{"id":5700,"date":"2024-06-13T19:48:35","date_gmt":"2024-06-13T19:48:35","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/de-vrai-en-moins-vrai-la-parole-proverbiale-et-le-grotesque-de-la-verite-dans-le-carrousel-encyclopedique-des-grandes-verites-de-la-vie-moderne-de-marc-antoine-k-phaneuf-2020\/"},"modified":"2024-08-19T19:59:00","modified_gmt":"2024-08-19T19:59:00","slug":"de-vrai-en-moins-vrai-la-parole-proverbiale-et-le-grotesque-de-la-verite-dans-le-carrousel-encyclopedique-des-grandes-verites-de-la-vie-moderne-de-marc-antoine-k-phaneuf-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5700","title":{"rendered":"De vrai en moins vrai : la parole proverbiale et le grotesque de la v\u00e9rit\u00e9 dans le \u00ab Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne \u00bbde Marc-Antoine K. Phaneuf (2020)"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6903\">Dossier \u00ab\u00a0Depuis\u00a0que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et\u00a0clich\u00e9s litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, no 34<\/a><\/h5>\n<blockquote>\n<p><em>La sagesse triomphera.<\/em><\/p>\n<p><em>La science veille.<\/em><\/p>\n<p><em>La v\u00e9rit\u00e9 est absolue<\/em><a id=\"footnoteref1_czcjx8q\" class=\"see-footnote\" title=\"Phaneuf, Marc-Antoine K. 2020.\u00a0Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne, 354. Saguenay\u00a0: La Peuplade. Les r\u00e9f\u00e9rences au texte seront d\u00e9sormais indiqu\u00e9es, dans le corps du texte, entre parenth\u00e8ses par la lettre \u00ab\u00a0C\u00a0\u00bb, suivie du num\u00e9ro de la page\u00a0: (C, x).\" href=\"#footnote1_czcjx8q\">[1]<\/a>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Peu de genres litt\u00e9raires traversent le temps avec aussi peu de modifications que le proverbe. \u00c9tant donn\u00e9 sa structure ais\u00e9ment reconnaissable pour le\u00b7a locuteur\u00b7rice moyen\u00b7ne, le proverbe, par sa rigidit\u00e9 formelle, peut donner \u00e0 l\u2019\u00e9crivain\u00b7e une forme avec laquelle jouer all\u00e8grement. Si le proverbe est l\u2019expression d\u2019une sagesse collective, il peut aussi \u00eatre un \u00e9nonc\u00e9 compl\u00e8tement neuf, qui ne se reconna\u00eet comme proverbe qu\u2019en vertu d\u2019un autre proverbe. L\u2019exemple le plus notable est sans doute les\u00a0<em>152 proverbes mis au go\u00fbt du jour<\/em>\u00a0de Paul \u00c9luard et Benjamin P\u00e9ret, paru en 1925. Les proverbes que l\u2019on peut lire dans ce court texte sont \u00ab\u00a0suffisamment transparent[s] pour mettre le lecteur sur la voie de quelques \u00e9nonc\u00e9s stables, suffisamment opaques pour le d\u00e9sorienter et l\u2019obliger \u00e0 imaginer d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s.\u00a0\u00bb (Mingelgr\u00fcn 1981, 584) Le cinqui\u00e8me proverbe au go\u00fbt du jour, \u00ab\u00a0Il faut rendre \u00e0 la paille ce qui appartient \u00e0 la poutre\u00a0\u00bb (\u00c9luard et P\u00e9ret 1968, 152), est inspir\u00e9 de deux proverbes, \u00ab\u00a0Il faut rendre \u00e0 C\u00e9sar ce qui revient \u00e0 C\u00e9sar\u00a0\u00bb, ainsi que de la parabole biblique de la paille et de la poutre<a id=\"footnoteref2_idezogx\" class=\"see-footnote\" title=\"Cette parabole appara\u00eet dans le c\u00e9l\u00e8bre sermon sur la montagne de J\u00e9sus-Christ, que l\u2019on retrouvera dans l\u2019\u00c9vangile selon Matthieu, chapitre 7, versets 3 \u00e0 5\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cNe vous posez pas en juge, afin de n\u2019\u00eatre pas jug\u00e9s; car c\u2019est de la fa\u00e7on dont vous jugez qu\u2019on vous jugera, et c\u2019est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous. Qu\u2019as-tu \u00e0 regarder la paille qui est dans l\u2019\u0153il de ton fr\u00e8re? Et la poutre qui est dans ton \u0153il, te ne la remarques pas? Ou bien, comment vas-tu dire \u00e0 ton fr\u00e8re\u00a0: Attends! Que j\u2019\u00f4te la paille de ton \u0153il? Seulement voil\u00e0\u00a0: la poutre est dans ton \u0153il! Homme au jugement perverti, \u00f4te d\u2019abord la poutre de ton \u0153il, et alors tu verras clair pour \u00f4ter la paille de l\u2019\u0153il de ton fr\u00e8re.\u201d\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote2_idezogx\">[2]<\/a>. Par ailleurs, le choix m\u00eame de\u00a0<em>152\u00a0<\/em>proverbes n\u2019est pas innocent\u00a0: le chiffre renvoie aux typographes du XIX<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, qui recourent alors \u00e0 152 caract\u00e8res diff\u00e9rents. Autrement dit, \u00ab\u00a0les 152 caract\u00e8res sont l\u2019alphabet typographique, et ont le sens g\u00e9n\u00e9ratif des alphabets\u00a0: \u00e0 partir des 152 \u00e9nonc\u00e9s, \u00e0 vous de composer une\u00a0<em>doxa<\/em>!\u00a0\u00bb (Meizoz 2003, 205) Si, dans ce cas, la mise \u00e0 jour de proverbes rel\u00e8ve d\u2019un go\u00fbt essentiellement ludique, il n\u2019est pas aussi ais\u00e9 de faire le m\u00eame constat \u00e0 propos du\u00a0<em>Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne<\/em>\u00a0de Marc-Antoine K. Phaneuf. Paru en 2020, ce recueil est un inventaire<a id=\"footnoteref3_yy72gw4\" class=\"see-footnote\" title=\"L\u2019id\u00e9e d\u2019inventaire est assez importante dans l\u2019\u0153uvre de Phaneuf. Il en jette les bases dans un de ses premiers textes publi\u00e9s\u00a0:\u00a0T\u00e9l\u00e9thons de la Grande Surface (inventaire cat\u00e9gorique). Listes, po\u00e9sie, name-dropping. On trouvera une lecture judicieuse de ce texte dans\u00a0: L\u00e9vesque, Marc-Andr\u00e9. 2016. \u00ab\u00a0Toutou Tango (cahier d\u2019activit\u00e9) suivi de Le jeu de la construction du sens dans\u00a0T\u00e9l\u00e9thons de la Grande surface.\u00a0\u00bb M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. (Cf. p.\u00a066-94)\" href=\"#footnote3_yy72gw4\">[3]<\/a> des v\u00e9rit\u00e9s, comme le titre l\u2019indique, qui circulent dans nos vies actuelles, \u00e9nonc\u00e9es de mani\u00e8re proverbiale. Le lectorat doit toutefois se m\u00e9fier\u00a0: derri\u00e8re ce titre se cachent en r\u00e9alit\u00e9 des observations banales, des demi-v\u00e9rit\u00e9s et des mensonges \u00e9hont\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le cadre de cet article, je me propose donc d\u2019analyser les modalit\u00e9s de la parole proverbiale dans le texte de Phaneuf. Il sera ainsi question de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 proverbial et de l\u2019aspect n\u00e9cessairement st\u00e9r\u00e9otypique qui informe sa construction. Nous analyserons comment Phaneuf, dans le\u00a0<em>Carrousel<\/em>, d\u00e9tourne cette forme pour en faire une pratique d\u2019\u00e9criture coh\u00e9rente et une critique de la forme m\u00eame et des savoirs qu\u2019il peut v\u00e9hiculer.