{"id":5697,"date":"2024-06-13T19:48:33","date_gmt":"2024-06-13T19:48:33","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/ce-que-les-ecofictions-animalieres-font-aux-stereotypes-specistes\/"},"modified":"2024-08-19T19:55:49","modified_gmt":"2024-08-19T19:55:49","slug":"ce-que-les-ecofictions-animalieres-font-aux-stereotypes-specistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5697","title":{"rendered":"Ce que les \u00e9cofictions animali\u00e8res font aux st\u00e9r\u00e9otypes sp\u00e9cistes"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6903\">Dossier \u00ab\u00a0Depuis\u00a0que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et\u00a0clich\u00e9s litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, no 34<\/a><\/h5>\n<p>\u00ab\u2009Balance ton porc\u2009\u00bb, \u00ab\u2009sale cochonne\u2009\u00bb, \u00ab\u2009manger comme un cochon\u2009\u00bb\u00a0: voil\u00e0 un animal bien souvent convoqu\u00e9 par le langage courant. Le cochon, essentialis\u00e9 dans les traits\u00a0\u00ab\u2009sale\u2009\u00bb,\u00a0\u00ab\u2009grossier\u00b7\u00e8re\u2009\u00bb,\u00a0\u00ab\u2009vulgaire\u2009\u00bb, sert de support \u00e0 la d\u00e9pr\u00e9ciation sans que jamais\u00a0ne\u00a0soit\u00a0contest\u00e9e la validit\u00e9 de ces traits auxquels il est r\u00e9duit. L\u2019animal r\u00e9el importe peu, c\u2019est le lot de repr\u00e9sentations pr\u00e9con\u00e7ues qui lui sont couramment associ\u00e9es qui prime dans ces m\u00e9taphores. Les animaux sont un support privil\u00e9gi\u00e9 pour l\u2019\u00e9laboration et la perp\u00e9tuation d\u2019insultes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Cela est particuli\u00e8rement vrai pour celles \u00e0 caract\u00e8re sexiste ou sexuel, et ce, d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente selon que la flexion des noms est au f\u00e9minin ou au masculin\u00a0: \u00ab\u2009La fille se sent tr\u00e8s vite coinc\u00e9e dans son r\u00f4le de poule\u00a0: poule mouill\u00e9e, poulette, poule caquetante, cocotte, poupoule, poule de luxe, m\u00e8re poule ou poule pondeuse, \u00e0 moins qu\u2019elle ne soit une b\u00e9casse (b\u00e9cassine), une oie (blanche), une dinde (bref, toute la basse-cour y passe) ou une pie jacassante. Toutes les esp\u00e8ces femelles peuvent prendre un sens p\u00e9joratif (les oiseaux et la volaille, en particulier, constituent la m\u00e9taphore fondamentale de la femme). Ce n\u2019est pas vrai des esp\u00e8ces m\u00e2les (mettons \u00e0 part le paon vaniteux et l\u2019ours mal l\u00e9ch\u00e9). Ce qui se refl\u00e8te tr\u00e8s nettement dans les dessins anim\u00e9s, contes et bandes dessin\u00e9es de type zoomorphe qui mod\u00e8lent l\u2019esprit de nos enfants.\u2009\u00bb (Marina Yaguello\u00a02018 [1978], 189). Sur ces questions, on pourra \u00e9galement consulter Carol J. Adams (2019 [1990]) ou encore Lisa Kemmerer (2011).<\/span>, de dictons, de formules toutes faites, exprimant \u00e0 travers des tours relativement fig\u00e9s une cristallisation tout\u00a0aussi nette de nos repr\u00e9sentations. Ce que nous disent des expressions aussi banales que\u00a0\u00ab\u2009m\u00e9moire de poisson rouge\u2009\u00bb ou \u00ab\u2009b\u00eate de foire\u2009\u00bb, c\u2019est que la d\u00e9pr\u00e9ciation qui sous-tend l\u2019analogie humain\u00b7e\/animal fait tant syst\u00e8me<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">Nous nous r\u00e9f\u00e9rons en priorit\u00e9 aux travaux de Marie Claude Marsolier (2020) et de Catherine Kerbrat-Orecchioni (2021). Cette derni\u00e8re, tout en reconnaissant que certaines expressions idiomatiques animali\u00e8res sont valorisantes (les m\u00e9taphores \u00ab\u2009taille de gu\u00eape\u2009\u00bb, \u00ab\u2009yeux de biche\u2009\u00bb, etc. ou encore certains emplois hypocoristiques comme \u00ab\u2009mon lapin\u2009\u00bb), convient que \u00ab\u2009d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les noms d\u2019animaux ont une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 se charger d\u2019une connotation n\u00e9gative, comme il appara\u00eet quand ils sont appliqu\u00e9s \u00e0 des personnes humaines, auquel cas ils ont, sauf exception, une valeur fortement \u201cd\u00e9gradante\u201d (ravalant l\u2019individu \u00e0 un rang inf\u00e9rieur).\u2009\u00bb (Kerbrat-Orecchioni\u00a02021, 226)<\/span>\u00a0qu\u2019elle est un\u00a0<em>habitus<\/em>\u00a0mental et discursif.<\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es\u00a01990, plusieurs linguistes et litt\u00e9raires s\u2019int\u00e9ressant de pr\u00e8s aux imaginaires animaliers ont rejoint les rangs des\u00a0<em>Animal Studies<\/em>. La zoopo\u00e9tique, variante zoocentr\u00e9e du champ plus large de l\u2019\u00e9copo\u00e9tique, d\u00e9j\u00e0 bien install\u00e9e au Qu\u00e9be<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Qu\u2019on pense \u00e0 la th\u00e8se r\u00e9cemment soutenue de Julien Defraeye, qui a d\u2019ailleurs codirig\u00e9, avec \u00c9lise Lepage, un volume d\u2019<em>\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/em>\u00a0titr\u00e9 \u00ab\u2009Approches \u00e9copo\u00e9tiques des litt\u00e9ratures fran\u00e7aise et qu\u00e9b\u00e9coise de l\u2019extr\u00eame contemporain\u2009\u00bb (2019), aux travaux de Margaux Lauwers, ou encore aux \u00e9tudes sur l\u2019<em>Imaginaire du Jardin<\/em>\u00a0men\u00e9es \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, dont on peut citer notamment l\u2019article de Pascale Laplante-Dub\u00e9 qui propose \u00ab\u2009une lecture \u00e9cologique de l\u2019espace litt\u00e9raire\u2009\u00bb (2019).<\/span>, est une discipline d\u00e9sormais institutionnalis\u00e9e gr\u00e2ce notamment au programme \u00ab\u00a0Animots\u2009\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">\u00c0 l\u2019origine une ANR, ce programme de recherche est bas\u00e9 en France, mais en \u00e9troite collaboration avec des chercheur\u00b7euse\u00b7s francophones de toutes nationalit\u00e9s.<\/span>\u00a0coordonn\u00e9 par Anne Simon. La zoopo\u00e9tique explore les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019\u00e9criture qui sont utilis\u00e9s en contexte litt\u00e9raire pour repr\u00e9senter les animaux, leurs points de vue, leurs sensibilit\u00e9s, leurs modes d\u2019existence, leurs mani\u00e8res d\u2019appara\u00eetre ou d\u2019\u00e9chapper au regard et \u00e0 la compr\u00e9hension humains. Elle a pour champ d\u2019\u00e9tudes tant les \u0153uvres du pass\u00e9, dont elle propose une lecture in\u00e9dite en op\u00e9rant un centrage in\u00e9dit sur l\u2019animalit\u00e9, que les \u0153uvres contemporaines engag\u00e9es envers ce qu\u2019on a tendance aujourd\u2019hui \u00e0 appeler la \u00ab\u2009cause animale\u2009\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">D\u2019une mani\u00e8re similaire aux\u00a0<em>Postcolonial Studies<\/em>\u00a0et aux\u00a0<em>Gender Studies<\/em>, les\u00a0<em>Animal Studies<\/em>\u00a0portent tant sur les productions culturelles anciennes, qui ont pu relayer, entretenir ou enrayer des imaginaires collectifs fond\u00e9s sur la domination (d\u2019une race, d\u2019un genre ou d\u2019une esp\u00e8ce sur un\u00b7e autre), que sur les productions contemporaines qui op\u00e8rent volontairement une distanciation critique vis-\u00e0-vis de ces h\u00e9ritages.<\/span>. Pour d\u00e9signer ces derni\u00e8res, nous utilisons le terme d\u2019\u00ab\u2009\u00e9cofiction\u2009\u00bb, d\u00e9signant par l\u00e0 \u00ab\u2009l\u2019ensemble des discours qui font appel \u00e0 l\u2019invention narrative pour diffuser le message \u00e9cologique\u2009\u00bb (Chelebourg\u00a02012, 10-11). Tranchant avec les repr\u00e9sentations lyriques et id\u00e9alis\u00e9es de la\u00a0nature, mais aussi avec une appr\u00e9hension \u00ab\u2009all\u00e9gorique, symbolique ou folklorique\u2009\u00bb (Simon cit\u00e9e par Ta\u00efbi\u00a02015, 116) du vivant non humain, les \u00e9cofictions animali\u00e8res contemporaines opposent un r\u00e9alisme cru et une remise en question de nos repr\u00e9sentations comme de nos habitudes discursives, entretenant ainsi avec les st\u00e9r\u00e9otypes \u2014 qu<span dir=\"RTL\">\u2019ils soient litt\u00e9raires ou non \u2014 un rapport de subversion.