{"id":5682,"date":"2024-06-13T19:48:33","date_gmt":"2024-06-13T19:48:33","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/fuir-lutopie-la-montrealite-de-lary-kidd-et-le-lieu-du-non-etre\/"},"modified":"2024-08-22T16:28:12","modified_gmt":"2024-08-22T16:28:12","slug":"fuir-lutopie-la-montrealite-de-lary-kidd-et-le-lieu-du-non-etre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5682","title":{"rendered":"Fuir l\u2019utopie\u00a0: La \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb de Lary Kidd et le lieu du non-\u00eatre"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6902\">Dossier \u00ab \u00c9crire le lieu : modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation spatiale \u00bb, n\u00b0 31<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p>Une avalanche de coke<em>\u00a0cheap<\/em>\u00a0du fin-fond de Saint-J\u00e9r\u00f4me<br \/>Quelques lignes en vingt secondes<br \/>Les jeunes subissent la fin du monde<a id=\"footnoteref1_cn1wjol\" class=\"see-footnote\" title=\"Lary Kidd. 2019.\u00a0Surhomme,\u00a0Coyotes Records, Bandcamp.\" href=\"#footnote1_cn1wjol\">[1]<\/a><\/p>\n<p>Lary Kidd,\u00a0<em>Surhomme<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La litt\u00e9rature porte-t-elle, de nos jours, un pouvoir transformateur? Pouvons-nous esp\u00e9rer trouver aupr\u00e8s d\u2019elle les pistes d\u2019une organisation sociale alternative? Pouvons-nous seulement encore croire \u00e0 un projet utopique?<\/p>\n<p>Le rap constitue aujourd\u2019hui, par son succ\u00e8s plan\u00e9taire fulgurant, l\u2019une des formes d\u2019\u00e9criture les plus accessibles et les plus r\u00e9pandues. Si l\u2019on consent \u00e0 en reconna\u00eetre la teneur litt\u00e9raire, il nous semble pertinent d\u2019interroger les textes de rappeurs \u00e0 la recherche d\u2019un imaginaire r\u00e9pondant \u00e0 l\u2019h\u00e9g\u00e9monie n\u00e9olib\u00e9rale actuelle. Les chansons de l\u2019artiste montr\u00e9alais Lary Kidd, qui renferment d\u2019abondantes consid\u00e9rations sociales et philosophiques, nous semblent particuli\u00e8rement appropri\u00e9es \u00e0 un tel travail. Son \u0153uvre t\u00e9moigne, en effet, d\u2019une prise de conscience sombre et lucide de l\u2019impression d\u2019enfermement pouvant \u00eatre d\u00e9gag\u00e9e de l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent du monde. De nombreuses r\u00e9f\u00e9rences y sont \u00e9galement faites \u00e0 la pens\u00e9e du philosophe Emil Cioran, notamment \u00e0 son essai\u00a0<em>Histoire et utopie<\/em>, dont l\u2019une des chansons du rappeur reprend le titre\u00a0(Lary Kidd 2019, \u00ab\u00a0Histoires et utopies\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Histoire et utopie<\/em>, Cioran rejette violemment toute recherche d\u2019harmonie sociale, puisque l\u2019\u00e9tablissement des \u00eatres humains en communaut\u00e9s repr\u00e9sente d\u00e9j\u00e0 pour lui un \u00ab\u00a0mal immense\u00a0\u00bb pour l\u2019individu\u00a0(1960, 111). Lary Kidd, pour sa part, se veut l\u2019ambassadeur d\u2019une certaine r\u00e9alit\u00e9 montr\u00e9alaise, ou \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, incarn\u00e9e par le slogan \u00ab\u00a0Montr\u00e9al\u00a0<em>made me<\/em>\u00a0\u00bb, embl\u00e8me de sa marque de v\u00eatements \u00ab\u00a0Officiel\u00a0\u00bb. Cette \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, variante du r\u00eave am\u00e9ricain, r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un lieu g\u00e9n\u00e9rique offrant, en apparence, la libert\u00e9 de vivre pleinement, mais o\u00f9 l\u2019individu se retrouve au bout du compte enferm\u00e9, d\u00e9termin\u00e9 par le milieu. Cette perception de la ville et de la soci\u00e9t\u00e9 comme cadre mortif\u00e8re et \u00e9touffant nous semble pouvoir \u00eatre mise en parall\u00e8le avec la conception de Cioran du monde occidental. Nous proposons donc de prendre pour point de d\u00e9part l\u2019h\u00e9donisme d\u00e9velopp\u00e9 dans les premiers textes de Lary Kidd au sein du groupe Loud Lary Ajust, \u00e0 la suite de quoi nous comparerons son \u0153uvre au nihilisme articul\u00e9 par Cioran dans\u00a0<em>Histoire et utopie<\/em>, afin de d\u00e9gager de quelle mani\u00e8re l\u2019espace montr\u00e9alais se constitue chez le rappeur comme le lieu d\u2019une d\u00e9mission totale de l\u2019id\u00e9al utopique.<\/p>\n<h2><em>Gullywood<\/em>\u00a0et l\u2019h\u00e9donisme \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine<\/h2>\n<p>Bien qu\u2019il publie en 2009 la mixtape\u00a0<em>La d\u00e9ch\u00e9ance de Lary Kidd<\/em>, la carri\u00e8re de Lary Kidd d\u00e9bute v\u00e9ritablement en 2012 lorsqu\u2019il fait para\u00eetre, au sein du groupe Loud Lary Ajust, l\u2019album\u00a0<em>Gullywood<\/em>, favorablement re\u00e7u par la critique<a id=\"footnoteref2_gidz5nn\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Anzoo, cofondateur de l\u2019\u00e9mission radio Ghetto \u00c9rudit [sp\u00e9cialis\u00e9e sur le rap] [\u2026] qualifie l\u2019album de \" href=\"#footnote2_gidz5nn\">[2]<\/a> et souvent consid\u00e9r\u00e9 comme pr\u00e9curseur d\u2019un certain \u00ab\u00a0\u00e2ge d\u2019or\u00a0\u00bb\u00a0(Bordeleau 2016, n.p.) du rap qu\u00e9b\u00e9cois. Pour plusieurs, l\u2019innovation principale du groupe r\u00e9side dans son importation de certaines sonorit\u00e9s et th\u00e9matiques propres aux tendances contemporaines du rap des \u00c9tats-Unis. Cit\u00e9 dans l\u2019article d\u2019Olivier Boisvert-Magnen \u00ab\u00a0Comment le rap qu\u00e9b s\u2019est impos\u00e9 comme genre musical de la d\u00e9cennie\u00a0\u00bb\u00a0(2019), Carlos Munoz, directeur de la maison de disques Joy Ride, consid\u00e8re que le groupe est parvenu avec\u00a0<em>Gullywood<\/em>\u00a0\u00e0 mettre le rap qu\u00e9b\u00e9cois au go\u00fbt du jour en s\u2019appropriant les codes de la musique am\u00e9ricaine, tout en les adaptant au contexte local. Loud Lary Ajust aurait ainsi pav\u00e9 la voie \u00e0 toute une g\u00e9n\u00e9ration de rappeurs, tels Koriass<a id=\"footnoteref3_u5pxapj\" class=\"see-footnote\" title=\"Koriass \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 actif avant la parution de\u00a0Gullywood, mais son travail subs\u00e9quent est fortement influenc\u00e9 par l\u2019apport de Loud Lary Ajust. Il a d\u2019ailleurs collabor\u00e9 avec chaque membre du groupe sur divers projets suite \u00e0 la sortie de l\u2019album.\" href=\"#footnote3_u5pxapj\">[3]<\/a> ou Dead Obies, qui ont rapidement connu un succ\u00e8s d\u2019envergure.<\/p>\n<p>Cette parent\u00e9 avec les \u00c9tats-Unis se fait avant tout sentir, pour les critiques, au niveau de la trame musicale, produite et compos\u00e9e par Ajust, et de l\u2019introduction d\u2019une importante proportion de paroles en anglais. \u00c0 ce sujet, Jean Morel, du magazine fran\u00e7ais\u00a0<em>Nova<\/em>, \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>En associant ces deux opportunit\u00e9s de sons, ce n\u2019est donc pas une nouvelle langue qu\u2019inventent Loud Lary Ajust, mais de nouvelles sonorit\u00e9s, de nouvelles structures de rimes qui permettent de faire avancer le rap par des innovations techniques et donner le sentiment aux auditeurs d\u2019\u00e9couter quelque chose de neuf, et c\u2019est en ce sens que Montr\u00e9al est actuellement une des capitales du rap, o\u00f9 une sc\u00e8ne est en train de cr\u00e9er son propre son et sa propre identit\u00e9, faisant rayonner le Quebec [<em>sic<\/em>] et sa culture \u00e0 travers le monde [\u2026].\u00a0(2014, n.p.