{"id":5644,"date":"2024-06-13T19:48:30","date_gmt":"2024-06-13T19:48:30","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-plagiat-depuis-les-lumieres-une-epee-de-damocles-sur-le-pantheon-litteraire\/"},"modified":"2024-08-26T14:11:51","modified_gmt":"2024-08-26T14:11:51","slug":"le-plagiat-depuis-les-lumieres-une-epee-de-damocles-sur-le-pantheon-litteraire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5644","title":{"rendered":"Le plagiat depuis les Lumi\u00e8res : une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s sur le panth\u00e9on litt\u00e9raire"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6898\">Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u00a0Un seul \u00eatre vous manque et tout est d\u00e9peupl\u00e9 \u00bb; qui ne se rappelle pas ce c\u00e9l\u00e8bre vers de \u00ab\u00a0L\u2019Isolement\u00a0\u00bb de Lamartine\u00a0? Plus que son po\u00e8me \u00ab\u00a0Le Lac\u00a0\u00bb (probablement le plus connu de l\u2019auteur des\u00a0<em>M\u00e9ditations po\u00e9tiques<\/em>), ce vers incarne dans un m\u00eame \u00e9lan le meilleur de Lamartine et l\u2019un des plus hauts sommets de toute la po\u00e9sie romantique. Sans doute fallait-il s\u2019appeler Alphonse de Lamartine, na\u00eetre avec une sensibilit\u00e9 peu commune, avoir ses entr\u00e9es libres \u00e0 l\u2019h\u00f4tel des Neuf S\u0153urs, et recevoir, \u00e0 \u00e9gale mesure, une forte part de bonheur et de malheur pour arriver \u00e0 lithographier cette pure gemme au solide rythme binaire et \u00e0 la parfaite harmonie vocalique. Naturellement, nous vouons un l\u00e9gitime culte au po\u00e8te de g\u00e9nie \u00e0 qui est attribu\u00e9 un tel joyau, et ce, jusqu\u2019au malheureux jour o\u00f9 nous d\u00e9couvrons qu\u2019un si\u00e8cle auparavant, un obscur po\u00e8te, Nicolas-Germain L\u00e9onard, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 de voir son \u00e9g\u00e9rie se retirer dans un couvent, avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Un seul \u00eatre me manque et tout est d\u00e9peupl\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Que l\u2019auteur qui n\u2019a jamais plagi\u00e9 jette la premi\u00e8re pierre \u00e0 Lamartine\u00a0! Apr\u00e8s tout, n\u2019a-t-il pas lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 plagi\u00e9 vers la fin de son si\u00e8cle par Lautr\u00e9amont (\u00c9tiemble, 1990, 536)\u00a0? En effet, les cas de plagiat sont loin d\u2019\u00eatre choses rares en litt\u00e9rature\u00a0; l\u2019histoire de la discipline est constell\u00e9e d\u2019exemples souvent plus incroyables encore que celui que nous venons d\u2019exposer. Des travaux de Bakhtine sur la\u00a0<em>dialogie<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5644\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Tzvetan Todorov pr\u00e9cise ce postulat\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019existe plus, depuis Adam, d\u2019objets innomm\u00e9s, ni de mots qui n\u2019auraient pas d\u00e9j\u00e0 servi. Intentionnellement ou non, chaque discours entre en dialogue avec les discours ant\u00e9rieurs tenus sur le m\u00eame objet, ainsi qu\u2019avec les discours \u00e0 venir, dont il pressent et pr\u00e9vient les r\u00e9actions\u00a0\u00bb (1981, 8).<\/span>aux r\u00e9centes r\u00e9flexions d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Maurel-Indart, on ne cesse de nous rappeler que le plagiat est partie int\u00e9grante de l\u2019intertextualit\u00e9. \u00c0 ce titre, Maurel-Indart observe qu\u2019aujourd\u2019hui,<\/p>\n<blockquote>\n<p>les \u00e9tudes sur l&rsquo;intertextualit\u00e9 montrent l&rsquo;\u0153uvre comme un palimpseste o\u00f9 se superposent des textes \u00e0 l&rsquo;infini. Le plagiat s&rsquo;inscrit d\u00e9sormais dans une esth\u00e9tique de la r\u00e9\u00e9criture et s&rsquo;affranchit du m\u00eame coup de toute connotation morale, pour devenir une vraie question litt\u00e9raire (Maurel-Indart, 2008, 2)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais, au fond, qui accepte r\u00e9ellement ce principe\u00a0? Pour se convaincre de la l\u00e9gitimit\u00e9 de cette question, il suffit de remarquer la jubilation qui accompagne chaque d\u00e9couverte de la moindre preuve de calque. J\u00e9r\u00f4me Dupuis (2016) rappelait Archim\u00e8de sortant du bain et criant \u00ab\u00a0Eur\u00eaka\u00a0!\u00a0\u00bb le soir o\u00f9 il a d\u00e9montr\u00e9 que les livres qui ont braqu\u00e9 les projecteurs de l\u2019\u00c9lys\u00e9e sur \u00c9tienne Klein sont en fait alourdis de pages emprunt\u00e9es \u00e0 Einstein et \u00e0 Gaston Bachelard. Par ailleurs, il est curieux de constater les nombreuses occurrences du verbe \u00ab\u00a0voler\u00a0\u00bb dans la plupart des ouvrages critiques sur le plagiat parus en 2017, par exemple\u00a0:\u00a0<em>Machines \u00e0\u00a0<strong>voler\u00a0<\/strong>les mots. Le r\u00f4le des technologies et techniques du langage dans la conception et la pratique du\u00a0<\/em><em>plagiat\u00a0<\/em>(publi\u00e9 aux \u00c9ditions Universitaires de Dijon, sous la direction de Paloma Bravo, Sylvie Laigneau-Fontaire et Giuseppe Sangirardi)\u00a0; ou encore l\u2019ouvrage d\u2019\u00c9lise Duclos consacr\u00e9 \u00e0\u00a0<em>Orhan Pamuk et la litt\u00e9rature mondiale<\/em>, o\u00f9 un sous-chapitre est intitul\u00e9\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Emprunter,\u00a0<strong>voler<\/strong>, plagier\u00a0: imitation et cr\u00e9ation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Curieusement, si la pratique du plagiat est depuis toujours consubstantielle \u00e0 la litt\u00e9rature, sa condamnation en tant qu\u2019acte nuisible est apparue tr\u00e8s tard dans l\u2019Histoire. En effet, si l\u2019on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la litt\u00e9rature fran\u00e7aise, on s\u2019aper\u00e7oit que la perception n\u00e9gative du calque et son interdiction datent de l\u2019arriv\u00e9e de la bourgeoisie sur la sc\u00e8ne politique, au XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle. Depuis lors, il n\u2019y a eu aucun changement dans notre rapport au plagiat. Ce constat justifie ces interrogations\u00a0: loin des certitudes de Maurel-Indart quant \u00e0 notre acceptation contemporaine du plagiat en tant que pratique intertextuelle, serions-nous plus que jamais obs\u00e9d\u00e9s par l\u2019\u0153uvre \u00ab\u00a0pure\u00a0\u00bb\u00a0? Du reste, \u00e0 cause de notre m\u00e9connaissance de la complexit\u00e9 et de la constance de l\u2019acte de plagier dans l\u2019histoire litt\u00e9raire, allons-nous prochainement chercher \u00e0 faire tomber de leur pi\u00e9destal tous ceux qui s\u2019appellent Hom\u00e8re, Shakespeare, Hugo et Goethe\u00a0? Quel deviendra le statut des grands auteurs si nous les contraignons aveugl\u00e9ment \u00e0 faire leur d\u00e9claration de fortune en mati\u00e8re d\u2019inspiration\u00a0?\u00a0Nous nous prononcerons sur ces questions apr\u00e8s un petit tour d\u2019horizon sur la conceptualisation du plagiat (ax\u00e9 principalement sur les diff\u00e9rentes conditions de sa r\u00e9alisation), ainsi que la r\u00e9ception qui lui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e dans les pratiques de lecture \u00e0 travers les si\u00e8cles, de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours.<\/p>\n<h2>Le plagiat\u00a0: de l\u2019esprit \u00e0 la lettre d\u2019une pratique prot\u00e9iforme<\/h2>\n<p>Le dictionnaire\u00a0<em>Le Grand Robert\u00a0<\/em>(2003) d\u00e9finit le plagiat comme tout \u00ab\u00a0emprunt litt\u00e9raire cach\u00e9\u00a0\u00bb. Compris ainsi, il est synonyme de \u00ab\u00a0calque, copie, larcin, pillage\u00a0\u00bb et est donc marqu\u00e9 d\u2019une forte connotation n\u00e9gative. En effet, le terme latin dont il est issu s\u2019attache d\u2019abord au vol d\u2019\u00eatres humains, comme l\u2019explique H\u00e9l\u00e8ne Maurel-Indart\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 Rome, la fameuse loi\u00a0<em>Fabia de plagiariis<\/em>s&rsquo;appliquait en fait \u00e0 ceux qui, par ruse (<em>plagios<\/em>), enlevaient des enfants, des hommes libres ou des esclaves, mais non aux voleurs de mots [&#8230;]. Martial, le po\u00e8te romain, fut sans doute le premier \u00e0 employer ce terme de\u00a0<em>plagiarius\u00a0<\/em>dans un sens m\u00e9taphorique. Consid\u00e9rant ses vers comme ses propres enfants qu&rsquo;un certain Fidentinus lui avait d\u00e9rob\u00e9s, il traite le voleur de plagiaire. (2008, 3)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette conception de l\u2019\u00e9crivain comme g\u00e9niteur biologique d\u2019une \u0153uvre semble un d\u00e9nominateur commun \u00e0 tous les auteurs. Par exemple, justifiant devant sa ma\u00eetresse Juliette Drouet la dimension autobiographique des\u00a0<em>Contemplations<\/em>, Victor Hugo lui \u00e9crit\u00a0: \u00ab Ce que nous \u00e9crivons est notre propre chair\u00a0\u00bb (Gallo, 2001, 169). Le m\u00eame Hugo de fondre en larmes lors de la premi\u00e8re\u00a0repr\u00e9sentation de sa pi\u00e8ce\u00a0<em>Hernani<\/em>, convaincu de trahir ses personnages (il aurait parl\u00e9 de \u00ab\u00a0parents\u00a0\u00bb) en les livrant aux yeux des m\u00e9chants (Decaux, 2001, 175).