{"id":5724,"date":"2024-06-13T19:48:36","date_gmt":"2024-06-13T19:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/2024\/06\/13\/imaginer-la-fin-du-monde-a-lere-des-crises-ecologiques-lecture-d-oscar-de-profundis-de-catherine-mavrikakis-de-faunes-de-christiane-vadnais-et-de\/"},"modified":"2024-08-20T16:35:15","modified_gmt":"2024-08-20T16:35:15","slug":"imaginer-la-fin-du-monde-a-lere-des-crises-ecologiques-lecture-d-oscar-de-profundis-de-catherine-mavrikakis-de-faunes-de-christiane-vadnais-et-de","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=5724","title":{"rendered":"Imaginer la fin du monde \u00e0 l\u2019\u00e8re des crises \u00e9cologiques. Lecture d\u2019\u00ab Oscar de Profundis \u00bb de Catherine Mavrikakis, de \u00ab Faunes \u00bb de Christiane Vadnais et de \u00ab Fils du vivant \u00bb d\u2019Elsa P\u00e9pin"},"content":{"rendered":"\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6906\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/?p=6906\">Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36<\/a><\/h5>\n\n\n<blockquote>\n<p>Chaque nuit, des tremblements de temps secouent l\u2019esprit du r\u00eaveur. Laissant surgir d\u2019outre-tombe les monstres du pass\u00e9, les songes dessinent ce qu\u2019<em>Homo sapiens sapiens\u00a0<\/em>per\u00e7oit, obscur\u00e9ment, comme les menaces du futur. [\u2026] Peut-\u00eatre les r\u00eaves sont-ils [\u2026], comme chacun le pressent confus\u00e9ment, des pr\u00e9sages dont l\u2019\u00eatre humain serait \u00e0 la fois la source et le destinataire. Des mises en garde qu\u2019il s\u2019adresse \u00e0 lui-m\u00eame depuis un espace atemporel <a id=\"footnoteref1_1o7twrr\" class=\"see-footnote\" title=\"Christiane Vadnais. 2019 [2018].\u00a0Faunes. Qu\u00e9bec : Alto. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par la lettre F suivie du num\u00e9ro de page, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le corps du texte.\" href=\"#footnote1_1o7twrr\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Christiane Vadnais,\u00a0<em>Faunes<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00c0 sa mani\u00e8re, la litt\u00e9rature, notamment par le biais des \u00e9cofictions, contribue \u00e0 un \u00e9veil \u00e9cologique en s\u2019appropriant l\u2019imagerie des crises \u00e9cologiques que r\u00e9pandent les diff\u00e9rents m\u00e9dias, \u00e0 travers un processus de fictionnalisation des angoisses qu\u2019elles suscitent (Boulard 2014). Qualifi\u00e9s par les critiques de romans de science-fiction ou d\u2019anticipation climatique,\u00a0<em>Oscar De Profundis<\/em><a id=\"footnoteref2_9yt3l78\" class=\"see-footnote\" title=\"Catherine Mavrikakis. 2016.\u00a0Oscar De Profundis. Montr\u00e9al\u00a0: H\u00e9liotrope. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par la lettre\u00a0O\u00a0suivie du num\u00e9ro de page, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le corps du texte.\" href=\"#footnote2_9yt3l78\">[2]<\/a>.\u00a0de Catherine Mavrikakis,\u00a0<em>Faunes\u00a0<\/em>de Christiane Vadnais et\u00a0<em>Le fil du vivant<\/em><a id=\"footnoteref3_dewht20\" class=\"see-footnote\" title=\"Elsa P\u00e9pin. 2022.\u00a0Le fil du vivant. Qu\u00e9bec\u00a0: Alto. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par la lettre\u00a0FV\u00a0suivie du num\u00e9ro de page, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le corps du texte.\" href=\"#footnote3_dewht20\">[3]<\/a>\u00a0d\u2019Elsa P\u00e9pin s\u2019inscrivent tous dans le genre de l\u2019\u00e9cofiction, qui attire de plus en plus l\u2019attention du milieu litt\u00e9raire. Christian Chelebourg \u00ab\u00a0appelle\u00a0<em>\u00e9cofictions\u00a0<\/em>les produits de ce nouveau r\u00e9gime de m\u00e9diatisation des th\u00e8ses environnementalistes\u00a0\u00bb o\u00f9 \u00ab\u00a0il s\u2019agit de rendre l\u2019avenir pr\u00e9sent, de le mettre sous nos yeux, afin de le ma\u00eetriser par l\u2019imagination\u00a0\u00bb (2012, 10). Apparu vers le d\u00e9but des ann\u00e9es soixante-dix dans le milieu litt\u00e9raire anglophone, le terme \u00ab\u00a0\u00e9cofiction\u00a0\u00bb d\u00e9signe, selon la d\u00e9finition de Jim Dwyer, toute fiction qui \u00ab\u00a0traite de questions environnementales ou de la relation entre l\u2019humanit\u00e9 et l\u2019environnement physique, qui oppose les cosmologies<a id=\"footnoteref4_22a9kcf\" class=\"see-footnote\" title=\"La cosmologie est l\u2019\u00e9tude philosophique ou scientifique de la formation de l\u2019univers, de son origine, de sa structure et de son \u00e9volution.\" href=\"#footnote4_22a9kcf\">[4]<\/a> traditionnelles et industrielles, ou dans laquelle la nature a un r\u00f4le pr\u00e9dominant <a id=\"footnoteref5_c5q4jmn\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Fiction that deals with environmental issues or the relation between humanity and the physical environment, that contrast traditional and industrial cosmologies, or in which nature or the land has a prominent role is sometimes called ecofiction.\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote5_c5q4jmn\">[5]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0(2010,\u00a02,\u00a0je traduis). Dwyer ajoute que\u00a0<\/p>\n<blockquote>\n<p>l\u2019\u00e9cofiction est un sous-genre h\u00e9t\u00e9roclite compos\u00e9 de nombreux courants litt\u00e9raires, principalement le modernisme, le postmodernisme, le r\u00e9alisme et le r\u00e9alisme magique, et de nombreux genres litt\u00e9raires, principalement issus de la litt\u00e9rature populaire\u00a0:\u00a0<em>westerns<\/em>, romans policiers, romans d\u2019amour et litt\u00e9ratures de l\u2019imaginaire, ce qui comprend la science-fiction, la\u00a0<em>fantasy<\/em>, le fantastique, parfois m\u00eal\u00e9s de r\u00e9alisme<a id=\"footnoteref6_7565spx\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0Ecofiction is a composite subgenre made up of many styles, primarily modernism, postmodernism, realism, and magic realism, and can be found in many genres, primarily mainstream, westerns, mystery, romance, and speculative fiction. Speculative fiction includes science fiction and fantasy, sometimes mixed with realism.\u00a0\u00bb\" href=\"#footnote6_7565spx\">[6]<\/a>. (2010, 3, je traduis)\u00a0<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les trois romans que je me propose d\u2019\u00e9tudier invitent \u00e0 repenser la toute-puissance de l\u2019humain et son impact sur la Terre \u00e0 l\u2019\u00e8re des changements climatiques, ce qui est l\u2019une des caract\u00e9ristiques des \u00e9cofictions.<\/p>\n<p><em>Oscar De Profundis<\/em>\u00a0se d\u00e9roule \u00e0 la fin du XXI<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, dans un Montr\u00e9al agonisant, ravag\u00e9 par \u00ab\u00a0les pluies incessantes\u00a0\u00bb (<em>O<\/em>, 11) et par l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de maladie noire qui ne s\u2019attaque qu\u2019aux plus d\u00e9munis. Dans ce tableau apocalyptique se croise, alors que la ville est mise sous quarantaine, le destin d\u2019Oscar De Profundis, vedette mondiale et fervent d\u00e9fenseur de l\u2019Histoire et de ses art\u00e9facts, et de Cate B\u00e9rub\u00e9, cheffe d\u2019une bande de \u00ab\u00a0meurt-de-faim\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>, 15) r\u00e9volutionnaires.\u00a0<em>Faunes\u00a0<\/em>de Christiane Vadnais, \u00e0 la fronti\u00e8re entre le recueil de nouvelles et le roman \u2013 les nouvelles se d\u00e9roulent toutes dans le m\u00eame espace-temps et certains personnages reviennent d\u2019une nouvelle \u00e0 l\u2019autre, mais l\u2019ensemble ne constitue pas une histoire suivie \u2013, et entre le fantastique, le merveilleux et la science-fiction \u2013 en ce que les nouvelles suscitent l\u2019ind\u00e9termination propre au fantastique, mais avec la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 associ\u00e9e au merveilleux, \u00e0 quoi s\u2019ajoute un alibi scientifique \u2013, place au c\u0153ur de son r\u00e9cit la petite ville de Shivering Heights dans laquelle se d\u00e9cha\u00eene les \u00e9l\u00e9ments de la nature dans une \u00ab\u00a0m\u00e9t\u00e9o de fin du monde\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a011) o\u00f9 la fronti\u00e8re entre les humains et les animaux s\u2019estompent.