{"id":5712,"date":"2024-06-13T19:48:35","date_gmt":"2024-06-13T19:48:35","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/desormais-ma-demeure-de-nicholas-dawson-de-lespace-confine-a-lespace-communautaire-dans-lecriture-de-la-depression\/"},"modified":"2024-08-20T20:02:12","modified_gmt":"2024-08-20T20:02:12","slug":"desormais-ma-demeure-de-nicholas-dawson-de-lespace-confine-a-lespace-communautaire-dans-lecriture-de-la-depression","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5712","title":{"rendered":"\u00ab D\u00e9sormais, ma demeure \u00bb de Nicholas Dawson\u00a0: de l&rsquo;espace confin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;espace communautaire dans l&rsquo;\u00e9criture de la d\u00e9pression"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6905\">Dossier \u00ab\u00a0Le parti pris de l\u2019ordinaire : penser le quotidien\u00a0\u00bb,\u00a0no\u00a033<\/a><\/h5>\n<p>La troisi\u00e8me publication de Nicholas Dawson est une \u0153uvre hybride, \u00e0 l\u2019intersection entre l\u2019essai, la prose po\u00e9tique et la fiction, pouvant \u00e9galement s\u2019inscrire sous l\u2019\u00e9gide de la recherche-cr\u00e9ation.\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>\u00a0(2020) raconte la d\u00e9pression, l\u2019indicible de sa langueur et de sa souffrance, dans une perspective queer, racis\u00e9e et immigrante, ce qui donne lieu \u00e0 une r\u00e9flexion sur les potentialit\u00e9s politique et po\u00e9tique de l\u2019\u00e9tat d\u00e9pressif. Le narrateur, aux prises avec les \u00e9chos lointains et la r\u00e9surgence imminente de sa maladie, alterne les errances \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de sa maison et ses sorties \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, rendez-vous divers qui ont pour but d\u2019enclencher sa gu\u00e9rison. Pourtant, il se rend rapidement compte que la gu\u00e9rison, pour lui, passe par la cr\u00e9ation, l\u2019\u00e9criture, et surtout, l\u2019\u00e9dification d\u2019une communaut\u00e9. La lecture d\u2019auteurs et d\u2019autrices ayant mis des mots sur leurs exp\u00e9riences d\u00e9pressives lui permet d\u2019amorcer un travail cr\u00e9atif \u00e9mancipateur. En effet, la \u00ab\u00a0transform[ation] [de] [s]on \u00e9tat en r\u00e9cit<a id=\"footnoteref1_7ofdq8r\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Dawson\u00a02020, 34. Pour all\u00e9ger le texte, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u0153uvre se feront avec les initiales\u00a0DD, suivies du folio.\u00a0\" href=\"#footnote1_7ofdq8r\">[1]<\/a> \u00a0\u00bb appara\u00eet \u00e0 la fois comme un moyen de surmonter la d\u00e9pression et comme un produit de cette m\u00eame maladie.\u00a0<\/p>\n<p>J\u2019analyserai d\u2019abord les temporalit\u00e9s fragment\u00e9es du r\u00e9cit \u00e0 partir de l\u2019organisation formelle\u00a0(et spatiale) de l\u2019\u0153uvre, ce qui me permettra, ensuite, de conceptualiser les fa\u00e7ons dont le texte et la cr\u00e9ation litt\u00e9raire s\u2019inscrivent comme espaces permettant le mouvement et, par extension, la sortie de soi et la resubjectivation. Enfin, cette dimension \u00e9mancipatrice de l\u2019\u00e9criture de la d\u00e9pression m\u2019am\u00e8nera \u00e0 \u00e9valuer les modalit\u00e9s de l\u2019instauration du texte comme espace communautaire o\u00f9 la maladie, malgr\u00e9 les difficult\u00e9s personnelles et sociales qu\u2019elle occasionne, se positionne comme moteur de cr\u00e9ation et comme point de d\u00e9part pour une pens\u00e9e communautaire, queer et non-blanche. L\u2019opposition entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur, entre la maison et les sorties, servira de point de d\u00e9part \u00e0 une observation des rapports entre l\u2019espace confin\u00e9 et l\u2019espace commun, alternatif et queer, que le texte litt\u00e9raire n\u00e9 de la d\u00e9pression fait advenir. La maison, en tant que lieu physique, repr\u00e9sente l\u2019isolement, alors que le texte, espace m\u00e9taphorique d\u2019une communaut\u00e9, est ce qui permet une cr\u00e9ation artistique \u00e9mancipatrice. La pens\u00e9e de Sara Ahmed dans \u00ab\u00a0Home and Away\u00a0\u00bb\u00a0(1999) est essentielle pour mon analyse des espaces confin\u00e9s et communautaires, puisqu\u2019elle r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 ce que repr\u00e9sente le chez-soi\u00a0(\u00ab\u00a0home\u00a0\u00bb) et l\u2019ailleurs pour les personnes de la diaspora. Selon elle, ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement l\u2019ailleurs, l\u2019ext\u00e9rieur, qui symbolise l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Elle d\u00e9montre que, pour les personnes migrantes, c\u2019est davantage le chez-soi qui implique une dimension \u00e9trang\u00e8re, une sensation d\u2019\u00e9tranget\u00e9\u00a0(\u00ab\u00a0strangerness\u00a0\u00bb)\u00a0(1999,\u00a0340). Elle rel\u00e8ve que le chez-soi, comme la migration, suppose une dislocation spatiale, mais aussi temporelle, dans la mesure o\u00f9 tant l\u2019exp\u00e9rience migratoire que le lieu qu\u2019on appelle maison sont li\u00e9s \u00e0 une m\u00e9moire, \u00e0 un pass\u00e9 et \u00e0 un r\u00e9cit souvent expropri\u00e9s\u00a0(1999,\u00a0343). L\u2019inconfort li\u00e9 \u00e0 la maison, dans\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>, rappelle ce chez-soi th\u00e9oris\u00e9 par Ahmed, d\u2019autant plus qu\u2019il est associ\u00e9, dans l\u2019\u0153uvre, \u00e0 une fragmentation du temps et \u00e0 une relation conflictuelle entre l\u2019int\u00e9rieur\u00a0(chez-soi) et l\u2019ext\u00e9rieur\u00a0(le monde).<\/p>\n<h2>\u00c9l\u00e9ments formels d\u2019une organisation spatio-temporelle de la d\u00e9pression<\/h2>\n<p>Le titre de l\u2019ouvrage de Dawson,\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>, annonce d\u2019embl\u00e9e l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des rapports entre temps et espaces dans l\u2019\u0153uvre. \u00ab\u00a0D\u00e9sormais\u00a0\u00bb, qui marque un point de d\u00e9part dans le temps, est directement accol\u00e9 \u00e0 l\u2019espace habitable, ce qui laisse entendre que la signification donn\u00e9e \u00e0 la demeure est sujette \u00e0 renouvellement, en plus de cr\u00e9er un effet de brouillage spatio-temporel. Cette contraction du temps et des lieux invite le\u00b7la lecteur\u00b7rice \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la relation qui les unit, ainsi qu\u2019aux mani\u00e8res par lesquelles ils s\u2019influencent et s\u2019organisent mutuellement. En effet, le narrateur exprime un \u00ab\u00a0malaise vis-\u00e0-vis des lieux et du temps\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a075) qui se manifeste autant dans l\u2019hybridit\u00e9 de la