{"id":5662,"date":"2024-06-13T19:48:32","date_gmt":"2024-06-13T19:48:32","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/pour-une-litterature-des-ruines-extraits-dune-enquete\/"},"modified":"2024-08-21T16:59:29","modified_gmt":"2024-08-21T16:59:29","slug":"pour-une-litterature-des-ruines-extraits-dune-enquete","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5662","title":{"rendered":"Pour une litt\u00e9rature des ruines : extraits d&rsquo;une enqu\u00eate"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6900\">Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>On a ce qu\u2019on \u00e9crit, qui est une vie qui ne se voit pas et puis il y a cette autre vie, qui se voit. Pourquoi ce besoin d\u2019avoir deux vies\u00a0? [&#8230;] Si vous pouviez la voir [&#8230;], vous, les lecteurs, je ne ferais pas ce livre. Elle est cach\u00e9e<a id=\"footnoteref1_cnyc12f\" class=\"see-footnote\" title=\"Marguerite Duras, dans Adler, Laure. 3 novembre 2015.\u00a0Delphine de Vigan \u2013 Hors-Champs\u00a0[Baladodiffusion]\" href=\"#footnote1_cnyc12f\">[1]<\/a>.<br \/>Marguerite Duras<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Je viens du monde des femmes. N\u00e9e dans une cuisine, entour\u00e9e de mes arri\u00e8re-grands-m\u00e8res, de mes grands-m\u00e8res et des bras de ma m\u00e8re. Chez nous, il n\u2019y avait que tr\u00e8s peu d\u2019hommes. On se croisait \u00e0 la table, on se croisait \u00e0 la sortie des prisons. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e par des femmes. Chantal, France, Marie-Jos\u00e9e, Adeline, Lucile. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 berc\u00e9e par leurs angoisses et leur amour, par leur mutisme et leurs crises. Par leurs histoires. La chanteuse d\u2019op\u00e9ra ravag\u00e9e par la mort, la cousine transform\u00e9e en monstre, le g\u00e9nie des sept s\u0153urs Miville, la jeune femme aveugle par choix, la m\u00e8re en cavale, la statue disparue de Jeanne-d\u2019Arc\u2026 La nuit, France me racontait ces femmes qui me semblaient alors toutes plus magiques les unes que les autres. \u00c7a durait des heures, et je m\u2019endormais sans m\u2019en apercevoir. Elle, elle ne dormait jamais. La t\u00e9l\u00e9vision de sa chambre \u00e9tait toujours allum\u00e9e, mais silencieuse. La lumi\u00e8re qui s\u2019en d\u00e9gageait sculptait son visage et ses l\u00e8vres en pri\u00e8re. Ma grand-m\u00e8re r\u00e9\u00e9crivait, murmurait de nouvelles r\u00e9pliques. Elle a toujours \u00e9t\u00e9 une\u00a0<em>raconteuse<\/em>. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0 que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire, moi aussi, dans la chambre de France.<\/p>\n<p>Ces femmes devenaient mythes gr\u00e2ce \u00e0 son don de m\u00e9moire et de transmission. \u00c0 travers elle, elles existaient, plus grandes que nature. Elles n\u2019\u00e9taient plus exclues, plus oubli\u00e9es. Par la mati\u00e8re de sa voix, elles se m\u00e9tamorphosaient, prenaient forme devant mes yeux\u00a0: une longue filiation, une grande histoire. Leur vie racont\u00e9e parlait de gen\u00e8ses, de souffrances, d\u2019\u00e9preuves, de l\u2019intemporalit\u00e9 des situations, de mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de devenir. Leur vie racont\u00e9e injectait du sens \u00e0 la mienne. Elle \u00e9tait autant de cl\u00e9s pour comprendre le monde, ce qui me pr\u00e9c\u00e9dait, ce qui m\u2019attendait.<\/p>\n<p>Si elles m\u2019\u00e9taient d\u2019abord apparues dans toute leur splendeur et leur force, les femmes de\u00a0<em>mon\u00a0<\/em>histoire m\u2019ont bien vite sembl\u00e9 morcel\u00e9es, en ruines. Elles \u00e9taient prises en marge de l\u2019Histoire, invisibles. En voie de disparition. France et moi, on se souvenait, mais nous \u00e9tions les seules. Ces femmes-mythes sont \u00e0 la contingence des mondes\u00a0: pas tout \u00e0 fait inscrites dans l\u2019Histoire, elles errent, elles n\u2019apparaissent qu\u2019en priv\u00e9, dans la chambre de France, dans ses r\u00e9cits o\u00f9 leurs traits sont accentu\u00e9s. Elles clignotent, \u00e9vanescentes, perdues. Mes grands-m\u00e8res et leurs m\u00e8res, leurs s\u0153urs et leurs filles.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Premi\u00e8re tentative\u00a0: placer les id\u00e9es sur papier, pour une premi\u00e8re fois, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Les orienter vers le m\u00eame objet. Les faire rencontrer dans un m\u00eame espace. Ce document porte les traces incessantes de l\u2019apparition et de la disparition de quelque chose\u00a0: une lumi\u00e8re. Il conserve tant bien que mal l\u2019empreinte de ce qui a fui, de ce qui s\u2019\u00e9chappe, de ce qui habite. Ces id\u00e9es sont impossibles \u00e0 saisir, \u00e0 reproduire, mais elles laissent tout de m\u00eame une impression. Elles marquent. Cette lumi\u00e8re, ces id\u00e9es, ces choses, ces images, nous ne pouvons les poss\u00e9der, les tenir dans nos mains, les conserver. L\u2019inverse est plut\u00f4t vrai\u00a0: elles\u00a0<em>nous\u00a0<\/em>composent, elles\u00a0<em>nous\u00a0<\/em>poss\u00e8dent. Sans nous \u00eatre toutefois uniques. C\u2019est ce qui motive mon \u00e9criture. Cette relation \u00e0 la lumi\u00e8re. La comprendre. Ces clignotements. L\u2019\u00e9criture, c\u2019est trouver l\u2019agencement des mots que sugg\u00e8rent ces \u00e9clairs. Ce qui reste, les r\u00e9sidus. L\u2019\u00e9criture, c\u2019est cette recherche de la mise en forme la plus juste de l\u2019exp\u00e9rience.