\u00a0<em>Le fil du vivant<\/em>\u00a0d\u2019Elsa P\u00e9pin relate le r\u00e9cit d\u2019une famille montr\u00e9alaise qui fuit la ville, menac\u00e9e de dispara\u00eetre sous les eaux, pour se r\u00e9fugier en r\u00e9gion dans le manoir de la famille de Nils, le mari d\u2019Iona. Dans un avenir qui semble tr\u00e8s rapproch\u00e9, mari et femme, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, se d\u00e9m\u00e8nent pour assurer la survie et la s\u00e9curit\u00e9 de leurs deux enfants alors que les provisions s\u2019amenuisent et que la pluie ne donne aucun signe de fatigue.\u00a0<\/p>\n<p>La lecture de ces trois romans qu\u00e9b\u00e9cois de l\u2019extr\u00eame contemporain est l\u2019occasion de se demander comment, par le biais de la litt\u00e9rature, est repr\u00e9sent\u00e9e la fin du monde et ce que cette repr\u00e9sentation dit de l\u2019humain et de sa soci\u00e9t\u00e9, car, comme le rappelle Dwyer, les \u00e9cofictions \u00ab\u00a0doivent \u00eatre aussi \u201cr\u00e9alistes\u201d que possible et les contraintes de l\u2019intrigue devraient s\u2019accorder avec les principes \u00e9cologiques<a id=\"footnoteref7_6mu9qgg\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab [Ecofiction]\u00a0should be as \u2018realistic\u2019 as possible and plot constraints should accord with ecological principles. \u00bb\" href=\"#footnote7_6mu9qgg\">[7]<\/a> \u00bb (2010, 3, je traduis). Autrement dit, les \u00e9cofictions doivent trouver leurs sources d\u2019inspiration dans la r\u00e9alit\u00e9 extradi\u00e9g\u00e9tique. De cette fa\u00e7on, elles participent \u00e0 un processus s\u00e9miotique qui permet, en les amplifiant, de comprendre les signes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents d\u2019une fin \u00e0 venir. Cela rejoint la pens\u00e9e de Bertrand Gervais pour qui la fin, et sa repr\u00e9sentation,<\/p>\n<blockquote>\n<p>sert \u00e0 comprendre, \u00e0 interpr\u00e9ter le monde, un monde du moins dont les signes ne s\u2019interpr\u00e8tent pas d\u2019embl\u00e9e, et \u00e0 lui fournir une direction, un sens, m\u00eame si c\u2019est celui n\u00e9gatif de sa cl\u00f4ture. La fin permet de lire ce qui normalement reste illisible, \u00e0 savoir le futur ou le proche avenir, et ce qu\u2019il en est de la destin\u00e9e humaine. (2004, 16)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, j\u2019analyserai d\u2019abord la mani\u00e8re dont sont exploit\u00e9es nos peurs contemporaines suscit\u00e9es par les crises environnementales, pour ensuite voir comment les trois romans lient la fin du monde \u00e0 un d\u00e9cha\u00eenement des pulsions, tout en s\u2019inscrivant sous le signe de la r\u00e9silience.\u00a0<\/p>\n<h2>Un discours proph\u00e9tique<\/h2>\n<p>Les trois romans pr\u00e9sentent un discours proph\u00e9tique qui met en garde contre une apocalypse moderne. Chaque \u00e9poque fournit un cadrage imaginaire dans lequel les fictions de fin du monde se construisent, chaque \u00e9poque pense\u00a0la fin d\u2019une mani\u00e8re \u00e0 d\u00e9terminer son pr\u00e9sent. Comme l\u2019explique Bertrand Gervais, la fin et l\u2019imaginaire qui l\u2019accompagne permettent de \u00ab\u00a0comprendre le pr\u00e9sent comme signe de l\u2019avenir\u00a0\u00bb (2004,\u00a016). D\u00e8s lors, on comprend que les fictions apocalyptiques exploitent les peurs contemporaines \u2013 li\u00e9es aux enjeux \u00e9cologiques dans le cas des \u00e9cofictions \u2013 en les dramatisant et en les portant \u00e0 leur paroxysme. Par \u00ab\u00a0discours proph\u00e9tique\u00a0\u00bb, j\u2019entends un discours qui pr\u00e9voit ce qui va se produire si l\u2019humanit\u00e9 ne change pas sa mani\u00e8re de vivre, mais \u00e0 l\u2019inverse de la pr\u00e9diction qui annonce \u00ab\u00a0un \u00e9v\u00e9nement qui n\u2019a pas une forte probabilit\u00e9\u00a0\u00bb (<em>Le Grand Robert<\/em>), la proph\u00e9tie r\u00e9v\u00e8le\u00a0un avenir, certes incertain, mais en le prenant pour r\u00e9alit\u00e9, pour d\u00e9j\u00e0 accomplie. Yannick Rumpala explique que ces fictions<\/p>\n<blockquote>\n<p>donne[nt] une repr\u00e9sentation des risques existentiels et collectifs qui auraient quitt\u00e9 l\u2019ordre de l\u2019hypoth\u00e9tique. Le grand int\u00e9r\u00eat de ces fictions tient donc \u00e0 ce qu\u2019elles rendent visible. Mais pas seulement, compte tenu aussi des r\u00e9sonances qu\u2019elles peuvent trouver avec des inqui\u00e9tudes et tendances relevant du pr\u00e9sent. (2016, 310)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ainsi, les trois romans qui constituent mon corpus ont ceci de commun qu\u2019ils imaginent l\u2019avenir en fonction de l\u2019angoisse que suscitent chez plusieurs les diff\u00e9rentes crises \u00e9cologiques.\u00a0<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Le fil du vivant<\/em>, ce qui menace l\u2019existence et chamboule le mode de vie des protagonistes sont des pluies diluviennes\u00a0: \u00ab\u00a0Montr\u00e9al est sous l\u2019eau\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>, 138); \u00ab\u00a0La ville est inond\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>, 139). Cette repr\u00e9sentation de la fin de l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est pas anodine puisqu\u2019elle a un ancrage dans notre r\u00e9alit\u00e9 contemporaine. Cette mani\u00e8re d\u2019imaginer la disparition de la m\u00e9tropole qu\u00e9b\u00e9coise est \u00e9troitement li\u00e9e au discours scientifique sur l\u2019\u00e9l\u00e9vation du niveau de la mer et sur les risques d\u2019inondations c\u00f4ti\u00e8res. \u00c0 ce propos, le journaliste scientifique Ga\u00e9tan Pouliot \u00e9crivait en 2015\u00a0: \u00ab [S]i on ne fait rien pour r\u00e9duire nos \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre[, \u00e0] long terme, cela signifie une mont\u00e9e des oc\u00e9ans de 9 m\u00e8tres [\u2026]. Cela menacerait d\u2019inonder les territoires o\u00f9 vivent actuellement plus d\u2019un million de Canadiens.\u00a0\u00bb M\u00eame si, d\u2019apr\u00e8s les calculs de Climate Central<a id=\"footnoteref8_b8f3zf2\" class=\"see-footnote\" title=\"Climate Central est un organisme \u00e0 but non lucratif de recherche et de journalisme qui fournit des informations scientifiques relatives \u00e0 la mont\u00e9e des oc\u00e9ans.\" href=\"#footnote8_b8f3zf2\">[8]<\/a>, Montr\u00e9al ne risque pas de dispara\u00eetre sous les eaux dans un avenir proche <a id=\"footnoteref9_0h7cbm6\" class=\"see-footnote\" title=\"Par proche, j\u2019entends quelques centaines d\u2019ann\u00e9es.\" href=\"#footnote9_0h7cbm6\">[9]<\/a> \u2013 contrairement \u00e0 Vancouver, Qu\u00e9bec ou Perc\u00e9 (Climate Central 2022) \u2013, la fin que met en r\u00e9cit Elsa P\u00e9pin dans son roman est vraisemblable. Il s\u2019agit d\u2019une mise en fiction extrapol\u00e9e des projections scientifiques, qui, bien qu\u2019hyperboliques, n\u2019en demeurent pas moins plausibles. De plus, cette anticipation d\u2019une fin qui serait diluvienne s\u2019accompagne d\u2019un discours scientifique qui vulgarise les cons\u00e9quences d\u2019une pluie incessante. Dans le roman, John, le beau-fr\u00e8re du mari de la narratrice, est anthropologue. Avec son\u00a0<em>ethos\u00a0<\/em>de scientifique, il est celui qui explique les ph\u00e9nom\u00e8nes. Si \u00ab\u00a0les semis [\u2026] ne prennent pas\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0135), il y a une raison et John peut la donner et, par la m\u00eame occasion, r\u00e9v\u00e9ler aux lecteurs l\u2019importance des abeilles\u00a0:<\/p>\n<blockquote>\n<p>Saviez-vous que la disparation des abeilles [\u2026] met en p\u00e9ril toute notre agriculture? Un tiers de ce que nous consommons d\u00e9pend de la pollinisation. [\u2026] Les abeilles ne sortent pas quand il n\u2019y a pas de soleil, parce qu\u2019elles rep\u00e8rent les fleurs avec la r\u00e9flexion des rayons ultraviolets [\u2026] \u00e9mis par la lumi\u00e8re du soleil, en partie absorb\u00e9s par les structures et les pigments des diff\u00e9rents organes floraux. [\u2026] Ce sont des cheminements lumineux qui guident les insectes vers les organes reproducteurs des plantes. Sans soleil, les abeilles ne trouvent plus les fleurs. [\u2026] On a besoin des abeilles.