{"id":5637,"date":"2024-06-13T19:48:29","date_gmt":"2024-06-13T19:48:29","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/laisse-moi-parler-homosexualites-en-litterature-destinee-aux-adolescents\/"},"modified":"2024-08-21T17:29:43","modified_gmt":"2024-08-21T17:29:43","slug":"laisse-moi-parler-homosexualites-en-litterature-destinee-aux-adolescents","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5637","title":{"rendered":"Laisse-moi parler! Homosexualit\u00e9s en litt\u00e9rature destin\u00e9e aux adolescents"},"content":{"rendered":"<div>\n<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6897\">Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28<\/a><\/h5>\n<p>La litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique homosexuelle destin\u00e9e \u00e0 la jeunesse est de celles qui, jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment, \u00e9taient condamn\u00e9es au silence, \u00e9cras\u00e9e sous la masse lourde des discours h\u00e9t\u00e9ronormatifs. Peu \u00e0 peu, une voix s&rsquo;est \u00e9lev\u00e9e et elle s&rsquo;est faite de plus en plus insistante. Impossible aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;ignorer. Le personnage LGB<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5637\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5637-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5637-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">L&rsquo;acronyme remplace ici les mots \u00ab\u00a0lesbienne, gai, bisexuel\u00a0\u00bb. Nous utilisons l&rsquo;appellation LGB, plut\u00f4t qu&rsquo;une autre plus large telle que LGBTQ+, parce que la litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique LGB d\u00e9tient un privil\u00e8ge de repr\u00e9sentation qu&rsquo;il convient de reconna\u00eetre. Les romans mettant en sc\u00e8ne des personnages se revendiquant des autres identit\u00e9s et orientations sexuelles sous la banni\u00e8re arc-en-ciel \u2014 non-binaire, pansexuel, transsexuel, intersexe, agenre, pour n&rsquo;en nommer que quelques-unes \u2014 sont presque inexistants dans le champ de la litt\u00e9rature pour la jeunesse. Au Qu\u00e9bec, seule la transsexualit\u00e9 commence \u00e0 se frayer une place sur les tablettes des librairies (Champagne 2014, 2015, 2017; Labelle 2018). Aux \u00c9tats-Unis, un faible nombre de r\u00e9cits comprenant des personnages genderqueer ont commenc\u00e9 \u00e0 voir le jour depuis quelques ann\u00e9es (Gavin 2016; Talley 2015; Kerick 2015).<\/span> d\u00e9positaire de cette voix est maintenant au centre d&rsquo;un discours qu&rsquo;on a longtemps tenu \u00e0 cacher, surtout aux lecteurs enfants et adolescents. Il a fallu attendre 1991, au Qu\u00e9bec, avant la parution du roman de Diane Weiler,\u00a0<em>Le Bagarreur,\u00a0<\/em>traduction d&rsquo;un roman canadien \u00e9crit en 1989. Le premier roman qu\u00e9b\u00e9cois mettant en sc\u00e8ne un personnage LGB en tant que personnage principal est en r\u00e9alit\u00e9\u00a0<em>Requiem Gai<\/em>, paru en 1998. Depuis, une vingtaine de romans correspondant \u00e0 ce crit\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s. Si notre corpus n&rsquo;est jeune que de vingt ans, il en va autrement pour celui des \u00c9tats-Unis. Le premier roman racontant l&rsquo;histoire d&rsquo;un adolescent LGB,\u00a0<em>I&rsquo;ll Get There It Better Be Worth The Trip\u00a0<\/em>(Donovan 1969), a vu le jour en 1969, et le nombre de publications n&rsquo;a cess\u00e9 d&rsquo;augmenter chaque d\u00e9cennie (Jenkins et Cart 2006, XV). De nombreux personnages principaux LGB sont dor\u00e9navant mis en sc\u00e8ne dans les r\u00e9cits destin\u00e9s aux adolescents; leurs histoires, leurs r\u00e9alit\u00e9s \u2013 bien que fictives \u2013 deviennent accessibles aux lecteurs.<\/p>\n<p>Cet article s&rsquo;int\u00e9ressera \u00e0 la question de la voix dans un corpus de romans destin\u00e9s aux adolescents dans lesquels sont pr\u00e9sents des personnages principaux masculins homosexuels ou bisexuels.\u00a0Nous nous int\u00e9ressons ici aux personnages masculins, mais nous croyons que les observations que nous ferons pourraient aussi s&rsquo;appliquer aux personnages f\u00e9minins.<\/p>\n<p>Le corpus restreint d&rsquo;\u0153uvres que nous \u00e9tudions comprend des romans publi\u00e9s au Qu\u00e9bec et aux \u00c9tats-Unis entre 2003 et 2016. Bien que plusieurs enjeux de la litt\u00e9rature LGB soient communs \u00e0 la majorit\u00e9 des r\u00e9cits, ce n&rsquo;est pas le cas de tous. Malheureusement, la litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique LGB qu\u00e9b\u00e9coise ne parvient pas (encore) \u00e0 rendre compte de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des v\u00e9cus des membres de la communaut\u00e9 arc-en-ciel. Puisque ces fictions mettent souvent en sc\u00e8ne des adolescents qui doivent composer avec la prise de conscience de leur sexualit\u00e9 hors-norme, la trame narrative se d\u00e9veloppe exclusivement autour de cette r\u00e9alisation, taisant ainsi les autres exp\u00e9riences du personnage adolescent et, par cons\u00e9quent, son individualit\u00e9. L&rsquo;\u00e9tude intersectionnelle des r\u00e9cits est donc presque impossible. Pour cette raison, je ferai r\u00e9f\u00e9rence, dans le pr\u00e9sent article, \u00e0 quelques \u0153uvres \u00e9tats-uniennes qui me permettront d&rsquo;approfondir mon \u00e9tude du personnage LGB et du discours port\u00e9 par ce dernier aux moyens d&rsquo;exemples significatifs.<\/p>\n<p>Cet article sera divis\u00e9 en trois parties. Tout d&rsquo;abord, je discuterai des particularit\u00e9s de cette litt\u00e9rature qui dictent la mani\u00e8re dont le sujet des homosexualit\u00e9s est abord\u00e9. Ensuite, je m&rsquo;int\u00e9resserai \u00e0 la voix \u00e9mergente que constituent les romans \u00e0 th\u00e9matique LGB et verrai de quelle mani\u00e8re elle est construite. Puisque cette litt\u00e9rature donne \u00e0 lire la naissance d&rsquo;un personnage contestataire \u2013 le moment de sa prise de conscience et de l&rsquo;expression de sa diff\u00e9rence \u2013, je m&rsquo;attarderai finalement \u00e0 la question du\u00a0<em>coming out,\u00a0<\/em>centrale \u00e0 l\u2019intrigue des romans du corpus.<\/p>\n<h2>La litt\u00e9rature LGB destin\u00e9e aux adolescents<\/h2>\n<p>Pour bien comprendre le contenu des romans \u00e0 th\u00e9matique LGB, il nous faut consid\u00e9rer le public principal auquel ils sont destin\u00e9s, lequel a un impact important sur la mani\u00e8re dont sont construits les r\u00e9cits. Les sch\u00e9mas narratifs, les discours des personnages, ainsi que les autres \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;univers fictionnel sont pens\u00e9s en fonction des lecteurs anticip\u00e9s\u00a0: dans le cas pr\u00e9sent, les adolescents et les jeunes adultes.<\/p>\n<p>L\u2019adolescence est souvent consid\u00e9r\u00e9e comme le lieu d\u2019un hiatus\u00a0: l\u2019individu quitte le monde de l&rsquo;enfance, de l&rsquo;innocence, et chemine vers le monde adulte, fait de responsabilit\u00e9s et de choix aux implications d\u00e9cisives. Le personnage d&rsquo;Ari\u00a0(<em>Aristotle and Dante Discover the Secrets of the Universe<\/em>) fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet entredeux. Plaisantant avec sa m\u00e8re, Ari affirme qu&rsquo;il ne peut rien accomplir puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas encore adulte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u201cYou have to become a person first.\u201d<br \/>She gave me a funny look. [\u2026]<br \/>\u201cFifteen years old don&rsquo;t qualify as people.