{"id":5696,"date":"2024-06-13T19:48:33","date_gmt":"2024-06-13T19:48:33","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/portrait-de-lallemand-en-monstre-dans-le-docteur-lerne-sous-dieu-1908-de-maurice-renard\/"},"modified":"2024-08-19T20:00:58","modified_gmt":"2024-08-19T20:00:58","slug":"portrait-de-lallemand-en-monstre-dans-le-docteur-lerne-sous-dieu-1908-de-maurice-renard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5696","title":{"rendered":"Portrait de l\u2019Allemand en monstre dans \u00ab Le Docteur Lerne, sous-dieu \u00bb (1908) de Maurice Renard"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6903\">Dossier \u00ab\u00a0Depuis\u00a0que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et\u00a0clich\u00e9s litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, no 34<\/a><\/h5>\n<p><em>Le Docteur Lerne, sous-dieu<\/em>\u00a0(1908) de Maurice Renard relate l\u2019\u00e9trange retour de Nicolas Vermont, un jeune Fran\u00e7ais ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 puis exil\u00e9 par son oncle, le docteur Lerne, sur les lieux de son enfance. Lors de son retour au ch\u00e2teau de Fonval, Vermont ne retrouve cependant pas le m\u00eame homme qu\u2019il a quitt\u00e9 pr\u00e8s de quinze ans auparavant\u00a0: son oncle agit de mani\u00e8re compl\u00e8tement oppos\u00e9e \u00e0 ses anciennes fa\u00e7ons et s\u2019adonne, avec l\u2019aide de scientifiques allemands, \u00e0 d\u2019\u00e9tranges op\u00e9rations de greffe. Tout au long de ce r\u00e9cit \u00ab\u00a0merveilleux-scientifique\u00a0\u00bb alliant humour et myst\u00e8re, horreur et science, Vermont cherchera \u00e0 comprendre les motifs des \u00e9tonnantes transformations de Lerne et de son laboratoire. Son enqu\u00eate le m\u00e8nera \u00e0 subir les foudres du docteur, qui greffera notamment son cerveau dans le corps d\u2019un taureau avant de lui redonner son corps d\u2019origine. Stup\u00e9fi\u00e9 par les exp\u00e9rimentations profanes de son oncle, Vermont poursuivra n\u00e9anmoins son enqu\u00eate et d\u00e9couvrira que le corps de Lerne est habit\u00e9 par l\u2019\u00e2me d\u2019un dangereux Allemand, le docteur Otto Klotz, expliquant de fait l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de son parent. Sous l\u2019influence du discours antigermanique qui se r\u00e9pand en France dans les derni\u00e8res ann\u00e9es du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, le personnage du docteur Lerne-Klotz est ainsi plus d\u00e9pr\u00e9ci\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre pour ses traits \u00ab\u00a0typiquement\u00a0\u00bb allemands que pour le caract\u00e8re profane de ses exp\u00e9riences scientifiques, un constat que pr\u00e9figure le texte pr\u00e9liminaire sur lequel s\u2019ouvrait, en 1908, le r\u00e9cit.<\/p>\n<p>Dans la plus r\u00e9cente \u00e9dition du roman, publi\u00e9e en 2010 aux \u00e9ditions Jos\u00e9 Corti, les \u00e9diteurs et \u00e9ditrices de l\u2019\u0153uvre ont choisi de ne pas retranscrire ce texte pr\u00e9liminaire. \u00ab\u00a0Dans cette \u00e9dition, nous n\u2019avons pas retenu le pr\u00e9liminaire qui ne nous paraissait pas n\u00e9cessaire.\u00a0\u00bb, lit-on rapidement \u00e0 la fin de l\u2019ouvrage (s.a, dans Renard 2010, 238<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cette \u0153uvre seront indiqu\u00e9es par le sigle <em>DL<\/em>, suivi du folio, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le texte.<\/span>). Cependant, ce pr\u00e9liminaire est loin d\u2019\u00eatre aussi inessentiel que d\u2019aucuns ont pu le croire\u00a0: comme l\u2019a montr\u00e9 Simon Br\u00e9an, il annonce les enjeux qui occuperont bient\u00f4t la suite du r\u00e9cit et \u00ab\u00a0contribue \u00e0 en fixer le ton, influen\u00e7ant la lecture qui suit\u00a0\u00bb\u00a0(2018, 6). Le pr\u00e9liminaire relate en effet une joyeuse s\u00e9ance de spiritisme entre huit amis lors de laquelle un gu\u00e9ridon inspire \u00e0 un \u00ab\u00a0typewriter-m\u00e9dium\u00a0\u00bb (Renard 1908, 13) le r\u00e9cit terrible des aventures de Nicolas Vermont. Ce m\u00eame gu\u00e9ridon, \u00ab\u00a0qui[,] [malgr\u00e9 son caract\u00e8re surnaturel,] prouv[e] dans ses r\u00e9pliques une grande sagacit\u00e9\u00a0\u00bb (10) selon le narrateur du pr\u00e9liminaire, s\u2019av\u00e8re fondamentalement patriote et se refuse \u00e0 toute pratique qui ne correspondrait pas \u00e0 son nationalisme<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Nous reprenons ici le constat soulev\u00e9 par Simon Br\u00e9an dans son article \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture de Maurice Renard, en tension entre extrapolation scientifique et figuration litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (2018, 6).<\/span>. Lorsque ces messieurs lui proposent une machine \u00e0 \u00e9crire anglaise pour la transcription de son r\u00e9cit, le gu\u00e9ridon refuse l\u2019offre et requiert qu\u2019on lui emm\u00e8ne une autre machine, fran\u00e7aise celle-l\u00e0\u00a0: \u00ab\u00a0C\u2019est une Watson, dit la table. N\u2019en veux pas. Suis Fran\u00e7aise, veux une machine fran\u00e7aise, veux une Durand.\u00a0\u00bb (11-12) La s\u00e9ance d\u2019occultisme omise dans l\u2019\u00e9dition de 2010 pr\u00e9figure ainsi l\u2019alliance que l\u2019on observera dans la suite de l\u2019\u0153uvre entre la gaiet\u00e9 et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, entre le profane et le sacr\u00e9, mais aussi, et surtout, entre les propos qui y seront rapport\u00e9s et leur profond patriotisme, cette derni\u00e8re orientation faisant alors gravement d\u00e9faut au lectorat \u00e0 qui l\u2019on soustrait le texte pr\u00e9liminaire. Derri\u00e8re le diabolique docteur Lerne et ses greffes de cerveaux improbables se cache en effet un ennemi encore plus effrayant pour l\u2019imaginaire fran\u00e7ais de la fin du XIX<sup>e<\/sup> et du d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle que le simple savant fou, c\u2019est-\u00e0-dire un savant fou <em>allemand<\/em>, le roman de Renard se pr\u00e9sentant d\u00e8s lors, ainsi que l\u2019affirme Jean-Marc Gouanvic, comme un v\u00e9ritable \u00ab\u00a0roman de la haine de l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb (1994, 91).<\/p>\n<p>Partant de la repr\u00e9sentation \u00e9minemment st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de l\u2019Allemagne et de ses repr\u00e9sentants dans le roman de Renard, nous chercherons \u00e0 restituer la vis\u00e9e patriotique du discours raciste exprim\u00e9 dans <em>Le Docteur Lerne <\/em>en en explicitant les m\u00e9canismes et en en interrogeant les fondements. Pour ce faire, nous recenserons d\u2019abord les discours (pseudo)scientifiques sur lesquels s\u2019appuie Renard pour former sa repr\u00e9sentation p\u00e9jorative de l\u2019Autre allemand. Ceci nous permettra d\u2019\u00e9clairer la fa\u00e7on caricaturale dont sont progressivement peints les portraits de trois des quatre personnages germaniques pr\u00e9sent\u00e9s dans l\u2019\u0153uvre. Puis, nous \u00e9tudierons la mani\u00e8re dont le roman r\u00e9v\u00e8le, au moyen d\u2019indices multiples, la v\u00e9ritable nature du docteur Lerne \u2013\u00a0dont le corps est poss\u00e9d\u00e9 par le cerveau, et donc par l\u2019\u00e2me, du personnage d\u2019Otto Klotz. Cette \u00e9tude nous m\u00e8nera enfin \u00e0 soulever l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du discours de Vermont sur la science et ses progr\u00e8s dans l\u2019\u0153uvre, car, comme nous le verrons, les exp\u00e9rimentations et les greffes du docteur Lerne-Klotz sont tour \u00e0 tour m\u00e9pris\u00e9es ou valoris\u00e9es par le narrateur selon qu\u2019il conc\u00e8de \u00e0 leur cr\u00e9ateur un caract\u00e8re fran\u00e7ais ou allemand. Au terme de cette analyse, nous aurons ainsi montr\u00e9 que le discours du roman est bien plus ambigu \u00e0 l\u2019\u00e9gard des avanc\u00e9es scientifiques qu\u2019il met en sc\u00e8ne qu\u2019il ne l\u2019est \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la dangerosit\u00e9 du peuple allemand, un constat que nous approfondirons, pour conclure, en \u00e9tudiant sous un jour nouveau la d\u00e9dicace sur laquelle s\u2019ouvre le roman.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0[C]e peuple si oppos\u00e9 en toutes choses au peuple fran\u00e7ais\u00a0\u00bb (Desbarolles 1866, 4-5)\u00a0: Le peuple allemand vu par Renard et par la France (1866-1917)<\/h2>\n<p>Au tournant du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019id\u00e9e de repr\u00e9senter la figure de l\u2019Allemand<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Nous avons choisi de ne pas utiliser la forme inclusive pour caract\u00e9riser la repr\u00e9sentation st\u00e9r\u00e9otypique \u00e9tudi\u00e9e dans le cadre de cet article comme il s\u2019agit, tant dans les discours (pseudo)scientifiques convoqu\u00e9s que dans le roman \u00e0 l\u2019\u00e9tude, d\u2019une repr\u00e9sentation <em>au masculin<\/em> ayant ses particularit\u00e9s propres.<\/span> sous un jour monstrueux n\u2019est pas nouvelle. Elle s\u2019inscrit au contraire dans la droite ligne de l\u2019imaginaire d\u00e9pr\u00e9ciatif qui se r\u00e9pand \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la nation allemande dans la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, lequel d\u00e9coule du contexte historique, politique, militaire, social et scientifique de la France. Dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les rapports entre la France et l\u2019Allemagne subissent en effet l\u2019influence n\u00e9faste de la d\u00e9faite fran\u00e7aise lors du conflit franco-prussien de 1870-1871<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">\u00c0 la suite de la brusque d\u00e9faite du 2 septembre 1870, l\u2019empire de Napol\u00e9on III s\u2019\u00e9croule sous une domination prussienne rapide et inattendue. Cette d\u00e9faite est fort douloureuse pour le peuple fran\u00e7ais, puisqu\u2019elle m\u00e8ne \u00e0 la cession de territoires en Alsace-Lorraine et \u00e0 une lourde indemnit\u00e9 de guerre.\u00a0Au sujet de la d\u00e9faite fran\u00e7aise \u00e0 S\u00e9dan, voir Laran\u00e9, 2020.