{"id":5638,"date":"2024-06-13T19:48:29","date_gmt":"2024-06-13T19:48:29","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/la-collecte-de-parole-vers-une-approche-inclusive\/"},"modified":"2024-08-21T17:24:19","modified_gmt":"2024-08-21T17:24:19","slug":"la-collecte-de-parole-vers-une-approche-inclusive","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5638","title":{"rendered":"La collecte de parole : vers une approche inclusive"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6897\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6897\">Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>If you have some power,<br \/>then your job is to empower somebody else<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-1\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-1\">1<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Morrison, Toni. Novembre 2003. \u00ab\u00a0Toni Morrison Talks Love\u00a0\u00bb.\u00a0<em>The Oprah Magazine<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.oprah.com\/omagazine\/toni-morrison-talks-love\/all\">https:\/\/www.oprah.com\/omagazine\/toni-morrison-talks-love\/all<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 5 juin 2018).<\/span>.<br \/>Toni Morrison,\u00a0<em>Toni Morrison Talks Love<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Penser l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole en des termes postcoloniaux et f\u00e9ministes permet de comprendre que celle-ci, loin d\u2019\u00eatre neutre, est r\u00e9serv\u00e9e aux personnes en situation de pouvoir et de privil\u00e8ge. En parlant au nom des femmes racis\u00e9es et avec elles, Gloria Anzald\u00faa, une f\u00e9ministe Chicana<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-2\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-2\">2<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Le mouvement militant Chicana f\u00e9ministe se pr\u00e9occupe des enjeux propres aux personnes d&rsquo;origine mexicaine vivant aux \u00c9tats-Unis et s\u2019identifiant comme femmes. Le Chicanisma s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 en r\u00e9action et parall\u00e8lement au mouvement Chicano, qui surgit dans les ann\u00e9es soixante et qui revendique les droits civiques des personnes d\u2019origine mexicaine vivant aux \u00c9tats-Unis.<\/span>, affirme que \u00ab\u00a0when we do speak from the cracked spaces, it is\u00a0<em>con voz del fondo del abismo<\/em><sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-3\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-3\">3<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Je choisis de ne pas traduire ces mots en espagnol pour respecter la d\u00e9marche de Anzald\u00faa, qui cr\u00e9e une nouvelle langue (\u00ab\u00a0mestiza\u00a0\u00bb) pour th\u00e9oriser une identit\u00e9 de la fronti\u00e8re et du m\u00e9tissage.\u00a0Elle \u00e9crit : \u00ab\u00a0We speak a patois, a forked tongue, a variant of two languages \u00bb (Anzald\u00faa 1987, 55). Entrecroiser l&rsquo;espagnol \u00e0 l&rsquo;anglais lui permet de r\u00e9clamer, au nom des Chicanas, que les lectrices et lecteurs allophones fassent l&rsquo;effort, \u00e0 leur tour, de s&rsquo;adapter \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 linguistique \u00e9trang\u00e8re\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Today, we ask to be met halfway\u00a0\u00bb (Pr\u00e9face).<\/span><em>,\u00a0<\/em>a voice drowned by white noise\u00a0\u00bb (1990, xxii. L\u2019auteure souligne). Ce qu\u2019elle nomme \u00ab\u00a0white noise\u00a0\u00bb constitue le discours h\u00e9g\u00e9monique, construit et perp\u00e9tu\u00e9 par le patriarcat blanc qui enterre d\u2019autres formes discursives.\u00a0Le \u00ab\u00a0white noise\u00a0\u00bb est socialement invisible, bruit ambiant qui r\u00e9ussit, par son homog\u00e9n\u00e9it\u00e9, \u00e0 faire oublier sa pr\u00e9sence pour s\u2019imposer comme statu quo. Pourtant, il existe de nombreuses voix marginalis\u00e9es qui refusent de s\u2019y fondre et d\u2019y dispara\u00eetre. Ces voix revendiquent leur pouvoir de contamination et de subversion, montrant qu\u2019il existe un envers \u00e0 ce \u00ab\u00a0white noise\u00a0\u00bb. Il incombe aux personnes privil\u00e9gi\u00e9es qui se situent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du discours h\u00e9g\u00e9monique de reconna\u00eetre leur propre \u00ab\u00a0white noise\u00a0\u00bb, de le d\u00e9construire en le rendant poreux,\u00a0et ainsi voir appara\u00eetre les voix qui le bordent et le contrastent.\u00a0Comme le rappelle Audre Lorde dans cet extrait de l\u2019article \u00ab\u00a0The Transformation of Silence into Language and Action\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0[w]here the words of women are crying to be heard, we must each of us recognize our responsibility to seek those words out, to read them and share them [\u2026]\u00a0\u00bb (1977, 43). Ces mots de Lorde appellent\u00e0 une prise de responsabilit\u00e9 qui s\u2019appuie sur une \u00e9coute des voix silenci\u00e9es et sur leur d\u00e9ploiement une fois\u00a0\u00a0qu\u2019elles sont relay\u00e9es. Or, concr\u00e8tement, comment des personnes en situation de privil\u00e8ge ou, du moins, en position de parole peuvent faire circuler ces voix silenci\u00e9es?Existe-t-il des solutions qui permettraient \u00e0 celles-ci d\u2019\u00e9merger du silence, comme le pr\u00e9conise Lorde?<\/p>\n<p>Dans cet article, je d\u00e9velopperai une r\u00e9flexion sur la cr\u00e9ation litt\u00e9raire pens\u00e9e comme tentative de c\u00e9der la parole \u00e0 des personnes marginalis\u00e9es. Je r\u00e9fl\u00e9chirai \u00e0 cet enjeu \u00e0 travers la pratique de la collecte de parole<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-4\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-4\">4<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Dans le cadre de cet article, la notion de collecte de parole renvoie \u00e0 une d\u00e9marche au sein de laquelle l\u2019\u00e9crivain\u00b7e organise, en amont de l&rsquo;\u00e9criture, des entrevues ou des discussions enregistr\u00e9es aupr\u00e8s de certaines personnes. La parole enregistr\u00e9e devient donc le mat\u00e9riau de base de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire qui aspire \u00e0 retranscrire cette parole sur papier. Cette pratique d&rsquo;\u00e9criture est souvent actualis\u00e9e par le th\u00e9\u00e2tre documentaire, par exemple, dans la pi\u00e8ce\u00a0<em>Changing room\u00a0<\/em>d\u2019Alexandre Fecteau (2011, Qu\u00e9bec), o\u00f9 des acteur\u00b7trice\u00b7s reproduisent sur sc\u00e8ne des entrevues pr\u00e9alablement effectu\u00e9es aupr\u00e8s de personnificateurs f\u00e9minins (<a href=\"https:\/\/www.theatreperiscope.qc.ca\/programmation\/changing-room\">https:\/\/www.theatreperiscope.qc.ca\/programmation\/changing-room<\/a>). Je postule que, dans le cadre d\u2019une collecte de parole \u00ab classique \u00bb, il est fort probable que l&rsquo;artiste se retrouve dans une position davantage privil\u00e9gi\u00e9e que celle des personnes interview\u00e9es. Dans mon texte, je mettrai en tension une approche \u00ab classique \u00bb, dans laquelle la verticalit\u00e9 de la d\u00e9marche n\u2019est pas questionn\u00e9e, et une approche inclusive. <\/span>.Peut-on imaginer que cette m\u00e9thode op\u00e8rerait un d\u00e9placement et une redistribution de la parole entre des personnes usuellement d\u00e9tentrices du discours et celles relay\u00e9es aux marges de la sph\u00e8re d\u2019\u00e9nonciation dominante? Quels \u00e9cueils guetteraient une telle d\u00e9marche, d\u2019embl\u00e9e extr\u00eamement d\u00e9licate, puisque, en se situant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pouvoir, elle risque de le reproduire? Est-il possible de surmonter ces \u00e9cueils, et d\u2019arriver \u00e0 une d\u00e9marche \u00e9thique et inclusive? \u00c0 partir de ces questions f\u00e9d\u00e9ratrices, je pr\u00e9senterai d\u2019abord quelques enjeux \u00e9thiques inh\u00e9rents \u00e0 une telle collecte de parole dirig\u00e9e par un\u00b7e \u00e9crivain\u00b7e privil\u00e9gi\u00e9\u00b7e aupr\u00e8s de personnes marginalis\u00e9es. Ensuite, j\u2019exposerai\u00a0plusieurs techniques de recueillement de voix d\u00e9velopp\u00e9es notamment au sein des champs du th\u00e9\u00e2tre documentaire, de l\u2019histoire orale etde l\u2019anthropologie. Ces pratiques, regroup\u00e9es sous le terme de \u00ab\u00a0approche inclusive\u00a0\u00bb, am\u00e8neront quelques pistes de solution aux probl\u00e8mes \u00e9thiques relev\u00e9s en amont.<\/p>\n<h2>Le privil\u00e8ge de la parole<\/h2>\n<p>Tout d\u2019abord, il convient de se pencher davantage sur cette notion de discours h\u00e9g\u00e9monique \u00e9voqu\u00e9e plus haut pour mieux cerner comment ce dernier r\u00e9gule et exclut les voix de personnes domin\u00e9es au profit de la voix des personnes dominantes au sein de la soci\u00e9t\u00e9<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-5\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-5\">5<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Dans cet article appara\u00eetra donc la tension entre la singularit\u00e9 de la voix dominante, lisse et homog\u00e8ne, et la multiplicit\u00e9 des voix des personnes domin\u00e9es, qui apparaissent comme autant de points de fuite.<\/span>.\u00a0Si le discours est une institution, comme l\u2019affirme le philosophe Michel Foucault dans\u00a0<em>L\u2019ordre du discours\u00a0<\/em>(1971), il s\u2019agit d\u2019une institution\u00a0travers\u00e9e par des rapports de force qui ob\u00e9issent \u00e0 une logique d\u2019inclusion et d\u2019exclusion, la m\u00eame qui sous-tend la sph\u00e8re sociale et consolide les dynamiques in\u00e9galitaires qu\u2019elle engendre.