\u201d<br \/>My mom laughed. She was a high school teacher. I knew she half agreed with me. (Alire Saenz 2012, 8)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sa m\u00e8re lui explique d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il se situe dans un \u00e9cotone (238). Ce terme g\u00e9ologique signifie, selon le Larousse, une \u00ab\u00a0[z]one de transition entre deux \u00e9cosyst\u00e8mes, o\u00f9 les conditions d&rsquo;environnement sont interm\u00e9diaires\u00a0\u00bb (2013, 375). En qualifiant d&rsquo;\u00e9cotone la phase de d\u00e9veloppement dans laquelle se trouve Ari, elle reconnait l&rsquo;\u00e9tat incertain qui est le sien et qu&rsquo;il traverse, attribuant \u00e0 l&rsquo;adolescence un caract\u00e8re transitoire, lui conf\u00e9rant un \u00ab\u00a0avant\u00a0\u00bb et un \u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb. La r\u00e9flexion d&rsquo;Ari d\u00e9montre qu&rsquo;il est lui-m\u00eame conscient du lieu de passage dans lequel il se trouve. Pour lui, \u00eatre adulte, c&rsquo;est comprendre qui il est et, ainsi, pouvoir agir. Cette pr\u00e9occupation est partag\u00e9e par nombre de protagonistes du corpus dont il est ici question \u2013 on pourrait dire de la plupart des \u0153uvres destin\u00e9es aux jeunes adultes \u2013, et la r\u00e9solution de cette interrogation est l&rsquo;un des buts \u00e0 atteindre \u00e0 la fin du roman\u00a0: la connaissance de soi, de son identit\u00e9 et de ses d\u00e9sirs. Cet objectif n&rsquo;est pas seulement celui du personnage; il est aussi celui des lecteurs suppos\u00e9s de ces r\u00e9cits.<\/p>\n<p>Comme le note Renaud Lagabrielle, les \u0153uvres destin\u00e9es aux adolescents permettent au lecteur<\/p>\n<blockquote>\n<p>de mieux se conna\u00eetre et se comprendre donc, mais aussi de mieux conna\u00eetre et comprendre le monde qui l&rsquo;entoure et dans lequel il\/elle grandit et \u00e9volue. Les sp\u00e9cialistes de la litt\u00e9rature, notamment pour la jeunesse, soulignent en effet le r\u00f4le d&rsquo;\u00e9tayage que la litt\u00e9rature peut jouer dans la construction de soi des jeunes lecteurs et des jeunes lectrices. (2007, 24)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bon nombre d&rsquo;\u0153uvres ont comme cadre uneprobl\u00e9matique majeure facilement identifiable et pr\u00e9sentent\u00a0au lecteur, par le biais du personnage,\u00a0des m\u00e9thodes pour r\u00e9soudre les conflits (Rid\u00e9 2006).L&rsquo;aspect didactique est omnipr\u00e9sent\u00a0: le \u00ab\u00a0monde qui l&rsquo;entoure\u00a0[le lecteur anticip\u00e9, adolescent]\u00a0\u00bb, auquel fait r\u00e9f\u00e9rence Lagabrielle, est vaste. Le futur \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb de l&rsquo;adolescent-lecteur, ce \u00ab\u00a0soi\u00a0\u00bb que la litt\u00e9rature aide \u00e0 construire, se doit de l&rsquo;\u00eatre rapidement, le \u00ab\u00a0monde adulte\u00a0\u00bb \u00e9tant tout pr\u00e8s. L\u2019importance des le\u00e7ons donn\u00e9es est donc toute autre que celles qui sous-tendent les r\u00e9cits destin\u00e9s aux plus jeunes enfants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The basic difference between a children&rsquo;s and an adolescent novel lies not so much in how the protagonist grows \u2013 even though the gradation of growth do help us better understand the nature of the genre \u2013 but with the very determined way that YA novels tend to interrogate social constructions, foregrounding the relationship between the society and the individual rather than focusing on Self and self-discovery as children&rsquo;s literature does. (Seelinger Trites 2000, 20)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En effet, le contenu de la litt\u00e9rature pour adolescents questionne la relation qui existe entre le monde social dans lequel le protagoniste \u00e9volue et sa position m\u00eame \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur des syst\u00e8mes de pouvoirs qui le\u00a0constituent. Les romans mettent tr\u00e8s souvent en sc\u00e8ne des personnages qui souhaitent s\u2019\u00e9loigner ou d\u00e9fier des figures d&rsquo;autorit\u00e9, qu&rsquo;elles soient parentales ou institutionnelles (Seelinger Trites 2000). Dans le cas qui nous occupe, le h\u00e9ros LGB tente de construire son identit\u00e9 en porte-\u00e0-faux, soit en d\u00e9calage des enseignements h\u00e9t\u00e9ronormatifs re\u00e7us. \u00c9tant presque exclusivement repr\u00e9sent\u00e9 par les auteurs \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une communaut\u00e9 fictionnelle h\u00e9t\u00e9rosexiste, le protagoniste devra se d\u00e9tacher de la norme pour \u00eatre reconnu en tant qu&rsquo;individu LGB. C&rsquo;est pourquoi il m&rsquo;apparait si important d&rsquo;\u00e9tudier sa voix et son discours\u00a0: ces h\u00e9ros rel\u00e8guent la norme \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9. Pour un temps \u2013 celui du r\u00e9cit \u2013, leur voix surpasse celle des h\u00e9t\u00e9rosexuels et ses nuances sont enfin entendues.<\/p>\n<p>Quelques pr\u00e9cisions sont n\u00e9cessaires avant de d\u00e9buter l&rsquo;analyse. J\u2019utiliserai les expressions \u00ab\u00a0sa voix\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0son discours\u00a0\u00bb en faisant r\u00e9f\u00e9rence aux mots prononc\u00e9s par les personnages et aux actions qu&rsquo;ils effectuent dans les pages des romans LGB. Il va cependant de soi que ces mots ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits par un auteur et que le personnage n&rsquo;est que le fruit d&rsquo;une cr\u00e9ation. Je ne pr\u00e9tends aucunement que la place et le r\u00f4le de l&rsquo;auteur dans la cr\u00e9ation de la voix que j&rsquo;\u00e9tudie sont n\u00e9gligeables ni ne crois cette voix d\u00e9tach\u00e9e de celle de l&rsquo;auteur. Cependant, dans le pr\u00e9sent article, je ne ferai que peu de r\u00e9f\u00e9rences aux auteurs des r\u00e9cits. Je m&rsquo;int\u00e9resse davantage au personnage en tant qu\u2019il est le lieu premier de l\u2019implication et de l\u2019identification du jeune lecteur. De fait, bien qu\u2019il fasse figure d\u2019interm\u00e9diaire entre l\u2019auteur et le destinataire, ce dernier accorde au personnage cr\u00e9dibilit\u00e9 et agentivit\u00e9, ce qui me permet d\u2019en faire autant. Les actions du protagoniste demeurent au centre de l\u2019\u0153uvre, et je me concentrerai par cons\u00e9quent sur la voix des personnages et son effet dans le champ de la litt\u00e9rature de jeunesse.<\/p>\n<h2>Une voix dissidente<\/h2>\n<p>On sait que les acteurs du roman destin\u00e9 \u00e0 la jeunesse (auteurs, \u00e9diteurs, et j&rsquo;en passe), attentifs au point de vue du lectorat cible, souhaitent l&rsquo;interpeller en lui donnant \u00e0 lire une voix qui ressemble \u00e0 la sienne, par le truchement d\u2019un narrateur-enfant ou adolescent (Thaler et Jean-Bart 2002, 128). Pour les jeunes homosexuels ou bisexuels, l\u2019acc\u00e8s au discours s\u2019associe \u00e0 divers enjeux identitaires et \u00e0 un cheminement psychologique importants. Les acteurs du livre tentent de mettre en sc\u00e8ne des personnages dont le parcours se rapproche au plus pr\u00e8s de celui d&rsquo;un adolescent r\u00e9el qui doit construire son identit\u00e9 de personne LGB. Ils reconnaissent que, dans la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des cas, \u00ab\u00a0ces r\u00e9cits mettent en sc\u00e8ne des personnages qui cherchent leur voie et la voix pour l\u2019exprimer\u00a0\u00bb (Champagne 2012, 124).