{"id":5706,"date":"2024-06-13T19:48:35","date_gmt":"2024-06-13T19:48:35","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/balzac-et-joseph-de-maistre-esprits-dune-meme-famille-liens-implicites-dans-loeuvre-critique-de-barbey-daurevilly\/"},"modified":"2024-08-21T14:21:42","modified_gmt":"2024-08-21T14:21:42","slug":"balzac-et-joseph-de-maistre-esprits-dune-meme-famille-liens-implicites-dans-loeuvre-critique-de-barbey-daurevilly","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5706","title":{"rendered":"Balzac et Joseph de Maistre, esprits d\u2019une m\u00eame famille? Liens implicites dans l\u2019\u0153uvre critique de Barbey d\u2019Aurevilly"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6904\">Dossier \u00ab Actes du XXVe Colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL 2020) \u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b03<\/a><\/h5>\n<p>Il est connu que pour l\u00e9gitimer leurs \u0153uvres romanesques, Balzac et Barbey d\u2019Aurevilly se sont r\u00e9clam\u00e9s du catholicisme. Dans son \u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb \u00e0 <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, Balzac s\u2019efforce de ne laisser aucun doute quant \u00e0 son appartenance id\u00e9ologique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris \u00e0 la lueur de deux V\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles\u00a0: la Religion, la Monarchie, deux n\u00e9cessit\u00e9s que les \u00e9v\u00e9nements contemporains proclament, et vers lesquelles tout \u00e9crivain de bon sens doit essayer de ramener notre pays.\u00a0\u00bb (1842a, 13) Et Barbey de r\u00e9pondre aux sceptiques, en 1850 dans <em>La mode<\/em>, que Balzac et lui sont de la m\u00eame \u00e9glise\u00a0: \u00ab\u00a0[Balzac] \u00e9tait catholique, apostolique et romain, et c\u2019\u00e9tait un royaliste.\u00a0\u00bb (1850, 212) De ce point de vue, les affinit\u00e9s entre les deux romanciers semblent claires. Parmi celles-ci, soulignons l\u2019importance accord\u00e9e dans la fiction \u00e0 la figure du pr\u00eatre, la peinture \u00e9nergique de la passion sous pr\u00e9texte de la condamner et l\u2019influence, \u00e0 divers degr\u00e9s, de penseurs contre\u2011r\u00e9volutionnaires comme Louis de Bonald et Joseph de Maistre, lequel nous occupera plus particuli\u00e8rement ici. Or ces ressemblances faciles \u00e0 observer tendent \u00e0 dissimuler les nombreuses disparit\u00e9s esth\u00e9tiques et morales qui singularisent l\u2019\u0153uvre de Barbey par rapport \u00e0 celle de Balzac, son ma\u00eetre et mod\u00e8le. En nous appuyant sur l\u2019examen d\u2019un fait pr\u00e9cis, infime en apparence, mais riche en possibilit\u00e9s d\u2019analyse, \u00e0 savoir les rapports tacites que Barbey \u00e9tablit dans son \u0153uvre critique entre Balzac et de Maistre, nous entendons relever quelques-unes de ces diff\u00e9rences, dont l\u2019une des plus importantes, \u00e0 nos yeux, concerne l\u2019exploitation romanesque du th\u00e8me de l\u2019expiation.<\/p>\n<h2>Balzac et de Maistre unifi\u00e9s par Barbey<\/h2>\n<p>Dans le vaste ensemble de la production journalistique aurevillienne, Balzac re\u00e7oit des \u00e9loges qui se rapprochent souvent fortement, jusqu\u2019\u00e0 se confondre, de ceux adress\u00e9s \u00e0 de Maistre. La lecture crois\u00e9e des articles que Barbey consacre s\u00e9par\u00e9ment, au fil des ann\u00e9es, \u00e0 ces deux \u00e9crivains montre en effet qu\u2019ils auraient en commun, entre autres choses, le don de l\u2019aper\u00e7u, l\u2019\u00e9thos de l\u2019homme sup\u00e9rieur et surtout une pens\u00e9e coh\u00e9rente dont la principale caract\u00e9ristique serait l\u2019<em>unit\u00e9<\/em>, une notion sur laquelle nous reviendrons. Qui plus est, toujours sur le plan des similitudes, Barbey reconna\u00eet \u00e0 Balzac comme \u00e0 de Maistre la capacit\u00e9 de traverser ais\u00e9ment, lorsque cela sert leur propos, les fronti\u00e8res d\u00e9limitant leur genre litt\u00e9raire de pr\u00e9dilection\u00a0: si de Maistre montre ses talents de \u00ab\u00a0grand artiste\u00a0\u00bb et fait \u00ab\u00a0\u0153uvre [&#8230;] d\u2019auteur dramatique\u00a0\u00bb (Barbey 1870, 71) quand il peint Voltaire dans <em>Les<\/em> <em>soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Barbey songe sans doute \u00e0 la \u00ab\u00a0<em>sortie rationnelle<\/em>\u00a0\u00bb du comte dans le quatri\u00e8me entretien, o\u00f9 Voltaire est ainsi d\u00e9crit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Allez contempler sa figure au palais de l\u2019<em>Ermitage<\/em> [&#8230;]. Voyez ce front abject que la pudeur ne colora jamais, ces deux crat\u00e8res \u00e9teints o\u00f9 semble bouillonner encore la luxure et la haine. [&#8230;] Ce <em>rictus<\/em> \u00e9pouvantable courant d\u2019une oreille \u00e0 l\u2019autre, et ces l\u00e8vres pinc\u00e9es par la cruelle malice comme un ressort pr\u00eat \u00e0 se d\u00e9tendre pour lancer le blasph\u00e8me ou le sarcasme. [&#8230;] Le grand crime de Voltaire est l\u2019abus du talent et la prostitution r\u00e9fl\u00e9chie d\u2019un g\u00e9nie cr\u00e9\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer Dieu et la vertu. [&#8230;] Suspendu entre l\u2019admiration et l\u2019horreur, quelquefois je voudrais lui faire \u00e9lever une statue&#8230; par la main du bourreau.\u00a0\u00bb (de Maistre 1821a, 557-558) L\u2019on reconna\u00eet dans cette \u00ab\u00a0page de col\u00e8re enflamm\u00e9e [&#8230;] \u00e9crit[e] avec la griffe d\u2019un tigre tremp\u00e9e dans du vitriol\u00a0\u00bb (Barbey 1870, 71) une source majeure du style et des id\u00e9es de la critique aurevillienne.<\/span> (1821), Balzac prouve quant \u00e0 lui aux yeux de Barbey qu\u2019il est \u00ab\u00a0le penseur le plus original et le plus f\u00e9cond\u00a0\u00bb (Barbey 1864, 831) d\u00e8s qu\u2019il traite d\u2019histoire, de politique ou de religion dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>.<\/p>\n<p>Cette concordance dans la mani\u00e8re dont Barbey d\u00e9finit les talents de Balzac et de de Maistre rel\u00e8ve moins, selon nous, de la monotonie propre aux \u00e9loges que d\u2019une conception bien arr\u00eat\u00e9e du catholicisme et des moyens de son expression dans les arts et dans la philosophie. Lorsqu\u2019il commente des auteurs catholiques, par exemple Bossuet et Ernest Hello, Barbey tend \u00e0 leur donner une m\u00eame physionomie, fondue dans le moule de ses exigences morales et litt\u00e9raires. Il est vrai que certaines nuances, notamment stylistiques, permettent \u00e0 Barbey d\u2019\u00e9tablir entre les \u00e9crivains qu\u2019il juge une mani\u00e8re de hi\u00e9rarchie qualitative\u00a0: si le style de de Maistre lui semble \u00ab\u00a0correct et ferme, \u00e9tincelant de poli et de solidit\u00e9 comme un marbre, ais\u00e9 enfin \u00e0 reconna\u00eetre parmi les styles immortels\u00a0\u00bb (1859, 74), celui de Balzac, \u00ab\u00a0qu\u2019on appelle surcharg\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0avec ses d\u00e9fauts, ses vices de composition, s\u2019il en a\u00a0\u00bb, vaudrait surtout comme preuve de l\u2019\u00ab\u00a0humilit\u00e9 \u00e9ternelle\u00a0\u00bb et de la volont\u00e9 de perfectionnement de Balzac en tant qu\u2019artiste, au m\u00eame titre que \u00ab\u00a0ses pages incessamment remani\u00e9es, ses textes intercal\u00e9s dans les textes\u00a0\u00bb (1857, 999-1000<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">\u00ab\u00a0[Balzac] faisait mieux que de se corriger, il se purifiait.\u00a0\u00bb (Barbey 1857, 1000)<\/span>). Cependant, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, Barbey d\u00e9crit les qualit\u00e9s de Bossuet et de Hello comme il d\u00e9crit celles de Balzac et de de Maistre, en affirmant que les \u0153uvres de chacun d\u2019eux sont model\u00e9es par une pens\u00e9e unitaire, homog\u00e8ne en vertu de son essence catholique; ces \u00e9crivains travaillent tous, \u00e9crit Barbey, \u00e0 partir \u00ab\u00a0d\u2019une seule id\u00e9e qui va se pr\u00e9ciser et faire l\u2019unit\u00e9 et la puissance de leur vie intellectuelle, \u00e0 ces esprits \u00e9tonnants qui ne changent pas, mais se d\u00e9veloppent, mobiles dans l\u2019immobilit\u00e9 comme Dieu\u00a0\u00bb (1870, 69). Cette loi, \u00ab\u00a0\u00e9vidente [&#8230;] dans l\u2019\u0153uf du g\u00e9nie de Bossuet\u00a0\u00bb, l\u2019est aussi dans le g\u00e9nie de de Maistre, qui \u00ab\u00a0ne fut si glorieux et si pur que parce qu\u2019il \u00e9tait unitaire\u00a0\u00bb (69-70); il y aurait chez Hello \u00ab\u00a0une unit\u00e9 profonde, \u2014\u00a0l\u2019unit\u00e9 de foi et de doctrine, qui lui donne cette vertu d\u2019ensemble, de cons\u00e9quence et de coh\u00e9sion\u00a0\u00bb (Barbey 1873, 143); Balzac, enfin, \u00ab\u00a0comme les grands g\u00e9nies philosophiques [&#8230;] s\u2019appuie aux deux plus fortes notions qui se tiennent dans l\u2019esprit humain, la notion d\u2019ordre et la notion d\u2019unit\u00e9\u00a0\u00bb (Barbey 1854, 3\u00a0col.