{"id":5718,"date":"2024-06-13T19:48:35","date_gmt":"2024-06-13T19:48:35","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/de-la-fragile-possibilite-de-la-vie-continuee\/"},"modified":"2024-08-15T18:34:50","modified_gmt":"2024-08-15T18:34:50","slug":"de-la-fragile-possibilite-de-la-vie-continuee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5718","title":{"rendered":"De la fragile possibilit\u00e9 de la vie continu\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6906\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6906\">Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p><em>Et, dans l\u2019attente, que faire et que dire<\/em><\/p>\n<p><em>Je ne sais; et \u00e0 quoi bon des po\u00e8tes en un temps de d\u00e9tresse?<\/em><\/p>\n<p>H\u00f6lderlin,\u00a0<em>Pain et vie<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La question n\u2019est pas (que) rh\u00e9torique.<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Extraits de leur contexte d\u2019\u00e9nonciation premier, d\u00e9racin\u00e9s, greff\u00e9s aux temps pr\u00e9sents, ces mots \u00e9crits en 1800 par H\u00f6lderlin trouvent ici, il me semble, r\u00e9sonance, nous invitent \u00e0 penser, dans la reconnaissance de nos incertitudes, la valeur, le sens et le pouvoir de l\u2019imaginaire alors que nous nous tenons dans le paysage d\u00e9j\u00e0 d\u00e9vast\u00e9 \u2013 espace d\u2019une d\u00e9solation en cours \u2013 de la crise climatique<a id=\"footnoteref1_zh99xpo\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2021, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un s\u00e9minaire d\u00e9di\u00e9 aux nouvelles orientations du centre de recherche Figura, la question centrale \u00e9tait justement \u00ab\u00a0Que peut l\u2019imaginaire dans un monde qui br\u00fble?\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote1_zh99xpo\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>(\u00e9crire sur la ligne de cr\u00eate la ligne de faille face au pire face \u00e0 ce qui advient \u00e0 ce qui d\u2019avance nous p\u00e9trifie)<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Aux \u00ab\u00a0temps des catastrophes<a id=\"footnoteref2_qusx0o4\" class=\"see-footnote\" title=\"Je reprends ici une partie du titre que la revue\u00a0tha\u00eatre\u00a0a consacr\u00e9 aux arts vivants saisis au prisme de l\u2019\u00e9cologie et de la crise environnementale\u00a0: \u00ab\u00a0Climats du th\u00e9\u00e2tre au temps des catastrophes\u00a0\u00bb. En ligne\u00a0: https:\/\/www.thaetre.com\/2019\/07\/06\/4-climats-du-theatre-au-temps-des-cat... \" href=\"#footnote2_qusx0o4\">[2]<\/a>\u00a0\u00bb, comment s\u2019extraire de la sid\u00e9ration?<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Dans son article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Les imaginaires \u00e9cologiques de la sc\u00e8ne actuelle\u00a0: r\u00e9cits, formes, affects\u00a0\u00bb, la chercheuse en \u00e9tudes th\u00e9\u00e2trales Julie Sermon se penche sur les racines de la profonde stupeur dans laquelle semble nous plonger la crise environnementale et sur la fa\u00e7on dont l\u2019imaginaire \u2013 en particulier celui qui se rattache aux art vivants \u2013 peut contribuer, gr\u00e2ce \u00e0 sa \u00ab\u00a0port\u00e9e affectante\u00a0\u00bb, \u00e0 une sortie de notre enlisement commun. Pour expliquer l\u2019\u00e9cart important que l\u2019on remarque entre, d\u2019une part, la