\u00a0Cette voix est l&rsquo;un des dispositifs textuels permettant de v\u00e9hiculer certaines id\u00e9ologies et de transmettre diff\u00e9rents messages. S&rsquo;attarder sur le statut et les dires de cette voix<\/p>\n<blockquote>\n<p>[permet] de r\u00e9pondre \u00e0 des questions concernant non seulement les narrateurs et les narratrices de r\u00e9cits, les \u00e9nonciateurs et les \u00e9nonciatrices des discours sur l\u2019homosexualit\u00e9 qui y sont v\u00e9hicul\u00e9s, mais aussi sur le sens de tels dispositifs textuels. Se demander qui parle, qui est autoris\u00e9 \u00e0 parler, de quoi et \u00e0 qui, conduit irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 s\u2019interroger sur ce que cela implique en termes d\u2019analyse culturelle et politique. (Lagabrielle 2007, 41)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une parole dissidente au sein d&rsquo;une masse, en apparence uniforme,\u00a0se doit d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme valide. La narration, la \u00ab\u00a0voix\u00a0\u00bb, est l&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments majeurs favorisant l&rsquo;identification du lecteur au personnage. Les romans mettent en sc\u00e8ne\u00a0un personnage adolescent qui occupe le site de l&rsquo;\u00e9nonciation. Il ne d\u00e9l\u00e8gue pas son pouvoir narratif \u00e0 un adulte en situation d&rsquo;autorit\u00e9 sur lui puisqu&rsquo;il est, dans la majorit\u00e9 des romans, le narrateur de l&rsquo;histoire, ainsi racont\u00e9e selon son point de vue seulement. Bien \u00e9videmment, les auteurs de ces r\u00e9cits sont, sauf de rares exceptions, des adultes. Par contre, j&rsquo;\u00e9tudie ici le personnage en tant qu&rsquo;entit\u00e9 propre, d\u00e9tach\u00e9 de cet auteur. Il est un adolescent fictif dont les r\u00e9cits donnent \u00e0 lire le parcours. Les lecteurs de telles \u0153uvres sont appel\u00e9s \u00e0 s&rsquo;identifier au personnage, \u00e0 entendre sa voix et son discours.\u00a0Si la voix du h\u00e9ros est particuli\u00e8rement audible dans les romans du corpus, c\u2019est que les romans\u00a0\u00e0 th\u00e9matique LGB\u00a0pr\u00e9sentent majoritairement une narration\u00a0que Renaud Lagabrielle qualifie d&rsquo;autodi\u00e9g\u00e9tique-homosexuelle (2007, 42). Permettre \u00e0 un individu minoritaire (fictif ou r\u00e9el) de dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb lui conf\u00e8re une autorit\u00e9 discursive sur sa propre histoire, sur sa propre r\u00e9alit\u00e9, ce qui a des implications id\u00e9ologiques et politiques majeures. Le choix du type de narrateur et du mode d&rsquo;\u00e9nonciation n&rsquo;est donc\u00a0pas anodin. En effet,<\/p>\n<blockquote>\n<p>l\u2019ind\u00e9termination du moi, par\u00a0l\u2019utilisation de la premi\u00e8re personne, \u00e9tablit de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale une relation privil\u00e9gi\u00e9e entre le lecteur et le narrateur, parce qu\u2019elle permet au personnage-narrateur de \u00ab\u00a0communiquer l\u2019intimit\u00e9 inaccessible de son individu\u00a0\u00bb et donc de faire acc\u00e9der le lecteur \u00e0 son mode int\u00e9rieur. Le r\u00e9cit devient, ainsi, authentique et vraisemblable pour un lecteur dispos\u00e9 \u00e0 partager l\u2019exp\u00e9rience sensorielle v\u00e9cue par le personnage. (Ben Ahmed Chemli 2012, 181-182)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le lecteur est face \u00e0 un r\u00e9cit intimiste par le biais duquel un protagoniste partage une exp\u00e9rience toute nouvelle pour lui, un v\u00e9cu qu\u2019il consid\u00e8re parfois honteux. Le roman se pr\u00e9sente comme un discours si personnel qu&rsquo;il ressemble \u00e0 un monologue int\u00e9rieur, une sorte de journal intime. Le lecteur a acc\u00e8s aux actions et aux pens\u00e9es intimes du personnage. Celui-ci, inconscient du fait qu&rsquo;il est \u00ab\u00a0observ\u00e9\u00a0\u00bb, ne se censure pas, et la subjectivit\u00e9 qui est donn\u00e9e \u00e0 lire est per\u00e7ue comme \u00e9tant authentique. Le lecteur n&rsquo;a donc pas une vision globale de la situation et reconnait, dans ce manque implicite, l&rsquo;autorit\u00e9 discursive et narrative du personnage (le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb). Il lui est donn\u00e9 \u00e0 lire\u00a0<em>la v\u00e9rit\u00e9\u00a0<\/em>du protagoniste LGB, cette v\u00e9rit\u00e9 qui, avant, \u00e9tait transmise par des narrateurs h\u00e9t\u00e9rosexuels ou encore compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9e du discours (Cart et Jenkins 2006, 90).\u00a0Comme le souligne Renaud Lagabrielle,<\/p>\n<blockquote>\n<p>le faible nombre de romans dans lesquels sont abord\u00e9es les homosexualit\u00e9s am\u00e8ne [\u2026] \u00e0 penser que le d\u00e9veloppement intellectuel, psychologique et affectif que la litt\u00e9rature contemporaine se donne pour objectif d&rsquo;accompagner reste limit\u00e9 \u00e0 la normalit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire en ce qui concerne notre sujet \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9. (2007, 17)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette citation, bien que faisant r\u00e9f\u00e9rence aux \u0153uvres fran\u00e7aises du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, est toujours d&rsquo;actualit\u00e9 et s&rsquo;applique tr\u00e8s bien au corpus \u00e9tats-unien et encore davantage au corpus qu\u00e9b\u00e9cois.<\/p>\n<p>Suivant cela, lorsqu&rsquo;un auteur donne la parole \u00e0 un jeune exclu de la majorit\u00e9 (ici, h\u00e9t\u00e9rosexuelle) et cr\u00e9e ainsi un r\u00e9cit en marge du champ litt\u00e9raire \u00ab\u00a0habituel\u00a0\u00bb, il convient de porter grande attention aux propos du texte.\u00a0Ces \u0153uvres font partie d&rsquo;un monde social et ont un impact sur les id\u00e9ologies qui le traversent. Comme le note Lynn C. Miller\u00a0: \u00ab\u00a0By creating pressure and objecting to societal definitions of normative behavior and values, the homosexual, by expressing himself\/herself automatically enters the political arena, and the expression of homosexual behavior whether through arts, sports, or other endeavors, similarly raises political issues\u00a0\u00bb (1994, 210).\u00a0Il importe peu que le personnage dont il est question ici ne soit pas r\u00e9el. Sa pr\u00e9sence est d\u00e9j\u00e0 un pied de nez \u00e0 l&rsquo;h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 en litt\u00e9rature de jeunesse (et dans les arts en g\u00e9n\u00e9ral).\u00a0Esther Saxey abonde aussi en ce sens\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0discourses of sexual identity help to\u00a0<em>create\u00a0<\/em>what they purport to\u00a0<em>describe<\/em>. Thus the\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>story, which purports to describe a pre-existing sexual identity, is simultaneously contributing to the cultural construction of this identity\u00a0\u00bb\u00a0(2007, 5). Elle appelle\u00a0<em>coming out story\u00a0<\/em>tout r\u00e9cit mettant en sc\u00e8ne un personnage homosexuel ou bisexuel d&rsquo;importance puisque, nous le verrons, la sortie du placard est un trope r\u00e9current au sein de ces r\u00e9cits.<\/p>\n<p>Le discours transmis par ces textes l&rsquo;est \u00e0 l&rsquo;aide du protagoniste qui prend parole dans l&rsquo;univers narratif. La position de sujet que s\u2019autoconf\u00e8re un\u00a0personnage homosexuel par le biais de l\u2019\u00e9nonciation est d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat th\u00e9orique. Il n\u2019est ainsi plus l\u2019objet d\u2019un double propos, h\u00e9t\u00e9ronormatif et adulte (Lagabrielle 2007, 43). Auparavant, les personnages LGB \u00e9taient bien souvent des protagonistes secondaires, un fr\u00e8re, un ami, ou des adultes gravitant autour du personnage principal h\u00e9t\u00e9rosexuel.\u00a0En offrant un vecteur par lequel le lecteur peut s&rsquo;identifier \u00e0 un personnage LGB, la voix se trouve\u00a0\u00eatre porteuse d&rsquo;un grand pouvoir.\u00a0L&rsquo;effet de lecture est celui d&rsquo;un personnage qui s\u2019appropriele site d\u2019\u00e9nonciation d\u2019un savoir sur lui-m\u00eame et met ainsi de l&rsquo;avant une nouvelle vision du monde. Les romans\u00a0\u00e0 th\u00e9matique LGB critiquent, par le biais du personnage et des difficult\u00e9s auxquelles il est confront\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexiste. L&rsquo;adolescent fictif devient un h\u00e9ros qui fait face \u00e0 l&rsquo;adversit\u00e9, et ses antagonistes \u2013 ceux qui sont contre lui \u2013 sont appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre vus comme des \u00ab\u00a0m\u00e9chants\u00a0\u00bb et des personnes auxquelles le lecteur ne devrait pas aspirer \u00e0 ressembler.