<\/span>. \u00c0 la suite de celle-ci, l\u2019Allemand devient l\u2019Autre par excellence dans la pens\u00e9e fran\u00e7aise et l\u2019Autre dans ce qu\u2019il a de pire. Malgr\u00e9 certaines repr\u00e9sentations somme toute positives de la figure germanique dans la France de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, rappelle Claire Aslangul, \u00ab\u00a0[d]e cet \u00e9ventail de repr\u00e9sentations de l\u2019Autre ne subsiste plus, apr\u00e8s la guerre de\u00a01870-1871 et la fondation de l\u2019Empire allemand, que le versant n\u00e9gatif\u00a0\u00bb (2009, 4). C\u2019est dire que, pour les Fran\u00e7ais et les Fran\u00e7aises de l\u2019\u00e9poque, ainsi que l\u2019affirme V\u00e9ronique Cnockaert, \u00ab\u00a0[q]ue l\u2019on soit en p\u00e9riode de guerre ou non, un Allemand [devient] un ennemi du seul fait qu\u2019il est Allemand\u00a0\u00bb (2013, 39). Comme l\u2019a \u00e9galement montr\u00e9 Cnockaert, cette \u00ab \u201cmise en ennemi\u201d [de l\u2019Allemand] s\u2019ajuste [\u2026], au-del\u00e0 du fait historique, sur une intrication de donn\u00e9es naturelles (biologiques, physiologiques) et culturelles (m\u0153urs, habitudes) qui caract\u00e9risent l\u2019ennemi comme l\u2019\u201cAutre \u00e0 tuer\u201d\u00a0\u00bb (39) \u2013\u00a0ou du moins, en temps de paix, comme l\u2019Autre \u00e0 ha\u00efr. \u00c0 cet \u00e9gard, il convient de rappeler qu\u2019\u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, le discours scientifique fran\u00e7ais est marqu\u00e9 par le r\u00e8gne des th\u00e9ories physiognomonistes et par les enseignements de Pierre Jean Georges Cabanis, \u00ab\u00a0l\u2019inspirateur le plus clairvoyant des recherches se rapportant \u00e0 la psychologie compar\u00e9e des races\u00a0\u00bb (1917, 2) selon l\u2019un des plus \u00e9minents germanophobes de l\u2019\u00e9poque, le docteur Edgar B\u00e9rillon. Ce r\u00e8gne entra\u00eene la publication de nombreux trait\u00e9s (pseudo)scientifiques proposant un portrait \u00e9minemment d\u00e9pr\u00e9ciatif du \u00ab\u00a0type allemand\u00a0\u00bb (B\u00e9rillon 1917, 2) apr\u00e8s la d\u00e9faite, lesquels deviendront un terreau fertile pour la formation de st\u00e9r\u00e9otypes raciaux qui seront ensuite relay\u00e9s par la litt\u00e9rature.<\/p>\n<p>Dans son ouvrage <em>Le caract\u00e8re allemand expliqu\u00e9 par la physiologie<\/em>\u00a0(1866) \u2013\u00a0dont la publication pr\u00e9c\u00e8de de peu le conflit franco-prussien\u00a0\u2013, le phr\u00e9nologue Adolphe Desbarolles propose par exemple une synth\u00e8se des multiples conclusions qu\u2019il tire de son \u00e9tude du visage allemand, laquelle affirme selon lui la propension naturelle de l\u2019individu germanique \u00e0 la \u00ab\u00a0division\u00a0\u00bb\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Chacune de ces influences peut \u00eatre modifi\u00e9e par les influences meilleures des autres traits du visage; mais, en r\u00e9sum\u00e9, l\u2019ensemble de ces traits, qui se retrouve presque toujours dans le type allemand\u00a0:<em> d\u00e9fiance<\/em>, <em>ind\u00e9cision<\/em>, disposition <em>\u00e0 la haine<\/em>, <em>\u00e0 l\u2019envie<\/em>, par les yeux creux; <em>mollesse<\/em> par le nez d\u00e9prim\u00e9; <em>\u00e9go\u00efsme <\/em>par les pommettes, la forme de la bouche, du menton et de la m\u00e2choire d\u00e9note toujours et partout manque de sociabilit\u00e9, et par cons\u00e9quent tendances naturelles \u00e0 la <em>division<\/em>. (61-62, l\u2019auteur souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il en fait la th\u00e8se principale de son ouvrage, ce qui le m\u00e8ne bient\u00f4t \u00e0 affirmer qu\u2019<\/p>\n<blockquote>\n<p>[e]n \u00e9tudiant physiologiquement le caract\u00e8re des peuples de l\u2019Allemagne par la correspondance avec les formes du corps[,] [n]ous retrouvons [\u2026] en CHIROMANCIE comme en PHYSIOGNOMONIE, comme en PHR\u00c9NOLOGIE, l\u2019envie, l\u2019avidit\u00e9, l\u2019avarice, l\u2019\u00e9go\u00efsme et la vanit\u00e9, qui tous m\u00e8nent \u00e0 la <em>division<\/em>. (90, l\u2019auteur souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour Desbarolles, \u00ab\u00a0toutes les sciences [ayant] pour but l\u2019\u00e9tude psychologique de l\u2019humanit\u00e9 se r\u00e9uniss[ent] pour repr\u00e9senter le peuple allemand comme n\u00e9cessairement port\u00e9 \u00e0 la division\u00a0\u00bb\u00a0(93). Ce trait\u00e9 pr\u00e9figure la trame narrative du roman de Renard, puisqu\u2019Otto Klotz, du fait de sa nature \u00ab\u00a0in\u00e9vitablement port\u00e9e \u00e0 la division\u00a0\u00bb, deviendra le ma\u00eetre incontest\u00e9 de la science de la division des corps, la greffe, jusqu\u2019\u00e0 parvenir \u00e0 l\u2019ultime s\u00e9paration des corps et des \u00e2mes dans l\u2019\u0153uvre, un exploit auquel son h\u00f4te corporel fran\u00e7ais, le docteur Lerne, n\u2019avait pu aspirer de son vivant.<\/p>\n<p>Dans le discours fran\u00e7ais de la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l\u2019Allemand est de surcro\u00eet associ\u00e9 au r\u00e8gne animal. Edgar B\u00e9rillon, dans un trait\u00e9 portant sur la psychologie de la race allemande (1917), rapproche notamment les traits physiologiques des Allemands de ceux de chiens\u00a0(15<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Ce rapprochement, s\u2019il doit d\u2019abord \u00eatre per\u00e7u comme une comparaison n\u00e9gative, a de quoi \u00e9tonner, comme on trouve habituellement aux chiens de grandes qualit\u00e9s (fid\u00e9lit\u00e9, sociabilit\u00e9, intelligence).<\/span>) ou de gorilles (19), tandis que, comme l\u2019a montr\u00e9 V\u00e9ronique Cnockaert, les Prussiens font \u00e9galement les frais de nombreuses m\u00e9taphores porcines. Leur voracit\u00e9, leur brutalit\u00e9 et leur malpropret\u00e9 \u00ab\u00a0reconnues\u00a0\u00bb font effectivement en sorte qu\u2019on les traite constamment de \u00ab\u00a0cochons\u00a0\u00bb (Cnockaert 2013, 38-39), ce qui encourage un certain <em>habitus<\/em> sp\u00e9ciste ayant pour but une d\u00e9gradation de cet Autre allemand<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Je renvoie ici le lecteur ou la lectrice \u00e0 la contextualisation de cet <em>habitus<\/em> sp\u00e9ciste que propose Perrine Beltran dans son article \u00ab\u00a0Ce que les \u00e9cofictions font aux st\u00e9r\u00e9otypes sp\u00e9cistes\u00a0\u00bb (2021) publi\u00e9 dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro de <em>Postures<\/em>, de m\u00eame qu\u2019aux r\u00e9cents travaux sur le sp\u00e9cisme de Catherine Kerbrat-Orecchioni (2021).<\/span>. Ce rapprochement avec le r\u00e8gne animal pr\u00e9figure ainsi lui aussi l\u2019intrigue du <em>Docteur Lerne<\/em>, puisque le brouillage entre les r\u00e8gnes sugg\u00e9r\u00e9 par nombre de qualificatifs associ\u00e9s aux Allemands dans le discours fran\u00e7ais semble les pr\u00e9disposer de fa\u00e7on toute naturelle aux exp\u00e9rimentations d\u2019hybridation v\u00e9g\u00e9tale, animale et humaine mises en \u0153uvre dans le r\u00e9cit par le personnage de Lerne-Klotz.<\/p>\n<p>Si l\u2019on se fie enfin au c\u00e9l\u00e8bre trait\u00e9 <em>La psychologie de la race allemande d\u2019apr\u00e8s ses caract\u00e8res objectifs et sp\u00e9cifiques <\/em>(1917) du docteur B\u00e9rillon, nous constatons que c\u2019est jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usurpation des exp\u00e9riences et du corps du scientifique fran\u00e7ais par son homologue allemand qui rend compte d\u2019une parfaite correspondance entre le personnage d\u2019Otto Klotz et ce que B\u00e9rillon nomme le \u00ab\u00a0type allemand\u00a0\u00bb. Comme le note le germanophobe, \u00e0 l\u2019instar du personnage d\u2019Otto Klotz \u2013\u00a0qui s\u2019approprie les recherches (et le corps) du docteur Lerne apr\u00e8s une longue ann\u00e9e d\u2019\u00e9troite collaboration\u00a0\u2013, l\u2019individu Allemand est \u00ab\u00a0vou\u00e9\u00a0\u00bb au plagiat et \u00e0 l\u2019usurpation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019Allemand, incapable de cr\u00e9er et d\u2019inventer, limite son initiative \u00e0 copier. Il plagie, il perfectionne, et enfin il utilise et exploite \u00e0 son profit. Grand compilateur quand son esprit rencontre dans un autre pays une id\u00e9e nouvelle, il est partag\u00e9 entre la tendance \u00e0 m\u00e9priser et le d\u00e9sir de se l\u2019approprier. Long \u00e0 comprendre, il tourne autour, la d\u00e9robe par morceaux, \u00e0 chacun desquels il attache des jugements particuliers. Enfin il se l\u2019approprie et la modifie d\u2019une fa\u00e7on conforme \u00e0 ses besoins et \u00e0 son instinct; mais il ne la pr\u00e9sente qu\u2019apr\u00e8s l\u2019avoir tellement d\u00e9marqu\u00e9e et surcharg\u00e9e d\u2019ornements et de d\u00e9guisements, qu\u2019il est difficile d\u2019en retrouver l\u2019origine. (1917, 51)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>B\u00e9rillon \u00e9voque \u00e9galement la propension caract\u00e9ristique de l\u2019individu germanique au \u00ab\u00a0mim\u00e9tisme\u00a0parasitaire\u00a0\u00bb, lequel \u00ab\u00a0consiste \u00e0 rev\u00eatir l\u2019allure de la bienveillance et de la bonhomie\u00a0\u00bb pour \u00ab\u00a0profite[r] [\u2026] de la confiance [\u2026] accord\u00e9e pour espionner, se renseigner, afin de mieux arriver \u00e0 s\u2019approprier le bien d\u2019autrui\u00a0\u00bb (57); or dans le r\u00e9cit, c\u2019est justement le corps d\u2019un vieillard g\u00e9n\u00e9reux que rev\u00eat, par la greffe de cerveaux, le scientifique allemand. C\u2019est enfin le motif invoqu\u00e9 par Lerne-Klotz quant \u00e0 son d\u00e9sir de vendre les r\u00e9sultats de ses exp\u00e9riences \u00e0 de riches hommes \u2013\u00a0afin de pouvoir entretenir son amante, Emma Bourdichet\u00a0\u2013 qui correspond \u00e0 la d\u00e9finition de cette tendance au \u00ab\u00a0mim\u00e9tisme\u00a0\u00bb observ\u00e9e chez les Allemands par B\u00e9rillon. Dans l\u2019\u0153uvre, comme dans les conclusions de B\u00e9rillon, \u00ab\u00a0[l]a cupidit\u00e9 est son mobile [et] [\u2026] la duplicit\u00e9 constitu[e] [son] moyen [\u2026] d\u2019ex\u00e9cution\u00a0\u00bb\u00a0(59).