\u00a0<em>\u00c7a\u00a0<\/em>appara\u00eet. Puis, plus on cherche \u00e0 la revoir, plus\u00a0<em>\u00e7a\u00a0<\/em>dispara\u00eet. Ce texte est une filature.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Les livres abritent des chocs. Lire peut provoquer une r\u00e9sonance, une sensation de vibration entre le monde et nous (Rosa 2018). Dans un entretien r\u00e9alis\u00e9 par Isabelle Charpentier, Annie Ernaux parle de sa lecture de Bourdieu en ces termes\u00a0: \u00ab\u00a0[Q]uand j\u2019ai lu\u00a0<em>Les H\u00e9ritiers\u00a0<\/em>[&#8230;], j\u2019ai eu ce [&#8230;] sentiment d\u2019\u00e9vidence [&#8230;] [. \u00c7a] a \u00e9t\u00e9 si fort et si violent, mais d\u2019une violence lib\u00e9ratrice, parce que je me suis sentie oblig\u00e9e de faire quelque chose de cela\u00a0\u00bb (2005, 163). La force de l\u2019onde peut varier. Le premier impact de la lecture, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019effet produit par Bourdieu sur Ernaux, est sensoriel. Elle soul\u00e8ve d\u2019abord le monde des sens.\u00a0<em>C\u2019est une \u00e9vidence!\u00a0<\/em>\u00ab\u00a0Tous les gens qui ont v\u00e9cu cela le disent!\u00a0\u00bb (163) La lecture permet de combiner connaissance de soi et connaissances intellectuelles, c\u2019est cet accord qui r\u00e9sonne en nous. Signalons ceci\u00a0: le\u00a0<em>faire quelque chose\u00a0<\/em>d\u2019Ernaux n\u2019est pas engendr\u00e9 par sa lecture, cette derni\u00e8re est seulement le d\u00e9clic, ce qu\u2019elle nomme son \u00ab\u00a0injonction \u00e0 agir\u00a0\u00bb (163). Le mouvement qui anime ce\u00a0<em>faire\u00a0<\/em>pr\u00e9c\u00e8de la lecture, il s\u2019amorce hors du texte et lui pr\u00e9existe\u00a0: ce que nous qualifions d\u2019abord d\u2019exp\u00e9rience individuelle, isol\u00e9e et unique, met l\u2019\u00e9crivain.e en marche. Puis, la lecture r\u00e9v\u00e8le ce qu\u2019elle est v\u00e9ritablement\u00a0: une exp\u00e9rience v\u00e9cue par plusieurs, r\u00e9p\u00e9t\u00e9e et op\u00e9r\u00e9e par des structures et des rapports de domination<em>.<\/em>\u00c9douard Louis raconte que sa lecture de\u00a0<em>Retour \u00e0 Reims<\/em>, de Didier Eribon, lui permet de comprendre que ses propres larmes ne sont pas anecdotiques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je ne me rendais pas compte que c\u2019\u00e9tait le produit de toute une histoire de l\u2019homophobie [\u2026] qui avai[t] rendu possible et pensable ce crachat [\u2026]. [N]os larmes sont politiques [\u2026] [. L]es larmes que je versais apr\u00e8s avoir re\u00e7u les crachats \u00e9taient politiques, parce qu\u2019elles \u00e9taient rendues possibles par cet entrem\u00ealement d\u2019histoire politique, sociale, culturelle. (Louis dans Eribon, VI)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9placement du priv\u00e9 au politique autorise la (re)connaissance de ce que nous sommes, de ce que nous vivons et d\u2019o\u00f9 nous le vivons. Ce mouvement ne se fait pas sans heurt. Si un regard plus lucide permet un d\u00e9cloisonnement des possibilit\u00e9s, il blesse les croyances, faisant \u00e9cho \u00e0 la\u00a0<em>violence lib\u00e9ratrice\u00a0<\/em>d\u2019Ernaux. La lecture oblige une prise de conscience politique, nous fait voir notre d\u00e9termination et notre assujettissement. N\u00e9anmoins, ce choc cr\u00e9e une br\u00e8che dans laquelle vibre la notion de lib\u00e9ration, la prise de conscience n\u2019incarnant pas la finalit\u00e9 du geste, mais plut\u00f4t son moteur. Moteur pour vivre, moteur pour \u00e9crire. La lecture ouvre et l\u2019\u00e9criture d\u00e9plie, dans un m\u00eame geste. \u00ab\u00a0[\u2026]\u00a0<em>Retour \u00e0 Reims\u00a0<\/em>est un livre qui permet de\u00a0<em>voir\u00a0<\/em>sa vie, et donc de la raconter\u00a0\u00bb (Louis dans Eribon, III. L\u2019auteur souligne).<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>La lecture, l\u2019\u00e9criture donnent \u00e0 voir le r\u00e9el. L\u2019autre couche, l\u2019autre monde. Le voile appris, \u00e9vident, le voile en transparence sur la vie, se d\u00e9chire. L\u2019autre monde, c\u2019est ce qui clignote\u00a0: les perc\u00e9es scintillantes, \u00e9vanescentes.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Pour \u00eatre libre, il faut aller au bout de la connaissance de son objet \u2013 le seul objet de l\u2019\u00e9criture, n\u2019est-ce pas la vie, in\u00e9puisable, qui se pr\u00e9sente \u00e0 nous sous diff\u00e9rentes formes? Ce qui nous touche d\u2019un objet, ce qui nous en rend passionn\u00e9.e.s, n\u2019est-ce pas la lueur de compr\u00e9hension qu\u2019on y discerne, qu\u2019on y entrevoit? Il faut aller au bout de son objet, m\u00eame de mani\u00e8re incompl\u00e8te, m\u00eame si on sait que c\u2019est sans fin.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Les souvenirs douloureux sont-ils vivants? Une blessure palpite, pantelante. C\u2019est peut-\u00eatre ce qui rend l\u2019\u00e9criture affol\u00e9e et affolante\u00a0: on ne peut que reproduire cette palpitation. Qu\u2019est-ce qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019\u00e9criture? J\u2019ai dit\u00a0: la violence. J\u2019ai dit\u00a0: une intuition. Je crois que c\u2019est aussi la m\u00e9moire, les souvenirs. Avant l\u2019\u00e9criture,\u00a0<em>\u00e7a\u00a0<\/em>fond, informe et coulant.