<\/p>\n<p>Reconnaitre que les romans \u00e0 th\u00e9matique LGB ne sont pas n\u00e9cessairement \u2013 ou pas\u00a0<em>uniquement \u2013\u00a0<\/em>destin\u00e9s aux jeunes LGB est primordial. La critique des m\u00e9canismes d&rsquo;inf\u00e9riorisation de la praxis sociale que font les personnages est n\u00e9cessaire pour les lecteurs qui n&rsquo;en vivent pas les cons\u00e9quences sur une base quotidienne. Prot\u00e9g\u00e9s par leur privil\u00e8ge h\u00e9t\u00e9rosexuel, ils n&rsquo;ont peut-\u00eatre m\u00eame pas conscience des complexit\u00e9s inh\u00e9rentes \u00e0 certaines situations qu&rsquo;ils consid\u00e8rent anodines (les vestiaires scolaires, par exemple). Comme le note Renaud Lagrabrielle\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Confront\u00e9s \u00e0 une situation qui leur est \u00e9trang\u00e8re, ces jeunes se heurtent en effet \u00e0 des personnages qui les am\u00e8neront, on peut l&rsquo;esp\u00e9rer, \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur eux-m\u00eames, sur la fa\u00e7on dont ils consid\u00e8rent la sexualit\u00e9, et sur la place qui est faite aux diff\u00e9rentes sexualit\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle ils vivent, et donc \u00e0 repenser leur position face \u00e0 l&rsquo;homosexualit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;homophobie. (2003, 45)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D&rsquo;autre part, ces r\u00e9cits\u00a0sont\u00a0<em>aussi\u00a0<\/em>destin\u00e9s aux adolescents LGB. Ils deviennent, pour eux, un outil qui leur permet de se sentir accompagn\u00e9s, un mat\u00e9riau fournissant des pistes de solution face \u00e0 diverses situations, une repr\u00e9sentation de plusieurs mod\u00e8les d&rsquo;existence.\u00a0Christine A. Jenkins et Michael Cart voient dans cette litt\u00e9rature un moyen de briser l&rsquo;isolement\u00a0: \u00ab\u00a0In this quintessential literature of the outsider who is too often rendered invisible by society, there is also the need to see one&rsquo;s face reflected in the pages of a book and thus to find the corollary comfort that derives from the knowledge that one is not alone in a vast universe, that there are others \u201clike me\u201d\u00a0\u00bb (2006, 1).\u00a0Cette double destination est une caract\u00e9ristique importante des \u0153uvres du corpus puisqu\u2019elle permet l\u2019atteinte de multiples objectifs\u00a0: accompagner et \u00ab\u00a0\u00e9duquer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<h2>Construction des personnages<\/h2>\n<p>Cette voix qui se fait maintenant entendre \u2013 ou qui se donne maintenant \u00e0 lire \u2013 n&rsquo;est pas seulement celle d&rsquo;un individu particulier. Bien s\u00fbr, la narration transmet les pens\u00e9es de ces personnages uniques, mais la r\u00e9p\u00e9tition de certains tropes \u2013 le\u00a0<em>coming out,\u00a0<\/em>par exemple \u2013 transforme la voix individuelle en une voix plurielle tout en conservant les traces des voix distinctes au sein du groupe (Lagabrielle 2007, 69). Elle devient alors le miroir d&rsquo;un groupe sp\u00e9cifique. Le personnage n&rsquo;est donc pas\u00a0<em>qu&rsquo;un personnage,\u00a0<\/em>son discours n&rsquo;est pas\u00a0<em>qu&rsquo;un discours.\u00a0<\/em>Certes, les r\u00e9cits mettent en sc\u00e8ne des \u00e9v\u00e9nements fictifs, mais leur inspiration d\u00e9coule d\u2019une probl\u00e9matique hors-texte bien r\u00e9elle. Bien s\u00fbr, c&rsquo;est le propre de nombre de r\u00e9cits mais, dans le cas qui nous occupe ici, la litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique LGB est encore \u00ab\u00a0toute neuve\u00a0\u00bb.\u00a0Le corpus, surtout au Qu\u00e9bec, a pris de l&rsquo;ampleur au courant de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, et cette augmentation du nombre de publications pourrait \u00eatre \u00e0 mettre en lien avec les nombreuses campagnes de sensibilisation, le nombre croissant de repr\u00e9sentations m\u00e9diatiques nuanc\u00e9es, les \u00e9tudes sociologiques (notamment, au Qu\u00e9bec, Dorais 2011). Les romans dont je discute ici, et les personnages qui sont maintenant pr\u00e9sent\u00e9s aux lecteurs, me semblent \u00eatre une r\u00e9ponse \u00e0 cette discussion qui s&rsquo;est engag\u00e9e dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, un effort renouvel\u00e9 de visibilit\u00e9.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi la voix donn\u00e9e aux protagonistes doit \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e\u00a0: auparavant \u00e9vacu\u00e9e de la litt\u00e9rature destin\u00e9e aux adolescents parce que subordonn\u00e9e \u00e0 un ordre sexuel implicite auquel les personnages d\u00e9rogeaient, la voix donn\u00e9e aux protagonistes LGB fait maintenant partie int\u00e9grante des syst\u00e8mes de pouvoir qui r\u00e9gulent les id\u00e9ologies et les habitus. La pr\u00e9sence importante de jeunes homosexuels ou bisexuels au sein de la litt\u00e9rature permet de construire un discours nouveau, de combattre un silence qu&rsquo;on pourrait qualifier de syst\u00e9mique\u00a0: \u00ab\u00a0The fact that silence is rendered as pointed and performative as speech, in relations around the closet, depends on and highlights more broadly the fact that ignorance is as potent and as multiple a thing there as is knowledge\u00a0\u00bb (Kosofsky Sedgwick 1990, 4). Le silence nie toute diff\u00e9rence et laisse croire que la culture dominante est la seule qui existe (Miller 1994, 212). Rompre le silence, c&rsquo;est ici faire intervenir de multiples cultures et, par l\u00e0 m\u00eame, rendre la soci\u00e9t\u00e9 plus inclusive. Au sein de ce corpus de la litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique LGB, les adolescents fictifs (personnages principaux) construisent leur subjectivit\u00e9 et r\u00e9sistent \u00e0 la doxa h\u00e9t\u00e9rosexiste qui les a b\u00e2illonn\u00e9s jusqu&rsquo;alors. Cette volont\u00e9 d&rsquo;\u00eatre vus et compris et de donner \u00e0 lire une r\u00e9alit\u00e9 encore m\u00e9connue, ou du moins\u00a0<em>mal connue<\/em>, passe par le traitement du sujet, \u00e9vident, des homosexualit\u00e9s, mais aussi par la repr\u00e9sentation des parcours individuels des personnages.Les h\u00e9ros sont construits de telle mani\u00e8re que, d&rsquo;une part, les lecteurs s&rsquo;identifient \u00e0 eux et, d&rsquo;autre part, une certaine diversit\u00e9 dans leurs exp\u00e9riences soit \u00e9vidente. Ils ne sont pas d\u00e9finis seulement par leur orientation sexuelle, mais par diverses caract\u00e9ristiques physiques et psychologiques, divers int\u00e9r\u00eats, qui les rendent multidimensionnels \u2013 j&rsquo;y reviendrai.<\/p>\n<p>D\u00e8s l&rsquo;incipit des r\u00e9cits sont donn\u00e9es des informations particuli\u00e8res au personnage principal et \u00e0 son univers de r\u00e9f\u00e9rence. Une image mentale est ainsi cr\u00e9\u00e9e, et la voix de l&rsquo;adolescent fictif fait entendre ses balbutiements.\u00a0Prenons les exemples de\u00a0<em>Absolutely, Positively Not\u00a0<\/em>et de\u00a0<em>The God Box<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Everybody has at least one ugly secret, and mine is as ugly as they come. I square-dance. With my mother. [\u2026] And the ugliest part of this secret is&#8230; I actually like it. [\u2026] I realize this is the twenty-first century. Being a sixteen-year-old square dancer might be the sign of a serious social disorder. But the sorry truth is that square dancing makes me happy&#8230; at least as long as nobody else finds out about it. (Larochelle 2005, 1-2)<\/p>\n<p>\u201cSex and religion don&rsquo;t mix,\u201d my grandma once told me. \u201cThe church should stay out of people&rsquo;s pants.