{"id":5659,"date":"2024-06-13T19:48:32","date_gmt":"2024-06-13T19:48:32","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/et-si-la-fin-avait-deja-eu-lieu\/"},"modified":"2024-08-22T17:50:40","modified_gmt":"2024-08-22T17:50:40","slug":"et-si-la-fin-avait-deja-eu-lieu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5659","title":{"rendered":"Et si la fin avait d\u00e9j\u00e0 eu lieu&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6899\">Dossier \u00ab R\u00e9cits eschatologiques : un point final pour l\u2019humanit\u00e9? \u00bb, n\u00ba 30<\/a><\/p>\n<p>J\u2019avais presque trois ans quand le r\u00e9acteur num\u00e9ro 4 a explos\u00e9, presque six, lorsque le mur est tomb\u00e9, en direct \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, et dix-huit au moment o\u00f9 les tours ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e8re des nouvelles continues. Je suis n\u00e9e \u00e0 la fin d\u2019un monde m\u00e9diatis\u00e9\u2026 hyperm\u00e9diatis\u00e9\u2026 Et depuis, je suis obs\u00e9d\u00e9e par ces r\u00e9cits eschatologiques qui hantent notre imaginaire collectif \u2013 qu\u2019il s\u2019agisse de bombes nucl\u00e9aires, de savants fous qui d\u00e9truisent le monde par d\u00e9pit ou par erreur, de catastrophes \u00e9cologiques qui d\u00e9clenchent une nouvelle \u00e9tape \u00e9volutive pour l\u2019humanit\u00e9, d\u2019\u00e9pid\u00e9mies ou d\u2019\u00e8res glaciaires. Selon Pierre Popovic,<\/p>\n<blockquote><p>L\u2019imaginaire social est compos\u00e9 d\u2019ensembles interactifs de repr\u00e9sentations corr\u00e9l\u00e9es, organis\u00e9es en fictions latentes, sans cesse recompos\u00e9es par des propos, des textes, des chromos et des images, des discours ou des \u0153uvres d\u2019art. [\u2026] Dans toute soci\u00e9t\u00e9, quatre de ces ensembles de repr\u00e9sentations sont essentiels\u00a0: le premier concerne l\u2019histoire et la structure de la soci\u00e9t\u00e9 (repr\u00e9sentations du pass\u00e9, du pr\u00e9sent et de l\u2019avenir); [\u2026].\u00a0(2008, 24)<\/p><\/blockquote>\n<p>Or, si l\u2019histoire de la soci\u00e9t\u00e9, incluant son avenir, fait partie des ensembles de repr\u00e9sentations, l&rsquo;imaginaire social comprend paradoxalement aussi sa fin. Chaque soci\u00e9t\u00e9 imagine sa fin de mani\u00e8re singuli\u00e8re. Et depuis que l\u2019humain \u00e9crit des fictions, de <em>L\u2019\u00e9pop\u00e9e de Gilgamesh<\/em> \u00e0 la <em>Bible<\/em>, il l\u2019imagine \u00e0 grande \u00e9chelle. Or, cette destruction n\u2019est-elle que le simple reflet d\u2019une peur profonde de la finitude qui se r\u00e9sout par une simple catharsis devant le spectacle d\u2019une fin? Ou est-ce l\u2019espoir que cette fin ne soit pas d\u00e9finitive, qu\u2019elle soit le d\u00e9but de quelque chose d\u2019autre et qu\u2019elle soit porteuse de sens, d\u2019une r\u00e9v\u00e9lation? Les r\u00e9cits de fin du monde ne sont pas tous apocalyptiques\u00a0: ils sont parfois cataclysmiques. On assiste alors \u00e0 une logique de l\u2019\u00e9ternel retour, au sens cosmique des Sto\u00efques<a id=\"footnoteref1_9kif2k3\" class=\"see-footnote\" title=\"Sur cette question, lire Jean-Baptiste Gourinat, \u00ab \u00c9ternel retour et temps p\u00e9riodique dans la philosophie sto\u00efcienne \u00bb, Revue philosophique de la France et de l\u2019\u00e9tranger, tome 127, n\u1d52\u00a02, 2002, p. 213-227.\" href=\"#footnote1_9kif2k3\">[1]<\/a>, pour qui l\u2019histoire du monde est ponctu\u00e9e de destructions totales p\u00e9riodiques du cosmos par <em>ekpyrosis<\/em> (le feu) ou par <em>kataklysmos<\/em> (l\u2019eau), suivies de la <em>palingenesis, <\/em>sa reconstruction. Cette circularit\u00e9 de l\u2019histoire ainsi que cette r\u00e9currence infinie et in\u00e9vitable des catastrophes s\u2019inscrivent dans d\u2019innombrables romans.