\u00a0<em>\u00c7a\u00a0<\/em>pourrait rester dans cette informit\u00e9,\u00a0<em>\u00e7a<\/em>ne pourrait \u00eatre qu\u2019une sensation. Mais on en tente la mise en forme, on tente l\u2019\u00e9criture. Ne serait-ce pas tout simplement \u00e7a, \u00e9crire? Revenir \u00e0 la vie, \u00e0 une vision de la vie, pour en esquisser des contours. Le plus difficile de l\u2019\u00e9criture, c\u2019est de ne pas contenir, de ne pas \u00e9touffer par la forme. Il faut \u00e9crire par incisions. Composer avec ce que l\u2019on d\u00e9couvre, m\u00eame fragment\u00e9, incomplet. S\u2019int\u00e9resser au probl\u00e8me plus qu\u2019au r\u00e9cit. Autopsier, approfondir les ravages. Aimer les choses pour ce qu\u2019elles sont, pas pour ce qu\u2019elles apportent \u00e0 l\u2019\u00e9crivain.e, au livre. Il faut aimer l\u2019autre, le\u00a0<em>\u00e7a\u00a0<\/em>dans ce qu\u2019il a de fuyant, de d\u00e9poss\u00e9dant, en ce qu\u2019il r\u00e9siste \u00e0 la compr\u00e9hension. Bien \u00e9crire, c\u2019est bien aimer. Au sens de bont\u00e9. C\u2019est ce qui diff\u00e9rencie les \u00e9critures, les projets\u00a0: la bont\u00e9. La vraie, la sinc\u00e8re. Rien qui nous mette en valeur, rien qui nous illustre. La bont\u00e9 qui (nous) efface.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9cris sur Th\u00e9r\u00e8se, la m\u00e8re de mon p\u00e8re, morte \u00e0 28 ans. Ni fiction, ni roman, ni autobiographie, ni essai. \u00c9crire Th\u00e9r\u00e8se, c\u2019est faire enqu\u00eate. \u00ab\u00a0La litt\u00e9rature, c\u2019est la recherche\u00a0\u00bb affirme Ivan Jablonka, dans son \u00e9clairant ouvrage\u00a0<em>L\u2019histoire est une litt\u00e9rature contemporaine\u00a0<\/em>(2017). Cette d\u00e9finition de la litt\u00e9rature oblige une posture particuli\u00e8re de l\u2019\u00e9crivain.e, celle de l\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse. Il ne s\u2019agit pas d\u2019\u00eatre \u00e9crivain.e et enqu\u00eateur.euse, mais d\u2019\u00eatre enqu\u00eateur.euse\u00a0<em>parce qu\u2019<\/em>\u00e9crivain.e, et vice versa. L\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse sait que l\u2019\u00e9criture permet une prise sur le monde autrement inaccessible et s\u2019att\u00e8le \u00e0 s\u2019approcher du myst\u00e8re sans l\u2019estomper. En enqu\u00eatant par la litt\u00e9rature, iel voit une possibilit\u00e9 de connaissance, ne sait pas tout \u00e0 fait ce vers quoi iel \u00e9crit et c\u2019est pour cela qu\u2019iel \u00e9crit. Dans son geste d\u2019\u00e9criture, iel rencontre des v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019iel n\u2019a pas v\u00e9cues. Ou plut\u00f4t, les mots l\u2019autorisent \u00e0 explorer des v\u00e9cus lui \u00e9tant inconnus. \u00ab\u00a0\u00c9crire, c\u2019est trouver les mots pour dire cette violence qu\u2019on finit par ne plus dire parce qu\u2019elle appara\u00eet comme \u00e9vidente \u00e0 force de se reproduire, elle appara\u00eet avec l\u2019\u00e9vidence du\u00a0<em>toujours ainsi<\/em>\u00a0\u00bb (\u00c9douard Louis, dans Adler 2016. Je souligne). Lentement, l\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse borde de mots ce qu\u2019on ne voit plus, donne \u00e0 voir l\u2019invisible, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qui est devenu transparent \u00e0 force d\u2019\u00eatre \u00e9vident. Ce d\u00e9voilement cr\u00e9e les silences, les blancs et les fosses qui ponctuent la vie. Et c\u2019est l\u00e0, pr\u00e8s des trous, que l\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse se situe, pour les interroger. Par sa pratique, iel s\u2019engage. L\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse a choisi la recherche, car iel souhaite raisonner. Son texte est hybride\u00a0: litt\u00e9rature et sciences sociales sont indissociables. Iel visite les ruines douloureuses, poursuit sa longue enqu\u00eate dans l\u2019objectif d\u2019atteindre cette \u00ab\u00a0petite chance de finir libre\u00a0\u00bb (Bourdieu, dans Barraband 2017, 162).<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Tout.e \u00e9crivain.e qui annonce un projet\u00a0<em>sur\u00a0<\/em>le r\u00e9el se fait taxer d\u2019\u00e9crivain.e\u00a0<em>du\u00a0<\/em>r\u00e9el et son projet, d\u2019autofiction ou d\u2019autobiographie, pour le meilleur et pour le pire. Doit-on \u00e9crire la vie telle qu\u2019elle est? Doit-on \u00e9carter la fiction? Est-ce que celui ou celle qui s\u2019int\u00e9resse ouvertement \u00e0\u00a0<em>ce qui est arriv\u00e9\u00a0<\/em>ne doit jurer que par le\u00a0<em>vrai<\/em>? Est-ce que la fiction offre un aper\u00e7u plus juste de la r\u00e9alit\u00e9? Masquer ou d\u00e9masquer? Fiction ou r\u00e9alit\u00e9? \u00c0 mon avis, ce serait un faux d\u00e9bat. Je ne cherche pas \u00e0 d\u00e9mystifier la fiction ou \u00e0 \u00e9crire le r\u00e9el tel qu\u2019il est. Je m\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9cart entre les deux, \u00e0 leur relation. La vie et la litt\u00e9rature, la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction ne sont-elles pas imbriqu\u00e9es l\u2019une dans l\u2019autre, indissociables? \u00c9crire pour vivre et vivre pour \u00e9crire. Ces deux\u00a0<em>mondes\u00a0<\/em>ne sont pas oppos\u00e9s, ils dialoguent continuellement. Ils sont l\u2019un contre l\u2019autre, pr\u00e8s l\u2019un de l\u2019autre, impossibles \u00e0 d\u00e9limiter.