\u201d (Sanchez 2007, 1)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Steven (<em>Absolutely, Positively Not<\/em>) r\u00e9v\u00e8le d&rsquo;entr\u00e9e de jeu certaines informations, parfois secr\u00e8tes, qui donneront le ton au reste du r\u00e9cit. D\u00e8s les premi\u00e8res lignes, le programme narratif est annonc\u00e9\u00a0: comment ne pas faire de lien entre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat cach\u00e9 de Steven pour la danse carr\u00e9e et son int\u00e9r\u00eat pour les gar\u00e7ons? La m\u00e9taphore utilis\u00e9e ici est limpide\u00a0: il souhaite garder son int\u00e9r\u00eat pour cette activit\u00e9 secr\u00e8te, m\u00eame si elle est source de bonheur pour lui. Il est ais\u00e9 de remplacer la danse carr\u00e9e par une orientation sexuelle hors-norme qui pourrait \u00eatre source de ridicule si elle est d\u00e9couverte. Il est aussi certain que Paul (<em>The God Box<\/em>) aura \u00e0 se battre \u2013 et le terme n&rsquo;est pas trop fort \u2013 avec sa foi lorsqu&rsquo;il r\u00e9alisera son homosexualit\u00e9; le r\u00e9cit laisse aussi supposer que la grand-m\u00e8re aura un r\u00f4le de soutien important \u00e0 jouer. Le pacte de lecture, de l&rsquo;ordre de la confiance et de la confession, s&rsquo;instaure entre le personnage et le lecteur, le personnage lui r\u00e9v\u00e9lant (souvent involontairement) des secrets qu&rsquo;il ne confie pas aux autres personnages de son univers.<\/p>\n<p>Les personnages des romans \u00e0 th\u00e9matique LGB sont habituellement \u00e2g\u00e9s entre 15 et 18 ans et sont tr\u00e8s diff\u00e9rents les uns des autres. Qu\u2019il s\u2019agisse de Thomas (Champagne 2013,\u00a0<em>Recrue<\/em>), un danseur Gumshoe, ou de Dominic (Addison 2017,\u00a0<em>Elle ou lui),\u00a0<\/em>star de hockey, il y a manifestement un d\u00e9sir de rendre le h\u00e9ros multidimensionnel avant m\u00eame d&rsquo;aborder un tant soit peu la th\u00e9matique de l&rsquo;homosexualit\u00e9 ou de la bisexualit\u00e9. Cette construction\u00a0sert deux objectifs, au-del\u00e0 de celui, bien \u00e9vident, de favoriser l&rsquo;identification du lecteur au personnage. Tout d&rsquo;abord, les textes illustrent que les individus LGB ne sont pas\u00a0<em>que cela<\/em>, que leur orientation sexuelle n&rsquo;est qu&rsquo;une facette de leur identit\u00e9 et n&rsquo;en constitue pas la totalit\u00e9. Un personnage qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 plusieurs choses, qui pratique un sport ou qui met en mots ses d\u00e9sirs professionnels pr\u00e9sentera une image forc\u00e9ment plus positive de l&rsquo;homosexualit\u00e9 ou de la bisexualit\u00e9. D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, ces multiples int\u00e9r\u00eats permettent de diversifier un sch\u00e9ma narratif que plusieurs consid\u00e8rent d\u00e9j\u00e0 comme r\u00e9p\u00e9titif.<\/p>\n<p>De fait, j\u2019\u00e9mets l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019on peut parler d\u2019un parcours typique dans la construction narrative d&rsquo;un roman \u00e0 th\u00e9matique LGB, laquelle s&rsquo;apparente au parcours typique d&rsquo;un jeune d\u00e9couvrant son orientation sexuelle tel qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 et document\u00e9 dans les \u00e9tudes sociologiques (Dorais 2014)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>&#8211; Le personnage est mis en sc\u00e8ne dans son milieu de vie\u00a0: le lieu o\u00f9 il vit, son univers familial, ce qu&rsquo;il aime, ses amis et ses relations amoureuses ant\u00e9rieures sont d\u00e9crits. Tout cela concourt \u00e0 \u00e9tablir l&rsquo;univers de r\u00e9f\u00e9rence familier et renforce le r\u00e9alisme du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>&#8211; Il rencontre une personne de m\u00eame sexe, qui \u00e9veille en lui des sentiments nouveaux ou qui fait ressurgir des impressions pass\u00e9es qui le.la pousse \u00e0 se questionner.<\/p>\n<p>&#8211; Le personnage admet sa bisexualit\u00e9 ou son homosexualit\u00e9 et entre en relation avec l&rsquo;autre. Ces deux \u00e9tapes sont parfois invers\u00e9es\u00a0: le protagoniste peut rester dans le d\u00e9ni et pr\u00e9tendre \u00ab\u00a0essayer\u00a0\u00bb de nouvelles choses, sans plus. Elles sont aussi parfois simultan\u00e9es.<\/p>\n<p>&#8211; Le h\u00e9ros d\u00e9bute son\u00a0<em>coming out<\/em>. Le choix des personnes \u00e0 qui r\u00e9v\u00e9ler son orientation sexuelle et les m\u00e9thodes pour y parvenir sont des \u00e9l\u00e9ments qui varient grandement.<\/p>\n<p>&#8211; Le personnage apprend \u00e0 vivre ce qui semble \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00ab\u00a0la vie\u00a0\u00bb d&rsquo;un adolescent LGB\u00a0: s&rsquo;exposer au regard des autres, aux moqueries, mais aussi jouir de la libert\u00e9 d&rsquo;\u00eatre soi-m\u00eame, sans honte.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>J\u2019en viens donc \u00e0 la conclusion qu\u2019ainsi se lisent la plupart des romans \u00e0 th\u00e9matique LGB, de tous pays confondus. Bien \u00e9videmment, il ne s&rsquo;agit ici que des grandes lignes, desquelles \u00e9mergent d&rsquo;innombrables ramifications. Les auteurs effectuent des choix narratifs particuliers qui contribuent grandement \u00e0 donner de la couleur aux personnages LGB, dont les repr\u00e9sentations ont longtemps manqu\u00e9 de nuances et de profondeur. Si les personnages sont tr\u00e8s diff\u00e9rents les uns des autres, certains tropes sont r\u00e9currents, notamment la sortie du placard. S&rsquo;y attarder plus sp\u00e9cifiquement est n\u00e9cessaire pour comprendre dans quel contexte en vient \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever cette voix homosexuelle ou bisexuelle.<\/p>\n<h2>Prise de parole du personnage LGB\u00a0: le\u00a0<em>coming out<\/em><\/h2>\n<p>Souvent qualifi\u00e9 de lib\u00e9ration, le\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>est le moyen par lequel une personne LGB remet les pendules \u00e0 l&rsquo;heure\u00a0: elle affirme \u2013 ou confirme \u2013 sa diff\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;autre, contre la pr\u00e9somption d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 qui p\u00e8se sur elle (Lerch et Chauvin 2013; Sanchez 2007). Le\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>est une prise de parole, un acte de langage dont l&rsquo;impact va bien au-del\u00e0 de la simple d\u00e9claration d&rsquo;une diff\u00e9rence; il s&rsquo;agit d&rsquo;un geste politique et revendicateur.\u00a0Vanessa Wayne Lee affirme\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0[Coming out is] a movement into a metaphysics of presence, speech, and cultural visibility. [\u2026] Or, put another way, to be out is really to be \u201cin\u201d \u2014 inside the realm of the visible, the speakable, the culturally intelligible\u00a0\u00bb (1998, 152).\u00a0Le\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>sous-entend une interaction avec autrui (personnages majoritairement h\u00e9t\u00e9rosexuels). L&rsquo;homosexualit\u00e9 ou la bisexualit\u00e9 de l&rsquo;adolescent fictif n&rsquo;est alors plus une information connue de lui seul. Comme le note Renaud Lagabrielle\u00a0: \u00ab\u00a0Dire \u00ab\u00a0Je suis homosexuel.le\u00a0\u00bb ne se r\u00e9duit en effet pas \u00e0 une simple d\u00e9claration. Cela provoque une modification et un remaniement souvent profonds des rapports \u00e0 soi ainsi qu&rsquo;au monde qui l&rsquo;entoure\u00a0\u00bb (2007, 125). La sortie du placard est \u00e0 comprendre comme une bifurcation dans le parcours de vie du personnage LGB et un passage oblig\u00e9 pour tout individu qui veut vivre sa sexualit\u00e9 sans se cacher\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019injonction au silence et \u00e0 la mise en secret de leurs d\u00e9sirs dont sont l\u2019objet les homosexuel.le.s est indissociable d\u2019une contrainte sp\u00e9cifique, celle du choix de r\u00e9v\u00e9ler ou non leur homosexualit\u00e9. Alors qu\u2019au sein de la matrice sociale que repr\u00e9sente la pr\u00e9somption d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, \u00eatre h\u00e9t\u00e9rosexuel.le \u00ab\u00a0va sans dire\u00a0\u00bb, les sujets homosexuels sont oblig\u00e9s, eux, de d\u00e9clarer leur sexualit\u00e9, de la mettre en mots, d\u2019abord pour soi, pour les autres ensuite. (Eribon 2010, 119)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans les romans \u00e0 th\u00e9matique LGB, plusieurs protagonistes sont agac\u00e9s par cette obligation. Ils trouvent injuste de devoir d\u00e9clarer quelque chose qui, pour eux, devrait aller de soi. Jeff, personnage de\u00a0<em>Suicide Notes<\/em>, notamment, exprime tr\u00e8s bien ce sentiment\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>I&rsquo;m imagining sitting down with my parents and actually saying, \u201cI&rsquo;m gay.