{"id":5633,"date":"2024-06-13T19:48:29","date_gmt":"2024-06-13T19:48:29","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/silence-absolu-du-ravissement-de-lol-v-stein-de-marguerite-duras\/"},"modified":"2024-08-21T19:53:27","modified_gmt":"2024-08-21T19:53:27","slug":"silence-absolu-du-ravissement-de-lol-v-stein-de-marguerite-duras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5633","title":{"rendered":"Silence absolu. Du \u00ab Ravissement de Lol V. Stein \u00bb de Marguerite Duras"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6897\">Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Si quelqu&rsquo;un me demandait ce que nous sommes, je lui r\u00e9pondrais de toute fa\u00e7on\u00a0: cette ouverture \u00e0 tout le possible, cette attente que nulle satisfaction mat\u00e9rielle n&rsquo;apaisera et que le jeu du langage ne saurait tromper! [&#8230;] En effet, le moment supr\u00eame est dans le silence et, dans le silence, la conscience se d\u00e9robe. [&#8230;] Que serions-nous sans le langage? Il nous a fait ce que nous sommes. Seul il r\u00e9v\u00e8le, \u00e0 la limite, le moment souverain o\u00f9 il n&rsquo;a plus cours. Mais \u00e0 la fin celui qui parle avoue son impuissance<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-1\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\"><em>Bataille, Georges. 2011 [1957]. L&rsquo;\u00e9rotisme<\/em><em>. Paris\u00a0: Minuit, pp.\u00a0278 et 280.<\/span><\/em>.<br \/>Georges Bataille,\u00a0<em>L\u2019\u00e9rotisme<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p><em>Le ravissement de Lol V. Stein<\/em>, un des romans les plus c\u00e9l\u00e8bres et marquants de Marguerite Duras, est un texte qui transporte et s\u00e9duit le lecteur autant qu&rsquo;il le perd \u00e0 travers les m\u00e9andres d&rsquo;une histoire palinodique, qui s&rsquo;apparente par moments \u00e0 \u00ab\u00a0un jeu aux r\u00e8gles perdues\u00a0\u00bb\u00a0(Duras 1964, 173). N\u00e9anmoins, la trame du\u00a0<em>Ravissement<\/em>, paru en 1964, peut \u00eatre assez simplement r\u00e9sum\u00e9e. Le roman raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une jeune femme, Lol, fascin\u00e9e par une sc\u00e8ne qui la retient \u00e0 jamais\u00a0: l&rsquo;union d&rsquo;un couple lors d&rsquo;une danse engloutie dans la nuit du bal de T.\u00a0Beach. C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs par cet \u00e9pisode que le narrateur choisit de faire d\u00e9buter l&rsquo;histoire de Lol V. Stein, \u00ab\u00a0au moment o\u00f9 elle [lui] para\u00eet commencer \u00e0 bouger pour venir \u00e0 [sa] rencontre\u00a0\u00bb\u00a0(14). L\u2019\u0153uvre se distingue par ailleurs par sa structure \u00e0 deux niveaux, marqu\u00e9e par deux qu\u00eates distinctives\u00a0: celle de Lol, personnage principal du r\u00e9cit, qui ambitionne donc de\u00a0<em>revivre\u00a0<\/em>(et revoir)\u00a0<em>pour la premi\u00e8re fois<\/em>, ainsi que l&rsquo;a formul\u00e9 Pierre Piret (2009), l&rsquo;union d&rsquo;Anne-Marie Stretter et Michael Richardson; et celle de Jacques Hold, le narrateur, qui a pour but de poss\u00e9der Lol. Ces deux qu\u00eates, qui constituent la trame du roman, s&rsquo;inscrivent l&rsquo;une et l&rsquo;autre dans une m\u00eame perspective d&rsquo;atteindre ce qui \u00e9chappe, de toucher \u00e0 l\u2019absolu.<\/p>\n<p>Il y a une gageure \u00e0 tenter de d\u00e9finir l&rsquo;absolu qui, par nature, \u00e9chappe a priori \u00e0 toute tentative de d\u00e9finition. En effet, on ne peut qu&rsquo;\u00e9prouver une r\u00e9sistance dans la tentative de saisie de ce qu&rsquo;il recouvre\u00a0: comme l&rsquo;affirme Dorian Gray, \u00ab\u00a0to define is to limit\u00a0\u00bb, et quoi de plus insaisissable et illimit\u00e9 que l&rsquo;absolu? Toutefois, Jean-Claude Bologne a pos\u00e9 des mots \u00e9clairants sur ce concept dans\u00a0<em>Le mysticisme ath\u00e9e<\/em>. Il le pr\u00e9sente comme \u00ab\u00a0tout ce qui\u00a0<em>d\u00e9passe<\/em>notre compr\u00e9hension rationnelle et qui n&rsquo;est accessible que par une exp\u00e9rience rare\u00a0<em>intraduisible\u00a0<\/em>(exp\u00e9rience mystique). L&rsquo;absolu n&rsquo;est [&#8230;] dot\u00e9 d&rsquo;aucune existence ind\u00e9pendante et\u00a0<em>se confond avec l&rsquo;infini, l&rsquo;\u00e9ternel, l&rsquo;illimit\u00e9, [mais aussi] le n\u00e9ant<\/em>\u00a0\u00bb (1995, 125. Nous soulignons). Premier et ultime, il est donc ce sentiment le plus puissant qui les fusionne tous et les d\u00e9passe dans une violence de l&rsquo;\u00e9motion. Gouffre autant que sommet, paroxystique, il conduit, pour Bataille<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-2\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Voir\u00a0Bataille, Georges. 1954.\u00a0<em>L&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, \u00e9dition revue et corrig\u00e9e, suivie de\u00a0<em>M\u00e9thode de m\u00e9ditation\u00a0<\/em>et de\u00a0<em>Post-scriptum 1953<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/span>, \u00e0 un \u00e9branlement des sens, \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame, et il repr\u00e9sente de cette mani\u00e8re la plus grande d\u00e9chirure (mais aussi la plus grande ouverture) possible pour l&rsquo;Homme. On pourrait aussi dire qu\u2019il proc\u00e8de de ce \u00ab\u00a0feu sacr\u00e9\u00a0\u00bb, pour reprendre le titre d&rsquo;un ouvrage de R\u00e9gis Debray (2003), qui enflamme l&rsquo;\u00eatre humain, de ce \u00ab\u00a0plus grand que soi\u00a0\u00bb (Debray 2009, 112), ce\u00a0<em>super\u00a0<\/em>sous l&rsquo;\u00e9gide duquel se place l<em>&lsquo;infra\u00a0<\/em>que constitue l&rsquo;\u00eatre humain<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-3\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-3\">3<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Voir Debray, R\u00e9gis. 2003.\u00a0<em>Le feu sacr\u00e9. Fonctions du religieux<\/em>. Paris\u00a0: Fayard, p.\u00a015.<\/span>. Ses deux caract\u00e9ristiques principales sont le sentiment d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation (d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, d&rsquo;infini) qu&rsquo;il procure, au-del\u00e0 de tout sentiment, entre Tout et N\u00e9ant, ainsi que son apodictique ineffabilit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0[nos langues] sont impropres \u00e0 exprimer cette concentration immobile, cette qui\u00e9tude divine, cet \u00e9tat qui refl\u00e8te le ciel dans sa profondeur\u00a0\u00bb (Bastide 1997, 20). En tant qu&rsquo;exp\u00e9rience des limites de l&rsquo;\u00eatre, du corps et du langage,\u00a0<em>fulgurant<\/em>,\u00a0<em>informe\u00a0<\/em>et\u00a0<em>indescriptible\u00a0<\/em>pourraient \u00eatre les trois mots qui le r\u00e9sument.<\/p>\n<p>Il s\u2019agira d\u00e8s lors de voir comment le roman de Duras rend compte de l\u2019absolu, se construisant depuis et autour de cette entit\u00e9, et am\u00e9nage paradoxalement, de par cet ancrage, le silence comme noyau langagier. Il sera ainsi question de mettre en lumi\u00e8re la fa\u00e7on dont l\u2019\u0153uvre tend irr\u00e9m\u00e9diablement vers le silence, celui propre au r\u00eave, \u00e0 la contemplation, en d\u00e9montrant\u00a0qu\u2019il y a un vrai cheminement vers le silence qui est op\u00e9r\u00e9 dans le texte et que celui-ci vient en infl\u00e9chir les structures fondamentales (espace, temps, personnages, narration).<\/p>\n<h2>Fragmentation, illimitation, d\u00e9territorialisation<\/h2>\n<p>Le bal constitue donc la sc\u00e8ne originelle et obs\u00e9dante de l\u2019\u0153uvre, qui scelle d&#8217;embl\u00e9e le destin de Lol. Spectrale, elle ne cesse de faire retour au sein du roman (\u00ab\u00a0Et cela recommence [&#8230;] Et cela recommence\u00a0\u00bb [Duras 1964, 47]), portant en elle le myst\u00e8re du centre fascinant, existentiel, qui retient l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne \u00ab\u00a0coul\u00e9e dans une identit\u00e9 de nature ind\u00e9cise qui pourrait se nommer de noms ind\u00e9finiment diff\u00e9rents\u00a0\u00bb (41). En d&rsquo;autres mots, elle est cette \u00ab\u00a0sc\u00e8ne premi\u00e8re, enfouie, inalt\u00e9rable, qui fait l&rsquo;histoire, l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;histoire, l&rsquo;unique sc\u00e8ne, en quelque sorte, qui ne fera que se chercher, s&rsquo;oublier, se r\u00e9p\u00e9ter\u00a0\u00bb (Gauthier 1975, 28)<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-4\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-4\">4<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">C&rsquo;est m\u00eame cette sc\u00e8ne qui est \u00e0 l&rsquo;origine du roman; elle en est la matrice, qui a impuls\u00e9 \u00e0 Duras l&rsquo;\u00e9criture du reste du r\u00e9cit. Plus encore, il est possible de consid\u00e9rer cette sc\u00e8ne comme la matrice de l&rsquo;ensemble du cycle indien de Duras\u00a0: elle constitue \u00ab\u00a0la sc\u00e8ne primitive \u00e0 laquelle ne cesseront de revenir tous les ouvrages du cycle\u00a0\u00bb (Schaeffer et Vultur 2006, 5).