{"id":5723,"date":"2024-06-13T19:48:36","date_gmt":"2024-06-13T19:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/pour-une-ecopoetique-negative-etude-a-partir-du-livre-des-cabanes-de-jean-marie-gleize\/"},"modified":"2024-08-20T16:47:15","modified_gmt":"2024-08-20T16:47:15","slug":"pour-une-ecopoetique-negative-etude-a-partir-du-livre-des-cabanes-de-jean-marie-gleize","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5723","title":{"rendered":"Pour une \u00e9copo\u00e9tique n\u00e9gative. \u00c9tude \u00e0 partir du \u00ab Livre des cabanes \u00bb de Jean-Marie Gleize"},"content":{"rendered":"<h5><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6906\">Dossier : \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36<\/a><\/h5>\n<p>La question du langage engage aussit\u00f4t la question de l\u2019appropriation d\u2019une langue, d\u2019un monde, d\u2019un champ de r\u00e9f\u00e9rences qui soutient le rapport entre l\u2019humain et le r\u00e9el. Les\u00a0repr\u00e9sentations \u00e9copo\u00e9tiques souhaitent, la plupart du temps, reconstruire po\u00e9tiquement le monde mutil\u00e9, fabriquer un \u00ab\u00a0\u00e9cosyst\u00e8me linguistique\u00a0\u00bb (Blanc, Chartier, Pugue\u00a02008, 22) et finalement r\u00e9concilier ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit pour d\u00e9passer le clivage sempiternel entre l\u2019humain et la nature par l\u2019\u00e9laboration d\u2019un \u00ab\u00a0imaginaire environnemental\u00a0\u00bb (Buell 1995).\u00a0Si, pour Jonathan Bates, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9copo\u00e9tique cherche \u00e0 \u00e9tudier l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle un po\u00e8me serait une cr\u00e9ation (du grec\u00a0<em>poiesis<\/em>) d\u2019un lieu d\u2019habitation\u00a0\u00bb\u00a0(Bates 2000, 22) alors la perspective d\u2019une po\u00e9sie \u00e9cologique impliquerait la construction d\u2019une forme d\u2019id\u00e9alit\u00e9 par l\u2019\u00e9criture, c\u2019est-\u00e0-dire une forme de refuge depuis lequel les humains \u00ab\u00a0habiteraient en po\u00e8tes\u00a0\u00bb, sinon depuis lequel les po\u00e8tes feraient retentir le \u00ab\u00a0chant de la terre\u00a0\u00bb (Bates 2000). Le probl\u00e8me qui se pose revient directement \u00e0 nous interroger sur le rapport entre le r\u00e9el \u00e9cologique et l\u2019\u00e9criture ainsi que sur l\u2019identification entre les mots et les choses. Le grand danger serait pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019enfermer la nature dans un discours qui, n\u00e9cessairement, est anthropologiquement et subjectivement biais\u00e9\u00a0: peu importe l\u2019angle narratif adopt\u00e9 (comme dans la zoopo\u00e9tique ou le devenir-arbre de la narration<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Par exemple\u00a0: Guido Minz Di Sospiro. 2019.\u00a0<em>M\u00e9moires d\u2019un arbre<\/em>&#8211;<em>Ecofable<\/em>, (trad. H\u00e9l\u00e8ne Zuili). Paris\u00a0: Hugo New life.<\/span>), l\u2019\u00e9crivain ou l\u2019\u00e9crivaine ne peut que ramener son objet au sujet, le f\u00e9tichiser, le d\u00e9vorer syst\u00e9matiquement par son geste d\u2019\u00e9criture. La nature est traduite, l\u2019humain lui donne une parole, en fait un discours qui arrache la nature de son silence <sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">\u00a0\u00ab\u00a0Si le langage de la nature est muet, l\u2019art s\u2019efforce de faire parler ce silence, expos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec \u00e0 cause de la contradiction insurmontable entre cette id\u00e9e qui impose un effort d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et celle \u2014 \u00e0 laquelle s\u2019applique cet effort \u2014\u00a0\u00a0d\u2019un non-intentionnel pur et simple\u00a0\u00bb. Theodor W. Adorno.\u00a01995.\u00a0<em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique\u00a0<\/em>(trad. Marc Jimenez &amp; Eliane Kaufholz), Klincksieck, p.\u00a0118.<\/span>. Son essence est ramen\u00e9e au concept qui la contient (<em>conceptus<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Le mot\u00a0\u00ab\u00a0concept\u00a0\u00bb vient du latin\u00a0<em>conceptus<\/em>\u00a0et signifie \u00ab\u00a0prendre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0contracter\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0contenir\u00a0\u00bb. Sa fonction serait en ce sens de r\u00e9unir une complexit\u00e9 sous une seule forme, rassembler un ensemble de donn\u00e9es en une forme id\u00e9elle.<\/span>) et la retient \u00e0 une forme d\u2019id\u00e9alisme.<\/p>\n<div>\n<p>Cet article a pour objectif de proposer une analyse renouvel\u00e9e de la question \u00e9cologique esth\u00e9tis\u00e9e. Comment aborder la question \u00e9cologique de l\u2019habiter\u00a0sans nier la plaie anthropoc\u00e8ne, sans m\u00eame la r\u00e9activer\u00a0en jouant du concept\u2009? Comment comprendre sans \u00ab\u00a0prendre\u00a0\u00bb? Pour Ernst Haeckel,\u00a0l\u2019\u00e9cologie est \u00ab\u00a0la\u00a0science de l\u2019\u00e9conomie des organismes, de leur mode de vie et leurs relations ext\u00e9rieures vitales les uns avec les autres\u00a0\u00bb (Ernst Haeckel cit\u00e9 par Peter Szendy 2021, 12). Plusieurs choses se d\u00e9gagent de cette premi\u00e8re d\u00e9finition. D\u2019abord, l\u2019\u00e9cologie est substantiellement m\u00eal\u00e9e \u00e0 la question \u00e9conomique, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la gestion des \u00e9nergies de l\u2019univers entre accroissement et consumation<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"4\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-4\">4<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-4\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"4\">Le terme est de Georges Bataille qui le d\u00e9finit comme un processus involutif. L\u2019objet qui se consume a le pouvoir de se d\u00e9truire lui-m\u00eame. Nous souhaitons \u00e9largir ce sens pour amener \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique.<\/span>\u00a0des richesses. Dans\u00a0<em>La Part maudite<\/em>, Georges Bataille d\u00e9termine les lois de l\u2019univers bas\u00e9es sur une suite continue de chocs et d\u2019autodestructions qui ne cessent de rena\u00eetre de leurs cendres\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Je partirai d\u2019un fait \u00e9l\u00e9mentaire\u00a0: l\u2019organisme vivant, dans la situation que d\u00e9terminent les jeux de l\u2019\u00e9nergie \u00e0 la surface du globe, re\u00e7oit en principe plus d\u2019\u00e9nergie qu\u2019il n\u2019est n\u00e9cessaire au maintien de la vie\u00a0: l\u2019\u00e9nergie (la richesse) exc\u00e9dante peut \u00eatre utilis\u00e9e \u00e0 la croissance d\u2019un syst\u00e8me (par exemple un organisme), si le syst\u00e8me ne peut plus cro\u00eetre, ou si l\u2019exc\u00e9dent ne peut en entier \u00eatre abord\u00e9 dans sa croissance, il faut n\u00e9cessairement le perdre sans profit, le d\u00e9penser volontiers ou non, glorieusement ou\u00a0sinon de fa\u00e7on catastrophique (Bataille\u00a01976, 29).<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le second point qu\u2019il faut souligner prolonge quelque peu cette id\u00e9e selon laquelle l\u2019\u00e9conomie de l\u2019univers repose sur une interactivit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale entre plusieurs organismes. Si l\u2019on s\u2019en tient \u00e0 cette d\u00e9finition, il faudrait concevoir une \u00e9criture qui puisse mettre en relation cette activit\u00e9 \u00e9conomique et reproduire le processus universel de l\u2019<em>oikos<\/em><sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"5\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-5\">5<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-5\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"5\">\u00ab\u00a0<em>Oikos<\/em>\u00a0\u00bb renvoie non seulement \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019habitat\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un sol commun sur lequel l\u2019homme vit, mais renvoie aussi \u00e0 un sens \u00e9conomique\u00a0: le partage des \u00e9nergies et l\u2019organisation des richesses entre croissance et d\u00e9croissance qui r\u00e9gule les lois universelles.<\/span>\u00a0: ce double mouvement de diastole et de systole entre accumulation et d\u00e9pense improductive des \u00e9l\u00e9ments qui composent, d\u00e9composent et recomposent les organismes.\u00a0Ainsi, nous pouvons imaginer la maison (<em>oikos<\/em>) comme un champ dynamique d\u2019\u00e9nergie qui organise la croissance et la d\u00e9croissance au rythme d\u2019un \u00e9quilibre fondamental.<\/p>\n<p>Loin de tout ce qui pourrait se rapprocher d\u2019une esth\u00e9tisation de la nature, l\u2019\u00e9cologie dans le\u00a0<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0de Jean-Marie Gleize met en jeu une gestion des paradigmes de l\u2019\u0153uvre qui consume en elle sa finalit\u00e9 et son imagerie.