{"id":5666,"date":"2024-06-13T19:48:32","date_gmt":"2024-06-13T19:48:32","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/le-role-du-personnage-feminin-dans-la-chambre-derobee-de-paul-auster-sous-les-yeux-dun-narrateur-qui-ne-suspecte-rien\/"},"modified":"2024-08-21T16:51:02","modified_gmt":"2024-08-21T16:51:02","slug":"le-role-du-personnage-feminin-dans-la-chambre-derobee-de-paul-auster-sous-les-yeux-dun-narrateur-qui-ne-suspecte-rien","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5666","title":{"rendered":"Le r\u00f4le du personnage f\u00e9minin dans \u00ab La chambre d\u00e9rob\u00e9e \u00bb de Paul Auster : sous les yeux d&rsquo;un narrateur qui ne suspecte rien"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6900\">Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29<\/a><\/h5>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Paul Auster est parsem\u00e9e de qu\u00eates impossibles; dans la\u00a0<em>Trilogie new\u2011yorkaise<\/em><a id=\"footnoteref1_2hukp6j\" class=\"see-footnote\" title=\"Trois histoires d\u2019enqu\u00eates d\u2019apparence polici\u00e8re, mais qui d\u00e9rivent sur la qu\u00eate identitaire.\" href=\"#footnote1_2hukp6j\">[1]<\/a>\u00a0(1991), qui ne fait pas exception, l\u2019inachevable recherche d\u2019identit\u00e9 teinte la narration d\u2019une ambig\u00fcit\u00e9 qui a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet de nombreux travaux, car elle permet une multitude d\u2019interpr\u00e9tations. L\u2019aspect labyrinthique troublant de l\u2019\u0153uvre int\u00e9resse les critiques, qui se penchent sur l\u2019entrecoupement des trois romans de la\u00a0<em>Trilogie<\/em>. D\u2019ailleurs, le narrateur du dernier opus affirme qu\u2019il est l\u2019auteur des deux premiers, rajoutant alors des couches m\u00e9tafictionnelles aux histoires et accentuant l\u2019impossibilit\u00e9 pour le r\u00e9cit d\u2019atteindre un v\u00e9ritable d\u00e9nouement\u00a0(Ch\u00e9netier 1991, 432). Mais malgr\u00e9 leurs similitudes, les trois romans \u00ab\u00a0ne sont pas une seule et m\u00eame histoire [\u2026]. Ils se suivent et cependant ils sont autonomes\u00a0\u00bb\u00a0(Fr\u00e9mon 1991, 12), ce qui permet aussi de les critiquer s\u00e9par\u00e9ment. La structure particuli\u00e8re de la trilogie rend m\u00eame pertinente une lecture de\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e<\/em>, le troisi\u00e8me roman, qui ne s\u2019attarde pas sur l\u2019ensemble des trois \u0153uvres.<\/p>\n<p>Le postmodernisme de l\u2019\u0153uvre d\u2019Auster occupe une majeure partie des discours critiques sur celle-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Intertextualit\u00e9, fragmentation, m\u00e9tafiction, statut probl\u00e9matique du personnage et de l\u2019auteur, brouillage des identit\u00e9s, mise en question du genre litt\u00e9raire, etc.\u00a0\u2013\u00a0les divers essayistes se d\u00e9lectent de ces concepts qui collent si bien au projet aust\u00e9rien\u00a0\u00bb\u00a0(Sarotte 1996, 378). La r\u00e9currence des co\u00efncidences\u00a0(378) entre r\u00e9el et fiction, tout comme l\u2019aspect biographique de l\u2019\u0153uvre<a id=\"footnoteref2_7cfbkru\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir\u00a0Les \u00ab avatars du moi \u00bb chez Paul Auster\u00a0: autofiction et m\u00e9tafiction dans les romans de la maturit\u00e9, la th\u00e8se de Marie Thevenon, 2012.\" href=\"#footnote2_7cfbkru\">[2]<\/a>, sont tributaires de ces rapprochements \u00e0 la postmodernit\u00e9. Le roman\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e<\/em>, qui joue des codes g\u00e9n\u00e9riques du r\u00e9cit de d\u00e9tection, s\u2019inscrit donc davantage dans la tradition du polar m\u00e9taphysique<a id=\"footnoteref3_pjzwp8j\" class=\"see-footnote\" title=\"Le polar m\u00e9taphysique peut d\u2019ailleurs se d\u00e9finir comme suit\u00a0: \u00ab des romans qui transforment le genre dans le but premier de parodier, mais \u00e9galement de poser des questions existentielles sur la r\u00e9alit\u00e9 et la possibilit\u00e9 de connaissance v\u00e9ritable\u00a0\u00bb (Soukhodolskaia 2011, 3). \" href=\"#footnote3_pjzwp8j\">[3]<\/a>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les romans de la\u00a0<em>Trilogie,\u00a0<\/em>faux romans policiers, \u00ab\u00a0parce qu\u2019ils rel\u00e8vent du questionnement plus que de l\u2019interpr\u00e9tation, de l\u2019\u00e9nigme plus que de la d\u00e9tection\u00a0\u00bb, oscillent eux\u2011m\u00eames entre consignation scrupuleuse des faits et aphasie, lucidit\u00e9 et d\u00e9mence, entre autorit\u00e9 et pseudonymie, fiction et m\u00e9tafiction.\u00a0(Gavillon 2005)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De fait, les romans soul\u00e8vent plus de questions que celles auxquelles ils arrivent \u00e0 r\u00e9pondre, contrairement au r\u00e9cit policier classique. La convocation des th\u00e9matiques polici\u00e8res dans\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e\u00a0<\/em>se trouve bien mise au jour par plusieurs chercheurs bien que celles\u2011ci apparaissent davantage comme un \u00ab\u00a0pr\u00e9texte\u00a0\u00bb\u00a0(Ch\u00e9netier 1991, 432), car \u00ab\u00a0l\u2019enqu\u00eate polici\u00e8re ne fait que v\u00eatir d\u2019obsessions anciennes un squelette narratif\u00a0\u00bb complexe\u00a0(433). Pourtant, on trouve bel et bien dans ce roman une \u00e9nigme polici\u00e8re classique dont l\u2019exploration est susceptible d\u2019ouvrir la voie \u00e0 une lecture diff\u00e9rente. En effet, alors que la question du brouillement identitaire obnubile une majorit\u00e9 des discours critiques,\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e\u00a0<\/em>propose aussi d\u2019autres pistes, qui semblent curieusement \u00eatre ignor\u00e9es et qui m\u00e8nent pourtant \u00e0 une lecture laiss\u00e9e en dormance. Bien que l\u2019on commente souvent le rapport de l\u2019\u0153uvre d\u2019Auster avec le roman policier, il demeure assez rare qu\u2019on lise les romans de la\u00a0<em>Trilogie\u00a0<\/em>comme tels, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire en fonction d\u2019un pacte de lecture h\u00e9rit\u00e9 du r\u00e9cit de d\u00e9tection. Il s\u2019agira, au fil de cet article, de me pr\u00eater au jeu en m\u2019adonnant \u00e0 ce type de lecture. \u00c0 ces fins, je ferai usage de la m\u00e9thodologie bayardienne et des th\u00e9ories f\u00e9ministes pour investir une piste d\u2019enqu\u00eate polici\u00e8re claire parmi les avenues convergentes propos\u00e9es par le roman. En effet, le narrateur du roman s\u2019adonne \u00e0 ce que Pierre Bayard appelle \u00ab\u00a0le d\u00e9lire d\u2019interpr\u00e9tation<a id=\"footnoteref4_n5jut41\" class=\"see-footnote\" title=\"Hercule Poirot, le d\u00e9tective priv\u00e9 dans\u00a0Le meurtre de Roger Ackroyd, c\u00e9l\u00e8bre roman d\u2019Agatha Christie, aurait fait une lecture d\u00e9lirante des \u00e9l\u00e9ments de preuves, selon Pierre Bayard. Poirot aurait ainsi d\u00e9sign\u00e9 un coupable peu vraisemblable et mis de c\u00f4t\u00e9 une coupable potentielle, trop occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9lirer sur la voie de sa propre interpr\u00e9tation subjective des faits.