<\/p>\n<p>L\u2019imaginaire de la fin<a id=\"footnoteref2_h19cl0q\" class=\"see-footnote\" title=\"Au sujet de l\u2019imaginaire de la fin, voir Bertrand Gervais,\u00a0Logiques de l\u2019imaginaire. Tome 3.\u00a0L\u2019imaginaire de la fin\u00a0: temps, mots et signes, Montr\u00e9al, Le Quartanier, coll. \u00ab\u00a0Erres essais\u00a0\u00bb, 2009 et Jean-Fran\u00e7ois Chassay, Anne \u00c9laine Cliche et Bertrand Gervais (dir.), Des fins et des temps\u00a0: les limites de l\u2019imaginaire, Montr\u00e9al, UQAM, coll. \u00ab\u00a0Cahiers Figura\u00a0\u00bb, n\u1d52\u00a012, 2005.\" href=\"#footnote2_h19cl0q\">[2]<\/a> qui caract\u00e9rise notre \u00e9poque contemporaine s\u2019inscrit d\u00e9finitivement dans ce paradigme cataclysmique, avec ceci de particulier que l\u2019avenir que nous imaginons semble r\u00e9solument tourn\u00e9 vers le pass\u00e9. Ou plut\u00f4t, il semble s\u2019\u00e9crire avec des mots et des images, des topo\u00ef, d\u00e9j\u00e0 us\u00e9s. Une fin que nous ressassons, prisonnier\u00b7\u00e8res d\u2019un moment, d\u2019une image. Les peurs nouvelles semblent ne pouvoir s\u2019exprimer que dans le vocabulaire des catastrophes anciennes. Les camps nazis, les bombes nucl\u00e9aires, les totalitarismes, les d\u00e9sastres \u00e9cologiques et industriels, les g\u00e9nocides, les attentats\u00a0: l\u2019histoire du 20<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle ressemble \u00e9trangement \u00e0 une fin du monde\u2026 Walter Benjamin ne disait pas autrement\u00a0: \u00ab\u00a0Ses yeux sont \u00e9carquill\u00e9s, sa bouche ouverte, ses ailes d\u00e9ploy\u00e9es. C\u2019est \u00e0 cela que doit ressembler l\u2019Ange de l\u2019Histoire. Son visage est tourn\u00e9 vers le pass\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 nous appara\u00eet une cha\u00eene d\u2019\u00e9v\u00e9nements, il ne voit, lui, qu\u2019une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les pr\u00e9cipite \u00e0 ses pieds.\u00a0\u00bb (2000,\u00a0434)<\/p>\n<p>Or, depuis 1989, la fin du monde, c\u2019est un peu aussi la fin de l\u2019Histoire, du moins selon Francis Fukuyama (1992) suivant la pens\u00e9e d\u2019Hegel. Avec la chute de l\u2019Union sovi\u00e9tique et la victoire du capitalisme \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine, cela pourrait bien \u00eatre la fin de la dialectique marxiste historique. Or, l\u2019une des caract\u00e9ristiques du capitalisme n\u00e9o-lib\u00e9ral est sa capacit\u00e9 \u00e0 absorber les critiques \u00e0 son encontre, \u00e0 d\u00e9samorcer toute r\u00e9volte en bloquant de fait notre capacit\u00e9 \u00e0 un imaginer un monde post-capitaliste. Mais, si l\u2019on peine \u00e0 se repr\u00e9senter un monde diff\u00e9rent, il semble que l\u2019on imagine constamment sa destruction.<\/p>\n<p>Nick Bostrom (2002), un philosophe transhumaniste, propose dans le cadre des travaux du <em>Future of Humanity Institute<\/em><a id=\"footnoteref3_jlateoh\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir aussi les diff\u00e9rents travaux sur les risques existentiels publi\u00e9s de 2002 \u00e0 2017 et disponibles sur le site du Future of Humanity Institue de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford\u00a0: https:\/\/www.fhi.ox.ac.uk\/publications\/.