\u201d And you know what? It makes me a little mad. I mean, straight guys don&rsquo;t have to sit their parents down and tell them they like girls. Everyone just assume they do. But if you&rsquo;re gay, everybody make this ginormous deal out of it. You practically have to hold a news conference and take out an ad in the newspaper. Why? Just because it&rsquo;s not what most people do? That doesn&rsquo;t seem fair. Why\u00a0<em>should\u00a0<\/em>my parents know? So they can get used to the idea of not having a daughter-in-law? So they can practice imagining me walking down the aisle with a guy? I don&rsquo;t get it. Why is it that you have to\u00a0<em>warn\u00a0<\/em>people about who you are?\u00a0Why can&rsquo;t it just be something that happens? (Thomas Ford 2008, 264)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La frustration de Jeff se porte contre l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexisme et la pr\u00e9somption d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9. Il croit que le\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>est effectu\u00e9 au b\u00e9n\u00e9fice d\u2019autrui, pour les pr\u00e9venir (<em>warn<\/em>) que quelque chose n\u2019est pas comme elle \u00ab\u00a0devrait\u00a0\u00bb \u00eatre. Jeff voit la sortie du placard comme un devoir (<em>should<\/em>) et, n\u2019\u00e9tant pas encore tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise avec son orientation sexuelle, se sent pouss\u00e9 vers quelque chose qu\u2019il ne souhaite pas faire (pour le moment, du moins).<\/p>\n<p>Comme le laisse entendre le discours de Jeff (\u00ab\u00a0Why?\u00a0Just because it&rsquo;s not what most people do?\u00a0That doesn&rsquo;t seem fair.\u00a0\u00bb), ce qui caract\u00e9rise encore l\u2019exp\u00e9rience des personnes LGB (et qui est mis en sc\u00e8ne en litt\u00e9rature) n\u2019est pas seulement leur attirance pour des personnes de m\u00eame sexe, mais leur statut minoritaire. Didier Eribon note que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est l\u2019un des enjeux, bien s\u00fbr, de la visibilit\u00e9 et de l\u2019affirmation revendiqu\u00e9es aujourd\u2019hui par les gays et les lesbiennes\u00a0: montrer que l\u2019homosexualit\u00e9 existe et interrompre ainsi le processus de reproduction de l\u2019\u00e9vidence h\u00e9t\u00e9ronormative. Cela ne change certainement rien au fait que l\u2019homosexuel aura toujours, \u00e0 un moment donn\u00e9 de sa vie, \u00e0 dire, ou en tout cas \u00e0 faire savoir aux autres, \u00e0 certains d\u2019entre eux en tout cas, ce qu\u2019il est, mais cela permet de rendre plus ais\u00e9 le geste et moins douloureux le moment de ce\u00a0<em>dire.\u00a0<\/em>(2013, 85)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de la sortie du placard est une ombre qui plane sur les existences des individus LGB. Les romans \u00e0 th\u00e9matique homosexuelle soulignent les difficult\u00e9s li\u00e9es \u00e0 la sortie du placard.\u00a0Philippe Mangeot note \u00e0 juste titre que\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au commencement, il y a la pr\u00e9somption d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9\u00a0: un h\u00e9t\u00e9rosexuel n\u2019est pas confront\u00e9 \u00e0 la question de savoir s\u2019il doit ou non dire ce qu\u2019il est; ce qu\u2019il est va sans dire, et constitue le terrain a priori de l\u2019ensemble des relations sociales. Dans ces conditions, la d\u00e9couverte de pr\u00e9f\u00e9rences homosexuelles est imm\u00e9diatement contemporaine de l\u2019exp\u00e9rience sensible du placard. (Mangeot 2003, 76)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette pr\u00e9somption d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 est ce qui, en quelque sorte, cr\u00e9e et maintient cette id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0placard\u00a0\u00bb. Et, pour la contrer, l\u2019individu (et le personnage, dans le cas qui nous occupe) devra \u00ab\u00a0se dire\u00a0\u00bb. Par exemple, Mike, dans\u00a0<em>Whatever, or how junior year became totally f<\/em><a><em>$@ked<\/em><\/a><em>,\u00a0<\/em>r\u00e9alise soudainement que sa relation avec Wallace a des implications qu\u2019il n\u2019avait pas anticip\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0And then he has a holy-shit epiphany \u2013 Mike realizes he\u2019s going to have to\u00a0<em>tell people.\u00a0<\/em>Not just Lisa or Jay or his crazy grandmother\u00a0\u00bb (Goslee 2016, 203).\u00a0Le mot \u00ab\u00a0people\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des gens qui ne lui sont pas n\u00e9cessairement proches. Il mentionne quelques amis, sa famille, mais sa crainte est manifestement dirig\u00e9e vers ces autres \u00e0 qui il se croit oblig\u00e9 de r\u00e9v\u00e9ler cette information (<em>have to<\/em>).<\/p>\n<p>Les romans soulignent l\u2019importance de cette prise de parole qui sera r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, encore et encore, au sein d\u2019un m\u00eame r\u00e9cit. Je crois, \u00e0 l\u2019instar de Didier Eribon et Renaud Lagabrielle, que le terme\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>devrait toujours \u00eatre employ\u00e9 au pluriel (Eribon 2016, 174; Lagabrielle 2007, 120). Le choix de r\u00e9v\u00e9ler ou non son orientation sexuelle hors-norme est donc \u00e0 faire et \u00e0 recommencer sans cesse; rares sont les romans qui ne pr\u00e9sentent qu\u2019un seul\u00a0<em>coming out.\u00a0<\/em>L\u2019adolescent fictif \u00e9voluant dans diff\u00e9rents milieux (scolaire, extrascolaire, familial, etc.) et fr\u00e9quentant de multiples personnages au sein de ces milieux, il est logique de penser qu\u2019il devra, s&rsquo;il le souhaite, sortir du placard \u00e0 plusieurs reprises.<\/p>\n<p>Plusieurs chercheurs et presque tous les romans utilisent encore le mot \u00ab\u00a0aveu\u00a0\u00bb pour qualifier la sortie du placard (Dorais 2012; Lerch et Chauvin 2010). Le terme est apparent\u00e9 \u00e0 l\u2019erreur, il connote la honte. Une grande part du champ lexical associ\u00e9 au\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>rappelle celui du crime, de l\u2019enqu\u00eate\u00a0: r\u00e9v\u00e9lation, secret, etc. La pr\u00e9somption d\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 qui p\u00e8se sur les personnages les pousse \u00e0 devoir rectifier le tir, exprimer leur vraie nature. \u00ab\u00a0Tout le monde est h\u00e9t\u00e9ro, \u00e0 moins de preuve du contraire\u00a0\u00bb, affirme le personnage de Maxence, dans\u00a0<em>Recrue\u00a0<\/em>(Champagne 2013, 68)<em>.\u00a0<\/em>Lorsque le h\u00e9ros sort du placard, il prononce les mots qui provoqueront une rupture dans la perception d\u2019autrui face \u00e0 lui\u00a0: il n\u2019est plus h\u00e9t\u00e9rosexuel aux yeux d\u2019autres, mais bien homosexuel ou bisexuel. Son identit\u00e9, bien qu\u2019\u00e9tant exactement la m\u00eame qu\u2019avant la d\u00e9claration, rev\u00eat tout \u00e0 coup un caract\u00e8re diff\u00e9rent. Pour lui-m\u00eame, mais aussi pour autrui. Et cette modification de statut identitaire passe par la parole.