{"id":5643,"date":"2024-06-13T19:48:30","date_gmt":"2024-06-13T19:48:30","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/recrire-la-domination-coloniale-lusage-du-plagiat-dans-le-devoir-de-violence-de-yambo-ouologuem\/"},"modified":"2024-08-26T14:13:43","modified_gmt":"2024-08-26T14:13:43","slug":"recrire-la-domination-coloniale-lusage-du-plagiat-dans-le-devoir-de-violence-de-yambo-ouologuem","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5643","title":{"rendered":"\u00ab R\u00e9crire \u00bb la domination coloniale : l&rsquo;usage du plagiat dans \u00ab Le devoir de violence \u00bb de Yambo Ouologuem"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6898\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6898\">Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>Ici, ce qui importe, c&rsquo;est que, toute vibrante de soumission inconditionnelle \u00e0 la volont\u00e9 de puissance, la violence devienne illumination proph\u00e9tique, fa\u00e7on d&rsquo;interroger et de r\u00e9pondre, dialogue, tension, oscillation, qui, de meurtre en meurtre, fasse les possibilit\u00e9s se r\u00e9pondre, se compl\u00e9ter, voire se contredire<a id=\"footnoteref1_03zpfwf\" class=\"see-footnote\" title=\"Yambo Ouologuem. 2003\/1968. Le devoir de violence. Paris : Le Serpent \u00e0 Plumes, p. 259. Dor\u00e9navant, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l'\u0153uvre analys\u00e9e seront indiqu\u00e9es par le sigle LDV entre parenth\u00e8ses.\" href=\"#footnote1_03zpfwf\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Yambo Ouologuem, <em>Le devoir de violence<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1968, <em>Le devoir de violence<\/em>, de l&rsquo;\u00e9crivain malien Yambo Ouologuem, devient le premier roman africain \u00e0 se voir attribuer le prestigieux prix Renaudot. Encens\u00e9e par la critique europ\u00e9enne, l&rsquo;\u0153uvre est accueillie comme \u00ab peut-\u00eatre le premier roman africain digne de ce nom \u00bb (Galey, 1968, II, cit\u00e9 par Steemers, 2012, 173). Le succ\u00e8s est toutefois de courte dur\u00e9e : le tournant des ann\u00e9es 1970 voit na\u00eetre une pol\u00e9mique quant \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire du <em>Devoir de violence<\/em>. En effet, plusieurs passages se r\u00e9v\u00e8lent plus ou moins directement \u00ab emprunt\u00e9s \u00bb \u00e0 d&rsquo;autres auteurs, dont les Fran\u00e7ais Andr\u00e9 Schwarz-Bart et Guy de Maupassant ainsi que le Britannique Graham Greene<a id=\"footnoteref2_u49ryto\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e des passages emprunt\u00e9s, voir Antoine M. Z. Habumukiza (2009).\" href=\"#footnote2_u49ryto\">[2]<\/a>. Ouologuem est alors accus\u00e9 de plagiat et son roman, retir\u00e9 du march\u00e9 francophone pendant trois d\u00e9cennies (Wise, 2003).<\/p>\n<p>Ce scandale litt\u00e9raire nous permet de questionner les m\u00e9canismes du plagiat et la notion d&rsquo;authenticit\u00e9 que ce dispositif met \u00e0 mal. \u00c0 partir du concept de <em>r\u00e9criture<\/em>, que Jean-Fran\u00e7ois Jeandillou d\u00e9finit comme \u00ab\u00a0l&rsquo;ensemble des proc\u00e9d\u00e9s de recomposition qui permettent le passage de l&rsquo;\u00e9tat du texte sign\u00e9 par X \u00e0 un second \u00e9tat, sign\u00e9 par Y\u00a0\u00bb (1994, 126), cet article se veut une r\u00e9flexion sur les mani\u00e8res dont le plagiat peut constituer un ressort essentiel d&rsquo;une posture narrative subversive dans un contexte postcolonial. Pour ce faire, nous \u00e9tudierons les possibilit\u00e9s offertes par la r\u00e9criture et l&rsquo;originalit\u00e9 de cette \u00ab (re)cr\u00e9ation \u00bb, pour reprendre le terme de Philippe Di\u00a0Folco (2006, 8). Les emprunts d&rsquo;Ouologuem remettent en question certains paradigmes europ\u00e9ens comme la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle et la valeur d&rsquo;authenticit\u00e9, tout en s&rsquo;inscrivant dans la perspective d&rsquo;un <em>mim\u00e9tisme<\/em> transgressif et d&rsquo;une <em>hybridit\u00e9<\/em> (Bhabha, 2007) qui mine l&rsquo;autorit\u00e9 (n\u00e9o)coloniale. L&rsquo;imposture commise par Ouologuem lors de l\u2019\u00e9criture du <em>Devoir de violence<\/em> constitue en somme une riposte \u00e0 la violence de la domination europ\u00e9enne en Afrique, une contre-attaque culturelle qui force \u00e0 la r\u00e9flexion.<\/p>\n<h2>Entre imitation, r\u00e9criture et montage<\/h2>\n<p>Le plagiat d&rsquo;Ouologuem repr\u00e9sente plus qu&rsquo;une simple copie des textes d&rsquo;origine.\u00a0C&rsquo;est une \u0153uvre de cr\u00e9ation \u00e0 part enti\u00e8re, \u00e0 partir de mat\u00e9riaux \u00ab\u00a0recycl\u00e9s\u00a0\u00bb. Son impact dans le domaine des \u00e9tudes litt\u00e9raires, sans pr\u00e9c\u00e9dent pour un roman africain<a id=\"footnoteref3_k2nr534\" class=\"see-footnote\" title=\"D\u00e9sir\u00e9 Nyela (2006, 155) note que \u00ab [j]amais roman n\u2019aura autant fait couler d\u2019encre : ce serait, dit-on, le roman de litt\u00e9rature africaine ayant suscit\u00e9 le plus d\u2019\u00e9tudes dans les universit\u00e9s nord-am\u00e9ricaines.\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote3_k2nr534\">[3]<\/a>, r\u00e9affirme sa valeur ajout\u00e9e par rapport \u00e0 ceux plagi\u00e9s. Or, ce proc\u00e9d\u00e9 de r\u00e9cup\u00e9ration-transformation n&rsquo;est pas nouveau : depuis la Gr\u00e8ce Antique jusqu&rsquo;au XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;imitation \u00e9tait \u00ab\u00a0une pratique courante et encourag\u00e9e en Europe \u2013 la valeur des \u0153uvres tenant non pas \u00e0 une originalit\u00e9 \u00e0 laquelle on ne croit gu\u00e8re, mais \u00e0 l&rsquo;habilet\u00e9 des auteurs \u00e0 adapter un mod\u00e8le ancien \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle\u00a0\u00bb (Bouillaguet, 1996, 4). De la m\u00eame mani\u00e8re, Ouologuem transforme les descriptions et les situations narratives glan\u00e9es dans des \u0153uvres europ\u00e9ennes pour les replacer dans le contexte g\u00e9ographique et historique d&rsquo;un empire fictif de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Ouest, avant et pendant la colonisation fran\u00e7aise. Il s&rsquo;agit effectivement d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 nouvelle par rapport, entre autres, \u00e0 un roman politique portant sur le milieu des ouvriers communistes londoniens (<em>It&rsquo;s a Battlefield <\/em>de Greene, 1934) et \u00e0 la saga tragique d&rsquo;une famille juive victime de l&rsquo;antis\u00e9mitisme en Europe (<em>Le dernier des justes <\/em>de Schwarz-Bart, 1959).