociales et d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<h2>Le soi et l\u2019Autre<\/h2>\n<p>La nouvelle \u00ab\u00a0Les marieuses\u00a0\u00bb commence lorsque la narratrice, Chinaza Agatha Okafor, jeune femme nig\u00e9riane qui a \u00e9t\u00e9 prise en charge par son oncle et sa tante depuis la mort de ses parents, arrive aux \u00c9tats-Unis avec son \u00ab\u00a0mari tout neuf\u00a0\u00bb (Adichie, 2013, 243) \u2013 formule qui revient tout au long du texte et qui constitue \u00e9galement les premiers mots de la nouvelle. Ce mari, Ofodile Emeka Udenwa, est docteur en Am\u00e9rique, mais il \u00ab\u00a0n\u2019est pas rentr\u00e9 au pays depuis onze ans\u00a0\u00bb (246-247), et il est dit que sa m\u00e8re lui cherchait une femme nig\u00e9riane parce qu\u2019\u00ab\u00a0elle avait tr\u00e8s peur qu\u2019il \u00e9pouse une Am\u00e9ricaine\u00a0\u00bb (246). D\u00e8s les premiers contacts, soit l\u2019accueil aux douanes, Chinaza est confront\u00e9e \u00e0 une r\u00e9action m\u00e9fiante\u00a0: \u00ab\u00a0[La douani\u00e8re] avait examin\u00e9 mes aliments comme si c\u2019\u00e9taient des araign\u00e9es. [&#8230;] Elle avait peur que je les fasse pousser dans le sol am\u00e9ricain\u00a0\u00bb (244). Les premi\u00e8res impressions de la narratrice sont \u00e9galement de l\u2019ordre de la d\u00e9sillusion <a id=\"footnoteref6_iadmgj2\" class=\"see-footnote\" title=\" Dans \u00ab\u00a0Autour de ton cou\u00a0\u00bb, ce ton de d\u00e9ception s'inscrit d\u00e8s les premiers mots de la nouvelle : \u00ab Tu croyais qu'en Am\u00e9rique tout le monde [...] \u00bb (Adichie, 2013, 171). \" href=\"#footnote6_iadmgj2\">[6]<\/a> lorsque son mari lui fait visiter leur appartement\u00a0: \u00ab\u00a0Il avait utilis\u00e9 le mot \u201cmaison\u201d pour me parler de notre futur foyer\u00a0\u00bb (243), dit-elle. Or, l\u2019appartement ne correspond pas \u00e0 ce qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait imagin\u00e9, \u00e0 ce qu\u2019elle avait vu dans les films am\u00e9ricains. De plus, Ofodile n\u2019est pas encore docteur\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Tout ce que vous disaient les marieuses, c\u2019\u00e9tait que les docteurs gagnaient beaucoup d\u2019argent en Am\u00e9rique. Elles n\u2019ajoutaient pas qu\u2019avant de gagner beaucoup d\u2019argent, les docteurs devaient faire un internat et un r\u00e9sidanat, que mon mari tout neuf n\u2019avait pas termin\u00e9s. Mon mari tout neuf me l\u2019avait expliqu\u00e9 pendant notre br\u00e8ve conversation \u00e0 bord, juste apr\u00e8s le d\u00e9collage de Lagos, avant de s\u2019endormir (253).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bref, le couple ne se conna\u00eet pas encore vraiment. \u00ab\u00a0Vous aurez tout le temps de faire connaissance avant le mariage\u00a0\u00bb (247), lui avait dit sa tante, mais \u00ab\u00a0[t]out le temps, c\u2019\u00e9tait quinze jours\u00a0\u00bb (247).<\/p>\n<p>L\u2019arriv\u00e9e en Am\u00e9rique de la narratrice est donc marqu\u00e9e par cet Autre, qu\u2019elle doit c\u00f4toyer quotidiennement, apprivoiser, apprendre \u00e0 conna\u00eetre. Leur relation est grandement probl\u00e9matis\u00e9e dans la nouvelle, et il n\u2019est pas anodin que ce soit cet Autre qui l\u2019introduise aux \u00ab\u00a0merveilles de l\u2019Am\u00e9rique\u00a0\u00bb (257). Ofodile est dans une position de pouvoir pour de nombreuses raisons, et cela est d\u00e9j\u00e0 visible dans la mani\u00e8re dont il agit, \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un filtre, comme m\u00e9diateur entre elle et ce nouveau pays. Lors de sa premi\u00e8re journ\u00e9e en ville, Chinaza se fait expliquer par ce dernier \u00ab\u00a0comment faire les courses et prendre le bus\u00a0\u00bb (251). Ses explications impliquent par contre des jugements de valeur tranch\u00e9s entre le Nigeria et l\u2019Am\u00e9rique\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est pas comme au Nigeria, o\u00f9 tu pr\u00e9viens le receveur en criant, a-t-il dit l\u2019air d\u00e9daigneux comme si c\u2019\u00e9tait lui qui avait invent\u00e9 ce syst\u00e8me am\u00e9ricain si remarquable\u00a0\u00bb (252). Ce m\u00eame d\u00e9dain se manifeste contre les autres immigrants qui fr\u00e9quentent l\u2019\u00e9picerie de quartier\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Regarde les gens qui font leurs courses ici, ce sont ces gens-l\u00e0 qui immigrent et continuent de vivre comme s\u2019ils \u00e9taient encore dans leur pays. Il a eu un geste d\u00e9daigneux pour une femme et ses deux enfants, qui parlaient en espagnol. Ils n\u2019avanceront jamais, s\u2019ils ne s\u2019adaptent pas \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique. Ils seront \u00e9ternellement condamn\u00e9s \u00e0 ce genre de supermarch\u00e9 (254).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Leur perception individuelle du lieu, ici un supermarch\u00e9, illustre bien la distance qui s\u00e9pare la femme et l\u2019homme. Alors que Chinaza a encore en t\u00eate les images des march\u00e9s qu\u2019elle a connus au Nigeria (elle cherche dans ce lieu quelque chose qu\u2019elle conna\u00eetrait, un rapport au familier), Ofodile, lui dont le discours construit sans cesse un \u00ab\u00a0Nous-bons immigrants\u00a0\u00bb qui s\u2019opposerait \u00e0 un \u00ab\u00a0Eux-mauvais immigrants\u00a0\u00bb, aspire \u00e0 plus. Il a int\u00e9gr\u00e9 le discours <em>mainstream\u00a0<\/em><a id=\"footnoteref7_pumfhe9\" class=\"see-footnote\" title=\" Discutant du fait d'\u00eatre Noire aux \u00c9tats-Unis, des st\u00e9r\u00e9otypes n\u00e9gatifs et de ce qu'elle a d\u00fb elle-m\u00eame d\u00e9sapprendre, Adichie explique, en entrevue avec Michele Norris\u00a0: \u00ab\u00a0I think it is really easy when you're an immigrant and you come to this country to internalize the mainstream ideas. It's easy for example to say \" href=\"#footnote7_pumfhe9\">[7]<\/a> justifiant les raisons des in\u00e9galit\u00e9s