\u00a04). Puisqu\u2019il ne saurait exister de g\u00e9nie vrai sans catholicisme \u2014\u00a0\u00ab\u00a0\u00e0 une certaine hauteur dans toutes les sciences et dans toutes les \u0153uvres humaines\u00a0\u00bb, l\u2019on croise n\u00e9cessairement \u00ab\u00a0cette grande \u00e9cole d\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb, nous dit Barbey (3 col.\u00a04)\u00a0\u2014\u00a0Balzac, ne pourrait \u00eatre, en toute logique, qu\u2019un \u00e9crivain profond\u00e9ment, sinc\u00e8rement, int\u00e9gralement catholique. L\u2019on sait, par ailleurs, ce que cette notion \u00e9troite du g\u00e9nie litt\u00e9raire provoque comme d\u00e9chirements chez le critique Barbey, qui se demande ce qu\u2019aurait \u00e9t\u00e9 Stendhal \u2014\u00a0qu\u2019il admire malgr\u00e9 tout\u00a0\u2014 \u00ab\u00a0s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 spiritualiste et chr\u00e9tien\u00a0\u00bb (1856, 1042) et qui cherche dans <em>Quatrevingt-treize<\/em> (1874) les \u00e9chos de l\u2019\u00e9crivain royaliste que fut Victor Hugo un demi-si\u00e8cle plus t\u00f4t. Cette m\u00eame disposition conduit Barbey \u00e0 gommer les \u00ab\u00a0d\u00e9fauts\u00a0\u00bb d\u2019orthodoxie dans l\u2019\u0153uvre de Balzac, en r\u00e9duisant notamment la port\u00e9e du swedenborgisme dans <em>S\u00e9raph\u00eeta<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Barbey affirme que Balzac a \u00ab\u00a0jou\u00e9 dans la pens\u00e9e swedenborgienne avec une puissance que Swedenborg n\u2019avait pas\u00a0\u00bb et qu\u2019il a \u00ab\u00a0tir\u00e9 de cette pens\u00e9e un parti qui aurait stup\u00e9fi\u00e9 son auteur, \u2014\u00a0s\u2019il l\u2019avait compris\u00a0\u00bb; \u00ab\u00a0Le Swedenborg de Balzac rapproch\u00e9 du Swedenborg de l\u2019Histoire, devait, sinon tuer ce dernier, au moins le diminuer effroyablement\u2026\u00a0\u00bb On mesure toute la distance esth\u00e9tique et id\u00e9ologique que Barbey t\u00e2che de creuser entre son \u00ab\u00a0grand homme litt\u00e9raire\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0fou grotesque\u00a0\u00bb qui lui a fourni sa mati\u00e8re romanesque (1865a, 176-178).<\/span> (1834), ou en ne choisissant, dans son \u00ab\u00a0travail d\u2019extraction\u00a0\u00bb (Barbey 1854, 55<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Lettre \u00e0 Trebutien du 25 mai 1854<\/span>) de pens\u00e9es et de maximes balzaciennes command\u00e9 par Armand Dutacq, que les extraits susceptibles d\u2019alimenter une conception strictement catholique et monarchiste de <em>La com\u00e9die humaine<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">Lorsque ces extraits, organis\u00e9s avec soin, commencent \u00e0 para\u00eetre en 1854 dans les pages du <em>Pays<\/em> \u2014\u00a0un journal bonapartiste qui n\u2019\u00e9tait sans doute pas l\u2019organe le mieux choisi pour mener \u00e0 bien une telle entreprise\u00a0\u2014, Barbey est soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir \u00ab\u00a0invent\u00e9\u00a0\u00bb un Balzac et m\u00eame d\u2019avoir controuv\u00e9 certaines maximes. Gr\u00e2ce au travail d\u2019Andrea Del Lungo, nous savons que Barbey n\u2019a, heureusement, rien fabriqu\u00e9; si le texte balzacien semble parfois m\u00e9connaissable, c\u2019est que les passages qui en sont tir\u00e9s sont, selon l\u2019expression de Del Lungo, <em>sentencialis\u00e9s<\/em>, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire transform\u00e9s en sentences par l\u2019\u00e9limination des \u00ab\u00a0d\u00e9ictiques et [d]es r\u00e9f\u00e9rences aux situations narratives\u00a0\u00bb (2016, 242). Le \u00ab\u00a0travail d\u2019extraction\u00a0\u00bb effectu\u00e9 par Barbey respecte donc \u00e0 peu pr\u00e8s le texte original;\u00a0cependant, le choix des \u0153uvres cit\u00e9es t\u00e9moigne d\u2019un parti-pris \u00e9vident. Dans la section \u00ab\u00a0Religion\u00a0\u00bb, qui comprend soixante-treize maximes, <em>L\u2019envers<\/em> <em>de l\u2019histoire contemporaine<\/em> (1848) est cit\u00e9 pas moins de treize fois, tandis que <em>S\u00e9raph\u00eeta<\/em> n\u2019est cit\u00e9 qu\u2019une seule fois; sans surprise, <em>Louis Lambert<\/em> (1832) n\u2019appara\u00eet nulle part (246-247).<\/span>.<\/p>\n<p>Les liens que Barbey tisse entre Balzac et de Maistre dans des articles s\u00e9par\u00e9s, en les rangeant implicitement au sein d\u2019une m\u00eame cat\u00e9gorie d\u2019\u00e9crivains et en les dotant des m\u00eames qualit\u00e9s, s\u2019expliquent \u00e0 nos yeux de deux mani\u00e8res\u00a0: d\u2019une part, par l\u2019emploi d\u2019une approche critique fortement marqu\u00e9e id\u00e9ologiquement, dont les conclusions pr\u00e9c\u00e8dent en partie l\u2019analyse des textes; de l\u2019autre, par le besoin de se donner des pr\u00e9d\u00e9cesseurs et des autorit\u00e9s l\u00e9gitimantes, des inspirateurs et des protecteurs (m\u00eame posthumes), voire de se cr\u00e9er une famille, un panth\u00e9on. Puisque Barbey, converti au catholicisme, puise ouvertement son inspiration dans les romans de Balzac, il faut que cette source soit pure, sans m\u00e9lange; pour que Balzac puisse lui servir de ma\u00eetre \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 penser, ses opinions religieuses, politiques et morales doivent \u00eatre le reflet des siennes. Il n\u2019y a donc pas lieu de se surprendre, dans ce discours critique o\u00f9 se dessine en filigrane une importante dimension auto-apolog\u00e9tique, de la pr\u00e9sence d\u2019un Balzac r\u00e9actionnaire proche de de Maistre, d\u2019une construction toute rh\u00e9torique fond\u00e9e sur des jugements souvent d\u2019une grande acuit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">Parmi les balzaciens, Max Andr\u00e9oli accorde \u00e0 Barbey, en d\u00e9pit de ses \u00ab\u00a0f\u00e2cheuses r\u00e9sonances\u00a0\u00bb politiques, la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 de son jugement premier\u00a0\u00bb, qui est d\u2019avoir su identifier dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, \u00ab\u00a0quatre ans apr\u00e8s la mort de [Balzac]\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0id\u00e9e fondamentale, [\u2026] celle de l\u2019unit\u00e9 incluant l\u2019ordre\u00a0\u00bb (1984, 59).<\/span>, mais que Barbey met au service d\u2019une interpr\u00e9tation tendancieuse de l\u2019\u0153uvre balzacienne.<\/p>\n<h2>Esquisse d\u2019une cartographie de l\u2019influence maistrienne<\/h2>\n<p>Nous avons pu observer que Barbey souligne surtout chez Balzac les traits qui lui permettent de l\u2019inclure dans la m\u00eame famille d\u2019esprit que de Maistre \u2014\u00a0une famille que Barbey revendique comme la sienne. Or si les rapports entre de Maistre et Barbey sont nombreux et amplement document\u00e9s<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">Voir notamment les travaux de Pierre Glaudes (\u00ab\u00a0Barbey d\u2019Aurevilly antimoderne\u00a0: l\u2019h\u00e9ritage maistrien\u00a0\u00bb [2009, 17-43]), de Jacques Petit (\u00ab\u00a0Joseph de Maistre\u00a0\u00bb [1970, 15-23]), ou l\u2019entr\u00e9e consid\u00e9rable du <em>Dictionnaire Joseph de Maistre<\/em> consacr\u00e9e \u00e0 Barbey (dans Glaudes 2007, 1132-1134).<\/span>, l\u2019influence exerc\u00e9e par de Maistre sur Balzac est plus difficile \u00e0 mesurer et suscite toujours des d\u00e9bats parmi les sp\u00e9cialistes<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Entre autres questions, celle de la repr\u00e9sentation du bourreau dans \u00ab\u00a0Un \u00e9pisode sous la terreur\u00a0\u00bb (1830) a inspir\u00e9 des interpr\u00e9tations contradictoires\u00a0: si Lise Queff\u00e9lec tend \u00e0 minimiser l\u2019apport de de Maistre et con\u00e7oit plut\u00f4t la nouvelle de Balzac comme une \u00ab\u00a0mise en question\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0la nature du bourreau\u00a0\u00bb en tant que gardien de l\u2019autorit\u00e9 politique (1990, 279), Francesco Manzini soutient pour sa part que Balzac transpose fid\u00e8lement dans sa fiction l\u2019id\u00e9e maistrienne de la n\u00e9cessit\u00e9 sociale du bourreau (2013, 72).