<\/p>\n<h2>a. Le proverbe\u00a0: caract\u00e9ristiques pragmatiques et formelles<\/h2>\n<p>Comme le rappelle Alain Montandon, \u00ab\u00a0le proverbe se donne, dans sa formulation br\u00e8ve, elliptique et imag\u00e9e, comme une v\u00e9rit\u00e9 d\u2019exp\u00e9rience, comme un conseil de sagesse pratique commun \u00e0 tout un ensemble social.\u00a0\u00bb (1992, 18) Le proverbe a une origine orale et collective, et cette origine est habituellement repouss\u00e9e \u00e0 un temps imm\u00e9morial, comme une rumeur qui traverse le temps. La forme proverbiale a d\u2019ailleurs tendance \u00e0 privil\u00e9gier un registre lexical prosa\u00efque et l\u2019\u00e9lision de certains termes de la phrase, souvent les termes les moins utiles \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de la bri\u00e8vet\u00e9. Ainsi dit-on plut\u00f4t \u00ab\u00a0Pierre qui roule n\u2019amasse pas mousse\u00a0\u00bb que \u00ab\u00a0Pierre qui roule n\u2019amasse pas\u00a0<em>de<\/em>\u00a0mousse\u00a0\u00bb. L\u2019origine orale et collective a un corollaire important dans l\u2019\u00e9nonciation du proverbe\u00a0: il est toujours impersonnel, au \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb. Cette \u00e9nonciation impersonnelle et collective \u00ab\u00a0se caract\u00e9rise par la fixit\u00e9 de sa structure, un style propre, reconnaissable, qui lui assure imm\u00e9diatement son statut de savoir cat\u00e9gorique et invariant.\u00a0\u00bb (Montandon 1992, 18) Ainsi, s\u2019il est possible de parler d\u2019une\u00a0<em>sagesse proverbiale<\/em>, c\u2019est parce que le proverbe semble \u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence stable, immuable, qui va au-del\u00e0 de la subjectivit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciation. Fonds commun de le\u00e7ons triviales, les proverbes peuvent \u00eatre appropri\u00e9s et repris par n\u2019importe quel\u00b7le\u00a0locuteur\u00b7rice, qui peut le faire sien selon des circonstances qui vont en dicter la juste interpr\u00e9tation<a id=\"footnoteref4_s8oca66\" class=\"see-footnote\" title=\"La notion commune de proverbe est remise en question par certains linguistes, dont Ir\u00e8ne Tamba. Cela dit, cette remise en cause ne porte pas sur une d\u00e9finition litt\u00e9raire du proverbe, mais bien sur l\u2019utilisation du mot dans la langue courante (Tamba 2000, 110-118).\" href=\"#footnote4_s8oca66\">[4]<\/a>. Puisqu\u2019ils sont issus d\u2019un fonds oral et populaire, ils empruntent habituellement un lexique bref, usuel et tr\u00e8s concret\u00a0: pas de mots savants, pas de mots rares, pas de vocabulaire sp\u00e9cialis\u00e9. Le proverbe a aussi une construction binaire \u2013 deux parties de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 ais\u00e9ment identifiables \u2013 dont la force r\u00e9side dans les effets de rimes int\u00e9rieures, d\u2019assonances ou d\u2019allit\u00e9rations. Le proverbe a aussi tendance \u00e0 \u00eatre m\u00e9taphorique<a id=\"footnoteref5_dfnf5qp\" class=\"see-footnote\" title=\"Pour de plus amples d\u00e9veloppements sur les caract\u00e9ristiques du proverbe, on consultera\u00a0: Yves-Marie Visetti et Pierre Cadiot. 2006. \u00ab\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne proverbial\u00a0\u00bb, dans\u00a0Motifs et proverbes. Essai de s\u00e9mantique proverbiale, 11-26. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.\" href=\"#footnote5_dfnf5qp\">[5]<\/a>. Ainsi, dans le proverbe \u00ab\u00a0Qui va \u00e0 la chasse perd sa place\u00a0\u00bb\u00a0le vocabulaire employ\u00e9 est \u00e0 la port\u00e9e de n\u2019importe quelle personne parlant fran\u00e7ais\u00a0: les substantifs renvoient \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s ais\u00e9ment identifiables. La construction binaire est ici renforc\u00e9e par une rime int\u00e9rieure avec la sifflante [s], qui marque \u00e0 la fois la fin du premier segment du proverbe et la cl\u00f4ture de l\u2019\u00e9nonc\u00e9. La m\u00e9taphore de la chasse signifie que lorsqu\u2019on poss\u00e8de un avantage, il ne faut pas le d\u00e9laisser sous peine de se le voir prendre; explication qui montre bien, par sa longueur, l\u2019efficacit\u00e9 de la m\u00e9taphore. On pourrait objecter que le mot \u00ab\u00a0place\u00a0\u00bb est un substantif ambigu\u00a0: bien s\u00fbr, il peut s\u2019agir d\u2019un lieu, mais il peut aussi \u00eatre compris plus conceptuellement. Dans l\u2019Ancien Testament, l\u2019expression \u00ab\u00a0Qui va \u00e0 la chasse perd sa place\u00a0\u00bb vient du r\u00e9cit d\u2019Esa\u00fc, qui se fait trahir par son fr\u00e8re et sa m\u00e8re, perdant ainsi sa place dans le c\u0153ur de son p\u00e8re (Gn 27\u00a0: 1-40). Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 une lecture qui intellectualise le proverbe. On peut \u00e0 bon droit citer l\u2019intertexte biblique\u00a0: il demeure que le proverbe s\u2019est autonomis\u00e9 et n\u2019est plus compris dans ce contexte religieux. Bref, le degr\u00e9 de proverbialisation d\u2019un \u00e9nonc\u00e9 \u00ab\u00a0se mesure \u00e0 la plus ou moins grande conformit\u00e9 [\u00e0 ces exigences]\u00a0: notori\u00e9t\u00e9, perte de la r\u00e9f\u00e9rence, m\u00e9taphoricit\u00e9, forme prototypique.\u00a0\u00bb (Shapira 2000, 89)<\/p>\n<p>Le proverbe \u00e9tablit donc son propre r\u00e9gime de v\u00e9racit\u00e9 en se faisant passer pour l\u2019expression collective d\u2019un axiome qui a pratiquement un caract\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e. C\u2019est par cette voie que le proverbe appara\u00eet comme un \u00e9nonc\u00e9 st\u00e9r\u00e9otypique. D\u2019un point de vue pragmatique, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 proverbial est st\u00e9r\u00e9otypique parce qu\u2019il peut \u00eatre r\u00e9it\u00e9r\u00e9\u00a0<em>ad vitam aeternam<\/em>\u00a0par les locuteurs\u00b7rices\u00a0d\u2019une langue. La forme est peu modulable; on haussera le sourcil si l\u2019on entend un proverbe formul\u00e9 avec trop de fantaisie, ce que montre un perronisme comme \u00ab\u00a0Il ne faut pas remettre \u00e0 plus tard ce qui appartient \u00e0 C\u00e9sar.\u00a0\u00bb L\u2019aspect it\u00e9ratif du proverbe n\u2019est toutefois pas unique au genre puisque le savoir qui est v\u00e9hicul\u00e9 par chaque \u00e9nonc\u00e9 proverbial est invariable. Autrement dit, dans une situation de communication normale, si le\u00b7a\u00a0locuteur\u00b7rice\u00a0veut transmettre le savoir d\u2019un \u00e9nonc\u00e9 proverbial, iel n\u2019emploiera pas de voies d\u00e9tourn\u00e9es pour faire part de ce savoir\u00a0: iel utilisera le proverbe. Cette forme semble donc v\u00e9hiculer un savoir st\u00e9r\u00e9otypique par sa nature it\u00e9rative et c\u2019est \u00e0 partir de ce mode de constitution de la v\u00e9rit\u00e9 que l\u2019on peut penser le texte de Phaneuf.