<\/p>\n<p>Par ailleurs, on sait que, tr\u00e8s t\u00f4t, les hommes ont tenu au respect scrupuleux de leur propri\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rielle. Seulement, s\u2019il est assez ais\u00e9 de pointer du doigt un espace g\u00e9ographique bien circonscrit pour ensuite s\u2019\u00e9crier \u00ab\u00a0ceci m\u2019appartient\u00a0\u00bb, qu\u2019en est-il des propri\u00e9t\u00e9s intellectuelles\u00a0? Quelles d\u00e9marcations leur tracer\u00a0? Quelle ligne rouge faire briller\u00a0? Voil\u00e0 une s\u00e9rie de questions que les acteurs du champ litt\u00e9raire moderne s\u2019est pos\u00e9e avec philosophie, tout au contraire de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs du XIX<sup>e<\/sup>si\u00e8cle (c\u2019est-\u00e0-dire au moment o\u00f9 la condamnation du plagiat est devenue une mode). On peut lire \u00e0 ce propos l\u2019avis de Maurel-Indart\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le plagiat, en d\u00e9pit de sa connotation p\u00e9jorative, est loin d&rsquo;\u00eatre exclu de toute r\u00e9flexion sur la cr\u00e9ation litt\u00e9raire. Il demeure m\u00eame un sujet d&rsquo;interrogation, voire d&rsquo;obsession chez certains \u00e9crivains, et des plus authentiques. On conna\u00eet la fameuse d\u00e9claration de Giraudoux\u00a0: \u00ab\u00a0Le plagiat est la base de toutes les litt\u00e9ratures, except\u00e9 de la premi\u00e8re, qui d&rsquo;ailleurs est inconnue.\u00a0\u00bb [\u2026] La litt\u00e9rature est faite d&#8217;emprunts, serviles ou cr\u00e9atifs, et \u00e0 ce titre le r\u00eave d&rsquo;une originalit\u00e9 absolue est purement illusoire et rel\u00e8ve d&rsquo;une conception id\u00e9aliste mais simplificatrice de la litt\u00e9rature. (2008, 1)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En effet, une \u00e9tude de G\u00e9rard Genette a pu montrer qu\u2019aucun texte n\u2019est en soi une r\u00e9alit\u00e9 autarcique, d\u00e9couverte d\u2019Adam\u00a0: toute production litt\u00e9raire se trouverait de ce fait \u00eatre la somme de mosa\u00efques d\u2019autres productions dont la superposition livre, au final, un vrai\u00a0<em>palimpseste.\u00a0<\/em>Cette symbiose qui r\u00e9git les \u0153uvres litt\u00e9raires, Genette l\u2019appelle \u00ab\u00a0intertextualit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Je le d\u00e9finis pour ma part\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0de mani\u00e8re sans doute restrictive, par une relation de copr\u00e9sence entre deux ou plusieurs textes, c\u2019est-\u00e0-dire [\u2026] par la pr\u00e9sence effective d\u2019un texte dans un autre.\u00a0\u00bb (1982, 8) Bref, carrefour plut\u00f4t qu\u2019itin\u00e9raire continu\u00a0; tout texte est polyphonique. C\u2019est l\u00e0 une conception que partagent d\u2019autres sp\u00e9cialistes de la question, parmi lesquels Nathalie Pi\u00e9gay-Gros, qui d\u00e9clare\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les images de l\u2019intertexte abondent, qui mettent l\u2019accent sur la fragmentation et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 du texte, mosa\u00efque, maquette ou kal\u00e9idoscope\u2026, sur l\u2019emprunt, tacite ou illicite, \u2013 l\u2019auteur est comme une abeille qui butine, ou comme le voleur qui commet un larcin \u2013, sur la stratification du texte, constitu\u00e9 de couches superpos\u00e9es. C\u2019est la m\u00e9taphore embl\u00e9matique du palimpseste ou encore celle du feuillet\u00e9, ch\u00e8re \u00e0 Barthes. (1996, 4)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, le plagiat est d\u00e9sormais partie int\u00e9grante du vaste domaine d\u2019\u00e9tude de l\u2019intertextualit\u00e9. On verra pourtant que cet accueil d\u00e9mocratique que lui r\u00e9serve la critique de nos jours n\u2019est pas aussi universel et ne passe pas, non plus, aussi naturellement qu\u2019on pourrait le penser.<\/p>\n<p>En tant que pratique litt\u00e9raire, le plagiat n\u2019est pas une d\u00e9marche uniforme. Il en existe divers degr\u00e9s qu\u2019on pourrait hi\u00e9rarchiser du \u00ab\u00a0plagiat inconscient\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0plagiat volontaire\u00a0\u00bb, en passant par un stade m\u00e9dian que l\u2019on qualifierait d\u2019\u00ab\u00a0accidentel\u00a0\u00bb.Par plagiat inconscient, nous entendons ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019innutrition \u00e9tudi\u00e9 par les th\u00e9oriciens de la litt\u00e9rature compar\u00e9e, lequel expliquerait comment un lecteur int\u00e8gre le lexique, le style et les marques fondamentales d\u2019un \u00e9crivain dont il a souvent lu les \u00e9crits. Ce lecteur qui a prononc\u00e9 son\u00a0<em>magister dixit\u00a0<\/em>est ainsi comparable \u00e0 l\u2019initi\u00e9 qui, obnubil\u00e9 par le charisme du mystagogue, en suit la trace \u00e0 l\u2019insu de sa conscience. En un mot, il est sous\u00a0<em>influence.\u00a0<\/em>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, proche de l\u2019imitation, en est pourtant diff\u00e9rent\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le ph\u00e9nom\u00e8ne de l\u2019imitation doit \u00eatre distingu\u00e9 de l\u2019influence. L\u2019influence est subie de fa\u00e7on plus ou moins consciente\u00a0: p\u00e9n\u00e9tration lente, osmose ou bien visitation, illumination, elle ne pr\u00e9sente aucun caract\u00e8re syst\u00e9matique, au contraire de l\u2019imitation.\u00a0(Brunel et al., 1983, 58)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le plagiat accidentel, quant \u00e0 lui, est celui qui \u00e9tablit, \u00e0 l\u2019insu des auteurs, un v\u00e9ritable parall\u00e9lisme entre deux textes malgr\u00e9 la distance (spatiale ou temporelle) les s\u00e9parant\u00a0; on pourrait parler d\u2019\u00e9critures t\u00e9l\u00e9pathiques. Il en est ainsi de Baudelaire, alors qu\u2019il fut accus\u00e9 d\u2019avoir plagi\u00e9 l\u2019Am\u00e9ricain Edgar Allan Poe. La r\u00e9ponse de l\u2019auteur des\u00a0<em>Fleurs du mal\u00a0<\/em>est d\u00e9routante\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La premi\u00e8re fois que j\u2019ai ouvert un livre de lui, j\u2019ai vu, avec \u00e9pouvante et ravissement, non seulement des sujets r\u00eav\u00e9s par moi, mais des phrases pens\u00e9es par moi, et \u00e9crites par lui vingt ans auparavant. \u00bb (1864, 386) L\u2019avocat de Charles Baudelaire dut se pr\u00e9senter au barreau de la critique un si\u00e8cle plus tard avec cette plaidoirie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Tout texte est un intertexte. D\u2019autres textes sont pr\u00e9sents en lui en des niveaux variables, sous des formes plus ou moins reconnaissables\u00a0; les textes de la culture ant\u00e9rieure et ceux de la culture environnante. Tout texte est un tissu nouveau de citations r\u00e9volues. Passent dans le texte, redistribu\u00e9s en lui, des morceaux de codes, des formules, des mod\u00e8les rythmiques, des fragments de langages sociaux, etc., car il y a toujours du langage avant le texte et autour de lui. L\u2019intertextualit\u00e9, condition de tout texte, quel qu\u2019il soit, ne se r\u00e9duit \u00e9videmment pas \u00e0 un probl\u00e8me de sources et d\u2019influences\u00a0; l\u2019intertexte est un champ g\u00e9n\u00e9ral de formules anonymes, dont l\u2019origine est rarement rep\u00e9rable, de citations inconscientes ou automatiques, donn\u00e9es sans guillemets. (Pi\u00e9gay-Gros, 2002, 11)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Voil\u00e0 une remarque que confirme Philippe Sellier dans ses travaux sur la mythocritique. Selon lui, cette vaste interconnexion di\u00e9g\u00e9tique, qui a pour cadre spatio-temporel le Monde et le Temps, est n\u00e9cessaire \u00e0 ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler l\u2019\u00ab\u00a0inconscient collectif\u00a0\u00bb. L\u2019imaginaire collectif serait r\u00e9gi par un m\u00eame patron de r\u00e9cits se signalant par des invariants pouvant \u00ab\u00a0diff\u00e9rer\u00a0\u00bb d\u2019une \u00e9poque \u00e0 une autre, d\u2019une culture \u00e0 une autre, tout en restant essentiellement stable\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019imagination humaine, tout en les modulant parfois avec une irr\u00e9ductible originalit\u00e9, cr\u00e9e des groupes d\u2019images qui se retrouvent dans toutes les civilisations. La comparaison entre les r\u00e9cits mythologiques, les \u0153uvres po\u00e9tiques, les synth\u00e8ses pr\u00e9scientifiques (cosmologie, alchimie\u2026) [\u2026], permet de faire appara\u00eetre ces constantes. (1970, 10)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019o\u00f9, pour certains, l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019envisager la moindre ligne de d\u00e9marcation entre litt\u00e9rature et mythe, vases communicants aspirant et expirant une m\u00eame mati\u00e8re. L\u2019\u00e9crivain, de ce point de vue, ne serait donc pas un\u00a0<em>cr\u00e9ateur<\/em>au sens classique, mais un simple\u00a0<em>arrangeur\u00a0<\/em>de sch\u00e8mes dont les racines sont \u00e0 rechercher dans ce\u00a0<em>no man\u2019s land\u00a0<\/em>commun \u00e0 tous les si\u00e8cles et \u00e0 toutes les civilisations. Un tel postulat justifie cette conclusion de Michel Tournier\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La fonction