entre les citoyens am\u00e9ricains. Leur rapport individuel \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique s\u2019explique entre autres en termes de familiarit\u00e9, la femme, contrairement \u00e0 l\u2019homme, \u00e9tant nouvellement arriv\u00e9e au pays. Tous deux occupent une position liminaire, partag\u00e9e entre le Nig\u00e9ria et les \u00c9tats-Unis, mais chacun a un rapport particulier \u00e0 cette hybridit\u00e9 culturelle. Pour Homi Bhabha, \u00ab\u00a0the liminal is important because liminality and hybridity go hand in hand. This interstitial passage between fixed identifications opens up the possibility of a cultural hybridity that entertains difference without an assumed or imposed hierarchy\u00a0\u00bb (Ashcroft, Griffits et Tiffin, 2007, 118). Ainsi, Chinaza serait encore dans ce \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0in-between\u00a0\u00bb space in which cultural change may occur\u00a0\u00bb (117-118), alors que l\u2019hybridit\u00e9 culturelle de son mari serait d\u00e9sormais fig\u00e9e et marqu\u00e9e par une hi\u00e9rarchisation. D\u2019ailleurs, l\u2019impression de rupture ressentie par la narratrice t\u00e9moigne d\u2019un rapport \u00e0 l\u2019Autre qui pr\u00e9sente une absence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e d\u2019identification \u00e0 autrui dans ces nouveaux espaces o\u00f9 elle navigue\u00a0: \u00ab\u00a0Les gens qui nous bousculaient, m\u00eame les Noirs, portaient sur le visage la marque de la diff\u00e9rence, de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb (Adichie, 2013, 255).<\/p>\n<p>En raison de cette distance avec celui qui partage leur quotidien, les narratrices se retrouvent souvent seules avec leurs constats sur l\u2019Am\u00e9rique et le Nigeria. Or, la distance s\u2019est creus\u00e9e tout autant avec leurs proches rest\u00e9s au pays. Dans \u00ab\u00a0Lundi de la semaine derni\u00e8re\u00a0\u00bb, Kamara, cherchant quelqu\u2019un \u00e0 qui se confier, appelle son amie Chinwe, qu\u2019elle consid\u00e8re comme la seule qui pourrait comprendre ses sentiments conflictuels. Or, son amie \u00ab\u00a0se m[et] \u00e0 pleurer aussit\u00f4t les premiers bonjours\u00a0\u00bb (129), et la gravit\u00e9 de ses probl\u00e8mes force la narratrice \u00e0 admettre qu\u2019\u00ab\u00a0elle ne pouvait pas se plaindre de ne pas avoir de chaussures \u00e0 quelqu\u2019un qui n\u2019avait pas de jambes\u00a0\u00bb (130). Cette impossibilit\u00e9 de partager et de communiquer affecte leurs relations aux autres et m\u00e8ne parfois \u00e0 une reconfiguration des r\u00f4les sociaux dans leur entourage. Dans \u00ab\u00a0Imitation\u00a0\u00bb, les fronti\u00e8res entre la relation professionnelle et la relation amicale se brouillent entre Nkem (madame) et Amaechi (sa bonne)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La fronti\u00e8re madame\/bonne s\u2019est estomp\u00e9e depuis toutes ces ann\u00e9es qu\u2019elle a Amaechi. C\u2019est ce que vous fait l\u2019Am\u00e9rique, pense-t-elle. Elle vous impose l\u2019\u00e9galitarisme. Vous n\u2019avez personne \u00e0 qui parler, en fait, \u00e0 part vos jeunes enfants, alors vous vous tournez vers votre bonne. Et sans que vous vous en rendiez compte, elle devient votre amie. Votre \u00e9gale (49).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De plus, la question \u00ab\u00a0\u00e0 qui parler?\u00a0\u00bb s\u2019articule souvent autour d\u2019un sentiment de culpabilit\u00e9 qui m\u00e8ne \u00e0 celui de solitude, comme l\u2019illustre bien \u00ab\u00a0Autour de ton cou\u00a0\u00bb. En effet, la nouvelle qui donne son titre au recueil raconte l\u2019histoire d\u2019Akunna, une jeune femme nig\u00e9riane qui d\u00e9m\u00e9nage dans le Maine, chez son oncle d\u2019Am\u00e9rique. Elle en vient \u00e0 quitter le domicile apr\u00e8s que ce dernier ait tent\u00e9 de la contraindre \u00e0 avoir une relation sexuelle avec lui. D\u00e9sormais serveuse au Connecticut, elle n\u2019a pas d\u2019argent pour se payer des \u00e9tudes et juge avoir \u00e9chou\u00e9. Suivant l\u2019id\u00e9e qu\u2019on peut \u00ab\u00a0r\u00e9ussir en Am\u00e9rique si on travaill[e] dur\u00a0\u00bb (126), le fait de gagner \u00e0 la loterie des visas est consid\u00e9r\u00e9 comme une promesse de succ\u00e8s et de richesse. Alors qu\u2019elle choisit de couper la communication avec sa famille rest\u00e9e au pays, \u00e0 qui elle n\u2019a pas les moyens d\u2019envoyer les cadeaux promis, elle est \u00e9galement d\u00e9chir\u00e9e par le d\u00e9sir de partager ses observations\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Apr\u00e8s quelques semaines, pourtant il te vint l\u2019envie d\u2019\u00e9crire parce que tu avais des histoires \u00e0 raconter. [&#8230;] Ce n\u2019\u00e9tait pas juste \u00e0 tes parents que tu avais envie d\u2019\u00e9crire, c\u2019\u00e9tait aussi \u00e0 tes amis, \u00e0 tes cousins, tes tantes et tes oncles. Mais comme il \u00e9tait exclu, avec l\u2019argent que tu gagnais comme serveuse, que tu puisses jamais acheter assez de parfums, de v\u00eatements et de sacs \u00e0 main pour tout le monde tout en continuant \u00e0 payer ton loyer, tu n\u2019\u00e9crivais \u00e0 personne. Personne ne savait o\u00f9 tu \u00e9tais, parce que tu ne le disais \u00e0 personne. Parfois, tu avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre invisible et tu essayais de traverser le mur de ta chambre pour rejoindre le couloir, et tu te faisais des bleus aux bras en te cognant contre le mur (175-177).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La solitude exprim\u00e9e renvoie \u00e0 l\u2019image que le titre du recueil \u00e9voque \u2013 \u00ab\u00a0La nuit, quelque chose venait s\u2019enrouler autour de ton cou, une chose qui manquait t\u2019\u00e9touffer avant que tu ne sombres dans le sommeil\u00a0\u00bb (177) \u2013, mais aussi \u00e0 l\u2019autocensure et \u00e0 l\u2019\u00e9touffement de la voix des narratrices d\u2019Adichie.