\" href=\"#footnote3_jlateoh\">[3]<\/a> de r\u00e9fl\u00e9chir aux risques existentiels, ceux qui menacent l\u2019avenir de l\u2019humanit\u00e9. Il avance qu\u2019entre les trois sc\u00e9narios possibles que sont la paix, la destruction de 99\u00a0% de l\u2019humanit\u00e9 et la destruction de 100\u00a0%, il y a une diff\u00e9rence quantitative beaucoup plus grande entre les deux premiers. Or, la diff\u00e9rence qualitative entre la quasi-destruction et la destruction totale est infiniment plus grande, puisque cette derni\u00e8re signifie v\u00e9ritablement la fin de l\u2019aventure humaine. D\u2019ailleurs, Paul Brians (2019), dans ses recherches sur la fiction de la guerre nucl\u00e9aire, constate que tr\u00e8s rares sont les auteur\u00b7e\u00b7s qui parviennent \u00e0 d\u00e9crire une annihilation totale de l\u2019humanit\u00e9\u00a0: soit celle-ci est implicite, jamais montr\u00e9e, soit elle n\u2019est que partielle.<\/p>\n<h2>Destruction mutuelle assur\u00e9e<\/h2>\n<p>La guerre froide et sa course aux armements ont model\u00e9 notre imaginaire postapocalyptique. Depuis la bombe d\u2019Hiroshima, l\u2019humanit\u00e9 a les moyens de sa propre destruction\u00a0: il suffit d\u2019un moment, d\u2019une simple d\u00e9flagration\u2026 D\u2019ailleurs, depuis 1945, le <em>Bulletin des scientifiques atomiques<\/em> (<em>Bulletin of the Atomic Scientists<\/em>) annonce la fin du monde gr\u00e2ce \u00e0 une horloge singuli\u00e8re digne d\u2019un film catastrophe, la <em>doomsday clock<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>Founded in 1945 by University of Chicago scientists who had helped develop the first atomic weapons in the Manhattan Project, the Bulletin of the Atomic Scientists created the Doomsday Clock two years later, using the imagery of apocalypse (midnight) and the contemporary idiom of nuclear explosion (countdown to zero) to convey threats to humanity and the planet. [\u2026] The Clock has become a universally recognized indicator of the world\u2019s vulnerability to catastrophe from nuclear weapons, climate change, and new technologies emerging in other domains.\u00a0(Mecklin 2019,\u00a02)<\/p><\/blockquote>\n<p>Il faut dire que la doctrine de dissuasion MAD (<em>Mutually Assured Destruction<\/em> ou Destruction mutuelle assur\u00e9e) n\u2019avait rien de rassurant. Le terme, invent\u00e9 en 1962 par le strat\u00e8ge militaire am\u00e9ricain Donald Brennan, d\u00e9signe l\u2019\u00e9quilibre (bien pr\u00e9caire) que repr\u00e9sentent deux puissances nucl\u00e9aires de forces \u00e9gales\u00a0: une attaque de l\u2019une signifierait imm\u00e9diatement la r\u00e9plique de l\u2019autre, entra\u00eenant la destruction totale des deux parties, ce qui aurait en soi un effet dissuasif. Il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un exemple d\u2019\u00e9quilibre de Nash en th\u00e9orie des jeux. La survie de l\u2019humanit\u00e9 d\u00e9pendrait alors de l\u2019instinct de survie des militaires et de la transparence des deux parties sur leur arsenal et leur tactique. Or, le film <em>Dr Strangelove or\u00a0: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb <\/em>(1964) de Stanley Kubrick nous r\u00e9v\u00e8le que l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est peut-\u00eatre pas si rationnelle\u00a0:<\/p>\n<blockquote><p>The doomsday machine [is a] device which will destroy all human and animal life on earth. [\u2026] [It] is designed to trigger itself automatically [\u2026] [and] to explode if any attempt is ever made to untrigger it. [\u2026] There are those of us who fought against it, but in the end we could not keep up with the expense involved in the arms race, the space race, and the peace race. And at the same time our people grumbled for more nylons and washing machines. Our doomsday scheme cost us just a small fraction of what we\u2019d been spending on defense in a single year. But the deciding factor was when we learned that your country was working along similar lines, and we were afraid of a doomsday gap.