{"id":5667,"date":"2024-06-13T19:48:32","date_gmt":"2024-06-13T19:48:32","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/disparition-et-suicide-enquetes-autour-de-la-figure-du-savant-dans-en-cherchant-majorana-et-le-silence\/"},"modified":"2024-08-21T16:06:51","modified_gmt":"2024-08-21T16:06:51","slug":"disparition-et-suicide-enquetes-autour-de-la-figure-du-savant-dans-en-cherchant-majorana-et-le-silence","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5667","title":{"rendered":"Disparition et suicide : enqu\u00eates autour de la figure du savant dans \u00ab En cherchant Majorana \u00bb et \u00ab Le silence \u00bb"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6900\">Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29<\/a><\/h5>\n<p>Dans son texte \u00ab\u00a0Science d\u00e9viante et savants fous\u00a0\u00bb, Michel Pierssens souligne que, \u00ab\u00a0num\u00e9riquement bien moins pr\u00e9sents que les pr\u00eatres ou les soldats, les savants sont pour autant surrepr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019imaginaire des deux derniers si\u00e8cles, en particulier dans la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb\u00a0(2005, 189). Il semble qu\u2019ils v\u00e9hiculent un discours, voire un langage, en marge de la compr\u00e9hension de tout un chacun, cr\u00e9ant deux cat\u00e9gories d\u2019individus\u00a0: ceux qui savent, les initi\u00e9s; et ceux qui ne savent pas, les non-initi\u00e9s. La soci\u00e9t\u00e9 civile serait en quelque sorte coup\u00e9e du monde de la science, \u00ab\u00a0en rupture totale\u00a0\u00bb\u00a0(Bensaude\u2011Vincent 2005, 208), ce dernier \u00ab\u00a0se formant contre le sens commun, en surmontant les obstacles de l\u2019exp\u00e9rience imm\u00e9diate, de la facilit\u00e9 et de l\u2019\u00e9motion<a id=\"footnoteref1_4thj9qh\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous pr\u00e9cisons cependant qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la position personnelle de Bensaude\u2011Vincent, mais plut\u00f4t d\u2019un constat autour du rapport entre opinion publique et science\u00a0: \u00ab\u00a0Le foss\u00e9 est une illusion. Il n\u2019y a pas de foss\u00e9, il y a une distribution des savoirs, une cartographie des savoirs qui sont qualitativement diff\u00e9rents mais, quantitativement, tout le monde a un peu de savoir.\u00a0\u00bb (Bensaude\u2011Vincent 2005, 213)\" href=\"#footnote1_4thj9qh\">[1]<\/a>\u00bb\u00a0(208). Dans une m\u00eame perspective, Jean\u2011Fran\u00e7ois Chassay signale que \u00ab\u00a0l\u2019univers des sciences se pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du corps social comme s\u2019il s\u2019en d\u00e9marquait\u00a0\u00bb\u00a0(2003, 164), que \u00ab\u00a0le travail en laboratoire doit avoir lieu \u00e0 l\u2019\u00e9cart des bruit [<em>sic<\/em>] du monde\u00a0\u00bb\u00a0(164). Par ailleurs, il rel\u00e8ve que \u00ab\u00a0la s\u00e9paration de la recherche scientifique et de la soci\u00e9t\u00e9 civile est parfois n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb\u00a0(164), et que \u00ab\u00a0cet \u00e9cart d\u2019avec le commun des mortels tend \u00e0 donner au chercheur un statut particulier, qui a pu varier au fil du temps, mais qui continue \u00e0 en faire un \u00eatre d\u2019exception\u00a0\u00bb\u00a0(164). En effet, le savant se traduit dans l\u2019imaginaire litt\u00e9raire comme \u00ab\u00a0celui que rien ne contient mais dont le cerveau contient la source miraculeuse, qui croit que la Science est en lui et jaillit au-dehors de mani\u00e8re \u00e9piphanique\u00a0\u00bb\u00a0(Pierssens 2005, 196).<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature, le savant fait donc figure de personnage \u00e9nigmatique, marginal et exceptionnel, qui incarne ce discours scientifique si difficilement accessible ou compr\u00e9hensible pour le reste de la soci\u00e9t\u00e9. Le texte litt\u00e9raire ne se contente pas non plus de reproduire ce st\u00e9r\u00e9otype. Bet\u00fcl Dilmac, dans un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les relations entre la physique moderne et le roman contemporain\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise l&rsquo;utilit\u00e9 de faire cohabiter en particulier la physique et la litt\u00e9rature pour \u00ab\u00a0donner expression aux doutes [&#8230;] sur la possibilit\u00e9 de saisir et de repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Dilmac 2014). Les deux disciplines, selon lui, mettent en sc\u00e8ne des limites\u00a0: celles \u00ab\u00a0de la connaissance et du savoir\u00a0\u00bb\u00a0(<em>Idem.<\/em>) pour la premi\u00e8re; celles \u00ab\u00a0du r\u00e9cit\u00a0\u00bb\u00a0(<em>Idem.<\/em>) pour la deuxi\u00e8me. En bref, \u00ab\u00a0la physique moderne constitue parfois le point de d\u00e9part de r\u00e9flexions sur le statut social de la litt\u00e9rature par rapport \u00e0 celui de la science ou bien sur la possibilit\u00e9 d&rsquo;un savoir sp\u00e9cifiquement litt\u00e9raire\u00a0\u00bb\u00a0(<em>Idem.<\/em>). Ainsi, mettre c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te la fiction et la science permet d\u2019\u00e9valuer chacune des disciplines selon des perspectives qui ne cohabitent habituellement pas\u00a0: comment la fiction du texte peut-elle se mesurer \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 objective de la science? La premi\u00e8re peut-elle surmonter la seconde, ou s\u2019agit-il de deux v\u00e9rit\u00e9s distinctes, qui ne peuvent cependant cohabiter?<\/p>\n<p>Dans certains cas, justement, nous constatons que l\u2019effritement, voire la disparition de la figure du savant dans un r\u00e9cit, entra\u00eene la mise en place d\u2019un nouveau discours d\u2019ordre narratif. Deux romans contemporains, notamment, agissent selon cette dynamique\u00a0:\u00a0<em>En cherchant Majorana<\/em>\u00a0(2013) d\u2019\u00c9tienne Klein et\u00a0<em>Le silence<\/em>\u00a0(2013) de Jean-Guy Soumy. Le premier r\u00e9cit met en sc\u00e8ne la vie du physicien sicilien Ettore Majorana, disparu dans la nuit du 26 mars 1938 \u00e0 bord d\u2019un paquebot, \u00e0 travers les recherches d&rsquo;un narrateur participant. Le deuxi\u00e8me raconte l\u2019histoire d\u2019un math\u00e9maticien fictif nomm\u00e9 Alexandre Leroy, alias Abel Rosenman, qui se suicide subitement sans laisser d\u2019explications \u00e0 sa famille. La disparition, voire carr\u00e9ment la mort dans le cas de Leroy\/Rosenman, donne lieu \u00e0 de v\u00e9ritables qu\u00eates de la part des protagonistes\u00a0: \u00e0 l\u2019instar d\u2019enqu\u00eates polici\u00e8res, il s\u2019agit pour les narrateurs