{"id":5656,"date":"2024-06-13T19:48:30","date_gmt":"2024-06-13T19:48:30","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/de-la-poetique-de-la-degenerescence-a-la-quete-de-transmission-dans-mad-max-fury-road-2015-de-george-miller\/"},"modified":"2024-08-22T17:44:00","modified_gmt":"2024-08-22T17:44:00","slug":"de-la-poetique-de-la-degenerescence-a-la-quete-de-transmission-dans-mad-max-fury-road-2015-de-george-miller","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5656","title":{"rendered":"De la po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00e0 la qu\u00eate de transmission dans \u00ab Mad Max : Fury Road \u00bb (2015) de George Miller"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6899\">Dossier \u00ab R\u00e9cits eschatologiques : un point final pour l\u2019humanit\u00e9? \u00bb, n\u00ba 30<\/a><\/p>\n<p>Franck Kermode, dans un essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0The Sense Of An Ending\u00a0\u00bb (1967), constate un int\u00e9r\u00eat manifeste pour le sujet apocalyptique \u00e0 l\u2019issue du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et remarque la troublante fascination humaine pour les images de destruction. Pourtant, les th\u00e9matiques de la \u00ab\u00a0fin\u00a0\u00bb du monde (ou, du moins, du monde tel que nous le connaissons et le vivons) ne sont pas nouvelles\u00a0: nous en d\u00e9couvrons des traces aussi bien dans la Bible ou le Coran que dans les mythes nordiques<a id=\"footnoteref1_yn1g4j7\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous pensons notamment aux r\u00e9cits de l\u2019Apocalypse (chapitre 22 de l\u2019Ancien Testament), \u00e0 l\u2019Eschatologie islamique pr\u00e9sente dans le Coran, (Coran XVIII 92-98, et \u00e9galement XXI 95-96) \u00a0et au Ragnar\u00f6k\u00a0de la mythologie nordique, qui renvoie \u00e9galement \u00e0 une fin du monde https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fin_du_mondeproph\u00e9tique.\" href=\"#footnote1_yn1g4j7\">[1]<\/a>. Celles-ci trouvent cependant un \u00e9cho particulier \u00e0 notre \u00e9poque contemporaine; l\u2019engouement de la fin du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et du d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup> pour les r\u00e9cits d\u2019anticipation dystopiques ou apocalyptiques ainsi que la mani\u00e8re dont ils ont su trouver leur place au sein de la culture populaire en sont la preuve. La mise \u00e0 mal de l\u2019humanit\u00e9 et la d\u00e9construction de la civilisation telle que nous la connaissons s\u2019inscrivent d\u00e9sormais parmi les topo\u00ef les plus exploit\u00e9s du monde contemporain (Meur\u00e9e\u00a02010). De m\u00eame, \u00e0 en croire la multiplication r\u00e9cente des sagas dystopiques pour adolescents, ces th\u00e9matiques touchent aujourd\u2019hui jusqu\u2019aux publics les plus jeunes. Mais comment expliquer cette fascination? La l\u00e9gitimit\u00e9 de ce questionnement est soulev\u00e9e d\u00e8s le d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, alors que Christophe Meur\u00e9e \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se que l\u2019imaginaire apocalyptique serait la m\u00e9taphore de pr\u00e9dilection de notre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup>, encore marqu\u00e9s par les catastrophes plan\u00e9taires que furent les camps et la bombe atomique, per\u00e7oivent peut-\u00eatre avec plus d\u2019acuit\u00e9 que d\u2019autres \u00e9poques la dimension de l\u2019apocalypse \u00e0 nos portes. (2010, 8)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 ces deux aspects historiques fondamentaux s\u2019ajoutent aujourd\u2019hui le 11-Septembre, la naissance d\u2019un terrorisme \u00e0 grande \u00e9chelle et l\u2019angoisse d\u2019une catastrophe \u00e9cologique imminente de plus en plus ancr\u00e9e dans les esprits. Ainsi, les XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles, du fait de leurs avanc\u00e9es technologiques, permettent d\u00e9sormais la diffusion (et la rediffusion) de toute l\u2019autodestruction dont l\u2019Homme semble capable\u00a0: que ce soient les premi\u00e8res images de la lib\u00e9ration des camps, celles de la destruction d\u2019Hiroshima ou plus r\u00e9cemment celles des catastrophes nucl\u00e9aires de Tchernobyl et de Fukushima, sans oublier celles des tours jumelles s\u2019effondrant, ces images ont un impact consid\u00e9rable sur l\u2019imaginaire et les angoisses de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines \u00e9tant donn\u00e9 leur facilit\u00e9 de transmission actuelle. Ainsi, pour Ana\u00efs Boulard, \u00ab\u00a0[l&rsquo;] Homme du XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle a le sentiment d\u2019\u00eatre all\u00e9 si loin dans l\u2019absurde et la destruction, qu\u2019il est parfaitement en position d\u2019imaginer la proche fin du monde, une fin qui serait le dernier degr\u00e9 du pire, la derni\u00e8re strate de l\u2019impensable\u00a0\u00bb (2011, 3).<\/p>\n<p>Si l\u2019engouement eschatologique semble \u00eatre le reflet de la r\u00e9miniscence de temps troubl\u00e9s, il permet surtout aux auteurs et aux autrices de porter un regard critique sur une \u00e9poque tourment\u00e9e bien r\u00e9elle en laissant transpara\u00eetre par le biais du r\u00e9cit d\u2019anticipation la projection de leurs angoisses contemporaines. Ainsi, cette \u00e9criture futuriste de la fin, si elle nous narre bien l\u2019an\u00e9antissement plus ou moins lointain d\u2019un monde qui nous est familier, figure surtout ce qui subsiste apr\u00e8s cette apocalypse, une fois le point de non-retour d\u00e9pass\u00e9 ; finalement <em>Mad Max Fury Road<\/em> nous interroge surtout sur ce que cette subsistance dit du monde actuel dans lequel nous vivons. Par le biais des quatre films composant la franchise <em>Mad Max <\/em>(<em>Mad Max, <\/em>1979;<em> Mad Max 2\u00a0: Le D\u00e9fi<\/em>, 1981;<em> Mad Max\u00a0: Au-del\u00e0 du d\u00f4me du tonnerre<\/em>, 1985; et enfin<em> Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em>, 2015), le r\u00e9alisateur, sc\u00e9nariste et producteur de cin\u00e9ma George Miller a contribu\u00e9 \u00e0 illustrer cette \u00ab\u00a0apr\u00e8s-fin\u00a0\u00bb qui appara\u00eet \u00e0 premi\u00e8re vue comme irrepr\u00e9sentable. La quadrilogie de <em>Mad Max<\/em> propose une vision de ce qu\u2019il y aurait par-del\u00e0 notre civilisation, une fois tous