\" href=\"#footnote4_n5jut41\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0(1998, 15). Il omet une piste possible et, par le fait m\u00eame, il exempte un coupable potentiel \u00e0 une disparition soudaine\u00a0: Sophie, l\u2019\u00e9pouse du disparu. J\u2019\u00e9mets ainsi l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle joue un r\u00f4le d\u2019une importance sup\u00e9rieure \u00e0 ce que le narrateur nous laisse entendre et, surtout, qu\u2019elle a une part de responsabilit\u00e9 dans la disparition de son mari. Cet article s\u2019appliquera \u00e0 le prouver.<\/p>\n<p>Avant tout, il demeure n\u00e9cessaire d\u2019exposer les grandes lignes de\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e<\/em>. Un narrateur raconte son histoire, qui d\u00e9bute quand, sept ann\u00e9es auparavant, il re\u00e7oit une lettre de Sophie Fanshawe. Cette femme lui indique que son mari, un \u00e9crivain, est port\u00e9 disparu depuis six mois. Celui\u2011ci se trouve \u00eatre l\u2019ami d\u2019enfance du narrateur, les deux s\u2019\u00e9tant, depuis, perdus de vue. Les recherches men\u00e9es par un d\u00e9tective priv\u00e9 n\u2019ont men\u00e9 \u00e0 rien\u00a0: Fanshawe est probablement mort. Sophie demande alors au \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb narrateur de s\u2019occuper des \u0153uvres de son mari qui n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es. Les deux personnages tombent amoureux assez rapidement et vivent bien gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019argent que leur rapporte la publication des \u0153uvres de l\u2019absent. Toutefois, la nouvelle vie du narrateur est vite troubl\u00e9e par une autre lettre; elle n\u2019est pas sign\u00e9e, mais tout indique qu\u2019elle provient de Fanshawe, car son auteur demande au narrateur de faire en sorte que Sophie demande le divorce. Il dit \u00e9galement qu\u2019il n\u2019a pas envie qu\u2019on le retrouve, et informe son lecteur de la date de sa mort \u00e0 venir, une date qu\u2019il a lui\u2011m\u00eame choisie. L\u2019enqu\u00eate est teint\u00e9e d\u2019un danger de mort, puisque Fanshawe menace de tuer son ami s\u2019il s\u2019aventure \u00e0 le d\u00e9busquer. Le narrateur, n\u2019en faisant qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate, part tout de m\u00eame \u00e0 la recherche du destinateur de la lettre, allant \u00e0 la rencontre de la m\u00e8re de Fanshawe et de certaines de ses connaissances pour le retrouver. Malgr\u00e9 tout, l\u2019enqu\u00eate du narrateur ne m\u00e8ne \u00e0 rien, et ce n\u2019est que parce qu\u2019il re\u00e7oit une autre missive, qui l\u2019invite \u00e0 une rencontre, que les \u00e9tranges retrouvailles adviendront. Lorsqu\u2019enfin le rendez\u2011vous a lieu, une porte s\u00e9pare les deux hommes\u00a0: Fanshawe se trouve dans une pi\u00e8ce ferm\u00e9e et refuse d\u2019\u00eatre vu par le narrateur, sans quoi il fera usage de son revolver. En r\u00e9sultante, le narrateur ne saura jamais s\u2019il a v\u00e9ritablement eu affaire \u00e0 Fanshawe ou \u00e0 un imposteur.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9l\u00e9ment sur lequel se fonde g\u00e9n\u00e9ralement la lecture dominante de cette histoire est la qu\u00eate du narrateur. Celui\u2011ci, pendant son investigation, est souvent confondu avec Fanshawe par de tierces personnes, et l\u2019on sent que cela le pousse vers un d\u00e9lire imminent. La m\u00e8re de Fanshawe insiste sur leur ressemblance\u00a0: \u00ab\u00a0Vous vous \u00eates toujours ressembl\u00e9 [\u2026], presque des jumeaux.\u00a0\u00bb\u00a0(Auster 1991, 358) Celle-ci devient un motif r\u00e9current<a id=\"footnoteref5_0ls1teb\" class=\"see-footnote\" title=\"De fait, la m\u00e8re de Fanshawe n\u2019est pas la seule. Une de ses anciennes copines rel\u00e8ve aussi la ressemblance troublante.\" href=\"#footnote5_0ls1teb\">[5]<\/a>\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que je rel\u00e8verai, cependant, c\u2019est que son premier mouvement de surprise venait du fait qu\u2019elle m\u2019avait pris pour Fanshawe.\u00a0\u00bb\u00a0(395) Plusieurs personnages pensent aussi que l\u2019\u0153uvre de Fanshawe est plut\u00f4t celle du narrateur, ce qu\u2019il nie. Des phrases troublantes, comme \u00ab\u00a0il \u00e9tait plus r\u00e9ellement lui\u2011m\u00eame que je ne pourrais jamais esp\u00e9rer l\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb\u00a0(287) ou \u00ab\u00a0alors que j\u2019avais cess\u00e9 de le rechercher, il m\u2019\u00e9tait plus pr\u00e9sent que jamais [\u2026] [,] j\u2019avais l\u2019impression que c\u2019\u00e9tait moi qui venais d\u2019\u00eatre d\u00e9couvert\u00a0\u00bb\u00a0(398), incitent \u00e9galement \u00e0 cette lecture du texte, car elles brouillent la limite des deux identit\u00e9s. La recherche de Fanshawe se retrouve ainsi interpr\u00e9t\u00e9e comme la qu\u00eate identitaire du narrateur, lors de laquelle r\u00e8gne une omnipr\u00e9sente confusion. En cherchant Fanshawe, le narrateur perd ainsi \u00ab\u00a0contact avec [lui]\u2011m\u00eame\u00a0\u00bb\u00a0(399). D\u2019ailleurs, la qu\u00eate, identitaire comme polici\u00e8re, reste inachev\u00e9e, car le narrateur demeure dans l\u2019incertitude jusqu\u2019\u00e0 la toute fin. Si ces pistes sont riches, elles favorisent des lectures plus proches avec les th\u00e8mes du polar m\u00e9taphysique qu\u2019une lecture rigoureusement polici\u00e8re. En effet,<\/p>\n<blockquote>\n<p>tandis que, selon les r\u00e8gles de l\u2019expression classique du genre, l\u2019enqu\u00eate doit mener inexorablement \u00e0 la r\u00e9solution de l\u2019\u00e9nigme (et, par ce fait, \u00e0 la restauration de l\u2019ordre \u00e9tabli) et que cette r\u00e9solution doit n\u00e9cessairement provenir du d\u00e9tective, le roman policier m\u00e9taphysique met en sc\u00e8ne un d\u00e9tective incapable de mener l\u2019enqu\u00eate \u00e0 terme, cette derni\u00e8re restant ainsi irr\u00e9solue.\u00a0(Soukhodolskaia 2011, 3)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On voit donc en quoi le roman d\u2019Auster se range grandement de ce c\u00f4t\u00e9, et on comprend pourquoi de nombreuses lectures furent port\u00e9es dans cette direction.