<\/p>\n<p>Ainsi, la narratrice des \u00ab\u00a0Marieuses\u00a0\u00bb se trouverait dans cette position d\u2019entre-deux, dans une liminarit\u00e9 \u2013 voire une spectralit\u00e9, si l\u2019on pense au sentiment d\u2019invisibilit\u00e9 \u00e9nonc\u00e9 par Akunna dans la nouvelle \u00e9ponyme \u2013 qui la pi\u00e8ge dans une solitude silencieuse. Elle est seule avec ses observations (que ce soit sur l\u2019Am\u00e9rique ou sur les comportements de son mari), et c\u2019est en ce sens que la nouvelle semble prendre la forme d\u2019une adresse \u00e0 l\u2019Autre. Le rapport \u00e0 soi est complexe, et l\u2019immigration n\u00e9cessite de repenser son identit\u00e9. Pour Homi Bhabha, \u00ab\u00a0le sujet postcolonial [est] avant tout un sujet hybride, un sujet multilingue, un sujet en constante n\u00e9gociation de sa place au sein de la g\u00e9ographie du pouvoir que le colonialisme a engendr\u00e9e\u00a0\u00bb (Traor\u00e9, 2015, 33). En effet, la race devient un facteur visible en arrivant aux \u00c9tats-Unis, un marqueur d\u2019identit\u00e9, ce qui n\u2019\u00e9tait pas le cas au Nigeria o\u00f9 les enjeux identitaires sont d\u2019ordre g\u00e9ographique, ethnique et religieux. Dans l\u2019article \u00ab\u00a0Narrations postcoloniales\u00a0\u00bb dirig\u00e9 par Antonella Corsani, les auteures soutiennent que \u00ab\u00a0les narrations postcoloniales proposent [&#8230;] de repenser la repr\u00e9sentation\/narration de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 \u00e0 partir d\u2019un point de vue r\u00e9solument subjectif, partiel, hybride\u00a0\u00bb (Corsani et <em>al.<\/em>, 2007, 18). En ce sens, le parti pris de la narration est explicite. Or, il nous semble y avoir d\u00e9placement et red\u00e9finition de cette alt\u00e9rit\u00e9. \u00ab\u00a0Qui est l\u2019Autre?\u00a0\u00bb peut-on se demander.<\/p>\n<p>Dans \u00ab\u00a0Les marieuses\u00a0\u00bb, ce n\u2019est pas le regard ext\u00e9rieur occidental de l\u2019Am\u00e9rique ou des Am\u00e9ricains qui pose probl\u00e8me; le conflit est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. L\u2019identit\u00e9 de la narratrice d\u2019Adichie est surtout source de conflits au sein du couple, face \u00e0 son mari. Un Autre, ayant internalis\u00e9 les discours de l\u2019imp\u00e9rialisme am\u00e9ricain et un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 culturelle, reconduit la domination. En effet, dans la nouvelle d\u2019Adichie, Chinaza, une femme nouvellement arriv\u00e9e au pays, est sans cesse critiqu\u00e9e par son \u00ab\u00a0mari tout neuf\u00a0\u00bb au sujet de son rapport \u00e0 la langue anglaise et de ses habitudes alimentaires. Dans d\u2019autres nouvelles du recueil, ces critiques donnent aux narratrices l\u2019impression que l\u2019homme en face d\u2019elle n\u2019est plus celui qu\u2019elles ont connu ou aim\u00e9. La narratrice de \u00ab\u00a0Lundi de la semaine derni\u00e8re\u00a0\u00bb, qui retrouve son mari six ans apr\u00e8s qu\u2019il ait quitt\u00e9 le pays, constate qu\u2019elle ne le reconna\u00eet plus\u00a0: \u00ab\u00a0[E]lle se demandait si c\u2019\u00e9tait le m\u00eame Tobecchi [&#8230;] [C]&rsquo;\u00e9tait quelqu\u2019un qu\u2019elle ne connaissait plus du tout. [&#8230;] Elle \u00e9tait enfin en Am\u00e9rique avec Tobecchi, et le sentiment que cela lui apportait, c\u2019\u00e9tait de la fadeur\u00a0\u00bb (Adichie, 2013, 128-129). Dans \u00ab\u00a0Les marieuses\u00a0\u00bb, Chinaza consid\u00e8re surtout qu\u2019elle ne conna\u00eet pas son mari et souligne les comportements de celui-ci \u00ab\u00a0qu\u2019elle n\u2019avait pas vraiment remarqu\u00e9s avant, qu\u2019elle n\u2019avait pas eu le temps de remarquer\u00a0\u00bb (248). Observant son mari interagir au centre commercial, Chinaza constate par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0Il parlait diff\u00e9remment quand il s\u2019adressait \u00e0 des Am\u00e9ricains\u00a0: ses <em>r<\/em> \u00e9taient exag\u00e9r\u00e9s et ses <em>t<\/em> trop att\u00e9nu\u00e9s. Et il souriait, du sourire enthousiaste de la personne qui veut plaire\u00a0\u00bb (255). De ce fait, le langage est l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments qui participe \u00e0 l\u2019alt\u00e9risation du mari, \u00e0 sa construction comme Autre, et devient source de tensions et de conflits au sein du couple.<\/p>\n<h2>La relation conflictuelle<\/h2>\n<p>Le rapport probl\u00e9matique \u00e0 la voix, \u00e0 la langue et aux mots qui est mis en \u00e9vidence dans \u00ab\u00a0Les marieuses\u00a0\u00bb s\u2019illustre principalement dans la mani\u00e8re qu\u2019a Ofodile de surveiller Chinaza, de constamment la corriger\u00a0: \u00ab\u00a0Les Am\u00e9ricains disent \u201c<em>busy<\/em>\u201d, pas \u201c<em>engaged<\/em>\u201d\u00a0\u00bb (248; l\u2019auteure souligne); \u00ab\u00a0Tu dois dire \u201cSalut\u201d aux gens, ici, pas \u201cJe vous en prie\u201d\u00a0\u00bb (249); \u00ab\u00a0Ces cookies. Les Am\u00e9ricains disent cookies\u00a0\u00bb (252); \u00ab\u00a0Parle anglais, il y a des gens derri\u00e8re nous. [&#8230;] Ascenseur, \u00e7a se dit\u00a0<em>elevator<\/em>\u00a0en Am\u00e9rique, pas\u00a0<em>lift<\/em>\u00a0\u00bb (256; l\u2019auteure souligne). La surveillance d\u2019Ofodile est repr\u00e9sentative de la tension mise sur la narratrice par le pouvoir imp\u00e9rial incarn\u00e9 par le mari. Ofodile participe autant \u00e0 la reconduction de ce discours qu\u2019\u00e0 \u00ab\u00a0une \u00e9rosion des fronti\u00e8res entre dominants et domin\u00e9s, colonisateurs et colonis\u00e9s\u00a0\u00bb (Corsani et\u00a0<em>al.<\/em>, 2007, 18). Confront\u00e9e aux reproches, la narratrice commence \u00e0 se censurer et \u00e0 se corriger elle-m\u00eame d\u00e8s les premiers jours de cohabitation\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Ezi okwu<\/em>? ai-je dit, m\u2019empressant d\u2019ajouter\u00a0: Vraiment?