prise de conscience \u00e9cologique et, d\u2019autre part, l\u2019inaction face \u00e0 celle-ci, elle reprend les mots du philosophe et \u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon avan\u00e7ant que cela tient \u00e0 ce que \u00ab\u00a0\u00ab\u00a0la pens\u00e9e du d\u00e9sastre n\u2019est pas encore pass\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tat de figuration, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019imagination \u2013 d\u2019images vives\u00a0\u00bb, seules \u00e0 m\u00eame d\u2019\u00a0\u00bbempuissantiser\u00a0\u00bb\u00a0les id\u00e9es\u00a0\u00ab\u00a0impuissantes de la science\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb (Sermon, 2018, 4). On reconna\u00eet dans cette division \u00e9nonc\u00e9e par Lordon le \u00ab\u00a0grand partage de l\u2019enchantement\u00a0\u00bb qui, traditionnellement, du moins en Occident, s\u00e9pare la science et les arts, r\u00e9servant \u00e0 la premi\u00e8re le privil\u00e8ge de la construction, de la d\u00e9tention et de la diffusion du savoir, et accordant aux seconds seuls la possibilit\u00e9 de produire de l\u2019enchantement de l\u2019exp\u00e9rience par le truchement de l\u2019imagination et de l\u2019\u00e9vocation<a id=\"footnoteref3_pu035ms\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir Estelle Zhong Mengual et Baptiste Morizot. 2018. \u00ab\u00a0L\u2019illisibilit\u00e9 du paysage\u00a0: enqu\u00eate sur la crise \u00e9cologique comme crise de la sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0Nouvelle revue d\u2019esth\u00e9tique, no. 22.\" href=\"#footnote3_pu035ms\">[3]<\/a>. Si les fronti\u00e8res ne paraissent aujourd\u2019hui plus aussi \u00e9tanches entre ces sph\u00e8res, et que nombre de d\u00e9marches et d\u2019\u0153uvres proc\u00e8dent par percolation, croisements, maillages entre langages scientifiques et artistiques, pour Sermon, ce sont la litt\u00e9rature et les arts, par les affects qu\u2019ils peuvent susciter, qui demeurent les plus susceptibles d\u2019engager un \u00ab\u00a0agir \u00e9cologique\u00a0\u00bb (<em>Id<\/em>.). Cet agir n\u2019est pas n\u00e9cessairement li\u00e9 au militantisme ni \u00e0 l\u2019\u00e9dification de nouvelles utopies transformatrices. Il se rattache avant tout \u00e0 l\u2019\u00e9veil ou au maintien d\u2019une sensibilit\u00e9, laquelle constitue le ferment d\u2019une attention \u00e9largie, \u00ab\u00a0\u00e9vast\u00e9e<a id=\"footnoteref4_353plir\" class=\"see-footnote\" title=\"J\u2019emprunte ce n\u00e9ologisme \u00e0 Alain Damasio dans sa postface \u00e0 l\u2019ouvrage de Baptiste Morizot. 2020.\u00a0Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivant. Paris\u00a0: Actes sud, coll. \u00ab\u00a0Mondes sauvages\u00a0\u00bb.\" href=\"#footnote4_353plir\">[4]<\/a>\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019ensemble du vivant, au monde tel qu\u2019il va (ou ne va pas).<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0(\u2026) des outils narratifs, des outils qui intensifient l\u2019attention, des id\u00e9es qui font exister du remarquable (\u2026)\u00a0\u00bb. (De Kerangal et Despret, 2020, 18)<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Avec les moyens de la litt\u00e9rature ou du th\u00e9\u00e2tre, mobiliser d\u2019autres politiques attentionnelles; renouveler les r\u00e9cits qui nous permettent, \u00e0 m\u00eame leur vuln\u00e9rabilit\u00e9, voire depuis leur deuil annonc\u00e9, de fabriquer des espaces habitables.