{"id":5652,"date":"2024-06-13T19:48:30","date_gmt":"2024-06-13T19:48:30","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/retrouver-son-nom\/"},"modified":"2024-08-22T17:43:01","modified_gmt":"2024-08-22T17:43:01","slug":"retrouver-son-nom","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5652","title":{"rendered":"Retrouver son nom"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6898\">Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27<\/a><\/h5>\n<p style=\"text-align: right;\">Par Anonyme<a id=\"footnoteref1_os5puyy\" class=\"see-footnote\" title=\"L\u2019auteure a demand\u00e9 qu\u2019on retire son nom par souci de confusion.\" href=\"#footnote1_os5puyy\">[1]<\/a><\/p>\n<p>J\u2019ai longtemps jug\u00e9 s\u00e9duisante la th\u00e9orie de la mort de l\u2019auteur, car elle avait le m\u00e9rite de son audace. Qu\u2019un critique invite le lecteur aux fun\u00e9railles de l\u2019auteur, c\u2019\u00e9tait lui offrir l\u2019occasion de rire devant le spectacle morbide d\u2019une entit\u00e9 poussi\u00e9reuse qui, jadis, avait eu consistance et se retrouvait, du jour au lendemain, emmaillot\u00e9e pudiquement du velours d\u2019un cercueil. Si je mentionne le rire du lecteur, c\u2019est qu\u2019il ne faut pas se leurrer. On a r\u00e9pandu \u00e0 tort et \u00e0 travers l\u2019illusion d\u2019une entente entre l\u2019auteur et le lecteur quand il est \u00e9vident que c\u2019est d\u2019une m\u00e9sentente dont il s\u2019est toujours agi entre eux deux. Le lecteur, \u00e0 la merci de l\u2019auteur, a caress\u00e9 depuis des si\u00e8cles le projet de s\u2019en d\u00e9barrasser. Apr\u00e8s une si longue qu\u00eate, il m\u2019appara\u00eet naturel qu\u2019il se soit permis un soupir de soulagement suivi d\u2019un soubresaut de jubilation lors de la veill\u00e9e fun\u00e8bre. L\u2019ennui, c\u2019est qu\u2019il a, cette fois encore et de mani\u00e8re plus subreptice que jamais, \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019une odieuse machination.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong style=\"font-size: 18px; text-align: center;\">\u2666<\/strong><\/p>\n<p>Un th\u00e9oricien se demande si la fiction peut mentir, la fiction ne ment jamais, la fiction ne ment pas. Elle ne peut pas mentir; dire qu\u2019elle ment, ce serait pr\u00e9tendre qu\u2019elle connait la v\u00e9rit\u00e9. Ce serait pratique si nous pouvions prendre au pied de la lettre le concept de fiction, lui associer le faux, la fraude, l\u2019infamie. Ce serait pratique de m\u00e9dire sur sa fragilit\u00e9. Toujours se m\u00e9fier des mirages, savoir se m\u00e9fier \u00e0 tout coup. Ce serait pratique, mais qu\u2019en serait-il alors de l\u2019attente et de l\u2019attraction? De la curiosit\u00e9, du suspense? De ces paroles rest\u00e9es secr\u00e8tes depuis les fondations; aucune chose ne sera dite ici qui soit \u00e9trange quoique commune; incroyable quoique s\u00fbre; \u00e9lev\u00e9e bien qu\u2019ordinaire; rien de profitable, rien qui ait de la valeur. Un math\u00e9maticien \u00e9crit dans son cahier\u00a0: c\u2019est un destin absolument quelconque d\u2019avoir re\u00e7u un monde en partage, et de ne pas en avoir \u00e9t\u00e9 enrichi. La fiction comme un monde en partage mais qu\u2019on habite secr\u00e8tement. Nous enrichit-elle, la fiction, si elle ne conna\u00eet pas la v\u00e9rit\u00e9, si elle la d\u00e9place sans cesse, si elle la d\u00e9samorce? La fiction ne ment pas, mais dans la fiction, c\u2019est une autre histoire.