sociale \u2013 on pourrait m\u00eame dire biologique \u2013 des \u00e9crivains et de tous les artistes cr\u00e9ateurs est facile \u00e0 d\u00e9finir. Leur ambition vise \u00e0 enrichir ou du moins \u00e0 modifier ce \u00ab\u00a0bruissement mythologique\u00a0\u00bb, ce bain d&rsquo;images dans lequel vivent leurs contemporains et qui est l&rsquo;oxyg\u00e8ne de l&rsquo;\u00e2me. (1979,\u00a0187)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Des auteurs modernes, notamment ceux du groupe de l\u2019Ouvroir de Litt\u00e9rature Potentielle (OULIPO<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5644\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">OULIPO (Ouvroir de litt\u00e9rature potentielle). Ce mouvement litt\u00e9raire \u00ab\u00a0doit sa naissance \u00e0 la rencontre de Raymond Queneau et de Fran\u00e7ois Le Lionnais. [\u2026]. Le projet de l\u2019OULIPO est [\u2026] de d\u00e9couvrir des structures nouvelles, c\u2019est-\u00e0-dire des contraintes nouvelles [en cr\u00e9ation litt\u00e9raire]. D\u2019une part, ces structures nouvelles permettent de d\u00e9gager une \u00ab\u00a0litt\u00e9rature potentielle\u00a0\u00bb du mat\u00e9riel d\u00e9j\u00e0 existant, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019en superposant une nouvelle structure \u00e0 une \u0153uvre ancienne on obtient un produit nouveau, qui peut avoir une valeur litt\u00e9raire en soi ou qui peut servir \u00e0 analyser cette \u0153uvre. D\u2019autre part, cette structure nouvelle peut servir \u00e0 cr\u00e9er une \u0153uvre enti\u00e8rement neuve.\u00a0\u00bb (<em>Encyclopaedia Universalis<\/em>,\u00a0<em>LR<\/em>, 1990, p. 2564-2565)<\/span>), ont choisi d\u2019appeler, non sans humour, cette forme de calque accidentel le \u00ab\u00a0plagiat par anticipation\u00a0\u00bb. Pierre Bayard en a donn\u00e9 un bel exemple (tout en th\u00e9orisant le concept) en montrant le lien t\u00e9nu entre certaines pages de\u00a0<em>Fort comme la mort\u00a0<\/em>de Maupassant et de\u00a0<em>\u00c0 la recherche du temps perdu\u00a0<\/em>de Proust, en d\u00e9pit du si\u00e8cle les s\u00e9parant et de la m\u00e9connaissance v\u00e9rifi\u00e9e de Proust du premier texte\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le texte de Maupassant, tel que nous le lisons maintenant, n&rsquo;existerait pas \u2013 ou avec cette force renouvel\u00e9e \u2013 sans celui de Proust. \u00c0 condition de prendre en compte cette \u00e9vidence que l&rsquo;histoire des id\u00e9es modifie notre regard sur les \u0153uvres au point de les diff\u00e9rencier d&rsquo;elles-m\u00eames, il est possible d&rsquo;admettre qu&rsquo;au rebours des apparences c&rsquo;est bien, en tout cas pour nous aujourd&rsquo;hui, Maupassant qui plagie Proust (Bayard, 2002, 26).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ceci dit, le plagiat tel que nous le concevons dans son principe, c\u2019est-\u00e0-dire dans son acception moderne, est un acte r\u00e9fl\u00e9chi d\u2019un auteur conscient de ce choix et des cons\u00e9quences qui lui sont relatives. Depuis la g\u00e9n\u00e9ralisation du droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, ce type de plagiaire est le plus souvent associ\u00e9 \u00e0 des \u00e9crivains confiants quant \u00e0 leur capacit\u00e9 \u00e0 brouiller les pistes de leur inspiration, ou trop d\u00e9daigneux du pouvoir ex\u00e9g\u00e9tique de la critique. La meilleure illustration que l\u2019on puisse donner de cela est sans doute le cas de Lautr\u00e9amont copiant des articles scientifiques pour faire r\u00e9sonner ses\u00a0<em>Chants de Maldoror.\u00a0<\/em>Etiemble peut ainsi bien rire de ceux qui pr\u00eataient au plagiaire un g\u00e9nie rebelle\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Depuis que nous savons que Lautr\u00e9amont emprunte \u00e0 Lamartine, plagie dans\u00a0<em>Maldoror\u00a0<\/em>des pages de Buffon [\u2026], qu\u2019il a pill\u00e9 dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die d\u2019histoire naturelle\u00a0<\/em>du Dr Chenu \u2013, et que les\u00a0<em>Po\u00e9sies\u00a0<\/em>retournent comme doigts de gants force formules de Vauvenargues, comment ne pas admirer ceux qui, sous pr\u00e9texte de surr\u00e9alisme, admir\u00e8rent une page de Gu\u00e9neau de Montb\u00e9liard sur le vol des \u00e9tourneaux\u00a0? (1990, 536)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans ce cas pr\u00e9cis comme dans tout autre, le d\u00e9voilement est souvent l\u2019\u0153uvre de l\u2019auteur plagi\u00e9 lui-m\u00eame ou d\u2019un critique fin connaisseur de l\u2019ouvrage copi\u00e9\u00a0: dans tous les cas, il s\u2019agit d\u2019un lecteur saisi du malaise d\u2019un d\u00e9j\u00e0-vu, transport\u00e9 par un d\u00e9bit vaguement connu, les marques fondamentales d\u2019un style quelque part entrevues\u00a0; un \u00ab\u00a0Eur\u00eaka!\u00a0\u00bb cherche sa voie. En v\u00e9rit\u00e9, on ne peut surprendre un fin plagiaire que si l\u2019on s\u2019est soi-m\u00eame familiaris\u00e9 avec le style de l\u2019\u00e9crivain plagi\u00e9. Selon Barthes, le style est ce code g\u00e9n\u00e9tique fondamentalement personnel, cette carte d\u2019identit\u00e9 qui fait que lire du Breton diff\u00e9rera toujours de lire du Soupault, bien qu\u2019une m\u00eame nuit, anim\u00e9s de la m\u00eame philosophie et \u00e9galement convaincus \u2013 et sans doute usant des m\u00eames hallucinog\u00e8nes \u2013, ils aient co\u00e9crit leurs\u00a0<em>Champs magn\u00e9tiques<\/em>. Barthes pr\u00e9cise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Sous le nom de style se forme un langage autarcique qui ne plonge que dans la mythologie personnelle et secr\u00e8te de l\u2019auteur, dans cette hypophysique de la parole, o\u00f9 se forme le premier couple des mots et des choses, o\u00f9 s\u2019installent une fois pour toutes les grands th\u00e8mes verbaux de son existence. Quel que soit son raffinement, le style a toujours quelque chose de brut\u00a0: il est une forme sans destination, il est le produit d\u2019une pouss\u00e9e, non d\u2019une intention, il est comme une dimension verticale de la pens\u00e9e. Ses r\u00e9f\u00e9rences sont au niveau d\u2019une biologie ou d\u2019un pass\u00e9, non d\u2019une Histoire\u00a0: il est la \u00ab\u00a0chose\u00a0\u00bb de l\u2019\u00e9crivain, sa splendeur et sa prison, il est sa solitude. (1972, 12)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le cadre du plagiat conscient, il faut tout de m\u00eame signaler un cas particulier, soit celui de la r\u00e9\u00e9criture (ou r\u00e9criture).\u00a0<em>Le Grand Robert\u00a0<\/em>(2003) d\u00e9finit ainsi le terme\u00a0: \u00ab\u00a0Action de r\u00e9\u00e9crire (un texte) pour en am\u00e9liorer la forme ou pour l&rsquo;adapter \u00e0 d&rsquo;autres textes, \u00e0 certains lecteurs, etc.\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9finition pr\u00e9suppose essentiellement l\u2019id\u00e9e de\u00a0<em>transformation\u00a0<\/em>qu\u2019implique tout projet de r\u00e9\u00e9criture. Pourtant, Maurice Domino aper\u00e7oit des sp\u00e9cificit\u00e9s dans le concept car, pour lui, il y a une diff\u00e9rence entre la r\u00e9\u00e9criture qui copie textuellement un mod\u00e8le auquel elle s\u2019aligne et celle qui transcende ce mod\u00e8le surtout d\u2019un point de vue formel. En somme, il distingue la conformit\u00e9 de la r\u00e9bellion\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Du copiste, du rewriter on attend la fid\u00e9lit\u00e9, au texte premier ou au mod\u00e8le pr\u00e9existant, comp\u00e9tence d&rsquo;\u00e9crivant qui rel\u00e8ve de la r\u00e9p\u00e9tition aussi fid\u00e8le qu&rsquo;il est possible\u00a0: ils figurent ce qui, en r\u00e9\u00e9crire, tend vers l&rsquo;identit\u00e9. Reste la r\u00e9\u00e9criture qui modifie, c&rsquo;est-\u00e0-dire, partant aussi d&rsquo;un texte premier, accepte l&rsquo;alt\u00e9ration et tend vers l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9\u00a0: sans doute peut-elle \u00eatre correctrice de l&rsquo;\u00e9crit ant\u00e9rieur mais la modification qu&rsquo;elle propose n&rsquo;a pas pour effet et pour vertu la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 un d\u00e9j\u00e0-l\u00e0 textuel, mais plut\u00f4t son am\u00e9lioration, sa vis\u00e9e est un texte second \u00ab\u00a0meilleur\u00a0\u00bb. Elle rel\u00e8ve de la fonction po\u00e9tique de Jakobson en ce sens qu&rsquo;elle est attention port\u00e9e au message lui-m\u00eame\u00a0: sa r\u00e8gle n&rsquo;est pas conformit\u00e9 au texte premier ou au mod\u00e8le prescrit par des mod\u00e8les fix\u00e9s, mais satisfaction d&rsquo;une exigence virtuelle, r\u00e9alisation d&rsquo;un projet en train de s&rsquo;\u00e9laborer. (Domino, 1987, 2-3)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette double posture de la r\u00e9\u00e9criture s\u2019illustre rarement dans un m\u00eame si\u00e8cle. En litt\u00e9rature fran\u00e7aise, par exemple, quand on parle de r\u00e9\u00e9criture, on pense in\u00e9vitablement \u00e0 deux p\u00e9riodes : les XVII<sup>e<\/sup>et XX<sup>e<\/sup>si\u00e8cles. Au Grand si\u00e8cle, la r\u00e9\u00e9criture est conformit\u00e9 au mod\u00e8le chez Racine quand elle s\u2019en veut un pied-de-nez chez Richer\u00a0; au si\u00e8cle de Giraudoux, la