\u00a0Le<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0(2015) tente d\u2019\u00e9chapper \u00e0 toute qualification de genre tout en s\u2019inscrivant dans le prolongement d\u2019une \u00e9criture qui souhaiterait d\u00e9passer ce qui rel\u00e8ve de la po\u00e9sie (post-po\u00e9tique) \u00e0 travers une \u00e9criture elle-m\u00eame po\u00e9tique,plate et r\u00e9solument neutre. L\u2019intrigue partage cette aporie dans la mesure o\u00f9 il n\u2019y a pas de continuit\u00e9 logique ni coh\u00e9rence qui puisse permettre de r\u00e9sumer le sens complet de l\u2019\u0153uvre. Le r\u00e9cit laisse toutefois appara\u00eetre un certain climat militaire par les slogans guerriers, sensiblement influenc\u00e9s par une id\u00e9ologie communiste\u00a0\u2014\u00a0o\u00f9 \u00e9mergent des donn\u00e9es historiques, tant\u00f4t intimes, tant\u00f4t emprunt\u00e9es \u00e0 des \u00ab\u00a0\u00e9l\u00e9ments de chronologie\u00a0\u00bb. En d\u00e9finitive, l\u2019enjeu du\u00a0<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0ne se situe pas dans la construction d\u2019un sens, mais plut\u00f4t dans la construction d\u2019un lieu.<\/p>\n<p>Les images se complexifient, se consument dans le temps et l\u2019espace, se transforment et mettent en place un v\u00e9ritable organisme entropique. Pour que le langage po\u00e9tique soit naturel, il doit renoncer \u00e0 conna\u00eetre la nature. L\u2019enjeu de ce que nous avons choisi d\u2019appeler \u00ab\u00a0\u00e9copo\u00e9tique n\u00e9gative\u00a0\u00bb n\u2019est donc pas de proposer une lecture positive de la nature, mais de r\u00e9v\u00e9ler la n\u00e9cessit\u00e9 de rompre avec l\u2019organisation actuelle du monde et les automatismes discursifs qui r\u00e9activent symboliquement la plaie anthropoc\u00e8ne \u00e0 travers les repr\u00e9sentations.<\/p>\n<p>Parce que la nature n\u2019existe pas \u00e0 l\u2019\u00e9tat pur, qu\u2019elle est toujours-d\u00e9j\u00e0 m\u00e9diatis\u00e9e, traduite, transform\u00e9e et retransform\u00e9e par les discours, qu\u2019elle est toujours-d\u00e9j\u00e0 en proie \u00e0 l\u2019anthropomorphisme, il faut envisager une posture qui rompe avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une nature id\u00e9alis\u00e9e, vierge, et penser dialectiquement le rapport entre la nature socialis\u00e9e et le souvenir de la nature dans le langage. Cette r\u00e9flexion dialectique ne pouvait \u00eatre mieux appr\u00e9hend\u00e9e que par l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique, pr\u00e9cis\u00e9ment parce que l\u2019\u0153uvre qui se consume ne propose aucun discours politique explicite. Son impact est latent et ne fait que traduire sensiblement et rationnellement la domination de l\u2019humain sur la nature, anticiper la destruction des paysages caus\u00e9e par l\u2019hyperindustrialisation.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9criture po\u00e9tique de Gleize r\u00e9\u00e9value les modalit\u00e9s du discours sur le r\u00e9el en consumant les figures\u00a0: l\u2019\u0153uvre s\u2019\u00e9puise en elle-m\u00eame, se d\u00e9compose, se fracture, se disloque de sorte qu\u2019elle prolonge po\u00e9tiquement \u2014\u00a0mais sans nier la cicatrice, la blessure entre le verbe et le r\u00e9el\u00a0\u2014 la reconnaissance du \u00ab\u00a0g\u00e9ocide\u00a0\u00bb en cours, en m\u00eame temps qu\u2019elle cherche \u00e0 reproduire dans son processus \u2014\u00a0son involution productrice de formes\u00a0\u2014 la consumation naturelle des \u00e9nergies.<\/p>\n<p>Notre travail se pr\u00e9sente \u00e0 partir de six axes qui reproduisent progressivement et de fa\u00e7on parcellaire notre sch\u00e9ma de pens\u00e9e. Apr\u00e8s avoir d\u00e9montr\u00e9 que l\u2019approche gleizienne est n\u00e9cessairement n\u00e9gative (I) et analys\u00e9 comment l\u2019\u00e9criture plante un d\u00e9cor, fait territorialisation et laisse \u00e9merger ce qui ressemble \u00e0 une intrigue (II) nous nous int\u00e9resserons aux propri\u00e9t\u00e9s abrasives de l\u2019\u00e9criture gleizienne, c\u2019est-\u00e0-dire comment le langage se trouve d\u00e9form\u00e9, d\u00e9territorialis\u00e9, ce qui constitue, de fait, la d\u00e9fection travaill\u00e9e du territoire mis en place (III). La d\u00e9composition des figures que permet cette d\u00e9territorialisation nous am\u00e8nera \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique gleizienne comme une errance, celle d\u2019un langage sans abri\u00a0: l\u2019\u00e9criture demeure sans demeure. Cette forme de d\u00e9territorialisation r\u00e9p\u00e9t\u00e9e du lieu-po\u00e9sie nous conduira \u00e0 la question de la d\u00e9s-habitation du langage et de ses images, \u00e0 savoir la circonvolution flamboyante de la consumation (IV). Le cinqui\u00e8me axe vise \u00e0 d\u00e9passer cette question de territorialisation-d\u00e9territorialisation pour probl\u00e9matiser plus en profondeur la mise en crise des repr\u00e9sentations \u00e9copo\u00e9tiques \u00e0 travers la consumation des images (V). Finalement, le dernier moment de notre r\u00e9flexion consistera \u00e0 pr\u00e9senter les fondements de cette \u00e9copo\u00e9tique n\u00e9gative. L\u2019\u00e9criture conserve une certaine distance avec son objet. Autrement dit, elle n\u2019identifie directement pas la nature, mais la fragmente, la complexifie, la d\u00e9chire dans sa repr\u00e9sentation.\u00a0<em>Le Livre des cabanes<\/em>\u00a0produit po\u00e9tiquement une th\u00e9orie critique de l\u2019imaginaire holiste et anthropocentr\u00e9 que nous avons de l\u2019ensemble des \u00e9cosyst\u00e8mes (VI).<\/p>\n<h2>I. La po\u00e9sie \u00e0 \u00ab\u00a0l\u00a0\u2019\u00e9preuve du n\u00e9gatif\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>L\u2019approche mise en avant se veut diff\u00e9rente de l\u2019\u00e9copo\u00e9tique actuelle comprise comme \u00ab\u00a0la mise en po\u00e8me du lieu qu\u2019on habite, la\u00a0po\u00e9misation de l\u2019habitat\u00a0\u00bb (Bates, 2000, 76). Elle tente de r\u00e9\u00e9valuer les probl\u00e9matiques \u00e9cologiques sans pour autant rassembler le sujet et l\u2019objet, de cultiver cet \u00e9cart critique n\u00e9cessaire et d\u2019<em>affronter obliquement\u00a0<\/em>la question \u00e9cologique. Cela implique de penser en faisant bifurcation et d\u2019envisager l\u2019\u00e9criture \u00e9cologique comme un d\u00e9tour, une d\u00e9viation du chemin habituel et direct, mais aussi comme une strat\u00e9gie n\u00e9cessaire et plus complexe qui laisserait entrevoir la possibilit\u00e9 de nouvelles exp\u00e9rimentations po\u00e9tiques. Cela revient \u00e0 aborder la nature par la n\u00e9gative en soustrayant ses repr\u00e9sentations scl\u00e9ros\u00e9es tout en conservant cette id\u00e9e de la non-r\u00e9conciliation entre les mots et les choses\u00a0: travailler cette blessure du sens et envisager la question \u00e9cologique par le biais d\u2019une logique po\u00e9tique autot\u00e9lique et dont le projet d\u2019inspiration tr\u00e8s moderne et objectiviste consiste \u00e0 d\u00e9faire po\u00e9tiquement ce qui rel\u00e8ve du po\u00e9tique\u00a0: \u00ab\u00a0Une fois de plus, ma fronti\u00e8re lyrique-non lyrique ne passe pas entre cette \u0153uvre et son dehors, mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u0153uvre elle-m\u00eame, comme une tension constitutive\u00a0\u00bb. (Gleize\u00a02014a, 93)<\/p>\n<p>L\u2019approche\u00a0gleizienne\u00a0prend racine dans ce qu\u2019Emmanuel Hocquard nommait la \u00ab\u00a0modernit\u00e9 n\u00e9gative\u00a0\u00bb (Hocquard, 1988) et dont l\u2019\u00e9criture consiste \u00e0 s\u2019\u00e9carter d\u2019une litt\u00e9rature qui prendrait lyriquement pour sujet le r\u00e9el r\u00e9concili\u00e9. Cette d\u00e9marche n\u00e9gative prend en compte la plaie qui ne se referme pas entre l\u2019humain et son environnement, entre les images et leur mod\u00e8le-r\u00e9f\u00e9rent tout en concevant un rapport dialectis\u00e9. Ce travail litt\u00e9raire est avant tout un travail du dess\u00e8chement des figures propre \u00e0 la litt\u00e9ralit\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 pr\u00e9cis\u00e9ment \u2014dans cette \u00ab\u00a0\u00e9preuve du n\u00e9gatif\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02014b, 340) qui motive l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique\u00a0\u2014 \u00e9merge un mouvement subversif et r\u00e9formateur, un \u00e9cosyst\u00e8me dont les \u00e9l\u00e9ments internes, les images se consument. Cette tendance au d\u00e9senchantement et au d\u00e9r\u00e8glement interne des formes po\u00e9tiques \u2014\u00a0d\u2019inspiration rimbaldienne et pongienne\u00a0\u2014, Jean-Marie Gleize la cultive jusqu\u2019\u00e0 