<\/p>\n<p>Bien qu\u2019il s\u2019agisse l\u00e0 de correspondances fortuites, les travaux de B\u00e9rillon ayant notamment \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s pr\u00e8s de neuf ans apr\u00e8s la parution du <em>Docteur Lerne<\/em>, ces constats nous permettent d\u2019expliciter les caract\u00e8res que l\u2019on reconnaissait g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la nation allemande dans l\u2019imaginaire fran\u00e7ais de la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Ils nous autorisent \u00e9galement \u00e0 souligner l\u2019\u00e9tendue de la propagation des id\u00e9es antigermaniques, les st\u00e9r\u00e9otypes raciaux partag\u00e9s dans le milieu de la science pr\u00e9parant incontestablement le terrain pour l\u2019intrigue patriotique raciste jou\u00e9e dans le roman de Renard. Consid\u00e9rant, \u00e0 la suite de Janet M. Paterson, que les textes litt\u00e9raires \u00ab\u00a0mettent en pleine lumi\u00e8re le statut Autre [des] personnages\u00a0\u00bb (2004, 34) au moyen de strat\u00e9gies diverses et que ces personnages \u00ab\u00a0Autres\u00a0\u00bb sont souvent des \u00ab\u00a0types\u00a0\u00bb, des figures presque vides o\u00f9 se projettent les pr\u00e9occupations sociohistoriques et culturelles d\u2019une \u00e9poque donn\u00e9e, il convient alors de revisiter, trait par trait, les portraits des personnages d\u2019origine allemande dans<em> Le Docteur Lerne<\/em>. Cette \u00e9tude nous permettra de montrer les maillages patents que tisse l\u2019\u0153uvre entre les conclusions des th\u00e8ses physiognomoniques, la pens\u00e9e antigermanique fran\u00e7aise et ces portraits, lesquels visent \u00e0 rendre odieuses les figures allemandes dans la pens\u00e9e du lectorat tout en y redorant l\u2019image de la France.<\/p>\n<h2>Faire de l\u2019Allemand un \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb\u00a0: un processus quadripartite<\/h2>\n<p>D\u00e8s le premier chapitre du roman, Vermont r\u00e9v\u00e8le aux lecteurs et lectrices la composition singuli\u00e8re de l\u2019entourage de son oncle. Aux dires du narrateur, cet entourage est compos\u00e9 depuis cinq ans de trois pr\u00e9parateurs allemands de l\u2019<em>Anatomisches Institut<\/em> ainsi que d\u2019un collaborateur originaire de Mannheim, le docteur Otto Klotz, bien que ce dernier ait apparemment quitt\u00e9 le ch\u00e2teau au moment de son arriv\u00e9e \u00e0 Fonval. Comme nous le verrons, ces quatre personnages sont pr\u00e9sent\u00e9s selon des portraits qui, bien que parcellaires, visent, une fois conjoints, \u00e0 renvoyer au lectorat l\u2019image d\u2019une compl\u00e8te et monstrueuse alt\u00e9rit\u00e9 du peuple allemand et \u00e0 lui rappeler son inf\u00e9riorit\u00e9 vis-\u00e0-vis du peuple fran\u00e7ais et de ses repr\u00e9sentants dans le roman.<\/p>\n<p>Ce sont d\u2019abord les trois assistants du docteur Lerne qui sont d\u00e9crits par le neveu du scientifique lorsque celui-ci les rencontre au d\u00e9tour du labyrinthe le menant \u00e0 Fonval. Lors de cette rencontre, et bien que Nicolas se pr\u00e9sente \u00e0 eux selon les meilleures marques de civilit\u00e9 et de politesse<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">\u00ab\u00a0Messieurs, dis-je en souriant de mon mieux, auriez-vous la bont\u00e9 de m\u2019indiquer le chemin de Fonval? Je me suis perdu\u2026\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a020).<\/span>, les trois hommes ne lui pr\u00eatent aucune attention. Ceci m\u00e8ne le narrateur \u00e0 nous offrir un portrait fort caricatural de ces personnages, qui le \u00ab\u00a0laiss[ent] abasourdi de leur grossi\u00e8ret\u00e9\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a021) et fort m\u00e9content\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le premier, sur un corps massif et courtaud, arrondissait une face injustement plate, dont le nez mince et pointu, comme fich\u00e9 dans ce disque, en faisait un cadran solaire.<\/p>\n<p>Le second, de militaire prestance, retroussait du pouce une moustache \u00e0 l\u2019imp\u00e9riale germanique, et, rostral, son menton pro\u00e9minait, plus qu\u2019en galoche\u00a0: \u00e0 la poulaine.<\/p>\n<p>Un grand vieillard \u00e0 lunettes d\u2019or, la chevelure grise et boucl\u00e9e, la barbe inculte, faisait le troisi\u00e8me. Il mangeait des cerises avec fracas, ainsi que le rustre m\u00e2che des tripes.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient bien des Allemands, sans doute les trois pr\u00e9parateurs de l\u2019ex-<em>Anatomisches Institut<\/em>. (<em>DL<\/em>,\u00a020-21)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En plus de se montrer impolis \u2013 ce qui t\u00e9moigne de leur inf\u00e9riorit\u00e9 morale par rapport au personnage fran\u00e7ais, qui s\u2019est lui-m\u00eame montr\u00e9 de la meilleure affabilit\u00e9\u00a0\u2013, les pr\u00e9parateurs portent \u00e0 eux trois nombres de traits n\u00e9gatifs que la pens\u00e9e fran\u00e7aise associait autrefois \u00e0 l\u2019Allemand. Le premier correspond au \u00ab\u00a0type\u00a0\u00bb germanique par sa corpulence, puisqu\u2019il est \u00ab\u00a0massif\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0courtaud\u00a0\u00bb, un trait caract\u00e9ristique de la stature germanique selon B\u00e9rillon (1917, 19). Le deuxi\u00e8me assistant renvoie, par sa prestance, \u00e0 l\u2019imaginaire militaire qui accompagne in\u00e9vitablement la repr\u00e9sentation du peuple allemand apr\u00e8s la d\u00e9faite de Sedan<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Notons que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet imaginaire est imm\u00e9diatement r\u00e9it\u00e9r\u00e9e dans les termes employ\u00e9s par le personnage pour d\u00e9crire le conciliabule que tiennent ensuite les trois hommes lorsqu\u2019ils s\u2019aper\u00e7oivent de la pr\u00e9sence de Nicolas dans le labyrinthe. Vermont rend en effet compte de leurs\u00a0\u00ab\u00a0phrases tudesques <em>o\u00f9 se d\u00e9charge la mitraille des mots <\/em>avec tant d\u2019autres vacarmes innommables\u00a0\u00bb en les associant au \u00ab\u00a0bruit d\u2019un <em>combat<\/em> livr\u00e9 pr\u00e8s d\u2019une cataracte\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a021, nous soulignons).<\/span>, un renvoi qui ne peut qu\u2019exacerber, chez le lectorat fran\u00e7ais contemporain de l\u2019\u0153uvre toujours marqu\u00e9 par le souvenir de la d\u00e9faite, le sentiment d\u2019aversion ressenti \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce grossier repr\u00e9sentant de l\u2019Empire germanique. Le troisi\u00e8me correspond enfin au \u00ab\u00a0type allemand\u00a0\u00bb par ses mani\u00e8res, \u00ab\u00a0Renard pens[ant] la nation allemande comme une immense classe inf\u00e9rieure, mal d\u00e9grossie et malveillante\u00a0\u00bb selon Jean-Marc Gouanvic (1994, 91). Loin d\u2019\u00eatre \u00e9quivoque, cette repr\u00e9sentation tripartite de la figure de l\u2019Allemand g\u00e9n\u00e8re une nette antipathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces personnages chez le lectorat, tandis qu\u2019elle redore et l\u00e9gitime la perspective d\u00e9pr\u00e9ciative du narrateur, qui se trouve mal re\u00e7u sans raison. Du fait de cette rencontre inamicale, Vermont conservera des trois hommes une bien mauvaise impression, ce qui le m\u00e8nera \u00e0 prolonger sa repr\u00e9sentation n\u00e9gative des assistants dans la suite du roman.<\/p>\n<p>La n\u00e9gativit\u00e9 du portrait des trois pr\u00e9parateurs est particuli\u00e8rement exacerb\u00e9e dans les derniers chapitres de l\u2019\u0153uvre. Cela est d\u00fb au fait que, d\u2019une part, comme l\u2019apprend Nicolas lorsqu\u2019il se voit soumis par le docteur Lerne-Klotz et ses assistants \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019op\u00e9ration circ\u00e9enne\u00a0\u00bb qui l\u2019affublera du corps d\u2019un taureau, les trois compatriotes du docteur ont eux-m\u00eames subi avec succ\u00e8s la greffe de cerveaux (<em>DL<\/em>,\u00a0163). Ils apparaissaient ainsi sous un jour \u00e9minemment monstrueux aux yeux du narrateur qui, lorsqu\u2019il reprendra possession de sa forme humaine, dira de ces hommes hybrides qu\u2019ils lui \u00ab\u00a0inspi[rent] [d\u00e9sormais] de l\u2019aversion \u00e0 cause de leurs cerveaux interchang\u00e9s\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0191). D\u2019autre part, lorsque Nicolas Vermont d\u00e9couvre le saccage qu\u2019ils ont commis nuitamment dans le laboratoire du docteur Lerne-Klotz, apr\u00e8s que celui-ci soit apparemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9, cet ultime geste de destruction confirme \u00e0 ses yeux la brutalit\u00e9 et la sauvagerie naturelle des trois pr\u00e9parateurs et, cons\u00e9quemment, de la nation dont ils sont les fid\u00e8les repr\u00e9sentants\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>La rotonde, l\u2019aquarium et la troisi\u00e8me nef pr\u00e9sentaient le spectacle de la destruction. On y avait tout saccag\u00e9, bris\u00e9, incendi\u00e9. [\u2026] Assur\u00e9ment, les aides s\u2019\u00e9taient livr\u00e9s \u00e0 ce pillage pour an\u00e9antir tout vestige de leurs travaux, et l\u2019orage seul m\u2019avait emp\u00each\u00e9 de les entendre. [\u2026] Le sac du laboratoire me fit l\u2019impression d\u2019un chef-d\u2019\u0153uvre. Il d\u00e9montrait l\u2019aptitude inn\u00e9e, \u00e0 ce jeu, des hommes en g\u00e9n\u00e9ral et <em>de certaines nations en particulier<\/em>.\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a0215, nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette sc\u00e8ne conduit alors le narrateur \u00e0 user pr\u00e9cis\u00e9ment du terme de \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb pour qualifier les scientifiques germaniques qui, par cet acte violent et par leurs anciennes profanations, ont progressivement rev\u00eatu tous les traits (psychologiques, physiologiques et moraux) n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019emploi de cette grave appellation<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Rappelons, \u00e0 la suite de Pierre Larousse dans son <em>Grand dictionnaire universel du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle <\/em>(1874), que le terme de \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb peut d\u00e9signer, entre autres, un \u00ab\u00a0[\u00ea]tre organis\u00e9 dont la conformation diff\u00e8re notablement de la conformation des \u00eatres de son esp\u00e8ce\u00a0\u00bb; un \u00ab\u00a0[\u00ea]tre fantastique qui figure dans la mythologie ou dans une l\u00e9gende\u00a0\u00bb ou, dans le cas qui nous occupe, dans un r\u00e9cit de merveilleux-fantastique; une \u00ab\u00a0[p]ersonne ou objet contre nature\u00a0\u00bb; une \u00ab\u00a0[p]ersonne tout \u00e0 fait d\u00e9natur\u00e9e\u00a0\u00bb; un \u00ab\u00a0objet [et, dans notre roman, une personne] qui cause des maux terribles, des ravages effrayants\u00a0\u00bb ou encore un \u00ab\u00a0ennemi dangereux\u00a0\u00bb. Voir l\u2019article \u00ab\u00a0Monstre\u00a0\u00bb dans Larousse 1874, 475.