\u00a0<\/span><\/p>\n<p>De fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e, cette subversion s\u2019op\u00e8re dans les \u0153uvres via ce que Victor Chklovski nomme la \u00ab\u00a0d\u00e9familiarisation\u00a0\u00bb. Ce proc\u00e9d\u00e9, par lequel l\u2019art se rend capable de substituer \u00e0 l\u2019automatique \u00ab\u2009reconnaissance\u2009\u00bb d\u2019une chose ou d\u2019un \u00eatre une \u00ab\u2009vision\u2009\u00bb, \u00ab\u2009une perception particuli\u00e8re\u2009\u00bb (2001 [1917],\u00a089), d\u00e9sautomatise notre rapport au r\u00e9el en questionnant les conventions qui le r\u00e9gissent habituellement. On comprend pourquoi la d\u00e9familiarisation est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 la notion de st\u00e9r\u00e9otypie. Dans son fonctionnement m\u00eame, elle op\u00e8re un d\u00e9centrement qui m\u00e8ne les lecteur\u00b7rice\u00b7s \u00e0 des perceptions et des raisonnements \u00e0 contre-courant des\u00a0<em>habitus<\/em>\u00a0mentaux induits par leurs imaginaires. C<span dir=\"RTL\">\u2019est le cas de toute la litt\u00e9rature subversive, \u00e0 l\u2019image des\u00a0<em>Lettres persanes<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Dans ce roman \u00e9pistolaire datant du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Montesquieu met en sc\u00e8ne deux Persans en voyage en Europe, qui d\u00e9crivent \u00e0 leurs correspondants rest\u00e9s en Perse toutes les curiosit\u00e9s qu\u2019ils y rencontrent. Il s\u2019agit de faire d\u00e9couvrir au lectorat fran\u00e7ais une vision exotique de leur propre pays et de leurs propres coutumes, rendue possible par le d\u00e9centrement \u00e9nonciatif de la fiction.<\/span>, dont\u00a0<em>M\u00e9moires de la Jungle\u00a0<\/em>(Tristan Garcia),\u00a0<em>D\u00e9faite des ma\u00eetres et possesseurs\u00a0<\/em>(Vincent Message),\u00a0<em>Anima<\/em>\u00a0(Wajdi Mouawad) et\u00a0<em>Comme une b\u00eate<\/em>\u00a0(Joy Sorman) reprennent les motifs<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">On peut ajouter \u00e0 cette liste\u00a0<em>La gu\u00e9rilla des animaux<\/em>\u00a0(Camille Brunel),\u00a0<em>180 jours<\/em>\u00a0(Isabelle Sorente) et\u00a0<em>Que font les rennes apr\u00e8s No\u00ebl?<\/em>\u00a0(Olivia Rosenthal). M\u00eame si ces \u0153uvres ne constitueront pas le c\u0153ur de nos analyses, nous les \u00e9voquerons \u00e0 titre de comparaison.<\/span>.<\/span><\/p>\n<p>Le pr\u00e9sent article se propose donc d\u2019explorer la mani\u00e8re dont ces quelques exemples, limit\u00e9s aux francophonies fran\u00e7aise et qu\u00e9b\u00e9coise et tir\u00e9s de l\u2019extr\u00eame contemporain (2000-2020), sont repr\u00e9sentatifs de la mani\u00e8re dont la litt\u00e9rature \u00e9cofictionnelle contemporaine remet en question nos imaginaires sur les animaux par le biais de subversions linguistiques. Il s\u2019agit pour les auteur\u00b7rice\u00b7s de contester (par divers proc\u00e9d\u00e9s que nous analyserons en d\u00e9tail) la pertinence et la l\u00e9gitimit\u00e9 des dictons, proverbes et idiomatismes qui entretiennent et v\u00e9hiculent une id\u00e9ologie hi\u00e9rarchisante entre esp\u00e8ces humaines et non humaines. Convenant avec Ruth Amossy que c\u2019est \u00ab\u2009\u00e0 travers [le st\u00e9r\u00e9otype] qu\u2019une \u0153uvre s\u2019indexe \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie en cours ou s\u2019en d\u00e9marque; [et que]\u00a0c\u2019est en le reproduisant ou en le d\u00e9construisant qu\u2019elle se donne comme traditionnelle ou comme contestataire\u2009\u00bb (Amossy\u00a01989, 42-43), nous montrerons comment ces auteur\u00b7rice\u00b7s animalistes contemporain\u00b7e\u00b7s, exploitent les effets de d\u00e9familiarisation et font de l\u2019espace romanesque le lieu du d\u00e9mant\u00e8lement m\u00e9ticuleux des pr\u00eats-\u00e0-penser peuplant nos imaginaires collectifs.<\/p>\n<p>Dans un premier temps, et prolongeant cette r\u00e9flexion, nous entrerons dans le d\u00e9tail des textes, pour montrer comment la d\u00e9familiarisation s\u2019op\u00e8re selon une dynamique qui met en tension des segments phrastiques r\u00e9duits \u2014 dictons, proverbes et idiomatismes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">On en retiendra la d\u00e9finition suivante\u00a0: \u00ab\u2009toute s\u00e9quence d\u2019au moins deux mots qui se reconna\u00eet soit par une syntaxe irr\u00e9guli\u00e8re et non compositionnelle\u00a0<em>(sans mot dire)<\/em>, soit par une s\u00e9mantique opaque\u00a0<em>(lui donner le bon Dieu sans confession)<\/em>, soit par les deux\u00a0<em>(sans coup f\u00e9rir).<\/em>\u2009\u00bb (Edmonds, 2013\u00a0: 125) Les unit\u00e9s qui composent ces expressions fig\u00e9es sont coalescentes et peu ou pas modifiables.<\/span>\u00a0\u2014 avec leur cotexte ou leur contexte \u00e9nonciatif. Dans un deuxi\u00e8me temps, nous \u00e9tudierons la mani\u00e8re dont l\u2019argumentaire antisp\u00e9ciste op\u00e8re une \u00ab\u2009res\u00e9mentisation\u2009\u00bb (Milcent-Lawson 2018) de ces unit\u00e9s phras\u00e9ologiques. D\u00e9passant ce palier microstylistique, nous nous demanderons pourquoi ces auteur\u00b7rice\u00b7s, qui accordent une si grande importance au d\u00e9mant\u00e8lement des st\u00e9r\u00e9otypies verbales, n\u2019op\u00e8rent pas une m\u00eame distanciation critique aux niveaux narratif et th\u00e9matique. Nous formulerons finalement l\u2019hypoth\u00e8se que le rep\u00e9rage de patrons narratifs et stylistiques communs, au sein de notre corpus, est un point de d\u00e9part pertinent pour d\u00e9limiter les fronti\u00e8res du sous-genre, encore en cours de constitution, des \u00e9cofictions animali\u00e8res<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Postulant ainsi, \u00e0 la suite de Jean-Louis Dufays, que \u00ab\u2009c\u2019est lorsqu\u2019une collectivit\u00e9 identifie une s\u00e9rie de textes comme porteuse d\u2019un m\u00eame ensemble de pr\u00e9dicats et de motifs qu\u2019elle commence \u00e0 percevoir cette s\u00e9rie comme constituant un genre\u2009\u00bb (Dufays\u00a01994, 92-93).<\/span>.\u00a0<\/p>\n<h2>R\u00e9investissement du sens propre des tropes et mises en tension contextuelles<\/h2>\n<p>Les m\u00e9taphores animali\u00e8res qui se sont lexicalis\u00e9es en\u00a0idiomatismes sont omnipr\u00e9sentes dans le langage courant, et la t\u00e2che que se donnent plusieurs auteur\u00b7rice\u00b7s est d\u2019interpeler le lectorat sur les repr\u00e9sentations axiologiquement connot\u00e9es \u00ab\u2009que la banalisation lexicale rend imperceptible[s]\u2009\u00bb (Murat\u00a01983, 232). Ainsi, les auteur\u00b7rice\u00b7s s\u2019attaquent \u00e0 ces formules toutes faites pour indirectement attaquer des pr\u00e9jug\u00e9s sp\u00e9cistes sur lesquels elles reposent, et dont la violence symbolique, \u00e0 force de banalisation et de d\u00e9s\u00e9mantisation, tend \u00e0 passer inaper\u00e7ue.\u00a0<\/p>\n<p>On peut citer comme premier exemple un passage marquant du roman\u00a0<em>180 jours<\/em>\u00a0d\u2019Isabelle Sorente, dans lequel une cin\u00e9aste affirme qu\u2019une sc\u00e8ne de massacre \u00ab\u2009doit \u00eatre film\u00e9[e] comme une boucherie\u2009\u00bb (2013, 127). Le lectorat, qui a suivi un narrateur en visite dans un \u00e9levage intensif porcin, trouve, dans cette m\u00e9taphore, un t\u00e9moignage particuli\u00e8rement choquant d\u2019insensibilit\u00e9. En effet, les \u00eatres humains tol\u00e8rent envers les animaux des violences qui les r\u00e9volteraient si elles prenaient pour victimes leurs cong\u00e9n\u00e8res. Joy Sorman fait de ce genre de\u00a0\u00ab\u00a0res\u00e9mantisation\u00a0\u00bb (Milcent-Lawson 2018) des m\u00e9taphores animali\u00e8res un trait de style r\u00e9current dans son roman\u00a0<em>Comme une b\u00eate \u2014\u00a0<\/em>le titre lui-m\u00eame en est un exemple. Ce texte est satur\u00e9 d\u2019unit\u00e9s phras\u00e9ologiques dont la violence sous-jacente est exacerb\u00e9e par le contexte narratif, comme lorsque le sens concret de la locution\u00a0\u00ab\u00a0avoir le c\u0153ur bien accroch\u00e9\u00a0\u00bb est r\u00e9investi par la vision d\u2019un d\u00e9pe\u00e7age (2012, 38). L\u2019extrait suivant en t\u00e9moigne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Pim et les apprentis sont maintenant au secteur bovin, l\u2019\u00e9lite, le haut du panier\u00a0\u2014\u00a0c\u2019est comme \u00e7a, la vache sera toujours l\u2019animal noble, sacr\u00e9, le porc sera toujours le prolo, l\u2019emmerdeur qui crie, ameute tout le quartier et se d\u00e9bat\u00a0<em>comme un cochon qu\u2019on \u00e9gorge<\/em>.(Sorman 2012, 57, je souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La remotivation du sens propre de la m\u00e9taphore animali\u00e8re qui cl\u00f4ture cet extrait frappe l\u2019imaginaire et cr\u00e9e un vertige et un malaise assez d\u00e9sagr\u00e9ables, par le ton entre ironie et humour noir. On retrouve le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 dans de nombreux passages de\u00a0<em>D\u00e9faite des ma\u00eetres et possesseurs<\/em>\u00a0de Vincent Message. Ce roman met en sc\u00e8ne une Terre futuriste colonis\u00e9e par une esp\u00e8ce extraterrestre, o\u00f9 les\u00a0\u00eatres\u00a0humains sont r\u00e9duits aux statuts d\u2019\u00eatres\u00a0humains de compagnie, de travail ou de consommation. Cette inversion dystopique des rapports de force \u00ab\u2009m\u00e9nage une recharge s\u00e9mantique de terme\u00a0qu\u2019inhibe la banalisation induite par nos habitudes discursives\u2009\u00bb (Milcent-Lawson 2018), comme c\u2019est le cas par exemple pour \u00ab\u2009le technolecte d\u00e9signant les structures d\u2019\u00e9levage et de conditionnement de la viande [qui] conna\u00eet une singuli\u00e8re res\u00e9mantisation du fait du d\u00e9cadrage qui les applique ici \u00e0 un b\u00e9tail humain\u2009\u00bb (Milcent-Lawson 2018).