\u00a0\u00bb (Adichie, 2013, 257). De plus, l\u2019interdiction langagi\u00e8re que repr\u00e9sente l\u2019imp\u00e9ratif de l\u2019usage de l\u2019anglais est r\u00e9it\u00e9r\u00e9e dans la question du nom. Une sc\u00e8ne tr\u00e8s importante \u00e0 ce propos est celle o\u00f9 son mari lui explique avoir chang\u00e9 le sien parce que \u00ab\u00a0les Am\u00e9ricains ont du mal avec [Ofodile] Udenwa\u00a0\u00bb (250). \u00c0 la grande surprise de Chinaza, ce dernier utilise d\u00e9sormais Dave Bell\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019avais entendu parler d\u2019un Waturuocha qui avait chang\u00e9 son nom en Waturu en Am\u00e9rique, d\u2019un Chikelugo qui avait opt\u00e9 pour Chikel, plus facile pour des Am\u00e9ricains, mais passer d\u2019Udenwa \u00e0 Bell? \u201c\u00c7a n\u2019a aucun rapport avec Udenwa\u201d, ai-je dit\u00a0\u00bb (250). Poursuivant sur l\u2019importance de se \u00ab\u00a0fondre dans la masse au maximum\u00a0\u00bb (250), il lui apprend alors le nouveau nom dont elle devra se servir et auquel elle devra s\u2019habituer\u00a0: Agatha Bell. Cet enjeu nominal est \u00e9voqu\u00e9 par Nia \u00e0 la fin de la nouvelle, alors qu\u2019elle remarque une absence dans le discours de Chinaza\u00a0: \u00ab\u00a0\u2014 Tu ne dis jamais son nom, tu ne dis jamais Dave. [&#8230;] \u2014 J\u2019avais envie de dire que c\u2019\u00e9tait parce que je ne connaissais pas son nom, que je le connaissais pas\u00a0\u00bb (267).<\/p>\n<p>La censure culturelle op\u00e9r\u00e9e par Ofodile ne se limite pas \u00e0 la langue, elle s\u2019\u00e9tend aussi \u00e0 la nourriture <a id=\"footnoteref8_jat8xs2\" class=\"see-footnote\" title=\" Un discours sur la nourriture marque \u00e9galement la relation entre la narratrice et son petit ami am\u00e9ricain dans \u00ab\u00a0Autour de ton cou\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Ce soir-l\u00e0, tu pr\u00e9paras le d\u00eener avec les ingr\u00e9dients que tu avais achet\u00e9s; quant \u00e0 lui, apr\u00e8s avoir mang\u00e9 du garri et de la sauce d'onugbu, il vomit dans ton \u00e9vier. Ce qui ne t'emb\u00eata pas plus que \u00e7a, parce que tu allais maintenant pouvoir faire de la sauce d'onugbu \u00e0 la viande\u00a0\u00bb (182). \u00c0 partir de cette sc\u00e8ne, la narratrice expose le choix du v\u00e9g\u00e9tarisme comme un privil\u00e8ge, de m\u00eame que l'obsession des Am\u00e9ricains sur les aliments contre le cancer, alors que pour beaucoup, se nourrir est une lutte au quotidien. \" href=\"#footnote8_jat8xs2\">[8]<\/a> . Ce discours sur les habitudes alimentaires des Am\u00e9ricains passe parfois par des d\u00e9tails, comme le fait de ne pas mettre de lait ni de sucre dans son th\u00e9. Le probl\u00e8me est que le mari cherche \u00e0 imposer cette mani\u00e8re de faire comme seul choix possible\u00a0: \u00ab\u00a0[J]e me suis fait aux habitudes d\u2019ici depuis longtemps, toi aussi, <em>baby<\/em>, tu t\u2019y feras\u00a0\u00bb (248). Il \u00e9tend par ailleurs cette restriction \u00e0 l\u2019ensemble de leurs repas. La narratrice \u00e9voque la premi\u00e8re fois o\u00f9 elle avait cuisin\u00e9 pour lui un riz-coco, dont l\u2019odeur avait embaum\u00e9 le bloc appartement et suscit\u00e9 les compliments de sa voisine Shirley\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Mon mari tout neuf a mang\u00e9 le plat parfum\u00e9 que j\u2019ai d\u00e9pos\u00e9 devant lui, en faisant m\u00eame claquer ses l\u00e8vres, comme le faisait parfois oncle Ike pour montrer \u00e0 tantie Ada combien il appr\u00e9ciait sa cuisine. Mais le lendemain, il est revenu avec un exemplaire de <em>Good Housekeeping <\/em>\u2013<em> The All-American Cookbook<\/em>, gros comme une bible. [&#8230;] \u2013 Je ne veux pas qu\u2019on soit connus comme les voisins qui remplissent l\u2019immeuble d\u2019odeurs de cuisine \u00e9trang\u00e8re (259).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Chinaza est \u00e9trang\u00e8re, m\u00eame chez elle. Le domicile, en raison de la confrontation constante avec le mari, n\u2019est pas un espace d\u2019\u00e9panouissement, mais plut\u00f4t un lieu o\u00f9 s\u2019inscrivent de nouvelles formes de domination.<\/p>\n<h2>Le soutien et la r\u00e9sistance<\/h2>\n<p>Cons\u00e9quemment, c\u2019est \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de la cellule \u00ab\u00a0familiale\u00a0\u00bb, soit chez sa voisine Nia, que Chinaza parvient \u00e0 trouver une forme de soutien\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La premi\u00e8re fois que j\u2019ai vu Nia, qui habitait au 2D, je me suis dit que c\u2019\u00e9tait le genre de femme que tantie Ada aurait d\u00e9sapprouv\u00e9e. Tantie Ada l\u2019aurait trait\u00e9e d\u2019<em>ashawo<\/em>, \u00e0 cause de son haut transparent qui laissait entrevoir un soutien-gorge d\u2019une couleur qui n\u2019\u00e9tait pas assortie (260).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lors de cette rencontre, Nia reconna\u00eet que le nom de Chinaza est un nom ibo, et cette discussion autour de la signification de leurs noms respectifs m\u00e8ne la narratrice \u00e0 se dire\u00a0: \u00ab\u00a0Elle qui \u00e9tait noire am\u00e9ricaine s\u2019\u00e9tait choisi un nom africain, alors que mon mari me faisait prendre un nom anglais\u00a0\u00bb (261). Malgr\u00e9 tout ce qui les s\u00e9pare \u2013 comme l\u2019illustrent les pr\u00e9jug\u00e9s \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 travers le discours qu\u2019aurait tenu sa tante \u2013, une relation se tisse entre Chinaza et Nia; elle lui demande comment elle s\u2019adapte \u00e0 la vie en Am\u00e9rique et essaie de l\u2019aider \u00e0 se trouver un emploi (mais Chinaza n\u2019a pas de permis de travail, elle attend que son mari s\u2019en occupe). Leurs rencontres deviennent quotidiennes, m\u00eame si Dave\/Ofodile voit cette relation d\u2019un mauvais \u0153il et qualifie Nia de mauvaise influence\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nia a pris l\u2019habitude de passer me voir en rentrant du travail, une canette de Coca light \u00e0 la main, qu\u2019elle buvait en me regardant cuisiner. Je coupais la clim et j\u2019ouvrais la fen\u00eatre pour laisser entrer l\u2019air chaud et lui permettre de fumer. Elle me parlait des femmes qui venaient \u00e0 son salon de coiffure et des hommes avec qui elle sortait. Elle \u00e9maillait sa conversation quotidienne de mots tels que le substantif \u00ab\u2009clitoris\u2009\u00bb et le verbe \u00ab\u2009baiser\u2009\u00bb. J\u2019aimais l\u2019\u00e9couter. J\u2019aimais son sourire [&#8230;]. Elle partait toujours avant le retour \u00e0 la maison de mon mari tout neuf (262-263).