<\/span>. Dans l\u2019ensemble de <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, la critique balzacienne n\u2019a gu\u00e8re trouv\u00e9 que deux r\u00e9f\u00e9rences directes \u00e0 de Maistre, d\u00e9sormais bien connues\u00a0: dans <em>Illusions perdues<\/em> (1837), o\u00f9 il est rang\u00e9 avec Bonald parmi les \u00ab\u00a0aigles penseurs\u00a0\u00bb que lit Mme de Bargeton (159), et dans <em>L\u2019envers de l\u2019histoire contemporaine<\/em>, lorsque Vanda de Mergi \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019elle rach\u00e8te par sa maladie un crime commis par son grand-p\u00e8re<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">\u00ab\u00a0Il y a des moments, mon p\u00e8re, o\u00f9 les id\u00e9es de monsieur de Maistre me travaillent, et je crois que j\u2019expie quelque chose.\u00a0\u00bb (Balzac 1848, 372)<\/span>. Au compte des r\u00e9f\u00e9rences indirectes, il nous semble pouvoir inclure, sans craindre de nous tromper, l\u2019\u00e9vocation de la comparution de la reine Marie-Antoinette devant le tribunal r\u00e9volutionnaire dans <em>Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes<\/em> (1838-1847)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\">\u00ab\u00a0Peut-\u00eatre expiait-elle le crime de sa m\u00e8re, la Pologne hideusement partag\u00e9e. Les souverains qui commettent de pareils crimes ne songent pas \u00e9videmment \u00e0 la ran\u00e7on qu\u2019en demande la Providence.\u00a0\u00bb (Balzac 1847, 914). Notons qu\u2019ici, comme chez Vanda, l\u2019expiation des crimes des parents par leurs enfants semble relever davantage de la supposition ou de l\u2019exp\u00e9rience de pens\u00e9e que de l\u2019\u00e9vidence.<\/span>, ainsi qu\u2019une partie du discours de Catherine de M\u00e9dicis adress\u00e9 \u00e0 Robespierre dans <em>Les deux r\u00eaves<\/em> (1846 [1830])<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">\u00ab\u00a0Les v\u00e9rit\u00e9s ne sortent de leur puits que pour prendre des bains de sang o\u00f9 elles se rafra\u00eechissent. Le christianisme lui-m\u00eame, essence de toute v\u00e9rit\u00e9, puisqu\u2019il vient de Dieu, s\u2019est-il \u00e9tabli sans martyrs? le sang n\u2019a-t-il pas coul\u00e9 \u00e0 flots? ne coulera-t-il pas toujours? Tu le sauras, toi qui dois \u00eatre un des ma\u00e7ons de l\u2019\u00e9difice social commenc\u00e9 par les ap\u00f4tres.\u00a0\u00bb (Balzac 1846, 453) Les accents maistriens contenus dans ces paroles ne nous semblent pas fortuits\u00a0: \u00ab\u00a0[L]e sang humain doit couler sans interruption sur le globe [&#8230;].\u00a0\u00bb (Maistre 1797, 213)<\/span>.<\/p>\n<p>Dans une perspective plus g\u00e9n\u00e9rale, Balzac et de Maistre partagent en effet un certain nombre d\u2019opinions, notamment \u00e0 propos du \u00ab\u00a0p\u00e9ril\u00a0\u00bb protestant. Dans son essai intitul\u00e9 <em>Sur le protestantisme <\/em>(achev\u00e9 en 1798, in\u00e9dit jusqu\u2019en 1870, donc inconnu de Balzac), de Maistre affirme que<\/p>\n<blockquote>\n<p>[l]e grand ennemi de l\u2019Europe qu\u2019il importe d\u2019\u00e9touffer par tous les moyens qui ne sont pas des crimes, l\u2019ulc\u00e8re funeste qui s\u2019attache \u00e0 toutes les souverainet\u00e9s et qui les ronge sans rel\u00e2che; le fils de l\u2019orgueil, le p\u00e8re de l\u2019anarchie, le dissolvant universel, c\u2019est le protestantisme.<\/p>\n<p>[&#8230;]<\/p>\n<p>[I]l est n\u00e9 rebelle; son nom m\u00eame est un crime, parce qu\u2019il <em>proteste<\/em> contre tout. (1798, 311 et 313)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ces propos ne sont gu\u00e8re \u00e9loign\u00e9s, sur le plan id\u00e9ologique, de l\u2019\u00ab\u00a0Introduction\u00a0\u00bb \u00e0 <em>Sur Catherine de M\u00e9dicis<\/em> (1846), o\u00f9 Balzac \u00e9crit, dans un style plus sobre\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>L\u2019Opposition en France a toujours \u00e9t\u00e9 protestante, parce qu\u2019elle n\u2019a jamais eu que la <em>n\u00e9gation<\/em> pour politique; elle a h\u00e9rit\u00e9 des th\u00e9ories des luth\u00e9riens, des calvinistes et des protestants sur les mots terribles de libert\u00e9, de tol\u00e9rance, de progr\u00e8s et de philosophie. Deux si\u00e8cles ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9s par les opposants au pouvoir \u00e0 \u00e9tablir la douteuse doctrine du <em>libre arbitre<\/em>. (172, cit\u00e9 dans Prioult 1974, 327)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il convient n\u00e9anmoins de pr\u00e9ciser que de tels jugements \u2014\u00a0renouvel\u00e9s par de Maistre en 1819 dans <em>Du pape<\/em>\u00a0\u2014 sont aussi communs \u00e0 des penseurs comme Bonald et Auguste Comte, dont l\u2019influence sur Balzac est plus nette. Ajoutons que, contrairement \u00e0 Balzac, de Maistre emploie volontiers les ressources stylistiques et rh\u00e9toriques de la \u00ab\u00a0vitup\u00e9ration\u00a0\u00bb \u2014\u00a0caract\u00e9ris\u00e9e par Antoine Compagnon comme un \u00e9l\u00e9ment constitutif de la \u00ab\u00a0verve propre aux antimodernes\u00a0\u00bb, parmi lesquels il range de Maistre (2016, 169)\u00a0\u2014 et que sa fr\u00e9n\u00e9sie de pamphl\u00e9taire s\u2019harmonise avec sa vision th\u00e9ologique de l\u2019histoire, qui con\u00e7oit la R\u00e9volution fran\u00e7aise comme une entreprise satanique, une \u00ab\u00a0horrible effusion du sang humain\u00a0\u00bb (Maistre 1797, 212). De Maistre inscrit pourtant l\u2019\u00e9pisode r\u00e9volutionnaire, qu\u2019il tient pour un massacre sans pr\u00e9c\u00e9dent, dans les desseins de la Providence, en soutenant qu\u2019il permettrait \u00e0 terme la purification de la France ou, de fa\u00e7on plus concr\u00e8te, la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration de la monarchie absolue de droit divin<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\">\u00ab\u00a0[L]es changements les plus heureux qui s\u2019op\u00e8rent parmi les nations sont presque toujours achet\u00e9s par de sanglantes catastrophes dont l\u2019innocence est la victime.\u00a0\u00bb (1821b, 833)<\/span>. Le \u00ab\u00a0pouvoir r\u00e9volutionnaire\u00a0\u00bb, \u00e9crit de Maistre, \u00ab\u00a0ce monstre de puissance, ivre de sang et de succ\u00e8s, ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9pouvantable qu&rsquo;on n&rsquo;avait jamais vu, et que sans doute on ne reverra jamais, \u00e9tait tout \u00e0 la fois un ch\u00e2timent \u00e9pouvantable pour les Fran\u00e7ais, et le seul moyen de sauver la France\u00a0\u00bb (207) \u2014\u00a0un \u00ab\u00a0optimisme paradoxal\u00a0\u00bb (Glaudes 2011, 34) qui s\u2019estompera avec les compromis de la Restauration. L\u2019on sait par ailleurs que Barbey emploie souvent, pour penser et repr\u00e9senter la R\u00e9volution, les m\u00e9taphores violentes et les r\u00e9f\u00e9rences au sacr\u00e9 dont de Maistre est friand<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">Dans <em>Un pr\u00eatre mari\u00e9<\/em> (1865), le \u00ab\u00a0genou de bourreau [de] la R\u00e9volution\u00a0\u00bb \u00e9crase l\u2019\u00c9glise, qui s\u2019\u00ab\u00a0enfonce dans du sang\u00a0\u00bb;\u00a0mais elle saura se relever, nous assure Barbey, \u00ab\u00a0divinement purifi\u00e9[e] par ce sang, qui purifie toujours\u00a0\u00bb (1865b, 889). Dans le m\u00eame roman, le Paris du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est montr\u00e9 comme un \u00ab\u00a0gouffre de corruption, de science et d\u2019ath\u00e9isme\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0crat\u00e8re qui allait vomir la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (890); la R\u00e9volution est un \u00ab\u00a0trou de sang et de boue\u00a0\u00bb o\u00f9 vont se cacher les \u00ab\u00a0pr\u00eatres apostats, cupides, corrompus\u00a0\u00bb (892), une \u00ab\u00a0large orni\u00e8re de sang qui a coup\u00e9 en deux l\u2019histoire de France\u00a0\u00bb (971-972), une catastrophe annonc\u00e9e par \u00ab\u00a0des signes effrayants, des m\u00e9t\u00e9ores de forme \u00e9trange, qui ressemblaient \u00e0 d\u2019immenses astres contrefaits, titubant, dans le ciel incendi\u00e9, sous l\u2019ivresse de la col\u00e8re de Dieu\u00a0\u00bb (891). <em>Une histoire sans nom <\/em>(1882) contient cette image frappante\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise marchait alors comme une fi\u00e8vre putride, et elle allait entrer dans la p\u00e9riode aigu\u00eb du d\u00e9lire.