<\/span>, ainsi que peut en t\u00e9moigner cet extrait du texte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pens\u00e9es naissantes et renaissantes, quotidiennes, toujours les m\u00eames qui viennent dans la bousculade, prennent vie et respirent dans un univers disponible aux confins vides et dont une, une seule, arrive avec le temps, \u00e0 la fin, \u00e0 se lire et \u00e0 se voir un peu mieux que les autres, \u00e0 presser Lol un peu plus que les autres de la retenir enfin. Le bal tremblait au loin, ancien, seule \u00e9pave d&rsquo;un oc\u00e9an maintenant tranquille, dans la pluie, \u00e0 S. Tahla. (Duras 1964, 45)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Transgressant les limites de l\u2019espace et du temps, elle \u00e9chappe \u00e0 toute circonscription spatio-temporelle. Elle forme cet \u00e9v\u00e8nement \u00e0 la fois pass\u00e9, pr\u00e9sent et futur au c\u0153ur de la vie de Lol\u00a0: il est cet horizon, cette expectance, vers lesquels Lol sans cesse se dirige, sans pouvoir les atteindre compl\u00e8tement, face auxquels elle reste interdite. C\u2019est par cons\u00e9quent un mouvement de spirale invers\u00e9e qui se met en place dans le texte, au sein duquel les choses reviennent mais d\u00e9plac\u00e9es \u2013 il y a r\u00e9p\u00e9tition mais sur fond de variation; \u00ab\u00a0le retour du pass\u00e9 donne lieu \u00e0 des formes de surgissement de l&rsquo;in\u00e9dit et de d\u00e9passement des impasses rencontr\u00e9es initialement\u00a0\u00bb (Piret 2009, 76). La collusion entre temps pass\u00e9 et temps pr\u00e9sent, dans lequel le pass\u00e9 reflue sempiternellement, ouvre, au sein d&rsquo;une temporalit\u00e9 labile \u00ab\u00a0faite d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9s et de disjonctions\u00a0\u00bb (Hamel 2006, 23), \u00e0 un mouvement de\u00a0<em>revenance\u00a0<\/em>\u2013 l&rsquo;\u00ab\u00a0inlassable exp\u00e9rience de ce qui revient et fait retour\u00a0\u00bb (16) \u2013 qui irrigue (voire imbibe) l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du texte. Ce mouvement participe \u00e0 la relance du d\u00e9sir de Lol, qui se pr\u00e9sente, de cette mani\u00e8re, comme un \u00eatre de d\u00e9sir infini.<\/p>\n<p>Personnage au centre incertain ou perdu<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-5\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-5\">5<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Marqu\u00e9 du sceau de la fragmentation, \u00e0 l\u2019image de son nom\u00a0: Lol V. Stein pour Lola Valerie Stein (Duras 1964, 33). En outre, le lecteur d\u00e9couvre Lol via d&rsquo;autres, par le truchement de diff\u00e9rents interm\u00e9diaires. Son histoire m\u00eame est morcel\u00e9e, d\u00e9multipli\u00e9e, \u00ab\u00a0dans le flux [d&rsquo;une] narration englobant de fa\u00e7on anodine la voix et le r\u00e9cit de plusieurs t\u00e9moins\u00a0\u00bb (Bertoni 2007, 106). Fragmentaire, son r\u00e9cit n&rsquo;est jamais tout \u00e0 fait complet, quelque chose \u00e9chappe au lecteur, \u00e0 l&rsquo;instar de sa personne \u00ab\u00a0qui vous fu\u00eet dans les mains comme de l&rsquo;eau\u00a0\u00bb (Duras 1964, 13) \u2013\u00a0\u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 elle \u00e9tait \u00e9trangement incompl\u00e8te, elle avait v\u00e9cu sa jeunesse comme dans une sollicitation de ce qu&rsquo;elle serait mais qu&rsquo;elle n&rsquo;arrivait pas \u00e0 devenir\u00a0\u00bb (80).\u00a0Il est par ailleurs all\u00e9gu\u00e9 qu&rsquo;\u00ab\u00a0une part d&rsquo;elle-m\u00eame e\u00fbt \u00e9t\u00e9 toujours en all\u00e9e loin de vous et de l&rsquo;instant\u00a0\u00bb (13). Phrase ainsi compl\u00e9t\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0O\u00f9? [&#8230;] on aurait dit dans rien\u00a0<em>encore<\/em>, justement, rien\u00a0\u00bb (13. Nous soulignons).<\/span>, Lol est, par rapport au bal,\u00a0<em>un soi sans lieu\u00a0<\/em>et\/ou\u00a0<em>un lieu sans soi<\/em>, pour reprendre les termes de Peter Sloterdijck (2011, 216). En effet, c&rsquo;est comme si Lol, depuis son d\u00e9roulement, \u00e9tait rest\u00e9e dans la nuit de T.\u00a0Beach (\u00ab\u00a0elle est la nuit de T.\u00a0Beach\u00a0\u00bb [Duras 1964, 104]), dans la nuit du bal, dans ce moment d&rsquo;absolu qui forme le point d&rsquo;orgue de sa vie \u2013 ce qui permettrait d&rsquo;expliquer pourquoi \u00ab\u00a0elle \u00e9tait rest\u00e9e maladivement jeune\u00a0\u00bb (\u00a029). Comme l&rsquo;affirme Duras dans\u00a0<em>La vie mat\u00e9rielle<\/em>, \u00ab\u00a0Lol V. Stein est d\u00e9truite par le bal de S. Thala. Lol V. Stein est b\u00e2tie par le bal de S. Thala\u00a0\u00bb (1987, 32). Elle s&rsquo;apparente donc \u00e0 la nuit du bal qui est, pour sa part, inscrite dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 (de la m\u00e9moire de Lol), \u00ab\u00a0\u00e9pave\u00a0\u00bb (Duras 1964, 45) ou \u00ab\u00a0navire de lumi\u00e8re [nocturne]\u00a0\u00bb (49). Elle est, enfin, pareillement au bal pour elle, ce \u00ab\u00a0vent qui s&rsquo;engouffre l\u00e0 o\u00f9 il trouve du champ\u00a0\u00bb (\u00a028). Toute limite est brouill\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;instar d&rsquo;Anna Livia Plurabelle chez Joyce<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-6\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-6\">6<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">\u00ab\u00a0Anna was, Livia is, Plurabelle&rsquo;s to be\u00a0\u00bb (Joyce, James. 1959 [1939].\u00a0<em>Finnegans wake<\/em>. New York\u00a0: Viking Compassion Edition, p.\u00a0215).<\/span>, Lola \u00e9tait, Val\u00e9ria est, Stein sera; les trois dimensions du temps se condensent dans le nom de cette femme. De m\u00eame, le caract\u00e8re fragment\u00e9 et illimit\u00e9 propre au personnage de Lol entraine le sentiment de fascination que non seulement Jacques Hold peut ressentir \u00e0 son \u00e9gard<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-7\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-7\">7<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">\u00ab\u00a0Je veux te revoir, dit-il, te revoir encore et encore\u00a0\u00bb (Duras 1964, 126).<\/span>, mais \u00e9galement tout lecteur, intrigu\u00e9s par cette figure qui \u00e9chappe \u2013 ce qui explique la post\u00e9rit\u00e9 et le nombre de travaux qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s sur ce personnage dont le plus fameux est sans conteste celui de Jacques Lacan (1965, 7-15). Lol, au d\u00e9sir infini, est \u00e9galement un personnage d\u00e9sir\u00e9 \u00e0 l&rsquo;infini. Elle est ainsi, selon Madeleine Borgomano, \u00ab\u00a0l&rsquo;un de ces rares \u00eatres de fiction qui, d&rsquo;une certaine fa\u00e7on, prennent corps et vie\u00a0\u00bb (1985, 216).<\/p>\n<p>Lors de la nuit du bal, alors qu&rsquo;elle repr\u00e9sente pourtant le personnage principal du r\u00e9cit, Lol reste toutefois \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan, \u00ab\u00a0suspendue, attend[ant]\u00a0\u00bb (Duras 1964, 18) \u00ab\u00a0derri\u00e8re les plantes vertes du bar\u00a0\u00bb (20). Elle est seulement spectatrice et semble par cons\u00e9quent avoir perdu sa place, celle d&rsquo;amante, restant compl\u00e8tement fascin\u00e9e, obnubil\u00e9e (18) par Anne-Marie Stretter, cette \u00ab\u00a0gr\u00e2ce abandonn\u00e9e, ployante, d&rsquo;oiseau mort \u00bb (15) qui la d\u00e9poss\u00e8de pourtant de son fianc\u00e9. Ainsi, une inversion s&rsquo;op\u00e8re. Lol est en effet compar\u00e9e \u00e0 une femme tr\u00e8s \u00e2g\u00e9e alors qu&rsquo;elle n&rsquo;a que dix-neuf ans. Circonscrite dans la p\u00e9riph\u00e9rie de l&rsquo;action, ne pouvant faire aucun geste, ne formuler aucun mot, elle reste focalis\u00e9e, durant toute cette nuit, sur le couple que forment Anne-Marie Stretter et Michael Richardson. Il est m\u00eame dit qu&rsquo;\u00ab\u00a0[a]vec l&rsquo;aurore, Michael Richardson avait cherch\u00e9 quelqu&rsquo;un des yeux vers le fond de la salle. Il n&rsquo;avait pas d\u00e9couvert Lol\u00a0\u00bb (20) ni son sourire qui constitue pourtant \u00ab\u00a0un signe d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb (21). Ainsi, c&rsquo;est comme si elle s&rsquo;\u00e9tait \u00e9vapor\u00e9e au fil de la nuit, comme si elle avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement remplac\u00e9e par Anne-Marie Stretter\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 mesure que le corps de la femme appara\u00eet \u00e0 cet homme, le sien s&rsquo;efface, s&rsquo;efface, volupt\u00e9, du monde\u00a0\u00bb (50). Lol s&rsquo;efface dans la fascination, dans l&rsquo;envoutement que procure le spectacle<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-8\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-8\">8<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Dans cette perspective, il est int\u00e9ressant de travailler la question du regard. Nous ne nous attarderons pas sur cet aspect qui a fait l&rsquo;objet de nombreuses \u00e9tudes, dont celle, importante, de Sylvie Loignon\u00a0(2001).<\/span> de l&rsquo;union des deux amants. Une tension apparait donc d\u00e8s les premi\u00e8res pages du livre et permet de comprendre pourquoi, \u00ab\u00a0[q]uand [Lol] ne les vit plus [Anne-Marie Stretter et Michael Richardson], elle tomba par terre, \u00e9vanouie\u00a0\u00bb\u00a0(22). Elle a trouv\u00e9 une totalit\u00e9 avec\u00a0<em>eux<\/em><sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-9\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-9\">9<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Ce pronom est de surcroit utilis\u00e9 de nombreuses fois pour parler du couple Anne-Marie Stretter\/Michael Richardson.<\/span>. Par ce pronom, qui est utilis\u00e9 de nombreuses fois au sein du texte pour \u00e9voquer leur couple, Anne-Marie Stretter et Michael Richardson forment ainsi, m\u00eame textuellement, une unit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je crois depuis dix ans qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait rest\u00e9 que trois personnes,\u00a0<em>eux\u00a0<\/em>et moi\u00a0\u00bb (105. Nous soulignons). Rien n&rsquo;importe plus que ce corps d&rsquo;Anne-Marie Stretter serr\u00e9 par les bras de son fianc\u00e9. D\u00e8s lors, l&rsquo;enjeu du roman se situerait dans le d\u00e9sir de r\u00e9cup\u00e9rer la place ravie, de rejoindre le centre fascinant, jamais atteint, form\u00e9 par le couple Anne-Marie Stretter\/Michael Richardson, tandis que le texte donne lieu \u00e0 des identit\u00e9s en profils perdus<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-10\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-10\">10<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">R\u00e9sonne \u00e9galement en \u00e9cho cette phrase de Duras\u00a0: \u00ab\u00a0Je me demande [&#8230;] si derri\u00e8re Lol. V. Stein il n&rsquo;y avait pas Anne-Marie Stretter\u00a0\u00bb (Duras et Porte 2012, 69).<\/span> (\u00ab\u00a0Dans mes bras, Lol est \u00e9gar\u00e9e\u00a0\u00bb [154]; \u00ab\u00a0qui est l\u00e0 dans le lit?