{"id":5684,"date":"2024-06-13T19:48:33","date_gmt":"2024-06-13T19:48:33","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/un-dimanche-a-mytilene-topographies-de-lexotisme-dans-dons-des-feminines-1951-de-valentine-penrose\/"},"modified":"2024-08-22T16:24:13","modified_gmt":"2024-08-22T16:24:13","slug":"un-dimanche-a-mytilene-topographies-de-lexotisme-dans-dons-des-feminines-1951-de-valentine-penrose","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5684","title":{"rendered":"\u00ab Un dimanche \u00e0 Mytil\u00e8ne \u00bb : topographies de l\u2019exotisme dans \u00ab Dons des f\u00e9minines  \u00bb(1951) de Valentine Penrose"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6902\">Dossier \u00ab \u00c9crire le lieu : modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation spatiale \u00bb, n\u00b0 31<\/a><\/h5>\n<p>Consacr\u00e9e aux d\u00e9placements spatiaux d&rsquo;un couple lesbien, l\u2019\u0153uvre hybride <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>\u2013 cr\u00e9\u00e9e par la collagiste et \u00e9crivaine surr\u00e9aliste Valentine Penrose \u2013 est compos\u00e9e de collages et de po\u00e8mes en langues fran\u00e7aise et anglaise<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Cet article d\u00e9coule des recherches effectu\u00e9es pour un m\u00e9moire de ma\u00eetrise de 2019, d\u00e9pos\u00e9 au d\u00e9partement des litt\u00e9ratures de langue fran\u00e7aise de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al et r\u00e9dig\u00e9 sous la direction d\u2019Andrea Oberhuber. Je remercie Andrea, Catherine Blais, Sophie M\u00e9nard et Marcello Vitali-Rosati pour les remarques qu\u2019ils ont apport\u00e9es aux premi\u00e8res versions de ce texte. Je tiens \u00e0 remercier \u00e9galement Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise, qui a eu la gentillesse de m\u2019autoriser \u00e0 inclure dans cet article les collages confectionn\u00e9s par sa tante, Valentine Penrose.<\/span><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Andrea Oberhuber et Sarah-Jeanne Beauchamp Houde qualifient cette \u0153uvre de \u00ab\u00a0recueil-collage\u00a0\u00bb surr\u00e9aliste dans <em>Le Livre surr\u00e9aliste au f\u00e9minin\u00a0: faire \u0153uvre \u00e0 deux<\/em>. Ce que la critique nomme le \u00ab\u00a0livre surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb est un mod\u00e8le livresque qui rompt avec la tradition du livre illustr\u00e9 du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, l&rsquo;esth\u00e9tique surr\u00e9aliste \u00e9tant marqu\u00e9e par une complexit\u00e9 des rapports entre les images et le texte. \u00c0 ce titre, Ren\u00e9e Riese Hubert qualifie <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>de livre surr\u00e9aliste \u00ab\u00a0arch\u00e9typal\u00a0\u00bb. Afin de se concentrer sur les \u00e9l\u00e9ments saphiques de l\u2019\u0153uvre (un aspect peu \u00e9tudi\u00e9 par la critique), cet article ne fait donc pas l&rsquo;analyse des rapports entre les deux modes de repr\u00e9sentation. Pour une analyse approfondie des enjeux interm\u00e9diaux reli\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre et de ses qualit\u00e9s proprement surr\u00e9alistes, voir les travaux d\u2019Andrea Oberhuber, de Ren\u00e9e Riese Hubert (1988) et de Doris Eibl (2012, 157-166).<\/span>. \u00ab\u2009Maria \u00c9lona y Rubia<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">L\u2019usage du mot espagnol \u00ab\u00a0y\u00a0\u00bb (qui veut dire \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais) t\u00e9moigne du r\u00f4le important jou\u00e9 par la langue et la culture espagnoles, \u00e9vocatrices de l\u2019exotisme de l\u2019\u0153uvre, tout comme le pr\u00e9nom de l\u2019amoureuse de la protagoniste, Maria \u00c9lona.<\/span>\u2009\u00bb, comme l&rsquo;intertitre l&rsquo;indique dans une police grasse et boucl\u00e9e au d\u00e9but du livre, fuient la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle gr\u00e2ce \u00e0 un voyage vers des endroits exotiques. Ces derniers sont souvent repr\u00e9sent\u00e9s comme p\u00e9rilleux\u00a0: du sommet d\u2019une montagne vertigineuse \u00e0 une jungle touffue, en passant par les bords de mer, un champ de bataille, un hall de danse espagnol et m\u00eame le ciel vers lequel elles volent dans une montgolfi\u00e8re, les deux aventuri\u00e8res se perdent dans des paysages lointains afin de vivre pleinement le lesbianisme. De ce fait, l\u2019exotisme des po\u00e8mes et des collages constitue bien plus qu\u2019un choix esth\u00e9tique de l\u2019\u00e9crivaine-collagiste\u00a0: le r\u00e9gime symbolique des espaces hors de port\u00e9e sert \u00e0 affranchir les h\u00e9ro\u00efnes des contraintes li\u00e9es au mod\u00e8le de la femme h\u00e9t\u00e9ronormative. Ce concept d\u2019une alt\u00e9rit\u00e9 double (spatiale et identitaire) s\u2019exprime d&rsquo;abord par la fugue de la protagoniste. Au d\u00e9but du livre, Rubia se soustrait \u00e0 un mariage avec l\u2019antagoniste masculin de l\u2019histoire, \u00ab\u00a0Cock Norah\u00a0\u00bb qui, comme on le lit dans un po\u00e8me du livre, \u00ab\u00a0en duel sinistre gagna \/ La main de Rubia [mais] pas son c\u0153ur\u2009\u00bb (Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.).<\/p>\n<h2>Topographies de l\u2019exotisme mytil\u00e9nien<\/h2>\n<p>Les endroits vers lesquels Rubie s\u2019enfuit avec son amante, Maria \u00c9lona, sont plac\u00e9s sous le signe de l\u2019exotisme, concept qui compl\u00e8te celui de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, car le premier constitue une distance spatio-temporelle d\u2019apr\u00e8s la conception que Victor Segalen met en \u00e9vidence dans son <em>Essai sur l\u2019exotisme\u00a0<\/em>(1978). Segalen con\u00e7oit l\u2019exotisme comme la fascination pour un lieu marqu\u00e9 par un \u00e9cart spatial <em>et<\/em> temporel (L\u00e9vy\u00a02008, 41), \u00ab\u00a0la sensation d\u2019exotisme [\u00e9tant] [\u2026] autant produite par un d\u00e9calage dans le temps que par une distance g\u00e9ographique, c\u2019est-\u00e0-dire un d\u00e9calage dans l\u2019espace\u00a0\u00bb (Gilles Manceron, dans Segalen\u00a01978, 11). Les espaces exotiques de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>sont effectivement des abstractions fictionnelles des endroits emprunt\u00e9s \u00e0 la carte r\u00e9elle, soit des \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb moins familiers au lectorat fran\u00e7ais de Penrose. Les territoires espagnols et indiens (d\u00e9calage spatial) auxquels les po\u00e8mes font r\u00e9f\u00e9rence se superposent pour faire un clin d\u2019\u0153il \u00e0 la ville antique de Mytil\u00e8ne (d\u00e9calage temporel), mentionn\u00e9e une fois de mani\u00e8re explicite (<strong>Fig.\u00a01<\/strong>), mais \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9e implicitement \u00e0 plusieurs reprises au fil de l\u2019\u0153uvre. Ainsi, au c\u0153ur de la pr\u00e9sente \u00e9tude appara\u00eet l\u2019id\u00e9e que la libert\u00e9, garantie par la fuite du couple lesbien vers des endroits plac\u00e9s sous le signe de l\u2019exotisme et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, est mise en \u0153uvre gr\u00e2ce aux multiples r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 Mytil\u00e8ne. Capitale de l\u2019\u00eele grecque de Lesbos, elle est une ville r\u00e9elle de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00e9rig\u00e9e en mythe comme la ville de r\u00e9sidence de la premi\u00e8re femme po\u00e8te, Sapho, connue pour ses vers po\u00e9tiques chant\u00e9s avec une harpe et portant sur l\u2019amour lesbien aupr\u00e8s de ce m\u00eame endroit tropical (Mora\u00a01966, 7-11). Penrose c\u00e9l\u00e8bre alors la victoire de l\u2019homosexualit\u00e9 f\u00e9minine, m\u00eame si les p\u00e9riples du couple ne m\u00e8nent qu\u2019\u00e0 la mort, survenue \u00e0 la toute fin de l\u2019histoire apr\u00e8s \u00ab\u00a0tant de bonheurs et de maux\u00a0\u00bb (Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.).<\/p>\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\">\n<div class=\"image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._1._un_dimanche_a_mytilene_0.png\" alt=\"\" width=\"1106\" height=\"425\" \/><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"dnd-legend-wrapper\">\n<div class=\"meta\"><strong>Figure\u00a01\u00a0:<\/strong>\u00a0Penrose, Valentine. 