<\/p>\n<p>Dans son <em>Apologie pour le plagiat <\/em>(1924), Anatole France consid\u00e9rait l&#8217;emprunt litt\u00e9raire comme un moyen d&rsquo;augmenter la valeur d&rsquo;une \u0153uvre en \u00ab\u00a0[puisant] dans un capital dont dispose la communaut\u00e9 des esprits [\u2026] qu&rsquo;\u00e0 son tour elle vient accro\u00eetre\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Bouillaguet, 1996, 4). En colligeant divers extraits de textes narratifs, Ouologuem s&rsquo;inscrit dans cette pratique de l&rsquo;\u00e9criture imitative mais non moins originale. Son roman raconte \u00ab l&rsquo;aventure sanglante de la n\u00e9graille \u00bb (<em>LDV<\/em>, 25) \u00e0 partir de l&rsquo;histoire des Sa\u00effs, un peuple de conqu\u00e9rants d&rsquo;une \u00ab violence sans pr\u00e9c\u00e9dent\u00a0\u00bb (39). En mettant en sc\u00e8ne \u2013 et en cause\u00a0\u2013 le colonialisme, l&rsquo;esclavage, la torture et le viol, l&rsquo;auteur renvoie aux \u00c9tats colonisateurs le reflet de leur propre violence. La forme rejoint alors le contenu lorsque <em>Le devoir de violence <\/em>r\u00e9plique \u00e0 la domination brutale exerc\u00e9e sur l&rsquo;Afrique par les institutions europ\u00e9ennes en \u00ab\u00a0agressant\u00a0\u00bb \u00e0 son tour leurs productions litt\u00e9raires. Annick Bouillaguet rappelle qu&rsquo;\u00ab\u00a0[u]ne forme de cr\u00e9ation est [\u2026] \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans le choix, le d\u00e9coupage, le d\u00e9tournement des sens particuliers et leur r\u00e9orientation vers une signification unique et nouvelle\u00a0[\u2026] [donnant] au fragment [\u2026] toute sa force, et un regain de nouveaut\u00e9\u00a0\u00bb (1996, 125). <em>Le devoir de violence <\/em>r\u00e9cup\u00e8re des fragments d&rsquo;autres \u0153uvres, certes, mais il les agence et les int\u00e8gre dans un r\u00e9cit qui lui est propre. Le roman soul\u00e8ve ainsi des pr\u00e9occupations particuli\u00e8res sur la question de l&rsquo;esclavage, de la violence et de la colonisation. Lorsque les Europ\u00e9ens d\u00e9barquent sur le territoire africain \u00e0 la fin du premier chapitre, l&rsquo;auteur trace une synth\u00e8se rapide du projet colonial\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Lanc\u00e9es de partout en cette seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, multiples soci\u00e9t\u00e9s de g\u00e9ographie, associations internationales de philanthropes, de pionniers, d&rsquo;\u00e9conomistes, d&rsquo;affairistes, patronn\u00e9s par les banques, l&rsquo;Instruction publique, la Marine, l&rsquo;Arm\u00e9e, d\u00e9clench\u00e8rent une concurrence \u00e0 mort entre les puissances europ\u00e9ennes qui, essaimant \u00e0 travers le Nakem, y bataill\u00e8rent, conqu\u00e9rant, pacifiant, obtenant des trait\u00e9s, enterrant, en signe de paix, cartouches, pierres \u00e0 fusils, poudre de canons, balles. \u00ab\u00a0Nous enterrons, disaient-ils, la guerre si profond\u00e9ment que nos enfants ne pourront la d\u00e9terrer, et l&rsquo;arbre qui poussera ici attestera l&rsquo;alliance entre Blancs et Noirs. La paix durera, tant qu&rsquo;elle ne portera pas des balles, des cartouches et de la poudre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et ce fut la ru\u00e9e vers la n\u00e9graille. Les Blancs, d\u00e9finissant un droit colonial international, avalisaient la th\u00e9orie des zones d&rsquo;influence : les droits du premier occupant \u00e9taient l\u00e9gitim\u00e9s (<em>LDV<\/em>, 52).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La paix ne dure pas, cependant. \u00c0 partir des passages emprunt\u00e9s, Ouologuem propose une historiographie alternative pouvant permettre de mieux saisir le pass\u00e9 de l&rsquo;Afrique. De la m\u00eame mani\u00e8re, vers la fin du roman, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Henry s&rsquo;efforce de r\u00e9tablir la trame d&rsquo;un film inspir\u00e9 de l&#8217;empire du Nakem-Ziuko : \u00ab\u00a0Je cherche \u00e0 renouer l&rsquo;histoire. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, je sens confus\u00e9ment 1&rsquo;intrigue, et de 1&rsquo;autre, la boucherie. Au beau milieu, quelqu&rsquo;un tirait sur les ficelles. [\u2026] Je regarde l&rsquo;\u00e9cran : tous les moyens y sont bons\u00a0\u00bb (<em>LDV<\/em>, 259). L&rsquo;auteur du <em>Devoir de violence <\/em>effectue le m\u00eame travail de reconstitution de l&rsquo;histoire (pr\u00e9)coloniale. L&rsquo;allusion \u00e0 un grand marionnettiste \u00e9voque le r\u00f4le m\u00eame de l&rsquo;\u00e9crivain, qui contr\u00f4le et coordonne les sc\u00e8nes copi\u00e9es comme autant de pantins qu&rsquo;il man\u0153uvre \u00e0 sa guise.<\/p>\n<p>Di Folco qualifie de \u00ab montage \u00bb le proc\u00e9d\u00e9 par lequel \u00ab\u00a0[c]ertains textes se constituent \u00e0 partir d&rsquo;un saupoudrage de microplagiats \u00e9pars \u00bb (2006, 295). Sa d\u00e9finition du terme <em>auteur <\/em>comme \u00ab celle\/celui qui enrichit une parole, un discours, un r\u00e9cit \u00bb (287) convient parfaitement au cas d&rsquo;Ouologuem. Par son d\u00e9fi des conventions (dont t\u00e9moigne la controverse qu&rsquo;il a suscit\u00e9e), l&rsquo;auteur ajoute effectivement une \u00ab\u00a0richesse \u00bb subversive aux extraits \u00e9pars autour desquels son \u0153uvre est construite. Selon Jeandillou, le plagiat tire \u00ab sa puissance subversive [\u2026] de son obliquit\u00e9 m\u00eame\u00a0\u00bb (1994, 123), c&rsquo;est-\u00e0-dire de son caract\u00e8re \u00e9quivoque et fourbe. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;introduction d&rsquo;\u00ab\u00a0une s\u00e9rie de modifications [\u2026] affectant aussi bien le signifiant que le signifi\u00e9 \u00bb (126), la r\u00e9criture se d\u00e9marque ainsi de la simple r\u00e9\u00e9criture\u00a0: \u00ab Strictement parall\u00e8le, la r\u00e9\u00e9criture participe de la r\u00e9p\u00e9tition (\u00e9crire <em>de nouveau<\/em>), la r\u00e9criture de la reformulation ou de la transposition oblique (\u00e9crire <em>\u00e0 nouveau<\/em>). \u00bb (126) En r\u00e9sum\u00e9, Ouologuem s&#8217;empare des mots de Schwarz-Bart, de Greene <em>et al. <\/em>pour produire un roman \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9 unique, \u00ab qui est autre que la somme des textes imit\u00e9s, parodi\u00e9s ou viol\u00e9s \u00bb (Songolo, 1981, 32), et pour transgresser du m\u00eame coup les normes de l&rsquo;institution litt\u00e9raire europ\u00e9enne en termes de propri\u00e9t\u00e9 et d&rsquo;authenticit\u00e9.