\u00a0\u00bb [187]) qui pointent toutes vers le couple initial constitu\u00e9 d&rsquo;Anne-Marie Stretter et de Michael Richardson, ce couple charnel, qui s&rsquo;apparente au couple \u00e9d\u00e9nique<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-11\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-11\">11<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Anne-Marie Stretter est d\u00e9crite comme une \u00c8ve marine (Duras 1964, 15-16), alors que Michael Richardson est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0L&rsquo;homme de T.\u00a0Beach\u00a0\u00bb, sorte d&rsquo;Adam imm\u00e9morial, celui qui \u00ab\u00a0n&rsquo;a plus qu&rsquo;une t\u00e2che \u00e0 accomplir, toujours la m\u00eame dans l&rsquo;univers de Lol\u00a0: [&#8230;] d\u00e9v\u00eatir une autre femme que Lol\u00a0\u00bb (50).<\/span>.<\/p>\n<p>Duras, dans\u00a0<em>La vie mat\u00e9rielle<\/em>, affirme\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9crire [&#8230;] [c]&rsquo;est raconter une histoire et l&rsquo;absence de cette histoire. C&rsquo;est raconter une histoire qui en passe par son absence\u00a0\u00bb (1987, 31-32). Aussi n\u2019est-il pas \u00e9tonnant que le vide soit un autre \u00e9l\u00e9ment essentiel du roman. Celui-ci peut autant \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 Lol, cette \u00ab\u00a0figure de l&rsquo;absence\u00a0\u00bb \u2013 dans son mouvement de fascination, Lol repr\u00e9sente \u00e9galement une figure du vide, une figure p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e par le vide auquel ouvre (dans l\u2019instant et \u00e0 sa suite) le sentiment d&rsquo;absolu \u2013 qu&rsquo;\u00e0 la sc\u00e8ne du bal, qui se trouve dans une sorte de faille temporelle<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-12\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-12\">12<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Le bal, dans le texte, apparait concr\u00e8tement dans le vide\u00a0:<br \/>\u00ab\u00a0\u2013 De l&rsquo;amour, dit-elle, je me souviens.<br \/>Tatiana fixe le vide.<br \/>\u2013 Ce bal\u00a0! Oh\u00a0! Lol, ce bal\u00a0!<br \/>Lol sans changer de pose fixe le m\u00eame vide que Tatiana.\u00a0\u00bb (98); \u00ab\u00a0dans ce bal, toutes les deux, embusqu\u00e9es, m&rsquo;oublient\u00a0\u00bb (99).<\/span>\u00a0: l\u00e0 sans \u00eatre l\u00e0; que, pour finir, \u00e0 l&rsquo;acte sexuel, cette image inaugurale \u00e0 jamais manqu\u00e9e et sans cesse recherch\u00e9e<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-13\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-13\">13<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Ainsi, l&rsquo;acte sexuel, comme le mot trou, \u00ab\u00a0n&rsquo;existe pas, [mais] pourtant est l\u00e0\u00a0\u00bb (48).<\/span>, \u00ab\u00a0ce spectacle inexistant, invisible\u00a0\u00bb (Duras 1964, 63) qui s&rsquo;\u00e9rige comme une \u00ab\u00a0image-noeud autour de laquelle va pouvoir se constituer le r\u00e9seau des fantasmes\u00a0\u00bb (Borgomano 1985, 142). En effet, Lol, le bal et l&rsquo;acte sexuel \u00e9chappent, et face \u00e0 ce qui \u00e9chappe, on est n\u00e9cessairement confront\u00e9 \u00e0 un vide. Vide de\/dans la repr\u00e9sentation, vide de\/dans la perception, vide de\/dans l&rsquo;attente, cr\u00e9ant d\u00e8s lors un vide dans le langage. D&rsquo;ailleurs, il est int\u00e9ressant de noter que, lors de sa premi\u00e8re sortie dans S. Tahla apr\u00e8s la nuit du bal, lorsqu&rsquo;elle rencontre Jean Bedford qui lui demande ce qu&rsquo;elle cherche, semblant perdue, elle r\u00e9pond \u00ab\u00a0avec nettet\u00e9\u00a0: \u2013 Rien\u00a0\u00bb (Duras 1964, 27). Elle ne cherche rien, ou plut\u00f4t elle cherche\u00a0<em>le rien<\/em>, ce rien, ce vide (non seulement le sien mais aussi et surtout celui de l&rsquo;absolu), ce vertige, auquel elle a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9e lors de la nuit du bal; ce qu&rsquo;elle a vu sans voir et sur quoi elle ne sait poser de mots. Investir le vide, vivre le vide, et le silence qui lui est inh\u00e9rent, voil\u00e0 le d\u00e9sir et l&rsquo;enjeu de la qu\u00eate de Lol, celui d&rsquo;une d\u00e9territorialisation<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-14\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-14\">14<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Compris dans le sens port\u00e9 par Deleuze et Guattari, c\u2019est-\u00e0-dire celui d\u2019un mouvement de\u00a0d\u00e9classification qui lib\u00e8re du conventionnel et ouvre de nouvelles perspectives, de nouvelles voies.<\/span>, d&rsquo;une \u00e9chapp\u00e9e \u00e0 toutes les limites; \u00ab\u00a0Nous allons vers quelque chose. M\u00eame s&rsquo;il ne se passe rien nous avan\u00e7ons vers quelque but\u00a0\u00bb (130).<\/p>\n<h2>Non-savoir et fantasmagories<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0What the novel [<em>Le ravissement de Lol V. Stein<\/em>] dramatises is a crisis in knowledge\u00a0\u00bb\u00a0(Hill 1993, 73). Leslie Hill, par cette affirmation, met le doigt sur ce qui constitue une autre caract\u00e9ristique fondamentale \u00e0 la fois du roman publi\u00e9 en 1964 et, plus largement, de l\u2019\u0153uvre de Duras. En effet, le succ\u00e8s et la force de cette derni\u00e8re reposent notamment sur un dispositif d&rsquo;opacification, elle dont les textes se d\u00e9ploient inlassablement vers l&rsquo;inconnu et l&rsquo;incertitude, dans une ind\u00e9termination ambigu\u00eb, qui devient fascinante.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dialogues qui taisent l&rsquo;objet du discours, [des] effets de parataxe qui emp\u00eachent la s\u00e9dimentation du sens, et [des] phrases nominales qui suspendent l&rsquo;action produisent une rh\u00e9torique n\u00e9gative qui bloque le proc\u00e8s du sens entre deux mouvements contradictoires\u00a0: appel au d\u00e9chiffrement et dissolution de ses effets. (Bou\u00e9 2009, 79)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aussi, selon Bernard Alazet, \u00ab\u00a0[l]e non-savoir est caract\u00e9ristique du texte durassien, o\u00f9 l&rsquo;on en sait de moins en moins\u00a0\u00bb (1992, 87). C&rsquo;est pourquoi la plupart de ses r\u00e9cits s&rsquo;av\u00e8rent souvent d\u00e9concertants et se d\u00e9robent sans cesse sous les assauts de l&rsquo;interpr\u00e9tation. Le non-savoir qui recouvre les dimensions de l&rsquo;inconnu, de l&rsquo;inintelligible \u2013 \u00ab\u00a0c&rsquo;est le domaine de l&rsquo;exc\u00e9dant impensable \u00e0 partir du savoir\u00a0: c&rsquo;est-\u00e0-dire non cat\u00e9gorisable, sinon par feinte, inappropriable, in-mesurable\u00a0\u00bb (Sasso 1978, 230) \u2013, apparait chez Duras comme consubstantiel du rapport au r\u00e9el. Le mouvement existentiel constitue ce qui se refuse \u00e0 toute explication; \u00e0 un moment, il sort de l&rsquo;ordre causal et logique.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u2013\u00a0Tu ne peux pas dire pourquoi\u00a0? demande Tatiana.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0Ce ne serait pas clair, \u00e7a ne serait pas utile. (Duras 1964, 109)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que Lol affirme vouloir \u00ab\u00a0savoir plus encore\u00a0\u00bb (190), elle finira par se rendre au non-savoir, acceptant la limite du langage qui ne peut compl\u00e8tement figurer le sentiment d&rsquo;absolu qu&rsquo;elle a connu.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle se demande encore o\u00f9 ce corps devrait \u00eatre, o\u00f9 le mettre exactement, pour qu&rsquo;il s&rsquo;arr\u00eate de se plaindre.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0<em>Je suis moins loin qu&rsquo;avant de savoir<\/em>. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 longtemps \u00e0 le mettre ailleurs que l\u00e0 o\u00f9 il aurait d\u00fb \u00eatre. Maintenant je crois que je me rapproche de l\u00e0 o\u00f9 il serait heureux. (172-173. Nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans un mouvement similaire, par son identit\u00e9 fragment\u00e9e \u2013 qui est, en r\u00e9alit\u00e9, le propre de toute identit\u00e9 \u2013, Lol incarne le non-savoir aupr\u00e8s de Jacques Hold\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais\u00a0: je ne sais rien. Ce fut l\u00e0 ma premi\u00e8re d\u00e9couverte \u00e0 son propos\u00a0: ne rien savoir de Lol \u00e9tait la conna\u00eetre d\u00e9j\u00e0. On pouvait, me parut-il, en savoir moins encore, de moins en moins sur Lol V. Stein\u00a0\u00bb\u00a0(81). Cette dynamique est constante tout au long du roman et elle s\u2019affirme m\u00eame plus vigoureusement dans les derni\u00e8res pages du texte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Puisque je sais \u2013 ai-je jamais su \u00e0 ce point quelque chose? \u2013 qu&rsquo;elle m&rsquo;est inconnaissable, on ne peut pas \u00eatre plus pr\u00e8s d&rsquo;un \u00eatre humain que je le suis d&rsquo;elle, plus pr\u00e8s d&rsquo;elle qu&rsquo;elle-m\u00eame si constamment envol\u00e9e de sa vie vivante. (166)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9cit lui-m\u00eame, qui parait d\u00e9sorganis\u00e9, est marqu\u00e9 par le non-savoir, car il se d\u00e9veloppe \u00e0 partir du t\u00e9moignage de Jacques Hold (narrateur intradi\u00e9g\u00e9tique et non-omniscient), mais selon un montage qui comprend \u00e9galement des inventions ou des projections de Jacques Hold sur ce qu&rsquo;aurait pu penser Lol, de m\u00eame que les d\u00e9clarations entrem\u00eal\u00e9es de plusieurs personnages (notamment Tatiana, Jean Bedford ou encore, et de mani\u00e8re plus anecdotique, la m\u00e8re de Lol [23] ou sa gouvernante [37]). Lol existe ainsi \u00e0 travers ce qu&rsquo;il veut bien en dire. Le lecteur est donc confront\u00e9 \u00e0 l&rsquo;histoire d&rsquo;un t\u00e9moignage impossible, d\u2019un \u00e9chec du dire, au sein duquel les r\u00e9p\u00e9titions, qui sont autant de d\u00e9placements, accentuent la port\u00e9e du non-savoir, mettant \u00e0 mal un quelconque souci de coh\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<p>Lol est donc ce personnage qui se rend \u00e0 la nuit, ce moment durant lequel le bal a eu lieu \u2013 Anne-Marie Stretter et Michael Richardson dansaient dans \u00ab\u00a0l&rsquo;ouragan de la nuit\u00a0\u00bb\u00a0(135). D\u00e8s lors, le dessein de Lol est de trouver la nuit, de la faire perdurer<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-15\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-15\">15<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Il est question de \u00ab\u00a0l&rsquo;inimportance du jour en face de cette nuit\u00a0\u00bb (Duras 1964, 47).