{"id":5665,"date":"2024-06-13T19:48:32","date_gmt":"2024-06-13T19:48:32","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/hhhh-et-les-echafaudages-de-lecriture-romanesque\/"},"modified":"2024-08-21T16:10:34","modified_gmt":"2024-08-21T16:10:34","slug":"hhhh-et-les-echafaudages-de-lecriture-romanesque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5665","title":{"rendered":"\u00ab HHhH \u00bb et les \u00e9chafaudages de l&rsquo;\u00e9criture romanesque"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6900\">Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29<\/a><\/h5>\n<p>Publi\u00e9 en 2010 et form\u00e9 de deux cent cinquante-sept fragments,\u00a0<em>HHhH<\/em>, premier roman de l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais Laurent Binet, se centre sur l\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0Anthropo\u00efde\u00a0\u00bb. Cet attentat a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 en 1942 \u00e0 Prague par le gouvernement tch\u00e9coslovaque en exil contre Reinhard Heydrich, le bras droit d\u2019Himmler, le chef de la SS, l\u2019instigateur de la Solution finale et le \u00ab\u00a0Protecteur\u00a0\u00bb de la Boh\u00eame-Moravie. Le roman se donne pour but de rendre hommage \u00e0 Gab\u010d\u00edk, Kubi\u0161 et Val\u010d\u00edk, les trois parachutistes tch\u00e9coslovaques qui ont donn\u00e9 leur vie pour la r\u00e9sistance et leur pays.\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>met en sc\u00e8ne une double trame narrative\u00a0: celle de l\u2019\u00e9crivain-chercheur qui raconte son parcours d\u2019\u00e9criture et celle du r\u00e9cit de l\u2019op\u00e9ration. Le lecteur assiste donc \u00e0 la fois \u00e0 une reconstitution de l\u2019enqu\u00eate menant \u00e0 la cr\u00e9ation du roman, mais aussi \u00e0 son r\u00e9sultat par la mise en sc\u00e8ne m\u00eame du r\u00e9cit. En fait,\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>est le produit d\u2019une confrontation entre le monde de l\u2019\u00e9crivain et celui du chercheur, la qu\u00eate d\u2019une fronti\u00e8re o\u00f9 l\u2019histoire devient litt\u00e9rature et o\u00f9 la litt\u00e9rature devient histoire.\u00a0<\/p>\n<h2>Un roman sans fiction\u00a0: une formule impossible?<\/h2>\n<p><em>HHhH\u00a0<\/em>pr\u00e9sente sans conteste une forme hybride, tirant des caract\u00e9ristiques de genres aussi vari\u00e9s que le roman, le r\u00e9cit historique, l\u2019autobiographie et l\u2019autofiction, \u00ab\u00a0un pot-pourri d\u00e9concertant pour le lecteur\u00a0\u00bb (Tame 2013, 129). Le narrateur, cet \u00e9crivain-chercheur qui livre tout au long du r\u00e9cit ses d\u00e9bats int\u00e9rieurs quant \u00e0 son \u00e9criture, tente d\u2019\u00e9crire un roman sans fiction. Il s\u2019agirait par cons\u00e9quent d\u2019un r\u00e9cit historique dont le contenu narratif ne contient que des donn\u00e9es v\u00e9rifi\u00e9es \u2013 d\u2019o\u00f9 l\u2019appartenance \u00e0 la discipline historique \u2013 sans rien inventer. Mais qu\u2019est-ce que la fiction? Dorrit Cohn la d\u00e9finit comme un \u00ab\u00a0r\u00e9cit litt\u00e9raire non r\u00e9f\u00e9rentiel\u00a0\u00bb (2001, 27), soit un r\u00e9cit qui cr\u00e9e en se rapportant indirectement au monde r\u00e9el (29-30). Deux types de r\u00e9cits sont distingu\u00e9s\u00a0: les r\u00e9cits traitant de personnes et d\u2019\u00e9v\u00e8nements r\u00e9els et ceux traitant de personnes et d\u2019\u00e9v\u00e8nements imaginaires. Les premiers types de r\u00e9cits, auxquels appartiennent l\u2019ouvrage historique, le reportage journalistique et la biographie, sont mati\u00e8res \u00e0 des jugements de v\u00e9rit\u00e9 et de fausset\u00e9, contrairement aux r\u00e9cits de fiction (32). Dans le cas de\u00a0<em>HHhH<\/em>, bien que le narrateur promulgue un pacte d\u2019historicit\u00e9 avec le lecteur, il en respecte difficilement les clauses (Kelly 2013, 137)\u00a0: \u00ab\u00a0j\u2019ai dit que je ne voulais pas faire un manuel d\u2019histoire. Cette histoire-l\u00e0, j\u2019en fais une affaire personnelle. C\u2019est pourquoi mes visions se m\u00e9langent quelquefois aux faits av\u00e9r\u00e9s. Voil\u00e0, c\u2019est comme \u00e7a\u00a0\u00bb (Binet 2010, 145-146). Le narrateur r\u00e9v\u00e8le ici les difficult\u00e9s d\u2019\u00e9crire un roman sans inventer, recr\u00e9er ou arranger les faits pour faciliter la lecture ou encore l\u2019embellir.\u00a0<\/p>\n<p>En quoi l\u2019histoire, en tant que discipline, et la litt\u00e9rature, sont-elles incompatibles pour que la question d\u2019un roman sans fiction pose probl\u00e8me? Le traitement des sources est d\u2019abord plut\u00f4t diff\u00e9rent. L\u2019historien doit \u00ab\u00a0expliciter les raisons qu\u2019il a de valider, de douter ou de refuser [une source]. \u00c0 lui de traiter ses sources comme il se traite lui-m\u00eame, distant de sa personne, de son statut social, de ses identit\u00e9s, de ses motivations\u00a0\u00bb (Jablonka 2014, 163). \u00c0 l\u2019aide de notes en bas de page dans lesquelles il cite ses r\u00e9f\u00e9rences, il analyse, d\u2019une fa\u00e7on qui se veut la plus objective possible, les donn\u00e9es qu\u2019il a recueillies pour \u00e9mettre des hypoth\u00e8ses et justifier ses positions. Dans\u00a0<em>HHhH<\/em>, le narrateur, hormis une r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 \u00c9douard Husson, n\u2019\u00e9voque aucun travail d\u2019historien, se contentant d\u2019\u00e9voquer les mus\u00e9es qu\u2019il a visit\u00e9s, les films qu\u2019il a visionn\u00e9s et les romans qu\u2019il a lus, ce qui diminue sa posture d\u2019historien (Bracher 2015, 107-108), et ce, d\u2019autant plus que la source qui revient le plus souvent dans le r\u00e9cit est le t\u00e9moignage. Pourtant,<\/p>\n<blockquote>\n<p>le t\u00e9moignage repr\u00e9sente la source la plus marqu\u00e9e non seulement par l\u2019implication subjective du t\u00e9moin et de son interlocuteur, mais aussi par l\u2019in\u00e9luctable affectivit\u00e9 du v\u00e9cu, l\u2019attachement partisan \u00e0 tel ou tel groupe et les t\u00e9lescopages op\u00e9r\u00e9s au fil du temps. Car ces t\u00e9moignages sont souvent d\u00e9form\u00e9s sinon carr\u00e9ment corrompus par les connaissances acquises consciemment ou inconsciemment apr\u00e8s coup dans la presse, les m\u00e9dias ou les doctrines politiques des uns et des autres. (108)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Source