forme que dans la mise en r\u00e9cit de la maladie. Le texte est structur\u00e9 par des libell\u00e9s qui r\u00e9f\u00e8rent au lieu, tandis que plusieurs photographies, qui repr\u00e9sentent les coins recul\u00e9s de la maison, sont ins\u00e9r\u00e9es dans le texte, cr\u00e9ant un effet rythm\u00e9 d\u2019alternance. La progression de la narration s\u2019organise par ces titres qui indiquent les activit\u00e9s du protagoniste \u2014 \u00ab\u00a0Sortir de la maison\u00a0: m\u00e9decin\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Sortir de la maison\u00a0: biblioth\u00e8que\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Sortir de la maison\u00a0: psychologue\u00a0\u00bb, par exemple \u2014 qui introduisent les chapitres o\u00f9 la rencontre avec le monde ext\u00e9rieur, les pens\u00e9es et les angoisses qu\u2019il engendre sont racont\u00e9es. Ces temporalit\u00e9s sont \u00e9troitement li\u00e9es \u00e0 la division de l\u2019espace, celui-ci s\u2019organisant dans une opposition entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur qui repr\u00e9sente \u00e0 la fois le confinement qu\u2019impose la d\u00e9pression et le mouvement qu\u2019occasionnent les sorties chez la psychologue, le m\u00e9decin, l\u2019acupuncteur ou \u00e0 la biblioth\u00e8que.\u00a0<\/p>\n<p>La maison, m\u00eame si elle repr\u00e9sente une certaine s\u00e9curit\u00e9 et qu\u2019elle offre un espace pour la cr\u00e9ation\u00a0(l\u2019\u00e9criture et la photographie, notamment), est aussi le lieu d\u2019un isolement qui emp\u00eache le partage et la mise en commun des exp\u00e9riences. Les sorties, quant \u00e0 elles, peuvent incarner une oppression syst\u00e9mique\u00a0subie par le narrateur, parce qu\u2019elles sont majoritairement reli\u00e9es \u00e0 un traitement m\u00e9dicalis\u00e9 de la d\u00e9pression, lui-m\u00eame issu d\u2019une id\u00e9ologie occidentale et capitaliste. Cependant, m\u00eame si elles semblent mena\u00e7antes \u00e0 cause de la violence des syst\u00e8mes h\u00e9g\u00e9moniques qui les sous-tendent, les sorties sont ce qui permet au narrateur de connecter avec une communaut\u00e9 d\u2019\u00e9crivain\u00b7e\u00b7s qui a parl\u00e9 de leur exp\u00e9rience d\u00e9pressive. Ainsi, bien que ces deux espaces\u00a0(int\u00e9rieur et ext\u00e9rieur) soient \u00e0 premi\u00e8re vue oppos\u00e9s, ils se rejoignent puisque l\u2019intimit\u00e9 de la demeure, tout comme le monde ext\u00e9rieur, sont des lieux d\u2019exploration artistique et po\u00e9tique.<\/p>\n<p>Les segments du texte qui ne sont pas titr\u00e9s donnent l\u2019impression d\u2019une suspension temporelle, \u00e0 cause du langage qui y connote davantage l\u2019intimit\u00e9. Le personnage se confronte \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e0 sa douleur, par de longues contemplations \u00e0 la fen\u00eatre qui renforcent d\u2019ailleurs la dimension d\u2019int\u00e9riorit\u00e9 et de m\u00e9lancolie de ces passages. La fen\u00eatre, comme s\u00e9paration avec l\u2019ext\u00e9rieur, est une sorte de reflet d\u00e9formant qui amplifie le sentiment d\u2019invisibilit\u00e9 du narrateur, puisqu\u2019il donne \u00e0 voir le quotidien qui suit son cours. Il \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0je tends l\u2019oreille pour entendre plut\u00f4t ce qui se n\u00e9gocie au-del\u00e0 des cadres, dans ce hors-champ perp\u00e9tuel o\u00f9 se tient solitario mi cuerpo que nadie ve<a id=\"footnoteref2_jjnlx83\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0\u2026 o\u00f9 se tient solitaire mon corps que personne ne voit.\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis)\u00a0\" href=\"#footnote2_jjnlx83\">[2]<\/a> \u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a038).\u00a0Ce corps que personne ne voit derri\u00e8re la vitre, en hors-champ, peut \u00eatre mis en relation avec les photographies qui cadrent des perspectives totalement d\u00e9centr\u00e9es de l\u2019espace habitable. Le corps, \u00e0 l\u2019instar du chez-soi, est ressenti comme inad\u00e9quat.\u00a0Selon Ahmed, l\u2019exp\u00e9rience du chez-soi par le sujet se fait dans une sorte d\u2019influence mutuelle entre l\u2019espace et lui\u00b7elle\u00a0: \u00ab\u00a0The lived experience of being-at-home hence involves the enveloping of subjects in a space which is not simply outside them: being-at-home suggests that the subject and space leak into each other,\u00a0<em>inhabit each other<\/em>.\u00a0\u00bb\u00a0(1999,\u00a0341, l\u2019autrice souligne) Le chez-soi et le v\u00e9cu corporel, ainsi consid\u00e9r\u00e9s comme des extensions mutuelles l\u2019un de l\u2019autre, permettent de faire le lien entre le corps du narrateur, marqu\u00e9 par la d\u00e9pression, l\u2019immigration et l\u2019identit\u00e9 queer, et son rapport ambivalent avec sa maison.\u00a0Ahmed explique comment le d\u00e9placement dans l\u2019espace influence\u00a0n\u00e9cessairement le v\u00e9cu corporel\u00a0: \u00ab\u00a0migration narratives involve [\u2026] a spatial reconfiguration of an embodied self: a transformation in the very skin of which the body is embodied\u00a0\u00bb\u00a0(1999,\u00a0342).\u00a0Cette r\u00e9flexion sur l\u2019immigration en lien avec le corps, une r\u00e9alit\u00e9 qui hante le narrateur, peut \u00eatre mise en relation avec l\u2019exp\u00e9rience ambivalente qu\u2019il a de son espace. Dans\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>, la construction d\u2019un chez-soi o\u00f9 le corps est \u00e9panoui passe par la cr\u00e9ation, l\u2019\u00e9criture. L\u2019importance que prend l\u2019espace pour le narrateur est alors manifeste, puisque les mouvements entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur ainsi que le positionnement de son corps dans cette dialectique \u00e9voquent cette relation ambivalente et parfois inconfortable qui s\u2019op\u00e8re dans l\u2019exp\u00e9rience d\u2019un chez-soi et de son ailleurs. L\u2019espace habitable repr\u00e9sente \u00e0 la fois l\u2019isolement et la cr\u00e9ativit\u00e9; la d\u00e9pression, comme l\u2019exp\u00e9rience migratoire, force le sujet \u00e0 se reconfigurer aux niveaux spatial et identitaire. Les photos, en mettant en sc\u00e8ne le vide de la maison, ses recoins inutilis\u00e9s, donnent l\u2019id\u00e9e d\u2019un espace qui engloutit le narrateur; qui le met, pr\u00e9cis\u00e9ment, hors-champ. Autant l\u2019\u00e9criture que la photographie pr\u00e9sentent une exploration de l\u2019intime et de la solitude, de la distanciation de soi-m\u00eame et des autres. En outre, la taille des paragraphes po\u00e9tiques et leur positionnement sur la page, puisqu\u2019ils correspondent \u00e0 ceux des photos, cr\u00e9ent une concordance entre l\u2019espace confin\u00e9 de la maison et la prose po\u00e9tique o\u00f9 le sujet est seul avec lui-m\u00eame. Ainsi, par l\u2019organisation graphique de l\u2019objet-livre, la distinction entre l\u2019espace ext\u00e9rieur et int\u00e9rieur est rendue manifeste.