nos rep\u00e8res culturels, institutionnels, voire spatiotemporels d\u00e9truits. Reflet des tensions et des pr\u00e9occupations du monde actuel, la saga d\u2019anticipation peint un futur sombre, post-apocalyptique, o\u00f9 la p\u00e9nurie mondiale de carburant a rendu les routes dangereuses. Notons d\u2019ailleurs qu\u2019au fil de ses films, Miller a su \u00e9voluer en fonction des sujets soci\u00e9taux de son temps; si les films des ann\u00e9es\u00a01980 semblent davantage concern\u00e9s par la p\u00e9nurie d\u2019essence et par la crise \u00e9nerg\u00e9tique (l\u2019\u00e9poque est marqu\u00e9e par le \u00ab\u00a0choc p\u00e9trolier\u00a0\u00bb de 1979), <em>Fury Road<\/em> \u2013 qui retiendra davantage notre attention au sein de cet article \u2013 \u00e9voque sans d\u00e9tour les r\u00e9percussions d\u2019un d\u00e9sastre \u00e9cologique, l\u2019objectivation du corps f\u00e9minin et la qu\u00eate d\u2019un tr\u00e9sor d\u00e9sormais beaucoup plus pr\u00e9cieux que l\u2019essence\u00a0: l\u2019eau potable. Ces pr\u00e9occupations, qui sont toutes trois excessivement contemporaines, parlent davantage au spectateur du d\u00e9but du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. La franchise <em>Mad Max<\/em> propose donc le portrait d\u2019un monde de l\u2019apr\u00e8s qui n\u2019en finit plus de mourir, comme incapable de conclure sa chute\u00a0: s\u2019y m\u00eale une esth\u00e9tique du d\u00e9sastre et une po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence. L\u2019humanit\u00e9 est en faillite; l\u2019environnement, le langage, l\u2019\u00e9criture, les corps, la culture n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9s, mais alt\u00e9r\u00e9s, cr\u00e9ant une confusion qui, selon Ana\u00efs Boulard, est propre aux r\u00e9cits post-apocalyptiques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Car ce monde disparu, mais encore pr\u00e9sent entre les lignes, comme un fant\u00f4me dans le r\u00e9cit, cr\u00e9e par sa pr\u00e9sence une confusion du sens. Finalement, le sens aussi est d\u00e9labr\u00e9 dans ce nouveau monde de n\u00e9ant. Il est \u00e0 ajouter \u00e0 la longue liste des \u00e9l\u00e9ments touch\u00e9s par la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence et la d\u00e9vastation\u00a0: plus rien ne fait sens dans ce monde o\u00f9 ce qui reste est ab\u00eem\u00e9, et o\u00f9 ce qui a disparu est modifi\u00e9, transform\u00e9 en mythe, d\u00e9form\u00e9. (2001, 58)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce monde \u00ab\u00a0<em>d\u00e9<\/em>g\u00e9n\u00e9r\u00e9\u00a0\u00bb est donc l\u2019exact contraire de <em>generare<\/em>, soit le processus d\u2019\u00ab\u00a0engendrer, cr\u00e9er, produire\u00a0\u00bb (selon <em>Le Petit Robert <\/em>2013), dont la racine <em>genesis <\/em>donne \u00e9galement naissance aux termes de \u00ab\u00a0g\u00e9niteur\u00a0\u00bb ou encore de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9alogie\u00a0\u00bb. Mais si l\u2019existence d\u2019un r\u00e9cit du monde apr\u00e8s sa fin est d\u00e9j\u00e0 contradictoire, comment penser la repr\u00e9sentation forc\u00e9ment cr\u00e9ative et cr\u00e9atrice d\u2019un monde en ruines, d\u00e9vast\u00e9 et st\u00e9rile? La paradoxale description de la destruction par le biais de la cr\u00e9ation rev\u00eat des int\u00e9r\u00eats esth\u00e9tiques et po\u00e9tiques majeurs. Ainsi, le r\u00e9cit cin\u00e9matographique, objet d\u2019un imaginaire structur\u00e9 par le langage, permet une repr\u00e9sentation conjuguant figures et discours par le biais de l\u2019image et des choix de r\u00e9alisation qui l\u2019accompagnent. Comme le pr\u00e9cise Mathieu Li-Goyette,<\/p>\n<blockquote>\n<p>trop longtemps a-t-on pris le r\u00e9cit pour acquis, comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait que le sc\u00e9nario, que le synopsis&#8230; Mais aujourd\u2019hui, qu\u2019en est-il de sa forme? De ce que l\u2019on pourrait nommer la \u00ab\u00a0prose cin\u00e9matographique\u00a0\u00bb? Par d\u00e9finition, le r\u00e9cit n\u2019est pas la simple expression d\u2019une morale ou d\u2019un discours\u00a0: il est la matrice complexe du cin\u00e9ma, celle qui courbe le temps, l\u2019espace et la mise en sc\u00e8ne \u00e0 des contraintes plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 des d\u00e9sirs. (2013, 2)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u00e8s lors, s\u2019interroger sur le r\u00e9cit au cin\u00e9ma \u2013 et dans le cas pr\u00e9sent, interroger cette \u00e9trange synergie entre cr\u00e9ation et destruction \u2013, c\u2019est s\u2019interroger sur l\u2019ossature m\u00eame d\u2019un film, cet ensemble intelligible compos\u00e9 aussi bien des dialogues que de la mise en sc\u00e8ne.<\/p>\n<p>La trame de <em>Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em>, dernier opus sorti en 2015, est simple et comporte tous les ingr\u00e9dients traditionnels n\u00e9cessaires \u00e0 un film d\u2019action. Max Rockatansky (Tom Hardy), ancien policier encore marqu\u00e9 par la mort de sa femme et de son fils, sillonne un d\u00e9sert de routes perdues en tentant difficilement de survivre dans le monde de folie peupl\u00e9 d\u2019hommes malades qui forme l\u2019univers de <em>Mad Max<\/em>. Il est alors captur\u00e9 par le tyrannique Immortan Joe, qui l\u2019offre \u00e0 ses vassaux au sang malade, les \u00ab\u00a0War Boys\u00a0\u00bb, faisant de lui une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0poche sanguine\u00a0\u00bb. Toutefois, l\u2019une des plus fid\u00e8les partisanes du tyrannique Immortan Joe, l\u2019\u00ab\u00a0imperator\u00a0\u00bb Furiosa (Charlize Theron), le trahit et s\u2019enfuit avec ses \u00e9pouses, un groupe de jeunes femmes lui servant de \u00ab\u00a0pondeuses\u00a0\u00bb et qui sont, par le fait m\u00eame, un bien d\u2019une importance capitale pour le chef de guerre. Immortan Joe se lance alors \u00e0 travers le d\u00e9sert \u00e0 la poursuite de Furiosa avec toute son arm\u00e9e motoris\u00e9e afin de r\u00e9cup\u00e9rer ses femmes. Max est donc embarqu\u00e9 malgr\u00e9 lui dans cette traque, encha\u00een\u00e9 \u00e0 l\u2019avant du v\u00e9hicule du War Boy Nux (Nicholas Hoult) qui participe \u00e0 la traque. Pour survivre \u00e0 cet enfer, Max s\u2019associe \u00e0 Furiosa; ensemble, ils parviennent enfin \u00e0 vaincre Immortan Joe et \u00e0 reprendre le contr\u00f4le des ressources autrefois farouchement gard\u00e9es par le tyran, avant que Max ne retrouve sa libert\u00e9 en reprenant sa route.