non n\u00e9gligeable de l\u2019historien dans son enqu\u00eate, source qui r\u00e9v\u00e8le les dessous du quotidien sur un \u00e9v\u00e8nement, le t\u00e9moignage est toutefois probl\u00e9matique par son apport subjectif \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: un t\u00e9moin observe et est, par cons\u00e9quent, limit\u00e9 par sa propre vision de l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Dans ce contexte, le t\u00e9moignage pr\u00e9sente donc un effet double\u00a0: \u00e0 la fois n\u00e9cessaire \u00e0 la reconstitution des \u00e9v\u00e8nements \u2013 et donc au travail de l\u2019enqu\u00eate \u2013, il est aussi un objet de doute. L\u2019apport manifeste du t\u00e9moignage dans les recherches de l\u2019\u00e9crivain-chercheur de\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>est donc essentiel au travail d\u2019enqu\u00eateur, mais affaiblit aussi la fiabilit\u00e9 du r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Comme le r\u00e9v\u00e8le pourtant si bien le narrateur, histoire et litt\u00e9rature ont des points communs non n\u00e9gligeables qui permettent \u00e0 Laurent Binet de jouer sur les deux tableaux, tirant des caract\u00e9ristiques de l\u2019un et de l\u2019autre. En effet, manuel historique et roman sont tous deux des r\u00e9cits, soit une \u00ab\u00a0succession coh\u00e9rente d\u2019\u00e9v\u00e8nements exposant la transformation d\u2019un ou plusieurs sujets et organis\u00e9e selon une logique \u00e0 la fois causale et chronologique dont l\u2019ach\u00e8vement donne lieu \u00e0 une \u00e9valuation ou \u00e0 un jugement\u00a0\u00bb (Esquenazi 2009, 59-60). Cette d\u00e9finition s\u2019applique donc autant \u00e0 l\u2019histoire qu\u2019\u00e0 la litt\u00e9rature, au r\u00e9cit r\u00e9f\u00e9rentiel qu\u2019au r\u00e9cit fictionnel. Cette \u00ab\u00a0mise en r\u00e9cit\u00a0\u00bb m\u00e8ne l\u2019historien, tout comme le romancier, \u00e0 s\u00e9lectionner des faits et \u00e0 les lier entre eux pour faire sens, pour cr\u00e9er une coh\u00e9rence et ainsi comprendre la mani\u00e8re dont l\u2019Histoire s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e (Boyer Weinmann 2005, 376)\u00a0: il s\u2019agit l\u00e0 de mener une reconstitution des faits n\u00e9cessaire \u00e0 la production des r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>HHhH<\/em>, malgr\u00e9 ce que le narrateur souhaite par moments faire croire au lecteur, l\u2019information est choisie, pr\u00e9sent\u00e9e selon une perspective ou une autre, ou encore carr\u00e9ment \u00e9limin\u00e9e. De m\u00eame, le r\u00e9cit est compos\u00e9 \u00e0 la toute fin des recherches plut\u00f4t qu\u2019\u00e9crit en parall\u00e8le, ce qui permet au narrateur de diviser son r\u00e9cit en chapitres, d\u2019insister sur des \u00e9l\u00e9ments et d\u2019en repousser d\u2019autres. Nathan Bracher souligne que \u00ab\u00a0c\u2019est plut\u00f4t la vision de l\u2019ensemble qui pr\u00e9side aux choix et \u00e0 la coloration sp\u00e9cifique de chaque d\u00e9tail. Voil\u00e0 pourquoi la mise en r\u00e9cit rev\u00eat autant sinon plus d\u2019importance que l\u2019exactitude de tel dialogue ou tel d\u00e9tail\u00a0\u00bb (2015, 104-105). Le narrateur explique par ailleurs sa difficult\u00e9 \u00e0 parler des complots auxquels Heydrich aurait particip\u00e9\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il m\u2019arrive, lorsque je me documente, de tomber sur une histoire que je d\u00e9cide de ne pas relater, soit parce qu\u2019elle me semble trop anecdotique, soit parce que les d\u00e9tails me manquent ou que je ne parviens pas \u00e0 rassembler toutes les pi\u00e8ces du puzzle, soit parce que je la trouve sujette \u00e0 caution. Il arrive aussi que j\u2019aie plusieurs versions d\u2019une m\u00eame histoire, et parfois ces versions sont absolument contradictoires. Dans certains cas, je me permets de trancher, sinon je laisse tomber. (Binet 2010, 72)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme le narrateur insiste souvent sur les dimensions historique et r\u00e9f\u00e9rentielle au d\u00e9triment de la dimension romanesque fictive, il explique que son \u00ab\u00a0histoire est trou\u00e9e comme un roman, mais dans un roman ordinaire, c\u2019est le romancier qui d\u00e9cide de l\u2019emplacement des trous, droit qui [lui] est refus\u00e9 parce [qu\u2019il est] l\u2019esclave de [ses] scrupules\u00a0\u00bb (396), c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019esclave de cette volont\u00e9 de ne pas faire fiction.<\/p>\n<p>Laurent Binet a par ailleurs toujours d\u00e9fendu l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0plus-value du r\u00e9el\u00a0\u00bb (2011, 80-85), ce qui explique cette insistance du narrateur \u00e0 s\u2019\u00e9loigner de la fiction pour ne conserver que le \u00ab\u00a0r\u00e9el\u00a0\u00bb des \u00e9v\u00e8nements. Celui-ci, \u00e9voquant ses nombreuses lectures de romans historiques, est par ailleurs \u00ab\u00a0frapp\u00e9 [\u2026] par le fait que dans tous les cas, la fiction l\u2019emporte sur l\u2019Histoire\u00a0\u00bb (2010, 29). Il y a donc dans\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>une dualit\u00e9 certaine entre r\u00e9el et fiction, une dualit\u00e9 qui repose en fait sur une question d\u2019\u00e9thique par rapport \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la vraisemblance. N\u00e9e d\u2019une concurrence entre fiction et historiographie, la question de la v\u00e9rit\u00e9 a occup\u00e9 une grande place dans les d\u00e9bats sur l\u2019histoire et la litt\u00e9rature. Alors que la fiction n\u2019est tenue qu\u2019\u00e0 des principes de vraisemblance, par ailleurs variables selon les \u00e9poques, l\u2019histoire oblige \u00e0 la v\u00e9ridicit\u00e9 puisqu\u2019elle est fond\u00e9e sur des faits dits v\u00e9rifiables, confront\u00e9s \u00e0 des traces laiss\u00e9es par l\u2019homme (Bernard 2008, 20). En fait, pour le narrateur, l\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0Anthropo\u00efde\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0d\u00e9pass[e] en romanesque et en intensit\u00e9 les plus improbables fictions\u00a0\u00bb (Binet 2010, 15)\u00a0: l\u2019\u00e9v\u00e8nement historique r\u00e9el est plus romanesque qu\u2019un roman. C\u2019est dans cette optique que Nathan Bracher souligne la r\u00e9pugnance du narrateur pour la