\u00a0<\/p>\n<p>Une telle mani\u00e8re de construire le r\u00e9cit fait appara\u00eetre \u00ab\u00a0les temporalit\u00e9s successives\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a0174) de la d\u00e9pression. En effet, si les photographies et les passages non libell\u00e9s ralentissent le temps et isolent le sujet, les sorties de la maison marquent une progression temporelle\u00a0: le personnage voit son \u00e9tat s\u2019am\u00e9liorer ou s\u2019empirer selon le d\u00e9roulement des rencontres avec les diff\u00e9rent\u00b7e\u00b7s professionnel\u00b7le\u00b7s. Pourtant, ces marques chronologiques sont toujours floues, car le narrateur utilise de mani\u00e8re presque syst\u00e9matique le syntagme \u00ab\u00a0Dans mon souvenir\u2026\u00a0\u00bb pour introduire les \u00e9v\u00e8nements qu\u2019il raconte. Cette strat\u00e9gie narrative rappelle que la d\u00e9pression modifie la perception du temps et de la r\u00e9alit\u00e9, et qu\u2019elle est, par cons\u00e9quent, intimement li\u00e9e \u00e0 la fiction, \u00e0 la fragmentation, \u00e0 la cr\u00e9ation et \u00e0 la pluralit\u00e9. \u00c0 ce propos, le narrateur \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0Impossible alors de raconter la d\u00e9pression [\u2026], c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019aligner les diff\u00e9rents temps que la d\u00e9pression a isol\u00e9s pour n\u2019en faire qu\u2019un, celui de l\u2019histoire. [\u2026] Autant faire dans la construction \u2014 on peut dire\u00a0<em>fiction\u00a0<\/em>: photos, po\u00e8mes, r\u00e9cits, essais.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a0120-121, l\u2019auteur souligne) Chez Dawson, \u00e9crire la d\u00e9pression ne peut se faire qu\u2019en articulant divers fragments, et c\u2019est \u00e0 partir de ceux-ci qu\u2019un temps narratif (une histoire, une fiction) peut \u00e9merger. La coh\u00e9rence d\u2019une narration ne prend donc forme que par la mise en relation d\u2019\u00e9l\u00e9ments ext\u00e9rieurs (lectures d\u2019autres \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s) et h\u00e9t\u00e9roclites (activit\u00e9s cr\u00e9atives multidisciplinaires).\u00a0M\u00eame si la d\u00e9pression semble souvent in\u00e9narrable, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment par l\u2019\u00e9criture, la cr\u00e9ation, que ses potentialit\u00e9s s\u2019actualisent. Les temps de la d\u00e9pression et les temps de l\u2019\u00e9criture se fondent les uns dans les autres et permettent de \u00ab\u00a0propulser le langage malade au statut de langage po\u00e9tique\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a016).\u00a0La cr\u00e9ation artistique appara\u00eet en somme comme le passage qui accompagne la d\u00e9pression d\u2019un lieu confin\u00e9 o\u00f9 le temps est fragment\u00e9 \u00e0 un lieu collectif o\u00f9 les diverses temporalit\u00e9s arrivent \u00e0 s\u2019aligner, m\u00eame si c\u2019est de fa\u00e7on h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne.\u00a0<\/p>\n<h2>Sortir de\u00a0(chez) soi\u00a0: la cr\u00e9ation artistique comme resubjectivation<\/h2>\n<p>La fluctuation entre l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur ainsi que la fragmentation du temps indiquent l\u2019importance du mouvement dans le r\u00e9cit.\u00a0Le narrateur, en r\u00e9fl\u00e9chissant aux apports particuliers de l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique et essayistique, cite un passage de\u00a0<em>Depression\u00a0: A Public Feeling<\/em>, de Ann Cvetkovich, qui concerne des moyens de traiter cette maladie. L\u2019autrice souligne que puisque la d\u00e9pression est souvent consid\u00e9r\u00e9e comme un blocage, une impasse, la gu\u00e9rison devrait alors passer par la flexibilit\u00e9 et la cr\u00e9ativit\u00e9.\u00a0Elle \u00e9crit\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p><em>Defined in notions of blockage or impasse, creativity can be thought of as a form of movement, movement that maneuvers the mind inside or around an impasse, even if that movement sometimes seems backwards or like a form of retreat. Spatialized in this way, creativity can describe forms of agency that take the form of literal movement.<\/em>\u00a0(Ann Cvetkovich dans\u00a0<em>DD<\/em>, 134-135, Dawson souligne)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La cr\u00e9ation, m\u00eame si elle implique un retrait\u00a0(comme les longues heures pass\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019appartement), est un\u00a0moyen d\u2019insuffler du mouvement dans la d\u00e9pression. Pour le narrateur, le d\u00e9placement dans l\u2019espace physique peut \u00e9galement \u00e9voquer la mobilit\u00e9 symbolique que permet la cr\u00e9ation dans l\u2019immobilisme de la maladie.\u00a0Il \u00e9crit\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le r\u00e9cit de soi est alors aussi r\u00e9cit des sorties\u00a0: \u00e9crire des r\u00e9cits, des essais et des po\u00e8mes, prendre des photos de la maison pour m\u2019extraire des syst\u00e8mes qui m\u2019y cantonnent [\u2026], pour poursuivre les transports de la d\u00e9pression et ses \u00e9motions qui nous meuvent, pour investir la force positive de la d\u00e9pression en c\u00e9l\u00e9brant ses souffrances et ses diff\u00e9rents h\u00e9ritages \u2014 cr\u00e9er. La voil\u00e0, la simple le\u00e7on de la d\u00e9pression. Cr\u00e9er est une fa\u00e7on de bouger. Cr\u00e9er est une fa\u00e7on de se d\u00e9placer autour des impasses qui s\u2019imposent \u00e0 nous, l\u2019occasion de r\u00e9soudre des \u00e9nigmes, d\u2019encourager la pens\u00e9e, d\u2019insuffler sens et plaisir au pr\u00e9sent.\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a0139)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si cr\u00e9er est une fa\u00e7on de bouger dans la stagnation de la d\u00e9pression, alors ce mouvement qui s\u2019op\u00e8re dans l\u2019int\u00e9riorit\u00e9 du sujet am\u00e8ne \u00e0 penser le soi comme un lieu que l\u2019on peut resubjectiver.\u00a0<\/p>\n<p>Selon Didier Eribon, la resubjectivation est un \u00ab\u00a0mouvement qui m\u00e8ne de l\u2019assujettissement \u00e0 la r\u00e9invention de soi. C\u2019est-\u00e0-dire de la subjectivit\u00e9 produite \u00e0 la subjectivit\u00e9 \u201cchoisie\u201d.