<\/span>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Comme je quittais la maison ravag\u00e9e, mon attention se porta sur un filet bleu\u00e2tre qui montait derri\u00e8re l\u2019aile gauche du b\u00e2timent. Il provenait d\u2019un amas de d\u00e9tritus \u00e0 demi carbonis\u00e9s, dont l\u2019odeur cadav\u00e9reuse m\u2019\u00e9c\u0153ura. J\u2019approchai n\u00e9anmoins, et l\u2019un de ces d\u00e9tritus, ayant remu\u00e9, se d\u00e9tacha de la butte pestilentielle. C\u2019\u00e9tait un mis\u00e9rable rat, boitteux [sic] et grill\u00e9, qui, rendu fou, me sauta aux jambes. Sa t\u00eate, tr\u00e9pan\u00e9e en rond, laissait voir \u00e0 nu la cervelle sanguignole.<\/p>\n<p>Saisi d\u2019horreur et de piti\u00e9, j\u2019achevai sous mon talon la derni\u00e8re victime des <em>monstres<\/em>. (<em>DL<\/em>,\u00a0216, nous soulignons)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans le r\u00e9cit, les trois assistants ne sont pas les seuls personnages \u00e0 se voir affubl\u00e9s du nom de \u00ab\u00a0monstres\u00a0\u00bb\u00a0: les cr\u00e9atures greff\u00e9es n\u00e9es de leurs exp\u00e9riences sont elles aussi souvent nomm\u00e9es de la sorte (<em>DL<\/em>, 49; 162; 178; 192), au m\u00eame titre que l\u2019ultime hybride pr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019\u0153uvre, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019automobile-Klotz.<\/p>\n<p>Lorsque Nicolas r\u00e9alise que l\u2019\u00e2me d\u2019Otto Klotz occupe d\u00e9sormais l\u2019habitacle de sa voiture<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Il est int\u00e9ressant de noter que l\u2019int\u00e9r\u00eat prononc\u00e9 d\u2019Otto Klotz pour la voiture de Vermont est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figur\u00e9 dans le nom du personnage. Sa sonorit\u00e9 et son orthographe rappellent en effet le patronyme de l\u2019inventeur des premiers moteurs \u00e0 combustion et explosion, \u00e0 allumage command\u00e9 et \u00e0 quatre temps, l\u2019Allemand Nikolaus Otto, notamment connu pour la fondation de la Daimler-Motoren-Gesellschaft, aujourd\u2019hui Mercedes-Benz. Cette subtile mise en sc\u00e8ne du g\u00e9nie automobile allemand nous permet de supposer que Renard, au m\u00eame titre que la science de la greffe, trouvait dans l\u2019essor de cette industrie allemande quelque chose de fortement inqui\u00e9tant, puisque l\u2019avanc\u00e9e technologique et scientifique que repr\u00e9sente l\u2019appropriation de la voiture par l\u2019\u00e2me de Klotz appara\u00eet fortement monstrueuse aux yeux de Vermont.<\/span>, il a \u00ab\u00a0l\u2019intuition d\u2019une <em>monstruosit\u00e9 <\/em>fantastique et myst\u00e9rieuse\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0223, nous soulignons). L\u2019automobile-Klotz entra\u00eene d\u2019ailleurs Emma et Vermont dans \u00ab\u00a0[l]\u2019affolement d\u2019un <em>monstre<\/em> emport\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a0226, nous soulignons), lequel confirme l\u2019appartenance de ce personnage d\u2019origine germanique \u00e0 la bande monstrueuse circonscrite par l\u2019\u0153uvre. Ce qui est int\u00e9ressant dans ce passage, c\u2019est que le terme de \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb\u00a0n\u2019appara\u00eet dans le texte que lorsque l\u2019\u00e2me de l\u2019Allemand a quitt\u00e9 son h\u00f4te corporel fran\u00e7ais pour habiter le v\u00e9hicule de Vermont\u00a0: l\u2019appellation de \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb ne peut donc \u00eatre conjugu\u00e9e au personnage allemand tant que reste chez lui une appartenance \u2013 aussi minime soit elle\u00a0\u2013 \u00e0 la France. Cette observation nous m\u00e8ne \u00e0 souligner l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de la figure de Lerne-Klotz, en ce qu\u2019elle se trouve \u00e0 la fois per\u00e7ue comme fran\u00e7aise et allemande dans la pens\u00e9e du narrateur avant son ultime transformation. Pour comprendre les discours mitig\u00e9s tenus par Vermont sur les exp\u00e9rimentations de son \u00ab\u00a0oncle\u00a0\u00bb, il faut ainsi nous pencher sur la construction progressive de la monstruosit\u00e9 du personnage \u00e0 l\u2019identit\u00e9 hybride qu\u2019est Lerne-Klotz.<\/p>\n<h2>\u00ab\u00a0[J]e le reconnaissais et [\u2026] il \u00e9tait pourtant m\u00e9connaissable\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a025)\u00a0: autour de la construction du personnage de Lerne-Klotz<\/h2>\n<p>Si ce n\u2019est qu\u2019au quatorzi\u00e8me chapitre que nous d\u00e9couvrons la v\u00e9ritable identit\u00e9 du docteur Lerne, cette r\u00e9v\u00e9lation est n\u00e9anmoins pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e dans l\u2019\u0153uvre de subtils indices visant \u00e0 indiquer l\u2019origine germanique de l\u2019homme qui accueille Vermont lors de son retour \u00e0 Fonval. Il convient d\u2019en dresser ici l\u2019inventaire, afin de montrer comment le roman construit, en s\u2019appuyant sur un ensemble de st\u00e9r\u00e9otypes diff\u00e9rents, un r\u00e9quisitoire contre le peuple allemand.<\/p>\n<p>Au premier chapitre, dans lequel Vermont relate les circonstances de son retour \u00e0 Fonval, c\u2019est d\u2019abord une lettre sign\u00e9e par le docteur qui l\u2019alerte et l\u2019incite \u00e0 entrevoir, derri\u00e8re son \u00e9tranget\u00e9, la transformation subie par son oncle en son absence. Suivant les pr\u00e9ceptes de la science graphologique d\u00e9fendus par Alfred Binet dans <em>Les r\u00e9v\u00e9lations de l\u2019\u00e9criture d\u2019apr\u00e8s un contr\u00f4le scientifique<\/em> (1906<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Alfred Binet d\u00e9montre dans cet ouvrage que ce sont \u00e0 la fois le sexe, l\u2019\u00e2ge, l\u2019intelligence et le caract\u00e8re qui peuvent \u00eatre d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tude des \u00e9critures.<\/span>), la missive pr\u00e9sente en effet une nature \u00ab\u00a0hargneuse\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0gauche\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>, 15-16) qui correspond en tous points \u00e0 la description p\u00e9jorative que l\u2019on donnait \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la psychologie et de l\u2019\u00e9criture allemandes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Selon B\u00e9rillon, \u00ab\u00a0l\u2019objectivit\u00e9 psychologique [de l\u2019Allemand] [\u00e9tait] [entre autres] caract\u00e9ris\u00e9e par [\u2026] la col\u00e8re agressive\u00a0\u00bb (1917, 63) et \u2013 il tient cette conclusion de Schopenhauer \u2013 \u00ab\u00a0[l]e v\u00e9ritable caract\u00e8re national des Allemands [est] la lourdeur, elle para\u00eet dans <em>leur d\u00e9marche<\/em>, dans <em>leurs fa\u00e7ons<\/em>, <u>leurs r\u00e9cits, leurs discours, leurs \u00e9crits<\/u>\u00a0\u00bb (1917, 9, l\u2019auteur pour les italiques, nous soulignons).<\/span>.\u00a0La science graphologique est ainsi convoqu\u00e9e par Renard pour appuyer son portrait n\u00e9gatif du personnage allemand, ce que confirme plus tard le texte en convoquant la l\u00e9gitimit\u00e9 que reconna\u00eet Vermont \u00e0 cette science et \u00e0 ses conclusions<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture de l\u2019adresse me fit songer. Seuls, quelques vestiges de l\u2019ancienne cursive la rendaient reconnaissable et accusaient encore la plume de Lerne. Mais la plupart des caract\u00e8res, les accents, la ponctuation et l\u2019apparence g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9notaient un \u201cesprit graphique\u201d diam\u00e9tralement oppos\u00e9 \u00e0 celui d\u2019autrefois. La graphologie n\u2019est jamais en d\u00e9faut, ses arr\u00eats sont infaillibles\u00a0: l\u2019auteur de cette suscription avait chang\u00e9 du tout au tout.\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0133-134)<\/span>.<\/p>\n<p>Dans le m\u00eame chapitre, en s\u2019appuyant sur des id\u00e9es fort populaires dans la seconde moiti\u00e9 du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u2013\u00a0il convoque notamment les r\u00e9flexions d\u2019Hippolyte Taine sur l\u2019influence du milieu\u00a0\u2013, Vermont tente ensuite d\u2019expliquer de fa\u00e7on rationnelle la d\u00e9gradation des mani\u00e8res de son oncle en l\u2019associant \u00e0 son rapprochement prolong\u00e9 avec les Allemands\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, pensais-je avec m\u00e9lancolie, comme on peut devenir baroque en vieillissant! Le milieu, je le sais, justifie bien des \u00e9volutions\u00a0: on adopte malgr\u00e9 soi les allures et m\u00eame l\u2019accent de ses familiers\u00a0: l\u2019entourage de Lerne suffirait \u00e0 expliquer pourquoi mon oncle est malpropre, s\u2019exprime sans recherche, prononce \u00e0 l\u2019allemande et fume cette pipe consid\u00e9rable\u2026 (<em>DL<\/em>,\u00a028)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que le Fran\u00e7ais adoptait autrefois un savoir-vivre irr\u00e9prochable, Nicolas remarque aujourd\u2019hui chez lui une d\u00e9t\u00e9rioration de son comportement, qu\u2019il associe, en s\u2019appuyant sur des st\u00e9r\u00e9otypes courants au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, \u00e0 sa fr\u00e9quentation des Allemands. Cette d\u00e9gradation se refl\u00e8te \u00e9galement dans l\u2019environnement du docteur. La description que fait le narrateur des transformations du laboratoire de Lerne, qui \u00e9tait autrefois consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00e9l\u00e9gant horticulteur\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a014), en est la preuve\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[Les plantes] \u00e9taient group\u00e9es selon l\u2019ordre de la <em>discipline<\/em> et non suivant un esprit d\u2019\u00e9l\u00e9gance, comparables \u00e0 quelque eldorado <em>confi\u00e9 aux soins d\u2019un gendarme<\/em>. Leurs assemblages se s\u00e9paraient <em>brutalement<\/em> l\u2019un de l\u2019autre, comme autant de cat\u00e9gories; les pots s\u2019alignaient <em>militairement<\/em>, et chacun portait une \u00e9tiquette qui relevait de la botanique plut\u00f4t que du jardinage et d\u00e9non\u00e7ait moins l\u2019art que la science. (<em>DL<\/em>,\u00a047, nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Aux dires du narrateur, la d\u00e9licatesse de l\u2019art du jardinage<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Si l\u2019organisation des jardins fran\u00e7ais fait g\u00e9n\u00e9ralement appel \u00e0 un imaginaire g\u00e9om\u00e9trique, \u00e0 une taille disciplin\u00e9e et \u00e0 des lignes droites et courbes ma\u00eetris\u00e9es (notamment en comparaison avec les jardins anglais, plut\u00f4t reconnus pour leur organicit\u00e9), il nous semble que c\u2019est surtout la question de l\u2019\u00e9l\u00e9gance et du raffinement qui marque ici la distinction entre l\u2019horticulture fran\u00e7aise et l\u2019horticulture allemande.