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>La fiction, qu\u2019est-elle? \u00ab\u00a0Il y a un autre lien entre r\u00e9alit\u00e9 et fiction, qui ne rel\u00e8ve pas de la mimesis. Une fiction peut provoquer une esp\u00e8ce de compr\u00e9hension instantan\u00e9e, fournissant au lecteur la cl\u00e9 dont il a besoin pour d\u00e9coder le r\u00e9el\u00a0\u00bb (Jablonka 2017, 193). En effet, s\u2019il faut s\u2019\u00e9loigner de la mimesis, c\u2019est pour arracher le r\u00e9el \u00e0 la fiction, car cette derni\u00e8re offre des m\u00e9thodes efficaces pour la recherche. Jablonka le rappelle\u00a0: quelle science ne fait pas appel \u00e0 l\u2019hypoth\u00e8se, \u00e0 la conceptualisation, au sc\u00e9nario vraisemblable, \u00e0 la contre-v\u00e9rit\u00e9? Ce sont tous des outils employ\u00e9s par la litt\u00e9rature de fiction. Il s\u2019agirait peut-\u00eatre d\u2019explorer ces directions &#8211; ces m\u00e9thodes de fictions, comme les appelle Jablonka -, d\u2019annoncer les jeux, les techniques, et de les d\u00e9samorcer en les poussant le plus loin possible. D\u00e8s qu\u2019il y a \u00e9criture, il n\u2019y a plus de r\u00e9el ou de fiction. Entre les deux, un territoire in\u00e9dit s\u2019ouvre alors. L\u2019\u00e9criture cr\u00e9e cet \u00e9cart\u00e8lement, qui nous \u00e9loigne momentan\u00e9ment de la vie, pour nous permettre ensuite de nous en approcher. Malgr\u00e9 la douleur du geste, l\u2019\u00e9criture serait une \u00ab aide-\u00e0-vivre\u00a0\u00bb (Ernaux 2011, 24). La fissure que cr\u00e9e l\u2019\u00e9criture r\u00e9v\u00e8le un espace dans lequel peut surgir le pr\u00e9sent tel qu\u2019il est\u00a0: informe, innomm\u00e9, morcel\u00e9. Le pr\u00e9sent\u00a0<em>tel qu\u2019il est\u00a0<\/em>: en ruines. Car tout ce qui est (au) pr\u00e9sent se termine dans l\u2019imm\u00e9diat et laisse des traces. Nous vivons dans les ruines. Hier tombe en ruines. Ce texte aussi. Ce qui me motive \u00e0 \u00e9crire ce texte est vivant, mais tout ce qui s\u2019\u00e9choue sur ces pages n\u2019est qu\u2019un souvenir, un rappel. Je peux le relire, je peux ressentir momentan\u00e9ment les sensations v\u00e9cues, mais elles ont disparu \u00e0 jamais. Et je ne dois pas m\u2019y attacher. Je dois accepter cette pulsation, cette cadence avec laquelle les choses finissent par s\u2019effacer en elles-m\u00eames. C\u2019est aussi le propre du vivant que de c\u00f4toyer la mort de si pr\u00e8s.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas de suivre les pistes, de les d\u00e9poser, une \u00e0 une, sur le papier, mais de les questionner, de raisonner sur elles et avec elles. L\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse doit observer, \u00e9crire ses observations et s\u2019en extraire. Iel doit se d\u00e9tacher de lui-m\u00eame, s\u2019observer, lire ses notes comme si elles \u00e9taient d\u2019une.e autre, se d\u00e9crypter. Et retourner \u00e0 l\u2019\u00e9criture, qui peut alors engendrer une v\u00e9rit\u00e9 parmi d\u2019autres.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9cris sur la m\u00e8re de mon p\u00e8re, oui, mais j\u2019\u00e9cris surtout sur ce que signifie sa disparition, les causes et les cons\u00e9quences de sa disparition, et sur ses apparitions, sur la mani\u00e8re dont elle se manifeste encore aujourd\u2019hui, par intermittence. \u00ab\u00a0[L]e n\u00e9gatif de la pr\u00e9sence n\u2019est pas forc\u00e9ment l\u2019absence\u00a0\u00bb (Chevrette 2017, 234). Je me demande comment dire, comment \u00e9crire cette forme \u00e9vanescente, ce clignotement. Mon objet, ma grand-m\u00e8re et sa m\u00e9moire, est en voie de disparition, lumi\u00e8re faiblissante. Et mon d\u00e9sir de conservation n\u2019est pas nostalgique, c\u2019est plut\u00f4t le contraire\u00a0: je sais que la m\u00e9moire de cette femme permet une compr\u00e9hension du pr\u00e9sent. Si mon projet s\u2019int\u00e9resse \u00e0 ce qui s\u2019est pass\u00e9, il fait la route jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui. C\u2019est un projet tourn\u00e9 vers l\u2019avant.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Annie Ernaux parle ainsi de son objet d\u2019\u00e9criture\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est assez difficile \u00e0 expliquer, je n\u2019ai pas d\u2019abord quelque chose \u00e0 dire\u2026 en fait, la chose \u00e0 dire, imm\u00e9diatement n\u00e9cessite une forme\u00a0\u00bb (Charpentier 2005, 166). L\u2019objet transforme la forme, l\u2019entra\u00eene, l\u2019oblige m\u00eame. Je ne cherche pas \u00e0 renouveler la forme, mais \u00e0 trouver la forme que n\u00e9cessite mon objet afin d\u2019\u00eatre \u00e9crit. Ce qui m\u2019int\u00e9resse, c\u2019est l\u2019exploration; et \u00e9crire est un terrain vague, un terrain de jeu, nous invitant \u00e0 le scruter. Lorsqu\u2019une lecture nous remue, il n\u2019est plus question de forme ou de genre. On referme le livre et on en ressort ouvert.e, \u00e9m\u00e9ch\u00e9.e, transform\u00e9.e.