transgression de l\u2019objet \u00ab\u00a0imit\u00e9\u00a0\u00bb est l\u2019une des rares certitudes de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>En effet, au si\u00e8cle de Racine, l\u2019\u00e9crivain consacr\u00e9 ob\u00e9it \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie d\u2019un art institutionnalis\u00e9 par une Acad\u00e9mie dont les muses ne s\u2019appellent pas Madame de Maintenon ou Anne d\u2019Autriche, mais Clio ou Euterpe (qui, d\u00e8s l\u2019Antiquit\u00e9, soufflaient la m\u00eame dict\u00e9e dans les oreilles des Euripide, des Virgile et des Plaute)\u00a0; c\u2019est l\u2019Imitation des Anciens. Ainsi, on ne cherche pas ce que l\u2019on a d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9, mais on peut tout de m\u00eame jouer un r\u00f4le dans sa pr\u00e9sentation. En somme, cette \u00ab\u00a0imitation n\u2019est pas un esclavage\u00a0\u00bb, ainsi que le pr\u00e9cise La Fontaine dans l\u2019\u00ab\u00a0\u00c9p\u00eetre \u00e0 Huet\u00a0\u00bb. Et Boileau qui, d\u00e8s le seuil de son\u00a0<em>Art po\u00e9tique<\/em>,assume d\u2019avance l\u2019h\u00e9ritage d\u2019une\u00a0<em>Po\u00e9tique\u00a0<\/em>d\u2019Aristote, ne cesse cependant d\u2019insister sur la n\u00e9cessit\u00e9 du travail esth\u00e9tique qui conditionne l\u2019artiste\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>H\u00e2tez-vous lentement\u00a0; et sans perdre courage,<br \/>Vingt fois sur le m\u00e9tier remettez votre ouvrage\u00a0;<br \/>Polissez-le sans cesse et le repolissez\u00a0;<br \/>Ajoutez quelquefois, et souvent effacez. (Boileau, 1834, 190)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par exemple, dans l\u2019Antiquit\u00e9 grecque, la fourmi tan\u00e7ait la paresseuse cigale par cette ferme prose\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Pourquoi n&rsquo;as-tu pas, toi aussi, amass\u00e9 des provisions durant l&rsquo;\u00e9t\u00e9\u00a0? \u2013 Je n&rsquo;en ai pas eu le temps, r\u00e9pondit la cigale, cet \u00e9t\u00e9 je musiquais. \u2013 Eh bien, apr\u00e8s la fl\u00fbte de l&rsquo;\u00e9t\u00e9, la danse de l&rsquo;hiver, conclurent les fourmis.\u00a0\u00bb (Esope, 1994, 27) Au Grand si\u00e8cle, la cigale emprunte toujours, et toujours la fourmi moralise. L\u2019apophtegme est ainsi rest\u00e9 intact \u00e0 travers les si\u00e8cles, mais il arrive d\u00e9sormais ainsi enguirland\u00e9 dans des rimes et des variations rythmiques dont la valeur esth\u00e9tique l\u2019emporte le plus souvent sur l\u2019intelligibilit\u00e9 du contenu\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Que faisiez-vous au temps chaud\u00a0?<br \/>Dit-elle \u00e0 cette emprunteuse.<br \/>\u2013 Nuit et jour \u00e0 tout venant<br \/>Je chantais, ne vous d\u00e9plaise.<br \/>\u2013 Vous chantiez\u00a0? j\u2019en suis fort aise.<br \/>Eh bien dansez maintenant. (La Fontaine, 1985, 29)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de cette imitation \u00ab\u00a0s\u00e9rieuse\u00a0\u00bb, politiquement correcte, et unanimement valoris\u00e9e (en tout cas jusqu\u2019aux premi\u00e8res escarmouches de la Querelle), il y a une autre forme de calque triviale qui correspond mieux \u00e0 l\u2019id\u00e9al de toute r\u00e9\u00e9criture. Il s\u2019agit du travestissement burlesque\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Sa forme canonique est la r\u00e9criture en octosyllabes et en style vulgaire d\u2019un texte \u00e9pique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019un chant de l\u2019<em>\u00c9n\u00e9ide<\/em>. En 1648, Scarron publie le premier, puis le second livre de son\u00a0<em>Virgile travesti<\/em>, en 1649 les livres III et IV. La r\u00e9ussite est foudroyante, et d\u00e9termine aussit\u00f4t une vague d\u2019imitation, ce qui est fort naturel, surtout \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 l\u2019on cherche davantage le succ\u00e8s que l\u2019originalit\u00e9. (Genette, 1982, 78)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce type de plagiat est l\u2019un des plus grands pas sur la route de la modernit\u00e9. Il pr\u00e9lude d\u00e9j\u00e0 l\u2019av\u00e8nement des avant-gardes dont l\u2019explosion n\u2019attendait que la particuli\u00e8re configuration sociopolitique du XX<sup>e<\/sup>si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Au XX<sup>e<\/sup>si\u00e8cle, la rh\u00e9torique rejoint le panth\u00e9on des arts morts comme les langues qui jadis la solennisaient. Giono est peut-\u00eatre le dernier des Mohicans dans la lign\u00e9e enterr\u00e9e des Cic\u00e9ron. La r\u00e9\u00e9criture n\u2019est plus ici un r\u00e9flexe d\u2019imitation des Anciens\u00a0; elle est plut\u00f4t fonction de leur n\u00e9gation. Selon Luc Ferry, c\u2019est cette volont\u00e9 de singularisation qui caract\u00e9rise la modernit\u00e9 de l\u2019art\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Alors que chez les Anciens, l\u2019\u0153uvre est con\u00e7ue comme un microcosme \u2013 ce qui autorise \u00e0 penser qu\u2019il existe hors d\u2019elle, dans le macrocosme, un crit\u00e8re objectif, ou mieux, substantiel, du Beau \u2013, elle ne prend sens chez les Modernes que par r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la subjectivit\u00e9, pour devenir chez les Contemporains, expression simple de l\u2019individualit\u00e9\u00a0: style absolument singulier qui ne se veut plus en quoi que ce soit miroir du monde, mais cr\u00e9ation du monde (1990, 19).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans cette logique, le retour in\u00e9dit aux textes antiques qui se note au XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle (\u00e0 la grande diff\u00e9rence des deux si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents) ne s\u2019explique pas par la fascination et le respect qu\u2019a suscit\u00e9s au XVII<sup>e<\/sup>si\u00e8cle la red\u00e9couverte des mod\u00e8les antiques\u00a0; il est dans les termes d\u2019un contrat de toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 briser toutes les idoles. Un chef-d\u2019\u0153uvre de la trempe du\u00a0<em>Voyage au bout de la nuit\u00a0<\/em>peut valser sans l\u2019ombre d\u2019une g\u00eane du langage le plus soutenu d\u2019un Saint-Simon au style n\u00e9obaroque des rappeurs marseillais. D\u00e8s le d\u00e9but du si\u00e8cle, le mouvement Dada donne le nouveau ton en se r\u00e9v\u00e9lant une reprise d\u00e9brid\u00e9e du baroque\u00a0; aucune action scandaleuse n\u2019est trop bonne pour l\u2019id\u00e9al du mouvement\u00a0: expressions primitives, ruptures syntaxiques, comparaisons inattendues, verdeur du langage laissant une large place \u00e0 l\u2019argot, collages o\u00f9 surnagent l\u2019incoh\u00e9rence et la provocation, etc. Le ma\u00eetre mot du groupe est le nihilisme\u00a0: on peut facilement remarquer dans leur manifeste les multiples occurrences des termes \u00ab\u00a0abolition\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0n\u00e9gation\u00a0\u00bb. Le surr\u00e9alisme, malgr\u00e9 le souverain m\u00e9pris d\u2019un Breton souvent affich\u00e9 \u00e0 l\u2019endroit des \u00ab\u00a0enfantillages\u00a0\u00bb de Dada, reste g\u00e9n\u00e9ralement fid\u00e8le aux imp\u00e9ratifs de ce nouvel art po\u00e9tique. Mis \u00e0 part l\u2019\u00e9criture automatique et le cadavre exquis, les auteurs surr\u00e9alistes recourent souvent aux collages qui dressent sur un m\u00eame tableau les extraits de diverses \u0153uvres, donn\u00e9s sans souci de hi\u00e9rarchisation ni de pr\u00e9f\u00e9rence\u00a0: une tirade de Moli\u00e8re peut y c\u00f4toyer un extrait du journal le plus vulgaire, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 l\u2019indignation de Nathalie Pi\u00e9gay-Gros (2002) et aux remontrances de Luc Ferry (1990).<\/p>\n<p>En somme, la r\u00e9\u00e9criture vise beaucoup moins des consid\u00e9rations esth\u00e9tiques que l\u2019intentionnalit\u00e9 qui pr\u00e9side au choix du sujet des \u0153uvres. On se rappelle le mot d\u2019Anouilh, somm\u00e9 de s\u2019expliquer \u00e0 propos de sa reprise d\u2019<em>Antigone\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019Antigone\u00a0de\u00a0Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par c\u0153ur depuis toujours, a \u00e9t\u00e9 un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouges. Je l\u2019ai r\u00e9\u00e9crite \u00e0 ma fa\u00e7on, avec la r\u00e9sonance de la trag\u00e9die que nous \u00e9tions alors en train de vivre (Comminges, 1977, 77).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Par ce panorama, nous avons voulu rappeler que le plagiat n\u2019est pas cette entit\u00e9 homog\u00e8ne \u00e0 laquelle pourrait faire penser le singulier du nom. On aura sans doute not\u00e9, par ailleurs, qu\u2019on n\u2019en a pas toujours et partout eu la m\u00eame conception. Il nous faut maintenant \u00e9tudier de fa\u00e7on plus approfondie la r\u00e9ception qui lui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9e tout au long de l\u2019histoire litt\u00e9raire.