\u00a0<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>(\u00e9crire au seuil de la disparition \u00e9crire la fin tout en en repoussant infiniment l\u2019atteinte \u00e9crire dans la suspension dans le tremblement des possibles)<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Je propose ici deux incursion \u00e9copo\u00e9tiques br\u00e8ves, des entr\u00e9es au sein de cr\u00e9ations \u2013 l\u2019une th\u00e9\u00e2trale, l\u2019autre circassienne \u2013 qui font du deuil \u00e9cologique, de son oscillation entre perte m\u00e9lancolique et r\u00e9sistance \u00e0 cette perte, le noyau de la fiction.\u00a0<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<h2>Persistance, enchev\u00eatrements<\/h2>\n<p><em>A Letter from the Ocean<\/em>\u00a0est une cr\u00e9ation th\u00e9\u00e2trale vid\u00e9ographique de Cristina Cugliandro, \u00e0 partir d\u2019un texte de Caridad Svich. La pi\u00e8ce a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e en ligne \u00e0 l\u2019occasion du Festival Eco-Anxiety de la compagnie montr\u00e9alaise Imago Th\u00e9\u00e2tre \u00e0 l\u2019hiver 2021.\u00a0Cette \u0153uvre se passe apr\u00e8s la fin de notre monde; elle nous donne \u00e0 entendre les mots de l\u2019oc\u00e9an qui adresse une lettre \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 et lui demande d\u2019imaginer ce que serait notre pr\u00e9sent si la vie avait pu, ou pouvait encore, y persister. La fiction se tient, dans un \u00e9quilibre pr\u00e9caire, entre l\u2019imaginaire de la collapsologie et celui d\u2019une possible suite du monde. Le dispositif sc\u00e9nique est \u00e9pur\u00e9\u00a0: l\u2019image montre un plateau nu \u00e0 l\u2019exception d\u2019un petit \u00e9tabli en bois sur lequel repose un r\u00e9troprojecteur. Derri\u00e8re cet objet, la performeuse Clea Minaker, en silence, manipule diff\u00e9rentes mati\u00e8res qui sont projet\u00e9es sur un \u00e9cran au fond\u00a0de la sc\u00e8ne: papiers, petites brindilles, algues, coul\u00e9es liquides de couleurs. Le paysage sonore est fait du bruit des vagues et du vent auquel se superpose bient\u00f4t une voix de femme. Celle-ci raconte l\u2019histoire du monde en acc\u00e9l\u00e9r\u00e9\u00a0: ses commencements, l\u2019apparition des for\u00eats, des animaux, de l\u2019humanit\u00e9, l\u2019\u00e9mergence des r\u00e9cits, puis la fuite dans les bois alors que tout br\u00fble. Cette voix raconte aussi qu\u2019un jour, dans ces m\u00eames bois, est arriv\u00e9e une lettre inattendue\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Une lettre est venue de l\u2019oc\u00e9an.<\/p>\n<p>Elle \u00e9tait adress\u00e9e aux personnes qui ont fui dans les bois.<\/p>\n<p>La lettre \u00e9tait dans une enveloppe scell\u00e9e qui sentait le lilas; son papier \u00e9tait mince.<\/p>\n<p>La lettre commen\u00e7ait par ces mots\u00a0: \u00ab\u00a0Ch\u00e8res personnes qui ont fui dans les bois alors que le monde \u00e9tait en feu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Chaque mot de la lettre sonnait comme un pissenlit et faisait appara\u00eetre d\u2019autres mots perdus\u00a0: nectar, saule, coquillage\u2026<a id=\"footnoteref5_p1ye9wd\" class=\"see-footnote\" title=\"Ma traduction, \u00e9tablie \u00e0 partir de la cr\u00e9ation vid\u00e9o. Le texte est, \u00e0 ce jour, in\u00e9dit.