<\/p>\n<h2>Po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence<\/h2>\n<p>Le monde dans lequel \u00e9volue Max au fil de la quadrilogie est un monde de \u00ab\u00a0l\u2019apr\u00e8s\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique r\u00e9solument post-apocalyptique. Les premiers films d\u00e9crivent une humanit\u00e9 ravag\u00e9e par une p\u00e9nurie \u00e9nerg\u00e9tique ayant exacerb\u00e9 conflits mondiaux et r\u00e9voltes populaires. Les structures sociales y sont d\u00e9truites, les institutions, ravag\u00e9es, et les valeurs morales, bafou\u00e9es. On y brosse le portrait d\u2019une civilisation cr\u00e9pusculaire, sur la pente descendante, o\u00f9 clans de cannibales, sectes et gangs de motards s\u2019affrontent sur les routes sinueuses d\u2019un d\u00e9sert qui semble sans fin. <em>Fury Road<\/em> accentue encore davantage les inconv\u00e9nients \u00e9cologiques de ce monde devenu st\u00e9rile\u00a0: le contr\u00f4le de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable permet \u00e0 Immortan Joe de garder la mainmise sur une partie de la population survivante, pour qui le culte du corps sain devient n\u00e9cessaire \u00e0 la survie de l\u2019esp\u00e8ce, ce dernier permettant d\u2019engendrer une prog\u00e9niture viable. La crise environnementale mise en sc\u00e8ne dans le film, marqu\u00e9e par la st\u00e9rilit\u00e9 des sols, va ainsi de pair avec la d\u00e9ch\u00e9ance corporelle \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans le r\u00e9cit, ces deux th\u00e8mes exposant une humanit\u00e9 en perdition. Dans <em>Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em>, l\u2019imaginaire mortif\u00e8re est omnipr\u00e9sent\u00a0: la mort a gagn\u00e9 sur la vie, et toute r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence semble vou\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9chec. Les saisons ne rythment plus les jours et n\u2019apportent pas le renouveau n\u00e9cessaire. C\u2019est d\u2019abord la nature, aride et d\u00e9sertique, qui nous en informe\u00a0: la v\u00e9g\u00e9tation et la faune ont disparu. Les seuls arbres visibles, reliquats de la \u00ab\u00a0Terre verte\u00a0\u00bb tant d\u00e9sir\u00e9e par Furiosa et par les femmes d\u2019Immortan \u2013 symbole, pour elles, d\u2019espoir \u2013, sont morts, en d\u00e9composition, dans un d\u00e9sert de boue acide o\u00f9 r\u00e8gnent d\u00e9sormais les corbeaux et les fant\u00f4mes.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette ambivalence entre vie et mort, les Hommes, majoritairement malades, \u00e0 \u00ab\u00a0la moelle [\u2026] empoisonn\u00e9e\u00a0\u00bb (00:00:51), tentent d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de survivre. La voix hors-champ de Max qui ouvre le film \u2013 voix, qui, pr\u00e9cisons-le, sera des plus rares par la suite \u2013 expose cette d\u00e9cadence \u00e0 laquelle l\u2019humanit\u00e9 est condamn\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je m\u2019appelle Max, mon monde est \u00e0 feu et \u00e0 sang. Il y a longtemps, j\u2019\u00e9tais flic, un guerrier de la route en qu\u00eate de justice. Quand le monde s\u2019est effondr\u00e9, chacun de nous \u00e0 sa mani\u00e8re a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9. C\u2019\u00e9tait difficile de savoir qui \u00e9tait le plus fou. Moi, ou tous les autres? (00:01:09)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 cette folie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, signe d\u2019une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence psychologique de plus en plus r\u00e9pandue, s\u2019ajoute une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence corporelle qui devient la toile de fond de ce film o\u00f9 la repr\u00e9sentation du corps \u00ab\u00a0cadav\u00e9ris\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 dans lequel la mort vient creuser les chairs sans arriver \u00e0 son terme \u2013 est omnipr\u00e9sente. L\u2019exemple le plus frappant en est peut-\u00eatre l\u2019arm\u00e9e des <em>War Boys<\/em> d\u2019Immortan Joe\u00a0: milice de m\u00e2les d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s aux allures de squelettes, les <em>War Boys <\/em>sont des gar\u00e7ons canc\u00e9reux, \u00ab\u00a0d\u00e9j\u00e0 \u00e0 demi-morts\u00a0\u00bb (00:37:09) et entrain\u00e9s dans le seul but de devenir de parfaits Kamikazes. Corps-machine (de guerre), les <em>War Boys<\/em> de <em>Fury Road<\/em> sont endoctrin\u00e9s d\u00e8s leur plus jeune \u00e2ge, et leur enr\u00f4lement s\u2019effectue par un processus de perte d\u2019identit\u00e9 conjoint \u00e0 une progressive d\u00e9shumanisation<a id=\"footnoteref2_52soant\" class=\"see-footnote\" title=\"Le morcellement progressif de l\u2019identit\u00e9 individuelle du soldat, conjoint au \u00ab\u00a0d\u00e9sengagement moral\u00a0\u00bb, a notamment \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 par Albert Bandura dans un article nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Moral Disengagement in the Perpetration of Inhumanities\u00a0\u00bb (1999).\" href=\"#footnote2_52soant\">[2]<\/a>. Leur physique les rend indissociables les uns des autres\u00a0: leurs cr\u00e2nes sont ras\u00e9s, leurs corps scarifi\u00e9s puis couverts de peinture blanche, leurs yeux, cern\u00e9s de noir. Devenus objets et non plus sujets, les <em>War Boys <\/em>ne sont que des chairs malades, en continuit\u00e9 directe avec le volant des v\u00e9hicules \u00e0 l\u2019effigie de squelettes qu\u2019ils brandissent avec fiert\u00e9\u00a0: d\u00e9pendants du sang qu\u2019ils re\u00e7oivent des \u00ab\u00a0globulards\u00a0\u00bb (poche sanguine humaine, \u00e0 l\u2019instar de Max) comme une voiture le serait de son essence, ils se \u00ab\u00a0chroment\u00a0\u00bb d\u2019autant plus le visage \u00e0 l\u2019aide d\u2019une bombe de peinture pour ressembler \u00e0 une calandre de voiture avant de se sacrifier. Dans <em>Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em>, les corps sont assimil\u00e9s \u00e0 des machines, et les gar\u00e7ons sont v\u00e9ritablement d\u00e9shumanis\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans ce monde d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, signe d\u2019une civilisation en perdition, la qu\u00eate de la saine descendance