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Pour Annie Dillard, le livre est un cercueil. En effet, au dernier point, le manuscrit devient un livre fig\u00e9, un agencement de mots immobiles. Le livre n\u2019est plus ce qu\u2019\u00e9tait le projet, car le livre termin\u00e9 a quitt\u00e9 l\u2019\u00e9crivain.e, le corps qui pense. Le livre, aussi complet soit-il, n\u2019est qu\u2019une trace du processus de son auteur.e. Il est mort, car seul, il ne peut pas se suffire. Pourtant, Dillard affirme que nous lisons \u00ab\u00a0dans l\u2019espoir que l\u2019\u00e9crivain rendra nos journ\u00e9es plus vastes et plus intenses, qu\u2019il nous illuminera, nous inspirera sagesse et courage, nous offrira la possibilit\u00e9 d\u2019une pl\u00e9nitude de sens\u00a0\u00bb (80). Et parfois, la lecture donne raison \u00e0 cet espoir. Rappelons-nous\u00a0: la lecture permet une r\u00e9sonance entre le monde et nous. Alors pourquoi, si la lecture est ch\u00e9rie par Dillard, le livre est-il abhorr\u00e9 par l\u2019\u00e9crivaine? La r\u00e9ponse est simple\u00a0: le livre appartient aux lecteur.trice.s. Il est un espace pour le.la lecteur.trice, qui peut s\u2019y retrouver ou non. Ce qui donne une forme au travail de l\u2019\u00e9crivain.e, ce n\u2019est pas le livre, mais la personne qui le tient dans ses mains. Le livre reprend ainsi vie, par cette personne qui y d\u00e9pose ses propres sensations, ses propres exp\u00e9riences. La lecture peut mettre en marche, inciter \u00e0 la vie ou \u00e0 l\u2019\u00e9criture. Lire, \u00e9crire\u00a0: c\u2019est cr\u00e9er des communaut\u00e9s d\u2019actions subversives en parall\u00e8le de la grande Histoire, r\u00e9agencer les symboles. C\u2019est d\u00e9velopper un imaginaire collectif pour voir autrement le monde. Ce que la litt\u00e9rature peut offrir\u00a0: un r\u00e9seau de voix permettant une expansion de la vie.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>C\u2019est un cercle, un ouroboros. Il y a f\u00e9condation. Un dialogue souterrain cr\u00e9e le collectif. Le.la lecteur.trice porte la multiplicit\u00e9. L\u2019\u00e9crivain.e est soumis aux choses et doit travailler pour elles. L\u2019\u00e9crivain.e ne peut pas contr\u00f4ler les sensations, ne peut pas les manier, iel \u00e9crit avec elle, mais iel ne les cr\u00e9e pas. La lecture active.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Annie Ernaux \u00e0 Fr\u00e9d\u00e9ric-Yves Jeannet\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c9crire\u00a0<em>est<\/em>, selon moi, une activit\u00e9 politique, c\u2019est-\u00e0-dire qui peut contribuer au d\u00e9voilement et au changement du monde ou au contraire conforter l\u2019ordre social, moral, existant\u00a0\u00bb (Ernaux\u00a02011, 68. L\u2019auteure souligne). Embrasser le politique, ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement se refuser \u00e0 l\u2019empathie, \u00e0 l\u2019amour et \u00e0 l\u2019abandon dans l\u2019acte d\u2019\u00e9crire. Il y a quelque chose, dans l\u2019\u00e9criture, qui rel\u00e8ve de la contemplation. Il faut regarder, \u00e9couter, faire silence, mais d\u2019une mani\u00e8re active. Regarder pour comprendre, pour se transformer, pour partager. \u00catre en posture d\u2019\u00e9coute afin de mieux parler, de mieux \u00e9crire. \u00c9crire est politique, au sens o\u00f9 s\u2019entrem\u00ealent des vies, des v\u00e9cus, o\u00f9 l\u2019on rend public l\u2019intime.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent, il me semble, contient le pass\u00e9. Le pr\u00e9sent serait le visible; le pass\u00e9, l\u2019invisible. Ce qui dispara\u00eet, ce qui ne r\u00e9siste pas au temps &#8211; corps, choses, \u00e9v\u00e8nements -, laisse une trace. C\u2019est de marques, de ce qui nous pr\u00e9c\u00e8de, qu\u2019est compos\u00e9 le pr\u00e9sent. Certaines disparitions, souvent les plus violentes, les plus traumatiques, peuvent m\u00eame nous sembler plus pr\u00e9sentes que ce qui est l\u00e0, que ce qui est perceptible. Lorsqu\u2019il y a destruction, par l\u2019usure du temps ou par volont\u00e9, ne reste-t-il pas\u00a0<em>quelque chose<\/em>? Les maisons, une fois vides, gardent l\u2019empreinte de ceux et celles qui les ont meubl\u00e9es\u00a0: les planchers marqu\u00e9s par les chaises de la salle \u00e0 manger, les couleurs d\u00e9lav\u00e9es dessinant sur le mur le squelette de la desserte. Et si la maison br\u00fble, demeure ce qui a br\u00fbl\u00e9\u00a0: les restes, les d\u00e9bris, les ruines. Les souvenirs, les histoires qu\u2019on se raconte perdurent. Une personne qui meurt dans l\u2019anonymat ou qui devient anonyme par sa disparition laisse des souvenirs mat\u00e9riels et immat\u00e9riels. L\u2019entreprise d\u2019\u00e9criture a pour but de rendre visible ce qui a \u00e9t\u00e9 enseveli (par le pouvoir ou par l\u2019Histoire) afin de reconstruire le sens (et non redonner vie), de mieux vivre. En un sens, ne sommes-nous pas tous et toutes des survivant.e.s de quelqu\u2019un.e, de quelque chose? Notre corps a cette \u00ab\u00a0m\u00e9moire des sens\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0continuellement sous-jacente\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0pr\u00eate \u00e0 refaire surface\u00a0\u00bb (Verstraeten 2009, 5). Il s\u2019agit de lui donner la place n\u00e9cessaire pour \u00e9merger\u00a0: pour \u00e9couter et \u00e9crire. \u00ab\u00a0C\u2019est \u00e7a l\u2019\u00e9criture. C\u2019est le train de l\u2019\u00e9crit qui passe par votre corps. Le traverse. C\u2019est de l\u00e0 qu\u2019on part pour parler de ces \u00e9motions difficiles \u00e0 dire, si \u00e9trang\u00e8res et qui n\u00e9anmoins, tout \u00e0 coup, s\u2019emparent de vous\u00a0\u00bb (Duras, dans Adler 2015). Et ainsi, laisser surgir la m\u00e9moire des choses par l\u2019\u00e9tat du corps pour saisir non pas cette m\u00e9moire, mais un sens. Par la parole ou par l\u2019\u00e9criture, cr\u00e9er une communaut\u00e9, \u00e9tablir des liens, m\u00eame t\u00e9nus, pour mieux voir, mieux vivre. Accepter ces lieux en ruines, ces spectres pour lesquels nous ne pouvons rien, sauf peut-\u00eatre, enfin, les laisser mourir. Essayons de comprendre les blancs plut\u00f4t que de les calfeutrer. Tissons entre nous, entre les mots et les images, une courtepointe infinie, trou\u00e9e. Laissons les corps ch\u00e9rir ces br\u00e8ches qui constituent le pr\u00e9sent, faire voir les ruines, ce qu\u2019il en reste, mais aussi les cavit\u00e9s, l\u00e0 o\u00f9 loge le sens.