{"id":5720,"date":"2024-06-13T19:48:36","date_gmt":"2024-06-13T19:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/indigo-et-la-connaissance-ecowomaniste-le-pouvoir-de-linnommable-spectralite-dans-sassafrass-cypress-indigo-de-ntozake-shange\/"},"modified":"2024-08-20T16:44:57","modified_gmt":"2024-08-20T16:44:57","slug":"indigo-et-la-connaissance-ecowomaniste-le-pouvoir-de-linnommable-spectralite-dans-sassafrass-cypress-indigo-de-ntozake-shange","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5720","title":{"rendered":"Indigo et la connaissance \u00e9cowomaniste : le pouvoir de l\u2019innommable spectralit\u00e9 dans \u00ab Sassafrass, Cypress &#038; Indigo \u00bb de Ntozake Shange"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6906\">Dossier : \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36<\/a><\/h5>\n<p><em>T.W.\u00a0: viol; violences racistes<\/em><\/p>\n<p>Publi\u00e9 en 1982, le roman\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo<\/em>\u00a0de Ntozake Shange demande, d\u00e8s ses premi\u00e8res lignes, de nous ouvrir \u00e0 la magie du monde et des femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Where there is a woman there is magic\u00a0\u00bb (<em>SCI\u00a0<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Dor\u00e9navant\u00a0<em>SCI<\/em>.<\/span>, 1). Pour l\u2019\u00e9cof\u00e9ministe<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">L\u2019\u00e9cof\u00e9minisme est un mouvement n\u00e9 des revendications f\u00e9ministes des ann\u00e9es 1970 qui met en lumi\u00e8re l\u2019interrelation entre l\u2019exploitation de la nature et l\u2019exploitation des femmes ou, comme le d\u00e9finit \u00c9milie Hache\u00a0: \u00ab c\u2019est la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 qui valorise une culture de guerre dans laquelle les femmes peuvent \u00eatre viol\u00e9es, insult\u00e9es, agress\u00e9es, aussi bien chez elles que dans la rue; c\u2019est la m\u00eame culture qui entretient un rapport de destruction \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la nature et de haine envers les femmes, c\u2019est donc cette culture dans son ensemble qu\u2019il s\u2019agit de changer.\u00a0\u00bb (2016, 19). Les \u00e9cof\u00e9ministes ont une approche plurielle, qui allie le spirituel, la fiction et la science au politique. Les champs \u00e9cof\u00e9ministes sont ainsi perm\u00e9ables : il n\u2019existe pas, \u00e0 proprement parler, une th\u00e9orie\u00a0<em>litt\u00e9raire<\/em>\u00a0\u00e9cof\u00e9ministe, mais ses ouvrages philosophiques, sociologiques, anthropologiques ou militants donnent tous des outils d\u2019analyse litt\u00e9raire, car ils s\u2019attaquent \u00e0 la politisation de l\u2019imaginaire et des r\u00e9cits.<\/span> et sorci\u00e8re am\u00e9ricaine Starhawk, la magie est ce qui permet de \u00ab\u00a0trouver des sources de force et de renouveau \u2014 la v\u00e9ritable magie [est celle] qui dissout la peur\u00a0\u00bb (Starhawk\u00a02015 [1982], 155).\u00a0Ainsi, Ntozake Shange adresse son roman \u00ab\u00a0to all women in struggle\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982], vii).\u00a0C\u2019est un r\u00e9cit m\u00eal\u00e9 de mysticisme, d\u2019enchantements et de r\u00e9sistance qui montre comment s\u2019attaquer \u00e0 la peur de la perte de soi quand on est une femme Noire aux \u00c9tats-Unis. Cette lutte contre l\u2019invisibilisation et l\u2019invalidation de son exp\u00e9rience \u2014 propre \u00e0 l\u2019entrecroisement des oppressions sexistes et racistes \u2014 ne se fait pas seule\u00a0: que ce soit dans un\u00a0<em>safe space<\/em>\u00a0avec ses cons\u0153urs ou en \u00e9tant habit\u00e9es par les esprits de ses anc\u00eatres, les personnages f\u00e9minins de Shange trouvent leur pouvoir dans le lien qu\u2019elles entretiennent avec les femmes de leur communaut\u00e9, avec la nature et avec le monde des esprits. Le roman suit l\u2019histoire de trois s\u0153urs n\u00e9es \u00e0 Charleston\u00a0: Sassafrass, Cypress et Indigo, mais c\u2019est cette derni\u00e8re, la benjamine, qui entretient un rapport unique avec les anc\u00eatres. Leur pr\u00e9sence spectrale traverse l\u2019imaginaire, mais aussi le corps d\u2019Indigo\u00a0: cela lui conf\u00e8re une vision lucide et magique du monde et lui donne le pouvoir d\u2019exprimer ce qui est innommable. J\u2019analyserai <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">M\u00eame si je m\u2019appuie sur des critiques provenant de la\u00a0<em>Black Feminist Thought<\/em>, il est \u00e0 noter que ma posture de lectrice est celle d\u2019une femme blanche qui en aucun cas ne se revendique d\u2019une autorit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience sur les r\u00e9alit\u00e9s des femmes africaines-am\u00e9ricaines. Or, il me semble pertinent de prendre le temps, en tant que femme blanche, d\u2019\u00e9couter ce que ces autrices et critiques ont \u00e0 dire sur la violence exerc\u00e9e par nos soci\u00e9t\u00e9s et des solutions propos\u00e9es pour tendre collectivement vers un monde meilleur.<\/span> dans ce texte la figure \u00e9cof\u00e9ministe (ou \u00e9cowomaniste \u2014 comme nous le verrons plus loin) qu\u2019incarne Indigo, \u00e0 travers ses pratiques artistiques et ses rituels mystiques. Shange utilise cette figure afin d\u2019explorer, au sein de sa fiction, la conscience collective des femmes africaines-am\u00e9ricaines et son entrelacement avec la nature du Nouveau Monde.<\/p>\n<h2><strong>La lune qui s&rsquo;\u00e9chappe des l\u00e8vres<\/strong><\/h2>\n<p>Le roman d\u00e9bute et se cl\u00f4t sur les chapitres focalis\u00e9s sur Indigo. Souvent associ\u00e9 \u00e0 un\u00a0<em>Bildungsroman<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Mot allemand qui signifie litt\u00e9ralement un \u00ab roman de formation \u00bb, le\u00a0<em>Bildungsroman\u00a0<\/em>est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9 comme un genre litt\u00e9raire qui a pour grande importance les th\u00e8mes d\u2019apprentissage et d\u2019initiation pour les personnages mis en sc\u00e8ne.<\/span>,\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo<\/em>\u00a0accorde davantage de temps aux r\u00e9cits des deux grandes s\u0153urs, puisque Sassafrass et Cypress se cherchent toujours une fois adulte dans les grandes villes am\u00e9ricaines et \u00e0 travers leurs relations amoureuses, alors qu\u2019Indigo saisit tr\u00e8s bien son identit\u00e9 et sa place dans le monde d\u00e8s son adolescence. Elle est pr\u00e9sent\u00e9e comme une fille qui parle tr\u00e8s peu, car, dit-on d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, elle a une lune dans sa bouche\u00a0: \u00ab\u00a0A woman with a moon falling from her mouth, roses between her legs and tiaras of Spanish moss, this woman is a consort of the spirits\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 1). Shange la d\u00e9crit dans des termes organiques, alliant lune, roses et mousse avec son corps. Cela lui conf\u00e8re d\u2019une part un caract\u00e8re\u00a0<em>magique<\/em>, elle qui entretient un rapport \u00e9troit avec le monde des spectres et, d\u2019autre part, si l\u2019on se fie \u00e0 la d\u00e9finition qu\u2019en donne Starhawk,\u00a0<em>politique<\/em>.\u00a0Tr\u00e8s jeune, Indigo explique \u00e0 sa m\u00e8re ceci\u00a0: \u00ab\u00a0I\u2019ve got earth blood, filled up with the Geechees long gone, and the sea\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 1).\u00a0Les Geechees sont les enfants l\u00e9gendaires issus des mariages entre Africain\u00b7e\u00b7s et Autochtones au d\u00e9but de l\u2019esclavage, lorsque ces derniers et derni\u00e8res avaient encore la capacit\u00e9 d\u2019offrir un asile aux esclaves en fuite\u00a0: \u00ab\u00a0As legendary figures, these children are noted for their fierce invincibility and fighting spirit in the struggle for freedom\u00a0\u00bb (Thompson-Cager 1989, 595). Indigo se revendique d\u2019un h\u00e9ritage mystique et de r\u00e9sistance, un h\u00e9ritage qui ne vient pas sans son lot de responsabilit\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Indigo is a star child, a person who walks between worlds or a dream walker, a person who lives in the space between known or defined realities\/time dimensions. She is also what is called a \u00ab\u00a0carrier\u00a0\u00bb, a child who inherits the responsibility of speaking with the voice of the ancestors. (Thompson-Cager 1989, 594)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette figure de\u00a0<em>carrier<\/em>\u00a0est \u00e0 la fois celle qui transporte (<em>bearer<\/em>)<em>\u00a0\u2014\u00a0<\/em>ou peut-\u00eatre qui\u00a0<em>porte<\/em>\u00a0\u2014 et celle qui transmet (<em>messenger<\/em>). Indigo tient sur elle \u00e0 la fois le poids des anc\u00eatres et la force de faire parler ces voix oubli\u00e9es de l\u2019Histoire.\u00a0<\/p>\n<p>Cette particularit\u00e9 d\u2019Indigo fait en sorte que les autres la per\u00e7oivent comme une fille \u00e9trange\u00a0: \u00ab\u00a0Sitting among her dolls, Indigo looked quite mad\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 1).\u00a0Elle converse avec ses poup\u00e9es dans l\u2019espace public et m\u00eame que \u00ab\u00a0[s]ometimes when someone else was talking, Indigo excused herself \u2014 her dolls were calling for her\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982], 2).