1951. \u00ab\u00a0Un dimanche \u00e0 Mytil\u00e8ne\u00a0\u00bb.<em>\u00a0Dons des f\u00e9minines.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Les Pas Perdus. Collage reproduit avec la permission de Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise.<\/div>\n<\/div>\n<p>Pour d\u00e9montrer que le lesbianisme \u2013 un th\u00e8me de la plus haute importance chez Penrose<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Les th\u00e8mes du matriarcat et du lesbianisme chez Penrose sont au c\u0153ur de l\u2019\u00e9tude de Ren\u00e9e Riese Hubert (1990, 117-142).<\/span> \u2013 est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la fuite du couple vers Mytil\u00e8ne, le pr\u00e9sent article mettra en \u00e9vidence trois \u00ab\u00a0topographies de l\u2019exotisme\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire trois techniques th\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la repr\u00e9sentation de Lesbos, un espace qui est certes r\u00e9el, mais aussi symbolique dans la mesure o\u00f9 il se rattache \u00e0 l\u2019imaginaire saphique. Pour faire appara\u00eetre l\u2019exotisme mytil\u00e9nien, trois pistes d\u2019analyse seront abord\u00e9es; elles sont rattach\u00e9es respectivement \u00e0 la repr\u00e9sentation sublime <em>et <\/em>sentimentale du lieu, \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique d\u2019abondance qui accompagne les \u00e9l\u00e9ments orientaux et m\u00eame bibliques du livre et, enfin, \u00e0 l\u2019id\u00e9e du paradis terrestre teint\u00e9 de vice.<\/p>\n<h2>La sublimit\u00e9 sensuelle\u2009de Mytil\u00e8ne<\/h2>\n<p>La premi\u00e8re double page de <em>Dons des f\u00e9minines<\/em> unit un po\u00e8me et un collage (<strong>Fig.\u00a02<\/strong>) pour camper Rubia \u2013 l\u2019h\u00e9ro\u00efne solitaire et triste \u00e0 cause de son mariage avec Cock Norah \u2013 \u00ab\u00a0au pic d\u2019Anie\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Au pic d\u2019Anie au temps qu\u2019il fait au pic d\u2019Anie \/ Apr\u00e8s les Arabes et ceux qui boivent dans du bois \u00e9tait Rubia.<\/p>\n<p>Rubia ton odeur est celle du buis d\u2019Espagne \/ Du fer rouill\u00e9 o\u00f9 les amoureux ont pleur\u00e9 \/ Des jalousies aux grilles des villes d\u2019Espagne, \/ Des \u0153illets de cendre qui disent l\u2019amour quand ce n\u2019est pas la c\u00e9losie.<\/p>\n<p>Chaude et d\u2019un pied s\u00e9v\u00e8re elle est l\u2019orpheline des montagnes. (Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00a0<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._2._au_pic_d_anie.png\" alt=\"\" width=\"570\" height=\"733\" \/><\/p>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-legend-wrapper\">\n<div class=\"meta\"><strong>Figure\u00a02\u00a0:<\/strong>\u00a0Penrose, Valentine. 1951. \u00ab\u00a0Au pic d\u2019Anie\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Dons des f\u00e9minines.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Les Pas Perdus. Collage reproduit avec la permission de Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Le collage qui accompagne ce po\u00e8me litt\u00e9ralise l\u2019id\u00e9e d\u2019une femme faisant partie du paysage naturel, rendue \u00e9vidente par sa \u00ab\u00a0verticalit\u00e9\u00a0\u00bb hyperbolique. La figure f\u00e9minine du collage \u2013 qui pourrait \u00eatre le \u00ab\u00a0pic d\u2019Anie\u00a0\u00bb <em>ou <\/em>l\u2019h\u00e9ro\u00efne Rubia \u2013 se m\u00e9tamorphose en une montagne pour devenir litt\u00e9ralement ce que les po\u00e8mes d\u00e9crivent m\u00e9taphoriquement comme \u00ab\u00a0l\u2019orpheline des montagnes\u00a0\u00bb. D\u00e9sireuse de traverser des sommets g\u00e9ographiques, cette figure repr\u00e9sente le sujet romantique par excellence, soit une personne qui se prom\u00e8ne dans la nature et raffole des endroits p\u00e9rilleux. La sauvagerie et la r\u00e9clusion de la nature sont \u00e9voqu\u00e9es par la forme imposante de la femme, mise en contraste avec les petites figures dans la rue pr\u00e8s de la mer en bas du \u00ab\u00a0pic d\u2019Anie\u00a0\u00bb. H\u00e9ro\u00efne d\u2019un paysage sublime, Rubia s\u2019\u00e9loigne du village et de la foule civilis\u00e9e pour incarner la majest\u00e9 de la nature par rapport \u00e0 l\u2019impuissance humaine.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de repr\u00e9senter l\u2019espace s\u2019inspire de la conception romantique du sublime telle que pens\u00e9e par Edmund Burke dans son essai intitul\u00e9 <em>A Philosophical Enquiry into\u2026 the Sublime and Beautiful <\/em>(1757). Burke th\u00e9orise l\u2019effet produit par la puissance et la force \u00e9blouissante de la nature; le sujet romantique \u00e9prouve alors un effet de stup\u00e9faction, ou du moins d\u2019admiration, selon les degr\u00e9s d\u2019\u00e9merveillement ou de terreur \u00e9prouv\u00e9s \u00e0 leur vue d\u2019une sc\u00e8ne sublime de la nature. C\u2019est bien ce que l\u2019on constate, pour prendre un exemple embl\u00e9matique, dans le tableau <em>Der Wanderer \u00fcber dem Nebelmeer<\/em>\u00a0(1818) de Caspar David Friedrich, dans lequel un marcheur solitaire, vu de dos, contemple, du haut d\u2019une falaise, une vall\u00e9e de montagnes diaphanes et des rochers entour\u00e9s de nuages. Dans ce tableau, l\u2019immensit\u00e9 du ciel qui plane au-dessus de cette \u00ab\u00a0mer de nuages\u00a0\u00bb donne au spectateur l\u2019impression d\u2019un paysage sauvage et naturel capable d\u2019emporter l\u2019humain. Or, la figure admirant la sc\u00e8ne \u00e0 partir du sommet de la montagne est situ\u00e9e au premier plan du tableau, ce qui a pour effet de minorer le paysage et de le repr\u00e9senter comme une \u00e9tendue vaste et insurmontable. Cette exp\u00e9rience du sublime est elle-m\u00eame vertigineuse et suscite tant\u00f4t l\u2019admiration, tant\u00f4t la crainte.<\/p>\n<p>Le collage penrosien qui repr\u00e9sente \u00ab\u00a0l&rsquo;orpheline des montagnes\u00a0\u00bb \u00e9voque une exp\u00e9rience \u00ab\u00a0\u00e9blouissante\u00a0\u00bb de la nature; le bouleversement de l\u2019\u00e2me est d\u00e9clench\u00e9 par l\u2019immensit\u00e9 des deux montagnes par rapport au port du premier plan, faisant \u00e9cho aux qualit\u00e9s de \u00ab\u00a0<em>vastness\u00a0<\/em>\u00bb ou \u00ab\u00a0<em>great dimensions\u00a0<\/em>\u00bb d\u00e9crites par Burke (1757, 71-73 et 135-136). Dans <em>Dons des f\u00e9minines, <\/em>le style sublime est rattach\u00e9 de mani\u00e8re explicite \u00e0 l\u2019\u00eele de Lesbos, comme on le constate dans la double page comportant l\u2019intertitre \u00ab\u00a0un dimanche \u00e0 Mytil\u00e8ne\u00a0\u00bb, \u00e9nonc\u00e9 onirique qui \u00e9voque le jour traditionnel de repos. Le texte est accompagn\u00e9 d\u2019un collage repr\u00e9sentant l\u2019\u00eele saphique o\u00f9 le f\u00e9minin domine de mani\u00e8re litt\u00e9rale, comme on le voit gr\u00e2ce \u00e0 la grande t\u00eate de style \u00e9gyptien\u00a0(<strong>Fig.\u00a01<\/strong>). Le premier plan de cette image sublime repr\u00e9sente des falaises vertigineuses, tandis que l&rsquo;arri\u00e8re-plan illustre un oc\u00e9an qui se perd dans un horizon ample et ouvert. M\u00eame si la grande t\u00eate f\u00e9minine et les deux figures sur une chaise flottant dans l\u2019air sont \u00e9vocatrices du r\u00eave propre \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique surr\u00e9aliste, la tr\u00e8s petite figure sur la falaise \u2013 \u00e0 peine perceptible et minor\u00e9e par ses alentours \u2013, signale l\u2019irruption du sublime dans l\u2019univers penrosien.<\/p>\n<p>Ainsi, le po\u00e8me consacr\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019orpheline des montagnes\u00a0\u00bb d\u00e9montre que la sublimit\u00e9 naturelle est mise au service de l\u2019exp\u00e9rience du lesbianisme, soit de l\u2019\u00e9l\u00e9vation sentimentale du sujet saphique. Le tout premier po\u00e8me de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>(cit\u00e9 plus haut) fait mention de l\u2019\u00ab\u00a0odeur\u00a0\u00bb exotique de la protagoniste\u00a0: \u00ab\u00a0Rubia ton odeur est celle du buis d\u2019Espagne\u00a0\u00bb. Le paysage espagnol est d\u00e9crit comme un endroit v\u00e9g\u00e9tal et montagneux, ce dont t\u00e9moignent les mentions du \u00ab\u00a0buis d\u2019Espagne\u00a0\u00bb, des \u00ab\u00a0\u0153illets\u00a0\u00bb et de la \u00ab\u00a0c\u00e9losie\u00a0\u00bb. Au fil de l\u2019\u0153uvre, le sujet lyrique fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 certains espaces indiens et espagnols, comme le bois d\u2019Espagne, \u00ab\u00a0Abyssinie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Chandernagor\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Avila\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le Gange\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Aragon\u00a0\u00bb (Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.). Ces lieux rev\u00eatent d&rsquo;ailleurs une importance personnelle pour l&rsquo;auteure-collagiste puisqu\u2019ils sont li\u00e9s \u00e0 ses voyages d\u2019amour avec Alice Rahon-Paalen, une autre po\u00e8te et artiste surr\u00e9aliste<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Georgiana M. M.