r\u00e9v\u00e9ler l\u2019aporie essentielle de la po\u00e9sie contemporaine sous le prisme de la litt\u00e9ralit\u00e9. En pr\u00f4nant l\u2019\u00ab\u00a0assassinat pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9 de l\u2019ode et du chant par son objet\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02014b,\u00a073),\u00a0l\u2019\u00e9criture s\u2019autosacrifie dans la d\u00e9flation litt\u00e9rale qui met en jeu la dissolution des images dans \u00ab\u00a0l\u2019acide de la prose\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02014b, 73). Cet objectivisme scriptural r\u00e9pond po\u00e9tiquement \u2014\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire en mimant structurellement, par le m\u00eame m\u00e9dium que l\u2019adversaire\u00a0\u2014 \u00e0 une po\u00e9sie lyrique qui d\u00e9passe et rate toujours le r\u00e9el en le m\u00e9taphorisant ou en le r\u00e9parant par un arsenal de figures stylistiques. Il semblerait alors que ce sch\u00e9ma profond\u00e9ment n\u00e9gatif \u2014\u00a0sinon apor\u00e9tique et auto-consumatoire de l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique\u00a0\u2014 soit \u00e0 la mesure des lois qui r\u00e9gissent l\u2019univers, \u00e0 savoir son devenir entropique, mais aussi \u00e0 la mesure de l\u2019\u00e9puisement des naturalit\u00e9s provoqu\u00e9 par l\u2019impact anthropoc\u00e8ne. Le rapport s\u2019\u00e9tablit sans ressemblance ni \u00ab\u00a0identification\u00a0\u00bb. Il se prononce plut\u00f4t dans le processus lent et \u00e9rosif de l\u2019\u00e9criture qui cherche \u00e0\u00a0restituer \u00ab\u00a0litt\u00e9ralement et dans tous les sens<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"6\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-6\">6<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-6\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"6\">\u00a0Gleize reprenant la formule de Rimbaud.<\/span>\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les accidents du sol\u00a0\u00bb (Gleize\u00a01999, 40).<\/p>\n<p>Cette tension litt\u00e9rale est int\u00e9ressante parce qu\u2019elle active intrins\u00e8quement l\u2019embrasement de ce qui constitue ordinairement l\u2019imagerie po\u00e9tique. La litt\u00e9ralit\u00e9 gleizienne comme d\u00e9territorialisation des figures exige de faire de l\u2019exp\u00e9rience po\u00e9tique une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience de localisation\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02014a, 335) depuis laquelle Gleize peut faire lieu sans habiter, sans asseoir une ontologie pr\u00e9cis\u00e9e et d\u00e9finie de l\u2019objet de l\u2019\u00e9criture. L\u2019analyse du\u00a0<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0r\u00e9v\u00e8le les m\u00e9canismes d\u2019une \u00e9cologie de l\u2019esth\u00e9tique qui ne sont pas ceux d\u2019une esth\u00e9tique \u00e9cologique, supposant\u00a0<em>de facto\u00a0<\/em>d\u2019appr\u00e9hender la question de l\u2019<em>oikos<\/em>,\u00a0c\u2019est-\u00e0-dire la question du langage comme habitat,\u00a0sans en faire une image, un discours. La perspective po\u00e9tique qui est celle de Gleize met en jeu un syst\u00e8me \u00e9rosif dans lequel le contenu po\u00e9tique entre en contact avec ce qui essaie de l\u2019effacer. L\u2019\u00e9criture g\u00e9n\u00e8re une lutte intestine qui est propre \u00e0 la consumation.<\/p>\n<h2>II. Formation. Cartographie des lieux<\/h2>\n<p>Les lieux ont un r\u00f4le fondamental dans la formation et la destitution des figures dans la po\u00ef\u00e9tique gleizienne. Penser la po\u00e9sie ne va pas sans une \u00ab\u00a0exp\u00e9rience de localisation\u00a0\u00bb qui se concr\u00e9tise dans les \u0153uvres de fictions de l\u2019auteur (<em>L\u00e9man<\/em>,\u00a0<em>Donnant lieu<\/em>\u2026), mais aussi dans le\u00a0<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0\u00e0 travers l\u2019\u00e9mergence progressive d\u2019une ontogen\u00e8se po\u00e9tique qui est aussi une ontogen\u00e8se des lieux.\u00a0La valeur m\u00e9tapo\u00e9tique des cabanes est \u00e9difiante et elle ne se dissocie pas d\u2019une probl\u00e9matique de l\u2019habiter dans laquelle se reconna\u00eet l\u2019\u00e9copo\u00e9tique plus traditionnelle, c\u2019est-\u00e0-dire ancr\u00e9e dans les repr\u00e9sentations environnementales.\u00a0Dans la pr\u00e9face de\u00a0<em>Sorties<\/em>, Christophe Hanna d\u00e9finit en ce sens l\u2019approche analytique gleizienne comme une lecture panoramique qui exige de nouvelles configurations spatiales, aussi bien du point de vue pratique (la page, les descriptions, la mise en place d\u2019une po\u00ef\u00e9tique des lieux) que du point de vue conceptuel en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 des localit\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Lacs, \u00e9crans, torrents, couloirs\u2026 ce sont quelques-uns des lieux [\u2026] qui, dans mon travail d\u2019\u00e9criture, sont \u00e0 la fois des lieux depuis lesquels je travaille [\u2026] et des lieux que cette \u00e9criture travaille, construit, produit, d\u00e9crit, circonscrit. (Gleize\u00a02014a, 332)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Plut\u00f4t que d\u2019affirmer ce qu\u2019est ou non la po\u00e9sie, Gleize avance \u00e0 t\u00e2tons \u00e0 travers une \u00e9criture aussi bien aveugle que\u00a0\u00ab\u00a0topographique\u00a0\u00bb\u00a0(Thomas\u00a02015, 13)\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Trouver ici \u00e9tait la premi\u00e8re question. La premi\u00e8re \u00e9vidence. Il a fallu marcher beaucoup et comme les yeux band\u00e9s. Aller tr\u00e8s loin de travers. Ignorer le temps. Combien de roues combien, en direction de \u00e7a? Combien de tours? (Gleize\u00a02015, 42)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Cette perspective est profond\u00e9ment\u00a0<em>topog\u00e9n\u00e9tique<\/em>\u00a0dans la mesure o\u00f9 l\u2019\u00e9criture tend \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un invariant qui mat\u00e9rialise \u2014\u00a0certes conceptuellement\u00a0\u2014 un lieu qui supporterait l\u2019infinie variabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture anonyme\u00a0gleizienne\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019\u00e9cris pour\u00a0<em>donner lieu<\/em>\u00a0\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"7\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-7\">7<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-7\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"7\">\u00a0La mise en italique vient de Gleize.<\/span>\u00a0(Gleize\u00a02014a, 292), \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9criture, d\u2019embl\u00e9e, \u00e9tant pour moi li\u00e9e, ou nou\u00e9e, \u00e0 cette question du lieu, du donner lieu, de l\u2019avoir lieu du lieu\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02014a, 290). Pas de tremblement des figures sans un territoire fig\u00e9 sur lequel s\u2019appuyer.<\/p>\n<p>Cet invariant est n\u00e9cessaire au \u00ab d\u00e9saffublement \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019op\u00e9ration litt\u00e9rale qui consiste \u00e0 effacer les figures pr\u00e9fabriqu\u00e9es. C\u2019est ainsi que le texte fabrique son contexte, en m\u00eame temps que se construisent les cabanes\u00a0: \u00ab\u00a0il faut planter des arbres. Il faut construire des cabanes, ici\u00a0\u00bb\u00a0(Gleize\u00a02015, 22). En tant que lieu, que rep\u00e8re, la cabane concr\u00e9tise un espace \u00ab\u00a0depuis lequel travailler\u00a0\u00bb et o\u00f9 se meuvent une s\u00e9rie de d\u00e9territorialisation et de reterritorialisations de ce qui a \u00e9t\u00e9 tiss\u00e9. Sur ce point, l\u2019approche gleizienne est tr\u00e8s deleuzienne. Le premier temps de l\u2019\u00e9criture sera ainsi d\u2019exposer un cadre, de d\u00e9limiter un champ d\u2019intervention, un ensemble de figures, de r\u00e9\u00e9valuer la mat\u00e9rialit\u00e9 de la page pour en d\u00e9voiler son obsc\u00e9nit\u00e9<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"8\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-8\">8<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-8\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"8\">\u00a0Gleize \u00e9voque \u00e0 propos de \u00ab\u00a0L\u2019Huitre\u00a0\u00bb de Ponge une \u00ab\u00a0po\u00e9tique de l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la lucidit\u00e9, du refus des illusions et de l\u2019illusionnisme\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0La Po\u00e9sie en orbite. Francis Ponge\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Litt\u00e9ralit\u00e9.<\/em>\u00a0<em>Po\u00e9sie et figuration \u00e0 noir, Po\u00e9sie et litt\u00e9rarit\u00e9<\/em>, p. 206.