\u00a0<\/p>\n<h2>b. La voix proverbiale\u00a0: propagande et r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9<\/h2>\n<p>D\u2019entr\u00e9e de jeu, ce cadre formel est repris et d\u00e9form\u00e9 par Phaneuf. Le titre du premier chapitre \u2013 \u00ab\u00a0Propagande\u00a0\u00bb \u2013 met d\u00e9j\u00e0 en alerte le lectorat; il doit se m\u00e9fier, car la propagande est n\u00e9cessairement motiv\u00e9e par des\u00a0<em>a priori\u00a0<\/em>id\u00e9ologiques. Or, aucune id\u00e9ologie particuli\u00e8re ne semble se d\u00e9gager du texte, ce qui est appuy\u00e9 par des observations banales\u00a0: \u00ab\u00a0Les feuilles des arbres tombent \u00e0 l\u2019automne\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 11), \u00ab\u00a0Pointer quelqu\u2019un du doigt est impoli\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 15) ou encore \u00ab\u00a0L\u2019univers est gigantesque\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 16). Ces observations, malgr\u00e9 leur fadeur, construisent une image de l\u2019\u00e9nonciateur qui rapporte des v\u00e9rit\u00e9s, fussent-elles anodines. Ce faisant, le lectorat peut supposer que certaines affirmations sont vraies dans le texte. Malgr\u00e9 la banalit\u00e9 de ces remarques, elles sont essentielles dans l\u2019\u00e9conomie du premier chapitre. Si l\u2019on peut affirmer qu\u2019une id\u00e9ologie se d\u00e9gage du texte, ce serait une id\u00e9ologie profond\u00e9ment appuy\u00e9e sur des st\u00e9r\u00e9otypes issus de la\u00a0<em>doxa<\/em>. Ce floril\u00e8ge ferait alors office de catalogue d\u2019\u00e9nonc\u00e9s que tout le monde partage, justifiant le titre de l\u2019\u0153uvre.<\/p>\n<p>Dans ce premier chapitre, les sch\u00e8mes du proverbe sont repris dans certains fragments, \u00e9tablissant un pacte de lecture clair avec le lectorat. En quelque sorte, c\u2019est un pacte de neutralit\u00e9 doxique, en ce sens que l\u2019\u00e9nonciateur retranscrit le discours courant sans le condamner ou l\u2019appuyer explicitement. Toutefois, ce pacte de lecture est teint\u00e9 par la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9nonciateur dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9, ce qui tend \u00e0 diminuer la force de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, en plus de briser le mode de constitution du proverbe. Effectivement, et m\u00eame si le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb n\u2019appara\u00eet jamais explicitement dans le\u00a0<em>Carrousel<\/em>, les jugements de valeur, les nombreuses pointes et autres jeux de mots nous indiquent la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9nonciateur<a id=\"footnoteref6_qo7zrbo\" class=\"see-footnote\" title=\"Je choisis de conserver uniquement le masculin pour le terme \u00ab\u00a0\u00e9nonciateur\u00a0\u00bb afin de signaler dans le texte la pr\u00e9sence auctoriale sp\u00e9cifique de Marc-Antoine K. Phaneuf.\" href=\"#footnote6_qo7zrbo\">[6]<\/a>\u00a0dans le texte, malgr\u00e9 l\u2019apparente neutralit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonc\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Les mineurs mineurs n\u2019aiment pas les mises en abyme.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 18) On reconna\u00eet ici la structure du proverbe\u00a0: une phrase construite de fa\u00e7on binaire, renforc\u00e9e par un jeu sur les phon\u00e8mes [m] et [n] avec une \u00e9nonciation impersonnelle. Toutefois, la parole \u00e0 l\u2019\u0153uvre ici, par le jeu de mots, donne dans l\u2019humour, ce qui est un ph\u00e9nom\u00e8ne absolument marginal dans la po\u00e9tique du proverbe. Ce genre de remarques ne respecte pas la po\u00e9tique du proverbe dans la mesure o\u00f9 ils ne r\u00e9v\u00e8lent pas une le\u00e7on de sagesse pratique; cette remarque est, pour ainsi dire, vide, et n\u2019informe pas le lectorat de quoi que ce soit, sinon la propension de l\u2019\u00e9nonciateur \u00e0 \u00eatre drolatique, marquant l\u2019\u00e9thos de l\u2019\u00e9nonciateur et donc sa pr\u00e9sence dans le texte. Effectivement, l\u2019emploi de l\u2019humour est un subjectiv\u00e8me<a id=\"footnoteref7_8hcu60m\" class=\"see-footnote\" title=\"Les subjectiv\u00e8mes sont \u00ab\u00a0ou substantifs, adjectifs, verbes [ou] adverbes qui portent la marque de la subjectivit\u00e9 du \u201cje\u201d. Ils peuvent \u00eatre \u201caffectifs\u201d (exprimant une r\u00e9action \u00e9motionnelle), \u201c\u00e9valuatifs\u201d (refl\u00e9tant une comp\u00e9tence culturelle) et \u201caxiologiques\u201d (portant un jugement de valeur).\u00a0\u00bb (Amossy 2019, 108-109)\" href=\"#footnote7_8hcu60m\">[7]<\/a> qui nous indique que ce n\u2019est pas une sagesse collective qui s\u2019exprime dans les pages du\u00a0<em>Carrousel<\/em>, mais bien\u00a0<em>un<\/em>\u00a0\u00e9nonciateur.\u00a0Cette modulation, dans le chapitre liminaire, est renforc\u00e9e par d\u2019autres fragments qui partagent ce caract\u00e8re humoristique, montrant la comp\u00e9tence culturelle de l\u2019\u00e9nonciateur. Phaneuf mobilise le jeu de mots de fa\u00e7on abondante (\u00ab\u00a0N\u2019est pas grotesque uniquement ce qui provient d\u2019une grotte\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 18)) et use d\u2019une forme que l\u2019on retrouve plus volontiers dans l\u2019\u00e9criture humoristique\u00a0: le\u00a0<em>one-liner<\/em><a id=\"footnoteref8_cufusty\" class=\"see-footnote\" title=\"Nous nous contenterons ici de la d\u00e9finition du Merriam-Webster\u00a0: \u00ab\u00a01. a very succinct joke or witticism. 2. a succinct or meaningful and especially accurate statement.\u00a0\u00bb Au Qu\u00e9bec, on peut penser \u00e0 une figure comme Pierre L\u00e9gar\u00e9, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9, comme repr\u00e9sentant de cette forme humoristique.\" href=\"#footnote8_cufusty\">[8]<\/a>. En ce cas, l\u2019humour r\u00e9side dans le\u00a0<em>punch<\/em>\u00a0de l\u2019observation, dont la chute est syst\u00e9matiquement plac\u00e9e sur les derniers mots\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut se m\u00e9fier des produits dont la date de p\u00e9remption est le premier avril\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 12) \u00ab\u00a0Voler une jaquette est un faux pas vestimentaire\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 23), \u00ab\u00a0Peu de bordels sont r\u00e9pertori\u00e9s dans le guide Michelin\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 25) ou encore \u00ab\u00a0Les h\u00e9donistes cherchent le sens de la vie dans les livres de cuisine.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 25) Dans chacun de ces exemples, il y a un r\u00e9f\u00e9rent culturel \u2013 et cela m\u00eame si le r\u00e9f\u00e9rent n\u2019est pas si clair \u2013 n\u00e9cessaire \u00e0 saisir afin de comprendre le propos, ce qui freine la port\u00e9e potentiellement universelle que le proverbe porte pourtant.