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong style=\"font-size: 18px; text-align: center;\">\u2666<\/strong><\/p>\n<div class=\"left-col\" style=\"float: left; width: 280px; padding: 30px;\">\n<p>L\u2019\u00e9crivain longe les rayons de la biblioth\u00e8que. Il n\u2019a pas remis les pieds dans cet \u00e9tablissement depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. Depuis les \u00e9tudes. Les lieux n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9nov\u00e9s ni repeints. Aucun r\u00e9am\u00e9nagement des espaces; les livres, constate-t-il, se fl\u00e9trissent dans les \u00e9tag\u00e8res fixes, les temps fig\u00e9s. L\u2019\u00e9crivain avance les yeux ferm\u00e9s dans la rang\u00e9e o\u00f9 il sait que se trouvera sa th\u00e8se de doctorat, l\u2019une des derni\u00e8res \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 convertie en objet lourd, encombrant, pour aller s\u2019empiler sur d\u2019autres savoirs fabriqu\u00e9s. Robuste ouvrage \u00e0 la couverture noire, feintise de cuir, sur laquelle n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9crit son vrai nom. Le titre de sa th\u00e8se minutieusement choisi, moins saisissant aujourd\u2019hui qu\u2019il ne l\u2019\u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque, a encore un effet enivrant chez lui lorsqu\u2019il se le rappelle. <em>Trafiquer l\u2019\u00e9criture: fictions frauduleuses et supercheries auctoriales.<\/em> Il n\u2019y a personne qui soit, de toute fa\u00e7on, de plus mauvaise foi que l\u2019auteur, se r\u00e9p\u00e8te-t-il avec amertume. Il se le r\u00e9p\u00e8te, se le r\u00e9p\u00e8te, la mauvaise foi de l\u2019auteur; on ne saurait dire s\u2019il y croit ou s\u2019amuse au sarcasme. Il r\u00e9p\u00e8te. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un lecteur assis au bout de la rang\u00e9e, d\u2019un doigt lev\u00e9, lui intime de se taire.\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"right-col\" style=\"float: right; width: 280px; padding: 30px;\">\n<p>Je vous enseigne mais je ne suis personne. Sur la porte de mon bureau r\u00e9sistent deux agglutinements de colle rigide o\u00f9 devrait se tenir une plaque de m\u00e9tal grav\u00e9e \u00e0 mon nom. On l\u2019a arrach\u00e9e. Quelqu\u2019un a arrach\u00e9 mon nom. Il n\u2019y a plus de nom sur la porte de mon bureau. Je deviens anonyme. Invisible, incertaine. Mon corps s\u2019efface dans le couloir, et lorsque je m\u2019y engage, je comprends qu\u2019il s\u2019est mu\u00e9 en labyrinthe. Sans fen\u00eatre. Sans issue aucune. Je tourne et tourne et tout se termine devant une porte close que toutes et tous pourraient pousser, mais pour aller nulle part. J\u2019interpr\u00e8te. Entrez, prenez ce qu\u2019il vous faut, citez. Je n\u2019ai plus de nom. Sans guillemets. Je ne suis personne, absolument personne. Je suis le personnage d\u2019un roman qui reste \u00e0 \u00e9crire, et je flotte, a\u00e9rienne, dispers\u00e9e sans avoir \u00e9t\u00e9, parmi les r\u00eaves d\u2019un \u00eatre qui n\u2019a pas su m\u2019achever. Un po\u00e8te n\u2019aurait pas dit mieux. Le po\u00e8te n\u2019aurait rien dit. Il ne parlait pas. Il a laiss\u00e9 \u00e0 d\u2019autres en lui le soin de parler \u00e0 sa place. Je vous laisse le soin de vous installer \u00e0 ma place. Prenez si\u00e8ge. Lisez. Il n\u2019y a rien, de toute fa\u00e7on, en tant que lecteur, que vous ferez mieux que l\u2019auteur. Vous \u00eates infiniment pi\u00e9g\u00e9.\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong style=\"font-size: 18px; text-align: center;\">\u2666<\/strong><\/p>\n<p>On ne s\u2019\u00e9tonne pas que la litt\u00e9rature rel\u00e8ve de conduites fourbes\u00a0: de la falsification, de l\u2019imposture, de la supercherie. Nous \u00e9crivons pour nous emm\u00ealer dans nos contradictions. Nous portons des d\u00e9guisements. Toujours pr\u00eats \u00e0 craquer des allumettes, dit-on, nous sommes m\u00fbrs pour la destruction, et que s\u2019\u00e9tendent les flammes, et que br\u00fblent les traces de nos