\u00a0Ces conversations surviennent parfois durant son sommeil, et les requ\u00eates de ses poup\u00e9es sont celles du peuple Noir\u00a0: \u00ab\u00a0Black people needed so many things\u00a0\u00bb, dira-t-elle (<em>SCI<\/em>, 2). Ces poup\u00e9es Noires qu\u2019elle a elle-m\u00eame cr\u00e9\u00e9es avec des racines de cotton, \u00ab\u00a0so they\u2019d have no more slave children\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 4), des feuilles de consoude et des retailles du tissage de sa m\u00e8re et de ses s\u0153urs repr\u00e9sentent, selon Anissa Janine Wardi, le corps diasporique des Africaines\u00a0: \u00ab\u00a0Through memory and imagination, Indigo creates dolls that summon the ancestors\u00a0\u00bb (2012, 133). L\u2019h\u00e9ritage de sa famille imm\u00e9diate, incarn\u00e9e par les retailles, est ce qui permet \u00e0 Indigo de tisser (dans les deux sens du terme) un lien avec ses anc\u00eatres, anc\u00eatres qui ne peuvent plus \u00ab\u00a0enfanter\u00a0\u00bb d\u2019autres esclaves, mais qui donnent plut\u00f4t voix aux esclaves oubli\u00e9\u00b7e\u00b7s. Des objets du quotidien qui, en apparence, sont sans grande valeur, ces retailles sont resignifi\u00e9s par la petite d\u2019un point de vue spirituel, artistique et politique, un mouvement qu\u2019Alice Walker d\u00e9crit dans son essai \u00ab\u00a0In Search of our Mothers\u2019 Gardens\u00a0\u00bb comme l\u2019acte d\u2019aller puiser dans les secrets des m\u00e8res et leur h\u00e9ritage\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>And yet, it is to my mother \u2014 and all our mothers who were not famous \u2014 that I went in search of the secret of what has fed that muzzled and often mutilated, but vibrant, creative spirit that the black woman has inherited, and that pops out in wild and unlikely places to this day. (1983, 238-239)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Devant les comportements de sa fille, Hilda Effania, la m\u00e8re d\u2019Indigo, hochera pourtant la t\u00eate et dira\u00a0: \u00ab\u00a0Something\u2019s got hold to my child, I swear.\u00a0She\u2019s got too much South in her\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 2). Selon Chezia Thompson-Cager, \u00ab\u00a0\u201cToo much South\u201d in this passage means too much African influence, too much mysticism and not enough Puritan pragmatism and technology. Indigo\u2019s habits do appear to be more like an ancient earth priestess\u00a0\u00bb (1989, 595).\u00a0Ainsi, comme le montre le jeu avec ses poup\u00e9es\u00a0\u2014 qui n\u2019est pas sans rappeler les pratiques du voodoo \u2014, la vision d\u2019Indigo sur le monde na\u00eet d\u2019un imaginaire habit\u00e9 par la spectralit\u00e9 de ses anc\u00eatres et c\u2019est pourquoi Shange \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0[s]he made herself, her world, from all that she came from\u00a0\u00bb (2010 [1982], 2). Et cette force de transformation ne la quittera pas de tout le roman.<\/p>\n<h2>\u00ab\u202f The reality of the unreal \u00bb<\/h2>\n<p>Lorsque la jeune adolescente a ses premi\u00e8res menstruations, Hilda Effania lui demande de cesser d\u2019emmener ses poup\u00e9es (ses meilleures amies) avec elle dans l\u2019espace public\u00a0: sa m\u00e8re cherche \u00e0 la prot\u00e9ger du regard des autres, mais, du m\u00eame coup, elle exige de taire une partie essentielle de sa fille, lui demande de cesser d\u2019\u00eatre ce pont entre le monde des vivants et le monde des morts <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">\u00a0La relation entre Hilda Effania et ses filles est particuli\u00e8rement intrigante : remplie d\u2019amour, elle se pose toutefois de mani\u00e8re conflictuelle, ce qui soul\u00e8ve plusieurs questions sur les rapports interg\u00e9n\u00e9rationnels f\u00e9minins en situation de survivance. Quels traumas Hilda Effania l\u00e8gue-t-elle \u00e0 ses filles sous ses silences? Quel est le r\u00f4le d\u2019une m\u00e8re devant la brutalit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine durant la s\u00e9gr\u00e9gation? Ces questions sur les relations m\u00e8re-filles m\u00e9riteraient un article en soi et ne seront que bri\u00e8vement mentionn\u00e9es ici; or, il importe de mentionner que si Hilda Effania n\u2019encourage sa fille qu\u2019\u00e0 la fin du roman, Indigo puise par elle-m\u00eame dans l\u2019h\u00e9ritage que peut lui offrir sa m\u00e8re.<\/span>. Triste et d\u00e9pourvue, Indigo explique sa solitude \u00e0 Uncle John, un homme sans domicile fixe qui partage sa parole sage avec les membres du quartier. Il lui tend un violon en le pr\u00e9sentant comme le nouvel ami d\u2019Indigo.\u00a0Uncle John entame son explication ainsi\u00a0: \u00ab\u00a0Listen now, girl. I\u2019ma tell ya some matters of the reality of the unreal.\u00a0In times blacker than these\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 22). Il lui raconte comment, durant l\u2019esclavage, les Blancs leur ont d\u00e9rob\u00e9 leur identit\u00e9, leur ont vol\u00e9 leur langage et m\u00eame leurs esprits (<em>spirits<\/em>), et quand les esclaves \u2014 \u00ab\u00a0the slaves who were ourselves\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 23) \u2014 ne pouvaient ni parler ni marcher librement, le violon et la musique prenaient langue pour eux\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>The fiddle was the talkin\u2019 one. The fiddle be callin\u2019 our gods what left us\/be givin\u2019 back some devilment &amp; hope in our bodies worn down &amp; lonely over these fields &amp; kitchens. [&#8230;] The Colored got some wits to em, you &amp; me, we ain\u2019t the onliest ones be talkin\u2019 wit the unreal. What ya think music is, whatchu think the blues be, &amp; them get happy church musics is about, but talkin\u2019 with the unreal what\u2019s mo\u2019 real than most folks ever gonna know. (<em>SCI<\/em>, 22-23)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019irr\u00e9el, pour le traduire litt\u00e9ralement, rappelle cette id\u00e9e, amen\u00e9e par Thompson-Cager, qu\u2019Indigo transgresse les fronti\u00e8res des r\u00e9alit\u00e9s et des temps et que, en tant que\u00a0<em>carrier<\/em>, elle peut redonner un langage au pass\u00e9, \u00e0 l\u2019indicible, \u00e0 l\u2019innommable des douleurs de l\u2019esclavage. Si cette r\u00e9alit\u00e9 est invisible, elle est, selon Uncle John, la plus authentique, et le peuple Noir transporte en lui cet h\u00e9ritage \u00e0 la fois heureux et douloureux.\u00a0C\u2019est la raison pour laquelle Uncle John lui a fait cadeau de l\u2019instrument\u00a0: \u00ab\u00a0he\u2019d got this feeling in his waking up that Indigo was dwelling dangerous on the misery of the slaves who were ourselves, &amp; this feeling directed him to march her toward the beauty of this world &amp; the joys of the those come before us\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 31). Comme l<span dir=\"RTL\">\u2019indique Cheryl A. Wall, \u00ab\u00a0[m]usic is at once the container and transmitter of memory\u00a0\u00bb\u00a0(2005, 10), \u00ab\u00a0[m]usic is also a metaphor for the unspeakable : what cannot be said both because it is too painful or dangerous to express in words and because no one could hear or understand the words if they could be found\u00a0\u00bb\u00a0(2005, 17).\u00a0Au m\u00eame titre que la musique, Indigo contient et transmet la m\u00e9moire collective.<\/span><\/p>\n<p>Indigo joue le violon par son corps et son\u00a0\u00e2me; sans technique, elle invoque les oiseaux, le vent, le cr\u00e9puscule, le tonnerre et les mar\u00e9es hautes\u00a0: \u00ab\u00a0Through sound, Indigo marries the past to the present, intoning the blues, happy church music, talking in tongues, Atlantic travel, and the natural world\u00a0\u00bb\u00a0(Wardi 2012, 138). Cette force provient du pouvoir-du-dedans, concept \u00e9cof\u00e9ministe que Starhawk th\u00e9orise comme \u00ab\u00a0le pouvoir du bas, de l<span dir=\"RTL\">\u2019obscur, de la terre; le pouvoir qui vient de notre sang, de nos vies et de notre d\u00e9sir passionn\u00e9\u00a0\u00bb (2015 [1982], 39). Ce pouvoir permet \u00e0 Indigo de rejouer \u00e0 travers son violon le pass\u00e9 heureux d\u2019une personne qui se tient devant elle, tout comme cela lui permet de manipuler de fa\u00e7on magique les \u00e9l\u00e9ments naturels qui l\u2019entourent, comme les eaux et les vents. Ce r\u00f4le liminal de\u00a0<em>carrier\u00a0<\/em>ne se joue donc pas uniquement sur le temps\u00a0: selon les traditions africaines, les esprits des anc\u00eatres habitent la nature. Indigo brouille donc, avec ses poup\u00e9es et son violon, les fronti\u00e8res entre vivant et non-vivant, faisant d\u2019elle une figure \u00e9cof\u00e9ministe au sein du roman, c\u2019est-\u00e0-dire un personnage qui incarne l\u2019interconnectivit\u00e9 et la sensibilit\u00e9 possible entre le monde naturel et le monde humain d\u2019un point de vue \u00e9minemment f\u00e9minin.