fiction\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>[L\u2019auteur] met un point d\u2019honneur \u00e0 nous signifier le caract\u00e8re vulgaire, corrompu, kitsch, fantaisiste ou intellectuellement d\u00e9loyal de la litt\u00e9rature pour mieux mettre en avant le s\u00e9rieux, l\u2019authenticit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9cusable de l\u2019Histoire avec un H majuscule. (2015, 99)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Avec les commentaires et les critiques r\u00e9currentes de son narrateur sur la fiction qui cherchent \u00e0 mieux encenser l\u2019histoire, Laurent Binet livre au lecteur les coulisses de la construction d\u2019un roman historique o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain doit faire des choix de v\u00e9racit\u00e9 et de vraisemblance, mais aussi des choix \u00e9thiques quant \u00e0 ce qu\u2019il met en sc\u00e8ne (Lamoureux 2015, 155). Ce d\u00e9dain pour la fiction est mis de l\u2019avant d\u00e8s les premi\u00e8res pages lorsque le narrateur \u00e9voque la honte de Milan Kundera \u00e0 baptiser ses personnages, parce que l\u2019\u00e9crivain \u00ab\u00a0aurait d\u00fb, \u00e0 [son] avis, aller plus loin\u00a0: quoi de plus vulgaire, en effet, qu\u2019un personnage invent\u00e9?\u00a0\u00bb (Binet 2010, 10) De m\u00eame, apr\u00e8s que le narrateur ait imagin\u00e9 une sc\u00e8ne o\u00f9 Gab\u010d\u00edk quitte la Slovaquie pour rejoindre Londres et le gouvernement en exil, il souligne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Cette sc\u00e8ne est parfaitement cr\u00e9dible et totalement fictive, comme la pr\u00e9c\u00e9dente. Quelle impudence de marionnettiser un homme mort depuis longtemps, incapable de se d\u00e9fendre! De lui faire boire du th\u00e9 alors que si \u00e7a se trouve, il n\u2019aimait que le caf\u00e9. [\u2026] J\u2019ai honte. (144-145)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Vient donc avec cette r\u00e9pugnance de la fiction une n\u00e9cessaire obsession de la v\u00e9rit\u00e9, de dire le r\u00e9el tel qu\u2019il est, ou plut\u00f4t tel qu\u2019il a \u00e9t\u00e9. Cette obsession m\u00e8ne le narrateur \u00e0 vivre des difficult\u00e9s dans l\u2019\u00e9nonciation de son r\u00e9cit. Par exemple, trois personnages ont pour nom de famille Moravec, soit le chef des services secrets \u00e0 Londres, une famille qui accueille les r\u00e9sistants et un ministre tch\u00e8que collaborateur. La fiction lui aurait permis de rebaptiser certains personnages pour clarifier son r\u00e9cit, mais son souci d\u2019exactitude l\u2019en emp\u00eache (277-278).<\/p>\n<p>Et pourtant, le narrateur fait preuve d\u2019un manque de fiabilit\u00e9 qui r\u00e9duit la port\u00e9e de sa parole v\u00e9ridique. Ce manque de fiabilit\u00e9 r\u00e9v\u00e8le les \u00e9chafaudages du travail cr\u00e9ateur \u2013 car, quoique Binet tente de faire avec son roman sans fiction, il y a l\u00e0 un travail cr\u00e9ateur certain, un esprit de mise en sc\u00e8ne et d\u2019ordonnancement propre \u00e0 toute mise en r\u00e9cit. Lorsque le narrateur raconte le d\u00e9part de Gab\u010d\u00edk, il \u00ab\u00a0[s]\u2019aper\u00e7oit avec horreur de [ses] erreurs\u00a0\u00bb (146) et s\u2019ensuit une \u00e9num\u00e9ration de tous ses oublis, notamment un acte de sabotage mineur qui serait son premier acte de r\u00e9sistance. De m\u00eame, la couleur de la Mercedes d\u2019Heydrich \u00e0 Prague pose un s\u00e9rieux probl\u00e8me. Lors de la lecture du roman\u00a0<em>Like a Man<\/em>, qu\u2019il n\u2019a pas pu prendre en d\u00e9faut une seule fois, la Mercedes y est d\u00e9crite comme verte alors qu\u2019il est persuad\u00e9 l\u2019avoir vue noire. Le narrateur admet\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019accorde sans doute une importance exag\u00e9r\u00e9e \u00e0 ce qui n\u2019est en fin de compte qu\u2019un \u00e9l\u00e9ment de d\u00e9cor, je le sais bien. Il me semble que c\u2019est un sympt\u00f4me classique chez les n\u00e9vros\u00e9s. Je dois \u00eatre psychorigide. Passons\u00a0\u00bb (253).<\/p>\n<p>Il y revient pourtant deux pages plus loin, encore en proie au doute. Puis finalement, dans un autre fragment, il confie avoir demand\u00e9 \u00e0 Natacha, sa conjointe, qui confirme l\u2019avoir vue noire elle aussi. Le narrateur fait preuve d\u2019une obsession de la v\u00e9rit\u00e9 et r\u00e9v\u00e8le l\u2019impr\u00e9cision de ses propres notes, ce qui affaiblit toute la qualit\u00e9 de son travail de recherche et tend \u00e0 ramener le roman \u00e0 un air de vraisemblance \u2013 parce qu\u2019apr\u00e8s tout, ce que Binet \u00e9crit est bel et bien un roman et non un manuel d\u2019histoire. L\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais casse donc l\u2019effet de r\u00e9el volontairement pour montrer l\u2019arri\u00e8re du d\u00e9cor, c\u2019est-\u00e0-dire la construction d\u2019un r\u00e9cit.<\/p>\n<h2>Marqueurs de litt\u00e9rarit\u00e9\u00a0: un r\u00e9cit romanesque\u00a0<\/h2>\n<p>Dans\u00a0<em>HHhH<\/em>, la fiction, synonyme d\u2019invention, est rejet\u00e9e dans le discours, mais il n\u2019emp\u00eache que le roman use de diff\u00e9rents proc\u00e9d\u00e9s romanesques qui, sans inventer, mettent en r\u00e9cit l\u2019histoire. Ceux-ci sont par ailleurs toujours marqu\u00e9s par des r\u00e9flexions du narrateur quant \u00e0 la justesse de leur utilisation et par des critiques adress\u00e9es \u00e0 lui-m\u00eame. Les dialogues, proc\u00e9d\u00e9 stylistique faisant partie int\u00e9grante du genre romanesque, lui donnent du fil \u00e0 retordre. Pour le narrateur, \u00ab\u00a0le r\u00e9sultat [des dialogues pour faire revivre une conversation] est souvent forc\u00e9 et l\u2019effet obtenu est l\u2019inverse de celui qui est d\u00e9sir\u00e9\u00a0: [il voit] trop les grosses ficelles du proc\u00e9d\u00e9, [il entend] trop la voix de l\u2019auteur qui veut retrouver celle des figures historiques qu\u2019il tente de s\u2019approprier\u00a0\u00bb (Binet 2010, 33). Mais le narrateur ne peut s\u2019emp\u00eacher de s\u2019en servir; ils sont n\u00e9cessaires \u00e0 la vitalit\u00e9 du roman. Dans ce contexte, il souligne que ses dialogues non fond\u00e9s sur des sources fiables seront invent\u00e9s et \u00ab\u00a0pour qu\u2019il n\u2019y ait pas de confusion, tous les dialogues [qu\u2019il] inventer[a] (mais il n\u2019y en aura pas beaucoup) seront trait\u00e9s comme