\u00a0Ainsi, en contexte zoopo\u00e9tique, le \u00ab\u2009travail textuel sur les st\u00e9r\u00e9otypies est donc moins un jeu avec le langage qu\u2019une \u201cremise en jeu\u201d du langage\u2009\u00bb (Murat\u00a01983, 238).\u00a0<\/p>\n<p>Cette res\u00e9mantisation des formules fig\u00e9es se fait \u00e9galement par leur simple juxtaposition et par leur mise en tension avec un contexte narratif qui les probl\u00e9matise. C\u2019est dans cette vis\u00e9e que Joy Sorman d\u00e9cide de se faire c\u00f4toyer des r\u00e9cits de mise \u00e0 mort et de d\u00e9pe\u00e7age ainsi que des bribes de recettes de cuisines et de discours de restauration qui, par leur caract\u00e8re fig\u00e9, \u00e9voquent la r\u00e9p\u00e9tition des repas comme la r\u00e9p\u00e9tition des morts\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Se tenait l\u00e0 il y a quelques minutes un animal perc\u00e9 d\u2019un num\u00e9ro, il \u00e9tait chaud, et maintenant Pim pourrait plonger sa main dans la chair froide. La mise en carcasse a eu lieu sous ses yeux, il s\u2019appr\u00eate \u00e0 voir la b\u00eate \u00e9visc\u00e9r\u00e9e, d\u00e9pec\u00e9e et d\u00e9membr\u00e9e, il en tremble et il vibre. Elle sera bient\u00f4t entre ses mains, forme indistincte pr\u00eate \u00e0 recevoir de nouvelles modifications, elle sera transform\u00e9e en rosbif, puis cuira dans son jus et sera m\u00e9tabolis\u00e9e par un organisme humain qui la dig\u00e9rera plus ou moins vite, plus ou moins facilement, avec ou sans frites.\u00a0(Sorman 2012, 62)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La seule succession des isotopies \u2014 \u00ab\u2009chair froide\u2009\u00bb, \u00ab\u2009b\u00eate \u00e9visc\u00e9r\u00e9e, d\u00e9pec\u00e9e et d\u00e9membr\u00e9e\u2009\u00bb laissant place \u00e0 \u00ab\u2009rosbif\u2009\u00bb, \u00ab\u2009cuira dans son jus\u2009\u00bb, \u00ab\u2009avec ou sans frites\u2009\u00bb \u2014 suffit \u00e0 provoquer un vertige de d\u00e9go\u00fbt. Sans faire l\u2019apologie du v\u00e9g\u00e9tarisme ni d\u00e9ployer une argumentation explicite, l\u2019agencement syntaxique suffit \u00e0 lui seul \u00e0 transformer des discours fig\u00e9s qui habituellement stimulent l\u2019app\u00e9tit<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">Roland Barthes a bien montr\u00e9 dans le chapitre\u00a0\u00ab\u2009Le bifteck et les frites\u2009\u00bb\u00a0de ses\u00a0<em>Mythologies<\/em>\u00a0(1957) comment ces discours s\u2019associent \u00e0 toute une axiologie du \u00ab\u2009prestige\u2009\u00bb. Celle-ci est selon nous toujours pr\u00e9sente dans l\u2019imaginaire collectif occidental, m\u00eame si elle est relativement mise en cause par la hausse r\u00e9cente des mouvements v\u00e9g\u00e9tariens et v\u00e9ganes. Le livre\u00a0<em>Voir son steak comme un animal mort\u00a0<\/em>de Martin Gibert (2015) s\u2019inscrit totalement dans ce renversement de perspective.<\/span>\u00a0en d\u00e9clencheurs d\u2019une subite envie de vomir. Ce genre de proc\u00e9d\u00e9, \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 argumentative aussi subtile que violente, est \u00e9galement utilis\u00e9 pour d\u00e9noncer\u00a0l\u2019expression codifi\u00e9e d\u2019une bien-pensance qui d\u00e9culpabilise et d\u00e9responsabilise les faiseur\u00b7se\u00b7s et mangeur\u00b7se\u00b7s de viande en les transformant en survivalistes pragmatiques ou en amis des animaux. L\u00e0 encore, la mise en accusation n\u2019est qu\u2019indirecte, d\u00e9coulant simplement de la juxtaposition de discours cent fois entendus, dont le cotexte imm\u00e9diat exacerbe l\u2019hypocrisie\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Il a toujours r\u00eav\u00e9 de travailler\u00a0avec des animaux, c\u2019est une vocation, il aime leur contact, il allait toujours caresser longuement les b\u00eates \u00e0 la bouverie avant la mise \u00e0 mort, m\u00eame si c\u2019est fortement d\u00e9conseill\u00e9\u00a0\u2014\u00a0<em>faut pas faire de sentiment avec le b\u00e9tail<\/em>. (Sorman\u00a02012,\u00a051, l\u2019autrice souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Joy Sorman\u00a0d\u00e9banalise ainsi des idiomatismes qui, sortis de leurs contextes d<span dir=\"RTL\">\u2019apparition spontan\u00e9e et juxtapos\u00e9s les uns aux autres, se d\u00e9nudent de l\u2019\u00e9vidence et de la sagesse dont ils se parent habituellement. En voici un autre exemple tout aussi \u00e9loquent\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p>On enseigne aux apprentis que ce sont les lois de la nature. Si on \u00e9l\u00e8ve des b\u00eates et qu\u2019on ne les tue pas elles finiront par \u00eatre trop nombreuses et qu\u2019adviendrait-il? Une r\u00e9volution, un soul\u00e8vement des animaux? Si on ne tuait pas chaque ann\u00e9e un milliard de volailles et quarante millions de lapins, se ligueraient-ils pour nous faire la peau?<\/p>\n<p>Si on ne tue pas les animaux qu<span dir=\"RTL\">\u2019on \u00e9l\u00e8ve afin de les manger, d<span dir=\"RTL\">\u2019autres plus f\u00e9roces et plus barbares s<span dir=\"RTL\">\u2019en chargeront, les hy\u00e8nes, les loups et les ours. Les b\u00eates sont destin\u00e9es \u00e0 \u00eatre d\u00e9vor\u00e9es et nous le faisons de la meilleure mani\u00e8re. Mets-toi \u00e7a dans le cr\u00e2ne Pim. Pim y croit d\u00e9j\u00e0 dur comme fer, que la vie d<span dir=\"RTL\">\u2019un mouton c<span dir=\"RTL\">\u2019est au travail avec le berger puis \u00e0 l<span dir=\"RTL\">\u2019abattoir avec l<span dir=\"RTL\">\u2019ouvrier sinon c<span dir=\"RTL\">\u2019est le loup. Peut-\u00eatre\u00a0que si nous ne les mangions pas les animaux mourraient de faim, tout simplement, et Pim n<span dir=\"RTL\">\u2019est pas insensible aux b\u00eates.\u00a0 (Sorman\u00a02012, 60)<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019ensemble de ce texte est satur\u00e9 de formules toutes faites employ\u00e9es comme des\u00a0emprunts. Par exemple, l\u2019emploi du discours direct libre dans la quasi-totalit\u00e9 de l\u2019extrait permet, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019absence de d\u00e9limitation typographique entre discours cit\u00e9 et citant, de traduire le processus d\u2019incorporation de l\u2019id\u00e9ologie sp\u00e9ciste, \u00e0 force d\u2019imp\u00e9ratifs et de mart\u00e8lements\u00a0: \u00ab\u2009Mets-toi \u00e7a dans le cr\u00e2ne Pim\u2009\u00bb. Pim, l\u2019apprenti boucher, est tout \u00e0 fait r\u00e9ceptif \u00e0 cet enseignement de v\u00e9rit\u00e9s auxquelles il \u00ab\u2009croit d\u00e9j\u00e0 dur comme fer\u2009\u00bb. La locution adverbiale, elle-m\u00eame fig\u00e9e, op\u00e8re une surench\u00e8re et une ostentation du caract\u00e8re surann\u00e9 des discours cit\u00e9s ici, et l\u2019image du fer peut, dans ce contexte de boucherie, \u00e9voquer la violence qu\u2019entra\u00eene l\u2019\u00e9ducation \u00e0 la doxa sp\u00e9ciste. L\u2019abstraction et la sch\u00e9matisation r\u00e9gissent la d\u00e9termination des noms. En effet, les articles g\u00e9n\u00e9riques actualisent des concepts aussi vagues que \u00ab\u2009les hy\u00e8nes, les loups et les ours\u2009\u00bb ou encore \u00ab\u2009le berger\u2009\u00bb, qui renvoient \u00e0 un imaginaire collectif plus qu\u2019\u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s contemporaines. De m\u00eame, la r\u00e9f\u00e9rence aux \u00ab\u2009lois de la nature\u2009\u00bb appara\u00eet tout \u00e0 fait oxymorique avec l\u2019\u00e9vocation de la mise \u00e0 mort industriellement organis\u00e9e d\u2019un \u00ab\u2009milliard de volailles et quarante millions de lapins\u2009\u00bb (Sorman\u00a02012, 60). Joy Sorman fait un usage volontairement grossier de proc\u00e9d\u00e9s argumentatifs conventionnels tels que l\u2019\u00e9num\u00e9ration de questions rh\u00e9toriques, auxquelles le bon sens est cens\u00e9 r\u00e9pondre, et l\u2019emploi de syllogismes qui atteignent dans les derni\u00e8res phrases de l\u2019extrait un paroxysme d\u2019absurdit\u00e9. La distance critique est cependant laiss\u00e9e \u00e0 la comp\u00e9tence de la\u00b7du lecteur\u00b7rice, qui se trouve seul\u00b7e r\u00e9volt\u00e9\u00b7e face \u00e0 un personnage principal en compl\u00e8te adh\u00e9sion avec l\u2019id\u00e9ologie sp\u00e9ciste, ainsi d\u00e9mantel\u00e9e par la juxtaposition de ses expressions fig\u00e9es.