\u00a0En posant la question \u00ab\u00a0Can the Subaltern Speak ?\u00a0\u00bb dans son article \u00e9ponyme, Gayatri Chakravorty Spivak affirme que les subalternes, qu\u2019elle d\u00e9finit comme les\u00a0sujet\u00b7tte\u00b7sayant le moins de pouvoir dans la soci\u00e9t\u00e9, ne peuvent pas parler parce qu\u2019il n\u2019existe pas de cadre institutionnel qui puisse accueillir et reconna\u00eetre leur parole. Ainsi, \u00ab\u00a0subalterns have voices that cannot be recognized within the configurations of power in which they live\u00a0\u00bb (Warrior 2011, 88)<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-6\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-6\">6<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Spivak d\u00e9veloppe aussi cette r\u00e9flexion dans son article \u00ab\u00a0\u00c9cho\u00a0\u00bb (1996), o\u00f9 elle postule que\u00a0la figure mythologique d&rsquo;\u00c9cho est une femme subalterne puisque Junon, qui repr\u00e9sente le syst\u00e8me patriarcal et colonial, la punit en l&#8217;emp\u00eachant de parler par elle-m\u00eame et la condamne \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la voix dominante. En paraphrasant la sentence de Junon adress\u00e9e \u00e0 \u00c9cho, l\u2019auteure \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0You can no longer speak for yourself.\u00a0Talkative girl, you can only give back, you are now the respondent as such \u00bb (182).\u00a0Comme l\u2019affirme Claire Nouvet dans son analyse \u00ab\u00a0Gayatri Spivak\u00a0: une \u00e9thique de la r\u00e9sistance aphone\u00a0\u00bb, Spivak montre ici que\u00a0\u00ab\u00a0la femme colonis\u00e9e est non seulement forc\u00e9e \u00e0 parler dans la langue de l&rsquo;autre, [mais] elle est aussi condamn\u00e9e \u00e0 parler cette langue de telle mani\u00e8re qu&rsquo;elle r\u00e9ponde au d\u00e9sir de l&rsquo;autre en se d\u00e9finissant comme l&rsquo;autre du m\u00eame\u00a0occidental, un autre qui consolide ce m\u00eame \u00bb (1999, 90). <\/span>. Si les voix marginalis\u00e9es sont exclues du cadre h\u00e9g\u00e9monique, principe organisateur de la parole d\u00e9finissant ce qui est intelligible et dicible, c\u2019est en contraste avec la voix dominante qui se situe en son centre. Comment cette voix dominante r\u00e9ussit-elle \u00e0 s\u2019imposer?\u00a0Comme mentionn\u00e9 ci-haut, la force du \u00ab\u00a0white noise\u00a0\u00bb r\u00e9side en le fait qu\u2019il\u00a0est rendu invisible par celles et ceux qui le perp\u00e9tuent en tant que parole non-marqu\u00e9e, indistincte.C\u2019est notamment le propos de Richard Dyer qui, r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la blanchit\u00e9, explique que \u00ab\u00a0white people set standards of humanity by which they are bound to succeed and others bound to fail\u00a0\u00bb (1997, 9). En effet, d\u00e8s lors que le discours blanc s\u2019institue comme une norme universelle invisibilis\u00e9e, il enterre de la sph\u00e8re publique toute parole provenant de la marge sans que cela ne paraisse. Si les personnes blanches peuvent parler au sein de ce discours normatif qu\u2019elles-m\u00eames maintiennent, c\u2019est entre autres parce la race blanche s\u2019est construite comme \u00e9tant non-racialis\u00e9e. Dyer \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0The equation of being white with being human secures a position of power\u00a0\u00bb (1997, 9), parce que \u00ab\u00a0[t]here is no more powerful position than that of being \u00a0\u00bbjust\u00a0\u00bb human\u00a0\u00bb (2). Les pr\u00e9tendues neutralit\u00e9 et universalit\u00e9 de la blanchit\u00e9 permettent donc \u00e0 la race blanche d\u2019imposer ses propres mani\u00e8res d\u2019\u00eatre, de penser et de\u00a0<em>parler<\/em>, bref de constituer une sorte de degr\u00e9 z\u00e9ro des connaissances du monde construit \u00e0 partir de sa perspective.\u00a0En ce sens, l\u2019acc\u00e8s au discours est une question de privil\u00e8ge puisque le discours h\u00e9g\u00e9monique\u00a0\u2014 blanc et masculin\u00a0\u2014 agit comme cadre institutionnel d\u2019exclusion et de reproduction des dynamiques sociales de pouvoir.<\/p>\n<h2>La collecte de parole\u00a0: positionner d\u2019o\u00f9 j\u2019\u00e9cris<\/h2>\n<p>En tant que jeune femme blanche et privil\u00e9gi\u00e9e, candidate \u00e0 la ma\u00eetrise en cr\u00e9ation litt\u00e9raire, je consid\u00e8re avoir droit \u00e0 une parole souvent refus\u00e9e \u00e0 d\u2019autres personnes. Je me retrouve \u00e0 l\u2019intersection de plusieurs privil\u00e8ges interreli\u00e9s\u00a0: le contexte socio-\u00e9conomique familial dans lequel j\u2019ai grandi et ma couleur de peau ont sans aucun doute facilit\u00e9 mon acc\u00e8s aux \u00e9tudes sup\u00e9rieures.\u00a0C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 cette position avantag\u00e9e que j\u2019\u00e9volue pr\u00e9sentement dans un cadre universitaire au sein duquel ma parole est facilit\u00e9e et peut s\u2019articuler. La prise de parole acad\u00e9mique est hautement valoris\u00e9e par l\u2019institution, se transforme en capital symbolique et, \u00e9ventuellement, \u00e9conomique. Tout est donc mis en place dans l\u2019institution pour que ma parole, qui plus est financ\u00e9e par des fonds de recherche gouvernementaux, soit diffus\u00e9e, valoris\u00e9e et\u00a0<em>\u00e9cout\u00e9e.\u00a0<\/em>Si l\u2019espace de ma voix, reconnu, doit se d\u00e9placer, comment est-ce que je pourrais utiliser ma position de privil\u00e8ge acad\u00e9mique pour tenter de contribuer \u00e0 la construction d\u2019un cadre institutionnel plus inclusif? En d\u2019autres mots, si la parole institutionnalis\u00e9e occupe, selon mon point de vue universitaire, un \u00ab\u00a0ici\u00a0\u00bb, et non un \u00ab\u00a0l\u00e0-bas\u00a0\u00bb qui repr\u00e9senterait les marges du discours, est-ce que je pourrais, \u00e0 travers une collecte de parole, contribuer \u00e0 r\u00e9duire la distance entre ces deux espaces s\u00e9par\u00e9s et les laisser se contaminer l\u2019un l\u2019autre, investissant ainsi la fronti\u00e8re qui lie le centre et la marge? Si cette parole en rel\u00e8gue d\u2019autres derri\u00e8re elle, c\u2019est donc dire qu\u2019elle est au devant. Quels seraient les effets produits par un d\u00e9placement qui changerait leur ordre d\u2019apparition, le \u00ab\u00a0devant\u00a0\u00bb devenant le \u00ab\u00a0derri\u00e8re\u00a0\u00bb et inversement? Qu\u2019arriverait-il si nous poursuivions cette logique m\u00e9thodologique \u00e9labor\u00e9e par Sara Ahmed qui consiste \u00e0 \u00ab\u00a0work\u00a0<em>back to front\u00a0<\/em>[\u2026], [\u00e0] work from behind to challenge the front\u00a0[\u2026], [\u00e0] work the\u00a0<em>behind<\/em>\u00a0\u00bb (2013)?\u00a0<\/p>\n<p>Ce d\u00e9sir de faire circuler une parole marginalis\u00e9e, qui m\u2019expose aux risques de l\u2019appropriation et de la reproduction aveugle des oppressions, s\u2019accompagne d\u2019embl\u00e9e d\u2019un sentiment d\u2019inconfort et de malaise.\u00a0\u00c0 partir d\u2019une situation de privil\u00e8ge, est-il possible de ne pas parler\u00a0<em>au nom des\u00a0<\/em>personnes marginalis\u00e9es, mais bien de leur c\u00e9der la parole ou, du moins, de parler\u00a0<em>avec\u00a0<\/em>elles en leur laissant une place dans le discours pour qu\u2019elles expriment leurs r\u00e9alit\u00e9s avec leurs propres voix et leurs propres outils discursifs? Qui peut relayer ces r\u00e9alit\u00e9s? Une personne en position de pouvoir est-elle autoris\u00e9\u00b7e\u00e0 le faire? Si oui, selon quelles modalit\u00e9s? En somme, est-il possible que l\u2019agentivit\u00e9 appartienne \u00e0 la parole marginalis\u00e9e et non au geste de la personne qui la fait exister au sein d\u2019espaces desquels elle est exclue? Si la d\u00e9licatesse de ces questions m\u2019effraie,je m\u2019inspire des mots d\u2019Audre Lorde qui dit que les arguments s\u2019apparentant\u00a0\u00e0 \u00ab\u00a0I can&rsquo;t possibly teach Black women&rsquo;s writing &#8211; their experience is so different from mine.\u00a0\u00bb [&#8230;] And all the other endless ways in which we rob ourselves of ourselves and each other\u00a0\u00bb (1977, 43-44) ne doivent pas mener \u00e0 l&rsquo;inaction, puisque \u00ab\u00a0while we wait in silence for that final luxury of fearlessness, the weight of that silence will choke us\u00a0\u00bb (44). Lorde met le doigt sur un dilemme qui me semble tout \u00e0 fait d\u2019actualit\u00e9. Si une\u00a0prise de conscience des dynamiques de pouvoir est de plus en plus aig\u00fce dans certains milieux, notamment universitaires,\u00a0nous nous confrontons parall\u00e8lement \u00e0 un souci \u00e9thique accru face au danger que des actions sociales et artistiques men\u00e9es par une personne privil\u00e9gi\u00e9e reconduisent les oppressions d\u00e9coulant des syst\u00e8mes de pouvoir. Ma d\u00e9marche vise donc \u00e0 explorer la possibilit\u00e9 d\u2019une action qui se situerait \u00e0 la jonction de la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9thique de c\u00e9der une partie de son privil\u00e8ge et de la pr\u00e9occupation d\u2019agir en connaissant ses angles morts, ses points aveugles, ses limites.