<\/span><\/p>\n<p>Toutefois, le terme\u00a0\u00ab\u00a0\u00e9cof\u00e9ministe\u00a0\u00bb me semble peut-\u00eatre insuffisant dans ce contexte-ci, puisque s\u2019il refl\u00e8te l\u2019intersection des oppressions patriarcale et capitaliste sur la nature et sur les femmes, il ne s\u2019inscrit pas n\u00e9cessairement dans une approche d\u00e9coloniale et antiraciste. Il est int\u00e9ressant de noter que le discours dominant consid\u00e8re que les Noir\u00b7e\u00b7s n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat envers le monde naturel, puisque \u00ab\u00a0[t]his sentiment stems from African Americans<span dir=\"RTL\">\u2019\u00a0traumatic, coerced relationship with the natural world during enslavement that presumably impeded their ability to cultivate an autonomous interest in and connection to the natural world\u00a0\u00bb (Ferrari 2020, paragr. 2). Ainsi, la pens\u00e9e \u00e9cocritique a souvent exclu les textes africains-am\u00e9ricains, valorisant le\u00a0<em>nature writing\u00a0<\/em>\u2014 genre litt\u00e9raire qui s\u2019attarde \u00e0 l\u2019observation de la nature selon une perspective souvent autobiographique \u2014 d\u2019un point de vue blanc et masculin. L\u2019\u00e9cof\u00e9minisme a fait surgir, pour sa part, l\u2019association historique entre les femmes et la nature, toutes deux exploit\u00e9es syst\u00e9miquement, et le potentiel politique de reconsid\u00e9rer cette relation pour un monde plus \u00e9cologique et plus juste. S\u2019il est possible aujourd\u2019hui d\u2019inscrire les \u00e9cof\u00e9minismes dans des d\u00e9marches d\u00e9coloniales et postcoloniales, la tradition blanche <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">\u00a0Ajoutons qu\u2019une des grandes contributions \u00e0 la pens\u00e9e \u00e9cof\u00e9ministe est l\u2019Indienne Vandana Shiva, un exemple parmi tant d\u2019autres qui prouve que l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme n\u2019est pas uniquement issu d\u2019une pens\u00e9e blanche.<\/span> de ces th\u00e9ories peut exclure l\u2019apport de l\u2019exp\u00e9rience des femmes africaines-am\u00e9ricaines, comme le t\u00e9moigne Leah Thomas\u00a0:<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p>While I<span dir=\"RTL\">\u2019m sure there is an Intersectional Ecofeminism that addresses cultural appropriation, the mainstream feminist spaces didn<span dir=\"RTL\">\u2019t always feel inclusive, representative, or safe; they didn&rsquo;t acknowledge all the intersections of my identity and how it applied to my experience as a woman. I realized that my Blackness shouldn<span dir=\"RTL\">\u2019t be an extra \u00ab add on \u00bb to my feminism or environmentalism. When intersectional theory is applied to both, I feel seen and heard in those spaces. (2020, paragr.\u00a08)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Leah Thomas a invent\u00e9 le terme\u00a0<em>Intersectional Environmentalism<\/em>\u00a0pour sp\u00e9cifier son approche \u00e9cologique. D\u2019autres, comme Chelsea Mikael Frazier, pr\u00e9f\u00e8rent utiliser le terme\u00a0<em>Black Feminist Ecological Thought\u00a0<\/em>pour adresser les productions artistiques des femmes Noires\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Black Feminist Ecological Thought illuminates and documents the ways that 1. black women thinkers have always developed their own alternative understandings of the interconnectedness of all things and 2. these ecological understandings have centered the health, well-being, and sustainability of Black, African-descended women across the Diaspora since time immemorial. (2020, paragr.\u00a015)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Mais en g\u00e9n\u00e9ral, le terme\u00a0<em>ecowomanism<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme et du\u00a0<em>womanism<\/em>, ce dernier ayant \u00e9t\u00e9 d\u00e9fini par Alice Walker (1983)<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">La premi\u00e8re d\u00e9finition qu\u2019Alice Walker donne au terme\u00a0<em>womanism<\/em>\u00a0est une femme aimant la culture des femmes, ainsi que leur flexibilit\u00e9 \u00e9motionnelle et leurs forces, qui agit \u00e0 la survie de l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du monde : \u00ab\u00a0A black feminist or feminist of color.\u00a0From the black folk expression of mothers to female children, \u201cYou acting womanish\u201d, i.e., like a woman. Usually referring to outrageous, audacious, courageous or\u00a0<em>willfull\u00a0<\/em>behavior. \u00bb (1983, xi).<\/span>, est plus largement utilis\u00e9. L\u2019association entre nature et femmes Noires prend une dimension plus sp\u00e9cifique que celle expliqu\u00e9e par l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme traditionnel, puisque, comme l\u2019explique Melanie Harris qui s\u2019est beaucoup int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019<em>ecowomanism\u00a0<\/em>:<\/p>\n<blockquote>\n<p>black women<span dir=\"RTL\">\u2019s bodies were seen as property by white slave owners. Black women were not seen as fully human. When we compare the structural violence that ravaged the lives and raped the wombs of black women for the sake of slave master<span dir=\"RTL\">\u2019s sexual gratification and compare this with the agricultural practices of\u00a0<span dir=\"RTL\">\u201cover\u201d producing cotton in the south (prior to the development of the cotton gin) for the sake of a profit, thus robbing the soil of nutrients in Mississippi and causing soil erosion in Alabama, we see the connection between violence against black women and violence against the earth. (2017, 7)<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En plus de cette corr\u00e9lation entre propri\u00e9t\u00e9 territoriale et propri\u00e9t\u00e9 d\u2019esclaves, jusqu\u2019\u00e0 celle des ut\u00e9rus comme corps reproducteur capitaliste d\u2019esclaves, on remarque que la connaissance intime de l\u2019environnement \u00e9tait un facteur d\u00e9terminent pour la lib\u00e9ration des esclaves\u00a0: \u00ab\u00a0Thus, encounters with nature \u2014 [&#8230;] the cosmos guiding the way to freer landscapes [&#8230;]\u2014 underscore the complex interweaving of freedom and slavery, as mapped onto social and physical topographies in slave narratives\u00a0\u00bb\u00a0(Wardi 2012,\u00a0131). En ce sens, les \u00e9crits des femmes africaines-am\u00e9ricaines \u2014 telles que les autrices Zora Hurston, Alice Walker et Jesmyn Ward \u2014 sont riches en repr\u00e9sentations d\u2019interconnectivit\u00e9 avec le monde naturel et sacr\u00e9, et\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo\u00a0<\/em>n\u2019en est qu\u2019un exemple.<\/p>\n<h2>Le pouvoir des rituels<\/h2>\n<p>Ce qui est particuli\u00e8rement fascinant avec le personnage \u00e9cowomaniste d\u2019Indigo, c\u2019est qu\u2019elle incarne et porte toute cette g\u00e9n\u00e9alogie des traditions africaines, des esprits des anc\u00eatres, du poids de l\u2019esclavage et de la r\u00e9volte dans son petit corps d\u2019adolescente.\u00a0Son pr\u00e9nom n\u2019est pas choisi \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re\u00a0: l\u2019indigo est une plante historiquement charg\u00e9e, \u00ab\u00a0for it was a cash crop that enslaved African peoples cultivated in coastal areas of the Southeast\u00a0\u00bb (Wardi 2012, 132). L\u2019indigo est, chez Shange, un symbole de la transplantation de la diaspora africaine dans le sud des \u00c9tats-Unis\u00a0: \u00ab\u00a0Botanical life that has been forcibly migrated, though, may acclimatize and take root, hence the generations brought forth from the landscape\u00a0\u00bb (Wardi 2012, 133).\u00a0On peut se poser la question\u00a0: o\u00f9 s\u2019arr\u00eate la d\u00e9limitation entre la plante et l\u2019humain, entre l\u2019indigo et Indigo?\u00a0Cette derni\u00e8re aime son nom\u00a0: \u00ab\u00a0She was particularly herself. She changed the nature of things. She colored &amp; made richer what was blank &amp; plain. The slaves who were ourselves knew all about indigo &amp; Indigo herself\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 35). En sachant d\u2019o\u00f9 elle vient, c\u2019est-\u00e0-dire de la plante aux Geechees, Indigo offre un mod\u00e8le f\u00e9minin subversif\u00a0: \u00ab\u00a0Re-envisioning the mythology of what constitutes womanhood is a major act of revolt and a necessary step in the politics of liberation for African-American women\u00a0\u00bb (Thompson-Cager 1989, 590-591). Selon Cheryl A. Wall, ce savoir historique est crucial\u00a0: \u00ab\u00a0[i]ronically, those who desire to\u00a0<span dir=\"RTL\">\u201cfree\u201d themselves of the bonds of history are least able to understand the forces that kept them in bondage\u00a0\u00bb\u00a0(2005, 6).