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette relation permet \u00e0 la narratrice un acc\u00e8s \u00e0 la parole\u00a0: elle prend part \u00e0 des discussions dans lesquelles on ne la surveille pas, o\u00f9 elle se sent libre d\u2019exprimer ses opinions r\u00e9elles et o\u00f9 elle peut revaloriser l\u2019ibo. Vers la fin de la nouvelle, Chikana revient sur la question de la langue et de son mari\u00a0: \u00ab\u00a0Nous ne parlions plus que l\u2019anglais entre nous, \u00e0 pr\u00e9sent; il ignorait que je parlais ibo toute seule quand je faisais la cuisine et que j\u2019avais appris \u00e0 Nia \u00e0 dire \u201cJ\u2019ai faim\u201d et \u201c\u00c0 demain\u201d en ibo\u00a0\u00bb (263). L\u2019interlocutrice trouv\u00e9e en sa voisine lui permet enfin de partager son exp\u00e9rience, puisque la narratrice consid\u00e8re n\u2019avoir \u00ab\u00a0personne \u00e0 qui parler au pays\u00a0\u00bb (266). Sa tante ne pourrait pas comprendre le d\u00e9sir de renoncer \u00e0 ce \u00ab\u00a0gros lot\u00a0\u00bb (247) que repr\u00e9sente le mari, ce \u00ab\u00a0docteur en Am\u00e9rique\u00a0\u00bb (266).<\/p>\n<p>En plus de la relation entre Chinaza et Nia, qui s\u2019inscrit dans un mouvement de r\u00e9sistance, l\u2019humour est un autre m\u00e9canisme de d\u00e9fense majeur de la narration. Il nous appara\u00eet important de souligner le rapport \u00e0 la langue comme forme de r\u00e9sistance des personnages f\u00e9minins dans <em>Autour de ton cou<\/em>, ces derniers n\u2019ayant pas n\u00e9cessairement les conditions mat\u00e9rielles pour s\u2019\u00e9manciper autrement. Par un proc\u00e9d\u00e9 de focalisation interne, la narration expose une critique o\u00f9 l\u2019homme est d\u00e9crit de mani\u00e8re assez risible. L\u2019humour est pr\u00e9sent dans les commentaires faits par la femme sur les comportements du mari, et est marqu\u00e9 par des formules qui reviennent \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition. Lors de leur premi\u00e8re nuit ensemble, la narratrice, au sujet du ronflement de son mari, se dit\u00a0: \u00ab\u00a0On ne vous pr\u00e9venait pas de ce genre de choses, quand on arrangeait votre mariage. Pas un mot sur les ronflements d\u00e9sagr\u00e9ables, pas un mot sur les maisons qui s\u2019av\u00e8rent des appartements\u00a0\u00bb (245). Quelques lignes plus loin, \u00e0 propos de son haleine du matin\u00a0: \u00ab\u00a0Voil\u00e0 autre chose que les marieuses omettent d\u2019\u00e9voquer\u00a0\u00bb (245). Ou encore, lorsqu\u2019elle essaie de r\u00e9apprendre \u00e0 cuisiner\u00a0: \u00ab\u00a0Une autre chose que les marieuses ne vous disent pas\u00a0: le combat que c\u2019est, de colorer du b\u0153uf \u00e0 l\u2019huile et de fariner du poulet sans sa peau\u00a0\u00bb (259-260). Une autre forme d\u2019opposition et de r\u00e9sistance par la langue est celle de l\u2019ironie, introduite dans le discours par la parenth\u00e8se lorsqu\u2019Ofodile reprend Chinaza sur le vocabulaire ad\u00e9quat\u00a0: \u00ab\u00a0\u2014 La cruche. Les Am\u00e9ricains disent cruche, pas carafe. [&#8230;] \u2014 J\u2019ai pouss\u00e9 la carafe (la cruche) dans sa direction\u00a0\u00bb (264). Ainsi, comme le mari ou le mariage sont g\u00e9n\u00e9ralement la cible de l\u2019ironie dans le texte, une tension humour-douleur \u00e9merge des commentaires de la narratrice, o\u00f9 l\u2019homme, comme l\u2019Am\u00e9rique, s\u2019av\u00e8re une d\u00e9ception.<\/p>\n<p>La relation d\u2019amiti\u00e9 entre Chinaza et Nia se pense aussi dans une optique de sororit\u00e9. Malgr\u00e9 leurs diff\u00e9rences, qui impliquent un travail de d\u00e9construction de la part de chacune, ce rapport \u00e0 l\u2019Autre permet de d\u00e9nouer en partie la solitude\u00a0: \u00ab Cette chose qui s\u2019enroulait autour de ton cou, qui manquait t\u2019\u00e9touffer avant que tu t\u2019endormes, commen\u00e7a \u00e0 se desserrer, \u00e0 l\u00e2cher prise \u00bb (185). Dans \u00ab\u00a0Sororit\u00e9\u00a0: la solidarit\u00e9 politique entre femmes\u00a0\u00bb, bell hooks soutient que l\u2019id\u00e9ologie de la supr\u00e9matie masculine (et blanche), qui op\u00e8re sa domination \u00e0 travers l\u2019oppression imp\u00e9rialiste, capitaliste, raciste et sexiste, d\u00e9value les relations entre femmes. De ce fait, penser la solidarit\u00e9 entre femmes en fonction d\u2019une seule oppression invisibilise la complexit\u00e9 et la vari\u00e9t\u00e9 des r\u00e9alit\u00e9s sociales v\u00e9cues. Il faudrait d\u00e8s lors penser la sororit\u00e9 comme un moyen d\u2019aller au-del\u00e0 des diff\u00e9rences culturelles et des difficult\u00e9s \u00e0 communiquer. Or, les diff\u00e9rences entre les femmes ne doivent pas \u00eatre envisag\u00e9es comme des barri\u00e8res les s\u00e9parant les unes des autres. hooks ajoute que<\/p>\n<blockquote>\n<p>si les interactions entre les femmes issues de diff\u00e9rents groupes ethniques sont difficiles, et m\u00eame parfois impossibles, c\u2019est notamment parce que nous avons du mal \u00e0 r\u00e9aliser que les comportements n\u2019ont pas forc\u00e9ment le m\u00eame sens selon le contexte culturel dans lequel ils s\u2019inscrivent\u00a0: ce qui est acceptable pour telle culture ne le sera pas ailleurs (2008).