\u00a0\u00bb\u00a0(2012,\u00a021) Eribon s\u2019inspire du concept th\u00e9oris\u00e9 par Judith Butler de \u00ab\u00a0resignification\u00a0\u00bb\u00a0(de l\u2019insulte, par exemple), qui est un acte de lib\u00e9ration et de r\u00e9appropriation. Cette resubjectivation est intimement li\u00e9e \u00e0 la th\u00e9orie queer, puisqu\u2019elles ont en commun la remise en question de l\u2019h\u00e9t\u00e9ronormativit\u00e9 et du binarisme sexuel qui imposent aux individus des subjectivit\u00e9s socialement construites. Le mouvement qui resubjective, \u00e9voqu\u00e9 par Eribon, n\u2019est pas sans rappeler celui de la cr\u00e9ativit\u00e9, d\u00e9crit par Cvetkovich. Au d\u00e9but du texte, Dawson d\u00e9plore que ses sorties de la maison pour ses rendez-vous avec des professionnels l\u2019ont \u00ab\u00a0install\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un syst\u00e8me dans lequel [il] ne semble \u00eatre qu\u2019un outil, alors [qu\u2019il est] en r\u00e9alit\u00e9 le sujet principal, l\u2019objet transport\u00e9 d\u2019un lieu \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une sortie \u00e0 l\u2019autre\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a066). D\u00e9plac\u00e9 hors de sa maison par le syst\u00e8me h\u00e9g\u00e9monique qui prend en charge la d\u00e9pression, l\u2019auteur se sent objectifi\u00e9, tandis que le mouvement occasionn\u00e9 par la cr\u00e9ation lui permet une sortie de soi extatique, rendue possible par l\u2019investissement des \u00e9motions dans l\u2019art. Le narrateur, en revenant sur des \u00e9pisodes de sa jeunesse, r\u00e9alise que l\u2019\u00e9motion peut \u00e9galement repr\u00e9senter un moyen de sortie de soi\u00a0: \u00ab\u00a0je voyais dans l\u2019expression d\u00e9sordonn\u00e9e, voire exag\u00e9r\u00e9e, de mes \u00e9motions une dr\u00f4le d\u2019\u00e9chappatoire \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, une porte vers un monde extatique et d\u2019autant plus attrayant que l\u2019on m\u2019en interdisait l\u2019entr\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a028). La possibilit\u00e9 de r\u00e9investir l\u2019intensit\u00e9 \u00e9motionnelle engendr\u00e9e par la d\u00e9pression dans le mouvement associ\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation fait appara\u00eetre les potentialit\u00e9s de l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9pressive, lesquelles sont manifestement reli\u00e9es \u00e0 la resubjectivation et \u00e0 la prise de contr\u00f4le sur la maladie.\u00a0L\u2019extase, dans son acception \u00e9tymologique, r\u00e9f\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un d\u00e9placement hors de soi. Comme le souligne Emmanuel Levinas, \u00ab\u00a0[n]ous\u00a0constatons dans le plaisir un abandon, une perte de soi-m\u00eame, une sortie en dehors de soi, une extase, autant de traits qui d\u00e9crivent la promesse d\u2019\u00e9vasion que son essence contient\u00a0\u00bb\u00a0(1998,\u00a0108-109). Ce mouvement au-del\u00e0 de soi-m\u00eame, caract\u00e9ristique de l\u2019extase, semble pr\u00e9sent dans la d\u00e9marche de Dawson, puisqu\u2019il est \u00e0 la recherche d\u2019un espace lui permettant d\u2019explorer librement sa subjectivit\u00e9 et sa d\u00e9pression. Le texte litt\u00e9raire est donc l\u2019espace d\u00e9sign\u00e9 pour cette \u00e9vasion extatique de soi et des contraintes de l\u2019identit\u00e9 d\u00e9pressive, trop souvent per\u00e7ue n\u00e9gativement. \u00ab\u00a0On chute avec les mots, puis on se rel\u00e8ve au paragraphe suivant, au po\u00e8me suivant, difficilement mais courageusement, pour qu\u2019une extase nouvelle se produise et nous fasse chuter une fois de plus\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a075), \u00e9crit Dawson. Associ\u00e9s \u00e0 l\u2019acte cr\u00e9atif, la chute, le mouvement, la sortie de soi et l\u2019extase d\u00e9signent l\u2019espace textuel comme lieu o\u00f9 la resubjectivation est possible.\u00a0<\/p>\n<p>Le rapport au langage dans\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure,<\/em>\u00a0est en ce sens tr\u00e8s particulier; il est au c\u0153ur du processus de resubjectivation. Effectivement, une des premi\u00e8res remarques de l\u2019auteur est que, dans la d\u00e9pression, \u00ab\u00a0les phrases sont \u00e9clat\u00e9es\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a010). Le \u00ab\u00a0langage malade\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a016) va \u00e0 l\u2019encontre du langage psychiatrique de la culture dominante, puisqu\u2019il acquiert un statut po\u00e9tique, en \u00e9tant investi d\u2019une intention artistique. Cette opposition entre le langage malade et le langage h\u00e9g\u00e9monique est particuli\u00e8rement frappante dans le cabinet de la premi\u00e8re psychologue que rencontre le narrateur, laquelle d\u00e9bite un discours st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et d\u00e9pourvu de sensibilit\u00e9. L\u2019opposition de ces deux langages s\u2019illustre \u00e9galement dans le discours de ses coll\u00e8gues, quand il leur annonce qu\u2019il sera en cong\u00e9 de maladie \u00e0 cause de sa d\u00e9pression. Ces \u00e9pisodes mettent en lumi\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 de cr\u00e9er un langage capable de nommer po\u00e9tiquement la r\u00e9alit\u00e9 des personnes d\u00e9pressives, une n\u00e9cessit\u00e9 qui est au centre de la d\u00e9marche de Dawson\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ils [les sympt\u00f4mes] alt\u00e8rent ma pens\u00e9e, oui, mais au profit de ce langage que je cherche \u00e0\u00a0(re) produire, celui qui nous place\u00a0<em>au sein de la voix<\/em>\u00a0[Julia Kristeva,\u00a0<em>Soleil noir. D\u00e9pression et m\u00e9lancolie<\/em>, Dawson souligne], celui qui parle trop et semble ne rien dire, celui qui se densifie en se r\u00e9p\u00e9tant, en oubliant, \u00e0 force de verbiage, de produire un sens qui gu\u00e9rirait la personne malade de tous ses maux\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a061).