\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0135\u00ad-136)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>C\u2019est \u00e0 travers le personnage de John que le roman permet le partage de connaissances scientifiques. De mani\u00e8re rudimentaire, l\u2019<em>ethos<\/em>\u00a0consiste \u00e0 donner une image de soi \u00e0 travers son discours qui soit capable de convaincre autrui en gagnant sa confiance (Maingueneau, 2002). L\u2019<em>ethos\u00a0<\/em>de scientifique de John s\u2019exprime par son attitude et ses actions\u00a0: alors que tous passent le plus clair de leur temps \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, jardinant, chassant ou cueillant, celui-ci pr\u00e9f\u00e8re rester \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur afin de lire des articles scientifiques. Il partage ainsi les derni\u00e8res d\u00e9couvertes technologiques et vulgarise les explications scientifiques des ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques qui ont cours, ce qui tend \u00e0 \u00e9nerver les membres de sa famille, qui se sentent d\u2019autant plus impuissants devant les forces de la nature tout en r\u00e9alisant l\u2019importance d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me \u00e9quilibr\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>Dans un autre registre,\u00a0<em>Faunes<\/em>\u00a0place \u00e9galement dans son r\u00e9cit un personnage scientifique. Il s\u2019agit de Laura, une jeune biologiste qui \u00e9tudie une \u00ab\u00a0forme virulente de parasitisme [\u2026]; un ph\u00e9nom\u00e8ne in\u00e9dit [qui] se passe \u00e0 Shivering Heights, dans l\u2019eau et dans le ventre des b\u00eates\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a044). Sans que la narratrice l\u2019exprime tel quel, peut-\u00eatre parce que cela est flagrant pour elle, on comprend que ce qui terrasse les animaux, c\u2019est la pollution des cours d\u2019eau et des milieux humides. Lorsqu\u2019une petite fille dit \u00e0 Laura que \u00ab\u00a0[l]es lapins sont morts\u00a0\u00bb, celle-ci r\u00e9pond, en pointant la rivi\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Boire de cette eau n\u2019a pas d\u00fb les aider.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a085) Si les nouvelles tendent \u00e0 basculer dans le merveilleux, mettant en sc\u00e8ne des humains m\u00e9tamorphos\u00e9s en poissons ou en oiseaux humano\u00efdes sans pour autant susciter l\u2019effroi caract\u00e9ristique du fantastique, il y a tout de m\u00eame un alibi scientifique au c\u0153ur de la fiction. Ce qui rend les humains monstrueux, c\u2019est leur environnement, qu\u2019ils ont eux-m\u00eames souill\u00e9 de d\u00e9chets chimiques. Une fois encore, il s\u2019agit d\u2019une mise en fiction dramatis\u00e9e du discours scientifique que relayent les m\u00e9dias sur les cons\u00e9quences de l\u2019exposition de l\u2019organisme humain \u00e0 des substances chimiques (Sant\u00e9 Canada 2019). Il suffit de penser aux enfants naissant avec une malformation parce que leur m\u00e8re a consomm\u00e9 un certain m\u00e9dicament \u2013 comme ce f\u00fbt le cas dans les ann\u00e9es cinquante avec la thalidomide \u2013 pour r\u00e9aliser que nous savons tr\u00e8s bien que notre environnement, mais surtout sa pollution, a une incidence non n\u00e9gligeable sur le d\u00e9veloppement du vivant, preuve scientifique \u00e0 l\u2019appui (Kim et Scialli 2011). Il s\u2019agit bien \u00e9videmment, dans\u00a0<em>Faunes<\/em>,d\u2019une extrapolation des connaissances scientifiques. Si le r\u00e9sultat final peut para\u00eetre absurde, nul scientifique ne pr\u00e9dit la m\u00e9tamorphose de l\u2019humain en monstre, il n\u2019en demeure pas moins que cette repr\u00e9sentation a quelque chose de plausible. De plus, le corps humain n\u2019est pas le seul \u00e0 subir les cons\u00e9quences de la pollution, le climat au complet est d\u00e9r\u00e9gl\u00e9 \u00e0 Shivering Heights\u00a0: d\u00e9luges, inondations, temp\u00eates de neige, brumes et vents forts s\u2019additionnent pour donner cette vision apocalyptique du monde.<\/p>\n<p>De la m\u00eame mani\u00e8re, la plan\u00e8te que d\u00e9peint\u00a0<em>Oscar De Profundis\u00a0<\/em>est en ruine, ravag\u00e9e par \u00ab\u00a0les pluies incessantes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les \u00e9t\u00e9s de fournaises\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les feux de for\u00eat\u00a0\u00bb,\u00a0\u00ab\u00a0une fum\u00e9e \u00e9paisse\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0des p\u00e9riodes froides r\u00e9solument polaires\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a012) et une \u00e9pid\u00e9mie de maladie noire. Des trois romans, celui de Mavrikakis est probablement celui o\u00f9 l\u2019avenir para\u00eet le plus sombre et le plus perturbant, et ce, pour la simple raison qu\u2019il est celui dont la dimension critique est la plus frontale. Cet \u00e9l\u00e9ment, caract\u00e9ristique des \u00e9cofictions, est aussi pr\u00e9sent dans les deux autres romans, mais de mani\u00e8re moins directe. Ainsi,\u00a0<em>Oscar De Profundis<\/em>\u00a0nous tend un miroir moral, il nous propose de nous regarder non seulement comme esp\u00e8ce, mais aussi en tant qu\u2019individu. Pour reprendre la formule de Ching Selao, \u00ab\u00a0[d]ans un univers mondialis\u00e9 o\u00f9 le foss\u00e9 entre les nantis et les d\u00e9munis devient de plus en plus creux, le roman de Catherine Mavrikakis se lit comme une vision catastrophique du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb\u00a0(2016, 123). Lire\u00a0<em>Oscar De Profundis<\/em>\u00a0peut rendre mal \u00e0 l\u2019aise, car l\u2019instance narrative ne se g\u00eane pas pour d\u00e9signer l\u2019origine du probl\u00e8me\u00a0: notre mode de vie actuel. Le d\u00e9r\u00e8glement du climat n\u2019est qu\u2019un sympt\u00f4me. Le v\u00e9ritable probl\u00e8me, c\u2019est le \u00ab\u00a0capitalisme avide de la douleur des humains\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a049) et le manque de compassion qu\u2019il engendre. \u00ab\u00a0Les riches tentaient d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de conserver leur territoire. Ils se comportaient comme si l\u2019apocalypse ne concernait que la mis\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a012), peut-on lire.\u00a0<\/p>\n<p>De cette mani\u00e8re, les trois romans r\u00e9prouvent notre inertie face aux changements climatiques, tentant peut-\u00eatre ainsi de contribuer \u00e0 une prise de conscience chez le lecteur. Iona, la narratrice de\u00a0<em>Fil du vivant<\/em>, se dit en elle-m\u00eame que \u00ab\u00a0[l]e D\u00e9luge, c\u2019est un mythe, pas encore la r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a069), alors que le Gouvernement a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9vacuer les villes. Elle ne reconna\u00eetra les signes de la catastrophe qu\u2019une fois qu\u2019il sera impossible de les nier, c\u2019est-\u00e0-dire lorsque Montr\u00e9al aura disparu sous l\u2019eau. Toutefois, \u00e0 ce moment-l\u00e0, il est trop tard pour faire quoique ce soit. Laura est plut\u00f4t en col\u00e8re devant le d\u00e9ni des individus comme Iona qui refusent de lire les signes \u00ab\u00a0des temps qui change[nt]\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0devant le manque d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral pour le d\u00e9p\u00e9rissement du monde\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a0105). De son c\u00f4t\u00e9, le narrateur d\u2019<em>Oscar De Profundis\u00a0<\/em>explique que \u00ab\u00a0[d]epuis des d\u00e9cennies, et peut-\u00eatre m\u00eame des si\u00e8cles, il y [a] une r\u00e9signation parmi les pauvres qui [est] bien \u00e9tonnante. [\u2026] \u00c0 croire que les \u00eatres acceptent vite leur humiliation en s\u2019inventant le r\u00e9cit d\u2019un sort ou d\u2019une destin\u00e9e incontr\u00f4lable\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a0258).