<\/span> ainsi qu&rsquo;elle souhaitait le faire le soir du bal en affirmant que \u00ab\u00a0l&rsquo;heure d&rsquo;\u00e9t\u00e9 trompait\u00a0\u00bb (22-23), pour \u00ab\u00a0y retrouver ou y chercher quelque chose [&#8230;] qui aurait \u00e9t\u00e9 pour elle d&rsquo;une grande importance et\u00a0<em>qu&rsquo;elle ne pouvait trouver que de nuit<\/em>\u00a0\u00bb (27. Nous soulignons). Par cons\u00e9quent, il n&rsquo;est pas tant question de (ne pas) savoir \u00ab\u00a0comment sortir de la nuit\u00a0\u00bb (21), mais bien plus d&rsquo;accepter cet \u00e9tat nocturne propre \u00e0 Lol et \u00e0 son\u00a0<em>Ravissement<\/em>. Lol attend ce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas connu, elle attend l&rsquo;union des corps, elle d\u00e9sire le retour du bal, de la fin du bal, de l&rsquo;amour et de la jouissance. Il n&rsquo;est pas tant question de comprendre le non-savoir qui \u00e9merge que de consentir \u00e0 s&rsquo;y abandonner et de l&rsquo;investir en tant que lieu supr\u00eame du d\u00e9sir\u00a0: \u00ab\u00a0La victoire de Lol V. Stein\u00a0: le recul de la clart\u00e9\u00a0\u00bb (108). Ainsi, un des enjeux de ce r\u00e9cit est d\u2019\u00ab\u00a0apprendre \u00e0 ne pas apprendre\u00a0\u00bb, comme le proclame le personnage principal d&rsquo;<em>Ah! Ernesto\u00a0<\/em>(1971), ou plut\u00f4t\u00a0<em>d&rsquo;apprendre \u00e0 ne pas comprendre<\/em>, de s&rsquo;engager dans l&rsquo;obscurit\u00e9 du d\u00e9sir, l\u00e0 o\u00f9 le langage est insuffisant et impotent. Le bal, lieu m\u00e9taphorique qui rec\u00e8le une minute de \u00ab\u00a0temps pur, d&rsquo;une blancheur d&rsquo;os\u00a0\u00bb (47) et s\u2019agence donc comme centre amphigourique, entraine vers le non-savoir, qui d\u00e9bouche sur une exp\u00e9rience d&rsquo;absolu au c\u0153ur de laquelle d\u00e9faille le langage. En somme, il peut \u00eatre rapproch\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure de Bataille\u00a0: \u00ab\u00a0nue et libre d&rsquo;attaches\u00a0\u00bb, elle qui \u00ab\u00a0ne m\u00e8ne \u00e0 aucun havre (mais en un lieu d&rsquo;\u00e9garement, de non-sens)\u00a0\u00bb (1954, 13 et 15), analogue \u00e0 ce que tout lecteur des r\u00e9cits de Duras peut ressentir face \u00e0 ces textes qui \u00e9branlent et chavirent. D\u00e8s lors, il s&rsquo;agit de porter au jour l&rsquo;obscurit\u00e9 rayonnante de cette sc\u00e8ne inaccessible, \u00e0 l&rsquo;attraction irr\u00e9pressible, qui s&rsquo;apparente \u00e0 un soleil ou plut\u00f4t \u00e0 un trou noir dans la galaxie de Lol.<\/p>\n<p>Lol ayant \u00ab\u00a0captur\u00e9\u00a0\u00bb Jacques Hold dans son monde, dans sa (folle) logique propre, il lui assure qu&rsquo;il va quitter Tatiana (Duras 1964, 117), ce qui suscite la r\u00e9action paradoxale de Lol\u00a0: \u00ab\u00a0Je vous en supplie, je vous en conjure\u00a0: ne le faites pas\u00a0\u00bb (117)<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-16\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-16\">16<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">Notons que Jacques Hold, ensuite, compl\u00e8tement assujetti \u00e0 Lol, affirme \u00e0 Tatiana, lors de leur entrevue \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel des Bois\u00a0: \u00ab\u00a0je veux te revoir, [&#8230;] te revoir encore et encore\u00a0\u00bb (Doras 1964, 126). Son d\u00e9sir est celui de Lol \u2013 \u00ab\u00a0je ne lutterai pas\u00a0\u00bb (133), assure-t-il.<\/span>. Nous pouvons ici clairement rep\u00e9rer le dilemme auquel est confront\u00e9 Lol\u00a0: prendre la place de celle qui ressent, vit, aime et est aim\u00e9e, ou alors se maintenir dans la subjuguante contemplation. C&rsquo;est alors par la projection que le dilemme est r\u00e9solu\u00a0: elle peut r\u00e9cup\u00e9rer sa place, via Tatiana prise par Jacques Hold, gr\u00e2ce auxquels elle retrouve l&rsquo;union du couple originel, cette \u00ab\u00a0existential epiphanie\u00a0\u00bb<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-17\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-17\">17<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">Ce syntagme a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par Martin Crowley, pour qui l&rsquo;\u0153uvre de Duras contient de ces moments qui sont exp\u00e9riences des limites qui cernent \u00ab\u00a0the hesitant gap between here and the beyond\u00a0\u00bb (Crowley 2000, 27 et 56).<\/span> qu&rsquo;elle n&rsquo;a jamais vue, celle qu&rsquo;elle a manqu\u00e9e le soir du bal, celle qui lui aurait permis d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0prise\u00a0\u00bb (et \u00e9prise) \u00e0 son tour. Elle peut donc \u00e0 la fois rester dans la p\u00e9riph\u00e9rie et se trouver au centre, quittant de cette mani\u00e8re la situation inconciliable dans laquelle elle se d\u00e9menait. En effet, par et dans la contemplation, elle peut se projeter et \u00eatre partie prenante de l&rsquo;union. Cela explique \u00e9galement qu&rsquo;elle ne ressent aucune souffrance face \u00e0 ce spectacle, dont l&rsquo;activit\u00e9 et les mouvements sont v\u00e9cus par procuration. N\u00e9anmoins, Lol se soustrait de la communaut\u00e9 \u00e0 partir du moment o\u00f9, de mani\u00e8re atypique, elle ne souffre pas devant le spectacle de ce qui devrait \u00eatre sa plus grande douleur. Or, seul\u00b7e celui ou celle qui s&rsquo;est arrach\u00e9\u00b7e de la communaut\u00e9 des humains peut avoir acc\u00e8s au savoir interdit, \u00eatre en mesure d&rsquo;avoir un rapport avec l\u2019impronon\u00e7able, vivre l&rsquo;absolu.<\/p>\n<p>Alors, peu \u00e0 peu, le d\u00e9sir de Lol se pr\u00e9cise. Bien qu&rsquo;elle ait voulu prendre la place de Tatiana (pour atteindre celle d&rsquo;Anne-Marie Stretter), c&rsquo;est sa place p\u00e9riph\u00e9rique \u2013 celle o\u00f9 elle est cach\u00e9e par le seigle ou les plantes vertes \u2013 qui lui convient le mieux. L\u00e0, \u00ab\u00a0un r\u00eave est presque atteint. Des chairs se d\u00e9chirent, saignent, se r\u00e9veillent. Elle [Lol] essaie d&rsquo;\u00e9couter un vacarme int\u00e9rieur, elle n&rsquo;y parvient pas, elle est d\u00e9bord\u00e9e par l&rsquo;aboutissement, m\u00eame inaccompli, de son d\u00e9sir\u00a0\u00bb (131). Et se d\u00e9clare alors l&rsquo;absolu, nourri par de multiples polarit\u00e9s contradictoires<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-18\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-18\">18<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\">Alfred North Whitehead affirme que ce sont les contrastes qu\u2019une exp\u00e9rience maintient ensemble qui d\u00e9terminent l\u2019intensit\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience (Whitehead 1993, 325-338); autrement dit, et comme c\u2019est le cas dans le r\u00e9cit de Duras, \u00ab\u00a0plus une exp\u00e9rience est capable de contenir de contrastes en elle-m\u00eame, plus elle est intense\u00a0\u00bb (Massumi 2018, 150).<\/span>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Des larmes ont rempli ses yeux. Elle r\u00e9primande une\u00a0<em>souffrance\u00a0<\/em>tr\u00e8s grande dans laquelle elle ne sombre pas, qu&rsquo;elle maintient au contraire, de toutes ses forces, au bord de son expression culminante qui serait celle du\u00a0<em>bonheur<\/em>. Je ne dis rien. Je ne lui viens pas en aide dans cette irr\u00e9gularit\u00e9 de son \u00eatre. L&rsquo;instant se termine. Les larmes de Lol sont raval\u00e9es, retournant au flot contenu des larmes de son corps.\u00a0<em>L&rsquo;instant n&rsquo;a pas gliss\u00e9, ni vers la victoire, ni vers la d\u00e9faite, il ne s&rsquo;est color\u00e9 de rien, le plaisir seul, n\u00e9gateur, est pass\u00e9<\/em>. (132. Nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lol, infiniment morcel\u00e9e, retrouve ainsi en elle, dans la sc\u00e8ne du bal ainsi que dans le couple form\u00e9 par Jacques Hold et Tatiana Karl \u2013 tous trois \u00e0 la fois \u2013 ce m\u00e9lange de fascination, d&rsquo;illimitation et de non-savoir, au c\u0153ur d&rsquo;un vide qu&rsquo;elle ne peut qu&rsquo;\u00e9prouver. L&rsquo;absolu, inatteignable, tout en \u00e9tant au c\u0153ur de l&rsquo;exp\u00e9rience de Lol, ne cesse en m\u00eame temps de se d\u00e9rober \u2013 \u00ab\u00a0paradis perdu\u00a0\u00bb (79) \u2013, perp\u00e9tuant ainsi son d\u00e9sir \u00e0 l&rsquo;infini, son d\u00e9sir d&rsquo;infini. Cette qu\u00eate, qu&rsquo;elle ne cesse de poursuivre, constituerait par cons\u00e9quent sa folie, Lol incarnant un d\u00e9sir confront\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, un d\u00e9sir face \u00e0 l&rsquo;impossible, face \u00e0 l&rsquo;<em>impossessible<\/em>; un d\u00e9sir qui finalement se veut et devient plus fort que la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0le divorce dans lequel nous sommes elle et nous, c&rsquo;est elle seule qui l&rsquo;a prononc\u00e9 \u2013 mais en silence \u2013 dans un r\u00eave si fort qu&rsquo;il lui a \u00e9chapp\u00e9 et qu&rsquo;elle ignore l&rsquo;avoir eu\u00a0\u00bb (106).<\/p>\n<p>Le r\u00eave est alors choisi par Lol, sans mot aucun \u2013 le texte se cl\u00f4t d&rsquo;ailleurs sur son endormissement. Elle choisit le regard plut\u00f4t que le fait de vivre, car la projection n&rsquo;est jamais d\u00e9cevante; c&rsquo;est d&rsquo;ailleurs seulement par projection, dans l&rsquo;imaginaire, dans son \u00ab\u00a0cin\u00e9ma\u00a0\u00bb\u00a0(49), qu&rsquo;elle peut atteindre le couple Anne-Marie Stretter\/Michael Richardson. Madeleine Borgomano d\u00e9veloppe une id\u00e9e similaire dans son ouvrage sur Duras\u00a0: \u00ab\u00a0[d]ans le ravissement, la sc\u00e8ne n&rsquo;existe d&rsquo;abord que dans l&rsquo;imaginaire\u00a0: elle ne pr\u00e9tend plus \u00e0 aucun support \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (Borgomano 1985, 128). Lol, vibrant \u00e0 l&rsquo;unisson (des corps) des amants dans la chambre, retrouve alors \u00ab\u00a0pour la premi\u00e8re fois depuis le bal de T.