<\/p>\n<h2>Proc\u00e8s sociocritique du plagiat<\/h2>\n<p>Une fausse r\u00e9trospective pourrait aujourd\u2019hui faire croire que la p\u00e9joration qui p\u00e8se sur la notion de plagiat est aussi vieille que la pratique elle-m\u00eame. Par contre, H\u00e9l\u00e8ne Maurel-Indart (2003) a montr\u00e9 que de l\u2019Antiquit\u00e9 au Moyen \u00c2ge, aucune loi r\u00e9pressive n\u2019existait contre la pratique. Il semblerait m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque m\u00e9di\u00e9vale, le plagiat \u2013 con\u00e7u alors comme facteur d\u2019enrichissement du patrimoine litt\u00e9raire \u2013 ait b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 d\u2019un accueil plut\u00f4t favorable, comme le laissent sous-entendre ces propos de Christian Vandendorpe\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le Moyen \u00c2ge h\u00e9rite de [l\u2019]esth\u00e9tique de l&rsquo;imitation et l&rsquo;adapte \u00e0 une culture orale. On consid\u00e8re alors que les \u0153uvres ant\u00e9rieures sont \u00e0 la disposition de qui veut s&rsquo;en emparer et les augmenter. Un auteur n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 reprendre une \u0153uvre existante et \u00e0 lui donner de l&rsquo;expansion, \u00e0 broder sur le th\u00e8me, ajoutant au corpus une version qui pourra, \u00e0 son tour, \u00eatre augment\u00e9e par un autre. (1992, 5)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ceci dit, les auteurs plagi\u00e9s ont longtemps eu recours \u00e0 d\u2019autres moyens de d\u00e9fense, parmi lesquels la satire de leurs plagiaires. De fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, l\u2019interdiction syst\u00e9matique de la copie ill\u00e9gale est une id\u00e9e assez moderne, datant de la fin du XVIII<sup>e<\/sup>si\u00e8cle. Situation qui se comprend lorsqu\u2019on se souvient que toute litt\u00e9rature \u00e9crite est pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une culture orale avec pour tout auteur la collectivit\u00e9 h\u00f4te. Prenons l\u2019exemple des soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 l\u2019oralit\u00e9 est encore dominante en mati\u00e8re de litt\u00e9rature. On se rappelle que Senghor, somm\u00e9 de s\u2019expliquer sur les sources de son souffle po\u00e9tique surcharg\u00e9 de relents de syncr\u00e9tisme religieux, avouera son r\u00f4le de simple traducteur\u00a0: \u00ab\u00a0Puisqu\u2019il faut m\u2019expliquer sur mes po\u00e8mes\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il, \u00ab\u00a0je confesserai encore que presque tous les \u00eatres et choses qu\u2019ils \u00e9voquent sont de mon canton [\u2026]. Il m\u2019a donc suffi de nommer les choses\u2026\u00bb (1974, VIII)<\/p>\n<p>En effet, en Afrique traditionnelle, un titre comme\u00a0<em>Les Contes d\u2019Amadou Coumba<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5644\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Titre d\u2019un recueil de contes de l\u2019\u00e9crivain s\u00e9n\u00e9galais Birago Diop (Paris, Pr\u00e9sence Africaine, 1947). Ces contes que l\u2019\u00e9crivain a traduits en fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 dict\u00e9s par un vieux griot s\u00e9r\u00e8re, Amadou Coumba, qui accompagnait Birago Diop \u00e0 travers les brousses de l\u2019Afrique Occidentale fran\u00e7aise o\u00f9 celui-ci exer\u00e7ait sa fonction de v\u00e9t\u00e9rinaire itin\u00e9rant.<\/span>, en dehors d\u2019une volont\u00e9 d\u2019annoncer ses couleurs d\u00e8s le seuil, comporte un compl\u00e9ment du nom abusif,\u00a0voire tyrannique quand on sait que l\u2019av\u00e8nement d\u2019un art individuel (caract\u00e9ris\u00e9 notamment par une identit\u00e9 auctoriale clairement d\u00e9finie par l\u2019insertion d\u2019un nom et d\u2019un nom propre) co\u00efncide avec les premi\u00e8res \u00e9coles occidentales dans le continent noir, en t\u00eate desquelles tr\u00f4ne l\u2019\u00e9cole normale William Ponty. Pour ne mentionner que l\u2019art th\u00e9\u00e2tral,<\/p>\n<blockquote>\n<p>cette \u00e9cole qui avait pour mission de former les auxiliaires africains dont l\u2019administration coloniale fran\u00e7aise \u00e9prouvait le besoin, a constitu\u00e9 en effet, sous l\u2019impulsion de son directeur Charles B\u00e9art, un v\u00e9ritable laboratoire o\u00f9 s\u2019\u00e9laborait une nouvelle esth\u00e9tique dramatique. [\u2026] En introduisant le d\u00e9cor, la mise en sc\u00e8ne, l\u2019espace clos de la sc\u00e8ne \u00e0 l\u2019italienne et en instituant la repr\u00e9sentation payante, [ce th\u00e9\u00e2tre] a op\u00e9r\u00e9 une rupture grave au niveau du public. (Chevrier, 1984, 156)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aussi faudrait-il voir que \u00ab\u00a0Amadou Coumba\u00a0\u00bb est une\u00a0<em>fabrication\u00a0<\/em>de l\u2019\u00e9crivain Birago Diop, en ce sens que le vieux griot qui, du souffle de sa bouche (<em>oris<\/em>), tous les soirs, fait resurgir l\u2019antique\u00a0<em>Ndoub\u00e9lane\u00a0<\/em>(la cit\u00e9 des animaux de la savane) \u00e0 l\u2019instar des troubadours d\u2019antan, se sait \u00e9l\u00e9ment indivis d\u2019une symbiose dont la permanence requiert toute la force de la participation collective. Parlant du rapport entre litt\u00e9rature africaine et litt\u00e9rature occidentale, il faut toujours garder \u00e0 l\u2019esprit cette remarque d\u2019un comparatiste\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence de certaines vedettes qui r\u00e9alisent un de ces\u00a0<em>one man show\u00a0<\/em>dont l\u2019Europe et les \u00c9tats-Unis sont friands, le conteur africain n\u2019est jamais s\u00e9par\u00e9 des spectateurs par l\u2019espace artificiel de la sc\u00e8ne, et \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019y a pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un acteur et de l\u2019autre des spectateurs, mais seulement une assembl\u00e9e d\u2019hommes, de femmes et d\u2019enfants r\u00e9unis autour d\u2019un grand diseur dont la fonction est d\u2019exprimer et de maintenir intactes, par la participation active de tout l\u2019auditoire \u00e0 son r\u00e9cit, les valeurs po\u00e9tiques du sacr\u00e9 qui cimentent la \u00ab\u00a0cit\u00e9\u00a0\u00bb africaine traditionnelle. (Chevrier, 1984, 156)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On comprend d\u00e8s lors pourquoi le ph\u00e9nom\u00e8ne du plagiat n\u2019a \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9 en Afrique noire qu\u2019au jour de la rencontre du continent avec le capitalisme, c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s l\u2019installation des colons europ\u00e9ens au XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle. On peut voir, d\u2019ailleurs, dans la m\u00eame lign\u00e9e et sur une plus large \u00e9chelle, que le plagiat est un concept creux partout o\u00f9 la fonction d\u2019auteur est priv\u00e9e de l\u2019autorit\u00e9 relative. On se souviendra de l\u2019anonymat qui a accompagn\u00e9\u00a0<em>Tristan et Yseut\u00a0<\/em>ou\u00a0<em>Le Roman de Renart\u00a0<\/em>\u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 il \u00e9tait vertu de se soustraire asc\u00e9tiquement aux sir\u00e8nes de la gloire. On pense tout aussi bien, sans doute, au si\u00e8cle de Louis XIV o\u00f9 l\u2019imitation des Anciens est un des \u00e9l\u00e9ments par essence de l\u2019id\u00e9al classique. On se souvient de la c\u00e9l\u00e8bre boutade de La Bruy\u00e8re, qui r\u00e9sume exactement cet \u00e9tat d\u2019esprit\u00a0: \u00ab\u00a0Tout est dit, et l&rsquo;on vient trop tard depuis plus de sept mille ans qu&rsquo;il y a des hommes et qui pensent. Sur ce qui concerne les m\u0153urs, le plus beau et le meilleur est enlev\u00e9\u00a0; l&rsquo;on ne fait que glaner apr\u00e8s les anciens et les habiles d&rsquo;entre les modernes\u00bb (La Bruy\u00e8re, 2013, 79). Aussi, le lecteur des\u00a0<em>Fables\u00a0<\/em>d\u2019\u00c9sope m\u00e9connaissant un tel credo pourrait tr\u00e8s vite crier haro en lisant La Fontaine. Il en serait de m\u00eame de quiconque d\u00e9couvrirait comment\u00a0<em>La Marmite\u00a0<\/em>de Plaute accouche de\u00a0<em>L\u2019Avare<\/em>,et voudrait pour cette raison jeter la pierre \u00e0 l\u2019auteur de\u00a0<em>Tartuffe<\/em>. Heureusement, un sp\u00e9cialiste du si\u00e8cle qui conna\u00eet bien le grand dramaturge lui mettrait bient\u00f4t un salutaire b\u00e9mol\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque de Moli\u00e8re comme celle de Plaute il \u00e9tait de Tradition \u2013 et tout \u00e0 fait avouable \u2013 d\u2019emprunter \u00e0 des \u0153uvres ant\u00e9rieures sujet, arguments voire de s\u2019inspirer de sc\u00e8nes enti\u00e8res. Moli\u00e8re ne s\u2019en est pas priv\u00e9, qui avait un grand savoir-faire dans la mani\u00e8re d\u2019accommoder, entre autres, les textes des Anciens, mais aussi ceux de ses contemporains. Tout est dans \u00ab\u00a0l\u2019art et la mani\u00e8re\u00a0\u00bb, et dans un temps o\u00f9 le droit d\u2019auteur n\u2019existe pas, on ne parle pas de plagiat. (Lassalle, 1993, 7-8)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cependant, comme si le champ litt\u00e9raire pressentait 1789, la R\u00e9volution se fit, en mati\u00e8re de respect de la propri\u00e9t\u00e9 litt\u00e9raire, bien avant l\u2019\u00e9branlement de la sph\u00e8re politique. Progressivement, un vent de g\u00eane commence \u00e0 souffler sur l\u2019acte de plagiat. La Bruy\u00e8re s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 au principe dans son chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Des ouvrages de l\u2019esprit\u00a0\u00bb. Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res se fera plus radical dans la proscription de la copie.<\/p>\n<p>Ce bouleversement peut sans doute \u00eatre mis en corr\u00e9lation avec l\u2019affirmation, sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne, d\u2019une bourgeoisie dont l\u2019id\u00e9al repose tout entier sur l\u2019obsession de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. N\u2019oublions pas que, comme le signalait Philippe Lejeune, \u00ab\u00a0c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019on commence \u00e0 prendre conscience de la valeur et de la singularit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience que chacun a de lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (1971, 43). Une autre critique le confirme, en signalant toutefois l\u2019impossibilit\u00e9 de la cr\u00e9ation originale malgr\u00e9 la r\u00e9volution esth\u00e9tique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle voit l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;individu, revendiquant pour lui-m\u00eame la propri\u00e9t\u00e9 de son \u0153uvre. Le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res eut tout de m\u00eame son lot de plagiaires. Fr\u00e9ron, justicier dans l&rsquo;\u00e2me, s&rsquo;en prit au\u00a0<em>Fils naturel\u00a0<\/em>de Diderot dont il publia un r\u00e9sum\u00e9, mot pour mot identique au r\u00e9sum\u00e9 du\u00a0<em>Vero Amico<\/em>du c\u00e9l\u00e8bre dramaturge v\u00e9nitien Goldoni&#8230; Diderot eut r\u00e9ellement mauvaise conscience. (Maurel-Indart, 2008, 6)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons-nous, par ailleurs, l\u2019acerbe note que Montesquieu signe \u00e0 ce propos dans la \u00ab\u00a0Lettre LXVI, Rica \u00e0 ***\u00a0\u00bb de son roman \u00e9pistolaire\u00a0<em>Lettres persanes\u00a0<\/em>(1721)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>De tous les auteurs, il n\u2019y en a point que je m\u00e9prise plus que les compilateurs, qui vont, de tous c\u00f4t\u00e9s, chercher des lambeaux des ouvrages des autres, qu\u2019ils plaquent dans les leurs comme des pi\u00e8ces de gazon dans un parterre. [\u2026] Je voudrais qu\u2019on respect\u00e2t les livres originaux, et il me semble que c\u2019est une esp\u00e8ce de profanation de tirer les pi\u00e8ces qui les composent du sanctuaire o\u00f9 elles sont, pour les exposer \u00e0 un m\u00e9pris qu\u2019elles ne m\u00e9ritent point. (2008, 183-187)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On sait aujourd\u2019hui combien Montesquieu fut lui-m\u00eame particuli\u00e8rement ulc\u00e9r\u00e9 par les reprises plagiaires de son roman \u00e9pistolaire, remont\u00e9 au point de sortir de l\u2019anonymat o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 pour revendiquer ouvertement la paternit\u00e9 de l\u2019ouvrage. \u00c0 ce titre, il faut signaler le caract\u00e8re erron\u00e9 d\u2019une certaine opinion qui veut que les grands noms du roman au XVIII<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle n\u2019aient pas toujours assum\u00e9 la paternit\u00e9 de leurs \u0153uvres \u00e0 cause de la trivialit\u00e9 du genre romanesque \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Pour cela, diverses strat\u00e9gies s\u2019offrirent, qui facilit\u00e8rent par la suite les reprises plagiaires\u00a0: anonymat chez Montesquieu, revendication du simple statut de traducteur (Voltaire) ou d\u2019\u00e9diteur (Laclos), chute brutale de l\u2019intrigue (dans les deux grands romans de Marivaux,\u00a0<em>Le Paysan parvenu\u00a0<\/em>et\u00a0<em>La Vie de Marianne<\/em>). Selon Alain V\u00e9quaud, cependant, ces strat\u00e9gies sont beaucoup plus de l\u2019ordre du marketing que d\u2019une quelconque volont\u00e9 de d\u00e9guisement. En effet, qu\u2019on n\u2019oublie pas que<\/p>\n<blockquote>\n<p>les lettr\u00e9s et les mondains, depuis le XVII<sup>e<\/sup>si\u00e8cle, go\u00fbtaient le jeu des devinettes litt\u00e9raires. Quand quelqu\u2019un de connu se piquait d\u2019\u00e9crire, il mettait de la coquetterie \u00e0 se laisser d\u00e9masquer en toute fausse modestie. C\u2019est pourquoi Montesquieu insista pour que sa paternit\u00e9 ne f\u00fbt pas reconnue. Craignait-il que son \u0153uvre port\u00e2t atteinte \u00e0 sa dignit\u00e9 parlementaire\u00a0? Allons donc\u00a0! On sait que \u00ab\u00a0Monsieur le Pr\u00e9sident\u00a0\u00bb trouvait tout aussi honorable d\u2019\u00eatre Acad\u00e9micien. (V\u00e9quaud, 1983, 12)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un long combat a finalement garanti les droits d\u2019auteur dans ce si\u00e8cle, combat juridique qui s\u2019av\u00e9ra l\u2019aboutissement des plaintes des auteurs plagi\u00e9s depuis la seconde moiti\u00e9 du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent :<\/p>\n<blockquote>\n<p>Souvenons-nous des probl\u00e8mes rencontr\u00e9s par Moli\u00e8re \u00e0 cause d\u2019un exemplaire d\u00e9rob\u00e9s des\u00a0<em>Pr\u00e9cieuses ridicules<\/em>, qui avait donn\u00e9 lieu \u00e0 une \u00e9dition pirate. Ce n\u2019est qu\u2019en 1777 que Beaumarchais, ayant des d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec la Com\u00e9die-Fran\u00e7aise \u00e0 propos du\u00a0<em>Barbier de S\u00e9ville<\/em>, fonda avec Marmontel et Sedaine la Soci\u00e9t\u00e9 des Auteurs dramatiques. C\u2019est la loi du 24 juillet 1793 qui fixera le respect des droits moraux et mat\u00e9riels des \u00e9crivains. (V\u00e9quaud, 1983, 10)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il est \u00e0 signaler ici le flou qui entoure la date exacte de cette loi (comme si, symboliquement, rien d\u2019absolu ne pourrait se retenir quand il s\u2019agit de tracer des fronti\u00e8res entre les propri\u00e9t\u00e9s intellectuelles). Mais s\u2019il y a un point qui fasse l\u2019unanimit\u00e9 sur le sujet, c\u2019est qu\u2019\u00e0 partir de sa promulgation, un grand bonnet rouge est mis aux pratiques litt\u00e9raires jusque-l\u00e0 en vigueur. Ainsi, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019Alain V\u00e9quaud qui situe cette r\u00e9volution sur les droits d\u2019auteur en 1793, pour Christian Vandendorpe,<\/p>\n<blockquote>\n<p>ce pas sera franchi avec la loi Le Chapelier (1791), qui consacre le droit d&rsquo;auteur en d\u00e9clarant que \u00ab\u00a0la plus sacr\u00e9e et la plus personnelle de toutes les propri\u00e9t\u00e9s est l&rsquo;ouvrage, fruit de la pens\u00e9e d&rsquo;un \u00e9crivain\u00a0\u00bb. Le plagiat quitte ainsi le plan strictement litt\u00e9raire et tombe dans le domaine juridique. D\u00e8s lors, il ne tardera pas \u00e0 devenir un \u00ab\u00a0probl\u00e8me\u00a0\u00bb, selon le mot de Michel Schneider, qui fait dater du premier quart du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle l&rsquo;apparition du sens moderne du terme. (1992, 10)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette nouvelle tendance va en s\u2019affirmant. Au XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, l\u2019acte de plagiat est d\u00e9j\u00e0 satur\u00e9 du parfum de vol qu\u2019aujourd\u2019hui nous lui connaissons. Selon le sociologue Pierre Bourdieu, cette r\u00e9alit\u00e9 s\u2019explique en ce que le si\u00e8cle du roman correspond \u00e0 la pleine maturit\u00e9 du \u00ab\u00a0champ litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0L\u2019ordre litt\u00e9raire [\u2026] qui s\u2019est progressivement institu\u00e9 au terme d\u2019un long processus d\u2019autonomisation\u00a0\u00bb (Bourdieu, 1998, 353) adoptera ses contours d\u00e9finitifs durant \u00ab\u00a0la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, moment o\u00f9 le champ litt\u00e9raire parvient \u00e0 un degr\u00e9 d\u2019autonomie qu\u2019il n\u2019a [d\u2019ailleurs] jamais d\u00e9pass\u00e9 depuis\u00a0\u00bb\u00a0(358). Du reste, les grands \u00e9crivains de l\u2019\u00e9poque n\u2019h\u00e9sitent pas un seul instant \u00e0 vigoureusement fl\u00e9trir toute forme de copie. \u00c0 vingt-cinq ans seulement, Victor Hugo, chef de file d\u2019une \u00e9cole qui a affirm\u00e9 la primaut\u00e9 du moi, sans doute bien honteux d\u2019avoir par un malheureux jour revendiqu\u00e9 un \u00ab\u00a0Chateaubriand ou rien\u00a0\u00bb, d\u00e9coche ses fl\u00e8ches\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Qu\u2019on ne s&rsquo;y m\u00e9prenne pas, si quelques-uns de nos po\u00e8tes ont pu \u00eatre grands, m\u00eame en imitant, c&rsquo;est que, tout en se modelant sur la forme antique, ils ont souvent encore \u00e9cout\u00e9 la nature et leur g\u00e9nie, c&rsquo;est qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 eux-m\u00eames par un c\u00f4t\u00e9. Leurs rameaux se cramponnaient \u00e0 l&rsquo;arbre voisin, mais leur racine plongeait dans le sol de l&rsquo;art. Ils \u00e9taient le lierre, et non le gui. Puis sont venus les imitateurs en sous-ordre, qui n&rsquo;ayant ni racine en terre, ni g\u00e9nie dans l&rsquo;\u00e2me, ont d\u00fb se borner \u00e0 l&rsquo;imitation. (1963, 145)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour encore souligner le degr\u00e9 d\u2019aversion (devenue obsession) de Hugo \u00e0 l\u2019endroit du plagiat, consid\u00e9rons ici, en exemple, le passage des\u00a0<em>Mis\u00e9rables\u00a0<\/em>o\u00f9 Marius, fol amoureux de Cosette, veut attirer son attention au jardin Luxembourg\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Elle ne pourrait cependant, pensait-il, s\u2019emp\u00eacher d\u2019avoir de l\u2019estime et de la consid\u00e9ration pour\u00a0\u00a0moi si elle savait que c\u2019est moi qui suis le v\u00e9ritable auteur de la dissertation sur Marcos Obregon de la Ronda que monsieur Fran\u00e7ois de Neufch\u00e2teau a mise, comme \u00e9tant de lui, en t\u00eate de son \u00e9dition de\u00a0<em>Gil Blas.