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette prise en compte des diff\u00e9rences entre codes culturels serait alors une premi\u00e8re \u00e9tape vers le respect des autres et permettrait de b\u00e2tir une communaut\u00e9, une sororit\u00e9 des diff\u00e9rences. Les nouvelles d\u2019Adichie illustrent comment ces relations humaines sont une forme de soutien n\u00e9cessaire \u00e0 la red\u00e9finition identitaire dans le contexte de l\u2019\u00e9migration. Nous avons alors envie de penser les rencontres que font les narratrices comme des exemples de solidarit\u00e9, qui sont entre autres rendus possibles par une \u00e9coute mutuelle et non oppressive.<\/p>\n<p>\u00c0 ce titre, \u00ab\u00a0Les marieuses\u00a0\u00bb se conclut sur le d\u00e9sir de Chinaza de quitter son mari parce qu\u2019elle ne peut pas accepter le rejet de son identit\u00e9 nig\u00e9riane. Le soi est en effet le lieu d\u2019une n\u00e9gociation conflictuelle, et si le corps de la femme est l\u2019espace sur lequel s\u2019exerce une domination, \u00ab\u00a0Les marieuses\u00a0\u00bb montre que, par extension, les paroles et les habitudes alimentaires participent tout autant \u00e0 ce corps que l\u2019on tente de contr\u00f4ler. Or, lors de la confrontation qui m\u00e8ne \u00e0 cette d\u00e9cision, Chinaza ne r\u00e9agit pas avec col\u00e8re. Il n\u2019y a pas de cri, pas d\u2019exc\u00e8s \u00e9motifs; c\u2019est un renoncement, un d\u00e9couragement que l\u2019on per\u00e7oit chez la narratrice. Cette r\u00e9volte \u00e9touff\u00e9e n\u2019est pas un signe de soumission. Si sa r\u00e9action est calme et silencieuse, c\u2019est qu\u2019elle ne peut pas encore partir (elle n\u2019a toujours pas re\u00e7u son permis de travail, par exemple). La r\u00e9sistance, le refus de plier, est donc moins visible dans les actions entreprises par la protagoniste que dans ses propos sur les \u00e9v\u00e8nements\u00a0: la r\u00e9sistance identitaire passe principalement par le langage afin de conserver une notion de soi, et cette prise de parole t\u00e9moigne d\u2019une agentivit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019une certaine autonomie et capacit\u00e9 d\u2019agir.<\/p>\n<p>Or, malgr\u00e9 le chemin parcouru par les narratrices dans leurs qu\u00eates d\u2019identit\u00e9 et d\u2019\u00e9mancipation, le d\u00e9nouement des nouvelles d\u2019<em>Autour de ton cou<\/em>\u00a0offre rarement une r\u00e9solution compl\u00e8te, voire optimiste ou heureuse. Les rencontres entre les personnages f\u00e9minins \u2013 comme celle, dans \u00ab Les marieuses \u00bb, entre la narratrice et sa voisine Nia \u2013 donnent tout de m\u00eame \u00e0 penser la possibilit\u00e9 d\u2019une sororit\u00e9 qui sauve, qui d\u00e9colonise, au sein de laquelle un v\u00e9cu est reconnu comme valable et valide\u00a0<a id=\"footnoteref9_703xjln\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous paraphrasons une id\u00e9e exprim\u00e9e par Katia Belkhodja au sujet d'Autour de ton cou, telle qu'entendue le 25 novembre 2016 lors de la journ\u00e9e d'\u00e9tude\u00a0Lol V. Stein contre-attaque\u00a0organis\u00e9e \u00e0 l'Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al. \" href=\"#footnote9_703xjln\">[9]<\/a>. Cette sororit\u00e9, que nous avons voulu penser, entre autres, \u00e0 l\u2019aide du texte de bell hooks, se d\u00e9ploie effectivement comme un moyen de r\u00e9sistance au fil des nouvelles, comme un \u00e9quilibre, un contrepoids \u00e0 la violence et \u00e0 la domination subies. Les personnages trouvent une solidarit\u00e9 ailleurs que pr\u00e9vu; avec Nia, malgr\u00e9 leurs v\u00e9cus diff\u00e9rents, l\u2019\u00e9coute mutuelle permet la cr\u00e9ation d\u2019un lien, d\u2019une complicit\u00e9 qui les rapproche d\u2019une compr\u00e9hension de l\u2019Autre. Cette sororit\u00e9 se dresse par ailleurs contre le silence et la solitude; la parole n\u2019est plus enfouie, muette. Cette r\u00e9appropriation d\u2019une parole est \u00e9galement r\u00e9appropriation d\u2019un lieu, d\u2019un nouvel espace o\u00f9 \u00eatre et se construire. Chimamanda Ngozi Adichie d\u00e9fend \u00ab\u00a0the idea of storytelling as social utility\u00a0\u00bb (dans The Aspen Institute, 2014, 9:36 \u00e0 9:40), laquelle permettrait, par exemple, de penser diff\u00e9remment l\u2019immigration. En faisant \u00e9merger ces histoires et ces voix f\u00e9minines dans son recueil, elle met \u00e9galement en sc\u00e8ne le Nigeria et participe \u00e0 contrer une repr\u00e9sentation monolithique du pays et de l\u2019exp\u00e9rience des migrants. Ses personnages f\u00e9minins acc\u00e8dent \u00e0 une voix, \u00e0 une agentivit\u00e9 qui rompt avec les repr\u00e9sentations dominantes et fauss\u00e9es des femmes non occidentales. Pour reprendre les mots de Na\u00efma Hamrouni et de Chantal Maill\u00e9 dans\u00a0<em>Le sujet du f\u00e9minisme est-il blanc?<\/em>\u00a0Adichie nous<\/p>\n<blockquote>\n<p>invite \u00e0 d\u00e9coloniser nos imaginaires afin de repenser les conditions d\u2019une v\u00e9ritable \u00e9coute et solidarit\u00e9 entre toutes les femmes, [parce que] l\u2019\u00e9mancipation passera par une d\u00e9construction de[s] repr\u00e9sentations victimisantes des femmes racis\u00e9es, et une r\u00e9affirmation positive de la diff\u00e9rence (Hamrouni et Maill\u00e9, 2015, 20).<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3><strong>\u0152uvre \u00e9tudi\u00e9e<\/strong><\/h3>\n<p>Ngozi Adichie, Chimamanda. 2013. <em>Autour de ton cou<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb, 312 p.<\/p>\n<h3><strong>Corpus th\u00e9orique<\/strong><\/h3>\n<p>Ashcroft, Bill, Gareth Griffits et Helen Tiffin (dir.). 2002. <em>The Empire Writes Back<\/em>, <em>2<sup>nd<\/sup> edition<\/em>, London et New York\u00a0: Routledge, 283 p.<\/p>\n<p>Ashcroft, Bill, Gareth Griffits et Helen Tiffin (dir.). 2007. <em>Post-Colonial Studies\u00a0: The Key Concepts, 2<sup>nd<\/sup> edition<\/em>, London et New York\u00a0: Routledge, 292 p.<\/p>\n<p>Bahri, Deepika. 