\u00a0Colvile d\u00e9crit le dialogue litt\u00e9raire et amoureux entre les deux cr\u00e9atrices\u00a0(Colvile\u00a01996,\u00a081-112).<\/span>. De ce fait, la superposition au fil de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>des noms des lieux r\u00e9els associ\u00e9s aux aventures saphiques de Penrose sont assembl\u00e9s de mani\u00e8re arbitraire et non-lin\u00e9aire, donnant lieu \u00e0 l\u2019\u00e9vocation d\u2019un \u00ab\u00a0ailleurs\u00a0\u00bb onirique, de la libert\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la fuite par rapport \u00e0 la norme et, surtout, des aventures en couple. L\u2019Inde et l\u2019Espagne sont alors abstraites de leur \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb topographique et mises au service du r\u00eave saphique des amoureuses qui se rebellent contre la conformit\u00e9<em>. <\/em>Cette vision id\u00e9alis\u00e9e du s\u00e9jour d\u2019amour constitue une repr\u00e9sentation typique du saphisme, consid\u00e9r\u00e9e par Nicole G. Albert comme \u00ab\u00a0l\u2019embarquement pour Lesbos\u00a0\u00bb (2005, 50\u201152) ou bien comme \u00ab\u00a0une parenth\u00e8se exclusivement f\u00e9minine, \u00e0 l\u2019abri des regards m\u00e2les et indiscrets\u00a0\u00bb (51).<\/p>\n<p>Plusieurs po\u00e8mes et collages du livre \u00e9voquent ce lien causal entre l\u2019exp\u00e9rience du sublime et celle des d\u00e9sirs sexuels des amantes. Cette relation entre l\u2019<em>espace<\/em> sublime et les <em>sentiments<\/em> sublimes est importante. Nous pourrions aller jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9voquer un <em>topos<\/em> du saphisme puisque Mytil\u00e8ne, sur le plan symbolique, est \u00e9troitement reli\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0territoire sensuel\u00a0\u00bb, pour emprunter de nouveau les mots de Albert (2005, 48-50). C\u2019est ce qu\u2019on voit dans le passage \u00e9voquant le \u00ab\u00a0lit de ces anc\u00eatres\u00a0\u00bb, qui est probablement un clin d\u2019\u0153il \u00e0 Mytil\u00e8ne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Viens avec moi dormir dans le lit de ces anc\u00eatres \/ O\u00f9 furent \u00e9labor\u00e9es les forces de ta beaut\u00e9 vive. \/ Reviens \u00f4 surprenante. Aux rideaux de tes hanches \/ O\u00f9 je me tiens agenouill\u00e9e \/ Plus que nulle autre n\u2019a pri\u00e9 \/ Je te prie de me laisser dormir et me m\u00ealer aux temps.\u00a0(Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La m\u00e9taphore du lit-corps \u2013 \u00e9voqu\u00e9e par le vers \u00e9rotique \u00ab\u00a0aux rideaux de tes hanches\u00a0\u00bb \u2013 et la r\u00e9f\u00e9rence temporelle au \u00ab\u00a0lit de ces anc\u00eatres\u00a0\u00bb se font \u00e9cho pour rattacher l\u2019\u00eele de Lesbos \u00e0 la passion du sujet lyrique. L\u2019amoureuse de ce passage se d\u00e9clare boulevers\u00e9e par les \u00ab\u00a0forces\u00a0\u00bb de la \u00ab\u00a0beaut\u00e9 vive\u00a0\u00bb de son amante, dont le corps \u00e9veille une passion incitant le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb du po\u00e8me \u00e0 se mettre \u00e0 genoux pour prier ardemment. De plus, le po\u00e8me soul\u00e8ve l\u2019id\u00e9e de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9ros doux-amer\u00a0\u00bb, une notion qu\u2019Anne Carson\u00a0(1986) associe \u00e0 la passion paradoxalement douloureuse de l\u2019amour proprement saphique. Tr\u00e8s pr\u00e9sente dans les vers de la po\u00e8te Sapho elle-m\u00eame, l\u2019\u00e9ros doux\u2011amer d\u00e9signe une exp\u00e9rience \u00e0 la fois agr\u00e9able et d\u00e9sagr\u00e9able de l\u2019amour, comme le pr\u00e9cise Carson lorsqu\u2019elle explique que, dans le grec ancien (la langue hell\u00e9nique de Sapho), le mot \u00ab\u00a0\u00e9ros\u00a0\u00bb signifie \u00ab\u00a0vouloir\u00a0\u00bb et, plus sp\u00e9cifiquement, un \u00ab\u00a0d\u00e9sir de ce qui manque\u00a0\u00bb (Carson\u00a01986, 10). Autrement dit, un <em>topos <\/em>de la po\u00e9sie saphique est l\u2019expression de l\u2019homosexualit\u00e9 au f\u00e9minin comme une exp\u00e9rience douce <em>et<\/em> am\u00e8re, soit l\u2019exp\u00e9rience d\u2019amour pour celle qui est absente. Chez Penrose, les plaisirs sublimes de la terre de Lesbos se doublent d&rsquo;une exp\u00e9rience \u00e0 la fois excitante <em>et<\/em> douloureuse du corps f\u00e9minin, ce dont t\u00e9moigne l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00ab\u00a0reviens \u00f4 surprenante\u00a0\u00bb (Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.).<\/p>\n<p>La sublimit\u00e9 sensuelle de la rencontre mytil\u00e9nienne est perceptible dans un autre po\u00e8me dans lequel la tournure nominale \u00ab\u00a0marcheuse des talus\u00a0\u00bb est traduite en langue anglaise par l\u2019expression \u00ab\u00a0<em>wanderer of the long dykes<\/em>\u00a0\u00bb. Ces deux expressions rappellent d\u2019abord le sujet romantique qui marche dans la for\u00eat et se laisse emporter par la grandeur et la sublimit\u00e9 de la nature\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je r\u00eave. La jeunesse est hors de la pluie elle vient. \/ Mais marcheuses des talus qui se prolongent\u00a0\/ Cent fois mise \u00e0 voler aimer passer au ras de l\u2019eau me diras-tu [\u2026].<\/p>\n<p><em>I dream. Youth is sheltered from the storm she comes. \/ But you wanderer of the long dykes \/ A hundred times put to flight I love to skim the water you will answer<\/em> [\u2026] (Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si le \u00ab\u00a0talus\u00a0\u00bb fran\u00e7ais d\u00e9signe un terrain en pente, le mot anglais \u00ab\u00a0<em>dyke<\/em>\u00a0\u00bb est porteur d\u2019un deuxi\u00e8me sens\u00a0: il renvoie, quoique de mani\u00e8re p\u00e9jorative, \u00e0 une lesbienne. \u00ab\u00a0<em>Dyke\u00a0<\/em>\u00bb fait \u00e9galement \u00e9cho, sur le plan phon\u00e9tique, \u00e0 un autre mot anglais\u00a0: \u00ab\u00a0<em>dike<\/em>\u00a0\u00bb, terme qui se traduit par \u00ab\u00a0digue\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0foss\u00e9\u00a0\u00bb, et fait r\u00e9f\u00e9rence aux \u00e9l\u00e9ments architecturaux et g\u00e9ographiques du collage de la belle page (<strong>Fig.\u00a03<\/strong>). Ainsi, Penrose r\u00e9concilie la lesbienne (\u00ab\u00a0<em>dyke\u00a0<\/em>\u00bb) et la nature (le \u00ab\u00a0talus\u00a0\u00bb), mais aussi les \u00e9l\u00e9ments du d\u00e9cor du collage qui accompagnent les deux po\u00e8mes, comme la digue ou le foss\u00e9 (\u00ab\u00a0<em>dike<\/em>\u00a0\u00bb). De plus, les connotations \u00e9rotiques de la sc\u00e8ne placent le d\u00e9sir sous le signe de l\u2019exc\u00e8s, car les amoureuses \u2013 qui, dans le collage, sont situ\u00e9es au bord de l\u2019eau sous les draps de lit (les insinuations \u00e9rotiques sont claires) \u2013 se mettent \u00ab\u00a0\u00e0 voler aimer passer au ras de l\u2019eau\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0cent fois\u00a0\u00bb. La suite de trois infinitifs donne au lecteur l\u2019impression que l\u2019aventure amoureuse a une dur\u00e9e non d\u00e9termin\u00e9e; le d\u00e9sir saphique du couple semble in\u00e9puisable.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._3._je_reve.png\" alt=\"\" width=\"746\" height=\"500\" \/><\/p>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-legend-wrapper\">\n<div class=\"meta\"><strong>Figure\u00a03\u00a0:<\/strong>\u00a0Penrose, Valentine. 1951. \u00ab\u00a0Je r\u00eave\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Dons des f\u00e9minines.