\u00a0<\/p>\n<h2>Les rapports de pouvoir, de privil\u00e8ge et d\u2019oppression \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la \u00ab\u00a0zone de contact\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Il faut tout d\u2019abord reconna\u00eetre que la rencontre entre l\u2019\u00e9crivain\u00b7e et le ou la\u00a0sujet\u00b7tte \u00e0 qui iel essaie de c\u00e9der la parole prend ancrage dans ce que Mary-Louise Pratt nomme la \u00ab\u00a0zone de contact\u00a0\u00bb, soit \u00ab\u00a0[a social space] where disparate cultures meet, clash and grapple with each other, often in highly asymmetrical relations of domination and subordination\u00a0\u00bb (1992, 18). Cette zone, espace de copr\u00e9sence et d\u2019interaction entre deux groupes, rend visible les relations de pouvoir par les effets m\u00eame de cette rencontre.\u00a0La th\u00e9orie de l\u2019intersectionnalit\u00e9, \u00e9labor\u00e9es par la penseuse f\u00e9ministe Kimberley Crenshaw en 1989, aide ici \u00e0 comprendre les rapports de force actualis\u00e9s par cette zone de contact. En effet,\u00a0Crenshaw propose de penser l\u2019identit\u00e9 sociale des personnes marginalis\u00e9es \u2014 les femmes noires, en l\u2019occurrence \u2014 comme un enchev\u00eatrement de plusieurs oppressions d\u00e9coulant de syst\u00e8mes de pouvoir concomitants. Une oppression ne doit pas \u00eatre pens\u00e9e comme un fait isol\u00e9, mais bien comme un facteur qui participe au marquage identitaire d\u2019un\u00b7einvidu\u00b7e et qui interagit avec d\u2019autres.\u00a0Ces facteurs d\u2019oppression (et de privil\u00e8ge) peuvent par exemple renvoyer au statut social,\u00e0 la race, au genre, \u00e0 l\u2019identit\u00e9 sexuelle ou \u00e0 l\u2019\u00e2ge de certaines populations ou individu\u00b7e\u00b7s. La zone de contact cr\u00e9\u00e9e par la collecte de parole agit donc comme un lieu o\u00f9 ceux-ci sont non seulement rendus visibles par leur asym\u00e9trie, mais sont aussi reproduits par l\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>\u00c9tant donn\u00e9 que l\u2019\u00e9crivain\u00b7e initiatrice ou initiateur d\u2019une telle d\u00e9marche\u00a0a, selon mon hypoth\u00e8se, un acc\u00e8s \u00e0 la parole et \u00e0 l\u2019\u00e9criture beaucoup plus ais\u00e9 que les\u00a0personnes aupr\u00e8s desquelles iel r\u00e9colte la parole, il devient \u00e9vident que la relation de pouvoir qui s\u2019\u00e9tablit entre les deux est socialement \u00ab\u00a0highly asymetrical\u00a0\u00bb (Pratt\u00a01992, 18). Cette relation hi\u00e9rarchique s\u2019articule aussi dans l\u2019\u00e9laboration enti\u00e8re du projet, puisque c\u2019est\u00a0l\u2019\u00e9crivain\u00b7e qui en d\u00e9finit les param\u00e8tres et sa possible finalit\u00e9. Comme le souligne David Spurr dans\u00a0<em>The Rhetoric of Empire,\u00a0<\/em>c\u2019est justement la position privil\u00e9gi\u00e9e de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e qui lui permet d\u2019\u00e9crire sur une situation sociale qui lui est ext\u00e9rieure\u00a0: \u00ab\u00a0[t]he privilege of inspecting, of examining, of looking at, by its nature excludes the [writer] from the human reality constituted as the object of observation\u00a0\u00bb (1993, 13). Ainsi, \u00ab\u00a0reconna\u00eetre la diff\u00e9rence [entre deux sujets in\u00e9gaux] implique la capacit\u00e9 de se reconna\u00eetre aussi comme le-la dominant-e d\u2019un-e autre\u00a0\u00bb (Mihelakis\u00a02017, 64), et il est important d\u2019en \u00eatre conscient\u00b7e pour observer de mani\u00e8re lucide ce qu\u2019implique la d\u00e9marche artistique \u00e0 l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<h2>Le contexte fig\u00e9 de la collecte de parole comme premi\u00e8re modulation de la voix<\/h2>\n<p>La relation entre l\u2019\u00e9crivain\u00b7e et les\u00a0sujet\u00b7tte\u00b7srepr\u00e9sent\u00e9\u00b7e\u00b7s est donc socialement marqu\u00e9e par des rapports de pouvoir in\u00e9gaux qui, s\u2019ils d\u00e9passent le projet d\u2019une collecte de parole, sont renforc\u00e9s par celle-ci. Premi\u00e8rement,\u00a0d\u00e9j\u00e0 en amont de l\u2019\u00e9criture du texte,\u00a0le contexte fig\u00e9 de cette d\u00e9marche m\u00e9thodologique influence grandement la mani\u00e8re dont les personnes interview\u00e9es parlent et ce qu\u2019iels partagent. Selon le contexte, une personne interview\u00e9e peut, par exemple, \u00eatre port\u00e9e \u00e0 occulter des \u00e9l\u00e9ments importants de sa pens\u00e9e ou \u00e0 exag\u00e9rer son r\u00e9cit pour le rendre plus int\u00e9ressant. Les effets de m\u00e9diation, inh\u00e9rents \u00e0 toute construction narrative, me semblent prendre une dimension particuli\u00e8re dans le cas d\u2019une collecte de parole. En effet, la parole\u00a0surgit parce qu\u2019elle est requise par une personne en posture d\u2019autorit\u00e9\u00a0et s\u2019inscrit dans un cadre impos\u00e9 de discussion\u00a0\u2014\u00a0et non dans la solitude propre \u00e0 l\u2019\u00e9criture individuelle ou dans un contexte plus spontan\u00e9, comme une rencontre entre ami\u00b7e\u00b7s. La parole est en quelque sorte trac\u00e9e d\u2019avance et a peu de place pour d\u00e9roger de cette trajectoire. Un tel contexte me semble pouvoir augmenter le risque de d\u00e9placements s\u00e9mantiques op\u00e9r\u00e9s par un travail de m\u00e9diation, \u00e0 un point tel que les personnes interview\u00e9es pourraient perdre leur emprise sur leur r\u00e9cit, d\u00e8s lors modifi\u00e9 pour r\u00e9pondre \u00e0 des exigences d\u2019intelligibilit\u00e9 dict\u00e9es par divers dispositifs institutionnels.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>La rencontre entre l\u2019artiste et la personne interview\u00e9e a lieu \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un syst\u00e8me de pouvoir vertical et hi\u00e9rarchique, ce qui amplifie d\u2019autant plus l\u2019influence du contexte de la collecte de parole sur le contenu narratif r\u00e9cup\u00e9r\u00e9. En effet, il est possible que la parole se module, se transforme et se censure face \u00e0 une personne marqu\u00e9e par une couleur de peau socialement privil\u00e9gi\u00e9e ou provenant d\u2019une institution comme l\u2019universit\u00e9. Cette dynamique de pouvoir peut influencer, entre autres, le lien de confiance, la fluidit\u00e9 de l\u2019\u00e9change et la compr\u00e9hension mutuelle. Bref, comme le souligne la th\u00e9oricienne et ancienne folkloriste Katherine Borland dans son article \u00ab\u00a0\u00a0\u00bbThat&rsquo;s Not What I Said\u00a0\u00bb\u00a0: Interpretive Conflict in Oral Narrative Research\u00a0\u00bb, il faut comprendre que \u00ab\u00a0[t]he very fact that we<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-7\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-7\">7<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Le \u00ab\u00a0we\u00a0\u00bb renvoie ici \u00e0 la communaut\u00e9 de chercheur\u00b7e\u00b7s folkloristes universitaires \u00e0 laquelle appartient Borland.<\/span> constitute the initial audience for the narratives we collect influences the way in which our collaborators will construct their stories\u00a0[\u2026]\u00a0\u00bb (1991, 64).<\/p>\n<h2>Le risque de l\u2019appropriation\u00a0<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s avoir recueilli ces paroles, qui constituent d\u00e9j\u00e0 en elles-m\u00eames le r\u00e9sultat d\u2019une mise en r\u00e9cit par les personnes interview\u00e9es, l\u2019\u00e9crivain\u00b7e les r\u00e9organise \u00e0 son tour pour constituer le texte final. Cette \u00e9tape du processus est impossible \u00e0 faire de mani\u00e8re objective. Tout texte d\u00e9coulant d\u2019une telle d\u00e9marche est conditionn\u00e9 par les crit\u00e8res esth\u00e9tiques, moraux et id\u00e9ologiques de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e. Ce\u00b7tte dernier et derni\u00e8re\u00a0op\u00e8re une manipulation et une d\u00e9formation de la narration initialement recueillie\u00a0en la d\u00e9pla\u00e7ant ailleurs\u00a0: l\u2019\u00e9crivain\u00b7e reprend la fiction de la personne interview\u00e9e, \u00e9labor\u00e9e dans un contexte pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9 et contraignant,et la d\u00e9forme pour ensuite la refaire \u00e0 sa mani\u00e8re.\u00a0C\u2019est justement en raison du privil\u00e8ge social et institutionnel dont jouit l\u2019\u00e9crivain\u00b7e que s\u2019ancre cette possibilit\u00e9 de trafiquer et de modeler une parole qui ne lui appartient pas. David Spurr explique \u00e0 ce propos que\u00a0\u00ab\u00a0[t]he writer is placed either above or at the center of things, yet apart from them, so that the organization and classification of things takes place according to the writer&rsquo;s own system of values\u00a0\u00bb (1993, 17). Il rench\u00e9rit en affirmant que \u00ab\u00a0[t]he writer&rsquo;s eye is always in some sense colonizing the landscape, mastering and portioning, fixing zones and poles, arranging and deepening the scene as the object of desire\u00a0\u00bb (27). L\u2019\u00e9crivain\u00b7e, d\u00e9tentrice ou d\u00e9tenteur du pouvoir de regarder, peut choisir quel\u00b7le\u00b7s sujet\u00b7tte\u00b7s iel souhaite mettre en lumi\u00e8re, et de quelle fa\u00e7on iel le fera. Il ne suffit pas alors de dire que seule une \u00e9coute est convoqu\u00e9e lors d\u2019une collecte de parole. Ce regard dont parle Spurr a ceci de particulier qu\u2019il engendre du visible et de l\u2019invisible et, ce faisant, d\u00e9finit les limites de l\u2019\u00e9non\u00e7able\u00a0: ce qui est vu et entendu par l\u2019\u00e9crivain\u00b7e sera dit, formul\u00e9 en un langage hautement codifi\u00e9. Le pouvoir s\u2019actualise donc notamment dans un regard qui, pos\u00e9 sur un\u00b7e Autre, prend en m\u00eame temps prise sur ses paroles et sa r\u00e9alit\u00e9. Par ailleurs, la parole marginalis\u00e9e peut \u00eatre utilis\u00e9e par une personne en situation de privil\u00e8ge afin de servir ses propres int\u00e9r\u00eats et d\u2019augmenter son capital social, sans n\u00e9cessairement porter une attention aux int\u00e9r\u00eats des personnes avec qui iel pr\u00e9tend partager la parole. Une telle d\u00e9marche n\u2019\u00e9chappe pas aux\u00a0risques d\u2019appropriation, d\u2019exploitation voire de colonisation de la parole d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 marginalis\u00e9e par une personne en situation de privil\u00e8ge. Tel que mentionn\u00e9, elle peut reproduire une relation hi\u00e9rarchique\u00a0entre le ou lasujet\u00b7ttedominant\u00b7eet les\u00a0sujet\u00b7tte\u00b7s domin\u00e9\u00b7e\u00b7s, objets de parole.