\u00a0\u00bb (343)<\/span>. Or Balzac, plus pragmatique dans sa compr\u00e9hension des \u00e9v\u00e9nements de 1789, de leurs causes et de leurs cons\u00e9quences, se garde bien, apr\u00e8s avoir \u00e9crit <em>Les deux r\u00eaves <\/em>(dat\u00e9 de janvier 1828, paru en 1830), de verser dans de tels exc\u00e8s esth\u00e9tiques et m\u00e9taphysiques; s\u2019il dresse comme de Maistre un r\u00e9quisitoire contre la R\u00e9volution, \u00ab\u00a0les pr\u00e9suppos\u00e9s th\u00e9ocratiques\u00a0\u00bb en sont, comme l\u2019indique Ren\u00e9-Alexandre Courteix, enti\u00e8rement absents\u00a0: \u00ab\u00a0Sur les causes de la R\u00e9volution, il [Balzac] ne voit \u00e0 l\u2019\u0153uvre aucune action punitive de la Providence [&#8230;]. Il estime [&#8230;] que les r\u00e9sultats de la R\u00e9volution sont irr\u00e9versibles et qu\u2019il est vain de vouloir ressusciter des structures politiques et sociales condamn\u00e9es par l\u2019Histoire [&#8230;].\u00a0\u00bb (1997, 421-422)<\/p>\n<p>Surtout, Balzac n\u2019a jamais vraiment fait sien le dogme, fondamental chez de Maistre, de la r\u00e9versibilit\u00e9 des m\u00e9rites, une loi pos\u00e9e comme une \u00ab\u00a0solution th\u00e9ologique au probl\u00e8me du mal\u00a0\u00bb (Glaudes 2007, 1269) qui vaudrait \u00ab\u00a0[d]ans l\u2019ordre sensible comme dans l\u2019ordre sup\u00e9rieur\u00a0\u00bb (Maistre 1821a, 714 cit\u00e9 dans Glaudes 2007, 1268) et qui pourrait, en brossant \u00e0 grands traits, se r\u00e9sumer ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0[L]\u2019innocence payant pour le coupable et LE SALUT PAR LE SANG.\u00a0\u00bb (Maistre 1821b, 839) \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de Barbey, qui transforme cette id\u00e9e en mati\u00e8re romanesque et l\u2019exploite, dans <em>Un pr\u00eatre mari\u00e9<\/em>, jusque dans ses derni\u00e8res cons\u00e9quences \u2014\u00a0la r\u00e9versibilit\u00e9 r\u00e9git la dynamique sacrificielle entre Calixte et son p\u00e8re Sombreval\u00a0\u2014, Balzac lui pr\u00e9f\u00e8re nettement d\u2019autres formes d\u2019expiation, pr\u00e9sentes \u00e0 titre d\u2019obsession intime et s\u2019exprimant sous des aspects vari\u00e9s dans les \u0153uvres de jeunesse comme dans celles de la maturit\u00e9, de la seconde <em>Falthurne <\/em>(1824) \u00e0 <em>L\u2019envers de l\u2019histoire contemporaine<\/em>. Par exemple, il n\u2019est pas rare, dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, que les p\u00e9cheurs s\u2019infligent eux-m\u00eames l\u2019expiation, par volont\u00e9 de r\u00e9parer le mal dont ils se jugent responsables (V\u00e9ronique Graslin, le docteur Benassis, Pierre Cambremer). Si le coupable se montre imp\u00e9nitent (Val\u00e9rie Marneffe, Rosalie de Watteville), il tombe sous les coups d\u2019une puissance sup\u00e9rieure, le fameux \u00ab\u00a0doigt de Dieu\u00a0\u00bb qui vise \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre moral par la force<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">Les ch\u00e2timents que subissent des personnages comme Val\u00e9rie Marneffe et C\u00e9lestin Crevel dans <em>La cousine Bette<\/em> (1846-1847), ou Fran\u00e7ois Minoret-Levrault dans <em>Ursule Mirou\u00ebt<\/em> (1841), rel\u00e8vent selon Philippe Bertault d\u2019une conception \u00ab\u00a0d\u2019un Dieu vengeur [qui] est plus pa\u00efenne que chr\u00e9tienne et se rapproche de la Fatalit\u00e9 antique\u00a0\u00bb (1942, 470).<\/span>. Le cas de Fr\u00e9d\u00e9ric Taillefer, dans \u00ab\u00a0L\u2019auberge rouge\u00a0\u00bb (1831), est notoirement ambigu; sa punition, qui prend la forme d\u2019une maladie myst\u00e9rieuse, semblable au t\u00e9tanos, pourrait bien \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme l\u2019expression physique d\u2019une conscience \u00e9touff\u00e9e ou d\u2019un remords secret.<\/p>\n<p>La notion du rachat des crimes par l\u2019innocent, ch\u00e8re \u00e0 de Maistre, n\u2019est donc \u00e9voqu\u00e9e par Balzac que de mani\u00e8re sporadique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"15\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-15\">15<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-15\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"15\">Relevons entre autres exemples Lydie, la fille de Peyrade, enlev\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u00e9shonor\u00e9e\u00a0\u00bb et devenue folle \u2014\u00a0\u00ab\u00a0Elle paye pour son p\u00e8re! dit-il [Corentin]. Y aurait-il une Providence?\u00a0\u00bb (Balzac 1843, 679)\u00a0\u2014, ainsi que les enfants de l\u2019inf\u00e2me Goupil, \u00ab\u00a0qui sont horribles, rachitiques, hydroc\u00e9phales\u00a0\u00bb (Balzac 1842b, 987); ils rach\u00e8tent les p\u00e9ch\u00e9s du p\u00e8re et sont sa punition. Ces cas de \u00ab\u00a0justice divine\u00a0\u00bb sont mentionn\u00e9s par Max Andr\u00e9oli (1984, 196).<\/span>; il joue avec l\u2019id\u00e9e, mais ne la soumet pour ainsi dire \u00e0 aucun traitement romanesque rigoureux. Dans <em>Les Marana<\/em> (1834), s\u2019il est vrai que Juana s\u2019\u00e9crie\u00a0: \u00ab\u00a0Mourez en paix, ma m\u00e8re, j\u2019ai souffert pour vous toutes!\u00bb (Balzac, 1094) ce sacrifice, dans la logique maistrienne, serait loin de valoir celui de l\u2019innocente Calixte dans <em>Un pr\u00eatre mari\u00e9<\/em>, car Juana s\u2019est abandonn\u00e9e \u00e0 l\u2019amour avec Montefiore, ce qui la disqualifie en tant que victime expiatoire. Dans un autre registre, le p\u00e8re Goriot, montr\u00e9 par Balzac en \u00ab\u00a0Christ de la paternit\u00e9\u00a0\u00bb (1835, 231) \u2014\u00a0le Christ \u00e9tant \u00e9videmment la figure sacrificielle par excellence\u00a0\u2014, est \u00e9galement coupable, car il se laisse d\u00e9vorer par sa passion pour ses filles; la monomanie balzacienne entre ici en conflit ouvert avec l\u2019expiation chr\u00e9tienne. Enfin, la gu\u00e9rison miraculeuse de Vanda dans <em>L\u2019envers de l\u2019histoire contemporaine <\/em>\u2014\u00a0un d\u00e9nouement que Barbey n\u2019aurait certainement jamais choisi \u2014 place r\u00e9solument Balzac en porte-\u00e0-faux avec de Maistre. Le sacrifice est avort\u00e9; l\u2019\u00e9quilibre entre le bien et le mal est r\u00e9tabli, non par le sang vers\u00e9, mais par le pardon accord\u00e9 par Mme de la Chanterie au magistrat Bourlac.<\/p>\n<p>Ce survol, malgr\u00e9 sa rapidit\u00e9, tend \u00e0 montrer que les p\u00e9cheurs, dans l\u2019\u0153uvre de Balzac, sont punis en proportion beaucoup plus grande que les innocents et que l\u2019expiation, envisag\u00e9e sous le signe de la r\u00e9versibilit\u00e9, n\u2019est pr\u00e9sente qu\u2019en faible concentration. Il ressort de notre analyse que les r\u00e9sonances maistriennes ne se manifestent chez Balzac que ponctuellement, le plus souvent dans les paroles des personnages; mais elles n\u2019informent en profondeur ni la structure d\u2019ensemble, ni les m\u00e9canismes narratifs, ni les proc\u00e9d\u00e9s stylistiques, ni l\u2019essentiel des r\u00e9flexions historiques et philosophiques parsem\u00e9es dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"16\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-16\">16<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-16\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"16\">Nous nous d\u00e9tachons en cela de l\u2019analyse d\u2019Ernst Robert Curtius, qui voit dans la philosophie de de Maistre \u00ab\u00a0un principe central de <em>La Com\u00e9die humaine<\/em>\u00a0\u00bb (1999, 302-303). Il nous semble que Curtius n\u00e9glige dans son \u00e9tude le caract\u00e8re sp\u00e9cifique de la notion de r\u00e9versibilit\u00e9 chez de Maistre, qui contribue \u00e0 le singulariser parmi les \u00e9crivains catholiques. Notre interpr\u00e9tation s\u2019\u00e9loigne aussi sensiblement de celle de Joyce O. Lowrie, notamment en ce qui a trait aux <em>Marana<\/em> et \u00e0 <em>L\u2019Envers de l\u2019histoire contemporaine<\/em> (1974, 50-52).<\/span>. De toute \u00e9vidence, les portraits de Balzac et de de Maistre trac\u00e9s par Barbey, dont les ressemblances reposent sur des notions tr\u00e8s englobantes d\u2019ordre et d\u2019unit\u00e9 catholiques, ne rendent pas compte des diff\u00e9rences substantielles qui s\u00e9parent les deux mod\u00e8les.