de ces deux r\u00e9cits de r\u00e9colter des indices, des fragments de r\u00e9cit ou, \u00e0 tout le moins, des moments sporadiques d\u2019existence qui pourraient expliquer ces soudaines disparitions. Au myst\u00e8re entourant leur existence s\u2019ajoute l\u2019\u00e9nigme de leur mort\u00a0: double pr\u00e9texte pour mener une enqu\u00eate. Dans les deux cas, les recherches vont mener les personnages et le lecteur \u00e0 d\u00e9couvrir de surprenantes v\u00e9rit\u00e9s\u00a0: dans\u00a0<em>En cherchant Majorana<\/em>, la red\u00e9couverte des recherches du physicien \u00e9l\u00e8ve ce dernier au rang des prodiges de la science, au m\u00eame titre que Galil\u00e9e ou Isaac Newton; dans\u00a0<em>Le silence<\/em>, en d\u00e9voilant le v\u00e9ritable g\u00e9nie derri\u00e8re les th\u00e9ories \u00e9labor\u00e9es par Leroy\/Rosenman\u00a0\u2015\u00a0son fr\u00e8re jumeau dont il a cach\u00e9 l\u2019existence \u00e0 sa femme et \u00e0 ses deux enfants\u00a0\u2015, l\u2019enqu\u00eateur d\u00e9masque la fraude intellectuelle et identitaire sur laquelle reposait la carri\u00e8re du math\u00e9maticien.<\/p>\n<p>Notre article propose donc d\u2019analyser comment, \u00e0 la suite d\u2019une disparition, l\u2019enqu\u00eate litt\u00e9raire d\u00e9ploie un nouveau discours autour de la figure du savant et comment, cons\u00e9quemment, ce nouveau discours (1)\u00a0substitue une v\u00e9rit\u00e9 narrative \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 objective de la science, (2)\u00a0confirme le statut marginal du savant, tout en (3)\u00a0conf\u00e9rant une nouvelle existence sociale au scientifique en question. Dans les deux premi\u00e8res parties, les \u0153uvres seront \u00e9tudi\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment pour en extraire la part \u00e9nigmatique propre \u00e0 la figure du savant et voir comment la narration posthume, sous la forme d\u2019une enqu\u00eate, tend \u00e0 d\u00e9voiler cette v\u00e9rit\u00e9 nouvelle que seule peut offrir la narration non scientifique. La derni\u00e8re partie sera consacr\u00e9e \u00e0 une lecture comparatiste des deux \u0153uvres, dans laquelle nous observerons la mani\u00e8re dont les \u00e9v\u00e9nements de la Seconde Guerre mondiale\u00a0\u2015\u00a0qui tapissent les deux trames narratives\u00a0\u2015\u00a0font co\u00efncider la trag\u00e9die singuli\u00e8re du savant avec le traumatisme historique collectif, r\u00e9int\u00e9grant ainsi le scientifique au sein de la soci\u00e9t\u00e9 civile.<\/p>\n<h2>G\u00e9nie de la complexit\u00e9 et complexit\u00e9 du g\u00e9nie\u00a0: Ettore Majorana<\/h2>\n<p>Dans le roman de Klein, un jeune physicien (lui aussi nomm\u00e9 Klein, comme l\u2019auteur<a id=\"footnoteref2_7ehltf3\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette co\u00efncidence nominale entre l'auteur physicien et le narrateur physicien participe aussi, selon nous, \u00e0 l'effacement de la fronti\u00e8re entre discours scientifique et discours litt\u00e9raire.\" href=\"#footnote2_7ehltf3\">[2]<\/a>), nouvellement arriv\u00e9 en stage au CERN de Gen\u00e8ve, raconte l&rsquo;histoire de Majorana, figure scientifique qu&rsquo;il d\u00e9couvre par hasard sur un panneau de nom de rue. Le narrateur explique\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au CERN, toutes les rues portent des noms de physiciens c\u00e9l\u00e8bres (Newton, Maxwell, Rutherford, Einstein, Pauli, Bohr, Fermi, Dirac&#8230;), mais de ce Majorana je n&rsquo;avais jamais entendu parler. Qui \u00e9tait-il? Et pourquoi ce point d&rsquo;interrogation derri\u00e8re l&rsquo;ann\u00e9e de sa mort\u00a0: \u00ab\u00a01906-1938?\u00a0\u00bb?\u00a0(Klein 2013, 29)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 partir de cette question, le protagoniste m\u00e8nera son enqu\u00eate autour de ce personnage inconnu, mais visiblement aussi important que les grands noms de l\u2019histoire scientifique. Cependant, plus tard, Klein constate que la rue Majorana n&rsquo;existe plus\u00a0: \u00ab\u00a0R\u00e9cemment, j&rsquo;ai voulu entreprendre une sorte de p\u00e8lerinage\u00a0: revoir la rue qui porte son nom. Je ne l&rsquo;ai pas retrouv\u00e9e, ni en parcourant les all\u00e9es dans tous les sens ni en consultant le plan du site.\u00a0\u00bb\u00a0(30) Alors qu&rsquo;il avait quelque peu disparu des radars des manuels de physique, Majorana entre dans la vie du narrateur de fa\u00e7on presque \u00e9piphanique\u00a0\u2015\u00a0pour reprendre l&rsquo;expression de Pierssens\u00a0\u2015, une sorte d&rsquo;hallucination divine, laquelle va fa\u00e7onner l&rsquo;image d&rsquo;un scientifique exceptionnel, \u00ab\u00a0une singularit\u00e9 pure\u00a0\u00bb\u00a0(12), \u00ab\u00a0proph\u00e9tique \u00e0 ses heures\u00a0\u00bb\u00a0(13), \u00ab\u00a0insaisissable\u00a0\u00bb\u00a0(13), tr\u00e8s peu compris de son temps, soit la figure type qu\u2019\u00e9voque Chassay (2003).<\/p>\n<p>De ce fait, Majorana devient pour Klein une rencontre spirituelle, une \u00ab\u00a0pr\u00e9sence fantomale\u00a0\u00bb\u00a0(30), qui p\u00e8se sur le r\u00e9cit lui-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0Ettore Majorana m&rsquo;est \u00ab\u00a0tomb\u00e9 dessus\u00a0\u00bb lorsque je commen\u00e7ais mes \u00e9tudes de physique.\u00a0\u00bb\u00a0(12) Intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Miracle \u00e0 l\u2019italienne\u00a0\u00bb\u00a0(11), le prologue annonce de la m\u00eame mani\u00e8re le retour de l&rsquo;enfant prodige dans l&rsquo;Histoire, une sorte de r\u00e9surrection sugg\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;expression \u00ab\u00a0Alceste g\u00e9nial\u00a0\u00bb\u00a0(30). Rappelons qu&rsquo;Alceste fait r\u00e9f\u00e9rence notamment au protagoniste de la pi\u00e8ce\u00a0<em>Le Misanthrope<\/em>, de Moli\u00e8re. Profond\u00e9ment incompris, il se caract\u00e9rise, tout comme Majorana, par sa rigueur\u00a0: morale dans son cas, scientifique dans celui du Sicilien. Cet av\u00e8nement de l&rsquo;exceptionnel, caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;adjectif \u00ab\u00a0g\u00e9nial\u00a0\u00bb, concorde avec des moments particuliers de l&rsquo;histoire des sciences, ce qui permet au narrateur d&rsquo;\u00e9tablir une sorte de hi\u00e9rarchie des g\u00e9nies. En effet, parmi les nombreux savants dont les recherches ont chang\u00e9 le cours des avanc\u00e9es scientifiques, il y a de ceux qui surplombent cette derni\u00e8re cat\u00e9gorie, qui sont des inclassables au sein des inclassables\u00a0: \u00ab\u00a0Cet authentique g\u00e9nie, de la trempe de Galil\u00e9e et de Newton, avait \u00ab\u00a0des dons qu&rsquo;il \u00e9tait le seul au monde \u00e0 poss\u00e9der \u00e0 son \u00e9poque\u00a0\u00bb, disait de lui le Prix Nobel de physique Enrico Fermi, qui l&rsquo;a bien connu.