<\/span><\/p>\n<p>Cette connaissance intime avec le monde naturel et le monde des esprits s\u2019inscrit \u00e9galement, en plus des poup\u00e9es et du violon, dans les rituels magiques qu\u2019Indigo d\u00e9veloppe et pratique au quotidien. La forme du roman de Shange est plurielle\u00a0: recettes, entr\u00e9es de journal, lettres, chansons et rituels pars\u00e8ment la narration h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique. Dans un contexte diasporique, ces insertions sont des mod\u00e8les alternatifs au savoir h\u00e9g\u00e9monique, une autre fa\u00e7on de s\u2019ancrer dans le territoire, de se transplanter, comme l\u2019entend aussi Toni Morrison avec sa description du\u00a0<em>rootedness<\/em>\u00a0(prendre racine) \u00ab\u00a0as \u201canother way of knowing\u201d [&#8230;]\u00a0[t]hrough memory, music, dreams, and ritual [&#8230;] These texts require and enact \u201cre-visions\u201d, that is, different ways of seeing as well as of writing\u00a0\u00bb (Morrison cit\u00e9e dans Wall\u00a02005, 9). Pour Indigo, cette pratique du savoir inclut des rituels tels que \u00ab\u00a0Moon Journey : cartography by Indigo\u00a0\u00bb; \u00ab\u00a0If Your Beloved Has Eyes for Another\u00a0\u00bb; et \u00ab\u00a0Realizing Spirits\u2019 Hints\/What Your Dreams Can Do For You\u00a0\u00bb. Indigo prend le savoir des femmes autour d\u2019elle et le transpose dans ses propres mots et gestes, comme c\u2019est le cas avec le rituel \u00ab\u00a0Marvelous Menstruating Moments (As Told by Indigo to Her Dolls as She Made Each and Every One of Them a Personal Menstruation Pad of Velvet)\u00a0\u00bb.\u00a0Le jour de ses premi\u00e8res menstruations, avant d\u2019\u00eatre all\u00e9e voir Uncle John, elle est chez un autre personnage du voisinage, une d\u00e9nomm\u00e9e Sister Mary. Cette s\u0153ur s\u2019exclame que le Seigneur a b\u00e9ni Indigo avec la gr\u00e2ce d\u2019enfanter et elle plonge Indigo dans un bain rempli de p\u00e9tales de rose pour symboliser la naissance d\u2019une nouvelle femme. Apr\u00e8s cette sc\u00e8ne, on peut lire le nouveau rituel d\u2019Indigo o\u00f9 l\u2019imploration religieuse envers un dieu m\u00e2le, donn\u00e9e par Sister Mary, est compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0When you first realize your blood has come, smile; an honest smile, for you are about to have an intense union with your magic\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 16).\u00a0Indigo y reprend toutefois le rituel du bain\u00a0: \u00ab\u00a0Take baths in wild hyssop, white water lilies. Listen for the voices of your visions; they are nearby. [&#8230;] Remember that you are a river; your banks are red honey where the Moon wanders\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982], 16).\u00a0Puis, elle donne des recommandations pour traiter la douleur.\u00a0<\/p>\n<p>Remettre en question l\u2019autorit\u00e9 divine d\u2019un P\u00e8re tout-puissant est une des premi\u00e8res critiques qu\u2019\u00e9mettent les \u00e9cof\u00e9ministes pour d\u00e9noncer les valeurs patriarcales qui impr\u00e8gnent nos institutions de pouvoir\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>M\u00eame quand nous ne croyons plus, au sens litt\u00e9ral, en un Dieu blanc et m\u00e2le, les institutions de la soci\u00e9t\u00e9 int\u00e8grent son image \u00e0 leurs structures. Les femmes et les personnes de couleur ne sont pas pr\u00e9sentes aux niveaux les plus \u00e9lev\u00e9s de la hi\u00e9rarchie [&#8230;] [n]otre histoire, notre exp\u00e9rience, notre pr\u00e9sence peuvent \u00eatre effac\u00e9es, ignor\u00e9es, banalis\u00e9es. (Starhawk\u00a02015 [1982], 42)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Rappelons que l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne a longtemps ni\u00e9 \u00ab\u00a0la chair\u00a0\u00bb au profit de \u00ab\u00a0l\u2019esprit\u00a0\u00bb, d\u00e9nigrant tout ce qu\u2019elle consid\u00e8re davantage un corps<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">Pour lire davantage sur l\u2019injonction d\u2019une d\u00e9valorisation du corps par l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne, voir Federici, Silvia. (2018).\u00a0<em>Witches, Witch-Hunting, and Women<\/em>. Oakland\u00a0: PM Press.<\/span>, soit les femmes et tout particuli\u00e8rement les femmes de Couleur. La valorisation des menstruations par Indigo va ici \u00e0 l\u2019encontre de la mal\u00e9diction chr\u00e9tienne qui lui est habituellement associ\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Indigo\u2019s experiences [&#8230;] present it as a part of the legacy of conjure-power rooted in the healing arts of African-American southern women and their practical teaching through the oral literature\u00a0\u00bb (Thompson-Cager 1989, 594).\u00a0Ce mouvement se fera dans tous ses rituels. Pour Patricia E. Clark, \u00ab\u00a0Indigo&rsquo;s revisions to history particularize the experiences of women by calling attention to their cycles while recognizing the shared history of all Colored people\u00a0\u00bb (2007, 160).\u00a0Ce geste est proprement \u00e9cowomaniste si l\u2019on se fie \u00e0 Melanie Harris\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Because of the deep value of the earth as sacred, and the interconnection of black women<span dir=\"RTL\">\u2019s bodies to the body of the earth, a religious worldview that translates across the African diaspora is one that African and African American women (black women) all embody a commitment and connection with the earth.\u00a0(2017, 4)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est pourquoi il est int\u00e9ressant de noter les nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l\u2019eau dans les rituels d\u2019Indigo, elle qui est comme une rivi\u00e8re, \u00e0 l\u2019image d\u2019Oshun, la d\u00e9esse et \u00e9galement l\u2019esprit des rivi\u00e8res, des arts et du pouvoir pour le peuple Yoruba au Nigeria. Nous avons ici un autre exemple de la transplantation et du\u00a0<em>rootedness<\/em>\u00a0mis \u00e0 l\u2019\u00e9crit par Ntozake Shange.\u00a0Cette repr\u00e9sentation importe, puisque \u00ab\u00a0[r]ather than defining self in opposition to others, the connectedness among individuals provides Black women deeper, more meaningful self-definitions\u00a0\u00bb\u00a0(Hill Collins 2000, 125).<\/p>\n<p>Ainsi, ce pouvoir-du-dedans que l\u2019on pourrait rapprocher d\u2019un pouvoir du devenir-soi par ces pratiques du\u00a0<em>care<\/em>, cette posture de\u00a0<em>carrier<\/em>\u00a0par l\u2019expression artistique et cette conscience historique du pass\u00e9 sont peut-\u00eatre ce qui permet \u00e0 Indigo de mieux faire face \u00e0 la violence sexuelle qu\u2019elle subit dans le roman.\u00a0Apr\u00e8s tout, comme le dit Chezia Thompson-Cager, \u00ab\u00a0[t]he logic of survival asserts that knowing oneself is the best way to develop one&rsquo;s greatest weapon\u00a0\u00bb\u00a0(1989, 600).<\/p>\n<h2>Viol, cauchemar et la conscience collective<\/h2>\n<p>Apr\u00e8s avoir re\u00e7u le violon d<span dir=\"RTL\">\u2019Uncle John, Indigo s<span dir=\"RTL\">\u2019empresse d<span dir=\"RTL\">\u2019aller\u00a0\u00e0 la pharmacie de Mr.\u00a0Lucas pour acheter des serviettes sanitaires. Elle arrive tout juste quand Mr.\u00a0Lucas allait barrer la porte de son magasin. Devant la requ\u00eate de la petite fille, l\u2019homme pense en premier lieu que les serviettes sanitaires sont pour Hilda Effania, mais Indigo le corrige en rougissant.\u00a0Surpris, Mr.\u00a0Lucas s\u2019approche d\u2019elle et l\u2019observe. Il cherche la femme en elle\u00a0: \u00ab\u00a0But here was this girl with this child body &amp; woman in her all at once. It was difficult for Mr. Lucas to just go &amp; get the Kotex. He wanted to keep looking at this girl, this woman. He wanted to know what she felt like\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 24). Imm\u00e9diatement apr\u00e8s cette derni\u00e8re phrase, on a un nouveau paragraphe qui commence comme suit\u00a0: \u00ab\u00a0Indigo heard somebody talking to her. She saw Mr. Lucas coming toward her &amp; somebody talking to her. Telling her to get the Kotex &amp; get home quick. Get the Kotex &amp; get home quick\u00a0\u00bb (2010 [1982], 24).\u00a0Indigo va elle-m\u00eame chercher les serviettes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du magasin; elle se pr\u00e9cipite, fait tomber des produits avec son \u00e9tui \u00e0 violon, s\u2019enfuit rapidement et, tout au long de cette sc\u00e8ne, une voix lui dit de partir rapidement. Cette voix n\u2019est jamais identifi\u00e9e. Ce\u00a0<em>somebody<\/em>\u00a0pourrait \u00eatre la voix d\u00e9doubl\u00e9e du pharmacien, comme si Indigo percevait en lui une dissociation entre ses gestes et sa parole. Ou alors, notre r\u00e9flexe est peut-\u00eatre plut\u00f4t de concevoir cette voix comme un autre esprit qui communique avec elle \u2014 puisqu\u2019elle est une\u00a0<em>carrier<\/em>\u00a0\u2014, une voix qui tente de la prot\u00e9ger du d\u00e9sir de cet homme.\u00a0Toutefois, une fois seul dans son magasin, Mr.\u00a0Lucas regarde son dipl\u00f4me universitaire et a des pens\u00e9es incriminantes\u00a0:\u00a0<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p>He knew he might be in some trouble. Didn<span dir=\"RTL\">\u2019t know what had got hold to him. Every once in a while, he saw a woman with something he wanted. Something she shouldn<span dir=\"RTL\">\u2019t have. He didn<span dir=\"RTL\">\u2019t know what it was, an irreverence, an insolence, like the bitch thought she owned the moon.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p>\u00ab Yeah, that<span dir=\"RTL\">\u2019s right. \u00bb\u00a0Mr.\u00a0Lucas relaxed.\u00a0\u00ab\u00a0the whole town knows that child<span dir=\"RTL\">\u2019s crazed. If she says a thing, won<span dir=\"RTL\">\u2019t a soul put no store in it.