\" href=\"#footnote5_p1ye9wd\">[5]<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce qui attire mon attention dans cette \u00e9cofiction, ce sont les alliages enchev\u00eatr\u00e9s entre pr\u00e9sences humaine et oc\u00e9anique, d\u00e9ploy\u00e9s dans l\u2019\u00e9criture comme sur le plateau. L\u2019oc\u00e9an n\u2019est pas transpos\u00e9 dans un corps, incarn\u00e9, mais sa parole d\u00e9ferle jusqu\u2019\u00e0 nous, comme le son qui voyage sur l\u2019eau. Le dispositif d\u2019\u00e9nonciation privil\u00e9gi\u00e9 est celui de la prosopop\u00e9e o\u00f9 il s\u2019agit de faire discourir un \u00eatre absent ou encore une entit\u00e9 autre qu\u2019humaine \u2013 pr\u00e9sence animale, v\u00e9g\u00e9tale, min\u00e9rale ou mat\u00e9rielle. Or, la prosopop\u00e9e, dans la pi\u00e8ce, ne mobilise jamais l\u2019\u00e9nonciation directe. La parole de l\u2019oc\u00e9an passe par le truchement d\u2019une lettre, un \u00e9crit plut\u00f4t qu\u2019une adresse en sc\u00e8ne. Cette lettre met formellement de l\u2019avant une \u00ab\u00a0voix traversante<a id=\"footnoteref6_wbrcxb1\" class=\"see-footnote\" title=\"Voir Fran\u00e7oise Heulot-Petit. 2009.\u00a0\u00ab\u00a0Pr\u00e9sences de l\u2019autre. \u00c9l\u00e9ments de dramaturgie du monologue et de la pi\u00e8ce monologu\u00e9e contemporaine\u00a0\u00bb, dans Fran\u00e7oise Dubor et Christophe Triau (dir.),\u00a0Monologuer. Pratiques du discours solitaire au th\u00e9\u00e2tre. Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes.\" href=\"#footnote6_wbrcxb1\">[6]<\/a>\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire une voix qui s\u2019ins\u00e8re dans le discours \u2013 souvent un monologue \u2013 et qui le traverse, le transperce, le contamine, s\u00e8me de la pluralit\u00e9 et de l\u2019indiscernable dans l\u2019\u00e9nonciation. Ici, les mots de l\u2019oc\u00e9an s\u2019immiscent dans une voix humaine, une voix hospitali\u00e8re qui est celle d\u2019une narratrice invisible. Cette voix, qui \u00e9mane de la piste sonore et se m\u00eale au bruit du vent et des vagues, s\u2019adresse directement au public et n\u2019est pas associ\u00e9e \u00e0 un personnage.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, la performeuse en sc\u00e8ne (qui agit comme une manipulatrice \u00e0 vue en th\u00e9\u00e2tre de marionnettes, soit dans un entre-deux de pr\u00e9sence et d\u2019absence), \u00e9tablit diff\u00e9rentes interconnexions avec la voix pr\u00e9enregistr\u00e9e et avec l\u2019oc\u00e9an. Son inscription sur la sc\u00e8ne rel\u00e8ve donc de l\u2019ind\u00e9cidable et de l\u2019inassignable. Alors que son corps, m\u00eame s\u00e9par\u00e9 de la voix diffus\u00e9e, mat\u00e9rialise une pr\u00e9sence humaine, ses gestes, eux, donnent vie \u00e0 l\u2019oc\u00e9an\u00a0: ses mouvements s\u2019accordent \u00e0 la trajectoire des mots de la lettre, de la nostalgie \u00e0 la col\u00e8re destructrice. Avec ses mains, sous la lumi\u00e8re du r\u00e9troprojecteur, la performeuse d\u00e9roule et superpose diff\u00e9rentes couches de papier, d\u00e9chire, chiffonne, \u00e9gr\u00e8ne des mati\u00e8res friables, r\u00e9pand des liquides bleus, verts, turquoise, fait onduler les vagues de plus en plus rapidement. Parfois, les fronti\u00e8res entre son corps et l\u2019oc\u00e9an se dissolvent alors que sur l\u2019\u00e9cran, ses doigts dansent avec les algues ou alors que ses bras, \u00e0 la toute fin de la pi\u00e8ce, recueillent les mati\u00e8res tourbillonnantes avant que la lumi\u00e8re ne s\u2019\u00e9teigne.