<\/p>\n<p>Dans l\u2019article de Borland \u00e9voqu\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, l\u2019auteure partage une de ses exp\u00e9riences comme folkloriste qui permet de mieux comprendre comment cette dynamique d\u2019appropriation peut s\u2019articuler. Elle explique qu\u2019elle a interview\u00e9 sa propre grand-m\u00e8re, B\u00e9atrice, puis a construit \u00ab\u00a0a second-level narrative based upon, but at the same time reshaping, the first\u00a0\u00bb (1991,\u00a063). Dans ce cas en particulier, le second niveau de narration,\u00a0qui se superpose \u00e0 la voix de B\u00e9atrice et la transforme,\u00a0a \u00e9t\u00e9 tout \u00e0 fait teint\u00e9 des valeurs de Borland. Cette derni\u00e8re a appliqu\u00e9 un regard f\u00e9ministe sur les paroles de sa grand-m\u00e8re, produisant ainsi un r\u00e9cit politique d\u2019\u00e9mancipation f\u00e9minine alors qu\u2019il ne l\u2019\u00e9tait pas initialement aux yeux de B\u00e9atrice. Apr\u00e8s avoir lu le r\u00e9cit construit et publi\u00e9 par sa petite-fille, la grand-m\u00e8re de l\u2019auteure s\u2019est insurg\u00e9e de le voir ainsi pr\u00e9sent\u00e9. Elle a lui reproch\u00e9 de s\u2019\u00eatre appropri\u00e9 son histoire\u00a0: \u00ab\u00a0[y]our interpretation of the story as a female struggle for autonomy within a hostile man environment is entirely YOUR interpretation. You&rsquo;ve read into the story what you wished to- what pleased YOU. [&#8230;] This story is no longer MY story at all. [&#8230;] It has become your story\u00a0\u00bb (70). Cet exemple me semble tr\u00e8s int\u00e9ressant puisqu\u2019il laisse entendre une voix revendiquant son droit sur sa propre parole et renvoie directement \u00e0 des\u00a0questions au c\u0153ur de cet article\u00a0: Qui peut parler? Et cette personne qui parle, peut-elle le faire\u00a0<em>au nom de\u00a0<\/em>quelqu\u2019un\u00b7e d\u2019autre que soi? De plus, cela illustre parfaitement l\u2019interd\u00e9pendance de l\u2019acte d\u2019\u00e9coute et de l\u2019acte de parole au sein d\u2019une collecte de parole, imbriqu\u00e9s tous deux dans des dynamiques de pouvoir. L\u2019acte de lecture qu\u2019ils sous-tendent se r\u00e9v\u00e8le d\u00e9voil\u00e9 dans son absence de transparence et d\u2019objectivit\u00e9. En effet,\u00a0l\u2019\u00e9crivain\u00b7epeut alt\u00e9rer et s\u2019approprier une parole en d\u00e9cidant de ne l\u2019\u00e9couter que partiellement. Iel profite ainsi de la pr\u00e9sence de blancs qu\u2019iel a cr\u00e9\u00e9 au sein de l\u2019\u00e9change pour les remplir de sens in\u00e9dits, ce qui a pour effet de restructurer le r\u00e9cit initial, de lui attribuer un autre sens.\u00a0<\/p>\n<h2>Le pouvoir de la repr\u00e9sentation<\/h2>\n<p>Il convient maintenant de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ce que Deepika Bahri a appel\u00e9 le \u00ab\u00a0pouvoir de la repr\u00e9sentation\u00a0\u00bb (2010, 34), soit le fait que \u00ab\u00a0[c]eux\u00a0[et celles] qui poss\u00e8dent le pouvoir de repr\u00e9senter et de d\u00e9crire les autres contr\u00f4lent manifestement la mani\u00e8re dont ces derniers\u00a0[et derni\u00e8res]seront vu[\u00b7e\u00b7]s\u00a0\u00bb (34). Ce constat constitue un autre enjeu \u00e9thique important reli\u00e9 \u00e0 une collecte de parole telle que\u00a0d\u00e9finie jusqu\u2019alors.\u00a0En relayant les paroles de personnes marginalis\u00e9es, l\u2019\u00e9crivain\u00b7e participe \u00e0 construire une image de ces personnes. S\u2019iel transforme ces paroles, la repr\u00e9sentation s\u2019en trouve d\u2019autant plus affect\u00e9e et donc assur\u00e9ment fauss\u00e9e. Ce faisant,\u00a0l\u2019\u00e9crivain\u00b7e s\u2019accorde encore une fois le droit de poser un regard surplombant sur une alt\u00e9rit\u00e9 et de diffuser l\u2019image qu\u2019iel s\u2019en fait.\u00a0Cela a pour effet de cristalliser davantage la relation de pouvoir et de domination, mais aussi d\u2019imposer une repr\u00e9sentation de \u00ab\u00a0l\u2019Autre\u00a0\u00bb\u00a0\u2014 la personne ou le groupe marginalis\u00e9\u00a0\u2014 forc\u00e9ment d\u00e9cal\u00e9e de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0au lieu de lui laisser l\u2019espace n\u00e9cessaire pour se dire comme iel le souhaiterait.<\/p>\n<p>Dans son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage\u00a0<em>Orientalism,\u00a0<\/em>Edward Sa\u00efd remarque que \u00ab\u00a0la valeur, l\u2019efficacit\u00e9, la force et la v\u00e9rit\u00e9 apparente d\u2019une assertion \u00e9crite sur l\u2019Orient reposent tr\u00e8s peu sur l\u2019Orient en tant que tel [&#8230;]. Au contraire, l\u2019assertion \u00e9crite est une pr\u00e9sence pour le lecteur du fait qu\u2019elle a exclu, d\u00e9plac\u00e9, rendu superflu \u201c&rsquo;l\u2019Orient\u201d&rsquo; comme chose r\u00e9elle\u00a0\u00bb (1978, 35). Selon Sa\u00efd, puisque l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole est r\u00e9serv\u00e9 aux classes dominantes de la soci\u00e9t\u00e9, ce sont principalement des personnes occidentales qui poss\u00e8dent le pouvoir de construire ce qu\u2019est \u00ab\u00a0l\u2019Orient\u00a0\u00bb dans l\u2019imaginaire europ\u00e9en au XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle. Spivak, quant \u00e0 elle, critique frontalement les \u00ab\u00a0nonrepresentating intellectual[s]\u00a0\u00bb (1988,\u00a084) qui participent au \u00ab\u00a0remotely orchestrated, far-flung, and heteregeneous project to constitute the colonial subject as Other\u00a0\u00bb (76). Elle se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 cette pratique de repr\u00e9sentation comme un exemple de ce qu\u2019elle nomme l\u2019\u00ab\u00a0epistemic violence\u00a0\u00bb (76). Bahri explique \u00e0 son tour le caract\u00e8re d\u00e9cal\u00e9 de toute repr\u00e9sentation de l\u2019Autre en affirmant qu\u2019elle est \u00ab\u00a0toujours fictionnelle ou partielle parce qu\u2019elle doit construire par l\u2019imagination ce qu\u2019elle repr\u00e9sente (comme portrait ou \u201c&rsquo;fiction\u201d&rsquo;)\u00a0\u00bb (2010,\u00a038). Sa\u00efd, Spivak et Bahri aident ici \u00e0 cerner le probl\u00e8me \u00e9thique qui accompagne d\u2019embl\u00e9e le fait d\u2019\u00e9crire l\u2019Autre en remaniant ses paroles et de cr\u00e9er ainsi une image fauss\u00e9e de cet\u00b7te Autre, image qui correspond au regard ext\u00e9rieur et dominant de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e privil\u00e9gi\u00e9\u00b7e. Tout cela a pour cons\u00e9quence d\u2019\u00ab\u00a0usurper l\u2019espace de ceux\u00a0[et de celles] qui sont incapables de se repr\u00e9senter\u00a0[iels]-m\u00eames\u00a0\u00bb (Bahri\u00a02010,\u00a038).<\/p>\n<h2>Les apories de la collecte de parole<\/h2>\n<p>Finalement, le risque d\u2019appropriation par l\u2019\u00e9crivain\u00b7e d\u2019une\u00a0parole qui ne lui appartient pas\u00a0d\u00e9montre \u00e0 lui seul en quoi une d\u00e9marche de collecte de parole \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb est inapte \u00e0 d\u00e9passer les rapports de pouvoir socialement institu\u00e9s. En effet, \u00ab\u00a0interpretation [&#8230;] reflects the circumspective force of the gaze, while suppressing the answering gaze of the other. In this disproportionate economy of sight the writer preserves, on a material and human level, the relations of power inherent in the larger system of order \u00bb (Spurr 1993,\u00a017). En d\u2019autres mots,l\u2019espace d\u2019interpr\u00e9tation, dans lequel le propos recueilli est forc\u00e9ment d\u00e9natur\u00e9 et qui s\u2019installe lors du d\u00e9placement d\u2019une parole marginalis\u00e9e vers une parole qui ne l\u2019est pas, est poreux \u00e0 l\u2019exercice d\u2019un pouvoir.\u00a0Une telle d\u00e9marche \u00e9clipse donc consid\u00e9rablement l\u2019efficacit\u00e9 de la redistribution de la parole qui se veut l\u2019objectif premier du projet. L\u2019alt\u00e9ration de la parole recueillie bloque toute possibilit\u00e9 pour les personnes interrog\u00e9es de r\u00e9ellement\u00a0<em>parler<\/em>\u00a0: le projet ne r\u00e9ussit pas concr\u00e8tement \u00e0\u00a0<em>faire entendre\u00a0<\/em>les voix marginalis\u00e9es. Or, au regard des \u00e9cueils de la collecte de parole observ\u00e9s jusqu\u2019ici, peut-on penser une nouvelle m\u00e9thode qui serait plus inclusive et qui permettrait de r\u00e9ellement\u00a0faire circuler\u00a0la parole des personnes marginalis\u00e9es vers des lieux desquels elle est invisibilis\u00e9e?<\/p>\n<h2>L\u2019approche inclusivecomme piste de solution<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s confrontation des enjeux \u00e9thiques d\u2019un processus d\u2019\u00e9criture au sein duquel l\u2019\u00e9crivain\u00b7e occupe une trop grande place, il semble imp\u00e9ratif de repenser cette d\u00e9marche pour trouver d\u2019autres m\u00e9thodes plus \u00e9thiques.