<\/p>\n<p>Si d\u2019apr\u00e8s Yannick Rumpala ces fictions ont une fonction sociale \u00ab\u00a0d\u2019alerte et de mise en garde\u00a0\u00bb (2016, 319) contre les dangers du d\u00e9r\u00e8glement du climat \u2013 ce que nous avons pu constater dans les romans de Mavrikakis, Vadnais et P\u00e9pin \u2013, ces fictions ont aussi pour fonction, \u00ab\u00a0en croisant [\u2026] les degr\u00e9s de r\u00e9flexivit\u00e9 et de r\u00e9activit\u00e9 qu\u2019ils peuvent activer\u00a0\u00bb (319), de nous mettre en garde contre \u00ab\u00a0[l]es pires pendants de la nature humaine\u00a0\u00bb\u00a0(326) qu\u2019\u00e9veillent ces dangers.<\/p>\n<h2>D\u00e9cha\u00eenement des pulsions\u00a0<\/h2>\n<p>Comme mentionn\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment, chaque \u00e9poque pense la fin en fonction de son pr\u00e9sent. L\u2019une des sp\u00e9cificit\u00e9s de notre si\u00e8cle, c\u2019est que la fin rev\u00eat un caract\u00e8re historique, elle se situe dans l\u2019histoire, elle est imminente. Alors que les religions jud\u00e9o-chr\u00e9tiennes promettaient une vie apr\u00e8s la vie, notre \u00e9poque imagine plut\u00f4t une \u00ab\u00a0apocalypse sans royaume\u00a0\u00bb, pour reprendre l\u2019expression du philosophe allemand G\u00fcnther Anders (2006 [1958], 294), soit une apocalypse qui \u00e9radique tout, ne laissant aucun espoir de salut pour l\u2019\u00e2me humaine.\u00a0<\/p>\n<p>Comment vivre dans un monde qui tire \u00e0 sa fin? Voil\u00e0 une question qui \u00e9merge de ce constat. Toutefois, avant d\u2019analyser la mani\u00e8re dont les protagonistes des diff\u00e9rents romans tentent de r\u00e9pondre \u00e0 cette question \u2013 car ils continuent bien de vivre \u2013, il convient de d\u00e9finir bri\u00e8vement les concepts de pulsion de mort et de pulsion de vie, que j\u2019emprunte \u00e0 la psychanalyse freudienne. Pour Freud, les pulsions de mort \u00ab\u00a0cherchent \u00e0 conduire la vie \u00e0 la mort\u00a0\u00bb\u00a0(Freud 2001 [1915-1916], 102), tandis que les pulsions de vie \u00ab\u00a0ind\u00e9finiment tendent et parviennent \u00e0 renouveler la vie\u00a0\u00bb (102). De ce fait, la pulsion de vie \u00ab\u00a0construit, assimile\u00a0\u00bb\u00a0(107), elle est \u00ab\u00a0conservatrice de la vie\u00a0\u00bb (115), alors que la pulsion de mort \u00ab\u00a0d\u00e9molit, d\u00e9sassimile\u00a0\u00bb\u00a0(107) en ayant \u00ab\u00a0tendance \u00e0 la r\u00e9duction, \u00e0 la constance, \u00e0 la suppression de la tension d\u2019excitation interne\u00a0\u00bb (116). Ainsi, la pulsion de vie r\u00e9pond au principe de plaisir, elle pousse vers l\u2019extension et le mouvement, ce qui tourne le sujet vers les autres \u00e0 qui il se lie et elle vise \u00e0 liquider, apaiser, le sujet de son excitation interne. Quant \u00e0 la pulsion de mort, elle r\u00e9pond plut\u00f4t au principe de r\u00e9alit\u00e9, elle est du c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9liaison, de l\u2019\u00e9radication de toute excitation afin de retrouver un degr\u00e9 z\u00e9ro de stimulation. De cette fa\u00e7on, la pulsion de mort isole et mine le sujet.\u00a0<\/p>\n<p>Iona et Oscar, personnages principaux de leur roman, ne savent pas comment faire face \u00e0 la d\u00e9ch\u00e9ance de leur soci\u00e9t\u00e9. Pour supporter l\u2019insupportable \u2013 antith\u00e8se convenue, qui n\u2019en demeure pas moins \u00e9loquente \u2013, ils consomment une quantit\u00e9 importante de drogues. Pour Iona, il s\u2019agit de psych\u00e9d\u00e9liques, principalement de champignons magiques. Les psych\u00e9d\u00e9liques, reconnus pour provoquer des hallucinations visuelles et sonores et un \u00e9tat d\u2019euphorie, suscitent une introspection chez le sujet. Sous influence, Iona se dit en elle-m\u00eame\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019apprivoise ma pr\u00e9sence dissolue, m\u00eame l\u2019id\u00e9e de ma presque mort, comme un \u00e9largissement, une prise d\u00e9cupl\u00e9e sur ce qui m\u2019entoure. [\u2026] Seul compte le ravissement de cet instant\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a063). Iona prend des hallucinog\u00e8nes afin de se d\u00e9lier et de s\u2019\u00e9loigner d\u2019un monde fou o\u00f9 tout lui \u00e9chappe et la stimule, o\u00f9 elle se doit d\u2019\u00eatre continuellement en \u00e9tat d\u2019alerte. Elle r\u00e9pond ainsi \u00e0 une pulsion de mort qui cherche \u00e0 retourner \u00e0 un moment de calme inorganique. La pulsion de mort permet ici au sujet de faire la paix avec l\u2019annonce de sa propre mort. Iona pense en effet qu\u2019\u00ab\u00a0[e]lle est peut-\u00eatre l\u00e0, notre panac\u00e9e, dans ces champignons magiques qui nous purgent de notre m\u00e9lancolie et nous font retrouver la joie de nous perdre\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0175). Pour Oscar, la r\u00e9ponse est tout aussi simple. Comment vivre dans un monde qui \u00ab\u00a0n\u2019en fini[t] pas de se m\u00e9tamorphoser\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a068)? En consommant stup\u00e9fiants, narcotiques et somnif\u00e8res. Les drogues sont vues comme salvatrices, car elles permettent de se plonger \u00ab\u00a0dans une temporalit\u00e9 en d\u00e9calage avec tout pr\u00e9sent\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a0129), de fuir un monde devenu insupportable. Comme Iona, le narrateur d\u2019<em>Oscar De Profundis<\/em>\u00a0qualifie les drogues de \u00ab\u00a0panac\u00e9es\u00a0\u00bb, parce qu\u2019elles \u00ab\u00a0procur[ent] de quoi s\u2019anesth\u00e9sier\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a0289). Oscar explique m\u00eame pourquoi les gueux, d\u2019apr\u00e8s lui, \u00e0 la veille de la fin, s\u2019enivrent et se droguent\u00a0: \u00ab\u00a0Ils [\u2026] tentent de mourir sans tout \u00e0 fait s\u2019en apercevoir.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a0301)<\/p>\n<p>Dans un monde o\u00f9 les pulsions n\u2019ont plus besoin d\u2019\u00eatre refoul\u00e9es, les individus rejettent les limites auxquelles ils se soumettent habituellement. L\u2019essence du refoulement est de tenir \u00e0 distance du conscient une pulsion li\u00e9e \u00e0 des repr\u00e9sentations (pens\u00e9es, \u00e9motions, images, souvenirs) jug\u00e9es inacceptables par le sujet et qui lui procurerait, pour cette raison, du d\u00e9plaisir (sentiment de culpabilit\u00e9, souffrance, jugement n\u00e9gatif de soi-m\u00eame) (Freud, 2019 [1915]). Toutefois, c\u2019est l\u2019angoisse sociale, au sens de d\u00e9sir d\u2019appartenance, qui d\u00e9finit ce qui est inacceptable. Dans les trois romans, cette angoisse ne tient plus, ce qui fait en sorte qu\u2019il n\u2019y a plus de pulsions jug\u00e9es inacceptables et, donc, qu\u2019elles ne sont plus refoul\u00e9es. D\u2019apr\u00e8s Gervais, le chronotrope de la fin \u00ab\u00a0se caract\u00e9rise souvent par [\u2026] des exc\u00e8s de toutes sortes, de la destruction, des morts, une entropie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0\u00bb (2004, 20). S\u2019il y a les exc\u00e8s de substances enivrantes, ce n\u2019est pas tout. Les trois romans d\u00e9crivent aussi des orgies alimentaires, c\u2019est-\u00e0-dire de long repas copieux o\u00f9 les exc\u00e8s de table ont un caract\u00e8re quelque peu pervers, car ces orgies se doivent d\u2019\u00eatre tenues secr\u00e8tes puisque, partout ailleurs, la nourriture manque. Toutefois, ces orgies, dans une atmosph\u00e8re apocalyptique, s\u2019av\u00e8rent mortif\u00e8res. Dans\u00a0<em>Faunes<\/em>, Heather, plut\u00f4t bonne vivante, impulsive et gourmande au d\u00e9but du recueil \u2013 ce qui n\u2019a rien d\u2019inhumain \u2013, se transforme au fil des pages en animale et, ce faisant, abandonne ou rejette les r\u00e8gles de biens\u00e9ance qu\u2019elle respectait jusqu\u2019alors. En animale, Heather entre par effraction dans des chalets vacants, ravage les cuisines, mange et boit, tout en faisant cuire de la viande de chevreuil qu\u2019elle engloutit encore bleue. Une fois, elle appr\u00eate un \u00e9cureuil, qu\u2019elle compare \u00e0 \u00ab\u00a0un enfant\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a097), en s\u2019assurant qu\u2019il reste reconnaissable. \u00ab\u00a0\u00c0 Heather, la faim vient comme le picotement des membres fant\u00f4mes aux amput\u00e9s\u00a0: sous la forme d\u2019un d\u00e9sir profond de mati\u00e8re, d\u2019un manque, d\u2019une rage impossible \u00e0 calmer.