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019innovation constitu\u00e9e par l\u2019appropriation de certains codes du rap am\u00e9ricain est ainsi vue comme essentiellement formelle. Au-del\u00e0 de cette seule dimension esth\u00e9tique, pourtant, l\u2019influence am\u00e9ricaine se trouve au c\u0153ur des paroles des rappeurs. Pour Lary Kidd, elle constitue un motif r\u00e9current et \u00e9minemment probl\u00e9matique. Dans \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb, chanson th\u00e8me de l\u2019album, il rappe\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Que Dieu b\u00e9nisse l\u2019Am\u00e9rique [&#8230;]<br \/><em>Bright lights and everything <\/em>[&#8230;]<br \/>Deux pieds sur le gaz<br \/><em>Like there\u2019s no tomorrow<\/em>\u00a0(Loud Lary Ajust 2012)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette recherche des lumi\u00e8res de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 et d\u2019une vie rapide men\u00e9e comme s\u2019il n\u2019y avait pas de lendemain, renvoyant \u00e0 un certain id\u00e9al am\u00e9ricain, est indissociable du concept de \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb, d\u00e9sign\u00e9 plus loin dans la chanson comme un v\u00e9ritable mode de vie (<em>lifestyle<\/em>). \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb est un mot-valise issu de la combinaison des termes \u00ab\u00a0Hollywood\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0<em>gully<\/em>\u00a0\u00bb, qui d\u00e9signe litt\u00e9ralement un sillon dans la terre et qui renvoie, en argot, \u00e0 la vie de la rue et au gangst\u00e9risme. Le mode de vie \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb rel\u00e8ve donc d\u2019une unification antith\u00e9tique\u00a0: celle du glamour, du luxe et du mat\u00e9rialisme mis de l\u2019avant dans la culture de masse am\u00e9ricaine et propres \u00e0 l\u2019\u00e9lite hollywoodienne, m\u00eal\u00e9s \u00e0 la crasse et \u00e0 la vie criminelle si ch\u00e8re au\u00a0<em>gangsta rap<\/em>. La pochette de l\u2019album illustre cette opposition par une tra\u00een\u00e9e de liquide \u00e9tincelant, semblable \u00e0 de l\u2019or, qui coule le long d\u2019un trottoir noirci pour se d\u00e9verser dans des \u00e9gouts. Dans les textes de Lary Kidd, la tension entre le luxe et la crasse est incarn\u00e9e par des images o\u00f9 ces deux univers se trouvent r\u00e9unis, comme dans les premi\u00e8res lignes de la chanson \u00ab\u00a0Outremont\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Des jolies jeunes <em>broads<\/em> [filles] anorexiques en Prada<br \/><em>Mad skinny jeans, black limousine<\/em><br \/>Anti-d\u00e9presseurs, <em>pills<\/em> toutes sortes de couleurs<br \/>Tombe par terre en moins d\u2019une demi-heure, <em>so<\/em> partie remise\u00a0(Loud Lary Ajust 2012)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La marque de luxe Prada est oppos\u00e9e d\u2019entr\u00e9e de jeu \u00e0 la maigreur des jeunes filles souffrant d\u2019anorexie que fr\u00e9quente le rappeur, un trouble alimentaire justifi\u00e9 par la consommation de pilules multicolores, certaines drogues chimiques \u00e9tant connues pour effacer la faim. Les couleurs \u00e9clatantes des pilules contrastent avec la noirceur d\u2019une limousine, qui \u00e9voque \u00e0 la fois un v\u00e9hicule de luxe lou\u00e9 pour se rendre \u00e0 une f\u00eate hupp\u00e9e et un corbillard. La consommation de drogues diverses est ainsi mise, par cet aspect color\u00e9, du c\u00f4t\u00e9 d\u2019une certaine vitalit\u00e9. Pourtant, elle ne peut \u00eatre dissoci\u00e9e de la menace constante de la mort par\u00a0<em>overdose<\/em>, un basculement qui mettrait fin aux festivit\u00e9s pouvant survenir \u00e0 tout moment.<\/p>\n<p>En surface, les textes de\u00a0<em>Gullywood<\/em>\u00a0peuvent appara\u00eetre comme festifs et empreints d\u2019une certaine insouciance, avec des chansons comme \u00ab\u00a0Gruau\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Candlewood Suites\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Cody Bangers\u00a0\u00bb o\u00f9 tout, de l\u2019instrumentation aux refrains simples et accrocheurs, semble con\u00e7u pour servir de trame sonore \u00e0 une soir\u00e9e festive. L\u2019impression qu\u2019il s\u2019agit avant tout de \u00ab\u00a0musique de party\u00a0\u00bb peut \u00eatre renforc\u00e9e par l\u2019insistance faite par Lary Kidd, \u00e0 travers l\u2019ensemble de l\u2019album, sur sa consommation d\u2019alcool et de drogues de toutes sortes, des pilules multicolores aux antid\u00e9presseurs S\u00e9roquel en passant par la coca\u00efne (<em>blo<\/em><em>w<\/em>)\u00a0(Loud Lary Ajust 2014, \u00ab\u00a0Candlewood Suites\u00a0\u00bb). \u00c0 cela s\u2019ajoute une glorification explicite de la f\u00eate dans une multitude de vers, notamment dans la chanson \u00ab\u00a0Cody Bangers\u00a0\u00bb, o\u00f9 Lary Kidd rappe que \u00ab\u00a0La vie c\u2019est fait pour c\u00e9l\u00e9brer\u00a0\u00bb, ou encore dans \u00ab\u00a0Xavier Caf\u00e9ine\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019aime la vie, j\u2019<em>get wild<\/em>\u00a0[\u2026] \/ Mes partys c\u2019est des festins des rois\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2012). Le plaisir et la joie de vivre semblent avant tout associ\u00e9s, pour lui, \u00e0 un \u00e9tat de c\u00e9l\u00e9bration agr\u00e9ment\u00e9 d\u2019alcool et de drogues.<\/p>\n<p>Les textes de Kary Kidd, certes, sont ind\u00e9niablement orient\u00e9s vers la glorification d\u2019un mode de vie ax\u00e9 sur la c\u00e9l\u00e9bration et sur l\u2019exc\u00e8s. Pour reprendre les mots du rappeur, recueillis en entrevue \u00e0 la sortie de l\u2019album, les th\u00e8mes de pr\u00e9dilection de l\u2019album sont\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019accomplissement mat\u00e9riel, la d\u00e9bauche, l\u2019h\u00e9donisme, la r\u00e9alit\u00e9 dans la vingtaine \u00e0 Montr\u00e9al&#8230; La confrontation entre ce qu\u2019on veut et ce qu\u2019on a\u00a0\u00bb\u00a0(C\u00f4t\u00e9 2013, n.p.). L\u2019artiste d\u00e9crit \u00e0 la fois ce qu\u2019il observe et ce qu\u2019il vit au quotidien, mais le mode de vie \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb est \u00e9galement la projection d\u2019une vie r\u00eav\u00e9e, celle d\u2019une f\u00eate perp\u00e9tuelle, doubl\u00e9e d\u2019une intarissable qu\u00eate mat\u00e9rialiste. Ses textes font, par exemple, \u00e9tat d\u2019un fort int\u00e9r\u00eat pour l\u2019habillement, \u00e0 travers de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 la mode, notamment aux marques \u00ab\u00a0Prada\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Fendi\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0American Apparel\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2012, \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb). Dans \u00ab\u00a0Intro + Obtenir\u00a0\u00bb, il rappe avec la vantardise provocatrice qui le caract\u00e9rise\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Check<\/em> mon <em>fucking<\/em> linge<br \/>C\u2019est pas que j\u2019aime pas le tien<br \/>Je veux juste te dire comment le porter\u00a0(Loud Lary Ajust 2012)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce versant mat\u00e9rialiste, caract\u00e9ris\u00e9 par une valorisation de l\u2019image et du style vestimentaire, est approfondi par l\u2019obsession du rappeur pour l\u2019argent. Celle-ci est explicit\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises, notamment dans \u00ab\u00a0Outremont\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est le temps de\u00a0<em>get money<\/em>,\u00a0<em>fuck<\/em>\u00a0le reste\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2012). La r\u00e9ussite