\u00a0Beach, [&#8230;] dans la bouche le go\u00fbt commun, le sucre du c\u0153ur\u00a0\u00bb (Duras 1964, 125). Ainsi, elle atteint le fantasme et ce temps du r\u00eave qui m\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;absolu, qui permet d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 un \u00e9tat ataraxique.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Lol r\u00eave d&rsquo;un autre temps o\u00f9 la m\u00eame chose qui va se produire se produirait diff\u00e9remment. Autrement. Mille fois. Partout. Ailleurs. Entre d&rsquo;autres, des milliers qui, de m\u00eame que nous, r\u00eavent de ce temps, obligatoirement. (187)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s lors, nul besoin de mot pour vivre (tout cela). Aussi, \u00ab\u00a0[q]uand Lol parle du bonheur, de quoi parle-t-elle\u00a0\u00bb (159)? Il s&rsquo;agit de ce m\u00e9lange de fascination, d&rsquo;illimitation, de non-savoir, au c\u0153ur d&rsquo;un vide \u2013 que nous \u00e9voquions ci-dessus \u2013 qu&rsquo;a pu ressentir Lol lors du bal et qu&rsquo;elle a retrouv\u00e9 avec le couple form\u00e9 de sa meilleure amie et du narrateur. C&rsquo;est un bonheur<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-19\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-19\">19<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\">C&rsquo;est ainsi que \u00ab\u00a0Lol est dans son bonheur\u00a0\u00bb (Doras 1964, 162) lorsque le couple constitu\u00e9 de Tatiana Karl et Jacques Hold est r\u00e9uni.<\/span> unique, absolu, indicible, qui d\u00e9passe donc la compr\u00e9hension et toute pr\u00e9tention \u00e0 son appr\u00e9hension. Aucun mot ne peut \u00eatre pos\u00e9 sur cet \u00e9tat bien pr\u00e9cis qui g\u00e9n\u00e8re \u00ab\u00a0une \u00e9motion tr\u00e8s violente [&#8230;] entre le doute et l&rsquo;\u00e9pouvante, l&rsquo;horreur et la joie\u00a0\u00bb (120). Il constitue une exp\u00e9rience des limites de l&rsquo;\u00eatre, du corps et du langage.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u2013 Dites-moi un mot pour le dire.<br \/>\u2013 Je ne connais pas. (138)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lol comprend alors qu&rsquo;aucune explication ne peut \u00eatre fournie, que les choses soit se vivent, soit sont \u00e0 voir. Elle choisit le voir, la vie du voir. Lol, par son entreprise, vise donc \u00e0 cr\u00e9er l&rsquo;impossible, \u00e0 reconstituer ce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas vu, l&rsquo;union charnelle d&rsquo;Anne-Marie Stretter avec Michael Richardson, qui constitue en r\u00e9alit\u00e9 le centre originel, cet \u00ab\u00a0ailleurs [\u00ab\u00a0sublime, plus adorable \u00e0 son \u00e2me qu&rsquo;aucun autre moment de sa vie pr\u00e9sente\u00a0\u00bb (44)] qu&rsquo;elle cherchait depuis son retour \u00e0 S. Tahla\u00a0\u00bb (44)<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-20\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-20\">20<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\">\u00c0 noter que cet \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, Lol y a acc\u00e8s lorsqu&rsquo;elle contemple \u00ab\u00a0la monotonie de la pluie\u00a0\u00bb (44). C&rsquo;est donc dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment aquatique tombant du ciel qu&rsquo;elle retrouve l&rsquo;absolu. L&rsquo;eau, chez Duras, poss\u00e8de la force de l&rsquo;infini.<\/span>, ce qu&rsquo;elle souhaitait pouvoir contempler mais qui a manqu\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0son regard immense, fam\u00e9lique\u00a0\u00bb (78). Elle commence alors \u00e0 ne plus finir ses phrases (voir pp.\u00a093, 153, 157, 169, 175, 185). Le langage se r\u00e9v\u00e8le insuffisant pour exprimer l&rsquo;exp\u00e9rience absolue, car cette derni\u00e8re le met en demeure. Il se voit arr\u00eat\u00e9 par la vie et son mouvement<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-21\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"21\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-21\">21<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"21\">Voirpage 175, lorsque la phrase s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 l&rsquo;instar du train qui s&rsquo;immobilise.<\/span>. Il se d\u00e9lite peu \u00e0 peu\u00a0: \u00ab\u00a0Vendredi \u00e0 six heures, Tatiana, tu viendras encore une fois\u00a0\u00bb (164); \u00ab\u00a0Je ne crois pas. J&rsquo;ai cette envie. Plus\u00a0\u00bb (168). Alors l&rsquo;intensit\u00e9 du silence se fait jour, lui dont la nature fractale nait de l&rsquo;\u00e9clatement du langage, inapte \u00e0 dire l&rsquo;absolu qui est marqu\u00e9 par le non-savoir<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-22\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"22\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-22\">22<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"22\">Comme le dit Bataille, \u00ab\u00a0[p]our ne plus conna\u00eetre, il faudrait ne plus parler\u00a0\u00bb (1954, 25).<\/span>. En ce sens, ce dernier comme exp\u00e9rience ind\u00e9passable donne lieu au silence, le silence du sommeil, sommeil sur lequel le r\u00e9cit se d\u00e9noue; \u00ab\u00a0elle est all\u00e9e vers autre chose de plus vague, sans fin, elle ira vers autre chose que je ne conna\u00eetrai jamais, sans fin\u00a0\u00bb (155), et Lol rit alors au travers de ses larmes (185).<\/p>\n<h2>Vers le silence<\/h2>\n<p>Il est possible d\u2019all\u00e9guer, \u00e0 la suite de la phrase de Leslie Hill cit\u00e9e plus haut, que ce que l\u2019\u0153uvre dramatise tout autant, c\u2019est une crise du langage, ainsi que le laisse par exemple entendre l\u2019extrait suivant\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elles ne sont pas surprises, se regardent sans fin, sans fin, d\u00e9cident de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de raconter, de rendre compte de ces instants, de cette nuit dont elles connaissent, seules, la v\u00e9ritable \u00e9paisseur, dont elles ont vu tomber les heures, une \u00e0 une jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re qui trouva l&rsquo;amour chang\u00e9 de mains, de nom, d&rsquo;erreur. (101)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La perte du moment d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 et d&rsquo;absolu qu&rsquo;a connue Lol lors de la sc\u00e8ne inaugurale du bal (qui se cl\u00f4t elle aussi sur un silence [24]), elle peut la contrer en investissant le silence, \u00e9tat dans lequel \u00ab\u00a0toute trace de sentiment est chass\u00e9e\u00a0\u00bb (140). Ne pas poser de mot pour mieux voir, pour vivre plus, pour ressentir. Par l\u00e0-m\u00eame, le blanc graphique chez Duras constituerait le moment de l&rsquo;absolu, indicible, lui qui passe entre les mailles de la parole. Il n&rsquo;y a pas de mot(s) pour le dire; il s&rsquo;exprime dans l&rsquo;\u00e9tendue d&rsquo;un silence et d&rsquo;un blanc scriptural. C&rsquo;est alors un silence \u00e9tale, et pourtant similaire \u00e0 une puissante vague, qui s&rsquo;abat autant sur les personnages que sur le lecteur, \u00e0 l&rsquo;instar de la mer qui concentre, assimile, fusionne et finalement subsume tout chez Duras. Elle dont Duras a pu dire qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0symbolise aussi ce lieu d&rsquo;origine pr\u00e9s\u00e9mantique\u00a0\u00bb (Bou\u00e9 2009, 81), rajoutant qu&rsquo;elle \u00ab\u00a0est compl\u00e8tement \u00e9crite pour [elle]. C&rsquo;est comme des pages, voyez, des pages pleines, vides \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre pleines, illisibles \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre \u00e9crites, d&rsquo;\u00eatre pleines d&rsquo;\u00e9criture\u00a0\u00bb (91).<\/p>\n<p>En outre, ce texte semble fonctionner comme une liponymie, c\u2019est-\u00e0-dire comme un texte qui tourne autour d\u2019un mot cach\u00e9 \u2013 ultime r\u00e9surgence du sexe tu, cach\u00e9 et perdu chez Duras \u2013, le fameux \u00ab\u00a0mot-trou\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c7&rsquo;aurait \u00e9t\u00e9 un mot-absence, un mot-trou, creus\u00e9 en son centre d&rsquo;un trou, de ce trou o\u00f9 tous les autres mots auraient \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s. On n&rsquo;aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire r\u00e9sonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l&rsquo;impossible, il les aurait assourdis \u00e0 tout autre vocable que lui-m\u00eame, en une fois il les aurait nomm\u00e9s, eux, l&rsquo;avenir et l&rsquo;instant. (Duras 1964, 48)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce \u00ab\u00a0mot-trou\u00a0\u00bb, imagin\u00e9 par Duras dans\u00a0<em>Le ravissement de Lol V. Stein<\/em>, se pr\u00e9sente alors comme l&rsquo;absolu, comme ce centre fascinant, total et inaccessible, dont le silence constitue probablement l&rsquo;unique r\u00e9ponse qu&rsquo;on puisse lui opposer. Il peut donc \u00eatre assimil\u00e9 \u00e0 l&rsquo;union charnelle, de laquelle r\u00e9sulte le sentiment d&rsquo;absolu dans le r\u00e9cit, celle-ci se pr\u00e9sentant \u00e9galement comme un\u00a0<em>impossible \u00e0 dire\u00a0<\/em>\u2013 pour reprendre le terme de Jean-Claude Milner\u00a0(1978). Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;entre en effet dans l&rsquo;ordre du langage et tous deux appellent donc un d\u00e9passement de ce dernier\u00a0: l&rsquo;ensemble du langage est insuffisant pour s&rsquo;en saisir, sauf justement un mot qui serait absent, donc tu, tout en \u00e9tant l\u00e0, derri\u00e8re le langage \u2013 \u00e0 l&rsquo;instar de la sc\u00e8ne sexuelle qui se trouve l\u00e0, derri\u00e8re le r\u00e9cit, faisant en sorte que \u00ab\u00a0l&rsquo;\u00e9tendard blanc des amants [&#8230;] flotte toujours sur la ville obscurcie\u00a0\u00bb (81).