<\/p>\n<p>Il est maintenant important de comprendre en quoi consiste la m\u00e9thodologie bayardienne pour pouvoir poursuivre en ce sens. Celle\u2011ci implique de reprendre la lecture d\u2019un texte selon une logique polici\u00e8re afin de mener notre propre enqu\u00eate pour, ainsi, trouver le coupable le plus vraisemblable, et ce, en \u00ab\u00a0nous d\u00e9gageant de l\u2019opinion couramment admise [\u2026] et [en] tentant de nous frayer une troisi\u00e8me voie entre l\u2019admiration et la r\u00e9probation [en] [\u2026] n\u2019acceptant aucune affirmation qui ne soit pr\u00e9alablement d\u00e9montr\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0(Bayard 1998, 14). Le texte d\u2019Auster s\u2019y pr\u00eate bien. De plus, assumer le r\u00f4le du d\u00e9tective le temps d\u2019une lecture n\u2019est pas qu\u2019une activit\u00e9 ludique et permissive, mais permet, selon Bayard, de \u00ab\u00a0r\u00e9fl\u00e9chir autrement sur la nature ou les fondements d\u2019une lecture vraie.\u00a0\u00bb\u00a0(15) Cette attitude enjoint donc le lecteur \u00e0 adopter une position critique, voire transgressive, qui rend possible une r\u00e9organisation de la hi\u00e9rarchie d\u00e9j\u00e0 \u00e9tablie entre les divers \u00e9l\u00e9ments de la di\u00e9g\u00e8se.<\/p>\n<p>Tout comme la trame polici\u00e8re du roman, les personnages f\u00e9minins des romans d\u2019Auster sont souvent mis de c\u00f4t\u00e9 et habituellement vus comme inutiles ou accessoires. Selon Sophie Vallas, \u00ab\u00a0les figures maternelles et f\u00e9minines apparaissent finalement comme les v\u00e9ritables trous noirs du texte\u00a0: des corps\u2011s\u00e9pultures, vides et clos, desquels rien ne parvient \u00e0 surgir\u00a0\u00bb\u00a0(1995, 175). Cette vision du personnage f\u00e9minin des romans d\u2019Auster s\u2019accorde \u00e0 celle du narrateur de\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e<\/em>. En effet, le narrateur pr\u00e9sente les femmes de fa\u00e7on \u00e0 ce qu\u2019elles paraissent n\u2019avoir aucune part de responsabilit\u00e9 importante dans l\u2019histoire, comme s\u2019il trouvait lui\u2011m\u00eame qu\u2019elles \u00e9taient peu n\u00e9cessaires au d\u00e9veloppement de l\u2019intrigue. Pourtant, il me semble au contraire que, loin d\u2019\u00eatre vide, le personnage f\u00e9minin soup\u00e7onn\u00e9 d\u00e9gage quelque chose, comme s\u2019il d\u00e9tenait la cl\u00e9 d\u2019un savoir qui nous \u00e9chappe. Ce sc\u00e9nario rappelle fortement le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 Caroline Sheppard dans\u00a0<em>Le meurtre de Roger Ackroyd\u00a0<\/em>d\u2019Agatha Christie, dans lequel elle est \u00ab\u00a0exclue d\u00e8s le d\u00e9part de la liste des suspects, maintenue hors du livre\u00a0\u00bb\u00a0(Bayard 1998, 163). Comme Bayard, on peut alors lire de mani\u00e8re litt\u00e9rale l\u2019\u00e9nigme polici\u00e8re et suivre simplement la piste qui transpara\u00eet davantage dans l\u2019\u0153uvre. Se faisant, on ne parvient pas qu\u2019\u00e0 produire de nouvelles hypoth\u00e8ses, mais on refuse d\u2019occulter, par le fait m\u00eame, certains personnages f\u00e9minins.<\/p>\n<p>En lisant\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e\u00a0<\/em>comme un roman de d\u00e9tection, il devient alors possible de diriger notre enqu\u00eate vers un pan d\u00e9laiss\u00e9 de l\u2019intrigue, mais aussi de souligner certaines pr\u00e9dispositions sociologiques, qui rel\u00e8vent notamment du genre\u00a0(<em>gender<\/em>), et qui seraient susceptibles d\u2019orienter nos processus de lecture d\u2019un genre (policier). En se concentrant sur l\u2019\u00e9nigme que propose le texte\u00a0\u2013\u00a0soit la disparition de Fanshawe\u00a0\u2013\u00a0on se pr\u00eate au jeu du roman \u00e0 \u00e9nigme. Par ailleurs, on remarque que la r\u00e9ception du texte demeure orient\u00e9e par certains pr\u00e9jug\u00e9s entretenus envers les femmes et les personnages f\u00e9minins, soit cette tendance \u00e0 les consid\u00e9rer toujours passives, inoffensives ou encore victimes, r\u00f4le auquel elles sont souvent rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du genre policier. En lisant plut\u00f4t ce \u00ab\u00a0faux\u00a0\u00bb roman policier comme un r\u00e9el r\u00e9cit de d\u00e9tection, mais en choisissant par\u2011l\u00e0 de souligner que la v\u00e9ritable \u00e9nigme r\u00e9side moins dans l\u2019absence de Fanshawe que dans l\u2019\u00e9cartement syst\u00e9matique de la potentielle responsabilit\u00e9 de Sophie, on voit que l\u2019histoire est bien moins compliqu\u00e9e qu\u2019elle n\u2019y parait. Aussi, on remarque enfin de quelles mani\u00e8res notre lecture peut \u00eatre influenc\u00e9e par notre horizon d\u2019attente lectoral, mais aussi par les st\u00e9r\u00e9otypes qui portent sur le genre.<\/p>\n<p>Commen\u00e7ons par un premier constat. M\u00eame si le narrateur croit \u00e0 une disparition volontaire (hypoth\u00e8se soutenue par la lettre), tout indique pourtant que Fanshawe n\u2019avait aucune raison de dispara\u00eetre\u00a0: il avait une femme que \u00ab\u00a0jamais un homme n\u2019aurait quitt\u00e9[e] [\u2026] de son plein gr\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Auster 1991, 276), et \u00ab\u00a0rien dans [son] comportement [\u2026] n\u2019avait jamais indiqu\u00e9 qu\u2019il ne l\u2019aimait pas\u00a0\u00bb\u00a0(276); il allait \u00eatre p\u00e8re, ce qui le r\u00e9jouissait\u00a0(276). L\u2019impr\u00e9visibilit\u00e9 de sa disparation la rend encore plus \u00e9tonnante et soul\u00e8ve alors cette autre question\u00a0: qu\u2019est\u2011il r\u00e9ellement arriv\u00e9 \u00e0 Fanshawe?<\/p>\n<p>\u00c9tant plac\u00e9s au\u2011devant d\u2019une \u00e9nigme \u00e0 r\u00e9soudre, les lecteurs et les lectrices qui d\u00e9sirent mener l\u2019enqu\u00eate doivent d\u2019abord se rapporter \u00e0 ce principe de base \u00e9nonc\u00e9 par Pierre Bayard\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Tout roman policier d\u2019\u00e9nigme, en effet, implique la mauvaise foi du narrateur. M\u00eame lorsque celui\u2011ci n\u2019est pas le meurtrier, [\u2026] son travail, pendant la majeure partie du livre, vise\u00a0\u2013\u00a0tel est le contrat du genre\u00a0\u2013\u00a0\u00e0 induire le lecteur en erreur. Non seulement il se gardera de lui dire tout ce qu\u2019il sait, mais il fera en sorte, par la s\u00e9lection des informations [\u2026], que le lecteur soit attir\u00e9 dans de fausses directions.\u00a0(1998, 74)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est bien ce \u00e0 quoi nous assistons dans le roman d\u2019Auster. Le narrateur, m\u00eame sans le savoir, nous m\u00e8ne sur la piste de sa propre qu\u00eate identitaire et nous d\u00e9tourne compl\u00e8tement de l\u2019\u00e9nigme propos\u00e9e au d\u00e9part\u00a0: ce qui appara\u00eet comme le noyau th\u00e9matique de l\u2019\u0153uvre ne devient, sous ce jour, qu\u2019une strat\u00e9gie dont se doterait l\u2019\u00e9criture. Ceci rejoint notamment un m\u00e9canisme de dissimulation propre au roman policier, le d\u00e9tournement\u00a0: \u00ab\u00a0le d\u00e9tournement peut concerner aussi des indices. L\u2019attention du lecteur est alors attir\u00e9e vers des signes qui n\u2019apportent rien, soit parce qu\u2019ils conduisent vers une mauvaise solution, soit parce qu\u2019ils ne m\u00e8nent nulle part.