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9criture n\u2019est jamais la restitution de l\u2019objet dont il est question, c\u2019est seulement une marque de plus qui, avec un peu de distance, s\u2019ajoute \u00e0 la constellation d\u2019images qui nous permet de comprendre un peu mieux la vie. Le r\u00e9sultat ne peut \u00eatre qu\u2019une forme qui d\u00e9limite l\u2019objet, sans le reproduire. La main se d\u00e9pose sur la feuille de papier et le feutre, incertain, trace le contour. Lorsqu\u2019on rel\u00e8ve la main, ce n\u2019est jamais tout \u00e0 fait la bonne mesure\u00a0: la silhouette est d\u00e9form\u00e9e, disproportionn\u00e9e, mais elle est le rappel de ce qui \u00e9tait l\u00e0, de ce qui a exist\u00e9.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Les ruines sont multiples, prot\u00e9iformes. Elles sont la ville fumante, d\u00e9truite par la guerre, sans horizon. Elles sont les for\u00eats ravag\u00e9es, br\u00fbl\u00e9es. Elles sont la maison qu\u2019on se construit, le nouveau projet. Elles sont les traces de pas dans la neige. Les ruines, c\u2019est la vie et la mort\u00a0: la proximit\u00e9 entre les deux.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Tout est momentan\u00e9. Toutes les exp\u00e9riences sont provisoires, transitoires. \u00c7a appara\u00eet et \u00e7a dispara\u00eet. L\u2019\u00e9criture, c\u2019est une marque, une mani\u00e8re de garder la trace, d\u2019accomplir le devoir de m\u00e9moire. En revanche, l\u2019\u00e9criture fige aussi, elle participe \u00e0 cette mort, \u00e0 l\u2019\u00e9vanouissement, \u00e0 la perte. De la m\u00eame mani\u00e8re que le fait une photographie. On capture les gens qu\u2019on aime, les moments pr\u00e9cieux, pour ne jamais les oublier, pour les garder avec nous. Pourtant, l\u2019ami.e ou l\u2019amant.e nous quitte et il ne reste que son image captur\u00e9e\u00a0: preuve qu\u2019iel a exist\u00e9, qu\u2019iel a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 tangible, devant nous, mais qu\u2019iel n\u2019est plus l\u00e0. La preuve, alors, de son absence. La preuve d\u2019une perte. L\u2019\u00e9criture a cette fonction de marquer le temps qui passe. Elle ne permet pas de garder, de conserver; elle est seulement une ruine.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9vanescence, c\u2019est mourant et \u00e7a scintille. \u00c7a d\u00e9cline et \u00e7a erre. C\u2019est agit\u00e9, \u00e7a tremble. \u00c7a bout, \u00e7a exalte. L\u2019\u00e9vanescence est une fi\u00e8vre.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>\u00c9crire, trouver une forme liminale entre les mondes pour \u00eatre le plus juste possible, rendre justement \u00e0 Th\u00e9r\u00e8se son \u00e9tat. Sa disparition \u2013 et les secrets, les mensonges, les silences, la violence \u2013 l\u2019a laiss\u00e9e en transition. Pas tout \u00e0 fait dans la vie ni dans la mort. Ce type de disparition fait se confondre la r\u00e9alit\u00e9 et la folie. \u00c7a se superpose, on perd pied. Le r\u00e9el d\u00e9rape vers le fantasmatique. Si l\u2019\u00e9criture ne peut pas compenser la disparition ou l\u2019absence, elle l\u2019exhibe, la charrie. Apr\u00e8s un moment, la contusion d\u2019un coup re\u00e7u s\u2019amenuise. N\u00e9anmoins, si elle ne laisse pas de marques permanentes, elle laisse une trace invisible. Le corps se souvient, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est conserv\u00e9e sa m\u00e9moire, c\u2019est de l\u00e0 qu\u2019elle peut jaillir. Le corps est une ruine ambulante. \u00c9crire, c\u2019est une mani\u00e8re de rendre visible le ravage, de l\u00e9gitimer la m\u00e9moire du corps, m\u00e9moire v\u00e9ritable, souvent enfouie, souvent masqu\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Quatre mois de lecture et de r\u00e9flexions sur la litt\u00e9rature s\u2019ach\u00e8vent et me laissent avec une impression aigre-douce\u00a0: me suis-je pos\u00e9 la bonne question? Qu\u2019est-ce que la litt\u00e9rature? Qu\u2019est-ce que l\u2019\u00e9criture? Et quels en sont les possibles? Un labeur passionnant. Un labeur vain? Plus je d\u00e9finis l\u2019\u00e9criture, moins j\u2019\u00e9cris. La carotte au bout du b\u00e2ton. Plus j\u2019avance, plus\u00a0<em>\u00e7a<\/em>s\u2019\u00e9loigne. Il m\u2019arrive m\u00eame d\u2019\u00e9crire et, relisant le texte, de ne pas m\u2019y reconna\u00eetre. Exp\u00e9rience particuli\u00e8re qu\u2019est cette d\u00e9r\u00e9alisation. Peut-on \u00e9crire et se poser la question de l\u2019\u00e9criture simultan\u00e9ment? Soudainement, cette conciliation me semble difficile. Abandonner, Ren\u00e9 Lapierre nous y invite (2002). Ne pas \u00e9crire, ne pas comprendre. Plut\u00f4t d\u00e9-comprendre. Faire confiance. C\u2019est ce que je\u00a0<em>veux<\/em>, mais dois-je, pour y arriver, laisser tomber la notion de volont\u00e9?