2006. \u00ab\u00a0Le f\u00e9minisme dans\/et le postcolonialisme\u00a0\u00bb, dans Neil Lazarus (dir.). <em>Penser le postcolonial<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Amsterdam, p.\u00a0301-330.<\/p>\n<p>Corsani, Antonella et <em>al.<\/em> 2007. \u00ab\u00a0Narrations postcoloniales\u00a0\u00bb. <em>Multitudes<\/em>, vol.\u00a02, no\u00a029, p.\u00a015-22.\u2028<\/p>\n<p>Curiel, Ochy. 2007. \u00ab\u00a0Critique postcoloniale et pratiques politiques du f\u00e9minisme antiraciste\u00a0\u00bb. <em>Mouvements<\/em>, vol.\u00a03, no\u00a051, p.\u00a0119-129.<\/p>\n<p>Haase-Dubosc, Danielle et Maneesha Lal. 2006. \u00ab\u00a0De la postcolonie et des femmes\u00a0: apports th\u00e9oriques du postcolonialisme anglophone aux \u00e9tudes f\u00e9ministes\u00a0\u00bb. <em>Nouvelles questions f\u00e9ministes<\/em>, vol.\u00a025, no\u00a03, p.\u00a032-55.<\/p>\n<p>Hamrouni, Na\u00efma et Chantal Maill\u00e9. 2015. \u00ab\u00a0Introduction\u00a0: Le sujet du f\u00e9minisme et sa couleur\u00a0\u00bb, dans Na\u00efma Hamrouni et Chantal Maill\u00e9 (dir.). <em>Le sujet du f\u00e9minisme est-il blanc? Femmes racis\u00e9es et recherche f\u00e9ministe<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions du Remue-M\u00e9nage, p.\u00a09-23.<\/p>\n<p>hooks, bell. 2008 [1986]. \u00ab\u00a0Sororit\u00e9\u00a0: La solidarit\u00e9 politique entre les femmes\u00a0\u00bb, <em>Infokiosques,net.<\/em> [En ligne]. &lt;<a href=\"https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1161&gt;\">https:\/\/infokiosques.net\/lire.php?id_article=1161&gt;<\/a>.<\/p>\n<p>Traor\u00e9, Diahara. 2015. \u00ab\u00a0Les th\u00e9ories postcoloniales et leurs enjeux pour une anthropologue racis\u00e9e\u00a0: quelques \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexivit\u00e9\u00a0\u00bb, dans Na\u00efma Hamrouni et Chantal Maill\u00e9 (dir.). <em>Le sujet du f\u00e9minisme est-il blanc? Femmes racis\u00e9es et recherche f\u00e9ministe<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions du Remue-M\u00e9nage, p.\u00a025-39.<\/p>\n<h3><strong>Documents audiovisuels disponibles en ligne<\/strong><\/h3>\n<p>Atprick B. 26 d\u00e9cembre 2014. <em>Between the Lines : Chimamanda Ngozi Adichie with Zadie Smith<\/em> [Vid\u00e9o en ligne]. &lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=LkeCun9aljY&amp;list=PL3fKH\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=LkeCun9aljY&amp;list=PL3fKH<\/a>2dcdAcVzEGZ89yC-TN59XjOqK3O8&amp;index=7&amp;t=3075s&gt;.<\/p>\n<p>FORA.tv. 29 septembre 2016. <em>Chimamanda Ngozi Adichie\u00a0: Refugees, Race, and Americanah<\/em> [Vid\u00e9o en ligne]. &lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=CKodkVJR8DE&amp;index=18&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-TN59XjOqK3O8.&gt;\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=CKodkVJR8DE&amp;index=18&amp;list=PL3fKH2dcdAcVz&#8230;<\/a><\/p>\n<p>TED. 7 octobre 2009. <em>The danger of a single story | Chimamanda Ngozi Adichie<\/em> [Vid\u00e9o en ligne]. &lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=D9Ihs241zeg&amp;index=4&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-TN59XjOqK3O8&gt;\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=D9Ihs241zeg&amp;index=4&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzE&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p>The Aspen Institute. 4 novembre 2014. <em>An interview with <\/em>Americanah<em> Author Chimamanda Ngozi Adichie<\/em> [Vid\u00e9o en\u00a0ligne]. &lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=2ijEqposkyk&amp;index=8&amp;t=762s&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-TN59XjOqK3O8&gt;\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=2ijEqposkyk&amp;index=8&amp;t=762s&amp;list=PL3fKH2d&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_0s81osx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_0s81osx\">[1]<\/a> Atprick B. 26 d\u00e9cembre 2014.\u00a0<em>Between the Lines : Chimamanda Ngozi Adichie with Zadie Smith,\u00a0<\/em>47:30 \u00e0 47:54. [Vid\u00e9o en ligne]. : &lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=LkeCun9aljY&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-TN59XjOqK3O8&amp;index=7&amp;t=3075s.&gt;\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=LkeCun9aljY&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-T&#8230;<\/a><\/p>\n<p id=\"footnote2_dggojkw\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_dggojkw\">[2]<\/a> Nous commencerions en soulignant qu\u2019en tant qu&rsquo;homme blanc issu de la classe moyenne et n&rsquo;ayant jamais \u00e9migr\u00e9, nous reconnaissons nos privil\u00e8ges et donc les limites de notre position, agissant comme tout autant de barri\u00e8res entre nous et le texte que nous nous proposons d&rsquo;\u00e9tudier. Geste d&rsquo;autant plus n\u00e9cessaire \u00e0 nos yeux consid\u00e9rant le biais andro, euro et nordo-centrique que l&rsquo;on peut d\u00e9plorer m\u00eame dans le champ des \u00e9tudes subalternes, culturelles et postcoloniales. Voir \u00e0 ce sujet Ochy Curiel. 2007. \u00ab\u00a0Critique postcoloniale et pratiques politiques du f\u00e9minisme antiraciste\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Mouvements<\/em>, vol. 3, no 51, p. 119-129.<\/p>\n<p id=\"footnote3_zw23b7w\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_zw23b7w\">[3]<\/a> TED. 7 octobre 2009. \u00a0<em>The danger of a single story | Chimamanda Ngozi Adichie.<\/em>\u00a0[Vid\u00e9o en ligne]. : \u00a0&lt;<a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=D9Ihs241zeg&amp;index=4&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-TN59XjOqK3O8.