<\/p>\n<h2>Une contestation des valeurs dominantes<\/h2>\n<p>Tout plagiat met d&rsquo;abord en cause la notion de propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire, car pour qu&rsquo;il y ait vol de mots (ou d&rsquo;id\u00e9es), ceux-ci doivent \u00eatre reconnus comme <em>appartenant \u00e0 <\/em>quelqu&rsquo;un. Or, dans les cultures de tradition orale, \u00ab it was taken for granted that a storyteller would tell the same stories that others had told before him, that he would be using materials that were already there in the culture\u00a0\u00bb (Nwoga, 1975, 38, cit\u00e9 par Wanberg, 2013, 591). Contrairement \u00e0 la conception de la litt\u00e9rature g\u00e9n\u00e9ralement admise en Occident, les r\u00e9cits ne sont pas jug\u00e9s en fonction de leur singularit\u00e9 de contenu, mais plut\u00f4t selon la mani\u00e8re dont ils sont mis en forme. D\u00e9pr\u00e9cier <em>Le devoir de violence <\/em>\u00e0 l&rsquo;aune de crit\u00e8res d&rsquo;originalit\u00e9 et d&rsquo;authenticit\u00e9 proprement europ\u00e9ens revient donc \u00e0 n\u00e9gliger le contexte de production de l&rsquo;\u0153uvre ainsi que la tradition litt\u00e9raire dont elle est issue. L&rsquo;oralit\u00e9 occupe une place importante dans le roman \u00e9tudi\u00e9, puisque d\u00e8s le d\u00e9part un narrateur \u00e0 la premi\u00e8re personne entreprend de raconter que \u00ab\u00a0[n]os yeux boivent l&rsquo;\u00e9clat du soleil, et, vaincus, s&rsquo;\u00e9tonnent de pleurer, <em>Maschallah\u00a0! oua bismillah\u00a0!<\/em><a id=\"footnoteref4_hjjabdk\" class=\"see-footnote\" title=\"Ces r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l'Islam se traduisent par \u00ab\u00a0ce que Dieu a voulu\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0au nom de Dieu\u00a0\u00bb (Wise, 1996, 97). Il s'agit \u00e9galement de locutions employ\u00e9es dans la vie de tous les jours par les arabophones\u00a0: \u00ab In a strictly \" href=\"#footnote4_hjjabdk\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb (<em>LDV<\/em>, 25). \u00c0 plusieurs reprises, celui-ci interpelle directement le lectorat \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un conteur (\u00ab\u00a0voyez\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0voici\u00a0\u00bb\u2026) et ses interjections imitent le parler vernaculaire, notamment par le biais d&rsquo;expressions arabes ou issues de dialectes locaux comme celle que l&rsquo;on retrouve \u00e0 la fin de l&rsquo;incipit susmentionn\u00e9.<\/p>\n<p>S&rsquo;ensuit le r\u00e9cit de \u00ab\u00a0la v\u00e9ritable histoire des [N***] [qui] commence beaucoup, beaucoup plus t\u00f4t, avec les Sa\u00effs, en l&rsquo;an 1202 de notre \u00e8re [\u2026]\u00a0\u00bb (<em>LDV<\/em>, 25). Le narrateur propose, \u00e0 travers la m\u00e9moire collective et les l\u00e9gendes, une \u00e9ni\u00e8me version de \u00ab\u00a0ce pass\u00e9 \u2013 grandiose certes \u2013 [qui] ne vivait, somme toute, qu&rsquo;\u00e0 travers les historiens arabes et la tradition orale africaine\u00a0\u00bb (31). Henry Louis Gates Jr. (1988, xxi) a par ailleurs \u00e9tudi\u00e9 le principe de r\u00e9vision formelle (\u00ab\u00a0formal revision \u00bb) caract\u00e9ristique de l&rsquo;h\u00e9ritage litt\u00e9raire afro-am\u00e9ricain. Selon l&rsquo;auteur, \u00ab [i]t is as if a received structure of crucial elements provides a base for poesis\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la cr\u00e9ation culturelle, \u00e0 laquelle s&rsquo;ajoute \u00ab\u00a0the creative (re)placement of these [\u2026] phrases and [\u2026] events, rendered anew in unexpected ways \u00bb (61). Ainsi, le plagiat dans <em>Le devoir de violence <\/em>participe de cette tradition de \u00ab productions of literary creativity as collective cultural possessions \u00bb relev\u00e9e par Kyle Wanberg (2013, 591). Ouologuem l&#8217;emploie pour rejeter le mod\u00e8le europ\u00e9en de propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Selon l&rsquo;\u00e9tymologie, <em>plagiat <\/em>provient de <em>plaga<\/em>, mot latin \u00ab\u00a0qui d\u00e9signait le ch\u00e2timent d&rsquo;un voleur d&rsquo;esclaves ou d&rsquo;enfants libres qu&rsquo;il revendait comme esclaves \u00bb (Finn\u00e9, 2010, 56). En ce qui concerne notre objet d&rsquo;\u00e9tude, il importe de constater comment ce terme d\u00e9coulant de l&rsquo;esclavagisme a \u00e9t\u00e9 employ\u00e9 pour r\u00e9criminer un \u00e9crivain issu du continent m\u00eame qui en a le plus souffert. Non sans ironie, Ouologuem se pose en voleur des enfants (litt\u00e9raires) des Europ\u00e9ens plagi\u00e9s, rendant \u00e0 l&rsquo;Occident la monnaie de sa pi\u00e8ce. Christopher Miller souligne d&rsquo;ailleurs que<\/p>\n<blockquote>\n<p>[i]f the rise of the European novel is tied to the rise of the bourgeoisie, it must also be tied to the rise of colonialism, the relationship with those exotic countries that supply raw materials destined to be, in Baudelaire&rsquo;s words, \u00ab\u00a0marvelously worked and fashioned\u00a0\u00bb\u00a0 (1985, 216).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En d&rsquo;autres termes, le roman europ\u00e9en, comme la bourgeoisie, s&rsquo;est construit et enrichi \u00e0 partir de l&rsquo;exploitation des colonies ; il serait donc \u00e9quitable qu&rsquo;un \u00e9crivain (post)colonial exploite \u00e0 son tour les romans m\u00e9tropolitains, r\u00e9futant au passage leur logique mercantile, voire mercantiliste. <em>Le devoir de violence<\/em> illustre ce braconnage de la richesse africaine lorsqu&rsquo;un homme d&rsquo;\u00c9glise, suivant les conseils des commer\u00e7ants blancs, confisque les objets de culte des animistes convertis sous pr\u00e9texte de rituel pour les exporter en France :<\/p>\n<blockquote>\n<p>ces m\u00eames masques, ces m\u00eames idoles, \u00e9taient, non point br\u00fbl\u00e9s \u00e0 ce pr\u00e9tendait l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Saignac, mais trafiqu\u00e9s, vendus \u00e0 prix d&rsquo;or aux antiquaires, collectionneurs, mus\u00e9es, boutiques. Le b\u00e9n\u00e9fice en revenait \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise, laquelle se disait ruin\u00e9e au Nakem [\u2026] (<em>LDV<\/em>, 125).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l&rsquo;instar de cet eccl\u00e9siastique peu scrupuleux, les grandes puissances n&rsquo;h\u00e9sitaient pas \u00e0 puiser dans les ressources mat\u00e9rielles, culturelles et humaines des colonies pour leur propre b\u00e9n\u00e9fice, et ce, sans payer de redevances \u00e0 leurs propri\u00e9taires l\u00e9gitimes.