\u00a0(Kubrick 1964)<\/p><\/blockquote>\n<h2>D\u2019Hiroshima \u00e0 Tchernobyl<\/h2>\n<p>Si la menace d\u2019une guerre mondiale totale s\u2019est estomp\u00e9e, le nucl\u00e9aire fait toujours peur\u2026 Il repr\u00e9sente la parfaite all\u00e9gorie d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me mis en danger par la technique au service de l\u2019id\u00e9ologie et des int\u00e9r\u00eats individuels. L\u2019accident nucl\u00e9aire de Tchernobyl me semble \u00eatre l\u2019un des points focaux de cet imaginaire de la fin r\u00e9activ\u00e9 aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Dans un magnifique livre intitul\u00e9 <em>La lumi\u00e8re de Tchernobyl <\/em>(2016),\u00a0le grand sp\u00e9cialiste de l\u2019imaginaire litt\u00e9raire de l\u2019apocalypse, Jean-Paul Eng\u00e9libert<a id=\"footnoteref4_gk29m9d\" class=\"see-footnote\" title=\"Jean-Paul Eng\u00e9libert a publi\u00e9 de nombreux ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence incontournables sur le sujet de l\u2019apocalypse en litt\u00e9rature. Voir notamment\u00a0: Jean-Paul Eng\u00e9libert,\u00a0Fabuler la fin du monde\u00a0: la puissance critique des fictions d\u2019apocalypse,\u00a0Paris, \u00c9ditions La D\u00e9couverte, coll. \u00ab\u00a0L\u2019horizon des possibles\u00a0\u00bb, 2019, 239\u00a0p.; Catherine Coquio, Jean-Paul Eng\u00e9libert et Rapha\u00eblle Guid\u00e9e (dir.),\u00a0L\u2019apocalypse\u00a0: une imagination politique (XIXe-XXIe\u00a0si\u00e8cle),\u00a0Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. \u00ab\u00a0La licorne\u00a0\u00bb, 2018.\" href=\"#footnote4_gk29m9d\">[4]<\/a>, \u00e9crit, \u00e0 propos d\u2019une photographie de Guillaume Herbaut<a id=\"footnoteref5_8u677eb\" class=\"see-footnote\" title=\"La photographie est tir\u00e9e de la s\u00e9rie \u00ab\u00a0Bazar\u00a0: The Far West of Chernobyl\u00a0\u00bb, disponible sur le site de l\u2019artiste\u00a0: http:\/\/www.guillaume-herbaut.com\/en\/bazar-the-far-west-of-chernobyl\/, consult\u00e9 le 8 novembre 2019.\" href=\"#footnote5_8u677eb\">[5]<\/a>\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0La mort entre par la fen\u00eatre avec le soleil\u00a0: lumi\u00e8re rase, sans couleur, sans chaleur. Natalia la regarde, elle fr\u00e9mit, tourne la t\u00eate, reste debout, immobile. Pour toujours, elle se tient debout devant la fin de toutes choses, avec patience et amour.\u00a0\u00bb (28) La prix Nobel de litt\u00e9rature bi\u00e9lorusse\u00a0Svetlana Aleksievich pose, elle aussi, l\u2019accident nucl\u00e9aire comme une apocalypse dans son ouvrage <em>La supplication<\/em>\u00a0: <em>Tchernobyl, chronique du monde apr\u00e8s l\u2019apocalypse<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Tchernobyl est un myst\u00e8re qu\u2019il nous faut encore \u00e9lucider. C\u2019est peut-\u00eatre une t\u00e2che pour le XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Un d\u00e9fi pour ce nouveau si\u00e8cle. Ce que l\u2019homme a appris, devin\u00e9, d\u00e9couvert sur lui-m\u00eame et dans son attitude envers le monde. [\u2026] Apr\u00e8s Tchernobyl, nous vivons dans un monde diff\u00e9rent, l\u2019ancien monde n\u2019existe plus.\u00a0\u00bb (1999, 32-33)<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, la toute r\u00e9cente minis\u00e9rie <em>Chernobyl<\/em> (Craig Mazin, HBO, 2019) semble bel et bien raconter la fin du monde, celle que l\u2019on craint et que l\u2019on imagine \u00eatre le destin in\u00e9vitable d\u2019un monde mortellement pollu\u00e9 par les retomb\u00e9es de la technologie humaine et dirig\u00e9 par des narcissiques mythomanes qui refusent la r\u00e9alit\u00e9 lorsqu\u2019elle ne leur convient pas, lorsqu\u2019elle ne s\u2019aligne pas avec leurs int\u00e9r\u00eats. Des dirigeants qui refusent d\u2019\u00e9couter les scientifiques qui annoncent le pire, rejetant leurs arguments trop difficiles \u00e0 comprendre\u2026 et surtout bien inopportuns.