<\/em>(Hugo, 1962, 619)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Faut-il rappeler le caract\u00e8re autobiographique de cette note\u00a0? Courtisant Ad\u00e8le Foucher alors qu\u2019il est encore pauvre, le jeune Victor Hugo envoie tous ses articles au p\u00e8re Foucher pour gagner sa consid\u00e9ration. D\u2019ailleurs, le critique hugolien Guy Rosa fera lui-m\u00eame la remarque \u00e0 propos de ce passage en ces termes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Voir I, 3, 1, note 27 et le passage du\u00a0<em>Victor Hugo racont\u00e9<\/em>\u2026 (p. 305) o\u00f9 est racont\u00e9 comment V. Hugo se fit le \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb de l&rsquo;acad\u00e9micien. \u00ab\u00a0L&rsquo;obligeant \u00e9colier d\u00e9montra en une vingtaine de pages l&rsquo;originalit\u00e9 de\u00a0<em>Gil Blas<\/em>et l&rsquo;acad\u00e9micien mit en t\u00eate de l&rsquo;\u00e9dition Didot cette \u00e9tude qu&rsquo;il signa de son nom\u00a0\u00bb. (2005, 218)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Consid\u00e9r\u00e9 comme un acte anodin dans l\u2019Antiquit\u00e9, sans nom dans certaines soci\u00e9t\u00e9s, recommand\u00e9 dans d\u2019autres, il fait l\u2019objet, de nos jours, de notoires poursuites judiciaires. Ainsi,\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>plusieurs romans ont fait depuis l&rsquo;ann\u00e9e 2000 l&rsquo;objet d&rsquo;une assignation pour contrefa\u00e7on\u00a0: la biographie romanc\u00e9e d&rsquo;Alain Minc,<em>Spinoza, un roman juif\u00a0<\/em>(Gallimard, 1999) et le r\u00e9cit de Michel Le Bris,\u00a0<em>D&rsquo;or, de r\u00eaves et de sang, l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e de la flibuste\u00a0<\/em>(Hachette Litt\u00e9ratures, 2001) ont \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9s par le juge comme des contrefa\u00e7ons partielles. (Maurel-Indart, 2008, 7)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une \u00e9vidence m\u00e9rite d\u2019\u00eatre rappel\u00e9e ici\u00a0: on invente bien rarement en litt\u00e9rature. En v\u00e9rit\u00e9, le \u00ab\u00a0tout est dit\u00a0\u00bb aurait bel et bien pu \u00eatre aussi une boutade de la Renaissance ou de l\u2019Antiquit\u00e9, tant il est vrai que l\u2019\u0153uvre la plus originale, en apparence, tient par quelque attache (d\u00e9clar\u00e9e ou discr\u00e8te) \u00e0 une ou plusieurs autres productions. C\u2019est sans doute la raison qui explique que, pendant longtemps, le plagiat est rest\u00e9 totalement impuni. Montesquieu, qui se fait lui-m\u00eame fort de conspuer d\u2019un ton scandalis\u00e9 ceux qui vont \u00ab\u00a0chercher des lambeaux\u00a0\u00bb, n\u2019a pu se soustraire \u00e0 la pratique (on sait par Paul Verni\u00e8re tout ce que ses\u00a0<em>Lettres persanes\u00a0<\/em>doivent aux notes de Chardin sur l\u2019Orient et \u00e0\u00a0<em>L\u2019Espion turc\u00a0<\/em>de Marana<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5644\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5644-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Voir la r\u00e9\u00e9dition du roman au Livre de Poche en 2008.<\/span>). Un si\u00e8cle plus tard, dans sa Pr\u00e9face de\u00a0<em>Cromwell<\/em>, vouant au nom de l\u2019individualit\u00e9 du style les imitateurs classiques aux g\u00e9monies, Hugo sera tout de m\u00eame conscient des limites de l\u2019originalit\u00e9 en avouant d\u2019entr\u00e9e de jeu que \u00ab\u00a0rien ne vient sans racine. \u00bb (1963, 1451) C\u2019est que le style m\u00eame ne serait pas \u2013 comme le soutient Barthes \u2013 l\u2019aboutissement \u00ab\u00a0d\u2019une biologie ou d\u2019un pass\u00e9\u00a0\u00bb (1972, 12)\u00a0; il est \u00e0 tout moment l\u2019expression d\u2019une polyphonie. Todorov explique, commentant Bakhtine\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est l\u2019\u00eatre humain m\u00eame qui est irr\u00e9ductiblement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, c\u2019est lui qui n\u2019existe qu\u2019en dialogue\u00a0: au sein de l\u2019\u00eatre on trouve l\u2019autre.\u00a0\u00bb (1981, 9). Par ailleurs, dans les communaut\u00e9s o\u00f9 l\u2019art est encore une affaire de collectivit\u00e9, on ne trouve m\u00eame pas trace de ce terme. En France, cependant, \u00e0 partir du XVIII<sup>e<\/sup>si\u00e8cle, la donne change\u00a0: le droit \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, consolid\u00e9e par les r\u00e9volutions bourgeoises, gagne enti\u00e8rement la litt\u00e9rature lorsqu\u2019au XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, cette derni\u00e8re finit de d\u00e9limiter d\u00e9finitivement les contours de son \u00ab\u00a0champ\u00a0\u00bb. Cette p\u00e9riode co\u00efncide aussi avec la grande mont\u00e9e imp\u00e9rialiste occidentale\u00a0: \u00ab\u00a0le bon sauvage\u00a0\u00bb d\u00e9couvre \u00e0 son tour une forme d\u2019art o\u00f9 une fronti\u00e8re \u00e9tanche est trac\u00e9e entre un producteur emmur\u00e9 dans sa tour d\u2019ivoire et des consommateurs somm\u00e9s de jouer le jeu. Au XX<sup>e<\/sup>si\u00e8cle, les pratiques plagiaires sentent mauvais jusque dans les sph\u00e8res sociales o\u00f9 tout art ne se concevait que par et pour la collectivit\u00e9. Au S\u00e9n\u00e9gal, par exemple, on peut facilement se rendre compte de cette r\u00e9volution en s\u2019int\u00e9ressant aux obsessionnelles accusations de copie dont fait l\u2019objet\u00a0<em>Les bouts de bois de Dieu\u00a0<\/em>depuis la parution du roman en 1962. On sait que d\u00e8s que cette inquisition se saisit d\u2019un auteur, sa r\u00e9putation en p\u00e2tit et, corollairement, notre perception de son \u0153uvre s\u2019en ressent n\u00e9gativement.<\/p>\n<p>Ainsi, le plagiat est partout connu, et de tout le monde\u00a0; d\u00e9sormais, nul n\u2019est cens\u00e9 ignorer la loi. Il est curieux de constater qu\u2019en l\u2019espace de trois si\u00e8cles \u00e0 peine, une pratique litt\u00e9raire encore normale au d\u00e9but du si\u00e8cle des Lumi\u00e8res s\u2019est surcharg\u00e9e de connotation p\u00e9jorative au point de para\u00eetre criminelle. Qu\u2019on se rappelle, pour s\u2019en convaincre, le scandale populaire qu\u2019a fait na\u00eetre Melania Trump en 2016, alors que celle-ci \u00e9tait accus\u00e9e d\u2019avoir copi\u00e9 le discours prononc\u00e9 par Michelle Obama huit ans plus t\u00f4t\u00a0: \u00ab\u00a0Le discours de Melania Trump\u00a0\u00bb, \u00e9crivait le journaliste J\u00e9r\u00e9mie Lemaire, \u00ab\u00a0a \u00e9t\u00e9 entach\u00e9 par une sale histoire de plagiat.\u00a0\u00bb (2016) Nous savons, par ailleurs, le r\u00f4le de premier plan jou\u00e9 par la g\u00e9n\u00e9tique textuelle dans cette Inquisition du plagiat. \u00c0 l\u2019heure actuelle, pour les besoins de cette instruction, des logiciels peuvent passer au peigne-fin tout texte dont on soup\u00e7onne la non-originalit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ils s\u2019appellent \u00ab\u00a0Viper\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Turnitin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Compilatio\u00a0\u00bb\u00a0: en anglais ou en fran\u00e7ais, ce sont des logiciels qui, en th\u00e9orie, permettent de d\u00e9tecter le plagiat dans les travaux universitaires le plus souvent. Il en co\u00fbte 4,95 dollars sur Turnitin pour scanner un texte de 5 000 mots. L\u2019efficacit\u00e9 de ces instruments ne peut venir que de leurs bases de donn\u00e9es\u00a0: Viper se targue ainsi de disposer de \u00ab\u00a0<em>6 milliards de sources<\/em>\u00a0\u00bb. (G\u00e9ni\u00e8s et Lem\u00e9nager, 2011)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En outre, avec les progr\u00e8s du num\u00e9rique, cette m\u00e9thode d\u2019analyse galvanis\u00e9e par notre obsessionnel besoin d\u2019originalit\u00e9 pourrait bient\u00f4t briser bien des idoles reposant aujourd\u2019hui au panth\u00e9on litt\u00e9raire (la profanation de Moli\u00e8re est d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9e), ou bien nous rappeler \u2013 en tout cas, en litt\u00e9rature \u2013 une v\u00e9rit\u00e9 que l\u2019Antiquit\u00e9 gravait sur ses m\u00e9dailles\u00a0: les jours succ\u00e8dent aux jours mais, au fond, il n\u2019y a rien de nouveau sous le soleil.<\/p>\n<p align=\"left\">\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Barthes, Roland. 1972.\u00a0<em>Le degr\u00e9 z\u00e9ro de l\u2019\u00e9criture<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>Baudelaire, Charles. 1975.\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0La Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Bayard, Pierre. 