\u00a0<\/p>\n<p>Justement, Jeandillou affirme que \u00ab le plagiat remet sourdement en question le bien-fond\u00e9 de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire, tout en portant atteinte \u00e0 la diffusion commerciale des textes \u00bb (1994, 122-123). Les notions l\u00e9gales de <em>copyright<\/em> et de droits d&rsquo;auteur se retrouvent au c\u0153ur de ces enjeux. Selon Philippe Qu\u00e9au, \u00ab\u00a0[s]&rsquo;accrocher aujourd&rsquo;hui \u00e0 une conception \u00e9triqu\u00e9e et crisp\u00e9e du droit d&rsquo;auteur \u00e9voque irr\u00e9sistiblement les privil\u00e8ges des si\u00e8cles pass\u00e9s \u00bb (1995, 16, cit\u00e9 par Finn\u00e9, 2010, 50). Cela nous porte \u00e0 comparer la r\u00e9sistance contre une conception collective des \u0153uvres \u00e0 celle pour le maintien du colonialisme, ces deux prises de positions favorisant les dominants. De fait, Aliko Songolo d\u00e9montre que la notion de propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle b\u00e9n\u00e9ficie avant tout \u00e0 l&rsquo;Occident. \u00c0 propos de \u00ab l&rsquo;extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des textes\u00a0\u00ab\u00a0pill\u00e9s\u00a0\u00bb \u00bb (1981, 32) par Ouologuem, il souligne que si Schwarz-Bart ou Greene peuvent exiger compensation \u2013 ou, du moins, reconnaissance explicite de leurs romans comme influences \u2013 il devrait en \u00eatre de m\u00eame pour le Coran et les mythes des griots africains, mais aucun critique ne semble s&rsquo;en pr\u00e9occuper. \u00c0 travers sa r\u00e9ception, donc, <em>Le devoir de violence <\/em>d\u00e9voile les doubles standards et les partis pris de l&rsquo;institution dominante aux d\u00e9pens des productions non-occidentales.<\/p>\n<p>Les instances de l\u00e9gitimation fran\u00e7aises pr\u00e9sentent des crit\u00e8res particuliers lorsqu&rsquo;il est question des \u0153uvres issues de la francophonie, notamment de l&rsquo;Afrique. La majorit\u00e9 est publi\u00e9e \u00e0 Paris, mais demeure rel\u00e9gu\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie du champ litt\u00e9raire, dans un sous-champ sp\u00e9cifiquement \u00ab\u00a0\u00e9tranger\u00a0\u00bb. La conception de ce qu&rsquo;est (lire : ce que doit \u00eatre) cette litt\u00e9rature se fonde sur une \u00ab\u00a0soif d&rsquo;africanit\u00e9\u00a0\u00bb (Steemers, 2012, 193), une essence et un exotisme \u00ab\u00a0authentiques\u00a0\u00bb qui rompent forc\u00e9ment avec la tradition occidentale. Car un romancier africain ne saurait \u00e9crire comme les Europ\u00e9ens\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019\u00a0\u00bbart blanc\u00a0\u00bb dans un roman \u00ab\u00a0africain\u00a0\u00bb sonne faux\u00a0\u00bb (Freusti\u00e9, 1968, 3, cit\u00e9 par Steemers, 2012, 193). Tel que le fait remarquer Isaac Bazi\u00e9 \u00e0 propos du <em>Devoir de violence<\/em>, \u00ab\u00a0[l]\u2019originalit\u00e9 dans ce contexte ne pouvait s\u2019obtenir sous forme de palimpseste, encore moins d\u2019une convocation plus explicite encore de textes et structures occidentaux en partie\u00a0\u00bb (2013, paragr. 16\u201117).<\/p>\n<p>Le processus de r\u00e9criture mis en \u0153uvre par Ouologuem d\u00e9tourne les valeurs d&rsquo;authenticit\u00e9 et d&rsquo;auctorialit\u00e9 des litt\u00e9raires europ\u00e9ens, qui correspondent \u00e0 ces notions \u00ab \u00ab\u00a0fig\u00e9es\u00a0\u00bb qui s&rsquo;imposent \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 avec l&rsquo;autorit\u00e9 de la tradition \u00bb que l&rsquo;on retrouve chez Alexandre Trudel (2011, 79). Selon cet auteur, \u00ab le d\u00e9tournement permet de remettre en mouvement ce qui s&rsquo;est fix\u00e9 en id\u00e9ologie \u00bb (78) ; en d&rsquo;autres termes, il s&rsquo;agit de bouleverser l&rsquo;ordre \u00e9tabli. Dans le m\u00eame sens, Jonathan Dollimore (1986) insiste sur l&rsquo;importance de ce qu&rsquo;il appelle la n\u00e9gociation des id\u00e9ologies pour les groupes marginalis\u00e9s. Celui-ci indique que \u00ab\u00a0for the subordinate, at the level of cultural struggle [\u2026] simple denunciation of dominant ideologies can be dangerous and counter-productive. Rather, they have instead, or also, to be negotiated\u00a0\u00bb (181), notamment par le biais d\u2019une \u00ab transformation of dominant ideologies through (mis)appropriation \u00bb (182). Cela signifie que, pour les groupes opprim\u00e9s (les sujets coloniaux ou postcoloniaux, par exemple), une opposition affich\u00e9e contre les institutions au pouvoir est lourde de cons\u00e9quences ; une strat\u00e9gie d&rsquo;appropriation d\u00e9tourn\u00e9e des discours h\u00e9g\u00e9moniques peut alors constituer une alternative.<\/p>\n<p>La \u00ab (mis)appropriation \u00bb est exactement ce que fait Ouologuem lorsqu&rsquo;il s&#8217;empare d&rsquo;extraits de roman pour les r\u00e9organiser selon son propre point de vue. Gr\u00e2ce \u00e0 ce d\u00e9tournement, <em>Le devoir de violence <\/em>pr\u00e9sente une imitation d\u00e9stabilisante des romans fran\u00e7ais et anglais, et ce, d&rsquo;une fa\u00e7on propre aux productions postcoloniales selon ce qu\u2019avancent Bill Ashcroft, Gareth Griffiths et Helen Tiffin (2002, 30). Ces textes se pr\u00e9sentent effectivement comme des \u00ab\u00a0hybrid or mimic forms which refuse the necessary categorizations of the centrist ruling power\u00a0\u00bb (99). Dans cette optique, le plagiat devient un m\u00e9canisme de n\u00e9gociation l\u00e9gitime face au d\u00e9balancement du pouvoir.<\/p>\n<h2>Mim\u00e9tisme et hybridit\u00e9 contre l&rsquo;autorit\u00e9<\/h2>\n<p>Pendant des si\u00e8cles, la dichotomie centre\/p\u00e9riph\u00e9rie a domin\u00e9 les rapports internationaux. Les m\u00e9tropoles ont d\u00e9ni\u00e9 aux peuples colonis\u00e9s le droit \u00e0 leur propre culture, semant d\u00e8s lors un trouble au sein de ce qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 \u00ab\u00a0naturel \u00bb et \u00ab authentique \u00bb. Ashcroft, Griffiths et Tiffin (2002, 37-40) affirment que<\/p>\n<blockquote>\n<p>[t]he crucial function of language as a medium of power demands that post-colonial writing defines itself by seizing the language of the centre and re-placing it in a discourse fully adapted to the colonized place. [\u2026] In the early period of post-colonial writing many writers were forced into the search for an alternative authenticity which seemed to be escaping them, since the concept of authenticity itself was endorsed by a centre to which they did not belong and yet was continually contradicted by the everyday experience of marginality.