<\/span> anciennement pratiqu\u00e9 par Lerne a donc \u00e9t\u00e9 corrompue par la pens\u00e9e brutale et disciplin\u00e9e (\u00ab\u00a0sur laquelle est bas\u00e9e la toute-puissance de l\u2019Allemagne\u00a0\u00bb [1917, 62] selon B\u00e9rillon) de l\u2019Allemand qui a pris sa place, ce qui m\u00e8ne le lectorat \u00e0 consid\u00e9rer d\u2019un bien mauvais \u0153il les changements connus par l\u2019oncle de Vermont.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 ces premi\u00e8res indications s\u2019ajoute un portrait hygi\u00e9nique et comportemental fort d\u00e9pr\u00e9ciatif du personnage de Lerne-Klotz\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait bien mon oncle Lerne. Mais la vie, curieusement, l\u2019avait touch\u00e9, m\u00fbri, jusqu\u2019\u00e0 faire de lui cet individu <u>farouche<\/u> et <u>mal soign\u00e9<\/u>, dont les cheveux gris et trop longs <u>encrassaient la d\u00e9froque<\/u>, fl\u00e9tri d\u2019une vieillesse pr\u00e9matur\u00e9e, et <u>qui me fixait en ennemi<\/u>, <u>les sourcils fronc\u00e9s sur les yeux m\u00e9chants<\/u>.<\/p>\n<p>\u2013\u00a0\u00a0\u00a0 Que voulez-vous? me demanda-t-il <u>rudement<\/u>.<\/p>\n<p>Il pronon\u00e7ait\u00a0: <em>que foulez-fous<\/em>. (<em>DL<\/em>, 25, l\u2019auteur pour l\u2019italique, nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pr\u00e9sent\u00e9 comme l\u2019\u00ab\u00a0ennemi\u00a0\u00bb de Vermont, Lerne-Klotz arbore une m\u00e9chancet\u00e9 et une malpropret\u00e9 qui ach\u00e8vent d\u2019\u00e9tablir ce personnage comme fortement oppos\u00e9 \u00e0 toute forme de civilit\u00e9. Alors que la France se per\u00e7oit comme l\u2019incarnation de la civilit\u00e9 (Cnockaert 2013, 38), le repr\u00e9sentant de l\u2019Allemagne en est ainsi tout le contraire dans le roman. La suite du r\u00e9cit nous conforte dans ces hypoth\u00e8ses\u00a0: Nicolas d\u00e9couvre en Lerne-Klotz un homme chez qui \u00ab\u00a0l\u2019hypocrisie per[ce] sous chacun [\u2026] des mots\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a030) et qui se montre \u00ab\u00a0goguenard\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0provocant\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a033), ces qualit\u00e9s entra\u00eenant chez Vermont une \u00ab\u00a0indomptable aversion\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a033) \u00e0 l\u2019\u00e9gard de son oncle. Lerne-Klotz se montre ensuite violent envers Barbe, sa gouvernante, ce qui indigne profond\u00e9ment le narrateur (<em>DL<\/em>,\u00a035). Puis, le r\u00e9cit d\u2019Emma Bourdichet, qui t\u00e9moigne de la violence de la sexualit\u00e9 d\u2019Otto Klotz<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">\u00ab\u00a0Je ne suis pas peureuse. Entre nous, m\u00eame, j\u2019ai connu la flatterie de mains qui viennent de tuer; j\u2019ai subi des possessions pareilles \u00e0 des assassinats. Mais tout cela n\u2019est rien. La nuit de Klotz a \u00e9t\u00e9 formidable. Elle me laisse une impression de viol. J\u2019en garderai toujours l\u2019\u00e9pouvante et la fatigue.\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0111) Notons que le terme \u00ab\u00a0formidable\u00a0\u00bb, qui pourrait renvoyer dans le langage courant \u00e0 une certaine forme d\u2019admiration de la part du personnage d\u2019Emma, est employ\u00e9 ici selon l\u2019usage (aujourd\u2019hui vieilli) de \u00ab qui inspire une grande crainte\u00a0\u00bb (voir l\u2019article \u00ab\u00a0Formidable\u00a0\u00bb du CRTL ([s.d.]).<\/span>, lui apprend que son oncle est lui-m\u00eame devenu, apr\u00e8s une ann\u00e9e d\u2019abstinence respectueuse, son amant jaloux et exigeant\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a0112). De ces qualificatifs, qui r\u00e9v\u00e8lent \u00e0 chacun des d\u00e9tours de l\u2019intrigue l\u2019appartenance de Lerne-Klotz \u00e0 l\u2019Allemagne, retenons une duplicit\u00e9, une brutalit\u00e9 et une \u00ab\u00a0absence du contr\u00f4le des affects\u00a0\u00bb (Courmont 2010, 92) qui renvoient toutes \u00e0 la description de la psychologie allemande dans la pens\u00e9e fran\u00e7aise de la fin du si\u00e8cle. Ces nombreux traits, qui d\u00e9nigrent constamment la nature nouvelle observ\u00e9e chez Lerne par Vermont, \u00e9voquent en outre toujours une comparaison entre celle-ci et celle d\u2019antan, entre l\u2019Allemand d\u2019aujourd\u2019hui et le Fran\u00e7ais d\u2019hier, un point sur lequel il convient \u00e0 pr\u00e9sent de nous attarder.<\/p>\n<p>Aux dires du narrateur, le docteur Lerne \u00e9tait auparavant un \u00ab\u00a0chirurgien [\u2026] c\u00e9l\u00e8bre [\u2026] pour la dext\u00e9rit\u00e9 de sa main et le bonheur de son audace [\u2026] qui, malgr\u00e9 sa renomm\u00e9e, demeurait fid\u00e8le \u00e0 sa ville natale\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a014), ce qui faisait de lui non seulement un brillant scientifique, mais \u00e9galement un homme loyal et patriote. Lerne est \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9 dans le souvenir de Vermont comme \u00ab\u00a0un robuste gaillard, calme et sobre, un peu froid peut-\u00eatre, mais si bon\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a014) qui, \u00ab\u00a0dans sa jeunesse, [\u2026] avait prouv\u00e9 tous les m\u00e9rites\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a0134). Les changements observ\u00e9s chez Lerne-Klotz visent ainsi \u00e0 montrer la <em>r\u00e9gression<\/em> qu\u2019a connue la figure fran\u00e7aise apr\u00e8s s\u2019\u00eatre associ\u00e9e \u2013\u00a0volontairement d\u2019abord, puis malgr\u00e9 elle, \u00e0 la suite de son meurtre et de la greffe de cerveaux men\u00e9e par Klotz \u2013 aux collaborateur et pr\u00e9parateurs allemands. Cependant, comme le narrateur ne peut imaginer l\u2019usurpation du corps de son oncle par le cerveau d\u2019un autre, du fait du caract\u00e8re improbable de cette id\u00e9e, et que Lerne-Klotz se pr\u00e9sente physiquement sous les m\u00eames traits que le docteur autrefois aim\u00e9, Vermont ne peut admettre que l\u2019homme qui l\u2019accueille \u00e0 Fonval n\u2019est pas son oncle. C\u2019est d\u2019ailleurs cette incompr\u00e9hension qui donne son \u00e9lan \u00e0 l\u2019intrigue, Nicolas cherchant par tous les moyens \u00e0 d\u00e9couvrir les secrets de Lerne dans le but d\u2019\u00e9lucider les motifs de sa m\u00e9tamorphose. Cette ignorance initiale de la v\u00e9ritable identit\u00e9 du docteur Lerne-Klotz teinte irr\u00e9m\u00e9diablement le r\u00e9cit du narrateur\u00a0: Nicolas appr\u00e9hende l\u2019\u0153uvre scientifique de son oncle d\u2019un \u0153il beaucoup plus cl\u00e9ment lorsqu\u2019il la croit attribuable \u00e0 son parent qu\u2019il ne le fait une fois que lui est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e l\u2019identit\u00e9 germanique de l\u2019homme qu\u2019il a c\u00f4toy\u00e9 six mois durant.<\/p>\n<h2>Entre \u00ab\u00a0le d\u00e9go\u00fbt et l\u2019admiration d\u2019un dieu malfaiteur\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a056)\u00a0: autour de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du discours sur la science dans <em>Le Docteur Lerne<\/em><\/h2>\n<p>Dans le troisi\u00e8me chapitre de l\u2019\u0153uvre, Nicolas Vermont d\u00e9couvre la nature singuli\u00e8re des recherches men\u00e9es secr\u00e8tement par son \u00ab\u00a0oncle\u00a0\u00bb. Lors de son exp\u00e9dition dans la serre \u2013\u00a0devenue laboratoire et divis\u00e9e en trois sections, chacune renfermant un niveau plus avanc\u00e9 de la science de la greffe que la pr\u00e9c\u00e9dente dans une sorte de repr\u00e9sentation s\u00e9miotis\u00e9e du progr\u00e8s\u00a0\u2013, il s\u2019inqui\u00e8te d\u2019abord de la nature profane et monstrueuse des exp\u00e9rimentations de Lerne-Klotz\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>C\u2019\u00e9tait le triomphe de la greffe, une science que Lerne avait, depuis quinze ans, pouss\u00e9e jusqu\u2019au prodige, si avant, m\u00eame, que le spectacle des r\u00e9sultats pr\u00e9sentait quelque chose d\u2019inqui\u00e9tant. \u2013\u00a0Lorsqu\u2019il retouche la vie, l\u2019homme fabrique des monstres.\u00a0\u2013 Une sorte de malaise me troublait. (<em>DL<\/em>,\u00a049)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cependant, bien qu\u2019il qualifie les r\u00e9sultats des greffes de \u00ab\u00a0monstres\u00a0\u00bb\u00a0\u00ab\u00a0inqui\u00e9tants\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0troublants\u00a0\u00bb, Vermont emploie \u00e9galement le terme de \u00ab\u00a0prodige\u00a0\u00bb dans ses observations<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">Cette ambivalence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des avanc\u00e9es de la science (et notamment \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une science atteignant \u00e0 la vie) n\u2019est pas sans rappeler le discours de Victor Frankenstein, dans l\u2019\u0153uvre \u00e9ponyme (1818), \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa cr\u00e9ation.<\/span>. Son vocabulaire atteste ainsi d\u2019une certaine admiration pour les avanc\u00e9es scientifiques propos\u00e9es par Lerne, une admiration qui est toutefois vite raisonn\u00e9e par Nicolas, qui poursuit son monologue int\u00e9rieur par une nette condamnation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>De quel droit d\u00e9ranger la Cr\u00e9ation? pensai-je. Est-il permis d\u2019en bousculer jusqu\u2019\u00e0 ce point les vieilles lois? Et peut-on jouer \u00e0 ce jeu sacril\u00e8ge sans commettre un crime de l\u00e8se-Nature?