d\u00e9lits. \u00c9tonnons-nous. Devant l\u2019auteur grima\u00e7ant qui s\u2019adonne au spectacle de marionnettes, devant l\u2019auteur qui se cure silencieusement les ongles. Pendant qu\u2019il \u00e9crit, toujours occup\u00e9 \u00e0 trafiquer quelque chose. Fabriquer des bombes artisanales. \u00c9tonnons-nous de sa dext\u00e9rit\u00e9, de ses ongles propres, de ses mains faussement douces; \u00e9tonnons-nous encore un peu de tant de cr\u00e9ativit\u00e9. De ses magouilles badines pour attirer l\u2019attention, de ses d\u00e9rives m\u00e9galomaniaques, de son f\u00e9tichisme des masques. Dans son atelier de travail, ce sont des masques partout, des masques \u00e9lev\u00e9s sur tous les murs. Et quand il termine un livre\u2026 un masque de plus coll\u00e9 sur son visage. Ne g\u00e2chons pas son plaisir. Il joue \u00e0 \u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre. Une enveloppe, une \u00e9corce, des \u00e9cailles. Il n\u2019est peut-\u00eatre pas trop tard pour changer de peau d\u00e9finitivement, de haut en bas et de long en large.<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 15px; text-align: center;\"><strong style=\"font-size: 18px;\">\u2666<\/strong><\/p>\n<p>On se demande ce que signifie \u00e9crire au nom d\u2019un autre, ce que veut dire \u00e9crire, est-ce qu\u2019\u00e9crire ne se fait pas, en permanence, au nom d\u2019un autre. Si nous nous appelons toutes et tous Erik Satie, dans ce cas nous n\u2019avons pas besoin d\u2019un commun accord sur son nom. Qu\u2019est-ce qu\u2019\u00e9crire en son nom? Peut-\u00eatre accepter de perdre ce nom. Peut-\u00eatre accepter la d\u00e9faite contre les pseudos. Je suis! hurlais-je, en me frappant la poitrine. Le seul, l\u2019unique! Je suis le fils de mes \u0153uvres et le p\u00e8re des m\u00eames! Je suis mon propre fils et mon propre p\u00e8re! Je ne dois rien \u00e0 personne! Je suis mon propre auteur et j\u2019en suis fier. Je suis authentique! Je ne suis pas un canular! Je ne suis pas pseudo-pseudo\u00a0: je suis un homme qui souffre et qui \u00e9crit pour souffrir davantage et pour donner ensuite encore plus \u00e0 mon \u0153uvre. On se demande ce que veut dire \u00e9crire au nom d\u2019un autre. S\u00fbrement la fuite. \u00c0 tout prix le vertige. Un moment l\u2019inqui\u00e9tude. Sans que s\u2019\u00e9puisent les tremblements.\u00a0<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 15px; text-align: center;\"><strong style=\"font-size: 18px;\">\u2666<\/strong><\/p>\n<div class=\"left-col\" style=\"padding: 30px; float: left; width: 280px;\">\n<p>L\u2019\u00e9crivain est impliqu\u00e9 dans une affaire de plagiat. Une professeure de litt\u00e9rature a d\u00e9cel\u00e9 dans son dernier roman l\u2019emprunt non d\u00e9clar\u00e9 de plus d\u2019une centaine de passages \u00e0 d\u2019autres auteurs. Elle a sign\u00e9 une pr\u00e9face dans une revue universitaire pour r\u00e9v\u00e9ler le subterfuge. Depuis, il n\u2019y a pas eu d\u2019autres remous, mais l\u2019\u00e9crivain craint que l\u2019affaire aille plus loin, que la professeure relise chacune de ses \u0153uvres et d\u00e9couvre l\u2019ampleur de la fraude. Qu\u2019elle fasse le lien avec sa th\u00e8se, d\u00e9terre l\u2019histoire du pseudonyme, voire pire, d\u00e9niche la note de bas de page incriminante qui annon\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 son projet. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, son directeur de recherche avait pass\u00e9 sur cette note sans sourciller. L\u2019\u00e9tudiant s\u2019\u00e9tait f\u00e9licit\u00e9 d\u2019\u00eatre un si habile joueur. Artiste arrogant, il traitait les textes comme autant de grains de sable et laissait ses mains souveraines plonger dans la substance pour \u00e9riger des ch\u00e2teaux. De la salet\u00e9 sous les ongles, pourquoi pas? On pouvait jouer \u00e9perdument dans le sable et ne rendre de compte \u00e0 personne. Si l\u2019\u00e9crivain revient aujourd\u2019hui sur le lieu de son crime, c\u2019est pour subtiliser son propre ouvrage. Mais il arrive trop tard. Sur l\u2019\u00e9tag\u00e8re de la biblioth\u00e8que, un interstice entre deux livres lui serre un n\u0153ud dans la gorge.\u00a0\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"right-col\" style=\"padding: 30px; float: right; width: 280px;\">\n<p>Je vous lis m\u00eame si je ne suis personne. Je traque les failles dans vos \u00e9crits, mais la plupart m\u2019\u00e9chappent. Je n\u2019ai pas l\u2019\u0153il si fin que vous croyez. Tenez. Prenez cette th\u00e8se sur mon bureau, je la regarde me regarder, je ne l\u2019ouvrirai pas. Je cherchais un ouvrage pour m\u2019appuyer. On m\u2019a demand\u00e9 d\u2019\u00e9crire une pr\u00e9face sur un sujet que je ne connais pas. Je ne sais rien de l\u2019imposture. Je n\u2019ai jamais voulu \u00eatre quelqu\u2019un d\u2019autre, je me comporte chaque jour comme moi-m\u00eame. Je n\u2019ai pas cherch\u00e9 \u00e0 tromper qui que ce soit. Je ne suis personne, absolument personne, et je l\u2019\u00e9cris sans guillemets pour bien me faire entendre. Parce que les choses se brouillent, tout \u00e0 coup les hasards me rendent nerveuse, et je ne peux plus lire sans jeter un regard par-dessus mon \u00e9paule. J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00eatre suivie. Je ne retrouve plus mon chemin, je suis prise ici, \u00e9ternellement dans ce bureau qui est mon point de d\u00e9part et mon point d\u2019arriv\u00e9e. Pour parler d\u2019imposture alors, j\u2019\u00e9cris de la fiction. C\u2019est pratique, on peut faire ce qu\u2019on veut, pas de r\u00e8gles, la fiction. Elle est libre, ne ment pas. Et si l\u2019on vient te dire que tout cela est faux, n\u2019en crois rien. Mais ne crois pas non plus ce que je te dis, car on ne doit croire \u00e0 rien. Faute de mieux, j\u2019invente une histoire de plagiat.<\/p>\n<\/div>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong style=\"font-size: 18px; text-align: center;\">\u2666<\/strong><\/p>\n<p>Il y a des r\u00e8gles, d\u00e9sol\u00e9e, et la fiction n\u2019y \u00e9chappe pas. Elle a beau dire, r\u00e9clamer sa libert\u00e9, il faut que tout soit motiv\u00e9. La motivation et la vraisemblance. Il y a des r\u00e8gles, des conventions, un lecteur qui fait le pied de grue, et le narratologue a bien compris tout \u00e7a, sauf que l\u2019auteur n\u2019aime pas qu\u2019on lui dicte les lois. L\u2019auteur n\u2019aime rien ni personne, il n\u2019est pas l\u00e0 pour aimer, mais pour dispara\u00eetre. La question de la m\u00e9taphore importe aussi. Jusqu\u2019o\u00f9 l\u2019auteur file la m\u00e9taphore de sa propre disparition? Si j\u2019emprunte le nom d\u2019un autre, si je l\u2019invente, si je voyage en le tra\u00eenant avec moi, est-ce que je disparais? Quand j\u2019\u00e9cris au revoir et merci\u2026 Si je passe d\u2019un sous-monde \u00e0 l\u2019autre\u2026 Si je cesse tout \u00e0 coup de dispara\u00eetre\u2026 Est-ce que, paradoxalement, je disparais? Ce n\u2019est pas ce qui compte, para\u00eet-il. Ce qui compte, c\u2019est ce qui arrive \u00e0 la fin, quand auteur et lecteur en ont assez de se m\u00e9fier l\u2019un de l\u2019autre. Quand ils s\u2019entendent enfin pour se laisser tranquilles. Lequel des deux a assez de loyaut\u00e9 pour respecter, \u00e0 la lettre, les clauses de cette entente impossible?\u00a0<\/p>\n<p style=\"margin-top: 0px; margin-bottom: 15px; text-align: center;\"><strong style=\"font-size: 18px;\">\u2666<\/strong><\/p>\n<p>Dans le couloir, l\u2019\u00e9crivain s\u2019arr\u00eate devant la porte de mon bureau. Il voit la plaque qui porte mon nom. Il regarde \u00e0 droite et \u00e0 gauche, trafique quelque chose, puis dispara\u00eet.