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les peuples autochtones se sont vu imposer une langue et des modes de pens\u00e9e qui leur \u00e9taient fondamentalement \u00e9trangers. Ils ont d\u00fb red\u00e9finir leur identit\u00e9 et leur culture \u00e0 partir des outils (philosophiques, linguistiques, etc.) import\u00e9s par l&rsquo;oppresseur. Les outils occidentaux se retrouvent ainsi transform\u00e9s de fa\u00e7on \u00e0 mieux rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 coloniale : le plagiat d&rsquo;Ouologuem pousse \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame ce ph\u00e9nom\u00e8ne de r\u00e9appropriation et d&rsquo;adaptation du langage dominant par les domin\u00e9s.<\/p>\n<p>Appara\u00eet alors un Autre qui, par rapport au colonisateur, est \u00ab presque le m\u00eame, <em>mais pas tout \u00e0 fait <\/em>\u00bb selon les th\u00e9ories d&rsquo;Homi K. Bhabha (2007, 149). Les objets hybrides que le colonis\u00e9 produit \u00ab\u00a0[conservent] la r\u00e9elle semblance du symbole d&rsquo;autorit\u00e9 mais [r\u00e9\u00e9valuent] sa pr\u00e9sence en lui r\u00e9sistant \u00bb (189), car c&rsquo;est par l&rsquo;incorporation des codes du centre que les cultures p\u00e9riph\u00e9riques continuent d&rsquo;exister, et donc de lutter contre l&rsquo;assimilation. En combinant les litt\u00e9ratures europ\u00e9ennes et africaines, <em>Le devoir de violence <\/em>symbolise une hybridit\u00e9 qui \u00ab brise la sym\u00e9trie et la dualit\u00e9 du soi\/autre, de l&rsquo;int\u00e9rieur\/ext\u00e9rieur \u00bb (Bhabha, 2007, 190). De m\u00eame, le roman implique que \u00ab les Africains peuvent raconter leur histoire comme les Europ\u00e9ens racontent la leur \u00bb (Orban, 2017, s.p.) et place les deux cultures sur un pied d\u2019\u00e9galit\u00e9.<\/p>\n<p>Pour Bhabha, l&rsquo;hybridit\u00e9 devient une forme d&rsquo;\u00ab inversion strat\u00e9gique du processus de domination\u00a0\u00bb (2007, 184). Si, \u00e0 l&rsquo;origine, \u00ab\u00a0[c]olonial discourse [\u2026] wants to produce compliant subjects who reproduce its assumptions, habits and values \u2013 that is, \u00ab\u00a0mimic\u00a0\u00bb the colonizer\u00a0\u00bb (Ashcroft, Griffiths et Tiffin, 2007,\u00a010), Ouologuem retourne ce mim\u00e9tisme contre ceux-l\u00e0 m\u00eame qui l&rsquo;ont impos\u00e9. Ainsi, son \u0153uvre plagiaire reproduit <em>litt\u00e9ralement<\/em> la litt\u00e9rature occidentale. Par exemple, nous pouvons effectuer un rapprochement th\u00e9matique avec <em>Le dernier des justes<\/em> en ce qui concerne la repr\u00e9sentation de la violence et de l&rsquo;exploitation subies par les Africains noirs d\u00e9shumanis\u00e9s, rejoignant les pers\u00e9cutions et la haine antis\u00e9mites dont les Juifs ont \u00e9t\u00e9 victimes \u00e0 plusieurs p\u00e9riodes de leur histoire. Tout comme l&rsquo;auteur fran\u00e7ais, Ouologuem puise dans la tradition orale pour introduire son r\u00e9cit : la premi\u00e8re partie du <em>Devoir de violence<\/em>, \u00ab\u00a0La l\u00e9gende des Sa\u00effs\u00a0\u00bb (25), reprend non seulement le titre mais aussi la structure syntaxique et narrative de plusieurs phrases de la premi\u00e8re partie du roman de Schwarz-Bart, \u00ab\u00a0La l\u00e9gende des Justes\u00a0\u00bb (1959, 11).\u00a0<\/p>\n<p>Christopher L. Miller remarque justement que \u00ab\u00a0involvement with an Other [&#8230;] can blur the distinction between subject and object: by describing the Other in your writing, your writing becomes the Other&rsquo;s \u00bb (1985, 225). En plus de s&rsquo;approprier le discours dominant, Ouologuem applique un second proc\u00e9d\u00e9 de d\u00e9tournement, soit \u00ab\u00a0faire servir les paroles de l\u2019adversaire contre lui\u00a0\u00bb (Debord, 2006, 225, cit\u00e9 par Trudel, 2011,\u00a079). Les longs passages emprunt\u00e9s \u00e0 <em>It&rsquo;s a Battlefield <\/em>de Greene (1934) proposent un parall\u00e8le entre le caract\u00e8re dysfonctionnel du parti communiste anglais et la situation au sein de l&rsquo;administration coloniale. Il s&rsquo;agit de sc\u00e8nes dont le d\u00e9roulement actanciel est repris presque tel quel, mais dont des mots-cl\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9s pour l&rsquo;adapter au contexte africain et au r\u00e9cit de l&rsquo;\u0153uvre \u00e9tudi\u00e9e.\u00a0De\u00a0ce fait, le roman compilateur menace l&rsquo;autorit\u00e9 du dominant.<\/p>\n<p>Puisque \u00ab le discours du mim\u00e9tisme se construit autour d&rsquo;une <em>ambivalence<\/em> [\u2026] entre imitation et moquerie \u00bb (Bhabha, 2007, 148-149), la reproduction des codes occidentaux \u2013 soi-disant signes de sup\u00e9riorit\u00e9 \u2013 par les colonis\u00e9s expose le caract\u00e8re construit et artificiel des marqueurs de hi\u00e9rarchisation. Par le plagiat, Ouologuem produit une imitation inappropri\u00e9e, puisqu&rsquo;il se joue du colonisateur. Miller pr\u00e9cise que <em>Le devoir de violence<\/em> \u00ab\u00a0consciously engages itself in the cross-cultural and interliterary \u00ab\u00a0zone of interferences\u00a0\u00bb between the two continents \u00bb, et ce, dans le but de \u00ab exaggerate and undermine the whole tradition we have been reading\u00a0\u00bb (1985,\u00a0218). \u00c0 l&rsquo;instar du mim\u00e9tisme colonial, le roman \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude \u00ab\u00a0r\u00e9\u00e9value radicalement les savoirs normatifs de la priorit\u00e9 de la race, de l&rsquo;\u00e9criture, de l&rsquo;histoire [\u2026] [et] mime les formes d&rsquo;autorit\u00e9 au point o\u00f9 il les d\u00e9s-autorise\u00a0\u00bb (Bhabha, 2007, 155), ce qui lui permet d&rsquo;affirmer sa propre v\u00e9rit\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;ailleurs d&rsquo;une des forces positives du plagiat selon Lautr\u00e9amont\u00a0: \u00ab [Le plagiat] serre de pr\u00e8s la phrase d&rsquo;un auteur, se sert de ses expressions, <em>efface une id\u00e9e fausse, la remplace par l&rsquo;id\u00e9e juste<\/em><a id=\"footnoteref5_xt9xlxc\" class=\"see-footnote\" title=\"[Nous soulignons].