devient n\u00e9cessaire \u00e0 Immortan Joe pour asseoir sa puissance. Tyran, chef de guerre et objet d\u2019un culte religieux, ce dernier n\u2019a pourtant rien d\u2019immortel, comme le prouvent les premi\u00e8res images du despote\u00a0: vieux, malade, arborant un corps tumoral, incapable de survivre sans l\u2019aide d\u2019un respirateur artificiel, Immortan Joe cache ses handicaps sous une armure robotique cens\u00e9e compenser ses incapacit\u00e9s physiques. Ses deux fils sont incapables d\u2019assurer vaillamment sa rel\u00e8ve\u00a0: alors que le premier fils pr\u00e9sente une intelligence manifeste, son corps est compl\u00e8tement d\u00e9form\u00e9, tandis que le second fils, au corps plus ou moins sain, montre des facult\u00e9s mentales extr\u00eamement r\u00e9duites. Les \u00ab\u00a0pondeuses de premier choix\u00a0\u00bb (00:15:20) que repr\u00e9sentent les femmes d\u2019Immortan Joe, r\u00e9duites \u00e0 leur seule fonction reproductrice, rev\u00eatent d\u00e8s lors une importance primordiale dans l\u2019\u00e9conomie du r\u00e9cit. Au sein de cette soci\u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par les probl\u00e8mes de reproduction, de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence et de cr\u00e9ation, leur corps fertile est employ\u00e9 \u00e0 mauvais escient dans la mesure o\u00f9, entre les mains d\u2019Immortan Joe, il permet non pas le renouveau dont il est l\u2019espoir, mais plut\u00f4t la perp\u00e9tuation d\u2019une civilisation d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e et mortif\u00e8re. L\u2019acte de fuite des \u00c9pouses est une <em>r\u00e9volution<\/em>, le premier signe d\u2019un possible retour (<em>revolutio<\/em>) au monde \u00ab\u00a0d\u2019avant\u00a0\u00bb, celui, fertile, qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le cataclysme. Miller ne cesse d\u2019ailleurs de dresser, tout au long du film, un parall\u00e8le entre corps f\u00e9minin et renouveau \u00e9cologique\u00a0: les actes de cr\u00e9ation et de transmission sont toujours produits par des femmes, que ce soient les \u00e9pouses, le clan des femmes guerri\u00e8res ou les pourvoyeuses de lait maternel. Elles sont celles qui \u00e9crivent pour revendiquer leurs droits (sur les murs ou sur leur propre corps, comme la vieille Miss Giddy, m\u00e9moire d\u2019un autre temps, qui ne veut pas oublier l<em>\u2019Histoire<\/em>), celles qui nourrissent, celles qui plantent (litt\u00e9ralement, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019une des guerri\u00e8res) les graines du monde de demain quand les balles que se tirent les hommes ne sont que \u2013 selon Splendide \u2013 \u00ab\u00a0[d]es anti-graines\u00a0: t\u2019en plantes une, y a quelque chose qui meurt\u00a0\u00bb (01:04:18). L\u2019appellation de la contr\u00e9e idyllique que tentent de rejoindre les femmes, soit \u00ab\u00a0Terre verte aux Innombrables M\u00e8res\u00a0\u00bb (00:38:27), appuie, dans la version fran\u00e7aise, une homophonie percutante entre les termes de \u00ab\u00a0M\u00e8re\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0Mer\u00a0\u00bb dans ce monde o\u00f9 l\u2019eau est si rare.<\/p>\n<p>Dans <em>Fury Road<\/em>, les d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescences environnementales et corporelles entrainent une refonte de la soci\u00e9t\u00e9 et tracent les contours d\u2019une civilisation en perdition. La sauvagerie rattrape progressivement le monde post-apocalyptique de <em>Mad Max<\/em>, entrainant ce que nous nommerons un processus de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence culturelle. L\u2019hypoth\u00e9tique communaut\u00e9 que l\u2019ancien policier Max tentait de sauvegarder de l\u2019\u00e9rosion n\u2019existe plus. La nouvelle civilisation d\u2019Immortan Joe est fond\u00e9e sur des m\u00e9langes culturels h\u00e9t\u00e9roclites, d\u00e9tourn\u00e9s de racines culturelles ant\u00e9rieures, oubli\u00e9es et souvent incomprises. Les principes internes de transmission, de production et de cr\u00e9ation propres \u00e0 toutes cultures ont ici failli. La plupart des \u00e9l\u00e9ments culturels ont perdu de leur sens, ces derniers renvoyant au monde capitaliste d\u2019avant l\u2019apocalypse\u00a0: pensons au culte du \u00ab\u00a0V8\u00a0\u00bb (00:08:28), \u00e0 la notion d\u2019\u00ab\u00a0Aqua-cola\u00a0\u00bb (00:06:49) (qui renvoie au bien pr\u00e9cieux qu\u2019est l\u2019eau potable), ou encore au \u00ab\u00a0McFestin\u00a0\u00bb (01:03:09) qui attend les hommes sur l\u2019\u00ab\u00a0autoroute du Walhalla\u00a0\u00bb (00:08:24), paradis routier proposant une nouvelle vie apr\u00e8s la mort. \u00c0 ces r\u00e9f\u00e9rences tir\u00e9es de nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, s\u2019ajoute un culte guerrier renvoyant quant \u00e0 lui \u00e0 une vision fantasm\u00e9e des soci\u00e9t\u00e9s martiales tribales et scandinaves (notons les peintures corporelles, les scarifications et les tambours de guerre). Immortan Joe lui-m\u00eame s\u2019\u00e9rige \u00e0 la fois en souverain tout-puissant, chef de guerre, proph\u00e8te et leader religieux. En d\u00e9tournant jusqu\u2019au sens des mots (\u00ab\u00a0m\u00e9diocre\u00a0\u00bb [00:22:50] devient un adjectif m\u00e9lioratif, \u00ab\u00a0chrom\u00e9\u00a0\u00bb [00:37:34], un signe de bonne sant\u00e9) ou en cr\u00e9ant de nouveaux termes (\u00ab\u00a0mange-personne\u00a0\u00bb [00:43:46], \u00ab\u00a0moulin \u00e0 balles\u00a0\u00bb [00:46:10], ou encore \u00ab\u00a0magnum opus\u00a0\u00bb [00:08:18] pour d\u00e9signer la voiture de Max), il coupe les Hommes de leurs racines initiales. En leur faisant oublier d\u2019o\u00f9 ils viennent, il assoit un pouvoir fond\u00e9 sur leur progressive d\u00e9shumanisation par l\u2019amn\u00e9sie culturelle; en d\u2019autres termes, par une rupture du processus de transmission. De la m\u00eame mani\u00e8re, certains \u00e9l\u00e9ments du monde aujourd\u2019hui disparu ont \u00e9t\u00e9 effac\u00e9s de la m\u00e9moire collective et seront ainsi inconnus des plus jeunes\u00a0: en voyant un arbre mort pour la premi\u00e8re fois, le <em>War Boy<\/em> Nux est incapable de le nommer. Ainsi, la po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <em>Fury Road<\/em>, puisqu\u2019elle touche la nature, le corps et la culture, entraine une probl\u00e9matique identitaire qui affecte les diff\u00e9rents personnages du film\u00a0: vouant la civilisation humaine \u00e0 la perdition, elle ne leur permet pas de se construire une identit\u00e9 viable, tant collective qu\u2019individuelle.