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le langage po\u00e9tique de la d\u00e9pression ne cherche pas \u00e0 d\u00e9finir une forme unique de gu\u00e9rison, mais plut\u00f4t \u00e0 multiplier\u00a0les sens et les significations de cette maladie. Cette ambition de resignifier la maladie transpara\u00eet notamment dans le plurilinguisme de l\u2019\u0153uvre, l\u2019imbrication de l\u2019espagnol et du fran\u00e7ais permettant \u00e0 l\u2019auteur de naviguer plus librement dans le langage en s\u2019affranchissant des limites que peut repr\u00e9senter l\u2019utilisation d\u2019une langue particuli\u00e8re pour lui. Il arrive \u00e0 y transiter et, dans cette mesure, le jeu de d\u00e9placement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame du langage fait en sorte qu\u2019on peut le consid\u00e9rer, lui aussi, comme un espace dans lequel il est possible de se resubjectiver. Le narrateur vante la richesse de son bilinguisme en \u00e9voquant ainsi ces deux langues qui sont \u00e0 la fois identit\u00e9 et alt\u00e9rit\u00e9 et qui se soutiennent mutuellement\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019une peut d\u00e9construire l\u2019autre, l\u2019une peut me sauver quand l\u2019autre tombe\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a047). L\u2019insertion de l\u2019espagnol dans l\u2019\u0153uvre et, plus g\u00e9n\u00e9ralement, l\u2019hybridit\u00e9 langagi\u00e8re, permettent l\u2019\u00e9mergence d\u2019une conscience communautaire chez l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est l\u2019\u00e9criture y los idiomas<a id=\"footnoteref3_k2nkhxx\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0et les langues\u2026\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0\" href=\"#footnote3_k2nkhxx\">[3]<\/a>\u00a0qui m\u2019ont reli\u00e9 aux autres, d\u2019un\u00a0<em>je<\/em>\u00a0\u00e0 un\u00a0<em>nous<\/em>, d\u2019un\u00a0<em>yo<\/em><a id=\"footnoteref4_raets8r\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0\" href=\"#footnote4_raets8r\">[4]<\/a>\u00a0\u00e0 un\u00a0<em>nosotros<\/em><a id=\"footnoteref5_yxoubuy\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0\" href=\"#footnote5_yxoubuy\">[5]<\/a>, de soi \u00e0 une communaut\u00e9 d\u00e9sireuse de dire le mal\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>, 47). Malgr\u00e9 le caract\u00e8re intime de la pratique d\u2019\u00e9criture, c\u2019est elle qui rend possible une rencontre avec les autres et avec les diff\u00e9rentes langues qui habitent le sujet. \u00a0<\/p>\n<h2>L\u2019espace litt\u00e9raire et textuel comme lieu de communaut\u00e9<\/h2>\n<p>Dans\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>,\u00a0la communaut\u00e9 est un \u00e9l\u00e9ment essentiel pour envisager une gu\u00e9rison. Aussi l\u2019\u0153uvre propose-t-elle un rem\u00e8de \u00e0 la d\u00e9pression qui ne correspond pas aux pratiques m\u00e9dicalis\u00e9es de la culture dominante. Les membres de cette communaut\u00e9 qui se dessine au gr\u00e9 des lectures du narrateur recherchent des mani\u00e8res de vivre la d\u00e9pression dans ses potentialit\u00e9s plut\u00f4t que de la cantonner \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9 qui lui est syst\u00e9matiquement associ\u00e9e. C\u2019est ainsi par la lecture d\u2019essais sur la d\u00e9pression que la communaut\u00e9 advient pour l\u2019auteur\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Nous aider\u00a0<\/em>: soudain, je comprenais que c\u2019\u00e9tait pour ce type de phrases que je lisais tant. Pour qu\u2019un\u00a0<em>nous<\/em>\u00a0se forme.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a073) En se rendant compte que son exp\u00e9rience est partag\u00e9e et qu\u2019elle a donn\u00e9 naissance \u00e0 d\u2019autres \u00e9crits, Dawson r\u00e9alise que l\u2019espace litt\u00e9raire est un lieu o\u00f9 les voix marginalis\u00e9es des personnes d\u00e9pressives r\u00e9ussissent \u00e0 se faire entendre. C\u2019est dans cette mesure que le texte en tant qu\u2019espace devient litt\u00e9ralement un r\u00e9seau investi des paroles\u00a0d\u2019auteur\u00b7rice\u00b7s qui se joignent \u00e0 celle du narrateur. \u00a0<\/p>\n<p>L\u2019intertextualit\u00e9 dans l\u2019\u0153uvre de Dawson, en plus de participer \u00e0 l\u2019hybridit\u00e9 formelle, donne \u00e0 lire une v\u00e9ritable \u00e9laboration communautaire de la parole d\u00e9pressive. En lisant des essais et des romans qui traitent de la d\u00e9pression dans ses dimensions sociales, le narrateur parvient \u00e0 se lier \u00e0 une communaut\u00e9 th\u00e9orique et litt\u00e9raire. Le texte de Dawson peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une recherche-cr\u00e9ation, puisque l\u2019auteur y m\u00eale des consid\u00e9rations th\u00e9oriques et des pratiques artistiques pour amorcer une r\u00e9flexion plurielle sur la d\u00e9pression. Le livre est parsem\u00e9 de citations d\u2019auteur\u00b7rice\u00b7s qui, se m\u00e9langeant \u00e0 l\u2019\u00e9criture du narrateur en s\u2019y ins\u00e9rant sans guillemets, lui permettent de \u00ab\u00a0<em>vivre \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des mots d\u2019autrui<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(Siri Hustvedt dans\u00a0<em>DD<\/em>,\u00a077, Dawson souligne). Cette rencontre avec les \u00e9crits d\u2019autres personnes ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9pressives confirme, pour l\u2019auteur, que la cr\u00e9ation est une voie possible pour aller mieux, pour partager et mettre en commun une exp\u00e9rience si souvent individualis\u00e9e par les syst\u00e8mes de domination occidentaux et binaires.\u00a0\u00a0<\/p>\n<p>Il est pertinent de mobiliser les th\u00e9ories postcoloniales pour lire l\u2019\u0153uvre de Dawson, puisqu\u2019il identifie, \u00e0 travers sa d\u00e9marche, les structures dominantes de pouvoir qui font de sa parole un discours minoritaire, et cherche \u00e0 les subvertir. L\u2019exploration d\u2019une pens\u00e9e postcoloniale qui met en valeur les points de vue racis\u00e9s, immigrants et queers\u00a0(identit\u00e9s auxquelles se rattache l\u2019\u00e9crivain), est d\u2019autant plus \u00e9mancipatrice que nombre d\u2019\u00e9crits sur la d\u00e9pression reconduisent des \u00e9pist\u00e9mologies blanches et h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9es<a id=\"footnoteref6_ssf43te\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0Avant de se concentrer sur des textes \u00e9crits par des personnes racis\u00e9es, le narrateur n\u2019avait cit\u00e9 que des auteur\u00b7rice\u00b7s blanc\u00b7he\u00b7s\u00a0: C\u00e9line Curiol, Ann Cvetkovitch, Siri Hustvedt, Julia Kristeva, Philippe Labro, Mathieu Leroux, Heather Love, Annie Perreault, Cl\u00e9ment Rosset, Eve Kosofsky Sedgwick et William Styron. La majorit\u00e9 de ces \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s reconduisent des perspectives h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9es. C\u2019est pourquoi Dawson souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de se tourner vers des textes issus de minorit\u00e9s, qui correspondent davantage \u00e0 son identit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Lire des essais sur la d\u00e9pression, donc, puis en chercher d\u2019autres qui abordent autrement la d\u00e9pression, \u00e0 partir d\u2019ailleurs, \u00e0 partir des marges o\u00f9 se trouvent et s\u2019expriment les moins riches et le moins blanc\u00b7he\u00b7s, pour r\u00e9pondre \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de faire entendre ma voix racis\u00e9e, diasporique et multilingue.