\u00a0<\/p>\n<h2>R\u00e9parer les m\u00e9faits<\/h2>\n<h3><u>Liste des r\u00e9f\u00e9rences et citations emprunt\u00e9es<\/u><\/h3>\n<p>Ajar, \u00c9mile. 1976. <em>Pseudo<\/em>. Paris\u00a0: Mercure de France. Extrait cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis \u00c9mile Ajar! hurlais-je, en me frappant la poitrine. Le seul, l\u2019unique! Je suis le fils de mes \u0153uvres et le p\u00e8re des m\u00eames! Je suis mon propre fils et mon propre p\u00e8re! Je ne dois rien \u00e0 personne! Je suis mon propre auteur et j\u2019en suis fier. Je suis authentique! Je ne suis pas un canular! Je ne suis pas pseudo-pseudo\u00a0: je suis un homme qui souffre et qui \u00e9crit pour souffrir davantage et pour donner ensuite encore plus \u00e0 mon \u0153uvre.\u00a0\u00bb (p. 192-193)<\/p>\n<p>Baroni, Rapha\u00ebl. 2009. \u00ab\u00a0La fiction peut-elle mentir?\u00a0\u00bb dans <em>L\u2019\u0153uvre du temps<\/em>. Paris\u00a0: Seuil : 223-249.<\/p>\n<p>Barthes, Roland. 1984 (1968). \u00ab\u00a0La mort de l\u2019auteur\u00a0\u00bb dans <em>Le bruissement de la langue. Essais critiques IV<\/em>. Paris\u00a0: Seuil\u00a0: 63-69.<\/p>\n<p>B\u00e9rard, Cassie. 2018. \u00ab Pr\u00e9face.\u00a0Retrouver son nom\u00a0\u00bb <em>Postures<\/em>, no. 27 (Hiver) : \u00ab\u00a0Trafiquer l\u2019\u00e9criture: fictions frauduleuses et supercheries auctoriales\u00a0\u00bb, en ligne.<\/p>\n<p>Booth, Wayne C.. 1961. <em>The Rhetoric of Fiction<\/em>. Chicago\u00a0: University of Chicago Press.<\/p>\n<p>Butor, Michel. 1956. <em>L\u2019emploi du temps. <\/em>Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>Decout, Maxime. 2015. <em>En<\/em> <em>toute<\/em> <em>mauvaise<\/em> <em>foi<\/em><em>. <\/em><em>Sur<\/em> <em>un<\/em> <em>paradoxe<\/em> <em>litt\u00e9raire<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.<\/p>\n<p>Gary, Romain. 1981. <em>Vie et mort d\u2019\u00c9mile Ajar<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Genette, G\u00e9rard. 1968. \u00ab\u00a0Vraisemblance et motivation\u00a0\u00bb. <em>Communications<\/em>. Dossier\u00a0\u00ab\u00a0Recherches s\u00e9miologiques. Le vraisemblable\u00a0\u00bb, vol. 11\u00a0: 5-21.<\/p>\n<p>H\u00e9bert, Anne. 1982. <em>Les fous de Bassan<\/em>. Paris\u00a0: Seuil.\u00a0Extrait cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Il n\u2019est peut-\u00eatre pas trop tard pour changer de peau d\u00e9finitivement, de haut en bas et de long en large.\u00a0\u00bb (p. 79-80)<\/p>\n<p>Pessoa, Fernando. 1994. \u00ab\u00a0De l\u2019art de bien r\u00eaver\u00a0\u00bb dans <em>Je ne suis personne. Une anthologie<\/em>. Paris\u00a0: Christian Bourgois \u00e9diteur\u00a0: \u00a0Extrait cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Et si l\u2019on vient te dire que tout cela est faux, est absurde, n\u2019en crois rien. Mais ne crois pas non plus ce que je te dis, car on ne doit croire \u00e0 rien.\u00a0\u00bb (p. 56)<\/p>\n<p>Pessoa, Fernando. 1994. \u00ab\u00a0Je ne suis personne\u00a0\u00bb dans <em>Je ne suis personne. Une anthologie<\/em>. Paris\u00a0: Christian Bourgois \u00e9diteur. \u00a0Extrait cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne suis personne, absolument personne. [\u2026] Je suis le personnage d\u2019un roman qui reste \u00e0 \u00e9crire, et je flotte, a\u00e9rien[ne], dispers\u00e9[e] sans avoir \u00e9t\u00e9, parmi les r\u00eaves d\u2019un \u00eatre qui n\u2019a pas su m\u2019achever.\u00a0\u00bb (p. 31)<\/p>\n<p>Roubaud, Jacques. 