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Les Pas Perdus. Collage reproduit avec la permission de Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2>Le Proche-Orient, endroit d\u2019abondance et de foi<\/h2>\n<p>L&rsquo;exc\u00e8s sentimental et sexuel des deux h\u00e9ro\u00efnes repose alors sur leur mouvement vers la M\u00e9diterran\u00e9e, r\u00e9gion du Proche-Orient<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">\u00ab\u00a0L\u2019Orient\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0ensemble des pays situ\u00e9s \u00e0 l\u2019est de l\u2019Europe et aussi parfois \u00e0 certains pays du bassin m\u00e9diterran\u00e9en ou du sud de l\u2019Europe centrale\u00a0\u00bb. Il y a trois sous-cat\u00e9gories qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre d\u00e9finies\u00a0: l\u2019Extr\u00eame-Orient renvoie aux pays asiatiques; les pays du Moyen-Orient \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9tend[e]nt de la Turquie \u00e0 l\u2019Inde\u00a0\u00bb; le Proche-Orient d\u00e9signe les pays europ\u00e9ens \u00ab\u00a0de la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne bordant l\u2019Asie (Albanie, Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, etc.)\u00a0\u00bb (Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise).<\/span>.. Souvent voil\u00e9es sous des tissus orientaux (Fig.\u00a04), les figures f\u00e9minines des collages rev\u00eatent un motif myst\u00e9rieux, \u00e9vocateur non seulement de l\u2019exotisme oriental, mais \u00e9galement de l\u2019\u00e9rotisme, le voile \u00e9tant un \u00ab\u00a0symbole reconnu de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine\u00a0\u00bb (Durot-Bouc\u00e9\u00a02017, 137). De plus, les motifs orientaux des collages r\u00e9actualisent l\u2019esth\u00e9tique de certains auteurs saphiques de la d\u00e9cadence<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Pendant la fin-de-si\u00e8cle, l&rsquo;art et la litt\u00e9rature t\u00e9moignaient d&rsquo;une fascination pour le mythe de Sapho. Souvent, les artistes et auteurs de la d\u00e9cadence, comme Catulle Mend\u00e8s, Charles Baudelaire et Jane de la Vaud\u00e8re (Fig. 5), repr\u00e9sentent la figure de Sapho comme une figure d\u00e9mesur\u00e9e et \u00e9rotique. Le saphisme et la d\u00e9cadence sont au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9tude de Nicole G. Albert (2005).<\/span>. D&rsquo;apr\u00e8s Nicole Albert, un topos du saphisme fin-de-si\u00e8cle \u00e9tait la mise en sc\u00e8ne de l\u2019\u00eele de Lesbos gr\u00e2ce \u00e0 \u00ab\u00a0un flamboyant d\u00e9cor qui m\u00e9lange les \u00e9poques et les styles\u00a0\u00bb (Albert\u00a02005, 55), tel que dans la plupart des photographies de l\u2019\u0153uvre photolitt\u00e9raire de Jane de la Vaud\u00e8re, Sapho, dompteuse\u00a0(1908) (Fig.\u00a05)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Le plus souvent, les photographies de cette \u0153uvre saphique repr\u00e9sentent l\u2019h\u00e9ro\u00efne, une dompteuse d\u2019animaux, portant uniquement un mince voile pour couvrir sa taille. Avec des bijoux plac\u00e9s sur son corps, elle s\u2019exhibe sur des tapis exotiques, devant une harpe, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019objets de style \u00e9gyptien (des vases et des tapis) et entour\u00e9e de plantes et d\u2019animaux (un serpent, un lion).<\/span>.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._4._tu_par_leger_monde_salue.png\" alt=\"\" width=\"670\" height=\"475\" \/><\/p>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-legend-wrapper\">\n<div class=\"meta\"><strong>Figure\u00a04\u00a0:<\/strong>\u00a0Penrose, Valentine. 1951. \u00ab\u00a0Tu pars l\u00e9ger monde salu\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Dons des f\u00e9minines.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Les Pas Perdus. Collage reproduit avec la permission de Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise.<\/div>\n<div class=\"meta\">\u00a0<\/div>\n<div class=\"meta\">\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\"><!-- scald=51:sdl_editor_representation -->\n<div class=\"image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._5._sapho._dompteuse.png\" alt=\"\" width=\"403\" height=\"576\" \/><\/div>\n<div class=\"image\"><strong>Figure\u00a05\u00a0:<\/strong>\u00a0[de la] Vaud\u00e8re, Jane. 1908. Page de couverture de\u00a0<em>Sapho, dompteuse. Roman.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Albert M\u00e9ricant.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Se rattachant \u00e0 cette esth\u00e9tique o\u00f9 abondent les influences h\u00e9t\u00e9roclites, les collages de Dons des f\u00e9minines comportent des r\u00e9f\u00e9rences iconographiques au Moyen \u00c2ge, \u00e0 l\u2019\u00e8re victorienne, \u00e0 l\u2019Inde et \u00e0 l\u2019Espagne, alors que l\u2019imagerie orientale transpara\u00eet dans le n\u00e9oclassicisme qui traverse le livre, soit \u00e0 travers les bustes qui r\u00e9apparaissent comme des spectres et les figures inspir\u00e9es de La Naissance de V\u00e9nus de Botticelli (Fig.\u00a06)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">D\u00e9esse romaine de la beaut\u00e9 f\u00e9minine et de la s\u00e9duction, V\u00e9nus est par ailleurs \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019imaginaire \u00e9rotique de la po\u00e8te Sapho (Mora\u00a01966, 195).<\/span>. Prenons par exemple le collage repr\u00e9sentant un couple situ\u00e9 au bord de l\u2019eau (Fig.\u00a03)\u00a0: la sc\u00e8ne d\u2019amour est constitu\u00e9e de motifs classiques (la structure \u00e0 gauche ressemble \u00e0 un aqueduc en ruines, l\u2019objet qui le jouxte s\u2019apparente \u00e0 une couronne de fleurs de l\u2019Antiquit\u00e9), orientaux (les tissus sur l\u2019eau et autour des visages des figures f\u00e9minines) et moyen\u00e2geux (les chaussures poulaines, le calice m\u00e9di\u00e9val). Il existe ainsi une esth\u00e9tique de l\u2019abondance en raison de la superposition de motifs inspir\u00e9s de plusieurs p\u00e9riodes historiques, d\u2019endroits lointains et de divers styles.<\/p>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\">\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\"><!-- scald=55:sdl_editor_representation -->\n<div class=\"image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._6._allons_a_toutes_bornes_ou_le_soleil_est_froid_0.png\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"717\" \/><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!-- END scald=52 --><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"dnd-legend-wrapper\">\n<div class=\"meta\"><strong>Figure\u00a06\u00a0:<\/strong>\u00a0Penrose, Valentine. 1951. \u00ab\u00a0Allons \u00e0 toutes bornes o\u00f9 le soleil est froid\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Dons des f\u00e9minines.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Les Pas Perdus. Collage reproduit avec la permission de Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>L\u2019exub\u00e9rance iconographique et les motifs h\u00e9t\u00e9roclites de <em>Dons des f\u00e9minines<\/em> accompagnent l\u2019\u00e9vocation de l\u2019exc\u00e8s sensuel, invitant \u00e0 une interpr\u00e9tation th\u00e9ologique du saphisme dans l\u2019\u0153uvre. En s\u2019enfuyant de mani\u00e8re symbolique vers un terrain oriental de plaisir \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire vers <em>la <\/em>ville lesbienne par excellence (Mytil\u00e8ne) \u2013 Maria \u00c9lona et Rubia entreprennent un <em>p\u00e8lerinage <\/em>vers un lieu saint. Ce voyage <em>de foi<\/em> invite \u00e0 la consid\u00e9ration que les h\u00e9ro\u00efnes sont des \u00ab\u00a0modernes <em>pros\u00e9lytes<\/em> de Sapho\u00a0\u00bb (Albert\u00a02005, 62). Converties \u00e0 la doctrine saphique, Maria \u00c9lona et Rubia suivent les pas de Ren\u00e9e Vivien<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Surnomm\u00e9e \u00ab\u2009Sapho\u00a01900\u2009\u00bb, la femme de lettres Ren\u00e9e Vivien, n\u00e9e Pauline Mary Tarn (1877-1909), est aussi traductrice de la po\u00e8te grecque, Sapho. C\u2019est en 1903 que Vivien publie sa premi\u00e8re traduction int\u00e9grale de l\u2019\u0153uvre de Sapho (Vivien, 1903).