\u00a0\u00bb\u00a0(41) La qu\u00eate du narrateur, en effet, ne m\u00e8ne le lecteur vers aucune solution en ce qui concerne l\u2019\u00e9nigme originale. Comme le narrateur ne soup\u00e7onne rien de plus qu\u2019une disparition volontaire, il donne au lecteur une s\u00e9lection d\u2019informations reli\u00e9es \u00e0 ses recherches (et non \u00e0 l\u2019\u00e9nigme polici\u00e8re), mais biais\u00e9es par ce qu\u2019il croit \u00eatre la motivation de Fanshawe\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait gros comme une maison. Cet homme voulait partir et il est parti. Un jour, il s\u2019est tout simplement lev\u00e9 et il a laiss\u00e9 l\u00e0 sa femme enceinte.\u00a0\u00bb\u00a0(Auster 1991, 328)<\/p>\n<p>Le narrateur livre alors au lecteur son propre regard sur la situation et risque ainsi d\u2019omettre ou de minorer les \u00e9l\u00e9ments qui ne s\u2019inscrivent pas directement dans le sens de sa propre interpr\u00e9tation. Sa d\u00e9duction n\u2019est toutefois pas n\u00e9cessairement la \u00ab\u00a0bonne\u00a0\u00bb\u00a0: pour d\u00e9duire l\u2019identit\u00e9 de l\u2019auteur de la lettre, il se base sur le fait conjectural qu\u2019elle n\u2019est pas sign\u00e9e. Sur la base d\u2019une simple supposition, voici maintenant que le narrateur, sans pouvoir le prouver, pr\u00e9sume avec conviction que Fanshawe est en vie. La grande erreur du narrateur r\u00e9side dans l\u2019omission de la possibilit\u00e9 que ce soit quelqu\u2019un d\u2019autre qui ait \u00e9crit cette lettre, quelqu\u2019un qui conna\u00eetrait bien l\u2019histoire dans laquelle il s\u2019est embarqu\u00e9 et qui voudrait le faire adh\u00e9rer \u00e0 sa version des faits. Or, Sophie correspond particuli\u00e8rement bien \u00e0 ce profil.<\/p>\n<p>Cela nous m\u00e8ne vers un autre probl\u00e8me de l\u2019\u0153uvre. Le narrateur, aveugl\u00e9ment amoureux de Sophie, semble grandement sous\u2011estimer cette derni\u00e8re, ce qui attire aussi le lecteur sur de fausses pistes. Le narrateur, suivant la logique du roman policier, nous d\u00e9tourne du personnage le plus susceptible, dans une optique polici\u00e8re, d\u2019\u00eatre le suspect num\u00e9ro un. Il semble lui\u2011m\u00eame victime de son propre aveuglement, obnubil\u00e9 qu\u2019il est par la recherche effr\u00e9n\u00e9e de Fanshawe, qu\u2019il suppose toujours en vie. Toutefois, le peu de volont\u00e9 et de capacit\u00e9 d\u2019agir que le narrateur attribue \u00e0 sa compagne, et le peu d\u2019\u00e9tonnement du lecteur face \u00e0 ce geste qui participe, apr\u00e8s tout, d\u2019une tendance, peut nous laisser croire que c\u2019est \u00e9galement en fonction de certains pr\u00e9jug\u00e9s qu\u2019est \u00e9cart\u00e9e (voire jamais envisag\u00e9e) la possibilit\u00e9 de l\u2019implication de Sophie dans l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, on remarque que Sophie occupe la fonction de \u00ab\u00a0troph\u00e9e\u00a0\u00bb. Dans toute cette histoire, elle est pr\u00e9sent\u00e9e, par le narrateur, comme la r\u00e9compense obtenue suite \u00e0 ses d\u00e9marches d\u2019investigation. En acceptant de s\u2019impliquer dans la publication des \u0153uvres de Fanshawe, il pourra revoir Sophie et la conqu\u00e9rir gr\u00e2ce \u00e0 cette bonne action. De plus, le personnage f\u00e9minin d\u00e9l\u00e8gue au narrateur masculin la t\u00e2che importante de prendre une d\u00e9cision concernant les \u0153uvres de son mari disparu, alors qu\u2019on peut s\u2019imaginer qu\u2019elle aurait \u00e9t\u00e9 en position, sur le plan l\u00e9gal du moins, d\u2019effectuer ces choix elle\u2011m\u00eame. Ce manque d\u2019initiative est\u2011il un signe d\u2019indolence ou une ruse de celle qui cherche \u00e0 \u00eatre per\u00e7ue comme passive pour mieux rester insoup\u00e7onn\u00e9e? Sophie semble en effet adopter le r\u00f4le st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 de celle qui doit \u00eatre sauv\u00e9e par un homme qui, par le fait m\u00eame, pourra la gagner. De fait, elle r\u00e9pond au portrait type des personnages f\u00e9minins relev\u00e9 par les \u00e9tudes f\u00e9ministes sur le roman policier\u00a0: \u00ab\u00a0Au lieu de se d\u00e9fendre par elles\u2011m\u00eames, elles attendent d\u2019\u00eatre sauv\u00e9es par les hommes\u00a0\u00bb\u00a0(Vall\u00e9e\u2011Dumas 2013, 26), elles ont \u00ab\u00a0peu de pouvoir\u00a0\u00bb\u00a0(26) sur le d\u00e9roulement de l\u2019histoire et n\u2019ont pas \u00ab\u00a0l\u2019acc\u00e8s au champ d\u2019action.\u00a0\u00bb\u00a0(26) Elles sont \u00e9galement un r\u00e9confort \u00e0 l\u2019homme et agissent souvent en tant qu\u2019attrait sexuel\u00a0(Lemonde 1984, 39\u201141), ce qui est le cas ici, de par la fa\u00e7on st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e dont le narrateur d\u00e9crit Sophie lorsqu\u2019il la rencontre pour la premi\u00e8re fois\u00a0: \u00ab\u00a0Cette femme \u00e9tait belle [\u2026]. Elle \u00e9tait mince, un peu plus grande que la moyenne, et son attitude avait quelque chose de lent qui la rendait \u00e0 la fois sensuelle et attentive [\u2026].\u00a0\u00bb\u00a0(Auster 1991, 276\u2011277) Cet attrait sexuel et ce r\u00e9confort est m\u00eame renvers\u00e9 sur Sophie par la parole du narrateur, qui dit\u00a0: \u00ab\u00a0Je savais que Sophie se sentait seule et qu\u2019elle souhaitait le r\u00e9confort d\u2019un corps chaud pr\u00e8s du sien\u00a0\u00bb\u00a0(311), alors que le narrateur ne peut savoir ce qu\u2019elle souhaite r\u00e9ellement. Il lui impute un d\u00e9sir qui est plut\u00f4t le sien. Si on lit le texte d\u2019Auster \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un roman policier, ce qui exige de notre part une remise en cause syst\u00e9matique des informations d\u00e9livr\u00e9es et des comportements des personnages, on est en droit de croire que le st\u00e9r\u00e9otype de genre est ici employ\u00e9 en tant que strat\u00e9gie textuelle qui vise \u00e0 endormir nos soup\u00e7ons.