\u00a0\u00bb\u00a0(13)<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de comparer le savant \u00e0 un g\u00e9nie d&rsquo;une grande exceptionnalit\u00e9, voire de lui accorder des rapprochements avec la figure divine et avec des personnages mythiques, rel\u00e8ve de l\u2019analogie discursive, pour reprendre les termes de Michel De\u00a0Coster dans son ouvrage\u00a0<em>L&rsquo;analogie en sciences humaines<\/em>. Celle-ci a trois utilit\u00e9s\u00a0: d&rsquo;abord, \u00ab\u00a0pallier la pauvret\u00e9 du vocabulaire\u00a0\u2015\u00a0r\u00e9elle ou imaginaire\u00a0\u2015\u00a0par un emprunt conceptuel \u00e0 un autre domaine de la connaissance\u00a0\u00bb\u00a0(1978, 23); puis, \u00ab\u00a0avoir [&#8230;] une orientation didactique pour expliquer dans des termes familiers un discours \u00e9sot\u00e9rique\u00a0\u00bb\u00a0(23); enfin, \u00ab\u00a0traduire un objectif d&rsquo;ordre \u00e9motionnel ou la recherche d&rsquo;un effet de rh\u00e9torique en donnant plus de brillant et de couleur au discours par le charme des associations piquantes\u00a0\u00bb\u00a0(24). Ainsi, pour comprendre le ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;\u00e9tait lui\u2011m\u00eame Majorana dans un domaine que tr\u00e8s peu de gens connaissent ou ma\u00eetrisent, c&rsquo;est le champ s\u00e9mantique d&rsquo;autres discours qui vient combler le manque r\u00e9f\u00e9rentiel.<\/p>\n<p>Cette sup\u00e9riorit\u00e9 intellectuelle vient aussi avec une certaine contrepartie\u00a0: \u00ab\u00a0Majorana ne savait pas vivre parmi les hommes, et c&rsquo;est la pente pessimiste et tourment\u00e9e de son \u00e2me qui finit par l&#8217;emporter.\u00a0\u00bb (Klein 2013, 13) M\u00eame l&rsquo;entourage scientifique du physicien ne semble pas comprendre ni le comportement de Majorana ni ses th\u00e9ories. En ce sens, il rejoint sur ce point l&rsquo;Alceste de la pi\u00e8ce\u00a0<em>Le Misanthrope<\/em>. Loin de vouloir la gloire ou la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9, Majorana est d\u00e9crit par le narrateur comme un chercheur \u00e0 qui r\u00e9pugnait l&rsquo;id\u00e9e de publier ses travaux\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 ses yeux, la seule chose importante et digne, c&rsquo;est savoir faire (<em>sic)<\/em>. Faire savoir, quelle vulgarit\u00e9!\u00a0\u00bb\u00a0(71) Le fictif professeur Klein donne en exemple la parution d&rsquo;un article de Werner Heisenberg en 1932 dans lequel la th\u00e9orie expos\u00e9e avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 formul\u00e9e par le physicien sicilien\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Comment Majorana-t-il pu laisser dormir au fond d&rsquo;un tiroir la th\u00e9orie du noyau qu&rsquo;il a \u00e9labor\u00e9e avant l&rsquo;un des plus grands th\u00e9oriciens du moment? L&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 se contente de sourire et se dit m\u00eame soulag\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0C&rsquo;est bon maintenant, Heisenberg a tout fait&#8230;\u00a0\u00bb Au moins, on ne le pressera plus de publier.\u00a0(93)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce d\u00e9tachement de Majorana pour l&rsquo;attrait de la propri\u00e9t\u00e9 intellectuelle ne le distingue donc pas seulement de la soci\u00e9t\u00e9 civile, mais \u00e9galement de ses coll\u00e8gues. Ses travaux sont par ailleurs trop visionnaires pour la communaut\u00e9 scientifique. Le narrateur souligne que,<\/p>\n<blockquote>\n<p>comme \u00e0 son habitude, Majorana se montre trop en avance sur son temps. Ses id\u00e9es sont si r\u00e9volutionnaires que personne ne peut vraiment les comprendre dans le contexte des ann\u00e9es 1930, d&rsquo;autant qu&rsquo;elles sont pr\u00e9sent\u00e9es avec un formalisme math\u00e9matique parfaitement original, qui s&rsquo;appuie sur des sym\u00e9tries abstraites que les physiciens n&rsquo;ont pas encore l&rsquo;habitude d&rsquo;utiliser.\u00a0(128)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plus de vingt ans apr\u00e8s la disparition du jeune homme, le professeur Klein remarque que les th\u00e9ories de Majorana reviennent en force dans la physique. Il les \u00e9num\u00e8re toutes, montrant l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que peut enfin susciter ce g\u00e9nie et justifiant de ce fait le sous\u2011titre du roman\u00a0<em>Le physicien absolu<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>forces de Majorana, transition de Majorana, \u00e9quation de Majorana, champ de Majorana, transformation de Majorana, alg\u00e8bre de Majorana, neutrino de Majorana, fermions de Majorana, sph\u00e8re de Majorana&#8230; On pourrait parler d&rsquo;une \u00ab\u00a0majorisation\u00a0\u00bb progressive de la physique.\u00a0(81)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Bien des hypoth\u00e8ses postul\u00e9es par Majorana persistent cependant \u00e0 soulever des questionnements dans le monde de la physique contemporaine. La figure du savant reste vague, incompl\u00e8te, avant\u2011gardiste. Dans un m\u00eame temps, la m\u00e9compr\u00e9hension des th\u00e9ories du physicien sicilien sert les comparaisons m\u00e9taphoriques, lesquelles construisent aussi la figure du savant\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>J&rsquo;en suis arriv\u00e9 \u00e0 penser que tout s&rsquo;est pass\u00e9 comme si Majorana s&rsquo;\u00e9tait annihil\u00e9 de lui\u2011m\u00eame, auto\u2011annihil\u00e9 en quelque sorte, comme s&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 sa propre antiparticule, comme s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait appliqu\u00e9 \u00e0 lui\u2011m\u00eame sa th\u00e9orie sur l&rsquo;antimati\u00e8re. Bref, comme s&rsquo;il \u00e9tait devenu un vrai neutrino \u00ab\u00a0de Majorana\u00a0\u00bb! Apr\u00e8s tout, lui aussi avait la propri\u00e9t\u00e9 de se propager dans le monde avec une absolue discr\u00e9tion, tel un ange. Il portait en lui\u2011m\u00eame sa propre n\u00e9gativit\u00e9, une sorte de mine antipersonnel [<em>sic<\/em>] personnelle capable de le d\u00e9truire et avec laquelle il \u00e9tait oblig\u00e9 de cohabiter sans tr\u00eave. Et son \u00eatre \u00e9tait constitu\u00e9 d&rsquo;une mati\u00e8re sombre, presque noire.