\u00a0En m\u2019inspirant des critiques de Spivak au sujet de l\u2019appropriation de la parole subalterne par les intellectuel\u00b7le.s blanc\u00b7he\u00b7s, je m\u2019interroge\u00a0: les dit\u00b7e\u00b7s intellectuel\u00b7le\u00b7s ne devraient-iels pas travailler \u00e0 ouvrir un espace dans le discours h\u00e9g\u00e9monique pour les\u00a0sujet\u00b7tte\u00b7s\u00a0subalternes au lieu de s\u2019approprier leur voix, surtout s\u2019il s\u2019agit deque ces derni\u00e8res percent un discours qui, sans l\u2019interm\u00e9diaire des dit\u00b7e\u00b7s intellectuel\u00b7les, les exclut? Et, plus concr\u00e8tement, comment arriver \u00e0 une telle d\u00e9marche?<\/p>\n<p>Heureusement, il existe plusieurs pratiques de collecte de parole tr\u00e8s int\u00e9ressantes en ce qu\u2019elles incluent, d\u2019une mani\u00e8re beaucoup plus horizontale, les personnes concern\u00e9es. En m\u2019inspirant de ces pratiques glan\u00e9es dans diff\u00e9rents champs (th\u00e9\u00e2tre documentaire, anthropologie, histoire orale), j\u2019essaierai d\u2019esquisser une d\u00e9marche fond\u00e9e sur une volont\u00e9 d\u2019inclusion des personnes marginalis\u00e9es et de leur voix. C\u2019est ce que j\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de nommer \u00ab\u00a0approche inclusive\u00a0\u00bb. Si elle essaie de laisser beaucoup plus de place aux personnes interview\u00e9es lors du processus cr\u00e9atif, cette approche n\u2019implique pasque la personne derri\u00e8re la collecte s\u2019efface. Au contraire, il faut que ses manipulations sur le produit final soient visibilis\u00e9es, mises au devant, ses angles morts et les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 sa d\u00e9marche aussi.\u00a0En ce sens,\u00a0lorsqu\u2019Anzald\u00faa explique que \u00ab\u00a0the difference between appropriation and proliferation is that the first steals and harms; the second helps heal breaches of knowledge\u00a0\u00bb (1990, xxi), elle semble exprimer la distinction fondamentale entre la d\u00e9marche verticale pr\u00e9sent\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment et l\u2019approche inclusive.\u00a0Quels seraient les principes de cette approche?\u00a0<\/p>\n<h2>Premier principe\u00a0: \u00ab\u00a0People must take part in shaping how their stories are shared\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Les pratiques recens\u00e9es proposent de nouvelles fa\u00e7ons de proc\u00e9der au sein desquelles la figure de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e devient moins f\u00e9d\u00e9ratrice, ce qui laisse beaucoup plus de place aux personnes repr\u00e9sent\u00e9es pour s\u2019exprimer.Il est donc primordial que ces derni\u00e8res soient impliqu\u00e9es d\u00e8s le d\u00e9but dans le projet cr\u00e9atif. Cette implication doit prendre acte autant en amont qu\u2019en aval de la collecte de parole. C\u2019est notamment le propos d\u2019Arlene Goldbard lorsqu\u2019elle dit que\u00a0\u00ab\u00a0people must take part in shaping how their stories are shared\u00a0\u00bb (2005)<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-8\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-8\">8<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Goldbard s\u2019exprime de la sorte en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ce qu\u2019elle nomme la\u00a0\u00ab\u00a0story revolution\u00a0\u00bb, r\u00e9volution n\u00e9cessaire selon elle dans notre mani\u00e8re de penser le th\u00e9\u00e2tre documentaire. L\u2019objectif de la \u00ab\u00a0story revolution\u00a0\u00bb est avant tout de prendre r\u00e9ellement en compte la communaut\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e en la respectant et en lui permettant d\u2019avoir du pouvoir sur le produit final.<\/span>.\u00a0Ce faisant, la position de pouvoir de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e au sein du projet se retrouve\u00a0att\u00e9nu\u00e9e, et les personnes dont la voix est habituellement marginalis\u00e9e se retrouvent au centre du processus cr\u00e9atif qui m\u00e8ne \u00e0 la production du texte final. En impliquant les personnes concern\u00e9es dans le travail d\u2019\u00e9criture, l\u2019auteur\u00b7e\u00a0partage son pouvoir de repr\u00e9sentation, ce qui montre \u00e0 quel point le renversement de l\u2019autorit\u00e9 auctoriale\u00a0est indispensable au sein d\u2019un tel projet. Comme je l\u2019ai mentionn\u00e9 ci-haut, plusieurs artistes et anthropologues ont pens\u00e9 leur d\u00e9marche en fonction du d\u00e9sir d\u2019inclure les personnes repr\u00e9sent\u00e9es au sein de leurs processus artistiques ou acad\u00e9miques. Par exemple, en s&rsquo;affiliant au\u00a0<em>indigenous digital storytelling,\u00a0<\/em>qui \u00ab\u00a0integrates indigeneous stories and sacred places and artifacts in innovative ways [and] is created by and for indigenous communities\u00a0\u00bb (2011, 32), Sylvia Moore explique qu&rsquo;en v\u00e9rifiant \u00ab\u00a0with the Elders for guidance in editing, and through the teachings of the Elders, [she] learned the most important point of editing\u2014telling the story that\u00a0the community wants told\u00a0\u00bb (27). D\u2019un point de vue anthropologique, Borland explique qu\u2019une telle approche, qui \u00e9largit le pouvoir interpr\u00e9tatif aux personnes concern\u00e9es, \u00ab\u00a0would restructure the traditionnally unidirectional flow of information out from source to scholar to academic audience by identifying our field collaborators as an important first audience of our work\u00a0\u00bb (1991, 74).<\/p>\n<p>Reconna\u00eetre la valeur interpr\u00e9tative des personnes interview\u00e9es sur leur propre parole semble ouvrir une alternative tr\u00e8s int\u00e9ressante \u00e0 un des \u00e9cueils \u00e9thiques fondamentaux de la pratique de collecte de parole \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb. En effet, cela donne du pouvoir aux individus sur leur propre repr\u00e9sentation et permet, du moins en partie, une reconfiguration des rapports de pouvoir qui sont originairement \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la \u00ab\u00a0zone de contact\u00a0\u00bb (Pratt\u00a01992, 18) \u00e9tablie entre les participant\u00b7e\u00b7sde l\u2019\u00e9change. Les personnes repr\u00e9sent\u00e9es deviennent d\u00e8s lors plus \u00ab\u00a0sujet\u00b7tte\u00b7s\u00a0\u00bb discourant\u00b7e\u00b7squ\u2019\u00ab\u00a0objets\u00a0\u00bb discursif\u00b7ve\u00b7s. En ce sens, la pratique du\u00a0<em>indigenous digital storytelling\u00a0<\/em>\u00ab\u00a0provides opportunities for indigenous peoples to control the images and structures through self-representations that challenge the taken-for-granted and stereotypical representations along with the misrepresentations of indigenous peoples in dominant society\u00a0\u00bb (Moore et Iseke 2011, 21). Ce processus de r\u00e9appropriation trouve un \u00e9cho au sein de ce que Pratt a nomm\u00e9 l\u2019\u00ab\u00a0autoethnographie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0in which colonized subjects undertake to represent themselves in ways that engage with the colonizer\u2019s own terms\u00a0\u00bb (1992, 19).\u00a0L\u2019objectif principal est qu\u2019\u00e0l\u2019issue de cette d\u00e9marche,\u00a0l\u2019\u00ab\u00a0Autre\u00a0\u00bb n\u2019occupe plus une place secondaire par rapport \u00e0 un r\u00e9f\u00e9rent duquel il est d\u00e9fini, mais devienne le r\u00e9f\u00e9rent m\u00eame. Ces pratiques, appliqu\u00e9es \u00e0 la collecte de parole, me semblent tendre vers une d\u00e9marche inclusive qui permettrait aux personnes interview\u00e9es d\u2019\u00eatre sujet\u00b7tte\u00b7s productrices et producteurs de leur parole.<\/p>\n<p>De quelle fa\u00e7on est-il possible d\u2019impliquer la communaut\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e au sein du processus cr\u00e9atif? L\u2019exp\u00e9rience d\u2019Erica Nagel apporte ici une piste tr\u00e8s int\u00e9ressante. En r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 la pratique du\u00a0<em>community-based theatre<\/em><sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-9\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-9\">9<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Nagel d\u00e9finit le\u00a0<em>community-based theatre\u00a0<\/em>ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0[a type of]\u00a0theatre created to give voice to a certain community (ethnic, economic, religious, geographical, or connected by a significant historical event) through a sharing of stories and traditions, usually performed by its members \u00bb (2007, 155).<\/span>, l\u2019artiste propose une esth\u00e9tique du\u00a0<em>neighborliness,\u00a0<\/em>inspir\u00e9e de la th\u00e9orie de Mary Savage. Selon cette esth\u00e9tique, la d\u00e9marche cr\u00e9ative doit absolument r\u00e9ussir \u00e0 donner les outils n\u00e9cessaires aux\u00a0sujet\u00b7tte\u00b7s pour qu\u2019iels puissent participer \u00e0 la production de l\u2019objet d\u2019art. \u00c0 travers de nombreux ateliers participatifs,ielsacqui\u00e8rent les comp\u00e9tences n\u00e9cessaires pour pouvoir prendre des d\u00e9cisions concernant la mani\u00e8re dont iels veulent organiser l\u2019objet culturel cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de leurs exp\u00e9riences et de leurs mots. Nagel commente le processus menant \u00e0 la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0<em>Bare Mountains,\u00a0<\/em>une \u0153uvre documentaire et\u00a0<em>community-based.