<\/p>\n<p>De mani\u00e8re paradoxale, la fin du monde qui est mise en sc\u00e8ne ici a d\u00e9j\u00e0 eu lieu : le r\u00e9cit se veut historique et non pr\u00e9dictif, du moins \u00e0 premi\u00e8re vue. Or, d\u2019une certaine fa\u00e7on, on a l\u2019impression de se retrouver dans une fiction r\u00e9trofuturiste. La fascination g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e pour les ann\u00e9es 1980, qui touche notamment la science-fiction et le fantastique depuis quelques ann\u00e9es, semble jouer. Pourquoi revenir sur l\u2019accident de Tchernobyl maintenant? Nul anniversaire, nul nouveau d\u00e9veloppement. Or, l\u2019\u00e9v\u00e9nement semble le plus puissant des pr\u00e9sages, l\u2019all\u00e9gorie parfaite de notre \u00e9poque catastrophiste\u00a0: malgr\u00e9 l\u2019ampleur de la destruction, on peut constater la grande r\u00e9silience de la nature et des \u00e9cosyst\u00e8mes, du moins lorsque l\u2019humanit\u00e9 n\u2019y est plus. Une lueur d\u2019espoir antihumaniste et postanthropoc\u00e8ne.<\/p>\n<p>Les images de la zone d\u2019exclusion de Tchernobyl (officiellement Zone d\u2019ali\u00e9nation de la centrale nucl\u00e9aire de Tchernobyl) qui circulent depuis des d\u00e9cennies maintenant n\u2019auraient-elles pas largement influenc\u00e9 la fa\u00e7on dont on se repr\u00e9sente l\u2019apocalypse? Un monde intact dont l\u2019humanit\u00e9 est radicalement exclue, un monde d\u2019art\u00e9facts humains abandonn\u00e9s soudainement, inexplicablement, figeant le quotidien des habitants absents pour toujours. Un monde que la nature envahit progressivement.<\/p>\n<h2>La fin des \u00e9cosyst\u00e8mes<\/h2>\n<p>Or, l\u2019imaginaire de la fin climatique et \u00e9cologique n\u2019a rien d\u2019un changement de paradigme. En 1983, Carl Sagan (1991 [1983]) analysait les cons\u00e9quences potentielles d\u2019une guerre nucl\u00e9aire sur le climat terrestre\u00a0: l\u2019hiver nucl\u00e9aire. L\u2019annihilation n\u2019est devenue que la version la plus radicale d\u2019un probl\u00e8me global qui aurait bien plus de chance d\u2019advenir : la destruction relativement rapide de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me habit\u00e9 par l\u2019homme. C\u2019est d\u2019ailleurs autour de la m\u00eame \u00e9poque que d\u2019autres menaces apparurent dans les \u00e9tudes et le discours public des scientifiques\u00a0: celles qui d\u00e9coulent de la pollution anthropique. Pour Slavoj \u017di\u017eek, la cons\u00e9quence principale du r\u00e9chauffement global est \u00ab\u00a0l\u2019effondrement de la distinction entre histoire humaine et histoire naturelle [\u2026]. [Les \u00eatres humains] sont capables d\u2019affecter l\u2019\u00e9quilibre m\u00eame de la vie sur terre, de sorte [\u2026] [qu\u2019]une nouvelle \u00e8re g\u00e9ologique a commenc\u00e9, baptis\u00e9e \u201fanthropoc\u00e8ne\u201d par certains scientifiques.\u00a0\u00bb (2010, 445)<\/p>\n<p>De nombreuses fictions nous pr\u00e9sentent d\u00e9sormais un climat qui se d\u00e9r\u00e8gle, les \u00e9v\u00e9nements s\u2019accumulant et finissant par devenir une fin du monde. Dans le tr\u00e8s beau <em>Ice <\/em>(1967) d\u2019Anna Kavan abondent les villes et les pays d\u00e9truits par des blizzards jusqu\u2019\u00e0 la destruction compl\u00e8te du monde autour des deux amants. Dans <em>Timescape <\/em>(1980) de Gregory Benford, on voit d\u00e9j\u00e0 se multiplier les d\u00e9sastres divers qui dominent la une des journaux, jusqu\u2019\u00e0 la destruction de l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me et du tissu social. De son c\u00f4t\u00e9, Edan Lepucki, dans son roman postapocalyptique <em>California <\/em>(2014), pr\u00e9sente une Am\u00e9rique d\u00e9truite par les feux de for\u00eat, les temp\u00eates de neige et les ouragans. Le r\u00e9sultat de cette destruction du territoire est une atomisation radicale du tissu social et un important recul des acquis f\u00e9ministes, les survivants \u00e9tant de nouveau confin\u00e9s aux r\u00f4les genr\u00e9s traditionnels, au nom de la survie. Pour sa part, la trilogie <em>MaddAddamm <\/em>(2003-2013) de Margaret Atwood d\u00e9peint un monde d\u00e9truit par un virus cr\u00e9\u00e9 en laboratoire par un savant fou et sa secte \u00e9cologiste radicale, mais aussi par le climat d\u00e9r\u00e9gl\u00e9.