&#8230; Si encore ces sujets truqu\u00e9s flattaient le bon go\u00fbt! Mais, d\u00e9nu\u00e9s de vraie nouveaut\u00e9, ce sont des alliances bizarres et rien de plus, des fa\u00e7ons de chim\u00e8res v\u00e9g\u00e9tales, des faunes floraux, moiti\u00e9 ceci et moiti\u00e9 cela\u2026 D\u2019honneur! que cette t\u00e2che soit gracieuse ou non, elle est impie, et voil\u00e0 tout! (<em>DL<\/em>,\u00a049)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais, comme le montre la phrase qui suit directement cette objection, cette condamnation est vite nuanc\u00e9e par Vermont puisque le narrateur reconna\u00eet l\u2019immense charge de travail, a priori v\u00e9n\u00e9rable, qui se trouve derri\u00e8re les exp\u00e9rimentations de son oncle\u00a0: \u00ab\u00a0Quoi qu\u2019il en f\u00fbt, le professeur s\u2019\u00e9tait livr\u00e9, pour [les] mener \u00e0 bien, au travail le plus acharn\u00e9. Cette collection en r\u00e9pondait, et d\u2019autres indices rappelaient aussi le labeur du savant [\u2026].\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a049) Contrairement \u00e0 ce qu\u2019en dit Vermont, il n\u2019est pas aussi outr\u00e9 par les travaux de son oncle qu\u2019il le pr\u00e9tend \u2013\u00a0il s\u2019endort le sourire aux l\u00e8vres le soir m\u00eame de son exp\u00e9dition (<em>DL<\/em>,\u00a059) \u2013, un constat qui se pr\u00e9cise dans la suite de sa visite au c\u0153ur de la serre. Si, d\u2019une part, le narrateur y r\u00e9it\u00e8re le d\u00e9go\u00fbt que lui inspirent les hybrides<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">\u00ab\u00a0Non! Lerne n\u2019avait pas le droit!&#8230; C\u2019\u00e9tait ignoble, comme de tuer! davantage m\u00eame! et ses odieuses pratiques sur la Nature vierge accusaient \u00e0 la fois l\u2019horreur d\u2019un meurtre et l\u2019ignominie d\u2019un viol!\u00a0&#8230;\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a053)<\/span>, il y montre \u00e9galement, d\u2019autre part, la grandeur des gestes qui ont men\u00e9s \u00e0 leur cr\u00e9ation et qui font de Lerne une v\u00e9ritable \u00ab\u00a0divinit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Inf\u00e2me et <em>grandi<\/em>, mon oncle m\u2019inspira le d\u00e9go\u00fbt et <em>l\u2019admiration <\/em>d\u2019un dieu malfaiteur.\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a055-56, nous soulignons) Loin de discr\u00e9diter compl\u00e8tement les recherches de son ancien tuteur, Nicolas les trouve ainsi \u2013\u00a0au moins partiellement\u00a0\u2013 extraordinaires, ce que confirme la formulation de son ultime condamnation des greffes dans ce chapitre. Le narrateur indique en effet que \u00ab\u00a0[l\u2019\u0153uvre de Lerne] \u00e9tait pourtant moins estimable que repoussante\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a056), le terme de \u00ab\u00a0moins\u00a0\u00bb permettant ici au narrateur de ne pas formuler une parfaite opposition \u00e0 l\u2019\u00e9gard des exp\u00e9riences du docteur tant que celles-ci se trouvent attribu\u00e9es \u00e0 son oncle. Il en va de m\u00eame lorsque Lerne-Klotz r\u00e9v\u00e8le \u00e0 Nicolas, dans le cadre de son \u00ab\u00a0op\u00e9ration circ\u00e9enne\u00a0\u00bb, la greffe de cerveaux qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 men\u00e9e sur ses trois assistants\u00a0: le narrateur \u00ab\u00a0ne [peut] [s]\u2019emp\u00eacher [d\u2019]admirer\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0163) la cicatrice des pr\u00e9parateurs, le choix du verbe \u00ab\u00a0admirer\u00a0\u00bb t\u00e9moignant de son \u00e9blouissement partiel devant le caract\u00e8re \u00e9patant de cette greffe. Mais comment comprendre cette position ambivalente?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse \u00e0 cette question nous semble moins r\u00e9sider dans l\u2019appr\u00e9hension par Nicolas des exp\u00e9riences de son oncle que dans son appr\u00e9hension de leur fomentateur. Il convient de rappeler que Nicolas consid\u00e8re l\u2019homme qui l\u2019accueille \u00e0 Fonval comme son parent et que cet homme est, par le fait m\u00eame, un repr\u00e9sentant de la France. Tant que son identit\u00e9 allemande demeure occult\u00e9e par le roman, le docteur Lerne, un Fran\u00e7ais, ne peut se voir condamn\u00e9 pour des exp\u00e9riences qui t\u00e9moignent d\u2019un certain g\u00e9nie\u00a0: le narrateur module toujours ses critiques des travaux de son oncle pour conserver une image minimalement positive du personnage fran\u00e7ais dans son r\u00e9cit. De la m\u00eame fa\u00e7on que pour l\u2019appellation de \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb que nous avons pr\u00e9c\u00e9demment observ\u00e9e chez l\u2019automobile-Klotz, cette modulation prend fin d\u00e8s que Vermont d\u00e9couvre que c\u2019est Klotz qui occupe depuis pr\u00e8s de quatre ans le corps de Lerne. L\u2019\u00e9volution de ses r\u00e9flexions sur la science dans le quatorzi\u00e8me chapitre de l\u2019\u0153uvre, qui est celui de la r\u00e9v\u00e9lation, confirme cette hypoth\u00e8se. Alors que le narrateur se tient pr\u00e8s du cadavre de Lerne \u2013 et qu\u2019il ignore toujours l\u2019usurpation qu\u2019en a fait Klotz pendant quatre ans \u2013, il m\u00e9dite en effet toujours les exp\u00e9riences de ce dernier dans des termes ambigus, lesquels soulignent \u00e0 la fois la grandeur des projets de Lerne et leur in\u00e9vitable profanation\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Et son ouvrage, \u00e0 lui, m\u2019apparut, avec les sublimes audaces et les hardiesses criminelles qui lui aurait valu le pilori comme le pi\u00e9destal et, tout ensemble, les verges et les palmes. Nagu\u00e8re, je le savais digne des unes et j\u2019aurais bien jur\u00e9 qu\u2019il ne m\u00e9riterait pas les autres! Mais quelle aventure capitale, voil\u00e0 pr\u00e8s de cinq ans, l\u2019avait fait devenir le mauvais ch\u00e2telain meurtrier de ses h\u00f4tes?&#8230; (<em>DL<\/em>,\u00a0211)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 la suite de cette r\u00e9flexion, un coup de vent fortuit lui fait d\u00e9couvrir la cicatrice qui cerne le front de son parent et lui permet de deviner la greffe de cerveau qu\u2019il a subie. Le narrateur nuance alors sa perception de l\u2019\u0153uvre de Lerne-Klotz. Il accuse d\u2019abord Klotz d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019instigateur des \u00ab\u00a0travaux r\u00e9pr\u00e9hensibles\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0crimes\u00a0\u00bb dont il a lui-m\u00eame \u00e9t\u00e9 la victime lors de son s\u00e9jour \u00e0 Fonval (<em>DL<\/em>,\u00a0212), avant d\u2019expliquer le revirement complet que celui-ci a fait subir aux recherches initiales \u2013\u00a0et autrement bienveillantes \u2013 de son d\u00e9funt oncle\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Quatre ann\u00e9es avant mon retour \u00e0 Fonval, Lerne et Otto Klotz reviennent de Nanthel o\u00f9 ils ont pass\u00e9 la journ\u00e9e. Lerne est probablement joyeux. <em>Il va retrouver ses \u00e9tudes g\u00e9n\u00e9reuses sur la greffe, dont le but, le seul but, est de soulager l\u2019humanit\u00e9.<\/em> Mais Klotz, amoureux d\u2019Emma, veut donner \u00e0 ces recherches un autre objet \u2013 <em>de profanation et de lucre surtout<\/em>\u00a0: \u2013\u00a0l\u2019\u00e9change des cerveaux. Sans doute m\u00eame, cette id\u00e9e (qu\u2019il n\u2019a pu creuser \u00e0 Mannheim, faute d\u2019argent), l\u2019a-t-il d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9e \u00e0 mon oncle, et cela sans r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>Cependant, l\u2019aide a son id\u00e9e, \u2013\u00a0<em>machiav\u00e9lique<\/em>. [\u2026] Voil\u00e0 donc Otto Klotz derri\u00e8re le masque, rev\u00eatu de l\u2019apparence d\u00e9sir\u00e9e, costum\u00e9 en Lerne, ma\u00eetre de Fonval, d\u2019Emma, des travaux, sorte de bernard-l\u2019ermite abrit\u00e9 dans la coquille de l\u2019\u00eatre qu\u2019il a tu\u00e9. [\u2026] Puis, certain de l\u2019impunit\u00e9, il commence dans son repaire inabordable <em>ses terribles exp\u00e9riences<\/em>. (<em>DL<\/em>,\u00a0212-213, nous soulignons)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De \u00ab\u00a0sublimes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0triomphales\u00a0\u00bb, les exp\u00e9riences de Lerne-Klotz deviennent uniquement \u00ab\u00a0terribles\u00a0\u00bb une fois la greffe de cerveaux r\u00e9v\u00e9l\u00e9e, ce qui montre la coupure produite par la r\u00e9v\u00e9lation de l\u2019identit\u00e9 germanique du docteur dans la pens\u00e9e du narrateur. Ce n\u2019est donc pas tant l\u2019avanc\u00e9e de la science de la greffe qui se voit r\u00e9primand\u00e9e dans le roman, mais plut\u00f4t l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 \u00e0 laquelle elle advient lorsque pouss\u00e9e par une nature \u00ab\u00a0\u00e9go\u00efste\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0machiav\u00e9lique\u00a0\u00bb comme celle de Klotz et, de fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, par une nature allemande. Vermont souligne en effet plus loin que \u00ab\u00a0[les paperasses] du vrai Lerne confirm[ent] \u00e0 chaque ligne son honn\u00eatet\u00e9 m\u00e9dicale et la puret\u00e9 de ses recherches sur la greffe\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0218). Le roman formule ainsi une mise en garde contre le c\u00f4toiement des Allemands \u2013\u00a0\u00e0 qui on ne peut confier l\u2019avancement de la science, sous peine de voir celle-ci atteindre des r\u00e9sultats horrifiants et criminels\u00a0\u2013, plut\u00f4t qu\u2019une condamnation de la science elle-m\u00eame, puisque celle-ci, aux dires de Renard, peut \u00eatre fort utile et b\u00e9n\u00e9fique lorsqu\u2019elle est entreprise par des scientifiques portant les id\u00e9aux de la France. Cette derni\u00e8re observation nous m\u00e8ne d\u00e8s lors \u00e0 lire sous un autre jour la d\u00e9dicace offerte par Renard \u00e0 H.\u00a0G. Wells en t\u00eate de l\u2019\u0153uvre, une lecture que nous proposons d\u2019\u00e9clairer en guise de conclusion.