\" href=\"#footnote5_xt9xlxc\">[5]<\/a> \u00bb (1870, 306, cit\u00e9 par Jeandillou, 1994, 125). \u00a0Ouologuem conteste ainsi les cadres occidentaux de l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>En effet, l&rsquo;auteur de la p\u00e9riph\u00e9rie est parvenu \u00e0 s&rsquo;immiscer dans le champ litt\u00e9raire du centre, d&rsquo;abord en s&rsquo;associant avec une instance de l\u00e9gitimation parisienne (son \u00e9diteur, le Seuil) puis, au niveau de la r\u00e9ception, en s&rsquo;attirant les \u00e9loges de la critique et l&rsquo;un des plus prestigieux prix de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise. <em>Le devoir de violence <\/em>a \u00e9t\u00e9 encens\u00e9 dans l&rsquo;Hexagone \u2013 au moins jusqu&rsquo;\u00e0 sa censure \u2013 par les institutions m\u00eames qu&rsquo;il parodie. Les litt\u00e9raires ont reconnu sa ma\u00eetrise de la langue, de l&rsquo;esth\u00e9tique, de l&rsquo;intrigue, etc., en fonction de leur jugement de valeur et de leurs mod\u00e8les occidentaux, alors qu&rsquo;Ouologuem s&#8217;employait pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 remanier ces codes pour leur donner une signification subversive dans le cadre d&rsquo;une \u00ab\u00a0colonisation \u00e0 rebours\u00a0\u00bb (Anyinefa, 2008, 5).<\/p>\n<p>Les r\u00e9flexions de Bhabha confirment le caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire de cette pratique : \u00ab La r\u00e9sistance n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement un acte oppositionnel d&rsquo;intention politique, ni une simple n\u00e9gation ou exclusion du \u00ab\u00a0contenu\u00a0\u00bb d&rsquo;une autre culture\u00a0\u00bb, mais plut\u00f4t \u00ab l&rsquo;effet d&rsquo;une ambivalence produite au sein des r\u00e8gles [\u2026] des discours dominants \u00bb (2007, 183). Bref, <em>Le devoir de violence<\/em>, roman africain, exploite \u00e0 son avantage le mim\u00e9tisme de la culture occidentale impos\u00e9e par le colonisateur comme culture dominante en plagiant des extraits de romans europ\u00e9ens. L&rsquo;\u0153uvre culturellement hybride qui en r\u00e9sulte repr\u00e9sente \u00ab \u00e0 la fois un mode d&rsquo;appropriation et de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb (Bhabha, 2007, 196) en raison de son ambivalence qui fr\u00f4le la moquerie.<\/p>\n<h2>Le devoir de repr\u00e9sailles<\/h2>\n<p>En quelque sorte, le plagiat repr\u00e9sente une contre-attaque, <em>\u0153il pour \u0153il, mot pour mot<\/em>. Les emprunts non signal\u00e9s et \u00ab (mis)appropri\u00e9s \u00bb (Dollimore, 1986) font \u00e9cho \u00e0 la violence subie de mani\u00e8re plus forte qu&rsquo;une simple appropriation par citation, car \u00ab\u00a0[\u00e0] la diff\u00e9rence de la citation, le d\u00e9tournement s\u2019affirme comme un acte violent, qui passe souvent par le d\u00e9coupage, la fragmentation, le collage \u00bb (James, 2011, 61). Les extraits vol\u00e9s par Ouologuem n&rsquo;apparaissent pratiquement jamais dans leur forme int\u00e9grale, puisque l\u2019auteur les a r\u00e9crits pour produire de nouveaux r\u00e9seaux de sens. Sa po\u00e9tique plagiaire fait ainsi violence aux mots des litt\u00e9ratures occidentales et positionne les dominants \u00e0 la place des domin\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame ordre d&rsquo;id\u00e9es, Nathalie Dupont et \u00c9ric Trudel proposent une m\u00e9taphore particuli\u00e8rement pertinente dans le contexte d&rsquo;une analyse postcoloniale, lorsqu&rsquo;ils \u00e9crivent que<\/p>\n<blockquote>\n<p>par le biais du cut-up ou de la parataxe, \u00e0 travers la r\u00e9p\u00e9tition s\u00e9rielle ou la r\u00e9versibilit\u00e9 d\u2019\u00e9l\u00e9ments esth\u00e9tiques pr\u00e9existants, de nombreuses \u0153uvres litt\u00e9raires modernes et contemporaines remettent-elles en circulation ce qui s\u2019\u00e9tait fig\u00e9 afin d\u2019en r\u00e9cup\u00e9rer ou d\u2019en renouveler le potentiel : elles <em>d\u00e9territorialisent<\/em> des bribes du canon litt\u00e9raire [\u2026] (2011, 3. Nous soulignons).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le concept de d\u00e9territorialisation implique une remise en question de toutes les structures de pouvoir et de domination, lesquelles s&rsquo;appliquent, ici, \u00e0 un territoire mat\u00e9riel autant qu&rsquo;id\u00e9el (Albert et Kouvouama, 2013). Consid\u00e9rant la d\u00e9naturation des romans europ\u00e9ens plagi\u00e9s pour proposer une r\u00e9vision de l&rsquo;histoire africaine, <em>Le devoir de violence <\/em>s&rsquo;inscrit directement dans ce courant de pens\u00e9e critique. Gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9criture, le roman ouvre \u00ab\u00a0de nouveaux espaces de libert\u00e9\u00a0\u00bb (Mongo-Mboussa, 2003, 27) pour \u00e0 la fois affranchir l&rsquo;Afrique de l&#8217;emprise des institutions occidentales et la venger, et ce, sans bl\u00e2mer les Europ\u00e9ens de fa\u00e7on explicite. Il soul\u00e8ve seulement une r\u00e9flexion, une \u00ab\u00a0fa\u00e7on d&rsquo;interroger et de r\u00e9pondre, [un] dialogue, [une] tension, [une] oscillation\u00a0\u00bb (<em>LDV<\/em>, 259).<\/p>\n<p>En empruntant aux romans de Schwarz-Bart, de Greene et de Maupassant pour cr\u00e9er une \u0153uvre hybride et originale, Ouologuem met \u00e0 mal les valeurs europ\u00e9ennes de propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire et d&rsquo;authenticit\u00e9. Le mim\u00e9tisme qu&rsquo;il exploite pour d\u00e9tourner les codes culturels impos\u00e9s menace l&rsquo;autorit\u00e9 des dominants et leur fait go\u00fbter \u00e0 leur propre violence. <em>Le devoir de violence <\/em>renverse la hi\u00e9rarchie des oppositions binaires entre colonisateurs et colonis\u00e9s ainsi qu\u2019entre authentique et inauthentique. Il incarne alors une r\u00e9sistance qui, selon Dollimore, r\u00e9sulte normalement en un \u00ab cultural struggle between unevenly matched contenders, a struggle in which the dominant powers, which transgressive inversion fiercely disturbs, now react equally fiercely against it\u00a0\u00bb (1986, 190). Il serait facile de croire que ces facteurs ont nui \u00e0 la r\u00e9ception du <em>Devoir de violence <\/em>en Occident, mais c&rsquo;est plut\u00f4t les controverses entourant le plagiat qui ont attir\u00e9 les foudres du milieu litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Selon Wanberg (2013), la censure d&rsquo;\u00e9crivains africains \u00e0 la suite d&rsquo;un succ\u00e8s critique ne fait pas figure de cas isol\u00e9s<a id=\"footnoteref6_rjhddfu\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00c0 ce propos, Koffi Anyinefa (2008) avance que \u00ab cette litt\u00e9rature [africaine] est n\u00e9e de fa\u00e7on \" href=\"#footnote6_rjhddfu\">[6]<\/a>. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne refl\u00e8te un syst\u00e8me in\u00e9gal de prestige et d&rsquo;esth\u00e9tique entre les productions culturelles europ\u00e9ennes et africaines, qui contribue \u00e0 \u00ab [reinforce] false beliefs in European superiority and encouraging a disdain for African traditions of production \u00bb (592). Le plus grand scandale, dans cette histoire, serait donc<\/p>\n<blockquote>\n<p>[l]&rsquo;enqu\u00eate approfondie et blessante dont Ouologuem a fait l&rsquo;objet [\u2026], quand on voit comment les artistes europ\u00e9ens ont d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment emprunt\u00e9 \u00e0\u00a0l&rsquo;Afrique. Peu d&rsquo;historiens de l&rsquo;art parlent de \u00ab\u00a0plagiat\u00a0\u00bb ou de \u00ab\u00a0vol\u00a0\u00bb quand ils\u00a0discutent, par exemple, des toiles de Picasso, de Braque ou de Modigliani\u00a0(Wise, 2003, 19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque, les accusations prennent essentiellement forme au sein de la critique litt\u00e9raire et leurs r\u00e9percussions s&rsquo;observent surtout dans l&rsquo;opinion publique. Hamubukiza parle ainsi d&rsquo;un r\u00e9quisitoire \u00ab\u00a0sans proc\u00e8s\u00a0\u00bb entra\u00eenant \u00ab\u00a0l&rsquo;arr\u00eat de la carri\u00e8re de l&rsquo;\u00e9crivain\u00a0\u00bb (2009, 5). Puisque <em>Le dernier des justes <\/em>est publi\u00e9 par la m\u00eame maison d&rsquo;\u00e9dition que le roman de l&rsquo;accus\u00e9, celle-ci avait pr\u00e9alablement demand\u00e9 \u00e0 Schwarz-Bart l&rsquo;autorisation de publier les passages plagi\u00e9s : \u00ab\u00a0L\u2019auteur fran\u00e7ais en avait \u00e9t\u00e9 flatt\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb, rel\u00e8ve Vivan Steemers (2012, 191). La pol\u00e9mique culmine donc par \u00ab\u00a0un proc\u00e8s intent\u00e9 par l&rsquo;\u00e9diteur de Greene [Heinemann] pour \u00ab\u00a0plagiat\u00a0\u00bb [dont les implications juridiques] am\u00e8nent finalement le Seuil \u00e0 retirer <em>Le devoir de violence<\/em> de toutes les librairies fran\u00e7aises en 1971 \u00bb (Steemers, 2012,\u00a0175). La traduction en anglais du roman para\u00eet n\u00e9anmoins \u00e0 Londres et \u00e0 New York chez ce m\u00eame \u00e9diteur\u00a0(!) la m\u00eame ann\u00e9e (Zell, 1983, 455, cit\u00e9 par Steemers, 2012, 178).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du double standard, la condamnation des emprunts litt\u00e9raires laisse dans l&rsquo;ombre toute la dimension transgressive et anti-oppressive du roman dans une perspective postcoloniale. La v\u00e9ritable imposture ne serait-elle pas cet accaparement de l&rsquo;attention m\u00e9diatique, aux d\u00e9pens d&rsquo;une r\u00e9flexion collective sur les spectres coloniaux qui hantent le pass\u00e9 de l&rsquo;Occident ?<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Albert, Christine et Abel Kouvouama (dir.). 2013. <em>D\u00e9territorialisation, effet de mode ou concept pertinent ?<\/em> Pau : Presses de l&rsquo;Universit\u00e9 de Pau et des Pays de l&rsquo;Adour, 142 p.<\/p>\n<p>Anyinefa, Koffi. 2008. \u00ab Scandales : litt\u00e9rature francophone africaine et identit\u00e9 \u00bb. <em>Cahiers d\u2019\u00e9tudes africaines<\/em>, no. 191\u00a0: 457-486. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.etudesafricaines.revues.org\/11912\">www.etudesafricaines.revues.org\/11912<\/a>.<\/p>\n<p>Ashcroft, Bill, Griffiths, Gareth, et Helen Tiffin. 2002 (1989). <em>The Empire Writes Back: Theory and practice in post-colonial literatures<\/em>. New York : Routledge, 283\u00a0p.<\/p>\n<p>Ashcroft, Bill, Griffiths, Gareth, et Helen Tiffin. 2007. <em>Post-colonial Studies: The key concepts<\/em>. New York : Routledge, 292 p.<\/p>\n<p>Bazi\u00e9, Isaac. 2013. \u00ab\u00a0R\u00e9\u00e9critures, strat\u00e9gies de lecture et seuil de tol\u00e9rance dans <em>Le\u00a0Devoir de violence<\/em>\u00a0\u00bb. Dans Gauvin, Lise, Van den Avenne, C\u00e9cile, Corinus, V\u00e9ronique, et Ching Selao (dir.). <em>Litt\u00e9ratures francophones : parodies, pastiches, r\u00e9\u00e9critures<\/em>. Lyon : ENS \u00c9ditions\u00a0: 241-253. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.books.openedition.org\/enseditions\/2469\">www.books.openedition.org\/enseditions\/2469<\/a>.<\/p>\n<p>Bhabha, Homi K. 2007. <em>Les lieux de la culture : une th\u00e9orie postcoloniale<\/em>. Paris : Payot, 414 p.<\/p>\n<p>Bouillaguet, Annick. 1996. <em>L&rsquo;\u00e9criture imitative : pastiche, parodie, collage<\/em>. Paris\u00a0: Nathan, 185 p.<\/p>\n<p>Di Folco, Philippe. 2006. <em>Les grandes impostures litt\u00e9raires : canulars, escroqueries, supercheries et autres mystifications<\/em>. Paris : \u00c9criture, 356 p.<\/p>\n<p>Dollimore, Jonathan. 1986. \u00ab The dominant and the deviant: a violent dialectic \u00bb. <em>Critical Quarterly<\/em>, vol. 28, no. 1\u00a0: 179-192. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1111\/j.1467-8705.1986.tb00255.x\/epdf\">www.onlinelibrary.wiley.com\/doi\/10.1111\/j.1467-8705.1986.tb00255.x\/epdf<\/a>.<\/p>\n<p>Dupont, Nathalie et \u00c9ric Trudel (dir.). 2011. <em>Pratiques et enjeux du d\u00e9tournement dans le discours litt\u00e9raire des XXe et XXIe si\u00e8cles<\/em>. Qu\u00e9bec : Presses de l&rsquo;Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec, 188 p.<\/p>\n<p>Finn\u00e9, Jacques. 2010. <em>Des mystifications litt\u00e9raires<\/em>. Paris : Jos\u00e9 Corti, 517\u00a0p.<\/p>\n<p>Gates, Henry Louis. 1988. <em>The Signifying Monkey: A Theory of Afro-American Literary Criticism<\/em>. New York : Oxford University Press, 290 p.<\/p>\n<p>Greene, Graham. 1934. <em>It&rsquo;s a Battlefield<\/em>. Londres : Heinemann, 275 p.<\/p>\n<p>Habumukiza, Antoine M. Z. 2009. Le devoir de violence<em> de Yambo Ouologuem : une lecture intertextuelle<\/em>. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Queen&rsquo;s University. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.search-proquest-com\/docview\/760961561\">www.search-proquest-com\/docview\/760961561<\/a>.<\/p>\n<p>James, Allison. 2011. \u00ab Citation, mythe, m\u00e9moire : formes et fonctions du d\u00e9tournement oulipien \u00bb. Dans Dupont, Nathalie et \u00c9ric Trudel (dir.),<em> Pratiques et enjeux du d\u00e9tournement dans le discours litt\u00e9raire des XXe et XXIe si\u00e8cles<\/em>. Qu\u00e9bec : Presses de l&rsquo;Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec\u00a0: 59-73.<\/p>\n<p>Jeandillou, Jean-Fran\u00e7ois. 1994. <em>Esth\u00e9tique de la mystification, tactique et strat\u00e9gies litt\u00e9raires<\/em>. Paris : Minuit, 239 p.<\/p>\n<p>Miller, Christopher L. 1985. <em>Blank Darkness: Africanist discourse in French<\/em>. Chicago\u00a0: Chicago University Press, 283 p.<\/p>\n<p>Mongo-Mboussa, Boniface. 2003. \u00ab Yambo Ouologuem et la litt\u00e9rature mondiale : plagiat, r\u00e9\u00e9criture, collage, d\u00e9rision et manifeste litt\u00e9raire \u00bb. <em>Africultures<\/em>, vol.