<\/p>\n<p>Il nous semble en effet que l\u2019humour dans le texte de Phaneuf passe aussi par la r\u00e9cup\u00e9ration d\u2019\u00e9nonc\u00e9s st\u00e9r\u00e9otypiques. En effet, Phaneuf transpose des adages populaires pour les juxtaposer \u00e0 d\u2019autres \u00e9nonc\u00e9s qui\u00a0<em>peuvent\u00a0<\/em>\u00eatre vrais\u00a0: \u00ab\u00a0Les hommes qui conduisent une Corvette ont un petit p\u00e9nis.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 12) On reconna\u00eet ici l\u2019expression populaire \u00ab\u00a0Grosse corvette, petite qu\u00e9quette\u00a0\u00bb, mais Phaneuf d\u00e9construit la forme proverbiale\u00a0: il n\u2019y a pas de rime int\u00e9rieure, il allonge l\u2019expression et en amoindrit la construction binaire, il utilise un lexique qui n\u2019est pas soutenu, mais qui est plus acceptable que la formulation initiale. Derri\u00e8re cette formulation, il y a un\u00a0<em>choix<\/em>\u00a0de la part de l\u2019\u00e9nonciateur. La transposition de certains lieux communs devient encore plus frappante. Par exemple, il \u00e9crit \u00ab\u00a0Tim Hortons vend le meilleur caf\u00e9 du monde\u00a0\u00bb\u00a0(<em>C<\/em>, 16)\u00a0: la pr\u00e9sence de cet \u00e9nonc\u00e9 dans le texte est aussi un choix. L\u2019\u00e9nonciateur du texte rapporte certains lieux communs qui marquent un certain manque de recul critique par rapport \u00e0 la\u00a0<em>doxa<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Tout ce qui explose est baroque\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 11), \u00ab\u00a0Plus un livre co\u00fbte cher, plus ce qu\u2019il raconte est vrai\u00a0\u00bb\u00a0(<em>C<\/em>, 15), \u00ab\u00a0Les bons auteurs n\u2019ont pas besoin de fen\u00eatre pour \u00e9crire, une pi\u00e8ce sombre suffit.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 17) Il y a donc, d\u2019une part, un \u00e9nonciateur conscient de ces choix, des mots qu\u2019il emploie et des informations qu\u2019il v\u00e9hicule, car il reproduit des \u00e9nonc\u00e9s qui circulent dans le discours courant mais produit aussi quelques observations originales, telles que \u00ab\u00a0Peu de bordels sont r\u00e9pertori\u00e9s dans le guide Michelin.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 25) Mais, d\u2019autre part, un fragment en particulier vient troubler ce jeu entre \u00e9nonc\u00e9s st\u00e9r\u00e9otypiques, remarques humoristiques et observations banales, fragment qui est v\u00e9ritablement un truisme intellectuel\u00a0: \u00ab\u00a0Le langage a pour r\u00f4le de repr\u00e9senter le monde.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 27) Cette\u00a0remarque, plac\u00e9e en fin de chapitre, frappe par son ambigu\u00eft\u00e9. Si le langage a effectivement pour r\u00f4le de repr\u00e9senter le monde, le\u00a0<em>Carrousel<\/em>, en tant que repr\u00e9sentation, n\u2019est pas un monde fond\u00e9 sur la v\u00e9rit\u00e9, la recherche, l\u2019objectivit\u00e9, comme le pr\u00e9tend au contraire l\u2019entreprise de l\u2019inventaire. En prenant cette derni\u00e8re remarque au pied de la lettre, force est de constater que le monde d\u00e9crit par l\u2019\u00e9nonciateur est superficiel. Ce \u00ab\u00a0monde r\u00e9el\u00a0\u00bb, d\u00e9crit par le st\u00e9r\u00e9otype et la banalit\u00e9, est en quelque sorte une esp\u00e8ce de topographie doxique, une carte des st\u00e9r\u00e9otypes, lieux communs et id\u00e9es re\u00e7ues circulant dans le langage commun, \u00e9tay\u00e9e par un \u00e9nonciateur qui semble neutre mais qui est en r\u00e9alit\u00e9 assez pr\u00e9sent dans les \u00e9nonc\u00e9s. S\u2019agit-il d\u2019une remarque litt\u00e9rale, sans recul, qui marquerait en quelque sorte la na\u00efvet\u00e9, le manque de recul de l\u2019\u00e9nonciateur? On pourrait aussi r\u00e9torquer que cette remarque brise en quelque sorte le pacte de lecture par l\u2019ambigu\u00eft\u00e9\u00a0: s\u2019agit-il d\u2019une remarque ironique sur le texte lui-m\u00eame? Il est difficile de trancher.<\/p>\n<p>On peut ainsi rep\u00e9rer les traces de certains discours st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s, comme celui de la masculinit\u00e9, marqu\u00e9 par l\u2019anaphore \u00ab\u00a0Les vrais hommes\u00a0\u00bb\u00a0: \u00ab\u00a0Les vrais hommes ne voyagent pas en transport en commun\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 13), \u00ab\u00a0Les vrais hommes ne mangent pas de craquelins\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 17), \u00ab\u00a0Les vrais hommes ne portent pas de tuque.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 19) De m\u00eame, certaines remarques sur la technologie semblent \u00eatre prises directement du discours courant\u00a0: \u00ab\u00a0La t\u00e9l\u00e9vision lessive les id\u00e9es\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 20) ou \u00ab\u00a0Les jeux vid\u00e9o rendent agressif.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 20) L\u2019un des modes de la pr\u00e9sence de l\u2019\u00e9nonciateur nous semble \u00eatre aussi, par le biais d\u2019une parole proverbiale qui se donne pour vraie, un certain esprit conspirationniste, diss\u00e9min\u00e9 tout au long du chapitre. L\u2019\u00e9nonciateur invite ainsi au doute par une autre anaphore qui traverse le chapitre\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut se m\u00e9fier des hommes qui sont plus petits que leur femme.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 14), \u00ab\u00a0Il faut se m\u00e9fier des gens qui utilisent quatre points de suspension.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 16) Les \u00e9l\u00e9ments de discours conspirationniste sont pr\u00e9sents, dans le\u00a0<em>Carrousel<\/em>, d\u00e8s la premi\u00e8re page, \u00ab\u00a0Les francs-ma\u00e7ons sont partout\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 11) et juste un peu plus loin, \u00ab\u00a0Les satellites surveillent tout\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 13), mais surtout, ce discours est pr\u00e9sent sous le mode de la n\u00e9gation de r\u00e9alit\u00e9s attest\u00e9es et incontestables\u00a0: \u00ab\u00a0Steve Jobs n\u2019est pas mort\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 14), \u00ab\u00a0La guerre du Vi\u00eat Nam n\u2019a pas eu lieu\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 22), \u00ab\u00a0Mark Zuckerberg n\u2019existe pas.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 26) Bref, l\u2019\u00e9nonc\u00e9 n\u2019a que l\u2019apparence de l\u2019objectivit\u00e9.<\/p>\n<p>Le chapitre liminaire met donc en place un \u00e9nonciateur dont la voix donne un effet de v\u00e9rit\u00e9, par la reprise de la structure du proverbe. Cette voix<a id=\"footnoteref9_tosyt85\" class=\"see-footnote\" title=\"On trouvera des remarques \u00e9clairantes sur la notion de voix dans Deleuze, Gilles. 