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>A Letter from the Ocean<\/em>, la pr\u00e9sence oc\u00e9anique appara\u00eet plurielle, partag\u00e9e entre le \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb \u00e9nonciatif de l\u2019oc\u00e9an, ins\u00e9r\u00e9 dans la narration, et entre une mat\u00e9rialisation qui brouille les fronti\u00e8res du corps humain, de l\u2019\u00e9cran et des mati\u00e8res solides et liquides. D\u00e8s lors, la voix de l\u2019oc\u00e9an ne se limite plus aux mots mais se r\u00e9pand, fluide, \u00e0 travers ces diff\u00e9rents degr\u00e9s de pr\u00e9sence.<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Entendre l\u2019oc\u00e9an avec l\u2019oc\u00e9an, \u00ab\u00a0voir l\u2019oc\u00e9an avec l\u2019oc\u00e9an, nos yeux bord\u00e9s d\u2019eau sal\u00e9e<a id=\"footnoteref7_xqsccs6\" class=\"see-footnote\" title=\"Ma traduction.\" href=\"#footnote7_xqsccs6\">[7]<\/a> \u00bb. (Alaimo, 2012, 476)<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Dans un monde en train de s\u2019effriter et de dispara\u00eetre, la voix oc\u00e9ane, qui est aussi la n\u00f4tre, fait entendre, ressac \u00e0 bas bruit, l\u2019id\u00e9e partag\u00e9e d\u2019une persistance.\u00a0<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<h2>Immersion, interconnexion<\/h2>\n<p>Sur un mince bout de terrain, en semi-friches, o\u00f9 se tiennent debout, fr\u00eales, quelques conif\u00e8res, huit artistes de cirque invitent le public \u00e0 les accompagner dans une trajectoire s\u2019\u00e9crivant \u00e0 m\u00eame un tressage de pr\u00e9sences humaines et autre qu\u2019humaines. Des pr\u00e9sences enracin\u00e9es \u2014 arbres, arbustes, bosquets \u2014 mais aussi ponctuelles et fugitives \u2013 abeilles, vol\u00e9es d\u2019oiseaux. Cr\u00e9\u00e9 \u00e0 Montr\u00e9al, le spectacle\u00a0<em>Branch\u00e9\u00a0<\/em>des compagnies circassiennes Acting for Climate et Barcode d\u00e9ploie un parcours ambulatoire modul\u00e9 en fonction des caract\u00e9ristiques physiques des lieux qu\u2019il investit\u00a0: parc, bois\u00e9, terrain vague, littoral, zones planes ou escarp\u00e9es, espaces \u00e0 la v\u00e9g\u00e9tation dense ou clairsem\u00e9s<a id=\"footnoteref8_87nz1gf\" class=\"see-footnote\" title=\"Branch\u00e9\u00a0est un spectacle nomade qui, dans la tradition du \u00ab\u00a0Site Specific Theatre\u00a0\u00bb, s\u2019adapte aux particularit\u00e9s g\u00e9ographiques et mat\u00e9rielles des lieux o\u00f9 il est pr\u00e9sent\u00e9.\" href=\"#footnote8_87nz1gf\">[8]<\/a>. Le spectacle pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9\u00a02021 dans le cadre du Festival Montr\u00e9al compl\u00e8tement cirque d\u00e9bute sur une bande gazonn\u00e9e pr\u00e8s de la TOHU, se transporte ensuite dans les sentiers herbeux du Parc Fr\u00e9d\u00e9ric-Back et se termine sur une petite colline parsem\u00e9e d\u2019arbres situ\u00e9e derri\u00e8re le si\u00e8ge social du Cirque du Soleil.