&gt;\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=D9Ihs241zeg&amp;index=4&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzE&#8230;<\/a><\/p>\n<p id=\"footnote4_yx95iqa\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_yx95iqa\">[4]<\/a> Dans <em>The Empires Writes Back<\/em>, Bill Ashcroft souligne, au sujet de la litt\u00e9rature postcoloniale, que \u00ab\u00a0the literature of the USA should also be placed in this category\u00a0\u00bb, mais que \u00ab\u00a0perhaps because of its current position of power, and the neo-colonizing role it has played, its post-colonial nature has not been generally recognized\u00a0\u00bb (Bill Ashcroft, Gareth Griffits et Helen Tiffin (dir.). 2002. <em>The Empire Writes Back, 2<sup>nd<\/sup> edition<\/em>. London, New York : Routledge, p. 2).<\/p>\n<p id=\"footnote5_2jt14qq\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_2jt14qq\">[5]<\/a> \u00ab\u00a0One of the thing I wanted to do with <em>Americanah<\/em> was to write about leaving home, write about immigration, but not in the way that I think is familiar in general for the continent of Africa. I think immigrants from Africa are often thought about as people fleeing all kinds of peril, [like] war and poverty. But that&rsquo;s not the immigration that I&rsquo;m familiar with. I&rsquo;m familiar with the kind of immigration that is really about people seeking more choices. So they&rsquo;re not starving, [&#8230;] but they want more\u00a0\u00bb, explique Adichie, en entrevue avec Mary Louise Kelly, au sujet d&rsquo;un autre de ses romans (FORA.tv. 29 septembre 2016. <em>Chimamanda Ngozi Adichie\u00a0: Refugees, Race, and Americanah<\/em>, 1:20 \u00e0 1:52. [Vid\u00e9o en ligne]. <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=CKodkVJR8DE&amp;index=18&amp;list=PL3fKH2dcdAcVzEGZ89yC-TN59XjOqK3O8\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=CKodkVJR8DE&amp;index=18&amp;list=PL3fKH2dcdAcVz&#8230;<\/a>).<\/p>\n<p id=\"footnote6_iadmgj2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_iadmgj2\">[6]<\/a> Dans \u00ab\u00a0Autour de ton cou\u00a0\u00bb, ce ton de d\u00e9ception s&rsquo;inscrit d\u00e8s les premiers mots de la nouvelle : \u00ab Tu croyais qu&rsquo;en Am\u00e9rique tout le monde [&#8230;] \u00bb (Adichie, 2013, 171).<\/p>\n<p id=\"footnote7_pumfhe9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_pumfhe9\">[7]<\/a> Discutant du fait d&rsquo;\u00eatre Noire aux \u00c9tats-Unis, des st\u00e9r\u00e9otypes n\u00e9gatifs et de ce qu&rsquo;elle a d\u00fb elle-m\u00eame d\u00e9sapprendre, Adichie explique, en entrevue avec Michele Norris\u00a0: \u00ab\u00a0I think it is really easy when you&rsquo;re an immigrant and you come to this country to internalize the mainstream ideas. It&rsquo;s easy for example to say \u00ab\u00a0oh the ghettos are full of black people because they are lazy and they like the ghettos\u00a0\u00bb because that&rsquo;s what mainstream thinking is. And then when you read about the American housing policies of the past one hundred years, it starts to make sense\u00a0\u00bb (dans The Aspen Institute, 2014, 5:47 \u00e0 6:12).<\/p>\n<p id=\"footnote8_jat8xs2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_jat8xs2\">[8]<\/a> Un discours sur la nourriture marque \u00e9galement la relation entre la narratrice et son petit ami am\u00e9ricain dans \u00ab\u00a0Autour de ton cou\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Ce soir-l\u00e0, tu pr\u00e9paras le d\u00eener avec les ingr\u00e9dients que tu avais achet\u00e9s; quant \u00e0 lui, apr\u00e8s avoir mang\u00e9 du <em>garri<\/em> et de la sauce d&rsquo;<em>onugbu<\/em>, il vomit dans ton \u00e9vier. Ce qui ne t&#8217;emb\u00eata pas plus que \u00e7a, parce que tu allais maintenant pouvoir faire de la sauce d&rsquo;<em>onugbu<\/em> \u00e0 la viande\u00a0\u00bb (182). \u00c0 partir de cette sc\u00e8ne, la narratrice expose le choix du v\u00e9g\u00e9tarisme comme un privil\u00e8ge, de m\u00eame que l&rsquo;obsession des Am\u00e9ricains sur les aliments contre le cancer, alors que pour beaucoup, se nourrir est une lutte au quotidien.<\/p>\n<p id=\"footnote9_703xjln\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_703xjln\">[9]<\/a> Nous paraphrasons une id\u00e9e exprim\u00e9e par Katia Belkhodja au sujet d&rsquo;<em>Autour de ton cou<\/em>, telle qu&rsquo;entendue le 25 novembre 2016 lors de la journ\u00e9e d&rsquo;\u00e9tude\u00a0<em>Lol V. Stein contre-attaque<\/em>\u00a0organis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lebel, Jean-Fran\u00e7ois. 2017. \u00ab\u00c9migration et solitude : red\u00e9finition de l\u2019Autre et de la r\u00e9sistance dans\u00a0Autour de ton cou\u00a0de Chimamanda Ngozi Adichie\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5631(Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-lebel.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 pdf-lebel.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-823db505-6747-48a3-b97b-0235f6134ecd\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-lebel.pdf\">pdf-lebel<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/pdf-lebel.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-823db505-6747-48a3-b97b-0235f6134ecd\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00abL&rsquo;Autre : po\u00e9tique et repr\u00e9sentations litt\u00e9raires de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00bb, n\u00b025 When you leave home and come to a new place, it&rsquo;s a complicated thing. I think that there&rsquo;s a narrative that America likes to tell itself which is that all immigrants should be terribly grateful to have come and should therefore shut up and don&rsquo;t [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1284,1288],"tags":[229],"class_list":["post-5631","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-lautre-poetique-et-representations-litteraires-de-lalterite","category-lalterite-resistante","tag-lebel-jean-francois"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5631"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5631\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8845,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5631\/revisions\/8845"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}