\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F,\u00a0<\/em>94) Comme un monstre cannibale, elle d\u00e9vore les plantes dont l\u2019odeur \u00ab\u00a0lui rappelle celle d\u2019un corps en sueur\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a094). Elle mange \u00e0 s\u2019en rendre malade, \u00e0 en \u00ab\u00a0tomber sur le plancher\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a097), mais rien n\u2019y fait, rien ne comble le vide en elle. Devant la certitude de la mort, l\u2019action de manger, qui normalement est li\u00e9e \u00e0 une pulsion de vie et qui r\u00e9pond au principe de plaisir, se transforme en pulsion de mort. L\u2019objet de la pulsion, la nourriture, devient, par sa surabondance, une mani\u00e8re pour le sujet de s\u2019autod\u00e9truire. Ce dernier ne vise plus \u00e0 apaiser sa pulsion, mais bien \u00e0 l\u2019\u00e9radiquer. Il en est de m\u00eame dans\u00a0<em>Le fil du vivant<\/em>. Vers la fin du roman, alors qu\u2019Iona quitte le chalet familial pour trouver de quoi nourrir ses enfants, elle d\u00e9couvre une petite maison qui semble abandonn\u00e9e. En entrant, elle surprend un homme mourant qui \u00ab\u00a0g\u00eet sur le dos, \u00e9cras\u00e9 sous le poids de son ventre immense. Chairs d\u00e9bordantes, sans trace des os effac\u00e9s sous la panse, presque plus un homme, une chose an\u00e9antie par son propre corps\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0212). Elle imagine alors \u00ab\u00a0les derniers jours de l\u2019homme \u00e0 travers ses restes. [\u2026] Quand les pluies torrentielles s\u2019abattent, il se dit qu\u2019il profitera du chaos pour donner libre cours \u00e0 son p\u00e9ch\u00e9. Il a tout de suite imagin\u00e9 son retrait ici, pour se gaver en paix, \u00e0 l\u2019abri des regards \u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0231). Comme pour Heather, l\u2019app\u00e9tit de l\u2019homme est insatiable et il mange \u00e0 s\u2019en rendre malade, ce qui ne l\u2019emp\u00eache pas de continuer. Ce n\u2019est pas dire que la certitude de la fin ouvre l\u2019app\u00e9tit de tous et toutes, mais plut\u00f4t qu\u2019\u00ab\u00a0[e]lle rejette toutes les limitations auxquelles ont se soumet en temps de paix <a id=\"footnoteref10_l1jhufc\" class=\"see-footnote\" title=\"Freud \u00e9crit ceci en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la guerre, mais la guerre peut \u00eatre comprise comme une forme d\u2019apocalypse dans l\u2019optique o\u00f9 elle place le sujet en face de sa mort.\" href=\"#footnote10_l1jhufc\">[10]<\/a>\u00bb (Freud 2001 [1915-1923], 16), laissant libre cours \u00e0 toutes les pulsions qui normalement sont refoul\u00e9es. Pour d\u2019autres, il s\u2019agit de pulsions sexuelles. Dans les trois romans, m\u00eame si ce n\u2019est pas aussi explicite que pour la consommation de drogues ou d\u2019aliments, \u00ab\u00a0[t]outes les perversions sexuelles y [sont] perform\u00e9es dans l\u2019amusement ou l\u2019indiff\u00e9rence\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a0101)<em>.\u00a0<\/em>Pour le psychanalyste Pierre-Henri Castel, \u00ab\u00a0c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la certitude de [son] propre an\u00e9antissement qui joue dans le sens du d\u00e9cha\u00eenement de[s] pulsions le plus f\u00e9roces\u00a0\u00bb (2018,\u00a073), ce que repr\u00e9sentent les trois romans en liant imaginaire de la fin et jouissance sans limites. Dans ces univers dystopiques, ce qui ravage la plan\u00e8te ravage \u00e9galement le corps des individus, dans une sorte d\u2019apoth\u00e9ose macabre qui exemplifie les dangers de notre mode de vie contemporain qui pousse \u00e0 la consommation et annihile la sati\u00e9t\u00e9.\u00a0<\/p>\n<p>Par ailleurs, le rel\u00e2chement de la conscience morale s\u2019accompagne aussi d\u2019actes de violence \u00ab\u00a0justifi\u00e9s\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0rationnalis\u00e9s\u00a0\u00bb. En exploitant les peurs contemporaines suscit\u00e9es par les crises environnementales, les trois romans exploitent \u00e9galement notre peur de l\u2019autre et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Christian Guay-Poliquin explique que<\/p>\n<blockquote>\n<p>de nombreuses fictions puisant dans la th\u00e9matique de la survie nous rappellent que la figure de \u00ab\u00a0l\u2019autre\u00a0\u00bb est double.\u00a0[\u2026] Si \u00ab\u00a0l\u2019autre\u00a0\u00bb peut se r\u00e9v\u00e9ler un alli\u00e9 essentiel autant qu\u2019un danger imminent, c\u2019est que les \u00e9pisodes de survie attisent l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 des relations sociales. (2017, 19)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les individus se replient dans leur subjectivit\u00e9, le \u00ab\u00a0chacun pour soi\u00a0\u00bb prime et les relations sociales se fondent alors sur des int\u00e9r\u00eats et des calculs individualistes. L\u2019autre fait peur, car il est peut-\u00eatre pr\u00eat \u00e0 tout pour survivre, mais l\u2019inverse est \u00e9galement vrai\u00a0: je fais peur \u00e0 l\u2019autre, car je suis peut-\u00eatre pr\u00eate \u00e0 tout pour assurer ma survie et celle des miens. Comme le disait Hobbes\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019homme est un loup pour l\u2019homme.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Dans\u00a0<em>Faunes<\/em>, cette violence est subtile, mais bien pr\u00e9sente. La majorit\u00e9 des nouvelles contiennent en effet un acte de sadisme qui se justifie par l\u2019atmosph\u00e8re eschatologique dans laquelle ils s\u2019inscrivent. Il y a, par exemple, une relation sexuelle aux allures de viol\u00a0(<em>F<\/em>, 22), une femme qui pousse son compagnon \u00e0 se faire d\u00e9vorer par un lion\u00a0(<em>F<\/em>, 48), une concierge qui refuse, en riant, d\u2019aider une parturiente\u00a0(<em>F<\/em>, 74), une petite fille qui dirige des lapins sanguinaires vers sa m\u00e8re pour qu\u2019ils la d\u00e9vorent\u00a0(<em>F<\/em>, 90), etc. Toutefois, contrairement au roman d\u2019Elsa P\u00e9pin, la violence n\u2019est pas justifi\u00e9e, elle est, semble-t-il, prise pour acquis\u00a0: le monde s\u2019\u00e9croule et il en va de m\u00eame des r\u00e8gles du vivre-ensemble. Dans\u00a0<em>Le fil du vivant<\/em>, Nils, p\u00e8re de famille, est celui qui canalise la peur de l\u2019autre et de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 propre \u00e0 la fin du monde. Alors que la pluie continue, que les villes se vident et que leurs habitants se d\u00e9placent vers les territoires plus recul\u00e9s et \u00e9pargn\u00e9s par les eaux, Nils surveille sur son ordinateur la migration des citadins, calculant le temps qu\u2019il reste avant que ce mouvement ne les atteigne. Il a si peur des autres qu\u2019il d\u00e9cide de construire un mur autour du manoir pour emp\u00eacher quiconque d\u2019entrer. Lorsque sa femme critique ses pr\u00e9cautions excessives, il lui r\u00e9pond\u00a0: \u00ab\u00a0Dis-moi quoi faire, Iona. Je vous prot\u00e8ge. Tu devrais me remercier. On ne sait jamais quand quelqu\u2019un peut d\u00e9cider de venir nous d\u00e9valiser. Je ne supporterais pas qu\u2019il arrive quelque chose \u00e0 Jos\u00e9phine ou Arthur. Je ne le\u00a0<em>supporterais pas<\/em>, tu comprends?