\u00a0Et dans <em>A Friend of the Earth<\/em> (2000) de T. C. Boyle, la m\u00e9t\u00e9o erratique est le reflet d\u2019un rapport \u00e0 la nature singulier dans l\u2019histoire humaine, l\u2019hyperbolisation d\u2019un ensemble de repr\u00e9sentations dominantes dans l\u2019imaginaire contemporain. Le climat devient ainsi l\u2019architecte du monde fictionnel, mais aussi le d\u00e9molisseur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 en d\u00e9liquescence autant dans ses structures concr\u00e8tes, mat\u00e9rielles, que sociales et symboliques.<\/p>\n<p>Dans tous ces romans, le rapport \u00e0 l\u2019environnement est alt\u00e9r\u00e9 de trois mani\u00e8res : 1) la peur que la nature devienne compl\u00e8tement hostile ou mortif\u00e8re; 2) la prise de conscience d\u2019une fragilit\u00e9; et 3) la prise de conscience d\u2019une responsabilit\u00e9. La premi\u00e8re est tr\u00e8s ancienne : l\u2019homme ressent depuis toujours une peur fondamentale que les ressources dont il d\u00e9pend se tarissent, que le climat ne r\u00e9ponde plus \u00e0 ses besoins, que les catastrophes g\u00e9ologiques \u2013 du tremblement de terre au volcan en passant par le tsunami \u2013 d\u00e9truisent son milieu de vie. C\u2019est ultimement un rapport religieux \u00e0 la nature qui est per\u00e7u comme une puissance qui peut se r\u00e9v\u00e9ler tour \u00e0 tour protectrice et nourrici\u00e8re, mais aussi destructrice et nocive, selon une volont\u00e9 transcendante.<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>Si la fin du monde, nucl\u00e9aire ou climatique, n\u2019est pas n\u00e9cessairement apocalyptique \u00ad\u2013 sans r\u00e9v\u00e9lation \u2013 ou eschatologique \u2013 sans finalit\u00e9 transcendante \u2013, tous ces r\u00e9cits de la catastrophe ont n\u00e9anmoins une chose en commun\u00a0: elles mettent en sc\u00e8ne une profonde crise s\u00e9miotique. Ainsi, si les causes sont multiples, les cons\u00e9quences sont souvent les m\u00eames\u00a0: la d\u00e9structuration, voire la destruction, de la s\u00e9miosph\u00e8re, pour reprendre le terme de Youri Lotman (1999). Les survivants, lorsqu\u2019il y en a, peinent \u00e0 communiquer entre eux, les langues s\u2019appauvrissent, les communaut\u00e9s s\u2019isolent, le territoire se d\u00e9sertifie, l\u2019\u00e9crit dispara\u00eet. L\u2019humain, cet <em>Homo communicans,<\/em> agonise et s\u2019\u00e9teint ainsi, bien plus lentement et moins spectaculairement qu\u2019on l\u2019imagine.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Aleksievich<em>, <\/em>Svetlana, <em>La supplication\u00a0: Tchernobyl, chronique du monde apr\u00e8s l\u2019apocalypse<\/em>, traduit du russe, Paris, Jean-Claude Latt\u00e8s, 1999 [1997].<\/p>\n<p>Benjamin,\u00a0Walter, <em>\u0152uvres III<\/em>, Paris, Gallimard, coll. \u00ab Folio essais\u00a0\u00bb, 2000.<\/p>\n<p>Bostrom, Nick, \u00ab\u00a0Existential Risks\u00a0: Analyzing Human Extinction Scenarios and Related Hazards\u00a0\u00bb, <em>Journal of Evolution and Technology, <\/em>vol. 9, mars 2002 [2001], en ligne,\u00a0<a href=\"https:\/\/www.nickbostrom.com\/existential\/risks.pdf\">https:\/\/www.nickbostrom.com\/existential\/risks.pdf<\/a>, consult\u00e9 le 8 novembre 2019.