des sc\u00e8nes de th\u00e9\u00e2tre. Une goutte de stylisation, donc, dans l\u2019oc\u00e9an du r\u00e9el\u00a0\u00bb (33-34). Pourtant, malgr\u00e9 ces pr\u00e9cautions, le narrateur se heurte bien vite \u00e0 un probl\u00e8me\u00a0: la perception du dialogue dans l\u2019esprit du lecteur. Lorsque le narrateur fait lire \u00e0 un ami sa sc\u00e8ne sur la nuit des Longs Couteaux de 1934, qui prend la forme d\u2019un encha\u00eenement d\u2019appels t\u00e9l\u00e9phoniques, son ami est \u00e9tonn\u00e9 de savoir que chaque appel fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un cas r\u00e9el et que le personnage de Strasser, assassin\u00e9 au fond d\u2019une cellule, est tout aussi vrai. \u00c0 cela, le narrateur note qu\u2019il aurait \u00ab\u00a0d\u00fb \u00eatre plus clair au niveau du pacte de lecture\u00a0\u00bb (67). Le traitement des dialogues permet ici une r\u00e9flexion sur la construction romanesque et fictionnelle ainsi que sur les attentes du lecteur.\u00a0<\/p>\n<p>Dans une autre optique, le douzi\u00e8me segment raconte l\u2019arriv\u00e9e de b\u00e9b\u00e9 Heydrich dans sa maison pour la premi\u00e8re fois. Clairement romanc\u00e9 et fictionnalis\u00e9, ce passage est tout ce que le narrateur se refuse \u00e0 faire, c\u2019est-\u00e0-dire inventer. Et m\u00eame s\u2019il le d\u00e9nonce, il garde tout de m\u00eame cet extrait comme sc\u00e8ne instigatrice de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019Heydrich dans son r\u00e9cit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Maria essaie maladroitement de jouer du piano depuis peut-\u00eatre une heure quand elle entend ses parents rentrer. Bruno, le p\u00e8re, ouvre la porte pour sa femme, Elizabeth, qui porte un b\u00e9b\u00e9 dans les bras. Ils appellent la petite fille\u00a0: \u00ab\u00a0Viens voir, Maria! Regarde, c\u2019est ton petit fr\u00e8re. Il est tout petit et il faudra \u00eatre gentille avec lui. Il s\u2019appelle Reinhardt.\u00a0\u00bb Maria acquiesce vaguement. Bruno se penche d\u00e9licatement sur le nouveau-n\u00e9. \u00ab\u00a0Comme il est beau!\u00a0\u00bb dit-il. \u00ab\u00a0Comme il est blond! dit Elizabeth. Il sera musicien.\u00a0\u00bb (30)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le narrateur souligne sa diff\u00e9rence par rapport au roman historique traditionnel avec cette sc\u00e8ne romanc\u00e9e, qui est le mod\u00e8le de certaines autres produites dans le roman.<\/p>\n<p>De plus, \u00e0 certains moments, Laurent Binet cr\u00e9e des effets de miroir, des effets qui mettent en opposition les r\u00e9gimes nazi et alli\u00e9. Deux matchs de soccer sont ainsi d\u00e9crits. Le premier sous le III<sup>e\u00a0<\/sup>Reich, quasi mythique, oppose une \u00e9quipe allemande et une \u00e9quipe du territoire occup\u00e9 tch\u00e9coslovaque, \u00e0 l\u2019issue duquel les joueurs de cette derni\u00e8re sont ex\u00e9cut\u00e9s pour avoir refus\u00e9 de perdre. Ce match illustre le climat de terreur, mais aussi une volont\u00e9 de r\u00e9sistance. Par opposition, un deuxi\u00e8me match de soccer est d\u00e9crit\u00a0: celui en Angleterre o\u00f9 les exil\u00e9s de la Tch\u00e9coslovaquie et de la France s\u2019en sortent \u00e0 \u00e9galit\u00e9 dans la joie et l\u2019all\u00e9gresse. Y est donc d\u00e9not\u00e9e une opposition entre les climats et aussi entre les r\u00e9gimes politiques. Deux fragments de\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>sont aussi \u00e9crits sous la forme du \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb, qui n\u2019est pas sans rappeler Michel Butor et son roman\u00a0<em>La modification\u00a0<\/em>publi\u00e9 en 1957. Butor y produit une mise en abyme de son personnage par le vouvoiement et cr\u00e9e une aventure de l\u2019\u00e9criture (Qu\u00e9r\u00e9el 1973). Par ces fragments au \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb, Binet semble se placer sous l\u2019\u00e9gide de Butor et insiste ainsi sur la mise en abyme que produit son r\u00e9cit, fait sur lequel nous reviendrons, ainsi que sur cette aventure de l\u2019\u00e9criture que le narrateur relate. Ces deux sc\u00e8nes forment par ailleurs le miroir l\u2019une de l\u2019autre, la premi\u00e8re incitant le lecteur \u00e0 se placer dans la peau de Gab\u010d\u00edk et la seconde dans la peau d\u2019Heydrich. Par cons\u00e9quent, \u00e0 deux moments distincts du r\u00e9cit, le lecteur est amen\u00e9 \u00e0 entrer dans la t\u00eate du r\u00e9sistant et dans celle du bourreau, un jeu litt\u00e9raire qui provoque un effet de proximit\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9guli\u00e8rement dans\u00a0<em>HHhH<\/em>, le narrateur \u00e9voque des \u00e9v\u00e8nements qui vont survenir tout en restant assez vague sur les d\u00e9tails, ce qui provoque pour le lecteur une tension narrative et un effet dramatique. Ainsi, lorsque Gab\u010d\u00edk part en jetant un dernier coup d\u2019\u0153il au ch\u00e2teau de Budatin, \u00ab\u00a0il ne sait pas [\u2026] qu\u2019il quitte la Slovaquie pour toujours\u00a0\u00bb (Binet 2010, 144). De m\u00eame, lorsque le narrateur \u00e9voque Karel\u00a0\u010curda, le tra\u00eetre de son histoire, il souligne que \u00ab\u00a0la suite, il est encore trop t\u00f4t pour la raconter\u00a0\u00bb (299).<\/p>\n<p>\u00c0 plusieurs reprises, le narrateur, m\u00eame s\u2019il se veut objectif, ne r\u00e9siste pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019entrer dans la narration et devient un t\u00e9moin oculaire des \u00e9v\u00e8nements. Lors de l\u2019attentat, il d\u00e9clare\u00a0: \u00ab\u00a0Pendant quelques secondes, les t\u00e9moins suffoqu\u00e9s ne verront plus qu\u2019elle\u00a0: cette veste d\u2019uniforme flottant dans les airs au-dessus d\u2019un nuage de poussi\u00e8re. Moi, en tout cas, je ne vois qu\u2019elle\u00a0\u00bb (353). En fait, l\u2019imagination du narrateur sert d\u2019effet de fiction lorsqu\u2019\u00e0 plusieurs reprises, il se tient aux c\u00f4t\u00e9s des personnages de son r\u00e9cit. D\u00e8s l\u2019incipit de\u00a0<em>HHhH<\/em>, le narrateur se donne le droit d\u2019\u00e9crire des sc\u00e8nes imagin\u00e9es, voire r\u00eav\u00e9es, pour \u00eatre plus pr\u00e8s de ses personnages et r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 son acte d\u2019\u00e9criture\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Gab\u010d\u00edk, c\u2019est son nom, est un personnage