\u00a0<\/p>\n<h2>Narrations animales et mises \u00e0 distance citationnelles<\/h2>\n<p>Le d\u00e9mant\u00e8lement des expressions fig\u00e9es sp\u00e9cistes est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 leur mise \u00e0 distance citationnelle. Selon Jacqueline Authier-Revuz, tout discours est fondamentalement h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne sur le plan \u00e9nonciatif, marqu\u00e9 par une \u00ab\u2009polyphonie non intentionnelle\u2009\u00bb (1984, 101) qui se d\u00e9ploie notamment dans le domaine de la phras\u00e9ologie. Cet arri\u00e8re-plan discursif, \u00ab\u2009celui du d\u00e9j\u00e0 dit, dont est fait, in\u00e9vitablement, le tissu m\u00eame du discours\u2009\u00bb (Authier-Revuz\u00a01984, 100), constitue en effet un r\u00e9servoir verbal dont il est cognitivement impossible de se d\u00e9faire. Tout discours se construit donc n\u00e9cessairement, et ind\u00e9pendamment de la volont\u00e9 des locuteur\u00b7rice\u00b7s, \u00e0 partir du d\u00e9j\u00e0 dit. Mais ces dernier\u00b7\u00e8re\u00b7s peuvent d\u00e9cider d\u2019exacerber leur d\u00e9solidarisation \u00e9nonciative avec une partie de leur \u00e9nonc\u00e9\u00a0: les mots ou segments de phrases, tenus \u00e0 distance (par un marquage typographique ou non), sont dits\u00a0<em>modalis\u00e9s<\/em>. L\u2019allocutaire est invit\u00e9\u00b7e \u00e0 s\u2019attarder sur ces \u00ab\u2009paroles tenues \u00e0 distance\u2009\u00bb qui, n\u2019\u00e9tant pas prises en charge par le\u00b7a locuteur\u00b7rice, sont soumises au jugement et \u00e0 l\u2019examen critique.<\/p>\n<p>Cette strat\u00e9gie argumentative se d\u00e9ploie de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e dans les narrations animales \u00e0 la premi\u00e8re personne, dont nous prendrons pour exemples les textes suivants\u00a0:\u00a0<em>Anima\u00a0<\/em>de Wajdi Mouawad<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">Empruntant sa trame narrative au polar, ce roman raconte la qu\u00eate d\u2019un homme \u00e0 la poursuite du meurtrier de sa femme. Sa traque \u2014 ou plut\u00f4t son errance \u2014 le conduit \u00e0 croiser le chemin de nombreuses b\u00eates victimes, comme lui, de l\u2019injustice des \u00eatres humains, et qui prennent en charge chacune \u00e0 son tour la narration des diff\u00e9rents chapitres.<\/span>\u00a0et\u00a0<em>M\u00e9moires de la Jungle\u00a0<\/em>de Tristan Garcia<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">Cette autobiographie d\u2019un singe \u00e9duqu\u00e9 par une famille humaine se d\u00e9roule dans un cadre dystopique\u00a0: une Terre rendue inhabitable par les activit\u00e9s humaines, o\u00f9\u00a0plus aucune esp\u00e8ce de mammif\u00e8res sauvages n\u2019a surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019extinction massive ni \u00e0 la domestication par les zoos. Le singe se trouve, au d\u00e9but de l\u2019histoire, propuls\u00e9 dans une jungle hostile et doit apprendre \u00e0 survivre par lui-m\u00eame.<\/span>. Doogie, le narrateur autobiographe des\u00a0<em>M\u00e9moires<\/em>, et Tomahawk, l\u2019un des nombreux\u00b7se\u00b7s narrateur\u00b7rice\u00b7s d\u2019<em>Anima<\/em>, sont deux chimpanz\u00e9s qui t\u00e9moignent d\u2019une m\u00eame attention envers les mots que les \u00eatres humains emploient pour les d\u00e9signer. Dans les deux romans, les idiomatismes sp\u00e9cistes sont mis en tension avec le contexte \u00e9nonciatif, comme on peut le voir par exemple avec l\u2019expression \u00ab\u2009faire le singe\u2009\u00bb, qui fait l\u2019objet d\u2019une \u00ab\u2009surcharge s\u00e9mantique\u2009\u00bb (Milcent-Lawson 2018) d\u00e8s lors qu\u2019elle est justement prise en charge par un singe. On peut le voir dans l\u2019extrait suivant d\u2019<em>Anima<\/em>\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Souvent, \u00e0 ma vue, les gens s\u2019exclament et s\u2019\u00e9meuvent, Ooooh\u00a0!!! et ils rigolent. Ils se mettent \u00e0 faire les singes en disant Un singe\u00a0!! Ils deviennent idiots.\u00a0(Mouawad 2012, 128)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est aussi le cas du passage suivant tir\u00e9 de\u00a0<em>M\u00e9moires de la Jungle<\/em>\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>[J]e suis suspendu la t\u00eate en l\u2019air. Houh ! houh ! Doogie ne fais pas le singe. Je me rattrape avec les mains, parce que les pieds du singe n\u2019ont pas l\u2019habitude, ils ont mal de trop serrer, ils sont faits pour marcher. (Garcia 2010, 36)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le discours absorb\u00e9 \u00ab\u2009Doogie ne fais pas le singe\u2009\u00bb montre comment le chimpanz\u00e9 r\u00e9prouve ses mouvements spontan\u00e9s, car il a int\u00e9rioris\u00e9 les remontrances r\u00e9p\u00e9titives de son \u00e9ducatrice, Janet. Le paradoxe d\u2019un tel ordre est repr\u00e9sentatif de la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9ducation de cet animal, faite par des \u00eatres humains \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un petit gar\u00e7on, l\u2019a totalement ali\u00e9n\u00e9. L\u2019omnipr\u00e9sence des injonctions d\u2019autrui au sein de la narration montre aussi \u00e0 quel point Doogie a int\u00e9rioris\u00e9 son inf\u00e9riorisation, alors m\u00eame que sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00eatre un \u00e9nonciateur et la complexit\u00e9 de ses r\u00e9flexions la contredisent. C\u2019est l\u00e0 l\u2019objectif de Tristan Garcia\u00a0: montrer \u00e0 quel point il est difficile d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019ali\u00e9nation lorsque le seul moyen dont on dispose pour formuler sa pens\u00e9e est \u00ab\u2009la langue des ma\u00eetres\u2009\u00bb (Garcia dans Ghio 2010).<\/p>\n<p>De mani\u00e8re radicalement diff\u00e9rente, Tomahawk porte un regard critique et ironique sur les id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues que les \u00eatres humains qu\u2019il c\u00f4toie formulent \u00e0 l\u2019\u00e9gard des animaux. Wajdi Mouawad le repr\u00e9sente avec une conscience particuli\u00e8rement fine du caract\u00e8re pr\u00e9construit des st\u00e9r\u00e9otypes qui essentialisent les animaux, tout comme des expressions qui les expriment. Dans la sc\u00e8ne qui suit, apr\u00e8s avoir vol\u00e9 \u00e0 un homme une cigarette et l\u2019avoir fum\u00e9e, le chimpanz\u00e9 raconte\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ils en sont rest\u00e9s babas. Forc\u00e9ment. Un \u00ab\u2009singe\u2009\u00bb, \u00e7a mange des bananes et \u00e7a se gratte les aisselles en faisant Ouh! Ouh! Mais \u00e7a ne roule pas des cigarettes! C<span dir=\"RTL\">\u2019est b\u00eate, un \u00ab\u2009singe\u2009\u00bb, \u00e7a ne sait pas qu\u2019une \u00e2me immortelle l<span dir=\"RTL\">\u2019habite! C<span dir=\"RTL\">\u2019est vrai. J<span dir=\"RTL\">\u2019avoue. Je ne sais pas l<span dir=\"RTL\">\u2019immortalit\u00e9 de mon \u00e2me. Et alors? Quelle diff\u00e9rence puisque, observant ces hommes tels que je les observe, je me demande parfois s<span dir=\"RTL\">\u2019ils le savent plus que moi. (Mouawad\u00a02012, 130)<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les st\u00e9r\u00e9otypes sont ici explicitement tenus \u00e0 distance par l\u2019\u00e9nonciateur, tant leur d\u00e9limitation est typographiquement et syntaxiquement marqu\u00e9e. Effectivement, la dislocation combin\u00e9e \u00e0 l\u2019usage du pronom r\u00e9somptif \u00ab\u2009\u00e7a\u2009\u00bb et la modalit\u00e9 exclamative d\u00e9limitent des discours directs libres mim\u00e9tiques de l\u2019oral. On rep\u00e8re facilement leur caract\u00e8re fig\u00e9 par l\u2019usage du pr\u00e9sent gnomique et de l\u2019article ind\u00e9fini \u00e0 valeur g\u00e9n\u00e9rique. Dans le syntagme \u00ab\u2009un \u201csinge\u201d\u2009\u00bb, les guillemets exacerbent la modalisation autonymique du nom, Tomahawk r\u00e9cusant le caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralisant d\u2019une pseudo-v\u00e9rit\u00e9 \u00e9thologique qui serait valide pour toutes les esp\u00e8ces ayant pour hyperonyme \u00ab\u2009singe\u2009\u00bb. Nul besoin d\u2019argumenter pour dire que l\u2019acte de manger des bananes et de se gratter les aisselles constitue des traits st\u00e9r\u00e9otypiques associ\u00e9s au concept de \u00ab\u2009singe\u2009\u00bb, et Tomahawk se d\u00e9solidarise \u00e0 la fois \u00e9nonciativement et cognitivement de ces st\u00e9r\u00e9otypes dans la fin de l\u2019extrait. En effet, \u00e0 la simplicit\u00e9 na\u00efve et ridicule des discours rapport\u00e9s succ\u00e8de une progressive complexification des phrases, qui suit le cheminement de la pens\u00e9e simiesque dans l\u2019abstraction