\u00a0<\/em>Elle se rend compte que, malgr\u00e9 l\u2019ouverture d\u2019un espace dans lequel les participant\u00b7e\u00b7s peuvent s\u2019exprimer et critiquer le processus de cr\u00e9ation, cette op\u00e9ration reste st\u00e9rile parce que, en ses mots, \u00ab\u00a0we had not worked closely enough with this community to build a common vocabulary with which we could converse about specific choices in either the script or performance\u00a0\u00bb (2007, 157-158). Cet exemple, par son caract\u00e8re tr\u00e8s sp\u00e9cifique, d\u00e9montre l\u2019importance de l\u2019esth\u00e9tique de la\u00a0<em>neighborliness<\/em>, fond\u00e9e sur un rapport de contig\u00fcit\u00e9 et de voisinage, en ce qu\u2019elle permet une r\u00e9elle collaboration bas\u00e9e sur un savoir partag\u00e9 et commun \u00e0 tout\u00b7e\u00b7s. Selon l\u2019exp\u00e9rience de Nagel, l\u2019application de cette m\u00e9thode peut aider \u00e0 mieux se positionner par rapport \u00e0 la fine ligne qui existe entre une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre\u00a0<em>community-based\u00a0<\/em>et une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre \u00ab\u00a0based on a community\u00a0\u00bb (2007, 155), celle-ci n\u2019\u00e9chappant peut-\u00eatre pas aux probl\u00e8mes \u00e9thiques propres \u00e0 une d\u00e9marche verticale. Il me semble donc pertinent d\u2019accueillir, au sein d\u2019une conception de l\u2019approche inclusive, l\u2019id\u00e9e d\u2019une organisation sociale horizontale incarn\u00e9e par le concept de\u00a0<em>neighborliness\u00a0<\/em>d\u00e9velopp\u00e9 par Nagel.<\/p>\n<h2>Deuxi\u00e8me principe\u00a0: \u00ab\u00a0[t]he overarching aims should always be to illuminate, learn and heal\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>Par ailleurs, un autre principe cl\u00e9 de l\u2019approche inclusive repose sur l\u2019id\u00e9e que le processus cr\u00e9atif doit toujours tendre vers le bien-\u00eatre de la communaut\u00e9 marginalis\u00e9e et habituellement bafou\u00e9e par leur position \u00e9cart\u00e9e du centre. C\u2019est d\u2019ailleurs une des valeurs fondamentales de la \u00ab\u00a0story revolution\u00a0\u00bb de Goldbard\u00a0: \u00ab\u00a0[t]he overarching aims should always be to illuminate, learn and heal\u00a0\u00bb (2005). L\u2019importance de la retomb\u00e9e positive sur la communaut\u00e9 concern\u00e9e se retrouve \u00e9galement au c\u0153ur de la pratique du\u00a0<em>indigenous digital storytelling,\u00a0<\/em>puisqu\u2019elle \u00ab\u00a0addresses change, reflects community knowledge and perspectives, and enables negotiation of the community\u2019s social priorities. It creates opportunities to understand political activism and reflects the cultural mandates of communities\u00a0\u00bb (Moore et Iseke 2011, 32). Finalement, le concept du\u00a0<em>neighborliness<\/em>se base aussi sur cette id\u00e9e, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab\u00a0scientific research method that allies socially or politically with the group that is the object of investigation\u00a0\u00bb (Nagel 2007, 159). D\u2019abord utilis\u00e9e par des leaders au sein de plusieurs mouvements de gauche latino-am\u00e9ricains, cette m\u00e9thode scientifique avait pour but de \u00ab\u00a0free [the population&rsquo;s] energies from a segregatedand hierarchical system in order to discover possibilities for greater autonomy and participation in civic and other communities\u00a0\u00bb (Savage 1988, 3).<\/p>\n<p>Dans l\u2019approche inclusive, le processus cr\u00e9atif porte en lui-m\u00eame une fonction r\u00e9paratrice et sociale. Poursuivant cette m\u00eame logique, il est important que le produit final soit destin\u00e9 avant tout \u00e0 donner du pouvoir aux personnes concern\u00e9es puisqu\u2019elles doivent toujours \u00eatre pens\u00e9es comme les principales destinataires de ce produit. \u00ab\u00a0If you are free, you need to free somebody else.\u00a0If you have some power, then your job is to empower somebody else\u00a0\u00bb, affirme Toni Morrison (2003).\u00a0Le partage du pouvoir provoqu\u00e9 par l\u2019approche inclusive a le potentiel de mener \u00e0 l<em>\u2019empowerement\u00a0<\/em>des personnes concern\u00e9es et d\u2019enclencher un processus d\u2019affranchissement social qui permettrait \u00e0 celles-ci d\u2019acqu\u00e9rir un pouvoir \u00e9conomique, id\u00e9ologique et symbolique. Ainsi, il est souhaitable que puisse advenir, pour elles, un processus d\u2019<em>agency<\/em>, ou d\u2019agentivisation, soit un \u00ab\u00a0acte par lequel le ou la domin\u00e9[\u00b7e]\u00e0 la fois reprend et revendique sa position desujet[\u00b7tte], dans le discours et aussi dans la transformation \u00e0 accomplir\u00a0\u00bb (Bardolph\u00a02002, 42). Les notions d\u2019agentivit\u00e9 et d\u2019<em>empowerement\u00a0<\/em>sont donc au c\u0153ur de l\u2019approche inclusive, et d\u00e9montrent sa dimension performative et \u00e9mancipatrice.<\/p>\n<h2>L\u2019approche inclusive comme moteur de changement social<\/h2>\n<p>\u00c0 la lumi\u00e8re de ce qui pr\u00e9c\u00e8de, il me semble que s\u2019ouvre la possibilit\u00e9 d\u2019un\u00a0projet d\u2019\u00e9criture agissant comme facteur de changement social. Une d\u00e9marche plus inclusive permettrait aux personnes concern\u00e9es de s\u2019impliquer, en premier lieu, au sein de leur communaut\u00e9, puis, en second lieu, de consid\u00e9rer la port\u00e9e et la visibilit\u00e9 du projet une fois diffus\u00e9 dans un cadre institutionnel, lui-m\u00eame situ\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un cadre social<sup id=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-10\" class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"00000000000030e70000000000000000_5638\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-10\">10<\/a><\/sup><span role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9crivain\u00b7e se d\u00e9finit d\u00e8s lors plus clairement\u00a0: iel intervient en utilisant son privil\u00e8ge \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la parole pour, justement, rendre possible l\u2019int\u00e9gration du projet d&rsquo;\u00e9criture au cadre institutionnel. Dans le cadre de ce texte, les pronoms f\u00e9minins et masculins sont condens\u00e9s sous cette forme non-genr\u00e9e\u00a0(\u00ab iel \u00bb au singulier, \u00ab iels \u00bb au pluriel).<\/span>.\u00a0Par exemple, un texte cr\u00e9\u00e9 collectivement \u00e0 partir\u00a0d\u2019histoires individuelles\u00a0peut par la suite avoir un grand impact et \u00eatre utilis\u00e9 comme outil de revendication ou comme r\u00e9f\u00e9rence identitaire. Loin de seulement servir les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e, le projet de cr\u00e9ation et ses retomb\u00e9es doivent \u00eatre destin\u00e9s aux personnes concern\u00e9es. Il doit devenir un dispositif pouvant servir \u00e0 fortifier leur pouvoir et \u00e0 leur en donner davantage.<\/p>\n<p>De quelle mani\u00e8re des \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s en position de privil\u00e8ge peuvent-iels partager leur acc\u00e8s \u00e0 la parole avec des personnes marginalis\u00e9es \u00e0 travers une collecte de parole? Dans un premier temps, j\u2019ai identifi\u00e9 de nombreux probl\u00e8mes \u00e9thiques relatifs \u00e0 une d\u00e9marche \u00ab\u00a0classique\u00a0\u00bb en affirmant qu\u2019elle peut facilement reconduire des rapports de pouvoir et qu\u2019elle encourt un risque d\u2019appropriation. J\u2019ai conclu sur le fait qu\u2019au sein d\u2019une telle d\u00e9marche,\u00a0lessujet\u00b7tte\u00b7s\u00a0marginalis\u00e9\u00b7e\u00b7s ne peuvent pas r\u00e9ellement parler.\u00a0Dans une tentative de trouver une solution \u00e0 ces probl\u00e9matiques, j\u2019ai rassembl\u00e9, dans un deuxi\u00e8me temps, plusieurs pratiques artistiques et ethnographiques,\u00a0notamment le th\u00e9\u00e2tre documentaire, l\u2019anthropologie et l\u2019histoire orale,\u00a0qui m\u2019ont permises d\u2019\u00e9laborer une esquisse de ce que pourrait \u00eatre une approche inclusive.\u00a0<\/p>\n<p>Cette approche inclusive est bas\u00e9e sur\u00a0deux principes cl\u00e9s emprunt\u00e9s \u00e0 Goldbard et d\u00e9velopp\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 d\u2019autres artistes et anthropologues. Premi\u00e8rement, le projet doit \u00eatre pens\u00e9 de telle sorte que les personnes de qui les \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s r\u00e9coltent la parole soient int\u00e9gralement incluses et actives dans le processus de cr\u00e9ation, et ce, avec l\u2019objectif que ces personnes gardent le pouvoir sur leur propre repr\u00e9sentation et les mots qu\u2019elles choisissent pour se dire. Il incombe \u00e0 l\u2019\u00e9crivain\u00b7e de construire, en collaboration avec celles-ci, des outils pour que cette inclusion au sein du processus de cr\u00e9ation soit possible et r\u00e9alis\u00e9e, puis de savoir utiliser ad\u00e9quatement ces ressources acquises. Deuxi\u00e8mement, les int\u00e9r\u00eats des individus concern\u00e9s doivent constituer le but premier du projet.\u00a0Comme l\u2019\u00e9crit Anzald\u00faa, \u00ab\u00a0the difference between appropriation and proliferation is that the first steals and harms; the second helps heal breaches of knowledge\u00a0\u00bb (1990, xxi).