<\/p>\n<p>L\u2019exp\u00e9rience rel\u00e8ve de l\u2019immersion dans l\u2019espace et du d\u00e9placement\u00a0: mouvements de nos corps sur les chemins, de lieu en lieu; d\u00e9localisation de nos perceptions, d\u00e9centrement de l\u2019attention sur ce qui transperce le tissu de la repr\u00e9sentation\u00a0: branches qui craquent, bourdonnements, rayons du soleil, obliques, qui traversent les feuillages et se d\u00e9posent sur les corps. Un d\u00e9placement attentionnel de la p\u00e9riph\u00e9rie vers le centre, pour dire, dans l\u2019entrelacement des pr\u00e9sences, le monde qui court \u00e0 l\u2019effondrement, s\u2019effondre, se rel\u00e8ve (peut-\u00eatre). Dans cette dramaturgie en trois temps, les sauts, voltiges, port\u00e9s et mains \u00e0 mains, d\u2019abord perform\u00e9s dans la connivence (avec les partenaires et avec l\u2019environnement), le c\u00e8dent en effet rapidement \u00e0 la comp\u00e9tition, au d\u00e9sordre, \u00e0 l\u2019inattention qui pr\u00e9c\u00e8de, fatalement, un \u00e9croulement. Alors que les interconnexions avec l\u2019autre qu\u2019humain, en particulier avec les arbres o\u00f9 s\u2019accrochent, se suspendent ou s\u2019enroulent les corps, s\u2019amenuisent en cours de repr\u00e9sentation, ce sont des chants d\u2019oiseaux qui viennent clore le spectacle et, tout \u00e0 la fois, l\u2019ouvrir, d\u00e9gager de possibles prolongements. Interpell\u00e9\u00b7es par ces chants qui affirment leur pr\u00e9sence \u2013 leur \u00ab\u00a0importance\u00a0\u00bb, dirait Vinciane Despret \u2013 les interpr\u00e8tes se rel\u00e8vent lentement du sol, se tiennent, pas tout \u00e0 fait debout, pas encore, au centre d\u2019une \u00e9coute partag\u00e9e. Le public retient son souffle, tend l\u2019oreille. Les oiseaux continuent de chanter; ce n\u2019est pas la fin.<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a l\u00e0 comme une joie prise \u00e0 ce qu\u2019il y ait ces autres, \u00e0 ce qu\u2019ils soient tels\u00a0: un courant d\u2019intensit\u00e9s, de ricochets d\u2019affections, une intensification de l\u2019attention, la reconnaissance d\u2019une importance, d\u2019une raret\u00e9, et le d\u00e9sir de tourner vers elle tout l\u2019effort de la compr\u00e9hension\u00a0\u00bb (Mac\u00e9, 2022, 91).<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Branch\u00e9<\/em>, il ne s\u2019agit pas de \u00ab\u00a0faire parler\u00a0\u00bb les oiseaux (les arbres, les abeilles), au risque d\u2019une ventriloquie malvenue. Il ne s\u2019agit pas non plus de pr\u00e9tendre \u00e9crire ou chor\u00e9graphier avec ces pr\u00e9sences mais bien de cohabiter pour un temps avec elles, de leur accorder vive attention, de nouer \u00e0 la leur notre exp\u00e9rience du monde et les myriades de significations possibles qui peuvent \u00e9merger de celles-ci.<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p><em>A Letter from the Ocean<\/em>\u00a0et\u00a0<em>Branch\u00e9<\/em>\u00a0ont, il me semble, la port\u00e9e affectante dont parlent Lordon et Sermon. \u00c0 travers les dispositifs qu\u2019elles d\u00e9ploient, notamment dans l\u2019effritement des fronti\u00e8res entre l\u2019humain et l\u2019autre qu\u2019humain, ces cr\u00e9ations produisent des \u00ab\u00a0images vives\u00a0\u00bb et des exp\u00e9riences d\u2019attention augment\u00e9e; elles sont aussi une invitation \u00e0 nous d\u00e9prendre de la torpeur et de l\u2019indiff\u00e9rence.<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Pour Marielle Mac\u00e9, la parole po\u00e9tique \u00ab\u00a0rel\u00e8ve [\u2026] de nos responsabilit\u00e9s \u00e9cologiques\u00a0\u00bb (Mac\u00e9, 2022, 236). Avec elle, je crois que cette parole, de m\u00eame que d\u2019autres formes et conduites artistiques, peuvent \u00ab\u00a0constituer une forme d\u2019attention, un soin de soi et du monde, une possibilit\u00e9 d\u2019extension et de reliaisons\u00a0\u00bb et qu\u2019elles peuvent \u00ab\u00a0accompagner les m\u00e9tamorphoses et les luttes, mais seulement si on s\u2019en donne la peine\u00a0\u00bb (<em>Id<\/em>.).