<\/p>\n<p>Dans <em>Mythes balzaciens<\/em> (1972), Pierre Barb\u00e9ris op\u00e8re une distinction entre \u00ab\u00a0expression d\u2019id\u00e9es et cr\u00e9ation litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (35), c\u2019est-\u00e0-dire entre l\u2019id\u00e9ologie revendiqu\u00e9e ouvertement par Balzac et les paradoxes que soul\u00e8ve son \u0153uvre romanesque, o\u00f9 le monarchisme catholique est mis \u00e0 mal d\u00e8s que le romancier, \u00ab\u00a0[e]mport\u00e9 par le r\u00e9cit, [&#8230;] accumul[e] les preuves vivantes de la sottise et de l\u2019absurdit\u00e9 [de ce] syst\u00e8me\u00a0\u00bb (51). D\u00e9j\u00e0, en 1870, Zola donnait cette lecture de l\u2019\u0153uvre balzacienne\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ainsi, voil\u00e0 un homme [Balzac] d\u2019une \u00e9nergie prodigieuse qui pendant trente ann\u00e9es de travail acharn\u00e9 met toutes ses forces vives \u00e0 d\u00e9fendre la monarchie et le catholicisme; il a entass\u00e9 cinquante volumes dans lesquels il s\u2019imagine avoir prouv\u00e9 l\u2019absolue n\u00e9cessit\u00e9 des pr\u00eatres et des rois [&#8230;]. Et voil\u00e0 qu\u2019aujourd\u2019hui ses \u0153uvres elles\u2011m\u00eames le d\u00e9mentent, font une besogne tout oppos\u00e9e \u00e0 celle qu\u2019il esp\u00e9rait, jettent les lecteurs dans l\u2019amour et dans le d\u00e9sir de l\u2019avenir. Le royaliste est un d\u00e9mocrate, le catholique est un libre penseur. (307)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Il serait malais\u00e9, pour ne pas dire impensable, de proc\u00e9der de cette fa\u00e7on avec Barbey, car l\u2019on ne trouve pas, entre l\u2019homme et l\u2019\u0153uvre, les m\u00eames contradictions. Si les aspects politiques et sociaux du catholicisme sont comparativement moins abord\u00e9s dans les romans aurevilliens, la religion participe pleinement de leur esth\u00e9tique; elle d\u00e9termine leur structure narrative, la conception des personnages, ainsi que plusieurs choix stylistiques et th\u00e9matiques. Avant d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0un syst\u00e8me complet de r\u00e9pression des tendances d\u00e9prav\u00e9es de l\u2019homme\u00a0\u00bb (Balzac 1842a, 12)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"17\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-17\">17<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-17\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"17\"><em>Le m\u00e9decin de campagne<\/em> (1833), surtout, se pr\u00e9sente comme un ouvrage de \u00ab\u00a0cat\u00e9chisme humanitaire, pragmatique et efficace. [&#8230;] Il s\u2019agit pour l\u2019essentiel, et pour paraphraser Kant, d\u2019\u00e9noncer de nouvelles raisons pratiques de croire qui persuadent le plus grand nombre.\u00a0\u00bb (M\u00e9ra 2003, 99)<\/span> ou une r\u00e9ponse \u00e0 un probl\u00e8me philosophique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"18\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-18\">18<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-18\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"18\">Selon Alain Vaillant, \u00ab\u00a0[l]\u2019utopie balzacienne, pour \u00eatre intellectuellement admissible, suppose l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 une logique d\u2019ob\u00e9issance et d\u2019autorit\u00e9 \u2014\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire au catholicisme, religion de soumission, et \u00e0 la monarchie du droit divin. Le choix d\u2019une politique r\u00e9actionnaire d\u00e9coule du syst\u00e8me m\u00e9taphysique de Balzac, et celui-ci est requis par l\u2019\u0153uvre \u00e0 cr\u00e9er.\u00a0\u00bb (2003, 117)<\/span>, le catholicisme est pour Barbey un puissant moteur d\u2019inspiration artistique. Cette importante distinction explique que Zola puisse se r\u00e9clamer de Balzac, \u00ab\u00a0d\u00e9mocrate sans le savoir\u00a0\u00bb (1870, 307), tout en traitant Barbey de \u00ab\u00a0catholique hyst\u00e9rique\u00a0\u00bb (1866, 742), alors que tous deux se pr\u00e9sentent comme des romanciers catholiques, s\u2019appuient ostensiblement sur les m\u00eames \u00ab\u00a0V\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles\u00a0\u00bb et emploient dans une large mesure, pour justifier leur art romanesque aux yeux de la morale religieuse, des arguments et des proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques communs<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"19\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-19\">19<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-19\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"19\">Une lecture compar\u00e9e de l\u2019\u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb de Balzac et de la pr\u00e9face (sign\u00e9e en 1865) \u00e0 la nouvelle \u00e9dition d\u2019<em>Une vieille ma\u00eetresse<\/em> (1866) de Barbey donne \u00e0 voir plusieurs \u00e9l\u00e9ments similaires, tant dans l\u2019expression que dans le contenu\u00a0: tous deux affirment que l\u2019art est moral lorsqu\u2019il est vrai, que la passion, comme ressource esth\u00e9tique, est indispensable, et que le catholicisme se serait toujours montr\u00e9 favorable \u00e0 sa repr\u00e9sentation.<\/span>. Si les \u00ab\u00a0\u00e9crivains r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"20\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f020000000000000000_5706\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-20\">20<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f020000000000000000_5706-20\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"20\">Nous faisons ici allusion \u00e0 une c\u00e9l\u00e8bre expression s\u2019inscrivant dans un contexte pol\u00e9mique sp\u00e9cifique, des ann\u00e9es 1848 \u00e0 1850 (voir Pommier, 1967, 247-258). Victor Hugo emploie ce syntagme dans l\u2019oraison fun\u00e8bre qu\u2019il prononce lors des fun\u00e9railles de Balzac\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 son insu, qu\u2019il le veuille ou non, qu\u2019il y consente ou non, l\u2019auteur de cette \u0153uvre immense et \u00e9trange est de la forte race des \u00e9crivains r\u00e9volutionnaires.\u00a0\u00bb (1850, 126)<\/span> peuvent int\u00e9grer Balzac parmi leurs rangs \u2014\u00a0son \u0153uvre ne semble-t-elle pas \u00e0 l\u2019\u00e9troit dans la tunique sans couture de l\u2019\u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb?\u00a0\u2014, Barbey, avec son \u00ab\u00a0syst\u00e8me dogmatique, reposant \u00e0 la fois sur une th\u00e9orie de la connaissance et une anthropologie chr\u00e9tiennes\u00a0\u00bb, d\u00e9veloppe une esth\u00e9tique qui se \u00ab\u00a0tient largement en de\u00e7\u00e0 de la modernit\u00e9 litt\u00e9raire\u00a0\u00bb (Glaudes 2009, 15). Il nous semble, \u00e0 la lumi\u00e8re de nos recherches, que cette disparit\u00e9 dans la r\u00e9ception de Balzac et de Barbey peut s\u2019expliquer, au moins en partie, par le poids respectif de leur dette envers de Maistre; l\u00e9ger chez l\u2019un, immense chez l\u2019autre, quant \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de leur po\u00e9tique.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Andr\u00e9oli, Max. 1984. <em>Le syst\u00e8me balzacien\u00a0: essai de description synchronique<\/em>. Lille \/ Paris\u00a0: Atelier national, reproduction des th\u00e8ses, Universit\u00e9 de Lille III \/ Aux amateurs de livres, vol.\u00a0I.<\/p>\n<p>Balzac, Honor\u00e9 de. 1834. <em>Les Marana<\/em>. Dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1979, t.\u00a0X.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1835. <em>Le P\u00e8re Goriot<\/em>. Dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1976, t.\u00a0III.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1837. <em>Illusions perdues<\/em> [<em>Les deux po\u00e8tes<\/em>]. Dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1977, t.\u00a0V.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1842a. \u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb. Dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1976, t.\u00a0I.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1842b. <em>Ursule Mirou\u00ebt<\/em>. Dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1976, t.\u00a0III.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1843. <em>Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes <\/em>[<em>\u00c0 combien l\u2019amour revient aux vieillards<\/em>]. Dans <em>La Com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1977, t.\u00a0VI.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1846. <em>Sur Catherine de M\u00e9dicis<\/em>. Dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1980, t.