\u00a0\u00bb\u00a0(DD,\u00a086)\u00a0\" href=\"#footnote6_ssf43te\">[6]<\/a>. La th\u00e9orie postcoloniale permet de penser autrement la d\u00e9pression et son traitement, en revalorisant le r\u00f4le de la communaut\u00e9 diasporique et queer dans la compr\u00e9hension de ce qui sp\u00e9cifie l\u2019exp\u00e9rience d\u00e9pressive telle que v\u00e9cue par un sujet migrant et queer.\u00a0D\u2019ailleurs, selon Ahmed, c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019ali\u00e9nation provoqu\u00e9e par l\u2019exp\u00e9rience migratoire, en ce qu\u2019elle implique une red\u00e9finition du rapport identitaire entre soi et les autres, qui permet la cr\u00e9ation d\u2019une communaut\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0the process of estrangement is the condition for allowing the emergence of a contested community, a community which \u201cmakes a place\u201d in the act of reaching out to the \u201cout of place-ness\u201d of other migrant bodies\u00a0\u00bb\u00a0(1999,\u00a0345). L\u2019identification, entre elles, des personnes ayant une exp\u00e9rience commune permet la cr\u00e9ation d\u2019un lieu d\u2019appartenance qui l\u00e9gitime leurs v\u00e9cus en tant que sujets marginalis\u00e9s.\u00a0<\/p>\n<p>En effet, les t\u00e9moignages de personnes d\u00e9pressives ayant des perspectives d\u00e9centr\u00e9es, et par le fait m\u00eame, de personnes rel\u00e9gu\u00e9es \u00e0 la marge \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la marge, contribuent \u00e0 souder encore davantage la communaut\u00e9 migrante et queer. L\u2019intersection des diff\u00e9rentes identit\u00e9s marginalis\u00e9es du narrateur forme un r\u00e9seau complexe de domination qu\u2019il serait impossible de hi\u00e9rarchiser, mais qui fait \u00e9merger les sp\u00e9cificit\u00e9s de son exp\u00e9rience et de la communaut\u00e9 \u00e0 laquelle il se rattache. Par exemple, l\u2019exp\u00e9rience diasporique qu\u2019impliquent l\u2019exil, l\u2019immigration et le racisme est analys\u00e9e pour faire \u00e9merger une vision qui d\u00e9passe le cadre h\u00e9g\u00e9monique de la d\u00e9pression comme ph\u00e9nom\u00e8ne biologis\u00e9 et m\u00e9dicalis\u00e9\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nos d\u00e9pressions se souviennent des traumas de nos anc\u00eatres, se performent au m\u00eame titre que notre racialisation, notre\u00a0<em>brownness<\/em>\u00a0qui nomme la maladie et les sympt\u00f4mes autrement, parfois en-de\u00e7\u00e0 de ce que les \u00e9pist\u00e9mologies dominantes et blanches ont d\u00e9velopp\u00e9 comme vocabulaire pathologique de la d\u00e9pression.\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a087)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Lorsque le narrateur \u00e9crit que \u00ab\u00a0el sufrimiento no es igual<a id=\"footnoteref7_pr71ikb\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0la souffrance n\u2019est pas pareille\u2026\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0\" href=\"#footnote7_pr71ikb\">[7]<\/a>\u00a0\u00e0 la souffrance\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a088), la confrontation de l\u2019espagnol et du fran\u00e7ais convoque une communaut\u00e9 diasporique, latino-am\u00e9ricaine notamment, dont l\u2019exp\u00e9rience particuli\u00e8re donne un sens autre \u00e0 la d\u00e9pression. Cette hybridit\u00e9 linguistique peut \u00eatre analys\u00e9e avec le concept du tiers-espace tel que th\u00e9oris\u00e9 par Homi Bhabha, puisqu\u2019il repr\u00e9sente\u00a0un interstice d\u2019o\u00f9 peut \u00e9merger une pens\u00e9e hybride de soi et de la culture, d\u00e9passant l\u2019opposition binaire entre identit\u00e9 et alt\u00e9rit\u00e9\u00a0(1988,\u00a020). De plus, le tiers-espace permet de rendre manifestes les processus ambivalents de signification et de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la communication et le langage\u00a0(22). C\u2019est ce que fait Dawson en utilisant \u00e0 la fois l\u2019espagnol et le fran\u00e7ais dans son texte; l\u2019ambivalence entre les deux langues transforme la signification de la d\u00e9pression pour en cr\u00e9er une nouvelle. Ainsi, la d\u00e9finition de la maladie mise \u00e0 lire dans le texte de Dawson s\u2019inscrit dans l\u2019ambivalence du tiers-espace. Elle n\u2019est ni celle associ\u00e9e \u00e0 une \u00e9pist\u00e9mologie blanche ni celle que la racialisation oblige \u00e0 performer diff\u00e9remment, mais acquiert une signification propre, que le narrateur arrive \u00e0 s\u2019approprier po\u00e9tiquement.\u00a0Le sufrimiento<a id=\"footnoteref8_q9z994s\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00a0\u00ab\u00a0La souffrance\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0\" href=\"#footnote8_q9z994s\">[8]<\/a>, dans sa dimension racis\u00e9e, diasporique, devient alors une \u00ab\u00a0forme d\u2019agentivit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a088), puisqu\u2019elle donne lieu \u00e0 des formes propres de vivre le mal-\u00eatre.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9flexion affirmant la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019\u00e9laboration d\u2019une perspective alternative dans l\u2019exploration de la d\u00e9pression est aussi incarn\u00e9e par une vision queer de la tristesse et de la souffrance. Dawson n\u2019est pas le premier \u00e0 faire le lien entre la communaut\u00e9 queer et la d\u00e9pression. Ahmed, dans\u00a0<em>The Cultural Politics of Emotions\u00a0(<\/em>2004)\u00a0et\u00a0<em>The Promise of Hapiness<\/em>\u00a0(2009),\u00a0a th\u00e9oris\u00e9 l\u2019inconfort vis-\u00e0-vis la culture h\u00e9t\u00e9ronormative qui ali\u00e8ne les personnes queers, puisqu\u2019elle leur donne le sentiment que leur existence a moins de valeur. En d\u00e9pit de cet inconfort, qui peut susciter une certaine honte chez le sujet queer, celui-ci ne cherche pas \u00e0 atteindre l\u2019aisance propos\u00e9e par le syst\u00e8me h\u00e9t\u00e9rocentr\u00e9, explique Ahmed, car l\u2019aspiration \u00e0 un tel id\u00e9al correspondrait \u00e0 une assimilation\u00a0(2004,\u00a0155). Le bonheur, ou du moins la conception qu\u2019en propose l\u2019id\u00e9ologie capitaliste et h\u00e9t\u00e9rosexuelle, n\u2019est donc pas ce que le sujet d\u00e9pressif et queer recherche. S\u2019opposant \u00e0 ce \u00ab\u00a0bonheur\u00a0\u00bb, la d\u00e9pression appara\u00eet alors comme un espace contestant la culture h\u00e9g\u00e9monique. Ahmed d\u00e9montre que le bonheur camoufle des scripts rigides, qu\u2019il est tributaire de normes oppressives et que, par cons\u00e9quent, l\u2019existence \u00e0 travers la d\u00e9pression, la revendication de cet \u00e9tat, rel\u00e8ve d\u2019une attitude queer. Ce propos est repris dans\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>, puisque le narrateur explore la possibilit\u00e9 de