\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p>The South in her. (2010 [1982], 25)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plusieurs critiques (Gumbs\u00a02014; Murphy 2019) parleront de cette sc\u00e8ne comme une tentative d\u2019agression ou une menace qui n\u2019est pas mise \u00e0 l\u2019ex\u00e9cution. Certes, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, aucun attouchement n\u2019est d\u00e9crit dans ce passage, et Indigo semble s\u2019\u00eatre enfuie avant le pire, prot\u00e9g\u00e9e par la voix. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, Mr.\u00a0Lucas ne serait pas inquiet de sa situation s\u2019il s\u2019\u00e9tait simplement approch\u00e9 d\u2019Indigo, sans plus.\u00a0Indigo ne parlera jamais de ce qui s\u2019est pass\u00e9, si ce n\u2019est que par son violon\u00a0: \u00ab\u00a0Indigo sat in her window, working with her fiddle, telling everybody, the wind &amp; all his brothers, what was on her mind\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 28).\u00a0Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, le roman nous initie \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019irr\u00e9el, aux voix invisibles, aux souffrances qui ne peuvent \u00eatre dites ni exprim\u00e9es. Il nous faut donc porter attention \u00e0 ce qui ne peut \u00eatre dit, m\u00eame au sein de la narration h\u00e9t\u00e9rodi\u00e9g\u00e9tique. Je propose de voir cette sc\u00e8ne comme trou\u00e9e\u00a0: l\u2019agression sexuelle se fait selon moi dans l\u2019innommable ou dans l\u2019invisible du roman. On ne saura jamais, en tant que lecteur\u00b7trice\u00b7s ce qui s\u2019est r\u00e9ellement pass\u00e9, mais le processus de gu\u00e9rison chez Indigo, du rituel qui suit \u00e0 son jeu m\u00e9lancolique de violon, t\u00e9moigne du trauma qu\u2019elle vient de vivre.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la sc\u00e8ne avec Mr.\u00a0Lucas, Shange ins\u00e8re ainsi un nouveau rituel d\u2019Indigo intitul\u00e9 \u00ab\u00a0To Rid Oneself of the Scent of Evil\u00a0\u00bb. D\u00e9j\u00e0, on peut remarquer la pr\u00e9sence de l\u2019odeur de l\u2019autre sur la protagoniste, ce qui insinue habituellement un contact entre les corps.\u00a0Le rituel commence par un processus de rem\u00e9moration par la nomination\u00a0: \u00ab\u00a0repeat the offender<span dir=\"RTL\">\u2019s name till you are overwhelmed with the memory of your encounter\u00a0\u00bb (2010 [1982], 25).\u00a0Indigo indique ensuite qu\u2019il faut se purifier de la pr\u00e9sence physique de l\u2019offenseur (ou de l\u2019agresseur), \u00ab\u00a0taking the poisons of the offender out of your body &amp; spirit\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982], 25). Elle prend une douche pour retirer la salet\u00e9 sur son corps, puis elle plonge dans un bain chaud pour renouer avec les fleurs\u00a0: \u00ab\u00a0Lying in your fragrant bath, sip the rose<span dir=\"RTL\">\u2019s water, for you are again among nature<span dir=\"RTL\">\u2019s flowers\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982], 25). Dans ces recommandations, renouer avec la nature\u00a0\u2014 ou retrouver un \u00e9tat d\u2019interconnectivit\u00e9 propre \u00e0 l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme et l\u2019\u00e9cowomanisme \u2014\u00a0devient un processus n\u00e9cessaire pour survivre au trauma.\u00a0Toutefois, cette gu\u00e9rison demande de se souvenir de la rencontre\u00a0: \u00ab\u00a0We found that in order to move beyond prescribed categories we had to\u00a0<span dir=\"RTL\">\u201crememory\u201d \u2014 reconstruct our past\u00a0\u00bb\u00a0(Christian\u00a01990, 48).\u00a0On peut penser, dans ce cas-ci, \u00e0 la r\u00e9duction de sa personne en objet sexuel alors qu\u2019on tente uniquement d\u2019acheter des serviettes sanitaires \u00e0 la figure d\u2019autorit\u00e9 m\u00e9dicale de son quartier. Le pharmacien, qui est cens\u00e9 gu\u00e9rir, d\u00e9truit et offense le corps. Indigo doit alors d\u00e9velopper ses propres ressources\u00a0\u2014 en lien avec les m\u00e9decines traditionnelles de la diaspora africaine transmises oralement \u2014 pour prendre soin d\u2019elle-m\u00eame. Shange nous montre que c\u2019est par la reconnaissance du pass\u00e9 traumatique, cette fois-ci personnelle, qu\u2019Indigo permet d\u2019\u00eatre celle qui exprime plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre celle qui est exprim\u00e9e. Indigo est donc celle qui peut se d\u00e9finir dans ses propres termes, en dehors des cat\u00e9gories sociales et prescriptives.\u00a0En d\u2019autres mots\u00a0:<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p>[b]ecause language is one (though not the only) way to express what one knows\/feels even when one doesn\u2019t know one knows it, because storytelling\u00a0<em>is<\/em>\u00a0a dynamic form of remembering\/recreating, we found that it was often in the relationship between literature and the world that re-visioning occurred. (1990, 48-49)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Si, avec cette sc\u00e8ne, nous assistons \u00e0 un trauma personnel, tout acte d\u2019agentivit\u00e9 rend compte, selon Patricia Hill Collins, d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 beaucoup plus grande lorsqu\u2019il est question des femmes Noires\u00a0: \u00ab\u00a0When combined, these individual acts of resistance suggest that a distinctive, collective Black women<span dir=\"RTL\">\u2019s consciousness exists\u00a0\u00bb (2000, 108). Un passage particuli\u00e8rement marquant du roman qui t\u00e9moigne du\u00a0<em>re-visionning<\/em>\u00a0\u00a0(de la r\u00e9imagination) et de cette conscience collective des femmes Noires est la description du r\u00eave de Cypress, la cadette des trois enfants de Hilda Effania. Cette sc\u00e8ne survient beaucoup plus tard que l\u2019agression de Mr.\u00a0Lucas, c\u2019est-\u00e0-dire durant le r\u00e9cit consacr\u00e9 \u00e0 Cypress, alors que celui d\u2019Indigo entame et cl\u00f4t le roman; or, elle fait \u00e9trangement \u00e9cho aux \u00e9v\u00e9nements v\u00e9cus par Indigo \u00e0 la pharmacie. Ce r\u00eave aborde le viol des femmes africaines-am\u00e9ricaines d\u2019un point vue historique et collectif. Cette r\u00e9alit\u00e9 historique habite l\u2019inconscient de Cypress, m\u00eame si elle n\u2019est pas une\u00a0<em>carrier<\/em>\u00a0qui entend les voix du pass\u00e9. Par extension, l\u2019on pourrait supposer qu\u2019elle habite l\u2019inconscient de toutes femmes descendantes d\u2019esclaves, puisqu\u2019il est question ici de la m\u00e9canisation du viol comme arme nationale de r\u00e9pression des femmes Noires durant l\u2019esclavage.<\/span><\/p>\n<p>Dans son r\u00eave, Cypress est transport\u00e9e quarante ans dans l\u2019avenir, en Angleterre apr\u00e8s un holocauste nucl\u00e9aire.\u00a0Depuis cette guerre du futur, les femmes doivent r\u00e9parer les d\u00e9g\u00e2ts environnementaux\u00a0: \u00ab\u00a0In a war the women are left behind, and the men go away to fight and kill, so when the devastation began and ended, women were left to contend with the fruitlessness of the soils, the weight of the skies\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 185).\u00a0Cypress entre dans un univers dystopique matriarcal, qui ressemble \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 amazone moderne o\u00f9 les r\u00f4les sociaux se divisent en \u00ab\u00a0Mothers\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Daughters\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0bearers\u00a0\u00bb, ces derni\u00e8res qui, par punition, sont condamn\u00e9es \u00e0 enfanter \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition et \u00e0 voir leurs filles dispara\u00eetre et leurs fils tu\u00e9s. Curieuse, Cypress suit une d\u00e9nomm\u00e9e Gisa pour voir les \u00ab\u00a0bearers\u00a0\u00bb et elle tombe sur sa m\u00e8re qui accouche d\u2019une \u00e9ni\u00e8me Sassafrass et d\u2019une \u00e9ni\u00e8me Indigo\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\u00a0\u00ab\u00a0Oh my god.\u00a0\u00bb Cypress caught herself from speaking too loudly. \u00ab\u00a0Oh, Jesus. \u00bb Most of the \u00ab\u00a0bearers\u00a0\u00bb were black and Latin. \u00ab\u00a0Oh god, not again. \u00bb\u00a0Cypress held onto the walls. She was swooning; all of slavery gushing from her stomach.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0That\u2019s my mother. I\u2019ve got to get my mother out. \u00bb<\/p>\n<p>[&#8230;] And Cypress couldn\u2019t explain that her people had done this before, filled wombs over and over until they collapsed, or the body let go. Brought children to the soil never to be seen again, bred spirits to be smashed, sold, played with until their connection to the idea of humanity was obliterated. (2010 [1982],\u00a0187-188)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette vision onirique du futur puise dans l\u2019asservissement des femmes Noires par le viol durant l\u2019esclavage, qui servait surtout \u00e0 produire de nouveaux esclaves pour que les ma\u00eetres blancs puissent les vendre\u00a0: \u00ab\u00a0the rape of black female slaves was not, as other scholars have suggested, a case of white men satisfying their sexual lust, but was in fact an institutionalized method of terrorism which had as its goal the demoralization and dehumanization of black women\u00a0\u00bb (hooks\u00a01981, 27).