qui a vraiment exist\u00e9. A-t-il entendu, au-dehors, derri\u00e8re les volets d\u2019un appartement plong\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9, seul, allong\u00e9 sur un petit lit de fer, a-t-il \u00e9cout\u00e9 le grincement tellement reconnaissable des tramways de Prague? Je veux le croire. Comme je connais bien Prague, je peux imaginer le num\u00e9ro du tramway (mais peut-\u00eatre a-t-il chang\u00e9), son itin\u00e9raire, et l\u2019endroit d\u2019o\u00f9, derri\u00e8re les volets clos, Gab\u010d\u00edk attend, allong\u00e9, pense et \u00e9coute. (9)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 sa pr\u00e9tention \u00e0 rendre les faits de mani\u00e8re exacte et compl\u00e8te, le narrateur cherche dans l\u2019imagination le savoir qui lui manque et ses h\u00e9ros inaccessibles qu\u2019il aurait tant voulu rencontrer. Il s\u2019imagine \u00e0 leur place \u00e0 tel point que le roman se termine par une sc\u00e8ne dont le narrateur s\u2019\u00e9tait promis de trouver la trace et qu\u2019il s\u2019\u00e9tait aussi refus\u00e9 \u00e0 inventer\u00a0: la rencontre entre ses deux h\u00e9ros. Le narrateur, non content d\u2019inventer cette sc\u00e8ne, se retrouve sur le pont du paquebot o\u00f9 se rencontrent Kubi\u0161 et Gab\u010d\u00edk la premi\u00e8re fois avec une femme qui ressemble \u00e0 sa conjointe. Il se projette dans le temps aux c\u00f4t\u00e9s de ses idoles dans un r\u00e9flexe de fictionnalisation, lui qui s\u2019est toujours refus\u00e9 \u00e0 cette mise en fiction\u00a0: il en use le temps d\u2019une sc\u00e8ne pour retrouver ceux qu\u2019il a perdus. Le roman commence comme il se termine\u00a0: dans l\u2019imagination du narrateur.<\/p>\n<h2>Entre biographie, autobiographie et autofiction\u00a0: un r\u00e9cit hybride<\/h2>\n<p><em>HHhH\u00a0<\/em>joue autant sur les registres de la biographie et de l\u2019autobiographie que sur celui de l\u2019autofiction. La biographie \u2013 et l\u2019autobiographie \u2013 \u00ab\u00a0est un genre\u00a0<em>r\u00e9f\u00e9rentiel<\/em>, un discours qui se r\u00e9f\u00e8re au pass\u00e9 d\u2019un locuteur\u00a0<em>r\u00e9el\u00a0<\/em>\u00bb (Cohn 2001, 52-53). Il s\u2019agit donc d\u2019\u00e9crire la vie d\u2019un individu, ext\u00e9rieur \u00e0 l\u2019ouvrage de fiction \u2013 ou encore, d\u2019\u00e9crire sa propre vie \u2013 telle qu\u2019elle est. C\u2019est aussi un travail esth\u00e9tique, parce que le biographe \u2013 ou l\u2019autobiographe \u2013 doit mettre en r\u00e9cit une vie tout en s\u00e9lectionnant les moments les plus repr\u00e9sentatifs pour cr\u00e9er une intrigue (85). Ces genres sont donc des reformulations personnelles des \u00e9v\u00e8nements v\u00e9cus (410). Puisque \u00ab\u00a0la fictionnalit\u00e9 s\u2019oppose \u00e0 la r\u00e9f\u00e9rentialit\u00e9\u00a0\u00bb (18), la biographie et l\u2019autobiographie mettent en place un pacte de v\u00e9ridicit\u00e9, notamment par les r\u00e9f\u00e9rences et les sources.<\/p>\n<p>La biographie est pr\u00e9sente dans\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>par l\u2019\u00e9criture de la vie d\u2019Heydrich, de Gab\u010d\u00edk et de Kub\u00ed\u0161. L\u2019autobiographie, de son c\u00f4t\u00e9, fait sa marque dans le r\u00e9cit que livre l\u2019\u00e9crivain-chercheur, le narrateur, sur sa propre \u00e9criture. L\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0Anthropo\u00efde\u00a0\u00bb est un r\u00e9cit biographique achev\u00e9. Cependant, l\u2019autobiographie qu\u2019\u00e9crit le narrateur en plein processus cr\u00e9ateur est en constante construction\u00a0: avec son m\u00e9tadiscours, le narrateur r\u00e9v\u00e8le les processus cr\u00e9atifs derri\u00e8re l\u2019\u00e9criture d\u2019une biographie. Tout au long du r\u00e9cit, le narrateur choisit entre diff\u00e9rentes versions des \u00e9v\u00e8nements, \u00e9crit certaines sc\u00e8nes plus romanc\u00e9es et d\u2019autres plus factuelles\u00a0: le tout illustre sans conteste le processus de construction narrative que vit l\u2019historien au quotidien dans l\u2019\u00e9criture de son ouvrage. Pourtant, le narrateur cite rarement ses sources et avance peu de preuves sinon l\u2019argument de son grand savoir. Cette absence de dispositif de v\u00e9rification affaiblit le pacte de lecture autobiographique et biographique, ce qui ouvre la porte au genre de l\u2019autofiction.\u00a0<\/p>\n<p>Dorrit Cohn explique qu\u2019une autofiction, ou une autobiographie fictionnelle, \u00ab\u00a0ressemble fid\u00e8lement \u00e0 un r\u00e9cit qu\u2019une personne r\u00e9elle, portant le nom du narrateur, pourrait faire de sa propre vie\u00a0\u00bb (2001, 72). L\u2019autofiction est donc un jeu sur le r\u00e9el o\u00f9 l\u2019auteur \u00e9crit en son nom propre un narrateur qui n\u2019est pas compl\u00e8tement lui, un narrateur qui est fictionnalis\u00e9 et qui am\u00e8ne le lecteur \u00e0 se questionner\u00a0: l\u2019auteur est-il je? (Gasparini 2004, 9) Comme le souligne si bien Gasparini, \u00ab\u00a0la fictionnalit\u00e9 d\u2019un roman ne r\u00e9side pas dans les situations, mais dans son protocole d\u2019\u00e9nonciation\u00a0: il est racont\u00e9 par une entit\u00e9 imaginaire qui n\u2019a aucun compte \u00e0 rendre au r\u00e9el\u00a0\u00bb (18). C\u2019est ici qu\u2019un roman peut devenir autobiographique en empruntant des traits au protocole d\u2019\u00e9nonciation de l\u2019autobiographie.\u00a0<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>HHhH<\/em>, diff\u00e9rentes strat\u00e9gies jouent sur l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019association entre le narrateur et Laurent Binet lui-m\u00eame, permettant ainsi l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un roman autobiographique, d\u2019une autofiction. D\u2019abord, Laurent Binet et le narrateur sont tous deux \u00e9crivains, et ont diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments biographiques en commun comme le fait d\u2019avoir enseign\u00e9 en Slovaquie. La position sur la fiction et la plus-value de l\u2019histoire rapport\u00e9e par le narrateur est aussi celle que d\u00e9fend Binet dans ses entrevues. Cependant, le narrateur n\u2019est jamais nomm\u00e9 dans le texte et il reste un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb inidentifiable \u00e0 m\u00eame le r\u00e9cit.