mat\u00e9rielle semble importer, aux yeux du rappeur, plus que toute autre chose. Dans l\u2019ensemble de son \u0153uvre, d\u2019ailleurs, la soif de richesse est consid\u00e9r\u00e9e comme une v\u00e9ritable finalit\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019une de ses devises de pr\u00e9dilection\u00a0: \u00ab\u00a0<em>The motto is<\/em>\u00a0\u201cObtenir\u201d\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2012, \u00ab\u00a0Xavier Caf\u00e9ine\u00a0\u00bb). Cette qu\u00eate d\u2019acquisition mat\u00e9rielle est indissociable de la consommation de drogues et du mode de vie \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb. Le titre de la chanson \u00ab\u00a0Gruau\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust\u00a02012), par exemple, d\u00e9signe \u00e0 la fois la richesse et la drogue, l\u2019avoine \u00e9voquant le \u00ab\u00a0bl\u00e9\u00a0\u00bb, m\u00e9taphore courante pour l\u2019argent, et la farine, qui symbolise la coca\u00efne. Le mode de vie que m\u00e8ne et que recherche Lary Kidd, cette vie rapide men\u00e9e sur un\u00a0<em>high<\/em>\u00a0et centr\u00e9e sur la c\u00e9l\u00e9bration, sur la consommation d\u2019alcool et de drogues et sur la r\u00e9ussite mat\u00e9rielle, peut toutefois s\u2019av\u00e9rer co\u00fbteuse, s\u2019accompagnant t\u00f4t ou tard d\u2019un sentiment aigre de redescente. En d\u00e9pit du c\u00f4t\u00e9 festif de ses textes, la menace de la mort et la tension inh\u00e9rente au concept de \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb vient inexorablement troubler le rapport du rappeur \u00e0 l\u2019h\u00e9donisme qu\u2019il revendique.<\/p>\n<h2>De <i>\u00d4 Mon Dieu\u00a0<\/i>\u00e0\u00a0<em>Blue \u00e0 Volvo\u00a0<\/em>: les revers d&rsquo;un mode de vie destructeur<\/h2>\n<p>Le portrait fait dans\u00a0<em>Gullywood<\/em>\u00a0d\u2019une jeunesse montr\u00e9alaise festive et en qu\u00eate d\u2019accomplissements s\u2019assombrit consid\u00e9rablement \u00e0 la fin de l\u2019album, avec la chanson \u00ab\u00a0\u00c0 la gr\u00e2ce de Dieu\u00a0\u00bb. Lary Kidd y introduit une perspective cauchemardesque du mode de vie qu\u2019il a \u00ab\u00a0choisi\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2013, \u00ab\u00a0ONO\u00a0\u00bb), pr\u00e9figurant les prochains projets du groupe, qui emprunteront une direction beaucoup plus sombre. Le rappeur y narre l\u2019un de ses cauchemars, o\u00f9 un \u00ab\u00a0clone\u00a0\u00bb lui offre une arme, qu\u2019il s\u2019enfonce dans la bouche avant de se r\u00e9veiller \u00ab\u00a0en sueur dans [son] lit\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2012, \u00ab\u00a0\u00c0 la gr\u00e2ce de Dieu\u00a0\u00bb). Il ajoute ensuite, avec une certaine amertume qui d\u00e9tonne avec le ton festif adopt\u00e9 jusque-l\u00e0\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La d\u00e9ch\u00e9ance de Lary Kidd <em>baby, you\u2019re damn right<\/em><br \/>Trois ans plus tard \u00e7a a pas chang\u00e9, toujours la m\u00eame affaire<br \/>Je suis \u00e0 l\u2019aise, je fais la f\u00eate<br \/>J\u2019ai 24 ans, mon corps 40, ma t\u00eate en a 16\u00a0(Loud Lary Ajust 2012, \u00ab\u00a0\u00c0 la gr\u00e2ce de Dieu\u00a0\u00bb)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Renvoyant \u00e0 sa premi\u00e8re mixtape, le rappeur d\u00e9clare que rien n\u2019a v\u00e9ritablement chang\u00e9 pour lui. La chanson d\u2019introduction de\u00a0<em>La d\u00e9ch\u00e9ance de Lary Kidd<\/em>, \u00ab\u00a0Cocaine Rap\u00a0\u00bb, s\u2019ouvrait sur les paroles suivantes\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je suis juste un gros plein de marde qui fait du <em>cocain rap<\/em> [\u2026]<br \/>S\u2019il y a une cure pour ma maladie, je la veux pas, non<br \/>Je suis bien comme \u00e7a\u00a0(Lary Kidd 2009)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une telle autod\u00e9pr\u00e9ciation, parfois revendiqu\u00e9e de mani\u00e8re ironique, est caract\u00e9ristique de sa d\u00e9marche. Inlassablement r\u00e9it\u00e9r\u00e9es, ses mauvaises habitudes de consommation, bien que fortement nocives pour sa sant\u00e9, finissent par rev\u00eatir un caract\u00e8re de fiert\u00e9. Le rappeur reconna\u00eet, dans \u00ab\u00a0\u00c0 la gr\u00e2ce de Dieu\u00a0\u00bb comme dans \u00ab\u00a0Cocaine Rap\u00a0\u00bb, que sa consommation excessive et fr\u00e9n\u00e9tique a des impacts n\u00e9gatifs sur son corps, en plus de limiter le d\u00e9veloppement de ses facult\u00e9s intellectuelles. Au sens figur\u00e9, la f\u00eate repr\u00e9sente peut-\u00eatre pour lui une mani\u00e8re, certes dommageable, de rester jeune. La peur de vieillir constitue, de fait, l\u2019un des nouveaux motifs de\u00a0<em>Blue Volvo<\/em>, album suivant du groupe, Lary Kidd allant jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9tendre dans la chanson \u00ab\u00a0Rien ne va plus\u00a0\u00bb qu\u2019il \u00ab\u00a0pr\u00e9f\u00e8re mourir que vieillir\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2014). Cet \u00e9tat de \u00ab\u00a0jeunesse \u00e9ternelle\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2014, \u00ab\u00a0XOXO\u00a0\u00bb), symbole d\u2019une insouciance m\u00eal\u00e9e \u00e0 un abrutissement volontaire o\u00f9 la sensation pr\u00e9domine sur la pens\u00e9e, est d\u2019ailleurs fr\u00e9quemment revendiqu\u00e9 par l\u2019artiste \u00e0 travers le sobriquet de \u00ab\u00a0jeune\u00a0\u00bb, ou de \u00ab\u00a0jeune homme\u00a0\u00bb, interjections d\u00e9clam\u00e9es pour introduire ou pour clore un couplet.<\/p>\n<p>Avec le EP\u00a0<em>\u00d4 Mon Dieu<\/em>, qui para\u00eet en 2013, les textes de Lary Kidd commencent \u00e0 t\u00e9moigner de l\u2019impact d\u2019un certain succ\u00e8s, notamment lorsqu\u2019il admet ressentir une forte pression\u00a0: \u00ab\u00a0<em>I gotta do it big<\/em>, je sens la pression\u00a0<em>on my<\/em><em>\u00a0shoulders<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2013, \u00ab\u00a0No Fucking Way\u00a0\u00bb). Cette volont\u00e9 de faire les choses en grand s\u2019inscrit dans la continuit\u00e9 de son aspiration \u00e0 vivre intens\u00e9ment. Le EP puise dans des th\u00e8mes similaires \u00e0 ceux de\u00a0<em>Gullywood<\/em>, Lary Kidd se comparant \u00e0 une \u00ab\u00a0rock star\u00a0\u00bb vou\u00e9e \u00e0 \u00ab\u00a0mourir jeune\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2014, \u00ab\u00a0Crabe des neiges\u00a0\u00bb). Le sexe, ainsi qu\u2019une forme ind\u00e9niable de misogynie, de m\u00eame que l\u2019ignorance induite par l\u2019\u00e9tat d\u2019intoxication, le plaisir des sens et la d\u00e9bauche sont mis \u00e0 l\u2019avant plan. La poursuite d\u2019un r\u00eave am\u00e9ricain orient\u00e9 vers la recherche du plaisir et l\u2019acquisition de biens mat\u00e9riels se poursuit, approfondissant la fr\u00e9n\u00e9tique urgence de vivre du rappeur, une puissante volont\u00e9 d\u2019agir se faisant d\u00e9j\u00e0 sentir sur \u00ab\u00a0Gullywood\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Get the fuck out of my way<\/em><br \/>Je deviens <em>extra stupid<\/em><br \/><em>Fais ton move<\/em>, fais le <em>wrong<\/em><br \/>Mais juste fais-le tout de suite\u00a0(Loud Lary Ajust 2012, \u00ab\u00a0Intro + Obtenir\u00a0\u00bb)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019expression \u00ab\u00a0get stupid\u00a0\u00bb r\u00e9f\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 l\u2019atteinte d\u2019un \u00e9tat d\u2019intoxication avanc\u00e9e, souvent jug\u00e9 positif, o\u00f9 l\u2019individu perd toute inhibition et parvient \u00e0 se laisser aller, au risque de commettre des b\u00eatises<a id=\"footnoteref4_h8xuiip\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir la chanson \u00ab\u00a0Let\u2019s Get Retarded\u00a0\u00bb des Black Eyed Peas, plus connue dans sa version censur\u00e9e sous le titre \u00ab\u00a0Let\u2019s Get It Started\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote4_h8xuiip\">[4]<\/a>. Chez le rappeur, cette stupidit\u00e9 d\u00e9passe la simple consommation d\u2019alcool ou de drogues, elle r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une volont\u00e9 de bouger, d\u2019avancer, de \u00ab\u00a0faire un\u00a0<em>move<\/em>\u00a0\u00bb. La r\u00e9flexion, ici, semble moins importante que l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 de l\u2019action. Cette injonction \u00e0 agir se trouve toutefois probl\u00e9matis\u00e9e dans\u00a0<em>\u00d4 Mon Dieu<\/em>, le nom du projet faisant d\u00e9j\u00e0 r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un certain d\u00e9s\u0153uvrement et \u00e0 une perte d\u2019absolu, la figure de Dieu, brillant par son absence, \u00e9tant r\u00e9currente au fil du EP.