<\/p>\n<p>En effet, sous cette apparente position de pouvoir occup\u00e9e par le narrateur masculin, on se rend compte que Sophie est, au contraire, susceptible d\u2019\u00eatre celle qui dirige ses pens\u00e9es et ses actions. D\u2019abord, c\u2019est elle qui le contacte pour le m\u00ealer \u00e0 cette histoire, lui donnant en m\u00eame temps sa version des faits\u00a0: c\u2019est alors sur celle\u2011ci que les d\u00e9ductions et les actions subs\u00e9quentes du narrateur se baseront. En donnant au narrateur l\u2019impression d\u2019\u00eatre indispensable dans cette affaire, Sophie le range de son c\u00f4t\u00e9\u00a0: de fait, il ne se pose aucune question sur la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ce qu\u2019elle avance. Pour Sophie, il reste loisible de dire ce qu\u2019elle souhaite sur Fanshawe et sur leur relation, car elle est aux commandes de l\u2019histoire de sa disparition. Ce qui nous est donn\u00e9 comme le r\u00e9cit des faits, dans laquelle elle appara\u00eet comme un \u00e9l\u00e9ment p\u00e9riph\u00e9rique, n\u2019est alors qu\u2019une version d\u00e9j\u00e0 construite des \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u2013\u00a0et un d\u00e9tective habile sait qu\u2019on ne peut s\u2019y fier. On aurait tort, en effet, d\u2019oublier que le narrateur n\u2019a lui\u2011m\u00eame, comme nous, acc\u00e8s qu\u2019\u00e0 une narration des \u00e9v\u00e9nements, et que son discours rapport\u00e9 n\u2019est qu\u2019un t\u00e9moignage de seconde main.<\/p>\n<p>Dans une perspective lectorale polici\u00e8re assum\u00e9e, voici pourquoi le lecteur devrait soup\u00e7onner Sophie. Bien s\u00fbr, avancer l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle ait une plus grande responsabilit\u00e9 dans la disparition de son mari que ce que la narration laisse croire n\u2019est plausible que si son geste est appuy\u00e9 par un mobile. Les motivations qu\u2019aurait pu avoir Sophie pour faire dispara\u00eetre Fanshawe restent n\u00e9buleuses. Toutefois, on peut relever quelques faits qui permettent d\u2019entrevoir un incitatif pertinent\u00a0: l\u2019argent. En effet, Sophie a souvent insist\u00e9 pour que Fanshawe publie ses \u0153uvres, allant jusqu\u2019\u00e0 vouloir les envoyer elle\u2011m\u00eame \u00e0 un \u00e9diteur\u00a0(Auster 1991, 281). Cela la \u00ab\u00a0rendait furieuse\u00a0\u00bb\u00a0(282) de voir que son mari ne voulait pas tirer profit de son travail. Surtout, ils vivaient tr\u00e8s modestement\u00a0(280) et \u00ab\u00a0Fanshawe n\u2019\u00e9tait pas un homme avec qui la vie \u00e9tait facile\u00a0\u00bb\u00a0(276). Il apparait possible que Sophie, connaissant l\u2019existence du narrateur et croyant qu\u2019il poss\u00e8de en lui \u00ab\u00a0ce qu\u2019il faut pour accomplir quelque chose de grand\u00a0\u00bb\u00a0(283), ait pu vouloir saisir une opportunit\u00e9. En \u00e9cartant tout d\u2019abord son mari g\u00eanant, puis en livrant ses \u0153uvres au narrateur, Sophie aurait entrevu la possibilit\u00e9 de jouir de certains revenus sans avoir besoin de s\u2019occuper du travail \u00e9ditorial.<\/p>\n<p>On peut donc dire que Sophie, dans cette optique, serait loin d\u2019\u00eatre un personnage passif. Qu\u2019est\u2011ce qui fait en sorte, dans ce cas, qu\u2019il ne vient jamais \u00e0 l\u2019esprit du narrateur ou des lecteurs de remettre en cause ses motivations? Comment se fait\u2011il que le personnage f\u00e9minin ne soit jamais soup\u00e7onn\u00e9 de rien, alors qu\u2019une lecture bayardienne nous pousse \u00e0 voir son implication dans la disparition de son mari?<\/p>\n<p>Tout se passe comme si les st\u00e9r\u00e9otypes habituellement accol\u00e9s \u00e0 la repr\u00e9sentation du personnage f\u00e9minin \u00e9taient ici mis \u00e0 profit comme moyen de diversion. Mais bien que le narrateur per\u00e7oive Sophie comme une femme en d\u00e9tresse, cela ne veut pas dire qu\u2019elle incarne ce clich\u00e9 pour autant. On pourrait m\u00eame penser qu\u2019Auster utilise le comportement r\u00e9current des hommes envers les femmes dans le genre policier \u00e0 l\u2019avantage de Sophie, car \u00ab\u00a0leur recherche inlassable de la m\u00e8re ou de la femme id\u00e9ale (tout se confond) t\u00e9moigne d\u2019une belle na\u00efvet\u00e9 et les rend vuln\u00e9rables.\u00a0\u00bb\u00a0(Lemonde 1984, 26) Plusieurs aspects \u00e9tranges passent alors sous le nez du narrateur sans qu\u2019il s\u2019en aper\u00e7oive\u00a0: il nous les transmet, mais n\u2019en rel\u00e8ve pas particuli\u00e8rement la pertinence. Nous avons donc acc\u00e8s aux comportements insolites de Sophie, qui pourraient en faire une suspecte id\u00e9ale. Par contre, le fait que ceux\u2011ci soient banalis\u00e9s par la narration d\u00e9tourne l\u2019attention du lecteur vers ce qu\u2019il propose, soit le sujet galvaud\u00e9 de la qu\u00eate identitaire et m\u00e9taphysique. Dans cet esprit, \u00eatre vigilant et r\u00e9ceptif \u00e0 ces d\u00e9tails nous oblige \u00e0 invalider les assomptions fond\u00e9es sur le st\u00e9r\u00e9otype et \u00e0 consid\u00e9rer Sophie comme un agent. Cela nous contraint \u00e0 \u00e9carter une lecture dans laquelle le f\u00e9minin irait de pair avec la passivit\u00e9\u00a0\u2013\u00a0et o\u00f9 son apparente docilit\u00e9 serait plut\u00f4t une tactique de l\u2019\u0153uvre. Ne pas accepter l\u2019interpr\u00e9tation du narrateur est aussi refuser de s\u2019engager dans une lecture st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Par exemple, il peut para\u00eetre sp\u00e9cial que Sophie croie Fanshawe mort, alors que cela fait seulement six mois qu\u2019il a disparu. Pourtant, elle dit \u00e0 plusieurs reprises qu\u2019il doit \u00eatre mort, comme si elle poss\u00e9dait quelque connaissance secr\u00e8te sur le sort qui lui avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9serv\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Je veux dire, il est mort [\u2026]. Et s\u2019il est mort, qu\u2019avons\u2011nous besoin de toutes ces [\u2026] salet\u00e9s? C\u2019\u00e9tait comme si on vivait avec un cadavre.\u00a0\u00bb\u00a0(Auster 1991, 389) On observe d\u2019ailleurs que Sophie souhaite m\u00eame ardemment se d\u00e9barrasser des affaires de son mari, et ce, avec une froideur qui pourrait sembler troublante\u00a0: un enqu\u00eateur ne manquerait pas de soulever cette irr\u00e9gularit\u00e9. Est g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9e l\u2019id\u00e9e que les proches de personnes disparues s\u2019accrochent \u00e0 l\u2019espoir qu\u2019elles sont toujours en vie et \u00e0 celui de les retrouver, ce qui n\u2019est pas le cas de Sophie. Surtout, cela d\u00e9voile un grand d\u00e9tachement de sa part envers son mari, dont le corps n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Sa culpabilit\u00e9 expliquerait alors la certitude dont elle fait preuve en affirmant la mort de son conjoint. \u00c0 un certain moment, le narrateur remarque ce d\u00e9tachement \u00e9trange chez Sophie\u00a0: \u00ab\u00a0Curieusement, \u00e7a ne paraissait pas lui faire grand effet. Il y avait dans son attitude quelque chose de circonspect qui me troublait et pendant plusieurs minutes je me suis senti perdu.