m\u00e9taphysique et le raisonnement \u00e9thologique et anthropologique. Enfin, on peut interpr\u00e9ter, \u00e0 la suite d\u2019Ilias Yocaris, la phrase \u00ab\u2009Je ne sais pas l\u2019immortalit\u00e9 de mon \u00e2me\u2009\u00bb comme une \u00ab\u00a0autocontradiction performative\u00a0\u00bb,, puisque \u00ab\u2009celui qui l\u2019\u00e9nonce est forc\u00e9ment conscient du fait qu\u2019il est dot\u00e9 d<span dir=\"RTL\">\u2019une conscience subjective\u2026 du fait m\u00eame qu\u2019il l\u2019\u00e9nonce\u2009\u00bb (Yocaris dans Badiou-Monferran et Denooz\u00a02016, 152). L\u2019autocontradiction performative trouve dans\u00a0<em>Anima<\/em>\u00a0une manifestation assez diff\u00e9rente de ce qu\u2019on a pu lire dans\u00a0<em>M\u00e9moires de la Jungle<\/em>. Si Doogie n\u2019a pas r\u00e9ellement conscience que son \u00e9nonciation remet en cause les pr\u00e9jug\u00e9s sp\u00e9cistes avec lesquels il a grandi, Tomahawk adopte une distance ironique dans ses commentaires m\u00e9talinguistiques, comme c\u2019est le cas encore ici\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p>Coach est comme \u00e7a. Il a des phrases. Il dit souvent qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re les animaux aux humains. Il dit aussi que les humains sont plus b\u00eates que les b\u00eates, et les b\u00eates plus humaines que les humains, Coach peut se permettre ce genre de dialectique puisqu\u2019il est le m\u00e2le dominant de sa tribu. (Mouawad\u00a02012, 128)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous nous trouvons l\u00e0 face \u00e0 un v\u00e9ritable examen critique de ces \u00ab\u2009phrases\u2009\u00bb\u00a0relativement fig\u00e9es qui se caract\u00e9risent par leur it\u00e9ration \u2014 \u00ab\u2009souvent\u2009\u00bb \u2014 et jouent sur des ph\u00e9nom\u00e8nes homophoniques \u2014 \u00ab\u2009plus b\u00eates que les b\u00eates\u2009\u00bb \u2014 \u00e0 la mani\u00e8re des dictons et des maximes. Le chimpanz\u00e9 narrateur insiste sur le fait que ce genre de discours st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s repose sur des syst\u00e8mes de domination selon l\u2019esp\u00e8ce, mais aussi\u00a0selon\u00a0le rang social et le genre<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Un passage du m\u00eame chapitre est \u00e9loquent en ce sens\u00a0: \u00ab\u2009Les humains disent Mon, ma, mes. Par exemple, Coach dit Mon singe en me montrant du doigt. Il dit J\u2019ai achet\u00e9 Mon singe en Afrique. Il dit Je recrute mes hommes moi-m\u00eame. Il dit J\u2019ai rencontr\u00e9 ma femme \u00e0 Cuba en 1972 et j\u2019ai tout de suite su que c\u2019\u00e9tait elle. Il dit Mon argent, Mon singe, Mes hommes, Ma femme, Ma business.\u2009\u00bb (Mouawad\u00a02012, 127)<\/span>. Le d\u00e9mant\u00e8lement des formules fig\u00e9es qui inf\u00e9riorisent les chimpanz\u00e9s, et plus g\u00e9n\u00e9ralement tous les \u00eatres qui ont statut de minorit\u00e9, se fait donc de mani\u00e8re encore plus explicite que dans\u00a0<em>M\u00e9moires de la Jungle<\/em>. En mettant \u00e0 distance les discours et jugements d<span dir=\"RTL\">\u2019autrui, l\u2019\u00e9nonciation animale invalide performativement les valeurs sp\u00e9cistes ambiantes. Il s\u2019agit alors pour l\u2019animal narrateur (Tomahawk, mais pas Doogie) d\u2019op\u00e9rer \u00ab\u2009une r\u00e9assurance, un renforcement de la ma\u00eetrise du sujet, de l\u2019autonomie du discours\u2009\u00bb (Authier-Revuz\u00a01984, 108) en d\u00e9solidarisant son \u00e9nonciation de la \u00ab\u2009langue des ma\u00eetres\u2009\u00bb (<em>op. cit.<\/em>) qui perp\u00e9tue l\u2019oppression.\u00a0<\/span><\/p>\n<h2>R\u00e9manences de st\u00e9r\u00e9otypies traditionnelles aux niveaux narratif et th\u00e9matique<\/h2>\n<p>Ces \u00e9cofictions animali\u00e8res contemporaines, que nous pouvons en somme qualifier de m\u00e9talinguistiques tant elles mettent en question des usages courants du langage, n\u2019adoptent pas un tel recul critique concernant l\u2019\u00e9laboration des personnages et des sch\u00e9mas narratifs. Les individus qui peuplent le bestiaire d\u2019<em>Anima<\/em>\u00a0remettent peu en cause les\u00a0<em>a priori<\/em>\u00a0que nous avons concernant la cognition des diff\u00e9rentes esp\u00e8ces. Presque tous les insectes utilisent le pr\u00e9sent comme temps de la narration, traduisant une \u00ab\u2009saisie imm\u00e9diate du r\u00e9el\u2009\u00bb (Orlandi dans Bertrand et Constantin 2017), tandis que le pass\u00e9 compos\u00e9, signe d\u2019une appr\u00e9hension plus ample de la temporalit\u00e9, est plut\u00f4t r\u00e9serv\u00e9 aux chiens et aux chats (mammif\u00e8res domestiques, cibles privil\u00e9gi\u00e9es de l<span dir=\"RTL\">\u2019anthropomorphisation)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Les narrateur\u00b7rice\u00b7s insectes privil\u00e9gient le pr\u00e9sent \u00e0 81\u00a0%, et parall\u00e8lement, 82\u00a0% des chiens et des chats y pr\u00e9f\u00e8rent le pass\u00e9 compos\u00e9.<\/span>. Si ces choix stylistiques se veulent fid\u00e8les \u00e0 des connaissances \u00e9thologiques et biologiques<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Wajdi Mouawad cite justement un trait\u00e9 de zoologie dans les r\u00e9f\u00e9rences de son roman (2012, 500).<\/span>, il n\u2019en reste pas moins que certains personnages, comme le singe savant ou le poisson rouge amn\u00e9sique du roman de Mouawad, apparaissent comme des arch\u00e9types. De m\u00eame, choisir pour l\u2019\u00e9nonciation de Doogie une syntaxe et un emploi du lexique \u00ab\u2009proches du babil enfantin\u2009\u00bb (Garcia dans Ghio 2010) peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme d\u00e9coulant d\u2019une analogie un peu rapide entre conscience simiesque et conscience humaine, et induire une involontaire d\u00e9pr\u00e9ciation de la premi\u00e8re en en faisant un stade non abouti de la seconde. L\u00e0 encore, les choix stylistiques se justifient par un savoir \u00e9thologique, mais qui n\u2019est pas lui-m\u00eame d\u00e9pourvu de sch\u00e9matisations. Quant \u00e0 la trame des r\u00e9cits, celle-ci est tr\u00e8s souvent assez fid\u00e8le aux sch\u00e9mas traditionnels, si bien que la plupart apparaissent comme des adaptations \u00e0 la marge des grands genres\u00a0: la biographie avec\u00a0<em>M\u00e9moires de la Jungle<\/em>, le polar avec\u00a0<em>Anima<\/em>, le roman d\u2019apprentissage avec\u00a0<em>180 jours<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Comme une b\u00eate<\/em>, le roman de science-fiction avec\u00a0<em>D\u00e9faite des ma\u00eetres et possesseurs<\/em>.<\/span><\/p>\n<p>Comment expliquer cette g\u00e9n\u00e9rale \u2014 mais non totale \u2014 r\u00e9ticence \u00e0 \u00e9crire en dehors des codes narratifs traditionnels? Si l\u2019on met de c\u00f4t\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se, du reste largement valable selon nous, que les auteur\u00b7rice\u00b7s sont moins pr\u00e9occup\u00e9\u00b7e\u00b7s par la macrostructure de leur texte que par un travail du d\u00e9tail, il semble probable que l\u2019efficacit\u00e9 d\u00e9familiarisante de la res\u00e9mantisation des idiomatismes et des dictons ne puisse s\u2019op\u00e9rer que lorsque l\u2019arri\u00e8re-plan discursif n\u2019est pas lui-m\u00eame subversif. La d\u00e9familiarisation s\u2019effectuant dans une dynamique qui fait surgir l\u2019incongru au sein du familier, elle pourrait n\u00e9cessiter pour se d\u00e9ployer une trame qui guide la lecture sans effort.\u00a0<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9mergence de nouveaux topo\u00ef\u00a0: les bases pour un classement g\u00e9n\u00e9rique?<\/h2>\n<p>La visite de l\u2019abattoir fait figure de topos de l\u2019\u00e9criture militante antisp\u00e9ciste. Plusieurs auteur\u00b7rice\u00b7s sont all\u00e9\u00b7e\u00b7s elleux-m\u00eames sur le terrain, et leurs descriptions de la cha\u00eene d\u2019abattage, bas\u00e9es sur une mati\u00e8re authentique, sont les porte-voix litt\u00e9raires de la d\u00e9nonciation des conditions de vie et de mort des animaux de rente<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">Isabelle Sorente a \u00e9crit son roman apr\u00e8s une enqu\u00eate de plusieurs mois dans un \u00e9levage porcin, de m\u00eame que Jean-Baptise Del Amo, auteur du roman\u00a0<em>R\u00e8gne animal<\/em>\u00a0(2016), mais aussi d\u2019un essai,\u00a0<em>L214. Une voix pour les animaux<\/em>, qui regroupe plusieurs t\u00e9moignages de militant\u00b7e\u00b7s de l\u2019association.