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Please\u00a0<em>homie don\u2019t pray<\/em>\u00a0\u00bb, rappe Lary Kidd sur le titre \u00ab\u00a0\u00d4 Mon Dieu\u00a0\u00bb, ajoutant dans \u00ab\u00a0Rap queb\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0Dieu viendra pas nous sauver\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2013). En notant ainsi l\u2019impossibilit\u00e9 de voir intervenir dans sa vie une figure divine, tout en faisant \u00e9tat d\u2019une salvation n\u00e9cessaire, il semble vouloir prendre en main son destin, s\u2019intimant \u00e0 agir pour mettre sa vie sur la bonne voie. Or, \u00ab\u00a0\u00d4 Mon Dieu\u00a0\u00bb, qui cl\u00f4t le EP, pr\u00e9sente un certain doute quant \u00e0 la possibilit\u00e9 pour l\u2019artiste d\u2019avoir un v\u00e9ritable impact sur le monde, avec l\u2019introduction de la notion de \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb. Ce mot-valise, qui d\u00e9signe \u00e0 nouveau la r\u00e9alit\u00e9 montr\u00e9alaise d\u00e9peinte dans\u00a0<em>Gullywood<\/em>, repr\u00e9sente \u00e0 la fois un id\u00e9al et une prison\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019est cette putain de Montr\u00e9alit\u00e9 qui a fait de moi ce que je suis devenu<br \/>Un petit <em>fucker<\/em> arrogant qui veut tout ce qu\u2019il y a sur le menu<br \/>Pis je sais m\u00eame plus ce que je veux, pis je sais m\u00eame plus qui je suis [\u2026]<br \/>Ton <em>boy <\/em>est en d\u00e9pression <em>and I<\/em><em> ain\u2019t afraid to show what\u2019s up<\/em>\u00a0(Loud Lary Ajust 2014, \u00ab\u00a0\u00d4 Mon Dieu\u00a0\u00bb)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Omnipr\u00e9sente dans ses chansons, bien que rarement d\u00e9crite d\u2019un point de vue spatial ou g\u00e9ographique, la m\u00e9tropole qu\u00e9b\u00e9coise rev\u00eat \u00e0 ses yeux une dimension symbolique. Montr\u00e9al appara\u00eet ici comme d\u00e9pourvue de mat\u00e9rialit\u00e9, vide et d\u00e9sincarn\u00e9e, sorte d\u2019ic\u00f4ne de l\u2019Am\u00e9rique. La \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb est d\u00e9finie, dans cet extrait, comme le vecteur d\u2019une ambition \u00e0 toute \u00e9preuve, mais sans orientation pr\u00e9cise. Elle pousserait l\u2019individu \u00e0 en vouloir le plus possible, au point de perdre de vue ses aspirations v\u00e9ritables et sa propre identit\u00e9. Cette \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb serait donc porteuse, pour Lary Kidd, d\u2019une ambition d\u00e9connect\u00e9e de ses v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats, une ambition pour ainsi dire extrins\u00e8que, command\u00e9e par le milieu. Ses d\u00e9sirs, ainsi que son attitude provocatrice, lui apparaissent comme impos\u00e9s par un milieu o\u00f9 sa singularit\u00e9 s\u2019estompe, faisant de lui un pur produit de son environnement.<\/p>\n<p>Le second album du groupe,\u00a0<em>Blue Volvo<\/em>, qui para\u00eet en 2014, s\u2019ouvre sur une perspective semblablement pessimiste. Il marque un changement dans l\u2019\u00e9criture de Lary Kidd, d\u00e9sormais impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019un fort sentiment de d\u00e9sillusion, auquel il lui sera difficile d\u2019\u00e9chapper par la suite. Interrog\u00e9 en entrevue \u00e0 ce sujet, l\u2019artiste, qui reconna\u00eet avoir vieilli, consid\u00e8re d\u00e9sormais ne plus \u00eatre au centre du mode de vie qu\u2019il narre, mais l\u2019observer en tant qu\u2019objet du pass\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Beaucoup de choses changent entre l\u2019\u00e2ge de 22 et de 26 ans [\u2026]. C\u2019est peut-\u00eatre la maturit\u00e9, mais on a commenc\u00e9 \u00e0 s\u2019exprimer en relation avec le pass\u00e9 alors qu\u2019avant, on en parlait dans l\u2019action.\u00a0\u00bb\u00a0(D\u2019Ambroise 2014, n.p.) Malgr\u00e9 les revers de la vie jusque-l\u00e0 encens\u00e9e, il se d\u00e9crit dans ses textes comme satisfait d\u2019en \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 ce point. Dans \u00ab\u00a0Rien ne va plus\u00a0\u00bb, premier titre de\u00a0<em>Blue Volvo<\/em>, il fait \u00e9tat du sentiment d\u2019amertume qui accompagne l\u2019\u00e9tat de c\u00e9l\u00e9bration constante abondamment d\u00e9crit dans\u00a0<em>Gullywood\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p>J\u2019ai voulu peindre le ciel, voir la vie en bleu<br \/>Trop de drogues, <em>vision blurred<\/em><br \/><em>My life is a mess, I kind of like it<\/em><br \/><em>Blinded by the light<\/em>s, je pourrais pas mieux demander\u00a0(Loud Lary Ajust\u00a02014)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si ce mode de vie est chose du pass\u00e9, le rappeur fait tout pour le reconduire, reconnaissant mener le m\u00eame type d\u2019existence destructrice qu\u2019auparavant, centr\u00e9e sur la d\u00e9bauche. Certes, il a assouvi une certaine soif de gloire, mais l\u2019incessante valse entre extase et redescente qu\u2019il a men\u00e9e jusque-l\u00e0 lui a fait perdre de vue la progression du temps\u00a0: \u00ab\u00a0Tous les jours, tous les jours la m\u00eame chose\u00a0\/\u00a0Je me demande o\u00f9 est pass\u00e9e ma jeunesse\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust\u00a02014, \u00ab\u00a0Rien ne va plus\u00a0\u00bb). Bien qu\u2019il se dise malgr\u00e9 tout satisfait de la situation, ses textes donnent l\u2019impression qu\u2019il doit rester jeune \u00e0 tout prix, quitte \u00e0 mourir. Ses meilleures ann\u00e9es sont peut-\u00eatre derri\u00e8re lui, obscurcies par la \u00ab\u00a0d\u00e9ch\u00e9ance\u00a0\u00bb, mais le rappeur n\u2019a d\u2019autre choix que de poursuivre dans cette voie, comme le confirmera le reste de l\u2019album, o\u00f9 la tension entre la c\u00e9l\u00e9bration et l\u2019approche de la mort se fera de plus en plus pesante. Lary Kidd est, pour ainsi dire, coinc\u00e9, prisonnier de sa propre utopie.