\u00a0XI.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1847. <em>Splendeurs et mis\u00e8res des courtisanes <\/em>[<em>La derni\u00e8re incarnation de Vautrin<\/em>]. Dans <em>La Com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1977, t.\u00a0VI.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1848. <em>L\u2019envers de l\u2019histoire contemporaine<\/em>. Dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, publi\u00e9e sous la dir. de Pierre-Georges Castex. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1978, t.\u00a0VIII.<\/p>\n<p>Barb\u00e9ris, Pierre. 1972. <em>Mythes balzaciens<\/em>. Paris\u00a0: Colin, coll. \u00ab\u00a0\u00c9tudes romantiques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Barbey d\u2019Aurevilly, Jules. 1850. \u00ab\u00a0La mort de M. de Balzac\u00a0\u00bb, <em>La Mode<\/em>, 22<sup>e<\/sup> ann\u00e9e, 24 ao\u00fbt. Recueilli dans St\u00e9phane Vachon, <em>1850. Tombeau d\u2019Honor\u00e9 de Balzac<\/em>. Montr\u00e9al \/ Paris\u00a0: XYZ \u00e9diteur \/ Presses Universitaires de Vincennes, 2007\u00a0: 211-214.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1854. \u00ab\u00a0Pens\u00e9es et maximes de H. de Balzac\u00a0\u00bb, <em>Le Pays<\/em>, 25 mai\u00a0: p.\u00a03 col. 3-5.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1856. \u00ab\u00a0<em>\u0152uvres posthumes<\/em> de Stendhal. <em>Correspondance in\u00e9dite<\/em>, avec une introduction par Prosper M\u00e9rim\u00e9e\u00a0\u00bb, <em>Le Pays<\/em>, 18 juillet. Dans <em>\u0152uvre critique<\/em>, Pierre Glaudes et Catherine Mayaux (dir). Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 2004, t.\u00a0I\u00a0: 1031-1043.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1857. \u00ab\u00a0<em>M. de Balzac. \u00c9tude morale et litt\u00e9raire<\/em>, par M. Eug\u00e8ne Poitou\u00a0\u00bb, <em>Le Pays<\/em>, 1<sup>er<\/sup> janvier. Dans <em>\u0152uvre critique<\/em>, Pierre Glaudes et Catherine Mayaux (dir). Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 2004, t.\u00a0I\u00a0: 993-1004.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1859. \u00ab\u00a0<em>Quatre chapitres in\u00e9dits sur la Russie<\/em> [Joseph de Maistre]\u00a0\u00bb, <em>Le Pays<\/em>, 28 juin. Dans <em>\u0152uvre critique<\/em>, Pierre Glaudes et Catherine Mayaux (dir). Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 2007, t.\u00a0III\u00a0: 74-81.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1864. \u00ab\u00a0Shakespeare et\u2026 Balzac\u00a0\u00bb, <em>Le Pays<\/em>, 11 mai. Dans <em>\u0152uvre critique<\/em>, Pierre Glaudes et Catherine Mayaux (dir). Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 2009, t.\u00a0IV\u00a0: 819-832.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1865a. \u00ab\u00a0<em>Swedenborg<\/em>, par M. Matter\u00a0\u00bb, <em>Le Pays<\/em>, 27 ao\u00fbt. Dans <em>\u0152uvre critique<\/em>, Pierre Glaudes et Catherine Mayaux (dir). Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 2007, t.\u00a0III\u00a0: 175-185.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1865b. <em>Un pr\u00eatre mari\u00e9<\/em>. Dans <em>\u0152uvres romanesques compl\u00e8tes<\/em>, \u00e9d. de Jacques Petit. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1964, t.\u00a0I.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1870. \u00ab\u00a0<em>\u0152uvres in\u00e9dites <\/em>[Joseph de Maistre]\u00a0\u00bb, <em>Le Constitutionnel<\/em>, 4 juillet. Dans <em>\u0152uvre critique<\/em>, de Pierre Glaudes et Catherine Mayaux (dir). Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 2007, t.\u00a0III\u00a0: 65\u201174.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1873. \u00ab\u00a0<em>L\u2019Homme<\/em> [Ernest Hello]\u00a0\u00bb, <em>Le Constitutionnel<\/em>, 2 juin. Dans <em>\u0152uvre critique<\/em>, Pierre Glaudes et Catherine Mayaux (dir). Paris\u00a0: Les Belles Lettres, 2007, t.\u00a0III\u00a0: 139-147.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1882. <em>Une histoire sans nom<\/em>. Dans <em>\u0152uvres romanesques compl\u00e8tes<\/em>, \u00e9d. de Jacques Petit. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Biblioth\u00e8que de la Pl\u00e9iade\u00a0\u00bb, 1966, t.\u00a0II.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1984. <em>Correspondance<\/em> <em>g\u00e9n\u00e9rale<\/em>. Paris\u00a0: Les Belles Lettres, t.\u00a0IV\u00a0(1854-1855).<\/p>\n<p>Bertault, Philippe. 1942. <em>Balzac et la religion<\/em>. Paris\u00a0: Boivin.<\/p>\n<p>Compagnon, Antoine. 2016 [2005]. <em>Les antimodernes. De Joseph de Maistre \u00e0 Roland Barthes<\/em>. Paris\u00a0: Gallimard, coll. \u00ab\u00a0Folio essais\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Courteix, Ren\u00e9-Alexandre. 1997. <em>Balzac et la R\u00e9volution fran\u00e7aise. Aspects id\u00e9ologiques et politiques<\/em>. Paris\u00a0: Presses Universitaires de France.<\/p>\n<p>Curtius, Ernst Robert. 1999 [1933]. <em>Balzac<\/em>, trad. de Michel Beretti. Paris\u00a0: \u00e9d. des Syrtres.<\/p>\n<p>Del Lungo, Andrea. 2016. \u00ab\u00a0\u201cDu Balzac arrange\u0301 par Barbey d\u2019Aurevilly\u201d\u00a0: sur le recueil des <em>Maximes et pense\u0301es de Balzac<\/em> e\u0301dite\u0301 en 1856\u00a0\u00bb. Dans Pierre Glaudes et Marie-Franc\u0327oise Melmoux-Montaubin (dir.), <em>Barbey d\u2019Aurevilly\u00a0: perspectives critiques<\/em>. Paris\u00a0: Classiques Garnier, coll. \u00ab\u00a0Colloques de Cerisy\u00a0\u00bb\u00a0: 231-247.<\/p>\n<p>Glaudes, Pierre. 2007. <em>Dictionnaire Joseph de Maistre<\/em>, \u00e9tabli par Pierre Glaudes, avec la collaboration de Jean-Louis Darcel et Jean-Yves Pranch\u00e8re. Inclus en annexe dans Joseph de Maistre, <em>\u0152uvres<\/em>. Paris\u00a0: Robert Laffont, coll. \u00ab\u00a0Bouquins\u00a0\u00bb\u00a0: 1115-1310.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 2009. <em>Esth\u00e9tique de Barbey d\u2019Aurevilly<\/em>. Paris\u00a0: Classiques Garnier, coll. \u00ab\u00a0\u00c9tudes romantiques et dix-neuvi\u00e9mistes\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 2011. \u00ab\u00a0Une id\u00e9e antimoderne\u00a0: la r\u00e9versibilit\u00e9\u00a0\u00bb. Dans Marie-Catherine Huet-Brichard et Helmut Meter (dir.), <em>La pol\u00e9mique contre la modernit\u00e9. Antimodernes et r\u00e9actionnaires<\/em>. Paris\u00a0: Classiques Garnier, coll. \u00ab\u00a0Rencontres. S\u00e9rie <em>\u00c9tudes dix-neuvi\u00e9mistes<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0: 25-39.<\/p>\n<p>Hugo, Victor. 1850. Oraison fun\u00e8bre reproduite dans \u00ab\u00a0Les obs\u00e8ques d\u2019Honor\u00e9 de Balzac\u00a0\u00bb, <em>L\u2019\u00c9v\u00e9nement<\/em>, 22 ao\u00fbt. Recueilli dans St\u00e9phane Vachon, <em>1850. Tombeau d\u2019Honor\u00e9 de Balzac<\/em>. Montr\u00e9al \/ Paris\u00a0: XYZ \u00e9diteur \/ Presses Universitaires de Vincennes, 2007\u00a0: 124-130.<\/p>\n<p>Lowrie, Joyce O. 1974. <em>The Violent Mystique: Thematics of Retribution and Expiation in Balzac, Barbey d\u2019Aurevilly, Bloy, and Huysmans<\/em>. Gen\u00e8ve\u00a0: Librairie Droz, coll. \u00ab\u00a0Histoire des id\u00e9es et critique litt\u00e9raire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Queff\u00e9lec, Lise. 1990. \u00ab\u00a0La figure du bourreau dans l\u2019\u0153uvre de Balzac\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Ann\u00e9e balzacienne 1990\u00a0<\/em>: 273-289.<\/p>\n<p>Maistre, Joseph de. 1797. <em>Consid\u00e9rations sur la France<\/em>. Dans <em>\u0152uvres<\/em>, \u00e9d. \u00e9tablie par Pierre Glaudes. Paris\u00a0: Robert Laffont, coll. \u00ab\u00a0Bouquins\u00a0\u00bb, 2007.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1798 [in\u00e9dit jusqu\u2019en 1870]. <em>Sur le protestantisme<\/em>. Dans <em>\u0152uvres<\/em>, \u00e9d. \u00e9tablie par Pierre Glaudes. Paris\u00a0: Robert Laffont, coll. \u00ab\u00a0Bouquins\u00a0\u00bb, 2007.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1821a. <em>Les soir\u00e9es de Saint-P\u00e9tersbourg<\/em>. Dans <em>\u0152uvres<\/em>, \u00e9d. \u00e9tablie par Pierre Glaudes. Paris\u00a0: Robert Laffont, coll. \u00ab\u00a0Bouquins\u00a0\u00bb, 2007.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1821b. <em>\u00c9claircissement sur les sacrifices<\/em>. Dans <em>\u0152uvres<\/em>, \u00e9d. \u00e9tablie par Pierre Glaudes. Paris\u00a0: Robert Laffont, coll. \u00ab\u00a0Bouquins\u00a0\u00bb, 2007.<\/p>\n<p>Manzini, Francesco. 