concevoir la d\u00e9pression comme un espace propice \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une communaut\u00e9 marginale, mais d\u00e9sireuse d\u2019incarner cette marginalit\u00e9. Il souligne l\u2019importance de la constitution de\u00a0\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>cultures autres, alternatives, qui n\u00e9cessitent des formes hybrides, interdisciplinaires et d\u00e9centr\u00e9es pour v\u00e9ritablement traduire la pluralit\u00e9 des fa\u00e7ons dont nous exp\u00e9rimentons le d\u00e9placement, l\u2019appartenance et l\u2019identit\u00e9. Il s\u2019agit alors, pour [lui], d\u2019un processus r\u00e9solument queer, qui prend appui non seulement sur [s] on exp\u00e9rience de migration et de racialisation, mais aussi sur [s] a subjectivit\u00e9 queer, avec laquelle [il] investi [t] la perte, le rejet et d\u2019autres formes traumatiques de marginalisation [\u2026] afin de positivement rendre possible la cr\u00e9ation de fa\u00e7ons moins h\u00e9g\u00e9moniques et moins binaires de\u00a0(se) dire et de se cr\u00e9er.\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a0146)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La revendication de l\u2019\u00e9tat d\u00e9pressif, en plus d\u2019\u00eatre une attitude queer, permet aussi d\u2019explorer diff\u00e9rentes mani\u00e8res de cr\u00e9er, d\u2019\u00e9crire, d\u2019investir des formes qui sont propres \u00e0 cette communaut\u00e9.\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>\u00a0atteste de cette hybridit\u00e9 r\u00e9solument queer\u00a0: l\u2019\u0153uvre brouille le binarisme entre la fiction et la r\u00e9alit\u00e9, entre l\u2019essai th\u00e9orique et la cr\u00e9ation artistique, entre le bon du bonheur et le mauvais de la d\u00e9pression, entre la maladie et son r\u00e9tablissement. La d\u00e9pression y est r\u00e9fl\u00e9chie, revendiqu\u00e9e et habit\u00e9e \u00e0 travers une perspective queer qui en explore les potentialit\u00e9s plut\u00f4t que de tenter de l\u2019\u00e9radiquer.\u00a0<\/p>\n<p>La communaut\u00e9 qui \u00e9merge gr\u00e2ce \u00e0 la lecture et \u00e0 l\u2019\u00e9criture permet donc de concevoir l\u2019espace litt\u00e9raire comme un lieu de collectivit\u00e9. Cette r\u00e9flexion sur l\u2019espace dans sa dimension m\u00e9taphorique am\u00e8ne \u00e9galement \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019\u00e9tat d\u00e9pressif comme un lieu communautaire, d\u2019o\u00f9 une pens\u00e9e alternative, marginalis\u00e9e, peut advenir. La d\u00e9pression, dans le livre, rev\u00eat d\u2019ailleurs les caract\u00e9ristiques qui fondent la pens\u00e9e queer; elle est envisag\u00e9e dans une optique de constant changement, positionn\u00e9e contre l\u2019ach\u00e8vement et la finitude. Dans l\u2019essai, le motif de la boucle, qui caract\u00e9rise la d\u00e9pression, permet ainsi de consid\u00e9rer la cr\u00e9ation, l\u2019exil, la m\u00e9moire, l\u2019amour, le r\u00e9cit de soi, comme des processus infinis. Le narrateur d\u00e9clare que \u00ab\u00a0les r\u00e9cits les plus sombres [sont] pourtant ceux [qu\u2019il passera sa] vie \u00e0 reformuler\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>, 150). Le mouvement perp\u00e9tuel qui singularise l\u2019attitude queer rejoint aussi le mouvement \u00e9voqu\u00e9 par Cvetkovich, qui caract\u00e9rise la cr\u00e9ation dans la d\u00e9pression. \u00c0 la fin du roman, le personnage semble aller mieux; il r\u00e9ussit \u00e0 adopter la temporalit\u00e9 et le langage psychiatriques et ali\u00e9nants de la d\u00e9pression avec courage, mais \u00e9crit\u00a0pourtant\u00a0: \u00ab\u00a0Le combat a \u00e9t\u00e9, pourtant je me dis\u00a0<em>le combat sera<\/em>. C\u2019est l\u00e0 que je m\u2019effondre.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a0165) Cette derni\u00e8re phrase du texte rappelle l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re de tout \u00e9tat \u00e9motionnel; elle souligne aussi l\u2019impossible ach\u00e8vement, autant de la cr\u00e9ation que de la r\u00e9flexion queer, qui n\u00e9cessite la transition, la transformation et la transdisciplinarit\u00e9.\u00a0<\/p>\n<h2>L\u2019\u00e9criture de la d\u00e9pression comme cr\u00e9ation d\u2019un tiers espace?\u00a0<\/h2>\n<p>La probl\u00e9matique de l\u2019espace, autour de laquelle j\u2019ai organis\u00e9 ma r\u00e9flexion sur le texte de Dawson, m\u2019a amen\u00e9e \u00e0 analyser l\u2019espace physique qu\u2019habite et que parcourt le personnage pour \u00e9tudier ensuite les implications symboliques du lieu dans l\u2019\u00e9criture de la d\u00e9pression. Le d\u00e9placement entre l\u2019espace intime et l\u2019espace ext\u00e9rieur est reconduit dans l\u2019espace textuel, c\u2019est-\u00e0-dire que le texte litt\u00e9raire, souvent consid\u00e9r\u00e9 comme un lieu personnel, intime, relevant d\u2019une seule personne, repr\u00e9sente ici un lieu communautaire, o\u00f9 les pens\u00e9es et les r\u00e9flexions sont en constante reformulation, o\u00f9 la cr\u00e9ation n\u2019est jamais achev\u00e9e. Dans la revendication de la d\u00e9pression comme espace favorisant la cr\u00e9ation, le mouvement et la resubjectivation transpara\u00eet un processus queer qui permet de r\u00e9\u00e9valuer la fa\u00e7on dont nous vivons nos vies, \u00ab\u00a0d\u2019imaginer de nouvelles mani\u00e8res de fa\u00e7onner un monde plus bienveillant\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a0159).<\/p>\n<p>Dans la foul\u00e9e de cette r\u00e9flexion spatiale sur la d\u00e9pression et le texte litt\u00e9raire, positionner l\u2019\u00e9criture de la d\u00e9pression dans le tiers-espace de Bhabha permet de rendre manifeste le d\u00e9placement op\u00e9r\u00e9 entre le lieu confin\u00e9 et l\u2019espace communautaire, puisqu\u2019il ne peut s\u2019effectuer que par la n\u00e9gociation des diff\u00e9rentes significations que nous donnons \u00e0 la d\u00e9pression. Si le \u00ab\u00a0tiers-espace \u00e9tablit [\u2026] au seuil de tout \u00e9nonc\u00e9 le dispositif qui rend visible le lieu de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0\u00bb\u00a0(Cuillerai\u00a02010, par.\u00a026), il permet l\u2019\u00e9mergence de paroles in\u00e9dites qui, sous le sceau de l\u2019ambivalence, arrivent \u00e0 resignifier la dimension oppressive de certains aprioris de la culture h\u00e9g\u00e9monique. Penser la d\u00e9pression dans le tiers-espace permet de la concevoir \u00e0 la fois dans sa dimension subjective et collective, et ce, en c\u00e9l\u00e9brant dans toute sa beaut\u00e9 queer et immigrante la maladie et les cr\u00e9ations qu\u2019elle engendre.\u00a0<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Ahmed, Sara. 1999. \u00ab\u00a0Home and Away. Narratives of migration and estrangement\u00a0\u00bb,\u00a0<em>International Journal of Cultural Studies<\/em>\u00a02, no.