<\/p>\n<p>Brians, Paul, \u00ab\u00a0Nuclear War &amp; Disaster-related Materials\u00a0\u00bb, <em>The Web Site of Professor Paul Brians, <\/em>Washington State University, en ligne,\u00a0<a href=\"https:\/\/brians.wsu.edu\/nuclear-war-related-materials\/\">https:\/\/brians.wsu.edu\/nuclear-war-related-materials\/<\/a>, consult\u00e9 le 8 novembre 2019.<\/p>\n<p>Chassay, Jean-Fran\u00e7ois, Anne \u00c9laine Cliche et Bertrand Gervais (dir.), <em>Des fins et des temps : les limites de l\u2019imaginaire,<\/em> Montr\u00e9al, UQAM, coll. \u00ab Cahiers Figura \u00bb, n<span style=\"color: #222222; font-family: arial, sans-serif; font-size: 14px;\">\u1d52\u00a012, 2005.<\/span><\/p>\n<p>Coquio, Catherine, Jean-Paul Eng\u00e9libert et Rapha\u00eblle Guid\u00e9e (dir.), <em>L\u2019apocalypse\u00a0: une imagination politique (XIX<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle), <\/em>Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. \u00ab\u00a0La licorne\u00a0\u00bb, 2018.<\/p>\n<p>Eng\u00e9libert, Jean-Paul,\u00a0<em>La lumi\u00e8re de Tchernobyl,\u00a0<\/em>Bordeaux, \u00c9ditions L\u2019Ire des marges, coll. \u00ab\u00a0Vies minuscules\u00a0\u00bb, 2016.<\/p>\n<p>Eng\u00e9libert, Jean-Paul, <em>Fabuler la fin du monde\u00a0: la puissance critique des fictions d\u2019apocalypse, <\/em>Paris, \u00c9ditions La D\u00e9couverte, coll. \u00ab\u00a0L\u2019horizon des possibles\u00a0\u00bb, 2019.<\/p>\n<p>Fukuyama, Francis, <em>The End of History and the Last Man, <\/em>New York, Free Press, 1992.<\/p>\n<p>Gervais, Bertrand,\u00a0<em>Logiques de l\u2019imaginaire. Tome 3.\u00a0<\/em><em>L\u2019imaginaire de la fin : temps, mots et signes,<\/em> Montr\u00e9al, Le Quartanier, coll. \u00ab Erres essais \u00bb, 2009.<\/p>\n<p>Gourinat, Jean-Baptiste, \u00ab \u00c9ternel retour et temps p\u00e9riodique dans la philosophie sto\u00efcienne \u00bb, <em>Revue philosophique de la France et de l\u2019\u00e9tranger<\/em>, tome 127, n<span style=\"color: #222222; font-family: arial, sans-serif; font-size: 14px;\">\u1d52\u00a02, 2002, p. 213-227.<\/span><\/p>\n<p>Herbaut, Guillaume, \u00ab\u00a0Bazar\u00a0: The Far West of Chernobyl\u00a0\u00bb, en ligne,\u00a0<a href=\"http:\/\/www.guillaume-herbaut.com\/en\/bazar-the-far-west-of-chernobyl\/\">http:\/\/www.guillaume-herbaut.com\/en\/bazar-the-far-west-of-chernobyl\/<\/a>, consult\u00e9 le 8 novembre 2019.<\/p>\n<p>Kubrick, Stanley (r\u00e9al.), <em>Dr. Strangelove or : How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb,<\/em> \u00c9tats-Unis et Angleterre, Columbia Picture, 1964, 94 min.<\/p>\n<p>Lotman, Youri, <em>La s\u00e9miosph\u00e8re, <\/em>traduit par Anka Ledenko, Limoges, Presses universitaires de Limoges, 1999.<\/p>\n<p>Mecklin, John, \u00ab\u00a0A new abnormal\u00a0: It is <em>still <\/em>2 minutes to midnight\u00a0\u00bb, <em>Bulletin of the Atomic Scientists, <\/em>24 janvier 2019, en ligne,\u00a0<a href=\"https:\/\/thebulletin.org\/doomsday-clock\/current-time\/\">https:\/\/thebulletin.org\/doomsday-clock\/current-time\/<\/a>, consult\u00e9 le 8 novembre 2019.<\/p>\n<p>Popovic, Pierre, <em>Imaginaire social et folie litt\u00e9raire\u00a0: le Second Empire de Paulin Gagne, <\/em>Montr\u00e9al, Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al, coll. \u00ab\u00a0Socius\u00a0\u00bb<em>, <\/em>2008.<\/p>\n<p>Sagan, Carl et Richard Turco, <em>L\u2019Hiver nucl\u00e9aire,<\/em> trad. de l\u2019am\u00e9ricain par Jean-Baptiste Grasset, Paris, Seuil, 1991 [1983].<\/p>\n<p>\u017di\u017eek, Slavoj, <em>Vivre la fin des temps,<\/em> trad. de l\u2019anglais par Daniel Bismuth, Paris, Flammarion, 2010.