<\/span>. Les exemples qu\u2019on a pu lire dans\u00a0<em>Comme une b\u00eate<\/em>,\u00a0<em>180 jours<\/em>\u00a0et\u00a0<em>D\u00e9faite des ma\u00eetres et possesseurs<\/em>\u00a0nous apparaissent de fait comme des d\u00e9clinaisons d\u2019une m\u00eame sc\u00e8ne, qui a ses styl\u00e8mes propres. Parmi les plus saillants, on peut citer l\u2019usage compl\u00e9mentaire de la r\u00e9ification et de la personnification dans la d\u00e9signation des animaux\/\u00eatres humains abattus, le refus des euph\u00e9mismes, ou encore la repr\u00e9sentation impersonnelle de la\u00a0\u00ab\u00a0cha\u00eene\u00a0\u00bb qui transforme les animaux en morceaux de viande. Les maillons humains op\u00e9rant des actions de la m\u00eame mani\u00e8re que les scies automatiques, leur portrait revivifie le motif de l<span dir=\"RTL\">\u2019usine d\u00e9voreuse d\u2019\u00eatres. Ces sc\u00e8nes suivent toutes le m\u00eame encha\u00eenement. On plonge d\u2019abord dans l\u2019ombre et les odeurs de l\u2019abattoir, et s\u2019ensuit une description m\u00e9ticuleuse des \u00e9tapes de la transformation\u00a0: d\u00e9p\u00f4t des animaux en camion, couloir de la mort, tuerie, d\u00e9coupage et mise en vitrine des pi\u00e8ces de viande dans la boucherie. Au niveau \u00e9motionnel, le r\u00e9sultat vis\u00e9 est de superposer jusqu\u2019\u00e0 remplacer, dans le corps et la conscience du lectorat, l\u2019app\u00e9tit par le d\u00e9go\u00fbt.<\/span><\/p>\n<p>Le camion \u00e0 bestiaux est lui-m\u00eame un motif r\u00e9current, qui structure symboliquement\u00a0<em>180 jours\u00a0<\/em>\u2014 il appara\u00eet m\u00eame sur la premi\u00e8re de couverture. Pour\u00a0<em>Anima<\/em>, ce motif se traduit par un \u00e9change de regards entre un cochon et le protagoniste, sur une aire d\u2019autoroute, mais aussi au trajet que ce dernier effectue au sein du camion, parmi des chevaux agonisants sur la route de l\u2019abattoir. L\u2019analogie avec les wagons qui transportaient les Juifs, les minorit\u00e9s de genre et les opposant\u00b7e\u00b7s politiques vers les camps de la mort est sous-jacente. Certain\u00b7e\u00b7s auteur\u00b7rice\u00b7s, comme Camille Brunel, l\u2019explicitent\u00a0: en l\u2019occurrence, les baleiniers qui m\u00ealent \u00e0 la fois le motif du wagon \u00e0 bestiaux et celui de l\u2019usine de mort sont qualifi\u00e9s d\u2019\u00ab\u2009Auschwitz flottants\u2009\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002ee30000000000000000_5697\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002ee30000000000000000_5697-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\">\u00ab\u2009Les humains sur Terre se comportent comme des nazis en territoire occup\u00e9. Comme eux, nous nous sommes vou\u00e9s \u00e0 \u00e9tendre notre espace vital, \u00e9lisant quelques races sup\u00e9rieures \u2014 grands f\u00e9lins, grands singes, que l<span dir=\"RTL\">\u2019on choie tant qu<span dir=\"RTL\">\u2019on peut \u2014 et jetant l<span dir=\"RTL\">\u2019anath\u00e8me sur les autres, massacr\u00e9s sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me \u2014 veaux, vaches, cochons, poules, canards\u2026 Les camps d<span dir=\"RTL\">\u2019extermination n<span dir=\"RTL\">\u2019ont rien invent\u00e9\u00a0: il existait depuis cent ans des usines \u00e0 tuer qu<span dir=\"RTL\">\u2019on appelait\u00a0<span dir=\"RTL\">\u201cbaleiniers\u201d, Auschwitz flottants qui souillaient et sillonnaient les mers bien avant que les hommes se disent qu<span dir=\"RTL\">\u2019ils pouvaient en fabriquer pour leurs semblables aussi.\u2009\u00bb (Brunel\u00a02018, 90-91)<\/span>.\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p>En ce qui concerne l\u2019\u00e9criture du point de vue animal, il est clair qu\u2019elle a aussi ses codes, et que l\u2019innovation stylistique d\u2019un\u00b7e auteur\u00b7ice n\u2019est que relative si l\u2019on prend en compte la r\u00e9currence des m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s au sein de la production litt\u00e9raire actuelle. Citons ainsi, de mani\u00e8re non exhaustive\u00a0: le recours \u00e0 des phrases courtes et averbales, cens\u00e9es mimer une \u00ab\u2009saisie imm\u00e9diate du r\u00e9el\u2009\u00bb (Orlandi dans Bertrand et Constantin 2017), la distorsion de l\u2019ordre syntaxique SVO, l\u2019invention de tropes ayant la vocation de traduire une interpr\u00e9tation non humaine du monde, l\u2019instabilit\u00e9 des marqueurs d\u00e9ictiques t\u00e9moignant des diff\u00e9rentes formes de conscience de soi. La d\u00e9familiarisation elle-m\u00eame fait dor\u00e9navant partie int\u00e9grante de l\u2019\u00ab\u2009horizon d\u2019attente\u2009\u00bb du lectorat de biographies animales.\u00a0<\/p>\n<p>De fait, les chercheur\u00b7euse\u00b7s comme le lectorat sont aujourd\u2019hui susceptibles de rep\u00e9rer et d\u2019attendre, au sein du corpus \u00e9copo\u00e9tique, certains motifs narratifs, th\u00e9matiques et stylistiques, grilles d\u2019\u00e9criture, mais aussi de lecture \u00e0 travers lesquelles se d\u00e9ploie un sous-genre en pleine stabilisation de ses codes. Il nous semble en effet que les \u00e9cofictions animali\u00e8res forment \u00ab\u2009un syst\u00e8me cognitif complet o\u00f9 tous les niveaux de code sont solidaires\u2009\u00bb (Dufays\u00a01994, 99), \u00e0 la fois \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de chaque r\u00e9cit, et dans leur mise en relation intertextuelle. Partant du principe que \u00ab\u2009les notions de genres et de courants litt\u00e9raires\u2009\u00bb peuvent se d\u00e9finir \u00ab\u2009comme des ensembles de st\u00e9r\u00e9otypie\u2009\u00bb (Dufays 2001), on peut en conclure que les \u00e9cofictions animali\u00e8res sont en train de se constituer comme un sous-genre \u00e0 part enti\u00e8re, qui a ses topo\u00ef, ses styl\u00e8mes, ses vis\u00e9es argumentatives communes, et que renverser l\u2019id\u00e9ologie sp\u00e9ciste est avant tout une affaire collective.<\/p>\n<p>Les quelques \u0153uvres du corpus zoopo\u00e9tique que nous avons observ\u00e9es dans le cadre de cet article nous permettent d\u2019\u00e9tudier la place du st\u00e9r\u00e9otype dans une double optique\u00a0: d\u2019une part, les expressions fig\u00e9es sp\u00e9cistes sont r\u00e9investies et remotiv\u00e9es pour d\u00e9noncer l\u2019imaginaire collectif qu\u2019elles entretiennent. D\u2019autre part, et de mani\u00e8re concomitante, les \u0153uvres normalisent (volontairement ou malgr\u00e9 elles) certaines innovations stylistiques pour les transformer en topo\u00ef litt\u00e9raires immanents, qui commencent \u00e0 se constituer en codes du sous-genre \u00e9mergeant des \u00e9cofictions animali\u00e8res. Rep\u00e9rer ces nouveaux patrons, c\u2019est alors pour le\u00b7a stylisticien\u00b7ne d\u00e9limiter les fronti\u00e8res et les zones de porosit\u00e9 du corpus, homog\u00e8ne \u00e0 la fois dans sa mani\u00e8re de r\u00e9cuser les st\u00e9r\u00e9otypies animali\u00e8res traditionnelles et de naturaliser intertextuellement des styl\u00e8mes qui ne tarderont s\u00fbrement pas \u00e0 devenir de nouveaux poncifs.\u00a0<\/p>\n<p>Par contraste, les \u0153uvres qui subvertissent la macrostructure de la narration, \u00e0 l\u2019exemple de l\u2019inclassable\u00a0<em>Que font les rennes apr\u00e8s No\u00ebl?<\/em>\u00a0d\u2019Olivia Rosenthal, \u00e9chappent en partie \u00e0 cette codification en cours.\u00a0Publi\u00e9 en 2010, ce roman suit un itin\u00e9raire biographique, mais en subvertissant compl\u00e8tement ses codes\u00a0: le \u00ab\u2009je\u2009\u00bb narrant est supplant\u00e9 par un \u00e9nigmatique \u00ab\u2009vous\u2009\u00bb, et le r\u00e9cit de vie alterne, de paragraphe en paragraphe, avec des bribes de discours h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes provenant tant\u00f4t de v\u00e9t\u00e9rinaires, tant\u00f4t de boucher\u00b7\u00e8re\u00b7s\u2026 La trajectoire humaine trouve ainsi son \u00e9cho dans les dynamiques d\u2019oppression que subissent les minorit\u00e9s humaines (enfants, femmes, homosexel\u00b7le\u00b7s) et animales (de laboratoire, de zoo, de rente).\u00a0Pierre Schoentjes qualifie lui-m\u00eame l\u2019\u0153uvre de\u00a0\u00ab\u00a0roman\u00a0\u00bb tout en soulignant qu\u2019on a pu lui pr\u00e9f\u00e9rer le terme de \u00ab\u2009conte philosophique\u2009\u00bb (2016, 156). Si bien que le travail d\u2019exploration de ce texte, en dehors de tout classement g\u00e9n\u00e9rique pr\u00e9\u00e9tabli et \u00e0 contre-courant des grands prototypes du genre \u00e9cofictionnel, reste encore \u00e0 faire.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<h3>Corpus litt\u00e9raire<\/h3>\n<p>Brunel, Camille. 2018.<em>\u00a0La gu\u00e9rilla des animaux.<\/em>\u00a0Paris : Alma.<\/p>\n<p>Del Amo,\u00a0Jean-Baptiste. 2016.\u00a0<em>R\u00e8gne animal<\/em>. Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Del Amo Jean-Baptiste. 2016.\u00a0<em>L214. Une voix pour les animaux<\/em>. Paris : Flammarion.<\/p>\n<p>Garcia, Tristan. 2010.\u00a0<em>M\u00e9moires de la Jungle.