<\/p>\n<h2>Lary Kidd et Cioran contre l\u2019utopie<\/h2>\n<p>\u00c0 la suite de\u00a0<em>Blue Volvo\u00a0<\/em>et du EP\u00a0<em>Ondul\u00e9<\/em>, dernier projet du groupe paru en 2016, o\u00f9 Lary Kidd continue de narrer sa descente aux enfers sous les feux de la rampe, il se lance dans une carri\u00e8re solo, faisant para\u00eetre les albums\u00a0<em>Contr\u00f4le<\/em>\u00a0en 2017 et\u00a0<em>Surhomme<\/em>\u00a0en 2019. Ces deux opus ont ceci de particulier au sein de l\u2019\u0153uvre de l\u2019artiste qu\u2019ils offrent, bien que puisant dans les m\u00eames th\u00e9matiques que ses textes pr\u00e9c\u00e9dents, une perspective moins centr\u00e9e sur lui-m\u00eame. En effet, s\u2019il y relate toujours ses exp\u00e9riences avec la drogue, ainsi que sa qu\u00eate inassouvie d\u2019accomplissement mat\u00e9riel, il s\u2019ouvre \u00e9galement \u00e0 une nouvelle perspective plus philosophique, citant par exemple la pens\u00e9e d\u2019\u00c9mile Cioran \u00e0 de diverses occasions. De nombreux parall\u00e8les peuvent \u00eatre \u00e9tablis entre la perspective d\u2019emprisonnement incarn\u00e9e par le concept de \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb et l\u2019ouvrage du philosophe\u00a0<em>Histoire et utopie<\/em>, o\u00f9 Cioran fait \u00e9tat d\u2019un monde fig\u00e9, pris dans l\u2019engrenage sinistre de certains des id\u00e9aux propres \u00e0 la tradition utopique.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tymologie latine du terme d\u2019utopie, fond\u00e9 par Thomas More en 1516, d\u00e9signe \u00e0 la fois le lieu du bonheur (<em>eu-topos<\/em>) et le lieu qu\u2019il n\u2019est nulle part (<em>ou-topos)<\/em>\u00a0(Funk 1988, 20)<em>.<\/em>\u00a0Les germes d\u2019une s\u00e9mantique ambigu\u00eb sont associ\u00e9s aux fondements m\u00eames du concept. More a en effet sem\u00e9 le doute aupr\u00e8s des lecteurs de son fameux roman philosophique\u00a0<em>L\u2019Utopie<\/em>\u00a0(2012 [1516]) quant au caract\u00e8re v\u00e9ritablement souhaitable de la soci\u00e9t\u00e9 id\u00e9ale qui y est d\u00e9crite, o\u00f9 tout agissement des individus est soumis \u00e0 un contr\u00f4le extr\u00eame. Dans son acception courante, l\u2019utopie est aujourd\u2019hui devenue synonyme d\u2019objectif irr\u00e9alisable, une \u00ab\u00a0sorte de science-fiction appliqu\u00e9e \u00e0 la politique\u00a0\u00bb\u00a0(Ric\u0153ur 1984, 54). Avec More, la tradition litt\u00e9raire utopique a pourtant ouvert une voie, \u00e0 mi-chemin entre la philosophie et la fiction, au sein de laquelle ont pu se d\u00e9ployer au fil des si\u00e8cles les aspirations transformatrices des soci\u00e9t\u00e9s. De\u00a0<em>L\u2019An 2440<\/em>\u00a0de Louis-S\u00e9bastien Mercier \u00e0\u00a0<em>1984<\/em>\u00a0de George Orwell, les \u00e9crivains et les philosophes n\u2019ont cess\u00e9 de reconduire et de faire \u00e9voluer le genre utopique afin d\u2019aboutir \u00e0 de nouvelles mani\u00e8res de concevoir la transformation du monde social, que ce soit en r\u00eavant un ailleurs id\u00e9al, en imaginant un futur heureux ou, au contraire, en illustrant l\u2019horreur vers laquelle l\u2019humanit\u00e9 risque de se diriger.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la dimension n\u00e9gative associ\u00e9e au terme, l\u2019utopie et ses variantes \u2015 \u00e0 savoir l\u2019uchronie et la dystopie \u2015 continuent au XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle d\u2019initier des pistes de r\u00e9flexion nouvelles. Pour Paul Ric\u0153ur, par exemple, toute soci\u00e9t\u00e9 s\u2019articule autour des p\u00f4les antagonistes et compl\u00e9mentaires de l\u2019id\u00e9ologie et l\u2019utopie\u00a0(1984, 54). L\u2019id\u00e9ologie permet \u00e0 une collectivit\u00e9 d\u2019\u00e9laborer une coh\u00e9rence interne et d\u2019assurer sa stabilit\u00e9, alors que l\u2019utopie ouvre la porte \u00e0 la refonte de la soci\u00e9t\u00e9 par l\u2019imagination de modes de vie alternatifs. La communaut\u00e9 id\u00e9ale serait celle qui parviendrait \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019entrecroisement n\u00e9cessaire entre id\u00e9ologie et utopie dans l\u2019imaginaire social\u00a0\u00bb\u00a0(63), atteignant un \u00e9quilibre entre la coh\u00e9sion interne et l\u2019ouverture \u00e0 la transformation. L\u2019utopie ainsi consid\u00e9r\u00e9e \u00e9chappe au domaine strictement litt\u00e9raire et constitue un r\u00e9cit fictionnel n\u00e9cessaire au sein de tout imaginaire social, afin de permettre l\u2019\u00e9volution harmonieuse d\u2019une communaut\u00e9 et de contrer les d\u00e9rives potentielles de l\u2019id\u00e9ologie. Peut-on, cependant, toujours aspirer \u00e0 la fondation d\u2019une communaut\u00e9 parfaite consid\u00e9rant l\u2019\u00e9tat actuel des soci\u00e9t\u00e9s occidentales, th\u00e9\u00e2tre du profond d\u00e9s\u0153uvrement qu\u2019on retrouve, par exemple, chez Lary Kidd? Pour Cioran, c\u2019est cat\u00e9goriquement impensable, l\u2019utopie causant \u00e0 ses yeux bien plus de tort que de bien.<\/p>\n<p>\u00c9migr\u00e9 de Roumanie, Cioran fait \u00e9tat, dans\u00a0<em>Histoire et utopie<\/em>, de ses sentiments troubles \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la France, son pays d\u2019adoption, et du monde occidental, qu\u2019il consid\u00e8re \u00eatre l\u2019incarnation triomphante de la d\u00e9mocratie\u00a0(1960,\u00a037). La soci\u00e9t\u00e9 capitaliste qu\u2019il d\u00e9couvre en s\u2019installant \u00e0 Paris en 1949 repr\u00e9sente \u00e0 ses yeux, \u00ab\u00a0sous le brillant qu\u2019elle affiche\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0quintessence d\u2019injustices\u00a0\u00bb\u00a0(1960, 14). Consid\u00e9rant l\u2019uniformit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s occidentales comme profond\u00e9ment mortif\u00e8re et g\u00e9n\u00e9rant chez lui le sentiment d\u2019une \u00ab\u00a0admirable [\u2026] chute dans le vide\u00a0\u00bb\u00a0(1960, 44), Cioran ne voit dans les gouvernements d\u00e9mocratiques, tout comme dans un r\u00e9gime utopique, rien d\u2019autre que mensonge et \u00ab\u00a0f\u00e9\u00e9rie monstrueuse\u00a0\u00bb\u00a0(40). Un premier lien peut \u00eatre \u00e9tabli avec Lary Kidd, qui consid\u00e8re la soci\u00e9t\u00e9 dont il est issu comme empreinte de fausset\u00e9. Dans \u00ab\u00a014 AM\u00a0\u00bb, il rappe en effet\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Today\u2019s fake,\u00a0<\/em>rien de<em>\u00a0real\u00a0<\/em>demain\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2014). Se consid\u00e9rant, dans la m\u00eame chanson, comme un \u00ab\u00a0produit de [son] ordi\u00a0\u00bb, il semble sous-entendre que le monde ferm\u00e9 qui l\u2019entoure et auquel il se retrouve lui-m\u00eame soumis est gouvern\u00e9 par l\u2019apparence et l\u2019image, d\u2019ailleurs souvent diff\u00e9r\u00e9e sur un \u00e9cran, coupant l\u2019acc\u00e8s des individus \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. On pourrait d\u00e9duire que seule l\u2019extase et la vie rapide dont il fait la promotion sont \u00e0 ses yeux consid\u00e9r\u00e9es comme vraies.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur du paysage d\u00e9senchant\u00e9 qu\u2019incarne \u00e0 ses yeux l\u2019Occident, Cioran reconna\u00eet, \u00e0 son grand d\u00e9sarroi, l\u2019aboutissement de certains projets cl\u00e9s des grandes utopies\u00a0: \u00ab\u00a0Les r\u00eaves de l\u2019utopie se sont pour la plupart r\u00e9alis\u00e9s, mais dans un esprit tout diff\u00e9rent de celui o\u00f9 elle les avait con\u00e7us; ce qui pour elle \u00e9tait perfection est pour nous tare; ses chim\u00e8res sont nos malheurs.\u00a0\u00bb\u00a0(1960, 104) S\u2019il voit en l\u2019utopie, comme Paul Ric\u0153ur, une fiction fondatrice, v\u00e9ritable \u00ab\u00a0principe de renouvellement des institutions et des peuples\u00a0\u00bb\u00a0(Cioran 1960, 17), il y identifie les racines de la faillite sociale. Le triomphe de la fiction aurait abouti, en effet, \u00e0 l\u2019\u00e9dification d\u2019\u00ab\u00a0un monde de d\u00e9solations\u00a0\u00bb (Cioran 1960, 17), une soci\u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0opaque au r\u00e9el\u00a0\u00bb\u00a0(40), un monde fait de vide et de n\u00e9ant, une \u00ab\u00a0soci\u00e9t\u00e9 des marionnettes.