<\/p>\n<p>En effet, le personnage au c\u0153ur du site de l\u2019\u00e9nonciation r\u00e9v\u00e8le \u00e0 autrui un \u00e9l\u00e9ment de taille qui risque de chambouler certains acquis\u00a0: le statu quo n\u2019est plus, il y a rupture.\u00a0<em>Le secret d\u2019Antonio\u00a0<\/em>exprime cette r\u00e9alit\u00e9 de fa\u00e7on tr\u00e8s juste, suivant la r\u00e9v\u00e9lation par le personnage principal de son homosexualit\u00e9 \u00e0 son fr\u00e8re adoptif\u00a0: \u00ab\u00a0Pasqual changerait-il d\u2019attitude d\u00e9sormais ou resterait-il comme avant? Antonio r\u00e9alisait qu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent il y aurait toujours un\u00a0<em>avant\u00a0<\/em>qui viendrait ponctuer sa vie, un peu comme un marque-page dans un livre\u00a0\u00bb (Paraire 2012, 146). Toujours, l\u2019h\u00e9sitation des protagonistes \u00e0 faire leur\u00a0<em>coming out\u00a0<\/em>nait de la conscience que cette scission est in\u00e9vitable. L\u2019acte a des airs de finalit\u00e9. Leur langage change, leur identit\u00e9 change, la perception d\u2019autrui change aussi. Il n\u2019y aura plus de retour en arri\u00e8re, impossible pour le personnage de pr\u00e9tendre \u00eatre h\u00e9t\u00e9rosexuel ensuite. C\u2019est ce qui pousse Didier Eribon \u00e0 affirmer, \u00e0 juste titre, \u00ab\u00a0qu\u2019un gay apprend deux fois \u00e0 parler\u00a0\u00bb (2013, 154).<\/p>\n<p>Lors de la sortie du placard, le protagoniste \u2013 malgr\u00e9 qu\u2019il ait encore un certain pouvoir, en tant que narrateur, sur le discours sur les homosexualit\u00e9s \u2013 devient aussi un objet de discours dans la bouche des personnages secondaires du r\u00e9cit. Certains h\u00e9ros s\u2019inqui\u00e8tent d\u2019\u00eatre victimes d\u2019homophobie apr\u00e8s la r\u00e9v\u00e9lation, ou de n\u2019\u00eatre vus qu\u2019au travers du prisme de leur orientation sexuelle\u00a0: \u00ab\u00a0Everyone \u2013 classmates, teachers, the creepy guy who sold French fries in the cafeteria \u2013 would start to see me through a pinkish gay lens\u00a0:\u00a0<em>There he is, the gay kid.\u00a0<\/em><em>That&rsquo;s the gay one there. You know Jamie \u2013 the gay kid?<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(Klise 2010, 29). Cette nouvelle vision appos\u00e9e sur soi par autrui sur laquelle ils n\u2019ont aucun contr\u00f4le est la raison m\u00eame de la r\u00e9ticence des protagonistes \u00e0 sortir du placard. Ils h\u00e9sitent donc \u00e0 utiliser leur voix et \u00e0 poser le geste significatif du\u00a0<em>coming out.\u00a0<\/em>Malgr\u00e9 ces craintes, les protagonistes des romans \u00e0 th\u00e9matique homosexuelle y parviennent, et plus d\u2019une fois, bien souvent.<\/p>\n<h2>Impact des personnages LGB<\/h2>\n<p>La nouvelle voix litt\u00e9raire LGB, au sein de la litt\u00e9rature destin\u00e9e aux adolescents, critique la soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9t\u00e9rosexiste et d\u00e9nonce les injustices. Elle donne \u00e0 lire une nouvelle vision du monde et fait entendre un discours dissident au sein de la litt\u00e9rature de jeunesse. Ce discours est de plus en plus audible. La voix qui se fait maintenant entendre, celle sous laquelle s\u2019accumulent nombre de prises de parole port\u00e9es par les protagonistes et les auteurs, a \u00e9t\u00e9 construite pour un lectorat bien sp\u00e9cifique\u00a0: des individus encore en formation, qui se situent dans un lieu de transition, dans un \u00e9cotone, entre l\u2019enfance et le monde adulte. Les acteurs des romans destin\u00e9s \u00e0 la jeunesse (auteurs et \u00e9diteurs) ont des objectifs bien simples, objectifs qu\u2019on pourrait dire communs \u00e0 l\u2019ensemble du corpus pour adolescents\u00a0: aider les lecteurs \u00e0 cimenter leur identit\u00e9 et \u00e0 prendre conscience de leur agentivit\u00e9. Les \u0153uvres du corpus \u00e9tudi\u00e9 dans le cadre de cet article, au moyen de cette voix et de l\u2019exp\u00e9rience intime qui est mise en r\u00e9cit, exhortent \u00e0 la tol\u00e9rance, au respect des diff\u00e9rences. Le champ litt\u00e9raire a finalement laiss\u00e9 une petite place \u00e0 un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb dont les propos s\u2019\u00e9loignent de la masse, un personnage minoritaire, parfois deux ou trois fois plut\u00f4t qu\u2019une. En effet, comme on l&rsquo;a vu, certains h\u00e9ros font partie de communaut\u00e9s culturelles, ce qui les expose parfois \u00e0 une stigmatisation suppl\u00e9mentaire. Il en va de m\u00eame pour les protagonistes pratiquant une religion dans un univers majoritairement la\u00efque ou ceux ayant des int\u00e9r\u00eats consid\u00e9r\u00e9s inappropri\u00e9s pour un gar\u00e7on (rappelons-nous de Steven et de son attrait pour la danse carr\u00e9e). La voix de ces personnages, donc, doit \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e dans une perspective intersectionnelle qui permettra de rendre compte de toutes les injustices syst\u00e9miques qu&rsquo;elle aura d\u00fb combattre.<\/p>\n<p>La prise de parole des personnages LGB se fait sur deux plans compl\u00e9mentaires. En affirmant sa diff\u00e9rence au sein d\u2019un r\u00e9cit dont la th\u00e9matique n\u2019est encore que peu exploit\u00e9e dans le champ litt\u00e9raire \u2013 et donc, ne mettant en sc\u00e8ne qu\u2019un tr\u00e8s petit nombre de personnages \u00e0 la sexualit\u00e9 hors-norme \u2013, le h\u00e9ros LGB cr\u00e9e son identit\u00e9 \u00e0 la fois dans l\u2019univers narratif, mais aussi \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de ce dernier, dans le monde \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb, pour le lecteur. Il devient une repr\u00e9sentation de ce qu\u2019une personne homosexuelle ou bisexuelle pourrait \u00eatre, un repr\u00e9sentant d\u2019une certaine cat\u00e9gorie sociale tout en \u00e9tant un personnage \u00e0 qui un auteur a donn\u00e9 le droit de s\u2019exprimer dans un univers narratif souvent semblable \u00e0 l\u2019univers r\u00e9f\u00e9rentiel. La prise de parole s\u2019effectue aussi au sein m\u00eame du roman, par le personnage lui-m\u00eame qui, au-del\u00e0 de la narration personnelle et de la relation intime qu\u2019il entretient avec le lecteur, fera part de sa diff\u00e9rence \u00e0 autrui au moyen du\u00a0<em>coming out.\u00a0<\/em>La sortie du placard force les personnages secondaires \u00e0 reconnaitre l\u2019identit\u00e9 du protagoniste, ce qui le rend visible au sein de la di\u00e9g\u00e8se.<\/p>\n<p>En litt\u00e9rature pour la jeunesse, le r\u00e9cit se conclut habituellement par une certaine r\u00e9solution \u00e9motionnelle pour le h\u00e9ros, par une le\u00e7on assimil\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>All YA novels depict some postmodern tension between individuals and institutions. And the tension is often depicted as residing within discursive constructs. Once the protagonists of the YA novel have learned to discursively negotiate their place in the domination-repression chain of power, they are usually depicted as having grown. (Seelinger Trites 2000, 52)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience de la sortie du placard ne peut se faire que par le biais de la parole (ou au moyen de gestes significatifs, sans \u00e9quivoque, qui s\u2019apparentent aussi \u00e0 une d\u00e9claration, une performance). Dans le cas de la litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique homosexuelle, la r\u00e9solution du conflit \u2013 souvent int\u00e9rieur \u2013 du protagoniste passe par le\u00a0<em>coming out<\/em>; sa r\u00e9solution est donc directement li\u00e9e \u00e0 sa capacit\u00e9 de \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb. D\u2019ailleurs, la majorit\u00e9 des r\u00e9cits se terminent apr\u00e8s que le personnage ait fait un ou plusieurs\u00a0<em>coming out,\u00a0<\/em>comme s\u2019il avait alors atteint la fin de sa qu\u00eate.