2005. \u00ab\u00a0Ce que la voix apporte aux texte\u00a0\u00bb. Dans\u00a0Deux r\u00e9gimes de fous. Textes et entretiens 1975-1995, 326-327. Paris\u00a0: Minuit. Je renvoie \u00e9galement au troisi\u00e8me chapitre de mon m\u00e9moire, qui porte sur cette question\u00a0: Berger Soucie, Kevin.\u00a02020. \u00ab\u00a0La subjectivit\u00e9 dans le texte fragmentaire\u00a0: une interpr\u00e9tation \u00e0 partir de l\u2019esth\u00e9tique deleuzienne\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0\u00c9conomie de la subjectivit\u00e9 dans le texte fragmentaire\u00a0: Pascal, Nietzsche, Cioran\u00a0\u00bb, 72-93. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al.\" href=\"#footnote9_tosyt85\">[9]<\/a> proverbiale d\u00e9fait toutefois la po\u00e9tique du proverbe, en respectant g\u00e9n\u00e9ralement la structure phrastique mais en s\u2019y ins\u00e9rant, ce qui en retire l\u2019aspect impersonnel. Porteur d\u2019un discours conforme \u00e0 la\u00a0<em>doxa<\/em>, comme le proverbe, l\u2019\u00e9nonciateur fait toute de m\u00eame appel \u00e0 d\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes qui sont \u00e9trangers au proverbe\u00a0: la d\u00e9formation d\u2019adages populaires, les jeux de mots, les\u00a0<em>punchs<\/em>\u00a0humoristiques. On se trouve donc devant une parole qui se donne pour vraie m\u00eame si, comme nous l\u2019avons vu, il n\u2019en est rien. Le titre de chapitre, \u00ab\u00a0Propagande\u00a0\u00bb, semble alors tr\u00e8s bien choisi, \u00e0 la fois pour mettre en alerte le lectorat, mais aussi pour le surprendre malgr\u00e9 lui en d\u00e9samor\u00e7ant les \u00e9nonc\u00e9s qui serait v\u00e9ritablement de nature propagandiste.\u00a0<\/p>\n<h2>c. St\u00e9r\u00e9otype de la v\u00e9rit\u00e9 et v\u00e9rit\u00e9 du st\u00e9r\u00e9otype<\/h2>\n<p>Si le chapitre liminaire fait appel \u00e0 quelques st\u00e9r\u00e9otypes, c\u2019est le quatri\u00e8me chapitre, \u00ab\u00a0La guerre du feu\u00a0\u00bb, qui fait le plus son profit d\u2019\u00e9nonc\u00e9s st\u00e9r\u00e9otypiques. Le th\u00e8me du chapitre, les nations et les ethnies, s\u2019y pr\u00eate extraordinairement bien. Dans ce quatri\u00e8me chapitre, la tension entre v\u00e9rit\u00e9 et mensonge est accentu\u00e9e par la juxtaposition de \u00ab\u00a0vrais\u00a0\u00bb \u00e9nonc\u00e9s st\u00e9r\u00e9otypiques qui circulent dans le discours commun et de st\u00e9r\u00e9otypes invent\u00e9s par l\u2019\u00e9nonciateur. Si, au premier chapitre, nous pouvons \u00e0 juste titre parler d\u2019une parole proverbiale, cette parole s\u2019alt\u00e8re l\u00e9g\u00e8rement ici en posant de nombreux jugements de valeur dont la plupart reposent sur une pr\u00e9conception souvent raciste d\u2019un groupe ethnique ou d\u2019une nation donn\u00e9e. S\u2019il y a continuation de cette voix proverbiale, ce n\u2019est que dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 semble demeurer impersonnel, l\u2019\u00e9nonciateur ne prenant pas une place explicite dans ses propos. Le d\u00e9tournement de la forme d\u00e9samorce la port\u00e9e potentiellement pol\u00e9mique du discours par la grossi\u00e8ret\u00e9 des st\u00e9r\u00e9otypes invent\u00e9s par l\u2019\u00e9nonciateur.<\/p>\n<p>Comme c\u2019est le cas dans le premier chapitre, on retrouve dans \u00ab\u00a0La guerre du feu\u00a0\u00bb des affirmations banales, qui continuent le cadre faussement neutre dans lequel s\u2019exprime l\u2019\u00e9nonciateur. On peut alors \u00e9voquer des st\u00e9r\u00e9otypes inoffensifs que personne n\u2019ose vraiment remettre en question \u00e9tant donn\u00e9 leur banalit\u00e9 comme \u00ab\u00a0Les Anglais pr\u00e9f\u00e8rent le th\u00e9 au caf\u00e9\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 117) ou encore \u00ab\u00a0Les Suisses ont invent\u00e9 l\u2019heure.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 123) On peut encore y lire des st\u00e9r\u00e9otypes qui sont profond\u00e9ment ancr\u00e9s dans la culture populaire comme \u00ab\u00a0Les Fran\u00e7ais les plus typiques portent un chandail ray\u00e9 bleu et blanc\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 120) et m\u00eame un rappel sur notre propre position, qui rappelle au lectorat qu\u00e9b\u00e9cois que sa nation est aussi affect\u00e9e par des st\u00e9r\u00e9otypes, car \u00ab\u00a0Les Qu\u00e9b\u00e9cois qui prennent l\u2019avion applaudissent \u00e0 l\u2019atterrissage.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 118) Ces \u00e9nonc\u00e9s, bien que questionnables, sont suffisamment inoffensifs pour que le\u00a0lectorat\u00a0les laisse passer, comme s\u2019il s\u2019agissait davantage d\u2019un rafra\u00eechissement de la m\u00e9moire doxique qu\u2019une v\u00e9ritable observation. Ce sont l\u00e0 de r\u00e9els st\u00e9r\u00e9otypes qui circulent dans le langage commun. La transposition de ces \u00e9nonc\u00e9s st\u00e9r\u00e9otypiques marque encore un certain manque de recul de la part de l\u2019\u00e9nonciateur qui, au nom de la v\u00e9rit\u00e9, les met dans son texte.<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 la faiblesse de ces propos, ils ont toutefois pour effet de renforcer l\u2019aspect sinon de neutralit\u00e9, du moins d\u2019apparence de neutralit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciateur. On retrouve dans le chapitre nombre de faux st\u00e9r\u00e9otypes, particuli\u00e8rement \u00e0 propos des nations qui sont moins spontan\u00e9ment pr\u00e9sentes dans l\u2019imaginaire qu\u00e9b\u00e9cois, ou plus largement, occidental; \u00ab\u00a0Les Moldaves ont les dents mauves.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 120), \u00ab\u00a0Les Lituaniens d\u00e9jeunent toute la journ\u00e9e.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 128), \u00ab\u00a0Les Botswanais ne font pas de surf.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 131) Ces faux st\u00e9r\u00e9otypes, fruit de l\u2019invention de l\u2019\u00e9nonciateur, ob\u00e9issent au m\u00eame sch\u00e9ma que les r\u00e9els st\u00e9r\u00e9otypes que nous avons relev\u00e9s. La premi\u00e8re partie de la phrase est consacr\u00e9e \u00e0 la nomination d\u2019un groupe qui sera d\u00e9fini par la deuxi\u00e8me partie de la phrase, o\u00f9 repose l\u2019id\u00e9e re\u00e7ue, qu\u2019elle circule effectivement dans la culture ou non. Tout au long du recueil, c\u2019est comme si Phaneuf proposait un renouvellement et une multiplication des \u00e9nonc\u00e9s st\u00e9r\u00e9otypiques en empruntant la logique m\u00eame du st\u00e9r\u00e9otype, toujours sous le couvert d\u2019une neutralit\u00e9 proverbiale.