<\/span> et de Natalie Clifford Barney, deux ic\u00f4nes du saphisme litt\u00e9raire du d\u00e9but du XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle qui ont par ailleurs fond\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019Acad\u00e9mie de Lesbos<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Vivien et Barney ont voyag\u00e9 \u00e0 Mytil\u00e8ne parce qu\u2019elle sert de source d\u2019inspiration litt\u00e9raire et, dans les mots de Albert, ce p\u00e8lerinage \u00ab\u00a0se confondit avec un retour dans l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0L\u2019Acad\u00e9mie de Lesbos\u00a0\u00bb est un terme qui d\u00e9signe la communaut\u00e9 uniquement f\u00e9minine que les deux po\u00e8tes ont voulu former lorsqu\u2019elles ont entrepris le voyage saphique (Albert\u00a02005, 45-66).<\/span>\u00bb (Albert\u00a02005, 45-66) <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Les amies de Vivien et de Barney, Yvonne Vernon et la journaliste Maryse Choisy, ont aussi entrepris ledit p\u00e8lerinage vers l\u2019\u00eele de Lesbos (Albert\u00a02005, 45-46).<\/span>. En ce sens, Albert explique que les auteurs de cette p\u00e9riode associent parfois Lesbos \u00e0 Gomorrhe, ville biblique d\u00e9truite \u00e0 cause des p\u00e9ch\u00e9s sodomites\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La D\u00e9cadence [\u2026] c\u00e9l\u00e8bre [\u2026] le mariage de Lesbos avec d\u2019autres lieux symbolisant l\u2019homosexualit\u00e9, \u00e0 savoir Gomorrhe, son double biblique [\u2026]. Changement de lieu et d\u2019\u00e9poque, l\u2019exotisme suscit\u00e9 par Gomorrhe est d\u2019une autre nature, avec des relents d\u2019orientalisme qui \u00e9voquent la fortune de Salom\u00e9 \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle. (Albert\u00a02005, 55)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le r\u00e9gime symbolique de l\u2019espace de <em>Dons des f\u00e9minines<\/em> fait d\u00e8s lors preuve de deux \u00e9l\u00e9ments qui d\u00e9coulent des traces de l\u2019orientalisme dans l\u2019\u0153uvre\u00a0: d\u2019une part, une abondance iconographique <em>et<\/em> sensuelle et, d\u2019autre part, la conception spirituelle, voire religieuse de Lesbos, \u00eele de la Gr\u00e8ce antique et endroit exotique du Proche-Orient qui endosse parfois les m\u00eames caract\u00e9ristiques que la ville de Gomorrhe, c\u2019est-\u00e0-dire celles d\u2019un lieu d\u2019exc\u00e8s et de d\u00e9bauche.<\/p>\n<h2>Entre <em>locus am\u0153nus <\/em>et havre maudit<\/h2>\n<p>Caract\u00e9ris\u00e9es par la redondance de plusieurs styles, mais aussi par la r\u00e9currence des \u00e9l\u00e9ments naturels paisibles (l\u2019eau, les arbres, les oiseaux), plusieurs sc\u00e8nes de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>\u00e9voquent la Lesbos antique dans la mesure o\u00f9 elles brossent le tableau d\u2019un paradis terrestre. C\u2019est dire que dans la tradition saphique plus globalement, Mytil\u00e8ne s\u2019impose comme un \u00ab\u00a0nouveau Jardin d\u2019\u00c9den\u00a0\u00bb, tel que d\u00e9crit par Pascale Joubi dans son analyse d\u2019un recueil de nouvelles de Vivien<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Joubi analyse le recueil <em>La Dame \u00e0 la Louve <\/em>(2016, 199-214). La nouvelle de Vivien \u00ab\u00a0Psappha charme les Sir\u00e8nes\u00a0\u00bb est un exemple particuli\u00e8rement significatif du paradis terrestre typique du saphisme litt\u00e9raire, car elle est consacr\u00e9e \u00e0 la rencontre de Sapho et des sir\u00e8nes de la mer (Vivien\u00a02007 [1904], 107-108). Cette nouvelle rappelle en quelque sorte le collage de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>analys\u00e9 plus haut, dans lequel le couple situ\u00e9 au bord de l\u2019eau est espionn\u00e9 par une sorte de femme-oiseau (<strong>Fig.\u00a03<\/strong>).<\/span>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Dans ces textes o\u00f9 l\u2019homosexualit\u00e9 au f\u00e9minin prime, tout se passe dans un espace clos, qui rappelle Mytil\u00e8ne, o\u00f9 la nature est d\u2019une grande s\u00e9r\u00e9nit\u00e9\u00a0: fleurs et herbes se m\u00ealent pour d\u00e9corer le sanctuaire des amantes. Tr\u00e8s paisible, l\u2019atmosph\u00e8re qui r\u00e8gne emprunte \u00e0 la douceur, \u00e0 la sensualit\u00e9 et \u00e0 la tendresse qui lient les femmes amoureuses. (Joubi\u00a02016, 209)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Certains lieux de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>r\u00e9pondent \u00e0 cette d\u00e9finition du havre paradisiaque propre au saphisme litt\u00e9raire et, corollairement, \u00e0 celle du <em>locus am\u0153nus, <\/em>topographie d\u2019un endroit de plaisir. Le rh\u00e9teur grec Libanius affirme que les repr\u00e9sentations de ce lieu paisible comportent presque toujours six composantes st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es, soit les \u00ab\u00a0sources, plantations, jardins, brise l\u00e9g\u00e8re, fleurs et chant des oiseaux\u00a0\u00bb (Adam 2019). Plusieurs doubles pages de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>regorgent de tels motifs<em>, <\/em>comme le t\u00e9moigne le collage o\u00f9 se d\u00e9ploie une jungle, espace servant de refuge tropical pour les amoureuses qui, de mani\u00e8re ludique, se m\u00e9tamorphosent en oiseaux\u00a0(<strong>Fig.\u00a07<\/strong>) pour \u00e9voquer le rapport harmonieux entre femme et nature. Si, dans ce collage, le r\u00e8gne animal appara\u00eet en raison du grand oiseau au milieu de la sc\u00e8ne, la femme de l\u2019arri\u00e8re\u2011plan rappelle une Daphn\u00e9 ovidienne (Ovide\u00a01992 [1 av. J.-C.],\u00a058-62), car elle est moiti\u00e9-femme moiti\u00e9-arbre; le r\u00e8gne humain s\u2019entrem\u00eale encore au v\u00e9g\u00e9tal. En effet, la v\u00e9g\u00e9tation envahit l\u2019univers du couple tout en servant d\u2019abri paisible, l\u00e0 o\u00f9 elles peuvent profiter pleinement de la compagnie de l\u2019autre et se regarder longtemps dans les yeux, comme repr\u00e9sent\u00e9 dans le collage (<strong>Fig.\u00a07<\/strong>). Les deux lesbiennes vivent leur amour gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 et \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 offertes par les sanctuaires v\u00e9g\u00e9taux ou oc\u00e9aniques (<strong>Fig.\u00a03<\/strong>) de leurs aventures.<\/p>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\">\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-drop-wrapper\"><!-- scald=56:sdl_editor_representation -->\n<div class=\"image\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._7._tantot_elles_sont_seules_tantot_avec_les_plantes_0.png\" alt=\"\" width=\"611\" height=\"732\" \/><\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!-- END scald=53 --><\/p>\n<\/div>\n<div class=\"dnd-legend-wrapper\">\n<div class=\"meta\"><strong>Figure\u00a07\u00a0:<\/strong>\u00a0Penrose, Valentine. 1951. \u00ab\u00a0Tant\u00f4t elles sont seules tant\u00f4t avec les plantes\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Dons des f\u00e9minines.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Les Pas Perdus. Collage reproduit avec la permission de Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Or, l\u2019id\u00e9e m\u00eame de l\u2019abondance sensuelle rattach\u00e9e au paradis terrestre invite \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019<em>hybris <\/em>du lesbianisme. En fin de compte, comment peut-on vivre dans l\u2019abondance sans p\u00e9cher, sans abuser? Comment rester vertueux si l\u2019on a le droit de tout faire et de tout avoir, si l\u2019on a acc\u00e8s \u00e0 tous les plaisirs? Chez Penrose, l\u2019amour lesbien renvoie apr\u00e8s tout \u00e0 <em>l\u2019exc\u00e8s<\/em> des plaisirs charnels et \u00e0 la <em>sur<\/em>abondance, ce qui est en fait un <em>topos <\/em>du saphisme moderne; pour Charles Baudelaire, la lesbienne est d&rsquo;ailleurs une \u00ab\u00a0femme damn\u00e9e<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Les po\u00e8mes saphiques de Baudelaire sont \u00ab\u00a0Lesbos\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Femmes damn\u00e9es (Delphine et Hippolyte)\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Sed non satiata\u00a0\u00bb (Baudelaire, 1861, 56-57, 178-180 et 181-184).