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_9kif2k3\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_9kif2k3\">[1]<\/a> Sur cette question, lire Jean-Baptiste Gourinat, \u00ab \u00c9ternel retour et temps p\u00e9riodique dans la philosophie sto\u00efcienne \u00bb, <em>Revue philosophique de la France et de l\u2019\u00e9tranger<\/em>, tome 127, n<span style=\"color: #222222; font-family: arial, sans-serif; font-size: 14px;\">\u1d52\u00a02, 2002, p. 213-227.<\/span><\/p>\n<p id=\"footnote2_h19cl0q\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_h19cl0q\">[2]<\/a> Au sujet de l\u2019imaginaire de la fin, voir Bertrand Gervais,\u00a0<em>Logiques de l\u2019imaginaire. Tome 3.\u00a0<\/em><em>L\u2019imaginaire de la fin\u00a0: temps, mots et signes, <\/em>Montr\u00e9al, Le Quartanier, coll. \u00ab\u00a0Erres essais\u00a0\u00bb, 2009 et Jean-Fran\u00e7ois Chassay, Anne \u00c9laine Cliche et Bertrand Gervais (dir.), <em>Des fins et des temps\u00a0: les limites de l\u2019imaginaire, <\/em>Montr\u00e9al, UQAM, coll. \u00ab\u00a0Cahiers Figura\u00a0\u00bb, n<span style=\"color: #222222; font-family: arial, sans-serif; font-size: 14px;\">\u1d52\u00a012, 2005.<\/span><\/p>\n<p id=\"footnote3_jlateoh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_jlateoh\">[3]<\/a> Voir aussi les diff\u00e9rents travaux sur les risques existentiels publi\u00e9s de 2002 \u00e0 2017 et disponibles sur le site du <em>Future of Humanity Institue <\/em>de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Oxford\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.fhi.ox.ac.uk\/publications\/\">https:\/\/www.fhi.ox.ac.uk\/publications\/<\/a>.<\/p>\n<p id=\"footnote4_gk29m9d\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_gk29m9d\">[4]<\/a> Jean-Paul Eng\u00e9libert a publi\u00e9 de nombreux ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence incontournables sur le sujet de l\u2019apocalypse en litt\u00e9rature. Voir notamment\u00a0: Jean-Paul Eng\u00e9libert,\u00a0<em>Fabuler la fin du monde\u00a0: la puissance critique des fictions d\u2019apocalypse,\u00a0<\/em>Paris, \u00c9ditions La D\u00e9couverte, coll. \u00ab\u00a0L\u2019horizon des possibles\u00a0\u00bb, 2019, 239\u00a0p.; Catherine Coquio, Jean-Paul Eng\u00e9libert et Rapha\u00eblle Guid\u00e9e (dir.),\u00a0<em>L\u2019apocalypse\u00a0: une imagination politique (XIX<sup>e<\/sup>-XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle),\u00a0<\/em>Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. \u00ab\u00a0La licorne\u00a0\u00bb, 2018.<\/p>\n<p id=\"footnote5_8u677eb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_8u677eb\">[5]<\/a> La photographie est tir\u00e9e de la s\u00e9rie \u00ab\u00a0Bazar\u00a0: The Far West of Chernobyl\u00a0\u00bb, disponible sur le site de l\u2019artiste\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.guillaume-herbaut.com\/en\/bazar-the-far-west-of-chernobyl\/\">http:\/\/www.guillaume-herbaut.com\/en\/bazar-the-far-west-of-chernobyl\/<\/a>, consult\u00e9 le 8 novembre 2019.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Despr\u00e9s, Elaine. 2019. \u00ab Et si la fin avait d\u00e9j\u00e0 eu lieu\u2026 \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab R\u00e9cits eschatologiques\u202f: un point final pour l\u2019humanit\u00e9? \u00bb, n\u00ba 30, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5659 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxx)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab R\u00e9cits eschatologiques : un point final pour l\u2019humanit\u00e9? \u00bb, n\u00ba 30 J\u2019avais presque trois ans quand le r\u00e9acteur num\u00e9ro 4 a explos\u00e9, presque six, lorsque le mur est tomb\u00e9, en direct \u00e0 la t\u00e9l\u00e9, et dix-huit au moment o\u00f9 les tours ont \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9es, \u00e0 l\u2019\u00e8re des nouvelles continues. 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