<\/p>\n<p>Toutefois, il y a \u00e0 m\u00eame le texte quelques \u00e9l\u00e9ments qui d\u00e9samorcent la port\u00e9e du st\u00e9r\u00e9otype, en montrant sa grossi\u00e8ret\u00e9. Comme dans le premier chapitre, c\u2019est l\u2019humour qui tend \u00e0 affaiblir l\u2019universalit\u00e9 du propos de l\u2019\u00e9nonciateur. Dans certains cas, cet humour passe par un jeu phon\u00e9tique qui \u00e9voque la mat\u00e9rialit\u00e9 du proverbe, comme si la rime interne rendait l\u2019\u00e9nonc\u00e9 plus v\u00e9ridique\u00a0: \u00ab\u00a0Les Yougoslaves se lavent dans le yogourt.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 121) Certains \u00e9nonc\u00e9s sont d\u2019ailleurs \u00e0 un ou deux phon\u00e8mes d\u2019\u00eatre vrais\u00a0: \u00ab\u00a0Budapest est la capitale de la Roumanie\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 136), \u00ab\u00a0Les Islandais f\u00eatent la Saint-Patrice.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 136) Mais l\u2019humour, dans ce chapitre, est plus g\u00e9n\u00e9ralement ancr\u00e9 dans un jeu sur des r\u00e9f\u00e9rences culturelles que le\u00a0lectorat\u00a0doit saisir pour appr\u00e9cier. Certaines r\u00e9f\u00e9rences sont d\u2019embl\u00e9e plus accessibles et le jeu de mots y est ais\u00e9ment rep\u00e9rable, comme dans \u00ab\u00a0Les \u00c9gyptiens font des concours de pyramides humaines\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 137) ou \u00ab\u00a0Aucun groupe militant d\u2019extr\u00eame droite africain ne porte le nom de Burkina Facho.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 141) D\u2019autres \u00e9nonc\u00e9s, \u00e0 la suite de ce dernier, peuvent prendre des allures de commentaires g\u00e9opolitiques. En ce cas, non seulement les connaissances du lectorat peuvent\/doivent \u00eatre mobilis\u00e9es pour appr\u00e9cier l\u2019\u00e9nonc\u00e9, mais m\u00eame si ce dernier se consid\u00e8re comme sp\u00e9cialiste d\u2019un sujet ou d\u2019un autre, des affirmations comme \u00ab\u00a0Les Hongkongais en ont assez des ombres chinoises\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 116) ou \u00ab\u00a0Le Hezbollah est un club social libanais\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 126) frappent et jurent dans le chapitre. Effectivement, le lectorat ne lit pas un lieu commun ou une id\u00e9e re\u00e7ue, mais se trouve devant un commentaire politique qui indique un certain positionnement par rapport \u00e0 ces enjeux, affectant gravement l\u2019apparence de neutralit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciateur. Il est toutefois difficile de prendre au s\u00e9rieux ces affirmations \u2013 plus profondes que les autres, conc\u00e9dons-le \u2013 puisqu\u2019elles sont juxtapos\u00e9es, accumul\u00e9es avec les autres, et tendent \u00e0 d\u00e9faire la port\u00e9e pol\u00e9mique de ces \u00e9nonc\u00e9s. En ce sens, ce sont parmi les tensions entre une structure discursive \u2013 autant d\u2019un point de vue formel qu\u2019\u00e9pist\u00e9mologique \u2013 reconnaissable et les entorses lisibles \u00e0 la po\u00e9tique du proverbe que le lectorat doit se tenir. Chose malais\u00e9e, puisque la position du lectorat intelligent face \u00e0 ce texte en est forc\u00e9ment une de doute et de soup\u00e7on. En partageant \u00e0 la fois des \u00e9l\u00e9ments culturels implicites de l\u2019ordre de l\u2019impens\u00e9 et en \u00ab\u00a0ramassant ce qui tra\u00eene dans la langue\u00a0\u00bb (Barthes 1978, 15), l\u2019\u00e9nonciateur du\u00a0<em>Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne<\/em>\u00a0offre \u00e0 la fois ce qui fonde la\u00a0<em>doxa<\/em>, par l\u2019\u00e9criture de st\u00e9r\u00e9otypes pr\u00e9existants au texte, et son approfondissement, en suivant la logique qui dicte la conception des st\u00e9r\u00e9otypes, c\u2019est-\u00e0-dire sur un mode impersonnel qui tend, par sa neutralit\u00e9 apparente, \u00e0 justifier son propre r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9. Phaneuf fait bien voir l\u2019ambivalente r\u00e9alit\u00e9 du st\u00e9r\u00e9otype. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, par l\u2019humour, il y a un d\u00e9samor\u00e7age, un rejet du st\u00e9r\u00e9otype, per\u00e7u, \u00ab\u00a0en raison de ses contenus fig\u00e9s [comme] na\u00eff et stupide\u00a0\u00bb, qui pourrait \u00e9ventuellement \u00ab\u00a0exercer une influence n\u00e9faste sur les esprits faibles\u00a0\u00bb (de Chalonge 2002, 733). D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, il y a une nette appr\u00e9ciation de la force du st\u00e9r\u00e9otype, particuli\u00e8rement avec une voix proverbiale; le st\u00e9r\u00e9otype fait alors figure d\u2019op\u00e9ration classificatoire, r\u00e9am\u00e9nageant la\u00a0<em>doxa<\/em>\u00a0en se fondant sur la cr\u00e9dulit\u00e9 potentielle du lectorat. De nombreux \u00e9nonc\u00e9s, en ce sens, n\u2019interviennent pas \u00ab\u00a0dans le domaine du vrai (et du v\u00e9rifiable), mais [construisent] ce sens partag\u00e9, exempt ni d\u2019erreurs ni d\u2019approximations, mais f\u00e9cond, puisque socialement instituant, et toujours pr\u00eat \u00e0 infiltrer ou \u00e0 polariser les discours\u00a0\u00bb (Barthes 1978, 15).<\/p>\n<p>Le rapport entre v\u00e9rit\u00e9 et st\u00e9r\u00e9otype, dans le texte de Phaneuf, appara\u00eet donc plus complexe qu\u2019il semble au premier abord. La pr\u00e9tention d\u2019offrir l\u2019\u00ab\u00a0encyclop\u00e9die\u00a0des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne\u00a0\u00bb est sap\u00e9e par l\u2019\u00e9nonciation qui joue volontairement avec les notions impliqu\u00e9es par le titre. \u00c0 ce titre, le statut de la v\u00e9rit\u00e9, nous semble-t-il, dans ce \u00ab\u00a0carrousel\u00a0\u00bb, est proprement\u00a0<em>grotesque<\/em>. Victor Hugo, dans la pr\u00e9face de\u00a0<em>Cromwell<\/em>, \u00e9crit que\u00a0\u00ab\u00a0dans la pens\u00e9e des Modernes, le grotesque \u00e0 un r\u00f4le immense. Il y est partout; d\u2019une part, il cr\u00e9e le difforme et l\u2019horrible; de l\u2019autre, le comique et le bouffon. Il attache autour de la religion milles superstitions originales, autour de la po\u00e9sie milles imaginations pittoresques.