<\/p>\n<p>&#8211;<\/p>\n<p>Ces \u0153uvres et ces pratiques, dans notre pr\u00e9sent incertain, \u00ab\u00a0ouvrent des possibilit\u00e9s de vie commune\u00a0\u00bb (Sermon, 2021, 133) et, peut-\u00eatre, de vie continu\u00e9e.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Alaimo, Stacy. 2012. \u00ab\u00a0States of Suspension\u00a0: Trans-corporeality at Sea\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Interdisciplinary Studies in Literature and Environment<\/em>, vol. 19, no. 3.<\/p>\n<p>De Kerangal, Maylis et Vinciane Despret. 2020. \u00ab\u00a0Deux chercheuses sur le chemin des m\u00e9tamorphoses\u00a0\u00bb, pr\u00e9face \u00e0 l\u2019ouvrage\u00a0<em>Le ravissement de Darwin\u00a0: le langage des plantes<\/em>, par Carla Hustak et Natasha Myers. Paris\u00a0: \u00c9ditions La D\u00e9couverte.<\/p>\n<p>Heulot-Petit, Fran\u00e7oise. 2009.\u00a0\u00ab\u00a0Pr\u00e9sences de l\u2019autre. \u00c9l\u00e9ments de dramaturgie du monologue et de la pi\u00e8ce monologu\u00e9e contemporaine\u00a0\u00bb, dans Fran\u00e7oise Dubor et Christophe Triau (dir.),\u00a0<em>Monologuer. Pratiques du discours solitaire au th\u00e9\u00e2tre<\/em>. Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes.<\/p>\n<p>Mac\u00e9, Marielle. 2022.\u00a0<em>Une pluie d\u2019oiseaux<\/em>. Paris\u00a0: \u00c9ditions Corti.<\/p>\n<p>Morizot, Baptiste. 2020.\u00a0<em>Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivant<\/em>. Paris\u00a0: Actes sud, coll. \u00ab\u00a0Mondes sauvages\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Sermon, Julie. 2018. \u00ab\u00a0Les imaginaires \u00e9cologiques de la sc\u00e8ne actuelle\u00a0: r\u00e9cits, formes, affects\u00a0\u00bb,\u00a0<em>Th\u00e9\u00e2tre\/Public<\/em>, no. 229.\u00a0<\/p>\n<p>Sermon, Julie. 2021.\u00a0<em>Morts ou vifs. Pour une \u00e9cologie des arts vivants<\/em>. Paris\u00a0: B42.\u00a0<\/p>\n<p>Zhong Mengual, Estelle et Baptiste Morizot. 2018. \u00ab\u00a0L\u2019illisibilit\u00e9 du paysage\u00a0: enqu\u00eate sur la crise \u00e9cologique comme crise de la sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Nouvelle revue d\u2019esth\u00e9tique<\/em>, no. 22.<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_zh99xpo\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_zh99xpo\">[1]<\/a> \u00c0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2021, \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un s\u00e9minaire d\u00e9di\u00e9 aux nouvelles orientations du centre de recherche Figura, la question centrale \u00e9tait justement \u00ab\u00a0Que peut l\u2019imaginaire dans un monde qui br\u00fble?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote2_qusx0o4\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_qusx0o4\">[2]<\/a> Je reprends ici une partie du titre que la revue\u00a0<em>tha\u00eatre<\/em>\u00a0a consacr\u00e9 aux arts vivants saisis au prisme de l\u2019\u00e9cologie et de la crise environnementale\u00a0: \u00ab\u00a0Climats du th\u00e9\u00e2tre au temps des catastrophes\u00a0\u00bb. En ligne\u00a0: <a href=\"https:\/\/www.thaetre.com\/2019\/07\/06\/4-climats-du-theatre-au-temps-des-catastrophes\/\">https:\/\/www.thaetre.com\/2019\/07\/06\/4-climats-du-theatre-au-temps-des-cat&#8230;<\/a><\/p>\n<p id=\"footnote3_pu035ms\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_pu035ms\">[3]<\/a> Voir Estelle Zhong Mengual et Baptiste Morizot. 