<\/p>\n<h2>Quoi que vous fassiez, m\u00e9fiez-vous des Allemands<\/h2>\n<p>Avec <em>Le Docteur Lerne<\/em>, Renard s\u2019inscrit parfaitement dans son \u00e9poque germanophobe en pr\u00e9sentant des personnages allemands st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s dont la repr\u00e9sentation, fond\u00e9e sur un imaginaire raciste tant scientifique, social que litt\u00e9raire, a invariablement pour but de faire valoir la sup\u00e9riorit\u00e9 de la France sur la nation allemande. Selon nous, cet objectif est pr\u00e9cis\u00e9, de fa\u00e7on lacunaire, d\u00e8s la d\u00e9dicace \u00e0 H.G. Wells sur laquelle s\u2019ouvre le roman. Dans les pages liminaires du <em>Docteur Lerne<\/em>, Maurice Renard d\u00e9die son \u0153uvre \u00e0 Wells en mentionnant l\u2019inspiration qu\u2019il a tir\u00e9 de ses romans<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5696\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5696-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\">Comme l\u2019a remarqu\u00e9 Jean-Marc Gouanvic et malgr\u00e9 les nombreuses diff\u00e9rences qui distinguent le roman de Renard de celui de Wells, \u00ab\u00a0le docteur Lerne est la r\u00e9plique fran\u00e7aise du docteur Moreau\u00a0\u00bb (1994, 84).<\/span>. Toutefois, plut\u00f4t que de t\u00e9moigner de l\u2019admiration du romancier pour son mod\u00e8le, cette d\u00e9dicace expose surtout les \u00ab\u00a0enseignements\u00a0\u00bb que Renard souhaite transmettre \u00e0 son lectorat avec le roman. Dans cette courte note, Renard indique effectivement que son \u0153uvre \u00ab\u00a0s\u2019adresse au philosophe [ou \u00e0 la philosophe] \u00e9pris[\u00b7e] de V\u00e9rit\u00e9 sous la fiction merveilleuse, et de Bon Ordre parmi la feinte cohue des p\u00e9rip\u00e9ties\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a07). C\u2019est donc dire qu\u2019une \u00ab\u00a0V\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb sous-tendrait l\u2019ensemble du r\u00e9cit et qu\u2019un \u00ab\u00a0Bon Ordre\u00a0\u00bb serait \u00e0 retrouver par le lectorat dans la structure narrative du texte. Or, nous l\u2019avons vu, la seule constante dans le texte de Renard est sa d\u00e9pr\u00e9ciation continue de la nation allemande, tandis que la \u00ab\u00a0cohue des p\u00e9rip\u00e9ties\u00a0\u00bb, qui renvoie \u00e0 l\u2019enqu\u00eate men\u00e9e par Vermont pour d\u00e9couvrir le secret de la transformation de son oncle, ne trouve son sens que lorsque l\u2019on d\u00e9couvre la v\u00e9ritable nature du docteur Lerne-Klotz et donc, que nous est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e sa \u00ab\u00a0n\u00e9faste\u00a0\u00bb appartenance \u00e0 l\u2019Allemagne. Au m\u00eame titre que le pr\u00e9liminaire occult\u00e9 dans la r\u00e9cente \u00e9dition du roman, la d\u00e9dicace pr\u00e9pare ainsi subtilement les conclusions racistes \u2013 et, dans la pens\u00e9e fran\u00e7aise de l\u2019\u00e9poque, fondamentalement patriotiques \u2013 du r\u00e9cit des aventures de Nicolas Vermont. Or si cette d\u00e9dicace et le discours raciste qu\u2019elle sous-tend, au m\u00eame titre que le racisme qui traverse le roman de Renard, nous paraissent aujourd\u2019hui hautement probl\u00e9matiques, il n\u2019en demeure pas moins que <em>Le Docteur Lerne<\/em> offre \u00e0 lire d\u2019int\u00e9ressants questionnements \u00e9thiques sur les potentialit\u00e9s de la science, tout comme il expose la capacit\u00e9 de la litt\u00e9rature de s\u2019emparer des discours et des imaginaires de son temps pour pr\u00e9figurer les enjeux qui animeront bient\u00f4t le monde. Par sa mise en garde contre les dangers de l\u2019appropriation de la science par une nation ambitieuse et puissante, laquelle est d\u2019ailleurs fortement appuy\u00e9e sur les th\u00e9ories physiognomoniques qui donneront ses fondements \u00e0 l\u2019eug\u00e9nisme et \u00e0 ses d\u00e9rives au tournant du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, l\u2019\u0153uvre nous semble en effet annoncer avec lucidit\u00e9 les funestes \u00e9v\u00e9nements scientifiques qui marqueront les Guerres mondiales de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle et notamment l\u2019extr\u00e9misme atteint par les th\u00e9ories scientifiques eug\u00e9nistes sous le r\u00e9gime nazi, et ce, avant m\u00eame que ne soient publi\u00e9s les trait\u00e9s qui donneront leur \u00e9lan \u00e0 ces th\u00e9ories.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p align=\"left\">[s.a.]. [s.d.]. \u00ab\u00a0Formidable\u00a0\u00bb, <em>Centre de ressources textuelles et lexicales<\/em>. https:\/\/www.cnrtl.fr\/definition\/formidable (Page consult\u00e9e le 10 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Aslangul, Claire. 2009. \u00ab\u00a0De la haine h\u00e9r\u00e9ditaire \u00e0 l\u2019amiti\u00e9 ind\u00e9fectible. Quelques images-symboles de la relation France-Allemagne, 1870-2009\u00a0\u00bb. <em>Revue historique des arm\u00e9es<\/em>, n<sup>o<\/sup> 256, 24 juillet\u00a0: 3-13. http:\/\/journals.openedition.org\/rha\/6802 (Page consult\u00e9e le 10 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Beltran, Perrine. 2021. \u00ab\u00a0Ce que les \u00e9cofictions font aux st\u00e9r\u00e9otypes sp\u00e9cistes\u00a0\u00bb. <em>Postures<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a034. https:\/\/revuepostures.com\/fr\/articles\/beltran-34 (Page consult\u00e9e le 12 novembre 2021)<\/p>\n<p align=\"left\">B\u00e9rillon, Edgar. 1917. <em>La psychologie de la race allemande d\u2019apr\u00e8s ses caract\u00e8res objectifs et sp\u00e9cifiques\u00a0: conf\u00e9rence faite \u00e0 Paris, dimanche 4 f\u00e9vrier 1917<\/em>. Paris\u00a0: Association fran\u00e7aise pour l\u2019avancement des sciences. \u00c9diteur scientifique. https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k57727561 (Page consult\u00e9e le 8 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Binet, Alfred. 1906. <em>Les r\u00e9v\u00e9lations de l\u2019\u00e9criture d\u2019apr\u00e8s un contr\u00f4le scientifique<\/em>. Paris\u00a0: F\u00e9lix Alcan. https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k72255q\/ (Page consult\u00e9e le 10 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Br\u00e9an, Simon. 2018. \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture de Maurice Renard, en tension entre extrapolation scientifique et figuration litt\u00e9raire\u00a0\u00bb. <em>Res Futurae<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a011\u00a0:\u00a011-14. http:\/\/journals.openedition.org\/resf\/1266 (Page consult\u00e9e le 8 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Cnockaert, V\u00e9ronique. 2013. \u00ab\u00a0Portraits de l\u2019ennemi\u00a0: le Prussien, la prostitu\u00e9e et le cochon\u00a0\u00bb. <em>\u00c9tudes fran\u00e7aises<\/em>, vol.\u00a049, n<sup>o<\/sup>\u00a03\u00a0:\u00a033-46. https:\/\/doi.org\/10.7202\/1021201ar (Page consult\u00e9e le 10 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Courmont, Juliette. 2010. <em>L\u2019odeur de l\u2019ennemi. L\u2019imaginaire olfactif en 1914-1918<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Armand Colin.<\/p>\n<p align=\"left\">Desbarolles, Adolphe. 1866. <em>Le caract\u00e8re allemand expliqu\u00e9 par la physiologie<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Librairie Internationale.<\/p>\n<p align=\"left\">Gouanvic, Jean-Marc. 1994. <em>La science-fiction fran\u00e7aise au XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, 1900-1968\u00a0: essai de socio-po\u00e9tique d\u2019un genre en \u00e9mergence<\/em>. Amsterdam\u00a0:\u00a0Rodopi.<\/p>\n<p align=\"left\">Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 2021. <em>Nous et les autres animaux<\/em>. Paris\u00a0: Labyrinthes.<\/p>\n<p align=\"left\">Laran\u00e9, Andr\u00e9. 2020. \u00ab\u00a01870-1871. La guerre franco-prussienne en bref\u00a0\u00bb. <em>H\u00e9rodote<\/em>, 18 f\u00e9vrier. https:\/\/www.herodote.net\/La_guerre_franco_prussienne_en_bref-synthese-543.php (Page consult\u00e9e le 10 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Larousse, Pierre. 1864. <em>Grand dictionnaire universel du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, t. XI<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Administration du Grand Dictionnaire Universel. https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k205363w\/ (Page consult\u00e9e le 28 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">Paterson, Janet M. 2004. <em>Figures de l\u2019Autre dans le roman qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Nota Bene.<\/p>\n<p align=\"left\">Renard, Maurice. 1908. \u00ab\u00a0Pr\u00e9liminaire\u00a0\u00bb, dans <em>Le Docteur Lerne, sous-dieu<\/em>. Paris\u00a0:\u00a0Soci\u00e9t\u00e9 du Mercure de France\u00a0: 9-15. http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k993746n (Page consult\u00e9e le 8 avril 2020)<\/p>\n<p align=\"left\">\u2014\u2014\u2014. 2010. <em>Le Docteur Lerne, sous-dieu<\/em>. Paris\u00a0: Jos\u00e9 Corti.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Bauduin, \u00c9milie. 2021. \u00ab Portrait de l\u2019Allemand en monstre dans Le Docteur Lerne, sous-dieu (1908) de Maurice Renard \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Depuis que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et clich\u00e9s litt\u00e9raires \u00bb, no 34, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5696 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bauduin_34.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 bauduin_34.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-211718b1-5e33-4197-94f2-de970a583e29\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bauduin_34.pdf\">bauduin_34<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bauduin_34.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-211718b1-5e33-4197-94f2-de970a583e29\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cette \u0153uvre seront indiqu\u00e9es par le sigle <em>DL<\/em>, suivi du folio, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le texte.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Nous reprenons ici le constat soulev\u00e9 par Simon Br\u00e9an dans son article \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture de Maurice Renard, en tension entre extrapolation scientifique et figuration litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (2018, 6).