\u00a03\u00a0: 329-347.\u00a0<\/p>\n<p>\u2e3b\u2e3b\u2e3b. 2004.\u00a0<em>The Cultural Politics of Emotions<\/em>. \u00c9dimbourg\u00a0: Edinburgh University Press.<\/p>\n<p>\u2e3b\u2e3b\u2e3b. 2009.\u00a0<em>The Promise of Happiness<\/em>. Durham\u00a0: Duke University Press. \u00a0<\/p>\n<p>Bhabha, Homi. 1988. \u00ab\u00a0Commitment to Theory\u00a0\u00bb,\u00a0<em>New Formation<\/em>, no.\u00a05\u00a0: 5-23.<\/p>\n<p>Cuillerai, Marie. 2010. \u00ab\u00a0Le Tiers-espace\u00a0: une pens\u00e9e de l\u2019\u00e9mancipation?\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Acta Fabula\u00a0<\/em>11,\u00a0no.1. En\u00a0ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/revue\/document5451.php?fbclid=IwAR3gLzbgmB8LSjcX-1XomAXaSAk1cinam1vsJUSYFCk85RC1NxleGQK6WKs\u00a0\">https:\/\/www.fabula.org\/revue\/document5451.php?fbclid=IwAR3gLzbgmB8LSjcX-&#8230;<\/a>(Consult\u00e9 le 7\u00a0mars 2021)\u00a0<\/p>\n<p>Dawson, Nicholas. 2020.\u00a0<em>D\u00e9sormais, ma demeure<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: Triptyque.<\/p>\n<p>Eribon, Didier. 2012.\u00a0<em>R\u00e9flexions sur la question gay<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.\u00a0<\/p>\n<p>Levinas, Emmanuel. 1998.\u00a0<em>De l\u2019\u00e9vasion<\/em>. Paris\u00a0: Le Livre de Poche.\u00a0<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_7ofdq8r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_7ofdq8r\">[1]<\/a> \u00a0Dawson\u00a02020, 34. Pour all\u00e9ger le texte, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019\u0153uvre se feront avec les initiales\u00a0<em>DD<\/em>, suivies du folio.\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote2_jjnlx83\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_jjnlx83\">[2]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0\u2026 o\u00f9 se tient solitaire mon corps que personne ne voit.\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis)\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote3_k2nkhxx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_k2nkhxx\">[3]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0et les langues\u2026\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote4_raets8r\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_raets8r\">[4]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0<em>je<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote5_yxoubuy\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_yxoubuy\">[5]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0<em>nous<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote6_ssf43te\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_ssf43te\">[6]<\/a> \u00a0Avant de se concentrer sur des textes \u00e9crits par des personnes racis\u00e9es, le narrateur n\u2019avait cit\u00e9 que des auteur\u00b7rice\u00b7s blanc\u00b7he\u00b7s\u00a0: C\u00e9line Curiol, Ann Cvetkovitch, Siri Hustvedt, Julia Kristeva, Philippe Labro, Mathieu Leroux, Heather Love, Annie Perreault, Cl\u00e9ment Rosset, Eve Kosofsky Sedgwick et William Styron. La majorit\u00e9 de ces \u00e9crivain\u00b7e\u00b7s reconduisent des perspectives h\u00e9t\u00e9ronorm\u00e9es. C\u2019est pourquoi Dawson souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de se tourner vers des textes issus de minorit\u00e9s, qui correspondent davantage \u00e0 son identit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Lire des essais sur la d\u00e9pression, donc, puis en chercher d\u2019autres qui abordent autrement la d\u00e9pression, \u00e0 partir d\u2019ailleurs, \u00e0 partir des marges o\u00f9 se trouvent et s\u2019expriment les moins riches et le moins blanc\u00b7he\u00b7s, pour r\u00e9pondre \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de faire entendre ma voix racis\u00e9e, diasporique et multilingue.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>DD<\/em>,\u00a086)\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote7_pr71ikb\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_pr71ikb\">[7]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0la souffrance n\u2019est pas pareille\u2026\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0<\/p>\n<p id=\"footnote8_q9z994s\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_q9z994s\">[8]<\/a> \u00a0\u00ab\u00a0La souffrance\u00a0\u00bb\u00a0(Je traduis.)\u00a0<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Morin, C\u00e9cilia. 2021. \u00ab\u00a0D\u00e9sormais, ma demeure\u00a0de Nicholas Dawson : de l\u2019espace confin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;espace communautaire dans l\u2019\u00e9criture de la d\u00e9pression\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab Le parti pris de l&rsquo;ordinaire : penser le quotidien \u00bb, no 33, En ligne, https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5712 (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/morin_33.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 morin_33.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-3c5f735d-e25d-4350-a65e-a1aea01fe2e0\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/morin_33.pdf\">morin_33<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/morin_33.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-3c5f735d-e25d-4350-a65e-a1aea01fe2e0\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab\u00a0Le parti pris de l\u2019ordinaire : penser le quotidien\u00a0\u00bb,\u00a0no\u00a033 La troisi\u00e8me publication de Nicholas Dawson est une \u0153uvre hybride, \u00e0 l\u2019intersection entre l\u2019essai, la prose po\u00e9tique et la fiction, pouvant \u00e9galement s\u2019inscrire sous l\u2019\u00e9gide de la recherche-cr\u00e9ation.\u00a0D\u00e9sormais, ma demeure\u00a0(2020) raconte la d\u00e9pression, l\u2019indicible de sa langueur et de sa souffrance, dans une perspective queer, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1335,1333],"tags":[275],"class_list":["post-5712","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-hors-dossier-le-parti-pris-de-lordinaire-penser-le-quotidien","category-le-parti-pris-de-lordinaire-penser-le-quotidien","tag-morin-cecilia"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5712","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5712"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5712\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8444,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5712\/revisions\/8444"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5712"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5712"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5712"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}