<\/span>. C\u2019est sous ce rapport que la page se d\u00e9nude \u00e0 la lecture et se montre ainsi sous sa franche brutalit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0<em>pagina\u00a0<\/em>\u00bb signifie en latin \u00ab\u00a0page\u00a0\u00bb, mais aussi \u00ab\u00a0mettre des bornes\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0planter de vignes des coteaux\u00a0\u00bb. En d\u00e9limitant l\u2019espace de la page, en les soumettant \u00e0 la lecture, Gleize la spatialise et finalement met en place une s\u00e9rie de lieux, un \u00e9cosyst\u00e8me dont les \u00e9l\u00e9ments internes communiquent et s\u2019entrem\u00ealent comme un ensemble d\u2019organismes. Le premier mouvement de l\u2019\u00e9criture litt\u00e9rale gleizienne consiste en somme \u00e0 rendre \u00e0 l\u2019\u00e9criture sa spatialit\u00e9, \u00e0 consolider des figures, \u00e0 rep\u00e9rer le nommable\u00a0: \u00e0 cr\u00e9er des situations. Cette premi\u00e8re approche constitue une formation d\u2019un contexte qu\u2019il s\u2019agira apr\u00e8s coup de d\u00e9faire\u00a0: \u00ab\u00a0faire le mur dans les deux sens, le construire et s\u2019\u00e9chapper\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02014a, 217).<\/p>\n<p>Suivant cette premi\u00e8re consid\u00e9ration selon laquelle l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique pose un cadre, sa propre cartographie, sa propre g\u00e9ographie, nous en venons \u00e0 la seconde posture inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019\u00e9criture litt\u00e9rale, cette fois-ci plus n\u00e9gative et offensive. Elle consiste \u00e0 faire du lieu construit une zone paradoxale de consumation.\u00a0La litt\u00e9ralit\u00e9 gleizienne mobilise alternativement deux grands moments\u00a0soit l\u2019apparition et la dissolution des lieux-figures\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Quelque chose est\u00a0<em>en formation<\/em>, mais cette formation est en m\u00eame temps d\u00e9formation, de m\u00eame que tout ce qui appara\u00eet tend \u00e0 dispara\u00eetre, \u00e0 se dissoudre, \u00e0 se pulv\u00e9riser, car ce dispositif est essentiellement marqu\u00e9 par le travail du n\u00e9gatif (Gleize\u00a02009, 257).<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>III. D\u00e9-formation. Les descriptions d\u2019un \u00ab\u00a0d\u00e9peupleur\u00a0\u00bb<\/h2>\n<p>La description gleizienne tient un r\u00f4le n\u00e9gatif dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019une po\u00e9sie litt\u00e9rale. La tension se manifeste comme le d\u00e9passement de la po\u00e9sie par les voies po\u00e9tiques. Sur ce point, l\u2019\u00e9criture comporte une fonction que l\u2019on pourrait qualifier d\u2019hygi\u00e9niste\u00a0: le but est de d\u00e9peupler les lieux, de \u00ab\u00a0d\u00e9saffubler\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de simplifier les figures, de les nettoyer de leur sens artificiel, d\u2019exorciser le texte de toute ressemblance analogique. Il en formule le projet dans\u00a0<em>Sorties<\/em>\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Nous ne faisons, en somme, que d\u00e9placer des mots et des choses et des images, nous faisons, et pour d\u00e9faire et pour refaire un lieu, des lieux, des espaces moins d\u2019habitation que de circulation et d\u2019\u00e9change. D\u00e9charger, recharger. D\u00e9placer. Crever l\u2019\u00e9cran. (Gleize\u00a02014a, 6)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Nous comprenons que le tout n\u2019est pas d\u2019habiter le po\u00e8me comme une maison qui serait le si\u00e8ge du langage\u00a0et du sens. Le texte respire, se charge et se d\u00e9charge en motivant une consumation interne\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019image absorbe les mots, les mots absorbent les images, effacent une \u00e0 une toutes les images. Ainsi des pas sur l\u2019herbe coup\u00e9e, mouill\u00e9e, foul\u00e9e\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 23). D\u00e9peupler veut dire d\u00e9serter, d\u00e9garnir, effacer, \u00ab\u00a0sortir\u00a0\u00bb, autrement dit, d\u00e9faire ce qui a \u00e9t\u00e9 esth\u00e9tiquement\u00a0constitu\u00e9, savamment construit et repr\u00e9sent\u00e9. Ce qui implique n\u00e9cessairement une lutte acharn\u00e9e et d\u00e9charn\u00e9e contre le lyrisme po\u00e9tique qui peuple toujours-d\u00e9j\u00e0 les soubassements du langage. Il faut aussi entendre d\u00e9peupler sous son acception spatialisante\u00a0: d\u00e9-peupler le texte, c\u2019est le d\u00e9semplir, \u00e9vider son contenu jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il ne reste que le lieu (\u00ab\u00a0rien n\u2019aura lieu que le lieu\u00a0\u00bb [Mallarm\u00e9\u00a02003, 439]). C\u2019est en ce sens que l\u2019\u00e9criture affecte la structure et la forme de l\u2019\u0153uvre. La logique gleizienne est une logique de dislocation. Il n\u2019y a plus de rep\u00e8res, l\u2019\u00e9criture d\u00e9soriente et chaque cabane ainsi construite est amen\u00e9e \u00e0 se d\u00e9construire\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0D\u00e9truisez vos cabanes, D\u00e9placez-vous\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 59). On comprendra par l\u00e0 la difficult\u00e9 d\u2019identifier un lieu fixe interdisant le po\u00e8me de se fondre en un site o\u00f9 retrouver une stase identitaire, une substance et ainsi en r\u00e9v\u00e9ler les contradictions (\u00ab\u00a0Je dis que je suis n\u00e9. J\u2019\u00e9cris que je suis n\u00e9 \u00e0 Tarnac\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Je ne suis pas n\u00e9 \u00e0 Tarnac\u00a0\u00bb [Gleize\u00a02015, 18]). La topographie se substitue \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de l\u2019unicit\u00e9 en plusieurs sc\u00e8nes, plusieurs cabanes, plusieurs circonstances. L\u2019\u00e9criture du\u00a0<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0est parcellaire et rel\u00e8ve du dispositif. Elle implante des fragments qui \u00e9chappent \u00e0 la situation d\u2019\u00e9nonciation comme des slogans politiques ou militants, des dates, des passages aux allures de journaux intimes (par exemple le titre du deuxi\u00e8me chapitre\u00a0: \u00ab\u00a0LE 12\u00a0JUILLET, M., SOUS L\u2019\u00c9CORCE\u00a0\u00bb [Gleize\u00a02015, 25]) ou encore des photographies plus ou moins contextualis\u00e9es. Il s\u2019agit pour le texte d\u2019\u00e9viter de se cristalliser en une repr\u00e9sentation ou en un espace unifi\u00e9 par son \u00e9toilement et la mise en constellation de ses cat\u00e9gories.<\/p>\n<p>En quoi cette dislocation co\u00efncide-t-elle avec la d\u00e9flation caract\u00e9ristique de l\u2019\u00e9criture litt\u00e9rale? L\u2019implantation du d\u00e9cor\u00a0prend en compte cette nouvelle figure et tend \u00e0 la d\u00e9figurer, la ramener \u00e0 un paradoxe obscurcissant sa lisibilit\u00e9, sa figurabilit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 en faire un lieu \u00e9ph\u00e9m\u00e8re et dialectique\u00a0: comprenons ici la mise en place d\u2019une instabilit\u00e9 constitutive d\u2019un lieu situ\u00e9 entre apparition et destitution des images, entre territorialisation et d\u00e9territorialisation. Pour Beno\u00eet Auclerc, l\u2019\u00e9criture litt\u00e9rale est un \u00ab\u00a0terrorisme \u00e0 l\u2019usage interne\u00a0\u00bb (2014, 146). Son r\u00f4le est de faire vibrer cet espace et d\u2019agir sur les repr\u00e9sentations ancr\u00e9es dans le\u00a0<em>logos\u00a0<\/em>: frayer son chemin<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"9\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-9\">9<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-9\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"9\">Cf. Benoit Auclerc, \u00ab\u00a0Frayage de la m\u00e9moire politique\u00a0chez Jean-Marie Gleize\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Formes po\u00e9tiques contemporaines<\/em>, Les Presses Universitaires du Nouveau Monde, 2015-2016.<\/span>, ouvrir la voie \u00e0 ce qui ne ressemble plus \u00e0 de la po\u00e9sie.