\u00a0(168)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019existence de Majorana se fond et se confond avec celle de ses th\u00e9ories et de son savoir, le myst\u00e8re de l\u2019une se m\u00ealant \u00e0 l\u2019autre, et vice versa. Dans \u00ab\u00a0La figure et l&rsquo;argument\u00a0\u00bb, Olivier Reboul identifie quatre figures qui participent \u00e0 une certaine forme de rh\u00e9torique\u00a0: les figures de mots, de sens, de construction et de pens\u00e9e. Elles constituent de v\u00e9ritables arguments au discours; elles sont donc l\u00e0 pour convaincre. L&rsquo;analogie discursive qui sous\u2011tend la description du scientifique Majorana \u00e0 travers ses th\u00e9ories s&rsquo;assimile \u00e0 une figure de sens, laquelle \u00ab\u00a0tient dans l&rsquo;entre\u2011deux, dans cette tension entre le myst\u00e8re de l&rsquo;\u00e9nigme et la familiarit\u00e9 du clich\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Reboul 1986, 178). Reboul souligne que \u00ab\u00a0[la] force persuasive [de la figure de sens] est seulement celle de la d\u00e9nomination, avec ce qu&rsquo;elle comporte de r\u00e9ducteur\u00a0\u00bb\u00a0(178). Majorana \u00e9tait un g\u00e9nie, clame le narrateur des d\u00e9cennies apr\u00e8s la disparition myst\u00e9rieuse du savant. Tout le r\u00e9cit tente de convaincre le lecteur de cette pr\u00e9misse, comblant ainsi le silence qui entoure non seulement l&rsquo;existence du physicien sicilien, mais aussi celle de ses th\u00e9ories.<\/p>\n<p>L\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par le narrateur agit donc de deux mani\u00e8res. D\u2019abord, elle confirme les traits de la figure du savant chez Majorana\u00a0: un \u00eatre reclus, \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde et au savoir quasi\u2011miraculeux et absolu. Mais en m\u00eame temps, d\u2019oubli\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait, le physicien retrouve aussi, gr\u00e2ce \u00e0 la narration, une histoire et une place au sein des Hommes. Si, dans\u00a0<em>En cherchant Majorana<\/em>, la disparition du savant laisse \u00e0 la litt\u00e9rature le travail de restituer la v\u00e9rit\u00e9 sur un prodige tomb\u00e9 dans l\u2019oubli, elle permet en plus de d\u00e9masquer le mensonge dans\u00a0<em>Le silence<\/em>.<\/p>\n<h2>G\u00e9mellit\u00e9 et g\u00e9nie\u00a0: les deux faces d&rsquo;une seule m\u00e9daille<\/h2>\n<p>En effet, dans ce roman\u2011ci, la protagoniste Jessica, professeure de litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e dans l&rsquo;\u0153uvre du po\u00e8te Armand Robin, perd son mari math\u00e9maticien Alexandre Leroy, \u00ab\u00a0exceptionnellement dou\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(Soumy 2013, 27), lequel, selon les autorit\u00e9s, s&rsquo;est donn\u00e9 la mort dans une \u00ab\u00a0chambre minable\u00a0\u00bb\u00a0(20) d&rsquo;un motel quelconque de Chicago\u00a0: \u00ab\u00a0La chambre aux rideaux d\u00e9lav\u00e9s par le soleil sentait le moisi. La moquette gondolait. Des taches d&rsquo;humidit\u00e9 souillaient le faux plafond.\u00a0\u00bb\u00a0(20) Seulement voil\u00e0, il ne laisse aucune explication, aucune trace d&rsquo;un mal\u2011\u00eatre qui l&rsquo;aurait habit\u00e9. Jessica, \u00ab\u00a0pendant des jours et des nuits, [s&rsquo;est] interrog\u00e9e. En vain\u00a0\u00bb\u00a0(24). Pourtant, Jessica avait conscience que les math\u00e9matiques la s\u00e9paraient de son mari\u00a0: \u00ab\u00a0Je [Jessica] savais que tu aimais \u00eatre seul,\u00a0<em>pour r\u00e9fl\u00e9chir<\/em>, comme tu disais en souriant.\u00a0\u00bb\u00a0(18. L&rsquo;auteur souligne) Il est vrai que Leroy s&rsquo;ins\u00e9rait parfaitement dans ce milieu solitaire que sont les math\u00e9matiques de niveau universitaire, coup\u00e9 du reste de la soci\u00e9t\u00e9. D\u2019ailleurs, lors de l&rsquo;enterrement, la scission entre scientifiques et non\u2011scientifiques est claire\u00a0: \u00ab\u00a0Et cette concentration de math\u00e9maticiens, o\u00f9 bien peu de femmes ont pris place, donne \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie un ton si \u00e9trange que m\u00eame les employ\u00e9s de Bradley Funeral Home, peu enclins \u00e0 s&rsquo;\u00e9tonner, le remarquent.\u00a0\u00bb\u00a0(17)<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019instar de son suicide, l\u2019existence du math\u00e9maticien en apparence simple prend, apr\u00e8s sa mort, la forme d\u2019une \u00e9nigme. Comme va l&rsquo;apprendre \u00e0 ses d\u00e9pens la protagoniste, Leroy n&rsquo;est pas ce qu&rsquo;il a pr\u00e9tendu \u00eatre. La disparition de Leroy r\u00e9aligne des perspectives historiques insoup\u00e7onn\u00e9es jusque-l\u00e0 pour la famille. En faisant le m\u00e9nage des affaires de son mari, Jessica d\u00e9couvre, dans un endroit insolite, des fragments de po\u00e8me d&rsquo;Armand Robin. Ces trouvailles vont se r\u00e9p\u00e9ter tout au long de la premi\u00e8re partie du roman intitul\u00e9e justement \u00ab\u00a0Les cailloux blancs\u00a0\u00bb\u00a0(13), lesquels \u00e9voquent sans grande ambigu\u00eft\u00e9 les tentatives du Petit Poucet pour recouvrer son chemin. \u00c0 chaque vers d\u00e9nich\u00e9 correspond une parcelle de vie de Leroy que Jessica ne connaissait pas. C&rsquo;est un v\u00e9ritable discours du\/en fragment(s). Au terme de son enqu\u00eate en sol \u00e9tatsunien, la protagoniste saura d\u00e9sormais que le math\u00e9maticien fran\u00e7ais Alexandre Leroy s&rsquo;appelait plut\u00f4t Abel Rosenman, qu&rsquo;il \u00e9tait juif, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 rescap\u00e9 de l&rsquo;Holocauste\u00a0\u2015\u00a0ayant \u00e9t\u00e9 cach\u00e9 par une famille fran\u00e7aise apr\u00e8s avoir vu ses parents arr\u00eat\u00e9s par la Gestapo\u00a0\u2015, qu&rsquo;il avait un fr\u00e8re jumeau et que ce dernier est en fait l&rsquo;instigateur de toutes les th\u00e9ories qui ont rendu Leroy\/Rosenman c\u00e9l\u00e8bre. Cette ambigu\u00eft\u00e9 identitaire nouvellement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e se refl\u00e8te de deux fa\u00e7ons dans la narration, qui fait intervenir l&rsquo;omniscience par la troisi\u00e8me personne du singulier tout autant que la participation \u00e0 la premi\u00e8re personne du singulier, comme s&rsquo;il n\u2019\u00e9tait possible d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 que partiellement. La narration est \u00e0 double facette, tout comme le math\u00e9maticien.