<\/span>\u00a0\u00bb (Baudelaire\u00a01861, 56-57). Cette attitude avant-gardiste, qui vise \u00e0 po\u00e9tiser le scandale du lesbianisme, h\u00e9rite en partie d\u2019une conception historiquement homophobe datant du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, lorsque l\u2019homosexualit\u00e9 \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme un crime \u00ab\u00a0contre nature\u00a0\u00bb (Tamagne\u00a02001, 14). Penrose r\u00e9actualise cette id\u00e9e de la \u00ab\u00a0damnation\u00a0\u00bb de la lesbienne d\u00e9clench\u00e9e par son exc\u00e8s caract\u00e9ristique et, ce faisant, affiche un parti pris pour la r\u00e9volte \u00e0 l\u2019encontre de la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle, en narrant et en illustrant l\u2019aventure scandaleuse de Maria \u00c9lona et Rubia. C\u2019est ainsi que la po\u00e8te glorifie la r\u00e9ussite des h\u00e9ro\u00efnes, parvenues \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 leur destin domestique et procr\u00e9atif; un choix rebelle qui m\u00e8ne toutefois \u00e0 leur d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<p>Les voyages des protagonistes sont \u00e0 ce titre accompagn\u00e9s d\u2019un sentiment de danger qui pr\u00e9sage leur mauvais sort, mis en \u00e9vidence dans la derni\u00e8re double page dont le collage repr\u00e9sente la tombe des amoureuses (<strong>Fig.\u00a08<\/strong>). Le po\u00e8me prend d\u2019ailleurs la forme d\u2019une \u00c9pitaphe\u00a0: \u00ab\u00a0Ci-g\u00eet Rubia sous les G\u00e9meaux \/ Sous le Crabe et la Lune El Maria \u00c9lona \/ Mais tant de bonheurs et de maux \/ N\u2019en doutez pas seule la Vierge les donna\u00a0\u00bb\u00a0(Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.). Le destin tragique des deux lesbiennes qui \u2013 il ne faut pas l\u2019oublier \u2013 ont transgress\u00e9 en fuyant la norme h\u00e9t\u00e9rosexuelle, est signal\u00e9 au fil de l\u2019\u0153uvre, comme en t\u00e9moignent les nombreuses figures spectrales qui hantent les collages<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002eaf0000000000000000_5684\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002eaf0000000000000000_5684-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Pour une analyse de la spectralit\u00e9 gothique des figures f\u00e9minines de <em>Dons des f\u00e9minines, <\/em>voir les deux \u00e9tudes de Kimberley Marwood (2009 et 2014, 39\u201062).<\/span>. De mani\u00e8re plus concr\u00e8te, le collage ombreux qui appara\u00eet \u00e0 la fin du livre \u00e9voque une sc\u00e8ne de chaos, constitu\u00e9e d\u2019astres qui pr\u00e9voient leur sort malheureux. Le po\u00e8me qui accompagne ce collage corrobore son message inqui\u00e9tant en raison du vers \u00ab\u00a0[l]es cheveux s\u2019ensanglanteront qui avaient li\u00e9 Rubia\u00a0\u00bb (Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.). Ailleurs dans l\u2019\u0153uvre, le sujet lyrique laisse entendre le sentiment de p\u00e9ril associ\u00e9 au plaisir d\u00e9brid\u00e9, comme \u00e9voqu\u00e9 par certaines tournures telles que \u00ab\u00a0[d]e jours neufs et aussi de coutumes d\u2019effroi\u00a0\u00bb ou bien \u00ab\u00a0des choses \u00e0 venir d\u2019autres d\u00e9concert\u00e9es d\u2019autres s\u00fbres\u00a0\u00bb\u00a0(Penrose\u00a01951,\u00a0n.\u00a0p.). De tels vers mettent en lumi\u00e8re la copr\u00e9sence du bien et du vice, du plaisir et du risque.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/revuepostures.com\/sites\/postures.aegir.nt2.uqam.ca\/files\/thumbnails\/image\/fig._8._epitaphe.png\" alt=\"\" width=\"530\" height=\"717\" \/><\/p>\n<div class=\"dnd-atom-wrapper type-image context-sdl_editor_representation\">\n<div class=\"dnd-legend-wrapper\">\n<div class=\"meta\"><strong>Figure\u00a08\u00a0:<\/strong>\u00a0Penrose, Valentine. 1951. \u00ab\u00a0\u00c9pitaphe\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Dons des f\u00e9minines.\u00a0<\/em>Paris\u00a0: Les Pas Perdus. Collage reproduit avec la permission de Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise.<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Les espaces du livre se tiennent alors sur le seuil symbolique du <em>locus am\u0153nus<\/em> d\u00e9crit plus haut et du havre \u00ab\u00a0maudit\u00a0\u00bb, justement parce que le couple meurt de sa d\u00e9mesure. Il existe ainsi un imaginaire \u00ab\u00a0terrible\u00a0\u00bb associ\u00e9 aux espaces du livre, parce qu&rsquo;il \u00e9voque \u00e0 la fois le plaisir saphique et l&rsquo;affranchissement des normes h\u00e9t\u00e9rosexuelles. Les h\u00e9ro\u00efnes r\u00e9actualisent le saphisme litt\u00e9raire parce qu&rsquo;elles s&rsquo;enfuient vers l\u2019inconnu, \u00ab\u00a0ose[nt] s\u2019aventurer sur [d]es chemins interdits\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0m\u00e8n[ent] une existence libre, loin du puritanisme et des contraintes sociales\u00a0\u00bb, pour emprunter les mots de Albert dans son \u00e9tude sur le saphisme de la fin-de-si\u00e8cle (2005, 45\u201160). La po\u00e9tisation et la figuration de l\u2019exotisme de Mytil\u00e8ne reposent alors sur un paradoxe selon lequel l\u2019espace incarne un havre \u00e9d\u00e9nique, florissant et prosp\u00e8re, <em>et<\/em> un lieu du vice, des p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p>*<\/p>\n<p>De nombreux paradoxes sous-tendent la repr\u00e9sentation de Mytil\u00e8ne dans cette \u0153uvre qui \u00e9voque simultan\u00e9ment le plaisir et la douleur de l\u2019amour, le paradis et la damnation de l\u2019enfer, la foi et le p\u00e9ch\u00e9, l\u2019amour et la mort. \u00c0 la fois \u0153uvre saphique, histoire d\u2019amour et r\u00e9cit de voyage, Dons des f\u00e9minines explore \u00e0 bien des \u00e9gards le r\u00f4le symbolique jou\u00e9 par l\u2019espace dans la tradition saphique. L\u2019\u00eele de Lesbos appara\u00eet comme un endroit o\u00f9 priment la sublimit\u00e9 sensuelle et, corollairement, le \u00ab\u00a0crime\u00a0\u00bb de l\u2019homosexualit\u00e9, soit deux \u00e9l\u00e9ments d\u00e9coulant de l\u2019esth\u00e9tique orientale de l\u2019abondance et des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 un havre \u00e9d\u00e9nique. La repr\u00e9sentation penrosienne de Mytil\u00e8ne, lieu de la \u00ab\u00a0foi\u00a0\u00bb saphique, se fonde ainsi en large partie sur la pr\u00e9sence symbolique du vice, les lieux \u00e9tant souvent porteurs de plaisir sans retenue. Nourrissant la libert\u00e9 effectivement d\u00e9mesur\u00e9e du corps et de l\u2019\u00e2me, Mytil\u00e8ne accorde aux h\u00e9ro\u00efnes la pl\u00e9nitude sensuelle. Camp\u00e9es dans des paysages exotiques, \u00e9voluant \u00e0 l\u2019\u00e9cart de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 normative, les h\u00e9ro\u00efnes entreprennent une v\u00e9ritable qu\u00eate d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, tout comme deux autres personnages de l\u2019univers penrosien.<\/p>\n<p>Il existe en effet une similitude frappante entre la trame narrative de Dons des f\u00e9minines et celle de Martha\u2019s Opera\u00a0(1946), un r\u00e9cit gothique mettant en sc\u00e8ne deux femmes qui s\u2019aiment de mani\u00e8re clandestine, Rubie et Emily. Cette premi\u00e8re, tout comme son avatar Rubia de Dons des f\u00e9minines, est malheureuse \u00e0 cause d\u2019un mariage arrang\u00e9. L\u2019autorit\u00e9 masculine p\u00e8se sur la libert\u00e9 des deux amoureuses, qui sont des prisonni\u00e8res pendant la majorit\u00e9 du r\u00e9cit avant qu\u2019elles soient assassin\u00e9es par le fr\u00e8re d\u2019Emily, et cela dans un style ludique parodiant le roman gothique. La parent\u00e9 th\u00e9matique entre les deux \u0153uvres est sans ambigu\u00eft\u00e9, car elles mettent au premier plan de l\u2019histoire la solidarit\u00e9 f\u00e9minine, la r\u00e9volte \u00e0 l\u2019encontre de l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 et la qu\u00eate de vivre le lesbianisme, et ce, m\u00eame au prix de la vie. Par ailleurs, ces th\u00e8mes font \u00e9cho \u00e0 certains aspects de la vie de la cr\u00e9atrice elle-m\u00eame car, en 1936, Penrose a divorc\u00e9 du peintre surr\u00e9aliste, Roland Penrose (Colvile\u00a02001, 287). M\u00eame si elle restait proche de ce dernier et de sa nouvelle \u00e9pouse (la photographe am\u00e9ricaine, Lee Miller), Penrose a v\u00e9cu ses propres aventures et histoires d\u2019amour saphique. En effet, elle a \u00e9tudi\u00e9 la philosophie orientale \u00e0 la Sorbonne et effectu\u00e9 des p\u00e9riples en Inde, en Espagne, en \u00c9gypte, en Gr\u00e8ce et en Hongrie, parfois de mani\u00e8re autonome, parfois avec des amantes f\u00e9minines, telles la po\u00e8te Alice Rahon-Paalen et la peintre H\u00e9l\u00e8ne Az\u00e9nor. L&rsquo;auteure-collagiste s&rsquo;inscrit alors dans la lign\u00e9e d&rsquo;auteures saphiques du XX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, ayant m\u00eame c\u00f4toy\u00e9 l&rsquo;ic\u00f4ne du saphisme litt\u00e9raire mentionn\u00e9e plus haut, Natalie Barney, une Am\u00e9ricaine c\u00e9l\u00e8bre pour son salon litt\u00e9raire parisien et pour sa relation tumultueuse avec Vivien. Il se peut ainsi que les figures saphiques mises en \u0153uvre en 1946, puis en 1951, soient les alter ego de Valentine Penrose qui, d\u2019apr\u00e8s Roland Penrose, \u00ab\u00a0menait une vie souverainement ind\u00e9pendante\u00a0\u00bb (Penrose\u00a01983, 31).