<\/p>\n<p>L\u2019approche inclusive esp\u00e8re g\u00e9n\u00e9rer un effet socialement b\u00e9n\u00e9fique par le biais d\u2019un processus de cr\u00e9ation collectif. L\u2019\u00e9crivain\u00b7e, qui jouit du privil\u00e8ge de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole au sein de certaines institutions de pouvoir, tente de partager ce privil\u00e8ge avec des sujet\u00b7tte\u00b7s dont la voix est autrement exclue ou marginalis\u00e9e par rapport audiscours h\u00e9g\u00e9monique. En travaillant de mani\u00e8re horizontale et inclusive avec les sujet\u00b7tte\u00b7s qui lui transmettent des histoires, des opinions, des pens\u00e9es ou des v\u00e9cus, l\u2019\u00e9crivain\u00b7e dessine la d\u00e9finition\u00a0d\u2019un processus de cr\u00e9ation comme lieu d\u2019apprentissage et d\u2019\u00e9panouissement respectueux et valorisant pour tout le monde, les participant\u00b7e\u00b7s comme l\u2019\u00e9crivain\u00b7e.\u00a0Le produit final, sur lequel ont eu int\u00e9gralement prise les individu\u00b7e\u00b7s concern\u00e9\u00b7e\u00b7s, peut par la suite \u00eatre diffus\u00e9 au sein m\u00eame de leur communaut\u00e9 et devenir, dans l\u2019absolu, vecteur de changement social. Finalement, gr\u00e2ce \u00e0 la position privil\u00e9gi\u00e9e de l\u2019\u00e9crivain\u00b7e, il peut \u00e9galement \u00eatre diffus\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cadre institutionnel. Cette derni\u00e8re possibilit\u00e9 augmenterait notamment la port\u00e9e d\u2019une \u0153uvre revendicatrice qui d\u00e9fend les droits et les int\u00e9r\u00eats de personnes marginalis\u00e9\u00b7e\u00b7s au sein d\u2019un milieu culturel normalement monopolis\u00e9 par les personnes dominantes.<\/p>\n<p>Si une telle d\u00e9marche compte son lot de probl\u00e8mes \u00e9thiques, il me semble important de continuer \u00e0 d\u00e9velopper des pistes de solution qui permettent aux voix les moins \u00e9cout\u00e9es d\u2019\u00eatre audibles parce que, comme le\u00a0souligne Goldbard, \u00ab\u00a0[on the other side of dominant discourse] there are thousands upon thousands of people [who] have the right to think for themselves, to tell their stories for themselves, and to be received with the same expectation of dignity and respect that people in power accord themselves\u00a0\u00bb (2005).\u00a0Par ailleurs, je tiens \u00e0 soulignerl\u2019importance des prises de parole de personnes marginalis\u00e9es qui n\u2019ont pas attendu l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une personne privil\u00e9gi\u00e9e pour se faire entendre. Comme l\u2019intime en d\u00e9finitive Spurr, \u00ab\u00a0[l]et us hear, in unmediated purity, the testimony of those who are the objects of colonization and exclusion\u00a0\u00bb (1993, 193).\u00a0Dans cet article, j\u2019ai fait entendre et ai mis en \u00e9cho, entre autres, les voix de Toni Morrison, de Gloria Anzald\u00faa, d\u2019Audre Lorde, de Gayatri Spivak, de Deepika Bahri, de Judy Iseke et de Sylvia Moore, toutes des femmes racis\u00e9es qui produisent un contre-discours et qui provoquent un bruit \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du \u00ab\u00a0white noise\u00a0\u00bb. Anzald\u00faa offre une magnifique m\u00e9taphore pour souligner la fonction performative et subversive de ces prises de parole\u00a0: \u00ab\u00a0By sending our voices, visuals and visions outward into the world, we alter the walls and make them a framework for new windows and doors. We transform the posos, apertures, barrancas, abismos that we are forced to speak from. Only then can we make a home of the crack\u00a0\u00bb (1990,\u00a0xxv). En s\u2019alignant avec les prises de parole d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9es au sein des communaut\u00e9s marginalis\u00e9es, l\u2019approche inclusive esp\u00e8re donner une impulsion suppl\u00e9mentaire \u00e0 ces voix et les faire r\u00e9sonner davantage aux oreilles de celles et ceux qui, habituellement, ne les entendent pas.<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Anzald\u00faa, Gloria. 1987.\u00a0<em>Borderlands. La Frontera. The New Mestiza<\/em>. San Francisco\u00a0: Aunt Lute Foundation.<\/p>\n<p>___.1990. \u00ab Haciendo caras, una entrada \u00bb, dans\u00a0<em>Making Face, Making Soul\/Haciendo Caras. Creative and Critical Perspectives by Feminists of Colour<\/em>. San Francisco\u00a0: Aunt Lute Foundation, xv-xxviii.\u00a0<\/p>\n<p>Ahmed, Sara. 2013. \u00ab\u00a0A phenomenology of the vanguard\u00a0\u00bb.\u00a0<em>feministkilljoy<\/em>, 1 d\u00e9cembre.\u00a0<a href=\"https:\/\/feministkilljoys.com\/2013\/12\/01\/a-phenomenology-of-the-vanguard\/\">https:\/\/feministkilljoys.com\/2013\/12\/01\/a-phenomenology-of-the-vanguard\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 18 octobre 2018).<\/p>\n<p>Bahri, Deepika. 2010. \u00ab\u00a0Le f\u00e9minisme dans\/et le postcolonialisme\u00a0\u00bb. Dans Verschuur, Christine (dir.),\u00a0<em>Genre, postcolonialisme et diversit\u00e9 de mouvements de femmes<\/em>. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan\u00a027-54.<\/p>\n<p>Bardolph, Jacqueline. 2002. \u00ab\u00a0D\u00e9veloppement d\u2019une th\u00e9orie postcoloniale\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>\u00c9tudes postcoloniales et litt\u00e9rature<\/em>. Paris\u00a0: Honor\u00e9 Champion, 37-47.\u00a0<\/p>\n<p>Borland, Katherine. 1991. \u00ab\u00a0\u00a0\u00bbThat&rsquo;s Not What I Said\u00a0\u00bb: Interpretive Conflict in Oral Narrative Research\u00a0\u00bb. Dans Berger Gluck, Sherna (dir.),\u00a0<em>Women\u2019s words\u00a0: The feminist practice of oral history<\/em>. Londres\u00a0: Routledge, 320-332.\u00a0<\/p>\n<p>Crenshaw, Kimberl\u00e9 Williams. 2005 [1994]. \u00ab\u00a0Cartographies des marges\u00a0: intersectionnalit\u00e9, politique de l\u2019identit\u00e9 et violences contre les femmes de couleur\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Cahiers du genre<\/em>, no.\u00a039\u00a0: 51-82.<\/p>\n<p>Dyer, Richard. 1997.\u00a0<em>White\u00a0: essays on race and culture<\/em>. Routledge\u00a0: Londres.\u00a0<\/p>\n<p>Foucault, Michel. 1971.\u00a0<em>L\u2019ordre du discours<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Goldbard, Arlene. 2005. \u00ab\u00a0The Story Revolution: How Telling Our Stories Transforms the World\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Community Arts Network<\/em>,\u00a0Janvier.\u00a0<a href=\"http:\/\/wayback.archiveit.org\/2077\/20100906202511\/http:\/www.communityarts.net\/readingroom\/archivefiles\/2005\/01\/the_story_revol.php\">http:\/\/wayback.archive-it.org\/2077\/20100906202511\/http:\/\/www.communityarts.net\/readingroom\/archivefiles\/2005\/01\/the_story_revol.php<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 10 juin 2018).<\/p>\n<p>Lorde, Audrey. 1984 [1977]. \u00ab\u00a0The Transformation of Silence into Language and Action\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Sister Outsider<\/em>. Berkeley\u00a0: Ten Speed Press, 40-44.\u00a0<\/p>\n<p>Mihelakis, Efithia. 2017. \u00ab\u00a0La promesse corrompt ce qu\u2019elle n\u2019invente pas\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Libert\u00e9<\/em>, no.\u00a0316\u00a0: 63-65.<\/p>\n<p>Moore, Sylvia. et Iseke, Judy. 2011. \u00ab\u00a0Community-Based Indigenous Digital Storytelling with Elders and Youth\u00a0\u00bb.\u00a0<em>American Indian culture and research journal<\/em>, vol. 35, no.\u00a04\u00a0: 19-38.<\/p>\n<p>Morrison, Toni. 2013. \u00ab\u00a0Toni Morrison Talks Love\u00a0\u00bb.\u00a0<em>The Oprah Magazine<\/em>, Novembre.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.oprah.com\/omagazine\/toni-morrison-talks-love\/all\">https:\/\/www.oprah.com\/omagazine\/toni-morrison-talks-love\/all<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 5 juin 2018).<\/p>\n<p>Nagel, Erica. 2007. \u00ab\u00a0An Aesthetic of Neighborliness: Possibilities for Integrating Community-Based Practices into Documentary Theatre\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Theatre Topics,\u00a0<\/em>vol.\u00a012, no. 17\u00a0: 153-168.<\/p>\n<p>Nouvet, Claire. 1999. \u00ab\u00a0Gayatri Spivak\u00a0: une \u00e9thique de la r\u00e9sistance aphone\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/em>\u00a031, no.\u00a03\u00a0: 87-98.<\/p>\n<p>Pratt, Mary-Louise. (1992). \u00ab\u00a0Introduction\u00a0: Criticism in the contact zone\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Imperial Eyes. Travel Writting and Transculturization<\/em>. Londres-New York\u00a0: Routledge, 12-23.<\/p>\n<p>Sa\u00efd, Edward. 1980 [1978].\u00a0<em>Orientalisme. L\u2019Orient cr\u00e9\u00e9 par l\u2019Occident.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>Spivak, Gayatri. 1988. \u00ab\u00a0Can the Subaltern Speak?\u00a0\u00bb. Dans Nelson, Cary et Grossberg, Lawrence (dir.),\u00a0<em>Marxism and the Interpretation of Culture<\/em>. Champaign\u00a0: University of Illinois Press, 271-313.<\/p>\n<p>___.1996.\u00ab\u00a0\u00c9cho\u00a0\u00bb. Dans Landry, Donna et Maclean, Gerard (dir.),\u00a0<em>The Spivak Reader<\/em>.\u00a0New York-Londres\u00a0: Routledge, 175-202.<\/p>\n<p>Spurr, David. 1993.\u00a0<em>The Rhetoric of Empire\u00a0: Colonial Discourse in Journalism, Travel Writing, and Imperial Administration<\/em>. Durham\u00a0: Duke University Press.<\/p>\n<p>Warrior, Robert. 2011. \u00ab\u00a0The subaltern can dance, and so sometimes can the intellectual\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Interventions<\/em>, vol. 13, no.\u00a01\u00a0: 85-94.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Langlais-Oligny, P\u00e9n\u00e9lope. 2018. \u00ab La collecte de parole : vers une approche inclusive \u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28 (Automne), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/langlais-oligny-28 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/langlais-oligny_28.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 langlais-oligny_28.