<\/p>\n<p>Le suicide est donc n\u00e9cessaire du fait qu&rsquo;il permet l&rsquo;enqu\u00eate, seule forme de v\u00e9rit\u00e9 parmi les nombreux mensonges de Leroy\/Rosenman. Michel Th\u00e9voz, dans\u00a0<em>L&rsquo;esth\u00e9tique du suicide<\/em>, explique qu&rsquo;\u00ab\u00a0il n&rsquo;y a pas de pr\u00e9sence sans repr\u00e9sentation, l&rsquo;objet doit dispara\u00eetre pour qu&rsquo;on le nomme, le symbole institue une mort qui n&rsquo;est pas un n\u00e9ant mais la promotion \u00e0 une vie non physique\u00a0\u00bb\u00a0(Th\u00e9voz 2003, 9). En bref, la v\u00e9rit\u00e9 sur le math\u00e9maticien ne ressort qu&rsquo;en son absence et, en r\u00e9alit\u00e9, ne peut que ressortir par sa disparition sachant le poids historique qui fa\u00e7onne le pass\u00e9 du math\u00e9maticien\u00a0: la mort de Leroy m\u00e8ne \u00e0 la d\u00e9couverte de Rosenman.<\/p>\n<p>Il se produit une forme de renaissance symbolique similaire dans\u00a0<em>En cherchant Majorana<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Ettore Majorana&#8230; Ce nom sonne d&rsquo;abord comme le surgissement d&rsquo;une absence. Car cet homme\u2011l\u00e0 a fini par s&rsquo;essentialiser dans sa disparition, qu&rsquo;il a orchestr\u00e9e d&rsquo;une fa\u00e7on telle qu&rsquo;elle a \u00e9clips\u00e9 son existence.\u00a0\u00bb\u00a0(Klein 2013, 151) Dans les romans \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude, ce qu&rsquo;il reste des savants apr\u00e8s leur disparition\/suicide, c&rsquo;est leur absence elle\u2011m\u00eame. L&rsquo;enqu\u00eate des personnages principaux vient donc fa\u00e7onner une image, une histoire qui prend la place du vide laiss\u00e9 par Majorana et Leroy\/Rosenman. C&rsquo;est dans le silence de leur absence qu&rsquo;ils \u00ab\u00a0revivent\u00a0\u00bb, en quelque sorte, \u00e0 travers la parole\u00a0<em>a posteriori\u00a0<\/em>d\u2019un narrateur\u2011enqu\u00eateur.<\/p>\n<p>L&rsquo;apparition de Samuel, le fr\u00e8re jumeau d&rsquo;Alexandre\/Abel, d\u00e9voile alors que le g\u00e9nie du mari de Jessica n&rsquo;est qu&rsquo;une fa\u00e7ade. Comme l&rsquo;explique le premier fils d&rsquo;Alexandre, Phil, Samuel est l&rsquo;origine de toutes les th\u00e9ories de son p\u00e8re. D\u00e8s le moment o\u00f9 leur collaboration secr\u00e8te prend fin \u00e0 cause d&rsquo;une dispute en 1976, la source est tarie\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Les archives s&rsquo;interrompent justement cette ann\u00e9e. Je fais l&rsquo;hypoth\u00e8se que Samuel ne lui a plus rien envoy\u00e9 \u00e0 partir de cette date. Papa s&rsquo;est content\u00e9 d&rsquo;apporter des retouches \u00e0 l&rsquo;existant. De tapisser les pi\u00e8ces d&rsquo;une maison que l&rsquo;autre avait construite.\u00a0(Soumy 2013, 128)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Phil, qui est aussi dans le milieu des math\u00e9matiques, comprend rapidement que la famille Leroy ne peut \u00e9bruiter cette affaire. Il dit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je passe sur mon cr\u00e9dit dans la communaut\u00e9 scientifique. [&#8230;] Chaque fois que je publierai, on pensera que j&rsquo;ai ressorti un reliquat d&rsquo;un envoi de tonton Samuel. [&#8230;] Et mes enfants? S&rsquo;il leur prenait envie d&#8217;embrasser une carri\u00e8re universitaire, ce serait impossible. Leur nom serait attach\u00e9 \u00e0 cette incroyable fraude intellectuelle.\u00a0(135)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u00e9gitimement, Jessica se pose alors cette question\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi Samuel n&rsquo;a\u2011t\u2011il jamais revendiqu\u00e9 la gloire que tu as tir\u00e9e de son travail?\u00a0\u00bb\u00a0(129) La fin du r\u00e9cit y r\u00e9pond et fa\u00e7onne une fois de plus la figure type d\u2019un g\u00e9nie tel que d\u00e9fini par Chassay\u00a0(2003) et Pierssens\u00a0(2005), d\u00e8s que la narration tombe dans la description de Samuel. Jessica rencontre un \u00eatre solitaire, qui vit dans les hautes montagnes fran\u00e7aises avec son chien\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Avant tout, Samuel est un marginal. Le peu que j\u2019ai lu de la biographie d\u2019\u00c9variste Galois, auquel Phil l\u2019a compar\u00e9 un jour, dit la m\u00eame chose de ce g\u00e9nie mort \u00e0 vingt ans. La marginalit\u00e9 est leur marque. Ils poss\u00e8dent le\u00a0<em>don de solitude<\/em>. Un don cultiv\u00e9, prot\u00e9g\u00e9.\u00a0(199. L\u2019auteur souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tout comme Majorana, Samuel s&rsquo;adapte difficilement au monde. Nous pouvons m\u00eame postuler qu&rsquo;il semble, de prime abord, vivre dans une sorte de hors\u2011monde, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de tout. Il exhibe une sorte de d\u00e9tachement face \u00e0 ses propres comp\u00e9tences. Il semble \u00e0 nouveau qu&rsquo;il y ait usage de l&rsquo;analogie discursive, ce qui nous permet de postuler des ressemblances entre Majorana et Samuel. De\u00a0Coster exprime que \u00ab\u00a0le rapprochement analogique s&rsquo;effectue sur la base d&rsquo;un escamotage de la r\u00e9alit\u00e9, en ne poussant pas la logique de la similitude au\u2011del\u00e0 de certains traits, particuli\u00e8rement mis en \u00e9vidence pour les besoins de la cause\u00a0\u00bb (1978, 24). Il poursuit en pr\u00e9cisant que \u00ab\u00a0l&rsquo;analogie discursive s\u00e9lectionne ces traits, non en raison de leur aptitude \u00e0 caract\u00e9riser correctement la chose, mais parce qu&rsquo;ils se trouvent correspondre \u00e0 d&rsquo;autres traits du ph\u00e9nom\u00e8ne compar\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(24). Non seulement les deux figures de savant sont semblables dans leur marginalit\u00e9, mais aussi dans leur pratique des sciences. En soi, les math\u00e9matiques se vivent comme un passe\u2011temps, en dehors du brouhaha insistant des institutions, qu&rsquo;elles soient universitaires ou \u00e9conomiques\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C&rsquo;est la mani\u00e8re dont il a \u00e9t\u00e9 enseign\u00e9 par la suite, son immersion dans la soci\u00e9t\u00e9 des math\u00e9maticiens, la contrainte de la productivit\u00e9 intellectuelle que cela implique, qui ont fait diverger nos voies. Moi, d\u00e8s le d\u00e9part, j&rsquo;ai v\u00e9cu mon activit\u00e9 autrement. Dans la solitude. J&rsquo;ai cultiv\u00e9 le don de solitude. C&rsquo;est cela qui a fait la diff\u00e9rence. Je peux vous assurer qu&rsquo;Abel \u00e9tait tr\u00e8s fort. Bien meilleur calculateur que moi. Un virtuose. Je l&rsquo;admirais pour la rapidit\u00e9 avec laquelle il apprenait. Moi, je suis lent&#8230; Il me faut du temps.