<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ce mot, qui n&rsquo;existe pas, pourtant est l\u00e0\u00a0: il vous attend au tournant du langage, il vous d\u00e9fie, il n&rsquo;a jamais servi, de le soulever, de le faire surgir hors de son royaume perc\u00e9 de toutes parts \u00e0 travers lequel s&rsquo;\u00e9coulent la mer, le sable, l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 du bal dans le cin\u00e9ma de Lol V. Stein. (48-49)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, il y a quelque chose de troublant, d&rsquo;\u00e9minemment fascinant, qui n&rsquo;est jamais dit, qui ne peut pas \u00eatre dit, mais qui est le point de fuite vers lequel tous les mots convergent et s&rsquo;orientent. \u00ab\u00a0[F]aute d&rsquo;un mot\u00a0\u00bb (48) pour nommer une sensation ressentie lors de cette nuit, ce sont tous les mots qui deviennent caducs, r\u00e9v\u00e9lant leur inad\u00e9quation \u00e0 toute forme d&rsquo;\u00e9nonciation. L&rsquo;utilisation des blancs graphiques \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du texte, qui repr\u00e9sentent un au-del\u00e0 de la parole, signifie d\u00e8s lors la part d&rsquo;illimit\u00e9 que contient le silence et qui contamine le personnage principal du r\u00e9cit. La crise de Lol, \u00ab\u00a0celle qui ne fait qu&rsquo;un avec elle depuis toujours\u00a0\u00bb (13), serait celle de l&rsquo;\u00eatre humain face \u00e0 l&rsquo;insuffisance du langage, face \u00e0 son impasse et \u00e0 sa faillite, et dont l&rsquo;effacement, la fragmentation apparait alors semblable \u00e0 celle de Lol. On peut donc parler d&rsquo;un silence structurel qui devient paradoxalement noyau langagier\u00a0: \u00ab\u00a0Faute de son existence, elle se tait\u00a0\u00bb (48). Duras fait donc \u00ab\u00a0le vide dans la langue pour mieux lui faire dire ce qu&rsquo;elle ne savait pas receler\u00a0\u00bb (Alazet 2005, 14). Comme l&rsquo;a formul\u00e9 Sasso, \u00ab\u00a0on se trouve devant le vide sans fin de l&rsquo;impensable\u00a0\u00bb (1978, 107), et Leslie Hill d&rsquo;ajouter\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>it is evident that, [&#8230;] in\u00a0<em>Le ravissement de Lol V. Stein<\/em>, [&#8230;]\u00a0<em>a subterranean force\u00a0<\/em>is operating to disorganise the text, as though from the inside, compromising the coherence of the writing and subjecting it to disturbances at almost every level, syntactic, discursive, and thematic. The result is a mode of writing possessed of a peculiar and distinctive intensity in which correctness or clarity of expression is often sacrificed\u00a0<em>in the cause of greater emotional density or immediacy<\/em>.\u00a0(1993, 120. Nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En somme, chez Duras, l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;absolu aboutit \u00e0 une aporie, celle du langage. L&rsquo;unique issue pour les personnages qui l&rsquo;exp\u00e9rimentent est alors de se taire, de rester silencieux face \u00e0 une totalit\u00e9 bouleversante, de laisser se faire\u00a0: \u00ab\u00a0un calme monumental recouvre tout, engloutit tout\u00a0\u00bb (Duras 1964, 181). Cette exp\u00e9rience de l&rsquo;absolu est tout particuli\u00e8rement v\u00e9cue par Lol, un des personnages durassiens les plus marquants, dont le c\u0153ur, \u00ab\u00a0cette r\u00e9gion du sentiment [&#8230;], n&rsquo;\u00e9tait pas parei[l]\u00a0\u00bb (13). C&rsquo;est donc le silence, \u00ab\u00a0diff\u00e9rent chez Lol V. Stein\u00a0\u00bb (154), qui r\u00e8gne et s&rsquo;impose \u00e0 la fin de son\u00a0<em>Ravissement<\/em>, pour elle qui a choisi de finalement quitter la \u00ab\u00a0Potini\u00e8re\u00a0\u00bb (180), la salle du bal dont le nom signifie \u00ab\u00a0o\u00f9 l&rsquo;on parle beaucoup\u00a0\u00bb.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Sa vue seule m&rsquo;effondre. Elle ne r\u00e9clame aucune parole et elle pourrait supporter un silence infini. Je voudrais faire, dire, dire un long mugissement fait de tous mots fondus et revenus au m\u00eame magma, intelligible \u00e0 Lol V. Stein. Je me tais. (130)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C&rsquo;est donc, pour elle, un silence qui met fin \u00e0 la fin, qui suspend cette fin \u00ab\u00a0qui retient Lol\u00a0\u00bb\u00a0(46)\u00a0: l\u2019\u00ab\u00a0instant pr\u00e9cis [&#8230;] quand l&rsquo;aurore arrive avec une brutalit\u00e9 inou\u00efe et la s\u00e9pare du couple que formaient Michael Richardson et Anne-Marie Stretter, pour toujours, toujours\u00a0\u00bb\u00a0(46). Le silence qui permet de nier la \u00ab\u00a0facilit\u00e9\u00a0\u00bb, la \u00ab\u00a0simplicit\u00e9 d\u00e9solante\u00a0\u00bb de la fin qui s\u00e9pare, d\u00e9sunit et tue, puisqu&rsquo;il permet de revivre le moment \u00e9vapor\u00e9. Et alors, le silence subsumant \u2013 et ce qu&rsquo;il entraine \u2013 constitue en partie la maladie et la folie de Lol V. Stein, qui est de nier la fin de toute chose, d&rsquo;\u00eatre jeune et vieille \u00e0 la fois, de savoir et d&rsquo;ignorer dans le m\u00eame temps, de nier le mouvement de la vie, pr\u00e9f\u00e9rant la contempler.<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle croyait qu&rsquo;un temps \u00e9tait possible qui se remplit et se vide alternativement, qui s&#8217;emplit et se d\u00e9semplit, puis qui est pr\u00eat encore, toujours, \u00e0 servir, elle le croit encore, elle le croira toujours, jamais elle ne gu\u00e9rira. (159)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme l&rsquo;affirme Madeleine Borgomano, \u00ab\u00a0dans cette folie seulement se trouve sa pl\u00e9nitude, son accomplissement\u00a0\u00bb (1985, 218).<\/p>\n<p>Lol d\u00e9sire donc l&rsquo;intensit\u00e9, la suspension, \u00ab\u00a0la fin sans fin, le commencement sans fin de Lol V. Stein\u00a0\u00bb (Duras 1964, 184). Voil\u00e0 pourquoi elle choisit finalement, \u00e0 travers la \u00ab\u00a0transparence de son \u00eatre incendi\u00e9\u00a0\u00bb (113), la contemplation et l&rsquo;effacement, l&rsquo;\u00e9vanouissement dans l&rsquo;endormissement. Dans cette perspective, le premier et le dernier mot du\u00a0<em>Ravissement\u00a0<\/em>forment une phrase qui r\u00e9sume l&rsquo;enti\u00e8ret\u00e9 du livre\u00a0: Lol V. Stein voyage. Elle voyage, entre la danse \u2013 premi\u00e8re sc\u00e8ne \u2013 et le sommeil \u2013 derni\u00e8re sc\u00e8ne \u2013, lieu du r\u00eave o\u00f9 elle peut revivre ce qu&rsquo;elle d\u00e9sire. Ainsi, elle laisse tout\u00a0<em>dans l&rsquo;\u00e9tat de l&rsquo;apparition<\/em>, comme une autre h\u00e9ro\u00efne durassienne au nom lui aussi fragment\u00e9<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-23\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"23\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-23\">23<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"23\">Voir Duras, Marguerite. 2008.\u00a0<em>Emily L.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Minuit (Double), p.\u00a0154.<\/span>. Aux mots, elle pr\u00e9f\u00e8re investir l&rsquo;ineffable faille du silence, son \u00ab\u00a0ouverture m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb (Bou\u00e9 2009, 82), son \u00ab\u00a0obscure splendeur\u00a0\u00bb (Duras 1980, 67), \u00e0 partir de laquelle elle peut revivre sans cesse l&rsquo;\u00e9v\u00e8nement absolu. D\u00e9miurgique \u2013 \u00ab\u00a0[c]e qu&rsquo;elle reb\u00e2tit c&rsquo;est la fin du monde\u00a0\u00bb (Duras 1964, 47) \u2013, elle choisit alors comme Dieu de contempler sa cr\u00e9ation, l&rsquo;univers du bal qu&rsquo;elle a et qu&rsquo;elle s&rsquo;est cr\u00e9\u00e9 \u2013 au centre duquel se trouve l&rsquo;union charnelle (pourtant jamais av\u00e9r\u00e9e ni d\u00e9crite) de Michael Richardson avec Anne-Marie Stretter \u2013, \u00e0 jamais ensevelie dans le seigle de ce champ qui fait face \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel des Bois, l\u00e0 o\u00f9 a pu s&rsquo;actualiser concr\u00e8tement le centre fascinant, le gouffre paroxystique \u00ab\u00a0\u00e0 la force fabuleuse\u00a0\u00bb (49), qui emporte tout et qui permet \u00ab\u00a0une interruption dans la sempiternelle r\u00e9p\u00e9tition de la vie\u00a0\u00bb (145), tel que souhait\u00e9 par Lol. Par cons\u00e9quent, figure th\u00e9ophanique<sup id=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-24\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"24\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030a50000000000000000_5633\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-24\">24<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"24\">Nancy Huston affirme d\u2019ailleurs que \u00ab\u00a0la litt\u00e9rature qu&rsquo;a produite [Duras] est \u00e0 bien des \u00e9gards une litt\u00e9rature religieuse, touchant aux arcanes de la sexualit\u00e9 et de la mort, invoquant et d\u00e9crivant sans cesse des absolus (le Tout, le Rien, la souffrance et la jouissance paroxystiques)\u00a0\u00bb (Huston 1998, 10).<\/span> (\u00ab\u00a0Nous sommes dans ses mains\u00a0\u00bb [90]; \u00ab\u00a0\u00c0 sa convenance j&rsquo;inventerais Dieu s&rsquo;il le fallait\u00a0\u00bb [134]), c&rsquo;est elle qui le r\u00e9git, le structure, lui donne vie, bien que lors de son d\u00e9roulement elle \u00e9tait paradoxalement passive. Alors, il pleut sur la mer gonfl\u00e9e du d\u00e9sir et le lecteur, \u00e0 l&rsquo;instar de Lol, se retrouve confront\u00e9 \u00e0 la fois \u00e0 la fascination d&rsquo;un crat\u00e8re, d&rsquo;une b\u00e9ance mais \u00e9galement et surtout \u00e0 celle d&rsquo;un absolu, d&rsquo;une totalit\u00e9, qui se muent en une immensit\u00e9 in(d\u00e9)finie, qui d\u00e9passe compl\u00e8tement et submerge int\u00e9gralement. Ainsi, la place qu&rsquo;elle cherchait n&rsquo;\u00e9tait pas la centrale mais la p\u00e9riph\u00e9rique, celle du regard; sa place est dans le ravissement face \u00e0\u00a0:<\/p>\n<p>Quelque chose manque.