2013. \u00ab\u00a0Execution, Sovereignty and Sacrifice: Balzac\u2019s <em>Un \u00e9pisode sous la terreur<\/em> and <em>El Verdugo<\/em>\u00a0\u00bb, <em>Irish Journal of French Studies<\/em>, vol. 13, 2013\u00a0: 69-85.<\/p>\n<p>M\u00e9ra, Brigitte. 2003. \u00ab\u00a0L\u2019art d\u2019\u00eatre croyant\u00a0\u00bb, <em>L\u2019Ann\u00e9e balzacienne<\/em> <em>2003\u00a0<\/em>: 91-100.<\/p>\n<p>Pommier, Jean. 1967. \u00ab\u00a0Balzac \u201c\u00e9crivain r\u00e9volutionnaire\u201d\u00a0\u00bb,\u00a0<em>L\u2019Ann\u00e9e balzacienne<\/em>\u00a0: 247-258.<\/p>\n<p>Vaillant, Alain. 2003. \u00ab\u00a0\u201cCet X est la <em>PAROLE<\/em>\u201d\u00a0: la litt\u00e9rature, ou la science math\u00e9matique de l\u2019homme\u00a0\u00bb. Dans Jos\u00e9-Luis Diaz et Isabelle Tournier (\u00e9d.), <em>Penser avec Balzac<\/em>. Saint-Cyr sur Loire\u00a0: Christian Pirot\u00a0: 107-121.<\/p>\n<p>Zola, \u00c9mile. 1866. <em>Mes haines<\/em>. Dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Paris, Nouveau Monde \u00e9ditions, 2002, t.\u00a0I.<\/p>\n<p>\u2014 \u2014 \u2014. 1870. \u00ab\u00a0Balzac (\u00e9dition compl\u00e8te et d\u00e9finitive)\u00a0\u00bb, <em>Le Rappel<\/em>, 13 mai. Dans St\u00e9phane Vachon (\u00e9d.), <em>Balzac<\/em>. Paris\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 de Paris-Sorbonne, coll. \u00ab\u00a0M\u00e9moire de la critique\u00a0\u00bb, 1999\u00a0: 299-303.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Bergeron, Fabrice C. 2021. \u00ab\u00a0Balzac et Joseph de Maistre, esprits d\u2019une m\u00eame famille? Liens implicites dans l\u2019\u0153uvre critique de Barbey d\u2019Aurevilly \u00bb\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Actes du XXVe Colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL 2020) \u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b03. En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5706 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergeron_hs3.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 bergeron_hs3.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-63a35015-4c7c-44f8-a12f-d04ff66e3ec3\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergeron_hs3.pdf\">bergeron_hs3<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/bergeron_hs3.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-63a35015-4c7c-44f8-a12f-d04ff66e3ec3\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Barbey songe sans doute \u00e0 la \u00ab\u00a0<em>sortie rationnelle<\/em>\u00a0\u00bb du comte dans le quatri\u00e8me entretien, o\u00f9 Voltaire est ainsi d\u00e9crit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Allez contempler sa figure au palais de l\u2019<em>Ermitage<\/em> [&#8230;]. Voyez ce front abject que la pudeur ne colora jamais, ces deux crat\u00e8res \u00e9teints o\u00f9 semble bouillonner encore la luxure et la haine. [&#8230;] Ce <em>rictus<\/em> \u00e9pouvantable courant d\u2019une oreille \u00e0 l\u2019autre, et ces l\u00e8vres pinc\u00e9es par la cruelle malice comme un ressort pr\u00eat \u00e0 se d\u00e9tendre pour lancer le blasph\u00e8me ou le sarcasme. [&#8230;] Le grand crime de Voltaire est l\u2019abus du talent et la prostitution r\u00e9fl\u00e9chie d\u2019un g\u00e9nie cr\u00e9\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer Dieu et la vertu. [&#8230;] Suspendu entre l\u2019admiration et l\u2019horreur, quelquefois je voudrais lui faire \u00e9lever une statue&#8230; par la main du bourreau.\u00a0\u00bb (de Maistre 1821a, 557-558) L\u2019on reconna\u00eet dans cette \u00ab\u00a0page de col\u00e8re enflamm\u00e9e [&#8230;] \u00e9crit[e] avec la griffe d\u2019un tigre tremp\u00e9e dans du vitriol\u00a0\u00bb (Barbey 1870, 71) une source majeure du style et des id\u00e9es de la critique aurevillienne.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>\u00ab\u00a0[Balzac] faisait mieux que de se corriger, il se purifiait.\u00a0\u00bb (Barbey 1857, 1000)<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Barbey affirme que Balzac a \u00ab\u00a0jou\u00e9 dans la pens\u00e9e swedenborgienne avec une puissance que Swedenborg n\u2019avait pas\u00a0\u00bb et qu\u2019il a \u00ab\u00a0tir\u00e9 de cette pens\u00e9e un parti qui aurait stup\u00e9fi\u00e9 son auteur, \u2014\u00a0s\u2019il l\u2019avait compris\u00a0\u00bb; \u00ab\u00a0Le Swedenborg de Balzac rapproch\u00e9 du Swedenborg de l\u2019Histoire, devait, sinon tuer ce dernier, au moins le diminuer effroyablement\u2026\u00a0\u00bb On mesure toute la distance esth\u00e9tique et id\u00e9ologique que Barbey t\u00e2che de creuser entre son \u00ab\u00a0grand homme litt\u00e9raire\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0fou grotesque\u00a0\u00bb qui lui a fourni sa mati\u00e8re romanesque (1865a, 176-178).<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Lettre \u00e0 Trebutien du 25 mai 1854<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>Lorsque ces extraits, organis\u00e9s avec soin, commencent \u00e0 para\u00eetre en 1854 dans les pages du <em>Pays<\/em> \u2014\u00a0un journal bonapartiste qui n\u2019\u00e9tait sans doute pas l\u2019organe le mieux choisi pour mener \u00e0 bien une telle entreprise\u00a0\u2014, Barbey est soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir \u00ab\u00a0invent\u00e9\u00a0\u00bb un Balzac et m\u00eame d\u2019avoir controuv\u00e9 certaines maximes. Gr\u00e2ce au travail d\u2019Andrea Del Lungo, nous savons que Barbey n\u2019a, heureusement, rien fabriqu\u00e9; si le texte balzacien semble parfois m\u00e9connaissable, c\u2019est que les passages qui en sont tir\u00e9s sont, selon l\u2019expression de Del Lungo, <em>sentencialis\u00e9s<\/em>, c\u2019est\u2011\u00e0\u2011dire transform\u00e9s en sentences par l\u2019\u00e9limination des \u00ab\u00a0d\u00e9ictiques et [d]es r\u00e9f\u00e9rences aux situations narratives\u00a0\u00bb (2016, 242). Le \u00ab\u00a0travail d\u2019extraction\u00a0\u00bb effectu\u00e9 par Barbey respecte donc \u00e0 peu pr\u00e8s le texte original;\u00a0cependant, le choix des \u0153uvres cit\u00e9es t\u00e9moigne d\u2019un parti-pris \u00e9vident. Dans la section \u00ab\u00a0Religion\u00a0\u00bb, qui comprend soixante-treize maximes, <em>L\u2019envers<\/em> <em>de l\u2019histoire contemporaine<\/em> (1848) est cit\u00e9 pas moins de treize fois, tandis que <em>S\u00e9raph\u00eeta<\/em> n\u2019est cit\u00e9 qu\u2019une seule fois; sans surprise, <em>Louis Lambert<\/em> (1832) n\u2019appara\u00eet nulle part (246-247).<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>Parmi les balzaciens, Max Andr\u00e9oli accorde \u00e0 Barbey, en d\u00e9pit de ses \u00ab\u00a0f\u00e2cheuses r\u00e9sonances\u00a0\u00bb politiques, la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9 de son jugement premier\u00a0\u00bb, qui est d\u2019avoir su identifier dans <em>La com\u00e9die humaine<\/em>, \u00ab\u00a0quatre ans apr\u00e8s la mort de [Balzac]\u00a0\u00bb, une \u00ab\u00a0id\u00e9e fondamentale, [\u2026] celle de l\u2019unit\u00e9 incluant l\u2019ordre\u00a0\u00bb (1984, 59).<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>Voir notamment les travaux de Pierre Glaudes (\u00ab\u00a0Barbey d\u2019Aurevilly antimoderne\u00a0: l\u2019h\u00e9ritage maistrien\u00a0\u00bb [2009, 17-43]), de Jacques Petit (\u00ab\u00a0Joseph de Maistre\u00a0\u00bb [1970, 15-23]), ou l\u2019entr\u00e9e consid\u00e9rable du <em>Dictionnaire Joseph de Maistre<\/em> consacr\u00e9e \u00e0 Barbey (dans Glaudes 2007, 1132-1134).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Entre autres questions, celle de la repr\u00e9sentation du bourreau dans \u00ab\u00a0Un \u00e9pisode sous la terreur\u00a0\u00bb (1830) a inspir\u00e9 des interpr\u00e9tations contradictoires\u00a0: si Lise Queff\u00e9lec tend \u00e0 minimiser l\u2019apport de de Maistre et con\u00e7oit plut\u00f4t la nouvelle de Balzac comme une \u00ab\u00a0mise en question\u00a0\u00bb de \u00ab\u00a0la nature du bourreau\u00a0\u00bb en tant que gardien de l\u2019autorit\u00e9 politique (1990, 279), Francesco Manzini soutient pour sa part que Balzac transpose fid\u00e8lement dans sa fiction l\u2019id\u00e9e maistrienne de la n\u00e9cessit\u00e9 sociale du bourreau (2013, 72).<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>\u00ab\u00a0Il y a des moments, mon p\u00e8re, o\u00f9 les id\u00e9es de monsieur de Maistre me travaillent, et je crois que j\u2019expie quelque chose.