\u00a0Ce r\u00eave, qui se pr\u00e9sente comme une fiction au sein de la fiction, est un des seuls passages, avec celui d\u2019Uncle John et le violon, qui adressent directement les violences subies par les anc\u00eatres. Il intervient au moment o\u00f9 Cypress semble enfin trouver le bonheur gr\u00e2ce \u00e0 sa relation amoureuse avec un personnage nomm\u00e9 Leroy et adresse la menace que l\u2019histoire civilisationnelle, avec ses horreurs, peut toujours se r\u00e9p\u00e9ter. Ce cauchemar tisse un lien entre la d\u00e9gradation de la nature, par la guerre et le poison nucl\u00e9aire, et l\u2019exploitation et la d\u00e9sacralisation de la maternit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0les femmes enceintes ne sont plus consid\u00e9r\u00e9es comme l\u2019origine de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration humaine, mais comme la mati\u00e8re premi\u00e8re \u00e0 partir de laquelle il faut \u201cextraire\u201d le produit.\u00a0\u00bb (Ben\u00a0Abdallah\u00a02017, 1) Cette dystopie vivant dans l\u2019inconscient de Cypress rappelle l\u2019importance de changer notre soci\u00e9t\u00e9 et notre rapport \u00e0 la terre pour \u00e9viter la cyclicit\u00e9 des violences exerc\u00e9es envers les femmes Noires. Il est int\u00e9ressant que cette entr\u00e9e dans le bonheur pour Cypress exige avant tout une reconnaissance du legs f\u00e9minin qui lui a \u00e9t\u00e9 transmis, comme quoi le\u00a0<em>remembering<\/em>\u00a0et le\u00a0<em>re-visioning<\/em>\u00a0peuvent provoquer une r\u00e9conciliation historique pour la conscience collective des femmes Noires\u00a0: \u00ab\u00a0For the characters within the texts, the images provoke stories that close the gap between past and present\u00a0\u00bb (Wall\u00a02005, 9).<\/p>\n<p>Pour revenir\u00a0\u00e0 la figure \u00e9cowomaniste d\u2019Indigo, la repr\u00e9sentation donn\u00e9e par le r\u00eave de Cypress montre, selon moi, l\u2019importance du pouvoir qu\u2019exerce Indigo. La peur qui habite Cypress \u2014 et, par extension, de nombreuses femmes Noires aux \u00c9tats-Unis \u2014 se retrouve sans issue\u00a0: Cypress poursuit son cheminement avec un sentiment de peur, tandis qu\u2019Indigo calme les \u00e2mes tourment\u00e9es par les traumas des anc\u00eatres tout en revalorisant les corps des femmes autrefois exploit\u00e9s et capitalis\u00e9s. Apr\u00e8s tout,<\/p>\n<blockquote>\n<p>[l]a pens\u00e9e \u00e9cof\u00e9ministe [ou \u00e9cowomaniste] nous montre, d\u00e9cid\u00e9ment, qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de la mondialisation et de l<span dir=\"RTL\">\u2019immense ouverture culturelle, des th\u00e8mes comme le r\u00e9enchantement de la maternit\u00e9, le rapport aux racines et \u00e0 la terre-m\u00e8re, le drame du d\u00e9racinement, la rencontre entre langues, cultures et territoires peuvent \u00eatre partie int\u00e9grante de l<span dir=\"RTL\">\u2019engagement social, intellectuel et artistique. (Ben\u00a0Abdallah\u00a02017, 14-15)<\/span><\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Comme nous l\u2019avons vu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, Indigo incarne la rencontre entre diff\u00e9rents territoires (entre l\u2019Afrique et le Nouveau Monde) et entre diff\u00e9rents langages (expressions artistiques). Elle resacralise le corps f\u00e9minin, de ses menstruations \u00e0 sa connexion mystique avec la terre, cr\u00e9ant une rupture avec le mod\u00e8le f\u00e9minin sexiste et raciste qui lui est pr\u00e9sent\u00e9 alors qu\u2019elle grandit dans la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine de la s\u00e9gr\u00e9gation. Par sa relation \u00e9troite avec le pass\u00e9, elle offre un pont entre les diff\u00e9rentes temporalit\u00e9s pour la conscience collective des femmes Noires.\u00a0Son pouvoir de\u00a0<em>transformation<\/em>\u00a0est politique\u00a0: \u00ab\u00a0She absorbs the body of cultural knowledge and turns grief into healing. In an intense merging of artistry and healing, Indigo testifies to the community&rsquo;s pain.\u00a0\u00bb (Wardi\u00a02005,\u00a0138) Si Cypress r\u00eave du viol syst\u00e9mique des femmes africaines-am\u00e9ricaines, Indigo cr\u00e9e un rituel pour gu\u00e9rir des agressions sexuelles et elle comble chez les nouvelles m\u00e8res cette soif de compr\u00e9hension de l\u2019histoire africaine-am\u00e9ricaine de la maternit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 sa musique. Il me semble important de souligner le mot\u00a0<em>transformation<\/em>, car, pour citer bell hooks\u00a0:\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Usually, when people talk about the\u00a0<span dir=\"RTL\">\u201cstrength\u201d of black women they are referring to the way in which they perceive black women coping with oppression. They ignore the reality that to be strong in the face of oppression is not the same as overcoming oppression, that endurance is not to be confused with transformation. (1981, 6)<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le cas d\u2019Indigo montre qu\u2019elle ne fait pas qu\u2019endurer les oppressions sexistes et racistes, elle les surmonte. Cela ne demande pas toujours des actes de vengeance ou de violence\u00a0: \u00ab\u00a0Violence or purposeful revenge should not be considered in most cases\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 25). Parfois, cela demande plut\u00f4t de se donner le pouvoir de reconstruire son pass\u00e9, de s\u2019autod\u00e9finir dans l\u2019interconnectivit\u00e9, d\u2019o\u00f9 l\u2019aspect central du\u00a0<em>remembering<\/em>\u00a0dans le roman de Shange qui donne lieu au\u00a0<em>re-visionning<\/em>, un acte transformatif.\u00a0C\u2019est pourquoi \u00ab\u00a0the overarching theme of finding a voice to express a collective, self-defined Black women<span dir=\"RTL\">\u2019s standpoint remains a core theme in Black feminist thought\u00a0\u00bb (Hill Collins 2010, 110). Shange offre un personnage romanesque politique qui participe \u00e0 transformer la conscience collective des femmes Noires\u00a0: \u00ab\u00a0Art is special because of its ability to influence feelings as well as knowledge\u00a0\u00bb (Davis cit\u00e9e dans Hill Collins\u00a02010, 115).\u00a0Lorsque Shange adresse son roman \u00ab\u00a0to all women in struggle\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982], vii), elle s\u2019assure d\u2019ajouter aux legs des femmes africaines-am\u00e9ricaines des images de r\u00e9sistance \u00e9cowomaniste ou, pour citer Patricia Hill Collins\u00a0:\u00a0<\/span><\/p>\n<blockquote>\n<p>Perhaps Ntozake Shange best summarizes the importance that Black women can have for one another in resisting oppressive conditions. Shange gives the following reason for why she writes: \u00ab\u00a0When I die, I will not be guilty of having left a generation of girls behind thinking that anyone can tend to their emotional health other than themselves\u00a0\u00bb. (2010, 115)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>L\u2019autrice de\u00a0<em>Sassfrass, Cypress &amp; Indigo<\/em>\u00a0montre en effet que la sant\u00e9 \u00e9motionnelle peut se faire en assumant son rapport culturel et mystique \u00e0 la terre pour cr\u00e9er de nouvelles pratiques du savoir.<\/p>\n<h2>Incarner le pass\u00e9 pour donner naissance \u00e0 l\u2019avenir<\/h2>\n<p>Le roman\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo\u00a0<\/em>termine avec un saut dans le temps pour Indigo.\u00a0Apprentie de sa tante Haydee, elle devient sage-femme\u00a0: \u00ab\u00a0Giving birth, curing women folks &amp; their loved ones. At first Aunt Haydee only allowed Indigo to play her fiddle to soothe the women in labor, but soon the mothers, the children, sought Indigo for relief from elusive disquiet, hungers of the soul\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>, 204). Sa tante l\u2019\u00e9coute jouer et pense\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0It\u2019d been a long time since a colored woman on Difuskie moved the sea.\u00a0Some say it was back in slavery time\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982],\u00a0204). On nous pr\u00e9sente alors l\u2019histoire de\u00a0<em>Blue Sunday<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5720\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5720-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">\u00a0<em>Blue Sunday\u00a0<\/em>est toujours \u00e9crit en italique dans le roman, ce qui peut donner un caract\u00e8re mystique au personnage ou l\u2019impression que c\u2019est aussi le titre d\u2019une chanson, d\u2019un blues.<\/span>, une esclave sur la plantation d\u2019indigo de Master Fitzhugh, que l\u2019on peut supposer \u00eatre l\u2019anc\u00eatre de Miz Fitzugh, la propri\u00e9taire de la maison de Hilda Effania et aussi sa patronne de tissage.\u00a0Master Fitzhugh affectionne\u00a0<em>Blue Sunday<\/em>, mais chaque fois qu\u2019il s\u2019approche d\u2019elle \u00ab\u00a0the sea would getta fuming, swinging whips of salt water round the house where the white folks lived\u00a0\u00bb (2010 [1982], 204).