<\/p>\n<h2>Le chronotope de la route comme motif d\u2019une humanit\u00e9 en p\u00e9ril<\/h2>\n<p>Paradoxalement, la po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence pr\u00e9sente dans le r\u00e9cit est associ\u00e9e \u00e0 ce qui para\u00eet \u00eatre \u2013 \u00e0 premi\u00e8re vue \u2013 un culte de l\u2019avanc\u00e9e, une \u00ab\u00a0obsession de la route\u00a0\u00bb, pour reprendre les termes d\u2019Antonio Dominguez Leiva (2016, 33). La route moderne, avec la voiture qui l\u2019accompagne in\u00e9vitablement, devient le moteur d\u2019une civilisation en d\u00e9clin. Max est un <em>Road <\/em><em>warrior<\/em><em>, <\/em>un guerrier de la route, et cette derni\u00e8re devient un v\u00e9ritable enjeu po\u00e9tique qui structure le r\u00e9cit\u00a0: la quasi-totalit\u00e9 des deux heures dont est compos\u00e9 le film se d\u00e9roule sur cette route d\u00e9sertique. Il convient alors d\u2019observer la route en tant que chronotope signifiant dans <em>Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em>.<\/p>\n<p>La notion philologique de chronotope, th\u00e9oris\u00e9e par Mikha\u00efl Bakhtine dans son ouvrage <em>Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman <\/em>(1978), pr\u00e9conise d\u2019unir les dimensions spatiales et temporelles dans les \u0153uvres. Selon Bakhtine, \u00e0 la mani\u00e8re des deux faces d\u2019une m\u00eame pi\u00e8ce, ces deux concepts sont r\u00e9put\u00e9s solidaires et ne peuvent en aucun cas \u00eatre s\u00e9par\u00e9s ni oppos\u00e9s. Comme l\u2019espace-temps est essentiel \u00e0 l\u2019itin\u00e9raire des personnages et qu\u2019il sert les actions de ceux-ci, le chronotope se pr\u00e9sente comme le centre organisateur des principaux \u00e9v\u00e9nements contenus dans le r\u00e9cit. Notons que cette notion, bien qu\u2019elle ait d\u2019abord \u00e9t\u00e9 th\u00e9oris\u00e9e en fonction d\u2019un objet litt\u00e9raire, est largement susceptible de s\u2019appliquer \u00e0 un objet cin\u00e9matographique, comme d\u2019autres l\u2019ont montr\u00e9 avant nous (voir par exemple les travaux de Robert Stam [2005], Michael V. Montgomery [1993], ou plus r\u00e9cemment, ceux de Jenny Brasebin [2013]). V\u00e9ritable topos de la litt\u00e9rature occidentale, le motif de la route repr\u00e9sente ainsi une importance fondamentale aussi bien en litt\u00e9rature qu\u2019au cin\u00e9ma. Comme l\u2019analyse Julien Jeusette (2017), rares sont les \u0153uvres qui se passent de certaines de ses variantes, et beaucoup d\u2019entre elles sont, pour reprendre Brasebin, directement b\u00e2ties sur lui, et sur les rencontres et p\u00e9rip\u00e9ties \u00ab\u00a0en route\u00a0\u00bb (pensons au genre tr\u00e8s populaire du <em>Road Movie<\/em>). Bakhtine voit dans le motif de la route toutes les caract\u00e9ristiques du chronotope du seuil, espace-temps de l\u2019entre-deux ayant pour fonction d\u2019\u00eatre des \u00ab\u00a0lieux interm\u00e9diaires [\u2026] serv[a]nt \u00e0 exprimer m\u00e9taphoriquement l\u2019aspect transitoire, mais d\u00e9cisif de certains moments de l\u2019existence\u00a0\u00bb (Brasebin\u00a02013, 233). <em>Fury Road<\/em> ne fait pas exception; l\u2019interminable route qui traverse l\u2019immensit\u00e9 d\u00e9sertique y rev\u00eat une symbolique transitoire. Ainsi, la route moderne, bien que se pr\u00e9sentant comme un \u00ab\u00a0non-lieu\u00a0\u00bb, selon les termes de Marc Aug\u00e9, \u00ab\u00a0par opposition \u00e0 la notion sociologique de lieu, associ\u00e9 par Mauss et toute une tradition ethnologique \u00e0 celle de culture localis\u00e9e dans le temps et l\u2019espace\u00a0\u00bb (1992, 48), devient pourtant le seul lieu qui permet de renvoyer au monde de l\u2019\u00ab\u00a0avant\u00a0\u00bb, tandis que les espaces \u00e0 \u00ab\u00a0habiter\u00a0\u00bb tels que les villes ont disparu. Symbole de civilisation (elle est le signe d\u2019un am\u00e9nagement du territoire), et d\u2019ensauvagement (elle est le lieu des combats les plus violents, l\u00e0 o\u00f9 les codes moraux, sociaux et culturels paraissent se suspendre), la route est la m\u00e9taphore de cette circulation sans but, une v\u00e9ritable errance \u00e0 laquelle sont condamn\u00e9s les diff\u00e9rents personnages, et qui appara\u00eet comme la condition m\u00eame de l\u2019existence eschatologique. Cette derni\u00e8re appara\u00eet comme un espace qui ne peut \u00eatre que travers\u00e9, o\u00f9 la seule exp\u00e9rience de la terre est r\u00e9duite \u00e0 une course poursuite qui semble sans but, car fond\u00e9e sur des illusions, et surtout sans fin. Comme l\u2019explique Paul-Henri Moinet, dans <em>Mad Max<\/em>, \u00ab\u00a0celui qui a le pouvoir est celui qui est le plus rapide, un point c\u2019est tout. Seule la vitesse sauve, s\u2019arr\u00eater c\u2019est mourir. C\u2019est la nouvelle forme de l\u2019errance, une errance sans r\u00e9demption.\u00a0\u00bb (2015, 7)<\/p>\n<p>L\u2019une des caract\u00e9ristiques principales de la route moderne, comme le pr\u00e9cise Julien Jeusette, est d\u2019avoir cess\u00e9 d\u2019appartenir aux Hommes\u00a0: \u00ab\u00a0[I]ls doivent c\u00e9der leur place au rythme des machines, rythme qui implique une nouvelle temporalit\u00e9 (la vitesse) et un nouveau rapport \u00e0 l\u2019espace\u00a0\u00bb (2017, 48). L\u2019espace-temps de la route moderne, surtout dans <em>Mad Max<\/em>, est donc avant tout celui de l\u2019automobile\u00a0: le v\u00e9hicule \u2013 souvent grotesque \u2013 est devenu le prolongement du corps malade jusqu\u2019\u00e0 le remplacer; il est le signe d\u2019une humanit\u00e9 d\u00e9shumanis\u00e9e. Tout circule, mais plus rien ne s\u2019y transmet. Notons que le chirurgien, apparaissant \u00e0 plusieurs reprises dans le dernier opus (et toujours sur cette longue route o\u00f9 se situe la course-poursuite), est d\u00e9sign\u00e9 dans le film comme \u00ab\u00a0le m\u00e9canicien organique\u00a0\u00bb (le terme est pr\u00e9sent dans les cr\u00e9dits du film), ce qui t\u00e9moigne du renversement \u00e0 l\u2019\u0153uvre entre l\u2019homme et la machine au sein de cet univers post-apocalyptique. Dans la m\u00eame optique, rappelons que tous les volants et toutes les voitures arborent un cr\u00e2ne ou un visage, renfor\u00e7ant un peu