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Le Livre des cabanes<\/em>, la dissolution litt\u00e9rale se m\u00eale au devenir-poussi\u00e8re des lieux\u00a0: \u00ab\u00a0Les mots sont tomb\u00e9s un \u00e0 un, goutte \u00e0 goutte, et se sont m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 la poussi\u00e8re\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 37), \u00ab\u00a0Ils sont partout cass\u00e9s, coup\u00e9s, broy\u00e9s, m\u00e9lang\u00e9s au sol, \u00e0 la fine couche de poussi\u00e8re, \u00e0 la poussi\u00e8re press\u00e9e, tass\u00e9e, pouss\u00e9e dans le sol de bois\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 37). Il y a co\u00efncidence entre la d\u00e9construction des cabanes et celles des images. Le sacrifice du figural par l\u2019\u00e9criture s\u2019aligne sur celle des constructions habitables\u00a0: \u00ab\u00a0En bas de la bo\u00eete la maison de bois est de plus en plus cass\u00e9e, d\u00e9truite\u00a0\u00bb\u00a0(Gleize\u00a02015, 31), \u00ab\u00a0la tente qu\u2019il s\u2019est faite afin soi-m\u00eame de s\u2019y habiter, de\u00a0<em>trouver ici<\/em>, longtemps, comme ce qui s\u2019effondre et se rel\u00e8ve et se reconstitue et retombe en poussi\u00e8re\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 45). Gleize privil\u00e9gie la figure de la ruine comme lieu entropique et atopique en jouant sur son paradoxe constitutif\u00a0: \u00e0 la fois lieu de cl\u00f4ture et d\u2019ouverture, de construction et de d\u00e9construction. La formule \u00ab\u00a0Oui nous habitons vos ruines, mais\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 52) \u2014\u00a0qui appara\u00eet sur le mur d\u2019une maison abandonn\u00e9e photographi\u00e9e par Justin Delareux\u00a0\u2014 est r\u00e9currente et revient neuf fois dans\u00a0<em>Le Livre des cabanes<\/em>. La phrase est inachev\u00e9e et annonce un mouvement, sinon un glissement vers l\u2019ind\u00e9termin\u00e9, la sortie discursive\u00a0: \u00ab\u00a0sortez de vos chambres et de vos cellules et de vos temples d\u00e9placez-vous, d\u00e9placez tout\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 59).<\/p>\n<p>La valeur m\u00e9tapo\u00e9tique de la cabane, en tant qu\u2019\u00ab\u00a0appareil\u00a0\u00bb, en tant que dispositif (une \u00ab\u00a0sorte de lavoir\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 33) participe \u00e0 la revalorisation de l\u2019espace litt\u00e9raire gleizien. L\u2019inconstance et la fragilit\u00e9 des objets d\u00e9crits emp\u00eachent les figures de se former tout \u00e0 fait et par cons\u00e9quent de g\u00e9n\u00e9rer une identit\u00e9 paisible et connue.\u00a0<em>Le Livre des cabanes<\/em>\u00a0se d\u00e9s\u0153uvre perp\u00e9tuellement, s\u2019autosacrifie pour se reformer autrement. L\u2019<em>ekphrasis<\/em>\u00a0litt\u00e9rale de la photographie\u00a0<em>Destroyed Room<\/em>\u00a0de Jeff Wall r\u00e9affirme la non-habitabilit\u00e9 de l\u2019\u00e9criture gleizienne. La photographie repr\u00e9sente une chambre d\u00e9sordonn\u00e9e dont les meubles sont d\u00e9truits, renvers\u00e9s, le matelas est fendu et un amas d\u2019objets cass\u00e9s g\u00eet sur le sol. Gleize s\u2019approprie l\u2019image\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Ainsi maintenant la pi\u00e8ce est vide. Il y a un mur de plus. Un autre mur. Les mots sont tomb\u00e9s un \u00e0 un, goutte \u00e0 goutte, et se sont m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 la poussi\u00e8re. Ils sont partout cass\u00e9s, coup\u00e9s, broy\u00e9s, m\u00e9lang\u00e9s au sol, \u00e0 la fine couche de poussi\u00e8re, \u00e0 la poussi\u00e8re press\u00e9e, tass\u00e9e, pouss\u00e9e dans le sol de bois. (Gleize\u00a02015, 37)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le d\u00e9cor int\u00e9rieur est d\u00e9vast\u00e9 et les objets sont d\u00e9form\u00e9s. L\u2019\u00e9criture semble se fondre dans la photographie jusqu\u2019\u00e0 la fusion (dissolution) du sujet et de l\u2019objet dans le mutuel devenir-poussi\u00e8re. Les descriptions nous interrogent en ce sens sur l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019habiter les images, de loger dans le lieu po\u00e9tique et d\u2019y trouver du confort, \u00e0 savoir la satisfaction d\u2019une m\u00e9diation rassur\u00e9e et rassurante entre le concept et son r\u00e9f\u00e9rent.\u00a0<\/p>\n<h2>IV. D\u00e9shabiter en po\u00e8te<\/h2>\n<p>Dans l\u2019agitation g\u00e9n\u00e9rale et chaotique de cette dissolution continue, les mots n\u2019adh\u00e8rent plus aux choses. Les images se d\u00e9composent \u00e0 mesure que les figures se d\u00e9chirent dans la description gleizienne. Les pr\u00e9mices d\u2019une \u00e9copo\u00e9tique n\u00e9gative se mettent en place progressivement. On comprend que le\u00a0<em>Livre des cabanes\u00a0<\/em>n\u2019aborde pas directement la probl\u00e9matique environnementale et fait de la cabane un lieu imaginaire, un refuge symbolique comme celui dans le\u00a0<em>Trait\u00e9 de la cabane solitaire<\/em>; texte dans lequel Antoine Marcel retranscrit une exp\u00e9rience contemplative et po\u00e9tique du d\u00e9tachement dans un milieu naturel et o\u00f9 la cabane devient le \u00ab\u00a0lieu o\u00f9 l\u2019on peut r\u00eaver\u00a0\u00bb (2008, 13). Aucun onirisme n\u2019est en revanche \u00e0 relever dans le r\u00e9cit gleizien. La question \u00e9copo\u00e9tique est obliquement abord\u00e9e par la question m\u00e9tapo\u00e9tique, c\u2019est-\u00e0-dire par les s\u00e9ries de d\u00e9placements, d\u2019interf\u00e9rences du texte, des vitesses et des lenteurs de l\u2019\u00e9criture en recherche d\u2019un lieu \u00e0 habiter. En ce sens le\u00a0<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0traverse la question de l\u2019<em>oikos<\/em>\u00a0dans cette perp\u00e9tuelle qu\u00eate o\u00f9 s\u2019active une interface fragile et profond\u00e9ment nomade, une topographie de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re marqu\u00e9e par le d\u00e9racinement r\u00e9p\u00e9t\u00e9 des cabanes\u00a0: \u00ab\u00a0D\u00e9truisez vos cabanes D\u00e9placez-vous\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 59).<\/p>\n<p>La litt\u00e9ralit\u00e9 gleizienne nous montre sur ce point la difficult\u00e9 d\u2019habiter po\u00e9tiquement (lyriquement)\u00a0le monde<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"10\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-10\">10<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-10\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"10\"> Sur ce point, voir Jean-Claude Pinson. 1995.\u00a0<em>Habiter en po\u00e8te\u00a0: essai sur la po\u00e9sie contemporaine<\/em>. Paris\u00a0: Champ Vallon. <\/span>.\u00a0Les variations, le fragmentaire participent au d\u00e9s\u0153uvrement du texte qui s\u2019ouvre dans l\u2019aporie litt\u00e9rale\u00a0: la po\u00e9sie souhaite sortir du po\u00e9tique, le lieu est sans cesse d\u00e9fait par ses propres enzymes. L\u2019\u00e9criture se projette ainsi dans cette sortie\u00a0\u2014 ne plus se fier \u00e0 ce qui se pr\u00e9sente au visible, aux images\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>[\u2026] \u00e9vacuation des terrains occup\u00e9s des maisons des tentes des cabanes \u00e9vacuation d\u00e9gagement destruction \u00ab\u00a0\u00e0 la recherche d\u2019essence pour enflammer les palissades en cas d\u2019assaut le long du chemin, des chicanes et des tranch\u00e9es ont \u00e9t\u00e9 mises en place pour ralentir les v\u00e9hicules de destruction, pour les ralentir\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 145)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>De ces \u00ab\u00a0\u00e9vacuations des terrains\u00a0\u00bb, Gleize \u00e9rige sa d\u00e9marche de dissolution po\u00e9tique. En interdisant d\u2019habiter les cabanes, Gleize am\u00e8ne les mots \u00e0 d\u00e9serter les choses, \u00e9cartant toujours plus loin toute affirmation ontologique. C\u2019est sous ce rapport, sous cette consumation lente que l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique maintient son nomadisme en \u00e9chappant \u00e0 toute esth\u00e9tisation qui souhaiterait faire de la langue ou du monde un chez-soi, une ontologie, un abri linguistique dans lequel l\u2019anthropoc\u00e8ne, la domination de l\u2019humain sur la nature, peut reprendre forme.