<\/p>\n<p>Les phrases ne se terminent pas.<\/p>\n<p>Le blanc apparait.<\/p>\n<p>Le non-savoir \u00e9merge.<\/p>\n<p>Mais c&rsquo;est de cette non-fin \u2013 de cette fin in-finie \u2013 que Lol, dans son champ de seigle, est amen\u00e9e vers son t\u00e9n\u00e9breux ravissement infini.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Alazet, Bernard. 1992.\u00a0<em>Le Navire Night de Marguerite Duras. \u00c9crire l&rsquo;effacement<\/em>. Lille\u00a0: Presses Universitaires de Lille, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Textes et perspectives\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alazet, Bernard. 2005. \u00ab\u00a0Les voix souterraines de l&rsquo;\u00e9criture\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Duras<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de l&rsquo;Herne, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Les cahiers de l&rsquo;Herne\u00a0\u00bb, n<sup>o<\/sup>\u00a086\u00a0:13-16.<\/p>\n<p>Alazet, Bernard et Mireille Calle-Gruber (dir.). 2005.\u00a0<em>Marguerite Duras 1. Les r\u00e9cits des diff\u00e9rences sexuelles<\/em>. Caen\u00a0: Minard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0La Revue des Lettres Modernes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bastide, Roger. 1997.\u00a0<em>Le sacr\u00e9 sauvage<\/em>. Paris\u00a0: Stock.<\/p>\n<p>Bataille, Georges. 1954.\u00a0<em>L&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, \u00e9dition revue et corrig\u00e9e, suivie de\u00a0<em>M\u00e9thode de m\u00e9ditation\u00a0<\/em>et de\u00a0<em>Post-scriptum 1953<\/em>, Somme ath\u00e9ologique I. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Bertoni, Annalisa. 2007. \u00ab\u00a0\u201cUn miroir qui revient\u201d\u00a0: gen\u00e8se de la sc\u00e8ne du bal dans l\u2019avant-texte de\u00a0<em>Le Ravissement de Lol V. Stein\u00a0<\/em>de Marguerite Duras\u00a0\u00bb, dans El Ma\u00efzi, Myriam et Brian Stimpson (dir.).\u00a0<em>Marguerite Duras 2. \u00c9criture, \u00e9critures<\/em>. Caen\u00a0: Minard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0La Revue des Lettres Modernes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bologne, Jean-Claude. 1995.\u00a0<em>Le mysticisme ath\u00e9e<\/em>. Monaco\u00a0: \u00c9ditions du Rocher.<\/p>\n<p>Borgomano, Madeleine. 1985.\u00a0<em>Duras. Une lecture des fantasmes<\/em>. Bruxelles\u00a0: Cistres, coll\u00a0\u00ab\u00a0Essais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bou\u00e9, Rachel. 2009.\u00a0<em>L&rsquo;\u00e9loquence du silence\u00a0: Celan, Sarraute, Duras et Quignard<\/em>. Paris\u00a0: L&rsquo;Harmattan.<\/p>\n<p>Crowley, Martin. 2000.\u00a0<em>Duras, writing and the ethical. Making the broken whole<\/em>. Oxford\u00a0: Oxford University Press.<\/p>\n<p>Debray, R\u00e9gis. 2003.\u00a0<em>Le feu sacr\u00e9. Fonctions du religieux<\/em>. Paris\u00a0: Fayard.<\/p>\n<p>Debray, R\u00e9gis.\u00a02009.\u00a0<em>Le moment fraternit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Duras, Marguerite. 1964.\u00a0<em>Le ravissement de Lol V. Stein<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Gallimard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Duras, Marguerite.\u00a01971.\u00a0<em>Ah\u00a0! Ernesto<\/em>. Vannes: Harlin Quist.<\/p>\n<p>Duras, Marguerite.\u00a01980.\u00a0<em>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 80<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>Duras, Marguerite.\u00a01987.\u00a0<em>La vie mat\u00e9rielle<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: P.O.L.<\/p>\n<p>Duras, Marguerite.\u00a02008 [1987].\u00a0<em>Emily L<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>Duras, Marguerite et Michelle Porte. 2012 [1977].\u00a0<em>Les Lieux de Marguerite Duras.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Minuit, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Double\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Gauthier, Xavi\u00e8re. 1975. \u00ab\u00a0La danse, le d\u00e9sir\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Cahiers Renaud Barrault<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, n\u00b089\u00a0: 23-32.<\/p>\n<p>Hamel, Jean-Fran\u00e7ois. 2006.\u00a0<em>Revenances de l\u2019Histoire. R\u00e9p\u00e9tition, narrativit\u00e9, modernit\u00e9<\/em><em>.<\/em>\u00a0Paris\u00a0: Minuit, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Paradoxe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Hill, Leslie. 1993.\u00a0<em>Marguerite Duras. Apocalyptic desires.\u00a0<\/em>London\/New York\u00a0: Routledge.<\/p>\n<p>Huston, Nancy.\u00a01998. \u00ab\u00a0Les limites de l&rsquo;absolu\u00a0\u00bb,\u00a0<em>La nouvelle revue fran\u00e7aise<\/em>, n\u00b0 542\u00a0:\u00a010-20.<\/p>\n<p>Lacan, Jacques. 1965. \u00ab\u00a0Hommage fait \u00e0 Marguerite Duras, du\u00a0<em>Ravissement de Lol V. Stein<\/em>\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Cahiers Renaud Barrault.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Gallimard, n\u00b0 52\u00a0: 7-15.<\/p>\n<p>Loignon, Sylvie. 2001.\u00a0<em>Le regard dans l\u2019\u0153uvre de Marguerite Duras. Circulez, y&rsquo;a rien \u00e0 voir<\/em>. Paris\u00a0: L&rsquo;Harmattan, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Critiques litt\u00e9raires\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Massumi, Brian. 2018.\u00a0<em>L\u2019\u00e9conomie contre elle-m\u00eame. Vers un art anti-capitaliste de l\u2019\u00e9v\u00e9nement<\/em>, trad. de l\u2019anglais par Armelle Chr\u00e9tien. Montr\u00e9al\u00a0: Lux \u00e9diteur, coll\u00a0\u00ab\u00a0Humanit\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Milner, Jean-Claude. 1978.\u00a0<em>L&rsquo;amour de la langue<\/em>. Lagrasse\u00a0: \u00c9ditions Verdier, coll\u00a0\u00ab\u00a0Verdier poche\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Piret, Pierre. 2009. \u00ab\u00a0Revivre pour la premi\u00e8re fois. La logique de la r\u00e9p\u00e9tition dans le th\u00e9\u00e2tre de Marguerite Duras\u00a0\u00bb, dans Meur\u00e9e, Christophe et Pierre Piret (dir.).\u00a0<em>De m\u00e9moire et d&rsquo;oubli\u00a0: Marguerite Duras<\/em>. Bruxelles\u00a0: Peter Lang.<\/p>\n<p>Sasso, Robert. 1978.\u00a0<em>Georges Bataille\u00a0: le syst\u00e8me du non-savoir. Une ontologie du jeu<\/em>. Paris\u00a0: Minuit, coll\u00a0\u00ab\u00a0Arguments\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Schaeffer, Jean-Marie et Ioana Vultur. 2006. \u00ab\u00a0Fictions autophages chez Marguerite Duras. \u00c0 propos du cycle indien\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Po\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: Le Seuil, n\u00b0\u00a0145\u00a0: 3-24.<\/p>\n<p>Whitehead, Alfred North.\u00a01993.\u00a0<em>Aventures d\u2019id\u00e9es<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Le Cerf.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lahouste, Corentin. 2018. \u00ab\u00a0Silence absolu. Du\u00a0Ravissement de Lol V. Stein\u00a0de Marguerite Duras\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28 (Automne), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/lahouste-28 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lahouste_28.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lahouste_28.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-f1594af5-086f-4992-830d-1f101c017a9c\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lahouste_28.pdf\">lahouste_28<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lahouste_28.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-f1594af5-086f-4992-830d-1f101c017a9c\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-1\"><span>1<\/span><div><em>Bataille, Georges. 2011 [1957]. L&rsquo;\u00e9rotisme<\/em><em>. Paris\u00a0: Minuit, pp.\u00a0278 et 280. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-2\"><span>2<\/span><div>Voir\u00a0Bataille, Georges. 1954.\u00a0<em>L&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure<\/em>, \u00e9dition revue et corrig\u00e9e, suivie de\u00a0<em>M\u00e9thode de m\u00e9ditation\u00a0<\/em>et de\u00a0<em>Post-scriptum 1953<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-3\"><span>3<\/span><div>Voir Debray, R\u00e9gis. 2003.\u00a0<em>Le feu sacr\u00e9. Fonctions du religieux<\/em>. Paris\u00a0: Fayard, p.\u00a015. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-3\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 3 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-4\"><span>4<\/span><div>C&rsquo;est m\u00eame cette sc\u00e8ne qui est \u00e0 l&rsquo;origine du roman; elle en est la matrice, qui a impuls\u00e9 \u00e0 Duras l&rsquo;\u00e9criture du reste du r\u00e9cit. Plus encore, il est possible de consid\u00e9rer cette sc\u00e8ne comme la matrice de l&rsquo;ensemble du cycle indien de Duras\u00a0: elle constitue \u00ab\u00a0la sc\u00e8ne primitive \u00e0 laquelle ne cesseront de revenir tous les ouvrages du cycle\u00a0\u00bb (Schaeffer et Vultur 2006, 5). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-4\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 4 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-5\"><span>5<\/span><div>Marqu\u00e9 du sceau de la fragmentation, \u00e0 l\u2019image de son nom\u00a0: Lol V. Stein pour Lola Valerie Stein (Duras 1964, 33). En outre, le lecteur d\u00e9couvre Lol via d&rsquo;autres, par le truchement de diff\u00e9rents interm\u00e9diaires. Son histoire m\u00eame est morcel\u00e9e, d\u00e9multipli\u00e9e, \u00ab\u00a0dans le flux [d&rsquo;une] narration englobant de fa\u00e7on anodine la voix et le r\u00e9cit de plusieurs t\u00e9moins\u00a0\u00bb (Bertoni 2007, 106). Fragmentaire, son r\u00e9cit n&rsquo;est jamais tout \u00e0 fait complet, quelque chose \u00e9chappe au lecteur, \u00e0 l&rsquo;instar de sa personne \u00ab\u00a0qui vous fu\u00eet dans les mains comme de l&rsquo;eau\u00a0\u00bb (Duras 1964, 13) \u2013\u00a0\u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 elle \u00e9tait \u00e9trangement incompl\u00e8te, elle avait v\u00e9cu sa jeunesse comme dans une sollicitation de ce qu&rsquo;elle serait mais qu&rsquo;elle n&rsquo;arrivait pas \u00e0 devenir\u00a0\u00bb (80).