\u00a0(Soumy 2013, 182)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Samuel est donc aux antipodes de ce qu&rsquo;attend le syst\u00e8me productiviste qui s&rsquo;est empar\u00e9 des universit\u00e9s. Max Weber, dans\u00a0<em>Le savant et le politique<\/em>, d\u00e9crit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 son \u00e9poque un milieu scientifique \u00e0 la botte d\u00e9sormais du grand capital\u00a0: \u00ab\u00a0Les grands instituts de science et de m\u00e9decine sont devenus des entreprises [&#8230;]. Il n&rsquo;est plus possible de les g\u00e9rer sans le secours de moyens consid\u00e9rables.\u00a0\u00bb\u00a0(1959, 56)\u00a0<em>Le silence<\/em>, tout comme le roman de Klein, fait une distinction dichotomique du savant. Il y a de ceux qui se soumettent aux imp\u00e9ratifs \u00e9litistes et d&rsquo;autres qui s&rsquo;y opposent. Les jumeaux Rosenman fa\u00e7onnent les deux c\u00f4t\u00e9s d&rsquo;une m\u00eame m\u00e9daille.<\/p>\n<h2>Savants et Histoire, ou de l\u2019ambig\u00fcit\u00e9 identitaire<\/h2>\n<p>Ce qui semble sous\u2011tendre la (d\u00e9)construction de la figure du g\u00e9nie d\u00e9peinte dans le corpus \u00e0 l\u2019\u00e9tude, ce n\u2019est pas seulement le d\u00e9mant\u00e8lement du discours scientifique, mais aussi certains \u00e9v\u00e9nements historiques. En effet, que ce soit autour de la disparition de Majorana ou derri\u00e8re l\u2019origine du math\u00e9maticien fictif Alexandre\/Abel, il s\u2019agit toujours de constater que la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale tapisse en toile de fond la vie des savants et finit par les perdre. En soi, elle justifie l\u2019acte de ceux\u2011ci comme une oppression dont ils ne peuvent se d\u00e9partir. La tournure tragique que prend le conflit de 1939\u20111945 en Europe co\u00efncide avec la brutalit\u00e9 des destins des deux scientifiques. Dans le roman de Klein, c\u2019est l\u2019av\u00e8nement du d\u00e9balancement politique de la fin des ann\u00e9es 1930 dans toute l\u2019Europe qui pourrait notamment expliquer la disparition soudaine du physicien sicilien\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le suicide de l\u2019Europe est imminent et Majorana en sait d\u00e9j\u00e0 quelque chose\u00a0: il a grandi durant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, cette \u00ab\u00a0mar\u00e9e de sang\u00a0\u00bb dont parlait Yeats, cette installation de l\u2019enfer juste au\u2011dessus du sol. Il n\u2019ignore pas les correspondances entre la matrice des civilisations avanc\u00e9es et la fabrique de l\u2019inhumain. Il n\u2019ignore pas que les sciences de la nature, les pr\u00e9occupations intellectuelles, l\u2019art, de nombreuses formes d\u2019\u00e9rudition peuvent, dans le temps aussi bien que dans l\u2019espace, fleurir tr\u00e8s pr\u00e8s des lieux de massacre. (Klein 2013, 154)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, les travaux de Leonardo Sciascia<a id=\"footnoteref3_egfhx87\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir Leonardo Sciascia,\u00a0La disparition de Majorana, trad. Mario Fusco, Paris, Garnier-Flammarion, 1984; r\u00e9\u00e9d.\u00a0Paris, Allia, 2012. Ouvrage cit\u00e9 par le narrateur. Il se retrouve dans la bibliographie \u00e0 la fin du roman\u00a0En cherchant Majorana\u00a0(2013, 201).\" href=\"#footnote3_egfhx87\">[3]<\/a>, auxquels se r\u00e9f\u00e8re le narrateur, vont jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9mettre la possibilit\u00e9 que la disparition de Majorana soit due au fait qu\u2019il ait \u00ab\u00a0entrevu la fission de l&rsquo;uranium et ses applications militaires, et que cette perspective l&rsquo;a[it] tourment\u00e9 au point de fissurer sa conscience\u00a0\u00bb\u00a0(191). \u00ab\u00a0Pourtant, cette lecture ne r\u00e9siste pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de l&rsquo;histoire des sciences ni de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb\u00a0(191), avance le protagoniste Klein. Le doute plane, mais pas seulement sur la disparition du savant\u00a0: selon le narrateur, \u00ab\u00a0parce qu\u2019il envisage Hitler comme un personnage grotesque, donc \u00e9ph\u00e9m\u00e8re, une sorte de Mussolini au petit pied, Majorana ne semble pas prendre conscience du d\u00e9sastre intellectuel et moral que repr\u00e9sente le nazisme\u00a0\u00bb\u00a0(104). Son premier d\u00e9tachement face \u00e0 la politique s\u2019assimile plut\u00f4t \u00e0 une position ambig\u00fce alors qu\u2019\u00ab\u00a0il adresse \u00e0 Emilio Segr\u00e8 [dont la m\u00e8re sera d\u00e9port\u00e9e] une lettre provocatrice dans laquelle il rend les juifs responsables de leurs d\u00e9boires, qu\u2019il juge du reste surestim\u00e9s\u00a0\u00bb\u00a0(108). De plus, m\u00eame s&rsquo;il se voue uniquement \u00e0 la physique\u00a0\u2015\u00a0et \u00e0 d\u2019autres disciplines connexes\u00a0\u2015, Majorana participe \u00e0 des projets scientifiques de l\u2019\u00c9tat italien fasciste. Pour reprendre les propos du narrateur, \u00ab\u00a0reste que le malaise est l\u00e0, et bien l\u00e0, impossible \u00e0 dissiper\u00a0\u00bb\u00a0(109). Ainsi, la cause de la disparition du physicien sicilien est aussi complexe que le personnage lui\u2011m\u00eame. En ce sens, le narrateur tente de rapprocher plusieurs hypoth\u00e8ses entre elles, de les faire dialoguer les unes avec les autres, lesquelles convergent toutes \u00e0 cette imminence de la guerre ressentie \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour le roman\u00a0<em>Le silence\u00a0<\/em>dans lequel le lecteur comprend au fil de l\u2019enqu\u00eate que la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale, et particuli\u00e8rement l\u2019Holocauste, ont constitu\u00e9 une part importante de l\u2019identit\u00e9 de Leroy\/Rosenman. Le conflit 1939\u20111945 rend la figure du savant ambigu\u00eb. Jessica apprend notamment pourquoi leur querelle en 1976 a s\u00e9par\u00e9 les deux fr\u00e8res. En effet, alors que Marie, la femme du couple qui a cach\u00e9 les jeunes Rosenman durant la guerre, meurt cette ann\u00e9e\u2011l\u00e0, Alexandre\/Abel n&rsquo;est pas l\u00e0. Il est rest\u00e9 aux \u00c9tats-Unis, poursuivant sa petite vie aupr\u00e8s de sa famille, ou \u00e0 tout le moins une partie de celle-ci. Samuel pr\u00e9cise que<\/p>\n<blockquote>\n<p>ce qui, au d\u00e9but, \u00e9tait une simple dissimulation pour survivre dans un apr\u00e8s\u2011guerre chaotique devait s&rsquo;achever. Il [Alexandre] lui fallait abaisser le masque. Affronter son identit\u00e9. Assumer la disparition de ses parents, l&rsquo;existence des camps, l&rsquo;histoire de la famille venue des marches de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est. [&#8230;] La traque qu&rsquo;ont subie nos parents sur trois fronts\u00a0: sans\u2011papiers, Juifs et communistes. Tout ce qui fait qu&rsquo;Alexandre \u00e9tait aussi Abel.