<\/p>\n<p>Il faut donc comprendre la d\u00e9construction des cabanes comme une r\u00e9ponse offensive et po\u00e9tique contre le fantasme d\u2019un chez-soi authentique. Le paysage d\u00e9crit est emport\u00e9 dans une temp\u00eate qui entra\u00eene dans son mouvement l\u2019identification, la r\u00e9union du sujet et de l\u2019objet, toute r\u00e9ponse \u00e0 la question de l\u2019origine\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>On ne sait pas ce que c\u2019est d\u2019\u00eatre n\u00e9. En regardant les bords du chemin, la fa\u00e7on dont ils tombent, et ce lambeau d\u2019herbe d\u2019o\u00f9 penchent les arbres entre les deux pentes et le vacarme des chutes, je sais que je suis n\u00e9 m\u00eame si je ne sais pas comment c\u2019est que d\u2019\u00eatre n\u00e9 ni o\u00f9, comment c\u2019est d\u2019\u00eatre n\u00e9 quelque part. Je n\u2019ai qu\u2019un seul souvenir et c\u2019est celui d\u2019un drap r\u00eache. (Gleize\u00a02015, 18)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce qui se pr\u00e9sentait alors comme l\u2019introduction d\u2019un contexte narratif s\u2019ach\u00e8ve dans la dislocation et le lavement-dess\u00e8chement de toute m\u00e9taphorisation\u00a0et o\u00f9 seul demeure \u00ab\u00a0un drap r\u00eache\u00a0\u00bb, figure restante, part maudite du d\u00e9gorgement litt\u00e9ral. L\u2019implantation du d\u00e9cor, du cadre spatial (Tarnac) participe \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un lieu sans-lieu, c\u2019est-\u00e0-dire un espace h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9tique o\u00f9 les localit\u00e9s se transforment et remuent dans l\u2019\u00e9criture. Ainsi Tarnac se change en \u00ab\u00a0cantar\u00a0\u00bb\u00a0(Gleize\u00a02015, 20) signifiant \u00ab\u00a0chanter\u00a0\u00bb en espagnol. \u00ab\u00a0Tarnac sans Tarnac\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0cantar\u00a0\u00bb sans \u00ab\u00a0cantar\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9criture avance \u00e0 reculons, progresse dans son involution des figures. L\u2019\u00e9criture gleizienne d\u00e9-chante et creuse les lieux dans l\u2019\u00e9preuve po\u00e9tique\u00a0: \u00ab\u00a0Quelque chose alors appara\u00eet se composer et se d\u00e9composer dans le temps quelque chose invisiblement\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 31). On comprend alors que le m\u00e9canisme gleizien dissout l\u2019\u00e9vidence de la relation entre le sujet et l\u2019objet, les mots et les lieux se d\u00e9sint\u00e8grent\u00a0: \u00ab\u00a0Elle va et vient en nous, circule, coule, tombe en pluie sur et dans nos bouches et dans nos veines. La poussi\u00e8re va et vient entre nous et en nous\u00a0\u00bb (Gleize\u00a02015, 31).\u00a0<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 travers cette double \u00e9criture entre implantation et dissolution que Jean-Marie Gleize met en place une logique d\u2019extraction, du non-habiter, du d\u00e9m\u00e9nagement et de la d\u00e9possession des lieux et de l\u2019<em>oikos<\/em>. Il r\u00e9cuse de cette fa\u00e7on le mod\u00e8le po\u00e9tique motiv\u00e9 par ce \u00e0 ce qu\u2019Yves Bonnefoy nommait le \u00ab\u00a0devoir de responsabilit\u00e9 ontologique\u00a0\u00bb (1993, 70), la recherche d\u2019une v\u00e9rit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 habiter. Chez Gleize, l\u2019humain n\u2019habite pas en po\u00e8te, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il ne peut s\u2019y tenir, le sommet \u00e9tant inaccessible, le paysage toujours d\u00e9sol\u00e9 et encore sensibilis\u00e9 par l\u2019entropie et le s\u00e9isme litt\u00e9ral. Il n\u2019y a, en quelque sorte, un habiter gleizien que dans la crise, le tremblement, le vacillement-toupie<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"11\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-11\">11<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-11\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"11\">\u00ab\u00a0Un de mes tout premiers livres s\u2019intitulait\u00a0<em>Donnant lieu<\/em>. Il me semble que je pensais d\u2019abord l\u2019\u00e9criture en termes de lieux\u00a0: donner lieu, avoir lieu, en restituant au mot\u00a0<em>lieu<\/em>, dans ces formules fig\u00e9es, un poids sp\u00e9cifique et concret.\u00a0<em>Donnant lieu<\/em>\u00a0avait \u00e0 voir avec un objet qui \u00e9tait \u00e0 mes yeux un instrument d\u2019\u00e9criture, ou tout au moins d\u2019inscription\u00a0:\u00a0<em>la toupie<\/em>.\u00a0\u00bb. Jean-Marie Gleize, \u00ab\u00a0Lacs, \u00e9crans, torrents, couloirs\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Sorties.,\u00a0<\/em>p. 333.<\/span>\u00a0des images et des repr\u00e9sentations constitu\u00e9es dans la langue qui restitue une certaine tension (\u00ab\u00a0l\u2019inclusion du n\u00e9gatif\u00a0\u00bb [Gleize, 2014b, 14]) dans l\u2019appartenance du monde par les mots et les concepts. Si la cabane co\u00efncide avec un mod\u00e8le po\u00e9tique et po\u00ef\u00e9tique<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"12\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-12\">12<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-12\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"12\"> \u00ab\u00a0Les cabanes ont \u00e0 voir avec une conception de l\u2019\u00e9criture en actes, et l\u2019art de \u00ab\u00a0m\u00e9nager des devenirs r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. Jean-Marie Gleize en entretien avec Fabien Ribery, \u00ab\u00a0Il y a toujours trop de rose dans prose\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Le Blog de Fabien Ribery<\/em>, 2 Mai 2016.<\/span>, le texte gleizien s\u2019affirme comme\u00a0<em>\u0153uvre-oikos<\/em>\u00a0: \u0153uvre-habitat, certes, mais non \u0153uvre-demeure. Sur ce point l\u2019\u00e9criture gleizienne fait lieu, implante un \u00e9cosyst\u00e8me fragile de signes, vacillant, tremblant qui emp\u00eache l\u2019identification, qui emp\u00eache, nous jouons sur le double sens, de demeurer dans la langue.<\/p>\n<h2>V. \u00ab\u00a0Crever l\u2019\u00e9cran\u00a0\u00bb\u00a0: vers une \u00e9cologie iconoclaste<\/h2>\n<p>De cette d\u00e9s-habitation forc\u00e9e, d\u00e9gage une r\u00e9flexion sur le rapport po\u00e9tique entre les mots et les choses nous permettant finalement de r\u00e9v\u00e9ler la diff\u00e9rence entre une \u00e9copo\u00e9tique qui pr\u00f4ne \u00ab\u00a0la mise en avant du monde naturel\u00a0\u00bb (Schoentjes\u00a02015, 28) et une \u00e9cologie po\u00e9tique qui souhaite travailler l\u2019\u00e9cart entre le discours et la nature \u2014\u00a0sch\u00e9ma que nous retrouvons dans le texte gleizien. \u00c0 aucun moment dans le\u00a0<em>Livre des cabanes<\/em>\u00a0la nature ne se trouve glorifi\u00e9e ou m\u00eame approch\u00e9e. L\u2019\u00e9criture litt\u00e9rale ne chante pas la terre, elle ne la r\u00e9enchante pas non plus. Elle d\u00e9chante po\u00e9tiquement et apor\u00e9tiquement ses repr\u00e9sentations (\u00ab\u00a0Tarnac sans Tarnac\u00a0\u00bb).\u00a0Ce faisant, la pens\u00e9e \u00e9cologique que nous souhaitons r\u00e9v\u00e9ler est sensiblement n\u00e9gative parce que \u00ab\u00a0sans nature<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"13\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-13\">13<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-13\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"13\">\u00a0Nous reprenons l\u2019expression du philosophe anglais Timothy Morton,\u00a0<em>Ecology without nature, Rethinking environmental Aesthetics.\u00a0<\/em>2007. Cambridge\u00a0: Harvard University Press.<\/span>\u00a0\u00bb, parce qu\u2019elle ne reproduit pas d\u2019images, de discours, d\u2019activisme ou de moralisme \u00e9cologique. Il semble en effet que l\u2019\u00e9criture litt\u00e9rale \u2014\u00a0pour le moins autosacrificiel dans son m\u00e9canisme interne\u00a0\u2014 restitue la circonvolution incandescente des figures qui se consument. Nous faisons face \u00e0 deux principes bien diff\u00e9rents\u00a0: le premier est bas\u00e9 sur l\u2019adjonction, l\u2019imitation, l\u2019illusionnisme et la transitivit\u00e9 pour l\u2019\u00e9copo\u00e9tique, et l\u2019autre, autot\u00e9lique, dialectique prend ses distances avec la r\u00e9alit\u00e9. Son sch\u00e9ma est profond\u00e9ment n\u00e9gatif.<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Valet noir<\/em>, Jean-Christophe Cavallin propose de reconfigurer l\u2019approche \u00e9copo\u00e9tique qui s\u2019attache trop souvent \u00e0 une logique anthropomorphique. Au mim\u00e9tisme et aux illusionnismes des \u00e9cofictions, Cavallin propose une \u00ab\u00a0\u00e9cologie du r\u00e9cit<sup class=\"modern-footnotes-footnote \" data-mfn=\"14\" data-mfn-post-scope=\"0000000000002f570000000000000000_5723\"><a href=\"javascript:void(0)\"  role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-14\">14<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000000002f570000000000000000_5723-14\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"14\">\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9cologie du r\u00e9cit propose un autre rapport au monde et un autre dispositif\u00a0: au miroir et au mirage, elle substitue le couplage. Elle ne\u00a0<em>reproduit<\/em>\u00a0pas le monde dans le seul registre de l\u2019image et de l\u2019illusion mim\u00e9tique, elle ne le\u00a0<em>contredit\u00a0<\/em>pas dans l\u2019univers contrefactuel d\u2019un pur syst\u00e8me de signes, \u2014 elle se reproduit avec lui. En s\u2019accouplant au r\u00e9el, elle co-produit le r\u00e9el et produit du monde vrai\u00a0\u00bb, Jos\u00e9 Corti. 2021.\u00a0<em>Valet noir. Vers une \u00e9cologie du r\u00e9cit<\/em>. coll. \u00ab\u00a0Biophilia\u00a0\u00bb, p. 21.