\u00a0\u00bb (Balzac 1848, 372)<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div>\u00ab\u00a0Peut-\u00eatre expiait-elle le crime de sa m\u00e8re, la Pologne hideusement partag\u00e9e. Les souverains qui commettent de pareils crimes ne songent pas \u00e9videmment \u00e0 la ran\u00e7on qu\u2019en demande la Providence.\u00a0\u00bb (Balzac 1847, 914). Notons qu\u2019ici, comme chez Vanda, l\u2019expiation des crimes des parents par leurs enfants semble relever davantage de la supposition ou de l\u2019exp\u00e9rience de pens\u00e9e que de l\u2019\u00e9vidence.<\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>\u00ab\u00a0Les v\u00e9rit\u00e9s ne sortent de leur puits que pour prendre des bains de sang o\u00f9 elles se rafra\u00eechissent. Le christianisme lui-m\u00eame, essence de toute v\u00e9rit\u00e9, puisqu\u2019il vient de Dieu, s\u2019est-il \u00e9tabli sans martyrs? le sang n\u2019a-t-il pas coul\u00e9 \u00e0 flots? ne coulera-t-il pas toujours? Tu le sauras, toi qui dois \u00eatre un des ma\u00e7ons de l\u2019\u00e9difice social commenc\u00e9 par les ap\u00f4tres.\u00a0\u00bb (Balzac 1846, 453) Les accents maistriens contenus dans ces paroles ne nous semblent pas fortuits\u00a0: \u00ab\u00a0[L]e sang humain doit couler sans interruption sur le globe [&#8230;].\u00a0\u00bb (Maistre 1797, 213)<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div>\u00ab\u00a0[L]es changements les plus heureux qui s\u2019op\u00e8rent parmi les nations sont presque toujours achet\u00e9s par de sanglantes catastrophes dont l\u2019innocence est la victime.\u00a0\u00bb (1821b, 833)<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>Dans <em>Un pr\u00eatre mari\u00e9<\/em> (1865), le \u00ab\u00a0genou de bourreau [de] la R\u00e9volution\u00a0\u00bb \u00e9crase l\u2019\u00c9glise, qui s\u2019\u00ab\u00a0enfonce dans du sang\u00a0\u00bb;\u00a0mais elle saura se relever, nous assure Barbey, \u00ab\u00a0divinement purifi\u00e9[e] par ce sang, qui purifie toujours\u00a0\u00bb (1865b, 889). Dans le m\u00eame roman, le Paris du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle est montr\u00e9 comme un \u00ab\u00a0gouffre de corruption, de science et d\u2019ath\u00e9isme\u00a0\u00bb, un \u00ab\u00a0crat\u00e8re qui allait vomir la R\u00e9volution fran\u00e7aise\u00a0\u00bb (890); la R\u00e9volution est un \u00ab\u00a0trou de sang et de boue\u00a0\u00bb o\u00f9 vont se cacher les \u00ab\u00a0pr\u00eatres apostats, cupides, corrompus\u00a0\u00bb (892), une \u00ab\u00a0large orni\u00e8re de sang qui a coup\u00e9 en deux l\u2019histoire de France\u00a0\u00bb (971-972), une catastrophe annonc\u00e9e par \u00ab\u00a0des signes effrayants, des m\u00e9t\u00e9ores de forme \u00e9trange, qui ressemblaient \u00e0 d\u2019immenses astres contrefaits, titubant, dans le ciel incendi\u00e9, sous l\u2019ivresse de la col\u00e8re de Dieu\u00a0\u00bb (891). <em>Une histoire sans nom <\/em>(1882) contient cette image frappante\u00a0: \u00ab\u00a0La R\u00e9volution fran\u00e7aise marchait alors comme une fi\u00e8vre putride, et elle allait entrer dans la p\u00e9riode aigu\u00eb du d\u00e9lire.\u00a0\u00bb (343)<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>Les ch\u00e2timents que subissent des personnages comme Val\u00e9rie Marneffe et C\u00e9lestin Crevel dans <em>La cousine Bette<\/em> (1846-1847), ou Fran\u00e7ois Minoret-Levrault dans <em>Ursule Mirou\u00ebt<\/em> (1841), rel\u00e8vent selon Philippe Bertault d\u2019une conception \u00ab\u00a0d\u2019un Dieu vengeur [qui] est plus pa\u00efenne que chr\u00e9tienne et se rapproche de la Fatalit\u00e9 antique\u00a0\u00bb (1942, 470).<\/div><\/li><li><span>15<\/span><div>Relevons entre autres exemples Lydie, la fille de Peyrade, enlev\u00e9e, \u00ab\u00a0d\u00e9shonor\u00e9e\u00a0\u00bb et devenue folle \u2014\u00a0\u00ab\u00a0Elle paye pour son p\u00e8re! dit-il [Corentin]. Y aurait-il une Providence?\u00a0\u00bb (Balzac 1843, 679)\u00a0\u2014, ainsi que les enfants de l\u2019inf\u00e2me Goupil, \u00ab\u00a0qui sont horribles, rachitiques, hydroc\u00e9phales\u00a0\u00bb (Balzac 1842b, 987); ils rach\u00e8tent les p\u00e9ch\u00e9s du p\u00e8re et sont sa punition. Ces cas de \u00ab\u00a0justice divine\u00a0\u00bb sont mentionn\u00e9s par Max Andr\u00e9oli (1984, 196).<\/div><\/li><li><span>16<\/span><div>Nous nous d\u00e9tachons en cela de l\u2019analyse d\u2019Ernst Robert Curtius, qui voit dans la philosophie de de Maistre \u00ab\u00a0un principe central de <em>La Com\u00e9die humaine<\/em>\u00a0\u00bb (1999, 302-303). Il nous semble que Curtius n\u00e9glige dans son \u00e9tude le caract\u00e8re sp\u00e9cifique de la notion de r\u00e9versibilit\u00e9 chez de Maistre, qui contribue \u00e0 le singulariser parmi les \u00e9crivains catholiques. Notre interpr\u00e9tation s\u2019\u00e9loigne aussi sensiblement de celle de Joyce O. Lowrie, notamment en ce qui a trait aux <em>Marana<\/em> et \u00e0 <em>L\u2019Envers de l\u2019histoire contemporaine<\/em> (1974, 50-52).<\/div><\/li><li><span>17<\/span><div><em>Le m\u00e9decin de campagne<\/em> (1833), surtout, se pr\u00e9sente comme un ouvrage de \u00ab\u00a0cat\u00e9chisme humanitaire, pragmatique et efficace. [&#8230;] Il s\u2019agit pour l\u2019essentiel, et pour paraphraser Kant, d\u2019\u00e9noncer de nouvelles raisons pratiques de croire qui persuadent le plus grand nombre.\u00a0\u00bb (M\u00e9ra 2003, 99)<\/div><\/li><li><span>18<\/span><div>Selon Alain Vaillant, \u00ab\u00a0[l]\u2019utopie balzacienne, pour \u00eatre intellectuellement admissible, suppose l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 une logique d\u2019ob\u00e9issance et d\u2019autorit\u00e9 \u2014\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire au catholicisme, religion de soumission, et \u00e0 la monarchie du droit divin. Le choix d\u2019une politique r\u00e9actionnaire d\u00e9coule du syst\u00e8me m\u00e9taphysique de Balzac, et celui-ci est requis par l\u2019\u0153uvre \u00e0 cr\u00e9er.\u00a0\u00bb (2003, 117)<\/div><\/li><li><span>19<\/span><div>Une lecture compar\u00e9e de l\u2019\u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb de Balzac et de la pr\u00e9face (sign\u00e9e en 1865) \u00e0 la nouvelle \u00e9dition d\u2019<em>Une vieille ma\u00eetresse<\/em> (1866) de Barbey donne \u00e0 voir plusieurs \u00e9l\u00e9ments similaires, tant dans l\u2019expression que dans le contenu\u00a0: tous deux affirment que l\u2019art est moral lorsqu\u2019il est vrai, que la passion, comme ressource esth\u00e9tique, est indispensable, et que le catholicisme se serait toujours montr\u00e9 favorable \u00e0 sa repr\u00e9sentation.<\/div><\/li><li><span>20<\/span><div>Nous faisons ici allusion \u00e0 une c\u00e9l\u00e8bre expression s\u2019inscrivant dans un contexte pol\u00e9mique sp\u00e9cifique, des ann\u00e9es 1848 \u00e0 1850 (voir Pommier, 1967, 247-258). Victor Hugo emploie ce syntagme dans l\u2019oraison fun\u00e8bre qu\u2019il prononce lors des fun\u00e9railles de Balzac\u00a0: \u00ab\u00a0\u00c0 son insu, qu\u2019il le veuille ou non, qu\u2019il y consente ou non, l\u2019auteur de cette \u0153uvre immense et \u00e9trange est de la forte race des \u00e9crivains r\u00e9volutionnaires.\u00a0\u00bb (1850, 126)<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab Actes du XXVe Colloque interuniversitaire \u00e9tudiant de litt\u00e9rature (CIEL 2020) \u00bb, Hors s\u00e9rie n\u00b03 Il est connu que pour l\u00e9gitimer leurs \u0153uvres romanesques, Balzac et Barbey d\u2019Aurevilly se sont r\u00e9clam\u00e9s du catholicisme. Dans son \u00ab\u00a0Avant-propos\u00a0\u00bb \u00e0 La com\u00e9die humaine, Balzac s\u2019efforce de ne laisser aucun doute quant \u00e0 son appartenance id\u00e9ologique\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris \u00e0 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1315,1314,1134],"tags":[33],"class_list":["post-5706","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-actes-du-colloque","category-actes-du-xxve-colloque-interuniversitaire-etudiant-de-litterature-ciel-2020","category-article","tag-bergeron-fabrice-c"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5706","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5706"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5706\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8456,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5706\/revisions\/8456"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5706"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5706"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5706"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}