plus par l\u2019hybridation humain\/machine la probl\u00e9matique du posthumanisme comme signe d\u2019une humanit\u00e9 en perdition sur des routes qui ne m\u00e8nent nulle part, contrairement \u00e0 l\u2019exode biblique qui doit mener les Hommes \u00e0 un \u00c9den. Si la route est bien un chronotope essentiel dans le film, il est int\u00e9ressant de soulever que le moteur narratif du r\u00e9cit survient justement au moment o\u00f9 Max se voit contraint de quitter celle-ci car fait prisonnier par les <em>War Boys<\/em>\u00a0: d\u00e9pouill\u00e9 de ses biens les plus pr\u00e9cieux \u2013 sa voiture, son manteau, puis son essence vitale, le sang \u2013, il est tondu, tatou\u00e9, marqu\u00e9 au fer rouge et musel\u00e9 pour \u00eatre finalement contraint \u00e0 un long silence qui durera les quarante-cinq premi\u00e8res minutes du film. Cette mort symbolique du personnage marque une rupture de la continuit\u00e9 que laissait pr\u00e9sager la route. Lorsqu\u2019il la retrouve, c\u2019est attach\u00e9 sur le devant d\u2019une voiture, d\u00e9shumanis\u00e9, devenu le r\u00e9servoir de sang (essence de substitution, pi\u00e8ce de rechange) d\u2019un <em>War Boy<\/em> malade\u00a0: son corps est litt\u00e9ralement sacrifi\u00e9 \u00e0 la route. Dans <em>Fury Road<\/em>, le chronotope de la route devient ainsi la repr\u00e9sentation de cette constante ambivalence entre la vie et la mort; pensons \u00e0 la formule des <em>War Boys<\/em> lorsqu\u2019ils risquent leur vie sur celle-ci (\u00ab\u00a0[J]e vis, je meurs, et je vis encore\u00a0\u00bb [00:29:49]), aux nombreux fant\u00f4mes qui hantent l\u2019esprit de Max (\u00ab\u00a0Les revoil\u00e0 qui se filent un passage dans la mati\u00e8re noire de mon cerveau. Je me le r\u00e9p\u00e8te, ils ne peuvent pas m\u2019avoir, il y a longtemps qu\u2019ils sont morts.\u00a0\u00bb [00:01:26]), ou \u00e0 la rapidit\u00e9 avec laquelle le personnage de Splendide passe de femme pr\u00eate \u00e0 donner la vie, \u00e0 cadavre abritant un f\u0153tus d\u00e9j\u00e0 mort. L\u2019humanit\u00e9 d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, plus totalement en vie, mais pas encore tout \u00e0 fait morte, exp\u00e9rimente sur l\u2019interminable route cette nouvelle ambivalence \u00e0 la fois liminale et liminaire, dans cet \u00e9tat de marge qui semble d\u00e9sormais la d\u00e9finir.<\/p>\n<h2>De l\u2019importance de la transmission<\/h2>\n<p>Comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 esquiss\u00e9 dans les deux premi\u00e8res parties de cette analyse, la po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence pr\u00e9sente dans <em>Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em> marque une rupture de la transmission qui se veut le signe d\u2019une humanit\u00e9 en p\u00e9ril. Dans ce monde de l\u2019\u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb o\u00f9 plus rien ne se transmet, o\u00f9 la st\u00e9rilit\u00e9 des sols et des corps devient le signe de la longue agonie terrestre, la r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence est donc significativement affect\u00e9e. Le premier signe de cette m\u00e9canique est peut-\u00eatre le motif de l\u2019exsanguination\u00a0: dans le film de Miller, les corps des <em>War Boys<\/em> sont livides, le sang menstruel des vieilles guerri\u00e8res (fluide du pouvoir cr\u00e9ateur f\u00e9minin, selon Yvonne Verdier [1978]) ne coule plus, de m\u00eame que celui des nourrices, dont l\u2019allaitement quotidien forc\u00e9 suppose une am\u00e9norrh\u00e9e de lactation. \u00c0 l\u2019issue de son p\u00e9riple, Furiosa finira bless\u00e9e et exsangue. Plus g\u00e9n\u00e9ralement, les syst\u00e8mes sanguins sont d\u00e9faillants. Fluide pr\u00e9cieux et rare, le sang devient une ressource \u00e9nerg\u00e9tique au m\u00eame titre que le p\u00e9trole, et il tend, tout comme l\u2019eau, \u00e0 manquer\u00a0: pensons au corps de Max, utilis\u00e9 comme carburant, ou aux menstruations des \u00e9pouses, symboles de leur fertilit\u00e9 qui leur feront conna\u00eetre le viol. La symbolique du sang, fluide de la vie, comme vecteur de transmission, est donc corrompue\u00a0: le corps et ses fluides sont une nouvelle fois objectiv\u00e9s. La sc\u00e8ne o\u00f9 Max offre son sang \u00e0 Furiosa pour lui permettre de survivre est peut-\u00eatre l\u2019un des plus grands messages d\u2019espoir de <em>Fury Road<\/em>; par le biais de son sang, Max lui redonne la vie et, par la m\u00eame occasion, se r\u00e9humanise en d\u00e9clinant \u2013 enfin \u2013 son identit\u00e9, ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait refus\u00e9 \u00e0 faire jusque-l\u00e0 (nous sommes \u00e0 pr\u00e8s d\u2019une heure cinquante de film)\u00a0: \u00ab\u00a0Max. Je m\u2019appelle Max. C\u2019est mon nom\u00a0\u00bb (01:48:44). La transfusion sanguine (du latin, <em>transfusio<\/em>, \u00ab\u00a0action de <em>r\u00e9pandre<\/em> au travers\u00a0\u00bb selon <em>Le Petit Robert <\/em>2013), marque ce canal qui les relie d\u00e9sormais entre eux et inscrit un retour \u00e0 une transmission \u00e0 la fois viable et consentie.<\/p>\n<p>La pr\u00e9occupation de savoir ce qu\u2019il reste de nous (et ce qu\u2019il restera de nous, apr\u00e8s nous) transpara\u00eet tout au long de <em>Fury Road<\/em>. Dans cette civilisation condamn\u00e9e \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, une r\u00e9sistance \u2013 parfois m\u00eame inconsciente \u2013 s\u2019organise alors par le biais de trois aspects li\u00e9s \u00e0 l\u2019imaginaire de la transmission\u00a0: le don du sang \u2013 que nous avons d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9 \u2013, la m\u00e9moire et son \u00e9criture. Au sein de ce monde de l\u2019\u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb, les traces graphiques de l\u2019\u00e9criture sont extr\u00eamement r\u00e9duites (celles apparaissant dans le film, en tout cas) et rev\u00eatent toutes une dimension de contestation et de revendication. L\u2019exemple le plus frappant se trouve dans les inscriptions laiss\u00e9es au sol et aux murs par les \u00c9pouses \u00e0 l\u2019attention d\u2019Immortan Joe lorsque ces derni\u00e8res quittent la citadelle\u00a0: \u00ab\u00a0We are not things\u00a0\u00bb\u00a0(00:14:20) enjoint \u00e0 la reconsid\u00e9ration de leur corps d\u00e9shumanis\u00e9, tandis que la question \u00ab\u00a0Who killed the world?