<\/span>\u00a0\u00bb qui pose les\u00a0crit\u00e8res d\u2019une red\u00e9finition de \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cologie de l\u2019imaginaire\u00a0\u00bb. Le rapport se d\u00e9place et nous passons d\u2019une recherche de la connaissance qui exige un effort de retranscription, \u00e0 un app\u00e9tit conceptuel \u00e0 une reconnaissance qui \u00ab\u00a0se trouve \u00eatre la notion cardinale d\u2019une th\u00e9orie de la forme en tant que performance (<em>forma agens<\/em>)\u00a0\u00bb (Cavallin\u00a02021b) et qui exige la construction d\u2019un certain intervalle dans la proximit\u00e9\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Le po\u00e8te, pour le dire vite, doit parler comme on \u00e9crit\u00a0: tenir son sujet \u00e0 distance, le transformer en objet, le\u00a0<em>repr\u00e9senter<\/em>\u00a0\u00e0 la perfection sans jamais le rendre\u00a0<em>pr\u00e9sent<\/em>. C\u2019est une strat\u00e9gie d\u2019exclusion inclusive\u00a0: reproduire en tant qu\u2019image ce que l\u2019image abolit en tant que pr\u00e9sence active. (Cavallin\u00a02021a, 229)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tenir \u00e0 distance, dans ce cas, cela veut dire tenir en errance et promouvoir l\u2019\u00e9cart critique dans la proximit\u00e9 ou de la proximit\u00e9 dans la distance. La perspective de Cavallin s\u2019inscrit dans une relation compassionnelle et distante avec le r\u00e9el \u00e9cologique.\u00a0Le rapport \u00e0 la nature n\u2019est jamais aussi proche qu\u2019\u00e0 travers la n\u00e9gation de sa repr\u00e9sentation. D\u2019ailleurs pour Adorno\u00a0\u00ab\u00a0l\u2019art n\u2019est fid\u00e8le \u00e0 la nature ph\u00e9nom\u00e9nale que lorsqu\u2019il repr\u00e9sente le paysage dans l\u2019expression de sa propre n\u00e9gativit\u00e9\u00a0\u00bb (Adorno\u00a01995, 104). Autrement dit, la reconnaissance des naturalit\u00e9s et des fragilit\u00e9s des \u00e9cosyst\u00e8mes ne s\u2019octroie que dans la reconnaissance de leur alt\u00e9rit\u00e9 et de son caract\u00e8re inali\u00e9nable.<\/p>\n<h2>VI. Se tenir en errance<\/h2>\n<p>L\u2019\u00e9cologie gleizienne est impropre \u00e0 l\u2019\u00e9copo\u00e9tique dans le sens o\u00f9 elle ne cherche pas \u00e0 reproduire fid\u00e8lement et lyriquement le \u00ab\u00a0chant de la nature\u00a0\u00bb. L\u2019\u00e9criture de la consumation exige de faire site, de fabriquer un lieu \u00e0 d\u00e9crire et depuis lequel travailler, et puis ensuite d\u2019\u00e9puiser cet espace. Les images deviennent poussi\u00e8re et l\u2019\u00e9criture s\u2019ouvre \u00e0 l\u2019iconoclastie, \u00e0 la d\u00e9chirure interne des tissus pr\u00e9form\u00e9s. Le po\u00e8te n\u2019habite plus sa langue comme il n\u2019habite plus le monde. L\u2019\u00e9criture po\u00e9tique se d\u00e9poss\u00e8de de ses objets \u00e0 mesure que se d\u00e9territorialisent les cabanes. L\u2019\u00e9cologique peut \u00eatre con\u00e7ue comme une \u00ab\u00a0logie de l\u2019<em>oikos<\/em>\u00a0\u00bb (Deguy\u00a02018, 11). Une autre d\u00e9marche est ici privil\u00e9gi\u00e9e\u00a0: celle qui consiste \u00e0 introduire l\u2019<em>oikos\u00a0<\/em>\u00e0 m\u00eame le\u00a0<em>logos<\/em>. Le d\u00e9fi est de rendre compte de la probl\u00e9matique \u00e9cologique, de l\u2019entropie en cours \u00e0 travers la d\u00e9liquescence po\u00e9tique du langage. Le sujet conserve sa distance avec l\u2019objet, mais l\u2019appr\u00e9hende toutefois \u00e0 travers sa dissolution.<\/p>\n<p>Concluons en r\u00e9sumant notre propos. Parce que le discours scientifique transcende le r\u00e9el par le concept, parce que la litt\u00e9rature \u00e9copo\u00e9tique a tendance \u00e0 dominer le monde tant\u00f4t par l\u2019id\u00e9alisme tant\u00f4t par l\u2019anthropomorphisme plus ou moins assum\u00e9 de l\u2019\u00e9criture, il fallait concevoir une esth\u00e9tique qui puisse se tenir en errance. L\u2019\u00e9copo\u00e9tique gleizienne est en ce sens n\u00e9gative, parce qu\u2019elle travaille l\u2019\u00e9rosion dans l\u2019immanence, les d\u00e9placements, la non-identique et parce qu\u2019elle est en perte d\u2019adh\u00e9rence. Elle porte une attention nouvelle \u00e0 ces temporalit\u00e9s, \u00e0 ces fuites, trou\u00e9es, ces attentes et ces vitesses, mais aussi \u00e0 ces paysages qui s\u2019effacent dans la d\u00e9sagr\u00e9gation litt\u00e9rale.\u00a0La d\u00e9flation qui d\u00e9peuple le\u00a0<em>Livre des cabanes\u00a0<\/em>pr\u00e9vient la d\u00e9vastation du monde en cours et nous interroge sur l\u2019habitabilit\u00e9 d\u2019un sol qui ne cesse d\u2019\u00eatre menac\u00e9 par les rapports de forces, par les discours transcendants, scientifiques, arrogants, industriels, id\u00e9ologiques qui rongent le r\u00e9el \u00e0 petit feu\u00a0: \u00ab\u00a0Provisoires, oui, des abris de fortune, un abri l\u00e9ger, provisoire. Dehors ils font du bruit. Ils massacrent. Ils veulent nous chasser\u00a0\u00bb\u00a0(Gleize\u00a02015,\u00a028).<\/p>\n<p>\u00a0<\/p>\n<\/div>\n<h2>Bibliographie<\/h2>\n<p>Adorno, Theodor W.\u00a01995.\u00a0<em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique<\/em>. Traduit par\u00a0Marc Jimenez et \u00c9liane Kaufholz. Paris\u00a0: Klincksieck.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2003.\u00a0<em>Dialectique n\u00e9gative<\/em>. Traduit par le groupe de traduction du Coll\u00e8ge de philosophie. Petit Bibl. Payot. Paris\u00a0: \u00c9ditions Payot.<\/p>\n<p>Auclerc, Benoit. 2014. \u00ab\u00a0Entretien\u00a0: Quelque chose a lieu dont le sens est inaccessible\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>L\u2019Illisibilit\u00e9 en questions.\u00a0<\/em>Sous la direction de B\u00e9n\u00e9dicte Gorillot et Alain Lescart. Paris\u00a0: Les Presses universitaires du Septentrion. 10.4000\/books.septentrion.18004<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2015-2016. \u00ab\u00a0Frayage de la m\u00e9moire politique\u00a0chez Jean-Marie Gleize\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Formes po\u00e9tiques contemporaines<\/em>. Paris\u00a0: Les Presses Universitaires du Nouveau Monde.<\/p>\n<p>Bataille, Georges. 1976.\u00a0<em>La Part maudite<\/em>.\u00a0<em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>. t. VII. Blanche.\u00a0Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Bates, Jonathan. 2000.\u00a0<em>The Song of the Earth<\/em>. Cambridge\u00a0: Harvard University\u00a0Press.<\/p>\n<p>Blanc, Nathalie, Chartier Denis et Pugue Thomas. 2008.\u00a0\u00ab\u00a0Litt\u00e9rature &amp; \u00e9cologie\u00a0: vers une \u00e9copo\u00e9tique\u00a0\u00bb.\u00a0<em>\u00c9cologie &amp; politique<\/em>, vol. 36, no 2\u00a0: 15-28.<\/p>\n<p>Bonnefoy, Yves<em>,\u00a0<\/em>1993. \u00ab\u00a0Leurre et v\u00e9rit\u00e9 des images\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>\u00c9crits sur l\u2019art et livres avec les artistes<\/em>. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>Buell, Lawrence. 1995.\u00a0<em>The Environmental Imagination. Thoreau, nature, writing and the formation of american culture<\/em>.\u00a0Cambridge\u00a0: Harvard University Press.<\/p>\n<p>Cavallin, Jean-Christophe. 2021.\u00a0<em>Valet noir. Vers une \u00e9cologie du r\u00e9cit<\/em>. Biophilia. Marseille\u00a0: Jos\u00e9 Corti.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2021. \u00ab\u00a0Vers une \u00e9cologie litt\u00e9raire\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Fabula-LhT<\/em>, no\u00a027, \u00ab\u00a0Ecopo\u00e9tique pour des temps extr\u00eames\u00a0\u00bb. Sous la direction de Jean-Christophe Cavallin et Alain Romestaing.\u00a0<a href=\"http:\/\/www.fabula.org\/lht\/27\/cavallin.html\">http:\/\/www.fabula.org\/lht\/27\/cavallin.html<\/a>.\u00a0<\/p>\n<p>Deguy, Michel, 2018.\u00a0<em>L\u2019Envergure des comparses\u00a0: \u00e9cologie et po\u00e9tique<\/em>. M\u00e9moire(s). Paris\u00a0: \u00c9ditions Hermann.<\/p>\n<p>Gleize,\u00a0Jean-Marie, 2009.\u00a0\u00ab\u00a0Simplifications\/Conversions\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Forme &amp; Informe dans la cr\u00e9ation moderne et contemporaine<\/em>. Colloque de Cerisy, Noesis.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2014.\u00a0<em>Sorties<\/em>. Forbidden Beach. Paris\u00a0: Questions th\u00e9oriques.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014 2014.\u00a0<em>Litt\u00e9ralit\u00e9.<\/em>\u00a0<em>Po\u00e9sie et figuration \u00e0 noir, Po\u00e9sie et litt\u00e9rarit\u00e9<\/em>. Forbidden Beach. Paris\u00a0: Questions th\u00e9oriques.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 1999.\u00a0<em>Les Chiens noirs de la prose.\u00a0<\/em>Fiction et Cie.\u00a0Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014. 2015.\u00a0<em>Le Livre des cabanes<\/em>. Fiction et Cie. Paris\u00a0: \u00c9ditions du Seuil.<\/p>\n<p>\u2014\u2014\u2014.\u00a02016. \u00ab\u00a0Il y a toujours trop de rose dans prose\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Le Blog de Fabien Ribery<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/lintervalle.blog\/2016\/05\/02\/il-y-a-toujours-trop-de-rose-dans-la-prose\/\">https:\/\/lintervalle.blog\/2016\/05\/02\/il-y-a-toujours-trop-de-rose-dans-la-prose\/<\/a>.