\u00a0<\/p>\n<p>Le p\u00e9ritexte est toutefois ce qui permet de classer\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>dans le genre de l\u2019autofiction. En effet, une maison d\u2019\u00e9dition peut influencer la r\u00e9ception et le pacte de lecture instaur\u00e9 entre l\u2019auteur et le lecteur (Gasparini 2004, 84-86). Le narrateur affirme vouloir nommer son roman\u00a0<em>Op\u00e9ration Anthropo\u00efde<\/em>, un nom qui annonce le contenu sans \u00e9quivoque comme le fait n\u2019importe quel ouvrage historique. Pourtant, au final, le r\u00e9cit publi\u00e9 porte le nom de\u00a0<em>HHhH<\/em>\u00a0: est-ce vraiment l\u00e0 l\u2019imposition de l\u2019\u00e9diteur ou n\u2019est-ce pas plut\u00f4t une strat\u00e9gie d\u2019ambigu\u00eft\u00e9? En effet, ce titre est plut\u00f4t vague, une \u00e9nigme que le roman r\u00e9sout<a id=\"footnoteref1_0hzteps\" class=\"see-footnote\" title=\"L\u2019acronyme qui compose le titre du roman\u00a0HHhHse dit en allemand \u00ab\u00a0Himmlers Hirn hei\u00dft Heydrich \u00bb, ce qui signifie litt\u00e9ralement \u00ab le cerveau de Himmler s'appelle Heydrich \u00bb, un surnom donn\u00e9 \u00e0 Heydrich par les SS.\" href=\"#footnote1_0hzteps\">[1]<\/a>, un titre repr\u00e9sentatif du genre romanesque. De plus, le p\u00e9ritexte de l\u2019ouvrage indique \u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb et non \u00ab\u00a0biographie\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0autobiographie\u00a0\u00bb. Enfin, Grasset, la maison d\u2019\u00e9dition qui a publi\u00e9\u00a0<em>HHhH<\/em>, ne propose que des collections de romans, ce qui mine le pacte de v\u00e9racit\u00e9. Il y a donc un rapport \u00e0 la fiction non n\u00e9gligeable qui, bien que questionn\u00e9, fait partie du r\u00e9cit du narrateur.<\/p>\n<p>La mise en abyme est un processus au centre de l\u2019autofiction par lequel\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>le narrateur y raconte l\u2019\u00e9criture ou la narration d\u2019un autre r\u00e9cit. En repr\u00e9sentant la transmission d\u2019un texte, la mise en abyme construit une mim\u00e8sis de la situation d\u2019\u00e9nonciation. Ce n\u2019est pas seulement par jeu [\u2026], mais [\u2026] pour proposer un commentaire de l\u2019\u0153uvre. (Gasparini 2004, 119).\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mise en abyme refl\u00e8te donc l\u2019acte d\u2019\u00e9criture et d\u00e9place le sujet de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 vers la situation d\u2019\u00e9nonciation (119). Le m\u00e9tadiscours, sous la forme de commentaires de l\u2019auteur \u00e0 m\u00eame le r\u00e9cit, est aussi pr\u00e9sent dans l\u2019autofiction (127-130). Le narrateur offre dans\u00a0<em>HHhH<\/em>une mise en abyme de l\u2019\u00e9criture d\u2019un roman, mais aussi de la recherche historique\u00a0: il met en sc\u00e8ne l\u2019univers de l\u2019\u00e9crivain-chercheur.<\/p>\n<p>En effet, le narrateur est un chercheur par l\u2019enqu\u00eate qu\u2019il m\u00e8ne et par le recueillement de ses sources. Tout au long du roman, il \u00e9voque ses difficult\u00e9s de recherche, notamment pour se procurer certains ouvrages comme celui de la femme d\u2019Heydrich, qu\u2019il finit par acheter malgr\u00e9 son prix \u00e9lev\u00e9. Comme le souligne Ivan Jablonka, la documentation se doit d\u2019\u00eatre plus vaste que le sujet de la recherche, ce qui oblige \u00e0 investiguer d\u2019autres p\u00e9riodes, d\u2019autres personnages, d\u2019autres lieux afin d\u2019\u00ab\u00a0\u00eatre capable de raconter\u00a0<em>toute l\u2019histoire\u00a0<\/em>\u00bb (2014, 171). Le narrateur de\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>r\u00e9v\u00e8le les dessous de l\u2019enqu\u00eate par son emportement \u00e0 lire des ouvrages en tout genre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je d\u00e9vore tout ce qui me tombe sous la main dans toutes les langues possibles, je vais voir tous les films qui sortent [\u2026], ma t\u00e9l\u00e9 reste bloqu\u00e9e sur la cha\u00eene Histoire du c\u00e2ble. J\u2019apprends une foule de choses, certaines n\u2019ont qu\u2019un lointain rapport avec Heydrich, je me dis que tout peut servir, qu\u2019il faut s\u2019impr\u00e9gner d\u2019une \u00e9poque pour en comprendre l\u2019esprit, et puis le fil de la connaissance, une fois qu\u2019on a commenc\u00e9 \u00e0 tirer, continue \u00e0 se d\u00e9rouler tout seul. L\u2019ampleur du savoir que j\u2019accumule finit par m\u2019effrayer. J\u2019\u00e9cris deux pages pendant que j\u2019en lis mille. [\u2026] Je sens que ma soif de documentation, saine \u00e0 la base, devient quelque peu mortif\u00e8re\u00a0: au bout du compte, un pr\u00e9texte pour reculer le moment de l\u2019\u00e9criture. (Binet 2010, 28)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien que Jablonka pr\u00e9cise que \u00ab\u00a0le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb est ce pr\u00e9nom tabou qui fait passer du mode objectif au mode r\u00e9flexif\u00a0\u00bb (2014, 289) dans la tradition qu\u2019il critique, le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb est omnipr\u00e9sent dans\u00a0<em>HHhH<\/em>\u00a0: c\u2019est le chercheur qui r\u00e9v\u00e8le son processus d\u2019enqu\u00eate. Dans cet extrait, un \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb en pleine recherche, pourtant prohib\u00e9 du monde historique, accumule une documentation sans fin dans le but d\u2019\u00e9crire un ouvrage, ce qui r\u00e9v\u00e8le les dessous du monde de l\u2019enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Cependant, ce \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb chercheur est aussi un \u00e9crivain, un romancier. Et en tant que romancier, il d\u00e9voile aussi les tenants et les aboutissants de l\u2019acte d\u2019\u00e9criture. Autant le narrateur historique se doit d\u2019\u00eatre objectif, autant le narrateur de\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>se r\u00e9v\u00e8le au contraire partial et subjectif, tout \u00e0 la d\u00e9fense de ses h\u00e9ros et \u00e0 la haine de son bourreau. Par exemple, lorsqu\u2019il met la main sur des fiches d\u2019\u00e9valuation des r\u00e9sistants r\u00e9alis\u00e9es par l\u2019arm\u00e9e britannique, Gab\u010d\u00edk y est d\u00e9crit comme \u00ab\u00a0ne poss\u00e9d[ant] pas les capacit\u00e9s intellectuelles de certains, lent dans l\u2019acquisition de connaissances\u00a0\u00bb (Binet 2010, 212). Ce \u00e0 quoi le narrateur r\u00e9torque que son savoir lui permet de dire que \u00ab\u00a0l\u2019officier qui a \u00e9tabli son rapport d\u2019\u00e9valuation a scandaleusement sous-estim\u00e9 l\u2019\u00e9tendue de ses capacit\u00e9s intellectuelles\u00a0\u00bb (213). Le narrateur critique ainsi sa source, imitant la posture de l\u2019historien, mais avec une part de subjectivit\u00e9 non n\u00e9gligeable. \u00a0<\/p>\n<p>Durant son processus d\u2019\u00e9criture, le narrateur place de l\u2019avant sa culture litt\u00e9raire, mais celle-ci \u00ab\u00a0appara\u00eet davantage comme une entrave que comme un outil\u00a0\u00bb (Morache 2015, 222). Lorsqu\u2019il se demande comment il doit commencer son r\u00e9cit, il \u00e9voque la tr\u00e8s longue description des lieux dans\u00a0<em>Notre-Dame de Paris\u00a0<\/em>de Victor Hugo. Bien qu\u2019\u00ab\u00a0[il] avai[t] trouv\u00e9 \u00e7a tr\u00e8s fort [\u2026] [il] avai[t] saut\u00e9 le passage\u00a0\u00bb (Binet 2010, 31). Faire comme ses mod\u00e8les lui semble donc impossible puisque lui-m\u00eame en tant que lecteur n\u2019a pas appr\u00e9ci\u00e9 cet incipit. Il se sent aussi \u00ab\u00a0comme un personnage de Borges\u00a0\u00bb (214), condamn\u00e9 \u00e0 retranscrire sans fin l\u2019histoire en cherchant les mots justes pour \u00e9crire le r\u00e9el. De m\u00eame, il \u00e9prouve un certain r\u00e9confort \u00e0 l\u2019id\u00e9e que Flaubert ait ressenti des angoisses et soulign\u00e9 l\u2019importance des aspirations de l\u2019auteur devant le r\u00e9sultat\u00a0: \u00ab\u00a0cela signifie [qu\u2019il] peu[t] rater [son] livre. Tout devrait aller plus vite maintenant\u00a0\u00bb (252). Le narrateur souligne aussi les difficult\u00e9s de sa propre \u00e9criture\u00a0: \u00ab\u00a0[\u00c7a] m\u2019avait sembl\u00e9 une histoire simple \u00e0 raconter. Deux hommes doivent en tuer un troisi\u00e8me. [\u2026] Tous les autres [\u2026] \u00e9taient des fant\u00f4mes [\u2026], je ne peux pas laisser toute la place que je voudrais \u00e0 cette arm\u00e9e des ombres\u00a0\u00bb (283). L\u2019histoire lui semblait donc plus simple \u00e0 \u00e9crire que l\u2019Histoire.\u00a0<\/p>\n<p>Plus encore, le narrateur de\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>s\u2019immisce constamment dans sa narration pour commenter son \u00e9criture, un m\u00e9tadiscours qui accentue la tension narrative en ralentissant la trame du r\u00e9cit. Lors de l\u2019attentat, il est \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Il tire et rien ne se passe. Je ne sais pas comment \u00e9viter les effets faciles. Rien ne se passe. La d\u00e9tente r\u00e9siste ou au contraire se d\u00e9robe mollement et percute le vide\u00a0\u00bb (344). Alors que Gab\u010d\u00edk tire sur Heydrich et que l\u2019arme s\u2019enraye, le narrateur lui-m\u00eame \u00e9crit sans parvenir \u00e0 l\u2019effet esth\u00e9tique qu\u2019il d\u00e9sire\u00a0: \u00ab\u00a0rien ne se passe\u00a0\u00bb pour tous les deux, ce qui cr\u00e9e une synchronisation entre le temps du r\u00e9sistant et celui de l\u2019\u00e9crivain. En fait, l\u00e0 r\u00e9side toute la difficult\u00e9 de\u00a0<em>HHhH<\/em>; le narrateur ne peut s\u2019emp\u00eacher de faire roman\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Malgr\u00e9 toute sa prudence, ses pr\u00e9cautions, le narrateur se commet\u00a0: il n\u2019a pu s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9baucher quelques personnages ici et l\u00e0, il a fait de la mise en sc\u00e8ne (il a cr\u00e9\u00e9 du suspense, des effets de surprise), il a fait des m\u00e9taphores, de l\u2019humour, du style. Il n\u2019a pu s\u2019emp\u00eacher d\u2019\u00e9crire son livre en \u00e9crivain. De cela, il se d\u00e9clare coupable; s\u2019il y a roman, c\u2019est sa faute. [\u2026] Il va parfois m\u00eame abandonner toute tentative de mise en r\u00e9cit, ne sachant comment \u00e9viter les pi\u00e8ges. [\u2026] Il est coupable de vouloir voir sans \u00eatre un t\u00e9moin, et plus encore, il est coupable de donner \u00e0 voir ce qu\u2019il n\u2019a pas vu, coupable d\u2019\u00eatre un romancier\u00a0: son crime est litt\u00e9raire. (Morache 2015, 222-223)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Et c\u2019est ce combat entre faire roman et faire fiction qui cr\u00e9e la probl\u00e9matique originale de\u00a0<em>HHhH<\/em>\u00a0: Laurent Binet parvient ainsi \u00e0 montrer toutes les difficult\u00e9s d\u2019\u00e9criture du roman historique, soit rester pr\u00e8s du r\u00e9el et r\u00e9sister \u00e0 l\u2019invention. La position de l\u2019\u00e9crivain-chercheur est celle du doute\u00a0: son projet \u00ab\u00a0est un combat perdu d\u2019avance\u00a0\u00bb (Binet 2010, 243). Comment tout raconter, absolument tout, et faire revivre ces personnes qui ont exist\u00e9 avec l\u2019usage unique des mots? Le narrateur \u00ab\u00a0[se] cogne sans cesse contre ce mur de l\u2019Histoire sur lequel grimpe et s\u2019\u00e9tend, sans jamais s\u2019arr\u00eater, toujours plus haut et toujours plus dru, le lierre d\u00e9courageant de la causalit\u00e9\u00a0\u00bb (243-244).\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>est donc l\u2019autofiction de l\u2019\u00e9crivain-chercheur en plein travail, des doutes et des remises en question de la recherche et, surtout, de l\u2019acte d\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Laurent Binet, dans son roman\u00a0<em>HHhH<\/em>, offre au lecteur une v\u00e9ritable probl\u00e9matisation du roman historique et du personnage par le choix d\u2019un genre hybride \u2013 un roman sans fiction o\u00f9 se conjoignent autobiographie et autofiction \u2013, ainsi que par la mise en sc\u00e8ne d\u2019un \u00e9crivain-chercheur qui s\u2019exprime dans un m\u00e9tadiscours subjectif et critique. Binet r\u00e9v\u00e8le ainsi les \u00e9chafaudages de la construction romanesque et, par le fait m\u00eame, toutes les difficult\u00e9s et les questions \u00e9thiques qui peuvent survenir avec elle. Ce faisant, il ouvre les projecteurs sur les rapports entre fiction et litt\u00e9rature, mais aussi entre litt\u00e9rature et histoire. L\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais fait partie de ce qui est souvent appel\u00e9 la \u00ab\u00a0troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration\u00a0\u00bb (Lamoureux 2015, 145), ces individus qui n\u2019ont pas toujours de parents survivants, qui n\u2019ont pas v\u00e9cu la guerre, mais qui pourtant y reviennent pour la r\u00e9interpr\u00e9ter et la raconter \u00e0 nouveau. De ce point de vue, Laurent Binet remet de l\u2019avant le questionnement de ce qui peut \u00eatre dit et de ce qui ne peut l\u2019\u00eatre, et aussi par qui. Il met en lumi\u00e8re le d\u00e9chirement que peuvent ressentir ceux qui, comme lui, n\u2019ont pas v\u00e9cu la guerre et souhaitent en comprendre la\u00a0<em>v\u00e9rit\u00e9<\/em>. La question sous-jacente de tout le roman est\u00a0: comment s\u2019assurer de ne pas oublier quelque chose que l\u2019on n\u2019a pas connu?