\u00a0\u00bb\u00a0(105) L\u2019utopie, chez Cioran, est ainsi synonyme d\u2019une totale d\u00e9connexion par rapport au r\u00e9el. En influant sur les mentalit\u00e9s et sur la structure sociale elle-m\u00eame, elle contribue \u00e0 fa\u00e7onner une norme reposant sur la fausset\u00e9 et sur l\u2019illusion.<\/p>\n<p>Une conception similaire de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale est d\u00e9velopp\u00e9e au sein des textes de Lary Kidd, eux aussi teint\u00e9s d\u2019un profond pessimisme. La vision du monde qui se construit, \u00e0 partir de\u00a0<em>Blue Volvo<\/em>\u00a0et dans les projets plus tardifs du rappeur, est celle d\u2019un narrateur<a id=\"footnoteref5_3je5x6q\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous prenons ici la libert\u00e9 d\u2019associer la figure du rappeur \u00e0 celle du narrateur de ses textes, compos\u00e9s \u00e0 la premi\u00e8re personne.\" href=\"#footnote5_3je5x6q\">[5]<\/a> d\u00e9sillusionn\u00e9, en proie \u00e0 un mal-\u00eatre constant, \u00ab\u00a0toujours m\u00e9lancolique.\u00a0\u00bb\u00a0(Lary Kidd 2019, \u00ab\u00a0Barcelone\u00a0\u00bb) Se pr\u00e9sentant dans ses textes comme directement influenc\u00e9 par la philosophie de Cioran, il d\u00e9cr\u00e8te souffrir de sa prise de conscience du triste \u00e9tat du monde\u00a0: \u00ab\u00a0Je me demande si je serais plus heureux ignorant \/ Je contemple le vide avec mon bon vieil ami Cioran\u00a0\u00bb\u00a0(Lary Kidd 2019, \u00ab\u00a0Barcelone\u00a0\u00bb). La tristesse, le sentiment de vide et l\u2019absence d\u2019espoir constituent des th\u00e8mes r\u00e9currents dans ses derniers albums, oppos\u00e9es \u00e0 l\u2019ancienne promotion aveugle d\u2019un h\u00e9donisme insouciant.<\/p>\n<h2>Larry Kidd, monstre ou surhomme?<\/h2>\n<p>Comme nous l\u2019avons vu, l\u2019environnement symbolique, ou \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, fait de l\u2019individu un produit du lieu o\u00f9 il \u00e9volue. Pour Lary Kidd, la ville nord-am\u00e9ricaine incarne la perte de soi, comme la perte de ses d\u00e9sirs et de l\u2019identit\u00e9 personnelle. Autant dire que d\u2019une certaine mani\u00e8re, celui ou celle qui habite la ville am\u00e9ricaine ou occidentale, incarn\u00e9e dans les textes du rappeur par Montr\u00e9al, cesse d\u2019exister par soi-m\u00eame, perdu.e au sein d\u2019un espace \u00e9touffant qui lui fait perdre des yeux la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te. Montr\u00e9al appara\u00eet ainsi comme un lieu \u00e0 la fois omnipr\u00e9sent et vide, ic\u00f4ne de l\u2019espace social occidental par excellence, un lieu d\u2019inexistence, de non-\u00eatre. Dans \u00ab\u00a0Histoires et utopies\u00a0\u00bb, le vers \u00ab\u00a0Montr\u00e9al, fais-moi pas trop mal ce soir\u00a0\u00bb identifie la ville \u00e0 un espace de douleur, dont le narrateur ne peut se d\u00e9p\u00eatrer\u00a0(Lary Kidd 2019). Ce d\u00e9terminisme, li\u00e9 \u00e0 un environnement \u00e9touffant o\u00f9 l\u2019\u00eatre humain se retrouve \u00ab\u00a0compl\u00e8tement perdu\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2014, \u00ab\u00a0XOXO\u00a0\u00bb) et \u00ab\u00a0sans espoir\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust\u00a02014, \u00ab\u00a014 AM\u00a0\u00bb), fait de l\u2019environnement comme un lieu essentiellement vou\u00e9 \u00e0 d\u00e9shumaniser et \u00e0 faire souffrir l\u2019individu.<\/p>\n<p>Ainsi pi\u00e9g\u00e9 dans une ville qui lui veut du mal, un monde alternatif est-il imaginable pour Lary Kidd? Dans \u00ab\u00a0D\u00e9composition\u00a0\u00bb, il rappe\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019imagine un monde meilleur et je glousse \/ En fait je meurs de frousse \/ J\u2019ai trop lu Cioran, pis j\u2019ai pas lu assez Proust\u00a0\u00bb\u00a0(Lary Kidd 2017). L\u2019entreprise utopique appara\u00eet comme explicitement disqualifi\u00e9e. Le rappeur voit le monde comme fig\u00e9, sous la forme d\u2019un ordre social \u00e9touffant qui d\u00e9termine le parcours des citoyen.nes. Reconnaissant, comme Cioran, l\u2019impossibilit\u00e9 de sortir de l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent de la soci\u00e9t\u00e9, le rappeur se d\u00e9crit comme profond\u00e9ment effray\u00e9 face au constat de l\u2019ach\u00e8vement du monde, incapable, contrairement \u00e0 Proust, de puiser dans son v\u00e9cu les germes d\u2019une \u0153uvre porteuse d\u2019espoir.<\/p>\n<p>En d\u00e9pit de cette difficult\u00e9 de penser l\u2019ordre social autrement, Lary Kidd tente de rejeter la perspective d\u2019une vie banale et socialement d\u00e9termin\u00e9e, au risque de s\u2019enlever la vie pour y \u00e9chapper\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La belle vie, nouvelle maison<br \/>Tu te suicides avant quarante ans<br \/>Mais <em>best believe<\/em> que je te donne raison<br \/>Parce que je pr\u00e9f\u00e9rerais la pendaison\u00a0(Loud Lary Ajust 2014, \u00ab\u00a014 AM\u00a0\u00bb)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Une alternative, quelle qu\u2019elle soit, appara\u00eet n\u00e9cessaire pour sortir du d\u00e9terminisme et de l\u2019immobilisme. Le titre de son dernier album,\u00a0<em>Surhomme<\/em>, r\u00e9f\u00e8re \u00e0 ce d\u00e9sir de transcender le moule dans lequel se fondent des individus uniformes et d\u00e9shumanis\u00e9s. Le concept de \u00ab\u00a0surhomme\u00a0\u00bb, inspir\u00e9 de Friedrich Nietzsche, sous-entend la volont\u00e9 de se d\u00e9marquer des autres \u00eatres soumis \u00e0 une routine abrutissante, dans l\u2019espoir de contrer le vide existentiel impos\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9. Si l\u2019\u00e9mancipation est possible, elle doit se faire sans les autres\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai besoin de personne\u00a0\u00bb\u00a0(Loud Lary Ajust 2014, \u00ab\u00a0Personne\u00a0\u00bb). L\u2019\u00eatre humain d\u2019aujourd\u2019hui, pour le rappeur comme pour Cioran, est profond\u00e9ment seul. L\u2019\u00ab\u00a0harmonie universelle\u00a0\u00bb, aux yeux de Cioran, est une \u00ab\u00a0fiction capitale dont nous n\u2019attendons plus rien\u00a0\u00bb\u00a0(1960, 140). La vie en soci\u00e9t\u00e9 est pr\u00e9sent\u00e9e chez lui comme une forme de compromission violente, d\u2019effacement de toute aspiration personnelle. La haine des autres appara\u00eet d\u00e8s lors comme l\u2019affirmation d\u2019une puissance \u00e9mancipatrice\u00a0: \u00ab\u00a0Vivre v\u00e9ritablement, c\u2019est refuser les autres\u00a0\u00bb\u00a0(Cioran 1960, 10). L\u2019entreprise philosophique de Cioran peut \u00eatre d\u00e9crite comme subversive, dans la mesure o\u00f9 elle renverse certaines valeurs g\u00e9n\u00e9ralement admises comme communes ou positives, telle que la libert\u00e9, consid\u00e9r\u00e9e tour \u00e0 tour comme \u00ab\u00a0faite pour \u00eatre perdue\u00a0\u00bb\u00a0(1960, 21), comme un \u00ab\u00a0virus\u00a0\u00bb\u00a0(42), ou comme \u00ab\u00a0un \u00e9tat d\u2019absence\u00a0\u00bb\u00a0(67). Cioran valorise en contrepartie le vice, la tyrannie et ce qu\u2019il appelle lui-m\u00eame le \u00ab\u00a0mal\u00a0\u00bb\u00a0(1960, 131). Le d\u00e9tachement de l\u2019individu du groupe par tous les moyens n\u00e9cessaires repr\u00e9sente, pour lui, un v\u00e9ritable aboutissement. Il oppose, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, \u00ab\u00a0le caract\u00e8re illusoire, la nullit\u00e9 de tout acte\u00a0\u00bb\u00a0(Cioran 1960, 67) au \u00ab\u00a0besoin d\u2019absolu\u00a0\u00bb\u00a0(33) et au \u00ab\u00a0d\u00e9sir de dominer\u00a0\u00bb\u00a0(49) inh\u00e9rents \u00e0 l\u2019\u00eatre humain. Il n\u2019y aurait, sous cet angle, d\u2019autre finalit\u00e9 \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience humaine que celle de triompher sur ses cong\u00e9n\u00e8res\u00a0: l\u2019existence, pour Cioran, \u00ab\u00a0r\u00e9side dans cette propension \u00e0 nuire.