\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0193, l\u2019autrice souligne) Pour Nils, tout \u00e9tranger est une menace, raison pour laquelle il agit comme il le fait, mena\u00e7ant d\u2019une arme \u00e0 feu une famille venue chercher refuge chez eux. Iona pensera\u00a0: \u00ab\u00a0Cette famille pourrait \u00eatre la n\u00f4tre. Nils d\u00e9lire, peut-\u00eatre une cons\u00e9quence du je\u00fbne, des carences. La guerre prend-elle sa source dans les ventres creux?\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0197) Iona pose l\u00e0 une question int\u00e9ressante qui rappelle celle que formule Castel au d\u00e9but de son essai\u00a0: \u00ab\u00a0Que signifie [\u2026] \u00eatre mauvais, voire malfaisant et m\u00eame pervers, quand la fin qui nous attend est une fin s\u00e8che, sans jugement dernier ni ch\u00e2timent ni salut pour personne\u00a0[\u2026]?\u00a0\u00bb\u00a0(2018, 20) Nils, comme les gueux d\u2019<em>Oscar De Profundis<\/em>, n\u2019a plus rien \u00e0 perdre dans un monde o\u00f9 la confusion sociale et politique r\u00e8gne, o\u00f9 le seul objectif est de prolonger la vie encore un peu.<\/p>\n<p>Dans le Montr\u00e9al en ruine que d\u00e9peint Catherine Mavrikakis, alors que la mort noire \u00e9radique \u00e0 une vitesse fulgurante les gueux, ceux-ci d\u00e9cident de s\u2019attaquer \u00e0 la ville avec une t\u00e9nacit\u00e9 qui surprend les autorit\u00e9s.<\/p>\n<blockquote>\n<p>[D]es bandes d\u00e9sorganis\u00e9es, sans coh\u00e9sion aucune, avaient d\u00e9cid\u00e9 de mettre la ville \u00e0 feu et \u00e0 sang. Elles avaient allum\u00e9 des incendies un peu partout, captur\u00e9 des soldats et des policiers [\u2026] et ex\u00e9cut\u00e9 une vingtaine d\u2019entre eux en les pendant \u00e0 des potences de fortune au coin des rues.\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a0182)<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans un monde o\u00f9 se pr\u00e9occuper du lendemain devient inutile, les individus laissent libre cours \u00e0 leurs pulsions les plus violentes et pr\u00e9sentent leur visage le plus inhumain. \u00ab\u00a0Voil\u00e0 \u00e0 quoi ressemblait donc la fin, se disait Balt, d\u00e9courag\u00e9. Les \u00eatres de la rue se permettent n\u2019importe quoi. Ils deviennent des monstres! Quel sens avait eu leur existence? Ils c\u00e9daient \u00e0 la s\u00e9duction du chaos final\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a0201), peut-on lire. Les trois romans repr\u00e9sentent la fin du monde comme un moment de rel\u00e2chement, \u00e0 la limite de l\u2019abandon, de tous les rapports moraux o\u00f9 les individus se permettent d\u2019agir violemment sans culpabiliser. Cela rappelle l\u2019explication que proposait Freud de ce ph\u00e9nom\u00e8ne, dans le contexte de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, soit que<\/p>\n<blockquote>\n<p>notre conscience morale n\u2019est pas le juge inflexible pour lequel la font passer les moralistes, elle est \u00e0 son origine \u00ab\u00a0angoisse sociale\u00a0\u00bb et rien d\u2019autre. L\u00e0 o\u00f9 la communaut\u00e9 abolit le bl\u00e2me, cesse \u00e9galement la r\u00e9pression des app\u00e9tits mauvais, et les hommes commettent des actes de cruaut\u00e9, de perfidie, de trahison et de barbarie, dont on aurait tenu la possibilit\u00e9 pour inconciliable avec leur niveau de civilisation. (2001 [1915-1923], 18)<\/p>\n<\/blockquote>\n<h2>Preuve de r\u00e9silience<\/h2>\n<p>Toutefois, m\u00eame si les fictions apocalyptiques du corpus imaginent le pire de l\u2019humanit\u00e9, elles ne con\u00e7oivent pas pour autant l\u2019\u00e9radication du vivant, mais plut\u00f4t son adaptabilit\u00e9, sa capacit\u00e9 \u00e0 encaisser les chocs provoqu\u00e9s par les crises climatiques, ce qui n\u2019est pas sans rappeler la pulsion de vie qui tend \u00e0 conserver le vivant, \u00e0 le renouveler. Ces fictions s\u2019inscrivent, de cette mani\u00e8re, sous le signe de la survivance et, surtout, de la r\u00e9silience, en faisant jouer ce que Rumpala nomme \u00ab\u00a0la dialectique de la fin et du recommencement\u00a0\u00bb, car, comme celui-ci l\u2019\u00e9crit, \u00ab\u00a0tout ne s\u2019arr\u00eate pas; sinon il resterait peu \u00e0 raconter\u00a0\u00bb\u00a0(2016, 324). Il s\u2019agit d\u2019ailleurs d\u2019une des caract\u00e9ristiques des \u00e9cofictions\u00a0: elles \u00ab\u00a0ont tendance \u00e0 \u00eatre optimistes face \u00e0 des d\u00e9fis colossaux<a id=\"footnoteref11_duz98j7\" class=\"see-footnote\" title=\"\u00ab\u00a0[E]cofiction does tend to be optimistic in the face of daunting challenges.\u00a0\u00bb \" href=\"#footnote11_duz98j7\">[11]<\/a>\u00bb (Dwyer 2010, 4, je traduis).<\/p>\n<p><em>Oscar De Profundis\u00a0<\/em>est incontestablement le roman le moins optimiste des trois. N\u00e9anmoins, les \u00ab\u00a0cr\u00e8ve-la-faim\u00a0\u00bb n\u2019attendent pas pour autant sagement que la mort vienne. Ils essaient, avec le peu de moyens dont ils disposent, de survivre\u00a0: \u00ab\u00a0Ils vivaient en vermine, cherchant \u00e0 tirer profit de la moindre chose qui se pr\u00e9sentait, se d\u00e9lectant d\u2019ordures et de d\u00e9bris, se nourrissant des exc\u00e8s putrifi\u00e9s d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 trop grasse\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a012). Certains \u00ab\u00a0s\u2019aliment[ent] de la mati\u00e8re v\u00e9g\u00e9tale morte en d\u00e9composition. [Ils] paraiss[ent] s\u2019accommoder tr\u00e8s bien des d\u00e9tritus de ce monde \u00bb et sont \u00ab\u00a0capable[s] de vivre heureux en profitant des poubelles et des ruines de la civilisation\u00a0\u00bb\u00a0(<em>O<\/em>,\u00a062). Certes, cela ne les sauvera pas, puisque le Gouvernement mondial met tout en \u0153uvre pour les \u00e9radiquer, mais cela montre tout de m\u00eame que les humains, lorsqu\u2019ils n\u2019ont d\u2019autres choix, peuvent faire preuve de r\u00e9silience. Ne survivant qu\u2019en consommant les d\u00e9chets des riches montr\u00e9alais, les gueux rappellent non seulement ce qui est important pour survivre, mais pointent aussi \u00ab\u00a0le superflu d\u2019une bonne part de la \u201csoci\u00e9t\u00e9 de consommation\u201d\u00a0\u00bb\u00a0(Rumpala 2016, 326). C\u2019est dire que ce qui les tue, ce n\u2019est pas leur manque d\u2019adaptabilit\u00e9, mais la soci\u00e9t\u00e9 qui les pers\u00e9cute.\u00a0<\/p>\n<p>\u00c0 Shivering Heights, il en va de m\u00eame. Les humains s\u2019adaptent, seule chose \u00e0 faire pour survivre. Ceux qui n\u2019y parviennent pas disparaissent. Comme l\u2019\u00e9nonce la voix narrative\u00a0: \u00ab\u00a0les esp\u00e8ces se rar\u00e9fient, [\u2026] certaines meurent alors que d\u2019autres s\u2019adaptent \u00e0 une vitesse acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a095). Si l\u2019utilisation habituelle du mot \u00ab\u00a0esp\u00e8ce\u00a0\u00bb tend \u00e0 exclure l\u2019humain, les m\u00e9tamorphoses qui s\u2019op\u00e8rent dans le corps des habitants de Shivering Heights rappellent qu\u2019<em>Homo sapiens\u00a0<\/em>n\u2019est qu\u2019une esp\u00e8ce parmi d\u2019autres et qu\u2019elle aussi dispara\u00eetra pour laisser place \u00e0 un \u00ab\u00a0<em>Homo sapiens sapiens<\/em>\u00a0<a id=\"footnoteref12_oqcpnii\" class=\"see-footnote\" title=\"Le redoublement de \u00ab\u00a0sapiens\u00a0\u00bb annonce-t-il la venue d\u2019un\u00a0homo sapiens\u00a0r\u00e9ellement sage, cette fois?\" href=\"#footnote12_oqcpnii\">[12]<\/a>\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a069). Ces \u00eatres du futur, mi-humain, mi-poisson, ou mi-humain, mi-oiseaux, font preuve de r\u00e9silience en acceptant la mont\u00e9e des eaux. Au lieu de s\u2019ent\u00eater \u00e0 retarder l\u2019in\u00e9luctable, soit la submersion de leur village, les habitants accueillent l\u2019eau et cr\u00e9ent un village de \u00ab\u00a0maisons-bateaux\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a029), \u00ab\u00a0assembl\u00e9 petit \u00e0 petit, \u00e0 partir de vieilles p\u00e9niches et voiliers, de planches de yachts et d\u2019autres bricoles rejet\u00e9es par le lac. Des tissus qui servaient \u00e0 diriger les navires, on a fait des tentes am\u00e9nag\u00e9es en chambre, en salon et m\u00eame en bar\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a030).