\u00a0<em>HHhH\u00a0<\/em>est, en ce sens, non pas une r\u00e9ponse, mais bien une r\u00e9flexion sur l\u2019art de faire de la litt\u00e9rature avec l\u2019histoire.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Binet, Laurent. 2010.\u00a0<em>HHhH<\/em>. Paris\u00a0: Grasset.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2011. \u00ab\u00a0Le merveilleux r\u00e9el\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Le D\u00e9bat<\/em>, vol. 3, n\u00b0 165\u00a0: 80-85.\u00a0<\/p>\n<p>Boyer Weinmann, Martine. 2005.\u00a0<em>La relation biographique\u00a0: enjeux contemporains<\/em>. Seyssel\u00a0: \u00c9ditions Champ Vallon.<\/p>\n<p>Bernard, Claudie. 2008. \u00ab\u00a0Si l\u2019histoire m\u2019\u00e9tait cont\u00e9e\u2026 \u00bb. Dans\u00a0<em>Probl\u00e8mes du roman historique<\/em>, Aude D\u00e9ruelle et Alain Tassel (dir.), 15-25. Paris\u00a0: L\u2019Harmattan.<\/p>\n<p>Bracher, Nathan. 2015. \u00ab\u00a0L&rsquo;Histoire \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;affabulation romanesque\u00a0: HHhH de Laurent Binet comme cas de figure\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Symposium\u00a0: A Quarterly Journal in Modern Literatures<\/em>, vol.69, n\u00b02\u00a0: 98-110.<\/p>\n<p>Cohn, Dorrit. 2001.\u00a0<em>Le propre de la fiction<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>Esquenazi, Jean-Pierre. 2009.\u00a0<em>La v\u00e9rit\u00e9 de la fiction. Comment peut-on croire que les r\u00e9cits de fiction nous parlent s\u00e9rieusement de la r\u00e9alit\u00e9?<\/em>Paris\u00a0: Lavoisier.<\/p>\n<p>Gasparini, Philippe. 2004.\u00a0<em>Est-il je? Roman autobiographique et autofiction<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>Jablonka, Ivan. 2014.\u00a0<em>L\u2019histoire est une litt\u00e9rature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>Kelly, Van. 2013. \u00ab\u00a0La rh\u00e9torique d\u2019HHhH\u00a0: Entrer dans le virage avec Binet, Heydrich, Gab\u010d\u00edk et Kubi\u0161 \u00bb. Dans\u00a0<em>M\u00e9moires occup\u00e9es. Fictions fran\u00e7aises et Seconde Guerre mondiale<\/em>, Marc Dambre (dir.), 137-144. Paris\u00a0: Presses Sorbonne Nouvelle.<\/p>\n<p>Lamoureux, D\u00e9sir\u00e9e. 2015. \u00ab\u00a0La dialectique du bourreau\u00a0: \u00e9tude du bourreau nazi dans la litt\u00e9rature contemporaine fran\u00e7aise\u00a0\u00bb. Ontario\u00a0: Universit\u00e9 of Western Ontario (Th\u00e8se de doctorat).\u00a0<\/p>\n<p>Morache, Marie-Andr\u00e9e. 2015. \u00ab\u00a0Une jouissance anachronique\u00a0: sur le gain de la culpabilit\u00e9 dans HHhH de Laurent Binet\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, vol.51, n\u00b02\u00a0: 215-232.<\/p>\n<p>Qu\u00e9r\u00e9el, Patrice. 1973.\u00a0<em>La Modification de Michel Butor<\/em>. Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\n<p>Tame, Peter. 2013. \u00ab\u00a0\u201cCeci n\u2019est pas un roman\u201d\u00a0: HHhH de Laurent Binet, en de\u00e7\u00e0 ou au del\u00e0 de la fiction?\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>M\u00e9moires occup\u00e9es. Fictions fran\u00e7aises et Seconde Guerre mondiale<\/em>, Marc Dambre (dir.), 129-136. Paris\u00a0: Presses Sorbonne Nouvelle.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_0hzteps\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_0hzteps\">[1]<\/a> L\u2019acronyme qui compose le titre du roman\u00a0<em>HHhH<\/em>se dit en allemand \u00ab\u00a0Himmlers Hirn hei\u00dft Heydrich \u00bb, ce qui signifie litt\u00e9ralement \u00ab le cerveau de Himmler s&rsquo;appelle Heydrich \u00bb, un surnom donn\u00e9 \u00e0 Heydrich par les SS.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Paquette, Cam\u00e9lia. 2019. \u00ab\u00a0HHhH\u00a0et les \u00e9chafaudages de l&rsquo;\u00e9criture romanesque\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 (Hiver), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/paquette-29 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/paquette_29.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 paquette_29.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4dd9f9e4-b4a0-42d4-b17f-b7e0f69ceb2f\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/paquette_29.pdf\">paquette_29<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/paquette_29.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4dd9f9e4-b4a0-42d4-b17f-b7e0f69ceb2f\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 Publi\u00e9 en 2010 et form\u00e9 de deux cent cinquante-sept fragments,\u00a0HHhH, premier roman de l\u2019\u00e9crivain fran\u00e7ais Laurent Binet, se centre sur l\u2019op\u00e9ration \u00ab\u00a0Anthropo\u00efde\u00a0\u00bb. Cet attentat a \u00e9t\u00e9 organis\u00e9 en 1942 \u00e0 Prague par le gouvernement tch\u00e9coslovaque en exil contre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1303,1311,1312,1313,1302,1304],"tags":[292],"class_list":["post-5665","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-construction-du-savoir-elucidations","category-distinguer-le-vrai-du-faux","category-distinguer-le-vrai-du-faux-construction-du-savoir-elucidations","category-distinguer-le-vrai-du-faux-opacites-et-angles-morts","category-formes-de-lenquete","category-opacites-et-angles-morts","tag-paquette-camelia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5665","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5665"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5665\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8495,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5665\/revisions\/8495"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5665"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5665"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5665"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}