\u00a0(210)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D&rsquo;ailleurs, le roman s&rsquo;ouvre sur un prologue qui relate la rencontre d&rsquo;un jeune gar\u00e7on, dont l&rsquo;identit\u00e9 pourrait aussi bien \u00eatre celle d&rsquo;Alexandre ou d&rsquo;Abel, lisant un livre de math\u00e9matiques trop compliqu\u00e9 pour les enfants de son \u00e2ge et d&rsquo;un soldat am\u00e9ricain. Le deuxi\u00e8me donne au premier son nom et son adresse afin que celui\u2011ci le rejoigne apr\u00e8s la guerre pour entamer une belle carri\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0\u2015\u00a0N&rsquo;oublie pas! Nous t&rsquo;attendons, l\u00e0\u2011bas. L&rsquo;Am\u00e9rique a besoin de toi. Tes parents seront fiers.\u00a0\u00bb\u00a0(12) Cet enfant, c&rsquo;\u00e9tait Samuel. Seulement, il n&rsquo;avait pas envie de quitter sa famille adoptive, et c&rsquo;est Abel\u00a0\u2015\u00a0devenu d\u00e9finitivement Alexandre\u00a0\u2015\u00a0qui y est all\u00e9, enjou\u00e9 par cette promesse de quelque chose de nouveau et surtout de rendre fiers des parents extermin\u00e9s dans les camps de la mort, disparus sans laisser de traces. Par cons\u00e9quent, ce qui a tu\u00e9 le math\u00e9maticien fictif, c&rsquo;est la coupure d\u00e9finitive avec son fr\u00e8re. Il ne restait plus que cet appartement qu&rsquo;il avait lou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;insu de Jessica, tapiss\u00e9 de photos et de souvenirs, un v\u00e9ritable mausol\u00e9e.<\/p>\n<p>Si elle repense le discours scientifique en mettant \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve sa n\u00e9cessit\u00e9 m\u00e9thodologique d&#8217;empirisme, la litt\u00e9rature permet aussi de prendre \u00e0 revers ces moments historiques o\u00f9 les r\u00e9cits dominants cachent en grande partie les r\u00e9alit\u00e9s des domin\u00e9s. Nous irons plus loin dans nos propos en pr\u00e9cisant que le discours scientifique ne propose aucune solution aux mod\u00e8les s\u00e9lectifs retenus par l&rsquo;historiographie. La propagande cr\u00e9e toujours plus de mensonges alors que la fiction tente de r\u00e9tablir ce que la premi\u00e8re a omis volontairement. C&rsquo;est ce qu&rsquo;explique Mario Vargas Llosa dans \u00ab\u00a0La V\u00e9rit\u00e9 par le mensonge\u00a0\u00bb quand il diff\u00e9rencie les soci\u00e9t\u00e9s ouvertes, soit les syst\u00e8mes politiques d\u00e9mocratiques, et ferm\u00e9es, soit les \u00c9tats autoritaires. Il pr\u00e9cise qu&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 ouverte\u00a0d\u00e9limite clairement les fronti\u00e8res entre fiction et histoire, car \u00ab\u00a0les deux activit\u00e9s coexistent, ind\u00e9pendantes et souveraines, quoique se compl\u00e9tant dans le dessein utopique d&#8217;embrasser toute la vie\u00a0\u00bb\u00a0(Vargas Llosa 2006, 20). Au contraire, les soci\u00e9t\u00e9s ferm\u00e9es permettent une porosit\u00e9 outranci\u00e8re entre la fiction et l&rsquo;histoire. Vargas Llosa signale \u00e0 ce sujet que \u00ab\u00a0les romans, en d\u00e9pit de leurs mensonges au regard de l&rsquo;histoire, [&#8230;] communiquent des v\u00e9rit\u00e9s fugitives, \u00e9vanescentes, qui \u00e9chappent toujours aux descripteurs scientifiques de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(20). En ce sens, l&rsquo;analyse des romans\u00a0<em>En cherchant Majorana\u00a0<\/em>et\u00a0<em>Le silence\u00a0<\/em>souligne que, derri\u00e8re le discours historique qui fa\u00e7onne la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et derri\u00e8re le discours scientifique, se cachent d&rsquo;autres v\u00e9rit\u00e9s, des situations plus complexes, plus individuelles surtout. L&rsquo;aspect historique qui sous\u2011tend les trames narratives du corpus \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude montre que la figure du savant se construit dans le monde, le suicide ou la disparition volontaire n&rsquo;y r\u00e9affirmant que plus profond\u00e9ment son inscription. Le contexte de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale soutient ainsi l&rsquo;hypoth\u00e8se que, tout en vivant en retrait, les savants demeurent dans la soci\u00e9t\u00e9 quoi qu&rsquo;il advienne.<\/p>\n<p align=\"center\">*<\/p>\n<p>En conclusion, l&rsquo;analyse compar\u00e9e des \u0153uvres\u00a0<em>En cherchant Majorana\u00a0<\/em>et\u00a0<em>Le silence\u00a0<\/em>a permis de faire ressortir l&rsquo;importance symbolique que prend la figure du savant dans l&rsquo;imaginaire litt\u00e9raire. \u00c0 travers les th\u00e8mes de la disparition et du suicide, nous avons mis au jour que le scientifique se construit, et parfois se d\u00e9construit, gr\u00e2ce au r\u00e9cit des protagonistes qui essaient de comprendre son geste autodestructeur. En ce sens, quand il est absent, le savant revient en force \u00e0 la vie de mani\u00e8re symbolique. Nous n&rsquo;avons donc acc\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 des repr\u00e9sentations, notamment par le biais d&rsquo;analogies discursives, lesquelles font le parall\u00e8le entre les travaux du savant et sa personnalit\u00e9 afin de faire ressortir une complexit\u00e9 identitaire. L&rsquo;utilisation de figures de sens pour d\u00e9peindre les savants exprime l&rsquo;implication rh\u00e9torique des discours portant sur ceux\u2011ci. \u00c0 l&rsquo;instar du protocole scientifique, les narrateurs \u00ab\u00a0enqu\u00eatent\u00a0\u00bb sur le g\u00e9nie des disparus, comme s&rsquo;il fallait justifier leur absence par leur existence hors\u2011norme. Il est clair que la disparition et le suicide sont constitutifs \u00e0 la fois du g\u00e9nie intellectuel individuel et du mal\u2011\u00eatre collectif qui, dans le cas pr\u00e9cis des romans \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude, a pour racine la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale. Discours scientifique et historique convergent de ce fait dans le discours litt\u00e9raire pour s&rsquo;approcher d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 ardue \u00e0 d\u00e9finir en ce qui a trait \u00e0 la figure du savant. Cependant, repr\u00e9senter le savant apr\u00e8s sa disparition\/suicide, c&rsquo;est aussi pointer le d\u00e9balancement sociologique que provoque la brutalit\u00e9 d&rsquo;une absence, montrer que la communaut\u00e9 ne laisse pas de place \u00e0 ce qu&rsquo;elle ne sait pas expliquer. Le savant et ses actes ne sont donc pas mal adapt\u00e9s au discours social; c&rsquo;est plut\u00f4t l&rsquo;inverse, d&rsquo;o\u00f9 le jaillissement de ces paroles diverses apr\u00e8s sa disparition\/suicide.