<\/p>\n<p>Comme dans\u00a0<em>Faunes<\/em>, o\u00f9 les enfants naissent et s\u2019adaptent beaucoup plus facilement au nouvel environnement que les adultes\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a076 et\u00a0130), les enfants dans\u00a0<em>Le fil du vivant\u00a0<\/em>inspirent la possibilit\u00e9 d\u2019un avenir pour l\u2019humanit\u00e9. Si ce sont d\u2019abord les comp\u00e9tences li\u00e9es \u00e0 la survivance qui sont encourag\u00e9es et valoris\u00e9es (chasse, p\u00eache, jardinage et mycologie) \u2013 des savoirs qui, dans une soci\u00e9t\u00e9 industrielle o\u00f9 ils ne sont plus essentiels \u00e0 la vie quotidienne, sont d\u00e9valoris\u00e9s par certains, car ils leur paraissent anodins, mais deviennent cruciaux dans un monde o\u00f9 les familles ne peuvent compter que sur elles-m\u00eames \u2013, ce sont par la suite les intuitions des enfants qui assureront la survie de leur famille. L\u2019enfant, qui n\u2019a pas encore acquis tous les codes de la soci\u00e9t\u00e9, a des intuitions diff\u00e9rentes de l\u2019adulte conditionn\u00e9. Alors que les provisions s\u2019\u00e9puisent et sont m\u00e9ticuleusement rationn\u00e9es, Arthur, \u00e2g\u00e9 de huit mois, a faim et d\u00e9cide, na\u00efvement ou instinctivement, de manger des grillons, \u00ab [n]ullement d\u00e9gout\u00e9, il semble satisfait du gueuleton\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0150). Sa m\u00e8re se demandera alors\u00a0: \u00ab\u00a0Comment n\u2019y avons-nous pas pens\u00e9 avant?\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV,<\/em>\u00a0151) De cette mani\u00e8re, l\u2019enfant ne survit pas uniquement parce qu\u2019il incarne la promesse d\u2019un lendemain, mais parce qu\u2019il fait preuve d\u2019une grande r\u00e9silience. N\u2019ayant pas encore acquis les coutumes des adultes, l\u2019enfant est un \u00eatre du pr\u00e9sent, unique dimension de la survie\u00a0(Guay-Poliquin 2017, 20). Iona pensera, en observant ses enfants\u00a0: \u00ab\u00a0La for\u00eat de Rivi\u00e8re-Rouge ne peut \u00eatre qu\u2019un d\u00e9but, car tout d\u00e9bute en eux. C\u2019est eux qui seront nos guides\u00a0\u00bb\u00a0(<em>FV<\/em>,\u00a0151).<\/p>\n<p align=\"center\">***<\/p>\n<p>En somme, nous pourrions nous demander ce que peuvent les \u00e9cofictions face aux crises \u00e9cologiques et quels sont les moyens offerts par la litt\u00e9rature pour les d\u00e9crire et les comprendre. D\u2019une part, la lecture des romans de Mavrikakis, Vadnais et P\u00e9pin a montr\u00e9 que les \u00e9cofictions contribuent \u00e0 un \u00e9veil \u00e9cologique chez le lecteur ou la lectrice \u00e0 travers un processus de s\u00e9miotisation des signes d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sents d\u2019une fin \u00e0 venir. De cette fa\u00e7on, la litt\u00e9rature, en extrapolant les projections scientifiques, peut aider \u00e0 concevoir les dangers des changements climatiques qui secouent notre monde. Suivant cette logique, elle permet \u00e9galement d\u2019imaginer la mani\u00e8re dont les humains agiront devant la certitude de leur an\u00e9antissement. Elle met d\u00e8s lors en garde contre le pire visage de l\u2019humain que cette certitude peut susciter. D\u2019autre part, les \u00e9cofictions ont pour caract\u00e9ristique de donner espoir en un avenir diff\u00e9rent, un avenir non capitaliste et \u00e0 l\u2019\u00e9coute de la nature. Toutefois, pour que celui-ci advienne, il faut que, socialement, nous agissions en ce sens, ce que rappellent bien les trois romans.\u00a0\u00a0Ainsi, leur message, s\u2019il y en a un, est peut-\u00eatre celui-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Pour que des r\u00eaves advienne la survie de l\u2019esp\u00e8ce, il faudra revenir \u00e0 des temps plus sauvages\u00a0\u00bb\u00a0(<em>F<\/em>,\u00a07).<\/p>\n<h2>Bibliographie\u00a0<\/h2>\n<p>\u00ab\u00a0Pr\u00e9dire\u00a0\u00bb, dans le dictionnaire en ligne\u00a0<em>Le Grand Robert<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/grandrobert.lerobert.com\/robert.asp\">https:\/\/grandrobert.lerobert.com\/robert.asp<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 1er juillet 2022).<\/p>\n<p>Anders, G\u00fcnther. 2006 [1958].\u00a0<em>La Menace nucl\u00e9aire<\/em>. Trad. de l\u2019allemand par Christophe David. Paris\u00a0: Le serpent \u00e0 plumes.<\/p>\n<p>Boulard, Ana\u00efs. 2014. \u00ab\u00a0La pens\u00e9e \u00e9cologique en litt\u00e9rature. De l\u2019imagerie \u00e0 l\u2019imaginaire de la crise environnementale\u00a0\u00bb. Dans\u00a0<em>La pens\u00e9e \u00e9cologie et l\u2019espace litt\u00e9raire<\/em>, Mirella Vadean et Sylvain David (dir.) Montr\u00e9al\u00a0: Presses de l\u2019Universit\u00e9 du Qu\u00e9bec et Prologue\u00a0: 35-50.<\/p>\n<p>Castel, Pierre-Henri. 2018.\u00a0<em>Le Mal qui vient. Essai h\u00e2tif sur la fin des temps<\/em>.\u00a0Paris\u00a0: Cerf.<\/p>\n<p>Chelebourg, Christian. 2012.\u00a0<em>Les \u00e9cofictions. Mythologies de la fin du monde<\/em>. Bruxelles\u00a0: Les impressions nouvelles.\u00a0<\/p>\n<p>Climate Central. 2022. \u00ab\u00a0About\u00a0\u00bb.\u00a0<a href=\"https:\/\/sealevel.climatecentral.org\/about\/\">https:\/\/sealevel.climatecentral.org\/about\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 1<sup>er<\/sup>\u00a0juillet 2022).<\/p>\n<p>Dwyer, Jim. 2010.\u00a0<em>Where the wild books are: a field guide to ecofiction<\/em>.\u00a0Reno\u00a0: University of Nevada Press.\u00a0<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 2001 [1915-1916].\u00a0<em>Essais de psychanalyse<\/em>. Trad. de l\u2019allemand, sous la responsabilit\u00e9 d\u2019Andr\u00e9 Bourguignon, par Janine Altounian\u00a0<em>et al.<\/em>\u00a0Paris\u00a0: Payot &amp; Rivages.<\/p>\n<p>Freud, Sigmund. 2019 [1915].\u00a0<em>M\u00e9tapsychologie.<\/em>\u00a0Trad. de l\u2019allemand par Philippe Koeppel. Paris\u00a0: Flammarion.<\/p>\n<p>Gervais, Bertrand. 2004. \u00ab\u00a0En qu\u00eate de signe\u00a0: de l\u2019imaginaire de la fin \u00e0 la culture apocalyptique\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Soci\u00e9t\u00e9<\/em>, vol.\u00a02, n<sup>o<\/sup>\u00a084\u00a0: 13-26.<\/p>\n<p>Guay-Poliquin, Christian. 2017. \u00ab\u00a0Espoirs et \u00e9puisements. Persistances de l\u2019imaginaire de la survie\u00a0\u00bb.\u00a0<em>L\u2019inconv\u00e9nient<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a069\u00a0: 18-20.\u00a0<\/p>\n<p>Kim, James H. et Anthony R. Scialli.\u00a02011. \u00ab\u00a0Thalidomide\u00a0: The Tragedy of Birth Defects and the Effective Treatment of Disese\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Toxicological Sciences<\/em>, vol.\u00a0122, n<sup>o<\/sup>\u00a01, p.\u00a01-6.<\/p>\n<p>Maingueneau, Dominique. 2002. \u00ab\u00a0Probl\u00e8mes d\u2019ethos\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Pratiques<\/em>, n<sup>o<\/sup>\u00a0113-114\u00a0:\u00a055-67.<\/p>\n<p>Mavrikakis, Catherine. 2016.\u00a0<em>Oscar De Profundis<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: H\u00e9liotrope.\u00a0<\/p>\n<p>P\u00e9pin, Elsa. 2022.\u00a0<em>Le fil du vivant<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Alto.\u00a0<\/p>\n<p>Pouliot, Ga\u00e9tan. 2015. \u00ab\u00a0Votre ville est-elle menac\u00e9e par la mont\u00e9e des oc\u00e9ans?\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Radio-Canaca.ca<\/em>.\u00a0<a href=\"https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelles\/special\/2015\/12\/climat-rechauffement-montee-des-eaux\/\">https:\/\/ici.radio-canada.ca\/nouvelles\/special\/2015\/12\/climat-rechauffement-montee-des-eaux\/<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 1<sup>er<\/sup>\u00a0juillet 2022).<\/p>\n<p>Rumpala, Yannick. 2016. \u00ab\u00a0Que faire face \u00e0 l\u2019apocalypse? Sur les repr\u00e9sentations et les ressources de la science-fiction devant la fin d\u2019un monde\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Questions de communication<\/em>, vol.