2018. \u00ab\u00a0L\u2019illisibilit\u00e9 du paysage\u00a0: enqu\u00eate sur la crise \u00e9cologique comme crise de la sensibilit\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Nouvelle revue d\u2019esth\u00e9tique<\/em>, no. 22.<\/p>\n<p id=\"footnote4_353plir\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_353plir\">[4]<\/a> J\u2019emprunte ce n\u00e9ologisme \u00e0 Alain Damasio dans sa postface \u00e0 l\u2019ouvrage de Baptiste Morizot. 2020.\u00a0<em>Mani\u00e8res d\u2019\u00eatre vivant<\/em>. Paris\u00a0: Actes sud, coll. \u00ab\u00a0Mondes sauvages\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p id=\"footnote5_p1ye9wd\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_p1ye9wd\">[5]<\/a> Ma traduction, \u00e9tablie \u00e0 partir de la cr\u00e9ation vid\u00e9o. Le texte est, \u00e0 ce jour, in\u00e9dit.<\/p>\n<p id=\"footnote6_wbrcxb1\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_wbrcxb1\">[6]<\/a> Voir Fran\u00e7oise Heulot-Petit. 2009.\u00a0\u00ab\u00a0Pr\u00e9sences de l\u2019autre. \u00c9l\u00e9ments de dramaturgie du monologue et de la pi\u00e8ce monologu\u00e9e contemporaine\u00a0\u00bb, dans Fran\u00e7oise Dubor et Christophe Triau (dir.),\u00a0<em>Monologuer. Pratiques du discours solitaire au th\u00e9\u00e2tre<\/em>. Rennes\u00a0: Presses universitaires de Rennes.<\/p>\n<p id=\"footnote7_xqsccs6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_xqsccs6\">[7]<\/a> Ma traduction.<\/p>\n<p id=\"footnote8_87nz1gf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_87nz1gf\">[8]<\/a> <em>Branch\u00e9<\/em>\u00a0est un spectacle nomade qui, dans la tradition du \u00ab\u00a0Site Specific Theatre\u00a0\u00bb, s\u2019adapte aux particularit\u00e9s g\u00e9ographiques et mat\u00e9rielles des lieux o\u00f9 il est pr\u00e9sent\u00e9.<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Cyr, Catherine. 2022. \u00ab De la fragile possibilit\u00e9 de la vie continu\u00e9e \u00bb,\u00a0<em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/cyr-36&gt;\u00a0(Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36 Et, dans l\u2019attente, que faire et que dire Je ne sais; et \u00e0 quoi bon des po\u00e8tes en un temps de d\u00e9tresse? H\u00f6lderlin,\u00a0Pain et vie La question n\u2019est pas (que) rh\u00e9torique. &#8211; Extraits de leur contexte d\u2019\u00e9nonciation premier, d\u00e9racin\u00e9s, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1338,1139],"tags":[88],"class_list":["post-5718","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-de-letude-du-vivant-la-litterature-au-prisme-des-ecologies","category-preface","tag-cyr-catherine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5718","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5718"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5718\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8311,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5718\/revisions\/8311"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5718"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5718"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5718"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}