<\/em>\u00a0Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Message, Vincent. 2016.\u00a0<em>D\u00e9faite des ma\u00eetres et possesseurs.<\/em>\u00a0Paris : Seuil.<\/p>\n<p>Mouawad, Wajdi. 2012.\u00a0<em>Anima.<\/em>\u00a0Paris : Actes Sud.<\/p>\n<p>Rosenthal,\u00a0Olivia. 2010.\u00a0<em>Que font les rennes apr\u00e8s No\u00eb<\/em><em>l ?.<\/em>\u00a0Paris : Gallimard.<\/p>\n<p>Sorente,\u00a0Isabelle. 2013.\u00a0<em>180 jours.\u00a0<\/em>Paris : JCLatt\u00e8s.<\/p>\n<p>Sorman, Joy. 2012.\u00a0<em>Comme une b\u00eate.<\/em>\u00a0Paris : Gallimard.<\/p>\n<h3>R\u00e9f\u00e9rences critiques<\/h3>\n<p>Adams, Carol J. 2019 [1990].\u00a0<em>The sexual politics of meat. A feminist-vegetarian critical theory<\/em>.\u00a0New York : Bloomsbury.\u00a0<\/p>\n<p>Amossy, Ruth. 1989. \u00ab\u00a0La notion de st\u00e9r\u00e9otype dans la r\u00e9flexion contemporaine\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Litt\u00e9rature<\/em>, (73) 1 : 29-46.<\/p>\n<p>Authier-Revuz, Jacqueline. 1984. \u00ab\u00a0H\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9(s) \u00e9nonciative(s)\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Langages,<\/em>\u00a0(73) : 98-111.<\/p>\n<p>Badiou-Monferran, Claire et Denooz, Laurence (dir.). 2016.\u00a0<em>Langues d<\/em><span dir=\"RTL\">\u2019Anima<em>, \u00c9criture et histoire contemporaine dans l<\/em><span dir=\"RTL\">\u2019<em>\u0153uvre de Wajdi Mouawad.<\/em>\u00a0Paris : Classiques Garnier.<\/span><\/span><\/p>\n<p>Bertrand, Denis\u00a0et Constantin, Michel (dir.). 2017.\u00a0<em>La parole aux animaux, Conditions d<\/em><span dir=\"RTL\">\u2019<em>extension de l\u2019\u00e9nonciation.\u00a0<\/em>Fabula\/Les colloques. Actes de la journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude de Paris 8.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/sommaire5363.php\">https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/sommaire5363.php<\/a>.<\/span><\/p>\n<p>Chelebourg, Christian. 2012.\u00a0<em>Les \u00e9cofictions. Mythologies de la fin du monde.<\/em>\u00a0Bruxelles : Les impressions nouvelles.\u00a0<\/p>\n<p>Chklovski, Victor. 2001 [1917]. \u00ab\u00a0L\u2019art comme proc\u00e9d\u00e9\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Th\u00e9orie de la litt\u00e9rature, Textes des Formalistes russes<\/em>, traduit par Todorov Tzvetan, 75-97. Paris : Seuil.\u00a0<\/p>\n<p>Dufays, Jean-Louis. 2001. \u00ab\u00a0Le st\u00e9r\u00e9otype, un concept cl\u00e9 pour lire, penser et enseigner la litt\u00e9rature\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Marges Linguistiques<\/em>\u00a0: 19-30.<\/p>\n<p>\u2014. 1994.\u00a0<em>St\u00e9r\u00e9otype et lecture.<\/em>\u00a0Li\u00e8ge : Pierre Mardaga.\u00a0<\/p>\n<p>Edmonds, Amanda. 2013. \u00ab\u00a0Une approche psycholinguistique des ph\u00e9nom\u00e8nes phras\u00e9ologiques : le cas des expressions conventionnelles\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Langages,<\/em>\u00a0(189) : 121-138.<\/p>\n<p>Ghio, Bettina. 2010. \u00ab\u00a0Langue, fiction, question animale. Entretien avec Tristan Garcia\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Contretemps.<\/em>\u00a09 novembre.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.contretemps.eu\/memoires-jungle-langue-fiction-question-animale\/\">https:\/\/www.contretemps.eu\/memoires-jungle-langue-fiction-question-animale\/<\/a>.<\/p>\n<p>Gibert, Martin. 2015.<em>\u00a0Voir son steak comme un animal mort<\/em>.\u00a0<em>V\u00e9ganisme et psychologie morale.<\/em>\u00a0Montr\u00e9al : Lux \u00c9diteur.<\/p>\n<p>Kemmerer,\u00a0Lisa (dir.). 2011.\u00a0<em>Sister Species\u00a0: Women, Animals and Social Justice<\/em>.\u00a0University of Illinois Press.<\/p>\n<p>Kerbrat-Orecchioni, Catherine. 2021.\u00a0<em>Nous et les autres animaux.<\/em>\u00a0Labyrinthes.<\/p>\n<p>Lauwers, Margot. 2015. \u00ab\u00a0<em>Anima<\/em>\u00a0et l\u2019\u00e9copo\u00e9tique \u00bb.\u00a0<em>Revue critique de fixxion fran\u00e7aise contemporaine,<\/em>\u00a0(11) :\u00a093-99.<\/p>\n<p>Marsolier, Marie-Claude. 2020.\u00a0<em>Le m\u00e9pris des \u00ab\u00a0b\u00eates\u00a0\u00bb. Un lexique de la s\u00e9gr\u00e9gation animale<\/em>. Paris\u00a0: PUF.<\/p>\n<p>Milcent-Lawson, Sophie. 2018. \u00ab Parler\u00a0<em>pour\u00a0<\/em>les animaux : tentatives litt\u00e9raires contemporaines \u00bb.\u00a0<em>Transtext(e)s Transcultures\u00a0<\/em>\u8de8\u6587\u672c\u8de8\u6587\u5316\u00a0(13).\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/transtexts\/1194\">https:\/\/journals.openedition.org\/transtexts\/1194<\/a>.<\/p>\n<p>Murat, Michel. 1983. \u00ab\u00a0La figure et le clich\u00e9\u00a0\u00bb. Dans Le Rivage des Syrtes\u00a0<em>de Julien Gracq, \u00e9tude de style, T. \u00a02 : Po\u00e9tique de l\u2019analogie<\/em>, 228-238.\u00a0Paris : Jos\u00e9 Corti.<\/p>\n<p>Schoentjes, Pierre. 2016.\u00a0<em>Ce qui a lieu. Essai d\u2019\u00e9copo\u00e9tique.<\/em>\u00a0Marseille\u00a0: Wildproject.<\/p>\n<p>Ta\u00efbi, Nadia. 2015. \u00ab Qu<span dir=\"RTL\">\u2019est-ce que la zoopo\u00e9tique? Entretien avec Anne Simon \u00bb.\u00a0<em>Sens-Dessous,<\/em>\u00a0(16) : 115-124.\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Yaguello, Marina. 2018 [1978].\u00a0<em>Les mots et les femmes. Essai d\u2019approche sociolinguistique de la condition f\u00e9minine<\/em>. Paris : Payot.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Beltran, Perrine. 2021. \u00ab Ce que les \u00e9cofictions animali\u00e8res font aux st\u00e9r\u00e9otypes sp\u00e9cistes \u00bb, Postures, Dossier \u00ab Depuis que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et clich\u00e9s litt\u00e9raires \u00bb, no 34, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5697\u00a0 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/beltran_34.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 beltran_34.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-a77f1eb9-000a-4dca-8954-559e99f1d27a\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/beltran_34.pdf\">beltran_34<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/beltran_34.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-a77f1eb9-000a-4dca-8954-559e99f1d27a\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Cela est particuli\u00e8rement vrai pour celles \u00e0 caract\u00e8re sexiste ou sexuel, et ce, d\u2019une mani\u00e8re diff\u00e9rente selon que la flexion des noms est au f\u00e9minin ou au masculin\u00a0: \u00ab\u2009La fille se sent tr\u00e8s vite coinc\u00e9e dans son r\u00f4le de poule\u00a0: poule mouill\u00e9e, poulette, poule caquetante, cocotte, poupoule, poule de luxe, m\u00e8re poule ou poule pondeuse, \u00e0 moins qu\u2019elle ne soit une b\u00e9casse (b\u00e9cassine), une oie (blanche), une dinde (bref, toute la basse-cour y passe) ou une pie jacassante. Toutes les esp\u00e8ces femelles peuvent prendre un sens p\u00e9joratif (les oiseaux et la volaille, en particulier, constituent la m\u00e9taphore fondamentale de la femme). Ce n\u2019est pas vrai des esp\u00e8ces m\u00e2les (mettons \u00e0 part le paon vaniteux et l\u2019ours mal l\u00e9ch\u00e9). Ce qui se refl\u00e8te tr\u00e8s nettement dans les dessins anim\u00e9s, contes et bandes dessin\u00e9es de type zoomorphe qui mod\u00e8lent l\u2019esprit de nos enfants.\u2009\u00bb (Marina Yaguello\u00a02018 [1978], 189). Sur ces questions, on pourra \u00e9galement consulter Carol J. Adams (2019 [1990]) ou encore Lisa Kemmerer (2011).<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>Nous nous r\u00e9f\u00e9rons en priorit\u00e9 aux travaux de Marie Claude Marsolier (2020) et de Catherine Kerbrat-Orecchioni (2021). Cette derni\u00e8re, tout en reconnaissant que certaines expressions idiomatiques animali\u00e8res sont valorisantes (les m\u00e9taphores \u00ab\u2009taille de gu\u00eape\u2009\u00bb, \u00ab\u2009yeux de biche\u2009\u00bb, etc. ou encore certains emplois hypocoristiques comme \u00ab\u2009mon lapin\u2009\u00bb), convient que \u00ab\u2009d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale les noms d\u2019animaux ont une f\u00e2cheuse tendance \u00e0 se charger d\u2019une connotation n\u00e9gative, comme il appara\u00eet quand ils sont appliqu\u00e9s \u00e0 des personnes humaines, auquel cas ils ont, sauf exception, une valeur fortement \u201cd\u00e9gradante\u201d (ravalant l\u2019individu \u00e0 un rang inf\u00e9rieur).