\u00a0\u00bb\u00a0(308) Pourtant, il ne s\u2019y attarde pas davantage et cela ne soul\u00e8ve aucun questionnement suppl\u00e9mentaire dans son esprit. Il trouve m\u00eame une excuse \u00e0 son comportement suspect\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Fanshawe avait disparu de sa vie et je voyais qu\u2019elle pouvait avoir de bonnes raisons d\u2019\u00eatre irrit\u00e9e du fardeau qui lui \u00e9tait impos\u00e9. En publiant les \u0153uvres de Fanshawe, [\u2026] elle serait oblig\u00e9e de vivre dans le pass\u00e9, et l\u2019avenir qu\u2019elle voulait se construire [\u2026] serait contamin\u00e9 par le r\u00f4le qu\u2019elle devait jouer\u00a0: celui de la veuve officielle [\u2026], de la belle h\u00e9ro\u00efne dans une histoire tragique. [\u2026] Fanshawe \u00e9tait mort, et il \u00e9tait temps pour elle de le laisser l\u00e0 o\u00f9 il \u00e9tait.\u00a0(309)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On r\u00e9alise rapidement que le narrateur d\u00e9responsabilise compl\u00e8tement Sophie dans cette histoire, malgr\u00e9 qu\u2019elle soit celle qui a enclench\u00e9 le processus de publication des \u0153uvres de Fanshawe. Le narrateur insinue donc qu\u2019elle occupe principalement un r\u00f4le de victime, puisqu\u2019il interpr\u00e8te le comportement de Sophie selon son propre jugement et ses propres suppositions. Si ce processus est efficace, c\u2019est justement parce qu\u2019il passe inaper\u00e7u et qu\u2019il est fr\u00e9quent, dans le roman policier, de ne consid\u00e9rer la femme qu\u2019en passant par le regard de l\u2019homme\u00a0: \u00ab\u00a0La femme, si on daigne lui accorder un peu d\u2019espace, d\u00e9pend enti\u00e8rement des prises de position de ce h\u00e9ros agissant.\u00a0\u00bb\u00a0(Lemonde 1984, 37) De fait, lorsqu\u2019il re\u00e7oit la lettre anonyme, le narrateur prend conscience d\u2019avoir accept\u00e9 sans r\u00e9ticences la \u00ab\u00a0lecture erron\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb\u00a0(Auster 1991, 329) de Sophie\u00a0: \u00ab\u00a0elle n\u2019avait pas d\u2019autres possibilit\u00e9s que de le croire mort. Sophie s\u2019\u00e9tait leurr\u00e9e elle\u2011m\u00eame, mais \u00e9tant donn\u00e9 la situation, on voyait mal comment elle aurait pu agir autrement.\u00a0\u00bb\u00a0(328\u2011329) Encore une fois, le narrateur s\u2019empresse de justifier son comportement, ce qui va dans le sens d\u2019une vision st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e du personnage f\u00e9minin v\u00e9hicul\u00e9e par la tradition polici\u00e8re, o\u00f9 elle est vue comme une personne faible, laissant l\u2019avant\u2011plan au sexe oppos\u00e9\u00a0(Lemonde 1984, 39\u201141). Le narrateur reste alors pris dans sa vision construite et infond\u00e9e de Sophie, ce qui donne peu d\u2019importance \u00e0 son implication. En ne croyant pas ce qu\u2019elle dit, et en privil\u00e9giant syst\u00e9matiquement sa propre interpr\u00e9tation des faits, il se positionne en tant que seule voix cr\u00e9dible de l\u2019histoire et rel\u00e8gue Sophie au rang de personnage accessoire en ne lui attribuant aucunement la capacit\u00e9 d\u2019affecter le d\u00e9roulement du r\u00e9cit, puisque dans le roman policier, id\u00e9alement, \u00ab\u00a0la partie se joue entre hommes, [qui sont] certains de manier les bonnes cartes\u00a0\u00bb\u00a0(67). Il se passe exactement ceci dans\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e<\/em>, o\u00f9 la partie se joue, aux yeux du narrateur, entre Fanshawe et lui, mais jamais entre lui et Sophie.<\/p>\n<p>Allons plus loin\u00a0: et si c\u2019\u00e9tait Sophie qui avait justement \u00e9crit la fameuse lettre anonyme? Rien dans le roman ne nous garde de formuler une telle lecture. M\u00eame que, \u00e9tant la seule pouvant disposer comme elle l\u2019entend des informations concernant la disparition de son mari<a id=\"footnoteref6_a0k8cq9\" class=\"see-footnote\" title=\"Rappelons que c\u2019est Sophie qui invite le narrateur \u00e0 prendre part \u00e0 cette histoire et que c\u2019est \u00e9galement elle qui pose l\u2019\u00e9nigme.\" href=\"#footnote6_a0k8cq9\">[6]<\/a>, elle est donc \u00e9galement la seule autre personne susceptible d\u2019avoir \u00e9crit la lettre, m\u00eame si le narrateur ne songe pas \u00e0 cette possibilit\u00e9. De fait, on peut relever la grande confiance du narrateur envers Sophie lorsqu\u2019il dit : \u00ab\u00a0Pour ce qui concerne Sophie, j\u2019ai tendance \u00e0 croire que rien n\u2019est cach\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Auster 1991, 412), alors que tout porte le lecteur \u00e0 croire le contraire. Sophie aurait pourtant pu vouloir mener le narrateur \u00e0 penser que Fanshawe est toujours vivant. En plus de renforcer le sentiment d\u2019empathie du narrateur, elle aurait ainsi pu maintenir sa position de victime, sans qu\u2019elle semble trop construite. Apr\u00e8s tout, d\u00e8s lors que Fanshawe donne signe de vie, cela implique qu\u2019il a abandonn\u00e9 Sophie et qu\u2019il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un assassinat. Ainsi, la lettre \u00e9limine la possibilit\u00e9 que le narrateur entretienne quelque soup\u00e7on envers elle. Rappelons d\u2019ailleurs qu\u2019il ne r\u00e9ussira jamais \u00e0 revoir Fanshawe, ce qui fragilise la l\u00e9gitimit\u00e9 de sa reconstruction des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Ainsi, le comportement \u00e9trange et d\u00e9tach\u00e9 de Sophie nous pousse \u00e0 croire qu\u2019elle cache quelque chose. La m\u00e8re de Fanshawe trouve \u00e9galement que Sophie a bien de la chance\u00a0(356) dans toute cette histoire. Le narrateur nous r\u00e9v\u00e8le notamment ceci\u00a0: \u00ab\u00a0Il semblait y avoir chez elle un courant sous\u2011jacent d\u2019hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de Sophie, comme si elle la tenait secr\u00e8tement responsable de la disparation de Fanshawe\u00a0\u00bb\u00a0(350). Cette piste, qui nous est lanc\u00e9e une seule fois aussi clairement dans le roman, ne peut \u00eatre ignor\u00e9e et vient m\u00eame appuyer mon intuition de d\u00e9part. Il est \u00e9vident qu\u2019elle ne nous est pas donn\u00e9e par hasard. Alors que le narrateur n\u2019y porte pas attention, je crois qu\u2019il s\u2019agit au contraire d\u2019une information non n\u00e9gligeable qui, par ailleurs, passe \u00e9galement par une voix f\u00e9minine dont la cr\u00e9dibilit\u00e9 se retrouve rapidement rejet\u00e9e.