\u00a0Il souhaite la charmer avec des cadeaux, mais en vain. Il essaie tant bien que mal de l\u2019asservir en la fouettant, mais aucun sang, aucune cicatrice n\u2019appara\u00eet sur son dos. Il l\u2019envoie \u00eatre viol\u00e9e par deux hommes blancs, mais elle revient vierge. Quand il r\u00e9ussit \u00e0 la p\u00e9n\u00e9trer une fois qu\u2019elle est inconsciente sur son lit, elle se transforme en crocodile et elle lui arrache une jambe\u00a0: \u00ab\u00a0As a crocodile,\u00a0<em>Blue Sunday<\/em>\u00a0was benign.\u00a0Her only struggle was to remain unconquered\u00a0\u00bb\u00a0(2010 [1982], 205). Apr\u00e8s cet incident, Master Fitzugh abandonne la production d\u2019indigo sur sa plantation, et \u00ab\u00a0<em>Blue Sunday<\/em>\u00a0was never seen again by any white person, but women of color in labor called on her and heard songs when they risked mothering free children\u00a0\u00bb (2010 [1982], 205). Pour Anissa Janine Wardi,\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>Indigo&rsquo;s most powerful initiation into the world of the \u00ab\u00a0slaves who are ourselves\u00a0\u00bb is in the summoning of Blue Sunday during women&rsquo;s labor. The breaking womb waters merge with the sea issuing forth the Ur-mother of resistance, ancestry, and history. By rising eternally from the ocean, Blue Sunday returns the reader to the moon, the leitmotif in Indigo&rsquo;s section, which bridges Indigo&rsquo;s childhood rituals to her adult profession. (2012, 139)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est ainsi que le r\u00f4le de\u00a0<em>carrier<\/em>\u00a0d\u2019Indigo devient enfin clair pour sa m\u00e8re qui n\u2019avait jamais compris sa fille, qui ne l\u2019avait jamais encourag\u00e9e \u00e0 entrer dans\u00a0<em>the reality of the unreal<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Hilda Effania knew Indigo had an interest in folklore.\u00a0Hilda Effania had no idea that Indigo was the folks\u00a0\u00bb (<em>SCI<\/em>,\u00a0206).<\/p>\n<p>Le pouvoir de transformation d\u2019Indigo sert une petite communaut\u00e9 de Charleston et de Difuskie, ce qui rappelle que les actes r\u00e9volutionnaires ne doivent pas n\u00e9cessairement \u00eatre \u00e0 grande \u00e9chelle pour \u00eatre significatifs, mais bien dans le personnel, dans sa relation avec les autres et avec la terre, comme le promeuvent l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme et l\u2019\u00e9cowomanisme\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>R\u00e9\u00e9crire l\u2019histoire d\u2019un point de vue \u00e9cof\u00e9ministe signifie avant tout la\u00a0<em>renverser<\/em>, reconsid\u00e9rer ses structures sociales et culturelles, r\u00e9viser ses mod\u00e8les de \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb et d\u2019\u00e9mancipation, \u00e0 partir d\u2019un angle nouveau, celui du bas, de ceux et celles qui ont toujours \u00e9t\u00e9 en bas de l\u2019\u00e9chelle civilisationnelle.\u00a0(Ben\u00a0Abdallah\u00a02017, 14. L\u2019autrice souligne)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Pour Wardi, \u00ab\u00a0[w]hile diasporic experience is genuinely theorized as a fragmented one, Shange characterizes Indigo as a unified body of diasporic memory, who ritualizes her ancestral connection via the natural world\u00a0\u00bb\u00a0(2012, 132).\u00a0En effet, comme en t\u00e9moigne la forme plurielle du roman, la connaissance diasporique et \u00e9cowomaniste se fait dans un processus d\u2019accumulation \u00ab\u00a0both-and\u00a0\u00bb plut\u00f4t que \u00ab\u00a0either-or\u00a0\u00bb pour reprendre les termes de Barbara Christian (1997), ce qui explique l\u2019usage de l\u2019esperluette dans la narration. L\u2019identit\u00e9 d\u2019Indigo est donc pleine\u00a0: elle est femme &amp; Noire &amp; africaine &amp; africaine-am\u00e9ricaine &amp; dans le pr\u00e9sent &amp; dans le pass\u00e9 &amp; elle est une plante &amp; une artiste &amp; une sage-femme &amp;\u00a0<em>Blue Sunday\u00a0<\/em>&amp; elle souffre &amp; elle est li\u00e9e \u00e0 la terre &amp; elle se r\u00e9volte en \u00e9tant soi. La magie, pour rappeler les paroles de Starhawk, est celle qui dissout la peur, et Shange offre une fa\u00e7on de contrer la peur de la perte de soi dans l\u2019exp\u00e9rience africaine-am\u00e9ricaine.\u00a0Selon Arlene Elder, \u00ab\u00a0[f]or her, freedom includes a positive sense of identity, an understanding of various kinds of community, and the achievement of an authentic artistry\u00a0\u00bb\u00a0(1992, 101).<\/p>\n<p>En somme, une lecture \u00e9cowomaniste du personnage d\u2019Indigo permet de mettre en lumi\u00e8re le potentiel politique de ses pratiques artistiques (la cr\u00e9ation de poup\u00e9es, le jeu de violon et l\u2019\u00e9criture de rituels magiques) lorsque combin\u00e9es \u00e0 la pr\u00e9sence spectrale des anc\u00eatres. La connaissance du pass\u00e9 et la d\u00e9finition de soi en ses propres termes sont des facteurs d\u00e9terminants pour la lib\u00e9ration des femmes africaines-am\u00e9ricaines, un processus individuel qui engendre un mouvement au sein de la conscience collective des femmes Noires. Investir les connaissances traditionnelles et une relation d\u2019interconnectivit\u00e9 \u00e0 la nature permet de se transplanter dans le Nouveau Monde et de prendre racine dans un contexte diasporique africain, une \u00e9tape tout aussi importante pour s\u2019autod\u00e9finir, comme le montre Shange.\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo<\/em>\u00a0rappelle que le pouvoir de transformation d\u00e9bute \u00e0 partir de soi, comme l\u2019indique Alice Walker\u00a0: \u00ab\u00a0I found, while thinking about the far-reaching world of the creative black woman, that often the truest answer to a question that really matters can be found very close\u00a0\u00bb\u00a0(1983, 238).\u00a0Ainsi, l\u2019autrice r\u00e9ussit \u00e0 offrir \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante un mod\u00e8le de r\u00e9sistance et de gu\u00e9rison \u00e9motionnelle face au sexisme et racisme actuels et du pass\u00e9 traumatique. Enfin, peut-\u00eatre qu\u2019en cr\u00e9ant un personnage tel qu\u2019Indigo, Ntozake Shange incarne la r\u00e9elle action \u00e9cowomaniste\u00a0: celle d\u2019offrir de nouvelles images \u00e0 l\u2019esprit, des images qui contestent l\u2019h\u00e9g\u00e9monie du monde, celle qui demande d\u2019entrer, ne serait-ce que le temps de lecture de son roman, dans\u00a0<em>the reality of the unreal<\/em>.<\/p>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<div>\n<p>Shange, Ntozake. 2010 [1982].\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo<\/em>. New York\u00a0: St-Martin\u2019s Griffin.<\/p>\n<\/div>\n<p>Ben Abdallah, Sondes. 2017. \u00ab\u00a0Ecof\u00e9minisme et \u00e9thique du Care\u00a0: vers une d\u00e9colonisation du f\u00e9minisme\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Notos<\/em>, no.\u00a04. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 de\u00a0<a href=\"https:\/\/www.academia.edu\/37925322\/%25252525C3%2525252589cof%25252525C3%25252525A9minisme_et_%25252525C3%25252525A9thique_du_care_vers_une_d%25252525C3%25252525A9colonisation_du_f%25252525C3%25252525A9minisme?auto=citations&amp;from=cover_page\">https:\/\/www.academia.edu\/37925322\/\u00c9cof\u00e9minisme_et_\u00e9thique_du_care_vers_une_d\u00e9colonisation_du_f\u00e9minisme?auto=citations&amp;from=cover_page<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 14\u00a0d\u00e9cembre 2021).<\/p>\n<p>Christian, Barbara. 1990. \u00ab\u00a0The Highs and the Lows of Black Feminist Criticism\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Reading Black Reading Feminist. A Critical Anthology<\/em>, Henry Louis Gates Jr. (dir.),\u00a01-16. New York : Meridian.<\/p>\n<p>Clark, Patricia E.\u00a02007. \u00ab\u00a0Archiving Epistemologies and the Narrativity of Recipes in Ntozake Shange&rsquo;s\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo\u00a0<\/em>\u00bb.\u00a0<em>Callaloo\u00a0<\/em>30, no. 1 : 150-162.<\/p>\n<p>Elder, Arlene. 1992. \u00ab\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo\u00a0<\/em>: Ntozake Shange&rsquo;s Neo-Slave\/Blues Narrative \u00bb.\u00a0<em>African American Review\u00a0<\/em>26, no. 1 : 99-107.<\/p>\n<p>Ferrari, Carlyn. 2020. \u00ab\u00a0On Black Women<span dir=\"RTL\">\u2019s Ecologies \u00bb.\u00a0<em>Black Perspectives<\/em>, 30\u00a0juin.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.aaihs.org\/on-black-womens-ecologies\/\">https:\/\/www.aaihs.org\/on-black-womens-ecologies\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 14\u00a0d\u00e9cembre 2021).<\/span><\/p>\n<p>Gumbs, Alexis Pauline. 2014. \u00ab\u00a0Indigo Generations\u00a0: Shange in Praxis and Being the Folk\u00a0\u00bb.\u00a0<em>The Scholar &amp; Feminist Online\u00a0<\/em>12, no. 3 et 13. no. 1.\u00a0<a href=\"https:\/\/sfonline.barnard.edu\/worlds-of-ntozake-shange\/indigo-generations-shange-in-praxis-and-being-the-folk\/0\/?print=true\">https:\/\/sfonline.barnard.edu\/worlds-of-ntozake-shange\/indigo-generations-shange-in-praxis-and-being-the-folk\/0\/?print=true<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 14\u00a0d\u00e9cembre 2021).<\/p>\n<p>Hache, \u00c9milie. 2016.\u00a0<em>Reclaim: recueil de textes \u00e9cof\u00e9ministes<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Cambourakis.<\/p>\n<p>Harris, Melanie. 2017.\u00a0<em>Ecowomanism, Religion and Ecology<\/em>. Leiden, Boston\u00a0: Brill.<\/p>\n<p>Hill Collins, Patricia. 2000.