2009.\u00a0<em>Le Plagiat par anticipation<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit, coll. \u00ab\u00a0Paradoxe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Boileau, Nicolas. 1881.\u00a0<em>Art po\u00e9tique<\/em>. Paris\u00a0: Librairie Hachette et Cie.<\/p>\n<p>Bourdieu, Pierre. 1992.\u00a0<em>Les r\u00e8gles de l\u2019art. Gen\u00e8se et structure du champ litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>Brunel, Pierre, Pichois, Claude, et Andr\u00e9-Michel Rousseau. 1983.\u00a0<em>Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature compar\u00e9e\u00a0?\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p>Chevrier, Jacques. 1984.\u00a0<em>Litt\u00e9rature N\u00e8gre<\/em>. Paris\u00a0: Armand Colin.<\/p>\n<p>Decaux, Alain. 2001.\u00a0<em>Victor Hugo<\/em>. Paris\u00a0: Perrin.<\/p>\n<p>Domino, Maurice. 1987. \u00ab\u00a0La r\u00e9\u00e9criture du texte litt\u00e9raire Mythe et R\u00e9\u00e9criture\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Semen<\/em>, [En ligne], &lt;\u00a0<a href=\"http:\/\/semen.revues.org\/5383\">http:\/\/semen.revues.org\/5383<\/a>\u00a0&gt;<\/p>\n<p>Duclos, \u00c9lise. 2017.\u00a0<em>Orhan Pamuk et la litt\u00e9rature mondiale<\/em>. Paris\u00a0: P\u00e9tra, coll. \u00ab\u00a0Litt\u00e9rature compar\u00e9e \/ Histoire et critique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Dupuis, J\u00e9r\u00f4me. 2016. \u00ab\u00a0Plagiat\u00a0: les copier-coller du physicien \u00c9tienne Klein\u00a0\u00bb.\u00a0<em>L\u2019Express<\/em>, [En ligne].<\/p>\n<p>Etiemble. 1990. \u00ab\u00a0Lautr\u00e9amont\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Encyclop\u04d5dia Universalis<\/em>, vol. 13, p.\u00a0536.<\/p>\n<p>Ferry, Luc. 1990.\u00a0<em>Homo \u00c6stheticus<\/em>. Paris\u00a0: Grasset et Fasquelle.<\/p>\n<p>Gallo, Max. 2001.\u00a0<em>Victor Hugo,\u00a0<\/em>tome II, \u00ab\u00a0je serai celui-l\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb\u00a0(1844-1885). Paris\u00a0: XO Editions, 2001.<\/p>\n<p>Genette, G\u00e9rard. 1982.\u00a0<em>Palimpsestes. La Litt\u00e9rature au second degr\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>G\u00e9ni\u00e8s, Bernard et Gr\u00e9goie Lem\u00e9nager. 2011. \u00ab\u00a0De quoi PPDA est-il le nom\u00a0?\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Le Nouvel Observateur<\/em>, [En ligne].<\/p>\n<p>Hugo, Victor. 1962.\u00a0<em>Les Mis\u00e9rables. \u0152uvres romanesques compl\u00e8tes<\/em>. Paris\u00a0: Jean-Jacques Pauvert.<\/p>\n<p>________. 1963. \u00ab\u00a0Pr\u00e9face de Cromwell\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u0152uvres dramatiques compl\u00e8tes<\/em>. Paris\u00a0: Jean-Jacques Pauvert.<\/p>\n<p>La Bruy\u00e8re, Jean de. 2013.\u00a0<em>Les Caract\u00e8res, ou les m\u0153urs de ce si\u00e8cle<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>La Fontaine, Jean de. 1985.\u00a0<em>Fables<\/em>. Paris\u00a0: Le Livre de Poche.<\/p>\n<p>Lamartine, Alphonse de. 2014.\u00a0<em>M\u00e9diations po\u00e9tiques.<\/em>\u00a0[En ligne].<\/p>\n<p>Lemaire, J\u00e9r\u00e9mie. 2016. \u00ab\u00a0On sait comment Melania Trump a pu plagier le discours de Michelle Obama\u00a0\u00bb. [En ligne].<\/p>\n<p>Maurel-Indart, H\u00e9l\u00e8ne. 1999.\u00a0<em>Du Plagiat<\/em>. Paris :\u00a0Presses universitaires de France.<\/p>\n<p>________.\u00a02002. \u00ab\u00a0Le plagiat en 2001\u00a0: analyse d&rsquo;un grand cru\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Critique<\/em>, n\u00b0 663-664. \u00ab\u00a0Copier, voler, les plagiaires\u00a0\u00bb. Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>________. 2007.<em>Plagiats, les coulisses de l&rsquo;\u00e9criture<\/em>. Paris\u00a0: La Diff\u00e9rence.<\/p>\n<p>________. 2008 \u00ab\u00a0Plagiat et la cr\u00e9ation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. [En ligne].<\/p>\n<p>Montesquieu, Charles de. 2008.\u00a0<em>Lettres persanes<\/em>. Paris\u00a0: Le Livre de Poche.<\/p>\n<p>Pi\u00e9gay-Gros, Nathalie. 2002.\u00a0<em>Introduction \u00e0 l\u2019intertextualit\u00e9<\/em>. Paris\u00a0: Nathan.<\/p>\n<p>Proust, Marcel. 1919.\u00a0<em>Pastiches et m\u00e9langes<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Rosa, Guy. 2005.\u00a0<em>Pr\u00e9sentation des Mis\u00e9rables de Victor Hugo<\/em>, tome III. [En ligne].<\/p>\n<p>Sellier, Philippe. 1970.\u00a0<em>Le mythe du h\u00e9ros<\/em>. Paris\u00a0: Bordas.<\/p>\n<p>Senghor, L\u00e9opold S\u00e9dar. 1974.\u00a0<em>Po\u00e8mes<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>Todorov, Tzvetan. 1981.\u00a0<em>Mikha\u00efl Bakhtine, le principe dialogique<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>Tournier, Michel. 1979.\u00a0<em>Le vent Paraclet<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Vandendorpe,\u00a0Christian. 1992. \u00ab\u00a0Le Plagiat\u00a0\u00bb,\u00a0Colloque d&rsquo;Ottawa. [En ligne].<\/p>\n<p>V\u00e9quaud, Alain. 1983.\u00a0<em>Lettres persanes, Montesquieu<\/em>. Paris\u00a0: Hatier.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Faye, Moustapha. 2018. \u00ab\u00a0Le plagiat depuis les Lumi\u00e8res\u00a0:\u00a0une \u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s sur le panth\u00e9on litt\u00e9raire\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27 (Hiver), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/faye-27 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/faye_27_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 faye_27_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-6777d8f9-c5a6-42f6-aef8-4e49571d3cdd\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/faye_27_0.pdf\">faye_27_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/faye_27_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-6777d8f9-c5a6-42f6-aef8-4e49571d3cdd\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Tzvetan Todorov pr\u00e9cise ce postulat\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019existe plus, depuis Adam, d\u2019objets innomm\u00e9s, ni de mots qui n\u2019auraient pas d\u00e9j\u00e0 servi. Intentionnellement ou non, chaque discours entre en dialogue avec les discours ant\u00e9rieurs tenus sur le m\u00eame objet, ainsi qu\u2019avec les discours \u00e0 venir, dont il pressent et pr\u00e9vient les r\u00e9actions\u00a0\u00bb (1981, 8).<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>OULIPO (Ouvroir de litt\u00e9rature potentielle). Ce mouvement litt\u00e9raire \u00ab\u00a0doit sa naissance \u00e0 la rencontre de Raymond Queneau et de Fran\u00e7ois Le Lionnais. [\u2026]. Le projet de l\u2019OULIPO est [\u2026] de d\u00e9couvrir des structures nouvelles, c\u2019est-\u00e0-dire des contraintes nouvelles [en cr\u00e9ation litt\u00e9raire]. D\u2019une part, ces structures nouvelles permettent de d\u00e9gager une \u00ab\u00a0litt\u00e9rature potentielle\u00a0\u00bb du mat\u00e9riel d\u00e9j\u00e0 existant, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019en superposant une nouvelle structure \u00e0 une \u0153uvre ancienne on obtient un produit nouveau, qui peut avoir une valeur litt\u00e9raire en soi ou qui peut servir \u00e0 analyser cette \u0153uvre. D\u2019autre part, cette structure nouvelle peut servir \u00e0 cr\u00e9er une \u0153uvre enti\u00e8rement neuve.\u00a0\u00bb (<em>Encyclopaedia Universalis<\/em>,\u00a0<em>LR<\/em>, 1990, p. 2564-2565)<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Titre d\u2019un recueil de contes de l\u2019\u00e9crivain s\u00e9n\u00e9galais Birago Diop (Paris, Pr\u00e9sence Africaine, 1947). Ces contes que l\u2019\u00e9crivain a traduits en fran\u00e7ais ont \u00e9t\u00e9 dict\u00e9s par un vieux griot s\u00e9r\u00e8re, Amadou Coumba, qui accompagnait Birago Diop \u00e0 travers les brousses de l\u2019Afrique Occidentale fran\u00e7aise o\u00f9 celui-ci exer\u00e7ait sa fonction de v\u00e9t\u00e9rinaire itin\u00e9rant.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Voir la r\u00e9\u00e9dition du roman au Livre de Poche en 2008.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27 \u00ab\u00a0Un seul \u00eatre vous manque et tout est d\u00e9peupl\u00e9 \u00bb; qui ne se rappelle pas ce c\u00e9l\u00e8bre vers de \u00ab\u00a0L\u2019Isolement\u00a0\u00bb de Lamartine\u00a0? Plus que son po\u00e8me \u00ab\u00a0Le Lac\u00a0\u00bb (probablement le plus connu de l\u2019auteur des\u00a0M\u00e9ditations po\u00e9tiques), ce vers incarne dans un m\u00eame [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1294,1293],"tags":[135],"class_list":["post-5644","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-le-plagiat-comme-poetique","category-trafiquer-lecriture-fictions-frauduleuses-et-supercheries-auctoriales","tag-faye-moustapha"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5644","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5644"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5644\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8717,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5644\/revisions\/8717"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5644"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5644"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5644"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}