\u00a0<em>\u00c7a\u00a0<\/em>arrivera. Malgr\u00e9 tout, le moteur de mon \u00e9criture reste, j\u2019en suis certaine, un d\u00e9sir de compr\u00e9hension du monde. La litt\u00e9rature, c\u2019est la recherche. Ma recherche de sens. Il y a une diff\u00e9rence entre comprendre et\u00a0<em>comprendre<\/em>. Le premier est acharnement, le deuxi\u00e8me accueil. Oui, il y a l\u00e0 quelque chose du pouvoir de la litt\u00e9rature, de l\u2019\u00e9criture qui r\u00e9side dans un genre de laisser-aller. Un abandon, caract\u00e9ristique de la vie. Il faut le provoquer par l\u2019\u00e9criture, la lecture. Et la litt\u00e9rature surgit alors plus vivante, plus propice \u00e0 vivre que la vie m\u00eame. La litt\u00e9rature prend vie. Par contre, si on la brusque, elle se dissipe.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Pour me l\u2019expliquer, j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 divis\u00e9 l\u2019\u00e9criture en trois phases\u00a0: le contact avec l\u2019objet, le contrecoup et le combat (entre l\u2019objet et nous, par le geste d\u2019\u00e9crire). Avec un peu de recul, je peux voir ce qui manquait \u00e0 cette explication. De l\u2019amour, de l\u2019humilit\u00e9, de l\u2019espace. Pour \u00e9crire, il faut faire de l\u2019espace et se soumettre aux choses, \u00e0 la vie, \u00e0 son objet. Se d\u00e9multiplier pour s\u2019abaisser (Lapierre 2002), pour revenir \u00e0 soi, \u00e0 son int\u00e9rieur. Ne plus contr\u00f4ler les objets, mais les accueillir. C\u2019est l\u2019immanence. Paradoxalement, cette immanence semble transcender. Un terre \u00e0 terre spirituel. Il y a un je-ne-sais-quoi de divin, de plus grand, et ce sont les autres, les choses de la nature. S\u2019an\u00e9antir pour \u00e9crire, c\u2019est-\u00e0-dire laisser aller les grandes id\u00e9es, les constructions. Trouer une r\u00e9alit\u00e9 totale, ruiner une image totalitaire de la vie, de l\u2019\u00e9criture. L\u2019\u00e9criture comme un couteau (Ernaux 2011)\u00a0: la litt\u00e9rature \u00e0 la fois comme arme de combat (Barraband 2017) et outil tranchant de l\u2019arch\u00e9ologue qui, lentement, minutieusement, perfore la roche, la terre fig\u00e9e, \u00e0 la recherche de. C\u2019est la pelle de l\u2019orpailleur. Il suit des pistes, des intuitions, quelques preuves. C\u2019est tout ce qu\u2019il a. Il \u00e9coute les choses. La plupart du temps, lorsqu\u2019il creuse, il n\u2019y a rien. Il se dirige ailleurs, seul, chantonnant.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Si l\u2019identit\u00e9 se multiplie, \u00e9clate et se dissipe dans l\u2019\u00e9criture, il reste toujours quelque chose. La dissipation est symbolique. Se dissiper, c\u2019est une image pour expliquer la bont\u00e9, la volont\u00e9 de dialoguer, le d\u00e9sir de comprendre sa place, de fournir des \u00ab\u00a0aides-\u00e0-vivre\u00a0\u00bb aux autres. C\u2019est une invention de dire qu\u2019on se dissipe r\u00e9ellement. On reste la somme de nos histoires, de nos exp\u00e9riences et de nos apprentissages.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>Pourquoi \u00e9crit-on? Cette question se r\u00e9verb\u00e8re partout, sur tout. La remise en question de l\u2019\u00e9criture ne me pr\u00e9dispose pas \u00e0 un \u00e9ventuel d\u00e9saveu, elle est plut\u00f4t une exigence li\u00e9e \u00e0 mon d\u00e9sir de ma\u00eetriser mon outil de travail. L\u2019\u00e9criture, et plus largement la litt\u00e9rature, est un outil choisi par conviction. C\u2019est en ce sens que l\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse, \u00e0 partir de cette posture pour laquelle j\u2019ai tent\u00e9 de proposer une d\u00e9finition, n\u2019a qu\u2019une obsession\u00a0: la litt\u00e9rature-recherche, c\u2019est-\u00e0-dire la lecture, l\u2019\u00e9criture et le raisonnement. L\u2019objet qu\u2019iel convoite n\u2019est pas la transparence, mais ce qui est transparent et ne peut qu\u2019\u00eatre vu par la litt\u00e9rature. Iel sait que la litt\u00e9rature comme la vie ne sont pas autonomes, et a choisi l\u2019\u00e9cart entre les deux comme territoire. Comment \u00e9crire la vie? Certainement pas dans une suite d\u2019exp\u00e9riences reproduites, calqu\u00e9es. Bien que l\u2019observation de celles-ci soit d\u00e9terminante pour atteindre l\u2019objectif de l\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse, il faut \u00ab\u00a0<em>travailler\u00a0<\/em>la mati\u00e8re de sa propre vie\u00a0\u00bb (Blanckeman, dans Garrigou-Lagrange 2018. Je souligne). La notion de\u00a0<em>travailler la vie\u00a0<\/em>est importante pour l\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse. Par ce travail, iel ne fait pas que parsemer son ouvrage de r\u00e9flexions, iel d\u00e9bat. C\u2019est ce que Blanckeman nomme la posture du proc\u00e8s de l\u2019exp\u00e9rience. Ainsi, l\u2019\u00e9crivain.e-enqu\u00eateur.euse ne veut pas \u00e9crire la vie. Iel veut d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e9crire un livre d\u00e9j\u00e0, en quelque sorte,\u00a0<em>ruin\u00e9<\/em>.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Barraband, Mathilde. 2017. \u00ab\u00a0Pierre Bergounioux, l\u2019autobiographie comme sport de combat\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Hamel, Jean Fran\u00e7ois, Barbara Havercroft et Julien Lefort-Favreau (dir.).\u00a0<em>Politique de l\u2019autobiographie. Engagements et subjectivit\u00e9s<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Nota Bene, p.\u00a0157-176.<\/p>\n<p>Charpentier, Isabelle. 2005. \u00ab\u00a0La litt\u00e9rature est une arme de combat\u00a0\u00bb. G\u00e9rard Mauger (dir.),\u00a0<em>Rencontres avec Pierre Bourdieu<\/em>, Vulaines sur Seine\u00a0: \u00c9ditions du Croquant, p.\u00a0159-175.<\/p>\n<p>Chevrette, \u00c9ric. 2017. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9vocation et la politique du maldicible dans\u00a0<em>Dora Bruder\u00a0<\/em>de Patrick Modiano\u00a0\u00bb. Hamel Jean Fran\u00e7ois, Barbara Havercroft et Julien Lefort-Favreau (dir.).\u00a0<em>Politique de l\u2019autobiographie. Engagements et subjectivit\u00e9s<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Nota Bene, p.\u00a0229-244.<\/p>\n<p>DesRochers, Jean-Simon. 2015.\u00a0<em>Processus agora<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Les Herbes rouges.<\/p>\n<p>Dillard, Annie. 2017.\u00a0<em>En vivant, en \u00e9crivant<\/em>. Paris\u00a0: Christian Bourgeois \u00e9diteur.<\/p>\n<p>Duras, Marguerite. 1995.\u00a0<em>\u00c9crire<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Ernaux, Annie. 2011.<em>L\u2019\u00e9criture comme un couteau. Entretien avec Fr\u00e9d\u00e9ric-Yves Jeannet<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard<\/p>\n<p>_____.2014.\u00a0<em>Le vrai lieu. Entretiens avec Michelle Porte<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Jablonka, Ivan. 2017.\u00a0<em>L\u2019histoire est une litt\u00e9rature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>Lapierre, Ren\u00e9. 2002.\u00a0<em>Figures de l\u2019abandon<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Les Herbes rouges.<\/p>\n<p>Rosa, Harmut. 2018.\u00a0<em>R\u00e9sonance. Une sociologie de la relation au monde.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Verstraeten, Alice. 2009. \u00ab\u00a0\u00c0 la charni\u00e8re de l\u2019intime et du social\u00a0: quand des familles de\u00a0<em>disparus<\/em>r\u00e9\u00e9laborent leur rapport au corps et au langage\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Journal des anthropologues<\/em>. 1 juin.\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/jda\/3476\">https:\/\/journals.openedition.org\/jda\/3476<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 5 janvier 2019).<\/p>\n<h2>M\u00e9diagraphie<\/h2>\n<p>Adler, Laure. 3 novembre 2015.\u00a0<em>Delphine de Vigan \u2013 Hors-Champs\u00a0<\/em>[Baladodiffusion]. Rep\u00e9r\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecoutercontent=08c00d82-7f04-11e5-8e9e-005056a87c89\">https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecoutercontent=08c00d82-7f0&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p>_____.9 ao\u00fbt 2016.\u00a0<em>\u00c9douard Louis \u2013 Hors-Champs\u00a0<\/em>[Baladodiffusion]. Rep\u00e9r\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecouter?content=83a9ab8e-ce07-4365-8424-8341ba2cd3b6\">https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecouter?content=83a9ab8e-ce&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p>Garrigou-Lagrange, Matthieu. 20 novembre 2018.\u00a0<em>Herv\u00e9 Guibert (2\/4)\u00a0: Les r\u00e9cits ind\u00e9cidables d\u2019Herv\u00e9 Guibert \u2013 La compagnie des auteurs\u00a0<\/em>[Baladodiffusion]. Rep\u00e9r\u00e9 \u00e0 <a href=\"https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecouter?content=d1920350-c5aa-414e-b598-e25e1637cd50\">https:\/\/www.franceculture.fr\/player\/export-reecouter?content=d1920350-c5&#8230;<\/a>.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_cnyc12f\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_cnyc12f\">[1]<\/a> Marguerite Duras, dans Adler, Laure. 3 novembre 2015.\u00a0<em>Delphine de Vigan \u2013 Hors-Champs\u00a0<\/em>[Baladodiffusion]<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Boilard-Lefebvre, Alexandra. 2019. \u00ab\u00a0Pour une litt\u00e9rature des ruines\u00a0: extraits d&rsquo;une enqu\u00eate\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 (Hiver) : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/boilard-lefebvre-29 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/boilard-lefebvre_29.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 boilard-lefebvre_29.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-e53dd237-2e1e-41eb-8a49-e4242664a8ee\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/boilard-lefebvre_29.pdf\">boilard-lefebvre_29<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/boilard-lefebvre_29.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-e53dd237-2e1e-41eb-8a49-e4242664a8ee\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 On a ce qu\u2019on \u00e9crit, qui est une vie qui ne se voit pas et puis il y a cette autre vie, qui se voit. Pourquoi ce besoin d\u2019avoir deux vies\u00a0? [&#8230;] Si vous pouviez la voir [&#8230;], [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1303,1302,1304,1305,1306,1307],"tags":[41],"class_list":["post-5662","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-construction-du-savoir-elucidations","category-formes-de-lenquete","category-opacites-et-angles-morts","category-une-memoire-en-faillite","category-une-memoire-en-faillite-construction-du-savoir-elucidations","category-une-memoire-en-faillite-opacites-et-angles-morts","tag-boilard-lefebvre-alexandra"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5662","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5662"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5662\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8505,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5662\/revisions\/8505"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5662"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5662"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5662"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}