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>&lt;pBensaude\u2011Vincent, Bernadette. 2005. \u00ab\u00a0Science et opinion publique\u00a0\u00bb, dans Bernadette Bensaude\u2011Vincent (dir.),\u00a0<em>Figures de la science<\/em>. Marseille\u00a0: \u00c9ditions Parenth\u00e8ses, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Savoirs \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb\u00a0: 204\u2011220. L&rsquo;analogie dans les sciences humaines. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Sociologie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb. &lt;pChassay, Jean\u2011Fran\u00e7ois. 2003.\u00a0<em>Imaginer la science. Le savant et le laboratoire dans la fiction contemporaine<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: \u00c9ditions Liber. &lt;pDilmac, Bet\u00fcl. 2014. \u00ab\u00a0Les relations entre la physique moderne et le roman contemporain\u00a0\u00bb,\u00a0<em>\u00c9pist\u00e9mocritique. Litt\u00e9rature et savoirs<\/em>, vol.\u00a014.\u00a0<a href=\"http:\/\/epistemocritique.org\/les-relations-entre-la-physique-moderne-et-le-roman-contemporain\/\">http:\/\/epistemocritique.org\/les-relations-entre-la-physique-moderne-et-le-roman-contemporain\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 4 mars 2018) &lt;pKlein, \u00c9tienne. 2013.\u00a0<em>En cherchant Majorana. Le physicien absolu<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Folio\u00a0\u00bb. &lt;pPierssens, Michel. 1990.\u00a0<em>Savoirs \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre. Essais d&rsquo;\u00e9pist\u00e9mocritique<\/em>. Lille\u00a0: Presses Universitaires de Lille. &lt;pPierssens, Michel. 2005. \u00ab\u00a0Science d\u00e9viante et savants fous\u00a0\u00bb, dans Bernadette Bensaude\u2011Vincent (dir.),\u00a0<em>Figures de la science<\/em>. Marseille\u00a0: \u00c9ditions Parenth\u00e8ses, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Savoirs \u00e0 l\u2019\u0153uvre\u00a0\u00bb\u00a0: 188\u2011203. &lt;pReboul, Oliver. 1986. \u00ab\u00a0La figure et l&rsquo;argument\u00a0\u00bb, dans Michel Meyer (dir.),\u00a0<em>De la m\u00e9taphysique \u00e0 la rh\u00e9torique<\/em>. Bruxelles\u00a0: \u00c9ditions de l&rsquo;Universit\u00e9 de Bruxelles\u00a0: 175\u2011187. &lt;pSciascia, Leonardo. 2012.\u00a0<em>La disparition de Majorana<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9dition Allia. &lt;pSoumy, Jean-Guy. 2013.\u00a0<em>Le silence<\/em>. Paris\u00a0: Robert Laffont. &lt;pTh\u00e9voz, Michel. 2003.\u00a0<em>L&rsquo;esth\u00e9tique du suicide<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de Minuit. La v\u00e9rit\u00e9 par le mensonge. Paris\u00a0: Gallimard, coll.\u00a0\u00ab\u00a0Arcades\u00a0\u00bb\u00a0: 9\u201125. &lt;pWeber, Max. 1959.\u00a0<em>Le savant et le politique<\/em>. Paris\u00a0: Librairie Plon, coll.\u00a0\u00ab\u00a010\/18\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_4thj9qh\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_4thj9qh\">[1]<\/a> Nous pr\u00e9cisons cependant qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la position personnelle de Bensaude\u2011Vincent, mais plut\u00f4t d\u2019un constat autour du rapport entre opinion publique et science\u00a0: \u00ab\u00a0Le foss\u00e9 est une illusion. Il n\u2019y a pas de foss\u00e9, il y a une distribution des savoirs, une cartographie des savoirs qui sont qualitativement diff\u00e9rents mais, quantitativement, tout le monde a un peu de savoir.\u00a0\u00bb (Bensaude\u2011Vincent 2005, 213)<\/p>\n<p id=\"footnote2_7ehltf3\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_7ehltf3\">[2]<\/a> Cette co\u00efncidence nominale entre l&rsquo;auteur physicien et le narrateur physicien participe aussi, selon nous, \u00e0 l&rsquo;effacement de la fronti\u00e8re entre discours scientifique et discours litt\u00e9raire.<\/p>\n<p id=\"footnote3_egfhx87\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_egfhx87\">[3]<\/a> Voir Leonardo Sciascia,\u00a0<em>La disparition de Majorana<\/em>, trad. Mario Fusco, Paris, Garnier-Flammarion, 1984; r\u00e9\u00e9d.\u00a0Paris, Allia, 2012. Ouvrage cit\u00e9 par le narrateur. Il se retrouve dans la bibliographie \u00e0 la fin du roman\u00a0<em>En cherchant Majorana<\/em>\u00a0(2013, 201).<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Maiorana, Roxane. 2019. \u00ab\u00a0Disparition et suicide\u00a0: enqu\u00eates autour de la figure du savant dans\u00a0En cherchant Majorana\u00a0et\u00a0Le silence\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 (Hiver), En ligne : http:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/maiorana-29 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/maiorana_29.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 maiorana_29.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-c86015cc-5531-4477-8f08-e241dc09a216\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/maiorana_29.pdf\">maiorana_29<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/maiorana_29.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-c86015cc-5531-4477-8f08-e241dc09a216\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Formes de l&rsquo;enqu\u00eate, construction du savoir : \u00e9lucidations, opacit\u00e9s et angles morts \u00bb, no. 29 Dans son texte \u00ab\u00a0Science d\u00e9viante et savants fous\u00a0\u00bb, Michel Pierssens souligne que, \u00ab\u00a0num\u00e9riquement bien moins pr\u00e9sents que les pr\u00eatres ou les soldats, les savants sont pour autant surrepr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019imaginaire des deux derniers si\u00e8cles, en particulier dans la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1303,1311,1312,1313,1302,1304],"tags":[250],"class_list":["post-5667","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-construction-du-savoir-elucidations","category-distinguer-le-vrai-du-faux","category-distinguer-le-vrai-du-faux-construction-du-savoir-elucidations","category-distinguer-le-vrai-du-faux-opacites-et-angles-morts","category-formes-de-lenquete","category-opacites-et-angles-morts","tag-maiorana-roxane"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5667","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5667"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5667\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8493,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5667\/revisions\/8493"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5667"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5667"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5667"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}