\u00a0\u00bb\u00a0(1960,\u00a0133) Le philosophe valorise ainsi l\u2019agentivit\u00e9 par la capacit\u00e9 que nous avons \u00e0 dominer nos semblables. Bien qu\u2019il critique de mani\u00e8re acerbe l\u2019ordre sociopolitique au sein duquel il \u00e9volue, il fait paradoxalement l\u2019\u00e9loge de la domination. Le drame, pour lui, est de ne pas s\u2019\u00eatre retrouv\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 des tyrans.<\/p>\n<p>Lary Kidd, s\u2019il ne se consid\u00e8re pas incarner le mal, ni la tyrannie, se voit comme malgr\u00e9 lui vid\u00e9 de son humanit\u00e9, transform\u00e9 en monstre\u00a0: \u00ab\u00a0Jeune pauvre et d\u00e9prim\u00e9 \/ Antid\u00e9presseurs\u00a0<em>live<\/em>\u00a0\/ Vide de l\u2019int\u00e9rieur, je suis devenu tout ce que j\u2019avais peur d\u2019\u00eatre\u00a0\u00bb\u00a0(2017, \u00ab\u00a0D\u00e9composition\u00a0\u00bb). Cette figure du monstre est rendue explicite dans la chanson \u00ab\u00a0\u00c9loge de l\u2019ignorance\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>My life\u2019s a fucking mess<\/em><br \/>J\u2019all\u00e8ge mon porte-monnaie<br \/>En prenant toutes sortes de drogues, mais \u00e7a a l\u2019air que \u00e7a a pas d\u2019effet<br \/>Ma m\u00e8re qui me reconna\u00eet pas<br \/><em>She says I\u2019m a monster<\/em>\u00a0(Lary Kidd 2016)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans sa tentative d\u2019acqu\u00e9rir un sentiment d\u2019humanit\u00e9, il semble finalement avoir compl\u00e8tement perdu ce qui pouvait l\u2019y rattacher. \u00c0 force de s\u2019\u00e9carter des autres, il finit par se sentir rejet\u00e9, m\u00eame par sa m\u00e8re. Sa n\u00e9gation du monde le place, pour ainsi dire, seul au monde. Le refus de se soumettre \u00e0 un ordre social jug\u00e9 d\u00e9shumanisant le place dans une posture de fuite constante, qui le m\u00e8ne irr\u00e9m\u00e9diablement vers un nouveau d\u00e9terminisme. L\u2019unique possibilit\u00e9 de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019ordre social s\u2019articule donc, dans ses textes, autour d\u2019un refus absolu, \u00e0 la fois des autres, du monde et de lui-m\u00eame. Bien que l\u2019\u00e9tat second procur\u00e9 par l\u2019alcool et par la drogue r\u00e9sulte t\u00f4t ou tard \u00e0 un sentiment de chute, ce dernier s\u2019av\u00e8re tout aussi salvateur que celui de l\u2019extase, puisque le rappeur continue, dans la douleur, \u00e0 ressentir quelque chose et, ainsi, \u00e0 \u00e9prouver paradoxalement une derni\u00e8re trace d\u2019humanit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Qu\u2019est-ce qu\u2019il me reste d\u2019humain si ce n\u2019est ma facult\u00e9 \u00e0 souffrir?\u00a0\u00bb\u00a0(Lary Kidd 2017, \u00ab\u00a0Histoires et utopies\u00a0\u00bb)<\/p>\n<p>La souffrance, tout comme la jouissance, constituent ainsi \u00e0 ses yeux de v\u00e9ritables \u00e9chappatoires \u00e0 l\u2019environnement \u00e9touffant impos\u00e9 par la ville et par la soci\u00e9t\u00e9. Si Lary Kidd fr\u00f4le inlassablement la mort et se voue \u00e0 retomber sans cesse en d\u00e9pression, il reconna\u00eet une certaine valeur \u00e0 ce processus, ne serait-ce que dans la beaut\u00e9 attribu\u00e9e \u00e0 une \u00e9motion assez forte pour d\u00e9jouer l\u2019ennui\u00a0: \u00ab\u00a0Je sais pas pourquoi je suis triste comme \u00e7a,\u00a0<em>but hey<\/em>\u00a0\/\u00a0<em>Don\u2019t you think it\u2019s beautiful?<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(Lary Kidd 2019, \u00ab\u00a0Barcelone\u00a0\u00bb) Peut-\u00eatre est-ce justement dans cette capacit\u00e9 monstrueuse \u00e0 ressentir de puissantes \u00e9motions, par le biais de l\u2019extase et de la d\u00e9pression, qu\u2019il consid\u00e8re \u00eatre devenu un surhomme, ayant fui pour de bon la condition de \u00ab\u00a0marionnette\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous avons identifi\u00e9 au sein des textes de Lary Kidd, par une mise en parall\u00e8le avec la philosophe d\u2019Emil Cioran, un rejet de l\u2019ordre social actuel et un refus de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 un imaginaire utopique, quel qu\u2019il soit. L\u2019environnement urbain identifi\u00e9 par le rappeur et d\u00e9sign\u00e9 par le concept de \u00ab\u00a0Montr\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un lieu pr\u00e9cis mais vid\u00e9 de toute sp\u00e9cificit\u00e9, peut renvoyer \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 occidentale d\u00e9crite par le philosophe. Celle-ci repr\u00e9sente un lieu o\u00f9 l\u2019individu se perd, d\u00e9termin\u00e9 par des facteurs ext\u00e9rieurs qui le privent du contr\u00f4le de son existence. Les voies alternatives propos\u00e9es par le rappeur, compos\u00e9es du d\u00e9passement de soi, de la f\u00eate, de la consommation d\u2019alcool et de drogues et de l\u2019accumulation de biens mat\u00e9riaux ne font, toutefois, que le renvoyer \u00e0 un cadre auquel sa volont\u00e9 se retrouve soumise. En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Ric\u0153ur, pourrait-on avancer qu\u2019en tournant le dos \u00e0 l\u2019utopie, Lary Kidd et Cioran adoptent une posture qui se veut subversive, mais qui s\u2019inscrit dans un ordre social immuable? Ces derniers, en critiquant l\u2019\u00e9tat fig\u00e9 du monde, finiraient malgr\u00e9 eux par faire son apologie et par renforcer ainsi le r\u00e8gne de l\u2019id\u00e9ologie. C\u2019est peut-\u00eatre l\u00e0, finalement, exactement ce que cherche Lary Kidd en devenant un \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb, perdant volontairement toute humanit\u00e9 et toute influence directe sur le monde\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>H\u00e9r\u00e9tique par excellence, le monstre \u00e9veill\u00e9, lui, solitude incarn\u00e9e, infraction \u00e0 l\u2019ordre universel, se compla\u00eet \u00e0 son exception, s\u2019isole dans ses privil\u00e8ges on\u00e9reux, et c\u2019est en <em>dur\u00e9e<\/em> qu\u2019il paie ce qu\u2019il gagne sur ses \u201csemblables\u201d\u00a0: plus il s\u2019en distingue, plus il sera \u00e0 la fois dangereux et fragile, car c\u2019est au prix de sa long\u00e9vit\u00e9 qu\u2019il trouble la paix des autres et qu\u2019il se cr\u00e9e, au milieu de la cit\u00e9, un statut d\u2019ind\u00e9sirable.\u00a0(Cioran 1960, 106)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les actes autodestructeurs n\u2019auraient ainsi pour autre fin que de r\u00e9v\u00e9ler la faillite totale du mod\u00e8le social et de toute alternative fictionnelle. Lary Kidd, en composant une \u0153uvre o\u00f9 il met de l\u2019avant sa souffrance, son d\u00e9s\u0153uvrement et son sentiment de solitude, nous montre peut-\u00eatre les limites de la voie qu\u2019il a lui-m\u00eame emprunt\u00e9e et illustre de quelle mani\u00e8re elle a fait de lui un \u00eatre coup\u00e9 du monde, un v\u00e9ritable monstre ou, peut-\u00eatre, un surhomme. Il nous rappellerait par l\u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019agir, de ressentir, d\u2019\u00e9prouver notre humanit\u00e9, afin de parvenir \u00e0 briser le sentiment de solitude auquel il se retrouve, lui, confin\u00e9.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Boisvert-Magnen, Olivier. 2019. \u00ab\u00a0Comment le rap qu\u00e9b s\u2019est impos\u00e9 comme genre musical de la d\u00e9cennie\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Voir<\/em>, 16 d\u00e9cembre.