1991. \u00ab\u00a0Le cahier\u00a0\u00bb dans <em>La pluralit\u00e9 des mondes de Lewis<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard\u00a0: 104-109. Extrait cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0De ces paroles rest\u00e9es secr\u00e8tes depuis les fondations; aucune chose ne sera dite ici qui soit \u00e9trange quoique commune; incroyable quoique s\u00fbre; \u00e9lev\u00e9e bien qu\u2019ordinaire; rien de profitable, rien qui ait de la valeur. C\u2019est un destin absolument quelconque d\u2019avoir re\u00e7u un monde en partage, et de ne pas en avoir \u00e9t\u00e9 enrichi.\u00a0\u00bb (p.104)<\/p>\n<p>Roubaud, Jacques. 1991. \u00ab\u00a0Partage de monde\u00a0\u00bb dans <em>La pluralit\u00e9 des mondes de Lewis<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard\u00a0: 34.<\/p>\n<p>Sarraute, Nathalie. 1963. <em>Les fruits d\u2019or<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Sartre, Jean-Paul. 2010 (1947). <em>Situations I<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, \u00ab\u00a0NRF\u00a0\u00bb, nouvelle \u00e9dition revue et augment\u00e9e par Arlette Elka\u00efm-Sartre.<\/p>\n<p>Vila-Matas, Enrique. 2010. cit\u00e9 dans Nelly Kapri\u00e8lian, \u00ab\u00a0Enrique Vila-Matas\u00a0: la posture de l\u2019imposteur\u00a0\u00bb. <em>Les inrockuptibles<\/em>. \u00a0<a href=\"https:\/\/www.lesinrocks.com\/2010\/03\/25\/actualite\/enrique-vila-matas-la-posture-de-limposteur-1132543\/\">https:\/\/www.lesinrocks.com\/2010\/03\/25\/actualite\/enrique-vila-matas-la-posture-de-limposteur-1132543\/<\/a> (page consult\u00e9e le 8 f\u00e9vrier 2018). Extrait cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je m\u2019appelle Erik Satie comme tout le monde.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_os5puyy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_os5puyy\">[1]<\/a> L\u2019auteure a demand\u00e9 qu\u2019on retire son nom par souci de confusion.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>B\u00e9rard, Cassie. 2018. \u00ab\u00a0Retrouver son nom\u00a0\u00bb. <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27 (Hiver), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/berard-27 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berard_27.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 berard_27.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-759c8a88-87fe-47c3-9483-7f1bec6e7503\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berard_27.pdf\">berard_27<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berard_27.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-759c8a88-87fe-47c3-9483-7f1bec6e7503\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Trafiquer l&rsquo;\u00e9criture : fictions frauduleuses et supercheries auctoriales \u00bb, no. 27 Par Anonyme[1] J\u2019ai longtemps jug\u00e9 s\u00e9duisante la th\u00e9orie de la mort de l\u2019auteur, car elle avait le m\u00e9rite de son audace. Qu\u2019un critique invite le lecteur aux fun\u00e9railles de l\u2019auteur, c\u2019\u00e9tait lui offrir l\u2019occasion de rire devant le spectacle morbide d\u2019une entit\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1139,1293],"tags":[29],"class_list":["post-5652","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-preface","category-trafiquer-lecriture-fictions-frauduleuses-et-supercheries-auctoriales","tag-berard-cassie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5652","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5652"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5652\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8642,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5652\/revisions\/8642"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5652"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5652"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5652"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}