<\/p>\n<p>Constatant que les propos du seul autre personnage f\u00e9minin de cette histoire sont encore une fois \u00e9cart\u00e9s par le narrateur, je me trouve dans l\u2019obligation de leur accorder une importance particuli\u00e8re, surtout consid\u00e9rant la narration peu fiable du roman. Dans cet ordre d\u2019id\u00e9es, la tendance du narrateur masculin \u00e0 sous\u2011estimer les personnages f\u00e9minins de l\u2019histoire peut \u00eatre vue comme un proc\u00e9d\u00e9 de d\u00e9tournement. Il me semble que, dans le roman, le narrateur essaie justement de taire les discours f\u00e9minins par son propre discours. Pourtant, les propos des femmes nous sont quand m\u00eame donn\u00e9s\u00a0: on peut voir qu\u2019elles prennent la parole pour elles\u2011m\u00eames gr\u00e2ce aux dialogues rapport\u00e9s. Ainsi, c\u2019est la r\u00e9ception de la parole f\u00e9minine qui est probl\u00e9matique. En effet, le narrateur vient toujours reconstruire les discours f\u00e9minins apr\u00e8s coup, mais il oublie souvent que le sien propre reste fond\u00e9 sur les informations que les femmes lui ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9es. Toutefois, alors que la parole masculine semble primer sur celle de la femme, on peut faire la d\u00e9marche inverse pour voir que la parole de la femme vient totalement d\u00e9construire ce que le narrateur avance, puisque tout ce qu\u2019il propose, au final, n\u2019est qu\u2019une reconstruction chancelante de la parole f\u00e9minine qu\u2019il s\u2019est appropri\u00e9e. On peut y voir un moyen de d\u00e9tourner l\u2019attention de la culpabilit\u00e9 probable de Sophie par l\u2019inconscience du narrateur, qui me semble trop na\u00efve pour ne pas \u00eatre un m\u00e9canisme du texte orchestr\u00e9 par Auster.<\/p>\n<p>Finalement, qu\u2019est\u2011il r\u00e9ellement arriv\u00e9 \u00e0 Fanshawe? Je crois que l\u2019\u0153uvre ne nous permet pas de le savoir v\u00e9ritablement, mais qu\u2019elle nous laisse tout de m\u00eame entrevoir la possible responsabilit\u00e9 de Sophie dans sa disparition. Faire une lecture bayardienne de l\u2019\u0153uvre ne permet pas de\u00a0<em>r\u00e9soudre\u00a0<\/em>l\u2019enqu\u00eate, mais elle nous autorise \u00e0 en proposer une lecture alternative, qui met au jour toute l\u2019implication de la femme dans le roman, une implication invisibilis\u00e9e par les st\u00e9r\u00e9otypes propres au roman policier, et que maintient le narrateur. En effet, on a pu voir que Sophie est bien plus qu\u2019un personnage remplissant la simple fonction de potentiel amoureux dans l\u2019\u0153uvre. Sa culpabilit\u00e9 est \u00e0 fortiori attrayante, puisqu\u2019elle lui rendrait son agentivit\u00e9<a id=\"footnoteref7_m0t4ijp\" class=\"see-footnote\" title=\"Dans le cadre de cet article, j\u2019utilise le terme \u00ab\u00a0agentivit\u00e9\u00a0\u00bb renvoyant \u00ab\u00a0\u00e0 une\u00a0puissance d\u2019agir\u00a0qui n\u2019est pas une volont\u00e9 inh\u00e9rente au sujet, plus ou moins attest\u00e9e, mais le fait d\u2019une individue qui se d\u00e9signe comme sujet sur une sc\u00e8ne d\u2019interpellation marquant la forte pr\u00e9sence d\u2019un pouvoir dominant\u00a0\u00bb\u00a0(Guilhaumou 2012), selon la d\u00e9finition qu\u2019en donne Judith Butler\u00a0: \u00ab\u00a0[le concept d\u2019agentivit\u00e9] connote \u00e0 la fois les notions de \" href=\"#footnote7_m0t4ijp\">[7]<\/a>(sa capacit\u00e9 d\u2019agir), en suppl\u00e9ment d\u2019\u00eatre une piste polici\u00e8re vraisemblable. En faisant une lecture polici\u00e8re du roman, le lecteur peut acc\u00e9der \u00e0 une nouvelle interpr\u00e9tation de l\u2019\u0153uvre qui d\u00e9passe la simple influence architextuelle du genre policier et qui convoque plut\u00f4t un r\u00e9gime de lecture qui lui est propre. Bien \u00e9videmment, l\u2019importance de cet exercice r\u00e9side surtout dans l\u2019opportunit\u00e9 critique qu\u2019il offre\u00a0: soulever des constats sur l\u2019agentivit\u00e9 et sur la fa\u00e7on dont les st\u00e9r\u00e9otypes (genr\u00e9s et g\u00e9n\u00e9riques) informent nos processus de lecture en d\u00e9tournant l\u2019attention du lecteur et en l\u2019obligeant \u00e0 s\u2019orienter vers une piste caract\u00e9ris\u00e9e par la valorisation du masculin comme fonction agissante du texte. En menant l\u2019enqu\u00eate sur la piste marginale propos\u00e9e, on est contraint de s\u2019adonner \u00e0 la d\u00e9construction de ce st\u00e9r\u00e9otype, qui devient un passage obligatoire de notre \u00e9lucidation. En mettant ces clich\u00e9s de c\u00f4t\u00e9 et en \u00e9cartant l\u2019autorit\u00e9 de la voix masculine, on remarque que l\u2019\u0153uvre d\u2019Auster a le potentiel de mettre, au contraire, l\u2019agentivit\u00e9 f\u00e9minine de l\u2019avant, pr\u00e9cis\u00e9ment en adoptant une voix narrative qui minorise son implication. En d\u00e9passant l\u2019instance narratrice, comme nous y enjoignait d\u00e9j\u00e0 Agatha Christie, de multiples lectures de\u00a0<em>La chambre d\u00e9rob\u00e9e\u00a0<\/em>sont rendues possibles. Supposons qu\u2019Auster ait bien voulu d\u00e9jouer le st\u00e9r\u00e9otype f\u00e9minin pour d\u00e9tourner le lecteur d\u2019un potentiel assassin (ou, \u00e0 tout le moins, que l\u2019actualisation de son texte l\u2019autorise)\u00a0: on pourrait alors dire que les critiques du livre, en accordant peu d\u2019attention \u00e0 Sophie, sont pareillement tomb\u00e9s dans le panneau. Sophie aurait dup\u00e9 non seulement le narrateur, mais \u00e9galement les lecteurs et les critiques du texte.<\/p>\n<h2>\u00a0<\/h2>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Auster, Paul. 1991.\u00a0<em>La Trilogie new-yorkaise<\/em>. Arles\u00a0: Actes Sud.<\/p>\n<p>Bayard, Pierre. 1998.\u00a0<em>Qui a tu\u00e9 Roger Ackroyd?\u00a0<\/em>Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit.<\/p>\n<p>Butler, Judith. 2006 [1990].\u00a0<em>Trouble dans le genre<\/em>, trad. Cynthia Kraus. Paris\u00a0: La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Ch\u00e9netier, Marc. 1991. \u00ab\u00a0Le monde pseudonyme de Paul Auster\u00a0\u00bb.\u00a0<em>La Trilogie new\u2011yorkaise<\/em>. Arles\u00a0: Actes Sud.\u00a0<\/p>\n<p>Fr\u00e9mon, Jean. 1991. \u00ab\u00a0Pr\u00e9face\u00a0\u00bb.\u00a0<em>La Trilogie new\u2011yorkaise<\/em>. Arles\u00a0: Actes Sud.\u00a0<\/p>\n<p>Gavillon, Fran\u00e7ois. 2005. \u00ab\u00a0Annick Duperray.\u00a0<em>Paul Auster, les ambig\u00fcit\u00e9s de la n\u00e9gation<\/em>\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Transatlantica,\u00a0<\/em>23 avril 2006.\u00a0<a href=\"http:\/\/journals.openedition.org\/transatlantica\/867\">http:\/\/journals.openedition.org\/transatlantica\/867<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 11 avril 2018)<\/p>\n<p>Guilhaumou, Jacques. 2012. \u00ab\u00a0Autour du concept d\u2019agentivit\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Rives m\u00e9diterran\u00e9ennes<\/em>\u00a041\u00a0: 25\u201134.<\/p>\n<p>Guillemette, \u00c9lise. 2007.\u00a0<em>L\u2019ironie au f\u00e9minin dans\u00a0<\/em>The Penelopiad<em>de Margaret Atwood et\u00a0<\/em>Unless<em>de Carol Shields<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>Lemonde, Anne. 1984.