\u00a01, no. 54\u00a0: 23-37. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-africultures-2003-1-page-23.htm.\u00a0\">www.cairn.info\/revue-africultures-2003-1-page-23.htm.\u00a0<\/a><\/p>\n<p>Nyela, D\u00e9sir\u00e9. 2006. \u00ab Subversion \u00e9pique, verve romanesque dans <em>Le devoir de violence <\/em>de Yambo Ouologuem \u00bb. <em>Revue de l&rsquo;Universit\u00e9 de Moncton<\/em>, vol. 37, no. 1\u00a0: 147-161. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.erudit.org\/fr\/revues\/rum\/2006-v37-n1-rum1783\/016717ar\/\">www.erudit.org\/fr\/revues\/rum\/2006-v37-n1-rum1783\/016717ar\/<\/a>.<\/p>\n<p>Orban, Jean-Pierre. 2017. \u00ab Yambo Ouologuem, \u00e9crivain malien, est mort\u00a0\u00bb. <em>Le Monde.<\/em> R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/disparitions\/article\/2017\/10\/17\/yambo-ouologuem-ecrivain-malien-est-mort_5202114_3382.html\">www.lemonde.fr\/disparitions\/article\/2017\/10\/17\/yambo-ouologuem-ecrivain-&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p>Ouologuem, Yambo. 2003 (1968). <em>Le devoir de violence<\/em>. Paris : Le Serpent \u00e0 Plumes, 274\u00a0p.<\/p>\n<p>Schwarz-Bart, Andr\u00e9. 1959<em>. Le dernier des justes<\/em>. Paris : Seuil, 345 p.<\/p>\n<p>Songolo, Aliko. 1981. \u00ab\u00a0Fiction et subversion : \u00ab\u00a0Le Devoir de violence\u00a0\u00bb \u00bb. <em>Pr\u00e9sence Africaine<\/em>, vol. 4, no. 120\u00a0: 17-34. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.cairn.info\/revue-presence-africaine-1981-4-page-17.htm\">www.cairn.info\/revue-presence-africaine-1981-4-page-17.htm<\/a>.<\/p>\n<p>Steemers, Vivan. 2012. <em>Le (n\u00e9o)colonialisme litt\u00e9raire : quatre romans africains face \u00e0 l&rsquo;institution litt\u00e9raire parisienne (1950-1970)<\/em>. Paris : Karthala, 234 p.<\/p>\n<p>Trudel, Alexandre. 2011. \u00ab Entre identification, appropriation et ironie : l\u2019\u00e9conomie du d\u00e9tournement chez Guy Debord \u00bb. Dans Dupont, Nathalie et \u00c9ric Trudel (dir.),<em> Pratiques et enjeux du d\u00e9tournement dans le discours litt\u00e9raire des XXe et XXIe si\u00e8cles<\/em>. Qu\u00e9bec : Presses de l&rsquo;Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec\u00a0: 75-90.<\/p>\n<p>Wanberg, Kyle. 2013. \u00ab Ghostwriting History: Subverting the reception of <em>Le regard du roi<\/em> and <em>Le devoir de violence<\/em> \u00bb. <em>Comparative Literature Studies<\/em>, vol.\u00a050, no.\u00a04\u00a0: 589-617. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/10.5325\/complitstudies\">www.jstor.org\/stable\/10.5325\/complitstudies<\/a>. 50.4.0589.<\/p>\n<p>Wise, Christopher. 1996. \u00ab Qur&rsquo;anic Hermeneutics, Sufism, and \u00ab\u00a0Le Devoir de violence\u00a0\u00bb: Yambo Ouologuem as Marabout Novelist \u00bb. <em>Religion &amp; Literature<\/em>, vol. 28, no. 1\u00a0: 85-112. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de <a href=\"http:\/\/www.jstor.org\/stable\/40059647\">www.jstor.org\/stable\/40059647<\/a>.<\/p>\n<p>Wise, Christopher. 2003. \u00ab Pr\u00e9face \u00bb. Dans <em>Le devoir de violence<\/em>, Yambo Ouologuem. Paris : Le Serpent \u00e0 Plumes\u00a0: 7-20.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_03zpfwf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_03zpfwf\">[1]<\/a> Yambo Ouologuem. 2003\/1968. Le devoir de violence. Paris : Le Serpent \u00e0 Plumes, p. 259. Dor\u00e9navant, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre analys\u00e9e seront indiqu\u00e9es par le sigle <em>LDV<\/em> entre parenth\u00e8ses.<\/p>\n<p id=\"footnote2_u49ryto\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_u49ryto\">[2]<\/a> Pour une analyse plus d\u00e9taill\u00e9e des passages emprunt\u00e9s, voir Antoine M. Z. Habumukiza (2009).<\/p>\n<p id=\"footnote3_k2nr534\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_k2nr534\">[3]<\/a> D\u00e9sir\u00e9 Nyela (2006, 155) note que \u00ab [j]amais roman n\u2019aura autant fait couler d\u2019encre : ce serait, dit-on, le roman de litt\u00e9rature africaine ayant suscit\u00e9 le plus d\u2019\u00e9tudes dans les universit\u00e9s nord-am\u00e9ricaines.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote4_hjjabdk\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_hjjabdk\">[4]<\/a> Ces r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;Islam se traduisent par \u00ab\u00a0ce que Dieu a voulu\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0au nom de Dieu\u00a0\u00bb (Wise, 1996, 97). Il s&rsquo;agit \u00e9galement de locutions employ\u00e9es dans la vie de tous les jours par les arabophones\u00a0: \u00ab In a strictly \u00ab\u00a0exoteric\u00a0\u00bb sense, <em>maschallah<\/em> and <em>bismillah<\/em> can also amount to little more than trite or vulgar expressions, depending upon tone, context, and other considerations, as in Saif&rsquo;s usage.\u00a0\u00bb (108)<\/p>\n<p id=\"footnote5_xt9xlxc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_xt9xlxc\">[5]<\/a> [Nous soulignons].<\/p>\n<p id=\"footnote6_rjhddfu\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_rjhddfu\">[6]<\/a> \u00c0 ce propos, Koffi Anyinefa (2008) avance que \u00ab cette litt\u00e9rature [africaine] est n\u00e9e de fa\u00e7on \u00ab\u00a0scandaleuse\u00a0\u00bb puisque <em>Force Bont\u00e9 <\/em>de Bakary Diallo (1926), consid\u00e9r\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral comme le texte fondateur de cette tradition, a suscit\u00e9 des doutes en ce qui concerne l\u2019identit\u00e9 v\u00e9ritable de son auteur \u00bb (1), suivi par <em>Le Regard du roi<\/em> de Camara Laye (1964), <em>L\u2019\u00c9tat honteux <\/em>de Sony Labou-Tansi (1981) et <em>Les Honneurs perdus <\/em>de Calixthe Beyala (1996), en plus du sujet de cet article.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Levasseur, Julie. 2018. \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0R\u00e9crire\u00a0\u00bb la domination coloniale : l&rsquo;usage du plagiat dans Le devoir de violence de Yambo Ouologuem\u00a0\u00bb. <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27 (Hiver) : En ligne\u00a0 http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/levasseur-27 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" 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d&rsquo;interroger et de r\u00e9pondre, dialogue, tension, oscillation, qui, de meurtre en meurtre, fasse les possibilit\u00e9s se r\u00e9pondre, se compl\u00e9ter, voire 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