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-f7f97afa-caa1-4cbe-88e4-6a5f5c50b11d\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/langlais-oligny_28.pdf\">langlais-oligny_28<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/langlais-oligny_28.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-f7f97afa-caa1-4cbe-88e4-6a5f5c50b11d\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-1\"><span>1<\/span><div>Morrison, Toni. Novembre 2003. \u00ab\u00a0Toni Morrison Talks Love\u00a0\u00bb.\u00a0<em>The Oprah Magazine<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.oprah.com\/omagazine\/toni-morrison-talks-love\/all\">https:\/\/www.oprah.com\/omagazine\/toni-morrison-talks-love\/all<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 5 juin 2018). <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-1\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 1 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-2\"><span>2<\/span><div>Le mouvement militant Chicana f\u00e9ministe se pr\u00e9occupe des enjeux propres aux personnes d&rsquo;origine mexicaine vivant aux \u00c9tats-Unis et s\u2019identifiant comme femmes. Le Chicanisma s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 en r\u00e9action et parall\u00e8lement au mouvement Chicano, qui surgit dans les ann\u00e9es soixante et qui revendique les droits civiques des personnes d\u2019origine mexicaine vivant aux \u00c9tats-Unis. <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-2\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 2 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-3\"><span>3<\/span><div>Je choisis de ne pas traduire ces mots en espagnol pour respecter la d\u00e9marche de Anzald\u00faa, qui cr\u00e9e une nouvelle langue (\u00ab\u00a0mestiza\u00a0\u00bb) pour th\u00e9oriser une identit\u00e9 de la fronti\u00e8re et du m\u00e9tissage.\u00a0Elle \u00e9crit : \u00ab\u00a0We speak a patois, a forked tongue, a variant of two languages \u00bb (Anzald\u00faa 1987, 55). Entrecroiser l&rsquo;espagnol \u00e0 l&rsquo;anglais lui permet de r\u00e9clamer, au nom des Chicanas, que les lectrices et lecteurs allophones fassent l&rsquo;effort, \u00e0 leur tour, de s&rsquo;adapter \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 linguistique \u00e9trang\u00e8re\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Today, we ask to be met halfway\u00a0\u00bb (Pr\u00e9face). <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-3\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 3 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-4\"><span>4<\/span><div>Dans le cadre de cet article, la notion de collecte de parole renvoie \u00e0 une d\u00e9marche au sein de laquelle l\u2019\u00e9crivain\u00b7e organise, en amont de l&rsquo;\u00e9criture, des entrevues ou des discussions enregistr\u00e9es aupr\u00e8s de certaines personnes. La parole enregistr\u00e9e devient donc le mat\u00e9riau de base de la cr\u00e9ation litt\u00e9raire qui aspire \u00e0 retranscrire cette parole sur papier. Cette pratique d&rsquo;\u00e9criture est souvent actualis\u00e9e par le th\u00e9\u00e2tre documentaire, par exemple, dans la pi\u00e8ce\u00a0<em>Changing room\u00a0<\/em>d\u2019Alexandre Fecteau (2011, Qu\u00e9bec), o\u00f9 des acteur\u00b7trice\u00b7s reproduisent sur sc\u00e8ne des entrevues pr\u00e9alablement effectu\u00e9es aupr\u00e8s de personnificateurs f\u00e9minins (<a href=\"https:\/\/www.theatreperiscope.qc.ca\/programmation\/changing-room\">https:\/\/www.theatreperiscope.qc.ca\/programmation\/changing-room<\/a>). Je postule que, dans le cadre d\u2019une collecte de parole \u00ab classique \u00bb, il est fort probable que l&rsquo;artiste se retrouve dans une position davantage privil\u00e9gi\u00e9e que celle des personnes interview\u00e9es. Dans mon texte, je mettrai en tension une approche \u00ab classique \u00bb, dans laquelle la verticalit\u00e9 de la d\u00e9marche n\u2019est pas questionn\u00e9e, et une approche inclusive.  <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-4\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 4 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-5\"><span>5<\/span><div>Dans cet article appara\u00eetra donc la tension entre la singularit\u00e9 de la voix dominante, lisse et homog\u00e8ne, et la multiplicit\u00e9 des voix des personnes domin\u00e9es, qui apparaissent comme autant de points de fuite. <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-5\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 5 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-6\"><span>6<\/span><div>Spivak d\u00e9veloppe aussi cette r\u00e9flexion dans son article \u00ab\u00a0\u00c9cho\u00a0\u00bb (1996), o\u00f9 elle postule que\u00a0la figure mythologique d&rsquo;\u00c9cho est une femme subalterne puisque Junon, qui repr\u00e9sente le syst\u00e8me patriarcal et colonial, la punit en l&#8217;emp\u00eachant de parler par elle-m\u00eame et la condamne \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter la voix dominante. En paraphrasant la sentence de Junon adress\u00e9e \u00e0 \u00c9cho, l\u2019auteure \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0You can no longer speak for yourself.\u00a0Talkative girl, you can only give back, you are now the respondent as such \u00bb (182).\u00a0Comme l\u2019affirme Claire Nouvet dans son analyse \u00ab\u00a0Gayatri Spivak\u00a0: une \u00e9thique de la r\u00e9sistance aphone\u00a0\u00bb, Spivak montre ici que\u00a0\u00ab\u00a0la femme colonis\u00e9e est non seulement forc\u00e9e \u00e0 parler dans la langue de l&rsquo;autre, [mais] elle est aussi condamn\u00e9e \u00e0 parler cette langue de telle mani\u00e8re qu&rsquo;elle r\u00e9ponde au d\u00e9sir de l&rsquo;autre en se d\u00e9finissant comme l&rsquo;autre du m\u00eame\u00a0occidental, un autre qui consolide ce m\u00eame \u00bb (1999, 90).  <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-6\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 6 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-7\"><span>7<\/span><div>Le \u00ab\u00a0we\u00a0\u00bb renvoie ici \u00e0 la communaut\u00e9 de chercheur\u00b7e\u00b7s folkloristes universitaires \u00e0 laquelle appartient Borland. <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-7\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 7 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-8\"><span>8<\/span><div>Goldbard s\u2019exprime de la sorte en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ce qu\u2019elle nomme la\u00a0\u00ab\u00a0story revolution\u00a0\u00bb, r\u00e9volution n\u00e9cessaire selon elle dans notre mani\u00e8re de penser le th\u00e9\u00e2tre documentaire. L\u2019objectif de la \u00ab\u00a0story revolution\u00a0\u00bb est avant tout de prendre r\u00e9ellement en compte la communaut\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e en la respectant et en lui permettant d\u2019avoir du pouvoir sur le produit final. <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-8\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 8 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-9\"><span>9<\/span><div>Nagel d\u00e9finit le\u00a0<em>community-based theatre\u00a0<\/em>ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0[a type of]\u00a0theatre created to give voice to a certain community (ethnic, economic, religious, geographical, or connected by a significant historical event) through a sharing of stories and traditions, usually performed by its members \u00bb (2007, 155). <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-9\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 9 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><li id=\"footnote-00000000000030e70000000000000000_5638-10\"><span>10<\/span><div>Le r\u00f4le de l&rsquo;\u00e9crivain\u00b7e se d\u00e9finit d\u00e8s lors plus clairement\u00a0: iel intervient en utilisant son privil\u00e8ge \u00e0 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la parole pour, justement, rendre possible l\u2019int\u00e9gration du projet d&rsquo;\u00e9criture au cadre institutionnel. Dans le cadre de ce texte, les pronoms f\u00e9minins et masculins sont condens\u00e9s sous cette forme non-genr\u00e9e\u00a0(\u00ab iel \u00bb au singulier, \u00ab iels \u00bb au pluriel). <a href=\"#mfn-content-00000000000030e70000000000000000_5638-10\" class=\"modern-footnotes-scroll-to-footnote\" aria-label=\"Back to reference 10 in text\">\u21a9\ufe0e<\/a><\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Paroles et silences : r\u00e9flexions sur le pouvoir de dire \u00bb, no. 28 If you have some power,then your job is to empower somebody else.Toni Morrison,\u00a0Toni Morrison Talks Love Penser l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole en des termes postcoloniaux et f\u00e9ministes permet de comprendre que celle-ci, loin d\u2019\u00eatre neutre, est r\u00e9serv\u00e9e aux personnes en [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1292,1289],"tags":[215],"class_list":["post-5638","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-ecouter-lexclusion","category-paroles-et-silences-reflexions-sur-le-pouvoir-de-dire","tag-langlais-oligny-penelope"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5638","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5638"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5638\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8515,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5638\/revisions\/8515"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5638"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5638"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5638"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}