<\/p>\n<p>Cette nouvelle voix s\u2019approprie aussi la place qui lui revient de droit dans le champ litt\u00e9raire et si d\u2019aucuns pouvaient dire que le peu de romans dans lesquels sont mis en sc\u00e8ne des personnages homosexuels d\u2019importance limite la port\u00e9e de leur influence sur la praxis et les normes sociales hors du texte, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019il s\u2019agit ici d\u2019un discours qui, au Qu\u00e9bec, il y a dix ans, n\u2019avait que quatre ou cinq porte-paroles. Ce n\u2019est plus le cas aujourd\u2019hui. Aux \u00c9tats-Unis, alors qu\u2019une centaine de romans \u00e0 th\u00e9matique LGBTQ+ furent publi\u00e9s entre 1969 et l\u2019an 2000, depuis, entre vingt et quarante publications apparaissent sur les tablettes des librairies chaque ann\u00e9e (Lo 2011, 1). Cette voix prend de l\u2019ampleur, et il ne nous reste qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9couter.<\/p>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p><strong>\u0152uvres litt\u00e9raires<\/strong><\/p>\n<p>Addison, Marilou. 2016.\u00a0<em>Elle ou lui.\u00a0<\/em>Boucherville\u00a0: \u00c9ditions de Mortagne.<\/p>\n<p>Alire Saenz, Benjamin.\u00a02012.\u00a0<em>Aristotle and Dante Discover the Secrets of the Universe.\u00a0<\/em>New York\u00a0: Simon &amp; Schuster<em>.<\/em><\/p>\n<p>Champagne, Samuel. 2013.\u00a0<em>Recrue.\u00a0<\/em>Boucherville\u00a0: \u00c9ditions de Mortagne.<\/p>\n<p>Goslee, S. J. 2016.\u00a0<em>Whatever, or how junior year became totally\u00a0<\/em><a><em>f$@ked<\/em><\/a><em>.\u00a0<\/em>New York\u00a0:\u00a0Roaring Brook Press.<\/p>\n<p>Klise, James. 2010.\u00a0<em>Love Drugged.\u00a0<\/em>Minnesota\u00a0: Flux Publishing.<\/p>\n<p>Larochelle, David. 2005.\u00a0<em>Absolutely, Positively Not<\/em>. New York\u00a0:\u00a0Arthur A. Levine Books<\/p>\n<p>Paraire, H\u00e9l\u00e8ne. 2012.\u00a0<em>Le secret d\u2019Antonio.\u00a0<\/em>Montr\u00e9al\u00a0:\u00a0Gu\u00e9rin \u00c9diteur.<\/p>\n<p>Sanchez, Alex. 2007.\u00a0<em>The God Box.\u00a0<\/em>New York\u00a0:\u00a0Simon Pulse.<\/p>\n<p>Thomas Ford, Michael. 2008.\u00a0<em>Suicide Notes<\/em>. New York\u00a0: Harper Teen.<\/p>\n<p><strong>Ouvrages th\u00e9oriques<\/strong><\/p>\n<p>Ben Ahmed Chemli, Mouna. 2012.\u00a0<em>L\u2019identification au personnage dans la didactique de la lecture litt\u00e9raire\u00a0: l\u2019exemple de la trilogie de Y. Khadra<\/em>. M\u00e9moire de ma\u00eetrise (Litt\u00e9rature fran\u00e7aise), Universit\u00e9 de Rennes 2.<\/p>\n<p>Butler, Judith. 2004.\u00a0<em>Le pouvoir des mots, politique du performatif.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: \u00c9ditions Amsterdam.<\/p>\n<p>Chaimbault, Thomas. 2002. \u00ab\u00a0L\u2019homosexualit\u00e9 dans la litt\u00e9rature pour jeunesse\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Vagabondages<\/em>.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.vagabondages.org\/public\/Documents%20%B7%20joindre%20aux%20billets\/Memoire2.pdf\">http:\/\/www.vagabondages.org\/public\/Documents%20%C3%A0%20joindre%20aux%20billets\/Memoire2.pdf<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 15 mai 2018)<\/p>\n<p>Champagne, Samuel. 2013.\u00a0<em>Double \u00e9chapp\u00e9e, suivi de Se dire, se comprendre\u00a0: L\u2019homosexualit\u00e9 adolescente dans les romans qu\u00e9b\u00e9cois pour la jeunesse.\u00a0<\/em>M\u00e9moire de ma\u00eetrise (Litt\u00e9ratures de langue fran\u00e7aise), Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>Chauvin, S\u00e9bastien et Arnaud Lerch. 2013.\u00a0<em>Sociologie de l\u2019homosexualit\u00e9.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: \u00c9ditions La d\u00e9couverte.<\/p>\n<p>D\u00e9nomm\u00e9-Beaudoin, Maude. 2003.\u00a0<em>L\u2019homosexualit\u00e9 dans la litt\u00e9rature jeunesse qu\u00e9b\u00e9coise (1988-2003)\u00a0: du paratexte au personnage<\/em>. M\u00e9moire de ma\u00eetrise (Lettres et communications), Universit\u00e9 de Sherbrooke.<\/p>\n<p>Dorais, Michel. 2001.\u00a0<em>Mort ou fif. La face cach\u00e9e du suicide chez les gar\u00e7ons<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0:\u00a0VLB \u00e9diteur.<\/p>\n<p>Dorais, Michel. 2014.\u00a0<em>De la honte \u00e0 la fiert\u00e9.\u00a0<\/em>Montr\u00e9al\u00a0: VLB \u00e9diteur.<\/p>\n<p>Eribon, Didier<em>.\u00a0<\/em>2016.\u00a0<em>R\u00e9flexions sur la question gay.\u00a0<\/em>Paris\u00a0:\u00a0Flammarion.<\/p>\n<p>Eribon, Didier<em>.\u00a0<\/em>2015.\u00a0<em>Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature. Syst\u00e8me du genre et verdicts sexuels.\u00a0<\/em>Paris\u00a0:\u00a0Presses universitaires de France<\/p>\n<p>Lagabrielle, Renaud. 2007.\u00a0<em>Repr\u00e9sentations des homosexualit\u00e9s dans les romans fran\u00e7ais pour la jeunesse<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Mangeot, Ph<em>.\u00a0<\/em><em>2003.\u00a0<\/em><em>\u00ab\u00a0<\/em><em>Discr\u00e9tion\/placard<\/em>\u00a0\u00bb, dans Tin, Louis-Georges (dir.).\u00a0<em>Dictionnaire de l\u2019homophobie<\/em>. Paris\u00a0: Presses universitaires de France.<\/p>\n<p>Saxey, Esther. 2007.\u00a0<em>Homoplot\u00a0: The Coming-out Story and the Gay, Lesbian and Bisexual Identity.\u00a0<\/em>New York\u00a0:Peter Lang Publishing.<\/p>\n<p>Seelinger Trites, Roberta. 2000.\u00a0<em>Disturbing the Universe. Power and Repression in Adolescent Literature.\u00a0<\/em>Iowa City\u00a0:University of Iowa Press.<\/p>\n<p>Thaler, Danielle et Alain Jean-Bart.\u00a02002.\u00a0<em>Les enjeux du roman pour adolescents \u2013 roman historique, roman-miroir, roman d\u2019aventure<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Tin, Louis-Georges. 2000.\u00a0<em>Homosexualit\u00e9s\u00a0: expression\/r\u00e9pression<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Stock.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Champagne, Samuel. 2018. \u00ab Laisse-moi parler! Homosexualit\u00e9s en litt\u00e9rature destin\u00e9e aux adolescents\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28 (Automne), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/champagne-28 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/champagne_28.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 champagne_28.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-df6e7a23-1736-450e-b579-cbba223dc58b\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/champagne_28.pdf\">champagne_28<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/champagne_28.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-df6e7a23-1736-450e-b579-cbba223dc58b\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>L&rsquo;acronyme remplace ici les mots \u00ab\u00a0lesbienne, gai, bisexuel\u00a0\u00bb. Nous utilisons l&rsquo;appellation LGB, plut\u00f4t qu&rsquo;une autre plus large telle que LGBTQ+, parce que la litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique LGB d\u00e9tient un privil\u00e8ge de repr\u00e9sentation qu&rsquo;il convient de reconna\u00eetre. Les romans mettant en sc\u00e8ne des personnages se revendiquant des autres identit\u00e9s et orientations sexuelles sous la banni\u00e8re arc-en-ciel \u2014 non-binaire, pansexuel, transsexuel, intersexe, agenre, pour n&rsquo;en nommer que quelques-unes \u2014 sont presque inexistants dans le champ de la litt\u00e9rature pour la jeunesse. Au Qu\u00e9bec, seule la transsexualit\u00e9 commence \u00e0 se frayer une place sur les tablettes des librairies (Champagne 2014, 2015, 2017; Labelle 2018). Aux \u00c9tats-Unis, un faible nombre de r\u00e9cits comprenant des personnages genderqueer ont commenc\u00e9 \u00e0 voir le jour depuis quelques ann\u00e9es (Gavin 2016; Talley 2015; Kerick 2015).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28 La litt\u00e9rature \u00e0 th\u00e9matique homosexuelle destin\u00e9e \u00e0 la jeunesse est de celles qui, jusqu&rsquo;\u00e0 tout r\u00e9cemment, \u00e9taient condamn\u00e9es au silence, \u00e9cras\u00e9e sous la masse lourde des discours h\u00e9t\u00e9ronormatifs. 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