\u00a0\u00bb (Hugo 1968, 71) Le grotesque peut \u00eatre le lieu de la variation, de la bigarrure, de l\u2019accumulation. Il peut joindre, comme l\u2019\u00e9crit Victor Hugo, le difforme et le comique. Il s\u2019agit l\u00e0 de deux \u00e9pith\u00e8tes parfaitement applicables pour penser la v\u00e9rit\u00e9 dans le\u00a0<em>Carrousel<\/em>. La question de la v\u00e9rit\u00e9 est arrim\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9criture m\u00eame du texte puisque Phaneuf propose un mode d\u2019\u00e9criture qui joue sur le difforme et le comique, en d\u00e9faisant d\u2019une part la po\u00e9tique du proverbe et en s\u2019attachant d\u2019autre part \u00e0 des \u00e9nonc\u00e9s dont le propos est ou faux, ou absurde. Or, le grotesque est \u00e0 prendre au s\u00e9rieux. Il ne faut pas lire dans le texte de Phaneuf une volont\u00e9 subversive de renversement de la\u00a0<em>doxa<\/em>\u00a0par ses propres moyens, mais bien un portrait doxique dont la difformit\u00e9 va de pair avec l\u2019\u00e9nonciation qui se fait et se d\u00e9fait au fil du texte. C\u2019est moins dans le ridicule de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 st\u00e9r\u00e9otypique que dans l\u2019accumulation des \u00e9nonc\u00e9s, autant vrais que faux, autant pr\u00e9sents dans le discours ordinaire qu\u2019invent\u00e9s, que se construit un portrait difforme du discours courant. La pr\u00e9sence insidieuse de l\u2019\u00e9nonciateur dans le texte, en ce sens, est une transgression du cadre \u00e9nonciatif du proverbe autant que de sa fonction suppos\u00e9e, de transmettre une sagesse collective. Ici, point de sagesse\u00a0: seulement une parole qui se lib\u00e8re par une modalit\u00e9 proverbiale qui d\u00e9borde de son cadre, montrant la vacuit\u00e9 de la tr\u00e8s grande majorit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s. Dans le dernier chapitre, il y a encore quelques commentaires sur le cadre \u00e9nonciatif du texte qui ajoute \u00e0 la port\u00e9e de l\u2019\u0153uvre. Comme le note l\u2019\u00e9nonciateur, \u00ab\u00a0Tout ce qui est \u00e9crit est vrai.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 341) Cette remarque, dans le\u00a0<em>Carrousel<\/em>, est bien s\u00fbr ironique; cela pointe assez frontalement vers la construction mensong\u00e8re du texte.\u00a0<\/p>\n<p>Le\u00a0<em>Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne<\/em>, comme nous avons pu le constater, reprend donc les modalit\u00e9s \u00e9nonciatives du proverbe. Toutefois, le\u00a0<em>Carrousel<\/em>\u00a0est un large d\u00e9tournement de cette forme. Ce d\u00e9tournement est autant le mode de pr\u00e9sentation du texte que la critique qui le fonde\u00a0: le\u00a0<em>Carrousel<\/em>, en faisant l\u2019accumulation du singulier dans des \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 douteuse, produit un discours st\u00e9r\u00e9otypique et universel, en ce sens que le texte est un portrait d\u2019un certain mode de circulation de la v\u00e9rit\u00e9 dans le contexte qui est le n\u00f4tre. Mais, cet universel est difforme, fr\u00f4lant parfois la conspiration, mensonger, ambigu. Pour qui voudra lire ce texte, l\u2019auteur lui-m\u00eame nous mets en garde, quoique bien tardivement dans le texte\u00a0: \u00ab\u00a0Il faut se m\u00e9fier des Marc-Antoine.\u00a0\u00bb (<em>C<\/em>, 220)<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Amossy, Ruth. 2019.\u00a0<em>La Pr\u00e9sentation de soi<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>Barthes, Roland. 1978.\u00a0<em>Le\u00e7on. Le\u00e7on inaugurale de la chaire de s\u00e9miologie litt\u00e9raire au Coll\u00e8ge de France prononc\u00e9 le 7 janvier 1977<\/em>. Paris\u00a0: Le Seuil.<\/p>\n<p>Berger Soucie, Kevin. 2020. \u00ab\u00a0\u00c9conomie de la subjectivit\u00e9 dans le texte fragmentaire\u00a0: Pascal, Nietzsche, Cioran\u00a0\u00bb. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>de Chalonge, Florence. 2002. \u00ab\u00a0St\u00e9r\u00e9otype\u00a0\u00bb. Dans Paul Aron, Denis Saint-Jacques et Alain Viala,\u00a0<em>Le dictionnaire du litt\u00e9raire<\/em>, 732-733. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>Deleuze, Gilles. 2005.\u00a0<em>Deux r\u00e9gimes de fous. Textes et entretiens 1975-1995<\/em>. Paris\u00a0: Minuit.\u00a0<\/p>\n<p>Eco, Umberto. 1985.\u00a0<em>Lector in fabula.\u00a0<\/em><em>Le r\u00f4le du lecteur ou la coop\u00e9ration interpr\u00e9tative dans les textes narratifs<\/em>. Paris\u00a0: Grasset.<\/p>\n<p>\u00c9luard, Paul et Benjamin P\u00e9ret. 1968 [1925].\u00a0<em>152 proverbes mis au go\u00fbt du jour<\/em>. Dans Paul \u00c9luard,\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes I<\/em>, 152-161. Paris\u00a0: Gallimard.\u00a0<\/p>\n<p>Hugo, Victor. 1968.\u00a0<em>Cromwell<\/em>. Paris : Garnier-Flammarion.<\/p>\n<p>L\u00e9vesque, Marc-Andr\u00e9. 2016. \u00ab\u00a0Toutou Tango (cahier d\u2019activit\u00e9) suivi de Le jeu de la construction du sens dans<em>T\u00e9l\u00e9thons de la Grande surface<\/em>\u00a0\u00bb. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 de Montr\u00e9al.<\/p>\n<p>Meizoz, J\u00e9r\u00f4me, 2003. \u00ab\u00a0Le d\u00e9tournement de proverbes en 1925. Sociopo\u00e9tique d\u2019un geste surr\u00e9aliste\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Po\u00e9tique<\/em>, n<sup>o<\/sup>134\u00a0: 193-205.<\/p>\n<p>Montandon, Alain. 1992.\u00a0<em>Les formes br\u00e8ves<\/em>. Paris\u00a0: Hachette.<\/p>\n<p>Mingelgr\u00fcn, Albert. 1981. \u00ab\u00a0Jalons pour une analyse des \u201c152 proverbes\u201d d\u2019\u00c9luard et de P\u00e9ret\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Revue belge de philologie et d\u2019histoire<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a059\u00a0: 574-584.<\/p>\n<p>Phaneuf, Marc-Antoine K. 2020.\u00a0<em>Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne<\/em>. Saguenay\u00a0: La Peuplade.<\/p>\n<p>Shapira, Charlotte, 2000. \u00ab\u00a0Proverbe, proverbialisation et d\u00e9proverbialisation\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Langages<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a0139\u00a0: 81-97.<\/p>\n<p>Tamba, Ir\u00e8ne, 2000. \u00ab\u00a0Formules et dire proverbial\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Langages<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a0139\u00a0: 110-118.<\/p>\n<p>Visetti, Yves-Marie et Pierre Cadiot. 2006.\u00a0<em>Motifs et proverbes. Essai de s\u00e9mantique proverbiale<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_czcjx8q\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_czcjx8q\">[1]<\/a> Phaneuf, Marc-Antoine K. 2020.\u00a0<em>Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne<\/em>, 354. Saguenay\u00a0: La Peuplade. Les r\u00e9f\u00e9rences au texte seront d\u00e9sormais indiqu\u00e9es, dans le corps du texte, entre parenth\u00e8ses par la lettre \u00ab\u00a0C\u00a0\u00bb, suivie du num\u00e9ro de la page\u00a0: (<em>C<\/em>, x).<\/p>\n<p id=\"footnote2_idezogx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_idezogx\">[2]<\/a> Cette parabole appara\u00eet dans le c\u00e9l\u00e8bre sermon sur la montagne de J\u00e9sus-Christ, que l\u2019on retrouvera dans l\u2019\u00c9vangile selon Matthieu, chapitre 7, versets 3 \u00e0 5\u00a0: \u00ab\u00a0\u201cNe vous posez pas en juge, afin de n\u2019\u00eatre pas jug\u00e9s; car c\u2019est de la fa\u00e7on dont vous jugez qu\u2019on vous jugera, et c\u2019est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous. Qu\u2019as-tu \u00e0 regarder la paille qui est dans l\u2019\u0153il de ton fr\u00e8re? Et la poutre qui est dans ton \u0153il, te ne la remarques pas? Ou bien, comment vas-tu dire \u00e0 ton fr\u00e8re\u00a0: Attends! Que j\u2019\u00f4te la paille de ton \u0153il? Seulement voil\u00e0\u00a0: la poutre est dans ton \u0153il! Homme au jugement perverti, \u00f4te d\u2019abord la poutre de ton \u0153il, et alors tu verras clair pour \u00f4ter la paille de l\u2019\u0153il de ton fr\u00e8re.