<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Adam, Jean-Michel. \u00ab\u2009Description\u2009\u00bb.\u00a0<em>Encylop\u00e6dia<\/em>\u2009<em>Universalis.\u00a0<\/em><a href=\"https:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/description\/\">https:\/\/www.universalis.fr\/encyclopedie\/description\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 15 avril 2019)<\/p>\n<p>Albert, Nicole. 2005. <em>Saphisme et d\u00e9cadence dans Paris fin-de-si\u00e8cle<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions de la Martini\u00e8re.<\/p>\n<p>Baudelaire, Charles. 2004 [1861]. <em>Les Fleurs du Mal. <\/em>Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Burke, Edmund. 2008 [1757]. <em>A Philosophical Enquiry into\u2026 the Sublime and Beautiful. <\/em>London\u00a0: Routledge Classics.<\/p>\n<p>Carson, Anne. 1986. <em>Eros the Bittersweet: an Essay. <\/em>Princeton\u00a0: Princeton University Press.<\/p>\n<p>Colvile, Georgiana M. M. 1996. \u00ab\u00a0Through an Hour-glass Lightly: Valentine Penrose and Alice Rahon Paalen\u00a0\u00bb, dans Russell King et Barnard McGuirk (dir.). <em>Reconceptions. Reading Modern French Poetry<\/em>. Nottingham\u00a0: University of Nottingham Press\u00a0: 81-112.<\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013. 2001. \u00ab\u00a0Chronologie\u00a0\u00bb, dans Georgiana M. M. Colvile (dir.). <em>\u00c9crits d\u2019une femme surr\u00e9aliste<\/em>. Paris\u00a0: Jo\u00eblle Losfeld\u00a0: 285-289.<\/p>\n<p>Durot-Bouc\u00e9, \u00c9lizabeth. 2017. <em>Emily philosophe, ou, Le go\u00fbt du plaisir. \u00c0 l\u2019ombre des Lumi\u00e8res, roman gothique et roman libertin. <\/em>Rennes\u00a0: Travaux d\u2019Investigation et de Recherche (T.I.R.).<\/p>\n<p>Eibl, Doris. 2012. \u00ab\u00a0Le partage de l\u2019espace dans <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>de Valentine Penrose\u00a0\u00bb, dans Andrea Oberhuber (dir.). <em>M\u00e9lusine<\/em>. Lausanne, no.\u00a0XXXII. 157-166.<\/p>\n<p>Hubert, Ren\u00e9e Riese. 1990. \u00ab\u00a0Gender, Genre, and Partnership: A Study of Valentine Penrose\u00a0\u00bb, dans Juliet MacCannell (dir.). <em>The Other Perspective in Gender and Culture, Rewriting Women and the Symbolic<\/em>. Oxford\u00a0: Columbia University Press\u00a0: 117-142.<\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013. 1994. \u00ab\u00a0Lesbianism and Matriarchy: Valentine and Roland Penrose\u00a0\u00bb, dans Ren\u00e9e Riese Hubert (dir.). <em>Magnifying Mirrors: Women, Surrealism, &amp; Partnership<\/em>. Lincoln\u00a0: University of Nebraska Press: 87-112.<\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013. 1988. <em>Surrealism and the Book<\/em>. Berkeley\u00a0: University of California Press.<\/p>\n<p>Humphreys, Karen. 2006. \u00ab\u00a0<em>Collages communicants: <\/em>Visual Representation in the Collage-Albums of Max Ernst and Valentine Penrose\u00a0\u00bb. <em>Contemporary French and Francophone Studies, <\/em>vol.\u00a010, no.\u00a04\u00a0: 377-387.<\/p>\n<p>Joubi, Pascale. 2016. \u00ab\u00a0R\u00e9appropriation et reconfiguration du <em>gender, <\/em>du saphisme et de Mytil\u00e8ne par Ren\u00e9e Vivien\u00a0\u00bb, dans Andrea Oberhuber, Alexandra Arvisais et Marie-Claude Dugas\u00a0(dir.). <em>Fictions modernistes du masculin-f\u00e9minin\u00a0: 1900-1940. <\/em>Rennes\u00a0: Presses Universitaires de Rennes\u00a0: 199-214.<\/p>\n<p>L\u00e9vy, Bertrand. 2008. \u00ab\u00a0Les racines culturelles de l\u2019exotisme g\u00e9ographique, du Moyen \u00c2ge \u00e0 la Renaissance europ\u00e9enne\u00a0\u00bb. <em>Le Globe. Revue genevoise de g\u00e9ographique, <\/em>no.\u00a0148\u00a0: 31-45.<\/p>\n<p>Marwood, Kimberley. 2009. \u00ab\u00a0Shadows of Femininity: Women, Surrealism and the Gothic\u00a0\u00bb. <em>Re\u2011bus<\/em>. no.\u00a04. <a href=\"http:\/\/fliphtml5.com\/kjno\/jmdo\/basic\">fliphtml5.com\/kjno\/jmdo\/basic<\/a> (Page consult\u00e9e le 25 mai 2019).<\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013. 2014. \u00ab\u00a0Imaginary Dimensions: Women, Surrealism and the Gothic\u00a0\u00bb, dans Maria Purves (dir.). <em>Women and Gothic<\/em>. Cambridge\u00a0: Cambridge Scholars Publishing\u00a0: 39-62.<\/p>\n<p>Mora, \u00c9dith. 1966. <em>Sappho\u00a0: Histoire d\u2019un po\u00e8te et traduction int\u00e9grale de l\u2019\u0153uvre. <\/em>Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>Oberhuber, Andrea et Sarah-Jeanne Beauchamp Houde. \u00ab\u00a0<em>Dons des f\u00e9minines<\/em>, un recueil-collage de Valentine Penrose\u00a0\u00bb. <em>Le Livre surr\u00e9aliste au f\u00e9minin\u00a0: faire \u0153uvre \u00e0 deux<\/em>. <a href=\"http:\/\/lisaf.org\/project\/penrose-valentine-dons-feminines\/\">lisaf.org\/project\/penrose-valentine-dons-feminines\/<\/a> (Page consult\u00e9e le 30 janvier 2019).<\/p>\n<p>Ovide. 1992 [1 av. J.-C.]. <em>Les M\u00e9tamorphoses. <\/em>Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Penrose, Roland. 1983. <em>Quatre-vingts ans de surr\u00e9alisme\u00a0: 1900-1981<\/em>. Paris\u00a0: Cercle d&rsquo;art.<\/p>\n<p>Penrose, Valentine. 1951. <em>Dons des f\u00e9minines.<\/em> Paris\u00a0: Librairie Les Pas Perdus.<\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013. 2001 [1946]. \u00ab\u00a0Martha\u2019s Opera\u00a0\u00bb, dans Georgiana M. M. Colvile (dir.). <em>\u00c9crits d\u2019une femme surr\u00e9aliste<\/em>. Paris\u00a0: Jo\u00eblle Losfeld\u00a0: 129-147.<\/p>\n<p>Segalen, Victor. 1978 [1908-1911]. <em>Essai sur l\u2019exotisme. <\/em>Montpellier\u00a0: Fata Morgana.<\/p>\n<p>Tamagne, Florence. 2001. <em>Mauvais genre? Une histoire des repr\u00e9sentations de l\u2019homosexualit\u00e9. <\/em>Paris\u00a0: \u00c9ditions LM.<\/p>\n<p>Vaud\u00e8re, Jane de la. 1908. <em>Sapho, dompteuse. Roman. <\/em>Paris\u00a0: Albert M\u00e9ricant. <a href=\"https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5773320b?rk=21459;2\">https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5773320b?rk=21459;2<\/a> (Page consult\u00e9e le 25 juin 2019).<\/p>\n<p>Vivien, Ren\u00e9e. 1903. <em>Sapho. Traduction nouvelle avec le texte grec. <\/em>Paris\u00a0: A. Lemerre. <a href=\"https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb312979911\">https:\/\/catalogue.bnf.fr\/ark:\/12148\/cb312979911<\/a> (Page consult\u00e9e le 25 mai 2019).<\/p>\n<p>\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013. 2007 [1904]. <em>La Dame \u00e0 la louve. <\/em>Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Kearney, Beth Fenn. 2020. \u00ab \u201cUn dimanche \u00e0 Mytil\u00e8ne\u201d : topographies de l\u2019exotisme dans\u00a0Dons des f\u00e9minines\u00a0(1951) de Valentine Penrose \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab \u00c9crire le lieu : modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation spatiale \u00bb, n\u00b031, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5684\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kearney_31_0.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 kearney_31_0.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-27d99a81-6446-4bd6-8fb2-065c48b03a87\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kearney_31_0.pdf\">kearney_31_0<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/kearney_31_0.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-27d99a81-6446-4bd6-8fb2-065c48b03a87\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Cet article d\u00e9coule des recherches effectu\u00e9es pour un m\u00e9moire de ma\u00eetrise de 2019, d\u00e9pos\u00e9 au d\u00e9partement des litt\u00e9ratures de langue fran\u00e7aise de l\u2019Universit\u00e9 de Montr\u00e9al et r\u00e9dig\u00e9 sous la direction d\u2019Andrea Oberhuber. Je remercie Andrea, Catherine Blais, Sophie M\u00e9nard et Marcello Vitali-Rosati pour les remarques qu\u2019ils ont apport\u00e9es aux premi\u00e8res versions de ce texte. Je tiens \u00e0 remercier \u00e9galement Mme\u00a0Marie-Gilberte Devise, qui a eu la gentillesse de m\u2019autoriser \u00e0 inclure dans cet article les collages confectionn\u00e9s par sa tante, Valentine Penrose.