<\/p>\n<p>Mallarm\u00e9, St\u00e9phane, 2003.\u00a0<em>Un Coup de d\u00e9s<\/em>.\u00a0NRF. Paris\u00a0: Gallimard.<\/p>\n<p>Marcel, Antoine.\u00a02008.\u00a0<em>Trait\u00e9 de la cabane solitaire<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Arl\u00e9a.<\/p>\n<p>Morton, Timothy. 2007.\u00a0<em>Ecology Without Nature, Rethinking Environmental Aesthetics.\u00a0<\/em>Cambridge\u00a0:\u00a0Harvard University Press.<\/p>\n<p>Pinson, Jean-Claude. 1995.\u00a0<em>Habiter en po\u00e8te\u00a0: essai sur la po\u00e9sie contemporaine<\/em>. Paris\u00a0: Champ Vallon.<\/p>\n<p>Schoentjes, Pierre. 2015.\u00a0<em>Ce qui a lieu. Essai d\u2019\u00e9copo\u00e9tique.<\/em>\u00a0T\u00eate nue.\u00a0Marseille\u00a0: Wildproject.\u00a0<\/p>\n<p>Szendy, Peter. 2021.\u00a0<em>Pour une \u00e9cologie des images<\/em>. Paradoxe.\u00a0Paris\u00a0: \u00c9ditions de minuit.<\/p>\n<p>Thomas, Jean-Jacques. 2016. \u00ab\u00a0St\u00e9nop\u00e9 de Jean-Marie Gleize\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Formes po\u00e9tiques contemporaines<\/em>. Paris\u00a0: Les Presses Universitaires du Nouveau Monde.<\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Delcambre, Corentin. 2022. \u00ab Pour une \u00e9copo\u00e9tique n\u00e9gative. \u00c9tude \u00e0 partir du Livre des cabanes de Jean-Marie Gleize \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier : \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/delcambre-36&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/delcambre_36.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 delcambre_36.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-bc4a4349-43e1-41d1-9fb3-f1cab1de1562\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/delcambre_36.pdf\">delcambre_36<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/delcambre_36.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-bc4a4349-43e1-41d1-9fb3-f1cab1de1562\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n<h2 class=\"modern-footnotes-list-heading \">Notes<\/h2><ul class=\"modern-footnotes-list \"><li><span>1<\/span><div>Par exemple\u00a0: Guido Minz Di Sospiro. 2019.\u00a0<em>M\u00e9moires d\u2019un arbre<\/em>&#8211;<em>Ecofable<\/em>, (trad. H\u00e9l\u00e8ne Zuili). Paris\u00a0: Hugo New life.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>\u00a0\u00ab\u00a0Si le langage de la nature est muet, l\u2019art s\u2019efforce de faire parler ce silence, expos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec \u00e0 cause de la contradiction insurmontable entre cette id\u00e9e qui impose un effort d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et celle \u2014 \u00e0 laquelle s\u2019applique cet effort \u2014\u00a0\u00a0d\u2019un non-intentionnel pur et simple\u00a0\u00bb. Theodor W. Adorno.\u00a01995.\u00a0<em>Th\u00e9orie esth\u00e9tique\u00a0<\/em>(trad. Marc Jimenez &amp; Eliane Kaufholz), Klincksieck, p.\u00a0118.<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Le mot\u00a0\u00ab\u00a0concept\u00a0\u00bb vient du latin\u00a0<em>conceptus<\/em>\u00a0et signifie \u00ab\u00a0prendre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0contracter\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0contenir\u00a0\u00bb. Sa fonction serait en ce sens de r\u00e9unir une complexit\u00e9 sous une seule forme, rassembler un ensemble de donn\u00e9es en une forme id\u00e9elle.<\/div><\/li><li><span>4<\/span><div>Le terme est de Georges Bataille qui le d\u00e9finit comme un processus involutif. L\u2019objet qui se consume a le pouvoir de se d\u00e9truire lui-m\u00eame. Nous souhaitons \u00e9largir ce sens pour amener \u00e0 une r\u00e9flexion sur l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique.<\/div><\/li><li><span>5<\/span><div>\u00ab\u00a0<em>Oikos<\/em>\u00a0\u00bb renvoie non seulement \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019habitat\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 un sol commun sur lequel l\u2019homme vit, mais renvoie aussi \u00e0 un sens \u00e9conomique\u00a0: le partage des \u00e9nergies et l\u2019organisation des richesses entre croissance et d\u00e9croissance qui r\u00e9gule les lois universelles.<\/div><\/li><li><span>6<\/span><div>\u00a0Gleize reprenant la formule de Rimbaud.<\/div><\/li><li><span>7<\/span><div>\u00a0La mise en italique vient de Gleize.<\/div><\/li><li><span>8<\/span><div>\u00a0Gleize \u00e9voque \u00e0 propos de \u00ab\u00a0L\u2019Huitre\u00a0\u00bb de Ponge une \u00ab\u00a0po\u00e9tique de l\u2019obsc\u00e9nit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire de la lucidit\u00e9, du refus des illusions et de l\u2019illusionnisme\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0La Po\u00e9sie en orbite. Francis Ponge\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Litt\u00e9ralit\u00e9.<\/em>\u00a0<em>Po\u00e9sie et figuration \u00e0 noir, Po\u00e9sie et litt\u00e9rarit\u00e9<\/em>, p. 206.<\/div><\/li><li><span>9<\/span><div>Cf. Benoit Auclerc, \u00ab\u00a0Frayage de la m\u00e9moire politique\u00a0chez Jean-Marie Gleize\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Formes po\u00e9tiques contemporaines<\/em>, Les Presses Universitaires du Nouveau Monde, 2015-2016.<\/div><\/li><li><span>10<\/span><div> Sur ce point, voir Jean-Claude Pinson. 1995.\u00a0<em>Habiter en po\u00e8te\u00a0: essai sur la po\u00e9sie contemporaine<\/em>. Paris\u00a0: Champ Vallon. <\/div><\/li><li><span>11<\/span><div>\u00ab\u00a0Un de mes tout premiers livres s\u2019intitulait\u00a0<em>Donnant lieu<\/em>. Il me semble que je pensais d\u2019abord l\u2019\u00e9criture en termes de lieux\u00a0: donner lieu, avoir lieu, en restituant au mot\u00a0<em>lieu<\/em>, dans ces formules fig\u00e9es, un poids sp\u00e9cifique et concret.\u00a0<em>Donnant lieu<\/em>\u00a0avait \u00e0 voir avec un objet qui \u00e9tait \u00e0 mes yeux un instrument d\u2019\u00e9criture, ou tout au moins d\u2019inscription\u00a0:\u00a0<em>la toupie<\/em>.\u00a0\u00bb. Jean-Marie Gleize, \u00ab\u00a0Lacs, \u00e9crans, torrents, couloirs\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Sorties.,\u00a0<\/em>p. 333.<\/div><\/li><li><span>12<\/span><div> \u00ab\u00a0Les cabanes ont \u00e0 voir avec une conception de l\u2019\u00e9criture en actes, et l\u2019art de \u00ab\u00a0m\u00e9nager des devenirs r\u00e9volutionnaires\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb. Jean-Marie Gleize en entretien avec Fabien Ribery, \u00ab\u00a0Il y a toujours trop de rose dans prose\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>Le Blog de Fabien Ribery<\/em>, 2 Mai 2016.<\/div><\/li><li><span>13<\/span><div>\u00a0Nous reprenons l\u2019expression du philosophe anglais Timothy Morton,\u00a0<em>Ecology without nature, Rethinking environmental Aesthetics.\u00a0<\/em>2007. Cambridge\u00a0: Harvard University Press.<\/div><\/li><li><span>14<\/span><div>\u00a0\u00ab\u00a0L\u2019\u00e9cologie du r\u00e9cit propose un autre rapport au monde et un autre dispositif\u00a0: au miroir et au mirage, elle substitue le couplage. Elle ne\u00a0<em>reproduit<\/em>\u00a0pas le monde dans le seul registre de l\u2019image et de l\u2019illusion mim\u00e9tique, elle ne le\u00a0<em>contredit\u00a0<\/em>pas dans l\u2019univers contrefactuel d\u2019un pur syst\u00e8me de signes, \u2014 elle se reproduit avec lui. En s\u2019accouplant au r\u00e9el, elle co-produit le r\u00e9el et produit du monde vrai\u00a0\u00bb, Jos\u00e9 Corti. 2021.\u00a0<em>Valet noir. Vers une \u00e9cologie du r\u00e9cit<\/em>. coll. \u00ab\u00a0Biophilia\u00a0\u00bb, p. 21.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier : \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36 La question du langage engage aussit\u00f4t la question de l\u2019appropriation d\u2019une langue, d\u2019un monde, d\u2019un champ de r\u00e9f\u00e9rences qui soutient le rapport entre l\u2019humain et le r\u00e9el. Les\u00a0repr\u00e9sentations \u00e9copo\u00e9tiques souhaitent, la plupart du temps, reconstruire po\u00e9tiquement le monde [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1338,1342],"tags":[92],"class_list":["post-5723","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-de-letude-du-vivant-la-litterature-au-prisme-des-ecologies","category-plaidoyers-pour-une-ecriture-desanthropocentree","tag-delcambre-corentin"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5723","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5723"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5723\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8413,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5723\/revisions\/8413"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5723"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5723"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5723"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}