\u2009\u00bb (Kerbrat-Orecchioni\u00a02021, 226)<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Qu\u2019on pense \u00e0 la th\u00e8se r\u00e9cemment soutenue de Julien Defraeye, qui a d\u2019ailleurs codirig\u00e9, avec \u00c9lise Lepage, un volume d\u2019<em>\u00c9tudes litt\u00e9raires<\/em>\u00a0titr\u00e9 \u00ab\u2009Approches \u00e9copo\u00e9tiques des litt\u00e9ratures fran\u00e7aise et qu\u00e9b\u00e9coise de l\u2019extr\u00eame contemporain\u2009\u00bb (2019), aux travaux de Margaux Lauwers, ou encore aux \u00e9tudes sur l\u2019<em>Imaginaire du Jardin<\/em>\u00a0men\u00e9es \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al, dont on peut citer notamment l\u2019article de Pascale Laplante-Dub\u00e9 qui propose \u00ab\u2009une lecture \u00e9cologique de l\u2019espace litt\u00e9raire\u2009\u00bb (2019).<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>\u00c0 l\u2019origine une ANR, ce programme de recherche est bas\u00e9 en France, mais en \u00e9troite collaboration avec des chercheur\u00b7euse\u00b7s francophones de toutes nationalit\u00e9s.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>D\u2019une mani\u00e8re similaire aux\u00a0<em>Postcolonial Studies<\/em>\u00a0et aux\u00a0<em>Gender Studies<\/em>, les\u00a0<em>Animal Studies<\/em>\u00a0portent tant sur les productions culturelles anciennes, qui ont pu relayer, entretenir ou enrayer des imaginaires collectifs fond\u00e9s sur la domination (d\u2019une race, d\u2019un genre ou d\u2019une esp\u00e8ce sur un\u00b7e autre), que sur les productions contemporaines qui op\u00e8rent volontairement une distanciation critique vis-\u00e0-vis de ces h\u00e9ritages.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Dans ce roman \u00e9pistolaire datant du XVIII<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, Montesquieu met en sc\u00e8ne deux Persans en voyage en Europe, qui d\u00e9crivent \u00e0 leurs correspondants rest\u00e9s en Perse toutes les curiosit\u00e9s qu\u2019ils y rencontrent. Il s\u2019agit de faire d\u00e9couvrir au lectorat fran\u00e7ais une vision exotique de leur propre pays et de leurs propres coutumes, rendue possible par le d\u00e9centrement \u00e9nonciatif de la fiction.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>On peut ajouter \u00e0 cette liste\u00a0<em>La gu\u00e9rilla des animaux<\/em>\u00a0(Camille Brunel),\u00a0<em>180 jours<\/em>\u00a0(Isabelle Sorente) et\u00a0<em>Que font les rennes apr\u00e8s No\u00ebl?<\/em>\u00a0(Olivia Rosenthal). M\u00eame si ces \u0153uvres ne constitueront pas le c\u0153ur de nos analyses, nous les \u00e9voquerons \u00e0 titre de comparaison.<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>On en retiendra la d\u00e9finition suivante\u00a0: \u00ab\u2009toute s\u00e9quence d\u2019au moins deux mots qui se reconna\u00eet soit par une syntaxe irr\u00e9guli\u00e8re et non compositionnelle\u00a0<em>(sans mot dire)<\/em>, soit par une s\u00e9mantique opaque\u00a0<em>(lui donner le bon Dieu sans confession)<\/em>, soit par les deux\u00a0<em>(sans coup f\u00e9rir).<\/em>\u2009\u00bb (Edmonds, 2013\u00a0: 125) Les unit\u00e9s qui composent ces expressions fig\u00e9es sont coalescentes et peu ou pas modifiables.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Postulant ainsi, \u00e0 la suite de Jean-Louis Dufays, que \u00ab\u2009c\u2019est lorsqu\u2019une collectivit\u00e9 identifie une s\u00e9rie de textes comme porteuse d\u2019un m\u00eame ensemble de pr\u00e9dicats et de motifs qu\u2019elle commence \u00e0 percevoir cette s\u00e9rie comme constituant un genre\u2009\u00bb (Dufays\u00a01994, 92-93).<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>Roland Barthes a bien montr\u00e9 dans le chapitre\u00a0\u00ab\u2009Le bifteck et les frites\u2009\u00bb\u00a0de ses\u00a0<em>Mythologies<\/em>\u00a0(1957) comment ces discours s\u2019associent \u00e0 toute une axiologie du \u00ab\u2009prestige\u2009\u00bb. Celle-ci est selon nous toujours pr\u00e9sente dans l\u2019imaginaire collectif occidental, m\u00eame si elle est relativement mise en cause par la hausse r\u00e9cente des mouvements v\u00e9g\u00e9tariens et v\u00e9ganes. Le livre\u00a0<em>Voir son steak comme un animal mort\u00a0<\/em>de Martin Gibert (2015) s\u2019inscrit totalement dans ce renversement de perspective.<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>Empruntant sa trame narrative au polar, ce roman raconte la qu\u00eate d\u2019un homme \u00e0 la poursuite du meurtrier de sa femme. Sa traque \u2014 ou plut\u00f4t son errance \u2014 le conduit \u00e0 croiser le chemin de nombreuses b\u00eates victimes, comme lui, de l\u2019injustice des \u00eatres humains, et qui prennent en charge chacune \u00e0 son tour la narration des diff\u00e9rents chapitres.<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>Cette autobiographie d\u2019un singe \u00e9duqu\u00e9 par une famille humaine se d\u00e9roule dans un cadre dystopique\u00a0: une Terre rendue inhabitable par les activit\u00e9s humaines, o\u00f9\u00a0plus aucune esp\u00e8ce de mammif\u00e8res sauvages n\u2019a surv\u00e9cu \u00e0 l\u2019extinction massive ni \u00e0 la domestication par les zoos. Le singe se trouve, au d\u00e9but de l\u2019histoire, propuls\u00e9 dans une jungle hostile et doit apprendre \u00e0 survivre par lui-m\u00eame.<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>Un passage du m\u00eame chapitre est \u00e9loquent en ce sens\u00a0: \u00ab\u2009Les humains disent Mon, ma, mes. Par exemple, Coach dit Mon singe en me montrant du doigt. Il dit J\u2019ai achet\u00e9 Mon singe en Afrique. Il dit Je recrute mes hommes moi-m\u00eame. Il dit J\u2019ai rencontr\u00e9 ma femme \u00e0 Cuba en 1972 et j\u2019ai tout de suite su que c\u2019\u00e9tait elle. Il dit Mon argent, Mon singe, Mes hommes, Ma femme, Ma business.\u2009\u00bb (Mouawad\u00a02012, 127)<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Les narrateur\u00b7rice\u00b7s insectes privil\u00e9gient le pr\u00e9sent \u00e0 81\u00a0%, et parall\u00e8lement, 82\u00a0% des chiens et des chats y pr\u00e9f\u00e8rent le pass\u00e9 compos\u00e9.<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>Wajdi Mouawad cite justement un trait\u00e9 de zoologie dans les r\u00e9f\u00e9rences de son roman (2012, 500).<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>Isabelle Sorente a \u00e9crit son roman apr\u00e8s une enqu\u00eate de plusieurs mois dans un \u00e9levage porcin, de m\u00eame que Jean-Baptise Del Amo, auteur du roman\u00a0<em>R\u00e8gne animal<\/em>\u00a0(2016), mais aussi d\u2019un essai,\u00a0<em>L214. Une voix pour les animaux<\/em>, qui regroupe plusieurs t\u00e9moignages de militant\u00b7e\u00b7s de l\u2019association.<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div>\u00ab\u2009Les humains sur Terre se comportent comme des nazis en territoire occup\u00e9. Comme eux, nous nous sommes vou\u00e9s \u00e0 \u00e9tendre notre espace vital, \u00e9lisant quelques races sup\u00e9rieures \u2014 grands f\u00e9lins, grands singes, que l<span dir=\"RTL\">\u2019on choie tant qu<span dir=\"RTL\">\u2019on peut \u2014 et jetant l<span dir=\"RTL\">\u2019anath\u00e8me sur les autres, massacr\u00e9s sans \u00e9tats d\u2019\u00e2me \u2014 veaux, vaches, cochons, poules, canards\u2026 Les camps d<span dir=\"RTL\">\u2019extermination n<span dir=\"RTL\">\u2019ont rien invent\u00e9\u00a0: il existait depuis cent ans des usines \u00e0 tuer qu<span dir=\"RTL\">\u2019on appelait\u00a0<span dir=\"RTL\">\u201cbaleiniers\u201d, Auschwitz flottants qui souillaient et sillonnaient les mers bien avant que les hommes se disent qu<span dir=\"RTL\">\u2019ils pouvaient en fabriquer pour leurs semblables aussi.\u2009\u00bb (Brunel\u00a02018, 90-91)<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Depuis\u00a0que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et\u00a0clich\u00e9s litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, no 34 \u00ab\u2009Balance ton porc\u2009\u00bb, \u00ab\u2009sale cochonne\u2009\u00bb, \u00ab\u2009manger comme un cochon\u2009\u00bb\u00a0: voil\u00e0 un animal bien souvent convoqu\u00e9 par le langage courant. Le cochon, essentialis\u00e9 dans les traits\u00a0\u00ab\u2009sale\u2009\u00bb,\u00a0\u00ab\u2009grossier\u00b7\u00e8re\u2009\u00bb,\u00a0\u00ab\u2009vulgaire\u2009\u00bb, sert de support \u00e0 la d\u00e9pr\u00e9ciation sans que jamais\u00a0ne\u00a0soit\u00a0contest\u00e9e la validit\u00e9 de ces traits auxquels il est r\u00e9duit. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1328,1330],"tags":[26],"class_list":["post-5697","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-depuis-que-le-monde-est-monde-stereotypie-et-cliches-litteraires","category-les-idees-recues-mises-a-mal","tag-beltran-perrine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5697"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5697\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8393,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5697\/revisions\/8393"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5697"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5697"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}