\u00a0\u00bb (00:14:12) invite \u00e0 se rem\u00e9morer les actions et les agissements ayant men\u00e9 \u00e0 cette fin du monde. Le personnage de Miss Giddy, pr\u00e9ceptrice des \u00c9pouses, est le reflet de cette m\u00e9moire d\u2019un autre temps\u00a0: celle dont le nom signifie ironiquement \u00ab\u00a0\u00e9tourdie\u00a0\u00bb en anglais, a \u00e9crit sur son corps les traces d\u2019un pass\u00e9 qu\u2019elle ne souhaitait pas oublier de mani\u00e8re \u00e0 pr\u00e9server son histoire et, par la m\u00eame occasion, conserver l\u2019Histoire. La d\u00e9marche des <em>War Boys<\/em> hurlant \u00ab\u00a0Sois t\u00e9moin\u00a0\u00bb (00:22:33) lorsqu\u2019ils se donnent la mort n\u2019est pas fonci\u00e8rement oppos\u00e9e \u00e0 cette dynamique de transmission et de m\u00e9moire\u00a0: elle inscrit combien, m\u00eame inconsciemment, l\u2019Homme a besoin de l\u2019Autre, et surtout du souvenir que cet Autre gardera de lui pour se sentir int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 sa communaut\u00e9, humain, et d\u00e8s lors accepter sa fin.<\/p>\n<p>C\u2019est finalement ce m\u00eame aspect m\u00e9moriel qui permettra \u00e0 Max et Furiosa de refaire l\u2019exp\u00e9rience de leur humanit\u00e9 par le biais du souvenir. Pour Furiosa, la r\u00e9miniscence de la \u00ab\u00a0Terre Verte\u00a0\u00bb \u00e0 laquelle elle a \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e, enfant, est le moteur de la fuite en avant\u00a0: son souvenir vient combattre l\u2019errance de la route de mani\u00e8re \u00e0 faire entrevoir un but, un id\u00e9al. Malgr\u00e9 des d\u00e9cennies de conditionnement guerrier \u00e0 oublier qui elle \u00e9tait, le souvenir de la \u00ab\u00a0Terre Verte\u00a0\u00bb (v\u00e9ritable jardin d\u2019\u00c9den) de son enfance reste attach\u00e9 \u00e0 une identit\u00e9 qui persiste au fond d\u2019elle. Ainsi s\u2019\u00e9crie-t-elle, une fois de retour aupr\u00e8s du clan des guerri\u00e8res, aux racines de son existence, entour\u00e9e des femmes qui l\u2019ont \u00e9lev\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Je suis de la tribu Vuvalini! Aux innombrables m\u00e8res. Mon initiatrice maternelle \u00e9tait KT Concannon. Je suis fille unique de Mary Jabassa. Mon clan \u00e9tait chien v\u00eatu\u00a0\u00bb (01:17:59). Dans ce monde de l\u2019\u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb marqu\u00e9 par la st\u00e9rilit\u00e9 r\u00e9elle et symbolique, la notion m\u00eame de clan (de l\u2019\u00e9cossais <em>clannad<\/em> signifiant \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb) est un concept en perdition.<\/p>\n<p>Max est quant \u00e0 lui \u00ab\u00a0celui qui fuit les morts autant que les vivants, traqu\u00e9 par les charognards, hant\u00e9 par ceux qu[\u00bb il] n\u2019a [\u2026] pas su prot\u00e9ger\u00a0\u00bb (00:02:44). Celui qui est dit fou est paradoxalement maintenu dans son humanit\u00e9 par le biais des innombrables souvenirs traversant son esprit comme des hallucinations\u00a0: ces derniers lui rappellent le pass\u00e9 et inscrivent son \u00eatre dans une temporalit\u00e9. Hant\u00e9 par les visions d\u2019une petite fille qu\u2019il n\u2019a pas pu sauver, Max est aux prises avec la culpabilit\u00e9 mortif\u00e8re qui le nourrit durant la premi\u00e8re heure du film devient, finalement, ce qui lui sauvera la vie\u00a0: l\u2019hallucination r\u00e9currente de cette petite fille faisant mine de lui projeter un objet au visage provoque un r\u00e9flexe qui lui permet d\u2019arr\u00eater <em>in extremis<\/em> une fl\u00e8che tir\u00e9e par un <em>War Boy<\/em> qui le visait en plein front. Dans <em>Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em>, la m\u00e9moire, qu\u2019elle soit collective ou personnelle, devient ainsi \u00e0 la fois le signe d\u2019une humanit\u00e9 qui lutte pour sa sauvegarde et l\u2019outil de cette survie.<\/p>\n<p>Dernier opus de la saga d\u2019anticipation post-apocalyptique de George Miller<em>, Mad Max\u00a0: Fury Road<\/em> propose le r\u00e9cit d\u2019un monde de l\u2019\u00ab\u00a0apr\u00e8s\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019humanit\u00e9 est en faillite. L\u2019univers de <em>Mad Max<\/em> anticipe les cons\u00e9quences des dysfonctionnements actuels de notre \u00e9poque et brosse, via une po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, le portrait peu reluisant d\u2019un monde d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9 o\u00f9 les humains, tout comme la Terre qu\u2019ils ont d\u00e9truite, sont condamn\u00e9s \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9. D\u00e8s lors, les longues routes d\u00e9sertiques, seules infrastructures persistantes du monde de \u00ab\u00a0l\u2019avant\u00a0\u00bb o\u00f9 l\u2019Homme n\u2019est plus vraiment Homme, deviennent la m\u00e9taphore de l\u2019errance \u00e0 laquelle l\u2019humanit\u00e9 \u2013 ni tout \u00e0 fait en vie, ni tout \u00e0 fait morte \u2013 est condamn\u00e9e. Pourtant, notons que ce r\u00e9cit d\u2019un monde en ruines laisse entrevoir la possibilit\u00e9 d\u2019une r\u00e9demption par le processus de cr\u00e9ation et de transmission. Comme <em>Fury Road<\/em> ne cesse de nous le repr\u00e9senter, tant que l\u2019humanit\u00e9 se souvient, et tant qu\u2019elle transmet ce souvenir, un <em>apr\u00e8s<\/em> est possible. En somme, que ce soit par le biais de la symbolique du sang, de la sauvegarde de l\u2019\u00e9criture ou encore du discours et de la narrativit\u00e9, tant que l\u2019humanit\u00e9 persiste dans cette d\u00e9marche cr\u00e9atrice, elle reste \u2013 pour un temps, du moins \u2013 sauve.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Aug\u00e9, Marc. 1992. <em>Non-lieux. Introduction \u00e0 une anthropologie de la surmodernit\u00e9<\/em>, Paris\u00a0: Seuil.<\/p>\n<p>Bakhtine, Mikha\u00efl. 1978<em>. Esth\u00e9tique et th\u00e9orie du roman<\/em>, Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Bandura, Albert, 1999. \u00ab\u00a0<cite>Moral Disengagement in the Perpetration of Inhumanities<\/cite>\u00a0\u00bb,\u00a0in <em>Personnality and Social Psychology Review<\/em>,\u00a0vol.\u00a03,\u00a0n<sup>o<\/sup>\u00a03\u00a0:\u00a0193-209.