\u00a0Il est par ailleurs all\u00e9gu\u00e9 qu&rsquo;\u00ab\u00a0une part d&rsquo;elle-m\u00eame e\u00fbt \u00e9t\u00e9 toujours en all\u00e9e loin de vous et de l&rsquo;instant\u00a0\u00bb (13). Phrase ainsi compl\u00e9t\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0O\u00f9? [&#8230;] on aurait dit dans rien\u00a0<em>encore<\/em>, justement, rien\u00a0\u00bb (13. Nous soulignons). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-5\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 5 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-6\"><span>6<\/span><div>\u00ab\u00a0Anna was, Livia is, Plurabelle&rsquo;s to be\u00a0\u00bb (Joyce, James. 1959 [1939].\u00a0<em>Finnegans wake<\/em>. New York\u00a0: Viking Compassion Edition, p.\u00a0215). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-6\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 6 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-7\"><span>7<\/span><div>\u00ab\u00a0Je veux te revoir, dit-il, te revoir encore et encore\u00a0\u00bb (Duras 1964, 126). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-7\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 7 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-8\"><span>8<\/span><div>Dans cette perspective, il est int\u00e9ressant de travailler la question du regard. Nous ne nous attarderons pas sur cet aspect qui a fait l&rsquo;objet de nombreuses \u00e9tudes, dont celle, importante, de Sylvie Loignon\u00a0(2001). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-8\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 8 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-9\"><span>9<\/span><div>Ce pronom est de surcroit utilis\u00e9 de nombreuses fois pour parler du couple Anne-Marie Stretter\/Michael Richardson. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-9\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 9 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-10\"><span>10<\/span><div>R\u00e9sonne \u00e9galement en \u00e9cho cette phrase de Duras\u00a0: \u00ab\u00a0Je me demande [&#8230;] si derri\u00e8re Lol. V. Stein il n&rsquo;y avait pas Anne-Marie Stretter\u00a0\u00bb (Duras et Porte 2012, 69). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-10\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 10 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-11\"><span>11<\/span><div>Anne-Marie Stretter est d\u00e9crite comme une \u00c8ve marine (Duras 1964, 15-16), alors que Michael Richardson est pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab\u00a0L&rsquo;homme de T.\u00a0Beach\u00a0\u00bb, sorte d&rsquo;Adam imm\u00e9morial, celui qui \u00ab\u00a0n&rsquo;a plus qu&rsquo;une t\u00e2che \u00e0 accomplir, toujours la m\u00eame dans l&rsquo;univers de Lol\u00a0: [&#8230;] d\u00e9v\u00eatir une autre femme que Lol\u00a0\u00bb (50). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-11\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 11 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-12\"><span>12<\/span><div>Le bal, dans le texte, apparait concr\u00e8tement dans le vide\u00a0:<br \/>\u00ab\u00a0\u2013 De l&rsquo;amour, dit-elle, je me souviens.<br \/>Tatiana fixe le vide.<br \/>\u2013 Ce bal\u00a0! Oh\u00a0! Lol, ce bal\u00a0!<br \/>Lol sans changer de pose fixe le m\u00eame vide que Tatiana.\u00a0\u00bb (98); \u00ab\u00a0dans ce bal, toutes les deux, embusqu\u00e9es, m&rsquo;oublient\u00a0\u00bb (99). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-12\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 12 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-13\"><span>13<\/span><div>Ainsi, l&rsquo;acte sexuel, comme le mot trou, \u00ab\u00a0n&rsquo;existe pas, [mais] pourtant est l\u00e0\u00a0\u00bb (48). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-13\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 13 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-14\"><span>14<\/span><div>Compris dans le sens port\u00e9 par Deleuze et Guattari, c\u2019est-\u00e0-dire celui d\u2019un mouvement de\u00a0d\u00e9classification qui lib\u00e8re du conventionnel et ouvre de nouvelles perspectives, de nouvelles voies. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-14\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 14 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-15\"><span>15<\/span><div>Il est question de \u00ab\u00a0l&rsquo;inimportance du jour en face de cette nuit\u00a0\u00bb (Duras 1964, 47). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-15\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 15 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-16\"><span>16<\/span><div>Notons que Jacques Hold, ensuite, compl\u00e8tement assujetti \u00e0 Lol, affirme \u00e0 Tatiana, lors de leur entrevue \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel des Bois\u00a0: \u00ab\u00a0je veux te revoir, [&#8230;] te revoir encore et encore\u00a0\u00bb (Doras 1964, 126). Son d\u00e9sir est celui de Lol \u2013 \u00ab\u00a0je ne lutterai pas\u00a0\u00bb (133), assure-t-il. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-16\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 16 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-17\"><span>17<\/span><div>Ce syntagme a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par Martin Crowley, pour qui l&rsquo;\u0153uvre de Duras contient de ces moments qui sont exp\u00e9riences des limites qui cernent \u00ab\u00a0the hesitant gap between here and the beyond\u00a0\u00bb (Crowley 2000, 27 et 56). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-17\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 17 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-18\"><span>18<\/span><div>Alfred North Whitehead affirme que ce sont les contrastes qu\u2019une exp\u00e9rience maintient ensemble qui d\u00e9terminent l\u2019intensit\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience (Whitehead 1993, 325-338); autrement dit, et comme c\u2019est le cas dans le r\u00e9cit de Duras, \u00ab\u00a0plus une exp\u00e9rience est capable de contenir de contrastes en elle-m\u00eame, plus elle est intense\u00a0\u00bb (Massumi 2018, 150). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-18\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 18 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-19\"><span>19<\/span><div>C&rsquo;est ainsi que \u00ab\u00a0Lol est dans son bonheur\u00a0\u00bb (Doras 1964, 162) lorsque le couple constitu\u00e9 de Tatiana Karl et Jacques Hold est r\u00e9uni. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-19\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 19 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-20\"><span>20<\/span><div>\u00c0 noter que cet \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb, Lol y a acc\u00e8s lorsqu&rsquo;elle contemple \u00ab\u00a0la monotonie de la pluie\u00a0\u00bb (44). C&rsquo;est donc dans l\u2019\u00e9l\u00e9ment aquatique tombant du ciel qu&rsquo;elle retrouve l&rsquo;absolu. L&rsquo;eau, chez Duras, poss\u00e8de la force de l&rsquo;infini. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-20\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 20 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-21\"><span>21<\/span><div>Voirpage 175, lorsque la phrase s&rsquo;arr\u00eate \u00e0 l&rsquo;instar du train qui s&rsquo;immobilise. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-21\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 21 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-22\"><span>22<\/span><div>Comme le dit Bataille, \u00ab\u00a0[p]our ne plus conna\u00eetre, il faudrait ne plus parler\u00a0\u00bb (1954, 25). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-22\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 22 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-23\"><span>23<\/span><div>Voir Duras, Marguerite. 2008.\u00a0<em>Emily L.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Minuit (Double), p.\u00a0154. <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-23\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 23 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030a50000000000000000_5633-24\"><span>24<\/span><div>Nancy Huston affirme d\u2019ailleurs que \u00ab\u00a0la litt\u00e9rature qu&rsquo;a produite [Duras] est \u00e0 bien des \u00e9gards une litt\u00e9rature religieuse, touchant aux arcanes de la sexualit\u00e9 et de la mort, invoquant et d\u00e9crivant sans cesse des absolus (le Tout, le Rien, la souffrance et la jouissance paroxystiques)\u00a0\u00bb (Huston 1998, 10). <a href=\"#mfn-content-00000000000030a50000000000000000_5633-24\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 24 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28 Si quelqu&rsquo;un me demandait ce que nous sommes, je lui r\u00e9pondrais de toute fa\u00e7on\u00a0: cette ouverture \u00e0 tout le possible, cette attente que nulle satisfaction mat\u00e9rielle n&rsquo;apaisera et que le jeu du langage ne saurait tromper! [&#8230;] En effet, le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1290,1289],"tags":[206],"class_list":["post-5633","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-faire-face-au-silence","category-paroles-et-silences-reflexions-sur-le-pouvoir-de-dire","tag-lahouste-corentin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5633","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5633"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5633\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8525,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5633\/revisions\/8525"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5633"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5633"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5633"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}