\u00a0<u><a href=\"https:\/\/voir.ca\/musique\/2019\/12\/16\/comment-le-rap-queb-sest-impose-comme-genre-musical-de-la-decennie\/\">https:\/\/voir.ca\/musique\/2019\/12\/16\/comment-le-rap-queb-sest-impose-comme-genre-musical-de-la-decennie\/<\/a><\/u>\u00a0(Page consult\u00e9e le 10 mars 2020)<\/p>\n<p>Cioran, Emil. 1960.\u00a0<em>Histoire et utopie<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9, \u00c9milie. 2013. \u00ab\u00a0Loud Lary Ajust\u00a0: du rap de hispter\u00a0\u00bb.\u00a0<em>La Presse<\/em>, 21 janvier.\u00a0<u><a href=\"https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/201301\/21\/01-4613505-loud-lary-ajust-du-rap-de-hipster.php\">https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/201301\/21\/01-4613505-loud-lary-ajust-du-rap-de-hipster.php<\/a><\/u>\u00a0(Page consult\u00e9e le 7 mars 2020)<\/p>\n<p>D\u2019Ambroise, Charles. 2014. \u00ab\u00a0Loud Lary Ajust: soif de jeunesse\u00a0\u00bb,\u00a0<em>La Presse<\/em>, 21 octobre.\u00a0<u><a href=\"https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/entrevues\/201410\/21\/01-4811147-loud-lary-ajust-soif-de-jeunesse.php\">https:\/\/www.lapresse.ca\/arts\/musique\/entrevues\/201410\/21\/01-4811147-loud-lary-ajust-soif-de-jeunesse.php<\/a><\/u>\u00a0(Page consult\u00e9e le 9 mars 2020)<\/p>\n<p>Dilem, Alex. 2012. \u00ab\u00a0Entrevue: Loud x Lary x Ajust \u2013 Gullywood\u00a0\u00bb.\u00a0<em>DISQC<\/em>, 9 mai.\u00a0<u><a href=\"http:\/\/www.disqc.com\/lancements\/item\/18-entrevue-loud-x-lary-x-ajust-gullywood\">http:\/\/www.disqc.com\/lancements\/item\/18-entrevue-loud-x-lary-x-ajust-gullywood<\/a><\/u>\u00a0(Page consult\u00e9e le 7 mars 2020)<\/p>\n<p>Funk, Hans-G\u00fcnter. 1988. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9volution s\u00e9mantique de la notion d\u2019utopie en fran\u00e7ais\u00a0\u00bb, dans Hinrich Hudde et Peter Kuon.\u00a0<em>De l\u2019utopie \u00e0 l\u2019uchronie. Formes, significations, fonctions<\/em>. T\u00fcbigen\u00a0: Gunter Nagg Verlag.<\/p>\n<p>More, Thomas. 2012 [1516].\u00a0<em>L\u2019Utopie<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Lary Kidd. 2009.\u00a0<em>La d\u00e9ch\u00e9ance de Lary Kidd<\/em>, [Ind\u00e9pendant].<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2016.\u00a0<em>\u00c9loge de l\u2019ignorance<\/em>, [Ind\u00e9pendant], Audiomack.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2017.\u00a0<em>Contr\u00f4le<\/em><em>,<\/em>\u00a0Coyotes Records, Bandcamp.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2019.\u00a0<em>Surhomme<\/em><em>,<\/em>\u00a0Coyotes Records, Bandcamp.<\/p>\n<p>Loud Lary Ajust. 2012.\u00a0<em>Gullywood<\/em>, [Ind\u00e9pendant], Bandcamp.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2013.\u00a0<em>O Mon Dieu<\/em>, Audiogram, Bandcamp.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2014.\u00a0<em>Blue Volvo<\/em>, Audiogram, Bandcamp.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2016.\u00a0<em>Ondul\u00e9<\/em>, Audiogram, Bandcamp.<\/p>\n<p>Morel, Jean. 2014. \u00ab\u00a0La controverse du rap qu\u00e9b\u00e9cois. Pourquoi Montr\u00e9al r\u00e9invente le rap francophone\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Nova<\/em>, 27 novembre.\u00a0<u><a href=\"https:\/\/www.nova.fr\/novamag\/38124\/la-controverse-du-rap-quebecois\">https:\/\/www.nova.fr\/novamag\/38124\/la-controverse-du-rap-quebecois<\/a><\/u>\u00a0(Page consult\u00e9e le 10 mars 2020)<\/p>\n<p>Ric\u0153ur, Paul. 1984. \u00ab\u00a0Id\u00e9ologie et utopie\u00a0: deux expressions de l\u2019imaginaire social\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Autres temps<\/em>, no 2, 1984\u00a0: 53-64.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_cn1wjol\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_cn1wjol\">[1]<\/a> Lary Kidd. 2019.\u00a0<em>Surhomme<\/em><em>,<\/em>\u00a0Coyotes Records, Bandcamp.<\/p>\n<p id=\"footnote2_gidz5nn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_gidz5nn\">[2]<\/a> \u00ab\u00a0Anzoo, cofondateur de l\u2019\u00e9mission radio Ghetto \u00c9rudit [sp\u00e9cialis\u00e9e sur le rap] [\u2026] qualifie l\u2019album de \u00ab\u00a0classique instantan\u00e9\u00a0\u00bb et lui donne la note de 4,7 sur 5.\u00a0\u00bb\u00a0(Dilem 2012, n.p.)<\/p>\n<p id=\"footnote3_u5pxapj\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_u5pxapj\">[3]<\/a> Koriass \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 actif avant la parution de\u00a0<em>Gullywood<\/em>, mais son travail subs\u00e9quent est fortement influenc\u00e9 par l\u2019apport de Loud Lary Ajust. Il a d\u2019ailleurs collabor\u00e9 avec chaque membre du groupe sur divers projets suite \u00e0 la sortie de l\u2019album.<\/p>\n<p id=\"footnote4_h8xuiip\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_h8xuiip\">[4]<\/a> Voir la chanson \u00ab\u00a0Let\u2019s Get Retarded\u00a0\u00bb des Black Eyed Peas, plus connue dans sa version censur\u00e9e sous le titre \u00ab\u00a0Let\u2019s Get It Started\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote5_3je5x6q\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_3je5x6q\">[5]<\/a> Nous prenons ici la libert\u00e9 d\u2019associer la figure du rappeur \u00e0 celle du narrateur de ses textes, compos\u00e9s \u00e0 la premi\u00e8re personne.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>B\u00e9rub\u00e9-Montanchez, Pablo. 2020. \u00ab Fuir l\u2019utopie : La \u201cMontr\u00e9alit\u00e9\u201d de Lary Kidd et le lieu du non-\u00eatre \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab \u00c9crire le lieu : modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation spatiale \u00bb, n\u00b031, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5682 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berube-montanchez_31.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 berube-montanchez_31.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-938a6fb1-298e-42fc-a5ea-514ef89eae26\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berube-montanchez_31.pdf\">berube-montanchez_31<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berube-montanchez_31.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-938a6fb1-298e-42fc-a5ea-514ef89eae26\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab \u00c9crire le lieu : modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation spatiale \u00bb, n\u00b0 31 Une avalanche de coke\u00a0cheap\u00a0du fin-fond de Saint-J\u00e9r\u00f4meQuelques lignes en vingt secondesLes jeunes subissent la fin du monde[1] Lary Kidd,\u00a0Surhomme La litt\u00e9rature porte-t-elle, de nos jours, un pouvoir transformateur? Pouvons-nous esp\u00e9rer trouver aupr\u00e8s d\u2019elle les pistes d\u2019une organisation sociale alternative? Pouvons-nous seulement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1323,1321],"tags":[36],"class_list":["post-5682","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-cartographier-la-ville-du-chez-soi-aux-non-lieux","category-ecrire-le-lieu-modalites-de-la-representation-spatiale","tag-berube-montanchez-pablo"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5682","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5682"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5682\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8558,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5682\/revisions\/8558"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5682"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5682"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5682"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}