\u201d\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote3_yy72gw4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_yy72gw4\">[3]<\/a> L\u2019id\u00e9e d\u2019inventaire est assez importante dans l\u2019\u0153uvre de Phaneuf. Il en jette les bases dans un de ses premiers textes publi\u00e9s\u00a0:\u00a0<em>T\u00e9l\u00e9thons de la Grande Surface (inventaire cat\u00e9gorique). Listes, po\u00e9sie, name-dropping<\/em>. On trouvera une lecture judicieuse de ce texte dans\u00a0: L\u00e9vesque, Marc-Andr\u00e9. 2016. \u00ab\u00a0Toutou Tango (cahier d\u2019activit\u00e9) suivi de Le jeu de la construction du sens dans\u00a0<em>T\u00e9l\u00e9thons de la Grande surface<\/em>.\u00a0\u00bb M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 de Montr\u00e9al. (Cf. p.\u00a066-94)<\/p>\n<p id=\"footnote4_s8oca66\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_s8oca66\">[4]<\/a> La notion commune de proverbe est remise en question par certains linguistes, dont Ir\u00e8ne Tamba. Cela dit, cette remise en cause ne porte pas sur une d\u00e9finition litt\u00e9raire du proverbe, mais bien sur l\u2019utilisation du mot dans la langue courante (Tamba 2000, 110-118).<\/p>\n<p id=\"footnote5_dfnf5qp\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_dfnf5qp\">[5]<\/a> Pour de plus amples d\u00e9veloppements sur les caract\u00e9ristiques du proverbe, on consultera\u00a0: Yves-Marie Visetti et Pierre Cadiot. 2006. \u00ab\u00a0Le ph\u00e9nom\u00e8ne proverbial\u00a0\u00bb, dans\u00a0<em>Motifs et proverbes. Essai de s\u00e9mantique proverbiale<\/em>, 11-26. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p id=\"footnote6_qo7zrbo\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_qo7zrbo\">[6]<\/a> Je choisis de conserver uniquement le masculin pour le terme \u00ab\u00a0\u00e9nonciateur\u00a0\u00bb afin de signaler dans le texte la pr\u00e9sence auctoriale sp\u00e9cifique de Marc-Antoine K. Phaneuf.<\/p>\n<p id=\"footnote7_8hcu60m\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_8hcu60m\">[7]<\/a> Les subjectiv\u00e8mes sont \u00ab\u00a0ou substantifs, adjectifs, verbes [ou] adverbes qui portent la marque de la subjectivit\u00e9 du \u201cje\u201d. Ils peuvent \u00eatre \u201caffectifs\u201d (exprimant une r\u00e9action \u00e9motionnelle), \u201c\u00e9valuatifs\u201d (refl\u00e9tant une comp\u00e9tence culturelle) et \u201caxiologiques\u201d (portant un jugement de valeur).\u00a0\u00bb (Amossy 2019, 108-109)<\/p>\n<p id=\"footnote8_cufusty\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_cufusty\">[8]<\/a> Nous nous contenterons ici de la d\u00e9finition du Merriam-Webster\u00a0: \u00ab\u00a01. a very succinct joke or witticism. 2. a succinct or meaningful and especially accurate statement.\u00a0\u00bb Au Qu\u00e9bec, on peut penser \u00e0 une figure comme Pierre L\u00e9gar\u00e9, r\u00e9cemment d\u00e9c\u00e9d\u00e9, comme repr\u00e9sentant de cette forme humoristique.<\/p>\n<p id=\"footnote9_tosyt85\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_tosyt85\">[9]<\/a> On trouvera des remarques \u00e9clairantes sur la notion de voix dans Deleuze, Gilles. 2005. \u00ab\u00a0Ce que la voix apporte aux texte\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Deux r\u00e9gimes de fous. Textes et entretiens 1975-1995<\/em>, 326-327. Paris\u00a0: Minuit. Je renvoie \u00e9galement au troisi\u00e8me chapitre de mon m\u00e9moire, qui porte sur cette question\u00a0: Berger Soucie, Kevin.\u00a02020. \u00ab\u00a0La subjectivit\u00e9 dans le texte fragmentaire\u00a0: une interpr\u00e9tation \u00e0 partir de l\u2019esth\u00e9tique deleuzienne\u00a0\u00bb, dans \u00ab\u00a0\u00c9conomie de la subjectivit\u00e9 dans le texte fragmentaire\u00a0: Pascal, Nietzsche, Cioran\u00a0\u00bb, 72-93. M\u00e9moire de ma\u00eetrise, Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec \u00e0 Montr\u00e9al.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Berger Soucie, Kevin. 2021. \u00ab\u00a0De vrai en moins vrai\u00a0: la parole proverbiale et le grotesque de la v\u00e9rit\u00e9 dans le\u00a0Carrousel encyclop\u00e9dique des grandes v\u00e9rit\u00e9s de la vie moderne\u00a0de Marc-Antoine K. Phaneuf (2020) \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Depuis que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et clich\u00e9s litt\u00e9raires \u00bb, no 34, En ligne,\u00a0 https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5700 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx)<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergersoucie_34.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 bergersoucie_34.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-780ef720-fbc2-44e3-85ab-449c8e56a40f\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergersoucie_34.pdf\">bergersoucie_34<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergersoucie_34.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-780ef720-fbc2-44e3-85ab-449c8e56a40f\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Depuis\u00a0que le monde est monde : st\u00e9r\u00e9otypie et\u00a0clich\u00e9s litt\u00e9raires\u00a0\u00bb, no 34 La sagesse triomphera. La science veille. La v\u00e9rit\u00e9 est absolue[1]. Peu de genres litt\u00e9raires traversent le temps avec aussi peu de modifications que le proverbe. \u00c9tant donn\u00e9 sa structure ais\u00e9ment reconnaissable pour le\u00b7a locuteur\u00b7rice moyen\u00b7ne, le proverbe, par sa rigidit\u00e9 formelle, peut donner [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1328,1331],"tags":[30],"class_list":["post-5700","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-depuis-que-le-monde-est-monde-stereotypie-et-cliches-litteraires","category-quand-le-stereotype-simmisce-dans-le-discours","tag-berger-soucie-kevin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5700","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5700"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5700\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8396,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5700\/revisions\/8396"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5700"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5700"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5700"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}