<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Nous avons choisi de ne pas utiliser la forme inclusive pour caract\u00e9riser la repr\u00e9sentation st\u00e9r\u00e9otypique \u00e9tudi\u00e9e dans le cadre de cet article comme il s\u2019agit, tant dans les discours (pseudo)scientifiques convoqu\u00e9s que dans le roman \u00e0 l\u2019\u00e9tude, d\u2019une repr\u00e9sentation <em>au masculin<\/em> ayant ses particularit\u00e9s propres.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>\u00c0 la suite de la brusque d\u00e9faite du 2 septembre 1870, l\u2019empire de Napol\u00e9on III s\u2019\u00e9croule sous une domination prussienne rapide et inattendue. Cette d\u00e9faite est fort douloureuse pour le peuple fran\u00e7ais, puisqu\u2019elle m\u00e8ne \u00e0 la cession de territoires en Alsace-Lorraine et \u00e0 une lourde indemnit\u00e9 de guerre.\u00a0Au sujet de la d\u00e9faite fran\u00e7aise \u00e0 S\u00e9dan, voir Laran\u00e9, 2020.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Ce rapprochement, s\u2019il doit d\u2019abord \u00eatre per\u00e7u comme une comparaison n\u00e9gative, a de quoi \u00e9tonner, comme on trouve habituellement aux chiens de grandes qualit\u00e9s (fid\u00e9lit\u00e9, sociabilit\u00e9, intelligence).<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Je renvoie ici le lecteur ou la lectrice \u00e0 la contextualisation de cet <em>habitus<\/em> sp\u00e9ciste que propose Perrine Beltran dans son article \u00ab\u00a0Ce que les \u00e9cofictions font aux st\u00e9r\u00e9otypes sp\u00e9cistes\u00a0\u00bb (2021) publi\u00e9 dans le pr\u00e9sent num\u00e9ro de <em>Postures<\/em>, de m\u00eame qu\u2019aux r\u00e9cents travaux sur le sp\u00e9cisme de Catherine Kerbrat-Orecchioni (2021).<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>\u00ab\u00a0Messieurs, dis-je en souriant de mon mieux, auriez-vous la bont\u00e9 de m\u2019indiquer le chemin de Fonval? Je me suis perdu\u2026\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a020).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Notons que la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 cet imaginaire est imm\u00e9diatement r\u00e9it\u00e9r\u00e9e dans les termes employ\u00e9s par le personnage pour d\u00e9crire le conciliabule que tiennent ensuite les trois hommes lorsqu\u2019ils s\u2019aper\u00e7oivent de la pr\u00e9sence de Nicolas dans le labyrinthe. Vermont rend en effet compte de leurs\u00a0\u00ab\u00a0phrases tudesques <em>o\u00f9 se d\u00e9charge la mitraille des mots <\/em>avec tant d\u2019autres vacarmes innommables\u00a0\u00bb en les associant au \u00ab\u00a0bruit d\u2019un <em>combat<\/em> livr\u00e9 pr\u00e8s d\u2019une cataracte\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DL<\/em>,\u00a021, nous soulignons).<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Rappelons, \u00e0 la suite de Pierre Larousse dans son <em>Grand dictionnaire universel du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle <\/em>(1874), que le terme de \u00ab\u00a0monstre\u00a0\u00bb peut d\u00e9signer, entre autres, un \u00ab\u00a0[\u00ea]tre organis\u00e9 dont la conformation diff\u00e8re notablement de la conformation des \u00eatres de son esp\u00e8ce\u00a0\u00bb; un \u00ab\u00a0[\u00ea]tre fantastique qui figure dans la mythologie ou dans une l\u00e9gende\u00a0\u00bb ou, dans le cas qui nous occupe, dans un r\u00e9cit de merveilleux-fantastique; une \u00ab\u00a0[p]ersonne ou objet contre nature\u00a0\u00bb; une \u00ab\u00a0[p]ersonne tout \u00e0 fait d\u00e9natur\u00e9e\u00a0\u00bb; un \u00ab\u00a0objet [et, dans notre roman, une personne] qui cause des maux terribles, des ravages effrayants\u00a0\u00bb ou encore un \u00ab\u00a0ennemi dangereux\u00a0\u00bb. Voir l\u2019article \u00ab\u00a0Monstre\u00a0\u00bb dans Larousse 1874, 475.<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Il est int\u00e9ressant de noter que l\u2019int\u00e9r\u00eat prononc\u00e9 d\u2019Otto Klotz pour la voiture de Vermont est d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9figur\u00e9 dans le nom du personnage. Sa sonorit\u00e9 et son orthographe rappellent en effet le patronyme de l\u2019inventeur des premiers moteurs \u00e0 combustion et explosion, \u00e0 allumage command\u00e9 et \u00e0 quatre temps, l\u2019Allemand Nikolaus Otto, notamment connu pour la fondation de la Daimler-Motoren-Gesellschaft, aujourd\u2019hui Mercedes-Benz. Cette subtile mise en sc\u00e8ne du g\u00e9nie automobile allemand nous permet de supposer que Renard, au m\u00eame titre que la science de la greffe, trouvait dans l\u2019essor de cette industrie allemande quelque chose de fortement inqui\u00e9tant, puisque l\u2019avanc\u00e9e technologique et scientifique que repr\u00e9sente l\u2019appropriation de la voiture par l\u2019\u00e2me de Klotz appara\u00eet fortement monstrueuse aux yeux de Vermont.<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>Alfred Binet d\u00e9montre dans cet ouvrage que ce sont \u00e0 la fois le sexe, l\u2019\u00e2ge, l\u2019intelligence et le caract\u00e8re qui peuvent \u00eatre d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tude des \u00e9critures.<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>Selon B\u00e9rillon, \u00ab\u00a0l\u2019objectivit\u00e9 psychologique [de l\u2019Allemand] [\u00e9tait] [entre autres] caract\u00e9ris\u00e9e par [\u2026] la col\u00e8re agressive\u00a0\u00bb (1917, 63) et \u2013 il tient cette conclusion de Schopenhauer \u2013 \u00ab\u00a0[l]e v\u00e9ritable caract\u00e8re national des Allemands [est] la lourdeur, elle para\u00eet dans <em>leur d\u00e9marche<\/em>, dans <em>leurs fa\u00e7ons<\/em>, <u>leurs r\u00e9cits, leurs discours, leurs \u00e9crits<\/u>\u00a0\u00bb (1917, 9, l\u2019auteur pour les italiques, nous soulignons).<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture de l\u2019adresse me fit songer. Seuls, quelques vestiges de l\u2019ancienne cursive la rendaient reconnaissable et accusaient encore la plume de Lerne. Mais la plupart des caract\u00e8res, les accents, la ponctuation et l\u2019apparence g\u00e9n\u00e9rale d\u00e9notaient un \u201cesprit graphique\u201d diam\u00e9tralement oppos\u00e9 \u00e0 celui d\u2019autrefois. La graphologie n\u2019est jamais en d\u00e9faut, ses arr\u00eats sont infaillibles\u00a0: l\u2019auteur de cette suscription avait chang\u00e9 du tout au tout.\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0133-134)<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Si l\u2019organisation des jardins fran\u00e7ais fait g\u00e9n\u00e9ralement appel \u00e0 un imaginaire g\u00e9om\u00e9trique, \u00e0 une taille disciplin\u00e9e et \u00e0 des lignes droites et courbes ma\u00eetris\u00e9es (notamment en comparaison avec les jardins anglais, plut\u00f4t reconnus pour leur organicit\u00e9), il nous semble que c\u2019est surtout la question de l\u2019\u00e9l\u00e9gance et du raffinement qui marque ici la distinction entre l\u2019horticulture fran\u00e7aise et l\u2019horticulture allemande.<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>\u00ab\u00a0Je ne suis pas peureuse. Entre nous, m\u00eame, j\u2019ai connu la flatterie de mains qui viennent de tuer; j\u2019ai subi des possessions pareilles \u00e0 des assassinats. Mais tout cela n\u2019est rien. La nuit de Klotz a \u00e9t\u00e9 formidable. Elle me laisse une impression de viol. J\u2019en garderai toujours l\u2019\u00e9pouvante et la fatigue.\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a0111) Notons que le terme \u00ab\u00a0formidable\u00a0\u00bb, qui pourrait renvoyer dans le langage courant \u00e0 une certaine forme d\u2019admiration de la part du personnage d\u2019Emma, est employ\u00e9 ici selon l\u2019usage (aujourd\u2019hui vieilli) de \u00ab qui inspire une grande crainte\u00a0\u00bb (voir l\u2019article \u00ab\u00a0Formidable\u00a0\u00bb du CRTL ([s.d.]).<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>Cette ambivalence \u00e0 l\u2019\u00e9gard des avanc\u00e9es de la science (et notamment \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019une science atteignant \u00e0 la vie) n\u2019est pas sans rappeler le discours de Victor Frankenstein, dans l\u2019\u0153uvre \u00e9ponyme (1818), \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa cr\u00e9ation.<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div>\u00ab\u00a0Non! Lerne n\u2019avait pas le droit!&#8230; C\u2019\u00e9tait ignoble, comme de tuer! davantage m\u00eame! et ses odieuses pratiques sur la Nature vierge accusaient \u00e0 la fois l\u2019horreur d\u2019un meurtre et l\u2019ignominie d\u2019un viol!\u00a0&#8230;\u00a0\u00bb (<em>DL<\/em>,\u00a053)<\/div><\/li><li><span>18<\/span><div>Comme l\u2019a remarqu\u00e9 Jean-Marc Gouanvic et malgr\u00e9 les nombreuses diff\u00e9rences qui distinguent le roman de Renard de celui de Wells, \u00ab\u00a0le docteur Lerne est la r\u00e9plique fran\u00e7aise du docteur Moreau\u00a0\u00bb (1994, 84).<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Depuis\u00a0que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et\u00a0clich\u00e9s litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, no 34 Le Docteur Lerne, sous-dieu\u00a0(1908) de Maurice Renard relate l\u2019\u00e9trange retour de Nicolas Vermont, un jeune Fran\u00e7ais ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 puis exil\u00e9 par son oncle, le docteur Lerne, sur les lieux de son enfance. Lors de son retour au ch\u00e2teau de Fonval, Vermont ne [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1328,1331],"tags":[18],"class_list":["post-5696","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-depuis-que-le-monde-est-monde-stereotypie-et-cliches-litteraires","category-quand-le-stereotype-simmisce-dans-le-discours","tag-bauduin-emilie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5696","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5696"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5696\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8398,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5696\/revisions\/8398"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5696"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5696"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5696"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}