\u00a0<em>Les femmes et le roman policier<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Qu\u00e9bec Am\u00e9rique.<\/p>\n<p>Sarotte, G.\u2011M. 1996. \u00ab\u00a0A. DUPERRAY, \u00e9d., \u00ab\u00a0L\u2019\u0153uvre de\u00a0Paul\u00a0Auster\u00a0: approches et lectures plurielles\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u00c9tudes anglaises\u00a0<\/em>49, no.\u00a03\u00a0: 377\u2011378.<\/p>\n<p>Soukhodolskaia, Alisa<em>.<\/em>2011.<em>Qu\u00eate identitaire\/enqu\u00eate polici\u00e8re m\u00e9taphysique dans trois romans de Patrick Modiano, suivi de, R\u00e9cit sans musique<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: McGill University.<\/p>\n<p>Thevenon, Marie. 2012.\u00a0<em>Les \u00ab\u00a0avatars du moi\u00a0\u00bb chez Paul Auster\u00a0: autofiction et m\u00e9tafiction dans les romans de la maturit\u00e9<\/em>. Grenoble\u00a0: Universit\u00e9 de Grenoble.<\/p>\n<p>Vallas, Sophie. 1995. \u00ab\u00a0Voix et pr\u00e9sence f\u00e9minine dans les romans de Paul Auster\u00a0\u00bb, dans Annick Duperray (\u00e9d.),\u00a0<em>L\u2019\u0153uvre de Paul Auster\u00a0: Approches et lectures plurielles<\/em>. Arles\u00a0: Actes Sud.<\/p>\n<p>Vall\u00e9e\u2011Dumas, Catherine. 2013.\u00a0<em>St\u00e9r\u00e9otypes et transformations du f\u00e9minin et du masculin dans\u00a0<\/em>La passion des femmes\u00a0<em>de S\u00e9bastien Japrisot<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_2hukp6j\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_2hukp6j\">[1]<\/a> Trois histoires d\u2019enqu\u00eates d\u2019apparence polici\u00e8re, mais qui d\u00e9rivent sur la qu\u00eate identitaire.<\/p>\n<p id=\"footnote2_7cfbkru\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_7cfbkru\">[2]<\/a> Voir\u00a0<em>Les \u00ab avatars du moi \u00bb chez Paul Auster\u00a0: autofiction et m\u00e9tafiction dans les romans de la maturit\u00e9<\/em>, la th\u00e8se de Marie Thevenon, 2012.<\/p>\n<p id=\"footnote3_pjzwp8j\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_pjzwp8j\">[3]<\/a> Le polar m\u00e9taphysique peut d\u2019ailleurs se d\u00e9finir comme suit\u00a0: \u00ab des romans qui transforment le genre dans le but premier de parodier, mais \u00e9galement de poser des questions existentielles sur la r\u00e9alit\u00e9 et la possibilit\u00e9 de connaissance v\u00e9ritable\u00a0\u00bb (Soukhodolskaia 2011, 3).<\/p>\n<p id=\"footnote4_n5jut41\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_n5jut41\">[4]<\/a> Hercule Poirot, le d\u00e9tective priv\u00e9 dans\u00a0<em>Le meurtre de Roger Ackroyd<\/em>, c\u00e9l\u00e8bre roman d\u2019Agatha Christie, aurait fait une lecture d\u00e9lirante des \u00e9l\u00e9ments de preuves, selon Pierre Bayard. Poirot aurait ainsi d\u00e9sign\u00e9 un coupable peu vraisemblable et mis de c\u00f4t\u00e9 une coupable potentielle, trop occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9lirer sur la voie de sa propre interpr\u00e9tation subjective des faits.<\/p>\n<p id=\"footnote5_0ls1teb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_0ls1teb\">[5]<\/a> De fait, la m\u00e8re de Fanshawe n\u2019est pas la seule. Une de ses anciennes copines rel\u00e8ve aussi la ressemblance troublante.<\/p>\n<p id=\"footnote6_a0k8cq9\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_a0k8cq9\">[6]<\/a> Rappelons que c\u2019est Sophie qui invite le narrateur \u00e0 prendre part \u00e0 cette histoire et que c\u2019est \u00e9galement elle qui pose l\u2019\u00e9nigme.<\/p>\n<p id=\"footnote7_m0t4ijp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_m0t4ijp\">[7]<\/a> Dans le cadre de cet article, j\u2019utilise le terme \u00ab\u00a0agentivit\u00e9\u00a0\u00bb renvoyant \u00ab\u00a0\u00e0 une\u00a0<em>puissance d\u2019agir<\/em>\u00a0qui n\u2019est pas une volont\u00e9 inh\u00e9rente au sujet, plus ou moins attest\u00e9e, mais le fait d\u2019une individue qui se d\u00e9signe comme sujet sur une sc\u00e8ne d\u2019interpellation marquant la forte pr\u00e9sence d\u2019un pouvoir dominant\u00a0\u00bb\u00a0(Guilhaumou 2012), selon la d\u00e9finition qu\u2019en donne Judith Butler\u00a0: \u00ab\u00a0[le concept d\u2019agentivit\u00e9] connote \u00e0 la fois les notions de \u00ab\u00a0capacit\u00e9 d&rsquo;action\u00a0\u00bb et cette \u00ab\u00a0action\u00a0\u00bb elle\u2011m\u00eame, mais se r\u00e9f\u00e8re aussi \u00e0 l&rsquo;intentionnalit\u00e9 de l&rsquo;acteur ou de l&rsquo;actrice, au sens des identit\u00e9s et des repr\u00e9sentations qui colorent l&rsquo;action en lui donnant un sens de direction\u00a0\u00bb\u00a0(Butler 2006, 22).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Lavoie, Jade. 2019. \u00ab\u00a0Le r\u00f4le du personnage f\u00e9minin dans\u00a0La chambre d\u00e9rob\u00e9e\u00a0de Paul Auster\u00a0: sous les yeux d&rsquo;un narrateur qui ne suspecte rien\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 (Hiver), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/lavoie-29 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavoie_29.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 lavoie_29.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-214716b6-676b-4e78-bb56-2750e10ae8f1\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavoie_29.pdf\">lavoie_29<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/lavoie_29.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-214716b6-676b-4e78-bb56-2750e10ae8f1\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 L\u2019\u0153uvre de Paul Auster est parsem\u00e9e de qu\u00eates impossibles; dans la\u00a0Trilogie new\u2011yorkaise[1]\u00a0(1991), qui ne fait pas exception, l\u2019inachevable recherche d\u2019identit\u00e9 teinte la narration d\u2019une ambig\u00fcit\u00e9 qui a d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet de nombreux travaux, car elle permet une multitude [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1303,1308,1309,1310,1302,1304],"tags":[225],"class_list":["post-5666","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-construction-du-savoir-elucidations","category-enqueter-autrement","category-enqueter-autrement-construction-du-savoir-elucidations","category-enqueter-autrement-opacites-et-angles-morts","category-formes-de-lenquete","category-opacites-et-angles-morts","tag-lavoie-jade"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5666","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5666"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5666\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8499,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5666\/revisions\/8499"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5666"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5666"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5666"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}