<\/p>\n<p>Boulard, Ana\u00efs. 2011. <em>L\u2019\u00e9criture post-apocalyptique contemporaine\u00a0: De la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence du monde \u00e0 l\u2019energeia po\u00e9tique<\/em> (m\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 de Lettres et Sciences Humaines d\u2019Angers, France). <a href=\"http:\/\/ecolitt.univ-angers.fr\/fr\/ressources-pour-tous\/travaux-universitaires\/travaux-1\/memoire-de-m2-anais-boulard.html\">http:\/\/ecolitt.univ-angers.fr\/fr\/ressources-pour-tous\/travaux-universitaires\/travaux-1\/memoire-de-m2-anais-boulard.html<\/a><\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9, Val\u00e9rie. 2009. <em>Validation d\u2019une mesure d\u2019observation des habilet\u00e9s sociales au pr\u00e9scolaire<\/em> (m\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, Canada). <a href=\"http:\/\/archipel.uqam.ca\/2217\">http:\/\/archipel.uqam.ca\/2217<\/a><\/p>\n<p>Brasebin, Jenny. 2013. <em>Road novel, road movie\u00a0: approche chronotopique du r\u00e9cit de la route<\/em> (th\u00e8se de doctorat, Universit\u00e9 de Montr\u00e9al\/Universit\u00e9 Sorbonne Nouvelle &#8211; Paris 3). <a href=\"https:\/\/papyrus.bib.umontreal.ca\/xmlui\/bitstream\/handle\/1866\/10803\/Brasebin_Jenny_2013_th%C3%A8se.pdf?sequence=5&amp;isAllowed=y\">https:\/\/papyrus.bib.umontreal.ca\/xmlui\/bitstream\/handle\/1866\/10803\/Brase&#8230;<\/a><\/p>\n<p>Dominguez Leiva, Antonio. 2016. <em>Mad Max, l\u2019apocalypse sera motoris\u00e9e<\/em>. Paris\u00a0: Le murmure, coll.\u00a0Borderline.<\/p>\n<p>Jeusette, Julien. 2017. \u00ab\u00a0Le chronotope de la route moderne\u00a0: Octave Mirbeau et les road movies\u00a0\u00bb. <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>\u00a053, n<sup>o<\/sup>\u00a03\u00a0: 169\u2013180.<\/p>\n<p>Kermode, Frank. 1967. \u00ab\u00a0The Sense Of An Ending; Studies\u00a0\u00bb. <em>The Theory Of Fiction<\/em>, Oxford University Press.<\/p>\n<p><em>Le Petit Robert. Dictionnaire alphab\u00e9tique et analogique de la langue fran\u00e7aise<\/em>, nouvelle \u00e9dition mill\u00e9sime\u00a02013, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2011.<\/p>\n<p>Li-goyette, Mathieu. 2013. \u00ab\u00a0Le r\u00e9cit en question(s)\u00a0: dispositif\u00a0\u00bb. <em>Panorama cin\u00e9ma<\/em>. 25 novembre. <a href=\"http:\/\/www.panorama-cinema.com\/v2\/article.php?categorie=9&amp;id=322\">http:\/\/www.panorama-cinema.com\/v2\/article.php?categorie=9&amp;id=322<\/a> (Page consult\u00e9e le 14 juin 2019).<\/p>\n<p>Meur\u00e9e, Christophe. 2010. \u00ab\u00a0Et apr\u00e8s? Tentative de reconstitution d\u2019un sujet apocalyptique\u00a0\u00bb. <em>Interf\u00e9rences Litt\u00e9raires<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a05.<\/p>\n<p>Moinet, Paul-Henri. 2015. \u00ab\u00a0Mad Max, la raison \u00e0 venir\u00a0\u00bb. Le Nouvel \u00c9conomiste. 21 mai. <a href=\"https:\/\/www.lenouveleconomiste.fr\/mad-max-la-raison-a-venir-27118\">https:\/\/www.lenouveleconomiste.fr\/mad-max-la-raison-a-venir-27118<\/a> (Page consult\u00e9e le 15 juin 2019).<\/p>\n<p>Verdier, Yvonne. 1978. \u00ab\u00a0Grands-m\u00e8res, si vous saviez\u2026\u00a0: Le Petit Chaperon rouge dans la tradition orale\u00a0\u00bb, <em>Les Cahiers de la Litt\u00e9rature orale<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a04.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_yn1g4j7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_yn1g4j7\">[1]<\/a> Nous pensons notamment aux r\u00e9cits de l\u2019<em>Apocalypse<\/em> (chapitre 22 de l\u2019<em>Ancien Testament<\/em>), \u00e0 l\u2019Eschatologie islamique pr\u00e9sente dans le Coran, (Coran XVIII 92-98, et \u00e9galement XXI 95-96) \u00a0et au Ragnar\u00f6k\u00a0de la mythologie nordique, qui renvoie \u00e9galement \u00e0 une fin du monde <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fin_du_monde\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fin_du_monde<\/a>proph\u00e9tique.<\/p>\n<p id=\"footnote2_52soant\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_52soant\">[2]<\/a> Le morcellement progressif de l\u2019identit\u00e9 individuelle du soldat, conjoint au \u00ab\u00a0d\u00e9sengagement moral\u00a0\u00bb, a notamment \u00e9t\u00e9 analys\u00e9 par Albert Bandura dans un article nomm\u00e9 \u00ab\u00a0Moral Disengagement in the Perpetration of Inhumanities\u00a0\u00bb (1999).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Kocevar, Savannah. 2019. \u00abDe la po\u00e9tique de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence \u00e0 la qu\u00eate de transmission dans Mad Max : Fury Road (2015) de George Miller \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab R\u00e9cits eschatologiques\u202f: un point final pour l\u2019humanit\u00e9? \u00bb, n\u00ba 30, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5656 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxx)<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kocevar_30_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 kocevar_30_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-7f9cae58-c81f-4b85-aed7-b476d16d9210\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kocevar_30_0.pdf\">kocevar_30_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kocevar_30_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-7f9cae58-c81f-4b85-aed7-b476d16d9210\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab R\u00e9cits eschatologiques : un point final pour l\u2019humanit\u00e9? \u00bb, n\u00ba 30 Franck Kermode, dans un essai intitul\u00e9 \u00ab\u00a0The Sense Of An Ending\u00a0\u00bb (1967), constate un int\u00e9r\u00eat manifeste pour le sujet apocalyptique \u00e0 l\u2019issue du XXe si\u00e8cle et remarque la troublante fascination humaine pour les images de destruction. Pourtant, les th\u00e9matiques de la \u00ab\u00a0fin\u00a0\u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1300,1298],"tags":[193],"class_list":["post-5656","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-dejouer-la-fin","category-recits-eschatologiques-un-point-final-pour-lhumanite","tag-kocevar-savannah"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5656","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5656"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5656\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8648,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5656\/revisions\/8648"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5656"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5656"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5656"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}