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Andrea Oberhuber et Sarah-Jeanne Beauchamp Houde qualifient cette \u0153uvre de \u00ab\u00a0recueil-collage\u00a0\u00bb surr\u00e9aliste dans <em>Le Livre surr\u00e9aliste au f\u00e9minin\u00a0: faire \u0153uvre \u00e0 deux<\/em>. Ce que la critique nomme le \u00ab\u00a0livre surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb est un mod\u00e8le livresque qui rompt avec la tradition du livre illustr\u00e9 du XIX<sup>e\u00a0<\/sup>si\u00e8cle, l&rsquo;esth\u00e9tique surr\u00e9aliste \u00e9tant marqu\u00e9e par une complexit\u00e9 des rapports entre les images et le texte. \u00c0 ce titre, Ren\u00e9e Riese Hubert qualifie <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>de livre surr\u00e9aliste \u00ab\u00a0arch\u00e9typal\u00a0\u00bb. Afin de se concentrer sur les \u00e9l\u00e9ments saphiques de l\u2019\u0153uvre (un aspect peu \u00e9tudi\u00e9 par la critique), cet article ne fait donc pas l&rsquo;analyse des rapports entre les deux modes de repr\u00e9sentation. Pour une analyse approfondie des enjeux interm\u00e9diaux reli\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre et de ses qualit\u00e9s proprement surr\u00e9alistes, voir les travaux d\u2019Andrea Oberhuber, de Ren\u00e9e Riese Hubert (1988) et de Doris Eibl (2012, 157-166).<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>L\u2019usage du mot espagnol \u00ab\u00a0y\u00a0\u00bb (qui veut dire \u00ab\u00a0et\u00a0\u00bb en fran\u00e7ais) t\u00e9moigne du r\u00f4le important jou\u00e9 par la langue et la culture espagnoles, \u00e9vocatrices de l\u2019exotisme de l\u2019\u0153uvre, tout comme le pr\u00e9nom de l\u2019amoureuse de la protagoniste, Maria \u00c9lona.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Les th\u00e8mes du matriarcat et du lesbianisme chez Penrose sont au c\u0153ur de l\u2019\u00e9tude de Ren\u00e9e Riese Hubert (1990, 117-142).<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Georgiana M. M.\u00a0Colvile d\u00e9crit le dialogue litt\u00e9raire et amoureux entre les deux cr\u00e9atrices\u00a0(Colvile\u00a01996,\u00a081-112).<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>\u00ab\u00a0L\u2019Orient\u00a0\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0ensemble des pays situ\u00e9s \u00e0 l\u2019est de l\u2019Europe et aussi parfois \u00e0 certains pays du bassin m\u00e9diterran\u00e9en ou du sud de l\u2019Europe centrale\u00a0\u00bb. Il y a trois sous-cat\u00e9gories qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre d\u00e9finies\u00a0: l\u2019Extr\u00eame-Orient renvoie aux pays asiatiques; les pays du Moyen-Orient \u00ab\u00a0s\u2019\u00e9tend[e]nt de la Turquie \u00e0 l\u2019Inde\u00a0\u00bb; le Proche-Orient d\u00e9signe les pays europ\u00e9ens \u00ab\u00a0de la c\u00f4te m\u00e9diterran\u00e9enne bordant l\u2019Asie (Albanie, Yougoslavie, Bulgarie, Roumanie, etc.)\u00a0\u00bb (Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise).<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Pendant la fin-de-si\u00e8cle, l&rsquo;art et la litt\u00e9rature t\u00e9moignaient d&rsquo;une fascination pour le mythe de Sapho. Souvent, les artistes et auteurs de la d\u00e9cadence, comme Catulle Mend\u00e8s, Charles Baudelaire et Jane de la Vaud\u00e8re (Fig. 5), repr\u00e9sentent la figure de Sapho comme une figure d\u00e9mesur\u00e9e et \u00e9rotique. Le saphisme et la d\u00e9cadence sont au c\u0153ur de l&rsquo;\u00e9tude de Nicole G. Albert (2005).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Le plus souvent, les photographies de cette \u0153uvre saphique repr\u00e9sentent l\u2019h\u00e9ro\u00efne, une dompteuse d\u2019animaux, portant uniquement un mince voile pour couvrir sa taille. Avec des bijoux plac\u00e9s sur son corps, elle s\u2019exhibe sur des tapis exotiques, devant une harpe, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019objets de style \u00e9gyptien (des vases et des tapis) et entour\u00e9e de plantes et d\u2019animaux (un serpent, un lion).<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>D\u00e9esse romaine de la beaut\u00e9 f\u00e9minine et de la s\u00e9duction, V\u00e9nus est par ailleurs \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 l\u2019imaginaire \u00e9rotique de la po\u00e8te Sapho (Mora\u00a01966, 195).<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Surnomm\u00e9e \u00ab\u2009Sapho\u00a01900\u2009\u00bb, la femme de lettres Ren\u00e9e Vivien, n\u00e9e Pauline Mary Tarn (1877-1909), est aussi traductrice de la po\u00e8te grecque, Sapho. C\u2019est en 1903 que Vivien publie sa premi\u00e8re traduction int\u00e9grale de l\u2019\u0153uvre de Sapho (Vivien, 1903).<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>Vivien et Barney ont voyag\u00e9 \u00e0 Mytil\u00e8ne parce qu\u2019elle sert de source d\u2019inspiration litt\u00e9raire et, dans les mots de Albert, ce p\u00e8lerinage \u00ab\u00a0se confondit avec un retour dans l\u2019Antiquit\u00e9\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0L\u2019Acad\u00e9mie de Lesbos\u00a0\u00bb est un terme qui d\u00e9signe la communaut\u00e9 uniquement f\u00e9minine que les deux po\u00e8tes ont voulu former lorsqu\u2019elles ont entrepris le voyage saphique (Albert\u00a02005, 45-66).<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>Les amies de Vivien et de Barney, Yvonne Vernon et la journaliste Maryse Choisy, ont aussi entrepris ledit p\u00e8lerinage vers l\u2019\u00eele de Lesbos (Albert\u00a02005, 45-46).<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>Joubi analyse le recueil <em>La Dame \u00e0 la Louve <\/em>(2016, 199-214). La nouvelle de Vivien \u00ab\u00a0Psappha charme les Sir\u00e8nes\u00a0\u00bb est un exemple particuli\u00e8rement significatif du paradis terrestre typique du saphisme litt\u00e9raire, car elle est consacr\u00e9e \u00e0 la rencontre de Sapho et des sir\u00e8nes de la mer (Vivien\u00a02007 [1904], 107-108). Cette nouvelle rappelle en quelque sorte le collage de <em>Dons des f\u00e9minines <\/em>analys\u00e9 plus haut, dans lequel le couple situ\u00e9 au bord de l\u2019eau est espionn\u00e9 par une sorte de femme-oiseau (<strong>Fig.\u00a03<\/strong>).<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Les po\u00e8mes saphiques de Baudelaire sont \u00ab\u00a0Lesbos\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Femmes damn\u00e9es (Delphine et Hippolyte)\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Sed non satiata\u00a0\u00bb (Baudelaire, 1861, 56-57, 178-180 et 181-184).<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>Pour une analyse de la spectralit\u00e9 gothique des figures f\u00e9minines de <em>Dons des f\u00e9minines, <\/em>voir les deux \u00e9tudes de Kimberley Marwood (2009 et 2014, 39\u201062).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab \u00c9crire le lieu : modalit\u00e9s de la repr\u00e9sentation spatiale \u00bb, n\u00b0 31 Consacr\u00e9e aux d\u00e9placements spatiaux d&rsquo;un couple lesbien, l\u2019\u0153uvre hybride Dons des f\u00e9minines \u2013 cr\u00e9\u00e9e par la collagiste et \u00e9crivaine surr\u00e9aliste Valentine Penrose \u2013 est compos\u00e9e de collages et de po\u00e8mes en langues fran\u00e7aise et anglaise. \u00ab\u2009Maria \u00c9lona y Rubia\u2009\u00bb, comme l&rsquo;intertitre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1321,1324,1325],"tags":[190],"class_list":["post-5684","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-ecrire-le-lieu-modalites-de-la-representation-spatiale","category-en-marge-espaces-investis","category-espaces-identitaires","tag-kearney-beth-fenn"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5684","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5684"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5684\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8554,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5684\/revisions\/8554"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5684"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5684"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5684"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}