\u00a0<em>Black Feminist Thought : Knowledge, Consciousness, and the Politics of Empowerment<\/em>. New York : Routledge.<\/p>\n<p>hooks, bell. 1981.\u00a0<em>Ain\u2019t I a Woman : black women and feminism<\/em>. Toronto\u00a0: Between the Lines.<\/p>\n<p>Mikael Frazier, Chelsea. 2020. \u00ab\u00a0Black Feminist Ecological Thought: A Manifesto \u00bb.\u00a0<em>Atmos<\/em>, 1<sup>er<\/sup>\u00a0octobre.\u00a0<a href=\"https:\/\/atmos.earth\/black-feminist-ecological-thought-essay\/\">https:\/\/atmos.earth\/black-feminist-ecological-thought-essay\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 14\u00a0d\u00e9cembre 2021).<\/p>\n<p>Murphy, Dana. 2019. \u00ab\u00a0Black Feminist Hoodoo : Ntozake Shange\u2019s\u00a0<em>Sassafrass Cypress &amp; Indigo\u00a0<\/em>\u00bb.\u00a0<em>CLA Journal<\/em>\u00a062, no.\u00a02\u00a0: 178-192.<\/p>\n<p>Starhawk. 2015 [1982].\u00a0<em>R\u00eaver l\u2019obscur\u00a0: femmes, magie et politique<\/em>.\u00a0(Morbic, trad.). Paris\u00a0: Cambourakis.<\/p>\n<p>Thomas, Leah. 2020. \u00ab\u00a0The Difference Between Ecofeminism &amp; Intersectional Environmentalism\u00a0\u00bb.\u00a0<em>The Good Trade<\/em>, 11 ao\u00fbt.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.thegoodtrade.com\/features\/ecofeminism-intersectional-environmentalism-difference\">https:\/\/www.thegoodtrade.com\/features\/ecofeminism-intersectional-environmentalism-difference<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 14\u00a0d\u00e9cembre 2021).<\/p>\n<p>Thompson-Cager, Chezia. 1989. \u00ab Ntozake Shange&rsquo;s\u00a0<em>Sassafrass, Cypress and Indigo\u00a0<\/em>: Resistance and Mystical Women of Power \u00bb.\u00a0<em>NWSA Journal\u00a0<\/em>1, no.\u00a04\u00a0: 589-601.<\/p>\n<p>Walker, Alice. 1983.\u00a0<em>In Search of Our Mother\u2019s Gardens<\/em>. New York : Harcourt Brace Jovanovich.<\/p>\n<p>Wall, Cheryl A. 2005.\u00a0<em>Worrying the Line : Black Women Writers, Lineage, and Literary Tradition<\/em>. Chapel Hill : The University of North Carolina Press.<\/p>\n<p>Wardi, Anissa Janine. 2012. \u00ab\u00a0The Cartography of Memory: An Ecocritical Reading of Ntozake Shange&rsquo;s\u00a0<em>Sassafrass, Cypress &amp; Indigo\u00a0<\/em>\u00bb.\u00a0<em>African American Review\u00a0<\/em>45, no. 1\/2 : 131-142.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Warren, \u00c9lise. 2022. \u00ab Indigo et la connaissance \u00e9cowomaniste : le pouvoir de l\u2019innommable spectralit\u00e9 dans Sassafrass, Cypress &amp; Indigo de Ntozake Shange\u00a0\u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier : \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/warren-36&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/warren_36.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 warren_36.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-7c0acb70-1870-456c-b314-3c263e2634dc\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/warren_36.pdf\">warren_36<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/warren_36.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-7c0acb70-1870-456c-b314-3c263e2634dc\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Dor\u00e9navant\u00a0<em>SCI<\/em>.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>L\u2019\u00e9cof\u00e9minisme est un mouvement n\u00e9 des revendications f\u00e9ministes des ann\u00e9es 1970 qui met en lumi\u00e8re l\u2019interrelation entre l\u2019exploitation de la nature et l\u2019exploitation des femmes ou, comme le d\u00e9finit \u00c9milie Hache\u00a0: \u00ab c\u2019est la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 qui valorise une culture de guerre dans laquelle les femmes peuvent \u00eatre viol\u00e9es, insult\u00e9es, agress\u00e9es, aussi bien chez elles que dans la rue; c\u2019est la m\u00eame culture qui entretient un rapport de destruction \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la nature et de haine envers les femmes, c\u2019est donc cette culture dans son ensemble qu\u2019il s\u2019agit de changer.\u00a0\u00bb (2016, 19). Les \u00e9cof\u00e9ministes ont une approche plurielle, qui allie le spirituel, la fiction et la science au politique. Les champs \u00e9cof\u00e9ministes sont ainsi perm\u00e9ables : il n\u2019existe pas, \u00e0 proprement parler, une th\u00e9orie\u00a0<em>litt\u00e9raire<\/em>\u00a0\u00e9cof\u00e9ministe, mais ses ouvrages philosophiques, sociologiques, anthropologiques ou militants donnent tous des outils d\u2019analyse litt\u00e9raire, car ils s\u2019attaquent \u00e0 la politisation de l\u2019imaginaire et des r\u00e9cits.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>M\u00eame si je m\u2019appuie sur des critiques provenant de la\u00a0<em>Black Feminist Thought<\/em>, il est \u00e0 noter que ma posture de lectrice est celle d\u2019une femme blanche qui en aucun cas ne se revendique d\u2019une autorit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience sur les r\u00e9alit\u00e9s des femmes africaines-am\u00e9ricaines. Or, il me semble pertinent de prendre le temps, en tant que femme blanche, d\u2019\u00e9couter ce que ces autrices et critiques ont \u00e0 dire sur la violence exerc\u00e9e par nos soci\u00e9t\u00e9s et des solutions propos\u00e9es pour tendre collectivement vers un monde meilleur.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Mot allemand qui signifie litt\u00e9ralement un \u00ab roman de formation \u00bb, le\u00a0<em>Bildungsroman\u00a0<\/em>est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9 comme un genre litt\u00e9raire qui a pour grande importance les th\u00e8mes d\u2019apprentissage et d\u2019initiation pour les personnages mis en sc\u00e8ne.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>\u00a0La relation entre Hilda Effania et ses filles est particuli\u00e8rement intrigante : remplie d\u2019amour, elle se pose toutefois de mani\u00e8re conflictuelle, ce qui soul\u00e8ve plusieurs questions sur les rapports interg\u00e9n\u00e9rationnels f\u00e9minins en situation de survivance. Quels traumas Hilda Effania l\u00e8gue-t-elle \u00e0 ses filles sous ses silences? Quel est le r\u00f4le d\u2019une m\u00e8re devant la brutalit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine durant la s\u00e9gr\u00e9gation? Ces questions sur les relations m\u00e8re-filles m\u00e9riteraient un article en soi et ne seront que bri\u00e8vement mentionn\u00e9es ici; or, il importe de mentionner que si Hilda Effania n\u2019encourage sa fille qu\u2019\u00e0 la fin du roman, Indigo puise par elle-m\u00eame dans l\u2019h\u00e9ritage que peut lui offrir sa m\u00e8re.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>\u00a0Ajoutons qu\u2019une des grandes contributions \u00e0 la pens\u00e9e \u00e9cof\u00e9ministe est l\u2019Indienne Vandana Shiva, un exemple parmi tant d\u2019autres qui prouve que l\u2019\u00e9cof\u00e9minisme n\u2019est pas uniquement issu d\u2019une pens\u00e9e blanche.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>La premi\u00e8re d\u00e9finition qu\u2019Alice Walker donne au terme\u00a0<em>womanism<\/em>\u00a0est une femme aimant la culture des femmes, ainsi que leur flexibilit\u00e9 \u00e9motionnelle et leurs forces, qui agit \u00e0 la survie de l\u2019enti\u00e8ret\u00e9 du monde : \u00ab\u00a0A black feminist or feminist of color.\u00a0From the black folk expression of mothers to female children, \u201cYou acting womanish\u201d, i.e., like a woman. Usually referring to outrageous, audacious, courageous or\u00a0<em>willfull\u00a0<\/em>behavior. \u00bb (1983, xi).<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>Pour lire davantage sur l\u2019injonction d\u2019une d\u00e9valorisation du corps par l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne, voir Federici, Silvia. (2018).\u00a0<em>Witches, Witch-Hunting, and Women<\/em>. Oakland\u00a0: PM Press.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>\u00a0<em>Blue Sunday\u00a0<\/em>est toujours \u00e9crit en italique dans le roman, ce qui peut donner un caract\u00e8re mystique au personnage ou l\u2019impression que c\u2019est aussi le titre d\u2019une chanson, d\u2019un blues.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier : \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36 T.W.\u00a0: viol; violences racistes Publi\u00e9 en 1982, le roman\u00a0Sassafrass, Cypress &amp; Indigo\u00a0de Ntozake Shange demande, d\u00e8s ses premi\u00e8res lignes, de nous ouvrir \u00e0 la magie du monde et des femmes\u00a0: \u00ab\u00a0Where there is a woman there is magic\u00a0\u00bb [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1338,1340],"tags":[364],"class_list":["post-5720","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-de-letude-du-vivant-la-litterature-au-prisme-des-ecologies","category-penser-lecofeminisme","tag-warren-elise"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5720","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5720"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5720\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8411,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5720\/revisions\/8411"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5720"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5720"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5720"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}