\u00a030\u00a0: 309-334.<\/p>\n<p>Sant\u00e9 Canada. 2019. \u00ab\u00a0Exposition aux produits chimiques et effets sur la sant\u00e9\u00a0\u00bb.\u00a0<a href=\"https:\/\/www.canada.ca\/fr\/sante-canada\/services\/effets-exposition-aux-produits-chimiques-sante.html#a2\">https:\/\/www.canada.ca\/fr\/sante-canada\/services\/effets-exposition-aux-produits-chimiques-sante.html#a2<\/a>\u00a0(Page consult\u00e9e le 21 septembre 2022).<\/p>\n<p>Selao, Ching. 2016. \u00ab\u00a0La fin du monde, la fin d\u2019un monde\u00a0\u00bb.\u00a0<em>Voix et images<\/em>, vol.\u00a042, n<sup>o<\/sup>\u00a01\u00a0: 121-126.<\/p>\n<p>Vadnais, Christiane. 2019 [2018].\u00a0<em>Faunes<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Alto.\u00a0<\/p>\n<p><!--novelty_footnote_list()--><\/p>\n<section class=\"footnotes-wrapper collapsible-wrapper collapsed\" data-collapsible-show-label=\"Notes\" data-collapsible-hide-label=\"Notes\">\n<h2>Notes<\/h2>\n<p id=\"footnote1_1o7twrr\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref1_1o7twrr\">[1]<\/a> Christiane Vadnais. 2019 [2018].\u00a0<em>Faunes<\/em>. Qu\u00e9bec : Alto. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par la lettre F suivie du num\u00e9ro de page, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le corps du texte.<\/p>\n<p id=\"footnote2_9yt3l78\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref2_9yt3l78\">[2]<\/a> Catherine Mavrikakis. 2016.\u00a0<em>Oscar De Profundis<\/em>. Montr\u00e9al\u00a0: H\u00e9liotrope. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par la lettre\u00a0<em>O<\/em>\u00a0suivie du num\u00e9ro de page, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le corps du texte.<\/p>\n<p id=\"footnote3_dewht20\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref3_dewht20\">[3]<\/a> Elsa P\u00e9pin. 2022.\u00a0<em>Le fil du vivant<\/em>. Qu\u00e9bec\u00a0: Alto. D\u00e9sormais, les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 cet ouvrage seront indiqu\u00e9es par la lettre\u00a0<em>FV<\/em>\u00a0suivie du num\u00e9ro de page, et plac\u00e9es entre parenth\u00e8ses dans le corps du texte.<\/p>\n<p id=\"footnote4_22a9kcf\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref4_22a9kcf\">[4]<\/a> La cosmologie est l\u2019\u00e9tude philosophique ou scientifique de la formation de l\u2019univers, de son origine, de sa structure et de son \u00e9volution.<\/p>\n<p id=\"footnote5_c5q4jmn\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref5_c5q4jmn\">[5]<\/a> \u00ab\u00a0<em>Fiction that deals with environmental issues or the relation between humanity and the physical environment, that contrast traditional and industrial cosmologies, or in which nature or the land has a prominent role is sometimes called ecofiction<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote6_7565spx\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref6_7565spx\">[6]<\/a> \u00ab\u00a0<em>Ecofiction is a composite subgenre made up of many styles, primarily modernism, postmodernism, realism, and magic realism, and can be found in many genres, primarily mainstream, westerns, mystery, romance, and speculative fiction. Speculative fiction includes science fiction and fantasy, sometimes mixed with realism<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote7_6mu9qgg\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref7_6mu9qgg\">[7]<\/a> \u00ab [<em>Ecofiction<\/em>]\u00a0<em>should be as \u2018realistic\u2019 as possible and plot constraints should accord with ecological principles<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote8_b8f3zf2\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref8_b8f3zf2\">[8]<\/a> Climate Central est un organisme \u00e0 but non lucratif de recherche et de journalisme qui fournit des informations scientifiques relatives \u00e0 la mont\u00e9e des oc\u00e9ans.<\/p>\n<p id=\"footnote9_0h7cbm6\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref9_0h7cbm6\">[9]<\/a> Par proche, j\u2019entends quelques centaines d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n<p id=\"footnote10_l1jhufc\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref10_l1jhufc\">[10]<\/a> Freud \u00e9crit ceci en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la guerre, mais la guerre peut \u00eatre comprise comme une forme d\u2019apocalypse dans l\u2019optique o\u00f9 elle place le sujet en face de sa mort.<\/p>\n<p id=\"footnote11_duz98j7\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref11_duz98j7\">[11]<\/a> \u00ab\u00a0[<em>E<\/em>]<em>cofiction does tend to be optimistic in the face of daunting challenges<\/em>.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p id=\"footnote12_oqcpnii\" class=\"footnote\"><a class=\"footnote-label\" href=\"#footnoteref12_oqcpnii\">[12]<\/a> Le redoublement de \u00ab\u00a0<em>sapiens<\/em>\u00a0\u00bb annonce-t-il la venue d\u2019un\u00a0<em>homo sapiens\u00a0<\/em>r\u00e9ellement sage, cette fois?<\/p>\n<\/section>\n<p><!--\/novelty_footnote_list()--><\/p>\n<h5>Pour citer cet article :<\/h5>\n<p>Brick, Marilyne. 2022.\u00a0\u00ab\u00a0Imaginer la fin du monde \u00e0 l\u2019\u00e8re des crises \u00e9cologiques. Lecture d\u2019Oscar de Profundis de Catherine Mavrikakis, de Faunes de Christiane Vadnais et de Fils du vivant d\u2019Elsa P\u00e9pin \u00bb, <em>Postures<\/em>, Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36, En ligne &lt;http:\/\/www.revuepostures.com\/fr\/articles\/brick-36&gt; (Consult\u00e9 le xx \/ xx \/ xxxx).<\/p>\n\n\n<div data-wp-interactive=\"core\/file\" class=\"wp-block-file\"><object data-wp-bind--hidden=\"!state.hasPdfPreview\" hidden class=\"wp-block-file__embed\" data=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/brick_36_0-1.pdf\" type=\"application\/pdf\" style=\"width:100%;height:600px\" aria-label=\"Contenu embarqu\u00e9 brick_36_0-1.\"><\/object><a id=\"wp-block-file--media-4823d375-9e7d-4b5b-8c67-d0603f61d763\" href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/brick_36_0-1.pdf\">brick_36_0-1<\/a><a href=\"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/brick_36_0-1.pdf\" class=\"wp-block-file__button wp-element-button\" download aria-describedby=\"wp-block-file--media-4823d375-9e7d-4b5b-8c67-d0603f61d763\">T\u00e9l\u00e9charger<\/a><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dossier \u00ab De l&rsquo;\u00e9tude du vivant : la litt\u00e9rature au prisme des \u00e9cologies \u00bb, no 36 Chaque nuit, des tremblements de temps secouent l\u2019esprit du r\u00eaveur. Laissant surgir d\u2019outre-tombe les monstres du pass\u00e9, les songes dessinent ce qu\u2019Homo sapiens sapiens\u00a0per\u00e7oit, obscur\u00e9ment, comme les menaces du futur. [\u2026] Peut-\u00eatre les r\u00eaves sont-ils [\u2026], comme chacun le [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":4,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_coblocks_attr":"","_coblocks_dimensions":"","_coblocks_responsive_height":"","_coblocks_accordion_ie_support":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[1134,1338,1341],"tags":[59],"class_list":["post-5724","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-article","category-de-letude-du-vivant-la-litterature-au-prisme-des-ecologies","category-des-ecologies-en-peril","tag-brick-marilyne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5724","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/4"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5724"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5724\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8407,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5724\/revisions\/8407"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5724"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5724"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/revuepostures.uqam.ca\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5724"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}